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Afrique

Un militaire français observe des civils rwandais fuir les combats le 12 juillet 1994. Image d’archives. (© PASCAL GUYOT Source : AFP)
 

Alors que des archives de l’Elysée sur le conflit au Rwanda défrayent la chronique, le flou sur l’implication française subsiste. Pour l’historien Harana Paré, cette situation perpétue la politique « de déni » et de « prédation » de la France en Afrique.

RT France : La revue XXI a publié un article basé sur une archive d’un ordre direct signé de l’Elysée appelant à réarmer les troupes génocidaires au Rwanda en 1994 malgré l’embargo sur les livraisons d’armes dans le pays imposé par l’ONU. Cette révélation vous a-t-elle étonné ?

 

Harana Paré (H. P.) : Absolument pas. La République française est assise sur des montagnes de mensonges et de dénis des droits des peuples au regard de sa présence et de son influence politique néocoloniale sur le continent africain.

 

RT France : Quel était l’intérêt pour le gouvernement français de donner cet ordre, enfreignant sciemment l’embargo de l’ONU dans un contexte où les exactions au Rwanda étaient scrutées par l’ensemble de la scène internationale et choquaient l’opinion publique française ?

 

H. P. : Dans le film « Hôtel Rwanda », on voit bien que ce qui intéressait les Occidentaux et les Français était avant tout d’exfiltrer les populations blanches ou naturalisées du Rwanda, et de laisser les différentes parties du reste de la population se massacrer entre elles. Après quoi les médias pouvaient servir aux opinions publiques la litanie immonde de massacres interethniques entre Africains. Ce qui à vrai dire n’est rien moins qu’un des aspects de guerres impérialistes : elles imposent le délitement des Etats ainsi que la prédation sans fin à des nations faibles et périphériques.

 

Concernant le réarmement : l’intérêt de la France était avant tout de préserver ses positionnements géostratégiques dans cette région des Grands Lacs. Il se jouait dans cette zone une rivalité avec les Etats-Unis – on dit que les troupes du Front patriotique rwandais étaient soutenues par les Américains. Ainsi, dans la région, le fait que les deux puissances soient alliées dans le cadre de l’OTAN n’a nullement empêché qu’elles se livrent à des rivalités inter-impérialistes, qui se sont entrechoquées avec le conflit et génocide rwandais. Dans ce contexte, la France a pris des décisions qui protégeaient ses intérêts géopolitiques.

 

Le contrôle de la région des Grands Lacs est une clé pour l’accès à toute l’Afrique orientale et méridionale et son pôle émergent qu’est l’Azanie (Afrique du Sud).

 

En outre, à l’époque, la France avait l’espoir de s’appuyer sur la République démocratique du Congo ou ex-Zaïre de l’éminent, incompétent et corrompu Mobutu, pour permettre le renversement de la situation dans la région et au Rwanda, dans le sens de ses intérêts. A l’époque, la RDC avait laissé une partie de son territoire comme base arrière aux génocidaires Hutus. Cette zone leur servait autant de base de repli que de point d’accès à des armes. C’est dans ce cadre-là que la France leur a livré des armes, malgré l’embargo de l’ONU. Nombre d’infiltrations d’éléments génocidaires partaient de là pour opérer en interne au Rwanda, le long de la frontière.

 

RT France : Quelles ont été les conséquences de ces livraisons dans le conflit et le génocide ?

 

H. P. : Cela n’a évidemment rien arrangé. Bien au contraire. Les troupes Hutus, acquises à la politique génocidaire de Juvénal Habyarimana, ont eu un sentiment d’impunité. Elles se sentaient soutenues par la puissance française dans toute sa splendeur néocoloniale et donc invincibles – jusqu’à ce qu’ils comprennent que le pays allait les abandonner sous la pression internationale. Cela a entraîné une augmentation des massacres. En tout entre 800 000 et 1 000 000 de victimes.

 

RT France : Cet ordre, signé par le secrétaire de l’Elysée de l’époque, Hubert Védrine, est l’un des premiers documents rendus publics depuis la déclassification en 2015 de 83 documents de l’Elysée sur le conflit rwandais. Malgré la promesse de François Hollande et cette déclassification, l’accès à ces documents est toujours très difficile pour les historiens et chercheurs, la mandataire de ces documents étant Dominique Bertinotti, anciennement chargée de mission pour le gouvernement et proche de François Mitterrand. Comment expliquer cette situation ?

 

H. P. : Si, depuis 1994, on a autant de mal à faire la lumière totale sur cette affaire, c’est parce que la République française – ses hommes politiques et ses hommes d’affaires au sommet de l’Etat mais également ses forces militaires sur le continent africain – est totalement compromise dans cette affaire. La question des archives est éminemment politique. Ce dossier est sous blocage et sous contrôle. On découvre ici plusieurs choses :

 

- la mandataire de ces archives serait une proche du gouvernement mis en cause dans cette affaire.

 

- le successeur de ce gouvernement Mitterrand et héritier en titre de cette deuxième droite sociale-démocrate est François Hollande, c’est-à-dire l’homme qui a promis d’ouvrir ces archives.

 

- mais, au final, ces dernières s’avèrent difficiles d’accès pour les enquêteurs, les chercheurs et toutes personnes souhaitant faire la lumière sur cette affaire.

 

En clair, les faits sont très parlants. Cela prouve que la politique française en Afrique reste une politique coloniale de mépris de l’Afrique et des Africains.

 

La France continue de considérer l’Afrique comme son pré carré, où les nations restent encore des espèces de sous-préfectures françaises. On est ahuri de voir que, depuis 1994, on cherche en vain à faire la lumière sur la vérité relative à ce génocide qui a fait près d’un million de morts en quelques jours et où il existe des doutes, des soupçons quant au rôle joué par les troupes françaises sur place.

 

Que rencontre t-on devant cette quête de vérité et de justice ? Rien moins que des atermoiements, des fuites en avant, du déni et des mensonges.

 

Mais qui protège-t-on ? La République et ses élites politiques ou militaires biberonnés aux mythologies juridiques formelles. En plus de soutenir aveuglement et inconditionnellement les satrapes du pré carré. On se doute bien pourquoi la France n’a jamais pressé le pas pour dire la vérité sur ce génocide qui la regarde, ce crime de masse contre l’humanité au Rwanda ! Que cache-t-on, là ?

 

Le régime de Juvénal Habyarimana était un régime non seulement fantoche mais soutenu à bout de bras par la Françafrique. On sait bien que les troupes de Habyarimana étaient entraînées et réarmées par la France contre les troupes du FPR. Et ce sous l’impulsion des Français et des Belges. Ça n’était qu’un secret de polichinelle.

 

Avec le génocide rwandais et la question des archives, on voit là se perpétuer une politique de mensonge, de lâcheté et de mépris à l’égard des populations africaines depuis les premiers temps de la colonisation. Cette position de l’Etat français sur le génocide rwandais est non seulement irresponsable et criminelle, mais elle est régie par une sorte de fuite en avant face à la vérité historique. Les peuples de la région des Grands Lacs ont besoin d’avoir des réponses qui identifient les responsabilités. On ne peut pas cacher la mort de millions de personnes [chercheurs et ONG estiment que le conflit rwandais a entraîné dans son sillage et la fuite de militaires une succession d’autres conflits dans la région des Grands Lacs notamment en RDC et au Burundi tuant plusieurs millions de personnes] derrière le secret défense. C’est une insulte à l’Afrique.

 

Malheureusement, les réseaux de connivences sont tels entre les élites et politiques occidentaux et africains que les peuples peinent à connaître la vérité qu’on leur doit. Nous sommes ici dans une continuité totale avec le fait colonial. Or, l’Afrique de demain ne peut se construire dans le silence et sans faire le deuil des exactions que le continent a connues.

 

RT France : Emmanuel Macron, moins lié et attaché à l’image de François Mitterrand que son prédécesseur, peut-il permettre une évolution plus rapide de l’accès à cette documentation ?

 

H. P. : Un nouveau pouvoir s’installe dans le pays mais il est tout de même héritier d’une situation, d’une histoire et d’enjeux qui font que le rapport à l’Afrique de la France ne peut pas évoluer. Les symboles guerriers n’ont d’ailleurs pas manqué. Lors de son investiture, Emmanuel Macron s’est présenté à la foule sur un véhicule militaire. Il a nommé un ministre non pas de la Défense mais des Armées. C’est une nuance qui en dit long. Nous somme dans un contexte où les bases militaires françaises essaiment sur l’ensemble du continent africain – tout comme les bases américaines. La France en dispose en Côte d’ivoire, au Mali, au Sénégal, au Burkina Faso, au Tchad, en Centrafrique, à Djibouti. Le Niger abrite une base de drones américains. On voit bien que toutes ces présences armées ne sont pas là pour garantir la souveraineté et l’indépendance des pays qui les abritent. Elles ne sont pas un facteur de paix, mais plutôt servent de point d’appui à des opérations de contrôle et de prédation armées.

 

Le fait qu’Emmanuel Macron nomme un ministre des Armées est également très parlant quant aux visées et missions de reconquête colonialiste désormais assignées à l’armée française. La sémantique est importante car un ministère de la Défense est nommé pour défendre la nation et le peuple sur son propre territoire. Pour Emmanuel Macron, comme pour bien d’autres tenants de l’élite occidentale qui exportent désormais la démocratie à coups de bazooka et de missiles, la nation n’a plus de sens. Il n’y a donc plus besoin d’un ministère de la Défense mais bien d’un ministère des Armées. On entre ici de plain-pied dans la sous-traitance affairiste des guerres néo-impérialistes et des armées comme du temps de la guerre de trente ans en Allemagne, au XVIIe siècle. En clair, il faut s’attendre à voir l’armée française devenir une armée à laquelle on sous-traite les objectifs des intérêts américains ou allemands.

Tous les trémolos déployés par les élites assurant vouloir défendre la démocratie et ses valeurs ne sont qu’entourloupes. Ce n’est qu’une exportation de la guerre sans fin avec des visées de prédation économique. Il faut bien comprendre que la France ne peut pas faire l’économie de la Françafrique. C’est de cette mainmise et de son réseau d’influence qu’elle tient son enracinement et son rôle central en Europe. C’est aussi de cela qu’elle tient sa place au sein des Nations unies. Quoi que la France propose dans cette instance caporalisée par les Américains, c’est une myriade d’Etats faillis africains qui votent comme un seul homme les résolutions françaises.

 

RT France : Pensez-vous qu’un jour les responsables français puissent être jugés par un tribunal international pour son implication dans le génocide rwandais ?

 

H. P. : Si les Rwandais se mobilisent sur cette question, si l’opinion de l’ensemble du continent et si l’Union africaine se mobilisent sur cette question – et que tout ce mouvement est relayé par des forces de progrès en Occident – cela peut effectivement faire basculer la donne. On pourrait alors voir des politiciens occidentaux conduits devant des tribunaux internationaux. Mais il n’y a ici aucune illusion à se faire, car ces tribunaux sont aux mains des puissances occidentales. Ce sont les élites occidentales qui tiennent, encadrent et animent les soubassements institutionnels et juridico-idéologiques de ces tribunaux qui sont, à vrai dire, des tribunaux coloniaux.

 

Est-ce que l’opinion africaine est capable de traîner devant de tels tribunaux un Bush, un Clinton ou un Sarkozy ? Je ne crois pas cela possible. Ici en droit, la loi est celle des puissants et des Etats forts. C’est le mode antique.

 

Quant à l’opinion en France, elle est avant tout celle des classes dominantes françaises. Ce sont les médias dominants qui donnent le la dans cette affaire-là. Or face à cette classe concernée par cette affaire, je ne vois aucune force d’opposition et de progrès assez forte, organisée et mobilisée. Les opinions qui pourraient effectivement faire contrepoids et demander de façon ferme la justice ne trouvent ici quasiment pas ou peu d’écho dans les médias qui sont tenus par l’oligarchie qui martyrise le continent africain. Mais jamais, il ne faut désespérer à l’idée que des femmes et des hommes courageux soient capables de faire jaillir la lumière de l’obscurité relativement à ce génocide au Rwanda en 1994. C’est-à-dire forcer le pays à faire toute la lumière sur l’affaire et son histoire.

 

Harana Paré

Harana Paré est historien burkinabé, professeur et militant à l’Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique (Afaspa) ainsi qu’au collectif communiste Polex (Politique extérieure)

»» https://francais.rt.com/opinions/40367-conflit-genocide-rwandais-repub...
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Comment, au nom du climat, la France cherche à imposer ses intérêts et ses entreprises à l’Afrique

 

dimanche 21 mai 2017 

 

L’Initiative africaine pour les énergies renouvelables, lancée lors de la COP21, devait être un projet exemplaire porté par les Africains pour les Africains, permettant d’assurer l’accès de tous à l’électricité sur le continent tout en préservant le climat. Mais la Commission européenne et la France cherchent aujourd’hui à s’approprier l’Initiative pour lui faire financer des projets énergétiques douteux, qui répondent davantage aux intérêts de leurs entreprises qu’aux besoins des populations. 


Responsables africains et société civile dénoncent un passage en force.

 

Ce devait être un projet pour les Africains et par les Africains. L’« Initiative africaine pour les énergies renouvelables » (IAER) fait partie de ces quelques belles idées annoncées au moment de la COP21 à Paris. Ce programme devait être doté de 10 milliards d’euros, apportés par les pays du Nord, mais mis en œuvre par les Africains eux-mêmes, en partant des besoins des gens sur le terrain, plutôt que des souhaits des grandes entreprises. L’objectif est de créer au moins 10 milliards de watts de capacité de production d’électricité renouvelable d’ici 2020, et d’assurer l’accès à l’électricité de tous les Africains d’ici 2030. Le tout en minimisant les impacts sociaux et environnementaux des projets financés, en respectant les droits des populations et en évitant les phénomènes d’accaparement de terres.

 

C’était sans compter sur l’Europe et en particulier sur la France. Suite à la dernière réunion de l’Initiative, qui s’est tenue à Conakry en mars dernier, son concepteur et haut responsable, le Malien Youba Sokona, a démissionné avec fracas, accusant les Européens et tout particulièrement Ségolène Royal, ministre française de l’Environnement sortante, d’avoir imposé aux Africains « leur » liste de projets à financer. Des projets qui ne sont ni nouveaux, ni vraiment « verts », et souvent portés par des multinationales ou des hommes d’affaires européens.

 

Passage en force

 

Selon le compte-rendu du site Climate Home (traduit en français ici), lors de la réunion de Conakry, de nombreux responsables africains ont émis des réserves sur les projets proposés et sur une décision prématurée qui ne respectait les principes fondateurs de l’IAER ni sur la forme ni sur le fond. Les Européens ont pu compter sur le soutien des présidents tchadien et guinéen Idriss Déby et Alpha Condé, deux proches alliés de Paris, pour passer en force. Immédiatement après la réunion, la Commission européenne s’est empressée de proclamer sur son site que l’Initiative avait effectivement validé 19 projets, pour un montant de 4,8 milliards d’euros.

 

Les projets approuvés incluent plusieurs infrastructures de réseaux, qui serviront aussi bien aux énergies « sales » qu’aux énergies renouvelables. La liste inclut également un série de projets de centrales solaires ou de barrages. Une centrale solaire au Tchad, par exemple, est portée par des entreprises basées à Londres et à Paris (la Compagnie des énergies nouvelles ou CDEN) qui semblent s’être constituées exclusivement pour profiter des nouvelles opportunités « vertes » en Afrique. La liste mêle projets à petite échelle et initiatives de très grande envergure, sans que la répartition des fonds alloués soit précisée. Autant d’ouvrages qui risquent de profiter directement (en tant que constructeurs ou concessionnaires) ou indirectement (en tant que financeurs, consultants, fournisseurs ou clients) aux grandes entreprises européennes ou autres.

 

Le climat, une opportunité économique pour la France ?

 

La COP21 avait été explicitement vue comme le gouvernement français comme une occasion de promouvoir et vendre l’expertise de ses champions nationaux, à commencer par Engie et EDF, dans le domaine des énergies « vertes ». Ce dont témoignait le choix des sponsors officiels de l’événement (lire notre enquête à l’époque) ou encore l’organisation du salon « Solutions COP21 » (lire ici). Cette ligne politique s’est maintenue une fois la Conférence de Paris passée, et l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables est rapidement apparue comme une cible prioritaire.

 

En septembre 2016, Ségolène Royal a signé un rapport « proposant », en tant que présidente officielle de la COP, une liste de 240 projets à l’IAER. Un véritable fourre-tout incluant de nombreux mégaprojets très controversés, à l’image du grand barrage Inga 3 en République démocratique du Congo, dans lequel sont impliqués des cabinets d’ingénieurs français. Les deux seuls projets concrets proposés pour le Cameroun sont le barrage de Nachtingal, un projet d’EDF, ainsi qu’un kit solaire « pay as you go » également proposé... par EDF. Inutile de dire que les considérations sociales et environnementales – et plus largement démocratiques – qui présidaient à la conception initiale de l’IAER sont superbement ignorées. Le rapport, tout à la gloire de Ségolène Royal, comprend plusieurs dizaines de photos d’elle en train de rencontrer des dirigeants africains.

 

L’Afrique au centre des convoitises

 

Suite à la réunion de Conakry et à la démission de Youba Sokona, un collectif d’organisations africaines a publié une déclaration dénonçant vigoureusement le « détournement » de l’Initiative africaine par la France et l’Europe. « Nous en appelons à tous les États, leaders et peuples africains pour qu’ils exigent une énergie renouvelable véritablement centrée sur les besoins et les droits des gens en Afrique, sur la base du modèle formidable esquissé par l’IAER et validé par tous les pays africains », proclament ces organisations. Elles accusent également les Européens de mentir sur leur niveau réel d’investissement dans l’IAER, en affichant le chiffre de 4,8 milliards alors que la somme réellement apportée serait au mieux de 300 millions, dans des conditions imprécises.

 

Ces tensions autour de l’IAER ne sont que l’une des facettes d’une lutte d’influence plus large. L’Afrique apparaît en effet comme un terrain de choix pour les multinationales souhaitant développer de grandes infrastructures très profitables, d’autant plus qu’aux financements internationaux dédiés au « développement » s’ajoute désormais la manne de la finance verte. Le groupe Engie, par exemple, s’est positionné sur le marché africain à travers son partenariat avec la famille royale marocaine, via la holding SNI et sa filiale Nareva. Dans le cadre de la COP22, les deux partenaires ont signé un accord stratégique visant à développer de nouveaux projets énergétiques au Maroc et dans le reste du continent africain (Égypte, Côte d’Ivoire, Sénégal, Ghana et Cameroun).

 

Dans le cas de la France, cette attirance pour les marchés des infrastructures et de l’énergie verte en Afrique se double de relents de paternalisme et de néocolonialisme. L’ancien ministre Jean-Louis Borloo avait ainsi lancé, peu avant la COP21, une fondation pour « électrifier l’Afrique en dix ans », avec le soutien de l’Élysée. Parmi les partenaires de l’initiative, on retrouvait déjà toutes les grandes entreprises du CAC40, à commencer par EDF, Engie et Total. Les représentants officiels africains ont choisi de privilégier plutôt la création de l’Initiative africaine sur les énergies renouvelables, précisément parce que celle-ci était directement pilotée par les Africains. Jean-Louis Borloo a fini par jeter l’éponge, tout en revendiquant la « paternité » de l’IAER. Mais la bataille des Africains contre les convoitises de la France et de l’Europe est loin d’être finie.

 

Olivier Petitjean le 16/05/2017

 

Transmis par Linsay

 

Le Franc CFA arme de destruction massive de l’économie africaine

 

dimanche 16 avril 2017 

On peut penser qu’Ahoua Don Mello, ancien ministre de Laurent Gbagbo, président de Côte d’Ivoire donne ici une lecture partielle et incomplète des événements qui ont abouti à la chute du gouvernement dont il était alors membre. Pour autant l’intervention de la France n’était pas guidée par des motifs humanitaires quoiqu’en ait dit ses dirigeants à l’époque. Par ailleurs les chiffres et les dates précis sur l’évolution du franc CFA et son utilisation par l’impérialisme français font de cet article un argumentaire précieux.

 

Franc des colonies françaises d’Afrique, le franc CFA est devenu le franc de la coopération financière en Afrique, après avoir symbolisé le franc de la Communauté financière africaine à la naissance de la 5e République française en 1958. Le contenu du FCFA est resté constant bien que le contenant soit en perpétuel changement.

 

1939. Par une guerre éclair, l’Allemagne nazie occupe la moitié de la France qui s’étendra ensuite à la totalité du territoire français et fait main basse sur le franc français et l’économie française. Le franc CFA (Franc des Colonies Françaises d’Afrique) naît officieusement pour les colonies françaises et servira de fonds souverains pour DE GAULLE exilé en Angleterre pendant toute la période de guerre.

 

En 1942, avec le FCFA, De Gaulle, fait réquisitionner les matières premières à vil prix dans les colonies d’Afrique et les vend à prix d’or en Angleterre et aux USA. Les réserves de change engrangées permettront alors de financer l’effort de guerre de la France Libre dont la capitale passe de Paris à Brazzaville. Cette réquisition s’étend aux jeunes africains valides pour se rendre sans visa sur les théâtres d’opération en Afrique du Nord puis en Europe et servir de boucliers humains.

 

Après la libération de la France, sur ordre de De Gaulle, l’armée française fût blanchie pour défiler à Paris devant les officiels avec des héros qui n’avaient livré aucun combat. Certains soldats africains seront regroupés à Toulon et réexpédiés à Thiaroye au Sénégal où certains ont été fusillés et d’autres ont reçu des médailles. Ils ont ainsi été écartés et enterrés dans les sous-sols de l’histoire pour éviter qu’ils rentrent dans l’histoire glorieuse de la France. Leur commandant, le Général LECLERC eut droit à tous les honneurs et est rentré dans l’histoire sans ses soldats.

 

Le 26 décembre 1945, le franc CFA sort de la clandestinité et naît officiellement. La totalité des réserves en devise servait à financer l’effort de reconstruction d’une France sortie très abîmée de la guerre.

 

Le 19 septembre 1946, le député Houphouët-Boigny, affirmait, lors des premières discussions sur la constitution de la communauté franco-africaine au palais BOURBON en France : « La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté ».

 

Le 28 septembre 1958, Félix Houphouët-Boigny, ministre d’État de la République Française, vote la constitution de la Communauté Franco-africaine instituant une fédération entre la France et ses colonies. La Constitution de 1958 est donc un déni de souveraineté pour les colonies dans les domaines de souveraineté traditionnelle que sont la défense, la monnaie, l’éducation, la diplomatie, la sécurité, les matières premières.

 

En 1959, pour donner un peu d’autonomie aux Etats Africains dans le cadre de la communauté, la France crée la BCEAO (Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest) et la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale). Dans le cadre de ces banques centrales, la France concède 35% des réserves en devise à ces anciennes colonies et s’octroie la part du lion (65%) pour financer les institutions de la communauté. Les colonies n’étaient donc, aux yeux de la France, que des collectivités décentralisées de l’Etat français.

 

Les quatre principes de la coopération monétaire entre la France et les États membres de la zone Franc ont épousé l’esprit de la fédération, à savoir la mise en commun des ressources financières depuis cette date jusqu’à ce jour :

 

– La garantie du Trésor français à la convertibilité en Franc français (aujourd’hui en euros) des monnaies émises par les trois instituts d’émission de la zone ;


– La fixité des parités entre le Franc français (aujourd’hui l’euro) et le franc CFA ;


– La liberté des transferts au sein de chaque sous-ensemble ;


– La centralisation des réserves de change.

 

Les indépendances de 1960 ont conservé l’esprit et la lettre de la communauté franco-africaine avec la ferme conviction que « La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté ». Toutefois, cette espérance du Père de la Françafrique avait un prix. Car, en contrepartie de ces principes et de cette profession de foi, les banques centrales de la zone Franc sont tenues de déposer une partie de leurs réserves de change (65%, révisée à 50% en 1999) auprès du Trésor français sur un compte d’opérations.

 

Le fonctionnement du compte d’opérations a été formalisé par des conventions successives entre les autorités françaises et les représentants des banques centrales de la Zone franc. Le compte reçoit des dépôts à vue ou à terme en provenance des pays africains de la zone Franc. La France place ces ressources qui rapportent des intérêts par des opérations de crédit (en partie à l’Afrique). Une partie des intérêts sert à rémunérer le compte d’opérations et l’autre partie est à la discrétion du pouvoir français que l’on retrouvera sous forme d’aides diverses (Ministère de la coopération, assistance militaire au pouvoir ou aux rebelles, Banque Mondiale, FMI, AFD, UE-ACP, UA, BAD, CEDEAO, etc.). Par rapport au compte d’opérations, le trésor français fonctionne donc comme la vraie banque centrale avec des agences que sont la BCEAO et la BCEAC et comme une banque d’investissement actionnaire principale de l’AFD (agence française de développement), de la FED (Fond Européen de développement.

 

La confiscation systématique de 50% des avoirs extérieurs des anciennes colonies par le Trésor français et le libre transfert des avoirs des opérateurs économiques des anciennes colonies vers la France favorisé par le code d’investissement qui exonère d’impôts les bénéfices des multinationales, réduisent de manière drastique l’épargne publique et privée. Cette confiscation institutionnelle et systématique de l’épargne oblige les anciennes colonies à emprunter leurs propres ressources ainsi confisquées.

 

A titre d’exemple, le rapport annuel de la Banque de France sur les comptes de la BCEAO indique pour l’année 2010 (en milliards de FCFA) :


– Compte d’opérations : 3 048,978 FCFA

 

Les pays du moyen orient et les pays émergents ont financé leur développement avec leurs réserves en devises qui constituaient l’essentiel des fonds souverains.

 

A titre indicatif les fonds souverains de quelques pays arabes constitués par les devises issues d’un seul produit donnent une idée du manque à gagner par les adeptes du FCFA pour le financement du développement de l’Afrique.


Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), avec plus de 600 milliards de dollars d’actifs sous gestion, l’équivalent de plus de 100 fois le compte d’opération des pays de la CEDEAO.

 

– Le fonds souverain d’Arabie Saoudite, SAMA Foreign Holdings avec 533 milliards de dollars


– Qatar Investment Authority avec plus de 100 milliards de dollars d’actifs


– Libyan Investment Authority sous Kadhafi 65 milliards de dollars d’actifs


– Lerevenue Regulation funds d’Algerie avec 57 milliards d’actifs


– Oil Stabilisation Fund d’IRAN, 23 milliards de dollars d’actifs

 

Voilà ce qu’a fait un seul produit dans tous ces pays qui gèrent eux-mêmes leurs devises.

 


En Afrique, le cas du BOTSWANA, le pays le plus développé d’Afrique au point de vue de l’indice de développement humain, détient un fonds souverain de 7 milliards de dollars c’est-à-dire plus de 5 000 milliards de FCFA. C’est le seul pays d’Afrique noire ayant échappé aux plans d’ajustement structurel.

 

L’Afrique avec ses énormes richesses en matières premières exploitées au quotidien n’a pas besoin d’aide mais de souveraineté monétaire.

 

Le sous-développement de l’Afrique francophone, n’a donc pas d’autres causes que l’absence de souveraineté. Cette absence de souveraineté des pays d’Afrique francophone fait de ces pays les bases-arrière pour la déstabilisation des pays d’Afrique dans le cadre des accords UE-ACP.

 

En 1957 lors des négociations du traité de Rome qui crée la CEE, De Gaulle obtient la création de la DG VIII, une direction Générale de la commission Européenne chargée de gérer les fonds Européens pour la mise en valeur des territoires coloniaux en vue d’un égal accès de l’économie européenne aux matières premières africaines. Cette direction était majoritairement sous contrôle de fonctionnaires français pour éviter toute ingérence des autres membres de la CEE dans le pré-carré français mais permettre dans le même temps aux Français de profiter du pré-carré Belge et des autres pays africains adhérents aux accords CEE-ACP. L’éviction de l’Allemagne du continent africain à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, faisait de la France, de l’Angleterre et de la Belgique les seuls maîtres du continent et les intermédiaires obligés des autres membres de la CEE pour l’exploitation des ressources en matières premières africaines. Après le refus de l’Angleterre d’adhérer à la CEE, la France assure le tutorat de l’Afrique et prend une ascendance diplomatique en Europe et sur la scène internationale. La France représente ainsi le continent Africain et a l’initiative des résolutions à l’ONU pour le compte des États africains.

 

L’épuisement des matières premières en Europe et le besoin de nouvelles ressources ainsi que des matières premières typiquement tropicales (coton, hévéa, palmier à huile, cacao, café, fruits tropicaux, etc.) imposent une alliance entre l’Afrique et une Europe sous perfusion du plan Marshall que De Gaulle considérait comme un moyen de chantage pour mettre l’Europe sous la coupe de l’arme nucléaire américaine mais imposera aux Africains ce qu’il a refusé des Américains.

 

Après les indépendances, pour éviter la contagion de l’Afrexit de l’Algérie, de l’Egypte, du Ghana et de la Guinée, et avant la convention de Yaoundé en 1963 qui prolonge l’alliance CEE-ACP (Afrique Caraïbes Pacifique) en les contextualisant, De Gaulle s’empresse de donner une forme juridique à la réquisition économique de l’Afrique pour assurer le maintien de l’économie coloniale de guerre sous surveillance de l’armée française dans ses ex-colonies. C’était la signature des accords de coopération militaro-économico-financiers de 1961 qui fondent la Françafrique pour financer la reconstruction de la France et contraindre les chefs d’États africains au respect de ses accords par le maintien de l’armée française sur leur sol. Ainsi les accords françafricains s’imposent aux accords CEE-ACP. Ces derniers deviennent le prolongement des premiers dont l’armée française devient le gendarme de l’Afrique, générateur des coups d’Etat et des rebellions pour déstabiliser toute tentative d’Afrexit.

 

Ces faits démontrent avec éloquence, que depuis toujours, les accords de coopération entre la France et l’Afrique en particulier et entre l’UE et l’Afrique en général permettent à la plupart des pays européens d’utiliser les richesses de l’Afrique comme leur fonds de souveraineté. L’apport fait par la zone Franc au trésor français par l’intermédiaire du compte d’opérations constitue son fonds de souveraineté qui retourne en Afrique sous forme d’Aide et de dette. Il faut ajouter à cela la balance au titre des revenus transférés qui est de 735,6 milliards de FCFA en 2010 au sein de l’UEMOA favorisée par le contrôle de l’épargne locale par des banques françaises.

 

Pour la France et les françafricains, remettre en cause cette manne tombée du ciel des anciennes colonies, c’est être un criminel. L’armée française et la Cour Pénale Internationale sont là pour garantir le système.

 

Le régime de Laurent GBAGBO en a fait les frais.

 

Novembre 2000, Monsieur Laurent Gbagbo est élu et investi Président de la République avec un slogan : « Donnez-moi le pouvoir pour que je vous le rende ». Cela implique, pour le secteur du cacao, le contrôle interne et externe du cacao par les paysans. L’objectif stratégique est donc de contrôler au moins 80% du commerce interne et externe du cacao, de maîtriser la transformation, de capter les marges intermédiaires sur le cacao au profit des paysans et développer une capacité d’influence sur le cours mondial du cacao. Une réforme de la filière est entreprise, fondée sur cet objectif. Les positions des multinationales du négoce dont Armajaro sont donc menacées sur le marché du cacao. Une course contre la montre s’engage entre le contrôle interne et externe du cacao par l’État et les paysans d’un côté et les multinationales de négoce dont Armajaro de l’autre.

 

AVRIL 2002, deux ans après l’accès au pouvoir, sans l’avis du Président Français, le Président Laurent GBAGBO dirige une délégation en Chine pour négocier des accords de coopération avec la Chine. Dans le panier des accords, l’usine de cacao en Chine, l’usine de montage de véhicules, de machines agricoles en Côte d’Ivoire, l’Hôtel des Parlementaires, une ligne aérienne directe entre la Chine et la Côte d’Ivoire et des projets routiers.

 

Juillet 2002, des révélations sous pseudonyme du journaliste franco-canadien Guy André Kieffer publiées plus tard sous son nom en octobre 2002 font état de financement à hauteur de 30 milliards de FCFA par Armajaro de groupes de rebelles basés au Burkina Faso et au Mali et d’un stock de 200 000 tonnes de cacao aux USA.

 

Septembre 2002, la Côte d’Ivoire est réveillée dans son sommeil par un coup d’État manqué qui se transforme en rébellion armée. Le pays est coupé en deux, la collecte et le transport du cacao sont bloqués par l’insécurité et crée une pénurie du cacao sur le marché mondial. Armajaro peut ainsi vendre son stock à un prix élevé pour rembourser sa mise dans la rébellion. Les accords de paix signés mettent fin à la réforme de la filière et livre le cacao au pillage systématique des rebelles au profit des multinationales. L’or, le diamant, le bois, le coton, l’anacarde font l’objet d’un pillage systématique ainsi que les agences de la BCEAO dans les zones occupées. Un port sec est créé au Burkina Faso à cet effet.

 

Décembre 2010, après plusieurs accords de paix, le Président Laurent Gbagbo réélu, est investi Président de la République de Côte d’Ivoire par le Conseil Constitutionnel à l’issue du deuxième tour de l’élection présidentielle. Son adversaire Alassane Ouattara est proclamé vainqueur des élections présidentielles par la communauté internationale sous la direction de Nicolas Sarkozy De Nagy Bosca. Une crise post-électorale s’ouvre. L’Union européenne décide du blocus du port d’Abidjan et gèle ainsi les exportations du cacao. Elle décide de la fermeture des banques européennes en Côte d’Ivoire et de la banque centrale (BCEAO) pour empêcher tout achat intérieur du cacao après avoir fait constituer un stock de 240 000 tonnes à l’extérieur par le groupe Armajaro. Le but de la manœuvre est d’étrangler le marché du cacao pour provoquer la pénurie sur le marché mondial et vendre le stock de 240 000 tonnes pour financer une nouvelle attaque armée de la Côte d’Ivoire.

 

En réponse, le gouvernement réquisitionne la Banque Centrale, monopolise la commercialisation du cacao, prend le contrôle des banques européennes fermées et entre en négociation avec des partenaires stratégiques des pays émergents. Une course de vitesse s’installe donc entre le gouvernement et les multinationales européennes pour le contrôle interne et externe du cacao.

 

Le 28 mars 2011, l’armée onusienne et une cohorte de mercenaires de la CEDEAO enrôlés par la France, violent le cessez-le-feu instauré depuis 2003 sous la surveillance supposée de l’ONU. Ils détruisent tous les acquis de la période postcoloniale : école, administration, centre de santé, biens publics et souvent privés jusqu’à Abidjan. Dans l’impossibilité de prendre Abidjan, la France de Sarkozy réquisitionne de force l’aéroport d’Abidjan et fait débarquer un contingent de la Légion étrangère de l’armée française et des forces spéciales. Un déluge de bombes s’abat sur la résidence du Chef de l’État et les derniers symboles de la Côte d’Ivoire indépendante et souveraine : la télévision, les camps militaires, l’université.

Le Chef de l’État, élu par les ivoiriens et constitutionnellement investi, est arrêté le 11 avril 2011 par les forces françaises et déporté en Europe pour faire place à l’élu de la communauté internationale déchirant ainsi le symbole des symboles d’un État souverain : la Constitution.

 

Un gouvernement officieux composé de retraités français est mise en place à côté d’un gouvernement officiel sans gouvernail servant de masque au vrai gouvernement. L’armée française n’a plus besoin de masque et le nouveau Chef de l’État ne porte sa confiance qu’en elle pour assurer sa sécurité à la place de son armée de rebelles illettrés. L’armée officielle est désarmée, les Ivoiriens sont livrés à une armée de mercenaires et de chasseurs traditionnels Dozos sans salaire qui vit de vols, de viols, d’expropriation des citoyens avec la protection d’un État tribal qui enferme aujourd’hui tous les responsables politiques locaux de l’opposition (750 personnes) et contraint en exil plusieurs militants. Les exécutions sommaires dominent l’actualité.

 

La démocratisation et le développement durables de l’Afrique passent donc par l’appropriation de nos réserves de change, le contrôle interne et externe des matières premières et le développement d’une force armée de dissuasion. Les énormes profits engrangés par le trésor français et par les multinationales du négoce avec la complicité de certains dirigeants africains sont de loin supérieurs à toutes les formes d’aides et de besoins en investissement de l’Afrique. Ces énormes profits échappent aux Africains et à leurs États, contraints à la politique de « la main tendue ».

 

Les réserves monétaires de l’Afrique entre les mains de la France, constituent une arme de destruction massive contre tout développement du peuple par le peuple et pour le peuple.

 

Des réseaux Foccart aux réseaux des prédateurs de matières premières et des trafiquants d’armes, l’insécurité permanente et la déstabilisation des régimes et des hommes politiques au service de l’Afrique ont constitué des obstacles au développement du continent.

 

Cette insécurité a frappé tous les chefs d’État au début des indépendances qui étaient déterminés à assumer leur responsabilité vis-à-vis de leur peuple et la logique s’est perpétuée contre les chefs d’État insoumis avec comme point culminant la déportation de Laurent GBAGBO et l’assassinat de Kadhafi, rappelant la triste période coloniale avec des déclarations qui vont dans le sens d’une véritable recolonisation du genre : « l’Afrique est l’avenir de la France ». Cette profession de foi des responsables politiques français nous rappelle un passé douloureux et les bruits de bottes de l’OTAN sous le masque de la lutte contre le terrorisme. Ce sont des signes annonciateurs d’une nouvelle tentative de recolonisation du continent.

 

S’approprier ses réserves monétaires, toutes les matières premières africaines dans l’intérêt exclusif des peuples africains comme le suggère la déclaration des droits de l’homme et des peuples de l’UA, bâtir une politique commune de contrôle interne et externe et de fixation de prix à l’instar de l’OPEP, constituent les facteurs décisifs du développement de l’Afrique. Cela suppose des dirigeants africains n’ayant de compte à rendre qu’à leur peuple et imprégné d’une conscience continentale intègre. Seuls des Africains nouveaux débarrassés de tout complexe vis-à-vis de l’occident, de tout afro-pessimisme, fortement engagé pour une nouvelle Afrique et restant sourd à toute tentative de manipulation de l’impérialisme occidental, peuvent servir de cheville ouvrière pour l’indépendance économique et la souveraineté des États africains.

 

Il est temps que naissent en Occident des hommes nouveaux débarrassés du complexe de supériorité et qui puissent engager le débat dans un esprit constructif avec l’Afrique pour que naisse un nouvel ordre mondial multi polarisé au profit de tous.

 

La conquête durable de l’indépendance économique et de la souveraineté de l’Afrique ne peut être que l’œuvre des Africains dignes et décomplexés. L’instauration d’un nouvel ordre mondial multi polarisé au profit de tous exige aussi des hommes nouveaux en Occident. Il revient donc de tirer toutes les leçons de notre histoire pour éviter de nouveaux échecs.

 

« L’Africain fera l’Afrique, elle trouvera en son sein des hommes et des femmes aptes à libérer leur vertu de héros collectifs pour redresser le destin tordu de la mère Afrique et recoudre son beau pagne déchiré » (J.KI-ZERBO).

 

13 Avr 2017 AHOUA DON MELLO 


Investig’Action, le Journal de l’Afrique

 

Transmis par Linsay

30 mars 2017

Saïd Bouamama, les insoumis, la lutte contre le colonialisme et l'impérialisme

« Il y a quelques années, rappelle Saïd Bouamama, on avait décrété la mort du tiers-mondisme et tous ceux qui le représentaient. Mais c’était mal connaître la profondeur intellectuelle de ces "penseurs combattants". Dans cet ouvrage riche en enseignements, l’auteur remet dans le présent ces figures, leur redonne leur place, mais montre également à travers leurs luttes que rien n’est perdu, "qu’il a toujours été possible, hier comme aujourd’hui, de changer le cours des choses". Les noms des hommes cités étaient des hommes d’action mais aussi des penseurs. Chacun a théorisé son combat. Aimé Césaire, Frantz Fanon, ou Thomas Sankara, avaient accompagné leur lutte d’une production politique que chacun a adaptée à son parcours... »

Reprenons l'évocation de Saïd Bouamama...

Michel Peyret


Culture - Le Matin - 24 Mar 2017 - 15:28
"Figures de la révolution africaine", de Saïd Bouamama
 

La couverture de l'ouvrage : "Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara"

La couverture de l'ouvrage : "Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara"

Sociologue et militant engagé, Saïd Bouamama a signé "Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara", chez les Editions la Découverte. Un livre dans lequel il dresse l'histoire de quelques insoumis qui ont porté haut la lutte contre le colonialisme et l'impérialisme.

C’est un ouvrage précieux qui nous plonge dans le parcours de ces grands leaders tiers-mondistes qui ont marqué les années de luttes pour l’indépendance et post-indépendance sur le continent africain. Qui se souvient des Frantz Fanon, Jomo Kenyatta, Aimé Cesaire, Ruben Um Uyobè, Patrice Lumumba, Kwame Nkrumah, Malcolm X, Mehdi Ben Barka, Amilcar Cabral, Thomas Sankara ? Des météorites avalés par la dictature de l’actualité. Des hommes d’action que les gouvernements de leur pays ont réduits à de simples icônes nationales pour mieux les instrumentaliser.

Il y a quelques années, on avait décrété la mort du tiers-mondisme et tous ceux qui le représentaient. Mais c’était mal connaître la profondeur intellectuelle de ces "penseurs combattants".

Dans cet ouvrage riche en enseignements, l’auteur remet dans le présent ces figures, leur redonne leur place, mais montre également à travers leurs luttes que rien n’est perdu "qu’il a toujours été possible, hier comme aujourd’hui, de changer le cours des choses". Les noms des hommes cités étaient des hommes d’action mais aussi des penseurs. Chacun a théorisé son combat. Aimé Césaire, Frantz Fanon, ou Thomas Sankara, avaient accompagné leur lutte d’une production politique que chacun a adaptée à son parcours.

Pour coller à ce vent de révolte qui a emporté quelques dictateurs, Saïd Bouamama rappelle qu’"il est très difficile d’être révolutionnaire tout seul ; la révolution se pense avant tout de façon collective". Aussi, le sociologue, s’appuyant sur la trajectoire de ces leaders, veut à travers ce livre en appel à une insurrection des possibles. "A l’heure où la plupart de nos responsables politiques ont baissé les bras et se contentent d’accompagner les puissances financières dans la mise en place de politiques destructrices, ce portrait collectif (…) se veut un éloge de la politique dans son sens véritable et généreux, c’est-à-dire ce mélange difficile de réflexion et d’action qui tend tout entier vers la justice et le bien commun".

Tout en perspective, Saïd Bouamama accompagne les portraits politiques de ces penseurs combattants d’un ensemble d’analyses pertinentes sur l’esclavage, le colonialisme, la décolonisation, l’anti-impérialisme ou le droit à la violence.

Kassia G.-A.

"Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara", de Saïd Bouamama, édition la Découverte.

Posté par Michel Peyret

Afrique. Famine attendue, hypocrisie postcoloniale

 

Alors que, de par le monde, tous les médias s'accordent désormais pour voir advenir une famine gigantesque sur l'ensemble du continent, les causes, largement connues, sont non seulement passées sous silence, mais pire, préservées comme pour leur permettre de continuer de sévir.

FMI et Banque Mondiale à la manoeuvre

Jusque vers la fin des années quatre vingt dix, l’agriculture africaine était structurée sur la base de l’organisation familiale, voire artisanale ou associative. En tout cas, à l’inverse des exploitations agricoles des pays riches, toujours à dimension humaine.
Lorsque les pays occidentaux, souvent menés par les ex puissances coloniales telle la France et son réseau Françafrique*, décidèrent d’accélérer la spoliation du continent, ils firent intervenir, en même temps, leurs deux armes de destruction massive que sont d’un côté la Banque Mondiale et le FMI de l’autre.

Ce fut alors, comme on disait auparavant "le bon temps des colonies", le temps de la néocolonisation, ou "recolonisation", ouverte.

Les PAS (plans d’ajustement structurels), tels les nuages de sauterelles, se succédèrent alors les uns après les autres, toujours plus drastiques et toujours plus draconiens. Véritable chantage aux prêts assassins contre services publics et agriculture. Cycle infernal de l’endettement, dans lequel, il faut bien l’admettre nous ont fait entrer les dirigeants des pays concernés, soit peu informés des risques, soit au contraire, très bien informés mais peu scrupuleux.

Le cycle des cauchemars était lancé : "Je t’ai prêté, tu ne peux pas me rendre...je te prête à nouveau (pour que tu me rembourses !), mais les conditions sont la fin des aides publiques à l’école, aux hôpitaux, aux transports et...à l’agriculture.."

On imagine sans peine, ce que la brusque disparition des services publics a pu provoquer, dans des pays a peine sortis de l’exploitation coloniale, et provoque encore, comme ravages économiques et sociaux, tout comme les conséquences sur le développement du continent en général.

Fin des "aides" en Afrique et subventions partout ailleurs

Dans les griffes des ultra libéraux et de leurs chevilles ouvrières, les pays d’Afrique ont ainsi été contraints de cesser les interventions en faveur de leurs secteurs agricoles respectifs, pendant que les pays du Nord qui, par intermédiaire de leurs institutions bancaires leur imposaient ce retrait, renforçaient eux, de leur côté les subventions de toutes sortes à leur propre production !

L’exemple de la culture du coton est, à cet égard, tout à fait explicite. En effet, après que Banque Mondiale et FMI eurent fait se désengager les États et avoir incité à planter du coton sur des terres anciennement agricoles (Mali, Burkina Faso, Nord Bénin...), ces derniers laissaient donc leurs paysans seuls "face au marché". Les pays riches, au mépris de toute équité, subventionnaient dans le même temps leurs propres cotonniers à un point tel que le prix coton chutait vertigineusement sur le marché mondial et que les paysans africains étaient contraints de laisser leur production à perte ! Ainsi, pour se procurer du coton à bas coût, les "acteurs" économiques internationaux ont immédiatement répandu la misère dans les pays producteurs sur le continent.

S’il en va ainsi du coton, on sait qu’il en va aujourd’hui de même pour l’ensemble du secteur agricole et notamment pour ce qui est des ressources alimentaires. Faire de l’Afrique, comme d’autres régions du globe, un continent alimentairement dépendant, voilà le projet des puissances commerciales de l’agro alimentaire. Un continent de la taille de l’Afrique, réduit à la dépendance alimentaire c’est surtout "créer un marché" de plus d’un milliard de consommateurs potentiels. Qu’importent alors les dérapages, les sorties de route et les famines artificielles cycliques.

Accaparement des terres agricoles

Depuis le milieu des années deux mille et les premières alertes aux crises alimentaires dans les pays riches, ceux-ci se sont, encore une fois, tournés vers l’Afrique, y important un nouveau fléau qu’on appelle désormais : l’accaparement des terres.

Le raisonnement est on ne peut plus simple, voire simpliste. C’est l’application stricto sensu du principe fameux dit "Loi du plus fort", en l’occurrence "Loi du plus riche" : pour faire face aux pénuries alimentaires éventuelles, il faut cultiver, pour cultiver il faut des terres disponibles et des terres "libres" On en trouve en Afrique et en grande masse !

Entreprises privées, nationales ou internationales, souvent téléguidées par les Etats, ont ainsi entrepris "d’acheter quantité de terres" sur le continent, terres considérées "non utilisées" pour les consacrer à l’agriculture, pour leur propre compte. Autrement dit, à destination finale des pays d’origine. Ainsi apparaissent les kilomètres de barbelés entourant ces immenses espaces "cédés" et, bien souvent, les gardes armés pour les "protéger" ! On trouve dorénavant de ces "implantations" un peu partout sur le continent, tant à Madagascar, Bénin, Burkina Faso, Afrique centrale...

Dans la mesure où ces "cessions" ne peuvent se faire sans le laxisme, voire la complicité des classes dirigeantes en place, on peut dire que ce sont tous les pays d’Afrique qui se trouvent exposés à ce risque majeur.

L’Afrique, le continent le plus riche en ressources et malgré tout le continent le plus pauvre, deviendra-t-il maintenant le continent le plus riche en terres cultivables et le plus exposé aux pénuries alimentaires ?

Il s’agit de cesser de pleurnicher régulièrement sur les "terribles catastrophes" qui s’abattent sur cette" pauvre Afrique". Non, ce continent n’est pas le lieu obligé de toutes les misères. Ces crises récurrentes sont tout à fait évitables ! Rien n’est inéluctable, tout est explicable, tout se comprend très bien et pourrait fort bien cesser.

Il s’agit surtout de mettre fin à la désorganisation généralisée des Etats provoquée par les chantages à la Dette par la Banque Mondiale et le FMI. En effet, la désorganisation sauvage, la suppression violente des services publics, l’accès à la scolarité, aux soins, aux retraites... conduisent inévitablement aux injustices majeures, à la misère, aux troubles et aux conflits les plus durs.

Il s’agit aussi de mettre un terme au pillage des ressources naturelles, menées à vil prix par les entreprises des pays du Nord** et promulguer une interdiction frappant, purement et simplement, l’accaparement des terres, tant par les Etats que par les firmes privées qui en dépendent.

François Charles

* Sur l’accaparement des terres voir association Survie (www.survie.org)
** Pillage qui concerne nombre d’entreprises françaises telles Total, Areva, Bouygues, Bolloré...

21 mars 2017

»» https://www.lautre-afrique.com
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Vingt millions de personnes qui  risquent  la famine ont besoin de nourriture, pas de bombes

 

21 Mars 2017

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Sept millions de personnes au Yémen sont menacées par la famine, dont 2,2 millions sont des enfants.

 

Photo: lastampa.it

Par: Amy Goodman et Denis Moynihan

 

http://www.cubadebate.cu/especiales/2017/03/19/veinte-millones-de-personas-en-riesgo-de-inanicion-necesitan-alimentos-no-bombas/#.WM9zBm_hC71

 

Le monde est confronté à la pire catastrophe humanitaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Vingt millions de personnes sont menacées de famine au Yémen, en Somalie, au Nigeria et au Soudan du Sud. La réponse du président Trimp face  à cette situation  a été de  claquer  la porte face aux  réfugiés  et de couper le financement à l’aide humanitaire, tout en proposant une expansion importante de financement pour l’armée américaine.

 

António Guterres, le nouveau secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies a récemment déclaré: « Des millions de personnes peinent  à survivre entre la malnutrition et la mort, vulnérables aux maladies et épidémies, forcés de tuer leurs animaux pour manger et manger le grain entreposé pour semer  l’année prochaine ». António Guterres a poursuivi: « Ces quatre crises sont très différents mais ont une chose en commun. Tous sont évitables. Toutes viennent de différents conflits, pour lesquels nous devons faire beaucoup plus en termes de prévention et de résolution » Vingt millions de personnes qui  risquent  la famine ont besoin de nourriture, pas de bombesVingt millions de personnes qui  risquent  la famine ont besoin de nourriture, pas de bombes.

 

Alors que des Nations Unies se débattent pour trouver  5,600 milliards nécessaires qui permettraient de réduire  le pire impact de ces crises, le gouvernement du Trump coupe des fonds provenant du Département d’Étatdes etats-Unis  et, selon un projet de décret de direction obtenu par Le New York Times, également l’Organisation des Nations Unies. L’ordre, tel qu’il est rédigé (même s’il  n’a pas  encore été  signé ou officiellement publié) indique « qu’il va y avoir au moins 40% de réduction globale »  des contributions volontaires des États – Unis à des programmes des Nations Unies comme le Programme alimentaire mondial, le Haut Commissaire Nations Unies pour les réfugiés et l’ UNICEF.

 

« Franchement, ceci est une attitude enfantine qui n’est pas digne de la seule superpuissance dans le monde », a écrit M. Stewart Patrick, un ancien fonctionnaire du département d’Etat sous la présidence de George W. Bush, maintenant membre du Conseil des relations étrangères .

 

Cette attitude, qui pourrait être décrit comme enfantine, a un impact létal sur les vrais enfants. Sept millions de personnes au Yémen sont menacées par la famine, dont 2,2 millions sont des enfants. Près de la moitié d’un million de ces enfants sont  en éta de « malnutrition aiguë et sévère », ce qui implique que déjà endommagé le développement, probablement  pour la vie, en raison de la faim.

 

Le directeur du siège américain du Conseil norvégien pour les réfugiés, Joel Charny a déclaré dans une interview sur Democracy Now: « Si la guerre continue, beaucoup de gens vont mourir de faim. Je ne pense pas qu’il y a un doute là-dessus . Nous devons trouver des moyens pour que  la guerre s’arrête ».

 

Pour cela il faudrait commencer  par mettre fin à la livraison d’armes à l’ Arabie Saoudite, le Yémen bombardant sans pitié. Au lieu de cela, le président  Trump  a rencontré mardi à la Maison Blanche c le prince héritier saoudien et ministre de la Défense Mohammed bin Salman, il y a été question   de reprendre la vente de  missiles guidés de précision – à la dictature saoudienne. Amnesty International a exhorté Trump de bloquer les ventes d’armes. L’organisation a publié une déclaration, dans laquelle il a écrit: « Armer  les gouvernements de l’Arabie Saoudite et Bahreïn représente le risque d’être complice de crimes de guerre, et le faire tout en interdisant les gens en provenance du Yémen de  se rendre à l’ États-Unis serait encore plus irrecevable ».

 

La guerre au Yémen est considéré principalement comme un conflit de pouvoir entre l’ Arabie Saoudite et l’ Iran, dans lequel  les États-Unis sous l’administration Obama et maintenant avec une plus grande intensité dans le cadre du Trump, fournit des armes aux Saoudiens et le soutien logistique de son  bombardement au Yemen.

 

« Notez que cela n’a pas commencé le 20 Janvier. Ceci est une politique menée par les États-Unis depuis  un certain temps », a déclaré Joel Charny responsable humanitaire en se référant aux prises de positions  politiques de Trump et à celles d’Obama. Tout au long de ses deux mandats, le président Obama a vendu des armes à l’Arabie Saoudite  à un niveau  record de 115.000 milliards $. Il a Seulement suspendu les ventes après qu’un avion saoudien ait attaqué un enterrement yéménite avec une série de bombardements  successifs, qui ont  fait  140 morts et 500 blessés.

 

Des millions de personnes affrontent la faim   et une mort douloureuse par inanition  en Somalie, au Soudan du Sud et lau Nigeria. Selon Charny, au Soudan du Sud, malgré les revenus pétroliers et ses terres fertiles, « les conflits politiques non résolus  au sein de la classe dirigeante du Soudan du Sud, datant des années 1990 et ont été cachés pendant la lutte pour l’indépendance, ont commençcé à refaire surface » et ont conduit le pays à la famine. Dans le nord du Nigeria, le conflit armé entre le groupe Boko Haram et le gouvernement fait que la livraison de l’aide humanitaire est très dangereuse. En ce qui concerne la Somalie, où la famine menace les populations qui peuvent être atteintes par le fragile gouvernement central et l’aide des organismes d’aide humanitaire, Charny a exprimé des commentaires plus optimistes: « Si nous pouvons mobiliser rapidement la nourriture et l’argent, nous pouvons surmonter la situation en Somalie … si nous nous mettons à l’oeuvre. »

 

Évitez situation de famine dans ces quatre pays est possible. Le Président Trump devrait financer entièrement les livraisons alimentaires – pas les expéditions armées- et diriger la nécessaire diplomatie pour éviter l’immense terrible catastrophe 20 millions de morts de la famine. Voilà ce qui grandirait  l’ Amérique

 

(Tomado de democracynow.org/es )

18 février 2017

Anne Hamidou, Césaire, la colonisation, « une négation de la civilisation »

« Aimé Césaire, rappelle Anne Hamidou, disait donc : « On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme. » La colonisation, comme le soulignait le même Césaire est une « négation de la civilisation ». En cela, elle est un crime, une barbarie intolérable... »

Reprenons l'article de Anne Hamidou...

Michel Peyret


POINT DE VUE

« Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité »

 

Pour notre chroniqueur, les remous provoqués par la déclaration d’Emmanuel Macron témoignent de l’incapacité française à assumer « un pan peu glorieux de son histoire ».

Par Hamidou Anne (chroniqueur Le Monde Afrique, Dakar)

LE MONDE Le 17.02.2017 à 16h42

Qu’Emmanuel Macron provoque une polémique en affirmant, lors d’une visite à Alger, que la colonisation est un crime contre l’humanité témoigne d’un profond malaise français sur le sujet. Mais en dépit des éructations de certains, le bilan est sans appel : oui, la colonisation est un crime contre toute l’humanité, dont le résultat fut d’imposer la domination de la barbarie contre la civilisation.

Les peuples d’Afrique ont vécu une terrible violence du fait colonial avec des morts, des expropriations, des privations de liberté et surtout une négation profonde de la dignité humaine par la domination politique, économique et culturelle. Les chiffres de cette période sont éloquents d’horreur. Pour procéder plus facilement au pillage systématique des ressources du continent africain, les colons ont soumis des populations civiles aux travaux forcés avec à la clé des milliers de victimes. Par exemple, l’historien Antoine Madounou établit un bilan entre 15 000 et 30 000 personnes mortes sur le chantier du chemin de fer qui devait relier Pointe-Noire à Brazzaville, au Congo.

Lire l’entretien :   Peut-on dire, comme Emmanuel Macron, que la colonisation est un « crime contre l’humanité » ?

Des morts, il y en a eu aussi à chaque fois que les populations ont tenté de se libérer du joug colonial. A Madagascar, en mars 1947, l’armée coloniale française a massacré les populations malgaches, avec un bilan compris entre 20 000 et 100 000 morts, selon les sources. Ou encore en Algérie où la révolte partie de Sétif le 8 mai 1945 fut matée dans le sang, laissant près de 45 000 victimes selon les nationalistes algériens.

Une barbarie intolérable

Sans oublier les tirailleurs sénégalais tués à Thiaroye en 1944 ou encore le sombre épisode du Cameroun, avec une répression des populations qui s’étaient soulevées à l’appel des militants de l’Union des populations du Cameroun (UPC) dans les années 1950 et 1960. Là, on oscille entre 60 000 et 120 000 victimes. La puissance coloniale a aussi assassiné les charismatiques dirigeants indépendantistes camerounais Um Nyobe et Moumié.

Les blessures que la colonisation a infligées à l’Afrique sont douloureuses et rendent tellement pitoyables les évocations de routes et d’hôpitaux censés extirper des aspects positifs d’une horreur. Je partage l’avis de l’historienne Sylvie Thénault qui juge « indécent » de mettre sur une même balance, d’un côté, les massacres, exécutions sommaires et tortures, et, de l’autre, des routes jugées comme un bilan positif d’un asservissement abominable des peuples d’Afrique. A ceux qui, souvent issus des rangs de l’extrême droite française, trouvent des vertus à la colonisation, Césaire avait anticipé la réponse, dès 1955, avec son monumental Discours sur le colonialisme (Présence africaine, 1955). D’ailleurs, en ces temps de polémiques et de libération de la parole raciste en France, les hommes politiques de ce pays devraient tous lire ce texte intemporel.

Aimé Césaire disait donc : « On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme. » La colonisation, comme le soulignait le même Césaire est une « négation de la civilisation ». En cela, elle est un crime, une barbarie intolérable.

Lire aussi :   « Le Cameroun a été le laboratoire de la Françafrique »

Sur le sujet de la colonisation, jamais un homme politique français sous la Ve République n’est allé aussi loin, et c’est à saluer, indépendamment des motivations électorales du candidat Macron. Mais il convient de souligner que sa déclaration gêne beaucoup de gens en France, de la gauche à la droite du spectre politique du pays. Officiellement, le Parti socialiste, dans sa récente histoire, a toujours fait la politique de l’autruche sur ce sujet, refusant de l’affronter en face. Quant à la droite, elle fait preuve d’une crispation identitaire très forte. C’est d’ailleurs l’un de ses principaux candidats à la présidentielle, François Fillon, qui a récemment considéré la colonisation française comme un « partage de culture » à d’autres peuples. A ce niveau, il s’agit au mieux d’une méconnaissance de l’histoire, au pire d’un révisionnisme abject.

Un pan peu glorieux de son histoire

Je n’attends pas de la France une repentance, ni une réparation financière, mais une reconnaissance de faits têtus et un exercice de dignité en faisant face à un pan peu glorieux de son histoire. N’en déplaise à ceux qui critiquent la position de M. Macron, l’histoire de la « patrie des droits de l’homme », c’est aussi une sombre période de meurtres et de négation de la simple dignité humaine. Affronter le bilan de la colonisation – ce moment d’« ensauvagement » du continent européen, selon Césaire – requiert du courage mais nullement une fierté mal placée.

De notre part, il ne s’agit pas d’expliquer tous nos maux par le seul fait de la colonisation, loin de là, mais de reconnaître qu’elle constitue une cause importante du retard de l’Afrique. Nous sommes encore dans ce que l’économiste Felwine Sarr appelle dans son essai Afrotopia « l’hystérèse », ce moment post-traumatique (esclavage, colonisation, néocolonialisme) que vit l’Afrique, et dont elle doit se sortir enfin pour affronter son destin.

Notre génération n’a pas connu ce douloureux épisode et tente de nouer d’autres rapports avec l’Europe en empruntant un tournant dé-colonial. Nous offrons ainsi au Vieux Continent une chance d’affronter son histoire et enfin, ensemble, de tourner la page.

Hamidou Anne est membre du cercle de réflexion L’Afrique des idées.

Hamidou Anne chroniqueur Le Monde Afrique, Dakar


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/02/17/oui-la-colonisation-est-un-crime-contre-l-humanite_5081481_3212.html#rgeCyJl1aMUlIv7Z.99

Posté par Michel Peyret

 

Si on voulait vraiment la preuve que la faim n’est pas un accident climatique ou je ne sais quelle fatalité qui pèserait sur des contrées abandonnées des dieux, il suffirait de regarder la carte des famines à venir. Dressée par l’économiste en chef du Programme alimentaire mondial, Arif Husain, cette carte est édifiante. Selon lui, 20 millions de personnes risquent de mourir de faim dans quatre pays au cours des six prochains mois : le Yémen, le Nigéria, le Sud-Soudan et la Somalie (http://ici.radio-canada.ca/nouvelle...). Or la cause majeure de cette insécurité alimentaire est politique. Quand elle n’a pas directement provoqué le chaos générateur du non-développement ou la rupture des approvisionnements, l’intervention étrangère a jeté de l’huile sur le feu. La guerre civile et le terrorisme y ont ruiné les structures étatiques, banalisant une violence endémique et provoquant l’exode des populations.

Au Yémen, les bombardements saoudiens, depuis mars 2015, ont généré un désastre humanitaire sans précédent. L’ONU s’alarme de la situation, mais c’est une résolution du conseil de sécurité qui a autorisé l’intervention militaire étrangère ! La fermeture de l’aéroport de Sanaa et l’embargo infligé par la coalition internationale ont privé la population de médicaments. Les stocks de blé baissent à vue d’œil. Les banques étrangères refusent les transactions financières avec les établissements locaux. 14 millions de personnes, soit 80 % de la population, ont besoin d’aide alimentaire, dont 2 millions sont en état d’urgence. 400 000 enfants souffrent de malnutrition. Jugée coupable de soutenir le mouvement houthi, la population yéménite est condamnée à mort. En fournissant son arsenal à Riyad, les puissances occidentales participent à ce crime de masse.

Au Nigéria, la situation chaotique dans laquelle est plongé le nord-est du pays gangrène toute la région. Des millions de personnes, fuyant les violences du groupe Boko Haram, s’entassent dans des camps de réfugiés. Totalement dépendants de l’aide humanitaire, ces populations « survivent par 50 °C, dans des huttes au toit de tôle, avec un point d’eau, des cuisines communes et un repas par jour », explique Arif Husain. Alimenté par la propagande saoudienne, le terrorisme défie aujourd’hui cet Etat, le plus peuplé du continent, qui comptera 440 millions d’habitants en 2050. Depuis la calamiteuse destruction de la Libye par l’OTAN, l’Afrique sub-saharienne est devenue le terrain de chasse préféré des djihadistes. La famine qui s’annonce est la conséquence directe de cette déstabilisation.

Au Sud-Soudan, la proclamation de l’indépendance, en 2011, a débouché sur une guerre civile où deux camps rivaux se disputent le contrôle des richesses énergétiques. Cet Etat sécessionniste, fragmenté, enclavé, coupé du nord auquel l’opposa une interminable guerre civile, est le fruit de la stratégie américaine. Cette création artificielle visait à contrecarrer l’influence du Soudan, inscrit de longue date sur la liste des « rogue states ». Porté sur les fonts baptismaux par Washington, qui a armé la guérilla sécessionniste de John Garang pendant 20 ans, le Sud-Soudan est aujourd’hui un champ de ruines. Depuis décembre 2013, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été tuées. 2,5 millions ont fui leurs foyers et près de 5 millions font face à une insécurité alimentaire « sans précédent », selon l’ONU. Pour les réclamations, prière de s’adresser aux néo-cons de Washington.

En Somalie, les aléas climatiques font peser la menace d’un nouveau désastre alimentaire. En 2011, la terrible famine consécutive à la sécheresse avait fait 260 000 morts. Cette vulnérabilité de l’agriculture vivrière reflète l’état de non-développement du pays, écartelé en une dizaine d’entités politiques rivales. Le règne sanglant des seigneurs de la guerre locaux, les interventions militaires étrangères (USA, Ethiopie, Kenya), l’influence croissante, sur fond de décomposition politique, de l’organisation islamiste radicale Al-Shabab, ont donné à ce pays l’indice de développement humain le plus faible de la planète. Depuis l’effondrement du régime marxiste de Syaad Barré en 1991, les structures étatiques se sont évanouies. L’économie est exsangue, le système éducatif délabré. La hausse des prix des denrées et la chute des revenus, aujourd’hui, font redouter le pire.

D’autres zones de tensions, hélas, suscitent l’inquiétude. Les conflits en cours en Syrie, en Irak, en Afghanistan, en Ukraine, en Libye, au Zimbabwe, bouleversent les conditions de vie et génèrent des flux migratoires. Certains pays, enfin, vivent dans une insécurité alimentaire chronique : la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, le Burundi, le Mali, le Niger. Ce n’est pas un hasard si la plupart de ces pays sont en proie à la guerre civile, au terrorisme et à l’intervention militaire étrangère. Le désordre qui y sévit est d’abord de nature politique et géopolitique. Loin d’être une fatalité, il résulte de causes endogènes et exogènes identifiables. La famine ne tombe pas sur les damnés de la terre comme frappe la foudre. C’est l’arme des puissants pour écraser les faibles.

Bruno GUIGUE

URL de cet article 31558 

Sous l’impulsion du Front Anti-CFA en Afrique aura lieu le 11 février prochain une série d’activités coordonnées dans 25 pays et 3 continents pour dénoncer le colonialisme financier et monétaire et avancer des alternatives. Vers un front intercontinental pour un nouveau système financier et monétaire ?

Le monde est en pleine convulsion et ne cesse d’exhiber presque tous les maillons de son archaïque architecture politique et économique. L’économie n’y échappe pas et le séisme financier de 2007-2008 nous a révélé à quel point la logique néolibérale continue profondément à hégémoniser les agendas politiques et à évacuer ses contradictions sous forme de projets réactionnaires, néocoloniaux et excluants. Les chiffres portant sur les inégalités mondiales (1) fournis par le dernier rapport d’OXFAM reflètent en grande partie cette réalité.

 

Pourtant, la transition vers un monde multipolaire et les contradictions du capitalisme elles-mêmes provoquent un retour du politique dans le domaine du système financier et monétaire. Ces systèmes ont suivi un encastrement continu dans la mondialisation à partir de l’ordre économique scellé à Bretton Woods en 1945 et au cours des quarante dernières années de globalisation néolibérale. Une vague de désobéissance citoyenne, depuis les bases sociales, mais aussi au niveau national et régional se développe et promeut une re-signification des systèmes monétaires en les réorientant vers de nouveaux horizons sociaux et géostratégiques.

 

Un exemple inspirant de ce mouvement voit le jour depuis fin 2016 dans un ensemble de pays de la zone centrale et occidentale de l’Afrique, zone dans laquelle régit une sorte de système monétaire « fossilisé » depuis l’époque coloniale. Différents groupes d’activistes et secteurs de la diaspora africaine ont décidé de reprendre le débat autour de la « Coopération Financière en Afrique » actuellement configurée par trois blocs économiques (2). Quinze pays ont intégré cette architecture monétaire à partir de 1945, avec la promesse de parvenir à une stabilité monétaire et une transition accélérée vers le développement économique. Deux mécanismes, bien connus sous d’autres latitudes, sont à la base de ce colonialisme économique : l’endettement – en lien avec main mise sur les budgets nationaux par le FMI et la Banque mondiale, et la « servitude » monétaire, toutes deux légitimées par un subtil dispositif d’influence communicationnelle et institutionnelle, dispositif que l’économiste africain Nicolas Agbohou (3) n’hésite pas à comparer à un « nazisme » monétaire.

 

Les faits montrent que le mécanisme de contrôle qui a été mis en œuvre dans cette zone de coopération financière au cours des 70 dernières années est semblable à celui que le régime nazi a imposé au cours de la 2e guerre mondiale dans les pays européens occupés. En quoi cela se traduit-il aujourd’hui dans ces blocs économiques en Afrique ? En substance, il s’agit d’une architecture de contrôle technique, institutionnel et juridique, qui lie d’un côté l’émission monétaire effectuée en dehors de la juridiction des pays africains sous la manne de la diplomatie française ; et de l’autre, la maîtrise des flux monétaires sur la base de quatre mécanismes : la parité fixe entre l’euro et le franc CFA (qui agit comme levier d’austérité et dévaluation programmée) ; la centralisation des changes et les comptes d’opération placés sous tutelle du Trésor français (permettant de capter les devises africaines) ; la libre convertibilité du Franc CFA en euro (pour neutraliser la capacité d’émission monétaire sans qu’il y ait de convertibilité interne du franc CFA entre les trois blocs économiques africains) ; et enfin la libre transférabilité des capitaux africains en Europe (qui en définitive normalise la fugue de capitaux sur le plan institutionnel).

 

Sans aller dans les détails de cette ingénierie, les résultats sont éloquents et contrastent de toute évidence avec les questions de fond auxquelles sont confrontés les peuples d’Afrique subsaharienne : à savoir sortir de la marginalité économique et intégrer le monde multipolaire avec un projet africain et donner un avenir à un continent dont la population double tous les 25 ans et qui se compose à 70% de jeunes de moins de 35 ans. Beaucoup de ces quinze pays figurent aujourd’hui en bas de l’échelle de l’indice mondial de développement humain et sont pris dans la toile d’une spirale d’appauvrissement, ou plus exactement d’une spirale sophistiquée d’extraction de richesse et de subventions aux économies des pays développés. Rappelons que dans les années 60, le PIB par habitant de ces pays était au même niveau que celui de la Corée du Sud, du Cambodge ou du Vietnam. On estime que 50 milliards de dollars sont extraits de l’Afrique chaque année (l’équivalent de 3% du PIB du Mali, 1% du Sénégal, 6% de la Côte-d’Ivoire) (4), dépassant le volume de l’aide publique au développement fournie par les pays industriels.

 

Par ailleurs, les économies de l’Afrique subsaharienne sont fortement « primarisées » et balkanisées, prisonnières du dogme orthodoxe préconisant le contrôle de l’inflation, peu aptes à consolider des relations commerciales intra-régionales (15% des transactions économiques se font régionalement) et à donner une plus grande cohérence au projet naissant de bloc continental esquissé par l’Union Africaine. En fin de compte, comme le rappelle les activistes de ce mouvement citoyen africain, le troc d’une souveraineté politique pour une soumission économique au moment des indépendances a fini par saboter la base même de la souveraineté nationale. Le cycle actuel de la déflation mondiale et de la dévalorisation des matières premières ouvre d’ailleurs de nouvelles brèches dans ce schéma économique.

 

Comment cette servitude monétaire ait-elle pu perdurer au cours du temps alors que d’autres pays africains ont su emprunter d’autres voies ? La stabilité monétaire établie sur l’euro a été un facteur important. Le poids de la realpolitik postcoloniale et du pacte d’allégeance en échange de protection diplomatique est également une variable significative. Mais rappelons que bien que plusieurs pays soient temporairement sortis de l’union monétaire – comme le Mali, le Togo, la Guinée Conakry et la Mauritanie (cette dernière l’ayant quitté définitivement), les dirigeants africains qui se sont rebellés contre l’ordre colonial ont été renversés par la force militaire ou des pressions de tout ordre. Les derniers exemples en date sont ceux de l’ancien président Mouammar Kadhafi en Libye, promoteur d’une monnaie et d’un projet panafricain, et Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, moteur d’une nationalisation du système financier dans un pays qui participe à hauteur de 40% de la masse monétaire du bloc sous-régional.

 

Mais il faut aussi reprendre l’analyse des économistes Nicolas Agbohou et Bernard Lietaer lorsqu’ils soulignent que les systèmes monétaires avaient été conçus le siècle dernier dans la claire conscience de constituer un facteur d’homogénéisation et de création de monopoles au service du pouvoir central, conscience qui aujourd’hui semble avoir été fortement diluée au cours du temps pour différents acteurs sociaux et pour la citoyenneté en général. La monnaie est bel et bien un « fait social total », relationnel, économique, politique, spirituel, comme le suggère l’anthropologue Marcel Mauss. Pourtant, elle est construite aujourd’hui comme un « objet institutionnel non identifié » dans les sociétés africaines, c’est dire comme un élément abstrait, privatisé et autoréférentiel, très éloigné de la sphère civique et politique.

 

Cette question n’est pas vraiment nouvelle dans la vie politique africaine. Depuis la conférence de Bandung avec les pays non-alignés jusqu’aux processus d’indépendance et de libération nationale, la souveraineté monétaire a toujours été mise à l’ordre du jour et s’est heurtée aux rapports de force du moment. Mais la jeunesse africaine, mobile et transnationale, apparaît aujourd’hui porteuse d’un nouvel imaginaire. Beaucoup de jeunes Africains formés en Europe ou en Asie, de la même façon que les protagonistes du printemps arabe en 2011, ont appris à relativiser les dogmes, à ne pas se conformer de la fatalité des jeux géopolitiques et tentent d’explorer les failles d’un système confiscateur de futur et de richesse.

 

Ce panorama africain nous offre une matrice féconde pour comprendre les réalités d’autres zones centrales ou périphériques de l’économie mondiale. Dans le cas de l’Amérique latine, un profond phénomène d’exclusion monétaire, d’instabilité financière et d’abus de position dominante du dollar sur les monnaies nationales est en vigueur, phénomène qui paradoxalement n’a pas pénétré plus profondément dans l’agenda des projets politiques progressistes de la dernière décennie, en dépit des multiples crises qui ont secoué la région dans les années 1990 et 2000.

 

Les pays latino-américains disposent dans leur majorité d’un droit constitutionnel à l’émission monétaire à travers leurs banques centrales et l’approbation par les Parlements des décisions budgétaires. Les blocs d’intégration politique et économique comme le MERCOSUR se sont consolidés et avec eux les échanges intra-régionaux. Mais le nœud du problème se pose en termes de dépendance à l’égard du dollar comme monnaie étrangère pour les transactions et l’accès au marché mondial (en l’absence d’une alternative monétaire régionale), et de perméabilité des structures financières vis-à-vis des monopoles productifs, commerciaux et communicationnels.

 

Concrètement, ces monopoles ont le pouvoir de définir et légitimer les prix de l’économie dans les principaux secteurs économiques, de convertir leurs bénéfices en devises étrangères et de les fuguer à l’étranger dans un réseau de 52 paradis fiscaux. Ils peuvent mettre en œuvre tout cela avec la complicité ou la résistance de l’Etat, en fonction de la nature des forces politiques, de certaines nuances formelles et du niveau de politisation de la question financière. Mais en fin de compte, une trame systémique d’extraction économique et d’érosion de justice sociale opère sur le plan factuel et formel, sur un mode similaire à celui que nous avons vu dans le cas africain.

 

Historiquement, les économies latino-américaines ont connu des cycles de crise bancaire qui ont affaibli les devises nationales et ont engendré une concentration en monnaie étrangère, avec un net impact sur la dé-bancarisation, la perte d’épargne nationale, la difficulté d’accès au crédit et la spéculation financière. Ces écueils ont amené à consolider les monopoles économiques. Là aussi, le volume de fugue des capitaux au niveau régional défie les limites de l’imaginaire : près de 430 000 millions de dollars quittent chaque année le continent (5). A titre de comparaison, durant l’année 2015 environ 158 000 millions de dollars entraient en investissement étranger. Ramené à une période de 40 ans en Argentine, champion régional de ce bi-monétarisme néocolonial, il s’agit d’une somme équivalente à 900 milliards de dollars qui a quitté le territoire national (réduisant d’un facteur 12 le montant des recettes fiscales de l’Etat (6)).

 

Alors que les gouvernements populaires étaient parvenus à confronter dans une certaine mesure les monopoles financiers et économiques après la rupture de l’Accord de libre-échange des Amériques (ALCA) en 2005, l’extraction systémique de capitaux a continué à opérer comme un profond facteur profond d’érosion de l’Etat et du dynamisme économique. Quand la « prospérité des commodities » a décru avec la chute du cour des matières premières, les pouvoirs économiques concentrés ont relancé un plan de déstabilisation des trois pays de l’axe Caracas-Brasilia-Buenos Aires et tentent à présent de réinstaller de vieux schémas néolibéraux. Dans la pratique, les monnaies régionales ont été dévaluées de plus de 30% en moyenne en 2014 et maintiennent un rythme soutenu de dépréciation par rapport au dollar. De grandes masses d’endettement extérieur ont été souscrits et l’appel aux investissements étrangers reconfigurent un contexte de dépendance économique.

 

C’est dans ce sens que l’onde de monnaies locales et complémentaires émergentes dans différentes régions et amplifiées par la crise financière de 2007-2008, devient un mouvement significatif pour contester l’ordre unimonétaire dominant. Des milliers de monnaies locales et de systèmes d’échange prospèrent actuellement en Europe et dans le monde, occultées par les médias hégémoniques et s’opposant à l’unitarisme monétaire en vigueur dans les cadres nationaux. Une récente étude publiée dans la revue Alternatives Economiques portant sur environ 40 expériences de monnaies locales en Europe nous montre comment se redéfinissent ici et maintenant les imaginaires assignés à la monnaie. Cette étude montre que celles-ci s’orientent vers la reconstruction et la réparation territoriale (78% des expériences), la consolidation des liens sociaux (61%), la consommation responsable et la transition productive (51%), la démocratisation de la monnaie (49 %) et la stabilisation de la finance (49%).

 

Les communautés d’échange qui sont créées autour de ces monnaies sont relativement délimitées, localisées et parfois fragiles dans leur capacité à conduire dans le temps un projet monétaire. Bien que les volumes économiques en circulation soient à des années lumières de ceux brassés dans la finance internationale, le saut qualitatif qu’elles proposent est fondamental. Elles confrontent les monopoles de l’imaginaire, du sens commun et les fonctions classiques de la monnaie. L’un de leurs défis est clairement de renforcer la capacité de mobilisation populaire et de construire des articulations institutionnelles (notamment de payer des impôts ou des services dans la monnaie locale). Ce mouvement micro-monétaire n’a pas de leadership centralisé, mais il possède déjà des formes flexibles d’interconnexion (théoriques, sociales, territoriales).

 

D’autres mouvements liés à cette désobéissance citoyenne prennent forme avec des initiatives d’occupation des banques (Occupy Wall Street ou les « Faucheurs de chaises »), dans le boycott de certains groupes financiers impliqués dans des scandales fiscaux ou dans l’économie noire des énergies fossiles, ainsi qu’à travers la filtration des secrets financiers (LuxLeaks, Swissleaks, Panama Papers) et la résistance aux accords de libre-échange. Ces initiatives sont nécessairement voués à se développer dans l’avenir. Ce que nous observons à la lumière des luttes des mouvement pour une autre économie qui se sont développés au cours des 30 dernières années, est que la somme d’une multitude d’expériences alternatives est loin de produire un changement systémique. Dans la transition géo-économique actuelle, où la dé-dollarisation de l’économie mondiale constitue l’un des épiphénomènes de cette transition, les réseaux civils et les mouvements sociaux sont appelés à promouvoir un nouvel horizon de débat sur la production et la circulation des richesses.

 

La situation actuelle est celle d’une capture du système financier par les groupes concentrés et les puissances coloniales qui organisent tant légalement qu’illégalement le transfert de volumes faramineux d’une richesse mondiale qui n’a jamais cessé de s’accroître au fil des années. Ce système opère en particulier sur la population du Sud global où se distribue environ 80% des ressources naturelles de la planète et sur la classe moyenne transnationale plongée depuis plusieurs décennies dans un cycle de récession. Rappelons à ce titre que 42 millions de personnes sont sorties de la classe moyenne dans les pays industrialisés depuis la fin de la Guerre Froide et qu’en 30 ans, la part des salaires dans le PIB de tous les pays occidentaux s’est réduite en moyenne de 10%. Outre l’accumulation de niveaux sans précédent de concentration de la richesse, le colonialisme financier fait en sorte que les peuples supportent 98% de la charge totale des impôts alors que le capital n’y contribue qu’à hauteur de 2%.

 

Toutes les sociétés sont physiquement dotées de plus en plus de richesse et simultanément appauvries par un système monétaire fondé sur le dollar et géré par 8 banques étrangères et 200 sociétés transnationales. Comme l’a à nouveau affirmé avec audace le Pape Francisco et la diaspora africaine dans sa désobéissance monétaire contre le Franc CFA, la monnaie est un instrument central de souveraineté et de justice sociale. Il est temps de remettre à l’ordre du jour la construction d’un nouvel ordre monétaire et financier mondial, en mettant au centre le débat sur les principaux outils de répartition des richesses : les budgets nationaux, les impôts et l’émission monétaire.

 

Auteurs : François Soulard – Forum mondial démocratique ; 
Guillermo Robledo, Eduardo Murua, Clelia Isasmendi – Observatoire de la Richesse Pedro Arrupe.

»» http://observatorio-riqueza.org/onde-de-desobeissance-monetaire-financ...

(1) Rapport Une économie des 99% https://www.oxfam.org/es/informes/una-economia-para-el-99 , janvier 2017.

(2) L’Union Economique et Monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA), la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) et l’Union des Comores (UC).

(3) Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, Nicolas Agbohou. Editions Solidarité mondiale, 1999.

(4 ) Selon le rapport Thabo Mbeki, présenté et adopté lors du 24e sommet de l’Union africaine les 30 et31 janvier 2015 à Addis-Abeba, l’Afrique a perdu au cours des cinquante dernières années, plus d’un milliard de dollars à travers les flux financiers illicites. http://www.francophonie.org/IMG/pdf/fluxfinanciersillicites_rapport_francais.pdf

(5) Le montant de l’évasion fiscale s’élève à 350 000 millions de dollars par an selon les études de la Commission Économique de l’Amérique Latine (CEPAL), auxquels s’ajoute 180 000 millions de dollars de transfert pour les balances de paiement par voie légale.

(6) Selon le calcul de la Commission économique pour l’Amérique latine – CEPAL.

URL de cet article 31548 

Nul ne peut imaginer ce que les migrants vivent ici en Méditerranée, aux frontières de l’humanité

 

16 Janvier 2017

Le choc des sauvetages en mer est si fort qu’il ne laisse personne indemne. Les cris désespérés des hommes, les pleurs terrifiés des bébés, l’odeur âcre des corps baignés d’essence.Quand je lis ça et que je le compare à ce monde des super- riches, je vais vous dire le fond de ma pensée, que l’on ne s’étonne pas que pour vaincre un tel monde d’inhumanité et d’injustice, il faille que surgisse des individus de la taille d’un lénine, d’un Staline, parfois il m’arrive de me demander si la démocratie à laquelle j’aspire n’est pas encore un luxe ou pire une tromperie dans laquelle on m’entretient pour que la force d’inertie l’emporte pour le profit des mêmes… Des mouvements électoraux n’y suffisent pas…

 

(note de danielle Bleitrach pour histoire et sociéte)


14/01/2017 07:00 CET | Actualisé 14/01/2017 07:00 CET
Mathilde AuvillainChargée de communication à bord de l’Aquarius pour l’organisation civile européenne SOS MEDITERRANEE

SOS MEDITERRANEE / MÉDECINS SANS FRONTIÈRES
Sauvetage de migrants ayant traversé à bord de petites embarcations de bois et de caoutchouc, le matin du 11 décembre 2016.

Voilà un mois et demi que je suis partie en mer et que je n’ai pas eu ma famille au téléphone. Alors que je pose le pied à terre et que j’abandonne derrière moi la silhouette de l’Aquarius dans le port de Catane, la voix de mon père résonne dans ma tête. Il aime répéter que le métier de journaliste est de tout savoir.

 

Journaliste en Italie depuis dix ans, je croyais tout savoir ce qu’il se passait en Méditerranée. Dix ans à couvrir pour différents médias internationaux les arrivées de migrants et réfugiés sur les côtes italiennes… et les tragédies qui malheureusement vont avec et font les titres des journaux. Le drame des traversées en Méditerranée n’est pas nouveau, il ne l’était pas non plus il y a dix ans quand je suis arrivée en Italie.

 

SOS MEDITERRANEE / MEDECINS SANS FRONTIERES

 

Le 3 octobre 2013, la tragédie de Lampedusa et ses 400 morts a cependant marqué un tournant dans ce drame humain. L’horreur se retrouvait sous nos yeux, là sur les côtes européennes et non plus en pleine mer loin des regards, loin des flashes des photographes et des caméras de télévision. Une horreur redoublée au fil des mois par les critiques indignes et le manque de soutien européen coupable à l’opération italienne de recherche et sauvetage en mer Mare Nostrum.

 

Une horreur qui a viré au cauchemar quand l’épave d’un naufrage est remontée à la surface avec plus de 700 cadavres à bord.

 

SOS MEDITERRANEE / MEDECINS SANS FRONTIERES

 

Une horreur qui a viré au cauchemar, au printemps dernier, quand l’épave d’un naufrage survenu en avril 2015 au large de la Libye était remontée à la surface et acheminée dans le port d’Augusta avec plus de 700 cadavres à bord. Ce jour-là, devant l’épave dont les pompiers et médecins légistes italiens s’apprêtaient à examiner les entrailles, le sentiment de me trouver aux confins d’une Europe censée être la patrie des droits de l’homme m’apparut aussi lourd que l’odeur de la mort qui flottait déjà dans l’air.

 

Au moment du premier sauvetage, j’ai réalisé qu’en fait, je ne savais rien.

 

Avant d’embarquer sur l’Aquarius le 15 octobre dernier, comme Communications Officer pour SOS MEDITERRANEE, je croyais donc déjà savoir. Mais au moment du premier sauvetage, j’ai réalisé qu’en fait, je ne savais rien. Que nul ne pouvait imaginer ce qu’il se passait vraiment ici en Méditerranée, au large de la Libye, aux frontières de l’Europe. Que les seuls à le savoir vraiment sont ceux qui étaient passés par là, les réfugiés eux-mêmes, les sauveteurs de SOS MEDITERRANEE, les équipes de MSF notre partenaire à bord, l’équipage de l’Aquarius… et les journalistes embarqués.

 

SOS MEDITERRANEE / MEDECINS SANS FRONTIERES

 

Le choc des sauvetages en mer est si fort qu’il ne laisse personne indemne. Les mots nous manquent pour décrire le frisson à la vue d’un canot dégonflé dérivant à l’horizon, les cris désespérés des hommes à la mer, les pleurs terrifiés des bébés que l’on remonte à bord, l’odeur âcre des corps baignés d’essence et salis par les viols et les tortures en Libye. Les mots nous manquent pour décrire cette personne qui expire sous nos mains affairées pour la réanimer, sa dépouille que l’on enfile dans un « body bag », le chagrin désarmant de ses proches et compagnons d’infortune encore hantés par les images du naufrage. Les mots nous manquent pour décrire les larmes d’un homme qui s’accroche à un bout de tissu que lui a confié sa maman et les crises d’angoisse nocturne d’un enfant de dix ans qui voyage seul.

 

Le chagrin désarmant des compagnons d’infortune hantés par les images du naufrage.

 

SOS MEDITERRANEE / MEDECINS SANS FRONTIERES

 

Et pourtant c’est justement ma mission à bord, et l’une des missions de SOS MEDITERRANEE, celle de trouver les mots pour raconter ce qu’il se passe ici. Trouver les mots pour décrire, trouver les mots pour expliquer et faire comprendre pourquoi l’ignorance et le désintérêt sont intolérables, pourquoi l’inaction est inacceptable et pourquoi certaines réponses à ce drame humain envisagées au niveau européen sont coupables.

 

Certaines réponses à ce drame humain envisagées au niveau européen sont coupables

 

SOS MEDITERRANEE MEDECINS SANS FRONTIERES

 

« Nous avons besoin des médias pour faire changer ça » m’a dit Amir, Guinéen, au lendemain d’un sauvetage, en me confiant le récit épouvantable de son voyage et des violences subies en Libye. L’histoire d’Amir, comme celles des plus de 10.000 autres personnes que nous avons accueillies à bord du bateau depuis février, continuent de nous hanter pendant des jours, des semaines. Impossible de faire même semblant d’oublier.

 

Je croyais savoir, je ne savais rien. Avant de remonter sur l’Aquarius en janvier, une nouvelle mission commence à terre: témoigner, faire savoir. Pour que les citoyens européens sachent ce qu’il se passe aux portes de l’Europe, devant chez eux, aux frontières de l’Humanité.

 

20 décembre 2016

Afrique : Les multinationales imposent leurs exigences fiscales aux États grâce au système de l’arbitrage international privé

 

Les litiges fiscaux se multiplient entre États africains et multinationales, sur fond de baisse des matières premières

 

 

Du Nigeria à l’Algérie en passant par l’Ouganda et le Mali, les contentieux opposant États africains et multinationales se multiplient. En cause, la baisse des cours du pétrole et des autres matières premières, qui met les finances publiques de ces pays sous pression. Mais les contrats qu’ils avaient négocié avec les multinationales au cours des années fastes leur laissent peu de marges de manœuvre.[...]

 

Lire la suite ci-dessous:

 

Les litiges fiscaux se multiplient entre États africains et multinationales, sur fond de baisse des matières premières

Les litiges fiscaux se multiplient entre États africains et multinationales, sur fond de baisse des matières premières

 

Du Nigeria à l'Algérie en passant par l'Ouganda et le Mali, les contentieux opposant États africains et multinationales se multiplient. En cause, la baisse des cours du pétrole et des autres ...

 

http://multinationales.org/Les-litiges-fiscaux-se-multiplient-entre-Etats-africains-et-multinationales-sur

Vous ne mangerez plus de Nutella ou les rochers de monsieur Ferrero avec la même gourmandise.

 

Publié le 9 Décembre 2016

Le saviez- vous ?

 

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Hideux, officiellement aboli, Il a traversé le 20e siècle pour continuer de s'installer sous les sapins, sur les tables de nos réveillons avant de tartiner les crêpes de la chandeleur

 

Sur ce coup là, Canaille le Rouge ne dissertera pas.

 

A partir des informations rapportées ci dessous, à vous de lire et faire ce qu'il faut faire :

 

"Tous les enfants aiment-ils le Nutella? Oui, sûrement...sauf ceux qui sont réduits en esclavage pour le produire. Nous sommes en 2016 et pour accroître ses bénéfices, Ferrero -- le géant du chocolat propriétaire de Nutella -- va jusqu'à tirer profit de l'asservissement de pauvres enfants.

 

Arrachés à leurs familles et vendus aux plus offrants dans le pire des cas, ces enfants travaillent gratuitement dans des conditions extrêmement dangereuses. Le plaisir que nous prenons à déguster les tablettes de chocolat Ferrero a un prix : celui de leurs vies.
 
Si plusieurs entreprises ont déjà pris des mesures pour lutter contre ce fléau, Ferrero ne semble pas s’émouvoir du sort de ces jeunes enfants. 

Il en sera ainsi tant que ses énormes bénéfices ne seront pas menacés.
 
Et si nous profitions de la période de fêtes qui approche pour demander des comptes au géant du chocolat ?À la veille de Noël, Ferrero souhaite éviter au maximum un scandale autour du travail des enfants. C’est une occasion rêvée pour demander à l’entreprise de mettre un terme à ces pratiques.
 

Dites à Ferrero de mettre fin à l’exploitation des enfants dans les plantations de cacao -- tirer des bénéfices sur le travail d'enfants est intolérable!"

 

Vous ne mangerez plus de Nutella ou les rochers de monsieur Ferrero avec la même gourmandise.
 
 
2,1 millions d'enfants mis au travail forcé pour votre chocolat

 

2,1 millions d'enfants mis au travail forcé pour votre chocolat

 

 

SumOfUs est un mouvement mondial de personnes comme vous, qui travaillent ensemble afin de responsabiliser les entreprises et de tracer une nouvelle voie durable pour l'économie mondiale.

 

 

https://actions.sumofus.org/a/ferrero-arretez-d-exploiter-des-enfants-dans-vos-plantations-de-cacao

 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Panne de courant au pays des lumières

 

Par Michel Raimbaud

Origine : http://www.afrique-asie.fr

 

En ces temps troublés, la « communauté internationale » - nom de scène des trois Occidentaux qui se piquent d’être les maîtres de droit divin de notre planète - semble perdre les pédales. Voilà donc nos larrons en quête de nouvelles aventures. 

 

Comme d’habitude, l’Amérique, cette nation qui se croit indispensable et dispense aux quatre coins de l’univers ses leçons de morale, de démocratie et de droits de l’homme en faisant oublier qu’elle doit son existence au génocide des amérindiens et sa prospérité actuelle au pillage du monde considéré comme une arrière-cour, donne le ton. Ses sbires, les ci-devant « grandes puissances européennes », qui se plaisent à jouer aux gros poissons dans les petites mares, ne sont pas en reste…Ayant remis les pendules à l’heure avec son Brexit et lancée dans le compte à rebours d’un Scotxit, la perfide Albion peut s’investir à fond dans son rôle traditionnel de cheval de Troie de l’Amérique. Pour sa part, notre « grande nation », qui fait tout pour ne plus l’être, se distingue par son arrogance ordinaire, sa prétention anachronique et le naufrage de sa diplomatie.

 

Nos fanfan-la-tulipe, nos malbroughsmironton-mirontaine,nos lafayette-nous-voilà, prennent de grands airs de chefs de guerre qui nous feraient rire si leurs desseins n’étaient pas aussi sinistres : appeler à envoyer « à six pieds sous terre »Bachar Al Assad, s’acharner à peaufiner la mise à mort du peuple syrien et à détruire la vieille terre qui fut la matrice de notre civilisation, de nos religions et de notre alphabet ne sont pas des objectifs dignes d’un pays à l’histoire prestigieuse, qui se réclame si volontiers des « lumières ». Enchaîner les provocations et les incidents diplomatiques en pensant humilier ou braver ce Vladimir Poutine qui tient tête à l’Amérique, divinité révérée par nos élites, est du plus haut ridicule.

 

La diplomatie française est disqualifiée, marginalisée, ignorée, y compris par ses maîtres de Washington

 

Dans la posture qui est la sienne depuis son retour au « bercail atlantique », la France a perdu sa crédibilité, son prestige et le respect des pays qui jadis la trouvaient « juste même lorsqu’elle est injuste ». La diplomatie française est disqualifiée, marginalisée, ignorée, y compris par ses maîtres de Washington,au point d’être tenue à l’écart des grands dossiers et évincée des négociations décisives, tant est évidente sa capacité de nuisance. 

 

Certes, nous rétorquera-t-on, la France a encore des alliés stratégiques qu’elle choisit apparemment selon des critères inovants. Certains de ces critères tiennent à des affinités profondes avec nos valeurs traditionnelles (droits de l’homme, condition de la femme, respect des travailleurs immigrés, tolérance religieuse, démocratie, libertés…), d’autres sont inspirés par une complémentarité naturelle (ils ont du pétrole et des dollars, nous avons des idées et surtout des besoins d’argent frais), d’autres enfin sont en relation avec des facteurs auxquels on ne s’attendrait pas, à savoir la proximité avec des terroristes « modérés » et des « démocrates » djihadistes: c’est ainsi qu’après l’heure du Qatar (merci pour ce moment)et une brève idylle avec Erdogan le Maléfique(gâchée par le souvenir d’un génocide),nous vivons « l’instant saoudien », avec une farandole de princes et d’émirs comme s’il en pleuvait, des promesses de contrats mirifiques, une  «identité de vues totale »propice à tous les mauvais coups. Si Paris valait bien une messe, Riyad vaut bien quelques promesses voire quelques compromissions : la distance nous sépare, mais la volonté de détruire la Syrie et de« neutraliser » Bachar al Assad nous unit…

 

Il y a quelque chose de pourri au royaume des grandes démocraties 

 

Le déferlement d’inepties, de mensonges, de trucages, de faux pavillons, de références en trompe-l’œil devrait interpeller quelque part nos élites ployant sous le fardeau de leur « mission civilisatrice et bombardière ». Hélas, nous avons beau tendre l’oreille, c’est à peu de choses près le silence radio. N’y aurait-il pas quelque chose de pourri au royaume des grandes démocraties ? N’y aurait-il pas un maillon manquant dans cette sainte trinité occidentale où l’on cherche en vain l’esprit sain qui pourrait inspirer le père anglo-américain et le fils franco-européen.

 

S’il n’y avait que les déclarations martiales, les contre-vérités flagrantes, les mensonges sans vergogne, les imprécations sans foi ni loi, cene serait que le énième tableau de lamauvaise série B que les médias, intellectuels et politiques, de gauche, de droite et du milieu, déversent depuis plusieurs années sur le bon peuple français qui en a vu, entendu et gobé bien d’autres. C’est agaçant et ignoble, c’est inquiétant, mais on s’y fait. L’important n’est pas la rose ou même le rouge au front, c’est de voter, quitte à choisir le plus beau, le plus hâbleur, le plus menteur, le plus martial ou le plus bête…Les campagnes électorales débutantes ou finissantes en témoignent : l’Amérique devra choisir entre la prévisible harpie, Hillary, l’égérie des néocons, faucons et autres variétés du « parti de la guerre », et l’imprévisible Trump, qui a annoncé la couleur.

 

Pour l’instant, il est particulièrement angoissant d’entendre, au sein de ce temple de la diplomatie que devrait être le Conseil de Sécurité,vociférer les mégères et les gorgones qui ont investi la diplomatie US et s’égosiller les diplomates aux longs doigts et aux costumes gris à rayures verticales des « grandes diplomaties », toutes et tous à l’unisson pour répercuter vers les quatre coins de la planète le courroux denos bons maîtres chahutés par l’Histoire.

 

Laréuniondu Conseil consacrée à la Syrie, tenue le dimanche 25 septembre 2016, devrait rester inscrite aux annales de l’arrogance et de la perfidie. Grâce soit rendue aux chevaliers de l’Axe du Bien comme Samantha Power, égérie des néo conservateurs américains, au ministre anglais des affaires étrangères,qui doit sa promotion ahurie au Brexit, et au représentant français au Conseil de Sécurité, relayés de près ou de loin par les Kerry, Ayrault et consorts, le spectacle était prometteur et n’a pas déçu, qu’il s’agisse de la richesse des pauvres réparties, de la majesté du style oratoire, de la haute tenue morale des contre-vérités et acrobaties de langage ( parler sans filet est un exercice de haute volée).

 

De réunion en réunion, le spectacle continue, sans cesse renouvelé comme les vagues de la mer, dans une ambiance de tragédie : ceux qui veulent libérer les habitants d’Alep de la sauvagerie terroriste sont des criminels de guerre passibles de la Cour Pénale Internationale, ceux qui financent et protègent les dits terroristes sont des héros à casques blancs passibles du Nobel de la Paix. C’est beau la dialectique et comprenne qui pourra…  

 

Ban et le sacre de Dame bêtise…  

 

Pour couronner le sacre de Dame bêtise, nous avons droit à la prestation de Ban. Ce falot personnage, qui s’apprête à nous quitter après avoir brillé par sa servilité, a bien mérité de la patrie (américaine) : il n’aura pas eu besoin de fermer l’électricité derrière lui tant l’obscurité était déjà profonde au Secrétariat Général des Nations Unies, mais il n’aura pas attendu d’avoir rendu sa livrée pour tenir un discours qui, tranchant avec la banalité habituelle de ses propos, témoignait de sa perfidie et de son allégeance au dieu Amérique, accablant l’Etat syrien de ses affirmations mensongères et de ses accusations frelatées.

 

Bref, nous avons droit à une mobilisation générale du ban et de l’arrière-ban de la « communauté internationale » occidentale mobilisée au service des terroristes et de leurs parrains, dans un déferlement de haine et de bassesse qui sied mal à l’ambiance feutrée des instances diplomatiques. Tout ce beau monde, à coup d’effets de manches, de tirades grandiloquentes et patelines, de sorties collectives théâtrales, veut faire croire qu’il essaie de sauver le droit international que depuis vingt-cinq ans les maîtres impériaux de la planète ont dévasté. Est-ce parce qu’ils sont tombés sur la tête qu’ilsvoient le monde à l’envers ? En tout cas, menteurs ils sont, menteurs ils resteront !

 

Pour la France, quel gâchis d’avoir mis un point d’honneur à se complaire dans le déshonneur. Injuste, immorale, suicidaire, la diplomatie française est devenue  si stupide qu’elle nous fait parfois désespérer. Tout se passe comme si nos élites avaient jeté aux orties l’héritage national, les références, les valeurs, les convictions qui nourrissent une politique étrangère digne d’un grand pays…La France n’avait pas de pétrole ; voilà qu’elle semble n’avoir plus d’idées, sa diplomatie en étant réduite à racler dans les tiroirs pour proposer des trucs de concours Lépine. Il ne sera pas dit que l’aménagement de notre diplomatie  est  un aménagement de cuisine : « Lapeyre, y en a pas deux », dit le slogan, mais les ambassadeurs, il pourra y en avoir deux, comme les Croates vont en faire l’expérience. Panne de courant ? Couvre-feu de la pensée ? C’est en tout cas dans une obscurité de mauvais aloi qu’est plongée la « terre des lumières ».Et pour l’instant, il reste bien caché, l’homme d’Etat qui réussira à lui redonner sa place au soleil, levant de préférence.

 

Pourtant le temps presse : comme l’écrivait Paul Valéry, « le vent se lève et il faut tenter de vivre »...   

 

*Michel Raimbaud est ancien ambassadeur français, écrivain et essayiste. Dernier livre paru : « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » chez Ellipse, Paris

L’une des lois fondamentales du système capitaliste est la loi de l’offre et de la demande. Tout ce qui est rare a de la valeur et inversement. Depuis sa création, les ressources naturelles sont abondantes, et donc en aucun cas elles ont une quelconque valeur aux yeux des capitalistes. C’est cette déconsidération là qui pousse chaque capitaliste à négliger de reconstituer les conditions de reproduction du cycle productif. Ils se bornent à faire un usage sauvage du milieu naturel, en puisant inconsidérément dans les stocks épuisables. Les dommages causés à l’environnement et les frais reportés sur l’avenir ne sont que des victimes collatérales lors de la lutte à mort avec la concurrence. Étant proprement incalculables, ils passent d’autant plus inaperçus. Ce qui est calculable, par contre, c’est le prix qu’il aurait fallu payer pour procéder de façon prudente et écologiquement responsable, mais les entreprises qui aurait ce genre de scrupule subirait un désavantage comparatif irréversible vis-à-vis de la concurrence. C’est ainsi que la croissance de l’économie se réalise pour une large part au prix d’une dégradation infligée à la planète.

 

Mais le productivisme qui est aujourd’hui connoté négativement était initialement associé à un progrès considérable. Il était inimaginable en 1850 que les ressources du monde allaient être limités et qu’on allait atteindre de tel degré de productivité. Lorsque Marx parle de productivité, il ne parle pas de portable, de bagnole, de console de jeux ou d’autre choses superflues. À leur époque on manquait quasiment de tout, partout. Aussi l’objectif était aussi d’augmenter considérablement la production. Mais aujourd’hui qu’il y a profusion de marchandises (même si elles sont mal réparties) augmenter la production n’a pas la même portée qu’il y a 150 ans. C’est sûrement pour cette raison et pour l’exploitation effronté du Marxisme que la tare du productivisme lui est tombé sur la tête. Mais c’était vite oublié que Marx était conscient bien avant l’heure des problèmes écologiques engendrées par le capitalisme. Dans le Capital d’ailleurs il a écrit la fameuse phrase :« La production capitaliste ne se développe qu’en épuisant simultanément les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur. »

 

Intrinsèquement le mode de production capitaliste, quant à lui, ne peut être vertueux écologiquement. En effet sous ce mode de production, si une augmentation de productivité se faisait jour, alors elle serait utilisé pour produire plus afin de vendre plus. Dans ce cadre là, le phénomène de surproduction devient inéluctable. Et cette surproduction là, amène directement au chômage et à la précarité, alors que sous le socialisme, l’augmentation de productivité est vécu comme une chance qui bénéficie à tous car elle permettrait de diminuer le temps de travail et donc d’augmenter celui des loisirs. Mais ce problème est le résultat d’un problème encore plus profond, qui consiste à comparer le système à un système à proprement dit anarchique.

 

En effet, « les péréquations entre les besoins et les marchandises sont strictement fortuites », et elles s’opèrent de manière anarchique, par la confrontation de l’offre et de la demande, directement sous la loi du marché. Ceci oblige toujours à ajuster après coup les quantités et les prix à la demande. Mais c’est exactement parce que cet ajustement se fait après coup que les conséquences sont dramatiques : sous-utilisation des machines, marchandises invendues, forces de travail licenciées, baisse de la consommation, baisse de l’investissement, et in fine entreprises en faillites. Ces réactions en chaîne sont bien connues et peuvent transformer une perturbation localisée en une crise généralisée puis systémique. Cette confrontation bancale que même les banquiers et les barons de l’industrie ne contrôlent pas est toujours l’occasion de grande souffrance de la part du prolétariat. Pour résoudre ceci on est en droit de se demander pourquoi chaque branche industrielle ne produit-elle pas exactement selon les besoins de la population ? Marx a répondu à ceci par la question suivante : « Comment croire que sur la base de la production capitaliste où chacun travaille pour soi et contre tous, la péréquation et la cohérence nécessaire de la production, pourraient-elles faire pour trouver un équilibre ? »

 

Ce phénomène d’anarchie de la production est la conséquence de la propriété privée des moyens de production. Les disproportions générées par le capital, aboutissent à des crises de plus en plus violentes, mais ne se réduisent pas, loin de là, à des problèmes d’équilibres quantitatifs de productions entre les diverses sphères de l’activité économique. Il révèle surtout que la crise est le moment paroxystique de ce mouvement chaotique, moment où l’anarchie est devenue un obstacle à la survie.

»» http://les-tribulations-de-l-ecocolo-ecoconome.over-blog.com/2016/10/u...
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La Chine et l'Afrique : l'Ethiopie sur les rails

 

La Chine et l'Afrique : l'Ethiopie sur les rails
La Chine et l'Afrique : l'Ethiopie sur les railsLa Chine et l'Afrique : l'Ethiopie sur les rails

Ethiopie:

inauguration d'un train chinois

pour relier Addis Abeba à Djibouti

Après quatre ans de travaux, l'Ethiopie a inauguré mercredi une ligne ferroviaire entre Addis Abeba et Djibouti, financée et construite par la Chine, avec pour ambition de désenclaver l'économie éthiopienne et doper les échanges avec le voisin djiboutien.

La cérémonie a eu lieu à la gare nouvellement construite de Feri-Labu, à environ 20 km du centre d'Addis, en présence d'une large délégation chinoise, du Premier ministre éthiopien Halemariam Desalegn et du président djiboutien Ismaël Omar Guelleh.

Les deux chefs d'Etat ont dévoilé une plaque dans la gare, avant de faire une brève visite à l'intérieur du train, où du personnel chinois en livrée les a accueillis.

Le président djiboutien a salué le "lien historique" qui unit les deux pays. M. Desalegn a estimé que cette ligne ferroviaire "accélérerait la croissance de l'industrie manufacturière" éthiopienne, tout en donnant des "opportunités d'emplois" aux Ethiopiens.

Cette ligne de 750 km, qui ne sera pleinement opérationnelle que dans un mois, doit permettre de relier la capitale éthiopienne au port de Djibouti, qui donne sur la mer Rouge, en une dizaine d'heures à peine, contre un trajet de plusieurs jours par la route.

Elle enterre définitivement l'ancien chemin de fer franco-éthiopien mis en service en 1917 et qui fonctionnait encore laborieusement sur le tronçon entre Dire Dawa (nord-est de l'Ethiopie) et Djibouti, au prix d?une lenteur proverbiale et de fréquents déraillements.

Le gain de temps est considérable, alors que 1.500 camions empruntent chaque jour cette route surchargée et mal entretenue, sur laquelle transitent près de 90% des importations éthiopiennes.

- Technologie chinoise -

Et ce chiffre ne cesse d'augmenter à mesure que l'Ethiopie, pays enclavé sans accès à la mer, se développe. L'Ethiopie avait la plus forte croissance économique au monde en 2015 (10,2%), mais celle-ci pourrait chuter à 4,5% en 2016 en raison d'une forte sécheresse, selon le Fonds monétaire international.

"Ce train représente un changement majeur. L'Ethiopie est l'une des économies les plus dynamiques d'Afrique. La connexion avec les ports (de Djibouti) va booster notre économie et accélérer notre croissance", assure Mekonnen Getachew, le responsable du projet pour la Compagnie ferroviaire éthiopienne (ERC).

C'est aussi l'avis de Tingrit Worku, un importateur éthiopien. "On est très excité. En ce moment, l'un des plus grands problèmes, c'est qu'il y a beaucoup d'aide alimentaire au port de Djibouti. Elle a priorité sur le reste et on a du mal à sortir nos cargaisons. Si le train peut les prendre, ça va être un gros soulagement."

Le discours est le même chez Zhang Huarong, président de la société chinoise Huaajian, qui exporte via Djibouti chaque mois trois millions de chaussures fabriquées en Ethiopie, principalement vers les Etats-Unis et l'Europe.

"Nous espérons que ce train réduira les efforts logistiques et réduira les coûts. Nous sommes très optimistes", assure-t-il.

La nouvelle ligne se veut aussi une vitrine de la technologie chinoise sur le continent. Les 3,4 milliards de dollars d'investissement ont été financés à 70% par la banque chinoise Exim Bank. Deux sociétés chinoises, China Railway Group et China Civil Engineering Construction Corporation se sont partagé la construction.

- Vers une ligne transafricaine d'Est en Ouest -

"C'est le premier train électrifié de gabarit standard sur le continent construit selon les normes chinoises et avec la technologie chinoise, et ce ne sera certainement pas le dernier. Beaucoup de monde devrait en tirer parti", a déclaré dans un communiqué l'ambassadeur chinois en Ethiopie, La Yifan.

Ismaël Omar Guelleh a d'ailleurs salué lors de la cérémonie le rôle de la Chine, un partenaire "qui nous a épaulés et a été essentiel dans la transformation structurelle" de la région.

L'inauguration sera suivie par une période test de trois mois, lors de laquelle le train ne transportera pas de passagers, mais seulement des marchandises.

Ce train Addis-Djibouti est la première étape d'un vaste réseau ferroviaire. L'Ethiopie entend construire 5.000 km de voies ferrées d'ici à 2020.

L'objectif est de connecter cette ligne avec le Soudan via Mekele (nord), le Kenya via Moyale (sud), et le Soudan du Sud via Gambella (ouest).

A plus long terme, ce train doit être le point de départ d'une ligne ferroviaire transafricaine qui traversera le continent d?Est en Ouest, de la mer Rouge à l'océan Atlantique, dans le golfe de Guinée.

Ce trajet serait bien plus direct que le contournement du continent en bateau, qui prend trois semaines. Mais cette ambition est encore lointaine, puisque le tracé passerait par des pays en crise comme le Soudan du Sud et la Centrafrique.

Résolution générale du sixième congrès du PIT-Sénégal

 

Publié le 

RESOLUTION GENERALE DU SIXIEME CONGRES DU PIT-SENEGAL
  • 26 juillet 2016
  • Le VIème congrès ordinaire du PIT s’est tenu les 23 et 24 juillet 2016, au CentreInternational de Commerce et d’Echange du Sénégal, à Dakar.
  • 500 délégués, provenant des coordinations départementales, des organisations affilées de femmes (UDFS) et de jeunes (UJDAN) ont, deux (02) jours durant, participé au congrès.
  • Le congrès a, en son entame, accueilli plusieurs délégations de partis politiques membres de la CDS, de Benno Siggil Sénégaal, de Benno ak Tanor, de Benno Bokk Yaakar, des personnalités éminentes de la société civile, des cadres syndicaux.
  • Les congressistes ont été particulièrement réconfortés par la présence des délégations dépêchées par les Partis frères. De même, le congrès a été sensible aux messages fraternels reçus.
  • Les uns et les autres ont mis l’accent sur l’exigence de solidarité que toutes les forces de progrès se devaient de davantage cultiver, dans un contexte dont tous conviennent du caractère particulièrement délétère pour la paix et la sécurité collectives.
  • Du PIT il est attendu, qu’en fidélité d’avec une mission dont il s’est assigné avec réussite depuis des décennies, qu’il continue de fédérer les forces pour faire converger les initiatives et luttes de tous ceux convaincus de l’urgence de faire advenir un monde de liberté, de justice sociale, de paix et de progrès.
  • Le 6ème congrès, ayant entendu le rapport moral du Secrétaire général sortant, s’est félicité de l’atteinte d’une bonne partie des objectifs que le parti s’était assigné à son 5ème congrès.
  • Le congrès a adopté ce rapport de même que le rapport amendé portant thèses d’orientation et de programme et statuts du Parti.
  • Les thèses d’orientation et de programme ont le mérite, sans prétendre enfermer la vie, de restituer un panorama d’ensemble, révélant le caractère inédit et paradoxal du monde actuel. Un monde dans lequel l’aspiration renforcée des peuples à la justice, à la paix, à la solidarité, bute obstinément contre des logiques d’intérêt, sous maints rapports porteuses de violences.
  • Pour cette raison entre autres, il importe pour le PIT de continuer à demeurer vigilant, de rester toujours attaché à la conjugaison des efforts de toutes les forces disponibles par faire avec elles, sans renoncer à l’identité du Parti, dans le pays comme en dehors de lui, les étapes nécessaires pour asseoir une gouvernance au service du grand nombre, obturant, de mieux en mieux, toutes les voies de détournement et d’enrichissement indu.
  • Le congrès, appréciant le niveau d’organisation du Parti, s’est félicité que l’essentiel des coordinations départementales aient été renouvelées, dotant ainsi le Parti de têtes de pont, susceptibles d’impulser le travail. Il appelle tous les camarades à redoubler d’ardeur pour, en fidélité avec le thème du 6ème congrès, renforcer le Parti dans son rôle précieux de transformation sociale.
  • Dans la même veine, le congrès engage le Parti à poursuivre son intelligente politique de rassemblement de toutes les forces déterminées à se mettre en branle pour permettre au Sénégal de franchir de nouveaux jalons dans l’exaltante entreprise de construction nationale.
  • Une construction nationale qui ne pourra se faire que dans une Afrique davantage libérée des forces de spoliation et de domination, instaurant l’instabilité et l’insécurité sur tout le continent, dans le seul objectif de régner en maître sur ce continent, et lui ravir, sans coup férir, et ses richesses et ses promesses de développement.
  • Pour cette raison, le PIT tend la main à tous les Partis de transformation sociale du continent, aux fins d’édifier les synergies nécessaires à l’indispensable lutte de libération de l’Afrique des forces de domination et de spoliation.
  • La main tendue du PIT va aussi, par-delà le continent africain, à tous les Partis de par le monde qui partagent sa vision.
  • En effet, le temps est venu, en raison même des conséquences des travers de la mondialisation néolibérale, de faire front, de redonner espoir aux Peuples, de travailler à arrêter l’infernal mécanique de recherche de profit, allumant le feu quasiment partout.
  • Un autre monde est possible ! Un monde où nul ne quitterait son pays parce que certains y auraient allumé un feu si ravageur que rester au pays relèverait d’une certaine forme de suicide.
  • Du reste, ce brasier allumé et entretenu par les forces du capital n’est pas à entendre seulement au sens de guerres et de combats : il faut aussi le concevoir comme étant synonyme d’une exploitation de terroirs qui fait que des millions de femmes et d’hommes, d’enfants et d’adultes soient réduits à s’exiler pour espérer vivre autrement que de manière indigne de l’humain.
  • Le PIT, conscient du champ de ses responsabilités et déterminé à les assumer pleinement, se décide de consacrer une attention particulière à la formation de ses militants. Précisément parce que le Parti est conscient que, sans intelligence acérée des pulsations du monde complexe actuel, il va être bien difficile d’avoir en son sein une intervention pertinente, articulée, susceptible de frayer des voies. A cet égard, le Parti devra renouer, au-delà de l’effort de formation de ses militants, à l’éveil des consciences des sénégalais, et par tous les moyens idoines.
  • Dans ce cadre, le Parti ciblera particulièrement sa base de classe : les masses laborieuses et les couches intellectuelles. Il ne s’agit pas d’autre chose que de conquérir les consciences pour influer notablement et forger l’armée politique pour inscrire dans la vie les changements venus à maturité. Un objectif qui passe aussi par la restauration de canaux adaptés de communication qui permettraient au Parti de marcher du même pas, au même rythme.
  • Un des premiers moments de cette entreprise est, pour les congressistes, un effort collectif d’appropriation et de vulgarisation des thèses d’orientation et de programme du 6ème congrès.
  • Fait à Dakar le, 24 juillet 2016
  • Le congrès
  • http://cinquieme-congres-du-pit-senegal.over-blog.com/2016/07/resolution-generale-du-sixieme-congres-du-pit-senegal.html 
17 juillet 2016

Aminata Traoré, la France au Mali

 

« Comme on le voit donc, indique Demba Moussa Dembété, la responsabilité de la France et des pays occidentaux est entière dans ce qui arrive au Mali. Tout comme celle de qu’on appelle « la classe politique » malienne dont la plupart ont épousé les thèses néolibérales et se sont interdit de réfléchir par eux-mêmes sur le devenir de leur pays. Par ailleurs, la complicité de la France avec le MNLA ne peut que conforter les soupçons les critiques de celles et de ceux qui pensent que les vraies raisons de son intervention n’ont rien à voir avec la présentation qu’en fait la propagande officielle, à savoir une action visant à « sauver le Mali » des groupes « terroristes » M. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, aurait même dit que « sans l’intervention de la France, il n’y aurait plus de Mali ». Une affirmation grotesque et mensongère qui en dit long sur l’attitude de la France à l’égard de ses anciennes « colonies ». En réalité, la propagande officielle sur cette intervention, qui aurait été faite à la « demande des autorités maliennes », a été mise à mal par l’hebdomadaire français, « Le Nouvel Observateur » en date du 7 février 2013. Selon cet hebdomadaire, cette intervention était programmée pratiquement dès l’installation de François Hollande à l’Elysée en mai 2012... »

Reprenons le texte de Demba Moussa Dembété...

Michel Peyret


L’affaire Aminata Traoré: Une honte pour la France !

Par Demba Moussa Dembélé

Mondialisation.ca, 09 mai 2013

palestine-solidarité.org

 

aminata traoré

La France aurait interdit l’entrée sur son territoire à Madame Aminata Dramane Traoré du Mali ! Le prétexte en serait sa critique de l’intervention française dans la crise que vit son pays depuis plus d’un an. Mais une analyse des causes profondes de cette crise permettra de comprendre le bien-fondé des positions de Madame Aminata Traoré.

Les origines de la crise malienne

En effet, la France et les pays occidentaux portent une lourde part de responsabilité dans la crise que vit le Mali. Ses causes immédiates sont l’agression impérialiste de l’OTAN, sous la houlette de la France, des Etats-Unis et de la Grande Bretagne, contre la Libye qui a abouti à l’assassinat du Président Kadhafi. Car les hordes du Mouvement de « Libération de l’Azawad » (MNLA) sont venues de Libye avec leurs armes lourdes et des équipements sophistiqués, avec la complicité et l’appui des puissances occidentales. Et ce sont ces forces qui ont déclenché les hostilités contre l’Armée malienne pour assurer « l’indépendance » d’une partie du Nord du Mali. Le MNLA, qui avait le plein soutien de la France de Sarkozy, continue d’en bénéficier sous Hollande, comme le montre la collaboration entre les éléments de ce mouvement avec les militaires français sur le terrain. En effet, le MNLA interdit l’entrée de Kidal à l’Armée malienne et refuse de désarmer. Les déclarations très vagues des ministres français des Affaires étrangères et de la Défense visent à conforter le MNLA dans son attitude de refus. Et certains de ses dirigeants étaient logés –peut-être le sont-ils encore ?- à Ouagadougou sous la protection de Blaise Compaoré, devenu une des pièces maîtresses des basses œuvres de la France en Afrique de l’Ouest, comme on l’a vu dans les crises ivoirienne et guinéenne.

C’est le MNLA qui a ouvert la voie aux autres groupes, comme Ansar Dine et le MUJAO. La facilité avec laquelle les hordes du MNLA et ces groupes ont pu venir à bout de l’Armée malienne s’explique par la déliquescence de l’Etat malien, malmené et détruit comme la plupart des Etats de la sous-région par les cures d’austérité imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des plans d’ajustement structurel de triste mémoire. Soumaïla Cissé, ancien ministre des Finances du Mali sous la présidence de Alpha Oumar Konaré, disait dans une interview à un quotidien sénégalais que pendant des années le budget consacré aux domaines de souveraineté – Forces Armées, Affaires étrangères et Justice- ne dépassait guère 3% du budget national! Dans ces conditions, on comprend pourquoi l’Armée malienne –tout comme celles des autres pays de la sous-région – est dans un état de dénuement, voire de délabrement, total.

Cet état de délabrement de l’Armée malienne est le reflet de l’état de décomposition avancée de l’Etat malien lui-même quand on sait que l’Armée est une des composantes essentielles de l’Etat. Et cette déliquescence de l’Etat malien est l’une des illustrations éclatantes de la faillite du modèle néocolonial et du paradigme néolibéral inauguré par les politiques désastreuses imposées par la Banque mondiale et le FMI il y a de cela plus de trois décennies.

Intervention contre le « terrorisme » ou la tentation de la recolonisation ?

Comme on le voit donc, la responsabilité de la France et des pays occidentaux est entière dans ce qui arrive au Mali. Tout comme celle de qu’on appelle « la classe politique » malienne dont la plupart ont épousé les thèses néolibérales et se sont interdit de réfléchir par eux-mêmes sur le devenir de leur pays. Par ailleurs, la complicité de la France avec le MNLA ne peut que conforter les soupçons les critiques de celles et de ceux qui pensent que les vraies raisons de son intervention n’ont rien à voir avec la présentation qu’en fait la propagande officielle, à savoir une action visant à « sauver le Mali » des groupes « terroristes » M. Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, aurait même dit que « sans l’intervention de la France, il n’y aurait plus de Mali ». Une affirmation grotesque et mensongère qui en dit long sur l’attitude de la France à l’égard de ses anciennes « colonies ». En réalité, la propagande officielle sur cette intervention, qui aurait été faite à la « demande des autorités maliennes », a été mise à mal par l’hebdomadaire français, « Le Nouvel Observateur » en date du 7 février 2013. Selon cet hebdomadaire, cette intervention était programmée pratiquement dès l’installation de François Hollande à l’Elysée en mai 2012. L’avenir des intérêts français au Mali et dans la sous-région, avec notamment l’uranium du Niger exploité par AREVA, est l‘aiguillon principal de cette intervention. Donc, celle-ci est essentiellement motivée par la nécessité de protéger les intérêts stratégiques et économiques de la France!

D’ailleurs, l’intervention est en train de prendre l’allure d’une véritable entreprise de recolonisation du Mali. En effet, François Hollande a dit qu’il serait « intraitable » avec les « autorités » maliennes pour l’organisation d’élections –une farce grotesque dans les conditions actuelles- début juillet pour doter le Mali d’institutions « légitimes » ! Mais « légitimes » aux yeux de qui : de la France ou du peuple malien? Ce risque de recolonisation est renforcé par l’annonce de l’ouverture d’une « base militaire permanente » au Mali au nom de la « lutte contre le terrorisme »! Ce que le Président Modibo Keïta avait refusé à de Gaulle Hollande va l’obtenir les « autorités » maliennes!

La France s’est déshonorée

Les révélations du « Nouvel Observateur », la complicité des militaires français avec le MNLA et les déclarations de François Hollande et de ses principaux ministres ne font que confirmer les analyses de Madame Aminata Traoré et des autres patriotes maliens qui n’ont pas succombé à la propagande officielle française relayée par certains médias africains et les « dirigeants » de la CEDEAO. La « faute » de Madame Aminata Traoré est d’avoir exposé les véritables raisons de l’intervention française et les risques de recolonisation de son pays. Sans doute, beaucoup de gens ne manqueront pas de se demander ce que la France espère gagner en prenant une décision aussi stupide contre Madame Aminata Traoré. La France ne peut que ternir davantage son image auprès des intellectuels et citoyens africains. N’est-ce pas François Hollande qui voulait « corriger » le désastreux « discours de Dakar » de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, qui avait soulevé l’indignation générale en Afrique ? Avec cette décision honteuse et insensée de barrer l’entrée sur son territoire à Madame Aminata Traoré c’est raté. Car Aminata Traoré est une des figures de proue de l’intelligentsia africaine engagée et un des symboles puissants d’une Afrique debout, fière et digne.

Avec cette décision, la France s’est déshonorée, en interdisant son territoire à une intellectuelle de cette envergure. La patrie de Jean-Paul Sartre, le philosophe qui a dominé son siècle et a été de tous les combats pour l’émancipation des peuples opprimés, a définitivement perdu son lustre et son rayonnement intellectuel. Oui, la France est vraiment tombée très bas, avec la montée inexorable de la xénophobie et du racisme. Une France où l’on ose célébrer « les bienfaits de la colonisation » ! Aimé Césaire, ils n’ont manifestement pas lu ton magistral et mémorable « Discours sur le Colonialisme » !

La réalité est que la France, empêtrée dans des problèmes économiques et sociaux insolubles, est tentée par le démon de la recolonisation. C’est pourquoi elle redoute la critique, l’opposition, en particulier de la part d’intellectuels africains, surtout quand son entreprise de recolonisation se présente sous le manteau de la « lutte contre le terrorisme » ! Le « tort » d’Aminata Traoré et de ceux qui partagent ses analyses, c’est d’avoir déconstruit ce discours « anti-terroriste » en dénonçant l’intervention française – et celles des autres pays occidentaux- au Mali et ailleurs en Afrique, comme faisant partie d’une stratégie globale visant à contrôler les ressources des pays africains pour tenter de sortir de la crise du capitalisme que d’aucuns assimilent à une « crise de civilisation ».

Mais Hollande, Fabius, Valls et les autres doivent savoir qu’il y a des milliers d’Aminata Traoré en Afrique et dans la Diaspora. Des Africaines et Africains qui ont pu s’arracher à l’idéologie néocoloniale et qui se battent pour construire une « Afrique libre et digne », comme l’appelait de ses vœux Thomas Sankara!

Demba Moussa Dembélé


Vice-président du Réseau international Frantz Fanon
Ligue internationale de la lutte des peuples
Dakar, Sénégal

La source originale de cet article est palestine-solidarité.org

Copyright © Demba Moussa Dembélépalestine-solidarité.org, 2013

MERCREDI 22 JUIN 2016

Femmes africaines unies contre le microcrédit, l’exploitation des plus pauvres

Tous les peuples doivent se méfier de ces institutions de microcrédit, qui sont les petites mains de la banque mondiale. 

19 juin par Fátima Martín * 

Être femme, pauvre et africaine. Voici les trois critères favoris des vautours du microcrédit qui, sous prétexte de lutter contre la pauvreté et avec la bénédiction d’organismes comme les Nations Unies (PNUD), USAID ou encore la Banque européenne d’investissement, les escroquent, les endettent et les ruinent. Leurs victimes font l’objet de menaces et se voient même incarcérées, comme au Mali, elles perdent leur famille, tombent dans la prostitution, se suicident, comme au Maroc, ou se sont surendettées pour ne pas mourir sans pouvoir se payer une césarienne, comme au Congo Brazzaville. Désormais, les femmes africaines de divers pays conjuguent leurs forces pour se libérer de l’asservissement de la microfinance. Nous avons eu l’opportunité de rencontrer et d’interviewer Fatima Zahra du Maroc, Amélie du Congo Brazzaville, Émilie du Bénin et Fatimata du Mali à l’occasion de l’Assemblée mondiale du réseau international du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) organisée en avril dernier à Tunis. Elles nous y ont fait part de leurs expériences respectives.
 
Fatimata Boundy est une enseignante retraitée malienne. Elle affirme que des dizaines de femmes sont incarcérées dans son pays faute de pouvoir faire face aux dettes découlant de microcrédits représentant environ 150.000 francs CFA (soit 228 euros). Ces femmes se consacrent généralement à une activité informelle, un petit commerce, de la vente ambulante, etc. Quand elles ne parviennent plus à payer les intérêts abusifs qui leur sont exigés, elles font l’objet de pressions et se voient confisquer leurs biens, voire même emprisonner. Aucun procès n’a encore eu lieu. « Nous avons lancé un appel à la solidarité internationale. Une rencontre de femmes se tiendra d’ailleurs au Mali en 2017 », nous assure Fatimata.
 
Cet événement fera suite à la Caravane internationale des femmes contre le microcrédit organisée dans la région de Ouarzazate au Maroc en 2014. Fatimata avait pu y écouter les témoignages de victimes marocaines. « Suite à ses dettes, l’une de ces femmes a perdu son travail et son mari. Son fils unique n’a alors eu d’autre choix que celui de partir à l’aventure. Je me suis mise à sa place et sa douleur m’a envahie. Ce jour-là, j’ai pleuré. », raconte-t-elle.
 
Fatima Zahra : « La finance internationale possède des intérêts stratégiques au Nord et au Sud. La pauvreté est son marché. »
 
Fatima Zahra, étudiante marocaine de français âgée de 30 ans, nous explique que les agents des structures de microfinance font contracter des microcrédits dont les taux d’intérêt atteignent jusque 45 % à des femmes qui ne savent ni lire ni écrire. Ils n’hésitent pas à visiter leurs domiciles pour y identifier les éventuelles possessions de valeur faisant office de garantie. Une fois que ces femmes ne sont plus en mesure de payer, ils reviennent les voir chez elles et les forcent à vendre leurs biens. « Certaines se prostituent, d’autres se suicident ou fuient leur foyer en raison de l’humiliation et perdent donc leur famille. Les enfants subissent aussi de plein fouet les conséquences des microcrédits, contraints de mettre un terme à leurs études pour aider leurs mères à rembourser. Ces institutions de microcrédit vont jusqu’à proposer des emprunts à des élèves encore au lycée. Les conséquences sont à la fois psychologiques et sociales », explique-t-elle. 
 
Avec 12 institutions, plus d’un million de clients actifs et une exposition de 500 millions d’euros, le secteur de la microfinance au Maroc est le plus dynamique de la région MENA (Moyen-Orient et Nord de l’Afrique), d’après Jaïda (le Fonds de financement des organismes de micro-finance au Maroc). Son site web indique d’ailleurs sans aucune gêne que « le taux d’intérêt est libéralisé ».
 
Les institutions locales de microfinance sont protégées par le régime dictatorial, le Majzén, financées par le secteur financier marocain (Bank-Al-Maghrib) ou la CDG (Caisse de Dépôt et de Gestion), par le secteur financier étranger et même subventionnées par des organisations internationales comme le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Agence des États-Unis pour le développement international de USA (USAID), la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID). 
 
Par exemple, parmi les actionnaires fondateurs de Jaïda figurent des entités allemandes et françaises sensées soutenir le développement comme la KfW (la banque de développement allemande), la CDC (Caisse de Dépôts et Consignations) et l’AFD (Agence française de développement). Il n’est pas rare de trouver également derrière ces institutions de microcrédit d’importantes personalités nationales ou internationales. L’association de microcrédit INMAA est liée à l’ONG AMSED et à PlanetFinance, du ’parrain’ Jacques Attali, fondateur d'Action contre la faim, alors que Al Amana a élevé au titre de président d’honneur Driss Jettu, ancien premier ministre du Maroc sous Mohamed VI. 
 
« La finance internationale possède des intérêts stratégiques au Nord et au Sud. La pauvreté est son marché », affirme Fatima Zahra. Elle estime que le mouvement des associations des victimes du microcrédit est très important pour « des femmes qui sont parvenues à se libérer de tous les dogmes patriarcaux, à sortir dans la rue pour lutter contre les politiques néolibérales et cesser de rembourser. Des femmes qui se rebellent contre l’austérité imposée par le Fonds Monétaire International (FMI) et laBanque mondiale (BM), les véritables responsables. Nous n’avons pas remporté toutes les batailles mais nous poursuivons la lutte. » 
 
« Soit les femmes s’endettent au travers de microcrédits pour bénéficier d’assistance médicale, soit elles meurent faute de pouvoir se payer une césarienne. » 
 
Amélie Kiyindou, représentante pharmaceutique au Congo Brazzaville, explique comment son pays a accepté l’Initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE) du FMI et de la BM. Vu le manque d’investissements dans les programmes sanitaires, les femmes doivent y choisir entre s’endetter au travers de microcrédits pour bénéficier de l’assistance médicale ou mourir faute de pouvoir se payer une césarienne. 
 
« Les microcrédits se présentent comme une voie pour sortir de la pauvreté mais dans les faits, les intérêts obligent les femmes à rembourser plus que ce qu’elles gagnent, de sorte à ce qu’elles enchaînent les emprunts. Celles qui sont conscientes des conséquences néfastes tâchent d’informer la population sur les risques du cercle vicieux de l’endettement », ajoute-t-elle. Étonnamment, le FMI promeut des conférences intitulées « Finance pour tous : Promouvoir l’inclusion financière en Afrique centrale » qui encouragent les femmes, piliers de leurs familles, à tomber dans les griffes de la microfinance. 
 
« Le FMI et la BM ont surendetté mon pays. Désormais, la même austérité fait son chemin au Nord. » 
 
Émilie Atchaka, paysanne du Bénin, a trouvé une issue autogérée aux besoins de financement des femmes de sa communauté. Son mari s’est retrouvé sans emploi suite aux programmes d’ajustement structureldraconiens imposés par le FMI à son pays depuis 1989. Mère de quatre enfants, elle a alors dû ramener seule de quoi faire vivre toute la famille. S’inspirant d’un système de collecte traditionnel en Afrique appelé la tontine, elle a fondé le Cercle d’Autopromotion pour un Développement Durable (CADD), « notre propre banque de femmes qui se destinent à la formation », qui applique de faibles intérêts. « Nous avons mis sur pied cette alternative car le gouvernement n’assume pas sa responsabilité », déclare-t-elle. 
 
Émilie raconte que les entreprises de microcrédit vont jusqu’à donner publiquement à la radio les noms des femmes qui ne parviennent pas à rembourser leurs emprunts. Pour elle, « tout cela nous fait beaucoup réfléchir. Le FMI et la BM ont surendetté mon pays. Leurs programmes d’ajustement structurel ont poussé les femmes à contracter des microcrédits, financés de surcroît par la banque mondiale. Cet instrument les ruine, les mène jusqu’au surendettement et à l’appauvrissement. Il ne possède aucune dimension sociale et vise le seul profit. Désormais, la même austérité fait son chemin au Nord, une austérité qui n’entraîne aucun développement. Tous les peuples doivent se méfier de ces institutions de microcrédit, qui sont les petites mains de la banque mondiale. Il faut opérer un suivi strict de ces institutions et les éliminer. » 
 
Traduction : Sarah Berwez 
 
 
journaliste, est membre du CADTM et de la PACD, la Plateforme d’Audit Citoyen de la Dette en Espagne (http://auditoriaciudadana.net/). Elle est l’auteure, avec Jérôme Duval, du livre Construcción europea al servicio de los mercados financieros, Icaria editorial 2016. Pour rappel, voir son dernier article : Una bomba de austeridad
 

Présidentielle au Bénin : pour qui roule Vincent Bolloré ? par Serige Michel 

 

10 Février 2016
 

Le grand ami de Nicolas Sarkozy mais qui jouit également d »appuis dans le gouvernement socialiste qui ne craint pas d »orienter de tout son poids les médias français ou la main basse sur l'Afrique

(note de Danielle Bleitrach)

 

Le Monde.fr Le 08.02.2016 à 10h05 • Mis à jour le 08.02.2016 à 14h33

Vincent Bolloré au salon mondial de l'automobile, à Paris, le 2 octobre 2014.

Le groupe Bolloré a pour réputation de ne jamais soutenir aucun candidat dans les élections africaines, tant l’exercice est risqué. Et peut-être aussi parce que le poids considérable qu’a désormais pris le groupe français en Afrique, avec notamment sa présence dans une trentaine de ports, lui permet d’engager le dialogue après coup avec les nouveaux élus, quels qu’ils soient.

 

Or, depuis que le groupe Bolloré est devenu le promoteur du projet de boucle ferroviaire de 3 000 km censée relier Cotonou à Abidjan en passant par Niamey et Ouagadougou, il semble tenté par quelques exceptions à la règle qu’il s’était donnée de se tenir à distance des campagnes électorales. En particulier au Niger et au Bénin, deux pays où les travaux pour la boucle ferroviaire ont commencé et qui organisent leur élection présidentielle respectivement le 21 février et le 28 février.

 

Lire notre grand reportage : La conquête de l’ouest (de l’Afrique)

 

Au Niger, le président sortant Mahamadou Issoufou, qui aspire à un second mandat, a pesé de tout son poids pour permettre au groupe Bolloré de commencer la construction de 143 km de rails entre Niamey et Dosso avant même d’avoir signé l’accord de concession. En retour, le groupe Bolloré a aligné le calendrier du chantier sur les échéances du président, avec une première inauguration à l’été 2015 pour la célébration de l’indépendance et une seconde le 29 janvier, pour le lancement de la campagne présidentielle de Mahamadou Issoufou. Un convoi a alors parcouru la distance entre les deux villes, saluant les populations massées sur les quais et faisant monter à bord chefs traditionnels et élus locaux.

 

Epine dorsale contre Blueline

 

Au Bénin, les enjeux du groupe français sont également très importants. Depuis novembre 2015, Bolloré est sous le coup d’un arrêt de la cour d’appel de Cotonou lui interdisant de poursuivre les travaux ferroviaires entre les deux pays. Le groupe Petrolin, du milliardaire béninois Samuel Dossou, estime en effet avoir des droits sur ce trajet. Il fait valoir une notification d’attribution de concession que son pays et le Niger lui avaient accordée en 2010 à la suite d’un appel d’offres remporté par son projet, Epine dorsale.

 

Le groupe de Vincent Bolloré s’est pourvu en cassation, une procédure qui devrait aboutir au plus tôt au second semestre. Mais son destin au Bénin dépendra aussi du résultat de la présidentielle. Trente-six candidats s’affrontent au premier tour, le 28 février, dont certains ouvertement hostiles au groupe français. D’autres affirment vouloir engager immédiatement, s’ils sont élus, des procédures judiciaires contre le président Thomas Boni Yayi, pour différentes affaires, y compris son retournement spectaculaire en matière ferroviaire. Durant son premier mandat, de 2006 à 2011, Thomas Boni Yayi avait appuyé l’Epine dorsale de Samuel Dossou. Durant son second et dernier mandat, de 2011 à 2016, et en particulier depuis la fin 2013, il a fait sien le projet Blueline de Bolloré.

 

Lire aussi : Vincent Bolloré financera seul sa « boucle ferroviaire » en Afrique

 

Dès lors, quel rôle pour Bolloré dans la campagne béninoise ? Officiellement aucun. Mais c’est l’agence Havas qu’il faut scruter, contrôlée depuis 2005 par le groupe et dont le patron est Yannick Bolloré, 36 ans, fils de Vincent. En 2011, Havas avait fait la campagne de Thomas Boni Yayi. En 2016, les observateurs s’attendaient à ce que le sixième groupe publicitaire mondial travaille pour le premier ministre Lionel Zinsou, dauphin de Boni Yayi. De plus, sitôt nommé à la tête du gouvernement en juin 2015, Lionel Zinsou avait accéléré les procédures en vue de signer, le 13 août, les conventions de concession d’exploitation et de construction des infrastructures du chemin de fer Niamey-Cotonou par le groupe Bolloré.

Affiche de campagne de Sébastien Adjavon.

Or c’est la campagne de l’homme d’affaires Sébastien Adjavon que l’agence Havas a prise en main. Cet homme de 51 ans, dix-septième fortune d’Afrique subsaharienne francophone, est à la tête du groupe Cajaf-Comon et préside le patronat béninois après avoir transformé la modeste poissonnerie de sa mère en un véritable empire agroalimentaire. Il est d’ailleurs le candidat qui monte. Meetings politiques dans les stades, les villages ou les grands hôtels, programme déroulé en dix points, sens de la répartie, alliances politiques avec les élus du Nord, mise en narration de son parcours personnel : Sébastien Adjavon est en train de faire un sans-faute dans la campagne, sans doute grâce au savoir-faire de Havas.

 

Campagne par agences de pub interposées

 

Au siège de l’agence à Paris, on confirme le mandat pour Sébastien Adjavon, sans plus de commentaires. De fait, la main de Havas s’est fait sentir dès le premier meeting, très réussi, du candidat, le 3 janvier, qui a rempli le stade de l’Amitié de Cotonou. « Difficile d’imaginer que la décision d’Havas de faire la campagne d’Adjavon n’a pas été validée au sommet, par Vincent Bolloré en personne », commente un connaisseur du groupe.

 

L’impulsion donnée à la campagne Adjavon a contraint Lionel Zinsou à réagir. Fin janvier, il confiait sa propre campagne à l’agence Voodoo Communication de l’Ivoirien Fabrice Sawegnon, « qui a réussi treize de ses quatorze campagnes électorales », veut préciser un proche du premier ministre. Dont celle de Roch Marc Christian Kaboré, au Burkina Faso, fin novembre 2015 et celle d’Ibrahim Boubacar Keïta au Mali, en 2013. L’agence, sise à Abidjan, a notamment fait les deux campagnes victorieuses d’Alassane Ouattara avec, à chaque fois, un slogan qui a marqué les esprits : « ADO solutions ! » en 2010 et « Un coup K.O. » en 2015.

 

Lire aussi : Au Bénin, Lionel Zinsou crée la surprise en ralliant deux partis d’opposition

 

Avec l’agence Voodoo est venu aussi le soutien du premier vice-président de l’Assemblée nationale du Bénin, Eric Houndété, et de son parti Bénin Nouveau. Eric Houndété, qui renonce à se présenter à la présidentielle pour appuyer Lionel Zinsou, est le frère de l’homme d’affaire béninois Arnault Houndété, fondateur en 1999 de l’agence Voodoo avec Patrice Sawegnon.

 

L’ironie veut que Lionel Zinsou, à qui sa double nationalité bénino-française n’a cessé d’être reprochée, se soit entouré d’une communication africaine alors que celui qui est désormais son grand rival, Sébastien Adjavon, qui s’affirme 100 % béninois, ait recours à une agence 100 % française.

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/02/08/presidentielle-au-benin-pour-qui-roule-vincent-bollore_4861180_3212.html#qIIjKvVIpf6WUb1I.99

Plainte pour recel de dents dans l’affaire Lumumba

 

22 Janvier 2016

 

 

20/01/16 – 15h41  Source: Belga © afp.

 

Le sociologue Ludo De Witte, auteur en 1999 d’un ouvrage remarqué sur l’assassinat de Patrice Lumumba, a déposé plainte mardi soir contre la fille de l’homme qui aurait fait disparaître le corps de l’homme politique.

 

La fille de Gérard Soete a en effet montré dans le cadre d’une interview avec le magazine Humo une dent de l’ancien Premier ministre congolais exécuté voici 55 ans.

Pourquoi ceux qui luttent en Ouganda sont-ils des admirateurs de Chuck Norris?

 

16 Janvier 2016
 

L’exemple de cette secte criminelle est intéressante parce qu’elle pousse jusqu’à la caricature le mélange entre religion apocalyptique ‘ici des chrétiens) avec l’imaginaire occidental hollywoodien et la séquestration des enfants… Nous ne sommes pas si éloignés que l’on croit de phénoimènes de nos sociétés où l’on voit d’étranges djiahadistes franco belges gorgés de cannabis, se prenant pour des héros de bande dessinée. S’agit-il de religion ou alors dans sa formle la plus primaire d’un monde vide… Pasolini a écrit des choses là-dessus, le fascisme dénué de transcendance héroïque réduit à l’alliance de toujours entre le capital et la voyoucratie… magnifié par le consumérisme des crétins et l’absence d’idée de progrès pour les êtres humains.

(Note de Danielle Bleitrach),

 

https://actualidad.rt.com/sociedad/196932-luchar-admiradores-chuck-norris-uganda

 

Un grupo de militares ugandeses buscan en la jungla a los combatientes del Ejército de Resistencia del Señor el 24 de junio de 2014

Un grupo de militares ugandeses buscan en la jungla a los combatientes del Ejército de Resistencia del Señor el 24 de junio de 2014 / AFP / Michelle Siblioni
 

Le Boko Haram chrétien combine un endoctrinement pseudoreligieux avec l’enseignement de techniques de combat et de survie dans la savane.

 

L’Armée de Résistance du Lord (LRA, selon ses sigles en anglais), considérée par la presse internationale comme « l’une des horreurs du continent noir », est vue par certains comme une secte destructive et par les autres comme une guérilla qui cherche à créer une théocratie chrétienne en Ouganda.

 

Dès le 2005, la Cour Pénale Internationale réclame la capture de son leader,  Joseph Kony, et de ses compagnons de lutte, en leur imputant des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre, de massacres, de violations et les séquestrations d’enfants, qui se comptent par dizaines de milliers, pour renforcer ses rangs.

 

Cette guérilla fondée en 1987 est responsable de 100.000 morts et du déplacement d’environ 2 millions de personnes. De fait, l’organisation est comparable aux islamistes nigerians , Boko Haram qui eux aussi séquestrent les enfants.

 

Avec le temps l’aspect spirituel de l’insurrection s’est  cristallisé dans une méthodologie bien affinée d’entraînement de soldats qui combine l’endoctrinement pseudoreligieux avec l’enseignement de techniques de combats et les techniques de survie dans la savane.

 

En plus des prières quotidiennes dans un groupe, durant beaucoup de temps l’une des méthodes, pour maintenir, l’esprit combatif dans le LRA a consisté à voir des films américains d’action des années 80, particulièrement celles dont le héros était le ranger  Chuck Norris.

 

L’acteur est si populaire dans l’armée de Kony, que durant  des années il a été le Commandant des Etats-Unis ‘Afrique Etats-Unis. Norris a été utilisé pour produire un discours à la radio  qui commandait aux membres du LRA de deposer les armes et e rentrer chez eux.


Pável Kuzmenko, expert ans l’est de l’Afrique, croit que depuis ses débuts le LRA est une organisation opportuniste au service des ambitions personnelles de son dirigeant  Joseph Kony et de son entourage, en utilisant  le mécontentement contre le  gouvernement de l’etnie acholi, qui habite le nord du pays.

 

Kony a réussi à attirer à une partie de la guerilla UPDA et des  ex-membres  du Mouvement battu du Saint-Esprit (MES).Ce ernier avait été dirigé par  Alice Auma , un mdium autoproclamé un médium qui annonçait que  le paradis arriverait en Ouganda si les acholi observaient les commandements bibliques et que leur  armée soumettrait la capitale.

 

« Kony a rapidement détecté l’opportunité de sa vie dans l’échec du MES. Il s’est mis à chercher les excombattants du mouvement dispersés dans les  villages, en leur expliquant la cause de son échec – les péchés de certains des membres – et en suggérant de  tout recommencer depuis le début, en suivant la volonté des esprits qui habitaient en lui »,  écrit Kuzmenko dans son article dans le site Slon.

depuis lors Kony, il y a presque trente ans  Kony  habilement en réajustant les différents commandements à l’intérieur de l’organe de direction, dénommé l’Autel de Contrôle, a su empecher toutes les divisions dans les rangs du LRA Il assure qu’il continue d’écouter « des voix » et « les messages » qu’il transmet  à ses subordonnés.

Alors la DEA* s’est servi de Sean Penn pour attraper Al Chapo ? 


par Moon of Alabama

lundi 11 janvier 2016, par Comité Valmy

 

Alors la DEA* s’est servi de Sean Penn pour attraper Al Chapo ?

 

L’histoire de Rolling Stones selon laquelle l’acteur Sean Penn a rencontré et interviewé El Chapo, le seigneur mexicain de la drogue, est bizarre. Certains détails n’ont aucun sens. Tout cela sent mauvais.

 

El Chapo a été récemment (re) capturé dans une opération de grande envergure par les Marines mexicains assistés d’agents de l’Agence anti-drogue étasunienne (DEA).

 

Encore plus suspect que l’interview de Sean Penn lui-même est le fait que le NYT ait sorti sa première page sur l’histoire de Rolling Stone quelques minutes avant que Rolling Stone lui-même l’ait publiée. Qui dont l’a donnée au NYT et quand ? Le NYT reprend des parties essentielles de l’article de Penn, mais dans une version plus policée.

 

Et le journal ajoute cette information :

 

Un fonctionnaire du gouvernement mexicain, qui a demandé à garder l’anonymat, a déclaré que les autorités étaient au courant de la rencontre avec M. Penn.

 

Un reporter d’AP semble avoir parlé au même officiel mexicain anonyme car il dit :

 

[Un] officiel mexicain a déclaré que les forces de sécurité ont réussi à localiser le trafiquant le plus recherché au monde grâce à une entrevue secrète avec l’acteur américain Sean Penn.

 

Hmm …

 

L’article du NYT dit aussi ceci :

 

Dans son texte d’introduction, Rolling Stone explique qu’il a changé quelques noms et enlevé quelques indications de lieu. Il avait été convenu avec M. Guzmán, explique le magazine, que l’histoire serait soumise à son approbation, mais il n’a pas demandé de modifications. Le magazine a refusé de faire davantage de commentaires, samedi.

 

Mais c’est faux. Voilà exactement ce que Rolling Stones a écrit en des termes à consonance légaliste :

 

Introduction : Certains noms ont dû être changés, des noms d’endroits supprimés, et il a été convenu avec le sujet que l’article pièce serait soumis à l’approbation du sujet avant sa publication. Le sujet n’a pas demandé de modifications.

 

Comment se fait que « le sujet » n’ait pas de nom ? S’agit-il vraiment d’El Chapo alias M. Guzmán, ou d’une agence de trois lettres ?

 

Marcy Wheeler alias Emptywheel pense aussi que l’histoire a une drôle d’odeur et qu’il semble que Penn ait été utilisé, probablement sciemment, par une agence pour mettre la main sur El Chapo.

 

Voilà pourquoi Marcy a repéré quelques drôles d’anges dans cette histoire. Le fait que le NYT reprenne cet article d’un autre journal en première page fait partie du camouflage de l’opération Penn de la DEA.

 

Allez lire Marcy si vous voulez plus de détails.

 

Moon of Alabama
10 janvier 2016

 

Note : DEA : Drug Enforcement Administration

Traduction : Dominique Muselet

Crise migratoire

Jacob Zuma le président-sud-africain, accuse les puissances de l’OTAN


Par : Christine Abdelkrim-Delanne

samedi 19 septembre 2015, par Comité Valmy

 

Jacob Zuma accuse les puissances de l’OTAN

 

C’est avec beaucoup de gravité que le président Jacob Zuma s’est adressé, à Pretoria, le 15 septembre, à un parterre d’ambassadeurs et de journalistes sur la question des réfugiés en Europe.

 

Il s’exprimait dans le cadre d’une intervention de politique internationale, à une semaine de la célébration des 70 ans de l’Assemblée générale de l’ONU, à laquelle il assistera à la tête d’une la délégation sud-africaine. Un réquisitoire sans concession :

 

« L’impact des guerres et de la pauvreté dans le monde se manifeste par la crise des réfugiés. Le monde est témoin des horribles et mortelles traversées de la Méditerranée par les migrants africains et du Moyen orient en quête d’une vie meilleure en Europe. La terrible tragédie humaine de plus de 4 millions de réfugiés syriens nous rappelle aussi la nécessité de trouver une solution durable qui réside dans l’arrêt de la guerre en Syrie. Il a fallu la tragique noyade d’un enfant syrien de 4 ans pour secouer le monde et qu’il agisse. La fermeture des frontières par certains pays européens ne va pas améliorer la situation. Pour instaurer une paix durable en Syrie, la communauté internationale doit rejeter toutes les actions visant à un changement de régime dans ce pays. La communauté internationale ne doit soutenir aucune nouvelle intervention militaire ou toute action en Syrie non conforme à la charte des Nations unies. Le soutien à des acteurs non étatiques et aux organisations terroristes visant à imposer un changement de régime n’est pas acceptable. La situation en Syrie est toujours très préoccupante et c’est pourquoi nous soutenons totalement le dialogue politique prôné par l’ONU. Nous recommandons aussi aux pays voisins de la Libye d’agir pour la recherche d’une solution dans ce pays.

 

Je suis sûr qu’il est approprié, Vos excellences, de souligner ce point, de rappeler qu’avant le Printemps arabe et l’assassinat de Kadhafi, il n’y avait pas de réfugiés fuyant ou affluant massivement dans les pays européens. Le nord de l’Afrique était calme et la situation, normale. Les bombardements de la Libye et l’assassinat du dirigeant de ce pays ont ouvert les vannes d’un grave conflit et de graves tensions. Le flot de réfugiés, d’Afrique dans un premier temps, a été provoqué par la déstabilisation de la situation sécuritaire. Les bombardements massifs et systématiques par les forces de l’Otan, ont déstabilisé la sécurité et provoqué le conflit qui se poursuit en Libye et dans les pays voisins. C’est là qu’a commencé l’exode des réfugiés, il ne faut pas l’oublier. Quand l’Afrique a présenté sa feuille de route pour œuvrer avec les Libyens à une solution à la crise, elle a été ignorée. Et aujourd’hui, ceux qui ont pris part à la déstabilisation de cette partie du monde, ne veulent pas accepter les réfugiés. Ils sont responsables, ils l’ont provoqué, ils doivent y répondre. C’est absolument important. C’est une vérité pénible, mais c’est la vérité. »

 

Concernant le Moyen Orient, Jacob Zuma a rappelé la nécessité de reconnaître l’État palestinien sur la base des frontières de 1967. « Il ne peut y avoir de paix durable au Moyen Orient tant que les Palestiniens se verront nier leur droit inaliénable à un États en paix aux côtés d’Israël, avec Jérusalem Est pour capitale. » Il a, également, insisté sur le fait que « les pays en développement se prononcent pour une réforme du système des Nations unies pour qu’il puisse mieux répondre aux intérêts et aux besoins de la majorité de ses membres ». Il a rappelé que « l’Afrique, un continent de plus d’un milliard de personnes, ne siège pas au Conseil de sécurité des Nations unies en tant que membre permanent. Un monde supposé être juste ne peut pas accepter que plus d’un milliard de gens ne soient pas représentés au plus haut niveau de prise de décision ».

 

Concernant le Sahara Occidental, « le temps est venu pour les Nations unies de déterminer une date pour la tenue d’un referendum d’autodétermination du peuple sahraoui, la dernière colonie en Afrique », a-t-il encore déclaré.

 

Le 18 septembre 2015

Le haut clergé vénézuélien s’inquiète des dérives « communisantes » du Pape François

 

Soutien spirituel de la droite et opposant aux politiques bolivariennes, le haut clergé vénézuélien s’inquiète des dérives « communisantes » du Pape François.

Soutien spirituel de la droite et opposant aux politiques bolivariennes, le haut clergé vénézuélien s’inquiète des dérives « communisantes » du Pape François.

Le Conseil National Electoral du Venezuela vient d’approuver une règle qui établit qu’il doit y avoir au moins 40% de femmes sur les listes électorales de tous les partis. La parité tant dans les entités dirigeantes que sur les listes électorales était une des revendications du congrès vénézuélien des mouvements de femmes qui s’est tenu le 8 mars 2015.

 

Le gouvernement a approuvé cette décision, ensuite présentée au Conseil National Electoral.  (..) Or la MUD (coordination de la droite vénézuélienne) et certains médias alliés ne supportent pas l’idée d’intégrer des femmes dans leurs rangs. Et ils l’ont très clairement exprimé : les hommes de la MUD, parmi eux le secrétaire exécutif, Jesus Chuo Torrealba, ont rejeté la résolution sous prétexte qu’il s’agit d’ « une manœuvre » destinée à « porter préjudice à leur candidature car la majorité d’entre elles sont déposées par des hommes et que 17 femmes à peine sont postulantes ».

 

Le coordonnateur international de la MUD et l’ex-diplomate et également membre de l’équipe internationale de l’opposition « démocratique », ont tenu une conversation le 25 juin 2015 qui a été diffusée à la télévision, digne d’anthologie.

 

Depuis longtemps, je connais les mauvaises manières dont font preuve les machistes quand ils dénigrent les femmes, et ne parlons pas des féministes, mais il est difficile d’imaginer les termes que les « démocrates » de la MUD (coordination de la droite vénézuélienne), c’est-à-dire l’opposition au chavisme et au gouvernement vénézuélien bolivarien, peuvent employer pour insulter et humilier la présidente du Conseil National Electoral, le gouvernement en général, et en particulier les femmes, pour protester contre cette mesure.

 

Ces messieurs, comme l’ex-diplomate Norma Pino de Lion et rien de plus ni de moins que coordonnateur des liaisons nationales de la MUD, Edmundo Gonzalez Urrutia, profèrent sur un ton dramatique des termes des plus grossiers, – propres d’un vocabulaire  sexuellement connoté et obscène- lorsqu’ils parlent de Tibisay Lucena avec des adjectifs dénigrants (« imbécile », « givrée », « diablesse », « derviche ») disent que les femmes n’aiment pas la politique, qu’il faudra mettre une prostituée, une ignorante ou une « sniffeuse de colle » comme candidates. Ils ajoutent que cette règle ne respecte pas la Constitution et que « demain il y aura bien plus d’imbécilité » du style « il faut qu’il y ait 20% de pédés et de gays » ou « 15% de noirs et après d’indiens ».

 

Il est certain, comme je l’affirmais il y a quelques mois dans un article Les ringards, de ce même journal, le féminisme est et a toujours été de gauche. C’est pour cette raison que ces hommes de droite se sentent diminués lorsque les règles du gouvernement bolivarien les obligent à respecter les femmes et à les considérer comme des « compañeras » et non comme des servantes.

 

Une fois de plus on voit comment la droite vénézuélienne, qui se considère elle-même comme l’essence de la démocratie, est un défenseur de l’idéologie machiste la plus réactionnaire. Comme si on pouvait encore imaginer qu’il peut y avoir une démocratie sans féminisme.

 

* LIDIA FALCÓN O’NEILL est licenciée en Droit, en Art Dramatique, en Journalisme et Docteur en Philosophie. Docteur Honoris Causa de l’Université de Wooster, Ohio. Fondatrice des revues Revendication Féministe et Pouvoir et Liberté. Créatrice du Parti Féministe d’Espagne et de la Confédération des Organisations Féministes de l’État Espagnol. Membre du Tribunal International des Crimes contre la Femme de Bruxelles. Collaboratrice de nombreux journaux et revues espagnols, a publié 42 ouvrages parmi lesquels Femme et Société, Violence contre la Femme, la femme et le Pouvoir Politique, ainsi qu’une vaste oeuvre narrative.

 

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article :  http://wp.me/p2ahp2-1ZO

 

Au Venezuela, l’économie et les médias sont à 80% aux mains du secteur privé. En menant depuis deux ans une guerre économique et médiatique, la droite croyait assécher le réservoir des voix chavistes. Avec des arguments de poids : le mécontentement que suscitent les prix élevés, le manque de certains produits et la campagne des radios, journaux et télés sur le thème “achète vite ce produit avant qu’il ne disparaisse”… Or, contre toute attente, la population s’est mobilisée fortement aux récentes primaires du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, en vue des législatives de décembre 2015. Le PSUV lui-même a été surpris et débordé par les longues files de votants, n’ayant pas prévu un nombre suffisant de bureaux.

 

L’erreur de la droite vénézuélienne fut sans doute de croire que la population ne pense pas, qu’elle ne peut réagir que mécaniquement, et que ses critiques signifient un rejet de la révolution. Une droite rivée à sa nature coloniale, qui n’arrive pas à comprendre le désir populaire d’inclusion et de participation. A preuve, les 110 candidats qu’elle a désignés pour les législatives de décembre, souvent sans consulter la base, sont des hommes âgés, riches, blancs. On n’y trouve pratiquement aucune femme (1 sur 10) ni de jeunes (pas même les étudiants de droite qui servirent à faire passer les violences de 2014 et 2015 pour une “révolte populaire”). En revanche, 60 % des candidats du PSUV (principal parti bolivarien) sont des femmes, et la moitié a entre 21 et 30 ans.

 

(Voilà « pourquoi la démocratisation des élections fait peur à la droite vénézuélienne » : http://wp.me/p2ahp2-1TS)

 

T.D., Caracas, 19 juillet 2015

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MUD, coordination nationale de la droite vénézuélienne.

Lettre d’Amadou Hampâté Bâ à la Jeunesse : « Soyez au service de la vie »

 

02 Juin 2015

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« Soyez au service de la vie »

 

Six ans avant sa disparition, l’écrivain malien Amadou Hampâté Bâ écrit une lettre dédiée à « La Jeunesse », pleine de force et de vigueur. Celui qui a côtoyé Théodore Monod à l’Institut Français d’Afrique Noire, et a occupé les sièges de l’UNESCO, livre là ses derniers engagements, son combat pour le multiculturalisme et la paix. Une belle leçon de vie, chargée d’espoir à l’heure où le Mali se déchire de nouveau.

 

1985

Mes chers cadets,

Celui qui vous parle est l’un des premiers nés du vingtième siècle. Il a donc vécu bien longtemps et, comme vous l’imaginez, vu et entendu beaucoup de choses de par le vaste monde. Il ne prétend pas pour autant être un maître en quoi que ce soit. Avant tout, il s’est voulu un éternel chercheur, un éternel élève, et aujourd’hui encore sa soif d’apprendre est aussi vive qu’aux premiers jours.

 

Il a commencé par chercher en lui-même, se donnant beaucoup de peine pour se découvrir et bien se connaître, afin de pouvoir ensuite se reconnaître en son prochain et l’aimer en conséquence. Il souhaiterait que chacun de vous en fasse autant.

 

Après cette quête difficile, il entreprit de nombreux voyages à travers le monde : Afrique, Proche-Orient, Europe, Amérique. En élève sans complexes ni préjugés, il sollicita l’enseignement de tous les maîtres et de tous les sages qu’il lui fut donné de rencontrer. Il se mit docilement à leur écoute. Il enregistra fidèlement leurs dires et analysa objectivement leurs leçons, afin de bien comprendre les différents aspects de leurs cultures et, par là même, les raisons de leur comportement. Bref, il s’efforça toujours de comprendre les hommes, car le grand problème de la vie, c’est la MUTUELLE COMPRÉHENSION.

 

Certes, qu’il s’agisse des individus, des nations, des races ou des cultures, nous sommes tous différents les uns des autres ; mais nous avons tous quelque chose de semblable aussi, et c’est cela qu’il faut chercher pour pouvoir se reconnaître en l’autre et dialoguer avec lui. Alors nos différences, au lieu de nous séparer, deviendront complémentarité et source d’enrichissement mutuel. De même que la beauté d’un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde. Combien ennuyeux et monotone serait un monde uniforme où tous les hommes, calqués sur un même modèle, penseraient et vivraient de la même façon ! N’ayant plus rien à découvrir chez les autres, comment s’enrichirait-on soi même ?

 

A notre époque si grosse de menaces de toutes sortes, les hommes doivent mettre l’accent non plus sur ce qui les sépare, mais sur ce qu’ils ont de commun, dans le respect de l’identité de chacun. La rencontre et l’écoute de l’autre est toujours plus enrichissante, même pour l’épanouissement de sa propre identité, que les conflits ou les discussions stériles pour imposer son propre point de vue. Un vieux maître d’Afrique disait : il y a « ma » vérité et « ta » vérité, qui ne se rencontreront jamais. « LA » Vérité se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun doit se dégager un peu de « sa » vérité pour faire un pas vers l’autre…

 

Jeunes gens, derniers-nés du vingtième siècle, vous vivez à une époque à la fois effrayante par les menaces qu’elle fait peser sur l’humanité et passionnante par les possibilités qu’elle ouvre dans le domaine des connaissances et de la communication entre les hommes. La génération du vingt et unième siècle connaîtra une fantastique rencontre de races et d’idées. Selon la façon dont elle assimilera ce phénomène, elle assurera sa survie ou provoquera sa destruction par des conflits meurtriers. Dans ce monde moderne, personne ne peut plus se réfugier dans sa tour d’ivoire. Tous les États, qu’ils soient forts ou faibles, riches ou pauvres, sont désormais interdépendants, ne serait-ce que sur le plan économique ou face aux dangers d’une guerre internationale. Qu’ils le veuillent ou non, les hommes sont embarqués sur un même radeau : qu’un ouragan se lève, et tout le monde sera menacé à la fois. Ne vaut-il pas mieux essayer de se comprendre et de s’entraider mutuellement avant qu’il ne soit trop tard ?

 

L’interdépendance même des États impose une complémentarité indispensable des hommes et des cultures. De nos jours, l’humanité est comme une grande usine où l’on travaille à la chaîne : chaque pièce, petite ou grande, a un rôle défini à jouer qui peut conditionner la bonne marche de toute l’usine.

 

Actuellement, en règle générale, les blocs d’intérêt s’affrontent et se déchirent. Il vous appartiendra peut-être, ô jeunes gens, de faire émerger peu à peu un nouvel état d’esprit, davantage orienté vers la complémentarité et la solidarité, tant individuelle qu’internationale. Ce sera la condition de la paix, sans laquelle il ne saurait y avoir de développement.

 

La civilisation traditionnelle (je parle surtout de l’Afrique de la savane au sud du Sahara, que je connais plus particulièrement) était avant tout une civilisation de responsabilité et de solidarité à tous les niveaux. En aucun cas un homme, quel qu’il soit, n’était isolé. Jamais on n’aurait laissé une femme, un enfant, un malade ou un vieillard vivre en marge de la société, comme une pièce détachée.

 

On lui trouvait toujours une place au sein de la grande famille africaine, où même l’étranger de passage trouvait gîte et nourriture. L’esprit communautaire et le sens du partage présidaient à tous les rapports humains. Le plat de riz, si modeste fût-il, était ouvert à tous.

 

L’homme s’identifiait à sa parole, qui était sacrée. Le plus souvent, les conflits se réglaient pacifiquement grâce à la « palabre » : « Se réunir pour discuter, dit l’adage, c’est mettre tout le monde à l’aise et éviter la discorde ». Les vieux, arbitres respectés, veillaient au maintien de la paix dans le village. « Paix ! », « La paix seulement ! », sont les formules-clé de toutes les salutations rituelles africaines. L’un des grands objectifs des initiations et des religions traditionnelles était l’acquisition, par chaque individu, d’une totale maîtrise de soi et d’une paix intérieure sans laquelle il ne saurait y avoir de paix extérieure. C’est dans la paix et dans la paix seulement que l’homme peut construire et développer la société, alors que la guerre ruine en quelques jours ce que l’on a mis des siècles à bâtir !

 

L’homme était également considéré comme responsable de l’équilibre du monde naturel environnant. Il lui était interdit de couper un arbre sans raison, de tuer un animal sans motif valable. La terre n’était pas sa propriété, mais un dépôt sacré confié par le Créateur et dont il n’était que le gérant. Voilà une notion qui prend aujourd’hui toute sa signification si l’on songe à la légèreté avec laquelle les hommes de notre temps épuisent les richesses de la planète et détruisent ses équilibres naturels.

 

Certes, comme toute société humaine, la société africaine avait aussi ses tares, ses excès et ses faiblesses. C’est à vous, jeunes gens et jeunes filles, adultes de demain, qu’il appartiendra de laisser disparaître d’elles-mêmes les coutumes abusives, tout en sachant préserver les valeurs traditionnelles positives. La vie humaine est comme un grand arbre et chaque génération est comme un jardinier. Le bon jardinier n’est pas celui qui déracine, mais celui qui, le moment venu, sait élaguer les branches mortes et, au besoin, procéder judicieusement à des greffes utiles. Couper le tronc serait se suicider, renoncer à sa personnalité propre pour endosser artificiellement celle des autres, sans y parvenir jamais tout à fait. Là encore, souvenons-nous de l’adage : « Le morceau de bois a beaucoup séjourné dans l’eau, il flottera peut-être, mais jamais il ne deviendra caïman !

 

Soyez, jeunes gens, ce bon jardinier qui sait que, pour croître en hauteur et étendre ses branches dans toutes les directions de l’espace, un arbre a besoin de profondes et puissantes racines. Ainsi, bien enracinés en vous-mêmes, vous pourrez sans crainte et sans dommage vous ouvrir vers l’extérieur, à la fois pour donner et pour recevoir.

 

Pour ce vaste travail, deux outils vous sont indispensables : tout d’abord, l’approfondissement et la préservation de vos langues maternelles, véhicules irremplaçables de nos cultures spécifiques ; ensuite, la parfaite connaissance de la langue héritée de la colonisation (pour nous la langue française), tout aussi irremplaçable, non seulement pour permettre aux différentes ethnies africaines de communiquer entre elles et de mieux se connaître, mais aussi pour nous ouvrir sur l’extérieur et nous permettre de dialoguer avec les cultures du monde entier.

 

Jeunes gens d’Afrique et du monde, le destin a voulu qu’en cette fin du vingtième siècle, à l’aube d’une ère nouvelle, vous soyez comme un pont jeté entre deux mondes : celui du passé, où de vieilles civilisations n’aspirent qu’à vous léguer leurs trésors avant de disparaître, et celui de l’avenir, plein d’incertitudes et de difficultés, certes, mais riche aussi d’aventures nouvelles et d’expériences passionnantes. Il vous appartient de relever le défi et de faire en sorte qu’il y ait, non-rupture mutilante, mais continuation sereine et fécondation d’une époque par l’autre.

 

Dans les tourbillons qui vous emporteront, souvenez-vous de nos vieilles valeurs de communauté, de solidarité et de partage. Et si vous avez la chance d’avoir un plat de riz, ne le mangez pas tout seuls. Si des conflits vous menacent, souvenez-vous des vertus du dialogue et de la palabre !

 

Et lorsque vous voudrez vous employer, au lieu de consacrer toutes vos énergies à des travaux stériles et improductifs, pensez à revenir vers notre Mère la Terre, notre seule vraie richesse, et donnez-lui tous vos soins afin que l’on puisse en tirer de quoi nourrir tous les hommes. Bref, soyez au service de la Vie, sous tous ses aspects !

 

Certains d’entre vous diront peut-être: « C’est trop nous demander! Une telle tâche nous dépasse ! ». Permettez au vieil homme que je suis de vous confier un secret : de même qu’il n’y a pas de « petit » incendie (tout dépend de la nature du combustible rencontré), il n’y a pas de petit effort. Tout effort compte, et l’on ne sait jamais, au départ, de quelle action apparemment modeste sortira l’événement qui changera la face des choses. N’oubliez pas que le roi des arbres de la savane, le puissant et majestueux baobab, sort d’une graine qui, au départ, n’est pas plus grosse qu’un tout petit grain de café…

Leçons bolivariennes pour l’Afrique 


par Said Bouamama

 

mardi 5 mai 2015, par Comité Valmy

 

Leçons bolivariennes pour l’Afrique

 

Le 14 décembre 2014, l’« Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe ».

 

Said Bouamama

 

La jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

 

La solidarité régionale 

pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial

 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale :

 

« Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent. »

 

L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ; etc.

 

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ; le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes, etc.

 

Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.

S’appuyer sur les puissances émergentes 

pour diminuer la dépendance des impérialismes

 

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

 

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque. Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

 

« Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

 

C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

 

Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

 

La diversité ethnique et culturelle est une richesse images

 

Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

 

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale » proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5) ».

 

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

 

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression « droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante :

 

« la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6) ».



L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique, culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

 

S’appuyer sur les mouvements sociaux

 

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé .

 

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que :

 

« La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). »

 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

 

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA, appelons et nous engageons à réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8). »

 

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

 

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael Correa : « Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique »(9). Prenons le même chemin.

 

Said Bouamama


16 février 2015

 

Notes :

1.Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris, ‎2009.


2.Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,
http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures, consulté le 3 février 2015 à 16 heures. 


3.Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.


4.Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.


5.Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984. 


6.Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA,
http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04. 


7.Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.

 

8.Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,
http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le « février 2015 à 18 heures 15.

 

9. Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, 
http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

 

Source : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

700 morts de plus sur la conscience de ceux qui ont détruit la Libye

 


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Nous reprenons cet article avec colère devant ce mutisme intolérable de tous ces dirigeants qui ont porté et porté une France atlantiste et guerrière qui n’est pas la notre....

 

La Lybie, c’était un pays de 6 millions de personnes. Profitant d’un mandat limité du Conseil de Sécurité, une bande malfrats – Obama, Sarko et Cameron – excités par les imprécations de BHL, a décidé de renverser le régime de Kadhafi. Particulièrement cocasse pour la France qui avait reçu Kadhafi avec tous les honneurs quelques mois plus tôt. Cette attaque, contraire au droit international, était une catastrophe politique annoncée.

 

Le bilan quatre ans plus tard ? Le pays, que l’on savait fragile, a explosé : on compte deux gouvernements, et à eux deux, ils ne contrôlent pas la totalité du territoire. La population s’est réduite à 4 millions personnes, créant 2 millions de réfugiés, éparpillés dans les pays alentours, et avec plus d’1,5 en Egypte. Les milices locales font la loi, et les armes distribuées par le clan occidental alimentent les groupes armés et le terrorisme.

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C’est dans cette immense zone de non-droit que sévissent des mafieux trafiquants d’êtres humains, comptant sur la crédulité de personnes venues des nombreux pays d’Afrique, prêtes à tout abandonner pour tenter leur chan ce en Europe, et qui sont ensuite rackettées par ces mafieux, et exposés à la mort lors de la traversée de la mer.

 

Alors, quand Sarko ose dire qu’il est ému… C’est lui le principal responsable, agissant il est vrai dans le consensus post-colonialiste des cornichons qui voulaient renverser le dictateur, comme la miss Aubry. Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, et maintenant Yemen : ce jeu terrifiant de casse des Etats.

 

Oui, la cause est vite trouvée, et ceux qui ont détruit la Libye sont dans l’incapacité totale de la reconstruire. J’espère que ces voyous sans scrupule seront jugés.

 

Le nombre de candidats à l’exode ne peut que s’amplifier, car le clan occidental, par ses bombardements, a créé des millions de réfugiés, qu’il n’existe plus de contrôle des frontières libyennes, et que les mafieux plastronnent sur les ruines de l’Etat.

 

Incapable d’être utile en Libye, l’Europe fait-elle le nécessaire pour accueillir ceux dont elle a fracassé la vie ?

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En octobre 2013, les 3 et 11, suit à deux naufrages qui avaient fait plus de 500 morts au large de l’île de Lampedusa, le gouvernement italien s’était résolu à mettre en place une mission de surveillance et de sauvetage en mer, baptisée Mare Nostrum. Les navires italiens patrouillaient dans toute la zone maritime, s’approchant même des côtes libyennes en cas de nécessité, avec un bilan encourageant : en un an, 150 000 migrants syriens, irakiens, érythréens ou somaliens ont été secourus en mer, avec 558 interventions, 728 arrestations de trafiquants, mais malgré tout 2137 noyés et disparus en mer selon les chiffres des autorités italiennes. Il fallait renforcer le programme, car 2000 morts à quelques kilomètres des eaux de la riche Europe, c’est inacceptable… Mais on a arrêté Mare Nostrum. Un coût de 114 millions d’euros. Trop élevé pour ce pays au PIB de 2 245 706 milliards de dollars

 

Ces lascars ont donc viré Mare Nostrum, pour adopter un plan européen, Triton, coordonnée par Frontex, l’agence européenne pour la surveillance des frontières, qui n’a strictement rien à voir : les bateaux restent à proximité des côtes européennes, avec un budget annuel de 30 millions d’euros. Pour 2015, le budget avait été réévalué à 106 millions d’euros, mais en revanche, l’Europe refuse d’assumer les opérations de sauvetage dans les eaux internationales.

 

Par choix politique, xénophobe et égoïste, les dirigeants européens renoncent au sauvetage et laissent les migrants exposés aux plus grands périls : on voit le résultat.

 

Alors, au moins qu’ils nous dispensent de leurs larmes de crocodile…

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Voir en ligne : sur le blog de Gilles Devers


Commentaire B.T : Parmi les complices de ce drame  UMP, certes, mais aussi le PS et Mélenchon et une ambiguité du PCF non assumée.

 

André Brink : « L’ANC de Nelson Mandela n’est plus ! »

 

lundi 9 février 2015 

par  Charles Hoareau 

L’écrivain sud-africain André Brink est décédé dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 février 2015. Voici une interview publiée dans Jeune Afrique n° 2552, en décembre 2009, à l’occasion de la publication des Mémoires de cette figure de la lutte contre l’apartheid, ami de Nelson Mandela, qui commente notamment le débat francais sur l’"identité nationale" et évoque l’évolution de la nation Arc-en-Ciel.

 

En janvier 2010, le romancier sud-africain André Brink publiera une ­longue autobiographie intitulée Mes bifurcations (Actes Sud). Plus qu’un déroulé chronologique des événements marquants de sa vie – son engagement contre l’apartheid, ses amours, la publication d’Une saison blanche et sèche, la libération de Mandela… –, il s’agit d’une série de courts essais sur l’enfance, l’écriture, la musique, la question raciale, ­l’Afrique du Sud, la France, l’amour. « Tant que cela restera possible, je parlerai, je ne pourrai pas, je ne voudrai pas me taire. Tant qu’il y aura des bifurcations en chemin, je serai heureux d’emboîter le pas à l’hérétique Don Quichotte et je les emprunterai », écrit-il en guise de conclusion.

 

Rencontre à Paris avec un écrivain qui, quinze ans après la fin de l’apartheid, conserve toujours son sens critique.

 

Jeune Afrique   : En tant que romancier francophile, que pensez-vous de la polémique qui a opposé Marie NDiaye au député français demandant un « devoir de réserve » aux écrivains salués par le prix Goncourt  ?

André Brink  : C’est déplorable. C’est le métier d’un écrivain que de porter un regard lucide, sans ambiguïté et sans compromis sur l’ensemble de la société. Vouloir imposer aux romanciers le respect des autorités et des attitudes conventionnelles acceptables, c’est lamentable. Je ne m’attendais pas à ce type d’attitude en France, qui pour moi représente toujours le pays de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. Je me range entièrement aux côtés de Marie NDiaye, contre l’attitude myope des autorités. J’espère que ce député n’est qu’une voix solitaire. S’il y en avait d’autres, il y aurait des raisons de s’inquiéter.

Comment réagissez-vous à l’expression « identité nationale », portée sur le devant de la scène par les autorités françaises  ?

Cette expression me rappelle un sentiment que l’on rencontre trop souvent en Afrique du Sud – et que l’on rencontrait surtout dans l’ancienne Afrique du Sud. Il s’agissait alors de définir l’identité des Afrikaners par opposition à l’identité des Noirs ou des Blancs de langue anglaise. Aujourd’hui, l’Europe entière ressent la nécessité de se redéfinir, notamment en raison de l’arrivée d’un grand nombre d’immigrés venus d’Afrique et d’ailleurs. Il est peut-être nécessaire de redéfinir l’« identité nationale ».

Il faut à mon avis étendre les frontières et élargir notre conception pour s’orienter vers une notion de l’identité qui soit plus accueillante.

Vous avez vécu à Paris dans les années 1960. Quel regard portez-vous sur la France d’aujourd’hui  ?

Je n’ai pas une impression très plaisante. Ni très rassurante. Je ne peux pas juger, car je n’en sais pas assez, mais je constate que la France n’est pas allée assez loin pour comprendre et accueillir les autres. Elle s’est repliée sur des définitions anciennes et des opinions périmées. C’est pourtant une belle aventure que de vivre dans une société de plus en plus diverse, porteuse de riches défis créatifs. J’aurais aimé que la France s’exprime avec moins d’appréhension, avec plus de générosité et de compréhension.

Pour en venir à l’Afrique du Sud, vous avez été très critique envers Jacob Zuma. Votre avis n’a pas ­changé  ?

Si, un petit peu. Car l’accession de Zuma au pouvoir l’a rendu un peu plus mesuré. Il est disposé à apprendre et à s’adapter à la situation. Auparavant, il donnait l’impression d’être quelqu’un d’assez myope, incapable de trouver des solutions aux énormes problèmes de l’Afrique du Sud. Mais il a démontré une réelle compréhension de la situation et une véritable volonté d’écouter ce qu’avaient à dire les gens ordinaires, et pas seulement les dirigeants politiques. C’est cette volonté d’écouter et d’agir qui m’a impressionné. Je sais que c’est un homme politique, qu’il aime être respecté et populaire au point de verser dans un populisme dont je me méfie, mais il a fait montre d’une générosité d’esprit que je n’attendais pas de lui. Pour l’instant, je suis prêt à lui accorder le bénéfice du doute et à lui laisser le temps de faire ses preuves.

Dans votre autobiographie, Mes bifurcations, vous écrivez  : « Depuis son accession au pouvoir, l’ANC est devenu l’ennemi du peuple » [p. 514]. C’est un jugement sévère…

Cela reste malheureusement mon avis. Quand je parle de l’ANC, je pense d’abord à l’ANC de Nelson Mandela et c’est cet ANC qui, je trouve, a été trahi. L’ANC actuel est un parti politique qui se prend toujours pour un mouvement de libération. Il manque d’ouverture d’esprit et semble avoir perdu sa base morale. Pour moi, peut-être parce que je suis écrivain, cette base reste le fondement le plus important de n’importe quel mouvement. Malheureusement, la rupture au sein de l’ANC, qui promettait il y a quelques mois une vraie ouverture vers l’Afrique et vers le monde, n’a pas encore pu aller assez loin, et l’identité de l’ANC n’a pas beaucoup changé.

Vous êtes très pessimiste ?

Même si je ne suis plus l’optimiste que j’étais, je n’en suis pas encore arrivé au stade du pessimisme. Dans cette situation assez ténébreuse, il y a toujours des lueurs qui continuent de me donner des raisons d’espérer. Si l’on prend un instant pour observer la scène politique et sociale actuelle et pour se souvenir de l’Afrique du Sud d’il y a quinze ans, il n’y a pas de quoi sombrer dans le pessimisme. Nous ne nous trouvons qu’au début d’une histoire démocratique.

La violence en Afrique du Sud vous inquiète toujours autant pour la cohésion du pays  ?

Il devient de plus en plus indispensable d’apprendre à vivre ensemble. Je raconte souvent la même anecdote. Le fils d’un ami à moi, qui est blanc, s’est lié d’amitié avec un petit Noir à l’école maternelle. Ils sont devenus inséparables. Un jour, le fils de mon ami a rencontré le père de son camarade et s’est exclamé  : « Tu ne m’avais pas dit que ton papa était noir  ! » Pour moi, c’est l’expression parfaite de ce qui peut advenir. Si une amitié comme celle-là peut exister, si un enfant en arrive à ne plus savoir de quelle couleur est l’autre, il y a beaucoup d’espoir.

Vous êtes toujours opposé à la « discrimination positive »  ?

Oui. Je comprends la nécessité d’une telle politique, notamment après la fin de l’apartheid. Mais cette discrimination prétendument positive a chassé des milliers de Sud-Africains blancs parmi les plus doués du pays vers le Canada, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, l’Australie. Le pays ne pouvait pas se permettre et ne peut plus se payer cette hémorragie de talents. C’est une politique qui a agi contre le bien du pays. Il est certes nécessaire d’offrir des opportunités aux gens qui, auparavant, n’y avaient pas accès, mais il faut essayer de trouver les moyens de canaliser ces talents dans la bonne direction, sans sacrifier ceux des autres.

Le romancier et prix Nobel de littérature J.M. Coetzee a quitté l’Afrique du Sud pour l’Australie. Comprenez-vous cet exil ?

Franchement, non. J’ai beaucoup de respect pour lui en tant qu’écrivain et ami – même si ami est un mot sans doute trop fort car je ne crois pas qu’il ait vraiment des amis. Nous avons travaillé ensemble et dirigé des cours à l’université, mais il s’est toujours tenu à l’écart. Il est resté un étranger, quelqu’un de difficile à connaître. J’accepte qu’il ait eu ses propres raisons pour prendre une telle décision. Je ne peux pas en juger. C’est une grande perte pour la littérature sud-africaine car il compte parmi les plus grands de la littérature mondiale.

Vous êtes un écrivain politique. Diriez-vous engagé  ?

L’écriture dite « engagée » appartient à une époque spécifique. Le monde a tellement changé depuis l’ère de l’existentialisme, l’époque de Camus et Sartre, que j’hésite à l’employer aujourd’hui. En même temps, je défends l’idée d’une écriture qui prenne en compte les problèmes humains, les angoisses et les soucis de l’individu, dans un monde de plus en plus complexe, de plus en plus confus, et qui aille jusqu’à se saisir à bras-le-corps des ­grandes questions politiques et sociales. Non pas pour résoudre des problèmes et donner des réponses ­faciles, mais pour indiquer une direction possible.

Pourquoi avez-vous décidé d’écrire votre autobiographie ?

Ça n’est pas tout à fait ma décision. J’ai eu des demandes de plusieurs éditeurs et j’ai résisté pendant très longtemps. Je me méfiais de la notion d’autobiographie qui, traditionnellement, prend comme point de départ la naissance, traverse toute la carrière et suit la ligne d’une vie jusqu’à sa fin. C’est mon mariage avec ma femme actuelle, Karina, qui m’a permis de trouver une forme pour cet écrit. Je me suis intéressé à elle en tant qu’étrangère à l’Afrique du Sud. Elle est polonaise de naissance et elle a grandi dans des circonstances tout à fait différentes, presque incomparables. J’ai essayé de lui raconter ma vie avec l’intention de me l’expliquer à moi-même. J’ai abordé plusieurs questions qui me tenaient à cœur sous forme d’essais. Cela m’a donné la liberté de raconter mon histoire sans pour autant insister sur une série d’expériences se succédant de façon chronologique.

Vous parlez surtout des autres, en réalité, des amis, des proches…

Je ne trouve pas intéressant de me préoccuper de moi-même.. C’est une idée sartrienne : on se définit d’abord et surtout à travers les autres. C’est là aussi une idée profonde de la philosophie africaine. Je me trouve là où je me trouve grâce aux gens que j’ai rencontrés. C’est une façon de leur rendre hommage et d’essayer de définir ce que j’ai appris grâce à eux.

Les femmes occupent une place centrale dans votre vie…

C’est ce que je crois aussi ! Mais j’ai l’impression, que cette fois, j’ai trouvé mon chez moi avec Karina, ma femme actuelle. Je ne ressens plus le besoin de partir à la recherche de quelqu’un pour partager ma vie.

La France célèbrera bientôt les 50 ans de la mort d’Albert Camus. C’est un de vos auteurs favoris. Que vous reste-t-il de lui ?

Pour Camus, la définition des droits de l’homme s’enracinait dans l’idée de la révolte. C’est à partir de là qu’il a exploré ce qui contribue à élargir la notion de droits de l’homme. L’idée de dire non, c’est le refus des compromis, de l’injustice, du mensonge. C’est aussi accepter la nécessité de s’opposer à toute situation qui menace l’intégrité de l’être humain, sa dignité et ses choix. C’est là l’essence de Camus. 50 ans après sa mort, je crois que l’idée camusienne conserve toute sa pertinence.

Dans votre autobiographie, il y a un passage très sévère à l’égard d’Israël.

Je suis allé en Israël, j’ai visité la Palestine au début de ce siècle, j’ai vu ce qu’il s’y passait et c’est avec horreur que j’ai reconnu dans la situation des Palestiniens ce qu’étaient les conditions de vie de mes compatriotes noirs durant l’apartheid. J’ai une sympathie énorme pour ce que les Juifs ont vécu, en particulier durant la Seconde Guerre mondiale. J’ai visité plusieurs camps de concentration et cela compte parmi les expériences les plus bouleversantes de ma vie. J’ai vraiment un sentiment de respect et d’admiration pour les Juifs en général. Mais au regard de la politique officielle d’Israël, je pense que l’oppression dont sont victimes les Palestiniens dans leur propre pays est une des horreurs de notre époque.

La Coupe du monde de football 2010 approche. Pensez-vous que l’Afrique du Sud est prête pour ce grand événement  ?

Je reste un peu inquiet, car je ne suis pas sûr que les autorités sud-africaines soient vraiment en mesure de contrôler la situation. Sur le plan de la violence, de la circulation publique, des transports… Des millions d’étrangers vont venir et voir ce qu’il se passe dans les bidon­villes et les quartiers noirs des villes. On n’a pas encore fait assez pour démontrer au monde qu’on s’occupait des besoins de la majorité noire et qu’on était en mesure d’assurer la sécurité de tous les visiteurs.

 

© Vincent Fournier pour Jeune Afrique

Mardi 6 janvier 2015

Entre les lignes entre les mots

Afrique : la chute du prix des matières premières peut déboucher sur une nouvelle crise de la dette

logo-CADTM-180x58Euphorie de la dette

En 2014, le Rwanda et l’Ethiopie qui figurent parmi les pays les plus pauvres de la planète ont vendu des titres de leurs dettes publiques sur les marchés financiers des pays les plus industrialisés.

Du jamais vu au cours des 30 dernières années.

La Côte d’Ivoire, sortie il y a peu d’une situation de guerre civile et d’une suspension du remboursement de la dette il y a à peine trois ans, a réussi également à trouver sans difficulté des prêteurs privés pour acheter des titres. Le Kenya1 et la Zambie ont aussi émis des titres de la dette.

Cela témoigne d’une situation internationale tout à fait particulière : les investisseurs financiers du Nord disposent d’énormément de liquidités et face à des taux d’intérêt très bas dans leur région, ils sont à l’affût de rendements intéressants.

Le Sénégal, la Zambie et le Rwanda promettent un rendement de 6 à 8 % sur leurs titres ; du coup, ils attirent des sociétés financières qui cherchent à placer provisoirement leurs liquidités même si les risques sont élevés. Les États de l’Afrique subsaharienne ont réussi à vendre sur les marchés financiers internationaux des titres de dette publique pour 7 milliards de dollars en 20142.

C’est un record.

Les gouvernements des pays subsahariens deviennent euphoriques et tentent de faire croire à leur population que le bonheur est au coin de la rue alors que la situation peut dramatiquement se retourner. Ces gouvernants sont en train d’accumuler des dettes de manière tout à fait exagérée, et quand la situation se détériorera, ils présenteront la facture à leur peuple.

De toute manière, il faut souligner que, dès aujourd’hui, une grande partie des impôts que les pouvoirs publics font payer au peuple (via la TVA et les impôts sur les revenus) sert à rembourser la dette au lieu d’être utilisée pour améliorer les conditions de vie des citoyens et citoyennes. Dans l’écrasante majorité des pays, les dépenses publiques effectuées pour rembourser les dettes contractées par les gouvernants sont supérieures au budget de l’éducation ou de la santé. C’est un scandale.

De plus, les titres de dette que les gouvernants vendent sur les marchés financiers internationaux sont liés à des contrats dont les clauses peuvent constituer de véritables bombes à retardement. Par exemple, de plus en plus de contrats contiennent une clause d’accélération des paiements.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Si un pays entre en difficulté économique, les détenteurs des titres de la dette peuvent exiger des autorités du pays un remboursement anticipé, ce qui ne peut qu’aggraver la situation du pays. De plus, tous les contrats prévoient qu’en cas de litige, ce n’est pas la justice du pays endetté qui est compétente mais celle de pays comme les États-Unis ou le Royaume Uni.

Cette situation doit convaincre un maximum de personnes et d’associations qu’il faut se battre pour obtenir que le contenu des contrats soit rendu public par les autorités.

La situation de la dette commence à se détériorer

Parmi les pays subsahariens qui ont émis le plus de dettes sur les marchés internationaux, les pays exportateurs de pétrole, à commencer par le Nigeria, sont confrontés à une chute de près de 50 % du prix du pétrole qu’ils exportent. Or plus de 70 % des revenus de l’État provient de la vente du pétrole.

Cela diminue leur capacité de remboursement présent et futur. Dès lors, les prêteurs (banques privées du Nord, fonds de placement, le 1 % le plus riche en Afrique, etc.) deviennent nerveux et commencent à revendre les titres qu’ils détiennent sur le marché secondaire de la dette, le marché d’occasion de la dette. Ils bradent les titres, du coup ceux qui les achètent à rabais le font pour avoir un meilleur rendement.

De leur côté les autorités du pays doivent rémunérer à un prix plus élevé les nouveaux emprunts sous peine de ne pas trouver de prêteurs.

Prenons le cas du Nigeria, ses revenus ont fortement baissé en 2014 à cause de la chute du prix de pétrole entre juin et décembre 2014. La monnaie locale, la naira, a perdu 15 % de sa valeur face au dollar en 2014. Les réserves de change de la banque centrale du Nigeria ont baissé nettement3.

En décembre 2014, la banque centrale a émis des titres de dette publique venant à échéance 10 ans plus tard en proposant une rémunération de 16 %4. Il n’est pas compliqué d’imaginer ce que cela signifie : une portion de plus en plus considérable des revenus du Nigeria devra être destinée au remboursement de la dette dans un contexte de chute de ses revenus. Du coup, les mesures d’austérité vont s’aggraver.

C’est déjà le cas dans autre pays exportateur de pétrole, l’Angola. Le gouvernement confronté à un déficit budgétaire pour la première fois depuis 2009 vient d’annoncer qu’il réduira fortement les subventions aux prix du combustible dont bénéficie la population. Cela va augmenter le coût des transports publics, de l’approvisionnement, etc.

Il n’y a pas que le prix du pétrole qui est en baisse, en 2014, les prix de l’argent et du cuivre ont ainsi baissé respectivement de 16 % et 18 %. Le coton accuse quant à lui une lourde baisse de 28 % sur l’année5. Le caoutchouc a également plongé6. Quant au minerai de fer, son prix a baissé de 51 %.

En résumé, une grande partie des pays d’Afrique subsaharienne dont les gouvernements se félicitent encore aujourd’hui des performances économiques, sans se préoccuper d’améliorer durablement les conditions de vie de leurs citoyens, va probablement se retrouver dans une situation de plus en plus difficile. Cela rappelle dans une certaine mesure la précédente grande crise de la dette qui a éclaté en 1982 (voir encadré sur la crise de 1982)

La crise de 1982

La crise qui éclate en 1982 est le résultat de l’effet combiné de la baisse des prix des produits exportés par les pays de la périphérie vers le marché mondial et de l’explosion des taux d’intérêt7. Du jour au lendemain, il faut rembourser plus avec des revenus en baisse. De là, l’étranglement. Les pays endettés annoncent qu’ils sont confrontés à des difficultés de paiement. Les banques privées du centre refusent immédiatement d’accorder de nouveaux prêts et exigent qu’on leur rembourse les anciens. Le FMI et les principaux pays capitalistes industrialisés avancent de nouveaux prêts pour permettre aux banques privées de récupérer leur mise et pour empêcher une succession de faillites bancaires.

Depuis cette époque, le FMI, appuyé par la Banque mondiale, impose les plans d’ajustement structurel. Un pays endetté qui refuse l’ajustement structurel se voit menacé d’une suspension des prêts du FMI et des gouvernements du Nord. On peut affirmer sans risquer de se tromper que ceux qui, à partir de 1982, proposaient aux pays de la périphérie d’arrêter le remboursement de leurs dettes et de constituer un front des pays débiteurs avaient raison. Si les pays du Sud avaient instauré ce front, ils auraient été en mesure de dicter leurs conditions à des créanciers aux abois.

En choisissant la voie du remboursement, sous les Fourches Caudines du FMI, les pays endettés ont transféré vers le capital financier du Nord l’équivalent de plusieurs plans Marshall8Les politiques d’ajustement ont impliqué l’abandon progressif d’éléments clés de leur souveraineté nationale, ce qui a débouché sur une dépendance accrue des pays concernés à l’égard des pays les plus industrialisés et de leurs multinationales. Aucun des pays appliquant l’ajustement structurel n’a pu soutenir de manière durable un taux de croissance élevé. Partout, les inégalités sociales ont augmenté. Aucun pays « ajusté » ne fait exception.

Les programmes d’ajustement du FMI suivent trois objectifs :

  1. assurer le remboursement de la dette contractée ;

  2. établir des réformes structurelles visant à libéraliser l’économie, l’ouvrir aux marchés internationaux et réduire la présence de l’État ;

  3. permettre progressivement aux pays endettés d’avoir accès aux prêts privés via les marchés financiers, sans pour autant cesser d’être endettés.

Ne pas attendre qu’une nouvelle crise éclate

Il ne faut pas attendre qu’une crise se déclenche pour entamer un audit citoyen de la dette. Il faut se poser dès aujourd’hui des questions essentielles comme : qu’est devenu l’argent des différents emprunts ?

Quelles étaient les contreparties de ces emprunts consentis au gouvernement ?

Quel montant d’intérêts a déjà été payé et à quels taux ?

Quelle part du principal a été remboursée ?

Comment la dette a-t-elle enflé sans que les populations aient ressenti concrètement ses effets ?

Quels chemins ont suivi les fonds empruntés ?

Quelle part a été détournée, par qui et comment ?

Qui a emprunté et au nom de qui ?

Qui sont les créanciers et quel a été le rôle des uns et des autres ?

Par quels mécanismes l’État s’est-il trouvé engagé dans les différentes transactions ?

Par qui les décisions d’emprunts ont été prises et à quel titre ? Comment des dettes privées sont-elles devenues publiques, grâce à quels intermédiaires et à quels organismes ?

À qui ont profité les projets bidon réalisés avec de l’argent emprunté ?

Quels crimes ont été commis avec cet argent ?

Les bailleurs savaient-ils la destination des fonds octroyés ?

Pourquoi n’établit-on pas les responsabilités pénales, civiles ou administratives ?

Globalement, quand on examine les réalisations par rapport au volume des fonds remboursés par les pays d’Afrique subsaharienne comme d’autres parties du monde, une conclusion s’impose : seule une faible part des prêts consentis a contribué au « développement » du pays. Une grande partie des fonds empruntés a alimenté des réseaux de corruption (au Sud comme au Nord de la planète) à travers des commissions et rétrocommissions, ils ont enrichi les oligarques des régimes dont le train de vie ostentatoire jure avec la pauvreté et la misère ambiante. Ils ont aussi servi à enrichir un peu plus le 1 % le plus riche qui a ensuite placé l’argent mal acquis dans des paradis fiscaux et la plupart du temps en Europe. Ces fonds ont également financé des éléphants blancs, ces célèbres projets inadaptés et surfacturés, via, semble-t-il, les garanties publiques accordées aux grandes entreprises privées par le mécanisme des agences de crédits à l’export des pays prêteurs.

Ce sont les populations qui ont payé et continuent de payer le lourd tribut, tout en subissant les effets négatifs de cet endettement odieux cautionné par un État démissionnaire qui ne protège pas, n’éduque pas, ne soigne pas, prive ses populations de l’eau, de l’électricité, etc.

C’est pour ces populations-là que le CADTM et toutes les associations prêtes à agir avec lui veulent procéder à cette clarification en ouvrant cet autre chantier du combat citoyen : ouvrir les livres de compte de la dette, en d’autres mots réaliser l’audit citoyen de la dette afin d’identifier la partie illégitime, illégale ou/et odieuse qu’il faut refuser de payer. Il s’agit aussi d’identifier les coupables d’actes frauduleux ayant conduit à l’endettement et/ou ayant permis en enrichissement personnel injustifié. Ces coupables doivent être poursuivis en justice.

L’audit doit aller de pair avec la mise en pratique d’un autre modèle de développement qui met l’humanité et la Nature au centre des priorités.

Eric Toussaint9

2 Financial Times, « Oil routs sours Africa debt sweet pot », 31 décembre 2014. Voir la version sur la toile : 

http://www.ft.com/intl/cms/s/0/563429aa-749c-11e4-8321-00144feabdc0.html#axzz3Nk1PdohE consulté le 3 janvier 2015

4 Voir le site officiel de la banque centrale du Nigeria :

http://www.cenbank.org/rates/govtsecurities.asp consulté le 3 janvier 2015

7 Cet encadré est tiré de : Pierre Gottiniaux, Daniel Munevar, Antonio Sanabria, Eric Toussaint, Les Chiffres de la dette 2015, p. 9. 

http://cadtm.org/Les-Chiffres-de-la-dette-2015

8 Le Plan Marshall est un programme de reconstruction économique proposé en 1947 par George C. Marshall, secrétaire d’État des États-Unis. Doté d’un budget de 12,5 milliards de dollars de l’époque (environ 100 milliards de dollars de 2014) sous forme de dons et de prêts à long terme, le plan Marshall permit à 16 pays (notamment la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les pays scandinaves) de profiter de fonds pour leur reconstruction après la seconde guerre mondiale.

9 Eric Toussaint, porte-parole du CADTM international (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org), est maître de conférence à l’université de Liège. Il est l’auteur de Bancocratie, Aden, 2014, http://cadtm.org/Bancocratie ; Procès d’un homme exemplaire, Edition Al Dante, Marseille, septembre 2013 ; Banque mondiale : le coup d’Etat permanent, Edition Syllepse, Paris, 2006, téléchargeable : http://cadtm.org/Banque-mondiale-le… Voir également Eric Toussaint, Thèse de doctorat en sciences politiques présentée en 2004 aux universités de Liège et de Paris VIII : « Enjeux politiques de l’action de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international envers le tiers-monde », http://cadtm.org/Enjeux-politiques-… Eric Toussaint est coauteur avec Damien Millet de 65 Questions, 65 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale, Liège, 2012 (version en téléchargement libre sur internet :http://cadtm.org/65-questions-65-re… ) ; La dette ou la vie, coédition CADTM-Aden, Liège-Bruxelles, 2011. Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège http://www.cadtm.org/Le-CADTM-recoi… Coauteur de Les Chiffres de la dette 2015 (avechttp://cadtm.org/Les-Chiffres-de-la-dette-2015 avec Pierre Gottiniaux, Daniel Munevar et Antonio Sanabria.