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Le problème de la Grèce n’est pas seulement une tragédie. C’est un mensonge. (John Pilger)

 

15 Juillet 2015
 

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Posted By: LePartage 14 juillet 2015

 

9ae3deca6381c2a9e1ecfec3d7b54303John Pilger est un journaliste de nationalité Australienne, né à Sydney le 9 Octobre 1939, parti vivre au Royaume-Uni depuis 1962. Il est aujourd’hui basé à Londres et travaille comme correspondant pour nombre de journaux, comme The Guardian ou le New Statesman.

 

Il a reçu deux fois le prix de meilleur journaliste de l’annéeau Royaume-Uni (Britain’s Journalist of the Year Award). Ses documentaires, diffusés dans le monde entier, ont reçu de multiples récompenses au Royaume-Uni et dans d’autres pays.

 

John Pilger est membre, à l’instar de Vandana Shiva et de Noam Chomsky, de l’IOPS (International Organization for a Participatory Society), une organisation internationale et non-gouvernementale créée (mais encore en phase de création) dans le but de soutenir l’activisme en faveur d’un monde meilleur, prônant des valeurs ou des principes comme l’auto-gestion, l’équité et la justice, la solidarité, l’anarchie et l’écologie.

 

Article initialement publié le 13 Juillet 2015, en anglais, sur le site officiel de John Pilger, à cette adresse.


Une trahison historique a consumé la Grèce. Ayant mis de côté le mandat de l’électorat grec, le gouvernement Syriza a volontairement ignoré le raz-de-marée du « Non » et a secrètement accepté un panel de mesures appauvrissantes, répressives, en échange d’un « renflouement » qui signifie un sinistre contrôle depuis l’étranger, et un avertissement pour le monde.

 

Le premier ministre Alexis Tsipras a fait passer au Parlement une proposition de coupe d’au moins 13 milliards d’euros du Trésor public — 4 milliards d’euros de plus que la proposition « d’austérité » largement rejetée par la majorité de la population grecque dans un référendum, le 5 juillet.

 

Ceci comprend apparemment une augmentation de 50 % du coût des soins médicaux pour les retraités, dont près de 40 % vivent dans la pauvreté ; d’importantes coupes dans les salaires du secteur public ; la privatisation complète d’établissements publics comme les aéroports et les ports ; une augmentation dans les taxes sur la valeur ajoutée de 23 % s’applique désormais pour les îles grecques, où les gens luttent pour gagner de quoi vivre. Et ce n’est pas terminé.

 

« Le parti anti-austérité remporte une victoire éclatante », déclarait le Guardian dans sa Une du  25 janvier.« Radicaux de gauche », voilà comment le journal qualifiait Tsipras et ses camarades étonnamment éduqués. Ils portaient des chemises à cols ouverts, le ministre des finances roulait sur une moto et était décrit comme « une rock star de l’économie ». C’était une façade. Ils n’étaient radicaux en aucun point de cette étiquette clichée, et n’étaient pas non plus « anti-austérité ».

 

Pendant six mois, Tsipras et le récemment écarté minister des finances, Yanis Varoufakis, ont fait l’aller-retour entre Athènes et Bruxelles, Berlin et les autres centres du pouvoir monétaire européen. Au lieu de la justice sociale pour la Grèce, ils ont mis en place un nouvel endettement, un appauvrissement plus profond encore, qui ne fera que remplacer une pourriture systémique basée sur le vol des recettes fiscales par les super-riches Grecs — en accord avec les valeurs « néolibérales » européennes — et par des prêts bon marché, hautement profitables, émis par ceux qui veulent maintenant le scalp de la Grèce.

 

La dette grecque, selon un audit du Parlement grec, « est illégale, illégitime et odieuse ». Proportionnellement, elle est équivalente à moins de 30 % de celle de l’Allemagne, son principal créancier. Elle est inférieure à la dette des banques européennes dont le « sauvetage » en 2007–2008 fut à peine controversé, et impuni.

 

Pour un petit pays comme la Grèce, l’euro est une monnaie coloniale : une attache à une idéologie capitaliste tellement extrême que même le pape la qualifie « d’intolérable », et « d’excrément du diable ». L’euro est à la Grèce ce que le dollar est aux territoires éloignés du Pacifique, dont la pauvreté et la servilité sont garanties par leur dépendance.

 

Dans leurs voyages aux cours des puissantes Bruxelles et Berlin, Tsipras et Varoufakis ne se sont présentés ni comme radicaux, ni comme « gauchistes », ni même comme d’honnêtes sociaux-démocrates, mais comme deux arrivistes suppliants, avec leurs demandes et leurs plaidoyers. Sans sous-estimer l’hostilité qu’ils affrontaient, il est juste de dire qu’ils n’ont fait preuve d’aucun courage politique. Plus d’une fois, le peuple grec a entendu parler de leurs « plans d’austérité secrets » dans des fuites, dans les médias : comme dans une lettre en date du 30 juin publiée dans le Financial Times, dans laquelle Tsipras promettait aux dirigeants de l’UE, à la banque centrale européenne et au FMI, d’accepter leurs demandes élémentaires les plus vicieuses — qu’il a maintenant acceptées.

 

Lorsque l’électorat grec a voté « non », le 5 juillet, contre ce type même d’accord putride, Tsipras a déclaré« d’ici lundi le gouvernement grec sera à la table des négociations après le référendum, avec de meilleures conditions pour le peuple grec ». Les Grecs n’avaient pas voté pour de « meilleures conditions ». Ils avaient voté pour la justice et la souveraineté, comme ils l’avaient fait le 25 janvier.

 

Au lendemain de l’élection de janvier, un gouvernement réellement démocratique et, oui, radical, aurait empêché le moindre euro de quitter le pays, aurait répudié la dette « illégale et odieuse » — comme l’a fait l’Argentine, avec succès — et aurait expédié un plan pour quitter l’écrasante Eurozone. Mais il n’y a pas eu de plan. Il n’y a eu qu’une volonté d’être « à la table » à la recherche  de « meilleures conditions ».

 

La véritable nature de Syriza a rarement été examinée, et expliquée. Pour les médias étrangers il ne s’agit que d’un parti « gauchiste », ou « d’extrême gauche », « intransigeant » — les termes trompeurs habituels. Certains des supporters internationaux de Syriza ont atteint, de temps à autre, des niveaux d’acclamations qui rappellent l’ascension de Barack Obama. Bien peu se sont demandés : qui sont ces radicaux ? En quoi croient-ils ?

 

En 2013, Yanis Varoufakis avait écrit :

 

« Devrions-nous nous réjouir de cette crise du capitalisme européen, comme d’une opportunité pour le remplacer par un meilleur système ? Ou devrions-nous nous en inquiéter au point de nous embarquer dans une campagne de stabilisation du capitalisme ? Pour moi, la réponse est claire. La crise européenne est bien moins susceptible de donner naissance à une meilleure alternative au capitalisme… je m’incline devant la critique selon laquelle j’ai fait campagne en me basant sur un agenda fondé sur la supposition que la gauche était, et demeure, entièrement vaincue… oui, j’aimerais mettre en avant un agenda radical. Mais, non, je ne suis pas prêt à commettre [l’erreur du parti travailliste britannique à la suite de la victoire de Thatcher]… Quel bien avons-nous accompli en Angleterre au début des années 1980 en faisant la promotion d’un agenda de changement socialiste, que la société britannique a dédaigné en tombant la tête la première dans le plan néolibéral de Thatcher ? Précisément aucun. À quoi bon appeler aujourd’hui à un démantèlement de l’Eurozone, de l’union européenne elle-même… ? »

 

Varoufakis omet toute mention du parti social-démocrate qui a divisé le vote travailliste et a entraîné le Blairisme. En suggérant que les gens en Angleterre « ont dédaigné le changement socialiste » — alors qu’ils n’eurent aucune réelle opportunité de mettre en place un tel changement — il se fait l’écho de Tony Blair.

 

Les leaders de Syriza sont des révolutionnaires d’un certain type — mais leur révolution est l’appropriation perverse et familière des mouvements sociaux-démocrates et parlementaires par des libéraux s’apprêtant à accepter la folie néolibérale et l’ingénierie sociale dont le vrai visage est celui de Wolfgang Schauble, ministre des finances allemand, et bandit impérialiste. Comme le parti travailliste d’Angleterre et ses équivalents parmi les anciens partis sociaux-démocrates comme le parti travailliste d’Australie, se décrivant toujours comme « libéraux », voire « de gauche », Syriza est le produit d’une classe moyenne instruite, opulente, hautement privilégiée, « éduquée dans le postmodernisme », comme l’écrit Alex Lantier.

 

Pour eux, la classe est l’innommable, et encore moins la lutte prolongée, peu importe la réalité des vies de la plupart des êtres humains. Les personnalités de Syriza sont très soignées ; ils ne mènent pas la résistance à laquelle aspirent les gens ordinaires, comme l’électorat grec l’a si bravement démontré, mais visent de« meilleures conditions » pour le statu quo vénal qui enchaine et punit les pauvres. Une fois associé à la politique identitaire et ses distractions insidieuses, la conséquence n’est pas la résistance, mais l’asservissement. La vie politique « Mainstream » (grand public) en Angleterre illustre bien cela.

 

Ceci n’est pas inévitable, ce n’est pas un fait accompli, si nous nous réveillons du long coma postmoderne et rejetons les mythes et les tromperies de ceux qui prétendent nous représenter, et si nous combattons.

 

John Pilger


Traduction: Nicolas Casaux

 

Édition & Révision: Héléna Delaunay