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Grèce : une situation politique au bord du chaos

 

17 Juillet 2015

 Par Romaric Godin  |  16/07/2015, 16:30  |  1298  mots

La Vouli, parlement grec.

La Vouli, parlement grec.

 

La majorité d’Alexis Tsipras est désormais double : une, à droite, pour l’austérité et une, à gauche, pour le reste de son action.

 

Mais sa marge de manœuvre est étroite et des élections anticipées semblent inévitables.

 

La position politique d’Alexis Tsipras est donc désormais très complexe. Mercredi 16 juillet au soir, l’assemblée grec, la Vouli, a adopté, comme l’exigeaient les créanciers, le premier train de « réformes » ou plutôt de mesures récessives, par 229 voix contre 64. Parmi les 64 voix opposées au texte, quelques 39 proviennent des rangs du parti du premier ministre, Syriza. L’ancien ministre des Finances, Yanis Varoufakis, a, cette fois, voté contre les textes présentés. A la différence de lundi, lors du vote sur l’accord, où il s’était abstenu.

 

Ambiguïté de la position d’Alexis Tsipras

 

Reste que la réalité est la même : Alexis Tsipras ne peut faire passer les textes imposés par les créanciers sans l’appui du centre et de la droite. Il n’a pas, sur ces dossiers, de majorité propre. Ceci veut-il dire qu’il a de facto changé de majorité ?

 

Pas réellement non plus. Car les « frondeurs » de Syriza qui ont refusé de voter pour les lois imposées par les créanciers, se sont par ailleurs engagés à ne pas renverser le gouvernement si une motion de défiance est déposée. Mieux même, ils ont indiqué vouloir voter les lois autres que les mesures d’austérité. Parallèlement, les trois partis de centre et de droite (To Potami, Pasok et Nouvelle Démocratie, ND) ont refusé toute participation à un gouvernement dirigé par Alexis Tsipras. Du coup, la position du gouvernement Tsipras est très ambiguë. Un pied dans le mémorandum, un pied en dehors.

 

Une action divisée en deux parties distinctes

 

Progressivement, on comprend la position du premier ministre. Son idée est de diviser son action en deux parties. La première « sous tutelle » concerne les mesures imposées par les créanciers. Elles ne sont pas issues de son choix, mais il est contraint par les circonstances de les appliquer. C’est le sens de sa formule lors de son interview à ERT lundi : « je ferai appliquer ce plan auquel je ne crois pas. » Pour ces mesures, le soutien de l’intégralité de Syriza n’est pas nécessaire, elle n’est même pas souhaitable pour montrer à l’opinion que le parti reste un parti d’opposition à l’austérité. En faisant voter ces textes par une opposition de droite unie, il accrédite l’impression générale en Grèce que ces partis sont les « chevaux de Troie » de Bruxelles et Berlin. La deuxième partie de son action sera les lois de réformes conformes au programme de Syriza, notamment la lutte contre l’oligarchie et le démantèlement du clientélisme. Sur ce point, il peut continuer à compter sur « sa » majorité et, dans l’avenir à s’en revendiquer.

 

Mieux vaut une austérité « de gauche » ?

 

La dernière justification avancée pour maintenir cette situation est qu’il vaut mieux que ce soit un gouvernement « de gauche » qui gère le mémorandum a minima plutôt qu’un gouvernement technique ou conservateur qui, comme dans le passé, prendrait ses ordres directement à Bruxelles. Le gouvernement peut ainsi insister sur ce qu’il a obtenu par sa « capitulation » : le maintien de la loi sur l’urgence humanitaire et la réouverture des banques lundi prochain. Enfin, pour justifier son maintien, le gouvernement Tsipras peut arguer que sa survie est une provocation aux yeux des créanciers qui ont tout fait pour le faire chuter et lui faisant accepter l’inacceptable. Du coup, il est possible que la minorité de Syriza vote contre les lois austéritaires aussi parce qu’elle sait que ce vote ne met pas en danger le gouvernement (il suffit que 45 des 146 députés de Syriza votent avec la droite pour former une majorité).

 

Une élection anticipée en septembre ?

 

Reste évidemment que cette position demeure largement rhétorique. Compte tenu de l’accord signé lundi, la marge de manœuvre propre du gouvernement Tsipras est extrêmement réduite. Toute loi « dans les matières concernées » devra obtenir l’approbation des créanciers. Or, ces « matières concernées » seront sans doute très larges. Rapidement, on va pouvoir constater que l’aspect « protecteur » du gouvernement est aussi mince que sa capacité d’initiative. En Grèce, il ne fait plus aucun doute que cette situation politique bancale débouchera sur de nouvelles élections. Une date circule même déjà, celle du 13 septembre.

 

Rupture entre Alexis Tsipras et Syriza ?

 

Seulement, une élection ne règle pas tout. La clé de ce scrutin va résider dans le positionnement futur de Syriza. Mercredi, le comité central du parti a désavoué Alexis Tsipras en rejetant l’accord de lundi. Ceci signifie-t-il que le parti est prêt à la rupture avec le premier ministre sur une ligne plus dure. Dans ce cas, le « nouveau Syriza » devrait placer comme objectif le Grexit « organisé et préparé » pour mettre fin aux memoranda et à l’austérité. Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des Finances, encore très populaire, pourrait être son nouveau leader. Que fera alors Alexis Tsipras ? Quittera-t-il la vie politique ou décidera-t-il de maintenir sa doctrine du « moindre mal » avec sa propre formation ? Bref, y aura-t-il réorientation de Syriza ou rupture ? Et dans ce cas, que pèsera le parti favorable au Grexit ?

 

Et si Alexis Tsipras tenait encore Syriza ?

 

Il ne faut cependant pas exclure la possibilité qu’Alexis Tsipras tienne encore son parti et qu’il parvienne à faire accepter la poursuite de la situation actuelle en avançant les arguments cités plus haut. Un autre argument peut venir servir les intérêts du premier ministre et il a été avancé par le porte-parole de Syriza, Nikos Filis, mercredi : il a prévenu qu’en cas de chute du gouvernement, il sera difficile d’avoir encore dans l’avenir un gouvernement de gauche en Grèce. Or, Alexis Tsipras reste très populaire en Grèce et est auréolé aux yeux de beaucoup par le prestige d’une résistance de six mois, aussi vaine fût-elle. Bref, seul une Syriza menée par Alexis Tsipras pourrait maintenir la gauche au pouvoir, défendront les partisans du premier ministre. Une Syriza pro-Grexit ou divisée ramènerait au pouvoir les partis du centre et de droite. Mais, dans le cas où la ligne Tsipras l’emporte, la minorité pro-Grexit fera-t-elle sécession ? Rien n’est sûr, mais elle sera sans doute en danger, car Alexis Tsipras constituera alors sans doute une liste de députés plus « conformes » à sa ligne. Le premier ministre pourrait aussi s’engager à explorer le Grexit si le mémorandum se durcit ou en cas de désaccord avec la troïka. Bref, on n’y voit encore peu clair.

 

Quel impact de l’accord sur le reste du paysage politique grec ?

 

Un scrutin à l’automne permettra aussi d’évaluer l’impact politique du coup de force des créanciers. Les partis favorables à la rupture comme le parti communiste (KKE) ou les néo-nazis d’Aube Dorée seront-ils les grands gagnants de ce scrutin ?

 

Les partis de centre et de droite, reçus en grande pompe à Bruxelles, bénéficieront-ils de ce soutien ? S’allieront-ils pour peser plus lourd face à Syriza et obtenir le « bonus » de 50 députés offerts à la formation arrivée en tête ? Ce seront les autres inconnues de l’élection. Mais il n’est en rien évident que la situation politique de la Grèce soit plus claire et plus gérable à l’issue du scrutin. Si un gouvernement est finalement impossible à constituer, le pays entrera dans une nouvelle phase de conflit avec ses créanciers. Mais dans ce cas, ces derniers auront en grande partie récolté ce qu’ils auront semés avec tant d’abnégation pendant six mois. En détruisant systématiquement une option alternative modérée par des exigences économiquement absurdes, ils ont créé les conditions d’un chaos politique