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Mardi 3 février 2015

 Alexis Tsipras: « L'Europe est en crise, pas seulement la Grèce et Chypre »

 


Les nouveaux dirigeants grecs ont intensifié leur offensive diplomatique lundi visant à rallier des soutiens pour renégocier la dette du pays avec la zone euro, un enjeu "lourd de menace pour l'économie mondiale", d'après Londres.


"L'Europe est en crise, pas seulement la Grèce et Chypre", a prévenu le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, du parti de gauche radicale Syriza dont l'arrivée au pouvoir à Athènes la semaine dernière secoue le continent.


Depuis Chypre, M. Tsipras a de nouveau attaqué la troïka des bailleurs de fonds de la Grèce - Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE) et FMI -, affirmant que la fin de sa main-mise sur le plan de sauvetage de son pays constituerait un "développement mature et nécessaire pour l'Europe".


La Commission européenne s'est dite favorable à une évolution de cette troïka qui cristallise les rancoeurs hellènes, mais sans vouloir la remplacer.


Les nouveaux dirigeants de la Grèce qui ploie sous une dette de plus de 300 milliards d'euros (près de 175% du PIB) battent campagne pour convaincre, en zone euro et au-delà, que l'Europe doit dans son propre intérêt desserrer l'étau budgétaire qui l'étouffe.


Le monde économique et financier observe avec intérêt et appréhension les négociations avec les tenants de la rigueur menés par les Allemands. Car leurs répercussions risquent de s'étendre au-delà des frontières de l'Attique, et en premier lieu dans une zone euro réputée vulnérable.


"Ce désaccord entre la Grèce et la zone euro représente la plus grande menace pour l'économie mondiale et c'est également une menace croissance pour la Grande-Bretagne", a prévenu George Osborne, le ministre britannique des Finances après un entretien avec son homologue grec, Yanis Varoufakis.


"Toutes les parties doivent agir avec responsabilité, mais nous avons aussi besoin que la zone euro adopte un meilleur plan pour les emplois et la croissance", a-t-il poursuivi.


Après un passage à Paris et avant une étape romaine mardi puis un séjour allemand à Berlin et Francfort (siège de la BCE), à une date non précisée, M. Varoufakis est venu à Londres pour tenter de se rallier des soutiens.


"C'est très précieux d'avoir un allié important comme le Royaume-Uni au sein de l'Union européenne", a indiqué son porte-parole.


Dimanche, Athènes avait reçu une aide de poids du président américain Barack Obama. Il a jugé qu'"il est très difficile d'initier ces changements si le niveau de vie des gens a chuté de 25%. A la longue, le système politique, la société ne peut pas le supporter".


"Je ne m'attendais pas à ce que se manifestent tant de fortes puissances pour soutenir notre tentative de bâtir un nouveau cadre", s'est réjoui M. Tsipras depuis Nicosie.


Au-delà de leur volonté d'agréger des soutiens, les dirigeants grecs ont tenté de rassurer, après le coup de semonce du marché la semaine dernière, lorsque les valeurs des banques grecques avaient perdu un quart de leur valeur en une journée à la Bourse d'Athènes.


"Nous serons en mesure d'honorer la dette grecque d'une manière qui n'aura pas d'effet négatif sur les détenteurs privés d'obligations", a assuré le porte-parole de M. Varoufakis, qui devait rencontrer en fin de journée des représentants de banques et d'investisseurs de la City de Londres, première place financière européenne.


Le Royaume-Uni n'est pas membre de l'euro, mais sa voix, et celle de sa presse économique qui alerte sur le risque du chaos, ont une influence indéniable sur le continent.


Dimanche à Paris, M. Varoufakis avait imploré l'Europe de lui accorder "un peu de temps" et demandé jusqu'à la fin février pour mettre sur la table des "propositions détaillées".


Le ministre voudrait ensuite négocier un accord sur la dette qui pourrait déboucher sur "un nouveau contrat pour la Grèce et toutes les nations (européennes) d'ici à la fin du mois de mai".


Comme la France, l'Italie est perçue comme partisane d'une certaine souplesse. Son Premier ministre Matteo Renzi veut déplacer la discussion "de l'austérité de la rigueur vers la croissance et l'investissement".


Mais les partisans d'une ligne plus rigoriste, promue notamment par l'Allemagne, s'inquiètent de toute déviation du strict chemin dessiné par la troïka pour empêcher une banqueroute grecque.


Samedi, la chancelière allemande Angela Merkel a écarté toute idée d'effacement de la dette grecque, largement détenue par les Etats européens.

 

Donner du mou sur la dette, enterrer l'austérité: plusieurs prix Nobel d'économie et jusqu'à Barack Obama se rallient à la Grèce, mais certains mettent en garde contre un effet boule de neige en Europe.


Le nouveau gouvernement d'Alexis Tsipras, issu du parti de gauche radicale Syriza, a reçu dimanche un soutien de taille en la personne du président américain: "On ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression", a déclaré M. Obama sur CNN.


"A un moment donné, il faut une stratégie de croissance pour pouvoir rembourser ses dettes", a-t-il poursuivi.


La Grèce a une dette représentant quelque 175% de son Produit intérieur brut (PIB), autrement dit: il faudrait pour la rembourser y consacrer pendant presque deux ans toute la richesse générée dans le pays. Cette proportion effraie les marchés et empêche Athènes de se financer de manière autonome.


Pour M. Obama comme pour de nombreux économistes, le plus efficace pour comprimer ce fameux ratio dette/PIB est donc d'augmenter le PIB grâce à une robuste croissance.


Et non de consacrer chaque année au désendettement des excédents budgétaires péniblement dégagés, comme l'avaient accepté l'ancien gouvernement grec et les créanciers internationaux du pays (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne, Etats européens).


Demander chaque année à Athènes un surplus budgétaire (hors charge de la dette) allant jusqu'à 4,5% du PIB, au prix de lourds sacrifices sociaux, c'est vouloir "tirer du sang à une pierre", écrivait le 28 janvier le prix Nobel d'économie Paul Krugman.


Ou c'est imiter Sisyphe, ce personnage mythologique condamné, pour avoir défié les dieux, à pousser pour l'éternité une lourde pierre jusqu'au sommet d'une montagne, dont elle retombe à chaque fois. "La bonne stratégie pour Sisyphe est d'arrêter de pousser son rocher, pas de monter jusqu'en haut de la colline", dit le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis lundi dans Le Monde.


Le FMI, qui reconnaît avoir sous-estimé les effets récessifs de la rigueur budgétaire, avouait dès juin dernier que "maintenir un surplus de quelque 4% du PIB pendant plusieurs années pourrait se révéler difficile".


Dès le 22 janvier, avant la victoire électorale de Syriza trois jours plus tard, 18 économistes de haut vol, dont les prix Nobel Joseph Stiglitz et Christopher Pissarides, demandaient dans le Financial Times "un nouveau départ" pour la Grèce.


Ils réclament à la fois "une réduction de la dette, en particulier bilatérale" (due par la Grèce à des Etats), un moratoire sur le paiement des intérêts, "un montant significatif d'argent" pour financer de grands investissements,et d'importantes réformes en Grèce, notamment pour muscler la collecte d'impôts.


Xavier Timbeau, de l'Observatoire français des conjonctures économiques, n'est pas favorable à une "grande conférence destinée à effacer une partie de la dette grecque", susceptible selon lui d'entraîner des revendications similaires de l'Espagne ou du Portugal.


Il recommande plutôt de jouer sur les taux d'intérêt, "qui représentent chaque année entre 4,5 et 5% du PIB de la Grèce. Supprimer totalement cette charge pendant plusieurs années permettrait de faire face à la +crise humanitaire+ dont parle assez justement le gouvernement Tsipras", dit-il à l'AFP.


La Grèce bénéficie déjà d'un moratoire sur les intérêts dûs au fonds européen FESF, qui lui a versé quelque 140 milliards d'euros. La dette totale du pays dépasse elle 315 milliards.


L'autre donnée qui convainc les économistes de laisser de l'air à la Grèce est la baisse des prix dans le pays, qui tend à alourdir la dette par rapport au PIB.


"Il faut 50 ans, 60 ans pour rembourser 200% du PIB" en l'absence d'inflation, assurait récemment Thomas Piketty, auteur du best seller d'économie "Le capital au XXIème siècle" et partisan d'une restructuration de la dette grecque. Or la Grèce est en déflation depuis une vingtaine de mois.

 

(02-02-2015 - Avec les agences de presse)