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19 juin 1953 : Exécution des époux Rosenberg et ce qui en a suivi pour une enfant exaltée…

 

19 Juin 2017

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Juan Cuesta Barros

11 h ·

 

Ethel et Julius Rosenberg, 35 et 37 ans, meurent sur la chaise électrique dans la prison de Sing-Sing, près de New York. Ces membres du parti communiste américain ont été condamnés deux ans plus tôt pour avoir livré des secrets nucléaires à l’URSS. Malgré une campagne internationale d’opinion en leur faveur et un appel à la clémence du pape Pie XII, le président Eisenhower rejettera la grâce. Cette exécution survient au paroxysme de « la chasse aux sorcières » menée par le sénateur Joseph McCarthy

 

Comment et par quelles voies multiples, une enfant de ma génération devenait communiste..

 

J’avais alors une douzaine d’années, je vivais à Marseille. Il y a ce pont qui passe au-dessus du cours Lieutaud et relie la rue d’Aubagne au cours Julien. Il est massif et sur ses arches était alors écrit en grosses lettres blanches: « liberez les Rosenberg ». Le car du lycée  nous laissait à l’angle de la Canebière et cours Lieutaud et en passant tous les jours sous le pont, le slogan s’était imprimé en moi, la guerre continuait.

 

C’était si facile à cette époque-là d’être juive et communiste…

 

Le 18 novembre 1952, j’avais alors 14 ans, j’étais au lycée marseileveyre, un lycée pilote qui pratiquait la méthode Freinet.  Nous étions libres, le parc était immense, la pédagogie prétendait développer la capacité de chercher, d’inventer, plutôt que de se contenter de reproduire. Le lycée était mixte, une originalité quasi révolutionnaire, et les filles pouvaient faire de la menuiserie au lieu de la couture. Beaucoup d’enseignants qui s’étaient lancés dans l’aventure étaient issus de la Résistance, communistes et étaient prêts à nous faire confiance, tout en ayant l’amour du savoir. Cela allait bien avec ma sauvagerie naturelle et l’invraisemblable curiosité qui m’a toujours animée.

 

Ce 18 novembre 1952, notre enseignant de français qui s’appelait Monsieur Rouveyre et qui avait une voix de basse, chaude et envoutante, nous a déclaré: « un grand poète est mort et il nous a lu « Liberté ». Puis il a fait un instant de silence et il nous a déclaré, « en mourant Paul Eluard a demandé des nouvelles des Rosenberg » le lien était fait avec cette inscription, ce couple dont j’avais vu les photos dans le journal Rouge-midi que lisait ma grand mère et où je suivais les exploits de Felix le chat. La poésie était liberté, il suffisait de mener une lutte résolue contre la résurgence du nazisme.

 

Et tout le reste du cours s’est passé à nous réciter des poèmes. Quand je suis rentrée chez moi, j’ai levé les yeux vers le pont et son inscription et j’ai pleuré à chaudes larmes… Ce qui m’arrivait rarement, on m’appelait « la fille qui ne pleure jamais ». C’est la même chose aujourd’hui, mais quand je pleure cela peut durer des heures et même des jours entiers. Quand je suis rentrée chez moi je pleurais toujours et mes parents s’interrogeaient sur la raison d’un tel chagrin..

 

Eluard est mort, les Rosenberg vont mourir…

 

J’avais à cette époque-là des angoisses terribles à l’idée de la mort… l’élan vital qui me poussait alors était si explosif que je ne pouvais accepter de savoir qu’un jour il s’éteindrait et je me répétais « je suis morte déjà puisque je vais mourir un jour ». Cela faisait partie de cet inexorable qui hantait mes cauchemars, celui des nazis qui venaient me chercher et moi les jambes coupées, je préparais ma valise sans songer à m’enfuir. Eluard est mort et les Rosenberge vont mourir et j’ai pleuré sans fin sous l’œil stupéfait de ma famille qui a déclaré que décidément j’étais folle…

 

Comment on devenait communiste en ce temps-là? Comme on allait se désaltérer à la fontaine, disait celui qui alors traçait des colombes. Parce qu’il faut bien comprendre qu’avoir la bombe atomique pour l’URSS c’était la seule garantie de paix face à l’impérialisme capable d’œuvrer à Hiroshima contre des femmes, des enfants et des vieillards, le même impérialisme en proie au délire du maccarthysme… une sorte de Trump d’aujourd’hui… l’urgence est la même…  Laisserons-nous seul le petit Cuba face à ce fou furieux? Accepterons-nous de participer d’un camp aventurier qui partout porte la misère ou la mort ? Ou inventerons-nous un autre chemin?

 

Danielle Bleitrach