Recherche


Qui est en ligne

Nous avons 1321 invités et aucun membre en ligne

Copyright Joomla

Copyright © 2017 PCF Bassin Arcachon - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public

Accueil

Varoufakis : « La zone euro est un espace inhospitalier pour les gens honnêtes »

 

Mardi 14 Juillet 2015 à 17:00

Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des Finances grec, remercié par Alexis Tsipras au lendemain de la victoire du non au référendum, vient de lever voile sur les coulisses des négociations au sein de l’Eurogroupe. Dans un entretien accordé à un magazine britannique, il revient sur son parcours au sein du gouvernement Syriza et dénonce, sans faux semblant, le manque de démocratie flagrant au sein de nos institutions européennes. Un entretien, à l’image de Varoufakis, cash et sans concession.
 

ALESSANDRO SERRANO/AGF/SIPA
 

Si les tenants européens du « tout austéritaire » pensaient s’être définitivement débarrassés de leur meilleur ennemi, l’ancien ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, avec son éviction du gouvernement Tsipras, c’est bel et bien raté. Puisque l’économiste à bécane, véritable cauchemar de ses homologues européens, vient de donner un entretien au magazine britannique NewStatesman. Il y met à jour les petits et grands secrets des négociations qui se sont tenues entre les membres de l’Eurogroupe sur la crise grec et dénonce, sans ménagement, le déficit démocratique au sein des institutions européennes.

 

« Je me sens sur le toit du monde – je ne dois plus vivre à travers ce calendrier chargé, qui était absolument inhumain, tout simplement incroyable. Je n’avais que deux heures de sommeil chaque jour pendant cinq mois », résume Varoufakis sur son état d’esprit, quelques jours après sa retraite politique forcée. Dommage, les technocrates rancuniers n’auront même pas une petite dépression à se mettre sous la dent... Et d’embrayer sec en critiquant « l’absence totale de scrupules démocratiques de la part des défenseurs supposés de la démocratie en Europe ». Pis, se souvient-il, dans les discussions avec les partenaires européens, il explique qu’« il y avait un refus pur et simple de livrer des arguments économiques. (…) Vous mettez en avant un argument que vous avez vraiment travaillé — pour vous assurer qu'il est logique et cohérent — et vous êtes juste face à des regards vides. » Une mécanique particulièrement troublante « pour quelqu'un qui a l'habitude des débats académiques », avoue l’économiste.

 

Dans notre cas, il est clair que notre parlement grec a été traité comme de simples ordures

 

Surtout, Varoufakis est frappé par la place prédominante de Wolfgang Schaüble, l’austère — dans tous les sens du terme — ministre des Finances allemand. « [L’Eurogroupe] est comme un orchestre très bien réglé et [Schaüble] est le directeur. (…) Il y aura des moments où l'orchestre est désaccordé, mais il l’organise alors et le remet dans la ligne. » Le gouvernement grec aurait-il pu compter sur le soutien d’autres pays de la zone euro, endettés eux-aussi jusqu’au cou, et ayant subis des cures drastiques d’austérité ? « Dès le début, ces pays ont bien précisé qu'ils étaient les ennemis les plus énergiques de notre gouvernement. Car leur plus grand cauchemar était notre succès : notre réussite à négocier un meilleur accord pour la Grèce, aurait évidemment anéanti leur politique [d’austérité], ils auraient eu alors à justifier devant leur peuple pourquoi ils n’avaient pas négocié comme nous l’avions fait. » Une analyse politique qui éclaire d’un jour nouveau tous les reportages, que certains médias se sont empressés de réaliser, sur l’absence de soutien de la Grèce par les pays les plus pauvres de la zone euro…

 

En revanche, plus étonnant, on apprend que le gouvernement Tsipras a pu compter sur le soutien implicite de George Osborne, membre du parti conservateur anglais. « Les plus grands défenseurs de notre cause ont été les conservateurs ! En raison de leur euroscepticisme, hein… Mais pas seulement. Il y a dans le courant Burkean (du nom d'Edmund Burke, considéré comme le père du conservatisme anglo-américain,ndlr) une conception de la souveraineté du Parlement. Dans notre cas, il est clair que notre Parlement a été traité comme de simples ordures ». 

 

L'eurogroupe n’a de comptes à rendre à personne, étant donné qu’il n’existe pas dans la loi !

 

Revenant sur l’épisode du 27 juin dernier, durant lequel le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, avait signifié à Varoufakis son expulsion de l’Eurogroupe en raison de son refus de signer un communiqué, l’ancien ministre des Finances grec a fait une surprenante découverte. « J’ai demandé un avis juridique, relate-t-il au sujet de sa mise à l’écart, Ce qui a créé un peu de cafouillage. (…) Un expert juridique s’est adressé à moi et m’a alors dis "Eh bien, l’Eurogroupe n’existe pas dans la loi, il n’y a aucun traité qui le prévoit " ». L’économiste hétérodoxe en conclut donc : « Ce que nous avons est un groupe inexistant qui a pourtant cet immense pouvoir de déterminer qu'elle sera la vie des Européens. Il n’a de comptes à rendre à personne, étant donné qu’il n’existe pas dans la loi ; aucuns procès-verbaux ne sont conservés et tout est confidentiel. Donc, aucun citoyen ne saura jamais ce qu’il se dit en son sein ». Rassurant…

 

Le Grexit avait-il été envisagé par les dirigeants ? « Oui et non » répond-t-il. « Nous avions un petit groupe, un “cabinet de guerre” au sein du ministère, d'environ cinq personnes qui y travaillaient : nous avons donc travaillé dans la théorie, sur le papier, tout ce qui devait être fait pour préparer/dans le cas d'un Grexit. » Un scénario, avoue Varoufakis, utilisé plus comme un levier à actionner dans les négociations que comme un véritable souhait : « Je ne voulais pas que cela devienne une prophétie autoréalisatrice. » C’est d’ailleurs cette position qui a précipité l’économiste vers la sortie, au lendemain du vote du référendum en Grèce.

 

Quand doc Schäuble déterminait la ligne officielle, le ministre des finances français, à la fin, pliait et acceptait toujours

 

Lui voulait remettre la pression sur l’Eurogroupe, et mettre en place « un triptyque » d’actions : « émettre des IOUs » (des reconnaissances de dettes en euros), « appliquer une décote sur les obligations grecques » détenues par la BCE depuis 2012 afin de réduire la dette et « reprendre le contrôle de la Banque de Grèce des mains de la BCE ». Mais Alexis Tsipras n’était pas de son avis. Et a préféré reprendre les discussions immédiatement. Se sont-ils fâchés pour autant ? Voilà qui pourrait être un lot de réconfort pour ses détracteurs… « J’ai le sentiment que nous sommes toujours proches. Notre séparation s’est faite à l’amiable. Il n’ y a jamais eu de problèmes graves entre nous » et de préciser, comme nous l’écrivions déjà, « Et je suis très proche de Euclide Tsakalotos [le nouveau ministre des Finances]. »   

 

Et la France dans tout ça ? François Hollande, lors de son intervention du 14 juillet, a déclaré que la France avait « joué pleinement son rôle ». Reste à savoir lequel. Car si Michel Sapin, selon Varoufakis, « a fait des bruits qui étaient différents de la ligne allemande », ces bruits étaient « très subtiles » : « On sentait bien qu'il utilisait un langage très judicieux, pour ne pas être vu comme s'opposant. Car en dernière analyse, quand Doc Schäuble répondait efficacement et déterminait la ligne officielle, le ministre des Finances français, à la fin, pliait et acceptait toujours. » Varoufakis a raison d'expliquer que « la zone euro est un espace très inhospitalier pour les gens honnêtes »...