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Le Grexit est en marche

 

Par Gabriel Colletis  |   

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(Crédits : © Alkis Konstantinidis / Reuter)

 

Tout le monde se félicite de l'accord trouvé en Grèce. Pourtant, pour Gabriel Colletis, professeur à l'université de Toulouse 1, il condamne la Grèce à une sortie de la zone euro à moyen terme.

 

La semaine dernière, le début des négociations à Bruxelles concernant la Grèce avait mis à mal l'autorité du Président de la République. En effet, celui-ci avait déclaré le 10 juillet que « les nouvelles propositions présentées par le gouvernement grec (le 9 juillet) montrent sa volonté de rester dans la zone euro ». Le Président avait alors salué un programme grec "sérieux et crédible" et appelé à une reprise des discussions "avec la volonté de conclure".

 

Mais le 11 juillet, le ministre français des Finances, Michel Sapin, n'hésitant pas à prendre à contre-pied le Président de la République, laissait, lui, entendre que les créanciers n'étaient pas satisfaits du plan présenté par les Grecs et qu'ils allaient demander un calendrier précis et serré des réformes:

 

"Si on veut accord durable, il faut que les Grecs apportent des réponses sur quand ils vont décider, comment, à quel moment et à quel rythme".

 

Un risque qui pourrait se révéler coûteux

 

Deux jours plus tard, le 13 juillet, et quelques minutes avant la confirmation officielle d'un accord à Bruxelles, Manuel Valls exprimait quant à lui sa « fierté » à l'égard de la gestion des négociations sur la Grèce par François Hollande. « C'est le président de la République qui est en train de permettre un accord au niveau de l'Union européenne ».

 

«  Moi je veux dire ma fierté d'être aux côtés de François Hollande, et de réussir aujourd'hui ce qui semblait impossible. Parce que tout au long du week-end on nous disait qu'il y aurait un échec, que la Grèce allait peut-être sortir de la zone euro. Et si la Grèce reste dans la zone euro, ce sera grâce à la France et grâce à François Hollande .»

 

La négociation avec la Grèce s'est de fait conclue le 13 juillet pour le plus grand bonheur du Président. Saluant de manière emphatique le résultat obtenu, le Président déclarait dans la foulée qu'il s'agissait d'un accord « pour l'intérêt de la Grèce, de l'Europe, de la France. »

 

Ce n'est certes pas la première fois que le Président se trompe dans ses prévisions, mais ici l'engagement est pris devant l'histoire et il y a fort à parier que le Président, flatté par son Premier ministre, aura pris un risque excessif qui pourrait se révéler très coûteux au moment où il devra décider de demander ou non aux Français de lui renouveler leur confiance. Dans moins de deux ans à présent...

 

Une récession à venir très rapide

 

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, le 16 juillet au petit matin, après le vote du Parlement hellène approuvant l'accord, déclare : « J'ai dû choisir entre un accord auquel je ne croyais pas, ou un défaut, ou le choix de Wolgang Schaüble, d'une sortie de l'euro ». Or que peut-il se produire en Grèce d'ici deux ans, voire dans un délai moindre ? Une sortie de la zone Euro semble l'hypothèse la plus probable tant les termes de l'accord adopté ou susceptible de l'être si les Parlements qui doivent encore se prononcer le ratifient, constituent une équation impossible.

 

Les concessions faites sur le plan des retraites suggèrent un retour à l'équilibre du régime des retraites dans un horizon très court.  Des coupes dans les dépenses de retraite de 450 à 900 millions d'euros en 2015 et de 1,8 milliard en 2016 sont envisagées. Alors que  la TVA sera sensiblement augmentée, les économies à opérer dans tous les domaines d'intervention de l'Etat seront substantielles. Les 13 milliards d'euros de réduction de dépenses proposés par le plan déposé par la partie grecque le 9 juillet seront très vraisemblablement dépassés. 

L'excédent budgétaire primaire de 3,5% du PIB en 2018 imposé à l'Etat grec oblige, en effet, celui-ci non seulement à relever les impôts mais à donner un nouveau tour de vis très significatif dans ses dépenses. Or on sait que celles-ci ont déjà été fortement comprimées depuis 2008-2009. De 2009 à 2014, la part des dépenses publiques rapportées au PIB est passée de 53,9% à 44,2%...alors que le PIB lui-même enregistrait une baisse de 25%. En valeur réelle, les dépenses publiques grecques ont ainsi déjà été contractées de près de 50 milliards d'euros les cinq dernières années. Ce processus, hautement récessioniste, va donc se poursuivre et s'amplifier. Comme il y a bien peu de chances que les exportations grecques ne progressent vu l'état de délabrement des activités productives du pays, ce sont donc tous les moteurs de la croissance qui vont tourner à contre-emploi... rendant impossible la réalisation de l'objectif d'excédent primaire.

 

Un alourdissement prévisible de la charge de la dette

 

La charge de la dette grecque ne peut que croître aussi longtemps que celle-ci n'est pas allégée quelle que soit la modalité de l'allégement : un effacement partiel tel que celui proposé par le FMI, un rééchelonnement ou un abaissement des taux dans les termes plutôt vagues employés par le Président Hollande ou une transformation de la dette en certificats d'investissements. Les nouveaux prêts accordés dans le cadre d'un troisième plan d' « aide » ne serviront au mieux qu'au seul roulement de la dette, enfonçant la Grèce dans la spirale infernale du surendettement par le jeu des intérêts et la baisse du PIB. 

Dans un document daté du 14 juillet, le FMI indique d'ailleurs que l'endettement de l'Etat grec devrait atteindre les 200% dans les deux ans à venir. Seules les privatisations pourraient redonner quelque oxygène à l'économie et au gouvernement puisqu'un quart des recettes liées devrait être disponible pour l'investissement. Mais l'objectif de 50 milliards de recettes de privatisations (dont 12,5 milliards théoriques pour le soutien de l'investissement) semble totalement hors de portée -ce chiffre représente environ le quart du PIB grec- sauf à ce que l'Etat grec liquide tous ses actifs, voire engage la privatisation de biens qui ne lui appartiennent pas, mais constituent le patrimoine de la Grèce et des Grecs.

 

Un engrenage sans fin qui aboutira à la sortie de la zone euro

 

D'ici quelques mois, une récession très forte se produira donc en Grèce d'autant que les Grecs ne manqueront pas de tenter de survivre en se réfugiant dans l'économie « grise » ou parallèle afin d'échapper à l'accroissement de la pression fiscale dans un contexte de réduction de leurs revenus. Et ce ne sont pas les milliards hypothétiques qui doivent être investis en Grèce dans le cadre du plan Juncker qui pourront -s'ils se réalisent- contrebalancer la tendance récessive très lourde que nous venons de décrire.

 

Les créanciers et les institutions -dont le pouvoir normatif aux termes de l'accord adopté est sensiblement renforcé au détriment du Parlement grec- attaqueront alors les autorités grecques pour non-respect de leurs engagements en termes d'excédent budgétaire primaire et avanceront de nouvelles exigences. Ils menaceront à nouveau et sans répit le gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, de ne pas accorder les sommes prévues si de nouvelles mesures d'austérité ne sont pas prises.

 

L'engrenage sans fin broiera le corps social grec et son économie.

 

La sortie de la Grèce de la zone Euro sera alors inévitable. La question sera alors de savoir qui accédera au pouvoir pour assurer cette sortie. L'Aube dorée ? Le parti d'extrême droite risque d'être le seul (à l'exception du KKE, le parti communiste grec) à pouvoir affirmer qu'il a toujours défendu l'option de la sortie de la Grèce de la zone euro.

 

Mais le pire n'est jamais sûr, car la sortie de la zone euro sera peut-être consommée bien avant tant la situation du système financier grec et des banques en particulier reste fragile ou précaire, en dépit de l'accord qui a été « négocié ». Quant au gouvernement grec, les échéances de remboursement qui l'attendent de manière rapprochée le trouvent pour l'heure sans argent pour les assurer.

Le feuilleton grec n'est pas prêt de s'achever.