Recherche


Qui est en ligne

Nous avons 875 invités et aucun membre en ligne

Actualités

Copyright Joomla

Copyright © 2017 PCF Bassin Arcachon - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public

Publié par Michel El Diablo

Grèce : tragédie et petites blagues

Grèce : tragédie et petites blagues

Nous y sommes. Le 15 juillet au soir, le parlement grec a ouvert explicitement la voie à un troisième mémorandum, après ceux de 2010 et de 2012. A Bruxelles, on parle d’un plan « sacrifices contre (promesse de) renflouement ». La réalité peut s’énoncer plus crûment : maintien dans l’euro (et donc sauvetage de celui-ci) contre austérité et mise sous tutelle.

La démonstration est désormais patente, implacable, d’une rigueur quasi mathématique : il ne peut y avoir de monnaie unique sans reculs sociaux, et sans abandons toujours plus poussés de souveraineté. La leçon ne vaut pas que pour la Grèce. Elle est particulièrement cruelle pour les tenants d’une « autre Europe ». Ceux-là pensaient tenir enfin leur cas de figure idéal : un gouvernement, bien décidé à refuser l’austérité, et fort d’une assise populaire incontestable, allait montrer la voie d’une transformation « par l’intérieur » de l’intégration européenne.

Las, il est revenu à un Premier ministre issu de ce que les observateurs continuent à nommer – sans rire – « gauche radicale », non seulement de fouler aux pieds l’intégralité des promesses électorales (ce qui était déjà acté depuis le 20 février), mais de franchir des crans naguère encore inimaginables dans l’acceptation de ce qu’il faut bien appeler la mise à sac d’un pays et sa transformation en protectorat de nature quasi coloniale.

« L’accord » entre Athènes et les dirigeants européens, annoncé le 13, va en effet bien plus loin que tout ce que les précédents gouvernements (droite, droite-PS) avaient accepté : baisse drastique du « coût » des retraites, augmentation spectaculaire de la TVA, annulation (ou équivalent) des quelques lois sociales passées depuis février, coupes « automatiques » dans les dépenses en cas de « dérapage », privatisations et mise en place d’un fonds regroupant les biens publics à vendre sur lequel le gouvernement grec n’aura pas la main ; mais aussi : mise en place d’un contrôle a priori de l’UE sur toutes les décisions que prendra ce dernier. Le cauchemar va même plus loin que ce que la Troïka exigeait quelques jours avant le référendum du 5 juillet, qui vit 61% des votants refuser ces mêmes sacrifices.

S’il s’est trouvé une large majorité de parlementaires français pour opiner servilement à ce déni de démocratie, on ne peut pas dire que les personnalités politiques de l’Hexagone aient fait un concours d’enthousiasme, tant la brutalité de la méthode et du résultat apparaît ostensiblement, mettant même mal à l’aise, dit-on, certains eurocrates. Seul Eric Woerth (Les Républicains) s’était précipité pour exprimer sa satisfaction. De son côté, l’ancien directeur de l’OMC, le socialiste Pascal Lamy, a noté avec plaisir que le « courage » d’un homme comme Tsipras, pour inverser ses engagements électoraux, était prometteur.

Le secrétaire général du PCF, Pierre Laurent, avait lui réagi en estimant que « si un accord est signé, c’est grâce au courage du Premier Ministre grec (qui) a osé affronter les puissances dominantes », et en se félicitant que ce dernier ait « écart(é) le scenario du ‘Grexit’ ». Le président du groupe parlementaire de ce parti avait pour sa part d’abord annoncé qu’il voterait pour le texte à l’Assemblée, avant d’indiquer qu’il s’y opposerait finalement. Ces péripéties lamentables n’auraient à vrai dire que peu d’importance si elles ne traduisaient, en creux, le porte-à-faux de ceux qui ont basé leur stratégie politique sur l’illusion d’une possible « transformation de l’Europe ».

Mais bien sûr, le premier défenseur du texte du 13 juillet n’est autre que François Hollande. Le président de la République, dans son intervention du 14 juillet, s’est attribué les premiers rôles dans la conclusion européenne. A la question de savoir si la Grèce n’avait pas ainsi été humiliée, l’ancien président du Conseil général de Corrèze a été fidèle à son humour pince-sans-rire en répondant : « non, au contraire ». Ce n’est sans doute pas pour rien que son rival de jadis, Laurent Fabius, l’avait surnommé « M. petites blagues ».

Le chef de l’Etat a répété à de nombreuses reprises que le maintien de la Grèce dans la zone euro (et donc la pérennité de cette dernière) étaient à ce prix. On n’est pas sûr que, de son point de vue, cette rhétorique soit particulièrement habile, tant l’UE apparaît de plus en plus clairement comme le père fouettard, une UE dont l’existence même « justifie » tous les sacrifices.

Du reste, les experts et militants européistes de tous bords commencent sérieusement à s’inquiéter. Le co-président des Verts à l’europarlement, Philippe Lamberts, s’est ainsi alarmé : « les europhobes auront beau jeu de dire que la démocratie et l’Europe ne sont pas compatibles ». Pardi !

La tragédie grecque fait naturellement comme première victime le peuple de ce pays, mais elle concerne directement tous les peuples de l’Union. La dramaturgie qui dure depuis le 25 janvier a été haletante, multipliant négociations engagées, interrompues puis reprises, retournements, innombrables réunions de l’eurogroupe et sommets, rebondissements, référendum, et vote parlementaire annulant ce dernier – une spécialité européenne bien connue. Le suspense a été continu, échappant au jour le jour aux principaux acteurs.

Une seule chose était connue : l’issue. Le 29 janvier, quelques jours après les élections grecques, BRN barrait sa Une avec ce titre : « Renoncement programmé ». A l’époque, plusieurs lecteurs s’étaient étonnés, parfois de manière virulente contre ce qui leur apparaissait alors comme un pessimisme excessif, voire coupable.

Las, si le scénario était imprévisible, sa chute pouvait être anticipée sans talents surnaturels particuliers : dès lors qu’Alexis Tsipras se fixait comme priorité le maintien de son pays dans la zone euro, l’austérité et la perte de souveraineté étaient mécaniquement inévitables.

François Hollande n’a du reste pas dit autre chose – et là est hélas l’essentiel. Tirant la leçon de ces derniers mois, il a confirmé son intention de préparer avec Angela Merkel un renforcement de l’intégration de la zone euro, avec notamment un « gouvernement économique » unique. Car tant que les gouvernements nationaux gardent encore une parcelle de souveraineté, l’avenir de l’euro reste menacé.

Tous ceux pour qui « démocratie » n’est pas un vain mot ne peuvent en tirer qu’une seule conclusion – celle-là même que M. Tsipras s’est refusé à imaginer.

Le 16 juillet 2015

SOURCE:

Accueil

http://ruptures-presse.fr/