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Grèce : la difficile équation politique d’Alexis Tsipras


Par Romaric Godin

vendredi 14 août 2015, par Comité Valmy

Voir en ligne : Grèce : le plan d’aide "ne marchera pas", selon l’ex-ministre Varoufakis -Al Manar

Alexis Tsipras doit faire face à des choix politiques difficiles. (Crédits : Reuters)

 

Grèce : la difficile équation politique d’Alexis Tsipras

 

Alors que la Vouli votera vendredi 14 août sur l’accord technique trouvé concernant le 3e mémorandum, les questions de la dissolution et la rupture au sein de Syriza se posent ouvertement. Un casse-tête pour Alexis Tsipras.

 

L’accord « technique » trouvé mardi 11 août sur le troisième mémorandum grec ne résout pas l’impossible équation politique à laquelle est confronté le Premier ministre grec Alexis Tsipras. Non que le texte, soumis sans doute vendredi matin à la Vouli, la chambre unicamérale du parlement grec, soit menacé d’être repoussé. Bien au contraire, l’appui acquis d’avance des trois partis du centre et de droite (Potami, Pasok et Nouvelle Démocratie), toujours prompts à accepter les conditions des créanciers, lui assure une majorité. Mais précisément parce que ce texte, comme les mesures d’austérité adoptées en juillet, devront en passer par une alliance de fait avec ses partis.

 

La majorité d’Alexis Tsipras sur ces textes n’est pas sans rappeler celle des gouvernements précédents qu’il a tant dénoncés : c’est une majorité « d’union nationale » que les créanciers utilisent pour s’assurer un parlement docile.

 

Situation politique paradoxale

 

Depuis le 13 juillet et l’acceptation de la logique de la troïka, le Premier ministre hellénique est dans une situation politique paradoxale et inconfortable. Officiellement, le gouvernement est toujours soutenu par Syriza qui reste un parti uni disposant -avec ses alliés souverainistes de droite, les Grecs Indépendants (ANEL)- d’une majorité absolue au parlement. Mais cette situation est désormais largement fictive. En effet, sur les questions relevant du mémorandum, le gouvernement dépend désormais du vote - acquis par principe - de l’opposition de centre et de droite.

 

Opposition de la plateforme de gauche

 

Une partie des élus de Syriza, proche ou membre de la plateforme de gauche, qui regroupe l’opposition interne à la ligne définie par le Premier ministre ne soutient plus, sur ces questions, le gouvernement par son vote.

 

Le 15 juillet, 39 des 146 députés Syriza n’avaient pas voté en faveur des mesures d’austérité, dont 32 explicitement contre. Le 23 juillet, ce chiffre était de 36, lors d’un second vote sur de nouvelles mesures.

 

Néanmoins, la plateforme de gauche refuse de participer au renversement de ce gouvernement dont ses membres ont été écartés et dont elle rejette désormais l’essentiel du programme d’action. Quant à Alexis Tsipras, il ne cesse de critiquer cette opposition interne. Ce numéro d’équilibriste des deux parties ne saurait durer.

 

Le troisième mémorandum peut-il réunifier Syriza ?

 

Les conditions du mémorandum, plus modérées que prévu, seront-ils en mesure de ramener une partie des élus de la plateforme de gauche dans le giron gouvernemental ou, du moins, dans une position plus « neutre », notamment par l’abstention ? C’est peu probable. Certes, Alexis Tsipras peut prétendre avoir arraché quelques concessions, comme l’adaptation des objectifs budgétaires pour 2015 et 2016, mais on voit mal les députés de la plateforme de gauche applaudir à ce résultat. Car ce mémorandum contraint le pays à s’engager dans des réformes de libéralisation et dans des privatisations et a été obtenu au prix de nouvelles mesures d’austérité.

 

Du reste, le mémorandum maintient le pays dans une logique récessive et dans ce « péonage » de la dette (autrement dit, la récolte des richesses du pays au bénéfice des créanciers) qui a été dénoncé par l’économiste et député de la plateforme de gauche Costas Lapavitsas. Bref, la logique des « gains marginaux », désormais adoptés par le gouvernement, a peu de chance de séduire sur sa gauche.

 

Le maintien de l’ambiguïté ?

 

En théorie, le gouvernement pourrait maintenir longtemps cette ambiguïté. D’une certaine façon, le maintien d’une opposition de gauche au sein de Syriza permet de maintenir une alternative au sein du parti. Pour Alexis Tsipras, l’avantage est double. Sans remettre en cause sa position à Maximou, le Matignon grec, cette opposition permet de continuer à conserver au sein du parti les mécontents. Elle permet aussi de disposer d’un moyen de pression pour Alexis Tsipras face aux créanciers. Si ces derniers demandent trop de concessions, le Premier ministre hellénique dispose toujours de la possibilité de revenir à la confrontation en s’appuyant sur l’existence d’une ligne pro-Grexit et anti-austérité au sein de Syriza.

 

Utiliser la fenêtre de tir actuelle

 

En réalité, cette situation n’est pas tenable. Pour le moment, le gouvernement bénéficie d’un soutien encore important dans l’opinion qui est surtout soulagée de voir la perspective d’une accalmie à la crise bancaire et d’un coup d’arrêt à la dégradation de la conjoncture. Le gouvernement peut jouer sur ses acquis du mémorandum du 11 août pour convaincre de son utilité et de la pertinence de sa stratégie du « moindre mal. » Mais cette lune de miel, qui n’est pas sans rappeler celle du Pasok de 2010, ne saurait durer. Les effets des mesures d’austérité et de la reprise de la récession, qui devrait durer au moins pendant un an, vont rapidement se faire sentir. Dans l’état de légitime exaspération du peuple grec, il n’est pas certain que le discours d’un gouvernement Syriza « rempart contre les créanciers » tienne longtemps.

 

Le gouvernement devenu impopulaire prendra alors le risque de voir le parti lui échapper et la plateforme de gauche prendra de plus en plus d’importance au sein de Syriza et du groupe parlementaire. Le gouvernement a adopté la logique des créanciers : la reprise aura donc lieu « plus tard », à « moyen terme », après les « réformes. » Il lui faut donc du temps et de la stabilité pour tirer profit de sa politique et tenir durant les années difficiles. Dès lors, il convient d’utiliser rapidement la fenêtre de tir actuelle pour mettre au pas Syriza et acquérir une majorité parlementaire stable pour les cinq prochaines années.

 

Les deux options d’Alexis Tsipras

 

Dans ce cas, Alexis Tsipras dispose de deux options. Soit il agit vite pour jouer sur le soulagement populaire, soit il attend novembre et les négociations sur la dette pour tenter de rallier une partie de la minorité de gauche en jouant sur un éventuel succès sur ce terrain. La première option est sans doute la plus probable, dans la mesure où Syriza tient un congrès début septembre et où, le 1er octobre, les retraités vont voir leurs retraites grevées de la hausse rétroactive sur trois mois des cotisations santé de deux points. En réalité, plus il attend, plus le gouvernement s’expose à la colère d’un peuple replongé dans la récession et l’austérité. Et il le sait. Les élections ont donc toutes les chances d’avoir lieu en septembre, sachant que la procédure légale pour les déclencher est complexe.

 

La chambre actuelle est en effet issue d’une chambre dissoute et ne peut être dissoute avant un an dans les conditions normales (article 41-4 de la constitution). Le seul moyen est que deux gouvernements aient démissionné (article 41-1). Alexis Tsipras devra alors démissionner et demander au président de la république la nomination d’un gouvernement de transition qui sera renversé ou qui démissionnera rapidement. Dans ce cas, l’élection devra se faire dans les 30 jours. Autrement dit, dans l’option rapide, les nouvelles élections auront lieu les 20 ou 27 septembre, au mieux.

 

Le scénario visée par le Premier ministre

 

Le scénario pourrait alors être le suivant : Alexis Tsipras provoque la dissolution de la Vouli, renforce son pouvoir au sein de Syriza lors du Congrès qui valide sa ligne et constitue des listes électorales composées de « fidèles. » Il mène sa campagne sur une thématique du « moindre mal » : un gouvernement Syriza permet de réformer le pays, de combattre le clientélisme et la corruption et de maintenir les exigences des créanciers. Il en apportera pour preuve l’accord du 11 août. Avec cette ligne, il espère pouvoir écarter et la gauche, qui pourrait rejeter le pays dans la crise bancaire, et la droite, qui est incapable de résister aux créanciers, et finalement obtenir la majorité absolue.

 

Le dilemme de la plateforme de gauche

 

Face à un tel scénario, que fera la plateforme de gauche ? Rester dans Syriza serait accepter sa marginalisation. Il faudra donc songer à rompre et créer un nouveau parti. Une perspective qui ne semble guère les attirer pour le moment, malgré plusieurs démonstrations de force. Quitter le premier parti du pays n’est sans doute pas chose aisée. D’autant que, selon un sondage récent, 79 % des électeurs de Syriza jugent que la division au sein du parti est une mauvaise chose. Rassembler les opposants au gouvernement dans une démarche de rupture ne sera donc pas évident et beaucoup pourront choisir la marginalisation au sein de Syriza.

 

Trouver un leader

 

Certes, la plateforme de gauche peut s’appuyer sur une organisation politique existante : Syriza est une coalition électorale à l’origine et les partis de gauche qui la forme existent encore, notamment le KOE (Organisation communiste grec) et le DEA (Gauche ouvrière internationaliste). Mais ces partis ne disposent pas de leaders populaires pour porter un nouveau parti et beaucoup de membres de la plateforme de gauche ne sont pas membre de ces partis. Ils sont membres de Synaspismos, l’organisation d’Alexis Tsipras au sein de Syriza. Rompre avec ce parti ne sera pas simple. Il faudra, de plus, trouver un leader pour faire face à la campagne d’Alexis Tsipras qui ne manquera pas de jouer sur la nécessité de la stabilité.

 

Deux personnes sont capables de jouer ce rôle : la présidente du parlement Zoé Kostantopoulou et l’ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis.

 

Le deuxième choix serait sans doute le plus porteur pour le nouveau parti. Son « plan B » de mise en place d’une monnaie parallèle et sa démission le 6 juillet font de lui un leader naturel de l’opposition à la stratégie d’Alexis Tsipras.

 

Mais Yanis Varoufakis veut-il jouer ce rôle ? Rien n’est moins sûr. Depuis sa démission le 6 juillet dernier, il évite soigneusement de critiquer ouvertement la position d’Alexis Tsipras tout en publiant des textes critiques contre les créanciers et leur logique. Le 23 juillet, il avait voté pour les mesures proposées par le gouvernement après avoir voté contre le 15 juillet. De plus, il est certes très populaire en Grèce, mais assez peu au sein de la gauche de Syriza qui est méfiante face à son engagement européen affiché et son passé de conseiller de George Papandréou. Or, la gauche de Syriza va sans doute y regarder à deux fois avant de choisir un leader dont le profil est somme toute proche de celui d’Alexis Tsipras.

 

Quant à Zoé Kostantopoulou, sa position de présidente du parlement en fait aussi une chef naturelle de l’opposition de gauche. Sa mauvaise humeur affichée face au gouvernement depuis le 13 juillet et le rapport sur la légalité de la dette qu’elle a demandé à une commission « de la vérité sur la dette » lui donnent une légitimité. Elle n’est cependant pas appréciée de tous, notamment pour une tendance autoritaire. Elle peut néanmoins jouer un rôle de premier plan si Yanis Varoufakis ne saute pas le pas.

 

Profiter du mécontentement ?

 

Reste à savoir si une opposition prônant la rupture et le Grexit sera capable non seulement de peser sur le prochain parlement. Aucun sondage n’a pour le moment testé cette option qui, il est vrai, est difficile à étudier dans la mesure où les contours d’un nouveau parti sont loin d’être définis.

 

Un récent sondage de la société Bridging Europe soulignait cependant le haut niveau de déception des électeurs grecs et des électeurs de Syriza vis-à-vis du choix d’Alexis Tsipras : 73% des Grecs rejette l’accord avec les créanciers. Surtout, 36% des Grecs interrogés étaient prêts à revenir à la drachme, contre 41% qui refusaient cette option et 23% d’indécis.

 

Une gauche anti-euro disposerait donc d’un potentiel de voix dans cette masse d’autant plus forte que plus aucun parti en Grèce ne réclame la sortie immédiate du pays de la zone euro, même le Parti communiste (KKE) et les néo-nazis d’Aube Dorée, estiment qu’il faut attendre. Il y a donc ici un potentiel important.

 

Le scénario noir pour Alexis Tsipras

 

Et c’est ici que se situerait le scénario noir pour Alexis Tsipras. Que la gauche de Syriza finisse par s’organiser et par concentrer l’opposition au choix du 13 juillet de façon claire, par un positionnement en faveur du Grexit, défendu ouvertement par Costas Lapavitsas.

 

Beaucoup d’électeurs n’étant pas dupes des effets du troisième mémorandum, ils choisiraient de rompre immédiatement avec sa logique. Dans ce cas, ce parti peut empêcher Alexis Tsipras d’obtenir la majorité absolue, le contraignant à aller chercher un allié du côté du centre et de la droite. Auquel cas, les nouvelles élections ne lui auront rien apporté. Ce sera un retour à la situation actuelle en pire puisqu’il devra compter avec une opposition de gauche amenée à profiter de l’échec du mémorandum et qu’il dépendra encore davantage du centre et de la droite pour se maintenir au pouvoir.

 

Dès lors, maintenir la plateforme de gauche au parlement pourrait apparaître comme un moindre mal. En réalité, ce dilemme d’Alexis Tsipras traduit la difficulté de son positionnement politique après le 13 juillet.

 

Romaric Godin 


12 août 2015