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Livres et publications

Le travail n'est pas le « propre de l'homme »

Le travail n'est pas le « propre de l'homme »

Dès lors on comprend mieux, nous dit Benoit Bohy Bunel, pourquoi le travail n'est pas le « propre de l'homme ». Autrement dit, Hegel, Kant, Arendt, le protestantisme, le mythe du péché originel, ne font pas référence au travail proprement dit, mais plutôt à l'activité humaine, qui elle est plurielle, spécifique, concrète, et utile.On entend toutefois venir la réfutation : le concept de travail s'inscrirait dans une tradition millénaire (il renvoie en effet, étymologiquement, au tripalium latin, engin de torture). Mais cette façon originelle d'envisager ledit travail ne relève ici pas encore de la notion de "travail en général", de « travail tout court », cette notion-même dont on dit qu'elle est historiquement déterminée et contingente. Pour le dire autrement, le capitalisme apporte au tripalium latin sa consécration, il le révèle dans sa potentialité la plus propre : représenter une pure dépense d'énergie dont la seule caractéristique concrète est la douleur, l'humiliation, la déshumanisation.

Alors, « travail » ou «  activités humaines » ? De quoi parle-t-on exactement ?

Michel Peyret


Lundi 10 juin 2013

« Le travail est une catégorie historiquement déterminée », par Benoit Bohy Bunel

Dans la philosophie de Hegel (dialectique du maître et de l'esclave), dans la philosophie kantienne (Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique), et plus tard dans la philosophie arendtienne (La crise de la culture, Condition de l'homme moderne), - pour ne citer que les trois apports les plus importants dans la philosophie moderne du travail -, le concept de travail est confondu avec une pure et simple « métabolisation avec la nature », c'est-à-dire : avec l'acte de transformer les matériaux bruts présents dans la nature en vue de la survie.

Or, cette essentialisation de la catégorie du travail, on la retrouve dans les discours des économistes « bourgeois » (non scientifiques, selon Marx), dans la perspective d'une naturalisation du système capitalisme. En effet, dans leur contexte théorique, concevoir le travail comme une dimension anhistorique de la vie humaine, comme une chose propre à l'être humain en général, comme une composante originelle de toute survie humaine, est une façon insidieuse (et certainement inconsciente, en ce qui les concerne), de présenter la société marchande moderne comme l'accomplissement logique du destin de l'homme. Certes, leur illusion n'est pas sans antécédents : outre les philosophies kantiennes et hégéliennes, ils ont pour eux, en arrière fond, l'éthique protestante du travail, première grande tentative d'ontologisation du travail, mais aussi et surtout, plus en amont, le mythe biblique du péché originel condamnant l'homme à travailler (on parlera aussi du « travail » de l'enfantement, du point de vue d'Eve). Cela étant, cette tradition éminente ne doit pas nous effrayer : de fait, le travail, ou plutôt : l'idée de « travail en général », est historiquement déterminée, et ne saurait prétendre au statut de structure universelle et anhistorique. La catégorie du travail est : contingente, relative, particulière à une époque, et elle doit être (et sera) dépassée, du moins dans la mesure où elle reflète une aliénation annihilant les vies et consciences humaines. Telle est la position marxienne, que je m'empresse de résumer.

Dans la critique marxienne de la valeur (Livre 1 du Capital, 1ère section), la marchandise est analysée comme étant scindée en deux dimensions, dimensions qui reflètent une même réalité, mais qu'il est possible de séparer par abstraction : la marchandise est, d'une part, valeur d'usage, concrète (elle possède une utilité concrète dans la vie de tous les jours), et d'autre part, valeur, abstraite (substance commune des marchandises qui les rend commensurables, et, de là, échangeables entre elles). Une telle dualité dans la façon d'envisager les produits du travail implique une autre dualité, concernant le travail lui-même : la marchandise comme valeur d'usage est produite par du travail concret (travail particulier, propre à un corps de métier déterminé, avec ses gestes et ses tâches spécifiques), et le fait que la marchandise possède une valeur dépend de la faculté du travail à être rendu abstrait, à devenir une pure durée quantitativement déterminée, dépourvue de toute qualité et de toute spécificité (on parlera de « temps de travail socialement nécessaire », à la source de la valeur). Il y a donc opposition entre travail concret et travail abstrait, opposition qui dérive de cette autre opposition : valeur d'usage et valeur. Or, dans la société marchande, la finalité de la production, imposée par le capitaliste (le salarié n'étant pas le déterminant des finalités, en ce qu'il n'est qu'un « mal nécessaire », un pur moyen, et le consommateur n'étant que le dernier chaînon, totalement passif, se contentant de ce qui lui est rendu disponible), cette finalité disais-je n'est pas la fabrication de biens d'usage possédant une utilité sociale réelle, mais plutôt, l'accumulation de valeur (abstraite), de travail abstrait, dont la manifestation tangible et mondaine est : l'argent. Une telle accumulation est rendue possible par le fait qu'il existe une marchandise éminente possédant la faculté d'augmenter la valeur dans le procès de l'échange : précisément, la force de travail. En effet, la plus-value (survaleur), le fait d'extorquer au salarié une partie de sa production (une partie du temps de travail du salarié est effectuée gratuitement), est le seul vecteur, pour le capitaliste, du profit.

Pour résumer, le système capitaliste invente, construit la catégorie de travail en général, de travail tout court, dans la mesure où il a besoin d'une détermination abstraite du travail, non seulement pour rendre échangeables entre elles les marchandises produites (moyen de la valorisation), mais aussi et surtout parce que cela même qu'il accumule, qu'il vise dans son augmentation constante, c'est le travail abstrait (finalité dernière de la production). De fait, sans travail en général, point de valeur, on le comprendra aisément : car c'est lui qui rend possible l'accumulation de la valeur ; or, la valeur ne peut subsister comme entité autonome sans s'accumuler : si elle se conservait, elle disparaîtrait dans l'échange, au profit de l'utilité concrète des marchandises.

Examinons les systèmes précapitalistes (esclavagistes et féodaux) pour comprendre en quoi le travail est bien une catégorie capitaliste, historiquement déterminée. Dans ces sociétés, l'activité productrice est sociale (i.e. ses produits s'échangent, possèdent une utilité sociale) en tant qu'elle est concrète, en tant qu'il existe des rapports personnalisés entre les agents économiques qui ne gomment pas la spécificité de la tâche effectuée. Certes, l'échange n'est pas égalitaire (on dira à juste titre que le seigneur exploite le serf, par exemple), mais la finalité de la production est une utilité réelle et concrète. L'argent fonctionne alors comme un pur moyen (moyen pour échanger les marchandises et fixer leur prix), mais jamais comme une fin en soi (l'argent comme fin en soi étant le propre du capitalisme : inversion de la formule Marchandise-Argent-Marchandise en Argent-Marchandise-Davantage d'Argent). Dans les sociétés précapitalistes, jamais l'idée de rapprocher deux activités aussi différentes que, par exemple, le fait de fabriquer du pain d'un côté et le fait de composer un morceau de musique de l'autre, pour les subsumer sous un seul et même concept (le travail en général), jamais cette idée n'aurait pu germer dans les esprits. Il n'y a, pour ces sociétés, que des métiers différents, spécifiques, concrets, utiles, incommensurables entre eux.

Dès lors on comprend mieux pourquoi le travail n'est pas le « propre de l'homme ». Autrement dit, Hegel, Kant, Arendt, le protestantisme, le mythe du péché originel, ne font pas référence au travail proprement dit, mais plutôt à l'activité humaine, qui elle est plurielle, spécifique, concrète, et utile.

On entend toutefois venir la réfutation : le concept de travail s'inscrirait dans une tradition millénaire (il renvoie en effet, étymologiquement, au tripalium latin, engin de torture). Mais cette façon originelle d'envisager ledit travail ne relève ici pas encore de la notion de "travail en général", de « travail tout court », cette notion-même dont on dit qu'elle est historiquement déterminée et contingente. Pour le dire autrement, le capitalisme apporte au tripalium latin sa consécration, il le révèle dans sa potentialité la plus propre : représenter une pure dépense d'énergie dont la seule caractéristique concrète est la douleur, l'humiliation, la déshumanisation.

Benoit Bohy Bunel

Source : le blog de Benoit Bohy Bunel

Quelques autres textes sur le travail sur ce site :

- Krisis, Manifeste contre le travail

- Robert Kurz, Critique et crise de la société du travail

- Maria Wölflingseder, Travail fétiche

- Anselm Jappe, Quelques bonnes raisons pour se libérer du travail

- Anselm Jappe, Avec Marx, contre le travail

- Claus Peter Ortlieb, Travail forcé et ethos du travail

- Moishe Postone, Travail abstrait et médiationn sociale

- Moishe Postone, Travail abstrait et fétiche

- Jean-Marie Vincent, La domination du travail abstrait

- Franz Schandl, Arbeit macht nicht frei. Libre commentaire des vues de Gunther Anders sur le travail

- Claus Peter Ortlieb, L'innocence perdue de la productivité

Utopie et Révolution : La figure de Gracchus Babeuf [vidéo]

10/08/2014

Utopie et Révolution : La figure de Gracchus Babeuf [vidéo]

Conférence de Stéphanie Roza, professeur agrégée de Philosophie (académie de Versailles), ATER à l'université de Paris 1, donnée dans le cadre du séminaire : "Marx au 21ème siècle" -  Samedi 2 mars 2013 - Sorbonne. Paris

 

Vous trouverez ICI la page de Wikipédia consacrée à Gracchus Babeuf

Wilhelm Reich : la psychologie des masses du fascisme

Wilhelm Reich : La psychologie des masses du fascisme

29 Juillet 2014

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Le seul moyen de combattre efficacement le fascisme consiste à lui opposer une connaissance objective et pratique des processus de la vie. Personne ne lui damera jamais le pion sur le terrain du bavardage politique, des détours diplomatiques, des parades. Mais il n’a pas de réponses aux problèmes pratiques de l’existence, car il voit dans le miroir de l’idéologie ou sous les apparences de l’uniforme d’Etat.
Si vous entendez pérorer un fasciste de quelque chapelle qu’il se réclame sur « l’honneur de la nation » ( au lieu de l’honneur de l’homme), sur le « sauvetage de la Sainte famille et de la race » (au lieu de la société de l’humanité laborieuse), s’il vous rabat les oreilles avec ses slogans tonitruants, il suffit de lui poser publiquement, en toute simplicité, quelques questions :
« Que fais-tu concrètement pour nourrir la nation sans exterminer les autres nations? Que fais-tu en tant que médecin contre les maladies chroniques, en tant qu’éducateur pour rendre l’enfance plus heureuse, comme économiste contre le paupérisme, comme travailleur social contre le surmenage des mères de familles nombreuses, comme architecte pour la promotion d’habitations plus saines ? Mais trêve de bavardage ! Si tu n’as pas de réponses concrètes, tais-toi ! ».
Le fascisme n’est que l’expression politiquement organisée de la structure caractérielle de l’homme moyen, structure universelle et internationalisation qui n’est nullement le propre de races, nations ou partis déterminés. Le fascisme est l’attitude émotionnelle fondamentale de l’homme opprimé par la civilisation machiniste autoritaire et son idéologie mécaniste-mystique. C’est le caractère mécaniste-mystique des hommes de notre temps qui suscite les partis fascistes et non l’inverse.
Le fascisme international ne sera pas éliminé par des manœuvres politiques. IL cédera à l’organisation naturelle, internationale du travail, de l’amour et de la connaissance."

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Wilhelm Reich
La Psychologie de masse du fascisme (1933)

Du féodalisme au capitalisme, la division sexuelle du travail

Du féodalisme au capitalisme, la division sexuelle du travail

En effet, écrit Silvia Federici, la chasse aux sorcières, ainsi que la traite des esclaves noirs et la conquête de l’Amérique, constituent des éléments indispensables de l’instauration du système capitaliste moderne car ils ont changé de manière décisive les rapports sociaux et les fondements de la reproduction sociale, à commencer par les rapports entre les femmes et les hommes et entre les femmes et l’Etat. En premier lieu, la chasse aux sorcières a affaibli la résistance de la population face aux transformations qui accompagnèrent l’apparition du capitalisme en Europe : la destruction de la gestion communautaire de la terre ; l’appauvrissement massif et la famine, ainsi que la création dans la population d’un prolétariat sans terre, à commencer par les femmes d’âge mûr qui, n’ayant plus de terre à cultiver, dépendaient d’une aide étatique pour survivre...

Chasse aux sorcières et capitalisme ?

Les chemins de l'histoire sont quelquefois tortueux, mais, au delà des apparences, ils sont, et ils sont bien réels !

Michel Peyret


 

Capitalisme, chasse aux sorcières et biens communs. Entretien avec Silvia Federici

Silvia Federici, 25 septembre 2013

Il y a quelques siècles d’ici, elle aurait été envoyée au bûcher. Féministe infatigable, l’historienne et auteure de l’un des livres les plus téléchargés sur Internet, « Caliban and the Witch : Women, the Body and Primitive Accumulation » (Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive. Edition française à paraître aux Editions Senonevero en 2013) nous explique de manière rigoureuse les raisons politiques et économiques qui se cachaient derrière la chasse aux sorcières. Son dernier livre, « Revolution at Point Zero : Housework, Reproduction, and Feminist Struggle » (Common Notions/PM Press, 2012) est un recueil d’articles indispensables pour connaître sa trajectoire intellectuelle. Entretien réalisé pour la rubrique « Numeros Rojos » du journal en ligne « Publico.es » (Avanti4.be)

C’est avec un œil scrutateur que l’italienne Silvia Federici étudie depuis plus de 30 ans les événements historiques qui ont provoqué l’exploitation sociale et économique des femmes. Dans son livre « Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive », elle fixe son attention sur la transition violente entre le féodalisme et le capitalisme, où s’est forgé au fer rouge la division sexuelle du travail et où les cendres des bûchers ont recouvert d’un épais manteau d’ignorance et de mensonges un chapitre essentiel de l’Histoire. Dans son bureau du Département d’Histoire de la Hofstra University de New York, Federici nous parle de sorcières, de sexualité et de capitalisme et se propose de « faire revivre pour les jeunes générations la mémoire d’une longue histoire de résistance qui court aujourd’hui le risque d’être effacée ».

Comment est-il possible que le massacre systématique de femmes n’ait pas été abordé plus amplement que comme un chapitre anecdotique dans les livres d’Histoire ? Je ne me souviens même pas en avoir entendu parler à l’école…

Silvia Federici : C’est un bon exemple de comment l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Au milieu du XVIIIe siècle, quand le pouvoir de la classe capitaliste s’est consolidé et que la résistance fut en grande partie défaite, les historiens ont commencé à étudier la chasse aux sorcières comme un simple cas de superstitions rurales et religieuses. En conséquence, jusqu’à pas longtemps d’ici, bien peu furent ceux qui investiguèrent sérieusement les raisons qui se cachent derrière la persécution des « sorcières » et ses rapports avec l’instauration d’un nouveau modèle économique. Comme je l’expose dans « Caliban et la sorcière… » : deux siècles d’exécutions et de tortures qui ont condamné des milliers de femmes à une mort atroce ont été liquidés par l’Histoire comme étant un produit de l’ignorance ou comme quelque chose qui appartenait au folklore. Une indifférence qui frise la complicité vu que l’élimination des sorcières des pages de l’histoire a contribué à banaliser leur élimination physique sur les bûchers.

Les féministes se sont rendu compte qu’il s’agissait d’un phénomène très important, qui a modelé la position des femmes dans les siècles suivants et elles se sont identifiées avec le destin des « sorcières » en tant que femmes persécutées pour avoir résisté au pouvoir de l’Eglise et de l’Etat. Espérons qu’on enseignera aux nouvelles générations d’étudiantes l’importance de cette persécution.

Il y a quelque chose, en outre, de profondément inquiétant dans le fait que, mis à part dans le cas des pêcheurs basques de Lapurdi, les proches des prétendues sorcières ne se soulevèrent pas en armes pour leur défense alors qu’ils avaient précédemment lutté ensemble dans les soulèvements paysans...

Malheureusement, la majorité des documents à notre disposition sur la chasse aux sorcières furent écrits par ceux qui occupaient des postes de pouvoir : les inquisiteurs, les magistrats, les démonologues. Cela signifie qu’il y ait pu y avoir des exemples de solidarité qui n’ont pas été enregistrés. Mais il faut tenir compte du fait qu’il était très dangereux pour les proches des femmes accusées de sorcellerie de s’associer à elles et plus encore de prendre leur défense. De fait, la majorité des hommes qui furent accusés et condamnés pour sorcellerie étaient des parents des femmes accusées. Cela ne minimise pas, bien entendu, les conséquences de la peur et de la misogynie que la chasse aux sorcières elle-même a produit, vu qu’elle a propagé une image horrible des femmes en les transformant en meurtrières d’enfants, servantes du démon et dévoreuses d’hommes qui les séduisaient et les rendaient impuissants en même temps.

Tu exposes deux conséquences claires en ce qui concerne la chasse aux sorcières : qu’il s’agit d’un élément fondateur du capitalisme et qu’il suppose la naissance de la femme soumise et domestiquée. 

En effet, la chasse aux sorcières, ainsi que la traite des esclaves noirs et la conquête de l’Amérique, constituent des éléments indispensables de l’instauration du système capitaliste moderne car ils ont changé de manière décisive les rapports sociaux et les fondements de la reproduction sociale, à commencer par les rapports entre les femmes et les hommes et entre les femmes et l’Etat. En premier lieu, la chasse aux sorcières a affaibli la résistance de la population face aux transformations qui accompagnèrent l’apparition du capitalisme en Europe : la destruction de la gestion communautaire de la terre ; l’appauvrissement massif et la famine, ainsi que la création dans la population d’un prolétariat sans terre, à commencer par les femmes d’âge mûr qui, n’ayant plus de terre à cultiver, dépendaient d’une aide étatique pour survivre.

On a également élargi le contrôle de l’Etat sur le corps des femmes, en criminalisant le contrôle que celles-ci exerçaient sur leur capacité reproductive et sur leur sexualité (les sages-femmes et les anciennes furent les premières accusées de sorcellerie). Le résultat de la chasse aux sorcières en Europe fut un nouveau modèle de féminité et une nouvelle conception de la position sociale des femmes, qui a dévalué son travail en tant qu’activité économique indépendante (processus qui avait déjà commencé graduellement) et les a placées dans une position subordonnée aux hommes. Tel était la principale condition pour la réorganisation du travail reproductif exigée par le système capitaliste.

Tu parles ainsi du contrôle des corps : si au Moyen Age les femmes exerçaient un contrôle indiscutable sur les naissances, dans la transition au capitalisme « les utérus se transformèrent en territoire politique contrôlé par les homme et par l’Etat ».

Il n’y a pas de doutes qu’avec l’avènement du capitalisme nous commençons à voir un contrôle beaucoup plus strict de la part de l’Etat sur le corps des femmes. Ce contrôle n’a pas seulement été mené à bien par la chasse aux sorcières mais aussi à travers l’introduction de nouvelles formes de surveillance de la grossesse et de la maternité, l’institution de la peine capitale contre l’infanticide (lorsque le bébé était mort-né ou mourrait pendant l’accouchement, on accusait et on jugeait la mère). Dans mon travail, je soutien que ces nouvelles politiques, et en général la destruction du contrôle que les femmes au Moyen Age avaient exercé sur la reproduction, s’associent avec la nouvelle conception du travail que le capitalisme a promu.

Quand le travail devient la principale source de richesse, le contrôle sur les corps des femmes acquiert une nouvelle signification : ces mêmes corps sont alors vus comme des machines de production de la force de travail. Je crois que ce type de politique est encore très important aujourd’hui parce que le travail, la force de travail, est toujours cruciale pour l’accumulation de capital. Cela ne veut pas dire que les patrons veulent, partout et tout le temps, avoir plus de travailleurs, mais ils veulent sans aucun doute contrôler la production de la force de travail ; ils veulent décider combien de travailleurs produisent et dans quelles conditions.

En Espagne, le ministre de la Justice veut réformer la loi sur l’avortement, en excluant les cas de malformation du fœtus, et cela précisément au moment où les aides sociales aux personnes dépendantes ont été supprimées…

Aux Etats-Unis aussi ils tentent d’introduire des lois qui pénalisent gravement les femmes et qui limitent leur capacité de choisir si elles souhaitent ou pas avoir un enfant. Par exemple, plusieurs Etats introduisent des lois qui rendent les femmes responsables de ce qui arrive au fœtus pendant la grossesse.

Il y a eu le cas polémique d’une femme qu’on a accusé d’assassinat parce que son fils est mort-né et qu’on a découvert ensuite qu’elle avait pris certaines drogues. Les médecins ont pourtant conclu que la consommation de cocaïne n’était pas la cause de la mort du fœtus, mais ce fut en vain, l’accusation a suivie son cours. Le contrôle de la capacité reproductive des femmes est également un moyen de contrôler la sexualité des femmes et notre comportement en général.

Tu poses cette question : pourquoi Marx n’a-t-il pas analysé la procréation en tant qu’activité sociale déterminée par des intérêts politiques ?

Ce n’est pas une question dont la réponse est facile, vu qu’il nous semble évident aujourd’hui que la procréation et l’éducation des enfants sont des moments cruciaux dans la production de la force de travail et que ce n’est pas un hasard s’ils sont l’objet d’une régulation très stricte de la part de l’Etat. Je crois, cependant, que Marx ne pouvait pas se donner le luxe de voir la procréation comme un moment de la production capitaliste parce qu’il l’identifiait avec l’industrialisation, avec les machines et la grande industrie. La procréation, tout comme le travail domestique, semblait être l’opposé de l’activité industrielle. La fait que le corps de la femme allait se mécaniser et se transformer en machine pour la production de force de travail est quelque chose que Marx ne pouvait envisager.

Aujourd’hui, au Etats-Unis du moins, l’accouchement s’est également mécanisé. Dans certains hôpitaux, pas ceux pour les riches à l’évidence, les femmes accouchent sur une ligne de montage, avec un temps bien défini pour l’accouchement et si elles excèdent ce temps, on pratique alors une césarienne.

La sexualité est une autre thématique que tu abordes d’un point de vue idéologique, l’Eglise étant l’institution qui a promu avec une grande virulence un contrôle féroce et une criminalisation dans ce domaine. Le pouvoir qu’elle accordait aux femmes était-il si fort que cette tentative de contrôle se poursuit encore aujourd’hui ?

Je crois que l’Eglise s’est opposée à la sexualité (mais ses membres l’ont toujours pratiqué en cachette) parce qu’elle a peur du pouvoir qu’elle exerce sur la vie des personnes. Il est important de rappeler que tout au long du Moyen Age, l’Eglise était également impliquée dans la lutte pour éradiquer la pratique du mariage des prêtres car cela était vu comme une menace pour la conservation de son patrimoine. En tous les cas, l’attaque de l’Eglise contre la sexualité a toujours été une attaque contre les femmes. L’Eglise a peur des femmes et a tenté de nous humilier de toutes les manières possibles, en nous désignant comme coupables du péché originel et la cause de la perversion chez les hommes, en nous forçant à cacher nos corps comme s’ils étaient contaminés. Ils ont également tenté d’usurper le pouvoir des femmes, en présentant les membres du clergé comme ceux qui donnent la vie et même en allant jusqu’à adopter la robe comme vêtement.

Dans un entretien tu affirmes que la chasse aux sorcières se poursuit toujours actuellement. Qui sont les hérétiques d’aujourd’hui ?

Il y a depuis plusieurs années des chasses aux sorcières dans différents pays africains, ainsi qu’en Inde, au Népal, en Papouasie-Nouvelle Guinée. Des milliers de femmes ont été assassinées de cette manière, en les accusant de sorcellerie. Et il est clair que, comme aux XVI et XVIIe siècles, cette nouvelle chasse aux sorcières est liée à l’extension des rapports capitalistes dans le monde entier. Il est préférable d’avoir des paysans qui luttent les uns contre les autres tandis que dans de nombreux points du monde on assiste à un nouveau processus d’ « enclosure », avec la privatisation des terres et un énorme pillage des ressources élémentaires de subsistance.

Il existe également des preuves qui indiquent qu’une partie de la responsabilité pour cette nouvelle chasse aux sorcières, qui est à nouveau spécialement dirigée contre des femmes âgées, doit être attribuée à l’œuvre des sectes fondamentalistes chrétiennes, comme le mouvement pentecôtiste. Ils ont de nouveau introduit dans le discours religieux la thématique du diable, ils ont augmenté le climat de suspicions et la peur existante provoquée par la détérioration dramatiques des conditions de vie économiques.

« Omnia sunt communia ! », « Tout est commun ! » , tel fut le cri des Anabaptistes dont la lutte et la défaite, comme tu le racontes dans ton livre, fut effacée par l’Histoire. Ce cri est-il toujours aussi subversif ?

Certainement, car nous sommes en train de vivre une époque de « sunt omnia privata » !. Si les tendances actuelles continuent, il n’y aura bientôt plus de trottoirs, de plages, de mers, ni d’eaux côtières, ni de terres, ni de bois auxquels nous pourrons accéder sans devoir payer avec de l’argent. En Italie, certaines municipalités tentent de faire passer des lois qui interdisent aux gens de déposer leurs essuies sur les rares plages libres restantes, et ce n’est qu’un tout petit exemple. En Afrique, nous sommes témoins des plus grandes appropriations de terres dans l’histoire du continent de la part d’entreprises minières, agro-industrielles, agro-combustibles, etc. La terre africaine est en voie de privatisation et les gens sont expropriés à un rythme qui coïncide avec celle de l’époque coloniale. La connaissance et l’éducation se transforment en marchandises seulement disponibles pour ceux qui peuvent payer et même nos propres corps sont en train d’être brevetés.

Ainsi, l’« omnia sunt communia » constitue toujours un idéal radical, bien qu’il faut faire attention à ne pas accepter la forme détournée avec laquelle cet idéal est utilisé, par exemple, par des organisations comme la Banque Mondiale qui, au nom de la préservation de la « communauté globale », privatise les terres et les forêts et expulse les populations qui vivaient d’elles.

Comment pourrait-on aborder la question des biens communs aujourd’hui ?

La question des biens communs c’est de savoir comment créer un monde sans exploitation, égalitaire, où des millions de personnes ne meurent plus de faim au milieu de la surconsommation obscène de quelques uns, où l’environnement ne soit pas détruit et où la machine n’augmente pas notre exploitation au lieu de la réduire. Tel est je crois notre problème commun et notre projet commun : créer un monde nouveau. 

Source :
http://blogs.publico.es/numeros-rojos/2013/09/17/entrevista-silvia-federici-y-la-caza-de-brujas/ 
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

L'unité d'action par la libre confrontation des idées et des opinions

L'unité d'action par la libre confrontation des idées et des opinions

L’expérience de la lutte de la classe ouvrière contre le capital a posé de manière précoce l’impératif de l’unité d’action afin que cette lutte soit victorieuse. Le pouvoir économique et politique du capital, centralisé dans l’Etat, ne pouvait être contrebalancé ou ébranlé que si les exploités rassemblaient leurs forces dispersées. Depuis l’apparition des premières grèves, la dispersion et la division ont toujours été synonymes de défaite. Mais comme cette unité d’action ne peut reposer que sur la conviction des travailleurs, et que celle-ci ne se réalise pas par décret, la libre confrontation des idées et des opinions est indispensable pour parvenir à l’unité d’action et au développement du mouvement de lutte.

La plus large démocratie n’est donc pas pour les travailleurs un simple additif décoratif dont ils peuvent se passer en fonction des circonstances plus ou moins favorables de la lutte ; elle est au contraire la condition qui rend possible leur unité d’action.

Prenons connaissance.

Michel Peyret


 

Le mythe du centralisme démocratique

Juan Carlos Venturini, 3 octobre 2013

Ecrit à la fin des années 1990 par une marxiste sud-américain, ce texte n’a rien perdu de son actualité à l’heure où se posent de véritables questions existentielles pour plusieurs organisations révolutionnaires. Ayant largement perpétué un modèle organisationnel qui s’est appuyé sur les moments les moins démocratiques du parti bolchevique de Lénine, certaines de ces organisations traversent aujourd’hui des moments critiques à cause de leur inadéquation avec le monde d’aujourd’hui et les aspirations profondément démocratiques des mouvements de contestation. Une contribution supplémentaire à un débat nécessaire sur l’héritage du parti dit « léniniste » (Avanti4.be)

« Le souvenir des morts écrase le cerveau des vivants ». Même s’il a été souvent répété, cet adage n’a en rien perdu de sa pertinence. C’est particulièrement le cas avec le souvenir des « grands hommes », dont les idées et les actions ont eu une influence significative sur le cours de l’histoire et qui pèsent sur les générations suivantes en compliquant l’analyse critique et l’imagination créatrice.

En analysant la révolution de 1848 en France Marx disait que la classe ouvrière ne pouvait apprendre que par une série de défaites. Il évoquait ainsi la nécessité d’assimiler de manière critique l’expérience réalisée, en comprenant les insuffisances, les erreurs et les illusions qui accompagnent inévitablement toute action humaine d’envergure.

Mais apprendre des victoires est beaucoup plus difficile que d’apprendre des défaites. Rien n’est plus convainquant qu’une action politique réussie. Dans un tel cas, l’imagination collective tend à élever les principaux dirigeants au rang de divinités de l’Olympe mythique et cette transfiguration est alimentée par une multitude de panégyristes (bien intentionnés ou non) qui se sentent obligés de rendre un culte aux nouveaux héros. On passe alors sous silence les erreurs et les hésitations, les opinions contradictoires et les décisions discutables qui répondaient aux aléas changeants de la lutte, et on supprime y compris le hasard qui a aidé ou freiné tel ou tel développement déterminé des événements. En un mot, on retouche le passé en accord avec les nouveaux intérêts politiques du présent.

Pour prendre un exemple, dans le cas de la Révolution française (et du mouvement des Lumières qui l’a précédée), son exaltation frénétique a contribué à alimenter le mythe du « sombre » Moyen Age. Selon ce mythe, abondamment illustré dans les manuels scolaires qui ont formé plusieurs générations, l’histoire de l’humanité a subie une interruption d’un millénaire entre le brillant Empire Romain (qui opprimait pourtant brutalement des peuples et des cultures) et la non moins brillante ascension du capitalisme. Cette légende a comme fil conducteur conceptuel l’exaltation de l’Etat (antique et moderne) contre « l’anarchie » médiévale, distinction péjorative avec laquelle on occulte l’existence de communautés paysannes libres et semi-libres tout au long de l’espace et du temps de l’Occident médiéval et qui constituèrent la base sociale des prodigieux progrès opérés à partir de l’an 1000.

Dans le cas de la Révolution russe, le rôle significatif joué par Lénine, Trotsky et leurs camarades dans le triomphe de la révolution et dans la dramatique guerre civile qui l’a suivie, à élevé à la catégorie de dogme indiscutable toutes les orientations et décisions prises par eux à cette époque. C’est là qu’a pris forme l’un des mythes les plus persistants jusqu’à nos jours : celui selon lequel le triomphe de la Révolution russe ne fut possible que par l’existence d’un parti monolithique, fermement centralisé et discipliné, où l’existence de fractions ou de courants internes et d’opinions publiques individuelles divergentes avec les opinions majoritaires n’avait pas de place.

Le centralisme démocratique n’est plus ce qu’il était

L’expérience de la lutte de la classe ouvrière contre le capital a posé de manière précoce l’impératif de l’unité d’action afin que cette lutte soit victorieuse. Le pouvoir économique et politique du capital, centralisé dans l’Etat, ne pouvait être contrebalancé ou ébranlé que si les exploités rassemblaient leurs forces dispersées. Depuis l’apparition des premières grèves, la dispersion et la division ont toujours été synonymes de défaite. Mais comme cette unité d’action ne peut reposer que sur la conviction des travailleurs, et que celle-ci ne se réalise pas par décret, la libre confrontation des idées et des opinions est indispensable pour parvenir à l’unité d’action et au développement du mouvement de lutte.

La plus large démocratie n’est donc pas pour les travailleurs un simple additif décoratif dont ils peuvent se passer en fonction des circonstances plus ou moins favorables de la lutte ; elle est au contraire la condition qui rend possible leur unité d’action.

La liberté de discussion la plus absolue et la plus forte unité d’action : tels sont les présupposés qui se résument dans la célèbre formule du centralisme démocratique. Toute personne qui veut lutter ne pourrait la remettre en question. Il s’agit cependant d’un abus conceptuel que d’attribuer cette idée élémentaire à Lénine ou aux bolchéviques, car elle correspond en réalité à la tradition historique de l’ensemble du mouvement de lutte des exploités et, plus spécifiquement, de toutes les organisations de la classe ouvrière ; syndicales, sociales, coopératives ou politiques, de ces deux derniers siècles.

Mais, à la suite du Xe Congrès du Parti bolchévique (1921) et de l’adoption des « 21 Conditions » d’adhésion à l’Internationale Communiste, le « centralisme démocratique » s’est transformé en une formule qui résume la conception d’un parti monolithique, hiérarchisé et centralisé de manière rigide, avec une discipline quasi militaire. On peut résumer cette conception du parti par ses caractéristiques principales suivantes :

1. La tenue de congrès espacés tous les trois ans, ou plus.

2. Une interdiction des fractions ou des tendances internes permanentes autour de positions politiques particulières ou divergentes.

3. Un contrôle total du Comité central sur l’organe de presse central et sur toutes les publications du parti.

4. Le pouvoir total du Comité central sur toute la vie interne du parti, à savoir : a) création ou dissolution de ses organismes, destitution et intervention sur les directions subordonnées, b) acceptation ou rejet des adhésions ; c) imposition des orientations du CC à tous les secteurs de l’activité du parti.

5. Une subordination totale des organismes inférieurs aux organismes supérieurs : de la cellule au comité de quartier, de ce dernier au comité de district et de ce dernier au Comité central, et cela sur toutes les questions, y compris tactiques, locales ou sectorielles.

6. Les discussions sont rigoureusement internes. On n’admet d’ailleurs pas la publication de positions personnelles non approuvées par la direction.

7. Des organismes centraux de direction échelonnés de manière pyramidale et hiérarchique ; par exemple : un Comité central de 30 membres qui se réunit tous les trois mois, un Comité exécutif de 15 membres qui se réunit tous les mois, un Bureau politique de 7 membres se réunissant chaque semaine et un Secrétariat de 3 membres quotidiennement. Comme chaque organisme est strictement discipliné, les trois membres du Secrétariat, une fois qu’ils ont pris leur décision, votent en bloc dans le Bureau, les sept du Bureau votent en bloc au Comité exécutif et les quinze de l’exécutif au Comité central. De cette manière, deux membres du secrétariat parviennent à contrôler tout le parti s’ils gagnent une voix au Bureau, une voix de plus à l’exécutif et encore une au Comité central. Le tableau est complété par l’interdiction de « transposer » des discussions en cours à un échelon supérieur ou inférieur.

Cette structure hautement hiérarchique et centralisée prétend être l’expression de la formule consacrée du « centralisme démocratique » alors qu’elle concrétise son contraire : la plus absolue restriction autoritaire dans la discussion et la plus forte obéissance à la direction, ce qui est très éloigné des caractéristiques nécessaires pour parvenir à l’unité d’action prolétarienne.

Il n’existe pas de théorie léniniste de l’organisation

Ce qui caractérise les opinions de Lénine en matière d’organisation, c’est la nécessité de mettre toujours celle-ci en adéquation avec les objectifs révolutionnaires et les conditions changeantes de la lutte. Lénine a présenté tout au long de sa trajectoire militante un sain pragmatisme et des opinions notablement changeantes en matière d’organisation (comme sur d’autres questions).

Dans une première étape, on peut trouver des textes de Lénine qui reprennent la tradition classique du marxisme quant à la fonction du parti : « La lutte elle-même des ouvriers contre les patrons, de par ses nécessités, permet inévitablement aux ouvriers d’aborder les problèmes publics, les problèmes politiques ; elle leur permet d’étudier comment est dirigé l’Etat russe, comment se dictent les lois et les normes et quels intérêts ils servent. La tâche du parti ne consiste pas à discourir sur les moyens à la mode pour aider les ouvriers mais à adhérer au mouvement ouvrier, à éclairer sa voie et à aider les ouvriers dans cette lutte qu’ils ont déjà initiée eux-mêmes ».

Il s’agissait de l’étape de la lutte politique contre le « populisme » et le terrorisme, en fonction de laquelle Lénine insiste sur la nature du parti en tant que parti de la classe ouvrière qui s’appuie et généralise son expérience de lutte et non en tant qu’organisation particulière, distincte de l’organisation ouvrière et qui tente de lui inculquer ses propres « méthodes à la mode ».

Lénine cite ainsi le fameux passage du « Manifeste Communiste » : « Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. »

Dans une seconde étape, qui correspond à la lutte théorique contre les « économistes », dans les conditions de clandestinité rigoureuse et de persécution sous le tsarisme, Lénine insista sur la nécessité d’une organisation de militants professionnels formés à la théorie révolutionnaire et rigoureusement clandestine : « Un révolutionnaire professionnel n’est pas un ouvrier qui gagne un salaire dans une usine. C’est un fonctionnaire payé par le parti (…). Un tel révolutionnaire professionnel sera tout autant un intellectuel que tout ouvrier qui se détache par ses capacités (…) Tout agitateur ouvrier qui a un certain talent, qui ‘promet’, ne doit pas travailler onze heures à l’usine. Il faut faire en sorte qu’il vive au compte du parti. »

C’était l’époque où, polémiquant avec les économistes, il souligna que la conscience de classe ne peut être apportée que de « l’extérieur » au mouvement ouvrier. Ainsi, même avant « Que faire ? », Lénine écrivait que « la théorie de la social-démocratie en Russie a surgit dans une indépendance absolue par rapport au développement spontané du mouvement ouvrier, en tant que résultat naturel inévitable du développement de la pensée des intellectuels révolutionnaires socialistes ».

Nous sommes ici devant un Lénine avant-gardiste, intellectualiste, doctrinaire, qui privilégie une organisation du parti ultra-délimitée et qui souligne le caractère nettement différencié de cette organisation par rapport à l’organisation spontanée de la classe ouvrière.

Avec la Révolution de 1905, Lénine changera à nouveau - et de manière spectaculaire - sa conception du parti : « Les conditions dans lesquelles se déroulent l’activité de notre parti sont en train de changer radicalement. On a conquis la liberté de réunion, d’association et de presse. Notre parti s’est engourdi dans la clandestinité ; or la clandestinité s’effondre. En avant ! Plus d’audace ! Empoignez les nouvelles armes, remettez les à des gens neufs, élargissez vos bases de soutien, faites appel à tous les ouvriers social-démocrates, incorporez-les par centaines et par milliers dans les rangs des organisations du parti ! Que leurs délégués animent les rangs de nos centres, qu’ils apportent l’air frais de la jeune Russie révolutionnaire (…). Il est souhaitable que dans les nouvelles organisations il y ait pour chaque militant social-démocrate intellectuel des centaines d’ouvriers social-démocrates. »

A cette époque (printemps 1906) et en évoquant la création des soviets, Lénine entonnera un véritable hymne à la spontanéité : « Ces organes furent exclusivement fondés par les couches révolutionnaires de la population, ils furent fondés d’une manière totalement révolutionnaire, en dehors de toute loi et règlement, comme un produit de l’activité populaire primitive, comme une expression de l’action indépendante du peuple ».

Nous avons cette fois-ci à faire avec un Lénine ouvriériste, spontanéiste, anti-intellectuel, qui a une confiance aveugle dans la conscience révolutionnaire spontanée des ouvriers qui traversent une expérience révolutionnaire et il propose en conséquence un modèle déterminé de parti ouvrier de masse.

Parti d’avant-garde ou parti de masse, parti de révolutionnaires professionnels ou parti d’ouvriers d’usines, parti conspiratif et délimité ou parti ouvert et légal : ces polémiques se sont succédées de manière ininterrompue depuis lors. Pendant des décennies, on a vu des cohortes d’apprentis entomologistes cherchant les citations de Lénine qui justifieraient l’une ou l’autre conception du parti. Mais les citations de Lénine, tirées du contexte de leurs circonstances concrètes et des tâches changeantes, donnent tout et leur contraire. La seule certitude, c’est qu’il n’existe pas de théorie léniniste de l’organisation, du moins pas dans un sens plus général, comme on peut par exemple le lire dans l’organe du Parti Communiste d’Uruguay (« Carta Popular », 09/08/96) :

« A sa première session suivant le congrès, le Comité central du PCU a réaffirmé le principe du centralisme démocratique (…)composante fondamentale du Parti de type nouveau (…) instrument fondamental appliqué non pas par imposition mais par acceptation consciente, il constitue une muraille offensive irremplaçable contre toute tentative de pénétration ennemie ».

Les différents critères d’organisation que Lénine a défendus, depuis les origines du bolchevisme jusqu’à la prise du pouvoir, ont toujours visé la participation des masses à la vie du parti. Contre le modèle centralisé et élitiste bourgeois où seuls les chefs parlent et décident en face d’une masse passive qui obéit et vote, Lénine et les bolchéviques défendaient la nécessité d’un parti militant où l’opinion et l’action des travailleurs pouvaient s’exprimer, influencer et décider librement.

La métaphore de la « muraille » contre toute tentative de pénétration ennemie n’est rien d’autre qu’une copie des mesures coercitives que les bolcheviques se virent poussés à prendre, de manière parfois justifiée et parfois non, dans le contexte d’une révolution assiégée par les principales puissances impérialistes de la planète. Ce siège impérialiste a cependant été transfiguré, dans une sorte de reproduction mythique, en un danger permanent de pénétration… des idées ennemies. Tout divergence apparaît donc comme suspecte, comme potentiellement dangereuse pour l’unité « monolithique » du parti.

Dans un tel cadre, on ne conçoit pas que la vie du parti est nécessairement faite par la confrontation permanente d’opinions et par la lutte politique, qui est impensable sans la libre publicité et la libre circulation des idées. Des décennies de pratique stalinienne contre le fractionnalisme ont fait oublier la véritable exaltation faite par Lénine de la lutte fractionnelle dans la social-démocratie russe en tant que partie essentielle de l’histoire du bolchévisme : « Les éminences stupides et les vieilles commères de la IIe Internationale, qui froncent les sourcils avec mépris et dédain face à l’abondance de « fractions » dans le socialisme russe et face à la lutte acharnée qu’elles se livrent entre elles, ont été incapables, lorsque la guerre a supprimé dans tous les pays avancés la fameuse légalité, d’organiser ne serait-ce qu’approximativement un échange libre (illégal) d’idées et une élaboration libre (illégale) de conceptions justes, similaires à ceux qu’organisèrent les révolutionnaires russes en Suisse et dans d’autres pays ».

Le parti monolithique et le trotskysme

Bien que le mythe du « centralisme démocratique » dans sa forme la plus sclérosée et aberrante a principalement affecté les partis de la tradition stalinienne, toute la gauche partisane de la Révolution russe en a subie les conséquences à partir des mythes construits autour des décisions prises par les principaux dirigeants de cette révolution.

Dans le cas de Trotsky, on peut constater qu’il a a structuré son mouvement, l’Opposition de Gauche Internationale d’abord, puis la IVe Internationale, à partir des critères ultra-centralistes de la IIIe Internationale, dont il fut l’un des principaux animateurs et dont il rédigea bon nombre de ses principales thèses et résolutions.

Victime d’une persécution impitoyable, tant de la part du fascisme que du stalinisme, le mouvement trotskyste a connu sa plus grande opportunité de s’enraciner dans un mouvement révolutionnaire de masse au cours du développement de la Révolution espagnole (1931-1937). Cependant, cette opportunité ne s’est pas concrétisée à cause de la persistance de la conception du parti monolithique. Avec les divergences tactiques survenues entre la Gauche Communiste espagnole, dirigée par Andrés Nin et Juan Andrade d’une part, et le Comité exécutif international de l’Opposition de Gauche d’autre part, dirigé par Trotsky, c’est la rupture qui a été privilégiée. Il est extrêmement révélateur que ni Trotsky, ni Andrés Nin, formés dans la même tradition de l’Internationale Communiste, n’ont été capables de comprendre qu’une Internationale révolutionnaire de ne peut reposer que sur la collaboration de différents courants et organisations nationales dans le respect de leurs caractéristiques et de leur autonomie, car ces dernières plongent inévitablement leurs racines dans une histoire et dans des traditions différentes, voir même dans des héritages culturels spécifiques à chacun des pays concernés.

Nin et Andrade étaient en désaccord avec la directive internationale de Trotsky d’appliquer une tactique « d’entrisme » dans le Parti Socialiste espagnol. Ils étaient au contraire favorables à la construction d’une organisation indépendante, le POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste), en collaboration avec le courant antistalinien dirigé par Joaquin Maurin.

Incapables d’appliquer les directives de Trotsky parce qu’ils les considéraient comme erronées, mais fidèles au dogme d’une Internationale centralisée et disciplinée, il ne leur est pas venu à l’esprit d’affirmer et d’exiger de l’Opposition de Gauche le respect des décisions autonomes de sa section espagnole. Ils ont par contre considéré comme inévitable la rupture momentanée avec Trotsky, qu’ils considéraient toujours comme leur maître. Trotsky, à son tour, a estimé que l’attitude des trotskystes espagnols relevait de la trahison et a lancé contre le POUM ses plus dures diatribes. Cette rupture a condamné Trotsky à jouer le rôle d’un simple commentateur face à la révolution espagnole et elle a également contribué à l’isolement international du POUM, facilitant ainsi sa destruction ultérieure par la répression stalinienne. Sans que les protagonistes en aient eu conscience, c’est l’ombre des « 21 conditions » et le mythe du « parti monolithique » qui planait pourtant au dessus de cette mésentente tragique.

Après l’assassinat de Trotsky, la trajectoire du mouvement trotskyste ne fut plus qu’une longue histoire de ruptures et d’intrigues permanentes dans le but chimérique de « reconstruire la IVe Internationale sur base du centralisme démocratique », en vérité sur base d’une obéissance disciplinée à une direction internationale. A une certaine époque, le dirigeant trotskyste Pierre Lambert forgea le concept curieux de « national-trotskysme » pour s’attaquer à tout courant qui prétendait construire un parti en pensant avec sa propre tête et en refusant d’accepter ses directives. Ce concept fut rapidement adopté par d’autres dirigeants trotskystes (comme l’argentin Nahuel Moreno) qui aspiraient à diriger leur propre Internationale.

Dans certains cas, cette manie dirigiste prit des caractéristiques risibles, débouchant sur les idées les plus farfelues quant au pays où devait passer l’axe central de la lutte des classes mondiale. Ainsi, pour les partisans de Moreno, ce devait être l’Argentine ; pour le bolivien Guillermo Lora, c’était le Bolivie, et pour le français Lambert, la France ou l’Europe. Au-delà des faiblesses théoriques et politiques, jusqu’à un certain point inévitables, de tous les courants trotskystes, le renforcement momentané et relatif du Secrétariat Unifié de la IVe Internationale, dirigé par Ernest Mandel, est probablement lié au fait qu’il a renoncé - sans doute de manière empirique - à établir une discipline stricte dans ses rangs, en adoptant une relation plus lâche entre ses différentes organisations nationales.

Conclusion

A près de 80 ans du triomphe de la Révolution d’Octobre, la première condition pour rendre un hommage militant à ses dirigeants historiques que furent Lénine, Trotsky et d’autres bolchéviques, c’est de les sortir de l’Olympe mythique dans lequel ils ont été exilés pendant tant d’années. Dépouillés de leurs masques divins, sans doute ressurgiront-il avec plus de netteté dans leur véritable dimension humaine, avec leurs points forts, leurs erreurs, leurs grandeurs et leurs faiblesses.

Les revendiquer implique nécessairement de discuter leur bilan à la lumière de toute l’expérience historique ultérieure. Comme tous les êtres humains, les bolchéviques ont également été conditionnés par leur époque et par leur propre expérience qui, et aussi riche qu’elle ait pu être, était nécessairement limitée. L’énorme prouesse historique qu’a signifiée la défense de la révolution pendant plusieurs années de difficultés inouïes a alimenté une forte confiance en eux-mêmes, en leurs propres forces et dans le parti qu’ils avaient forgé au cours de deux décennies d’expériences exceptionnelles. Que ce parti et cette Internationale aient pu se transformer en instruments de la réaction bureaucratique, puis de la restauration capitaliste, cela ne pouvait entrer dans leurs prévisions et dans leurs raisonnements. Ils ont remplis leur mission avec succès et personne ne peut exiger plus d’eux, sous peine de croire en l’infaillibilité. Afin de remplir notre tâche à nous, dans les conditions actuelles du capitalisme, il est nécessaire de séparer le bon grain de l’ivraie.

Il faut récupérer le bolchévisme dans sa véritable dimension, c’est-à-dire en tant qu’expression puissante et culminante de toute la tradition démocratique révolutionnaire du prolétariat européen du XIXe siècle. Par contre, à la lumière du destin de l’URSS, se revendiquer aujourd’hui de la « théorie » du parti unique et du parti monolithique, c’est s’aveugler soi même volontairement. C’est non seulement une imposture, mais aussi un anachronisme. Pour quiconque veut bien voir les choses, les 60 années de parti unique et monolithique en URSS ne furent pas une « muraille contre l’ennemi » mais bien la condition nécessaire pour que la bureaucratie des Yeltsine, Gaïdar et compagnie puisse au final faire le choix de la restauration capitaliste afin de sauvegarder ses privilèges. Parti unique et parti monolithique sont les deux faces d’une même médaille. Isaac Deutscher l’a décrit avec précision ;

« Le système de parti unique représentait une contradiction essentielle ; le parti unique ne pouvait être un parti dans le sens généralement accepté du terme. Sa vie interne était destinée à se réduire et à devenir rachitique. Du « centralisme démocratique », le principe de base de l’organisation bolchévique, seul le centralisme a survécu. Le Parti a maintenu sa discipline, mais non sa liberté démocratique. Et il ne pouvait en être autrement. Si les bolchéviques se consacraient librement à des controverses, si ses dirigeants exprimaient leurs divergences en public et si les militants de base critiquaient leurs dirigeants et leur politique, de telles choses constitueraient un exemple pour les non bolchéviques et on ne pouvait s’attendre alors à ce que ces derniers s’abstiennent de discuter et de critiquer. Si l’on permettait que les membres du parti au pouvoir forment des fractions et des groupes pour défendre des opinions spécifiques au sein du parti, comment pourrais-t-on alors interdire aux gens en dehors du parti de former leurs propres associations et de formuler leurs propres programmes politiques ? Aucune société politique ne peut être muette dans ses neuf dixièmes et avoir la parole dans le dernier dixième. Après avoir imposé le silence à la Russie non bolchévique, le parti de Lénine devait fatalement se l’imposer à lui-même. »

La « théorie » du parti unique et son antichambre qu’est le parti monolithique plonge son origine dans les circonstances que les bolchéviques furent obligés d’affronter et dans les erreurs qu’ils commirent. La réaction bureaucratique dirigée par Staline l’ont transformé en un dogme fondamental afin d’assurer la domination et les privilèges de la bureaucratie contre la critique et la mobilisation démocratique des travailleurs.

A l’étape actuelle, quand la reconstruction de la gauche en tant que mouvement théorique et pratique exige comme condition indispensable la discussion démocratique la plus large, la plus rigoureuse et la plus fraternelle parmi les différents courants qui se réclament de la tradition de lutte du marxisme et du mouvement des exploités, le mythe du centralisme démocratique apparaît comme une muraille, non contre le capitalisme, mais bien contre le réarmement théorique et politique nécessaire pour le combattre.

Texte publié dans la revue marxiste argentine « Herramienta » n°10, juillet-août-septembre 1999. Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

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