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Grèce: drachme ou tragédie?

 

par Pierre-Gabriel Bieri

 

Le nouveau gouvernement grec met l’Europe sous pression. Une chose est sûre: il appartient aux Grecs eux-mêmes de trouver les solutions pour redresser leur pays. Et pour cela, aucune piste, même radicale, ne devrait être écartée.


Le Premier ministre grec Aléxis Tsípras est le nouvel enfant terrible de la politique européenne. Son parti Syriza a largement remporté les dernières élections législatives après avoir fait campagne contre les mesures d’austérité, pour la relance des dépenses publiques et pour la traque fiscale des grandes fortunes.


L’arrivée au pouvoir de cette formation d’extrême-gauche a suscité des sueurs froides chez les banquiers internationaux, en même temps qu’elle a été saluée avec enthousiasme par les socialistes de tout le continent. Mais la vision de ces jeunes politiciens osant tenir tête sans complexe aux technocrates de Bruxelles a aussi éveillé un certain intérêt chez les eurosceptiques, qui y ont vu l’espoir d’une remise en question de l’orgueilleuse construction européenne. L’alliance de Syriza avec un petit parti de la droite conservatrice a renforcé cette impression d’un front anti-européen, bien qu’elle traduise davantage une tactique politique qu’une similitude de profils.

 

Reporter la confrontation à plus tard

 

Ces impressions initiales ont été bousculées par le premier accord conclu fin février entre le nouveau gouvernement grec et la troïka – qui ne s’appelle désormais plus ainsi. Cet accord est sujet aux interprétations les plus diverses. De fait, les deux parties semblent avoir fait des efforts – modérés du côté des créanciers, substantiels de la part des débiteurs – pour aboutir à un consensus. Ou plutôt pour reporter la confrontation à plus tard. Les premiers accordent un sursis de quatre mois pendant lequel ils continueront à alimenter prudemment un Etat dont ils craignent par-dessus tout qu’il s’éloigne de l’Union européenne et de sa monnaie. Les seconds renoncent momentanément à revendiquer l’effacement de leur dette – ce qui ne signifie pas qu’ils vont la payer – et annoncent des réformes dont on ne sait s’ils les appliqueront, et dont une bonne partie repose sur la traque fiscale des riches plutôt que sur la création de richesse.


Tout cela n’est guère enthousiasmant. L’électorat de Syriza, déçu, houspille ses nouveaux élus, tandis que les Européens se félicitent d’une démonstration de force juridico-verbale, à défaut d’être véritablement politique et financière.


Pour embrouiller encore un peu plus les choses, et peut-être gagner du temps, le gouvernement de la République hellénique maintient la pression sur ses interlocuteurs européens en ouvrant des discussions avec la Russie et avec la Chine. A ce stade, il semble peu probable que cela débouche sur un soutien concret; mais après tout, c’est de bonne guerre! Si l’UE a prêté à la Grèce des sommes folles dans un but purement politique, hors de toute rationalité économique, certaines puissances rivales de l’Europe pourraient être tentées de faire au moins semblant de jouer le même jeu.

 

La question de l’euro

 

Sur le principe, les créanciers de la Grèce ont raison de prôner un régime spartiate. Le problème est qu’il n’appartient pas aux Allemands, aux commissaires européens et aux financiers internationaux de prescrire aux Grecs ce qui est juste; c’est à ces derniers qu’incombe la responsabilité de redresser le pays. Les mesures d’austérité décidées sur place sont difficiles à appliquer; imposées de l’extérieur, elles sont ressenties comme autant d’humiliations et n’ont aucune chance de se concrétiser.


On nous rétorquera que les Européens ont leur mot à dire puisque ce sont eux qui prêtent de l’argent depuis des années. C’est peut-être là le problème: pourquoi ont-ils accepté un tel risque? Pour faire bonne figure? Pour ne pas devoir avouer que la Grèce, à l’époque, ne remplissait pas les conditions pour adopter la monnaie unique?


L’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing a déclaré que l’économie grecque ne pourrait pas repartir et prospérer avec une monnaie aussi «forte» que l’euro, et qu’une sortie de la monnaie unique, ordonnée et contrôlée, serait la meilleure solution. Pourquoi pas? La question est délicate, mais elle mérite d’être posée. Encore faut-il cesser d’envisager la construction européenne comme un mouvement inéluctable où le moindre recul serait un blasphème intolérable. Pour éviter une tragédie grecque, on devrait y songer, tant à Bruxelles qu’à Athènes.    •

 

Source: Patrons, publication du Centre Patronal, no 03/2015. www.centrepatronal.ch