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Jeu géostratégique : une alliance russo-grecque


  

  Par Phil Butler – le 1er avril 2015 – Source Russia Insider

 

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras est à la veille de rencontrer le président Poutine, le 8 avril prochain. Avec l’émergence de la Russie et de la Chine comme alternative économique à la Banque mondiale des États-Unis, un pont russo-grec pourrait être une bonne affaire.

Poutine avec le Directeur Général d’Aéroflot Vitaly Savelyev, bon signe pour le tourisme grec ? (Photo Kremlin)

 

Le ministre grec de la Réforme industrielle Panagiotis Lafazanis et le député de Syriza Petrakos étaient à Moscou ces jours derniers pour poser les bases de la rencontre du Premier ministre Alexis Tsipras avec Vladimir Poutine. Le nœud de vipères des banquiers fiévreux, des politiciens corrompus, et des généraux hystériques à l’Ouest du Bosphore sent que la Russie et la Chine ont là une occasion unique.

 

En guise de mise en garde, Petrakos a dit au Spiegel Online et à d’autres médias :

 

Cette visite est très importante pour la Grèce. Nous avons l’intention d’approfondir nos relations avec la Russie dans le secteur de l’énergie et, par conséquent, nous espérons en retirer un avantage significatif.

 

Il y a deux semaines, j’ai signalé que Tsipras avait avancé la date de sa rencontre avec Poutine. Avant les discussions à venir à Berlin et à Bruxelles, le Premier ministre grec a décidé de jouer la partie économique pour son pays avec les cartes qui lui ont été distribuées. Avoir un accord russo-grec par dessus la tête des banquiers, ce n’était pas du génie, mais seulement le b.a. ba d’une négociation. Mon article suivant, qui s’interrogeait sur un éventuel réchauffement de Bruxelles à l’égard des idées de Tsipras sur la dette, traitait de coopération potentielle entre la Grèce et la Russie en termes de matières premières, comme l’or, et de collatéraux pour assurer que le gain pour la Russie serait garanti sur tout accord. Ce dont je n’ai pas parlé, c’est du bénéfice à long terme pour la Russie, et tous ses projets d’investissements, si Athènes scellait ses relations avec Moscou. Voici quelques observations attentives permettant de prédire ce qui pourrait se passer lors de la prochaine rencontre.

 

Pour cela commençons avec une brève leçon de géostratégie. La Grèce occupe un emplacement stratégique dans la Méditerranée orientale. Le contrôle sur la mer Égée, et par conséquent le contrôle des voies maritimes entre la Méditerranée et les ports de la mer Noire, tout comme les îles proches de la Syrie et les routes maritimes qui viennent du canal de Suez, en Egypte, font d’elle un élément crucial pour toute stratégie de défense de l’Otan, ou même régionale. En outre, on estime que la mer Égée contient plus de quatre milliards de barils de pétrole, sans parler du potentiel clé dans d’autres secteurs. Pour bien comprendre cela, un bref rappel géographique et politique est nécessaire.

 

Le contre-coup de la doctrine Nixon

Des F16 en sortie – La Grèce dépense des milliards en achat d’armes à l’Occident.

 

Dans le jeu séculaire des manœuvres géostratégiques européennes, la Grèce et la Russie ont une valeur particulière. Pour la première, les théories du général Karl Haushofer et le nouveau modèle d’un Lebensraum [espace vital, NdT] allemand confirment le dilemme de Mme Angela Merkel quant au sauvetage de la Grèce ces prochaines semaines. Quant à la Russie, du moins dans le cas de la Grèce aujourd’hui, les idées d’Alfred Thayer Mahan dans son ouvrage The Problem of Asia semblent porter leurs fruits. Pour le dire simplement, les États-Unis, l’Allemagne et tout particulièrement l’Otan ont besoin de tenir fermement la Grèce. J’entends par là ce qu’on appelle les nations occidentales, qui seront dans une situation intenable sans les Grecs. C’est-à-dire, si on désire la perpétuation de l’hégémonie américano-britannique sous une forme ou une autre. Voyez-vous, Mahan a conçu avant 1900 une stratégie visant à refuser commerce et émergence à la Russie. Ses théories ultérieures ont aussi décrit l’équilibre face à la menace russe par la création d’une force en Turquie, en Syrie et en Mésopotamie (Irak) pour prévenir une future expansion russe.

 

Comme nous le voyons clairement aujourd’hui, la force prend aujourd’hui partout la forme du conflit et du chaos. A dire vrai, nous assistons au retournement d’une doctrine imaginée par nul autre que le Dr. Henry Kissinger, le Secrétaire d’État de Nixon, et l’homme que le sénateur John McCain a défendu dans les audiences du Sénat. C’est Kissinger et Nixon qui ont planifié le réalignement de la puissance dans le monde moderne, opposant la Russie et la Chine l’une à l’autre. Ses théories ont été prolongées et développées plus tard par Zbigniew Brzezinski, qui a conseillé tous les présidents des États-Unis  depuis les années Nixon. Quelque décennies plus tard, avec une Russie qui bénéficie de la mondialisation, on voit que l’ancien jeu ne fonctionne plus du tout aussi bien. Incapable de contenir plus longtemps l’inévitable croissance de la Russie, grâce aux vastes ressources inexploitées du pays et au développement de la société, l’Otan a effectivement perdu (par rapport aux normes de sa direction) la grande guerre russophobe. Maintenant, vous avez un ticket d’entrée pour comprendre ce qui est vraiment sur le point d’arriver à Moscou un mois avant les célébrations du 9 mai, Jour de la victoire de la Deuxième Guerre mondiale.

 

Le président des États-Unis Richard Nixon (à gauche) et Henry Kissinger, Conseiller à la sécurité nationale et Secrétaire d’État, à la Maison Blanche.

 

Le 8 avril, la Grèce est appelée à devenir l’élément le plus précieux des territoires des pays de l’Otan. Là-bas, les gens qui ont longtemps souffert à cause de la corruption à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières, n’ont rien à perdre, et ils n’aiment ni l’Allemagne ni leurs compagnons de l’Otan. Pour le dire franchement, les Grecs n’adorent aucune nation autant que la leur. Je m’attends à ce que Vladimir Poutine et le Chinois Xi Jinping aient déjà réfléchi à ce que sera l’offre. Ayant déjà accepté de rejoindre la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB) lancée par la Chine le 14 avril, la Russie proposera selon toute vraisemblance à Tsipras un accord qu’il ne pourra pas refuser. Une combinaison d’investissements massifs en prêts de la part de la Chine, un accord avec la compagnie russe Gazprom d’une valeur équivalente, et la Grèce sera de retour dans le jeu sans l’Otan, sans l’euro et sans soucis à propos des dépenses de défense.

 

Le principal char d’assaut de la Grèce – le Leopard allemand (via le site de l’armée grecque)

 

Une occasion pour larguer la dette ?

 

De nombreux investisseurs ont afflué pour lire le premier de mes articles (des indicateurs me disent que l’intérêt pour la Grèce est puissant), mais excepté Boeing,Raytheon ( et quelques autres) peu d’entre eux ont pris conscience du fait que, après les États-Unis, la Grèce dépense plus en armement que les 27 pays membres de l’Otan réunis. Les États-Unisl’Allemagne et la France sont les bénéficiaires des dépenses en armement de la Grèce; une grande partie du budget actuel du pays va aux entrepreneurs de la défense. Sans doute, ces informations rendent-elles encore plus douloureuse pour les contribuables grecs l’austérité qu’on leur fait subir. Quand on entrera dans le vif du sujet à Moscou, je serais surpris que les financiers de Poutine ne conseillent pas à la Grèce de profiter de tous les avantages, ensuite de faire défaut et de revenir à la drachme, après quoi la Russie et la Chine pourraient facilement faire monter la nouvelle devise en misant sur les efforts des Grecs. Après tout, le sauvetage de Goldman Sachs par l’administration Obama, alors que l’implication de cette société dans la crise grecque n’a pas encore été résolue, laisse Tsipras dans la situation morale «prends tout ce que tu peux».

 

Avec tout ce qui se dit et se fait ces jours-ci, depuis quand tricher et faire défaut sur des obligations est-il un crime? La Grèce peut gagner 300 milliards d’euros en un jour, et encore 300 milliards d’euros avec le gaz de Gazprom, le capital de la Chine et les ventes d’armes des Russes (M. Lavrov donne des conseils) pour pénaliser les fabricants occidentaux. Ajoutez des vols gratuits de Moscou et Saint-Pétersbourg pour la saison touristique, et la Grèce pourrait être le pays le plus riche de l’est de l’Europe avant la fin de l’été. Qui pourrait vraiment le reprocher au peuple grec? Les banquiers américains deux fois ruinés? Les vendeurs d’armes allemands qui récupèrent leurs pertes par des prêts de l’Union européenne? Les 30% de chômeurs Grecs, traités de fainéants par les Allemands? Ma seule question est de savoir quand le Portugal, l’Espagne et l’Italie diront à Francfort et à Washington de foutre le camp.

 

Le ministre des Affaires étrangères russes Sergey Viktorovich Lavrov a discuté récemment avec le ministre des Finances grec – (le Ministère)

 

Très sérieusement, étant donnée la situation actuelle de la dette aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans l’Union européenne, il semble clair quel’Occident ne peut pas enchérir plus que la Chine et la Russie pour garder l’affection de la Grèce. L’UE n’est pas en position de renflouer la Grèce, ou de rivaliser avec Moscou pour prétendre à ses faveurs. Les échecs catastrophiques de la politique étrangère des États-Unis depuis le 11 septembre, une bulle de la dette prête à exploser dans le pays et des problèmes dans la société qui paralyseraient tout autre pays laissent Washington se ruer pour colmater les fissures dans l’alliance de l’Otan et les limbes géostratégiques à venir. Les politiciens à Washington n’ont pas seulement mis le monde dans le pétrin, mais le peuple américain s’apprête à affronter un gouffre budgétaire les yeux bandés. David Stockman, ancien directeur du Bureau de la gestion et du budget du président Ronald Reagan, dit que l’Amérique est tellement accro à la dette qu’une catastrophe est imminente. Des experts, depuis Donald Trump, la légende de l’immobilier, jusqu’à l’auteur de livres à succès Robert Wiedemer ont prédit tout dernièrement un fiasco, quelque part entre l’effondrement catastrophique et l’effondrement total de l’économie états-unienne.

 

Toutes ces variables et d’autres pèsent sur le dirigeant de la Grèce, sur le chœur des dirigeants de l’UE et sur Washington qui surveille en attendant le sommet russo-grec à Moscou. Je lis en ce moment un texte sensible sur la capacité de la Grèce à saisir l’occasion en ces temps difficiles. Des idées comme une doctrine gréco-chypriote de défense commune, développées par Alexander Th. Drivas dans The New Grand Strategy of Greece and its Mediterranean Geostrategic Imperatives [La nouvelle grande stratégie et ses impératifs géostratégiques en Méditerranée], définissent un nouveau concept pour le peuple grec.

 

Il semble pertinent, précisément ici, de souligner que la Grèce est actuellement un bon investissement pour Poutine, ou n’importe qui d’ailleurs. Le tableau ci-dessous montre la situation, avec des dépôts déjà plus élevés qu’avant les années d’hyperinflation qui ont conduit le pays à la ruine. Une injection de business en Grèce peut certainement financer son rétablissement complet, en particulier si le pays change de monnaie et d’alliances. Je ne suis pas économiste, mais je sais que les experts fiscaux russes n’ont pas négligé son potentiel.

 

Via Peter Tenebrarum’s Acting Man Blog

 

Il est donc important que le ministre russe des Affaires étrangères ait mentionné, lors d’une récente rencontre avec le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias, les liens avec la religion orthodoxe que partagent la Russie et la Grèce. Pour citer Lavrov :

 

En 2016, il y aura un autre anniversaire important: les 1000 ans de la présence monastique russe au Mont Athos – des commémorations ont été prévues.

 

L’essentiel de ces idées, des rumeurs et des vraies affaires concrètes viennent à l’appui de ma théorie selon laquelle les offres de Poutine visent à aider la Grèce à redevenir la puissance régionale qu’elle a été un jour. Il est clair que les Grecs ont plus à gagner à sortir de l’UE et de l’Otan qu’ils ne l’ont fait en s’accrochant à de mauvaises idées devenues désastreuses. Attendons-nous à un grand jeu dans les informations du 9 avril.

 

Phil Butler