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Discours intégral de Tsipras sur les réparations de guerre dues à la Grèce

 

vendredi 13 mars 2015, par Comité Valmy

 

Alexis Tsipras à la Vouli, le 8 février 2015

L’Allemagne a une nouvelle fois rejeté hier les demandes grecques de réparations de guerre à la suite de l’occupation de la Grèce par la Wehrmacht entre 1941 et 1944. La Grèce a annoncé ne pas exclure la saisie par la justice de patrimoine de l’État allemand sur son territoire. Retour sur le discours d’Alexis Tsipras prononcé le 10 mars 2015 dans le cadre de la commission parlementaire concernant les réparations de guerre.

 

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Députés,

 

Aujourd’hui, je prends la parole en cette réunion historique, pour des raisons non seulement symboliques mais aussi essentielles.

En tout premier lieu, je voudrais rendre hommage aux victimes de la 2ème guerre mondiale. 

 

Mais je voudrais également rendre hommage à tous les combattants et combattantes du monde entier qui ont donné leur vie pour la liberté de leur patrie, qui ont donné leur vie pour la défaite du nazisme qui avait jeté son brouillard délétère sur les peuples du monde.

Je prends également la parole pour rendre hommage aux combattants de la résistance grecque qui ont donné leur vie pour que notre pays soit débarrassé de la sauvagerie et de l’occupation nazie. 

 

Pour que nous ayons, aujourd’hui, une patrie libre et souveraine. 

 

D’aucuns nous demandent « pourquoi vous occupez-vous du passé ? Regardez vers l’avenir ».

 

Mais quel est le pays qui peut avoir un avenir sans rendre hommage à son histoire et à ses luttes ?

 

Quel est le peuple qui peut aller de l’avant en effaçant la mémoire collective, en laissant ses luttes et ses sacrifices sans sanction historique ?

 

D’ailleurs, le temps passé depuis n’est pas si long, mesdames et messieurs les Députés.

 

La génération de l’Occupation et de la Résistance nationale est encore en vie.

 

Et, dans la mémoire collective de notre peuple, les images et les sons des tortures et des exécutions à Distomo et Kaisariani, à Kalavryta et Vianno sont encore frais.

 

Dans la mémoire de notre peuple, les crimes et la destruction causée par les armées du IIIème Reich d’un point à l’autre du territoire Grec mais aussi de l’Europe entière sont encore vifs dans la mémoire.

 

Et ses mémoires doivent être préservées pour les nouvelles générations.

 

Il est de notre devoir historique, politique et moral de les préserver.

 

Nous pas pour préserver la méfiance et la haine entre les peuples mais pour toujours se souvenir de ce qu’est le nazisme, ce que signifie le nazisme.

 

Pour se souvenir que, lorsque la place de la solidarité, de l’amitié, de la coopération et du dialogue entre les peuples est prise par le sentiment de supériorité et de destinée historique, lorsque la place du respect est prise par la haine raciale ou sociale, alors ce qui domine c’est la guerre et le noir.

 

Et, l’Europe a connu ce noir.

 

Elle l’a connu et l’a haï.

 

C’était une des raisons pour lesquelles les peuples européens ont décidé ensemble de lancer les processus de 1957, pour que les sirènes de la guerre ne résonnent plus jamais.

 

Et il ne faut pas oublier que le peuple allemand a aussi souffert de la sauvagerie nazie. Et que le nazisme a dominé en Allemagne parce que, auparavant, le peuple allemand avait été humilié.

 

Bien sûr, cela, n’est pas une justification mais une explication.

 

C’est la leçon du 20ème siècle bref, pour citer Éric Hobsbawm.

 

À la suite de la 1ère guerre mondiale, ce qui domina c’était la haine et le revanchisme. Ce qui domina c’était la logique à court terme de l’humiliation du vaincu pour avoir pêché, la logique de la répudiation et de l’appauvrissement d’un peuple entier pour avoir été vaincu.

 

Et, ce choix, a été payé plus tard par le sang des jeunes du monde entier.

 

Allemagne incluse.

 

Les peuples d’Europe et leurs dirigeants doivent se souvenir et tirer des conclusions de l’histoire européenne contemporaine.

Parce que l’Europe ne doit pas, il ne lui est pas permis, de commettre aujourd’hui les mêmes erreurs.

 

Mesdames et Messieurs les Députés,

 

Après la 2ème guerre mondiale, en effet, la leçon fut tirée.

 

En dépit des crimes commis par le IIIème Reich et des hordes hitlériennes qui ont mis le monde à feu et à sang, en dépit du mal intégral de la Shoah, l’Allemagne a bénéficié –et c’est à juste titre qu’elle a bénéficié- d’une série d’interventions.

 

Les principales étant l’annulation de sa dette à la suite de la 1ère guerre mondiale, avec la Convention de Londres de 1953, et, naturellement, les capitaux énormes déboursés par les Alliés pour la reconstruction du pays.

 

Mais, la Convention de Londres reconnaît en même temps qu’il reste les réparations de guerre relatives à la 2ème guerre mondiale ; ces réparations devaient être réglées avec le traité de paix final qui n’avait pas été signé jusqu’à 1990, à cause de la division de l’Allemagne.

 

La réunification des deux Allemagnes a créé les conditions juridiques et politiques nécessaires à la résolution du problème mais, depuis, les gouvernements allemands ont opté pour le silence, les subterfuges juridiques, le report et le retard.

 

Et, Mesdames et Messieurs les Députés, je me demande :

 

Cette attitude, est-elle morale ?

 

J’ai parlé de subterfuges juridiques et, ces points étant particulièrement importants, je voudrais expliquer clairement ce que j’entends, pour qu’il n’y ait aucune ombre.

 

Lorsque l’Allemagne accepte ne fut-ce que de prendre position concernant ses dettes envers la Grèce suite à la 2ème guerre mondiale, elle invoque notre accord bilatéral de 1960.

 

C’est alors que, de sa propre initiative, elle versa 115 millions de marks, en réparations, et que le Royaume de Grèce reconnut ne plus avoir de réclamations ultérieures.

 

Toutefois, cet accord ne portait pas sur les réparations au titre des dommages subis par le pays mais au titre des préjudices subis par les victimes du nazisme en Grèce. Et, bien entendu, il ne portait en aucun cas sur le prêt forcé de l’Occupation ni des réclamations en dédommagement au titre de crimes de guerre, suite à la destruction quasi-totale des infrastructures du pays et de son économie durant la guerre et l’occupation.

 

Je le sais, tout cela est en même temps hautement technique et particulièrement sensible et, probablement, ce n’est pas ici le lieu ni le moment de m’étendre.

 

Ce n’est pas moi mais les spécialistes, juristes et historiens, qui apporteront les précisions nécessaires et traiteront la question sur le plan technique.

 

Ce dont je veux assurer, tant le peuple grec que le peuple allemand, c’est que nous aborderons la question avec la sensibilité précise requise, avec sens des responsabilités et sincérité, avec une volonté d’entente et de dialogue.

 

Mais, nous attendons que le Gouvernement allemand fasse de même.

 

Pour des raisons politiques, historiques, symboliques mais aussi morales.

 

Mesdames et Messieurs les Députés,

 

Face aux discours moralisants qui ont dominé depuis quelques années le débat en Europe, nous ne choisissons ni la place de l’élève qui baisse le regard face aux injonctions morales données d’en haut, ni ne revendiquons-nous la place du maître ès morale qui lève le doigt face au prétendu pécheur, l’enjoignant de payer pour ses péchés.

 

Au contraire, nous choisissons la voie de la négociation et du dialogue, de l’entente mutuelle et de la justice.

Il ne s’agit pas de théodicée, mais, en même temps, nous ne renonçons pas à nos réclamations imprescriptibles.

 

Nous ne donnons pas de leçons de morale, mais nous n’en acceptons pas non plus.

 

Car, vous le savez, bien souvent, dernièrement, à entendre les nombreuses déclarations provocantes venues de l’étranger, je pense au célèbre extrait du discours de Jésus sur la montagne : ils voient la paille dans l’œil de leur frère, mais ne voient pas la poutre dans le leur.

 

Mesdames et Messieurs les Députés,

Madame la Présidente,

 

En concluant cette brève intervention, je voudrais vous assurer que le gouvernement grec œuvrera sans relâche de manière à ce que, sur un pied d’égalité, au travers d’un dialogue dans le cadre d’une négociation honnête, il contribue à trouver une solution aux problèmes complexes auxquels l’Europe est confrontée.

 

Il travaillera afin de respecter ses obligations dans leur intégralité.

 

Mais, en même temps, il travaillera afin que soient respectées toutes les obligations qui n’ont pas été remplies envers la Grèce et le peuple Grec.

 

Et, tout comme nous nous engageons à respecter nos obligations, toutes les parties doivent faire de même.

 

Car, la morale ne peut pas être « à la carte ».

 

Elle ne peut pas dépendre des circonstances.

 

Le nouveau gouvernement grec soutiendra véritablement et de toutes ses forces l’initiative de reconstitution et d’amélioration du niveau de la Commission de revendication des dettes allemandes envers la Grèce.

 

Nous la soutiendrons véritablement et de manière essentielle et non pas pour des raisons de communication.

 

Nous sommes prêts à apporter toute contribution politique et juridique afin que les efforts consentis par la Commission soient fructueux.

 

Et portent un résultat essentiel dans le cadre de son mandat.

 

Qu’ils apportent une solution.

 

Que justice soit faite à cette dette morale mais aussi matérielle, non pas envers le peuple Grec mais envers tous les peuples d’Europe qui ont lutté, saigné et vaincu contre le nazisme.

 

Il en va de notre devoir envers notre histoire.

Il en va de notre devoir envers les combattants de la Résistance nationale.

Il en va de notre devoir envers les victimes de la 2ème guerre mondiale.

Il en va de notre devoir envers l’Europe et ses peuples qui ont le droit à la mémoire et à un avenir libre de tout totalitarisme.

 

Je vous remercie.

 

Sources :

http://www.okeanews.fr

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