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Publié par Michel El Diablo

Grèce : Pas de sortie de l'austérité, pas de résistance et de conquêtes sociales sans rupture avec l'Union Européenne!

Grèce : Pas de sortie de l'austérité, pas de résistance et de conquêtes sociales sans rupture avec l'Union Européenne!

Ce qui se passe en Grèce, comme syndicalistes nous intéresse grandement.

Car ce qui est en jeu ce sont les politiques d'austérité et de régression sociale imposées par l'oligarchie.

Voilà un peuple qui de manière extrêmement claire a voté contre l'austérité, pour la dignité nationale et donc contre les diktats de l'Union européenne, de la Banque centrale européenne et le FMI coalisés (la fameuse troïka).

La réponse de cette coalition a été elle aussi très claire par la voix du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker qui brandissant les traités contre le vote du peuple grec a osé dire :

« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. ».

Dès le départ, nous avons refusé de procéder aux pratiques du procès d'intention considérant que la messe était dite, que l'histoire était écrite d'avance et que par conséquent Syriza allait plier devant la pression et l'adversité.

D'abord parce que nous avons partagé la joie d'un peuple debout et fier devant l'arrogance des puissants et décidé à se dresser contre le sort infâme qui lui était fait.

Et parce que la posture de donneur de leçons n'est une aide pour personne!

Et parce que ce sont les peuples qui font l'histoire et qu'ils n'ont pas dit leur dernier mot quels que soient les obstacles et les pièges dressés par les forces de domination et d'exploitation.

Et cela demeure.

Mais force est de constater que la réponse du nouveau gouvernement grec aux injonctions de l'Union européenne constitue un recul incontestable qui provoque approbation et contentement du côté des institutions européennes et de la finance : remboursement intégral de la dette, prévision de mener à terme le programme précédent, engagement de finaliser les réformes à négocier ultérieurement en « coopération étroite » avec les créanciers.

Autrement dit, il s'agit d' accepter d’être mis sous tutelle de la Troïka rebaptisée pour les circonstances les « institutions ».

Cet accord initial ne peut donc être présenté comme une victoire du peuple grec!

Notre rôle :

continuer à être auprès du peuple grec dans sa lutte pour se libérer de la dictature de la Troïka ET des « institutions »!

en dénonçant le rôle de notre propre gouvernement et des commissaires européens dont le socialiste Pierre Moscovici complices des diktats de Merkel et de la dictature des marchés financiers.

Tirer les enseignements de cette leçon de l'histoire en grandeur nature :

il n'est pas possible dans le cadre de l'UE et de ses traités de mettre en œuvre une véritable politique en faveur du peuple, sans rupture avec ce cadre et avec ces traités!

l'objectif d'une « Europe sociale » transformée de l'intérieur est une pure illusion!

le silence retentissant de la CES face à ce chantage éhonté de l'UE est la marque de la dépendance de cette centrale aux institutions européennes y compris financièrement et pose le problème de notre affiliation pour exercer effectivement notre indépendance d'analyse et d'action!

continuer à laisser le monopole de la radicalité de la contestation du système à l'extrême-droite (contestation trompeuse et truquée) c'est continuer à faire son jeu, continuer à la laisser désigner des bouc émissaire et laisser le peuple et les travailleurs désarmés devant sa démagogie et ses mensonges!

Nous joignons au présent texte les analyses et réflexion qui viennent de l'intérieur même de Syriza : la réaction de Manolis Glezos, député européen, héros de la résistance contre l'occupation allemande et celle de Stathis Kouvelakis, membre du comité central de Syriza datée du 24 février.

Le Front Syndical de Classe

24 février 2015

Manolis GLEZOS

Manolis GLEZOS

Manolis GLEZOS

 « Changer le nom de la troïka en "institutions"», celui du mémorandum en "accord"» et celui des créanciers en « partenaires », ne change en rien la situation antérieure.
L’on ne change pas non plus, bien entendu, le vote du peuple Grec aux élections du 25 janvier 2015.
Il a voté pour ce que SYRIZA avait promis : abolir le régime d’austérité qui n’est pas seulement une stratégie de l’oligarchie allemande mais aussi de celle des autres pays créanciers de l’Union européenne et de l’oligarchie grecque.
Nous abolissons les mémorandums et la troïka, nous abolissons toutes les lois de l’austérité.
Au lendemain des élections, d’une seule loi, nous abolissons la troïka et ses effets.
Un mois est passé et cette promesse n’est toujours pas transformée en acte.
Dommage et encore dommage.
Pour ma part, je demande au Peuple Grec de me pardonner d’avoir contribué à cette illusion.
Mais, avant que le mal ne progresse.
Avant qu’il ne soit trop tard, réagissons.
Avant toute chose, par le biais d’assemblées extraordinaires, dans toutes les organisations, quel qu’en soit le niveau, les membres et les amis de SYRIZA doivent décider s’ils acceptent cette situation.
D’aucuns prétendent que, pour obtenir un accord, il faut savoir céder. En tout premier lieu, entre l’oppresseur et l’oppressé, il ne peut être question de compromis, tout comme cela est impossible entre l’occupé et l’occupant. La seule solution c’est la liberté.
Mais, même si nous acceptions cette aberration, ce que les gouvernements antérieurs ont fait avec le chômage, l’austérité, la pauvreté, les suicidés, en soutenant les mémorandums, va bien au-delà de toute limite de compromis. »
Manolis Glezos, Bruxelles, le 22 février 2015

Stathis KOUVELAKIS

Interview de Stathis Kouvelakis

« Continuer dans cette voie ne peut conduire qu’à l’échec de Syriza »

 

Au lendemain de l’accord trouvé entre la Grèce et l’Union européenne, prolongeant le programme d’aide en échange de la poursuite des réformes structurelles, le gouvernement grec se retrouve dans l’impasse. L’espoir d’un changement n’aura duré qu’un mois pour les partisans de la fin de l’austérité. Stathis Kouvelakis, membre du comité central de Syriza et professeur de philosophie politique au King’s College de Londres, répond à nos questions.

Symboliquement, que représente la victoire de Syriza ?

 

Stathis Kouvelakis:

La victoire de Syriza représente un tournant historique. C’est la première fois dans l’histoire électorale européenne qu’un parti dit de la gauche radicale, qui se situe à gauche de la social-démocratie, gagne des élections et accède au pouvoir gouvernemental.

Jusqu’à présent, les seuls cas où des partis de cette famille politique ont exercé des fonctions gouvernementales l’ont été dans des coalitions plus larges et dans des circonstances très particulières. Cette première marque incontestablement un tournant, d’autant plus important que l’Europe est traversée par une crise sociale et économique qui provoque un bouleversement et une instabilité politique croissante.

On remarque que dans les pays du nord et du centre de l’Europe ce sont des forces de l’extrême droite et de la droite radicalisée qui semblent en profiter. À l’inverse, dans les pays de la périphérie, soumis aux politiques d’austérité les plus dures, ce sont plutôt les forces de la gauche radicale qui semblent relever la tête. C’est le cas de la Grèce, mais également de l’Espagne ou de l’Irlande.

Ce qui confère une responsabilité très forte à Syriza ?

 

Stathis Kouvelakis:

Ça lui confère effectivement une responsabilité très forte, ce qui implique qu’un échec pèserait très lourd dans les rapports de force pour la période à venir.

Dès les premiers jours après la victoire, la majorité parlementaire n’ayant pas été obtenue, Syriza a annoncé une coalition avec les Grecs indépendants, l’AN. EL., faction issue de la Nouvelle Démocratie. Comment s’explique cette coalition, comment s’organise-t-elle, et quelle a été la réaction de l’électorat ?

 

Stathis Kouvelakis :

Il y a deux malentendus à écarter d’emblée concernant AN. EL. D’abord, ce n’est pas un parti d’extrême droite, contrairement à ce qui a pu être dit dans de nombreux médias. C’est effectivement une faction de la Nouvelle Démocratie, avec des transfuges venus d’ailleurs et parfois de la gauche. 

En France, on dirait que c’est un parti souverainiste, même s’il faut garder en tête que les références souverainistes et patriotiques n’ont pas la même signification dans un grand pays qui fut une puissance coloniale et impérialiste comme la France, et un pays dominé tout au long de son histoire comme la Grèce. 

L’alliance avec l’AN. EL. faisait donc beaucoup plus sens qu’avec To Potami 

EL. est donc un parti qui s’est positionné contre le mémorandum et contre les politiques d’austérité, à partir de bases patriotiques. Mais AN. EL. exprime aussi une fibre sociale qui existait au sein de la Nouvelle Démocratie, dont je rappelle qu’elle fut, jusqu’à récemment, un parti de masse, avec un électorat populaire et un secteur syndical important. 

Le deuxième est qu’il n’y a pas de grande stratégie définie. C’est un choix pragmatique, qui correspond aux contraintes du moment. Syriza savait qu’il aurait une partie très difficile à jouer, il avait besoin d’une majorité au Parlement. 

Le KKE (Parti communiste grec) ayant depuis plusieurs années refusé toute coalition politique avec Syriza, ne restaient que des alliances possibles à droite ou au centre droit. Ce que Syriza a voulu éviter, c’est le piège d’une alliance avec To Potami. Ce parti est fabriqué de toute pièce par le système. Il se présente comme un parti joker à même de participer à n’importe quelle configuration gouvernementale.

C’est d’ailleurs pour ça que les médias étrangers n’ont cessé de présenter cette alternative, en pensant qu’elle forcerait Syriza à faire des concessions. C’est précisément cela que Syriza a voulu éviter, en choisissant de s’allier avec un parti qui ne lui aurait pas posé de problèmes dans ses négociations contre le mémorandum. Donc si Syriza recule, ce qui est aujourd’hui le cas, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.
 

Toute la campagne médiatique menée contre Syriza en présentant l’AN. EL. comme un parti d’extrême droite, xénophobe, en parlant d’une configuration « rouge-brun » comme l’a fait M. Quatremer, l’a été pour faire payer Syriza son refus de s’allier avec To Potami et donc de se conformer aux exigences du système.

La réaction en Grèce a d’ailleurs été très positive. Il faut bien comprendre que sans annuler la division gauche-droite, le clivage entre les pros et les contre Memorandum est devenu le clivage dominant de la vie politique grecque. L’alliance avec l’AN. EL. faisait donc beaucoup plus sens qu’avec To Potami.

Les élections ont eu lieu le 25 janvier. Un mois après, quel bilan peut-on tirer ?

 

Stathis Kouvelakis:

Il y a un premier ensemble de mesures qui ont été annoncées, traduisant la volonté de transparence et de démocratisation du nouveau gouvernement. Le changement du code de la nationalité, rendant automatique la citoyenneté grecque aux enfants d’immigrés nés en Grèce, est un bouleversement considérable dans la manière dont la société grecque définit la nationalité, la citoyenneté et même l’identité nationale.

La transparence des médias fait également l’objet de ces annonces, pour mettre un terme à l’enchevêtrement d’intérêts des milieux d’affaires liés à l’État et au personnel politique, où l’on retrouve souvent des propriétaires des médias. Ce n’est pas une exclusivité grecque, Berlusconi en Italie ou Bouygues en France en sont l’exemple, mais en Grèce cela atteint des proportions vraiment très fortes.

Le choix des personnalités pour les portefeuilles ministériels a montré que Syriza n’allait pas céder du terrain à ce niveau-là. Le ministère de l’Intérieur a notamment été confié à une figure de proue des mouvements antiracistes, proche des combats en faveur des immigrés, et la nouvelle présidente de l’Assemblée, Zoé Constantopoulou, est connue pour sa lutte contre la corruption et pour son engagement en faveur des libertés individuelles. Ce sont des signaux forts.

D’un point de vue économique et social, le rétablissement de la législation du travail — qui avait été supprimée par les gouvernements précédents — est une mesure importante annoncée par Syriza, tout comme la réembauche de fonctionnaires licenciés, le rétablissement de l’électricité pour les foyers qui en étaient privés, ou la reconstitution de l’ERT (groupe de radio et télévision publique). Ces annonces visaient à établir une idée de rupture avec les politiques précédentes, mémorandaires.

L’ensemble de ces mesures, qui correspondent au mandat de Syriza et qui doivent mettre fin à la politique d’austérité, s’est rapidement heurté aux exigences de l’Union européenne et de la Troïka. Ils ont contraint le gouvernement grec à des reculs successifs, paralysant le programme de Syriza. À peine élu, le gouvernement se retrouve face à des difficultés qui laissent entrevoir comme une éventualité très sérieuse la possibilité de son échec.

C’est ce que laisse entrevoir l’accord signé vendredi 20 février ?

 

Stathis Kouvelakis:

L’accord prévoit de rembourser intégralement et à temps les créditeurs. Il prévoit surtout de mener à terme le programme précédent, c’est-à-dire que le pays acceptera d’être mis sous tutelle par les « institutions » — le nouveau nom de la Troïka —.

En fait, le gouvernement grec s’engage à ne prendre aucune mesure unilatérale, qui pourrait mettre en danger les objectifs budgétaires fixés par les créditeurs.

L’action du gouvernement Syriza et sa capacité de mettre en œuvre son programme se retrouvent neutralisées par cet accord. Le cadre du mémorandum est maintenu dans sa quasi-intégralité, il faut être très clair là-dessus.

Comment s’explique cet échec aussi rapide ?

 

Stathis Kouvelakis:

Premièrement, par la pression énorme exercée d’emblée par les institutions européennes. Ça a commencé le 4 février quand la Banque européenne a annoncé que le refinancement des banques grecques était stoppé, car elle n’acceptait plus les bons de la dette grecque, quand dans le même temps un mouvement massif de retraits de liquidités s’opérait en Grèce.

Calculé à environ 2 milliards d’euros par semaine, il aurait atteint selon des sources fiables 1,5 milliard par jour ces derniers jours. Selon les informations que j’ai reçues d’Athènes, les banques grecques n’auraient pas pu ouvrir dès mardi si la Grèce n’était pas parvenue à un accord. La BCE a appliqué en Grèce exactement le même type de chantage qu’à Chypre en 2013 et en Irlande en 2010.

Il y a une strangulation mise en place contre le gouvernement grec via le maillon le plus faible qui est le système bancaire. La pression est allée croissante lors des réunions de l’Eurogroupe pour que la Grèce accepte le cadre memorandaire, et si l’Allemagne a été la plus vindicative — avec la part de spectacle qui accompagne ces moments — aucune différenciation n’est apparue de la part des autres pays européens. Personne ne s’est opposé à l’Allemagne.

La France, qui constituait un motif d’espoir pour la Grèce lors de l’élection de François Hollande, ne lui est absolument pas venue en aide ?

Stathis Kouvelakis:

Superficiellement, on aurait pu l’attendre. Mais on ne peut pas mettre en œuvre une politique d’austérité et voter la loi Macron d’un côté, et aider politiquement un pays qui veut rompre avec l’austérité.

Quelles responsabilités incombent à Syriza ?

 

Stathis Kouvelakis:

Il faut être clair. Un certain nombre de points qui faisaient l’objet de débats au sein de Syriza ont été tranchés de façon négative. L’idée selon laquelle on pourrait rompre avec les politiques d’austérité en faisant l’économie d’une confrontation avec l’Union européenne a été invalidée dans les faits. La ligne majoritaire au sein de Syriza a évité de répondre clairement à un éventuel refus de négocier de la part des créanciers de la Grèce.

Elle a également pensé que les partenaires européens seraient obligés d’accepter la légitimité de Syriza et par conséquent les demandes du gouvernement grec. Et on voit bien que ce n’est pas le cas. Il y a eu des illusions de la part de la ligne dominante de la direction de Syriza quant aux possibilités de changer les choses dans le cadre actuel de l’Union européenne.

Ces institutions ont révélé leur vrai visage, qui est celui d’imposer des politiques néo-libérales extrêmement dures et des politiques qui conduisent à la marginalisation économique et sociale de pays entiers.

Comment peut-on expliquer ces « illusions » ?

 

Stathis Kouvelakis:

Il y a un véritable blocage qui ne relève pas uniquement du psychologique, mais bien de la stratégie politique. Syriza, comme la quasi-totalité de la gauche radicale européenne, partage l’idée d’une réformabilité, d’une transformation de l’intérieur des institutions européennes existantes.

Tout le problème est là. Syriza s’était arc-bouté de plus en plus clairement dans une position qui refusait la rupture avec l’euro, à la fois comme une éventualité, mais aussi comme une possible arme à brandir lors des négociations.

On a vu en réalité qu’à aucun moment Varoufakis ou Tsipras n’ont utilisé cette éventualité. Ce courant refuse de prendre la mesure de ce qui fait la réalité des institutions et du processus d’intégration européenne, processus qui porte le néo-libéralisme dans son code génétique.

Ces institutions ont été créées pour verrouiller les politiques néo-libérales et les soustraire au contrôle populaire. On ne peut pas rompre avec les politiques d’austérité et les mécanismes de mémorandum sans entrer dans une confrontation avec l’Union européenne, et le cas échéant sortir de la zone euro. La Grèce a montré lors des négociations qu’elle craignait plus le « Grexit » que ses interlocuteurs, et ça, c’est une erreur fatale.

Quelles conclusions tirer de cet accord ?

 

Stathis Kouvelakis:

On peut parler d’un échec majeur pour Syriza, possiblement fatal, et l’échec touche l’ensemble des composantes de Syriza. L’aile gauche n’a pas su faire prévaloir son point de vue, et a surtout été mise en échec par la stratégie de recentrage de la direction après les élections de 2012. L’idée était que le plein des voix à gauche avait été fait et qu’il s’agissait donc d’aller chercher des voix au centre.

Une logique électoraliste et fausse, puisque l’opinion publique, vu l’ampleur du désastre social, n’évolue pas du tout dans le renforcement des positions centristes. Au contraire, elle se radicalise. Cette radicalisation explique à la fois l’audience d’Aube Dorée et celle de Syriza.

Il y a une véritable erreur d’analyse de fond. Quand il s’agit de céder sur des points fondamentaux d’une force politique de gauche anti-austérité, ça ne peut conduire qu’à l’échec. C’est malheureusement le scénario qui est en train de se dérouler sous les yeux.

Le gouvernement Syriza n’aura pas d’autre choix que d’être un gestionnaire du cadre mémorandaire. Les petits aménagements seront certes des éléments d’amélioration, mais ils n’arriveront pas à transformer une situation économique et sociale totalement désastreuse. Cela conduira à la déception des espoirs et des attentes que l’électorat populaire a placés dans Syriza.

Continuer dans cette voie ne peut conduire qu’à l’échec. La désintégration de Syriza me semble envisageable, de même que la reconfiguration des alliances politiques. Si c’est pour continuer cette politique, il n’y a aucune raison que les forces politiques promémorandum refusent de collaborer avec Syriza. Que ce soit To Potami, le Pasok et même une frange de la Nouvelle Démocratie, précisément celle à laquelle Syriza fait un clin d’œil en choisissant Pavlopoulos comme Président de la République, une figure de proue de l’aile centriste de la Nouvelle Démocratie.

Comment risque de réagir le peuple grec ?

Stathis Kouvelakis:

La victoire de Syriza a redonné espoir au peuple grec. Au lendemain du chantage de la BCE, on a par exemple vu des gens descendre spontanément dans la rue pour apporter leur soutien à Syriza. Le recul actuel risque de donner un coup d’arrêt et provoquer une déception très importante.

Continuer dans cette voie ne peut conduire qu’à l’échec. La désintégration de Syriza me semble envisageable, de même que la reconfiguration des alliances politiques. Si c’est pour continuer cette politique, il n’y a aucune raison que les forces politiques promémorandum refusent de collaborer avec Syriza. Que ce soit To Potami, le Pasok et même une frange de la Nouvelle Démocratie, précisément celle à laquelle Syriza fait un clin d’œil en choisissant Pavlopoulos comme Président de la République, une figure de proue de l’aile centriste de la Nouvelle Démocratie.

Peut-on craindre que ces électeurs déçus se tournent vers l’Aube Dorée ?

 

Stathis Kouvelakis:

Le succès des partis d’extrême droite en Europe est essentiellement dû au fait qu’ils apparaissent véritablement comme des formations anti-systèmes auprès de très larges secteurs de l’opinion publique. Elles apparaissent comme plus crédibles, plus radicales que les forces de gauche.

Du fait de l’ampleur des mobilisations entre 2010 et 2012, l’électorat qui s’est détaché des partis traditionnels s’est majoritairement déporté vers la gauche.

Néanmoins, les scénarios de recomposition politique qui pourraient avoir lieu comportent le danger énorme de laisser à l’extrême droite le terrain de la contestation du cadre actuel.

Syriza a été contraint d’accepter la poursuite de la mise sous tutelle de la Grèce par la Troïka. Ce sentiment d’humiliation nationale est d’une importance décisive pour comprendre la percée d’Aube Dorée. La montée d’Aube Dorée est vraiment une réaction nationaliste régressive à ce sentiment d’humiliation nationale, combinée à l’effondrement économique et social.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a récemment déclaré : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Peut-on considérer, en Grèce comme ailleurs en Europe, que nos sociétés sont réellement démocratiques ?

 

Stathis Kouvelakis:

Cette citation de Juncker résume la réalité de la situation. La construction européenne depuis les années 1980 est le vecteur des politiques néo-libérales. Cette construction européenne inscrit le néo-libéralisme dans son code génétique, le verrouille dans ses traités. La logique profonde de cette construction est une logique constitutivement antidémocratique.

Elle vise à dissoudre le niveau de contrôle national en établissant un contrôle supranational qui est détaché, autonomisé de tout mécanisme de contrôle populaire. C’est ce qui conduit les forces politiques d’opposition à la paralysie. L’échec de Syriza face à l’Union européenne en est l’illustration la plus frappante, mais aussi la plus cuisante.

Pour toute force qui veut s’inscrire en faux contre les choix dominants en matière de politique économique, la rupture est une condition indispensable.

SOURCE: 

Front Syndical de Classe

http://www.frontsyndical-classe.org/

 

Grèce : Pas de sortie de l'austérité, pas de résistance et de conquêtes sociales sans rupture avec l'UE !