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Humanité 2014

Les pauvres de plus en plus pauvres en France
 
Si le taux de pauvreté a légèrement reculé en 2012, le niveau de pauvreté s’intensifie dans un contexte de baisse globale du niveau de vie en France.
(B.T : phénomène normal avec un Humanité de moins en moins communiste, sinon plus du tout. Et même dans une certaine mesure gagné par l'anti communisme de la classe dominante)

En 2012, 8,5 millions de personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté annonce l’Insee. C’est 200.000 de moins qu’en 2011, mais l’explication est en partie mécanique. Le seuil de pauvreté est ainsi fixé par convention à 60% du niveau de vie médian de la population, ce qui s’élève pour 2012 à 987 euros par mois. Et ce niveau médian a baissé lui-même de 1 %, à 1.645 euros par mois. Car en réalité, s’il y a un peu moins de pauvres statistiquement définis en France, ils sont de plus en plus pauvres. Ainsi la moitié des personnes vivant sous ce seuil de pauvreté disposent de moins de 784 euros par mois soit, en euros constants, un niveau qui n’a jamais été aussi bas depuis 2006.

L’intensité de la pauvreté "augmente donc nettement", souligne l’Insee : les personnes pauvres sont globalement plus éloignées du seuil de pauvreté. La composition de la population la moins favorisée se modifie d’ailleurs un peu puisque parmi les adultes pauvres, la part des chômeurs augmente.
Les familles monoparentales sont particulièrement touchées par la pauvreté : leur part dans la population pauvre passe ainsi de 20,6% en 2011 à 22,3% en 2012. Leur niveau d’activité moyen diminue de 5,0%, si bien que "la pauvreté s’accroît fortement parmi les mères de familles monoparentales", relève l’Insee. Le nombre de retraités pauvres à l’inverse baisse. Ce qui s’explique par la très légère hausse des pensions en 2012, qui rapportée à la baisse générale du niveau de vie, en a fait sortir plusieurs du fameux seuil statistique. La baisse globale du niveau de vie se ressent chez les ménages aisés, touchés par les augmentations d’impôts, mais surtout chez les plus pauvres. La hausse du chômage, la stagnation des prestations sociales alors que les prix continuent à augmenter ont sérieusement touché les plus fragiles.

L’Insee est conscient des limites de ce seuil statistique, même s’il se révèle éclairant. Par exemple, il faut ajouter à ce nombre environ 500.000 pauvres en France non recensés, puisque vivants dans la rue, en prison ou en maison de retraite. Et les SDF sont environ 150.000 en France, en augmentation de 50 % en 10 ans. Autre limite, cet indice ne fait pas de différenciation entre les propriétaires et les locataires dans le calcul du niveau de vie. En étant conscient de ces limites, ce seuil reste néanmoins utile pour suivre les évolutions dans le temps et comparer les pays européens entre eux..

EN COMPLEMENT

Pauvreté, miroir des échecs politiques

Méfions-nous de certains chiffres. Et plus encore de leur éventuelle interprétation. Selon des statistiques publiées hier par l’Insee, la pauvreté toucherait légèrement moins de Français. Il y aurait tout lieu de croire que la situation s’améliore. Grave erreur ! Cette statistique n’est qu’un trompe-l’œil. Entre 2008 et 2011, près d’un million de personnes supplémentaires étaient passées en dessous du seuil de pauvreté. Si cette tendance a subi une «  pause  » en 2012, les auteurs du rapport ne cachent pas que la pauvreté «  gagne en intensité  », d’autant que le niveau de vie médian a, une nouvelle fois, baissé de 1 %. Les plus pauvres sont de plus en plus pauvres ; les plus riches, de plus en plus riches. Quant au principal chiffre, il donne le vertige : 8,5 millions de Français, près de 14 % de la population, vivaient avec moins de 987 euros par mois en 2012.

Comment ne pas croire que, depuis, cette situation s’est encore aggravée ? Résumons donc la réalité d’une simple formule : la majorité des Français continue de s’appauvrir, dans des proportions qui signent l’état d’urgence absolue. Car la pauvreté n’est rien d’autre que le cruel miroir des échecs politiques de nos gouvernants. Avec le morcellement du travail, la précarité salariale et la multiplication des formes «  atypiques  » d’emploi, chacun peut constater que le recul du pouvoir d’achat frappe dans la masse, et d’abord les plus faibles. Sans oublier bien sûr l’explosion du chômage, qui concerne non pas 3,5 millions de personnes mais plus de 6 millions. Ce vrai chiffre – effrayant pour un pays qui se vante d’être la cinquième puissance mondiale – correspond à l’ensemble des inscrits dans les cinq catégories de Pôle emploi. Jamais les responsables des associations caritatives n’ont autant exprimé leur «  détresse  » de ne plus pouvoir assurer les «  missions élémentaires  » que la société, laminée dans ses profondeurs, attend désormais d’elles. N’ayons pas peur des mots. C’est la République elle-même, et son idéal originel d’égalité, qui vacille. La simple indignation morale ne suffit plus. Du moins quand on est vraiment de gauche.

Jean-Emmanuel Ducoin

http://www.humanite.fr/pauvrete-miroir-des-echecs-politiques-551365

»» http://www.humanite.fr/les-pauvres-de-plus-en-plus-pauvres-en-france-551173
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Le journal de Jaurès, mon journal ment...et est pris la main dans le sac!

 

 J'ai fait part de nos réactions a José Fort

----- Original Message -----

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Sent: Tuesday, July 22, 2014 11:28 AM

Subject: Fw: Le journal de Jaurès, mon journal ment...et est pris la main dans le sac!

Bonjour.

J'ai lu votre billet de ce matin qui met un peu de raison dans ce que nous lisons depuis quelques jours dans l'huma. Il reste que nous sommes nombreux à être choqués par la publication d'une série d'article, ces derniers jours, sur ce sujet. Comment le journal de Jaurès en est arrivé là. Un correspondant du blog les crises remarquait que, cent ans après son assassinat, nous en sommes revenu au même point. Veille de guerre et chauvinisme, logique des alliances et contradictions inter-impérialistes. Comme il y a cent ans la presse unanime se trouve derrière les va-t-en guerre, dans une ambiance manichéenne, qui une fois de plus place la Russie et ses abords au centre des disputes. Peut-on espérer que l'Humanité revienne sur sa ligne éditoriale originale, celle de l'internationalisme, de la solidarité avec les combats des classes populaires contre le capital et de la défense de la Paix?

Fraternellement

Gilbert Rémond

PS çi-dessous  quelques réactions et le lien pour l'article du blog des crises.


----- Original Message -----

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Sent: Tuesday, July 22, 2014 10:01 AM

Subject: Fw: Le journal de Jaurès, mon journal ment...et est pris la main dans le sac!

Participant occasionnel de l'improbable et militant démissionnaire du PCF celui qui prend le pseudo de ser belle, lui aussi choqué par les article parus dans l'huma sur l’Ukraine, m'envoie ce texte avec un lien a un article du blog les crises  "Même l'humanité s'y met et ment". Pour ma part j'écrivais :

"Qu'est-ce qui arrive à l'humanité: un journaliste qui a pété les plombs, un provocateur infiltré où un virage contre nature pris en faveur de l'OTAN par la rédaction? Peut-on tolérer sans rien dire de telles prises de positions de la part du journal de Cachin, Péri  Fajon et Andrieux? Même Jaurès dont c'est la mode aujourd'hui de  cité les paroles à toute occasion n'y reconnaîtrait pas ses petits".

D'autres ont protesté, mais le journal ne veut les entendre, ni les lire, leur courrier a été ignoré. Ils n'étaient pas habitué à ce traitement. La surprise en est d'autant plus grande. Si la situation n'était pas si grave l'on pourrait se demander s'il y a un pilote dans l'avion, euh je veux dire un rédacteur au journal, mais les derniers commentaires politiques des événements franco-français laissent craindre que l'otanisation de l'équipe dirigeante affiliée au PGE est en voie de réalisation. Sa logique européiste et ses partenaires détenteurs de part du journal l'y engagent. Dans le domaine de la presse plus que dans tout autre la lutte des classes livre une bataille enragée. Il n'est pas possible de jouer longtemps à cache cache où a chat perché avec le capital, ce dernier fini toujours par avoir raison de ceux qui lui avait accordé un début de confiance en lui entrouvrant la porte.

Gilbert


----- Original Message -----

From: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.">ser belle

To: undisclosed-recipients:

Sent: Tuesday, July 22, 2014 8:50 AM

Subject: Le journal de Jaurès, mon journal ment...et est pris la main dans le sac!

Toute guerre s'accompagne d'une campagne de propagande, reprise et accompagnée par le pouvoir médiatique, menée par chacune des parties...Ma mère raconte souvent, pour illustrer cette vérité d'évidence, qu'alors avec sa famille et des millions de français, elle était jetée dans ce qu'on a appelé en 1940 "le chemin de l'exode" devant l'avancée de l'armée nazie, dans le même temps la radio française annonçait...que la France était entrain de gagner la guerre, alors que les troupes allemande atteignaient Paris!  
Donc la guerre civile en Ukraine, (appelons ce conflit comme ça!, mais il pourrait aussi être appelé "la 1ère guerre atomique vient de commencer, tous aux abris!"), à quelques centaines de kilomètres de nous à vol d'oiseau, dégénère. Et l'OTAN, partie prenante du conflit, voire instigateur du conflit, se saisit d'un évènement gravissime, un avion commercial est abattu causant la mort de près de 300 innocents....Et accuse les "pro-russes" de cet acte inqualifiable, et par effet de bande, comme au billard, en accuse  la Russie, et Poutine. Dans le concert des "informations" contradictoires échangées entre les parties, difficile de se faire une "opinion"...ce qui incite à la prudence, pour le moins!!!. Nos affinités peuvent parfois (souvent!) influer nos jugements. Communiste, je me réfère depuis toujours à une source qui m'accompagne depuis l'âge de 16 ans, le journal l'Humanité. Journal fondé par Jean Jaurès, il reprend le fameux "Le courage est de chercher la vérité, et de la dire!". Ce que je lis aujourd'hui dans ce journal  m'afflige... sa ligne éditoriale, pour ce qui concerne l'Ukraine, est alignée sur l'OTAN, donc sur l'Empire américain. L'article que je soumets à votre lecture est la caricature de cet alignement. J'ai honte pour le journal  l'Humanité, aujourd'hui. L'Humanité ment sciemment comme en apporte la preuve le site www.les-crises.fr... A vous de juger.


  [Jaurès es-tu là ?] Ah, ben même l’Humanité s’y met… (et ment)


Quelques réactions collectées sur www.les-crises.fr 

Jeanne L.Le 22 juillet 2014 à 09h03

J’ai hier résillié mon abonnement à l’Humanité à cause de cet article,depuis plusieurs mois je tergiversais car des lustres de lecture quotidienne, des grands-parents et parents abonnés au journal, l’apprentissage de la lecture sur les gros titres,les regards de complicité lorsqu’un autre voyageur lisait le même journal dans le train de départ au travail le matin, ne rendent pas très simple une telle démarche qui n’est pas que commerciale.
Mais là, la honte m’a saisie, comment oser de telles phrases ? Comment avoir si peu d’analyse de la situation. Depuis longtemps et avec la mutation huesque le journal n’était plus l'"organe central du PCF" mais il restait un journal où les analyses avaient encore une “teinture” et parfois une force communiste (par exemple au moment de Maestrich, des guerres du golfe, des guerres de Yougoslavie etc…).
Ici, qu’un journal dont le directeur Le Hyaric est encore élu communiste, (Honte à lui!) ne voit pas que l’Ukraine est le point crucial de la lutte du capitalisme impérialiste qui en ce moment s’essaye à la carte fasciste, seule carte qu’il peut jouer.
Que cette dénonciation du fascisme “chaud”, pas diffus, avec ses tortures ses exils de populations, ses appropriations des biens publics (mines),des réquisitions de biens privés des opposant, ses destructions et sa militarisation/” mercenairisation“ de l’ensemble de la société (voir les mobilisations de la jeunesse masculine jusqu’à 55 ans !), que tout cela ne vienne pas spontanément sous la plume du moindre stagiaire est une trahison! La nuance ,oui! la réflexion et pas la soumission aux dogmes,oui ! mais pas le ralliement au fascisme et à son idéologie.

NankerLe 22 juillet 2014 à 09h52

Damien Roustel auteur en 1996 de « Les journalistes et Pierre Botton : Vous avez dit déontologie ? »

En effet où est la déontologie? Pondre un copié-collé de toutes les rumeurs et affirmations non fondées qui circulent à propos de la crise ukrainienne, c’est conforme à la déontologie journalistique?

Ou alors Roustel a voulu faire sérieux et s’est inspiré des papiers de Smolar dans « Le Monde »?

FabienLe 22 juillet 2014 à 11h41

De mon point de vue, c’est une erreur d’analyser la crise ukrainienne à la lumière de la sympathie ou de l’antipathie qu’on a pour Poutine, son idéologie, ses méthodes, la façon dont il dirige la Russie… Ne mélangeons pas politique extérieure et politique intérieure. Que je sache, quand Chirac s’est opposé à la guerre en Irak, la gauche, bien que dans l’opposition, l’a soutenu!

De même, aujourd’hui, si j’ai bien suivi, aucune force politique russe (à part les soit-disant “démocates” ou “libéraux” qui ne représentent qu’eux même) ne juge que Poutine a agressé l’Ukraine… certains, semble-t-il le trouveraient même trop mou!

Alors si vraiment l’Huma relaie la propagande otanienne au motif que Poutine est un affreux réac (ce qui n’est pas forcément complètement faux), c’est très stupide de leur part.

Poutine veut développer le rôle de la religion de la société, faire triompher les “valeurs traditionnelles” et réprimer l’homosexualité (officiellement, uniquement sa promotion auprès des mineurs), développer l’économie de marché, maintenir un système politique relativement autoritaire… C’est à peu près le contraire de mes idées. Mais cela ne m’empêche pas de reconnaître que ce n’est pas la Russie qui actuellement sème le désordre et le conflit sur la scène internationale.

Que je sache, ce n’est pas la Russie qui va semer la guerre à l’autre bout du monde au prétexte de la démocratie, maintient des relations amicales avec les pires régimes obscurantistes (Arabie Saoudite), soutient la politique israélienne de colonisation et d’apartheid, tente d’installer à coup de “révolutions colorées” des régimes à sa main dans des pays situés aux frontières des grandes puissances rivales, étend son alliance militaire non loin des dites frontières, renverse à coup de bombardements un gouvernement quand il a obtenu mandat pour une zone d’exclusion aérienne, etc.

MacarelLe 22 juillet 2014 à 11h39

Personne ne peut parler en son nom, mais je pense que Jaurès aurait mis en avant la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Car il est quasiment certain que si l’on organisait un référendum dans les provinces du Donbass, le résultat serait favorable à un rattachement à la “Mère Russie”.
Mais les considérations géostratégiques des grand acteurs mondiaux, ont toujours fait fi, de la liberté des peuples à disposer d’eux-même. Et les peuples les plus martyrisés, se trouvent sur les lignes de faille entre les plaques tectoniques de la géopolitique mondiale.
Comme par hasard, ce sont les zones les plus riches en ressources fossiles, ou en matières premières, nécessaires au développement du Corporate Power
Ces bras de fer géostratégiques pilotés par les oligarchies de chaque camps sont très dangereux, car à force de laisser les situations s’envenimer, des “dérapages” de plus en plus graves peuvent, à tout moment, provoquer un embrasement régional, voire mondial.
Nous approchons du mois d’août 2014, et nous ne pouvons oublier qu’un certain août 1914, l’Europe a basculé dans la démence collective : Jaurès avait mis en garde contre les risque d’une explosion de la barbarie, mais il fut assassiné juste avant le déclenchement de cette atroce boucherie.
Il est tellement plus facile de haïr l’autre, que d’essayer de le comprendre. Surtout, la minorité qui tire les ficelles a dans ces situations historiques, -périlleuses pour elle, pour son statut-, intérêt à ce que les peuples s’entredéchirent. Pendant ce temps, ils ne pensent pas à se poser les vrais questions. Celles qui pourraient leur permettre de vraiment s’émanciper de leurs vrais maîtres.
Est-ce à désespérer de l’Homme ???

Depuis six mille ans la guerre

Depuis six mille ans la guerre
Plait aux peuples querelleurs,
Et Dieu perd son temps à faire
Les étoiles et les fleurs.

Les conseils du ciel immense,
Du lys pur, du nid doré,
N’ôtent aucune démence
Du coeur de l’homme effaré.

Les carnages, les victoires,
Voilà notre grand amour ;
Et les multitudes noires
Ont pour grelot le tambour.

La gloire, sous ses chimères
Et sous ses chars triomphants,
Met toutes les pauvres mères
Et tous les petits enfants.

Notre bonheur est farouche ;
C’est de dire : Allons ! mourons !
Et c’est d’avoir à la bouche
La salive des clairons.

L’acier luit, les bivouacs fument ;
Pâles, nous nous déchaînons ;
Les sombres âmes s’allument
Aux lumières des canons.

Et cela pour des altesses
Qui, vous à peine enterrés,
Se feront des politesses
Pendant que vous pourrirez,

Et que, dans le champ funeste,
Les chacals et les oiseaux,
Hideux, iront voir s’il reste
De la chair après vos os !

Aucun peuple ne tolère
Qu’un autre vive à côté ;
Et l’on souffle la colère
Dans notre imbécillité.

C’est un Russe ! Egorge, assomme.
Un Croate ! Feu roulant.
C’est juste. Pourquoi cet homme
Avait-il un habit blanc ?

Celui-ci, je le supprime
Et m’en vais, le coeur serein,
Puisqu’il a commis le crime
De naître à droite du Rhin.

Rosbach ! Waterloo ! Vengeance !
L’homme, ivre d’un affreux bruit,
N’a plus d’autre intelligence
Que le massacre et la nuit.

On pourrait boire aux fontaines,
Prier dans l’ombre à genoux,
Aimer, songer sous les chênes ;
Tuer son frère est plus doux.

On se hache, on se harponne,
On court par monts et par vaux ;
L’épouvante se cramponne
Du poing aux crins des chevaux.

Et l’aube est là sur la plaine !
Oh ! j’admire, en vérité,
Qu’on puisse avoir de la haine
Quand l’alouette a chanté.

Victor Hugo

achrilineLe 22 juillet 2014 à 13h55

Ah … qu’il est dur d’être journaliste à notre époque. Soit vous dîtes la vérité et on vous supprime les subventions, soit vous hurlez avec les loups, vos abonnés vous le reprochent et résilient leur abonnement. Ayant moins de lecteurs vous avez donc moins de subventions, 

@Fabien quel choix Cornélien que de deviner comment perdre le moins.

Beaucoup de gens ont de grandes idées de société idéale mais diriger un pays aussi vaste où fourmillent des tas d’ONG’s payées par un ennemi qui ne vous veut pas que du bien (c’est un euphémisme) demande parfois de prendre des décisions que nous jugeons anti-démocratiques. Mais de quel droit devrions nous décider de ce qui est bon pour les Russes. J’ai noté d’ailleurs qu’une majorité importante soutient Poutine avec un pourcentage à faire rêver beaucoup de président de pays soit-disant démocrates. Croyez-vous d’ailleurs que ce que l’on appelle “l’Occident” soit une démocratie ? Et croyez-vous qu’au regard de son passé il ait des leçons a donner ?

H.D : Interview René Naba, « En à peine un an, la perception de la Russie a changé au Moyen-Orient »

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René Naba

Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP, René Naba vient de publier un ouvrage sur l’Arabie saoudite (1). Il y décrypte les enjeux du prochain déplacement, prévu fin mars, de Barack Obama au « royaume des ténèbres », dans un contexte tendu par les crises syrienne et ukrainienne.

HD. Dans quel contexte Barack Obama effectue-t-il sa visite en Arabie saoudite ?

RENÉ NABA. Ces dernières semaines, la conjoncture internationale s’est considérablement modifiée au détriment de ce que j’appelle « l’islamo-atlantisme », c’est-à-dire l’alliance de l’islam wahhabite et des pays de l’OTAN. La rébellion syrienne, soutenue par l’Arabie saoudite, a subi d’importants revers en perdant, par exemple, la ville de Yabroud. Toute la région côtière va être sécurisée au profit du gouvernement syrien. S’y ajoutent le camouflet diplomatique en Crimée et la guerre qui couve entre les Saoudiens et les Qataris.

HD. La Russie joue-t-elle un rôle plus important au Moyen-Orient ? 

R.N. Mahmoud Abbas, président de I’Autorité palestinienne, a déclaré récemment: « Ne faites jamais confiance aux Américains. Si vous voulez récupérer vos droits, adressez-vous aux Russes. En moins d’un an, il y a eu une modification de la perception de la Russie au Moyen-Orient. En Égypte, le général Al Sissi renoue actuellement avec Moscou, et les États-Unis n’y peuvent rien. Souvenez-vous que les Saoudiens, via l’ex-patron des services de renseignements, Bandar Ben Sultan, avaient proposé, entre autres et en vain, 14 milliards de dollars (10,15 milliards d’euros) d’achat d’armes russes pour que Poutine lâche Bachar Al Assad. Le soutien indéfectible que la Russie a apporté à la Syrie porte en quelque sorte ses fruits.

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« EN ÉGYPTE, LE GÉNÉRAL AL SISSI RENOUE ACTUELLEMENT AVEC MOSCOU, ET LES ÉTATS-UNIS N’Y PEUVENT RIEN. MIKHAIL METZEL / RIA NOVOSTI / KREMLIN POOL / EPA / CORBIS »

HD. La question énergétique est étrangement absente des analyses des crises qui secouent la région…HD. Cette visite intervient dans un climat de grande tension entre le Qatar et l’Arabie saoudite… 

R. N. L’Arabie saoudite n’a pas supporté de voir des États arabes, comme l’Égypte, porter au pouvoir par les urnes des mouvements islamistes comme les Frères musulmans. C’est contraire aux principes héréditaires qui régissent la transmission du pouvoir à Riyad. Vous avez eu le même phénomène en Turquie, pays non arabe mais sunnite. Le Qatar a encouragé partout ce processus, que ce soit en Libye ou en Tunisie. Ensuite, il y a un problème de légitimité. Pour les Saoudiens, un dirigeant arrivé au pouvoir par un coup d’État, comme ce fut le cas de l’ex-émir du Qatar, Hamad Al Thani, n’est pas légitime. Pour Barack Obama, cette guerre entre les deux monarchies est un désastre absolu : de fait, la seule instance régionale de coopération interarabe (la Ligue arabe – NDLR) est neutralisée.

HD. La question énergétique est étrangement absente des analyses des crises qui secouent la région…

R. N. La guerre en Syrie a débuté en partie pour des raisons énergétiques. En prévision du bombardement de l’Iran, initiative soutenue par l’Arabie saoudite, le Qatar avait tenté de convaincre Bachar Al Assad de laisser passer un pipeline pour que le gaz qatari puisse contourner le détroit d’Orrnuz, contrôlé par l’Iran, et alimenter l’Europe via la Turquie. La Syrie avait refusé, entre autres parce que cela allait à l’encontre des intérêts de deux de ses plus fidèles alliés, l’Algérie et la Russie. Le grand problème de l’Europe actuellement, et la crise en Ukraine en fait la démonstration, c’est que son ravitaillement en gaz dépend fortement de l’Algérie et de la Russie, qui ne sont pas dans la sphère d’influence de l’OTAN.


HD. L’Arabie saoudite se rapproche d’Israël. Les États-Unis vont-ils demander aux Saoudiens une reconnaissance officielle de l’État hébreu ?
R. N. Les Saoudiens ne reconnaîtront pas Israël dans l’immédiat, mais les signes se multiplient. Ils ont, par exemple, toléré que la protection des frontières des Émirats arabes unis soit confiée à une société israélienne. C’est aussi des Israéliens qui s’occupent de la sécurité à l’aéroport de Djedda, via une filiale de la société étrangère, G4S. Potentiellement, les Israéliens peuvent avoir accès aux empreintes digitales et aux données biométriques de la plupart des fidèles qui se rendent en pèlerinage à La Mecque. Les Saoudiens vont vouloir négocier leur éventuelle reconnaissance d’Israël avec les États-Unis, par exemple en trouvant une porte de sortie honorable au conflit syrien et des garanties à la suite du rapprochement en cours avec l’Iran.

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Disponible en ligne à cette adresse : https://www.epresse.fr/magazine/l-humanite-dimanche/2014-03-27

Edition du 27 mars 2014, Disponible en kiosque
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR MARC DE MIRAMON

Publié sur Humanite (http://www.humanite.fr)

Nicole-Edith Thévenin « Le féminisme rejoint 
la pensée marxiste »

Humanité Quotidien
7 Mars, 2014
l'Humanité des débats. L'entretien
Philosophe et psychanalyste, Nicole-Édith Thévenin dresse un constat sans concession sur le mouvement féministe, qu’elle estime, aujourd’hui, cantonné à la seule revendication des droits des femmes et à la réclamation. Elle appelle à 
la création d’une puissance politique capable de s’ancrer dans la lutte des classes, contre le capitalisme et le patriarcat.

On réduit souvent le féminisme 
à la seule défense des droits 
des femmes. N’est-ce pas révélateur d’une méconnaissance de la pensée féministe ?

Nicole-Édith Thévenin. Au commencement du mouvement, le féminisme ne dissociait pas ­revendication des droits et lutte pour une totale émancipation. En s’en tenant à la simple revendication des droits, on recule idéologiquement et politiquement. Aujourd’hui, le mouvement féministe tourne en rond, s’agite sans se poser la question de ce qu’il est devenu. Il lui manque la prise qui lui permet non seulement de résister dans le courant, mais, surtout, de résister au courant. Il est nécessaire de se battre pour les droits fondamentaux, aussi bien pour l’égalité que pour être sujet de droit à part entière. L’ambiguïté de ce combat est d’être obligé de passer par le droit de propriété de soi-même – mon corps m’appartient – pour pouvoir revendiquer la capacité de dire « oui » ou « non » et décider ainsi de son propre destin. Il doit donc s’inscrire dans le système juridique dominant. Comme le mouvement ouvrier, le mouvement féministe est marqué par la contradiction consistant à revendiquer des droits nécessaires, et en même temps d’avoir une position politique de remise en question de toute structure politique et idéologique de domination et d’exploitation.

Le mouvement féministe ne sait plus, aujourd’hui, dépasser cette contradiction ?

Nicole-Édith Thévenin. La «démocratie» n’est pas un simple concept. C’est une structure de pouvoir qui se fonde sur un système de ­représentation qui assure la reproduction d’un appareil d’État. Celui-ci est là pour maintenir et la soumission des classes exploitées et la soumission des femmes au système patriarcal, tout en leur assurant des modes d’expression qui ne mettent pas en cause la reproduction de l’ensemble. Les partis et syndicats se sont construits sur ce modèle et malgré leur soutien au « féminisme », rien ne bouge quant à la ­reproduction idéologique d’un « machisme » inhérent à leur fonctionnement, donc invisible. Il y a certes des avancées, grâce aux luttes des femmes, mais il reste que la structure générale ne change pas. Si bien que, selon les rapports de forces en cours, cette structure peut revenir sur les droits acquis. C’est pour cela que je ­dénonce l’illusion étatique et démocratique. Les féministes elles-mêmes sont prises dans cette illusion juridique consistant à croire qu’une fois les droits inscrits, elles ont gagné. Dans cette lutte, toute avancée est précaire et nous oblige donc à constituer un mouvement politique.

La structure patriarcale est, selon vous, à la base de toute forme sociale de la domination ?

Nicole-Édith Thévenin. Une structure modèle le champ politique et social, et donc la subjectivité. La forme patriarcale de la domination dans la famille est la première forme de ­domination et soutient toutes les autres formes. Elle vient articuler jusque dans le privé les formes subjectives et structurelles du pouvoir. Aujourd’hui, on ne théorise plus la question du pouvoir comme appareil d’État, comme a tenté de le faire Louis Althusser, à la suite de Marx, en mettant l’accent sur les formes de sa reproduction, entre autres dans sa théorie des appareils idéologiques d’État. Si bien que l’on a tendance à s’en remettre à l’État et au droit comme ultimes recours et même à vouloir reconstruire la famille, c’est-à-dire à vouloir reconstruire l’absolu juridique de la protection au détriment de sa propre prise en charge politique. Ce qui nous fragilise face à un pouvoir qui peut revenir sur ce qu’il accorde.

Pour vous, le recul du poids idéologique des féministes est un signal que la bataille idéologique est perdue pour tout le mouvement social ?

Nicole-Édith Thévenin. Elle est perdue pour le mouvement social radical. Elle est perdue pour tous ceux, progressistes ou révolutionnaires, qui ­veulent abolir les systèmes de pouvoir, que ce soit au niveau de la structure patriarcale, capitaliste, du racisme, de l’homophobie… en fait, tout système de pouvoir qui engendre la mainmise sur les groupes, les classes ou les individus. Je ne vois pas comment on peut s’émanciper en laissant les structures de domination en place. La structure patriarcale ne se réduit pas au système capitaliste, elle a existé bien avant. Mais ce dernier l’a incorporée pour sa propre reproduction. Ce qui fait que l’idéologie de la libération des femmes rejoint la libération de l’individu. Mais en n’allant pas dans le sens de la destruction du capitalisme, les femmes luttent, de fait, pour leur propre pomme et revendiquent d’être dans le pouvoir comme les hommes. Elles s’intègrent dans le système tel qu’il existe. Or, comme le mouvement prolétarien, le mouvement féministe a trouvé dans l’exploitation et la domination des femmes les forces de sa radicalité. Le féminisme radical rejoint la pensée marxiste, plus même, un tel radicalisme est le moteur de la révolution.

Le féminisme et le marxisme ne peuvent 
donc être que liés, selon vous ?

Nicole-Édith Thévenin. Évidemment. Le marxisme est la seule théorisation qui s’entête à montrer comment fonctionne un appareil d’État et que donc, pour s’en libérer, il faut le détruire. Le capitalisme comme le patriarcat peuvent intégrer des avancées qui leur permettent de survivre. On ne peut se libérer de l’un sans se libérer de l’autre.

Pourquoi affirmez-vous que le féminisme, 
en tant que mouvement, doit se confronter 
à la « duperie de soi » pour saisir le processus de la reproduction ?

Nicole-Édith Thévenin. Je parle là du processus d’assujettissement qui concerne tout un chacun. Être dans l’opposition peut nous faire croire que nous échappons à l’idéologie que nous combattons. Or, tout sujet est divisé entre son désir de se libérer et un désir inconscient d’être « assujetti » à un pouvoir structurel qui en même temps nous donne de quoi être ­reconnus. Nous reproduisons tous donc à notre insu la pensée dominante, ses formes sociales et politiques. Nous sommes pris dans cette contradiction. S’opposer, réclamer nous donne bonne conscience et circonscrit un terrain bien balisé. C’est nécessaire, mais c’est en même temps une duperie, car on ne se met pas à ce travail de déliaison incessant qu’il nous faut mener pour nous séparer de notre propre aspiration au pouvoir. D’où d’ailleurs l’éclatement du mouvement où tout le monde veut avoir son « chez soi » associatif, institutionnel. C’est là où la psychanalyse nous est précieuse. Elle interroge l’être qui ne se sent pas bien avec lui-même. Elle signale qu’il y a un malaise qui est dans la duperie de soi. On reproduit quelque chose qui ne va pas avec nos exigences internes. La psychanalyse nous permet de faire la différence entre ce qu’il en est du besoin immédiat et ce qu’est un « je » qui ne renvoie pas au narcissisme mais, comme le dit Lacan, au mouvement de ne pas céder sur son désir. La psychanalyse consiste à libérer des fausses identités, du moi idéal, comme dit Freud.

Le mouvement féministe, comme le mouvement social en général, est tombé, affirmez-vous, dans le piège du capitalisme qui tente 
de réduire l’individu à des besoins. C’est ainsi, dites-vous, que les appels à la mobilisation contre l’austérité et pour les seules revendications économiques sont illusoires…

Nicole-Édith Thévenin. Il faut revenir à la question de la lutte des classes. Ce que nous ressentons, c’est avant tout cette implacabilité de la lutte des classes, l’implacabilité de la reproduction patriarcale. Nous sommes interpellés alors comme sujet politique lié directement au sujet de l’inconscient. Le sujet du désir c’est le sujet de la création, le sujet de l’émancipation. C’est pour cela que la psychanalyse est fondamentale. Ce sont ces sujets-là que l’on voit en analyse. C’est la personne qui, tout en se racontant des histoires, est prête à réexaminer tous ses « attachements », toutes ses certitudes. On n’est pas dans l’idéal du genre humain. Cela vient chercher le sujet dans sa force d’opposition, sa force de négation. Je me souviens des grandes manifestations de Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle de 2012. Il y a chez lui de l’institutionnalisé, comme chez tous les politiques, mais aussi une parole directe, qui s’adresse au rebelle. Les gens se sont reconnus, non pas dans l’individu institutionnel, mais dans le sujet radical, dans l’individu qui pense. On a vécu la même chose, en 2005, au moment de la consultation sur le TCE. Nous avons été « mobilisés », parce que nous retrouvions une parole libre qui allait à la racine des choses, qui instituait des lignes de partage, un mouvement passionnel… Question de vie et de mort. Aujourd’hui on nous demande juste de « résister ». C’est fatigant et sans lendemain.

Le mouvement féministe doit-il dresser un bilan sans concession sur lui-même et analyser 
sa stratégie face aux rapports de forces ?

Nicole-Édith Thévenin. Le féminisme s’est intégré dans les institutions. Il se contente aujourd’hui de réclamer. Il a perdu sa force d’opposition radicale. Marie-Josèphe Bonnet, dans son dernier livre, Adieu les rebelles ! (1), analyse lucidement la confusion idéologique dans laquelle les ­féministes (et les homosexuels) se sont enfermées en abandonnant l’idéal d’émancipation pour un idéal juridique d’intégration des petits moi au nom de tous… Il faut former une puissance si on veut éviter que l’histoire ne soit éternelle répétition. On ne peut s’en tenir au bilan des « acquis » perdus. On ne récupérera pas sur la base de l’ancien, sur l’État en l’améliorant. Il faut faire un bon en avant. Le mode de production capitaliste se perpétue en construisant les sujets dont il a besoin. Mais, comme le dit Foucault, sa domination n’est aussi domination que par rapport à un sujet ou des masses supposés ­capables de se soulever. Mais au lieu d’accentuer l’écart, nous nous efforçons de coller à ce qui nous ­assujettit, d’en réclamer la reconnaissance. Et la protection. Or, s’il nous faut déployer une ­dialectique entre conquêtes immédiates et processus révolutionnaire, ce ne peut être que du point de vue du communisme, comme surdétermination idéologique et ­politique. Ce n’est pas la Révolution française, qui s’est bâtie sur l’exclusion des femmes, qui doit être notre filiation, mais la Commune de Paris. Là-dessus, Badiou a raison et on ne saurait lui reprocher de cultiver le mythe du grand soir. Le mouvement doit être communiste ou ne pas être.

À vous entendre, on croirait que le féminisme et le communisme sont de simples synonymes…

Nicole-Édith Thévenin. La structure de domination sur les femmes est un impensé de la lutte révolutionnaire. C’est un impensé de tout homme et de toute femme, car on a tous été élevés dans ce bain. Si on reproduit par nous-mêmes l’évidence qu’il y aurait une inégalité naturelle entre les sexes, qu’il y a une nature femme, appelée à être naturellement dominée et appelée à faire certaines tâches et à reproduire les rôles, eh bien un processus révolutionnaire échoue à se concrétiser. La théorie féministe vient interroger non seulement la structure, mais aussi bien l’idéologie qui modèle notre subjectivité. Et la « guerre des sexes », ce ne sont pas les femmes qui la mènent, mais bien les hommes… Ce n’est pas pour rien qu’Engels déclarait que le niveau d’une civilisation se jugeait à la place qu’occupent les femmes dans la société !

Le féminisme et le communisme sont les deux pieds du même corps ?

Nicole-Édith Thévenin. On ne peut penser le ­communisme sans penser le féminisme. Le féminisme fait partie intrinsèque du mouvement communiste. Il conditionne le devenir révolutionnaire de la révolution qui, sinon, se transforme en contre-révolution. Si le mouvement féministe ne se réveille pas au niveau politique et ne retrouve pas sa radicalité et son autonomie, s’il ne se forme pas au niveau de la lutte idéologique et théorique, il en reprend pour mille ans, et le mouvement révolutionnaire avec. Mais après tout, n’avons-nous pas dit que rien n’est acquis ? Mais à quel prix ?

Marx et Althusser,  entres autres    Nicole-Édith Thévenin, philosophe et psychanalyste, 
est également poète. Elle est l’auteure d’articles 
et d’ouvrages sur Marx, Althusser, l’Ecole de Francfort, K. Popper. Dernier livre paru : le Prince et l’hypocrite, éthique, politique et pulsion de mort, éditions Syllepse, 2008. Ce texte tente de repenser les liens entre 
Freud et Marx. Nicole-Édith Thévenin a fondé le mouvement féministe et communiste, Elles voient rouge. Une articulation, selon elle, précisait que la structure patriarcale « surdéterminait » la lutte des classes. 
Une prémisse théorique qu’elle et ses camarades tiraient de « la pratique même des luttes, leur semblait en retour avoir des effets incalculables sur la pratique », note-t-elle dans l’ouvrage le Pouvoir a-t-il un sexe, publié par la Fondation Gabriel-Péri.

(1) Adieu les rebelles !, Marie-Josèphe Bonnet, éditions Flammarion, Café Voltaire, 2014.

Entretien réalisé par Mina Kaci

8 mars 2014

Yves Moreau, l'évadé

Dans « l’Humanité Dimanche » de cette semaine

Yves Moreau, ancien chef de la rubrique internationale de « l’Humanité », nous a quittés après 97 ans d’une vie d’aventures et de résistance. Il avait toujours conservé la plus grande discrétion sur son évasion de la prison Montluc à Lyon et sur son rôle dans les services de renseignements de la Résistance. Il avait accepté de me raconter cet épisode en me demandant de publier le récit après sa mort. Pas avant. Promesse tenue, Yves.

« Mon évasion de Montluc a été relativement facile. Le directeur de cette prison me faisait donner des leçons particulières à son fils en vue du baccalauréat. En contre partie, il avait accepté de me laisser sortir dans Lyon, sous la surveillance d'un gardien, pour obtenir les soins d'un dentiste. Rien n'aurait été plus simple que de « faire la belle » dès la première consultation stomatologiste. J'ai tenu pourtant à obtenir l'accord préalable du Parti communiste. Pour plusieurs motifs : mon évasion signifiait la perte, à l'intérieur de la prison, des facilités que j'avais réussi à y acquérir, et qui étaient fort utiles pour tous les détenus politiques (1) ; d'autre part, je tenais à éviter la suspicion qu'une évasion aussi aisée n'aurait pas manquée d'éveiller auprès des camarades à l'extérieur ; enfin, il était nécessaire qu'une planque à mon intention soit préparée.

Je demandais donc le feu vert. Il me fallut l'attendre plus de trois semaines. J'ai dû aller deux fois chez le dentiste en m'interdisant d'en profiter. La troisième fois, le plombage de ma dent cariée allait être terminé. Heureusement, je reçus à temps l'accord que j'avais sollicité.

Je me suis mis en rapport avec un de mes codétenus, Lucien Benoit (2) qui travaillait au greffe, et que les gardiens chargeaient notamment d'organiser leurs emplois du temps. Benoit choisit pour m'accompagner le moins alerte des surveillants, un vieux qui aurait été bien incapable, le cas échéant, de me rattraper à la course.

J'avais prévu qu'en sortant de chez le dentiste j'emmènerais ce pauvre maton dans un bistrot que je connaissais, près de la Bourse du travail de Lyon. Il en fut ainsi, et mon cerbère accepta sans peine de venir écluser un pot de beaujolais. Mais, comme nous le dégustions, voilà que pénètre dans le café une vieille connaissance : Ehni, le responsable du syndicat du Livre, qui se dirige aussitôt vers notre table, me secoue chaleureusement la main, s'assied et commande une autre tournée. Il ignorait tout de ma situation. J'ai pu lui dire ouvertement que j'étais un taulard veillé par son ange gardien. Il fut plus difficile de lui faire comprendre qu'il fallait que lui, Ehni, se casse au plus vite pour me laisser faire ce que j'avais en tête : c'est-à-dire prendre ostensiblement la clef des toilettes, sortir de la pièce du bistrot par un couloir qui, pour les non-initiés, conduisait aux chiottes, mais aussi qui, pour ceux qui connaissent les lieux, permettait de gagner la rue sans repasser par le bar. Ce que je m'empressai de faire dès qu'Ehni eût enfin compris qu'il lui fallait s'éclipser.

Mon impatience était telle que, passé le premier coin de rue, je n'ai pu m'empêcher de me mettre à courir, ce qui est tout à fait à déconseiller si l'on ne tient pas à attirer l'attention. Sans encombre pourtant, je suis arrivé à l'arrêt de bus sur les quais du Rhône où une copine m'attendait.

Tout de suite nous partîmes pour Miribel, dans l'Ain, où un couple de braves retraités était prêt à m'accueillir, et où je suis resté quelques jours. Le Parti avait prévu qu'ensuite je devais aller me mettre au vert dans la Drôme, chez une famille de métayers, les Michalon, qui occupaient une ferme isolée, à cinq kilomètres de Pierrelatte. Je n'aurais qu'à y prendre du bon air, manger - les Michalon avaient un jardin plantureux, élevaient des volailles et un troupeau de moutons - et me reposer en attendant de nouvelles instructions.

Ce que je fis et, tout d'abord, avec le plus grand plaisir. Les semaines passaient. Je vivais comme un coq en pâte. Pour le petit déjeuner, on bouffait « à la fourchette ». Mais ce n'était pas pour ça que je m'étais échappé de Montluc. De guerre lasse, je décidai de remonter à Lyon.

J'y connaissais un copain, Cavasilles, préparateur en pharmacie. Je l'ai retrouvé sans difficulté. Il m’a mis en rapport avec « Marquis ». Le rendez-vous arriva bien vite et, en « Marquis » qu'accompagnait sa femme, j'identifiai Jean et Madeleine Braun que j'avais bien connue avant-guerre. Jean me laissa entendre qu'il militait, lui, pour le Front national (bien entendu, le seul digne de ce titre, celui de la Résistance), et que ce qui l'arrangerait, ce serait de me mettre en contact avec les Mouvements Unis de la Résistance (MUR).

J'acceptai sans hésiter. Aux MUR, on me proposa de mettre sur pied un service de renseignements de sécurité. Je donnai aussitôt mon accord. Et « Marquis », auquel je fis part de ces perspectives, m'assura qu'il serait en mesure de me trouver des copains avec lesquels je pourrais monter un petit appareil. Il me mit aussi en contact avec un soyeux, M. Favret qui habitait une villa à Saint-Didier au Mont d'Or, où il accepterait de m'assurer le gîte et le couvert. Ainsi installé, je me mis au travail.

Des MUR, je reçus bientôt, et de façon régulière, une multitude d'informations se rapportant aux arrestations qui les décimaient, aux activités de la police de Vichy et de la Gestapo, aux noms, adresses et caractéristiques des auteurs de ces activités.

Peu à peu, mon appareil s'organisa. Il comportait des archives (le fichier), un service du chiffre (pour coder toute la correspondance que nous émettions) et plusieurs agents de liaison, ceux-ci étant d'ailleurs mis à contribution dans leurs moments libres pour travailler au fichier et à la correspondance que moi-même je préparais. Au MLN, le nom de code de cet appareil était « SR Sec » (Service de renseignements de sécurité).

Jacques Sadoul avait débarqué un beau matin chez Favret, « Marquis » n'ayant pas eu d'autre planque pour lui sous la main. Dans la villa de Saint-Didier, nous partagions la même chambre et, comme il avait la langue assez déliée, qu'il parlait volontiers de la Révolution d'Octobre avec des détails souvent inconnus de moi, qu'il racontait sur Lénine des anecdotes qu'il avait manifestement vécues, je ne pus, dès le premier soir, m'empêcher de lui dire : « Écoute, je devine bien qui tu es ». C'était un compagnon charmant et, quand nous avions le temps, nous nous tapions les deux bons kilomètres séparant Saint-Didier de Vaugueray, où un petit restaurant proposait de ces grenouilles...

Mais il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier et, pour des raisons de sécurité, j'ai estimé ne pas pouvoir rester chez Favret avec Sadoul. Qu'à cela ne tienne ! Favret trouva aussitôt à me faire héberger chez un autre soyeux, dont l'affaire était beaucoup plus importante que la sienne, et qui habitait, à Saint-Didier aussi, une imposante demeure au milieu d'un parc immense, bordé d'une colline où, sur de multiples rangées de pêchers, des fruits délicieux se doraient au soleil.

Le propriétaire, qui devenait mon nouvel hôte, M. Pey, était un ancien Croix de feu. Commandant de réserve, il se dressait dans son salon pour se mettre au garde à vous chaque fois qu'on entendait « La Marseillaise » à la TSF. Si bien que j'avais des scrupules à capter les émissions de Radio Moscou en langue française - notre hymne national y résonnait immanquablement.

Chez les Pey, on disait les Grâces avant chaque repas - un instant pendant lequel je restais respectueusement debout, figé derrière ma chaise. J'avais décliné l'offre des Pey de les accompagner le dimanche à la messe, mais ils ne m'ont jamais interrogé sur mes convictions politiques ou religieuses. Toutefois, la propension que je montrais à écouter Radio Moscou leur mit la puce à l'oreille ; M. Pey demanda un jour à Favret: « Ce monsieur Antoine (il me connaissait sous ce nom), ne croyez-vous pas qu'il soit communiste ? »

Plus se confirmait la probabilité d'une défaite allemande, plus la Résistance se renforçait, et plus grossissait le courrier du SR Sec. Fin 1943, les informations en provenance du NAP (Noyautage des administrations publiques) devenaient notamment d'un extrême intérêt. Les projets d'opérations de police (établissement de barrages, perquisitions prévues, rafles) étaient évidemment pour nous d'une très grande valeur. Mais il fallait mettre en garde avec une célérité parfois difficile à réussir. Que de nuits blanches nous avons passées à exploiter tout cela ! Que de kilomètres ont parcouru nos agents de liaison ! Quel rage quand un rendez-vous ratait et qu'il fallait attendre un éventuel repêchage ! Nous étions bien conscients d'avoir souvent entre nos mains de quoi sauver des dizaines et des dizaines de résistants. Par bonheur, tout mon petit appareil, lui, a été sauvegardé et n'a eu aucune perte à déplorer.

Un jour, j'ai pourtant moi-même été fouillé, dans le métro, au détour d'un couloir de correspondance, par des flics allemands, alors que j'étais porteur d'un assez volumineux paquet de messages, entouré d'un journal. Heureusement, cherchant sans doute des armes, ils m'ont fouillé à corps, et ont négligé comme anodins les lourds secrets que je tenais et que j'ai réussi, d'un geste négligeant, à faire passer d'une main dans l'autre. Cette scène s'est déroulée dans le métro parisien car, au début du printemps 1944, le MLN m'avait demandé d'aller installer une antenne de mon service à Paris. Pour ce faire, j'avais prélevé sur les effectifs dont je disposais à Lyon. Mais il restait bien des questions à régler, par exemple celle des planques qu'il fallait trouver dans la capitale.

A Paris, cependant, j'ai cherché à innover. J'avais imaginé de doter mon antenne parisienne d'un dispositif que, si la guerre s'était prolongée, j'aurais ensuite imité à Lyon. Souhaitant rendre mon SR Sec plus combatif, j'avais trouvé à Ménilmontant deux garçons et une fille - que j'avais baptisés « Vendredi », « Samedi » et « Dimanche » - et les avais chargés de recueillir les renseignements propres à faciliter des attentats visant de hauts responsables des forces de répression nazies et vichystes. Au lieu de taper en aveugle, on pouvait ainsi porter des coups plus efficaces, parce que bien ciblés.

Une dizaine de ces enquêtes furent menées et leurs résultats communiqués aux corps francs de l'Armée secrète. Mais le va-et-vient qu'il me fallut faire à cette époque entre Paris et Lyon - avec le petit pincement de cœur éprouvé au contrôle de mes (faux) papier à la ligne de démarcation -, puis enfin la Libération ne m'ont pas laissé le loisir de savoir si les résultats de ces enquêtes ont jamais été exploités. »

Propos recueillis par José Fort

(1) A la suite de l'évasion d'Yves Moreau de Montluc, tous les détenus communistes qui s'y trouvaient furent transférés dans les prisons de Saint-Etienne et de Noutron. Le directeur de Montluc a été sanctionné et muté. Le gardien chargé de surveiller Moreau a été condamné à une lourde peine de prison.

(2) Lucien Benoit fut après-guerre rédacteur à l'Humanité, chef de la rubrique informations générales.

Réactions à un article de l’Humanité au sujet de la Corée : F. Arzalier et J.P. Page

Curieux retour du discours de « guerre froide » où l’on était en droit de ne pas le trouver.

Pyongyang_montageDécidément,les dérives entamées se poursuivent: dans l’Humanite du 19 février, en page dernière, 3 colonnes sous le titre accrocheur: « C’est un scandale! La Corée du Nord, royaume de l’horreur et  du sadisme. » Suit le compte-rendu sans aucun recul critique d’un document réalisé par des  enquêteurs, tous Occidentaux, au nom de l’ONU, « d’après le témoignage de 300 victimes et  témoins » :tous des émigrés, puisque, je cite, « les enquêteurs n’ont pas été autorisés à se rendre  sur place ». Le journaliste signale à peine que »la Chine n’a pas apprécié que l’on s’attaque a son  voisin et protègé », et ne précise pas que la majorité des autres pays représentés à l’ONU n’ont  guère été consultés non plus. Mieux, en reprenant « ce document qui donne la nausée », le porte  parole de l’Huma, qui se dit encore journal des Communistes, utilise un ton digne des pires périodes de la « Guerre Froide »: la Corée du Nord, cette dictature dirigée par le jeune Kim-Jong-! Un,sorte d’Ubu Roi en culottes courtes »(!) ,dont il suggère la comparution devant le CPI. Juste au moment ou les observateurs sérieux notent les récents progrès économiques de la RDC ,((à lire dans le Monde Diplomatique récent  » (la Corée du Nord se rêve en tigre asiatique)  et la tension diminuée avec la Corée du Sud à permis les retrouvailles de quelques familles  séparées entre les deux états depuis un demi-siècle, cet article répète ceux des va-t’en- guerre de Séoul, de Tokyo et de Washington.  Cela n’a rien avoir avec les critiques que l’on peut avoir à l’égard d’une version politique du  socialisme dont nous sommes nombreux à ne pas en rêver pour la France: C’est est aux seuls Coréens que revient le droit de choisir leur régime. Et il ne pourront le faire que si les risques de  guerre dans cette région du monde menacee de subversion par l’impérialisme États-unien et ses alliés japonais et sud coréen sont combattus: c’est le rôle notamment des Communistes

Francis Arzalier

Corée du Nord: “l’Humanité” ne mérite pas ça!

Sous le titre accrocheur “ c’est un scandale: la Corée du Nord royaume de l’horreur et du sadisme” l’Humanité du 19 février s’illustre une nouvelle fois dans ce journalisme d’arrogance, fidèle à l’air du temps!

L’article ajoute à la malhonnêteté, l’ignorance qui caractérise souvent la rubrique internationale de ce que fut journal de Jaurès, le journal de l’anti colonialisme et de l’anti impérialisme! Le “droitdel’hommisme “ façon ONG qui inspire dorénavant la politique internationale du PCF est d’autant plus consternante que le parti se déclare encore parti des communistes.

Ici, il n’est pas dans mon intention de porter un jugement sur la politique Nord Coréenne, c’est un autre débat et c’est avant tout aux Nord Coréens de le faire comme a exprimé le choix conscient du type de société dans laquelle ils veulent vivre! La politique française et celle de l’Europe avec ce qui les caractérise devrait nous inciter à faire preuve de plus de modestie! Je veux m’en tenir uniquement à la manière dont on informe les lecteurs sur la procédure engagée au niveau international contre la Corée du Nord.

Cet article de l’humanité appelle donc de ma part 3 remarques qui touchent au fond et à la forme!

1- De nombreux pays dans le monde comme Cuba, la Chine, mais aussi les USA qui n’acceptent pas que leurs citoyens soient jugés à l’extérieur, refusent au nom du respect de leur souveraineté, de leur indépendance et par ce qu’ils sont contre toutes formes d’ingérences les prétendues enquêtes internationales qui sont conduites par un organe de l’ONU comme le Commissariat aux droits de l’homme.

Ce dernier et ce n’est pas un détail compte 90% de ses personnels dépendants des fonds volontaires , sous contrat non permanent et souvent de courte durée. Ces fonds volontaires n’existent que par le financement et la bonne grâce des pays occidentaux principalement les USA qui les utilisent au service de leurs intérêts et de leurs objectifs géo politiques. Tout cela en dit long sur l’indépendance du OHCHR de Genève. Pour autant afin que ce genre d’enquête puisse être menée à bien il faut selon les principes de la charte de l’ONU avoir épuiser tous les mécanismes d’enquêtes domestiques que les états peuvent et doivent mettre en place. Ceci fait partie de leur prérogative et dans le cas de la Corée du Nord nous n’en sommes pas là.

Quand on décide de passer outre comme cela en a été décidé par les occidentaux, ces enquêtes sont réalisés à l’extérieure du pays sous toutes les formes possibles et imaginables de témoignages: interviews de nationaux réfugiés, communications téléphoniques, films, reportages télé, presse écrite et même à travers l’usage de conversations par Skype, etc. On peut imaginer comment dans ces conditions il est facile d’orienter les choses et je n’évoque pas les gens que l’on peut exfiltrer, ceux qui se rendent sur place pour certaines missions, ceux que l’on peut faire voyager pour recueillir leurs témoignages! Donc il s’agit bien chaque fois d’un rapport à charges, accablant souvent basé sur des allégations (c’est à dire une absence de preuves mais que l’on assimile délibérément à des preuves)Ainsi on ne peut passer sous silence ces méthodes totalement unilatérales. L’Humanité les ignore mais de plus saute déjà à la conclusion qui suppose selon l’auteur la convocation des dirigeants Nord Coréens devant la CPI dont l’absence d’indépendance ne semble poser aucun problème à l’auteur de l’article! La CPI se consacre exclusivement aux dirigeants des pays du 1/3 monde, mais « curieusement » jamais aux dirigeants américains ou européens. Il est quand même bizarre que cela puisse échappé à la sagacité de ce journaliste et pourtant si !

Les attendus et les conclusions sont donc connus par avance puisqu’elles en sont décidées par les inspirateurs en l’occurrence et comme toujours les occidentaux! Il semble et c’est affligeant, que dans cet esprit la rubrique internationale de l’Humanité n’ait pas entendue parler de l’application du R2P (responsability to protect) Le R2P étant devenu pour les occidentaux et les USA tout particulièrement la véritable bible qui doit refondre les relations internationales. Cette nouvelle architecture qui vise à rompre définitivement avec le multilatéralisme considéré comme obsolète et qui doit disparaître au bénéfice de l’unilatéralisme!

2 – Evidemment l’article ne prend pas en compte la composition de la commission d’experts sur la Corée du Nord qui ne sont pas des fonctionnaires internationaux mais sont nommés par la Commission d’enquête et le Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Pour bien comprendre de quoi il s’agit et si l’on faisait preuve de sérieux on devrait commencer par s’intéresser aux membres de ce groupe d’experts! Le Président est un Australien : Michael Kubryk un magistrat très conservateur et répressif à la réputation désastreuse et qui s’est fait connaître avec le dossier du Cambodge. Il a reçu parmi toutes ses distinctions pour services rendus aux gouvernements occidentaux le titre d’« Honorable à vie » dans le protocole Australien !

Ensuite vient Marzuki Darusman un autre magistrat, Indonésien celui du rapport Darusman, accablant contre le Sri Lanka que l’Humanité considère pourtant comme un rapport officiel de l’ONU Alors que dans ce cas ce rapport n’a aucun statut juridique ONUSIEN puis qu’il s’agit d’un rapport demandé à titre personnel par le Secrétaire Général de l’ONU. Depuis les médias cherchent à imposer internationalement l’idée contraire il s’agirait ainsi “de la position officielle de l’ONU ») , Darusman fut un affidé de Suharto depuis la période de la dictature et de la répression sanglante contre les communistes en Indonésie, un véritable génocide politique de près de 3 millions de victimes Il fut un des dirigeants du parti de Suharto et comme haut magistrat on peut imaginer tous ceux qu’il a pu envoyer au bagne de Buru comme le grand poète indonésien qui fut souvent candidat au Nobel, mon ami Pramoedya Anter Toer.

Enfin siège également Sonja Biserko magistrat serbe complètement vendue aux occidentaux et en particulier aux américains et aux institutions de l’UE. Elle est membre parmi beaucoup d’autres choses , du fameux US Institute of Peace à Washinton qui porte bien mal son nom et qui avec le Brookings Institute et US Holocauste Memorial Institute ont parrainé le fameux rapport de Madeleine Albright et Richard Williamson sur le R2P. Sans m’étendre sur le Brookings Institute un des plus fameux Think Tank américain on peut noter dans la composition de son  » Board of trustees » presqu’exclivement des dirigeants des plus grandes firmes américaines dont : Goldman and Sachs, Nike, et surtout le fameux “Carlyle group” dirigé longtemps par Franck Carucci un des anciens patrons de la CIA. “Le Carlyle group” très impliqué en Irak est très lié comme l’on sait à vDick Cheney et à la famille Bush et Ben Laden. On peut donc imaginer dès à présent et sans se tromper ce que sera le rapport de ce groupe d’experts qui ont la sympathie du journal l’Humanité.

3 – Cela dit les choses ne sont pas si simples et cela montre encore une fois l’ignorance affligeante de ce journaliste!

Si il faisait l’effort d’être plus convaincant il aurait pu utiliser comme argument le fait que depuis plusieurs années l’action entreprise pour sanctionner la Corée du Nord a vu une évolution de la position Chinoise, Russe et Cubaine. Ces derniers se sont d’emblée opposé à la procédure d’enquête, puis il y a deux ans ils se sont abstenu, enfin cette année ils n’ont pas pris au part au vote dont la résolution a été adopté par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU par consensus ce qui évidemment signifie dans le langage international : unanimité!

Comme quoi l’Humanité gagnerait en crédibilité si au plan international elle faisait preuve d’un véritable esprit critique et non d’un suivisme affligeant à la pensée dominante dont on sait depuis Marx qu’elle est la pensée de la classe dominante.!

Jean-Pierre Page – 21/02/2014

TRIBUNES -  le 16 Août 2013

penser un monde nouveau 24/34

Domenico Losurdo « Le libéralisme, ennemi le plus acharné du droit à vivre à l’abri »

Philosophe, historien et militant communiste, l’Italien Domenico Losurdo travaille depuis plusieurs années sur l’histoire du libéralisme afin de repenser un processus d’émancipation.

« En tant que communiste, 
mais pas seulement, en tant que philosophe 
et historien, je vais combattre, continuer 
à combattre l’idéologie dominante. Parce que l’idéologie dominante, c’est une manipulation de l’histoire qui est un obstacle au processus d’émancipation. Et de l’autre côté, nous devons repenser le processus d’émancipation » lançait Domenico Losurdo, en 2007, au village du livre de la Fête de l’Humanité, invité pour la première fois par la Fondation Gabriel-Péri. Professeur à l’université d’Urbino, en Italie, Domenico Losurdo est spécialiste des philosophes Hegel, auquel il consacre deux livres traduits en français (Hegel et les libéraux, PUF, Paris, 1992 et Hegel et la catastrophe allemande, Albin Michel, Paris, 1994), et Gramsci (Gramsci. Du libéralisme au communisme critique, Syllepse, Paris, 2006). Losurdo n’est pas un intellectuel médiatique mais un intellectuel fondamental pour penser le libéralisme, le communisme et son combat émancipateur. Après s’être consacré à l’histoire politique de la philosophie classique allemande de Kant à Marx en passant par Heidegger et Nietzsche, il a ensuite travaillé sur l’histoire politique du libéralisme (Contre-histoire 
du libéralisme, la Découverte. 2013). Il a aussi, notamment, écrit (ouvrages parus en français) le Révisionnisme 
en histoire (Albin Michel, Paris, 2006), le Péché originel 
du XXe siècle (Aden, 2007), 
Fuir l’Histoire (Éditions Delga et Le Temps des cerises, 2007) et Staline : histoire 
et critique d’une légende noire (Aden, 2011).

Dans votre livre Contre-histoire du libéralisme (1), vous déconstruisez l’idéologie néolibérale en tant que synonyme de démocratie et de défense des libertés en opposition aux totalitarismes… Pourquoi vous a-t-il semblé urgent, aujourd’hui, d’analyser et de dénoncer cette approche du libéralisme ?

Domenico Losurdo. Pour promouvoir son expansion, tout empire a besoin d’un mythe généalogique, mythe qui célèbre et transfigure ses origines et son histoire et qui ainsi invite les adversaires déclarés ou potentiels à s’incliner devant une force morale et politique supérieure. Selon la légende savamment cultivée par l’Empire romain, Rome avait une origine non seulement royale mais aussi divine : au terme d’un parcours épique, elle aurait été fondée par le pieux Enée, qui avait fui Troie en flammes et qui était le fils d’Anchise (cousin du roi de Troie) et de la déesse Vénus. Le mythe généalogique de l’actuel empire américain n’est guère différent : fuyant l’Europe intolérante et despotique, les pères pèlerins auraient rejoint le Nouveau Monde pour ériger un monument éternel à la liberté puis pour fonder les États-Unis, la démocratie la plus ancienne qui ait jamais existé… Mon livre montre au contraire une histoire complètement différente : les colonies anglaises en Amérique puis les États-Unis ont vu s’affirmer la forme la plus radicale d’esclavage et la plus totale déshumanisation de l’esclave ; dans les premières décennies de vie du pays nouvellement fondé, ce sont presque toujours des propriétaires d’esclaves qui ont occupé le poste de président, et ils ont cherché à bloquer l’émancipation des esclaves de Saint-Domingue et Haïti, ils ont exporté l’esclavage au Texas, arraché au Mexique, etc. C’est une histoire qui a duré longtemps. Il suffit de rappeler que, dans les années 1930, la persécution des Noirs dans le sud des États-Unis faisait penser – comme l’écrivent des chercheurs états-uniens notables – à la persécution contre les juifs en acte dans le IIIe Reich. Sans parler de l’extermination des Peaux-Rouges et des pratiques génocidaires qui ont caractérisé le colonialisme occidental dans son ensemble.

En quoi justement, au cours de l’histoire, l’idéologie libérale légitime-t-elle des formes de domination ? Selon vos termes, le libéralisme est une démocratie uniquement valable pour le « peuple des seigneurs »…

Domenico Losurdo. Aujourd’hui, la situation est différente. Le cycle qui va de la révolution jacobine à la révolution bolchevique a remis radicalement en question l’oppression coloniale et celle aux dépens des peuples d’origine coloniale. Néanmoins… de nos jours, on parle souvent d’Israël comme de la seule vraie démocratie au Moyen-Orient. Le revers de la médaille est cependant que les Palestiniens peuvent être arrêtés, torturés, soumis à des exécutions extrajudiciaires, sans procès. C’est vraiment la « démocratie pour le peuple des seigneurs » ! Au niveau planétaire, l’Occident s’attribue le droit souverain de déclencher des guerres même sans l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU ; souvent, les présidents états-uniens définissent leur pays comme la « nation élue » de Dieu ayant pour mission de guider le monde : la « démocratie pour le peuple des seigneurs » a toujours de beaux jours devant elle. Il faut ajouter que le libéralisme ignore le lien entre économie et politique, dont étaient conscients des philosophes comme Rousseau et Hegel. Ce dernier, en particulier, a bien montré que celui qui risque de mourir de faim est en réalité soumis à une condition semblable à celle de l’esclave.

Certains se plaisent à faire l’amalgame entre nazisme et communisme, sous le couvert des totalitarismes… Comment analysez-vous ce concept de totalitarisme ?

Domenico Losurdo. Le « totalitarisme » plonge ses racines dans la « mobilisation totale » et dans la « guerre totale », dans l’enrégimentement total de la population provoqué par les grandes puissances capitalistes et par leur compétition pour la conquête des colonies et l’hégémonie mondiale. Hitler aspirait à la revanche, à la récupération et à l’élargissement de « l’espace vital » et colonial de l’Allemagne. Il s’est voulu l’héritier de la tradition coloniale, pour la radicaliser, en se réclamant en premier lieu de l’exemple des États-Unis, en cherchant son Far West en Europe orientale et en réduisant les Slaves à la condition d’esclaves au service de la « race des seigneurs ». Ce n’est pas un hasard si ce projet a connu sa défaite décisive à Stalingrad et si cette défaite constitue en même temps le début d’une gigantesque vague de révolutions anticoloniales. Pour se rendre compte du caractère arbitraire de l’approche de l’idéologie dominante, on peut faire une comparaison. Au début du XIXe siècle, Napoléon envoie une puissante armée à Saint-Domingue, avec pour tâche de rétablir l’esclavage, après son abolition grâce à la grande révolution noire menée par Toussaint Louverture. On peut bien dire que, dans la guerre qui a fait rage, les agressés n’ont pas été moins « sauvages » que les agresseurs, mais l’on se couvrirait de ridicule en voulant assimiler les uns et les autres sous la catégorie de « sauvagerie » ou de « totalitarisme » sanguinaire.

Dans votre dernier livre, la Lotta di classe. 
Una storia politica e filosofica 
(la Lutte de classe. Une histoire politique 
et philosophique) (2), qui n’est pas encore paru en France, vous vous intéressez au concept de luttes de classes, central dans la philosophie de Marx et Engels. En quoi peut-il nous permettre de mieux analyser, comprendre et agir dans la société ?

Domenico Losurdo. Pour Marx et Engels, la lutte des classes a pour objet la division du travail au niveau international, au niveau national et dans le cadre de la famille. Les peuples qui secouent le joug colonial, les classes subalternes qui luttent contre l’exploitation capitaliste et les femmes qui refusent « l’esclavage domestique » auquel les soumet la famille patriarcale sont les acteurs des luttes des classes émancipatrices. À la lumière de cela, les guerres de libération et de résistance nationale menées par le peuple chinois et par le peuple soviétique respectivement contre l’empire du Soleil-Levant et contre le IIIe Reich qui voulaient les assujettir, voire les réduire en esclavage, sont de grandioses luttes de classes. Et de nos jours, la lutte des pays et des peuples (pensons en particulier à la Chine) qui veulent en finir avec le monopole occidental de la haute technologie et qui refusent d’être cantonnés dans des segments inférieurs du marché international du travail, doit être considérée elle aussi comme une lutte des classes.

En tant que philosophe et historien communiste, vous dites que l’idéologie dominante est une manipulation de l’histoire et constitue un obstacle au processus d’émancipation. Comment repenser ce processus d’émancipation aujourd’hui ? Selon vous, qu’est devenue la perspective communiste en Europe et dans le monde ?

Domenico Losurdo. Il faut s’engager sur les trois fronts de la lutte des classes. Je voudrais en particulier attirer l’attention sur un point souvent négligé. Non seulement l’on n’est pas socialiste, mais l’on n’est pas non plus démocrate si l’on ne mène pas une lutte pour la démocratie dans les rapports internationaux. La prétention d’un groupe de pays à se présenter comme des nations élues ayant le droit de déclencher des guerres ou de menacer de guerre sans l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU est une manifestation de colonialisme ou de néocolonialisme, et doit être contestée jusqu’au bout. En ce qui concerne la perspective stratégique, devons-nous nous représenter le communisme comme la disparition totale non seulement des antagonismes de classes, mais également de l’État et du pouvoir politique, sans parler des religions, des nations, de la division du travail, du marché, de toute source possible de conflit ? En remettant en question le mythe de l’extinction de l’État et de sa réabsorption dans la société civile, Gramsci a fait remarquer que la société civile elle-même est une forme d’État. Il a également souligné que l’internationalisme n’a rien à voir avec la méconnaissance des identités nationales, qui continuent à subsister bien après l’effondrement du capitalisme. Quant au marché, Gramsci pense qu’il vaudrait mieux parler de « marché déterminé » plutôt que de marché dans l’abstraction. Gramsci nous aide à dépasser le messianisme qui nuit gravement à la construction de la société postcapitaliste.

Quelle est votre analyse du modèle chinois, 
qui mélange l’économie de marché et la perspective socialiste ?

Domenico Losurdo. La République populaire chinoise est issue de la plus grande révolution anticoloniale de l’histoire, et une révolution anticoloniale réussit réellement si elle ajoute à la conquête de l’indépendance politique la conquête de l’indépendance économique. Sur ce plan, il y a une continuité entre Mao Tsé-toung et Deng Xiaoping. Ce dernier a introduit le nouveau cours à partir de deux considérations. D’abord, l’appel à l’esprit de sacrifice des révolutionnaires et donc le recours aux incitations morales ne peuvent réussir que dans les moments d’enthousiasme politique particulier ; dans la longue période, il est impossible de développer les forces productives (et de combattre la misère) sans incitations économiques et donc sans compétition et sans marché. Ensuite, au moment de la crise puis de l’effondrement de l’URSS, l’Occident détenait de fait le monopole de la haute technologie, et il était impossible pour la Chine d’accéder à cette haute technologie sans s’ouvrir au marché international. Grâce également aux conquêtes réalisées dès l’époque maoïste (diffusion massive de l’instruction, éradication des maladies infectieuses, etc.), le nouveau cours, malgré des contradictions criantes, peut se vanter d’un succès incroyable : 600 millions ou, selon d’autres calculs, 660 millions de personnes libérées de la misère ; des infrastructures dignes du « premier monde » ; extension du processus d’industrialisation des aires côtières à celles de l’intérieur ; augmentation rapide, depuis quelques années, des salaires et attention croissante envers la question écologique. En insistant sur la centralité de la conquête, de la sauvegarde de l’indépendance et de la souveraineté nationale, et en poussant les anciennes colonies à conquérir leur indépendance également sur le plan économique, la Chine est aujourd’hui, de fait, le centre de la révolution anticoloniale (qui a commencé au XXe siècle et est encore en cours sous des formes nouvelles aujourd’hui). En rappelant le rôle central 
de la sphère publique dans l’économie, la Chine constitue une alternative également par rapport au « consensus de Washington » et au libéralisme économique.

Face aux politiques d’austérité en Europe, comment concevez-vous les alternatives 
et les formes de processus d’émancipation ?

Domenico Losurdo. Les luttes contre le démantèlement de l’État social et contre la politique belliciste ne peuvent pas ne pas jouer un rôle central. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, à côté des libertés traditionnelles de la tradition libérale, le démocrate F. D. Roosevelt a théorisé également le droit à vivre « à l’abri du besoin » (freedom from want) et « à l’abri de la peur » (freedom from fear). Le libéralisme économique du « consensus de Washington » est l’ennemi le plus acharné du droit à vivre 
« à l’abri du besoin ». Pour ce qui concerne le droit à vivre « à l’abri de la peur », il est nié tous les jours par la politique de guerre, de menaces de guerre et de recours aux drones d’Obama.

(1) Contre-histoire du libéralisme, Éditions la Découverte.

(2) La Lotta di classe. Una storia politica e filosofica, Éditions Laterza, Italie.

Entretien réalisé par 
Anna Musso

Tribunes Humanité - le 24 Janvier 2014

La laïcité induit-elle une neutralité bienveillante des religions ?

Il convient de libérer l’homme de la fantasmagorie religieuse

Par Yvon Quiniou, philosophe (1).

Dans un livre que j’ai lu avec attention (2), comme dans une récente tribune parue dans l’Humanité, Pierre Dharréville nous présente une conception très ouverte de la laïcité, liée à une conception elle-même très avenante de la religion. Le problème est que cette dernière n’est pas justifiée, ni sur le fond ni dans le visage que nous offrent à nouveau aujourd’hui les religions qui tentent de réinvestir la sphère politique publique, risquant d’altérer la véritable laïcité telle qu’elle existe en France depuis un siècle.

Premier point : les religions – à distinguer de la foi intérieure qui est une option métaphysique sur le réel, tout aussi légitime que l’athéisme et qui n’est pas concernée ici – ne sont pas ce que Pierre Dharréville en dit, à savoir des facteurs de lien social, de pacification des mœurs, voire de solidarité sociale. Elles se sont toujours opposées entre elles, ont suscité ainsi des conflits et offert une structure d’accueil idéologique aux pires violences sectaires et meurtrières comme on le voit, aujourd’hui, avec le judaïsme d’extrême droite en Israël et, surtout, l’islam intégriste au Moyen-Orient. Cela a été l’honneur de la philosophie des Lumières d’en avoir fait le procès en son temps (Spinoza, Hume, Kant, pour ne citer qu’eux).

Par ailleurs, elles ont toujours – je dis bien toujours – été porteuses d’un dogmatisme inadmissible, alimentant l’obscurantisme en refusant les grandes découvertes scientifiques qui contredisaient leur conception du monde et de l’homme : cela s’est manifesté spectaculairement avec Galilée et s’est renouvelé avec Darwin, dont la théorie continue à être combattue par les mouvements créationnistes aux États-Unis ou les tenants du « dessein intelligent » qui ont des relais influents en France. Enfin, elles ont constamment soutenu les pires régimes d’oppression politique et sociale – la carte des dictatures au XXe siècle coïncide avec celle de la domination la plus forte des Églises. Et, sauf naïveté, on ne saurait se laisser prendre aux apparentes avancées du pape François : non seulement il maintient une vision rétrograde des mœurs et de la sexualité (comme les deux autres religions monothéistes), mais son ouverture au social est une magnifique duperie : son « option préférentielle pour les pauvres » est purement « théologique », a-t-il pu proclamer récemment et l’Église « n’a pas à devenir une ONG » ! Sans compter que ce sont les excès du capitalisme qu’il condamne et non celui-ci dans son essence.

Deuxième point : il ne faut pas ignorer ou oublier l’immense apport critique des grands théoriciens du XIXe siècle. Non seulement et sous des formes diverses ils nous ont montré, voire démontré, que les religions sont des phénomènes purement humains que l’on peut expliquer, sur un plan strictement immanent, par l’ignorance, le faible développement technique, la psychologie ou l’histoire et dont on peut prévoir la disparition à (long) terme, mais, surtout, ils en ont dénoncé la malfaisance : elles ont dénigré la vie (Nietzsche), enfoncé l’homme dans l’infantilisme ou la névrose (Freud), aliéné l’humanité dans la croyance en un monde fictif (Feuerbach) et, last but not least, elles ont alimenté, selon Marx, l’aliénation socio-historique des hommes en la masquant ou en la justifiant par des illusions idéologiques.

La protestation contre la « détresse réelle » qu’elles constituaient à leur manière n’était suivie d’aucune lutte effective contre elle, voire offrait un dérivatif imaginaire qui en détournait. Et, quand au XXe  siècle, les théologiens de la libération ont voulu inverser ce processus, ils ont été rapidement rappelés à l’ordre. C’est bien pourquoi il faut saluer ce mot de jeunesse de Marx affirmant que « la critique de la religion est la condition préliminaire de toute critique », laquelle doit être suivie de la critique des conditions sociales qui la produisent car la « détresse religieuse » n’a pas de solution en elle-même.

D’où un dernier point, portant sur la laïcité. Celle-ci concerne bien spécifiquement la question religieuse dans son rapport à l’État, et on ne saurait la fondre dans une vague problématique de l’émancipation en général. Celui-ci doit garantir la libre existence des religions (comme l’expression de l’athéisme, ce qu’on oublie souvent) et ne privilégier, ni soutenir financièrement, aucune d’entre elles.

Or, c’est là qu’intervient un contresens : la neutralité de l’État ne signifie en rien celle des citoyens ou de l’école à l’égard du phénomène religieux. Dans le cadre d’une éducation à la raison et au jugement critique qui sous-tend aussi l’exigence laïque, l’examen critique des religions dans leurs dérapages intellectuels, leurs excès et leur malfaisance humaine, est de droit. C’est d’ailleurs, cette fois-ci, un élément, mais spécifique, du combat pour l’émancipation humaine en général.

Il nous faut donc rester fidèles au message de Marx, dans la Critique du programme de Gotha : étant entendu que la liberté de conscience doit être absolument défendue, il ajoutait que le propre des communistes n’était pas de s’en contenter et de libérer les religions des entraves qu’elles rencontrent (c’est la laïcité positive, plurielle et molle), mais de « libérer l’homme de la fantasmagorie religieuse », puisqu’elle est un facteur d’aliénation, par une critique continuée de ses effets.

C’est cela la vraie laïcité : celle qui favorise l’autonomie des êtres humains. 

(1) À paraître, en septembre 2014, 
aux Éditions La ville brûle : 
Critique de la religion. Une imposture intellectuelle, 
morale et politique.

(2) La laïcité n’est pas ce que vous croyez, 
Éditions de l’atelier, 2013, 144 pages, 16 euros. 

Yvon Quiniou,

 

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Tentative d’assassinat de Lénine dans l’humanité


L’Humanité du 21 janvier sous le titre "La mort de Lénine" vient d’assassiner Lénine. Du moins d’essayer.

Mais il est difficile de tuer un spectre à la forme aussi insolente, il n’est qu’à lire "90e anniversaire de la mort de Lénine – quelques citations commentées par G Gastaud au regard de l’actualité" sur le site d’ Initiative Communiste pour s’en rendre compte.

Un historien Jean Paul Scot nous livre, pour le journal qui fut l’organe central de feu le PCF et qui est le quotidien de la section locale du PGE, un assez étrange article. La mort de Lénine n’est pas l’occasion de rappeler l’oeuvre politique et théorique du dirigeant Bolchevik, non, c’est l’occasion de tenter de montrer que entre Lénine et Staline "il n’y a pas tant continuité que rupture, comme l’attestent (sic) les dernières volontés du père de la révolution qui affirmait : "Nous ne sommes pas assez civilisés pour pouvoir passer directement au socialisme". "

Étrange ce choix, cet angle d’attaque pour célébrer la mort de Lénine… Un peu déphasé par rapport aux "analyses" des dirigeants du PGE qui depuis pas mal de temps rejettent le léninisme dans la barbarie asiatique et renient la totalitaire " matrice bolchevique" avec un zèle touchant, espérant sans doute que Gattaz et son ami Hollande seront sensibles à tant d’efforts pour être digne d’un pacte de confiance.

Car le coup du "bon Lénine" contre le "méchant Staline" c’était avant…Avant que l’idéologie bourgeoise n’avance son rouleau compresseur et n’écrase dans le même opprobre Robespierre et le génocide vendéen, Lénine et le génocide de classe, Staline et le génocide ukrainien..autant de génocides qui n’ont jamais existé que dans la propagande de la bourgeoisie, négationniste de la vérité .

Étrange article très brouillon, ne respectant en aucune façon la chronologie et les faits ou plutôt sélectionnant des faits pour en cacher d’autres, donnant ainsi une vision fabriquée de l’histoire et usant d’amalgames subliminaux.

On vide l’histoire de sa complexité, des relations réelles entre acteurs de la Révolution d’Octobre, des analyses des causes, des contextes historiques,  tout cela pour aboutir à une conclusion: "le marteau du stalinisme a cloué le cercueil de Lénine". Et moi qui me demandait si ce n’était pas le but de cet article…

Reste que pour ne donner qu’un seul exemple de ce que peut donner cette version Walt Disney de l’histoire : Lénine meurt en 1924. Or Boukharine est membre du BP du Parti jusqu’en 1929, membre du CC jusqu’en 1937, Président de l’Internationale communiste de 1926 à 1928, rédacteur en chef de la Pravda de 1918 à 1929 et des Izvestia de 1934 à 1936. Il s’allie à Staline contre Trotsky, contre Zinoviev et contre Kamenev. Le "marteau du stalinisme" était lent…

Et évidement tenter de donner les raisons de fond qui opposèrent ces deux éminentes personnalités du Parti bolchevik ne vient pas à l’idée de notre historien. Pourtant savoir si la priorité devait être donnée à l’industrie lourde et particulièrement à l’armement ou à l’agriculture et à l’industrie légère était un enjeu de vie ou de mort pour l’URSS face à la guerre impérialiste que les Bolcheviks savaient inéluctable.

Bref qui veut faire l’ange fait la bête…et certains qui pensaient que la tautologie en histoire était réservé au "stalinisme"…..

PARIS 22 janvier 2014



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 le 17 Janvier 2014

La branche famille sortie de la Sécurité sociale : un recul de 70 ans

Quand la Sécurité sociale ouvrait une ère de dignité…

Par Michel Etievent, historien.

«On a tendance à l’oublier, mais avant la Libération, nous vivions dans une véritable hantise de la maladie et, surtout, de l’opération. La majorité des gens n’avaient aucune assurance sociale. Et si l’hôpital survenait, c’était la catastrophe. Comment trouver l’argent pour payer l’intervention ? Mon frère avait dû se faire opérer d’une péritonite. Il a fallu vendre deux vaches, la moitié de notre cheptel. Nous avons dû vivre en tirant la ficelle pendant des années. »

Ce témoignage en dit long sur l’état de la protection sociale avant-guerre. Pas de travail, pas de salaire. Autrement dit la misère ou au mieux les quêtes de charité ou les collectes de solidarité. « Il existait bien des assurances sociales, mais elles couvraient à peine un quart de la population et ressemblaient plus à une aumône pour nécessiteux. La moindre épidémie de grippe suffisait pour épuiser la caisse d’une mutuelle. Les gens ne se soignaient pas ou comptaient sur la chance pour ne pas être malades », soulignait Roger Petit, président de la caisse primaire de Savoie en 1946.

Cette terreur (qui revient début 2014 pour 32 % des Français qui renoncent à se soigner faute d’argent et qui n’étaient « que » 28 % en 2012 !) va s’effacer à la Libération. Il souffle sur la France un vent d’invention sociale. Fortement impulsés par les ministres communistes, leur Parti qui pèse 29 % des voix, une CGT à cinq millions d’adhérents, une classe ouvrière grandie par sa résistance, les premiers gouvernements de la France libérée engagent un plan de réformes qui vont donner au pays le goût de la dignité. C’est ainsi que naît la Sécurité sociale.

« Le système le plus humain, basé sur la solidarité nationale et garantissant enfin à tous une véritable protection sociale », disait Ambroise Croizat, ministre du Travail et futur bâtisseur de cette fabuleuse exception française. Les racines de ce projet sont à rechercher dans le programme du Conseil national de la Résistance de 1944. Véritable charte des droits nouveaux née dans la nuit des maquis, elle s’affirme comme la volonté de rompre avec l’ancien monde et d’ouvrir le pays à l’innovation sociale. L’article 14 énonce de manière lumineuse les contours du nouveau système de protection sociale : « Nous, combattants de l’ombre, exigeons un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous des moyens d’existence au cas où ils seraient incapables de se les procurer par le travail, avec gestion par les intéressés et l’État. »

L’audace d’un peuple avide de justice, la France de 1789 revisitée par ceux qui ont lutté, souffert, espéré. Sur les pas du CNR, Ambroise Croizat, alors président de la commission du Travail de l’Assemblée consultative du gouvernement provisoire d’Alger, prend la maîtrise d’œuvre d’une équipe de résistants, syndicalistes, à laquelle se joindra François Billoux, ministre de la Santé en septembre 1944, qui trace les contours de la future institution.

Cette réflexion collective constituera les fondements de l’ordonnance du 4 octobre qui instaure désormais ce droit à la santé pour tous. La charpente posée, il faut construire. Le chantier est énorme. Nommé ministre du Travail en novembre 1945, Ambroise Croizat et son équipe prennent la tête de ce vaste mouvement qui va aboutir à la création de 138 caisses de Sécurité sociale. « Une seule chose doit nous guider, répétait Ambroise Croizat : mettre définitivement l’homme à l’abri du besoin. En finir avec les angoisses du lendemain. »

« Tout cela s’est fait dans un enthousiasme indescriptible, poursuit un témoin de l’époque. On construisait la Sécu comme un outil qui allait nous appartenir ; les caisses elles-mêmes étaient bâties lors de nos congés ou hors du temps de travail. C’étaient parfois de simples baraques en planches, et c’est là que s’inventait tous les jours ce que le monde entier allait nous envier. » Unicité, universalité, solidarité sont les maîtres mots du nouveau système. Il faut y ajouter surtout démocratie car, comme le clamait Croizat avec des mots d’une actualité brûlante : « Seule la gestion par les travailleurs de leur système social garantira le droit à la santé pour tous. »

Et il en faudra des menaces de grève, des prises de parole pour l’imposer. À l’Assemblée, la droite multiplie les contre-projets. Patrons et syndicats minoritaires rechignent et s’opposent, les assurances privées, à qui le nouveau système enlève la gestion des accidents de travail pour le confier aux intéressés, redoublent de pressions. Fort d’un rapport de forces puissant, l’invention fécondera avant que d’autres menaces attentent au système. Des ordonnances de 1967 au plan Juppé, à l’ANI et aux multiples atteintes récentes, la Sécurité sociale affrontera toutes les tempêtes et la volonté de retour au « désert social » d’avant-guerre.

« Jamais nous ne tolérerons qu’un seul des avantages de la Sécurité sociale ne soit rogné. Nous défendrons à en mourir et avec la dernière énergie cette loi humaine et de progrès. » Les mots d’Ambroise Croizat prononcés avant sa mort nous incitent plus que jamais à prendre d’urgence le relais de la lutte pour faire de la Sécurité sociale non plus une coquille vide livrée au privé mais, comme le répétait celui que l’on baptisa le ministre des travailleurs, « un vrai lieu de solidarité, un rempart contre la souffrance et l’exclusion ».

(1) Auteur de Ambroise-Croizat ou l’invention sociale. Disponible chez Michel Etievent, 
520, avenue des Ternes, 73600 Salins-
les-Thermes (25 euros + 5 euros de port).

Michel Etievent

Dimanche 12 janvier 2014

« L’Humanité Dimanche », CHARB et ROBESPIERRE : clarification


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Commentaire : Bon, mais c'est du tirer par les cheveux, cela reste de toute façon de très mauvaix goût