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Publié par Jean Lévy

L'Allemagne sous le choc d'une « victoire à la Pyrrhus de Tsipras »

le titre provocateur de Bild Zeitung, le plus gros tirage de la presse allemande, qui résume le mieux ce que les Allemands attendent maintenant de leur chancelière. À la une ce matin : Angela Merkel coiffée d’un casque à pointe.

le titre provocateur de Bild Zeitung, le plus gros tirage de la presse allemande, qui résume le mieux ce que les Allemands attendent maintenant de leur chancelière. À la une ce matin : Angela Merkel coiffée d’un casque à pointe.

HERAUSGEGEBEN VON WERNER D'INKA, JÜRGEN KAUBE, BERTHOLD KOHLER, HOLGER STELTZNER

France

24

La victoire du "non" au référendum grec

a été très mal vécue 

par les commentateurs allemands

 

Ils prophétisent des lendemains qui déchantent pour les Grecs, mais restent silencieux sur l’échec politique d’Angela Merkel dans ce dossier.

Les Grecs ont fait la fête et les Allemands se sont réveillés avec la gueule de bois. La victoire, dimanche 5 juillet, du “non” au référendum grec a laissé un goût de défaite dans la bouche des commentateurs germaniques. Normal : toute la classe politique ou presque avait activement appelé leurs cousins hellènes à voter “oui” aux propositions des créanciers.

C’est le quotidien conservateur “Frankfurter Allgemeine Zeitung” qui résume le mieux le sentiment qui domine de leur côté du Rhin. “La victoire à la Pyrrhus de Tsipras”, titre le journal de Francfort. “Le gouvernement peut triompher pour l’instant [...] mais le peuple grec doit se préparer à ce que la situation [économique] ne s’améliore pas sur le court terme”, note le quotidien. Pire, d’après son éditorialiste, il n’y aurait “aucune lueur en vue au bout du tunnel”.

“Fausses promesses à répétition”

Même son de cloche mélodramatique de l’autre côté de l’échiquier politique. Le quotidien de centre-gauche “Süddeutsche Zeitung” ne voit pas non plus de raison de se réjouir du résultat du référendum.“Le drame précède le drame”, affirme le journal du sud de l’Allemagne. Il estime que contrairement à ce qu’Alexis Tsipras a bien voulu faire croire aux Grecs, le “non” “réduit la marge de négociation” sur le futur de la Grèce. La “Süddeutsche Zeitung” assure que ce vote va pousser “les 18 autres pays à inciter la Grèce à quitter la zone euro”. Pour le quotidien, les autres membres de la zone euro n’ont, en fait, pas le choix car “c’est une question de légitime défense”. Céder aux revendications grecques reviendrait, d’après le journal, à céder au populisme “et inviter les extrêmes à jouer un rôle de plus en plus important” au sein de la construction européenne.

Car pour la presse allemande, le résultat du référendum symbolise une certaine tendance dangereuse pour l’Europe : la victoire de l’émotion - carburant du vote pour les partis populistes - sur la raison. Le site de l’hebdomadaire “Der Spiegel” regrette que les électeurs grecs se soient laissé duper “par les fausses promesses à répétition de leur gouvernement” qui a su jouer sur la colère de la population contre les créanciers d’Athènes.

Un échec ou un “choc” pour Merkel ?

Si tous les médias allemands soulignent à quel point les Grecs risquent, à leurs yeux, d’être les dindons de la farce, ils sont beaucoup moins nombreux à souligner la défaite de leur chancelière. Pourtant, la presse européenne a été prompte à souligner que la victoire du “non” était un cinglant désaveu de la position défendue par Angela Merkel qui a toujours refusé de renégocier la dette grecque. Les commentateurs allemands préfèrent, comme le site “WirtschaftsWoche, parler de “choc pour la chancelière”. Tout est dans le choix des mots.

Il n’y a guère que le quotidien “Die Welt” qui évoque clairement l’échec de Berlin. “Le ‘non’ a Athènes est aussi une défaite pour Merkel”, explique le journal. Il assure que c’est l’intransigeance de la chancelière sur l’austérité imposée à Athènes qui a poussé les Grecs à voter pour le parti de gauche radicale Syriza en janvier dernier. Elle ne ferait que récolter aujourd’hui les fruits des graines qu’elle a semées ces dernières années. “L’opinion mondiale va maintenant se demander comment l’Europe, et donc l’Allemagne qui en assure le leadership politique, va pouvoir imposer ses vues à la Russie au sujet de l’Ukraine si l’UE a échoué en Grèce”, se désole “Die Welt”.

Crise grecque la coupe est pleine pour les amis d'Angela Merkel

Dans les rangs de son propre parti, les choses sont claires : pas question de songer à négocier une troisième tranche d'aide à la Grèce.

Le « non » grec aura été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Angela Merkel a beau appeler au calme et à la retenue, elle a de plus en plus de mal à discipliner ses alliés politiques et à pacifier ses concitoyens. Alors que la chancelière se prépare à rencontrer ce soir à Bruxelles les autres chefs de la zone euro pour faire le point sur la crise grecque, plusieurs grosses pointures dans les rangs de sa propre formation politique lui ont lancé une mise en garde on ne peut plus claire : pas question de songer à négocier une quelconque troisième tranche d’aide à la Grèce ! D’ailleurs, si leur patronne avait la mauvaise idée de tendre la main à Alexis Tsipras, elle se mettrait immédiatement ses propres amis politiques à dos. À Berlin, on murmure même que les parlementaires CDU-CSU pourraient poser la question de confiance.

Non, c'est non

Andreas Scheuer, secrétaire général de la CSU, l’aile bavaroise et très conservatrice de la CDU d’Angela Merkel, n’a pas mâché ses mots : « La Grèce a dit non. Et un non cela veut aussi dire pour nous un non à la négociation autour d’une nouvelle tranche d’aide à la Grèce ! » Peter Ramsauer, chef de la commission de l’économie au Bundestag et lui aussi membre de la CSU, a rappelé que le résultat du référendum de dimanche signifiait « un non à toute forme d’aide nouvelle ». Les voix s’élèvent de tous les côtés pour mettre en garde contre « le danger que font encourir à l’euro ces Grecs réfractaires aux réformes ». Markus Söder, ministre CSU des Finances de Bavière, demande carrément à la Grèce de quitter la zone euro. Certains vont plus loin encore et n’hésitent pas à traiter Tsipras de « menteur », d’ « imposteur » et son équipe de « joyeux drôles » et d’ « utopistes sans foi ni loi» qui vont mener leur pays à la ruine et à la catastrophe humanitaire. Le ton est virulent. La colère générale.

Casque à pointe

C’est peut-être le titre provocateur de Bild Zeitung, le plus gros tirage de la presse allemande, qui résume le mieux ce que les Allemands attendent maintenant de leur chancelière. À la une ce matin : Angela Merkel coiffée d’un casque à pointe. Et cette légende : « Pas de nouveaux millards pour la Grèce ! Aujourd’hui, nous avons besoin d’une chancelière de fer ! » Pour les Allemands la coupe est pleine. Plus de « Encore une dernière chance ! » « Un dernier tour de table ! » « Après le non, c’est terminé ! » entend-on à chaque coin de rue.

La presse est à l’unisson. « La spirale de l’absurde », commente l’hebdomadaire Der Spiegel : «  Si un populiste anti-grec comme il en existe dans les rangs de la CSU se piquait de vouloir organiser dans notre pays le week-end prochain un référendum sur le renvoi immédiat de la Grèce de la zone euro, on pourrait être – dans le climat politique si houleux en ce moment – que l’écrasante majorité des Allemands se prononcerait pour un oui » très clair. Les électeurs allemands ne se gêneraient pas pour apporter des réponses simplistes à des problèmes complexes. »

Angela Merkel et plus encore son ministre des finances, l’intransigeant Wolfgang Schäuble, sont grâce à la crise grecque au zénith de leur popularité. Selon un sondage réalisé après le « non » grec, 43 % des Allemands approuvent sa politique de rigueur. Soit une hausse de 3,5 % par rapport à la semaine précédente. C’est très clairement à la CDU, à Wolfgang Schäuble et à Angela Merkel que les Allemands accordent leur confiance en ces temps de grandes turbulences.