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La sale guerre du gouvernement espagnol contre la démocratie vénézuélienne

lundi 7 août 2017 
 

 

En Espagne aussi d’autres voix se font entendre sur le Venezuela...

Jusqu’il y a peu, le problème vénézuélien faisait partie de la politique intérieure du pays. Le show électoral espagnol a influé sur l’ordre du jour de tous les partis politiques de l’éventail aussi bien de droite que de gauche. 

Mais en ce moment, il y a des éléments qui indiquent que le gouvernement espagnol a joué un rôle plus actif dans la guerre sale contre le Venezuela, comme il l’a fait en son temps contre Cuba pour influencer les gouvernements européens.

La politique espagnole est toujours pleine de paradoxes, de simulacres et d’actions excessives. Beaucoup d’entre elles sont mises en scène pour essayer de convaincre les Espagnols qu’en plus d’utiliser leurs fonctions pour s’enrichir, ils font quelque chose qui ressemble à ce que, sous d’autres cieux, on appelle « gérer les affaires publiques et défendre les intérêts du pays. »

Mais quand on analyse, même superficiellement, la politique étrangère concernant le Venezuela, on trouve tellement d’incohérences et de non-sens qu’on ne peut que penser qu’il y a un scénario écrit et/ou dirigé de l’étranger ou, ce qui revient au même, que notre politique étrangère est subordonnée aux intérêts de l’empire états-unien.

Comment expliquer sinon que le ministre des Affaires Etrangères ait validé un plébiscite organisé par l’opposition vénézuélienne, sans aucune garantie et sans le soutien du Conseil National Electoral, à l’issue duquel on a brûlé les bulletins de vote, avec des observateurs qui reconnaissent avoir été payés par les organisateurs, etc… alors que le gouvernement espagnol déclare illégale la consultation organisée en Catalogne ?

Comment expliquer que le gouvernement vénézuélien et son Président étant reconnus comme légitimes par l’Etat espagnol, M. Dastis, ministre des Affaires Etrangères, déclare que « ce n’est pas une démocratie » ? Comment interpréter qu’après une rencontre avec son homologue états-unien, Rex Tillerson, il affirme « qu’il faut continuer à augmenter la pression pour que le Venezuela redevienne une démocratie ? »

Toute personne sensée pourrait se poser une simple question qui l’aiderait à comprendre qu’au Venezuela, se livre l’une des batailles les plus importantes d’une guerre mondiale dirigée par les Etats-Unis et que le gouvernement espagnol n’est rien d’autre qu’un vassal servile au service de la logique impérialiste. Sans doute, il faudrait tout d’abord faire un effort de désintoxication de l’information pour que ce qui est évident ne soit pas neutralisé par la propagande des médias que nous ingérons quotidiennement. Mais en réalité, il suffirait d’appliquer aux médias de masse les mêmes critères et les mêmes soupçons que nous avons quand ils nous donnent des informations sur notre propre pays. Voyons quelles seraient ces questions :

A quoi est dû le fait que la puissance de guerre la plus importante du monde (800 bases militaires dispersées dans le monde entier, le budget militaire le plus élevé de la planète, 200.000 soldats déployés dans 100 pays) déclare, par un décret exécutif, que le Venezuela est une « menace inhabituelle et extraordinaire », un pays qui n’a pas de bases militaires à l’étranger et dont l’armée est à la 52° place au classement mondial ?

Quelles ressources naturelles et morales le Venezuela possède-t-il qui en fassent une menace pour l’Empire et ses alliés ?

Si le Venezuela est une dictature, comment se fait-il que depuis que Chávez a été élu Président (1999), plus de 20 élections aient été organisées, que le Centre états-unien Carter, qui agit en tant qu’observateur des élections, ait reconnu son système électoral comme l’un des plus clairs et transparents du monde, que le gouvernement bolivarien de Nicolás Maduro occupe un poste important dans les principales commissions des Nations Unies où on a besoin d’être élu (le Venezuela a simultanément un mandat dans 7 commissions, y compris la présidence du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU jusqu’en 2018.)

Rien qu’en janvier 2017, on a enregistré au Mexique 1.938 homicides, de mars 2016 à mars 2017, 156 dirigeants sociaux et défenseurs des Droits de l’Homme ont été assassinés en Colombie, d’où vient alors que les médias de masse ne parlent que de la violence au Venezuela et que le ministre des Affaires Etrangères espagnol dise que la situation au Venezuela est insoutenable ?

Si la situation au Venezuela est tellement insoutenable, comment se fait-il que son taux d’émigration soit le plus bas de l’Amérique Latine (0,4% contre 11,8% pour le Mexique par exemple) ? Comment expliquer que son taux de chômage soit de 6% (en Espagne, il est de 20,9%) et, qu’avec Cuba, le Venezuela soit le pays du continent dans lequel il y a le moins d’inégalités (l’Espagne est la pays de l’ OCDE où il y a le plus d’inégalités) et qu’il n’y ait pas de malnutrition (en Espagne, la population en danger de pauvreté est de 28,3%) ? Comment se fait-il que la mortalité infantile soit en-dessous de la moyenne régionale et qu’il n’y ait ni journalistes assassinés ni disparitions forcées ?

Quand nous essayons de répondre à ces 5 questions, la première conclusion est que les attaques actuelles du gouvernement espagnol contre le Venezuela ont d’autres raisons que celles invoquées publiquement et ne proviennent pas de son souci pour la paix ou l’amélioration des conditions de vie du peuple vénézuélien.

Jusqu’il y a peu, le problème vénézuélien faisait partie de la politique intérieure du pays. Le show électoral espagnol a influé sur l’ordre du jour de tous les partis politiques de l’éventail aussi bien de droite que de gauche. Ainsi, une fois consolidée la criminalisation médiatique, le Venezuela a été une arme de jet pour accuser Podemos de populisme, de radicalisme et d’autoritarisme, mais il a été aussi pour eux un obstacle gênant qu’il fallait constamment contourner, pour une raison morale douteuse. La plupart des partis politiques du pays ont pris position, ouvertement ou timidement, activement ou passivement, dans la logique de guerre sale contre le gouvernement bolivarien.

Le double rôle consistant à mener les campagnes électorales tout en étant au service des Etats-Unis et donc en diffusant une image négative du Venezuela a été la ligne dominante de la politique espagnole.

Mais en ce moment, il y a des éléments qui indiquent que le gouvernement espagnol a joué un rôle plus actif dans la guerre sale contre le Venezuela, comme il l’a fait en son temps contre Cuba pour influencer les gouvernements européens. La fréquence des déclarations contre le gouvernement bolivarien a augmenté, le gouvernement a élevé le ton et est devenu le porte-parole des thèses putschistes de l’opposition vénézuélienne. Les médias espagnols ont radicalisé leur campagne empoisonnée et, en général, les uns et les autres reproduisent point par point la propagande états-unienne.

Tout montre que les principaux acteurs politiques espagnols exécutent une commande : créer les conditions pour qu’aussi bien l’opinion publique espagnole que l’opinion publique européenne soient favorables à une intervention armée. Les déclarations du démocrate douteux, l’ex-président Felipe González, affirmant qu’on ne doit pas organiser une Assemblée Nationale Constituante au Venezuela suffisent comme exemple. Un ex-président qui ne peut cacher ses excellentes relations et les intérêts qu’il partage avec l’oligarchie vénézuélienne et qui n’a pas hésité à faire cause commune avec l’ex-président Aznar contre le gouvernement bolivarien.

Dans le cas des Etats-Unis, il est évident que dans l’escalade de guerre actuelle, mettre à genoux le Venezuela est un objectif prioritaire si on envisage l’un des scénarios possibles prévus par les think tanks : un affrontement avec d’autres puissances à capacité militaire équivalente comme la Russie. Pour ce scénario, on présente comme nécessaire de récupérer des zones d’influence et le contrôle de sources d’énergie et d’approvisionnement, à savoir ce qui est considéré par les politiciens états-uniens comme « l’arrière-cour latino-américaine. »

Le Venezuela est une pièce clef dans cette perspective puisque la page officielle de la CIA signalait, en 2015, que le Venezuela était le pays qui avait les plus importantes réserves de pétrole prouvées du monde (18 % du total) et, évidemment, de grandes réserves de gaz, de ressources hydrauliques et de minerais rares.

Il y a un facteur important que nous ne verrons jamais dans les analyses des think tanks, c’est qu’au Venezuela se trouvent aujourd’hui d’importantes ressources morales : la défense de sa souveraineté et de son indépendance politique, l’intégration régionale basée sur des critères de coopération, le soutien aux causes justes comme la Palestine, un projet égalitaire et de justice sociale de caractère socialiste… Nous pourrions dire qu’après la résistance héroïque de Cuba, le flambeau est passé aux mains des Vénézuéliens.

Toutes les données objectives signalent que la guerre sale contre le Venezuela a été mise en marche depuis longtemps, qu’avec le président états-unien B. Obama, on a appuyé sur l’accélérateur et qu’avec Donald Trump se poursuit le plan d’intervention fixé. En avril de cette année, l’amiral états-unien chef du Commandement Sud, Kurt Tidd, a dit devant le Comité des Services Militaires du Sénat des États-Unis que la situation au Venezuela avait empiré et que cela pourrait déclencher une « crise humanitaire qui demande une intervention militaire au niveau régional. ». Ensuite, il a dû préciser qu’il ne parlait pas d’une intervention militaire, mais il n’y a aucun doute que ses paroles donnent un aval à ce que l’opposition appelle Heure Zéro au Venezuela.

La résistance du peuple vénézuélien qui défend sa démocratie malgré la guerre économique, le fait de ne pas avoir réussi à fissurer l’Alliance bolivarienne, les tentatives répétées du gouvernement de Nicolás Maduro pour ouvrir des canaux de dialogue et sa proposition d’Assemblée Nationale Constituante en tant que stratégie pour vaincre pacifiquement l’opposition putschiste ont accéléré la feuille de route de l’intervention qui répond, avec de grandes similitudes avec ce qui a été fait au Chili avant le coup d’Etat de Pinochet, à ces lignes :

- Augmenter le niveau de violence et de provocation aussi bien en s’opposant à l’Assemblée Nationale que grâce à des groupes paramilitaires qui agissent dans la rue.

- Former un gouvernement parallèle légitimé par des organismes internationaux contrôlés par les Etats-Unis et par des pays alliés.

- Obtenir une masse critique avec le plébiscite frauduleux du 16 juillet.

- Entraver et saboter l’administration publique pour faire s’effondrer la prestation de biens et de services.

- Augmenter la pression économique et financière jusqu’à faire éclater définitivement l’économie.

- Organiser des campagnes systématiques de désinformation, de post-vérité et de fake news.

- Préparer des grèves et des débrayages dans les services, le transport et dans le secteur pétrolier.

- Boycotter l’entrée dans le pays d’aliments et de médicaments, paralyser les importations.

- Augmenter la propagande sur les violations des droits de l’homme, la crise humanitaire, etc…

- Créer un gouvernement de transition avec la reconnaissance de l’OEA et de certains gouvernements européens, en particulier du gouvernement espagnol.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle forme de guerre sale. Aussi bien la séquence des événements que le type d’actions ont déjà été appliqués souvent dans l’environnement latino-américain : coups d’Etat, interventions militaires, financement de paramilitaires, d’opposants comme de la contre-insurrection, guerre psychologique, coups d’Etat doux, intervention humanitaire… L’isolement, la diabolisation et l’intervention continuent à s’accomplir à différents niveaux de complexité. La différence est que la résistance du peuple vénézuélien oblige l’impérialisme à diversifier ses formes d’intervention et à les rendre plus complexes.

Si, dans le cas des Etats-Unis, les intérêts dissimulés et la raison de la priorité donnée à l’agression contre le Venezuela semblent clairs, qu’est-ce qui fait agir le gouvernement espagnol et se joindre si activement à ce plan de guerre ? Etant donné qu’en ce moment, il n’y a pas d’élections en vue, il faut chercher d’un autre côté.

Après l’entrée de l’Espagne dans l’OTAN en 1982, a été signé l’Accord de Coopération pour la Défense (1988) avec plusieurs ratifications et amendements qui ont débouché sur le Nouvel Ordre du Jour Transatlantique (1995). Le renforcement des relations bilatérales s’est produit à partir de 2001, lors de la signature avec la Secrétaire d’Etat nord-américaine, Madeleine Albright, d’une déclaration conjointe qui représenta un saut qualitatif dans les relations bilatérales, en renforçant notre dépendance envers les Etats-Unis (non seulement au niveau politique mais aussi dans le domaine de la défense et de la sécurité, en matière de coopération économique et financière, scientifique, industrielle, technologique et culturelle).

A partir de la présidence d’Obama et après un petit froid dû au retrait des troupes espagnoles d’Irak, les relations bilatérales avec les Etats-Unis se sont à nouveau renforcées. Il y a eu la rencontre de Rajoy et d’Obama à Washington (janvier 2014), des voyages continuels de divers ministres, le voyage officiel des souverains d’Espagne, la visite du secrétaire d’Etat John Kerry et du secrétaire à la Défense Ashton Carter en Espagne, etc…

Le ministère des Affaires Etrangères lui-même affirme sur son site que les Etats-Unis sont un allié avec lequel « peu de pays dans le monde ont des liens historiques, culturels et linguistiques aussi forts et avec lequel nous partageons les mêmes valeurs démocratiques et intérêts géostratégiques. » N’importe qui sachant lire entre les lignes verra que la relation entre un pays comme l’Espagne, sans ressources naturelles importantes, avec une dette extérieure qui dépasse son PIB, une forte dépendance envers les ressources énergétiques, etc… et les Etats-Unis ne peut être une relation entre égaux mais uniquement une relation de subordination et de dépendance.

Pour les Etats-Unis, en finir avec le gouvernement vénézuélien est une politique d’Etat et fait partie de la guerre mondiale que l’administration états-unienne appelle « défendre les intérêts nord-américains dans n’importe quelle partie du monde. » Un empire, si décadent soit-il, ou au pouvoir si diminué qu’il soit, ne peut rien faire d’autre qu’étendre la guerre pour conserver son hégémonie. D’un autre côté, l’impérialisme n’est que la forme qu’adopte l’expansion capitaliste et, en ce moment, le Venezuela constitue l’un de ses principaux obstacles. Le guerre qui se livre contre le Venezuela est donc une guerre qui nous concerne tous puisque c’est seulement une des parties les plus visibles de la Troisième Guerre mondiale qui est déjà en marche.

Dans le cas du gouvernement et de l’Etat espagnol, sa position active et belliciste en faveur de la feuille de route des Etats-Unis provient de la servilité, de l’incapacité et de la subordination de notre classe politique.

Dans cette guerre contre le peuple vénézuélien et son gouvernement, l’équidistance ne suffit pas, la neutralité ou les bonnes intentions non plus. Il faut seulement démasquer et dénoncer le rôle de l’Espagne et soutenir les efforts héroïques d’un pays pour défendre son indépendance et sa souveraineté, efforts qui, en ce moment, doivent être la bannière qui nous unit tous contre l’impérialisme.

Angeles Diez , Traduit de l’espagnol par Bolivar Infos

Transmis par Linsay

 

 

Angeles Diez est Docteur en Sciences Politiques et en Sociologie, professeur à l’Université Complutense de Madrid, membre du Forum Contre la Guerre impérialiste et l’OTAN, juillet 2017.