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Publié par Jean Lévy

De nos amis belges : Carnets grecs (1) : la droite lance une « blitzkrieg » contre les partisans du « Non »

Les médias privés, aux mains des oligarques grecs, font massivement campagne pour le "oui" au référendum...

Les médias privés, aux mains des oligarques grecs, font massivement campagne pour le "oui" au référendum...

Alors que la campagne pour le référendum bat son plein, le PTB a envoyé une délégation en solidarité avec le peuple grec. Parmi cette délégation, Michaël Verbauwhede, député bruxellois, et Steff Coppieters nous font vivre les événements sur place avec ce journal de bord.

Une rencontre étonnante…

Arrivés à Athènes, nous demandons notre chemin à une femme d’une quarantaine d’années. « Vous allez à Omonia ? Ca tombe bien, moi aussi. Suivez-moi ». Anastasia* est employée dans un salon de coiffure. Une grosse discussion s’engage directement. Le référendum et plus largement la politique grecque sont des sujets de discussion quotidiens dans son salon de coiffure.

En janvier, elle a voté Syriza comme 36 % de la population grecque. Pour deux raisons : « Je suis de gauche et je veux une solution pour les travailleurs, les pensionnés, les plus pauvres. Syriza était le parti qui pouvait obtenir ça. D’autre part, Syriza incarne la nouveauté, face aux partis politiques traditionnels (PASOK et Nouvelle Démocratie). Qu’ils s’en aillent ! »

En revanche, elle veut voter « oui » au référendum :

« Á la question de savoir si je veux rester dans l’euro, moi je dis oui. Les Grecs appartiennent à l’Europe, on doit rester dans l’UE et dans l’euro. Je ne veux pas qu’on soit appauvris comme d’autres pays des Balkans ». Nous lui répondons que le référendum ne porte pas là-dessus. « Il pose la question des mesures d’austérité que la Troïka veut imposer à la Grèce. »

Et Anastasia de répondre : « Vous êtes sûrs ? Parce que à la télé, c’est pas ça qu’ils disent… »

La « blitzkrieg » de la droite

Anastasia n’est qu’un exemple parmi les nombreuses personnes que nous avons rencontrées qui nous disent que le référendum porte sur la sortie ou non de la zone euro de la Grèce. L’influence que les médias privés, aux mains des oligarques grecs, ont sur l’opinion publique est très forte.

Un passant intervient : « Les chaines de télé privées ? C’est que des mensonges ! Les regarder, ça m’énerve, ça me donne envie de casser ma télé. Mais bon, ca coute cher de faire ça. Donc je ne les regarde plus. »

Les pressions sur les Grecs pour qu’ils votent « oui » sont effectivement importantes. Nous avons rencontré Dikaios Psikakos, reponsable de l’ONG Solidarity4All.

« Dès l’annonce du référendum, vendredi, la droite a entamé une “Blitzkrieg”, une guerre éclair. Très vite, la campagne du “nai” (“oui”) a été lancée. Deux personnes ont été mises en avant : les maires d’Athènes et Thessalonique. Ces maires sont soutenus par les partis traditionnels (PASOK, social-démocrate et Nouvelle démocratie (ND), droite conservatrice, NdlR), mais ne sont pas considérés comme très à droite, comme peut l’être Samaras par exemple (ND, ancien Premier ministre, NdlR). Par exemple, Georges Kaminis, le maire d’Athènes, est considéré par certains comme “progressiste” car il a autorisé la première “Gay pride” ici. Mais c’est vraiment un maire néolibéral. Ca participe à semer la confusion. »

Dikaios Psikakis, reponsable de l’ONG Solidarity4All (à droite) : « Dès l’annonce du référendum, vendredi, la droite a entamé une “Blitzkrieg”, une guerre éclaire. »

Même si la question du référendum ne porte pas sur la sortie de la Grèce de la zone Euro, c’est ce que martellent les médias privés. Comme Dikaios Psikakos nous l’explique : « Beaucoup de gens sont attachés à l’euro. L’idée de la droite de poser le cadre du référendum comme étant “pour ou contre l’UE” permet même de rallier au “oui” des électeurs de Syriza. Mais ce n’est pas la question qui est posée ! »

Un « bankrun » créé par les médias et l’élite économique

La « Blitzkrieg » ne s’est pas limitée à la question du sujet du référendum. Cela concerne aussi la banque. Dès le début du week-end, les médias privés ont réalisé des reportages sur des personnes qui attendaient devant les banques. Dikaios explique : « Au début, il n’y avait pas de risque de “Bankrun” (ruée massive vers les banques pour prendre tout ce que les clients ont sur leur compte en banque, NdlR). Mais après un matraquage de deux jours, amplifié par les médias étrangers, la peur a commencé à s’installer chez certaines personnes. Le gouvernement a donc du décréter un contrôle des capitaux. Mais la conséquence de cela, c’est que certaines personnes se fâchent sur le gouvernement. Et c’était le but des défenseur du “oui”. Or, ce sont les médias, sous le contrôle des oligarques, qui sont responsables de ce contrôle des capitaux. Ils ont créé eux-même une panique qui n’existait pas. »

Et cette pression est visible. Devant chaque distributeur de billets que nous avons vu, il y avait une caméra de télévision. Une manière de continuer à insuffler la peur.

"Oui" en grec. La campagne de la droite pour le "oui" au référendum a été lancée très vite, et avec d'énormes moyens financiers.

Un monstre à plusieurs têtes

Dans la mythologie grecque, Hercule doit se battre contre l’Hydre de Lerne, un monstre à plusieurs têtes qui exhale du poison. La campagne du « oui », de la soumission à l’Europe du Capital, y ressemble. Un monstre à plusieurs têtes insufflant un poison mortel pour la population : l’austérité.

Nous avons vu le rôle important des médias privés, qui défendent les intérêts des oligarques grecs qui les contrôlent et qui veulent la victoire du « oui ». Le patronat grec se range aussi du côté du « oui ». Certains patrons menacent de ne pas payer les salaires avant lundi. Comme l’a écrit le quotidien français l’Humanité : « Tous les coups semblent permis pour installer la peur, manipuler le scrutin et dissuader les Grecs de voter “non”. (…) Les syndicats et l’inspection du travail ont enregistré, ces dernières heures, des centaines de plaintes portant sur des menaces de licenciement en lien avec le référendum, méthode d’une violence inouïe pour des salariés hantés par la crainte du chômage et déjà terriblement fragilisés par la crise. Radio Kokkino, une antenne de gauche, rapporte même le cas d’une entreprise pharmaceutique dont la direction a contraint les salariés à constituer un cortège pour rejoindre, mercredi soir, la manifestation des partisans du “oui”, place Syntagma. »

"Non". Les partisans du "non" au référendum sont très actifs. L'enjeu est historique.

La classe dirigeante européenne n’est pas en reste. Les Merkel, Juncker et autres Schultz (Président social-démocrate du Parlement européen) prétendent vouloir laisser les Grecs décider. Dans les faits, ils font tous activement campagne pour le « oui ». Comme le disent des commentateurs grecs sur Twitter, « ils voudraient faire gagner le non qu’ils ne s’y prendraient pas autrement ».

Et les tentatives de déstabilisation à grande échelle ont lieu : la BCE a coupé les vivres depuis lundi, la peur est activement propagée. Martin Schulz appelle même, à mots cachés, à renverser le gouvernement grec : « De nouvelles élections seraient impératives si le peuple grec vote pour le programme de réformes et donc en faveur du maintien dans la zone euro et que Tsipras, de façon logique, démissionne », a-t-il déclaré dans une interview au quotidien financier Handelsblatt. « Ma confiance dans la volonté de négocier du gouvernement grec a atteint à l’heure actuelle un plus bas absolu », a-t-il ajouté.

Pour la victoire du non, envoyer un signal fort depuis Bruxelles

Ce “όχι” nécessite des marques de soutien. Les Grecs sont très attentifs à ce qu’il se passe ailleurs en Europe. On vous invite donc à venir massivement soutenir les Grecs, ce vendredi à 18h30 à la Gare centrale de Bruxelles. La Grèce doit voir que l’autre Bruxelles, pas celle du centre de l’aristocratie européenne, mais celle des gens du peuple est derrière elle pour dire « non »...

Raoul Hedebouw a interpellé ce jeudi le ministre des Finances belge, Johan Van Overtveldt (N-VA). Il a expliqué très clairement les enjeux du référendum de dimanche :
« La question qui est posée aux Grecs aujourd’hui, c’est : “Voulez-vous continuer avec cette austérité qui va encore aggraver la crise économique ?”
Je le dis et je l’espère, comme beaucoup de peuples en Europe, qu’une majorité de Grecs voteront “non”, voteront “όχι” dimanche, et il faudra prendre ses responsabilités. »