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article3952.w_l.jpgL'accord BCE-Syriza pour sauver l'Euro : allégement de la dette grecque contre poursuite des « réformes structurelles »

 

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

La BCE a choisi son camp en Grèce, elle accordera sa chance à Syriza, sous conditions. Le « quantitative easing » promu par Mario Draghi est un coup de poker attendu mais risqué, un vaste plan de rachat de dettes, d'injection de liquidités, une relance toujours conditionnée au maintien de l'austérité. Pour sauver l'Euro, « à tout prix », dixit Draghi et Tsipras.

C'était dans les cartons depuis des mois, avec des taux directeurs au plus bas. La dernière mesure pour tenter une relance de la zone euro, sauver l'euro, c'est le « Quantitative easing », de fait un vaste plan de rachat d'obligations d'Etat à hauteur de 1 000 milliards d'€ sur un an et demi.

La BCE espère un déplacement du crédit des obligations d’État vers les entreprises afin de relancer l'économie, tout en redonnant aux pays du Sud un accès au crédit ; une dépréciation de l'euro pour favoriser les exportations ; contre-balancer la tendance à la déflation. Les expériences américaines et japonaises laissent les observateurs prudents, voire sceptiques.

La « carotte » de Draghi à Tsipras : pour un accord Troika-Syriza

Pour la presse grecque et internationale, cela ne fait guère de doute, Draghi a envoyé un signe à Tsipras, du journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, « Draghi a choisi le candidat de la gauche radicale grecque, Tsipras »,au grec Journal des Rédacteurs, « Draghi a désarmé Samaras ».

Il ne s'agit pas d'une carte blanche. La Grèce est en effet temporairement exclue du plan, jusqu'en juillet. Officiellement pour raisons techniques, liées à la viabilité des obligations grecques, l'impossibilité d'un achat massif de dettes.

En réalité, c'est un moyen de pression puisque l'intégration de la Grèce supposera la signature d'un nouveau mémorandum avec la Troika(BCE, FMI, UE), ainsi qu'une concession à une Allemagne sceptique.

Ainsi, le journal grec Kathimerini, soulignant une « décision historique », mais claire de la part de la BCE : « la participation ou non de la Grèce à ce programme dépendra du nouveau gouvernement grec à négocier et appliquer un nouveau mémorandum, programme ».

Comme le note le journal économique américain Bloomberg, et l'expert auprès de la Bank of America Merill Lynch, Athanasios Vamvakidis : « Il s'agit d'une carrotte pour Syriza, afin de conclure un accord avec la troika. La BCE achètera des obligations en juillet, si il y a un accord. »

SYRIZA se félicite de la réponse de Draghi à l' « austérité extrême »

La réaction de SYRIZA a été très positive. Dans un communiqué, elle a salué une « décision importante que le futur gouvernement grec mettra en valeur pour l'intérêt du pays. Les annonces du président de la BCE démentent ceux qui ont semé la peur et la panique ».

Elle ajoute :« M.Draghi a donné une réponse aux politiques d'austérité extrêmes en se démarquant des voix néo-libérales extrêmes dont M.Samaras fait malheureusement partie ».

Alexis Tsipras, lors de son dernier meeting de campagne à Athènes – en présence du secrétaire du PCF et président du PGE Pierre Laurent – a clamé devant la multitude assemblée :

« Le Premier ministre Samaras est désemparé, il s'attendait à ce que la BCE prenne une mesure contre la Grèce. Il n'y a plus de peur, la Grèce et l'Europe changent. Demain, nous écrirons l'histoire, nous tournons la page, nous changeons d'ère ».

Les mesures de Draghi … sont celles que Tsipras préconisait il y a 6 mois !

Le flirt entre Tsipras et Draghi, la BCE n'est pas nouveau.

En septembre 2014, il louait au Forum Ambrosetti devant l'élite capitaliste européenne les propositions de Draghi et Monti,en parallèle d'un « Programme de Salonique » présenté au peuple grec, quelques mesures sociales correspondant à des filets de sécurité humanitaires.

Il regrettait sur les bords du lac de Côme que la proposition de Monti en 2012 de re-capitalisation des banques n'ait pas été réalisée à l'échelle européenne par la BCE.

Il avançait comme première (1) mesure un « quantitative easing », une « politique courageuse de la BCE » disait-il, dans la lignée des « propositions positives de Draghi ».

Les deux autres mesures étaient : relance au niveau européen suivant son idée d'un Plan Marshall, New Deal par l'injection de liquidités (2), allégement de la dette suivant le schéma de la Conférence de Londres de 1953 pour la RFA (3). Les mesures de la BCE vont exactement dans ce sens.

Les tractations entre Syriza, Berlin et la BCE : Asmussen, l'homme clé

Déjà, en septembre 2013, Alexis Tsipras avait déjà rencontré Jorg Asmussen – un homme clé du lien entre SYRIZA et l'UE –, alors au Comité exécutif de la BCE, homme de confiance de Merkel comme de Draghi. Les désaccords semblaient l'emporter, sur la poursuite de l'austérité.

Asmussen est depuis passé au gouvernement allemand, devenu Ministre du Travail de Merkel. Tsipras l'a de nouveau rencontré, mais à Athènes cette fois, en avril 2014. La rencontre semble avoir été plus fructueuse, sans que sa teneur ne soit dévoilée.

En décembre 2014, selonla Stampa, la BCE et l'Allemagne préparait déjà le gouvernement Tsipras. Le porte-parole de SYRIZA, Nikos Pappas, confirmait le deal : « il n'y aura plus de coupes mais nous ferons les réformes de l'administration publique pour attirer les investisseurs étrangers ».

Toujours la Stampaau 30 décembre 2014 confirmait alors que « Draghi était la clé », avec l'hypothèse d'un Quantitative easing, pour cette « entente avec Syriza ».

Tsipras ne s'y trompait pas. Dès le 3 janvier, il avertissait, propos repris par Reuters, que « la Grèce ne pouvait pas être exclue d'un éventuel Quantitative easing de la BCE ».

Plus récemment, dans une tribune publiée par le Financial Times, le 20 janvier, Tsipras dévoilait son manifeste. Pour Draghi. Des promesses : « respect de l'équilibre budgétaire, des objectifs chiffrés », « respect de l'économie sociale de marché », « restructurer la dette pour la payer » et surtout la fin : « nous ferons les réformes dont la Grèce a vraiment besoin ».

Il y a joute sur le « quantitative easing tant attendu »,qu'il l'espère à une « grande échelle, telle qu'elle pourra guérir la zone euro, et sauver l'Euro 'à tout prix' ».

Tout est dit : allègement de la dette, recul des formes extrêmes d'austérité mais mémorandum négocié pour des « réformes structurelles », paiement de l'intégralité de la dette restante, défense 'à tout prix' (ce sont les mots de Draghi) de la monnaie unique.

Tsipras encourage désormais ses électeurs à voter en masse pour SYRIZA pour « changer le rapport de force » afin de peser au niveau grec face aux exigences de la Troika, peser au niveau grec avec des partenaires (« le bloc des pays du Sud », l' « axe Paris-Rome ») face à Berlin.

Pour le KKE, « Syriza trompe les gens sur les mesures de Draghi »

En ce sens, la ligne défendue par nos camarades du KKE (Parti communiste de Grèce) a le mérite de ne laisser aucune illusion sur ce changement d'équipe gouvernemental, qui n'a à proposer qu'un « alter-capitalisme », « alter-européiste » qui ressemble plus à une « alter-austérité ».

Leur communiqué après l'annonce des mesures de Draghi souligne « que le rachat des obligations d'Etat sera nécessairement accompagné d'un mémorandum, qui sera impopulaire. Cela révèle bien ce que propose SYRIZA qui essaie de tromper les gens sur ce Quantitative easing, présenté comme un changement positif dans l'UE ».

« Il est maintenant clair que la politique de Quantitative easing ne profitera dans l'UE qu'aux monopoles, et que les peuples en paieront le prix. Le peuple devra condamner l'UE et les partis qui la servent lors des prochaines élections, en renforçant le KKE. ».

Le prochain gouvernement sera dominé par SYRIZA, avec entre 30 et 35 % des voix, sans doute la majorité absolue. Telle est la volonté d'un peuple grec, radicalisé et rempli d'espérance et de colère. Telle est aussi, entre acceptation et pari, celle de Bruxelles et de Francfort. De quoi inciter à la vigilance, et souhaiter le score maximal pour le KKE.