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Syrie

En Syrie, on fera sans Trump

 

Il semble de plus en plus évident que les Russes sont décidés à se passer de leurs “partenaires” US qu’ils espéraient retrouver avec Trump, comme cela a commencé à paraître évident depuis disons deux semaines. Désormais, la chose commence à se marquer au Moyen-Orient, en Syrie plus précisément, qui devait être le champ de prédilection d’un renouveau de coopération Russie-USA, et comme la dynamique semblait effectivement s’amorcer depuis l’élection de Trump.

 

Le site israélien DEBKAFiles, avec tous ses travers et ses manipulations, et tenant compte des uns et des autres, est un excellent indicateur à cet égard. DEBKAFiles  avait effectivement annoncé les premiers effets de ce rapprochement initial, dans l’immédiat post-élection USA-2016, jugeant même comme tout à fait exceptionnel qu’un président-élu active aussi vite sa politique, et une politique si différente que l’ectoplasme confus faisant triste figure de politique qui était jusqu’alors en place. Nous nous étions fait l’écho de ces avancées de la coopération russo-américaniste dans la nouvelle ère-Trump, notamment courant novembre. Il semble désormais assuré que ces premiers indices n’aient pas été confirmés et qu’au contraire l’espoir d’une coopération s’éloigne de plus en plus, essentiellement sinon exclusivement en raison d’une complète absence des USA. Ainsi est-il intéressant de noter que le même DEBKAFiles décrit désormais (le 5 mars) une situation syrienne où les USA sont totalement absents et où les Russes occupent la place centrale, avec leurs alliés iraniens et syriens, ralliant à eux d’autres forces jusqu’alors acquises aux USA, les Kurdes notamment... (Cette situation n'est évidemment pas sans poser des problèmes à Israël, qui veut conserver de bonnes relations avec la Russie mais qui craint la présence iranienne en Syrie et le renforcement du Hezbollah qui l'accompagne.)

 

« Constantly bombarded by allegations that his campaign associated with Russian intelligence, US President Donald Trump has held back from going through with his original plan for teaming up with Moscow in Syria for the important campaigns of wiping out the Islamic State and relieving Syria of Iran’s iron grip. His entire Middle East policy is up in the air, while he grapples with domestic foes. The much talked-of US coalition with its regional allies, Saudi Arabia, Egypt, Jordan and Israel, is also in abeyance. [...]

 

» ...Putin is not waiting for Trump and is already on the move, DEBKAfile’s sources report.

 

» Friday, March 3, Russian special operations units recovered the Syrian town of Palmyra from the Islamic State. That day too, the Syrian Democratic Forces (SDF), composed predominantly of the Syrian Kurdish YPG militia and Arab tribesmen from the north, agreed to hand over their positions in the strategic town of Manjib to the Russians and the Syrian army,The SDF was created, trained, armed and funded by the United States as the potential spearhead force for the offensive against the Islamic State. This force was able to last year to capture the small (pop: 50,000) northern town of Manjib, 30km west of the Euphrates, thanks only to US aerial bombardments of ISIS positions and American advisers.

 

» How come that this important US ally suddenly surrendered its positions to the Russians and Assad’s army? There is more than one reason. Firstly, the SDF’s Kurdish and Arab commanders apparently decided to give up on waiting for Washington to come round, especially since the only weapons they had received from the Obama administration for fighting ISIS were Kalashnikov AK-74 rifles. »

 

Cette situation sur le terrain est largement confirmée, notamment dans l’esprit de la chose, par des déclarations des chefs militaires russes en Syrie qui sortent de leur réserve habituelle en matière de communication (la discrétion a toujours été le caractère principal des chefs militaires russes). Ces chefs exaltent autant qu’ils commentent, notamment à l’occasion de la reprise de Palmyre, le rôle important des forces russes sous leur commandement, y compris les forces terrestres (forces spéciales) dont le rôle très important dans cette bataille n’est plus dissimulé et n’est plus du tout présenté comme un appoint exceptionnel mais bien comme une pièce essentielle de la structure de combat contre les forces terroristes.

 

Parmi les détails opérationnels qui sont donnés, – cela, autre signe de la volonté russe de mettre en évidence leur implication dans la bataille, – on apprend de source officielle la participation, jugée très satisfaisante, d’hélicoptères d’attaque Kamov Ka-52 Alligator, hélicoptère d’attaque de la seconde génération et matériel le plus moderne des forces armées ruses. Ces divers détails montrent une volonté de développer une communication tendant à glorifier, à mettre en avant, à souligner un engagement russe qui est désormais sans restriction fporcée (politique) en Syrie. Ci-dessous, notamment pour RT, des déclarations, d’abord du Colonel Général Kartapolov, qui commande toutes les forces russes en Syrie : la Russie règne...

 

« “I’d like to highlight the actions of our Aerospace Forces, which deprived the enemy of the ability to maneuver and timely deliver reinforcements, [as well as] the actions of the subdivisions of the Special Forces of the Russian military, which conducted reconnaissance and hit the most important objects,” Kartapolov told reporters on Sunday. “We spent a lot of time preparing it, taking into account all the special factors that were revealed during the previous retaking of Palmyra, which allowed us to carry out the task within a short time and with minimal losses,” he explained.

 

» Kartapolov also praised the bravery and self-sacrifice of Syrian soldiers, officers, and militiamen. “I think the most important thing is that the Syrian soldiers and officers believed in themselves, they believed that they can return what they had lost,” he said.

 

Earlier, the head of the Russian General Staff Main Operational Directorate, Sergey Rudskoy, also pointed to the “decisive contribution” made by Russian forces to the victory in Palmyra. Rudskoy particularly praised Russia’s Ka-52 helicopters, which demonstrated their high efficiency in mountainous areas and desert terrain. »

 

Ce constat général venu du côté russe, annonçant clairement l’analyse de DEBKAFiles, avait en fait été précédé d’appréciations du côté US présentant la “politique” Trump en Syrie comme une “stratégie de l’inaction et du silence”, – on ne fait rien, on ne dit rien, et l’on a tant d’ennuis intérieurs dans le désordre washingtonien où règne la guérilla permanente que l’on n’est pas si mécontent que les Russes se chargent de l’essentiel de la bataille contre Daesh et les divers terroristes en action en Syrie. On a vu cela le 26 février 2017, où l’on nous décrivait cette “stratégie” de l’administration Trump, celle de l’inaction et du silence...

 

« Another important part of Trump’s policy of silence involves Syria. Since becoming president, Trump has rendered events in Syria irrelevant, making the issue disappear from the media radar. Thanks to Trump’s guerrilla tactics, lobbing smoke grenades hither and tither and signing two executive orders a day, the media simply does not have the time and perseverance to keep up with everything. One of the sacrificial victims has been the reality in Syria; but a lack of attention from the mainstream media is currently the best hope that we can desire for the Syrian people.

 

» Trump’s attitude seems to be deliberately cautious and silent about developments in that nation. The situation in Syria is firmly in Russian hands, and what seems to be occurr is an indirect coordination between Washington and Moscow against Daesh in the country. The silence from Trump certainly irritated the most radical and extreme wing of the deep state, but any attempt to sabotage this progress in Syria now seems to be wrecked thanks to the inaction of the Trump administration and the actions of Moscow. The final coup de grace would be to openly cooperate or act in joint US-Russia actions to defeat terrorism in the region. »

 

... Certes, il est difficile d’affirmer que les USA ne sont plus en Syrie, dans le formidable désordre actuel, qu’ils ont tant contribué à faire prospérer et où ils ont partout introduit des détachements de forces (“spéciales” ou non, ce qualificatif tend à devenir extrêmement vague), des réseaux de soutien et d’influence, des flux d’armes et d’argent, tout cela sans coordination et parfois dans des positions de confrontation. Certains voient même le risque d’un enlisement en cours pour les forces US.

 

Pour autant, le fait fondamental que nous mettons en évidence est la perception régnant dans la zone de guerre à la fois de l’influence de la communication, à la fois de la stratégie la plus cohérente et nécessairement dominante. Dans ce cas, les Russes sont effectivement la force principale et ils ne cessent de l’afficher de plus en plus, ne craignant même plus de le montrer directement, en faisant parler leurs chefs militaires, après avoir vérifié depuis leur intervention directe (septembre 2015) que la souplesse de leur dispositif et les relations qu’ils ont établies avec les uns et les autres semblent bien les garantir contre toute espèce d’enlisement qui échapperait à leur contrôle.

 

L’affichage de communication qu’ils ont choisi (l’intervention effectivement de communication des chefs militaires) montre que les Russes veulent effectivement à la fois assurer et assumer cette posture. Ils le font parce qu’ils n’ont pour l’instant plus aucun espoir de pouvoir coopérer d’une façon visible et politiquement efficace avec les USA, même si une telle coopération se fait dans telle ou telle occurrence, sur le terrain pour des raisons tactiques, et d’ailleurs aussi bien dans un but de sécurité réciproque (éviter des “incidents accidentels”) qu’éventuellement pour coordonner des actions contre Daesh et le reste. Comme l’on sait, ils attendaient Trump et sa nouvelle administration pour lancer une phase nouvelle dans ce sens. Le constat général et l’enseignement principal sont bien qu’il n’y a pour l’instant, et sans doute pour longtemps, plus rien à attendre de Washington D.C. ; parce que Washington D.C. est complètement enfermé dans une paralysie colossale par les luttes internes entre l’administration Trump et son “opposition” comme on en a chaque jour des exemples, et comme chaque jour nous en montre l’aggravation. Le statut des USA en tant que puissance est en train de voir une accélération dramatique d’un déclin déjà très fortement installé par l’administration Obama et la politique d’“irresponsabilité” suivi par son président.

 

Il n’est pas assuré que cette évolution déplaise nécessairement à Trump, si l’on s’en rapporte à ses discours de campagne, à condition bien sûr que cet effacement lui permette de mieux prendre en mains les problèmes intérieurs des USA, – ce qui est loin, très loin d’être acquis, toujours à cause de cette paralysie due à la bataille en cours à Washington, laquelle risque de durer très longtemps et, justement, d’avoir des conséquences internes extrêmement graves. Mais ce n’est là que faire une fois de plus la description de la Crise Générale en constante aggravation.

 

Quant aux militaires et aux diverses agences US, les uns et les autres ont également fort peu d’espace pour manœuvrer s’ils voulaient poursuivre une politique propre en Syrie. Eux aussi, c’est-à-dire toute la structure de sécurité nationale, sont engagés dans la bataille interne de Washington, et leur premier soucis aujourd’hui est purement défensif au niveau de cette bataille, à Washington même : protéger leurs positions intérieures respectives, leurs puissances à l’intérieur du Système, leurs domaines, leurs privilèges, etc. Rien ne se profile à l’horizon que la poursuite et l’accélération du désordre interne du Système avec ses conséquences globalisées ; avec, certes, comme principale force stabilisatrice la Russie, mais une Russie qui ne peut intervenir, – même si elle le fait bien, – que sur un nombre limité de théâtre, pour garantir sa propre sécurité et y maintenir ou tenter d’y restaurer un semblant de stabilité.

 

Mis en ligne le 6 mars 2017 à 17H15

lundi 6 mars 2017

L'on attend toujours les félicitations occidentales pour la libération de Palmyre

La semaine dernière a été marquée par un grand évènement: l'armée syrienne, avec l'appui aérien russe, a pu libérer pour la deuxième fois la ville symbolique de Palmyre. Pourtant, cette bonne nouvelle n'a étrangement pas provoqué d'euphorie, plutôt une surprenante réaction ironique face à ce qui est une défaite importante pour Daech.
 
En 2015, les extrémistes de Daech s'emparent de la ville de Palmyre, le joyau du désert. Après une importante campagne, l'armée syrienne avec l'aide de l'armée russe réussissent à libérer la ville en mars 2016. Pour célébrer cette victoire contre la barbarie, un grand concert est organisé. Mais ensuite, la bataille d'Alep occupe toutes les énergies et des groupes islamistes sont gentiment sortis de Mossoul, facilitant la reprise de Palmyre par les extrémistes en décembre. La semaine dernière, après une longue progression, les forces syriennes reprennent tout d'abord la ville Antique, puis libère la ville elle-même.
 
Cette nouvelle est très importante, car la première occupation de la ville par les extrémistes avait causé des destructions difficiles à réparer, importance soulignée par la directrice de l'UNESCO
« La protection du site archéologique de Palmyre est à la fois un enjeu culturel majeur, et un impératif pour la sécurité, la paix et le redressement de tout un pays. » a déclaré la Directrice générale. « Ce patrimoine a traversé les millénaires, il représente un ferment d’unité et d’identité pour le peuple syrien. Sa préservation est inséparable de la protection des vies humaines et fait partie intégrante de la réponse à une situation humanitaire d’extrême urgence. Il doit être laissé en dehors du conflit. »
Une importance telle ... que le silence des Etats occidentaux est assourdissant. La seule réaction notable est celle de la France et de la Grande Bretagne qui présentent à l'ONU une résolution voulant conduire à l'adoption de sanctions contre le régime d'Assad, accusé d'avoir utilisé des armes chimiques contre les populations civiles. Cette résolution est soutenue par les Etats Unis, mais la Russie et la Chine y opposent leur véto estimant les preuves apportées contre le régime syrien insuffisantes, alors que celles apportées contre Daech existent et ne sont pas prises en compte. Cet échange diplomatique intervient le 28 févier, alors que l'armée syrienne se rapproche de Palmyre et que sa libéraiton est quasiment acquise. Le calendrier est ici intéressant. Il permet également de communiquer sur l'affrontement entre les Etats Unis et la Russie, bloquant toute possibilité de coopération, même en matière de lutte contre le terrorisme. Car l'ambassadrice américaine reprend la vieille liturgie de l'Administration Obama et envisage même la possibilité d'adopter des sanctions en dehors du cadre de l'ONU:
« La Chine et la Russie ont fait un choix scandaleux et indéfendable aujourd'hui, a-t-elle dit après le vote. C'est un triste jour pour le Conseil de sécurité quand les membres commencent à trouver des excuses à d'autres Etats membres qui tuent leur propre peuple ». « Le monde est sans aucun doute plus dangereux », a conclu Nikki Haley.
Quant à l'opposition syrienne, qui est censée discuter du processus de paix et devrait donc être satisfaite de voir reculer ce qui doit être leur ennemi commun, à savoir les groupes terroristes, les déclarations de son porte-parole laissent perplexe. Selon Nasser al-Hariri:
Le régime et l'EI « sont tous les deux des terroristes.
C'est une position qui ne présage rien de bon pour des négociations de paix. Et il persiste en mettant sur le même pied le régime d'Assad qui lutte contre le terrorisme et Daech, un groupe extrémiste:
« On dirait un épisode de Tom et Jerry, ironise de son côté l’opposition syrienne en évoquant le sort de la cité, tombée deux fois aux mains des djihadistes et reprise deux fois par le régime. « Doit-on féliciter le président Bachar Al-Assad pour la reprise de Palmyre ? Si nous le faisons, il nous faudra aussi féliciter Daech s’ils reprennent une nouvelle fois la ville à l’avenir »
La presse française a une position très simple: soit elle présente les faits bruts, sans auncune interprétation en se cachant comme elle le peut derrière une pseudo neutralité, soit elle cache très mal son ironie, comme dans cet article du Monde dont la déclaration de Hariri est tirée. L'on notera aussi les titres très tendancieux de certains journaux:

Toujours est-il que les forces extrémistes ont été repoussées à plus de 20 km de la ville et que le drapeau syrien a pu remplacer celui de l'état islamique. Cette victoire a eu un effet significatif sur les militaires syriens, dont le moral est au plus haut pour continuer la libération de leur pays. Ce qui, finalement, est le plus important. Mais il est regrettable que les pays occidentaux tiennent une position si hypocrite, qui frise le soutien au terrorisme.
 

photo : Mosquée des Omeyyades

Alep, capitale économique d’un pays en guerre. Alep, berceau de la civilisation, inscrite au patrimoine de l’humanité depuis 1986, se dispute avec Jéricho le titre de l’une des plus anciennes villes du monde. Alep, dès l’arrivée : des ruines. Pour s’y rendre depuis Beyrouth, il a fallu emprunter une route ouverte par l’armée contournant les zones toujours en conflit, traverser un désert peuplé de postes militaires et de villages abandonnés aux maisons éventrées, comme un avant-goût du spectacle de désolation à venir. Alep, sans eau ni électricité puisque les djihadistes ont coupé l’approvisionnement à partir de l’Euphrate et plastiqué la centrale électrique. Vingt-cinq jours après sa libération, le bruit des roquettes et des missiles s’est tu et la vie tente difficilement de reprendre le dessus. Désormais, pour des décennies et pour des générations d’Alépins, il y aura un avant et un après la guerre, un avant et un après juillet 2012. C’est à cette date que des groupes armés divers et variés [1] venus des quatre coins de la planète, ont envahi puis occupé les quartiers Est et Sud et assiégé la totalité de la ville. Avant, le gouvernorat de la région d’Alep comptait entre six et sept millions d’habitants et la ville environ trois millions, quatre ans et demi plus tard, entre les morts, les exilés et les déplacés internes, le nombre d’Alépins a été divisé par deux. Avant quinze zones industrielles employaient un million de salariés ; il y avait un hôpital réputé dans tout le Moyen-Orient ; un centre historique avec le plus grand et le plus ancien souk du monde, 4000 ans avant Jésus Christ, attenant à la mosquée des Omeyyades, monument classé appartenant au culte musulman et chrétien. De tout cela, il ne reste que des gravats… [2]

L’humanité en ruines

Les imams sunnites de la mosquée des Omeyyades servent de guides pour commenter l’étendue du désastre : « ils ont occupé la mosquée pendant trois ans de 2013 à 2016 ». Qui est ce « ils » ? « D’abord, il y a eu l’Armée syrienne libre (ASL), ensuite Daech et enfin al-Nosra. » Ces religieux, comme tous les Syriens rencontrés, ne font pas de différences entre ces divers groupes, « ce sont les mêmes » répètent-ils inlassablement. Pour les désigner, les Alépins emploient un seul mot : « terroristes ». La délégation d’imams poursuit : « dès qu’ils sont entrés dans les souks, ils les ont fait exploser. » Puis les religieux désignent l’endroit, au fond de la salle de réception, d’où ils lançaient les roquettes et où se tenaient les snipers qui tiraient sur les civils. Ils montrent également les tranchées et les tunnels creusés avec des excavateurs sous cette église byzantine construite en 627 et transformée en mosquée au 13ème siècle. Lorsqu’au détour de leurs déprédations, ils trouvaient des antiquités, ils s’en emparaient pour les revendre. Et comme si cela ne suffisait pas, avant de partir, ils ont incendié ce qui n’était pas encore complètement détruit. « Ces gens-là », poursuit un imam « n’ont aucune relation avec le spirituel ni avec l’islam, l’idée est d’effacer les traces des civilisations chrétiennes et musulmanes. » Devant les visages dépités des personnes contemplant le désastre, un autre religieux tente de rassurer « la décision de restaurer cette mosquée est prise. Ce ne sont pas les pierres, c’est « l’être » syrien qui fait le monument. Nous sommes des bâtisseurs, nous reconstruirons. » A côté des Omeyyades, dans le centre historique, les djihadistes ont utilisé 40 tonnes d’explosifs pour faire sauter l’école Sultanieh, le Carlton construit par les Turcs puis les Français, le tombeau du fils de Saladin ; le hammam de l’époque ottomane, le caravansérail… Le centre-ville historique n’est pas le seul touché. Midan, le quartier arménien du Nord de la ville était une ligne de front, il ressemble à un paysage d’après tremblement de terre. Le député de cette circonscription, Jirair Reisian, décrit le quotidien de ces années de guerre : « les années les plus noires ont été celles de 2013 et 2014. Chaque fois que nous sortions, nous ne savions pas si nous allions revenir. Un jour, en moins de 12 heures, 80 roquettes sont tombées ici. Des églises arméniennes ont été détruites. » Les Arméniens se sont installés en Syrie après le génocide de 1915, compte tenu du rôle joué par la Turquie dans la guerre en Syrie, cette communauté a eu l’impression de revivre l’impensable, « Nous nous sommes dit, ça recommence ! ».

La triple peine

Non seulement les Syriens doivent contempler chaque jour leur ville en ruines mais ils doivent aussi affronter un quotidien difficile. Sans eau, il a fallu creuser des puits dans les cours des maisons, des hôpitaux, des lieux de cultes. Sans électricité, il a fallu s’équiper de groupes électrogènes, le bruit de ces engins résonne dans toute la ville. Ces machines fonctionnent au gasoil et avec la guerre il a eu l’inflation, la dépréciation de la livre syrienne. Alors les Alépins se regroupent dans une seule pièce et ne se chauffent qu’une à deux heures par jour. Avant-guerre, un euro valait environ 65 livres syriennes, aujourd’hui un euro est égal à 547 livres. Avant-guerre, avec un dollar une famille achetait cinq paquets de pain. Après la guerre, elle pourrait en acheter quinze, mais qu’importe puisque la majorité des gens est ruinée [3] . Après six années de conflit, les riches ont épuisé leur bas de laine et les pauvres n’ont toujours rien. Toutes les usines sont à terre et 85% de la population est au chômage. En Syrie, les communautés religieuses ont encore un rôle social, sanitaire et éducatif, elles offrent paniers repas, ampères, vêtements et des cours pour les enfants. Les hôpitaux et cliniques privés des congrégations de chrétiens soignent, sans distinction de religion, tous les malades et les blessés de guerre. Mais en plus du dénuement, du nombre de patients à traiter, dont beaucoup touchés par des éclats d’obus, tous les hôpitaux qu’ils soient publics ou privés doivent faire face à un autre mal : l’embargo. Cette mesure décrétée par les USA et l’Union européenne interdit toutes transactions commerciales avec la Syrie sans aucune distinction. Aucun habitant de ce pays, aucune organisation caritative ne peut recevoir un chèque, un don, un virement Western Union. Pire encore, impossible pour les hôpitaux d’obtenir des médicaments et des pièces de rechange pour les scanners ou les IRM. Avec la guerre, les médecins rencontrés estiment qu’un Syrien sur deux a besoin de soins sanitaires, mais les compagnies étrangères ne coopèrent plus pour entretenir le matériel, ne livrent plus de médicaments. La Syrie était productrice de génériques, 70 % de ces médicaments étaient fabriqués à Alep, mais les usines ont été détruites… « Nous manquons de tout, de scanner, d’IRM, d’appareils de radiologie, de petits consommables, d’antibiotiques de dernière génération, nous ne recevons aucun soutien, hormis l’OMS et l’Unicef qui nous ont un peu aidé, mais c’était symbolique, et les Russes qui nous donnent aussi quelques médicaments. L’embargo pourrait s’imposer à tout mais jamais aux matériels médicaux. » déclare le directeur du CHU. Monseigneur Dionicio Antonio Chahda partage la même colère : « Tous les biens même ceux de l’église sont sous embargo. Nous sommes en train de souffrir pas seulement de la guerre, certes les lancements de missiles se sont arrêtés, mais nous avons une autre guerre : le manque de tout. Alep est une ville morte, dommage il n’y a pas une lumière d’espérance pour croire que la vie normale va reprendre. Les Américains sont venus nous voir, nous leur avons dit : laissez-nous tranquille et nous saurons construire notre vie. » [4]

La guerre gagnée

Ici, dans une clinique tenue par une congrégation catholique, une maman portant le foulard implore les sœurs de prier pour la survie de son enfant blessée à la tête par des éclats d’obus. Là, à un poste de douane, c’est un commandant de police alaouite qui prend le thé avec son supérieur, un colonel sunnite. Dans les rues d’Alep, se croisent des femmes en burqa, en foulard, têtes-nues, ni plus, ni moins qu’avant-guerre. Les nombreux experts arabisants qui ont déversé leur « science » à longueur de colonnes et sur les plateaux de télévision, en expliquant doctement cette guerre comme un conflit entre sunnites et alaouites devraient se rendre en Syrie pour entendre et voir. Les manifestations religieuses sont encore œcuméniques, catholiques, protestants, musulmans, chrétiens d’Orient s’y côtoient. Le député de Midan constate que rien n’a changé « Il y a eu des manipulations pour faire de ce conflit un problème de religion, mais c’est pareil qu’avant. » Sur ce sujet, au moins, il n’y aura pas d’avant et d’après.

La mystification

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Jean-Marc Ayrault et Brita Hadji Hassan
à Paris le 30 novembre 2016

Tout au long de ce voyage et qu’elles que soient les personnes rencontrées, dans les hôpitaux, les lieux de culte, dans la rue, tous les Alépins tiennent le même langage « s’il vous plaît, ne mentez pas, dites seulement ce que vous voyez, ce que vous entendez. Soyez honnêtes. » Ce leitmotiv revient comme une supplique. Car, en plus de la guerre et de ses horreurs, aucune famille n’a été épargnée par un drame, en plus de l’embargo, les Syriens ont souffert de la manière dont ce conflit a été traité par les médias occidentaux. La couverture des événements de ce qui a été appelé « Alep Est » en est la démonstration. Pendant la guerre, 25% du territoire de la ville, quartiers Est et Sud, était occupée par les djihadistes, le reste étant sous contrôle gouvernemental. Selon les médecins rencontrés, il y a eu dix fois plus de morts à l’Ouest qu’à l’Est à cause des tirs de roquettes, de missiles et de bonbonnes de gaz remplies de clous. Mais la compassion occidentale ne s’est tournée que vers les populations des quartiers Est. Or, tous les Alépins ont vécu les mêmes affres et une minorité seulement soutenait les groupes armés. Lors de la libération d’Alep, sur les 140 000 personnes qui vivaient encore en zone occupée, seules 35 000 ont choisi de rejoindre Idlib, une ville sous l’emprise d’al-Nosra, les autres sont allées se réfugier du côté gouvernemental.

Un autre événement a provoqué l’ire des Syriens. Un homme, sorti de nulle part, Brita Hadji Hassan, soupçonné d’avoir des liens avec al-Nosra, s’est présenté comme le maire d’Alep Est devant tous les médias internationaux. Les Alépins sont restés médusés lorsqu’il a été reçu sous les lambris du Quai d’Orsay par le ministre des Affaires Etrangères, Jean-Marc Ayrault. Un député, Boutros Merjaneh raconte sa stupéfaction « J’ai découvert son existence lorsqu’il est arrivé en France et j’ai mis trois jours à savoir qui il était. En réalité, il travaillait à la direction de la communication de la mairie. Pour être maire d’Alep, il faut être né ici, or lui est de la région d’Idlib. Que les autorités françaises reçoivent de cette manière un homme sans qualité est simplement inacceptable. » Mieux encore, l’affaire tout aussi inacceptable, voire surréaliste, de trois députés français, dont une ancienne ministre, Cécile Duflot, Patrick Menucci et Hervé Mariton tentant d’entrer sans visa en territoire syrien, via la Turquie, le chemin qu’emprunte les djihadistes, accompagnés d’un faux maire ! Et le député Merjaneh de conclure « si ces députés veulent venir ici, je suis prêt à les accueillir et ils auront leurs visas de manière légale. »

La trahison

De nombreux Syriens sont francophones et étaient, avant la guerre, très attachés à la France, à sa culture, mais les positions de Paris dans le conflit syrien les ont profondément heurtés. Ils sont amers « la France nous a poignardé dans le dos » « Nous nous sentons trahis » « Nos enfants seront anglophones ». Etre Français et marcher dans les ruines d’Alep, s’entretenir avec des habitants, rencontrer les blessés de guerre, c’est un peu comme porter sa honte en bandoulière. En armant « les rebelles » en soutenant, contre vents et marées, une « opposition » coupable de tant de crimes contre l’humanité, en privilégiant son alliance avec les pétromonarchies qui financent les djihadistes, une nouvelle fois, la France s’est placée du mauvais côté de l’histoire. Dans ce pays berceau de la civilisation, le peuple a la mémoire longue…

Leslie Varenne
Directrice de l’IVERIS

»» https://www.iveris.eu/list/notes_de_voyage/249-alep_la_douleur_et_la_honte

[1] Il y a eu jusqu’à 93 groupes armés dans Alep, dont les principaux sont : l’Armée syrienne libre (ASL) Daech, (Organisation de l’Etat islamique (EI)) et le Front al-Nosra, filiale d’al-Quaeda, rebaptisé Fatah el Chaam, mais les Syriens n’ont cure de cette nouvelle appellation et continuent d’utiliser le nom al-Nosra.

[2] L’auteur de ces lignes, s’est rendue à Alep pour accompagner une mission humanitaire composée de quatre chirurgiens en cardiologie : Victor Fallouh, Antoine Salloum, Daniel Roux et le député Gérard Bapt, qui était présent en tant que cardiologue et non en tant que parlementaire.

[3] C’est une valeur pour l’exemple, en Syrie, le pain est un produit soutenu par l’Etat.

[4] C’est la sénatrice démocrate, Tulsi Gabbart, qui a rencontré Monseigneur Dionicio Antonio Chahda.

URL de cet article 31549 
18 février 2017

Antoine Charpentier, Syrie, un recul de la désinformation ?

« Toutes ces déclarations, constate Antoine Charpentier, ne font que mettre en cause les compétences de la classe politique française. Toutes les voix « dissidentes » actuelles à propos de la question syrienne déplorent l’alignement de la France sur la politique de l’Arabie Saoudite et du Qatar ainsi que sur les positions des Etats-Unis qui ont une réelle volonté de dépecer la Syrie et avec elle tout le Moyen-Orient.Pour beaucoup de français, l’Arabie Saoudite fait partie des pays les plus totalitaires au Monde, ce qui va à l’encontre de toutes notions de Démocratie, de Droit de l’Homme et de compréhension occidentale de la liberté, ce qui n’empêche pas de profondes alliances entre ce pays et la France.Enfin, ceci révèle la paresse politique des dirigeants français qui, par manque d’intérêts pour les enjeux internationaux ainsi que pour les peuples et par la perte d’un certain niveau intellectuel, préfèrent s’aligner sur une propagande anglo-saxonne-arabe plutôt que de gérer les choses par eux-mêmes... »

Reprenons les propos de Antoine Charpentier...

Michel Peyret


France : les langues se délient à propos de la Syrie

Par Antoine Charpentier

Mondialisation.ca, 16 février 2017

drapeau_franco-syrien

Depuis quelques temps, nous commençons à voir et entendre dans les médias français des discours inhabituels sur la situation en Syrie qui différent du discours officiel tenu depuis six ans. Nous pouvons citer Éric Denécé[1], le journaliste Jean-François Khan[2], des parlementaires comme Nicolas Dhuicq[3], Thierry Mariani[4] ou encore Jean Lasalle[5] et bien d’autres.

Même Boris Johnson, ministre des affaires étrangères britanniques, donne de la voix à propos de la Syrie, indiquant que son pays ne doit plus s’opposer à ce que le Président Bachar Al-Assad se représente aux prochaines élections présidentielles.[6] Quant à Éric Denécé, il a bien affirmé face à Yves Calvi que : «Nous étions roulé dans la farine.», utilisant le terme « falsification de l’information », en parlant de ce que les médias officiels français rapportaient sur Alep, sans pour autant nier la réalité de la guerre en Syrie[7]. Pour M. Denécé, les médias français sont atteints d’un suivisme des médias anglo-saxons et arabes qui ont des intérêts majeurs en menant une telle désinformation concernant la Syrie.

Cependant, le journaliste Jean-François Khan a exigé une enquête journalistique internationale sur Alep Est[8] afin de savoir ce qui s’y est réellement passé. Le directeur du journal Marianne n’espère pas voir l’aboutissement de sa proposition puisque ni les journalistes, ni les dirigeants politiques français ont la volonté de revoir leurs copies, admettant leurs torts, avouant tout simplement qu’ils se sont trompés. De ce fait, ils préfèrent persister dans l’erreur et le mensonge que rectifier le tir.

Par la suite, Jean-François Khan s’interroge sur le silence médiatique au sujet d’Alep depuis sa reprise par l’armée syrienne. Il exprime la même interrogation qu’une partie de l’opinion publique française qui n’entend quasiment plus parler d’Alep ni de ce qui se passe ailleurs en Syrie.

Les déclarations de trois députés français du parti Les Républicains sur la Syrie, notamment sur Alep, ont fortement bousculé le paysage politique français contredisant la version française officielle. Le député français Nicolas Dhuicq nous affirme ceci :

« Je me bats en permanence contre la désinformation qui consistait à dire que les Russes, par plaisir, ont voulu détruire une ville ainsi que contre l’information majeure et terrible que Bachar Al-Assad tue son peuple. Ça ne serait pas de son intérêt de faire cela. Enfin, si le Président Bachar Al-Assad était si tyrannique et aussi détesté que les médias français le disent depuis six ans de guerre, il serait déjà tombé. »[9]

Cependant, Thierry Mariani et Nicolas Dhuicq soutiennent François Fillon, candidat de la Droite à l’élection présidentielle qui s’est subitement rétracté vis-à-vis de ce qu’il a déclaré lors des primaires, traitant au cours d’une émission avec le journaliste Jean-Jacques Bourdin[10] le Président Bachar Al-Assad de dictateur et de manipulateur comme le Président défunt Hafez Al-Assad. Pendant les primaires de la Droite, François Fillon a prôné la réouverture d’une représentation diplomatique à Damas, la nécessité de discuter avec le Président Bachar Al-Assad ainsi qu’un rapprochement avec la Russie.

Toutes ces déclarations ne font que mettre en cause les compétences de la classe politique française. Toutes les voix « dissidentes » actuelles à propos de la question syrienne déplorent l’alignement de la France sur la politique de l’Arabie Saoudite et du Qatar ainsi que sur les positions des Etats-Unis qui ont une réelle volonté de dépecer la Syrie et avec elle tout le Moyen-Orient.

Pour beaucoup de français, l’Arabie Saoudite fait partie des pays les plus totalitaires au Monde, ce qui va à l’encontre de toutes notions de Démocratie, de Droit de l’Homme et de compréhension occidentale de la liberté, ce qui n’empêche pas de profondes alliances entre ce pays et la France.

Enfin, ceci révèle la paresse politique des dirigeants français qui, par manque d’intérêts pour les enjeux internationaux ainsi que pour les peuples et par la perte d’un certain niveau intellectuel, préfèrent s’aligner sur une propagande anglo-saxonne-arabe plutôt que de gérer les choses par eux-mêmes.

Antoine Charpentier


[1] Eric Denécé, docteur en Science Politique, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) et de sa société de conseil en Risk Management (CF2R SERVICES).

[2] Jean-François Khan, fondateur du journal Marianne.

[3] Député français de l’Aube.

[4] Député français de la 11éme circonscription des français de l’étranger.

[5] Député français Pyrénées- Atlantique

[6]Réseau Voltaire, « Londres admet que la Syrie est une Démocratie. »,http://www.voltairenet.org/article195072.html

[7] Emissions : 24 heures en questions avec Yves Calvy,https://www.youtube.com/watch?v=N69Qd8Xk2-g

[8] Jean-François Khan : « Il faut qu’une commission enquête sur la situation d’Alep est »https://fr.sputniknews.com/international/201701061029472170-medias-situation-alepest-kahn/

[9] Entretien avec l’auteur.

[10] “Bachar al-Assad est un dictateur au passé sanglant, un manipulateur, je ne souhaite pas son maintien” au pouvoir a affirmé François Fillon ce mercredi sur BFMTV et RMC, 12 janvier 2017 https://www.youtube.com/watch?v=Ydr4gqTCGZs

La source originale de cet article est Mondialisation.ca
Copyright © Antoine Charpentier, Mondialisation.ca, 2017

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Posté par Michel Peyret
17 février 2017

Louis Allday, Syrie, un torrent continu d'informations inexactes

« Tout au long de cet article, nous dit Louis Allday, j’ai délibérément identifié un certain nombre de personnes, j’ai fourni des échanges et des commentaires parus sur les réseaux sociaux et qui avaient été  jusqu’ici été dissimulés avec brio au grand public.Il y a beaucoup d’autres individus, d’incidents ou de thèmes dont j’aurais pu discuter mais que j’ai, par soucis de brièveté, choisi de limiter afin de ne me concentrer que sur les faits les plus importants.En plus de souligner que certains de ces individus ont des connexions et attitudes inquiétantes, j’espère qu’en jetant la lumière sur ces campagnes d’intimidation et d’agression entreprises par nombre de voix importantes sur la Syrie encouragera les autres à être plus critiques sur l’analyse qu’on leur livre et à se demander qui sont réellement ceux qu’ils écoutent. Etant donné les conséquences potentiellement désastreuses de l’augmentation de l’intervention militaire en Syrie, les enjeux ne pourraient être plus importants. Nous ne pouvons pas nous permettre que ces avis soient les seuls à être entendus dans le débat.. »

Reprenons les informations de Louis Allday...

Michel Peyret


La bataille de l’info: contrôler le récit sur la Syrie

 

·        13 Fév 2017 - LOUIS ALLDAY

Depuis 2011 se déverse un torrent continu d’informations inexactes, incorrectes et malhonnêtes à propos de ce qui se passe en Syrie. J’ai déjà écrit sur le danger des informations simplistes qui tentent d’expliquer le conflit, un discours qui prévaut depuis ces cinq dernières années et qui soulève un problème bien plus fondamental.

Le discours dominant au sujet de la Syrie est devenu si agressif, déconnecté du terrain et sans nuances, que tout qui ose mettre en question les idées reçues sur la révolution en cours ou contester les arguments de ceux qui défendent l’idée d’une zone d’exclusion de l’espace aérien pour les Occidentaux peut s’attendre à une vive réaction. De tels désaccords sont immédiatement pointés et leurs auteurs accusés d’être « Assadistes » ou « pro-Assad » et coupables de cruelle indifférence aux souffrances du peuple syrien.

Une des nombreuses vérités oubliées dans ce discours est que la création d’une zone d’exclusion aérienne, de l’aveu même d’un haut responsable militaire U.S, signifie l’entrée en guerre des Etats-Unis « contre la Syrie et la Russie ». Je veux préciser d’emblée que j’écris cela après avoir vécu en Syrie et gardé de cette époque d’excellents souvenirs. Je reste en contact avec de nombreux amis syriens dont la plupart ont aujourd’hui dû quitter leur pays. Il m’est dès lors particulièrement difficile d’encaisser les accusations de malveillance à l’égard des revendications des Syriens et de leur patrie.

Dans le contexte actuel, exprimer  un avis à peine contraire, pointer des faits basiques mais mal perçus tels que l’existence d’un soutien populaire pour le gouvernement syrien, relever la violence des groupes rebelles… Tout cela suffit à attirer sur soi les persiflages et l’hostilité des médias sociaux. Ces attaques sont rarement des confrontations d’opinions, elles se réduisent le plus souvent à des attaques personnelles, hystériques, au vitriol ou pire. Une poignée d’arguments sont à chaque fois soulevés pour s’en prendre à ceux qui contestent l’opinion imposée : ce serait de l’islamophobie que de critiquer l’action des groupes rebelles ou de les qualifier d’extrémistes;  et ce serait de l’orientalisme négateur de la personnalité syrienne que de mettre en évidence le rôle central de l’impérialisme U.S. Même les critiques les plus légitimes se trouvent qualifiées de « fascistes », « stalinistes », poutinistes » ou les trois à la fois. Une telle stigmatisation des opinions contradictoires a pour but de faire taire toute opposition, de laisser le champ libre à la version imposée du récit et de justifier l’éventuel soutien de l’opinion en faveur d’une possible intervention en Syrie.

C’est évidemment une stratégie qui a connu un fameux précédent  avec le traitement accordé aux nombreux opposants à l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011 et à l’intervention de l’alliance US/UK en Irak en 2003. Cela reste malheureusement un moyen efficace de faire taire les dissensions et d’imposer les paramètres souhaités au débat. Ces épisodes passés font que les opinions en faveur d’un plus fort engagement des Occidentaux en Syrie ont monopolisé le débat médiatique et ont contrôlé le récit. Plusieurs de mes interlocuteurs admettent se sentir mal à l’aise pour écrire ou parler honnêtement de ce qui se passe en Syrie, de sorte qu’ils se censurent ou évitent d’aborder le sujet. Beaucoup aussi reconnaissent la profonde différence des propos partagés avec leurs amis et connaissances qui travaillent à un titre ou l’autre sur la Syrie et leurs déclarations publiques.

Je ne me suis jamais tu sur le sujet dans le débat public, mais je reconnais m’être parfois trouvé dans des situations inconfortables. Je n’ai sans doute pas écrit autant sur le sujet que j’aurais dû. Il est dès lors fort probable à la suite de cet article que certaines personnes dont je parle m’attaqueront en public comme une sorte de crypto-fasciste Assadiste , de comparse du couple Poutine/Iran ou d’imposteur anti-impérialiste blanc égaré ;  beaucoup se tairont mais n’en penseront pas moins. Néanmoins, en dépit de l’incertitude à court terme sur les orientations de la politique étrangère  U.S  suite à l’élection de Donald Trump, une intervention militaire U.S en Syrie avec pour objectif un changement du régime ou une partition du pays n’est pas à exclure.

Je ressens dès lors comme une obligation pour moi et pour les autres de s’exprimer clairement afin de mettre un terme aux discussions oiseuses  et jamais contredites qui ont cours depuis trop longtemps. Bassam Haddad a fait observer récemment que les discussions sur la Syrie étaient au point mort ; au Royaume Uni, comme souvent dans ce genre de situation, elles se poursuivent encore mais elles sont dominées par un petit groupe d’activistes qui savent se faire entendre. Ceux dont je parle – la majorité d’entre eux ne sont pas Syriens – ne forment pas un groupe monolithique. Mais ce qui les unit est leur soutien inconditionnel  à la création d’une zone d’exclusion aérienne (ce qui s’avère être clairement une prise de position en faveur de la guerre), un soutien aux casques blancs et un profond mépris pour toute prise de position anti-impérialiste concernant une éventuelle intervention en Syrie. Nombre d’entre eux partagent aussi une analyse incorrecte et pour tout dire malhonnête de l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011 qui est fréquemment évoquée pour justifier leur prise de position sur la Syrie.

Dans ce cadre, je veux préciser que je ne suis pas opposé à toute intervention occidentale simplement parce que cela ne servirait à rien comme certains le disent ; je le dis car je ne crois pas que ce type d’intervention aurait un objectif purement humanitaire. Ce point est crucial parce que, admettre  la prémisse humanitaire avant d’entamer le moindre débat serait déjà se déforcer dans la discussion. Soutenir l’idée que les Etas-Unis ou le Royaume Uni seraient encouragés à intervenir en Syrie ou n’importe où ailleurs par un désir sincère de mettre un terme à une effusion de sang serait foncièrement malhonnête et non historique. Au contraire, une intervention de ce type, en tuant plus de civils encore, constituerait une escalade majeure et intéressée de l’Occident dans sa campagne d’agression contre l’état Syrien. Une telle escalade accroîtrait non seulement les risques de démembrement permanent de la Syrie souhaité fermement et depuis longtemps par certaines parties, mais elle serait aussi l’amorce d’un conflit avec la Russie dont les conséquences pourraient être catastrophiques.

Aucune guerre n’a été à ce point médiatisée avec mauvaise foi  que l’actuel conflit syrien. Cet article tente de corriger quelques énormes mensonges qui circulent, de montrer à quel point certaines voix dissonantes sont exclues du débat par l’intimidation et les calomnies, et de démasquer aussi les propos prétendument neutres de certaines voix au sujet du conflit.

Le mythe de la non-intervention occidentale

Un des nombreux mensonges qui polluent le récit dominant serait la non intervention de l’Occident dans le déclenchement du conflit en Syrie. Ainsi, Amnesty International a récemment présenté le Royaume Uni comme restant en marge du conflit. Cette déclaration fondamentalement fausse semble ignorer les nombreuses années au cours desquelles l’Occident et ses alliés régionaux (essentiellement la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar) ont armé, financé et entraîné les groupes rebelles, les sanctions économiques invalidantes imposées contre le gouvernement syrien, les attaques aériennes ininterrompues, les opérations des forces spéciales et plein d’autres mesures diplomatiques, militaires et économiques qui ont été prises.

Non seulement les Occidentaux (principalement les Etats-Unis) sont intervenus, mais ils l’ont fait à très grande échelle. Ainsi, en juin 2015, on a appris que l’engagement de la CIA en Syrie était « devenu un des plus importants de l’agence » pour lequel elle dépensait environ un milliard de dollars par an (environ 1/15 de son budget officiel). A l’époque, cette opération basée en Jordanie avait déjà « entraîné et équipé 10.000 combattants envoyés en Syrie au fil des années précédentes ». Comme l’a fait remarquer Patrick Higgins, « en d’autres termes, les Etats-Unis préparaient une opération de grande envergure contre la Syrie et peu d’Américains s’en étaient rendus compte ».

Il est essentiel de replacer cette agression dans le contexte de la vieille animosité US contre le gouvernement syrien. Comme l’ont révélé les publications de messages diplomatiques de WikiLeaks, à partir d’au moins 2006, les Etats-Unis se sont  efforcés  de torpiller ce gouvernement par « tous les moyens possibles ». Cela comprenait, avec l’aide de l’Arabie Saoudite, l’encouragement du fondamentalisme et du sectarisme islamique en Syrie en jouant sur les peurs de l’influence iranienne. En fait, bien que cela soit rarement signalé, il ressort de l’interview télévisée d’un ancien fonctionnaire de l’espionnage US par Mehdi Hassan que l’initiative de l’administration Obama visant à soutenir l’installation de Daesh et d’autres groupes islamistes extrémistes en Syrie et en Irak était considérée comme une très sage décision. La BBC a récemment signalé que Daesh utilisait des munitions récemment achetées légalement en Europe de l’Est par les Etats-Unis et le gouvernement saoudien qui les faisaient ensuite parvenir en Syrie et en Irak via la Turquie « parfois moins de deux mois après leur sortie d’usine ».

Quand l’intervention US en Syrie a été reconnue, elle a été chaque fois présentée comme insuffisante et menée à trop petite échelle. Le professeur Gilbert Achcar de SOAS a fait remarquer que « le soutien de Washington à l’opposition syrienne relevait plus de la plaisanterie que d’une entreprise sérieuse ». Alors que Achcar avait fait cette réflexion six mois après les révélations concernant l’énorme scandale des opérations de la CIA en Syrie, il est difficile d’imaginer le niveau qu’aurait dû atteindre ce soutien militaire pour paraître plus qu’une plaisanterie. Ce récit mensonger d’une intervention US inexistante ou inappropriée associé à sa justification émaillée de propos injurieux est  courante, y compris chez les commentateurs qui écrivent pour la presse de gauche. Certains gourous comme Murtaza Hussain (The Intercept) ont été jusqu’à affirmer que les Etats-Unis étaient intervenus en Syrie mais « en faveur d’Assad« , propos absurdes que Glenn Greenwald a également exprimés.

Une atmosphère d’intimidation

Je rapporte l’anecdote suivante non pas pour me présenter en victime ou susciter de la sympathie mais plutôt pour donner un exemple du niveau auquel est tombé le discours sur la Syrie et pour aider à comprendre pourquoi  tant de personnes ont peur de prendre part à ce débat. En août 2016, Murtaza Hussain  interviewait  Mostafa Mahamed, alors porte-parole de Jabhat Fatah al-Sham, la nouvelle appellation de Jabhat al Nustra  ( al-Qaeda en Syrie), à une époque où les médias occidentaux assuraient, sans aucun esprit critique d’ailleurs, une certaine couverture du groupe. Au fil de cette interview, Mahamed développait sa vision sur le futur de la société syrienne et le rôle qu’y tiendrait le Jabhat Fatah al-Sham.

En revoyant cet interview, je fus surpris de constater que contrairement à une interview de Mahamed à Sky News  quatre jours plus tôt, Hussain n’avait pas jugé opportun de poser la question de savoir pourquoi Mahamed, un fondamentaliste australien né égyptien, dépourvu de liens avec le pays, devrait avoir son mot à dire sur l’avenir de la société syrienne. Je posai donc la question à Hussain sur Twitter et il écarta ma question avant de déclarer sèchement : « C’est amusant de de voir comme les Assadistes ressemblent vite à Mark Regev ». En me répondant ainsi et sans autre commentaire, il me dénonçait comme un assadiste à  ses 50.000 followers. Il m’assimilait aussi à bon compte à l’un des plus répugnants propagandistes d’Israël.

Cette sordide façon de répondre pour délégitimer un interlocuteur qui vous interroge poliment sur votre travail, cette façon de suggérer que la question n’est posée que dans une perspective assadiste, est révélatrice d’une tendance largement répandue dans le milieu. Suite à cet échange, nombre de personnes se sont interrogées sur l’attitude de Hussain à mon égard. Une de ces personnes, la journaliste américaine Rania Khalek, est par la suite devenue la première victime de cette attitude. Khalek, déjà très critiquée à l’époque, a été littéralement assaillie pour ses commentaires sur le Syrie au point qu’en octobre 2016, après avoir accepté de participer à une conférence à Damas, elle fut contrainte de se retirer comme éditrice à « Electronic Intifada »

Ironiquement, Khalek n’avait en fin de compte même pas pris part à la conférence, tandis que de nombreux autres journalistes conventionnels y ayant participé ne reçurent aucune critique. Khalek était spécifiquement ciblé depuis de nombreux mois par un groupe dont faisait partie Oz Katerji, travaillant actuellement pour le radiodiffuseur public turque TRT World, ainsi que son confrère journaliste Charles Davis. Katerji avait prévenu Khalek dans un message explicite : « Change ta rhétorique ou nous continuerons notre campagne contre toi ». Il avait également envoyé des messages du même acabit à l’une des collègues de Khalek, Asa Winstanley.

Une récente enquête du journaliste Américain Max Blumenthal a déclenché de furieuses réponses et dans la foulée, une campagne d’intimidation similaire à celle dont Khalek fut l’objet. Dans son enquête, Blumenthal rapporta de nombreux faits gênants concernant les Casques Blancs et le groupe de lobbying la Syria Campaign (tous deux prônant fortement l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne). Ces faits gênants avaient semé la débâcle parmi les nombreux supporters des deux groupes.

L’enquête de Blumenthal, dont je recommande la lecture, est basée sur des faits. C’est tout sauf une « calomnie» comme elle fut largement dépeinte.

La fureur de la réaction face au travail de Blumenthal m’a décontenancé. Pas seulement parce que la plupart des informations qu’il contenait était déjà bien connues dans quelques cercles en ligne et avaient déjà été publiées ailleurs auparavant ; mais parce que Blumenthal n’avait pas enquêté sur les allégations explosives selon lesquelles les Casques Blancs auraient faussé certaines images et séquences.

Ces accusations (sans mentionner qu’elles avaient été décriées comme étant sans pitié et dégoutantes) ont par la suite reçu un quelconque crédit après qu’un étrange incident soit survenu dans une vidéo (qui a depuis été supprimée), postée par les Casques Blancs lors d’un mannequin challenge, dans laquelle deux de ses membres ainsi qu’un homme soi-disant blessé et piégé dans des décombres, posaient silencieusement et sans le moindre mouvement pendant trente secondes avant qu’un sauvetage dramatique ne commence et que l’homme se mette subitement à crier de douleur.

Malgré cette omission, après que son enquête fut publiée, Blumenthal fut immédiatement attaqué et insulté par nombre de personnes proéminentes en Syrie ;

Robin Yassin-Kassab l’a traité de « sale profasciste » cherchant « désespérément l’attention, et à distraire du génocide et des crimes impérialistes russes ». Muhammad Idrees Ahmad, qui a déclaré que les Casques Blancs étaient sa famille et qu’ «une attaque envers eux est une attaque envers moi », a réagi à l’article dans une furie similaire. 

En effet, Blumenthal a déclaré penser que la plupart des appels téléphoniques abusifs et menaçants qu’il a reçu après la publication de l’enquête étaient en fait l’œuvre d’Idées Ahmad. En réponse à ce travail, un journaliste de BuzzFeed, Borzou Daragahi, a employé une autre stratégie couramment utilisée pour salir les positions politiques de gauche, à savoir leur « pathologisation ». Daragahi a déclaré que « l’obsession de la gauche avec les Casques Blancs est très déplacée et démontre très probablement des complexes maternels irrésolus ainsi que de nombreux troubles psychologiques parmi cette gauche».

Daragahi a poursuivi en donnant plus de détails sur cette analogie obscène de violence conjugale en déclarant « peut-être papa bat-il maman comme Assad bombarde les civils. Vous vous sentez coupable de vous ranger aux côtes de votre père (Assad) et éprouvez de la rage envers maman (les civils) ». Précédemment, Daragahi a calomnié les anti-impérialistes de « pas très gauchistes, juste anti-Occidentaux, des gens en colère, des dérangés avec d’énormes troubles oedipiens ».

Dans un échange avec Vijay Prashad, Joey Ayoub de Global Voices a dénigré Blumenthal, le qualifiant de « pseudo journaliste avec un clair mépris pour les Syriens ». Une critique particulièrement hypocrite de la part d’Ayoub sachant que, dans une distorsion totale et brusque de la réalité, il a ensuite déclaré qu’il n’y avait pas deux camps en Syrie puisqu’ «une importante majorité des Syriens s’est élevée contre Assad ». 

Pour Ayoub, écarter aussi effrontément une proportion substantielle de la Syrie seulement parce qu’elle n’est pas d’accord avec son point de vue, soulève de sérieux doutes quant à son objectivité.

Aucun d’entre eux ne fut capable de contredire la précision de l’investigation de Blumenthal. La réaction générale et parfois hystérique d’Ayoub, de Daraghi et d’autres n’est pas seulement due au fait que pour la première fois, un journaliste de la stature de Blumenthal osait critiquer Syria Campaign et les Casques blancs. Il apparait que la critique violente à l’égard de Blumenthal était surtout due au fait qu’il « était l’un des nôtres. » En effet, en 2012, Blumenthal avait démissionné de façon très spectaculaire du journal libanais Al-Akhbar,  dénonçant sa prétendue position éditorialiste en faveur d’Assad. Une réponse forte à la décision de Blumenthal a été écrite par Sharmine Narwani (l’un des rédacteurs critiqués d’Al-Akhbar) et peut être lue ici.

Le traitement que Blumenthal et Khalek ont reçu est un bon indicateur de l’ampleur de la restriction du débat public sur la Syrie. Tous deux avaient exprimé dans le passé un sentiment « anti Assad » et n’avaient changé leur position vis à vis de la Syrie que récemment. Pourtant, malgré l’importance de leur profil, ou peut-être à cause de celle-ci, ils ont tous deux été largement attaqués en tant que supposés serviteurs impitoyables d’Assad ;  et dans le cas de Khalek, la campagne contre elle la força à démissionner.

La campagne contre Jeremy Corbyn et le contexte au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, une attention significative a récemment été apportée à la position sur la Syrie de Jeremy Corbyn. Surtout après qu’Oz Katerji, dont nous avons déjà parlé et qui de ses propres aveux soutient explicitement la guerre contre la Syrie, a interrompu plusieurs fois Corbyn durant un événement de la coalition « Stop the War » en octobre 2016.

Cette critique de Corbyn fait partie d’une campagne plus vaste au Royaume-Uni qui a attaqué la coalition « Stop the War » et « la gauche » en général pour son refus de  soutenir l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne ainsi que sa condamnation prétendument insuffisante des gouvernements russe et syrien.

La récente déclaration de Joey Ayoub selon laquelle il n’y aurait « littéralement aucune différence » entre « la plupart de la gauche  occidentale et l’actuelle extrême droite » à l’égard de la Syrie, est typique de cette tendance. On peut voir Chris Nineham, vice-président de Stop the War, répondre calmement et efficacement dans cette interview

L’écrivain Robin Yassin-Kassab a été l’un des critiques les plus virulents de Corbyn. Il est connu pour son roman paru en 2008 « The road to Damascus » et son récent livre « Burning Country: Syrians in Revolution and War » co-écrit avec Leila Al-Shami.

Yassin-Kassab se voit régulièrement attribué une importante tribune depuis laquelle il peut s’exprimer et écrire à propos de la Syrie, spécialement au Royaume-Uni.

Il fait référence à Corbyn par les termes de « pro-Poutine » et « pro-Khamenei » ainsi que « parasite staliniste ». Il a même été jusqu’à demander que le leader du parti travailliste soit déchu sur base de son supposé « Stalinisme (ou Poutinisme, Assadisme qu’importe le nom) ».

Il a vilipendé de manière similaire Jill Stein (la candidate du parti Vert à la présidentielle américaine), la traitant de « merde ridicule » et l’accusant de « frelater avec le criminel impérialiste Poutine ».

En addition à ces commentaires outrageux, Robin Yassin-Kassab a pris nombre de positions extrêmement problématiques qui remettent en question sa crédibilité en tant qu’orateur impartial sur la Syrie. Yassin-Kassab a ouvertement et à grands cris, appelé l’Occident à armer l’opposition en Syrie. Il a également catalogué l’idée selon laquelle les Etats-Unis seraient intéressés à un changement de régime en Syrie, de « fausse idée » par laquelle seraient obsédés les gauchistes occidentaux.

En février 2013 durant une séance de questions-réponses après l’interprétation de la pièce Sour Lips d’el-Khairy, je l’ai entendu prétendre spécieusement que la situation en Syrie était directement comparable à celle en Palestine, c’est à dire à un conflit entre colonisateurs (Israel/Assad) et colonisés (Palestiniens/Syriens). 

De façon déconcertante il a encensé en avril 2014 la « brillante » offensive de Lattakia et a spécialement remercié Erdogan et la Turquie pour « ses lignes d’approvisionnement » qui l’ont facilitée.

Cette offensive, qui a été menée par une coalition de groupes rebelles incluant Jabhat al-Nusra (l’équivalent d’Al-Qaïda en Syrie) s’en est prise à des zones civiles. Une fois la ville de Kessab prise, la coalition a pillé les commerces et les maisons des Arméniens, pris en otage des familles et profané les trois églises de la ville, forçant près de 2000 Arméniens à fuir.

Plus inquiétant encore, en addition à ce qui vient d’être détaillé ci-dessus, Yassin-Kassab a adopté des positions incroyablement réactionnaires par rapport aux évènements en Syrie qui illustrent à quel point les idées de ces activistes sont extrêmes. Par exemple en décembre 2015, quand Zahran Alloush, leader du groupe soutenu par l’Arabie Saoudite, Jaish al-Islam a été tué lors d’une offensive aérienne, Yassin Kassab a publiquement appelé à la vengeance face à l’œuvre des  « impérialistes russes ». Alloush était un extrémiste wahhabite impliqué dans bon nombre de violations brutales des droits de l’Homme, incluant la torture et l’assassinat tout comme la vente de nourriture et d’aide médicale à prix gonflés. En 2013, Alloush (qui était fermement opposé à la démocratie en Syrie) avait de fait annoncé le rétablissement du califat omeyyade et déclaré que « nous enterrerons ces têtes impures de chiites, si Dieu le veut ».

Il était bien peu probable que Yassin Kassab ait pu ignorer cela, ce qui fait de son appel à la vengeance d’un tel seigneur de guerre violemment sectaire, une sérieuse préoccupation. Il en va ainsi lorsque, dans une façon de penser sectaire avec laquelle Alloush aurait probablement été d’accord, Yassin Kassab a déclaré que « l’expansionnisme des chiites iraniens est la principale cause de la hausse du djihadiste sunnite ». Il a également défendu que « les milices chiites djihadistes transnationales iraniennes sont actuellement la plus grande source de sectarisme dans la région ». Dans ce contexte, il a même déclaré que « la plupart du peuple syrien dirait probablement que l’EI est mieux qu’Assad ».

Qu’un homme avec des opinions aussi extrêmes puisse être invité dans des festivals littéraires, dans des institutions culturelles ou encore des universités anglaises ou américaines, voir même dans des associations défendant les droits de l’Homme, ne fait que démontrer la fausseté du discours de l’opinion majoritaire sur la Syrie.

De concert avec tant d’autres personnes qui soutiennent une intervention militaire plus poussée en Syrie, Yassin-Kassab semble également faire preuve de déni face à la réalité des évènements en Lybie. En mai 2016, il a soutenu qu’en Lybie, une « révolte populaire » contre un « fasciste » qui massacrait son propre peuple avait eu lieu et qu’il était « occidento-centrique » de soutenir que la chute de Kadhafi était le résultat de l’intervention de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

Ce point de vue a été partagé par de nombreux auteurs dont Ayoub, pour qui affirmer que la Lybie a été détruite [par les puissances impérialistes] est « méprisant envers les Libyens » qui ont mené la révolution démocratique contre Kadhafi. De plus, il décrit la Lybie comme étant un paradis en comparaison de la Syrie.

Cette interprétation des faits en Lybie a été totalement désapprouvée par de nombreuses sources dont un rapport du Comité des affaires étrangères du Royaume-Uni qui est plus amplement détaillé ci-dessous.

Le discours académique : Libye – un modèle pour la Syrie?

Le discours académique dominant vis à vis de la Syrie, sauf quelques exceptions notables, a été quasiment impossible à différencier de ce qui abonde dans la plupart des médias. En fait, nombre d’académiciens se sont montrés ouverts et, dans certains cas, fanatiquement favorables à une augmentation de l’intervention militaire en Syrie. Par exemple, Gilbert Achcar a réprimandé maintes fois le Président Obama pour avoir échoué à armer suffisamment l’opposition syrienne.  Bien que ce dernier le nie avec véhémence depuis, il a soutenu l’intervention de l’OTAN en Libye. En mars 2011, Achcar a affirmé qu’étant donné « l’imminente menace de meurtre de masse » il était « moralement et politiquement mal pour quiconque de la gauche, de s’opposer à la zone d’exclusion aérienne » tout comme l’idée selon laquelle « les puissances occidentales interviennent en Lybie parce qu’elles veulent renverser un régime hostile à leurs intérêts » était totalement absurde. Malgré des récits de rebelles libyens attaquant sans distinction et plaçant en détention des Africains noirs, Achcar a décrit les forces de l’opposition comme étant unies « dans leur désir de démocratie et respect des droits humains ».

Il a également rejeté l’idée selon laquelle le plus gros de l’opposition serait composée d’islamistes extrémistes,  affirmant qu’il s’agissait pour Kadhafi  « d’essayer de gagner le soutien de l’Occident ». Sur les perspectives d’avenir une fois Kadhafi renversé, il a déclaré que « s’il n’y a pas de clarté sur ce à quoi l’après-Kadhafi ressemblera, alors cela ne peut être pire que le régime de Kadhafi ».

Ces déclarations déjà douteuses à l’époque se sont toutes avérées être complètement incorrectes. En septembre 2013, une étude de l’université de Harvard stipulait que Kadhafi n’avait pas ciblé les civils ni usé de la force sans faire de distinction, que les islamistes étaient en effet majoritaires dans les rangs des forces rebelles, que l’intervention avait non seulement accru drastiquement le nombre de victimes dans le conflit, mais aussi exacerbé « les violations des droits de l’Homme, la souffrance massive, le radicalisme islamique et la prolifération d’armes en Libye et chez ses voisins ».

Toutes ces conclusions ont été confirmées et développées trois ans plus tard par le Comité des affaires étrangères du gouvernement du Royaume-Uni dans son rapport sur l’intervention qui stipulait qu’elle avait causé « l’effondrement politique et économique, des guerres entre milices et tribus, des crises humanitaires et migratoires, largement répandu les atteintes aux droits de l’Homme, dispersé les armes du régime de Kadhafi à travers la région et permis l’essor de l’Etat islamique en Afrique du Nord ». Malheureusement, le fait de s’être à ce point trompé sur la Lybie ne semble pas avoir fait réfléchir Achcar. Malheureusement, il a tenu un discours remarquablement similaire sur la Syrie et s’y accroche obstinément. 

Thomas Pierret de l’université d’Edimbourg a adopté une position similaire, explicitement pro-interventionniste. Il a appelé à plusieurs reprises une intervention américaine en Syrie. Peut-être et sans surprise, étant donné son désir fiévreux d’escalade du conflit, Pierret prend-il une position résolue en faveur de la dissolution potentielle de l’Etat syrien tout entier, arguant effrontément : « pourquoi devrions nous avoir peur de l’absence d’Etat en Syrie ? Sans Etat, la Libye s’en sort beaucoup mieux que la Syrie». Une telle attitude est probablement facile à adopter depuis le confort de l’Ecosse en comparaison à un Syrien dont la survie dépend de l’Etat ou l’un des quelque 1.8 millions de Libyens (un tiers de la population entière) qui furent forcés de fuir en Tunisie après le démantèlement de l’Etat libyen.

En plus de son investissement dans des campagnes d’intimidation comme celles décrites ci-dessus, Muhammad Idrees Ahmad, maitre de conférence à l’université de Stirling, nous a également éclairé sur la destruction de la Libye en comparant son état actuel comme étant plus favorable que celui de la Syrie, prétextant qu’il était en train « d’être réduit en cendres » par Kadhafi avant l’intervention.

Ahmad a pris une position fortement pro-interventionniste sur la Syrie. Il parcourt les réseaux sociaux avec acrimonie et étiquette fréquemment toute position ou individu avec qui il ne serait pas d’accord, notamment le magasine Jacobin et Seymour Hersh, qualifiés de fascistes. Il a aussi récemment décrit Glenn Greenwald comme étant « objectivement pro-Assad » et l’« alternative gauchiste de l’Ayatollah », le blâmant pour l’élection récente de Trump. Malheureusement les opinions d’Idrees Ahmad et les attaques envers ses adversaires ne sont que les expressions les plus tarabiscotées d’une position qui est largement soutenue dans le milieu académique occidental quant à l’intervention en Syrie.

Le mythe des experts neutres

Durant les cinq dernières années et comme l’on pouvait s’y attendre, un discours similaire a dominé le monde des « think-tanks »  et des experts en matière d’affaires étrangères (ce qui est en réalité d’habitude une manœuvre impérialiste sans en porter le nom). Au court de cette période, certains critiques sans vergogne ont réussi à se faire passer pour des spécialiste de la Syrie et de la région de manière large.

Il a été énormément déconcertant de voir tant de personnes – à la fois dans les médias et dans le monde universitaire – prêter attention aux analyses de ces partisans souvent profondément compromis, comme si elles étaient objectives.

L’une des figures les plus proéminente à avoir bâti sa carrière sur le dos de la guerre en Syrie de cette manière est Charles Lister du Middle East Institute (un ancien de la Brookings Institution à Doha). Lister n’a jamais caché son soutien à l’intervention. Durant un certains nombre d’années, il a sournoisement éclipsé l’intervention de l’Occident en Syrie. En octobre 2015, il a soutenu que quatre ans et demi d’inaction de la part des « Etats-Unis et des pays occidentaux » en Syrie démontrait clairement à quel point « ne rien faire est souvent pire que de faire quelque chose »

Plus récemment, Lister a coécrit une tribune avec John Allen, un général à la retraite du corps des Marines des Etats-Unis, dans laquelle le duo plaidait en faveur d’une guerre contre la Russie et la Syrie. Dans un autre article plus récent dans lequel il s’attaquait à la position de Trump sur la Syrie, Lister a soutenu et sans aucune preuve, l’extraordinaire idée selon laquelle le gouvernement syrien aurait ‘méthodiquement’ mis sur pied Al-Qaïda en Irak et ensuite Daesh, de 2003 jusque 2010. Pourtant, beaucoup continuent inexplicablement – étant donné ses liens ouverts avec l’establishment américain, ses opinions en faveur de la guerre et ses fréquentes déclarations sans substance – de considérer Lister comme étant une source neutre d’expertise. C’est sans aucune surprise par contre que Yassin-Kassab a encensé et défendu Lister des critiques.

En plus de travailler pour Brookings et par la suite le Middle East Institute, Lister fait également partie de l’initiative « Track II Syria ». Durant l’évolution de son travail qui a été de son propre témoignage, « financé à 100 pourcent par les gouvernements occidentaux », Lister a de toute évidence noué des liens étroits avec des membres de nombreux groupes armés en Syrie. A certains moments, son rôle semble avoir en réalité été celui d’agent en relations publiques auprès de ces groupes et vis à vis de l’Occident en annonçant leurs changements de nom, leurs fusions et en limitant les dégâts dans leurs exercices occasionnés par leur brutale violence.

Aucun évènement n’a mieux illustré cela que la décapitation d’un jeune garçon palestinien par la brigade Nur al-Din al-Zinki en juillet 2016. Lister avait précédemment soutenu que Al-Zinki (bénéficiaire des armes et du support financier du gouvernement américain), était l’un des groupes qui avait formé les 70 000 combattants supposément ‘modérés’ en Syrie dont Cameron avait déclaré l’existence en novembre 2015. Quand des extraits de la décapitation parurent en ligne, Lister a presque immédiatement tweeté qu’il venait tout juste de parler avec le groupe et que ce dernier émettrait une déclaration y répondant sous-peu.

Plus tard durant la même journée, Lister a réitéré son avis selon lequel il était « complètement absurde » de comparer al-Zinki et d’autres groupes avec l’EI ou Al-Qaida et que cela était « complètement hors débat ». Agir ainsi juste après avoir regardé les groupes du membres railler et ensuite décapiter un enfant était choquant. D’autre part, son plan paradoxal pour considérablement « diminuer » le conflit en Syrie (écrit après le déroulement de la décapitation d’al-Zinki) était d’augmenter les expéditions d’armes à ces groupes rebelles.

Un autre analyste qui s’est montré fortement en faveur d’une intervention militaire américaine en Syrie pendant plusieurs années est un ancien collègue de Lister au Brookings Institute, Shadi Hamid. Tout comme Lister, Shamid a véhiculé maintes fois le canular selon lequel les USA ne seraient pas intervenus en Syrie ni au Moyen-Orient, prétextant qu’Obama avait adopté une politique de « laisser-faire » dans la région. Il a même affirmé que cette politique a contribué à la récente victoire électorale de Donald Trump.

En bref, Hamid – qui a tenu que l’intervention de l’OTAN en Lybie était en réalité un succès et qu’un monde meilleur n’était possible sans l’armée américaine – est l’un des plus flagrants et nuisibles propagandistes pour l’Empire américain actuel. Peu de gens représentent mieux que Hamid le portrait décrit par Edward Said du « cœur d’intellectuels enthousiastes et rassurants à propos de ces empires altruistes et chaleureux, comme si l’on ne devrait pas croire en nos yeux ». Il est effarant qu’il soit souvent considéré comme étant un expert neutre sur la Syrie et la région.  

A nouveau, il est important de se souvenir que les positions en faveur de la guerre tenues pas Lister et Hamid ne sont pas uniques mais en fait largement représentatives de celles de leurs pairs, à la fois dans leurs propres institutions et dans d’autres semblables aux leurs. Hassan Hassan et Michael Weiss font partie de ces autres « experts » dont on aurait pu longuement parler à ce propos, qui ont explicitement appelé au démantèlement et à l’occupation de la Syrie par les Etats-Unis ; tout comme Emile Hokayem, du soi-disant institut indépendant des études stratégiques internationales, qui a en réalité reçu près d’un tiers de ses fonds directement de la famille dirigeante du Bahrain.

Dans un exemple frappant de cet obscurantisme dans lequel ces analystes excellent, Hoyakem a déclaré pendant qu’il était sur scène avec Charles Lister, qu’il était complètement inutile de découvrir qui subsidiait Daesh et qu’il fallait plutôt considérer l’émergence d’un tel groupe comme étant le résultat des échecs de la société du Moyen-Orient dans son ensemble. Hoyakem a même déclaré en octobre 2016 que vaincre l’Etat islamique consisterait une évolution négative pour la région.

Tout au long de cet article, j’ai délibérément identifié un certain nombre de personnes, j’ai fourni des échanges et des commentaires parus sur les réseaux sociaux et qui avaient été  jusqu’ici été dissimulés avec brio au grand public.

Il y a beaucoup d’autres individus, d’incidents ou de thèmes dont j’aurais pu discuter mais que j’ai, par soucis de brièveté, choisi de limiter afin de ne me concentrer que sur les faits les plus importants.

En plus de souligner que certains de ces individus ont des connexions et attitudes inquiétantes, j’espère qu’en jetant la lumière sur ces campagnes d’intimidation et d’agression entreprises par nombre de voix importantes sur la Syrie encouragera les autres à être plus critiques sur l’analyse qu’on leur livre et à se demander qui sont réellement ceux qu’ils écoutent.

Etant donné les conséquences potentiellement désastreuses de l’augmentation de l’intervention militaire en Syrie, les enjeux ne pourraient être plus importants. Nous ne pouvons pas nous permettre que ces avis soient les seuls à être entendus dans le débat.

Louis Allday is a PhD candidate at SOAS based in London.  Follow him on Twitter @Louis_Allday.

Source originale: MR Online

Traduit de l’anglais par Olivier Mignon pour Investig’Action

Source: Investig’Action

Publié par El Diablo

« Amnesty International » dénonce des exécutions massives en SYRIE, sans fournir la moindre preuve.

« Amnesty International » dénonce des exécutions massives en SYRIE, sans fournir la moindre preuve.

Un nouveau rapport d’Amnesty International affirme que le gouvernement syrien a fait pendre entre 5 000 et 13 000 prisonniers dans une prison militaire en Syrie. La preuve de cette allégation est fragile, basée sur ce qu’ont entendu dire des personnes anonymes qui ne vivent pas en Syrie. Les chiffres eux-mêmes sont des extrapolations qu’aucun scientifique ou tribunal n’accepterait jamais. Il s’agit d’un reportage romancé digne de la presse à sensation, depuis son titre « Abattoir humain » jusqu’à son dernier paragraphe.

Mais le rapport d’Amnesty n’est pas encore assez partisan pour les médias anti-syriens. Ils ne citent à chaque fois que la fourchette la plus élevée des chiffres d’Amnesty. Pour certains, ce n’est même pas encore assez. L’Associated press agency, copiée par de nombreux médias, titre :

Rapport : Au moins 13 000 pendus dans une prison syrienne depuis 2011 :

BEYROUTH (AP) - Les autorités syriennes ont tué au moins 13 000 personnes depuis le début de l’insurrection de 2011 dans des pendaisons de masse dans une prison du nord de Damas, appelée « l’abattoir » par les détenus, a déclaré Amnesty International mardi dans son rapport.

Que veut dire ce « au moins 13 000 » dans un rapport déjà contestable où « 13 000 » est le chiffre le plus élevé d’une très large fourchette ?

Voici un lien vers le rapport en question.

Avant de nous pencher sur quelques détails, voilà déjà ce qu’on trouve dans la « synthèse » :

De décembre 2015 à décembre 2016, Amnesty International s’est intéressé aux différentes formes de violations commises à la prison militaire de Saydnaya (Saydnaya) ainsi qu’à leur déroulement et à leur ampleur. Au cours de cette enquête, l’organisation a interrogé 31 hommes arrêtés à Saydnaya, quatre fonctionnaires ou gardiens de prison qui travaillaient auparavant à Saydnaya, trois anciens juges syriens, trois médecins qui travaillaient à l’hôpital militaire de Tishreen, quatre avocats syriens, des experts nationaux et internationaux en détention en Syrie et 22 membres de la famille de personnes qui étaient ou sont encore détenues à Saydnaya.

...

A partir des preuves fournies par des personnes qui travaillaient au sein des autorités pénitentiaires de Saydnaya et des témoignages de détenus, Amnesty International estime qu’environ 5 000 à 13 000 personnes ont été exécutées extrajudiciairement à Saydnaya entre septembre 2011 et décembre 2015.

Il y a plusieurs problèmes dans ce rapport.

1. La plupart des témoins sont identifiés comme des personnalités de l’opposition et des « anciens » fonctionnaires qui ne vivent pas en Syrie. Des personnes vivant en Syrie auraient été interrogées à distance, mais on ne sait pas si elles vivaient dans des zones détenues par le gouvernement ou par les insurgés. Page 9 du rapport :

La majorité des entretiens entre personnes physiques ont eu lieu dans le sud de la Turquie. Les autres entretiens ont été effectués à distance par téléphone ou autre avec des personnes qui étaient encore en Syrie ou des personnes basées au Liban, en Jordanie, dans des pays européens et aux États-Unis.

Il est bien connu que l’insurrection syrienne est financée par des gouvernements étrangers à coups de milliards de dollars par an. Elle est passée maître dans l’art de la propagande. Ces témoins semblent tous avoir intérêt à condamner le gouvernement syrien. Il n’y a pas dans ce rapport la moindre velléité de fournir un point de vue divergent. Amnesty a trouvé les personnes qu’il a interrogées en contactant d’autres ONG internationales et des groupes d’opposition (de propagande) dont on sait qu’ils sont financés par l’étranger :

Ces groupes incluent Urnammu pour la justice et les droits de l’homme, le Réseau syrien pour les droits de l’homme et l’Institut syrien pour la justice et la responsabilité.

2. Les chiffres fournis par Amnesty sont très variés. Aucun n’est documenté par des listes ou des documents. Ils sont basés uniquement sur les estimations de deux témoins à partir d’ouï-dire :

Des personnes qui travaillaient avec les autorités pénitentiaires de Saydnaya ont déclaré à Amnesty International que les exécutions extrajudiciaires liées à la crise en Syrie avaient commencé en septembre 2011. Depuis, la fréquence d’exécution a varié et augmenté. Pendant les quatre premiers mois, sept à vingt personnes ont été habituellement exécutées tous les 10 à 15 jours. Pendant les 11 mois suivants, entre 20 et 50 personnes ont été exécutées une fois par semaine, généralement le lundi soir. Pendant les six mois suivants, des groupes de 20 à 50 personnes ont été exécutés une ou deux fois par semaine, le plus souvent le lundi et / ou le mercredi soir. Les témoignages de détenus suggèrent que les exécutions ont été menées à un rythme similaire, voire supérieur, au moins jusqu’en décembre 2015. En supposant que le taux de mortalité soit resté le même que celui de la période précédente, Amnesty International estime qu’entre 5 000 et 13 000 personnes ont été exécutées extrajudiciairement à Saydnaya entre septembre 2011 et décembre 2015.

Les chiffres du grand titre sont tout simplement extrapolés dans la note de bas de page 40 grâce à un calcul rapide du type : « Si A était vrai alors B serait X », à partir de « de x à y personnes », « une ou deux fois par semaine », « suggère » et « en supposant que »,

Ces estimations sont fondées sur les calculs suivants. Si sept à vingt ans ont été tués tous les 10 à 15 jours de septembre à décembre 2011, le chiffre total sesituerait entre 56 personnes et 240 personnes pour cette période. Si de 20 à 50 personnes ont été tuées chaque semaine de janvier à novembre 2012, le chiffre total se situerait entre 880 et 2 200 pour cette période. Si de 20 et 50 personnes ont été tuées dans 222 exécutions (en supposant que les exécutions aient été effectuées deux fois par semaine deux fois par mois et une fois par semaine une fois par mois) de décembre 2012 à décembre 2015, le chiffre total se situeraitentre 4 400 et 11 100 pour la période. Ces calculs donnent un chiffre minimum de 5 336, arrondi au millier le plus proche, soit 5 000, et 13 540, arrondi au millier le plus proche, soit 13 000.

2. Je n’entrerai pas dans les détails des déclarations des témoins sur la base desquelles le rapport est rédigé. Elles semblent pour le moins exagérées et en tous cas absolument pas vérifiables. À la fin, c’est sur de purs ouï-dire qu’Amnesty fonde ses conclusions. Voilà, par exemple, un extrait de la page 25 :

« Hamid », un ancien officier de l’armée lors de son arrestation en 2012, se souvient des bruits qu’il a entendus la nuit pendant une exécution : « Il y a eu le bruit de quelque chose qu’on sortait - comme un morceau de bois, je ne suis pas sûr - et alors on entendait le bruit des gens qu’on étranglait ... Si on mettait ses oreilles contre le sol, on entendait une sorte de gargouillement. Cela durait environ 10 minutes ... On s’endormait au son des gens qu’on étouffait. C’était normal pour moi alors. »

Un tribunal pourrait accepter des indications comme « son de » « je ne suis pas sûr », « le bruit d’une sorte de gargouillis à travers le béton » comme la preuve que quelqu’un prenait une douche quelque part. Mais comme la preuve d’exécutions ?

De tous les témoins qu’Amnesty affirme avoir interviewé, seulement deux personnes, un ancien fonctionnaire de la prison et un ancien juge, décrivent des exécutions réelles (page 25). La lecture de leurs déclarations ne permet pas de savoir s’ils ont été témoins des pendaisons elles-mêmes ou s’ils rapportent simplement ce qu’on leur a dit.

3. Le nombre de personnes qui ont été exécutées selon Amnesty est - au mieux – de la pure spéculation. Comment se fait-il qu’Amnesty aient aussi peu de noms à fournir ? À la page 30 de son rapport, il écrit :

D’anciens détenus du bâtiment rouge de Saydnaya ont fourni à Amnesty International les noms de 59 individus qu’ils ont vu sortir de leurs cellules dans l’après-midi, et dont on leur a dit qu’ils étaient transférés dans des prisons civiles en Syrie. Les preuves contenues dans ce rapport suggèrent qu’en fait ils ont été exécutés extrajudiciairement.

Et

D’anciens gardiens de prison et un ancien officiel pénitentiaire de Saydnaya ont également fourni à Amnesty International les noms de 36 détenus qui avaient été exécutés extrajudiciairement à Saydnaya depuis 2011.

Ces 95 personnes, dont certaines ont peut-être été « exécutées » - ou non, sont les seules dont Amnesty est capable de donner le nom. C’est moins de 1-2% des 5 000 à 13 000 détenus exécutés selon le rapport. Tant de témoins et si peu de détails sur les personnes qui auraient été tuées ?

Amnesty lui-même reconnaît que ses chiffres sont imaginaires. Sous le titre « Décès documentés » à la page 40, il ajoute des noms et des chiffres à ceux qui sont mentionnés ci-dessus, mais ceux-là ne proviennent pas d’exécutions :

Le nombre exact de décès à Saydnaya est impossible à préciser. Toutefois, le Réseau syrien des droits de l’homme a vérifié et partagé avec Amnesty International les noms de 375 personnes décédées à Saydnaya à la suite de tortures et d’autres mauvais traitements entre mars 2011 et octobre 2016. Parmi elles, 317 étaient des civils au moment de leur arrestation, 39 étaient membres de l’armée syrienne et 19 étaient membres de groupes armés non étatiques. Au cours des recherches nécessaires à la rédaction de ce rapport, Amnesty International a obtenu les noms de 36 personnes supplémentaires décédées à la suite de tortures et d’autres mauvais traitements à Saydnaya. Ces noms ont été fournis à Amnesty International par d’anciens détenus qui ont été témoins des décès dans leurs cellules.

« Le réseau syrien des droits de l’homme » (SNHR) est un groupe établi au Royaume-Uni et probablement relié aux services secrets britanniques et à des sources financiaires douteuses. Voilà tout ce qu’il dit de lui-même :

Le SNHR finance son travail et ses activités par des dons inconditionnels de particuliers et d’institutions.

Ça, c’est de la vraie transparence !

Le SNHR est connu pour émettre des allégations assez ridicules sur les morts causées par différents camps du conflit. On ne sait pas qui le SNHR qualifie de civils - même les milices civiles armées ? Mais notez que le SNHR ne dit pas que les « civils », qui selon lui sont morts en prison, ont été exécutés. Comment est-il possible qu’une organisation fréquemment citée dans les médias comme une source bien informée sur les victimes en Syrie n’ait pas de dossier sur les 5 000 à 13 000 personnes qui ont été exécutées selon Amnistie ?

4. Le rapport est étoffé avec des images satellites avant / après de cimetières agrandis en Syrie. Il prétend que ces agrandissements montrent qu’il y a été creusé des fosses communes d’opposants du gouvernement. Mais il n’y a aucune preuve de cela. Beaucoup de gens sont morts en Syrie tout au long de la guerre dans tous les camps du conflit.
L’agrandissement, par exemple, du Cimetière des Martyrs au sud de Damas (p.29 / 30) n’est pas un signe de massacres d’insurgés anti-gouvernementaux. Seraient-ils honorés comme des martyrs par le gouvernement ?

5. Le rapport parle de prisonniers « exécutés extrajudiciairement », mais ensuite il décrit les procédures des tribunaux (militaires) et dit que le jugement doit être approuvé à un niveau supérieur. On peut ne pas aimer les lois qui régissent l’État syrien, mais les tribunaux et les procédures qu’Amnesty décrit semblent respecter les lois syriennes et les processus juridiques. Ils ne sont dont pas, extrajudiciaires, par définition.

6. Dans sa synthèse, le rapport d’Amnesty affirme que « les condamnations à mort sont approuvées par le Grand Mufti de Syrie et ... ». Mais il ne fournit aucune preuve d ’« approbation » par le Grand Mufti dans les minutes du rapport. À la page 19, il affirme, en se fondant sur deux anciens fonctionnaires de la prison et des tribunaux :

Le jugement est envoyé par la poste militaire au Grand Mufti de Syrie et soit au ministre de la Défense ou au chef d’état-major de l’Armée de terre, qui sont mandatés pour représenter le président syrien Bashar al-Assad et qui spécifient la date de l’exécution.

Il est fort peu probable que le gouvernement syrien « mandate » ou même informe le Grand Mufti dans des cas de procédures militaires ou pénales. N’en déplaise à Amnesty International, la Syrie est un État laïc. Le Grand Mufti en Syrie est l’autorité légale civile de partisans de la religion musulmane sunnite en Syrie, mais il n’a pas de rôle judiciaire officiel. Voilà un extrait d’une thèse suisse de 2010, Modèles de liberté religieuse : Suisse, Etats-Unis et Syrie qu’on trouve ici :

En Syrie, un mufti est un expert juridique et religieux (faqih et alim) qui a le pouvoir de faire des recommandations juridiquement non contraignantes(sing. Fatwa, pl. Fatawa) en matière de droit islamique.

...

Les conseils recherchés par un juge de la shari’a ou par des particuliersconcernent les règles de statut personnel de la communauté musulmane seulement. Dans la République arabe, les fatawas ne jamais donnés ni aux autorités publiques ni aux fonctionnaires individuels.

Ni la Constitution syrienne ni aucune loi syrienne ne fait, à ma connaissance, référence à un rôle quelconque du Grand Mufti dans un tribunal militaire ou civil. On ne trouve mention nulle part ailleurs d’une décision de justice « approuvée par le Grand Mufti de Syrie ». Ce que dit Amnisty est très probablement faux. Le Grand Mufti, le Cheikh Ahmed Badreddin Hassoun, est un savant modéré,reconnu et émérite. Il devrait poursuivre Amnesty en justice pour calomnie.

La loi syrienne inclut une peine de mort pour certains crimes graves et violents. Avant 2011, les exécutions réelles en Syrie étaient très rares, la plupart des condamnations à mort étaient commuées. Les lois ont été amendées à la fin de 2011, quand la guerre en Syrie a commencé, pour permettre de condamner à mort ceux qui arment directement des terroristes.

Il est très probable que l’armée syrienne et / ou la justice civile condamnent à la mort des prisonniers étrangers et des « rebelles » syriens, s’ils s’avèrent coupables de crimes très graves. L’état syrien combat l’État islamique, Al-Qaïda et d’autres groupes extrémistes bien connus pour leurs meurtres de masse et autres atrocités. Il est probable que certaines de ces peines soient appliquées. Mais le gouvernement syrien a également accordé l’amnistie à dix mille « rebelles » qui avaient combattu le gouvernement, mais qui ont déposé les armes.

Les allégations contenues dans le rapport d’Amnesty sont basées sur des témoignages biaisés et fallacieux d’opposants qui vivent à l’extérieur du pays. Les chiffres de 5 000 à 13 000 brandis dans les grands titres sont calculés sur la base d’hypothèses creuses. Dans son rapport, Amnesty ne peut donner que 36 noms de personnes qui auraient été exécutées, soit moins que le nombre de « témoins » qu’Amnesty prétend avoir interrogés. Le grand nombre des prétendues exécutions, face au très petit nombre de noms donnés, n’est absolument pas crédible.

Rien dans ce rapport ne répond à la plus petite exigence de véracité scientifique ou juridique. C’est de la propagande pure et simple.

Note :Un premier jet de cet article a mélangé le Réseau syrien des droits de l’homme (SNHR) et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (SOHR). Tous deux sont enregistrés au Royaume-Uni et prétendent fournir des données exactes sur levictimes en Syrie. Seul le SNHR est référencé dans le présent rapport d’Amnesty.

Moon of Alabama
7 février 2017

Dominique Muselet

SOURCES:

M of A - Hearsay Extrapolated - Amnesty Claims Mass Executions In Syria, Provides Zero Proof

http://www.moonofalabama.org/2017/02/amnesty-report-hearsay.html

Amnistie dénonce des exécutions massives en Syrie, sans fournir la moindre preuve. par Moon of Alabama - COMITE VALMY

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article8239

lundi 13 février 2017

Palmyre: l'état islamique détruit les monuments antiques

Une nouvelle vidéo a été diffusée montrant la destruction par l'état islamique de monuments de la Cité antique de Palmyre. Pour autant, la communauté internationale garde le silence.
 
Le ministère de la défense russe a mis en ligne une vidéo tournée par un drone montrant l'étendue des dernières destructions de la Cité de Palmyre par les terroristes de l'état islamique en montrant des images tournées le 6 juin 2016 et celles du 5 février 2017:
 
 
On y découvre de nouvelles destructions sur le tétrapyle, un monument de 16 colonnes érigé à la fin du IIIe siècle, ainsi qu'à l'intérieur du Théâtre romain, daté pour sa part du IIe siècle. "Ces images montrent clairement que les terroristes ont détruit le proscenium, la partie centrale de l'ancien théâtre romain, et les colonnes du tétrapyle", souligne le ministère russe de la Défense dans un communiqué.
Le risque de ces destructions avaient été annoncés par l'état-major russe dès janvier 2017:
« Nous avons reçu des informations, confirmées par plusieurs sources, selon lesquelles les terroristes de l'EI déployaient une importante quantité d'explosifs dans la région de Palmyre afin de détruire le patrimoine historique de la ville », a déclaré le porte-parole de l'état-major russe Sergueï Roudskoï.
Malheureusement, ces horreurs se sont réalisées. Dans le silence total de l'Occident, qui s'inquiète manifestement beaucoup plus du régime d'Assad, dont l'armée lutte contre ces barbares, que des atrocités commises par les groupes terroristes. L'ampleur de cette complaisance est plus que suspecte. Et les articles dans la presse française sont d'une neutralité chocante: dans le cas contraire, il faudrait féliciter le combat mené par l'armée syrienne et le soutien russe. ce qui est impensable, bien sûr.
 
Toujours est-il que l'armée régulière syrienne, avec l'appui aérien de l'aviation russe, reprend du terrain, se trouve aujourd'hui à moins de 20km de Palmyre et ne cesse d'avancer:
« Depuis le 7 février, les détachements de l'armée syrienne ont repris à Daech un territoire de 22 km2. Les agglomérations d'El Kuleybe et de Kirkouk ainsi que les hauteurs stratégiques environnantes ont été libérées », a annoncé dans un communiqué diffusé ce lundi le ministère russe de la Défense.  

Les « néocons » battus à Alep veulent toujours la peau du Hezbollah

 

 

Alors que la coalition des nouveaux impérialistes se réjouissait par avance d'un coup double à jouer en Syrie, éliminer Bachar et le Hezbollah tout en écorniflant l'Iran, voilà que l'organisation de résistance libanaise sort renforcée de la victoire d'Alep. Il faut donc abattre Nasrallah et ses troupes par un autre moyen, le vieille arme de la CPI et des "crimes de guerre". La machine est en route.

Ce qui est pénalisant dans le vieillissement ce n’est pas seulement la difficulté que l’on éprouve à lacer ses chaussures, c’est que l’on parle de moments d’histoire que personne n’a connus. Outre les amis bancals qui vous accompagnent sur le chemin du cimetière. Ainsi Geneviève Tabouis, une journaliste qui a déclamé pendant trente ans ses chroniques sur « Radio Luxembourg », ça ne vous dit rien ! Cette amie d’Eleonor Roosevelt et de Joseph Staline avait coutume de démarrer son couplet par un sonore « Attendez-vous à savoir... ».

N’étant ni l’ami de Melania Trump ni le cousin de Vladimir Poutine, je m’autorise quand même à vous lancer mon personnel « Attendez-vous à savoir... ». Attendez-vous à savoir que dans les ateliers de Washington, là où l’on forge si bien le mensonge, une grande campagne est en cours de montage. Une entreprise de première grandeur qui mobilise aussi les orfèvres israéliens, toutes les petites mains du lobby néoconservateur et les forces pures et vives de ces organisations non gouvernementales (sic) qui, par chance et goût de la démocratie, embrassent toujours les vœux de la CIA ou ceux de George Soros. C’est-à-dire la même chose.

Attendez-vous donc à savoir que le Hezbollah, pour le comportement supposé de ses soldats en Syrie, va être livré à l’accusation publique. Certains combattants de cette juste cause rêvent même de l’édification d’une CPI « spéciale », comparable à celle chargée de désigner qui a envoyé Rafic Hariri au ciel.

Lecteurs de combat, donc penseurs de l’autrement, vous avez tout de suite compris l’ambition des manipulateurs et leur enjeu : continuer par d’autres moyens, par l’arme médiatique, leur guerre perdue à Alep. Un ami sincère, un frère pourtant habitué à la magie des montreurs de lune, m’a informé de l’offensive. J’ai été surpris et même meurtri que ce combattant des toutes les libertés tombe dans le panneau : « Si, si, à Alep les miliciens du Hezbollah ont multiplié les atrocités »... Me voilà donc, une fois encore, alors que pour les connaitre je déteste les guerres, obligé de présenter le massacre comme une bagatelle. Et il l’est, si j’ose dire. La certitude est la suivante, si les disciples de Nasralla ont commis des crimes de guerre, il en va tout autant des soldats de la République Arabe de Syrie et de ces humanistes islamistes décrits sous l’alléchante banderole de « Rebelles modérés ». Sans parler des tueurs d’Al Nosra, amis de Fabius, et des barbares de Daech. La guerre est toujours un crime et l’attelage des deux mots est une tautologie.

Attendez-vous donc à ce que nos journaux, qui n’ont rien vu à redire de l’impeccable comportement des criminels de masse agissant – du bon côté – en Afghanistan, en Irak, au Kosovo, en Libye, au Yémen, vous clouent les combattants chiites libanais au pilori planétaire. Alors que Trump ressort son bâton de Guignol contre l’Iran, il est bon que ces admirateurs de l’imam Hussein ne sortent pas trop puissants de ces ruines d’Alep qui ont été aussi un tombeau pour les espoirs de l’OTAN. Comme chacun sait, et comme vous le confirmera une lecture ordinaire du Monde, en dépit de ses dizaines de têtes nucléaires, « Israël est menacé dans sa survie par les criminels du Hezbollah ». D’urgence pendons donc ces soldats chiites si cruels et dangereux. Urgence... urgence... pas si sûr puisque, dans leur soif de justice, les experts du trébuchet mondialisé seront –forcément- occupés à punir dans un tour de rôle d’autres « crimes de guerre », ceux de Kissinger, Bush, Olmert, Clinton, Netanyahou, Sarkozy, du droneur Obama et autres étalons de la démocratie. Rappelons l’incontournable doctrine du vieux maître Vergès : « Vous ne pouvez condamner Barbie sans juger Massu ».

Ayons confiance en l’instinct suicidaire de la presse qui, d’un mensonge l’autre, roule sa toile de cirque pour s’en faire un linceul. Depuis sa chaire du Collège de France, Pierre Bourdieu a fini sa vie en combattant le système des « médias-mensonges ». En chirurgien des idées il évoquait la raison d’agir des journaux, surtout ceux du gratin, vrais chiens de garde de « l’opinion », forts de leur « monopole de la violence symbolique ». Sans être un digne exégète, en parlant aujourd’hui de ces journalistes, je vais extrapoler la pensée du grand sociologue. Faut dire qu’il y a « urgences », comme on l’écrit aux portes des hôpitaux, et mon néo concept post bourdieusien est de dire maintenant que nos nouveaux journalistes détiennent le missile parfait : le « monopole de la diffamation légitime ».

Après qu’aucune star du journalisme vrai, genre Florence Aubenas, n’a été expédiée à Alep pour nous écrire le bilan de six années de guerre, soyons sûrs que les ateliers de la contrefaçon vont nous abreuver d’horribles nouvelles tirées de ce noir et récent passé. En 1999 suite à la guerre du Kosovo qui, même à « zéro mort » du côté des bons ne font pas en dentelles mais en mensonges, l’admirable Edwy Plenel – qui veut être à la presse ce que Marx fut au capital – nous a régalé d’un scoop : « sans l’intervention de l’OTAN des dizaines de milliers de kosovars auraient été exterminés dans un « génocide » ». Eh oui ! La preuve ? Plenel s’était procuré le plan « Fer à cheval », celui qui programmait, planifiait les massacres. Hélas le document d’Edwy était un faux écrit par les services secrets allemands. Zut.

Résumons. Entre des journalistes qui publient des documents façonnés et d’autres qui découvrent du gaz sarin où l’ONU n’en a pas remarqué, l’horizon médiatique est favorablement ouvert aux guerriers de l’info. Eux qui ne passent pas leur temps dans la boue ou les abris de béton mais dans les fauteuils Eames des officines « occidentales ». Celles où l’on invente les « unes » de demain.

 

Jacques-Marie BOURGET

 

Chronique publiée dans le mensuel Afrique Asie du mois de février.

URL de cet article 31497 

03 février 2017

Tulsi Gabbard, mettre fin à la guerre illégale que nous menons en Syrie

« Je rentre à Washington, plus que jamais résolue à mettre fin à la guerre illégale que nous menons pour renverser le gouvernement syrien. De l’Irak à la Libye et maintenant en Syrie, les États-Unis ont mené des guerres de changement de régime qui ont entraîné partout des souffrances inimaginables, tué des quantités d’innocents, et renforcé des groupes comme Al-Qaïda et l’Etat islamique. J’appelle le Congrès et la nouvelle Administration à ne pas rester indifférents aux souffrances du  peuple syrien et à soutenir l’Acte pour interdire l’armement des terroristes. Nous devons arrêter de les soutenir directement et indirectement – en fournissant directement des armes, de l’entraînement et du soutien logistique aux groupes rebelles affiliés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique ; et indirectement par l’intermédiaire de l’Arabie Saoudite, des Etats du Golfe et de la Turquie.. »

Reprenons le témoignage de la députée Tulsi Gabbard...

Michel Peyret


Le peuple syrien veut désespérément la paix

Par Rep Tulsi Gabbard

Mondialisation.ca, 27 janvier 2017

//medium.com/@TulsiGabbard/the-syrian-people-desperately-want-peace-e308f1777a34#.35t4p3t6j

medium.com 23 janvier 2017enfants syriens

Pendant qu’à Washington on se préparait pour l’inauguration du président Donald Trump, j’ai effectué, la semaine dernière, une mission d’enquête en Syrie et au Liban pour rencontrer et écouter le peuple syrien sans intermédiaires. Leurs vies ont été consumées par une guerre horrible qui a tué des centaines de milliers de Syriens et a forcé des millions d’autres à fuir leur patrie en quête de paix.

Il est clair maintenant plus que jamais: cette guerre de changement de régime ne sert pas les intérêts de l’Amérique, et elle n’est certainement pas dans l’intérêt du peuple syrien.

 Nous avons rencontré ces enfants dans un refuge d’Alep ; leurs familles ont fui la partie orientale de la ville. La seule chose que ces enfants veulent, la seule chose que tous ceux que j’ai rencontré veulent, c’est la paix. Beaucoup de ces enfants n’ont connu que la guerre. Tout ce que leurs familles veulent, c’est rentrer à la maison, et retrouver la vie qu’ils avaient avant que la guerre pour renverser le gouvernement ne commence. C’est tout ce qu’ils veulent.

J’ai traversé Damas et Alep, en écoutant des Syriens de différentes parties du pays. J’ai rencontré des familles déplacées de la partie orientale d’Alep, de Raqqah, de Zabadani, de Latakia et de la périphérie de Damas. J’ai rencontré des dirigeants de l’opposition syrienne qui ont conduit les manifestations en 2011, des veuves et des enfants d’hommes qui luttaient pour le gouvernement et des veuves de ceux qui luttaient contre le gouvernement. J’ai rencontré Aoun, le président nouvellement élu du Liban et Hariri, le Premier ministre, Elizabeth Richard, l’ambassadeur américain au Liban, le président syrien Assad, le grand Mufti Hassoun, Denys Antoine Chahda, l’archevêque de l’Église catholique syrienne d’Alep, des chefs religieux musulmans et chrétiens, des étudiants, des propriétaires de petites entreprises, et d’autres encore.

Leur message au peuple américain était puissant et cohérent: il n’y a aucune différence entre les rebelles « modérés » et al-Qaïda (al-Nusra) ou l’Etat islamique – ils sont tous les mêmes. Il s’agit d’une guerre entre, d’une part, des terroristes sous le commandement de groupes comme l’Etat islamique et al-Qaida et, d’autre part, le gouvernement syrien. Ils supplient les États-Unis et d’autres pays d’arrêter de soutenir ceux qui détruisent la Syrie et son peuple.

J’ai entendu ce message encore et encore dans la bouche de ceux qui ont souffert, et survécu à des horreurs inexprimables. Ils m’ont demandé de faire entendre leur voix dans le monde; Des voix frustrées qui n’ont pas été entendues en raison des fausses informations et des informations biaisées, uniformément destinées à soutenir la guerre pour un changement de régime au dépens de la vie des Syriens.

J’ai entendu des témoignages sur la façon dont les manifestations pacifiques du début ont été rapidement infiltrées par des groupes de djihadistes wahhabites comme al-Qaïda (al-Nusra), financés et soutenus par l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, les États-Unis et d’autres. Ils ont exploité les manifestants pacifiques, occupé leurs communautés, tué et torturé les Syriens qui ne voulaient pas coopérer pas à leur lutte pour renverser le gouvernement.

J’ai rencontré une jeune musulmane de Zabadani qui a été enlevée, régulièrement battue et violée en 2012, alors qu’elle n’avait que 14 ans, par des « groupes rebelles » qui étaient en colère contre son père, un éleveur de moutons, qui ne leur donnait pas d’argent. Elle a assisté, horrifiée, à l’assassinat de son père, dans leur salon, par des hommes cagoulés qui ont vidé un chargeur tout entier sur lui.

J’ai rencontré un garçon qui a été kidnappé an allant acheter du pain pour sa famille. Il a été torturé, il a subi le supplice de la noyade, il a été électrocuté, placé sur une croix et fouetté, tout cela parce qu’il avait refusé d’aider les « rebelles » – il leur avait dit qu’il voulait juste aller à l’école. C’est ainsi que les « rebelles » traitent les Syriens qui ne coopèrent pas avec eux ou dont ils n’acceptent pas la religion.

Bien qu’opposés au gouvernement Assad, l’opposition politique a affirmé avec vigueur qu’elle rejetait catégorique l’utilisation de la violence pour obtenir des réformes. Les opposants politiques du gouvernement affirment que si les djihadistes wahhabites, soutenus par des gouvernements étrangers, réussissent à renverser l’État syrien, ils détruiront la Syrie et sa longue histoire de société laïque et pluraliste, une société où les peuples de toutes les religions ont toujours vécu pacifiquement côte à côte. Bien que cette opposition politique continue à vouloir des réformes, elle répète avec insistance que, tant que les gouvernements étrangers mèneront une guerre de changement de régime contre la Syrie par groupes terroristes djihadistes interposés, elle se tiendra aux côtés de l’Etat syrien et luttera pacifiquement pour une Syrie plus forte pour tous les Syriens.

À l’origine, je n’avais aucune intention de rencontrer Assad, mais quand j’en ai eu l’occasion, j’ai pensé qu’il était important de le faire. Je pense que nous devrions être capables de parler avec n’importe qui, s’il y a une chance que cela puisse contribuer à mettre fin à cette guerre qui cause tant de souffrances au peuple syrien.

J’ai rencontré ces femmes étonnantes à Barzi ; beaucoup d’entre elles ont des maris ou des membres de la famille qui se battent soit avec al-Nusra / al-Qaeda, soit avec l’armée syrienne. Quand elles arrivent dans ce centre communautaire, elles laissent tout cela derrière elles, et elles deviennent amies et, ensemble, elles apprennent toutes sortes de choses, comme la couture, etc., pour préparer leur avenir. Elles étaient des étrangères avant d’arriver à ce centre communautaire dont la mission est d’émanciper les femmes, et maintenant elles sont des « sœurs » qui partagent leurs joies et leurs peines.

Je rentre à Washington, plus que jamais résolue à mettre fin à la guerre illégale que nous menons pour renverser le gouvernement syrien. De l’Irak à la Libye et maintenant en Syrie, les États-Unis ont mené des guerres de changement de régime qui ont entraîné partout des souffrances inimaginables, tué des quantités d’innocents, et renforcé des groupes comme Al-Qaïda et l’Etat islamique.

J’appelle le Congrès et la nouvelle Administration à ne pas rester indifférents aux souffrances du  peuple syrien et à soutenir l’Acte pour interdire l’armement des terroristes. Nous devons arrêter de les soutenir directement et indirectement – en fournissant directement des armes, de l’entrainement et du soutien logistique aux groupes rebelles affiliés à Al-Qaïda et à l’Etat islamique ; et indirectement par l’intermédiaire de l’Arabie Saoudite, des Etats du Golfe et de la Turquie. Nous devons mettre fin à notre guerre pour renverser le gouvernement syrien et nous concentrer sur la défaite d’Al-Qaïda et de l’Etat islamique. Les États-Unis doivent cesser de soutenir les terroristes qui détruisent la Syrie et son peuple. Les États-Unis et les autres pays qui alimentent cette guerre doivent cesser immédiatement de le faire. Nous devons laisser le peuple syrien se relever de cette terrible guerre.

Merci, Tulsi 

Article original:  //medium.com/@TulsiGabbard/the-syrian-people-desperately-want-peace-e308f1777a34#.35t4p3t6j

The Syrian People Desperately Want Peace,

Traduction : Dominique Muselet

Tulsi Gabbard est une députée démocrate étasunienne.

La source originale de cet article est 

//medium.com/@TulsiGabbard/the-syrian-people-desperately-want-peace-e308f1777a34#.35t4p3t6j

Copyright © Rep Tulsi Gabbard

//medium.com/@TulsiGabbard/the-syrian-people-desperately-want-peace-e308f1777a34#.35t4p3t6j


 
Posté par Michel Peyret

02 février 2017

Maria Guadalupe Rodrigo, le peuple syrien soutient Bachar Al-Assad

« Quand ces choses, nous dit-elle, ont commencé à se produire et à se multiplier très rapidement dans le pays, avec ces groupes armés qui viennent de l’extérieur, les gens sont sortis dans la rue. Là oui, ils sont sortis dans la rue. A Damas, la capitale, (vous voyez là Damas) et à Alep, la 2ème ville du pays – c’est là que nous avons la mission. Les gens sont sortis dans la rue, des milliers de personnes, avec des pancartes, des panneaux, des drapeaux, pour soutenir leur président. Pour exprimer et manifester leur opinion sur le gouvernement qu’ils ont. Et ce n’est pas parce que Bachar Al-Assad serait… je ne sais pas… la meilleure forme de gouvernement, ou un saint (il ne l’est probablement pas). Ce qu’il y a, c’est qu’ils préféraient continuer comme c’était, plutôt que de tomber entre les mains du fondamentalisme islamique... »

 

Revenons au texte de Maria Guadalupe Rodrigo...

 

Michel Peyret

 


Une religieuse catholique de retour d’Alep : Les médias occidentaux mentent …

Par María Guadalupe Rodrigo et RT

Mondialisation.ca, 01 février 2017

deutsch.rt.com

 

María Guadalupe Rodrigo est une religieuse argentine qui vivait à Alep dans le diocèse catholique depuis janvier 2011. Elle est également restée dans la ville pendant l’état de siège provoqué par des groupes terroristes.

 

Après son retour, elle a parlé de cette période à Alep. Sur place María Guadalupe Rodrigo a vécu de très près le début du conflit en Syrie.

 

Elle contredit la thèse courante des politiciens et médias occidentaux, selon laquelle le peuple syrien a approuvé « le printemps arabe » et qu’il est descendu pacifiquement dans la rue pour revendiquer la démocratie.

 

A partir de la fenêtre de son évêché elle a pu observer que des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour soutenir leur président Bachar al-Assad. Ce sont exactement ces mêmes images qui ont été prises par les chaînes d’information occidentales en prétendant exactement le contraire, que le peuple syrien descendait dans la rue pour exiger la démission du président.

 

Ensuite, María Guadalupe Rodrigo réfute la compréhension occidentale de la démocratie. Elle explique que les chrétiens en Syrie ont beaucoup plus de liberté religieuse sous Assad que n’en ont les chrétiens en Europe pseudo-démocratique.

 

Ecoutez maintenant un extrait de cinq minutes d’une conférence que María Guadalupe Rodrigo a donnée le 19 décembre 2015 en Espagne et qui donne aujourd’hui encore des éclaircissements sur la guerre en Syrie.

 

Quand ces manifestations ont commencé, la presse internationale, les médias, ont présenté ça comme si finalement le peuple syrien adhérait aussi au printemps arabe et était sorti pacifiquement dans la rue pour demander la démocratie. Mais en réalité les nouvelles qui nous arrivaient… vous voyez, de nos voisins, de ces villages, ne concordaient pas avec ce qu’on voyait à la télévision.

 

Les gens de ces villages disaient que des groupes armés étaient venus de l’extérieur de la Syrie. Ils disaient : « Ils parlent d’autres dialectes ! (Là-bas, chaque pays a son dialecte). Ce ne sont pas des Syriens ! Ils provoquent des troubles dans le peuple ! Ils ont déjà coupé en morceaux plusieurs chrétiens ! » Des chrétiens coupés en morceaux dans des sacs poubelle, dans une benne, avec un panneau : « Ne pas toucher. Il est chrétien ». Et ce serait ça, les manifestations pacifiques, selon la presse !
 

Quand ces choses ont commencé à se produire et à se multiplier très rapidement dans le pays, avec ces groupes armés qui viennent de l’extérieur, les gens sont sortis dans la rue. Là oui, ils sont sortis dans la rue. A Damas, la capitale, (vous voyez là Damas) et à Alep, la 2ème ville du pays – c’est là que nous avons la mission. Les gens sont sortis dans la rue, des milliers de personnes, avec des pancartes, des panneaux, des drapeaux, pour soutenir leur président. Pour exprimer et manifester leur opinion sur le gouvernement qu’ils ont. Et ce n’est pas parce que Bachar Al-Assad serait… je ne sais pas… la meilleure forme de gouvernement, ou un saint (il ne l’est probablement pas). Ce qu’il y a, c’est qu’ils préféraient continuer comme c’était, plutôt que de tomber entre les mains du fondamentalisme islamique.

 

Parce que le résultat de cette guerre n’allait pas être la démocratie, ils le voyaient venir ! Ces mêmes images que nous voyions, c’est-à-dire depuis les fenêtres de l’évêché, où nous étions, nous voyions passer ces gens, ils chantaient, ces mêmes images étaient reprises par des chaînes internationales d’information très importantes et commentées de la manière suivante : Les manifestations pacifiques du peuple syrien continuent ; le peuple sort dans la rue pour demander à son président de s’en aller. C’était ridicule ! Evidemment, qui comprend l’arabe, pour savoir qu’en réalité ils étaient en train de soutenir leur président ?

 

Et c’est pour cette raison qu’une des grandes souffrances de ce peuple, c’est ce grand mensonge qui a été monté autour de cette histoire ; c’est l’abandon de la part de l’Occident. Le peuple l’appelle le silence complice de l’Occident. Toutes les fois où ils ont essayé de se manifester et d’exprimer réellement leur opinion, ça a été totalement inversé.
 

Et rendez-vous compte : tout ce qui a été monté autour de cette guerre, voyez-vous, en réalité c’est une opération de grande ampleur qui a besoin, pour ainsi dire, du soutien, de l’approbation de l’opinion publique. C’est-à-dire que l’Occident approuve le fait que ces « rebelles » (entre guillemets), que ces « rebelles modérés » se lèvent contre le dictateur.

 

Mais il faut se rendre compte que c’est une erreur de l’Occident ; c’est une erreur que nous commettons en tant qu’Occidentaux de juger les arabes avec nos critères occidentaux. Et alors nous vivons nos démocraties et nous prétendons les imposer aux autres. Nous exportons nos démocraties à ces peuples. Quand en réalité ça fait des décennies qu’ils vivent de cette manière, ils vivaient bien, et je vous garantis qu’à Alep, à Alep avec le niveau de vie qu’il y avait, les gens, ils n’enviaient pas les démocraties, ou pseudo-démocraties occidentales.

 

D’ailleurs c’est plutôt les chrétiens, bien qu’ils soient une minorité, ils avaient une certaine liberté religieuse, y compris pour se manifester, y compris pour être influents dans le gouvernement, pour avoir des postes dans le gouvernement Et comme ils l’ont dit (car ils me l’ont dit, ils sont réfugiés maintenant en Europe ; j’ai rencontré des personnes qui me l’ont dit tel quel) la liberté qu’ils ont ici en pleine démocratie, les chrétiens, ils ne l’ont pas en Europe

 

Alors ça aussi il faut du discernement, quand on écoute les nouvelles, et ne pas être si simpliste, dire que la démocratie vient du ciel et la dictature vient de l’enfer et qu’il n’y a pas de nuances. Et ces gens qui ont une autre mentalité, une autre culture, ils ont toujours vécu comme ça. Et ça a bien fonctionné pour eux. Quel droit avons-nous de fouler aux pieds leur souveraineté ?

 

SOURCES : https://deutsch.rt.com/kurzclips/44785-christliche-nonne-nach-aleppo-westmedien-luege/


www.youtube.com/watch?v=j-odogWwdAQ

 

via: https://www.kla.tv/index.php?a=showlanguage&lang=fr

 

La source originale de cet article est  deutsch.rt.com

 

Copyright © María Guadalupe Rodrigo  et RTdeutsch.rt.com, 2017

 

Posté par Michel Peyret 

29 janvier 2017

La France s’est mise elle-même hors-jeu en Syrie

 

Par Michel Raimbaud  ancien ambassadeur de France, professeur au Centre d’études diplomatiques et stratégiques, officier de l’ordre national du Mérite, chevalier de la Légion d’honneur

 

Autrefois respectée et écoutée du monde entier, la France s’est mise elle-même hors-jeu en Syrie

 

Le gouvernement français s’est enfermé dans une position injuste et déraisonnable à l’égard de la Syrie légitime, choisissant de soutenir des «révolutionnaires» armés et violents, déplore l’ancien ambassadeur de France Michel Raimbaud.

 

RT France : C’est la première fois que les représentants de l’opposition syrienne et du gouvernement se réunissent pour des négociations à Astana. Est-ce effectivement une avancée dans le processus des pourparlers ?

 

Michel Raimbaud (M. R.) : Le simple fait que des représentants de l’opposition syrienne se réunissent avec des représentants du gouvernement pour des négociations constitue bien entendu une avancée indéniable dans la recherche d’une issue politique à la «guerre universelle» qui détruit la Syrie et son peuple depuis maintenant six ans. Le fait que des protagonistes étrangers, qu’ils soient des alliés de l’Etat syrien comme la Russie et l’Iran, ou des parrains de l’opposition armée (pour ne pas dire terroriste) comme la Turquie, y soient impliqués, donne à ce scénario l’indispensable label «diplomatique» susceptible de garantir le sérieux de l’engagement des parties concernées.

 

La question n’est pas simple, dans la mesure où les représentants de «l’opposition» ont un passé ou un pedigree qui, en temps normal, ne leur assurerait pas un ticket d’entrée à une table de négociation. Dans la mesure également où l’un des parrains – le régime de Erdogan, pour ne pas le nommer – se voit gratifié de l’un des premiers rôles dans un processus devant conduire (d’une façon ou d’une autre) à la reconstruction de la Syrie, pays invaincu mais en bonne partie détruit grâce aux bons soins dudit Erdogan.

 

Pour le reste, il ne s’agit que d’un premier pas (celui qui coûte), qui devrait aboutir à une consolidation du cessez-le-feu généralisé et à séparer les «opposants armés» des groupes terroristes. Ce premier épisode devra être suivi de beaucoup d’autres, à Astana ou à Genève, ou ailleurs. Mais le choix du lieu n’est pas anodin.

 

RT France : Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s’est montré assez sceptique à l’égard des pourparlers à Astana, arguant que le vrai progrès ne pouvait avoir lieu qu’à Genève lors de la prochaine étape. D’où vient ce scepticisme ?

 

M. R. : Au fil des cinq cents dernières années, l’Occident s’est progressivement installé dans sa position de maître de l’univers, ce qui lui confère une rente de situation que ses dirigeants trouvent normale, estimant que les questions importantes relatives à la paix et à la guerre ne peuvent se traiter ailleurs que «chez eux».

 

Les Etats européens, alliés des Etats-Unis au sein de l’Alliance atlantique, ont ainsi du mal à admettre que des négociations sur un dossier phare comme celui de la guerre de Syrie puissent se tenir dans un pays comme le Khazakstan.

 

Chef de la diplomatie allemande, Monsieur Steinmeier, a dû se rendre à l’évidence : c’est à Astana, capitale d’une ancienne république soviétique restée proche de la Russie, membre du Traité de sécurité collective de Taschkent (OTSC), où la tradition musulmane se mêle à l’influence slave, que les représentants de l’opposition syrienne et du gouvernement se sont réunis pour un premier round de négociations.

 

Comment voulez-vous qu’un ministre européen sorte des chemins battus de la pensée unique et reconnaisse qu’Astana aura été une étape pionnière en soi ? Le «vrai progrès» ne peut donc avoir lieu qu’à Genève, lors de la prochaine étape.

 

Monsieur Steinmeier a sûrement la mémoire courte. Sans doute oublie-t-il que Genève avait déjà accueilli (en 2012) des négociations sur la Syrie, et que le résultat n’avait pas pu être qualifié de «vrai progrès», certains des signataires de Genève affirmant, avant même que l’encre ne soit sèche, qu’ils n’avaient pas la moindre intention de respecter l’accord qu’ils venaient de signer.

 

Même si elle se trouve hors du champ de l’Union Européenne ou de l’OTAN, Genève reste une ville de «chez nous». C’est, en outre, l’un des sièges de l’ONU, organisation qui n’a jamais démérité en matière de complaisance envers l’Empire atlantique. Les Secrétaires généraux et leurs envoyés spéciaux font preuve d’un dévouement et d’un zèle à toute épreuve au service de «l’opposition» armée, y compris De Mistura, que l’on a pu juger sur pièces à l’occasion de la récente bataille d’Alep.

 

RT : L’administration de Barack Obama a toujours insisté sur le fait que Bachar el-Assad devait partir. Pensez-vous que cela va être également la priorité pour l’administration de Donald Trump ?

 

M. R. : Sur ce point, permettez-moi de rappeler un point essentiel : il n’appartient ni à Obama, ni à Kerry, ni à Cameron, ni à Sarkozy, ni Juppé, ni à Fabius, ni à Hollande, ni à Ayrault, ni à Donald Trump, ni à Steinmeier de décider si le président Bachar el-Assad doit partir ou rester. Vous constaterez comme moi qu’ils sont tous partis ou sur le point de partir, sauf Trump, qui vient de prendre ses fonctions.

 

C’est au peuple syrien et à lui seul de décider de son avenir.

 

Bien malin qui pourrait deviner quelles seront les priorités du nouveau président américain, qui sera sans doute très «flexible» ou imprévisible, comme il le dit lui-même. Pour la Syrie, il n’est pas déraisonnable d’espérer qu’il mettra en œuvre son intention annoncée de dialoguer avec la Russie, ce qui pourrait influer sur son attitude à l’égard de Bachar el-Assad…et de ses opposants.

 

RT : Quel devrait être le rôle de la France dans la résolution du conflit ? Pourquoi n’est-elle plus protagoniste dans la région ?

 

M. R. : La France bénéficiait en Syrie d’un capital de sympathie indéniable jusqu’à la seconde guerre d’Irak. La situation s’est gâtée en 2003, suite au retour progressif au «bercail atlantique», selon l’expression consacrée.

 

Toutefois c’est depuis le début des «printemps arabes» que le gouvernement français s’est enfermé dans une position injuste et déraisonnable à l’égard de la Syrie légitime, choisissant dès le mois de mars 2011 de soutenir des «révolutionnaires» armés et violents, bientôt terroristes. Des slogans comme «Bachar doit partir» ou des propos déplacés ne peuvent servir de ligne diplomatique…

 

Dans ce contexte, comment voulez-vous que la France, qui s’est mise elle-même hors-jeu, soit un protagoniste dans la région et dans le jeu diplomatique autour des problèmes de ce Grand Moyen-Orient ?

 

En tant qu’ancien diplomate, je déplore cette position et cette attitude négative, qui seront difficiles à amender et à faire oublier. Mais je ne suis sûrement pas le seul à souhaiter que la France retrouve le rôle traditionnel qui lui valait d’être respectée et écoutée partout dans le monde.

 

Source: https://francais.rt.com/opinions/32958-autrefois-respectee-ecoutee-monde-entier-france-hors-jeu-syrie

 

http://arretsurinfo.ch/michel-raimbaud-la-france-sest-mise-elle-meme-hors-jeu-en-syrie/

 

Jean-François Kahn : pourquoi cet étrange silence médiatique depuis la chute d’Alep ?

 

26 Janvier 2017

Jean-François Kahn a toujours présenté un cas particulier que reflète la position originale de l’hebdomadaire Marianne: il est en général d’accord avec la doxa occidentale et ne met pas en cause ses bien fondés, mais c’est un esprit critique qui s’interroge sur le moment où il lui semble que la raison bascule et cède la place à la propagande. Alors là il dit NON et parfois s’il suit réellement un dossier, ce qui n’est pas toujours le cas, cela le mène à s’opposer aux fondements mêmes de l’analyse à laquelle il n’a cessé d’adhérer et qui est celle d’un bourgeois républicain convaincu de l’excellence de sa civilisation

 

(note de Danielle Bleitrach).


FIGAROVOX/TRIBUNE

 

Fin 2016, le régime syrien s’emparait de l’Est d’Alep, contrôlé depuis 2012 par les rebelles, pour certains djihadistes. Jean-François Kahn craint une forme d’autocensure alors que c’est en affrontant la réalité qu’on mettra en échec les campagnes de désinformation.


Jean-François Kahn est un journaliste et écrivain français, historien de formation. En 1984, il crée L’Événement du Jeudi puis, en 1997, l’hebdomadaire d’information Marianne dont il est le directeur jusqu’en 2007.


Depuis trois semaines j’attends.

 

Quoi ?

 

Que les envoyés spéciaux se précipitent à Alep et répondent enfin à ces questions: qui étaient exactement les rebelles qui contrôlaient l’Est de la ville, démocrates? Islamistes modérés? Islamistes radicaux? Que s’est-il vraiment passé sous leur domination et pendant les destructrices reconquêtes, comment réagit la population, y a-t-il eu des exécutions de civils et qui s’en est rendu coupable (ou le plus coupable)?

 

Pour l’instant, j’attends toujours. Les médias et sites d’information poutinesques ou pro-Assad multiplient les témoignages, ou pseudo témoignages, à sens unique et triés sur le volet qui confortent, évidemment, leur vision des choses. Mais, en face, rien. A une information unilatérale et biaisée, répondrait-on par une autocensure? Ici, voilà ce que je veux entendre et, là, voilà ce que je ne veux pas entendre. Désinformation passive contre désinformation active.

La question est celle-ci : même au profit d’une cause juste toute désinformation, active ou passive, est-elle licite ?

La question – et tous les citoyens aspirant à une information pluraliste et honnête pourraient s’en emparer – est celle-ci: même au profit d’une cause juste toute désinformation, active ou passive, est-elle licite?

 

Il était juste de soutenir la résistance afghane à l’invasion soviétique: pour autant, fallait-il, comme on l’a fait, occulter le fait qu’une fraction des moudjahidins véhiculait une idéologie bien pire encore que celle que représentait le pouvoir en place à Kaboul?

 

Il était juste d’être critique avec le régime algérien, dont la hiérarchie militaire tirait toutes les ficelles: pour autant, fallait-il répéter en boucle, comme certains le firent, que ce n’étaient pas les terroristes islamistes, préfiguration de Daech, qui tuaient et massacraient, mais leurs adversaires qui se massacraient eux-mêmes?

Vous avez dit post-vérité ?

Il était juste de soutenir l’aspiration du peuple kosovar à l’autodétermination et même à l’indépendance, et donc de dénoncer la répression dont il avait été victime: pour autant, fallait-il reprendre et authentifier sans recul toutes les informations concernant les épouvantables horreurs serbes dont on sait, aujourd’hui, qu’elles furent en partie concoctées par une officine mise en place par Tony Blair et son «spin doctor»?

 

Il était juste de diaboliser le tyran Saddam Hussein: pour autant, fallait-il soutenir qu’il était prêt à déverser sur Londres une pluie de missiles de destruction massive dont son pays regorgeait?

 

Il est juste de stigmatiser l’implacable tyrannie exercée en Syrie par le clan Assad: pour autant, faut-il affirmer, comme l’a fait un grand quotidien, que 80 % des victimes de la guerre civile ont été le fait des troupes pro-régime (20 % correspondant, en fait, à l’équivalent des pertes subies par l’armée syrienne et ses alliés), ce qui signifie donc que les rebelles n’ont tué, en cinq ans, aucun civil?

 

C’est en affrontant la réalité qu’on mettra en échec les campagnes de désinformations, pas en opposant une désinformation pour le bien à une désinformation pour le mal.

 

Vous avez dit post-vérité ?

Syrie : Pourquoi les pourparlers de paix se tiennent-ils à Astana ?

 

23 Janvier 2017

A la question posée par l’article, l’envie me prend de répondre : pour être le plus loin possible des occidentaux. Sous l’égide de la Russie, de l’Iran et de la Turquie, des représentants des rebelles et du régime de Bachar al-Assad se rencontrent face à face dans la capitale kazakhe. Les négociations d’Astana doivent poser les bases d’un règlement à même d’être approfondi lors de prochaines discussions de paix sous égide de l’ONU à Genève le 8 février. Deux délégations se rencontrent dans la capitale du Kazakhstan, celle des rebelles modérés et celle du gouvernement de Bachar El Assad qui se trouve en position de force depuis la prise d’Alep. Le premier objectif est la consolidation du cessez le feu qui tient plus ou moins bien, même si les rebelles qui accusent le gouvernement de le violer ont décidé de ce fait de ne pas accepter un face à face direct.

Bachar Jaafari, qui mène la délégation du gouvernement syrien composée de dix émissaires, a indiqué que les pourparlers devaient également servir à distancier les rebelles considérés comme « modérés » des djihadistes de l’organisation Etat islamique et du front Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra, Al-Qaïda en Syrie), selon l’agence officielle syrienne SANA. Un autre objectif est d’aller vers une solution globale, la remise des armes contre l’amnistie. Ce qui s’est déjà passé à Alep où les rebelles qui ont rendu les armes ont pu évacuer la ville sous la protection des Turcs et des Russes, le siège et les bombardements étant également terminés. L’ONU est présente à travers son émissaire pour la Syrie, Staffan de Mistura. Ce dernier a salué dimanche les pourparlers comme une « bonne initiative », selon des propos rapportés par les agences russes. Les Occidentaux auront, eux, une présence a minima : les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne seront représentés par leurs ambassadeurs. Mais l’article nous explique le rôle d’Astana et la manière dont son président (un frère soviétique) a réconcilié Erdogan et Poutine
 
(note de Danielle Bleitrach).


Vue sur le palais présidentiel à Astana
23 janvier 2017
Syrie : pourquoi les pourparlers de paix se tiennent-ils à Astana ?
 

À l’initiative de la Russie, des pourparlers de paix syriens débutent le 23 janvier 2017 à Astana, capitale du Kazakhstan, pays peu médiatisé. Pourquoi ce choix ? Quel rôle, quelle influence joue son président, Noursoultan Nazarbaïev ?

Dans un article initialement paru sur France 24, Arthur Fouchère décrit le contexte de la rencontre et ce que l’on est en droit d’attendre de ces pourparlers de paix.

Alors qu’une réunion très attendue sur la résolution du conflit en Syrie se tiendra à Astana le 23 janvier à l’initiative de la Russie, avant celle de Genève le 8 février, le choix du Kazakhstan peut interpeller. Pays méconnu et peu médiatisé, le Kazakhstan ne semble pas être a priori une puissance diplomatique de premier plan. Pourtant, son rôle de médiateur, orchestré par son président Noursoultan Nazarbaïev, ne date pas d’hier et s’explique par des calculs géopolitiques, économiques et sécuritaires.

Première puissance économique d’Asie centrale, 14ème producteur de pétrole et 1er producteur d’uranium au monde en 2016, le Kazakhstan est entouré du grand frère russe au nord, d’une Chine de plus en plus présente par ses investissements à l’est, du Moyen-Orient au sud et de l’Europe ainsi que du Caucase à l’ouest.


Fort de cette position géostratégique, Astana a consolidé son indépendance, obtenue en décembre 1991, par une politique relativement neutre, qualifiée de « multi-vectorielle ». En résumé : ne pas dépendre uniquement de la Russie et n’avoir aucun ennemi, notamment en partageant habilement ses importantes ressources énergétiques entre les différentes grandes puissances dont les États-Unis (Chevron et ExxonMobil gérant l’immense gisement de Tengiz) et en attirant une grande variété d’investissements directs étrangers, y compris de la France.
 
 
Malgré des failles démocratiques importantes et une corruption omniprésente, le régime kazakh a su se forger une réputation de Monsieur bons offices. Partie prenante dans les principales organisations internationales et régionales occidentales, Astana est membre non permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU depuis juin 2016, adhérent à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) depuis 2015, mais aussi membre fondateur de l’Union économique Eurasiatique (UEE), de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) et de l’Organisation de Coopération Islamique (OCI)… Ainsi, le Kazakhstan dispose-t-il de tous les titres nécessaires pour converser avec les principaux acteurs de l’échiquier géopolitique.
 
 
Nazarbaïev, l’homme qui a réconcilié Poutine et Erdogan
 
À la manœuvre derrière cette hyperactivité diplomatique, l’indéboulonnable Noursoultan Nazarbaïev, 76 ans, président du Kazakhstan depuis 1990. Ce dernier s’est saisi du dossier syrien dès le début du conflit, en 2011. En mai 2015, Astana avait déjà reçu trente membres de l’opposition syrienne, qui avaient signé une recommandation faite aux combattants étrangers de quitter le territoire syrien.
 

Le Parlement kazakh à Astana
 
Fin 2016, Astana devient le choix pour les pourparlers prévus le 23 janvier, initiés par la Russie avec le soutien de la Turquie et de l’Iran. Si Moscou et Ankara peuvent aujourd’hui se retrouver autour de la table des négociations, c’est en grande partie grâce aux efforts menés par le président kazakh qui a beaucoup œuvré pour réconcilier les deux chefs d’État turc et russe, Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, qui se défiaient mutuellement depuis la destruction d’un bombardier russe par l’aviation turque à la frontière turco-syrienne en novembre 2015.
 
 
Après plusieurs mois de lobbying de la part du dirigeant kazakh, sur fond de sanctions russes contre la Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan a fini, fin juin 2016, par présenter ses « regrets » vis-à-vis de la Russie. « Durant la période de crise de nos relations avec la Russie, Noursoultan Nazarbaïev a rencontré plusieurs fois Vladimir Poutine et nous a montré un grand soutien dans ses discussions avec lui afin de rétablir nos relations. Durant le dernier sommet de l’OCS en Ouzbékistan, il m’a demandé d’envoyer un ambassadeur spécial, ce que j’ai fait. », confiait Recep Tayyip Erdogan. Outre d’importantes synergies économiques, des liens étroits existent entre la Turquie et le Kazakhstan, le peuple kazakh étant d’ascendance et de langue turque.
 
 
Le 5 août 2016, Noursoultan Nazarbaïev fut le premier chef d’État à rendre visite à son « frère Erdogan » suite à la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, et ce, malgré l’injonction faite à l’autocrate kazakh de fermer ses 33 lycées kazakho-turcs du mouvement éducatif Hizmet de Fethullah Gülen, mis en cause dans le putsch.
 
 
Une médiation utile pour la Russie et le Kazakhstan
 
La Syrie constitue un partenaire économique potentiel pour le Kazakhstan, qui avait envisagé la création d’un pipeline en Syrie lors d’une visite à Damas le 5 novembre 2007. Car, si le Kazakhstan accueille ce ballet diplomatique, c’est également pour freiner les conséquences néfastes des conflits régionaux sur son économie.Le Kazakhstan traverse depuis plus de 2 ans sa plus grave crise économique depuis son indépendance. En plus de la chute des cours des matières premières, clé de voûte de son économie (75 % des exportations), les répercussions de la récession russe sur le pays, consécutives aux sanctions liées à l’annexion de la Crimée, ont été très importantes (double dévaluation de sa monnaie, le Tenge, forte inflation)
 
 
Déjà, lors la crise ukrainienne, Noursoultan Nazarbaïev s’était associé à la médiation du président biélorusse. Tout en prenant la défense de l’Ukraine, le président kazakh a beaucoup milité pour apaiser les tensions entre Moscou et Kiev, à tel point que le président ukrainien Petro Porochenko a demandé à Noursoultan Nazarbaïev, en juillet 2016, de poursuivre cette médiation.
 
Pour le président kazakh, l’activisme diplomatique est aussi une occasion unique de redorer son blason de défenseur des principes d’intégrité territoriale et de souveraineté. En effet, Noursoultan Nazarbaïev n’a eu de cesse de s’opposer à toute ingérence étrangère, qu’il craint par ailleurs pour lui-même.
 
Lutte contre l’islamisme radical : le combat commun de la Russie, de la Turquie et du Kazakhstan
 
Le renforcement du rapprochement russo-turco-kazakh s’articule également autour de la question de la lutte contre l’islamisme radical. Dans ce pays à majorité musulmane (70 % de la population pratique un islam de tradition soufi, considéré comme modéré), Noursoultan Nazarbaïev a déployé depuis 5 ans un arsenal juridique encadrant strictement les pratiques religieuses. Bien que musulmans et chrétiens orthodoxes cohabitent en paix et en bonne intelligence – une fierté nationale – plusieurs attentats en 2011, et plus récemment durant l’été 2016, sont venus ébranler la quiétude du pays.
 
 
La plus meurtrière des attaques, dans la ville de Taraz en 2011, a été revendiquée par le groupe Jund al-Khilafah, une organisation terroriste basée à la frontière afghano-pakistanaise. Les circonstances entourant les attaques de l’été 2016 sont beaucoup plus floues. L’attaque d’une caserne à Aktobé (au nord-ouest du pays) le 5 juin 2016 (7 morts dont 4 civils) a été attribuée à des mouvances islamistes, mais elle n’a pas été officiellement revendiquée. Quant à celle d’Almaty, le 18 juillet (10 morts, dont 8 policiers), elle ne serait vraisemblablement que l’œuvre d’un homme anti-système épris, selon ses dires, de vengeance contre le corps judiciaire.
 
Coucher de soleil sur le palais présidentiel à Astana
 

Il n’empêche que, selon le Comité de Sécurité nationale kazakh (KNB en russe), plus de 300 Kazakhs (plus de 3 000 centre-asiatiques au total) auraient rejoint les rangs de l’organisation de l’État islamique (EI) et que la question de leur retour effraie les autorités.

 

Lire aussi sur Novastan : Terrorisme en Asie centrale : un expert kirghiz décrypte la situation

 

Au-delà des enjeux diplomatiques, la tenue de ces négociations de paix syriennes à Astana permet à Noursoultan Nazarbaïev d’asseoir son autorité politique et de disposer d’une véritable aura internationale.

 

Arthur Fouchère, journaliste pour Novastan

Le Ministère de la Défense a rappelé Alep à l’Occident « oublieux »

 

15 Janvier 2017

14 janvier 2017

Photo: Faisal Khan / Zuma / TASS

http://www.vzglyad.ru/news/2017/1/14/853391.html

 

L’essentiel de l’aide à la population d’Alep continue de venir de Moscou, du Comité international de la Croix-Rouge et la Société syrienne du Croissant-Rouge, tandis que de nombreuses organisations occidentales et médias occidentaux ont perdu tout intérêt pour la ville, a déclaré le représentant officiel du Ministère de la Défense russe, le major-général Igor Konachenkov.

 

« Un mois a passé depuis la libération d’Alep. Cependant, les organisations humanitaires internationales et n’apportent pas de véritable aide à la population civile » , – a-t-il dit, soulignant que la ville revient lentement à la vie civile.

 

Selon lui, les gens ont une telle hâte de rentrer chez eux, qu’ils déminent eux-mêmes leurs maisons, rapporte TASS .

 

Pendant ce temps, toutes les routes d’accès à la ville sont « libres et en sécurité », mais les organisations internationales impliquées dans l’action humanitaire contre les mines, ne prennent aucune mesure pour aider les résidents, alors qu’il y a peu de temps la ville était « sous le feu des projecteurs. »

 

Konachenkova noté que l’UNICEF et le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires sont conscients de la situation, mais les principales aides aux habitants d’Alep continuent de venir de Moscou, du CICR et du Croissant-Rouge.

 

Konachenkov s’est dit surpris de la rapidité avec laquelle les organisations humanitaires internationales et les principaux médias occidentaux ont « oublié » Alep et se taisent comme sur commande.

 

« On a l’impression que de nombreuses organisations internationales qui étaient si impatientes d’apporter leur aide humanitaire à Alep assiégée, après la libération de la ville ont perdu soudainement tout intérêt pour elle, en même temps que le désir d’aider, » – dit-il.

 

Traduction Marianne Dunlop

13 janvier 2017

Alep libérée, les anti-Assad reviennent vers le président syrien

 

Sun Jan 8, 2017 12:47PM

Origine Press TV

 

Des membres de l’opposition syrienne à Genève le 18 avril 2016. ©La Croix

 

Est-ce le coup de grâce pour ce que l’Occident qualifie depuis 2011 d’opposition syrienne ? En tout état de cause, cela en a tout l’air. « L’opposition syrienne » a reçu ces deux derniers jours un double coup : le premier, lorsque Nawaf al-Bachir, chef de la plus grande tribu de Syrie, a annoncé avoir renoué avec le président syrien, Bachar al-Assad.

 

Raï al-Youm se penche sur cette « repentance tonitruante » et reconnaît le rôle qu’a joué la libération d’Alep dans le retour d’al-Bachir dans le giron de l’État syrien.

 

« Après la reprise d’Alep, les défections dans les rangs de l’opposition se multiplient et les grandes figures demandent à rallier le processus de réconciliation nationale. C’est une très mauvaise nouvelle pour les parties qui soutiennent l’opposition syrienne puisque cela ressemble au début de la fin. Les membres de la diaspora syrienne qui ont décidé de rejoindre l’opposition anti-Assad s’en mordent les doigts puisqu’ils ont d’ores et déjà perdu le soutien d’Ankara. »

 

Nawaf al-Bachir. (Photo d’archives)

 

Pour le journal, le retour d’al-Bachir dans le camp d’Assad est « le meilleur des cadeaux » qu’on aurait pu faire au président syrien au seuil des pourparlers d’Astana, qui devraient réunir fin janvier les représentants de Damas et une délégation composée des représentants de dix groupes armés. Et ce, d’autant plus que Riyad brillera par son absence lors de ces pourparlers.

 

Pour le journal, ce n’est pas uniquement la place qu’occupe Nawaf al-Bachir au sein de la société syrienne et de sa tribu qui fait de son virage pro-Assad un événement, c’est surtout « la nature de ses propos » : « Al-Bachir a affirmé avoir tourné le dos à Assad sur la base de faux renseignements. Il a dit que les opposants syriens ne sont que des outils entre les mains des parties étrangères et que le fait de les armer constitue une très grave erreur, erreur dont tout le peuple syrien a fait les frais. » Ces propos ne laissent aucun doute : al-Bachir est rentré dans les rangs et reconnaît de nouveau l’autorité d’Assad.

 

Plus loin, le texte relève le cas d’un autre opposant syrien, le dénommé Michel Kilo. Dans un enregistrement audio attribué à Kilo, ce dernier accuse les Saoudiens de n’avoir ni le patriotisme ni le sentiment d’appartenir à une histoire ou à une religion. Kilo accuse aussi dans ce fichier l’Arabie saoudite d’avoir semé le chaos en Syrie.

Samira al-Masalmeh (Archives)

 

Le journal évoque plus loin le cas du journal de l’opposition syrienne Tishreen et de sa célèbre journaliste Samira al-Masalmeh, renvoyée pour avoir adressé un message au président du comité juridique de la coalition des opposants. La journaliste critique dans son message l’absence de liberté d’expression dans les rangs des opposants, alors qu’il s’agit précisément du motif invoqué par l’opposition pour se rebeller contre Assad et réclamer sa destitution. La journaliste affirme que l’opposition syrienne a perdu « sa foi » et « son chemin ».

 

Raï al-Youm estime que le séisme qu’est la libération d’Alep a provoqué une onde de choc qui semble faire tomber pierre par pierre l’édifice de l’opposition syrienne : « Après l’adhésion de la Turquie au camp Iran/Russie, il faut s’attendre à ce qu’un plus grand nombre de figures du camp anti-Assad quittent les rangs de l’opposition. »

Publié par  El Diablo

Tentative d’assassinat de députés français en SYRIE : ils sont beaux les rebelles « modérés » chers au PS !

source photo: reseauinternational.net

source photo: reseauinternational.net

Quotidiennement, les médias d’État – France-Inter en tête – présentent les « rebelles » syriens comme modérés, de gentils démocrates, alors que « le régime syrien », « les Russes », « Damas », l’ « Axe chiite », sont criminalisés de manière totalement manichéenne.

Mais voici que des députés français dont nul ne peut nier le courage physique (à la différence des héros « anti-régime » en chambre de « Pat Co ») se rendent enSyrie à l’occasion du Noël chrétien. Leur but ? Soutenir les Syriens de confession chrétienne que persécutent les fanatiques liés à Al Qaïda : et sur le champ, les « gentils rebelles modérés » … essaient de tuer les parlementaires français, porteurs d’une part de la souveraineté nationale française, en bombardant l’aéroport d’Alep !

Cela ne signifie nullement que nous soyons d’accord en tout, y compris sur la Syrie, avec MM. Mariani et Lassalle.

Reste que cette tentative d’assassinat, qui est aussi un acte de guerre contre la France, oblige à ouvrir les yeux sur la réalité du conflit syrien : son déroulement n’aurait jamais pris des proportions mondialement catastrophiques sans l’ingérence social-impérialiste caractérisée de Hollande, allié de fait dans cette affaire aux pires potentats réactionnaires de la Péninsule arabique.

Nous sommes très curieux de savoir ce que dira demain le grand humaniste Bernard Guetta sur France-Inter à propos de cette déclaration de guerre si « modérée » à la France…

SOURCE :

Tentative d'assassiner des députés français en Syrie : qu'ils sont beaux les rebelles "modérés" cher au PS ! - INITIATIVE COMMUNISTE

http://www.initiative-communiste.fr/articles/international/tentative-dassassiner-des-deputes-francais-en-syrie/

Attaque terroriste contre les députés français venus à Alep

Le 7 janvier 2017, huit obus ont été tirés contre l’aéroport d’Alep, précisément au moment de l’arrivée de la délégation des députés français menée par Thierry Mariani, Jean Lassalle et Nicolas Dhuicq.

Après plusieurs heures à attendre que la nuit tombe et que l’armée sécurise les environs, les députés français ont pu embarqué dans l’avion qui a pu décoller tous feux éteints. Embarquement en urgence avec les bagages à la main et décollage immédiat dans l’obscurité complète.

Le dialogue entre Syriens patriotes n’a pas attendu l’« opération » d’Astana, terme adopté par le quotidien syrien Al-Watan pour désigner les négociations en vue d’un règlement politique de la guerre contre la Syrie, telles que prévues par le plan de cessation des hostilités, garanti par la Russie et la Turquie, entré en vigueur le 29 décembre dernier à minuit, et adopté à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies sous la Résolution 2336 du 31 décembre 2016.

 

Le dialogue est déjà commencé entre les représentants des différents partis sur les plateaux des télévisions nationales. Pour exemple : l’émission d’Al-Akhbariya TV de ce 3 janvier 2017 où le débat mené par la journaliste Rania al-Zannoun a réuni :

 

- • Mme Majd Niazi, Secrétaire générale du mouvement « Souriya al-Watan » [Syrie, la Patrie], regroupant 5 partis de l’opposition, 16 organisations civiles et nombre de personnalités indépendantes.


- • M. Fateh Jamous, l’un des dirigeants de la « Coalition des forces du changement pacifique » ayant conduit une délégation d’opposition parlementaire syrienne à Moscou.


- • Dr. Mahdi Dakhlallah ancien ministre, ancien ambassadeur et membre du parti de la majorité parlementaire, Al-Baath.

 

Un débat sans animosité et apparemment sans tabou puisque, tout en reconnaissant l’importance considérable de la base populaire du parti Al-Baath, les représentants de l’opposition l’ont mis devant ses responsabilités quant aux conséquences de son manque de concertation, de son acceptation que la justice soit plus clémente à l’égard des terroristes armés que des contestataires politiques et, aussi, de sa négligence face à la multiplication des écoles religieuses en Syrie avant la crise. Autant de critiques, justifiées ou non selon le Dr Dakhlallah, sur lesquelles nous ne nous étendrons pas, pour saisir l’essentiel de ce que ces trois invités pensent des négociations syro-turques prévues à Astana.

 

Mme Majd Niazi :


Nous soutenons toute décision de cessation des combats pour arrêter l’effusion du sang syrien. Cependant, nous pensons que cet accord n’est pas une solution politique et représente, tout au plus, un premier pas vers le processus de désengagement.

 

Partant du constat que la guerre sur la Syrie est régionale et même, internationale, la solution sera nécessairement régionale et internationale, c’est ainsi ! Et, malgré tout le respect que nous devons à nos alliés qui ont combattu à nos côtés et nous ont soutenus, nous sommes conscients que la politique consiste à ce que chaque État cherche d’abord et avant tout à servir ses propres intérêts. La preuve en est que l’Iran a écarté l’Arabie saoudite et que la Turquie a écarté les Kurdes. Sans oublier que, jusqu’ici, le flou règne quant aux participants à la réunion d’Astana et que tout accord n’est pas nécessairement rendu public.

 

Concernant l’exigence onusienne d’une « opposition unifiée » qui négocierait avec la délégation du gouvernement syrien, nous refusons absolument et définitivement de nous coordonner avec toute personne inféodée à l’étranger et considérons que, dans ce cas, le terme « opposition » a été galvaudé.

 

Nous ne nions pas que des opposants patriotes existent à l’étranger. Nous avons participé à tous les congrès qui ont eu lieu à Moscou, à Genève et en Iran et ailleurs. Nous irons donc à Astana, mais il n’est pas question que nous fassions partie d’une délégation unique de l’opposition qui réunirait des gens ayant appelé à frapper la Syrie et notre Armée, des gens touchant leur salaire de l’étranger... Ces gens-là ne peuvent être qualifiés d’opposants politiques. En d’autres termes, nous refusons définitivement de faire partie d’une délégation commune avec ladite « Opposition de Riyad » ou la prétendue « Coalition Nationale Syrienne » [CNS].

 

Pour finir, nous regrettons que l’État syrien doive consacrer autant d’efforts à négocier avec ces prétendus opposants qu’avec les opposants patriotes de l’intérieur, et souhaitons vivement que le parti Al-Baath se joigne à notre plate-forme à Damas, à celle de Lattaquié dirigée par M. Fateh Jamous et à d’autres, pour préparer le seul dialogue qui compte, entre nous, en Syrie.

 

M. Fateh Jamous :


Cet accord tripartite n’implique pas des négociations entre le gouvernement syrien et l’ensemble des groupes fascistes en Syrie. Je parle de fascisme, parce que les parties qui refusent absolument tout projet politique ont pour fers de lance Daech, le Front al-Nosra et l’ensemble des fondamentalistes religieux. Le terrorisme n’est pas un fait social qui peut menacer un projet politique, contrairement au fondamentalisme religieux qui est un grand danger car doctrinairement fasciste.

 

Cet accord, tel qu’il est rédigé et notamment dans le Document V, engage le gouvernement syrien à négocier avec « Les dirigeants des groupes d’opposition armée syriens, ci-après dénommés « l’Opposition » [*], supposés tenus par le régime politique turc.

 

Le régime turc n’intervient donc pas sous un angle technique, mais sous un angle politique et stratégique pour exploiter l’ensemble de ses méfaits en Syrie jusqu’ici. Certes, on parle de garant turc, mais il s’agit du même courtier qui tente depuis longtemps de réaliser son opération de mainmise des Frères Musulmans sur le pays, les signataires partageant sa doctrine et lui servant de pantins.

 

Ajoutez à cela que chacune des parties ayant son propre document, le gouvernement syrien n’insiste que sur la résolution 2254 et n’étant tenu qu’à « constituer une délégation... », il « s’emploiera à travailler conjointement avec la délégation de la partie adverse... ». Ce qui confirme, qu’il ne s’agit pas d’un dialogue avec les différents partis de l’opposition syrienne, mais avec les seuls dirigeants des groupes armés.

 

En ce qui me concerne, cet accord est mineur, fragile et dangereux. Je pense qu’il a été conclu par la Russie pour tenter de contenir la Turquie d’ici l’installation de la nouvelle administration américaine, que la Turquie tente d’en tirer des avantages politiques et stratégiques, tandis que l’Iran a disparu en tant que garant, alors qu’elle a participé à tous les détails et à toutes les étapes de son élaboration.

 

Ni le passé, ni le présent, ni aucun dieu du ciel ou de la terre, ne sauraient me garantir que la Turquie respectera cet accord. La seule garantie est la méfiance de la Russie et la méfiance du gouvernement syrien, car le rôle turc est de loin le plus dangereux en Syrie.

 

Et la seule solution exige que les diverses oppositions syriennes de l’intérieur et la société civile, qui comptent sur l’Armée syrienne pour lutter contre le fascisme, s’unissent en un seul mouvement contre le danger du fondamentalisme religieux qui nous menace toujours, et que le gouvernement syrien parraine un dialogue national à Damas sans retourner en arrière pour exercer le monopole du pouvoir et sans fléchir dans sa volonté de combattre la corruption. Les réunions à Genève, à Astana ou ailleurs ne sont qu’une perte de temps !

 

Dr Mahdi Dakhlallah :

 

En accord avec ses deux interlocuteurs sur plusieurs points, il a rappelé qu’il s’agissait d’un accord de « Cessation des hostilités » et non d’un Cessez-le-feu, ce qui écarte la possibilité que les lignes de contact entre les différentes forces sur le terrain ne se transforment en frontières pouvant consacrer les projets de partition des uns et des autres, d’autant plus que les termes ont été choisis après de longs débats dès l’été dernier.

 

Il a aussi rappelé qu’actuellement la priorité des priorités était la lutte contre le terrorisme étant donné qu’il était toujours soutenu par plusieurs États régionaux et occidentaux, tandis que plus de 300 000 mercenaires sont venus déstabiliser la Syrie dont le gouvernement, contrairement à bien de pays démocrates et en pleine guerre, a quand même levé l’état d’urgence, suspendu les tribunaux d’exception, élaboré une nouvelle Constitution inspirée par celles de La France et de la Russie...

 

Pour lui cet accord serait plutôt le résultat d’un consensus d’intérêts et il n’est pas impossible que les États-Unis ait préféré écarter l’Arabie saoudite, pour s’en remettre au « garant » turc.

 

Et puis, le lendemain, M. Dakhlallah a résumé la suite de son intervention dans un article du quotidien syrien Al-Watan, intitulé :

 

Syrie-Turquie... que se passe-t-il ?

Les développements politiques autour de la Syrie aux niveaux local, régional et international paraissent la plupart du temps tellement surréalistes, qu’il faudrait un dictionnaire spécial pour en décrypter les codes secrets. Il n’empêche que nous devrions nous fonder sur une règle, prouvée par l’expérience, qui dit : « Ce qui fait la complexité des choses est le grand nombre de choses élémentaires qui les constituent ».

 

Par conséquent, pour que ce qui nous paraît surréaliste se transforme en réalité, il nous faut commencer par en appréhender les éléments principaux :

 

Le 1er élément concerne la négociation en tant que nécessité :

 

La Turquie est un État agresseur et envahisseur qui a volé les richesses d’Alep et accordé son soutien total aux terroristes, mais est-ce que cela doit nous empêcher de négocier avec elle ?

 

Nous avons négocié avec Israël pendant de longues années, pourquoi ne négocierions-nous pas avec la Turquie ? Négociations menées avec la médiation des États-Unis, grande puissance alliée de nos ennemis, pourquoi ne négocierions-nous pas avec la Turquie par l’intermédiaire de la Russie, grande puissance et notre alliée ?

 

Nous avons négocié avec l’entité sioniste, notre ennemi en tous points et en toutes ses composantes, pourquoi ne négocierions-nous pas avec la Turquie, alors que nous avons de nombreux liens avec son peuple malgré l’hostilité de son gouvernement ?

 

Le 2ème élément concerne les particularités de la négociation :

 

Toutes proportions gardées, la Syrie est aujourd’hui en meilleure position de négociation que la Turquie : l’équilibre militaire sur le terrain est en sa faveur depuis la libération d’Alep et le moral de l’État syrien est meilleur en raison de sa résistance depuis bientôt six années, alors que celui de l’État turc est en net recul du fait de l’accumulation des crises internes. La Turquie d’aujourd’hui n’est plus la Turquie de 2012. Elle va plus mal. Et la Syrie d’aujourd’hui n’est plus la Syrie de 2012. Elle va mieux.

 

En revanche, la Turquie dispose de certains avantages étant donné qu’elle occupe une partie de la Syrie et soutient les mercenaires sévissant sur le territoire syrien. Avantages que nous pourrions inverser par une bonne gestion des négociations, car les actions turques sont contraires au droit international.

 

Ceci en sachant que le recours à la « force » du droit international est important moyennant trois conditions : que vous soyez fort sur le terrain, que votre ennemi soit en situation de crise structurelle à cause de l’agression menée contre vous, que vous sachiez exploiter la situation à votre avantage. Cette troisième condition est primordiale, faute de quoi la situation se retournerait contre vous car le fait accompli peut égaler, sinon dépasser, la force du droit.

 

Le 3ème élément concerne la présence de l’allié sur le terrain :

 

La Russie et l’Iran sont impliqués sur le terrain et ne se contentent pas d’un soutien de l’extérieur. Mais, ici aussi, existent un avantage et des dangers. L’avantage est qu’ils nous offrent une occasion de tirer le meilleur parti de leur « présence » sur notre territoire. Les dangers sont qu’ils risquent d’exercer des pressions pour que nous acceptions certaines solutions.

 

Donc, là aussi, la situation exige l’art de traiter avec l’allié, tout autant que l’art de négocier avec l’ennemi. Pour cela, je pense qu’il nous faut fixer des lignes rouges indépassables sur lesquelles nous devons nous entendre, par avance, avec l’allié.

 

Le 4ème élément concerne les bonnes relations entre l’allié et l’adversaire :

 

Notre relation avec l’adversaire turc souteneur du terrorisme est mauvaise, mais les relations entre nos deux alliés et la Turquie sont bonnes et en constante amélioration. D’où, là encore, un avantage et des dangers. L’avantage est que nos alliés peuvent exercer des pressions sur notre adversaire. Les dangers sont que nos alliés en viennent à conclure, avec notre adversaire, un accord qui pourrait nous nuire.

 

Ici, la confiance en nos deux alliés semble nécessiter un suivi permanent et une confirmation renouvelée, surtout si leurs intérêts communs avec la Turquie sont importants.

 

Synthèse proposée par Mouna Alno-Nakhal 05/01/2017

»» http://www.comite-valmy.org/spip.php++cs_INTERRO++article8087

Sources :

Al-Ikhbariya TV, 3 janvier 2017 https://www.youtube.com/watch?v=hHr7aC_E2uU

Syrie-Turquie... que se passe-t-il ? Par Dr Mahdi Dakhlallah, 4 janvier 2017
http://alwatan.sy/archives/85801

[*] Les documents de la cessation des hostilités en Syrie. http://www.voltairenet.org/article194800.html

URL de cet article 31398 

Le blocus de l’eau de Wadi Barada qui assoiffe 5 millions de personnes à Damas prend une tournure intéressante. L’organisation des Casques blancs financée par les États-Unis et le Royaume-Uni semble y être directement impliquée. Cela augmente le soupçon que le blocage illégal de l’eau que subissent les civils de Damas fait partie d’une campagne organisée par les États-Unis. La campagne a pour but de saboter le fonctionnement des services publics dans les zones tenues par le gouvernement en représailles pour la libération de d’Alep-Est.

 

Comme nous l’avons écrit hier :

Après la libération de la partie orientale de la ville d’Alep par les forces gouvernementales syriennes, les rebelles locaux et les habitants de la vallée de la rivière Barada étaient prêts à se réconcilier avec le gouvernement syrien. Mais les Takfiris d’al-Qaida ne le voulaient pas et ils ont pris la relève. Depuis, la zone est sous le contrôle total d’Al-Qaïda et donc en dehors du récent accord de cessez-le-feu.

 

Le 22 décembre, l’approvisionnement en eau de Damas a été soudainement contaminé par du diesel et n’est plus consommable. Le lendemain, les forces gouvernementales syriennes ont lancé une opération pour reprendre la zone et reconstituer les réserves d’eau.

 

Des photos et une vidéo diffusées sur les médias sociaux (qui ont depuis été enlevées mais que j’ai vues quand elles ont été postées) montrait l’installation de traitement de l’eau truffée d’explosifs. Le 27 décembre, l’installation a explosé et a été en partie détruite.

Le gouvernement syrien est prêt à envoyer des équipes pour réparer les installations pour que les millions de civils de Damas puissent avoir de l’eau. Mais l’accès au site leur est refusé et l’armée syrienne tente maintenant de chasser Al-Qaïda et ses alliés de la zone.

 

Curieusement, certains groupes « civils » ont offert au gouvernement syrien de le laisser accéder au site aujourd’hui à plusieurs conditions (pas agréables) :

Hassan Ridha @sayed_ridha - 2:10 AM - 3 jan 2017

Déclaration de Wadi Barada : nous laisserons des équipes réparer la source d’eau si l’Armée arabe syrienne et le Hezbollah cessent d’attaquer, si le siège est levé et si le cessez-le-feu est surveillé par des observateurs internationaux

EHSANI2 @ EHSANI22 - 6:43 AM - 3 jan 2017

L’opposition offre de marchander l’accès à la source d’eau pour Damas contre l’arrêt des opérations militaires de l’armée

Et voici l’original de ce logo copié directement sur le site Web de l’organisation de défense civile syrienne alias les Casques blancs :

Les organisations qui offrent de lever le blocus de l’eau de Damas pensent évidemment qu’elles ont le pouvoir de le faire. On peut donc penser qu’elles sont aussi responsables du maintien du blocus. Elles doivent également avoir des relations intimes avec les combattants d’al-Qaïda qui occupent actuellement les installations d’eau endommagées.

 

Les Casques blancs créés et payés par les gouvernements étasunien et britannique sont en train de bloquer de manière « neutre, impartiale et égale pour tous les Syriens » l’approvisionnement en eau de 5 millions de Syriens à Damas. Des militaires étasuniens et des officiers de la CIA dirigent les « QG d’opérations » en Jordanie et en Turquie qui mènent l’insurrection.

 

Cela augmente le soupçon que le blocus fait partie d’une réponse organisée par les ennemis de la Syrie à la récente libération d’Alep-Est.

Cette coupure d’eau fait partie d’une stratégie plus large, apparemment coordonnée, visant à priver toutes les zones tenues par le gouvernement de services publics. Il y a deux jours, l’Etat islamique a fermé un important accès à l’eau d’Alep sur l’Euphrate. Les poteaux électriques à haute tension des lignes qui alimentent Damas ont été détruits et l’accès en a été refusé aux équipes de réparation, contrairement à ce qui se passait auparavant. L’approvisionnement en gaz de certaines parties de Damas est également coupé.

Même après 14 jours de crise de l’eau à Damas, aucun média « occidental » ne souffle mot du blocus imposé par al-Qaïda à 5 millions de Syriens. Nous pouvons être sûrs qu’ils n’écriront pas un mot sur les millions de civils à Damas pris illégalement en otages par leur organisation de propagande préférée, les Casques blancs.

 

Moon of Alabama

 

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2017/01/usuk-paid-white-helmets-help-bloc...

URL de cet article 31394 

Daech, Erdogan et Poutine : le dessous des cartes par Caroline Galactéros

 

04 Janvier 2017

  • Par Alexis Feertchak
  • Mis à jour le 03/01/2017 à 10:17
  • Publié le 02/01/2017 à 19:51

FIGAROVOX/ENTRETIEN

 

Alors que la Turquie est la cible de Daech, Caroline Galactéros estime que les présidents russe et turc jouent dans leur rapprochement un jeu à la fois habile et prudent. Pour la géopolitologue, ce sont deux qualités que l’Occident ignore. Comme d’habitude son analyse est une des plus pertinente, une des moins « idéologiques » de toutes celles que l’on peut lire. Ce n’est pas la première fois qu’au plan international, le Figaro s’avère beaucoup plus « informé » que la presse aux sympathies social-démocrate comme le Monde ou Libération et tous ceux qui leur emboîtent le pas pour devenir des chantres de l’atlantisme jusqu’à la russophobie et la copie de l’attitude pathéttique d’Obama.

 

(note de Danielle Bleitrach)


Docteur en Science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d’intelligence stratégique Planeting.

 

Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre (éd.Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (éd. Nuvis, 2014).


FIGAROVOX.

 

L’État islamique a revendiqué l’attaque commise contre une discothèque d’Istanbul pendant la nuit du nouvel An. Sur fond de réconciliation avec la Russie, la Turquie est-elle devenue une cible prioritaire de l’État islamique?

 

Caroline GALACTEROS. – Prioritaire peut-être pas, mais il est certain que la convergence russo-turque et la prise en main du jeu politique syrien et du processus diplomatique par le trio russo-turco-iranien rebattent les cartes de façon inquiétante pour l’État islamique qui peut chercher à « punir » son ancien allié ou à lui faire infléchir sa nouvelle ligne. En effet, le rapprochement entre Moscou et Ankara surplombe et menace la marge de manœuvre politique et militaire et la capacité de nuisance, mais aussi le statut « à part » dans l’échelle de l’horreur (et donc dans la capacité d’attraction et recrutement) de l’État islamique. De facto, en remettant en cause leur collusion ancienne avec Ankara qui l’a longtemps avantagé par sa complaisance voire son soutien, ce rapprochement tactique le ravale au rang d’une organisation terroriste presque comme une autre, notamment comme Al-Qaïda, proche mais rival cousin…

 

Quelle peut être la réaction du président Erdogan?

L’analyse de la situation et les priorités du pouvoir turc ont bougé. Il s’agit désormais pour le président Erdogan de s’asseoir à la table des vainqueurs (ce que ne lui garantissait pas – et certainement moins encore aujourd’hui – Washington) et de retirer les fruits concrets d’un axe militaro-diplomatique avec Moscou en matière d’influence et d’emprise politique et territoriale sur le théâtre syrien (mais aussi en Irak, selon l’évolution de la situation et dans le cadre d’un partage des rôles entre Washington et Moscou une fois le président Trump aux affaires). On ne peut exclure qu’Ankara n’ait pour ambition de rassembler progressivement sous sa tutelle les divers groupes islamistes sunnites prêts à une négociation avec Moscou et le régime Syrien, afin de s’assurer à travers eux une influence importante dans la Syrie future qui pourrait mêler une structure d’État unitaire et une décentralisation interne forte selon des lignes confessionnelles et territoriales.

 

L’accroissement du terrorisme djihadiste en Turquie peut-il changer la position d’Ankara vis-à-vis des Kurdes?

Les Kurdes restent la cible politique interne première du pouvoir turc. Il devient d’ailleurs de plus en plus probable qu’ils fassent ultimement les frais de la gestion croissante du conflit par les grandes puissances régionales ou globales. Aucune n’a véritablement intérêt à céder à leurs revendications nationales et les Kurdes demeurent handicapés par leurs propres rivalités internes. Ils sont donc utilisés par les uns et les autres comme force d’appoint ou d’avant-garde au gré des nécessités militaires d’affrontements localisés. De leur point de vue, ils ont tout intérêt à conserver ou développer leur capacité de nuisance ou d’interférence résiduelle dans le jeu régional comme sur le sol turc, et plus encore à faire en sorte que Moscou n’en arrive pas à vouloir ou devoir les sacrifier totalement à son rapprochement tactique avec Ankara. Ce qui n’est pas exclu.

 

Cette stratégie russophile de la Turquie vous paraît-elle habile et crédible?

 

Il ne s’agit pas de russophilie – ni de russophobie d’ailleurs -, mais d’une évaluation qu’il faut bien reconnaître « créative » et habile, par le président Erdogan, des intérêts politiques nationaux turcs et des siens plus personnels sans doute. La Turquie a simplement fini par devoir admettre qu’elle pèserait plus, y compris vis-à-vis de Washington, dans une alliance avec la Russie – qui s’est imposée comme principal décideur du futur syrien – que contre elle. Face à ce réalisme froid, nous restons malheureusement intellectuellement sidérés et sans rebond. Nous avons manifestement le plus grand mal à comprendre l’ampleur du bouleversement stratégique en cours. Un bouleversement mondial dont le Moyen-Orient n’est que l’un des théâtres d’expression.

 

D’où pourrait venir cette erreur occidentale de jugement?

Les lignes bougent et bousculent sans ménagement nos schémas de pensée confortables. On incrimine la faiblesse américaine pour expliquer la prise d’ascendant russe ; certains analystes vont même désormais jusqu’à dire que l’Amérique ne se serait pas vraiment impliquée dans le conflit syrien (sic!) alors qu’elle s’est bel et bien engagée dans la déstabilisation de l’État syrien via des groupes rebelles et selon son nouveau mantra du « commandement de l’arrière » (leadership from behind). Simplement, cette entreprise de regime change violent, à laquelle des puissances européennes ont activement participé, a clairement échoué. Dont acte? Même pas! Car le plus grave de mon point de vue n’est pas là. Ce qui me semble très dommageable et dangereux, c’est qu’alors que l’on proclame chaque jour après chaque attentat notre volonté de combattre la terreur islamiste qui cible avec constance nos propres sociétés, l’on refuse obstinément de saisir l’opportunité stratégique que constituerait un front commun occidentalo-russe dans cette lutte.

 

Quel serait l’intérêt d’un tel rapprochement avec Moscou?

 

Encore une fois, il ne s’agit ni d’entrer en fusion amoureuse avec Moscou ni de mésestimer les calculs et arrière-pensées russes (nous avons les nôtres), mais de faire un pari hors normes et à très fort rapport pour chacune des parties: celui du sens d’une convergence de fond vigilante mais authentique, inédite mais salutaire entre les deux piliers de l’Occident. Cela demande évidemment un peu d’envergure, d’audace et d’ambition. Alors, devant l’effort requis par une telle métamorphose, nos élites déphasées préfèrent l’enlisement dans un combat d’arrière-garde. Alors que nous sommes entrés, qu’on le veuille ou non, dans une phase d’innovation géopolitique majeure – certes à l’initiative de Moscou – qui balaie l’ordre ancien, une grande partie de l’establishment américain autour de l’Administration sortante s’y accroche désespérément.

 

Vous pensez à l’affaire des hackers russes qui auraient influencé l’élection de Donald Trump…

C’en est effectivement la manifestation pathétique. Cette guéguerre américano-américaine, dont le nouveau président américain est en fait la cible première et Vladimir Poutine l’instrument, démontre tristement combien le sort du Moyen-Orient et de ses populations sacrifiées est secondaire pour un appareil dirigeant américain (OTAN incluse) qui voit vaciller ses intérêts et ses rentes de situation et ne s’y résout pas. Alors, on s’arc-boute, ici comme là-bas, autour de nos vieux totems grimaçants, on s’accroche aux vieilles lignes de fracture, on préfère une bonne vieille Guerre froide ranimée à un axe occidental Moscou-Washington novateur qui serait pourtant un moteur fabuleux pour une renaissance de notre civilisation empêtrée dans ses contradictions et son cynisme mis à nu. Washington, où l’équipe sortante fait tout pour enfermer le nouveau président américain dans un piège qui l’empêcherait de mener à bien son projet de reset avec Moscou. Il s’agit de l’acculer à l’inaction stratégique et de lui faire craindre, s’il persiste, d’être accusé par une opinion publique brainwashée méthodiquement, de trahir rien moins que les intérêts nationaux en voulant dialoguer enfin intelligemment avec la Russie. On nage en plein délire, et il ne serait pas étonnant que l’on entende bientôt parler de possible « intelligence avec l’ennemi » pour discréditer plus encore le nouveau président et mettre à mal ses projets.

 

Comment jugez-vous la réaction de Vladimir Poutine et Donald Trump à ce « délire »?

Donald Trump ne s’y est pas trompé, et Vladimir Poutine non plus, qui a refusé de céder à l’escalade des représailles diplomatiques via l’expulsion d’espions américains en miroir aux « représailles » américaines. Le président russe est trop habile et préfère avoir le triomphe modeste quand Barack Obama et Hillary Clinton se fourvoient dans une défaite infantile et bruyante. Le président-élu mesure sans doute parfaitement le champ de mines que le président sortant est en train de poser à Washington, et plus concrètement en Syrie, avec la possible reprise des livraisons de Manpads (missiles portatifs) aux groupes rebelles qui ne sont pas encore rentrés dans le rang, claire menace pour les avions et hélicoptères russes. Il s’agit de faire capoter le cessez-le-feu et le processus diplomatique que Moscou, Téhéran et Ankara tentent de faire tenir dans la perspective de la prochaine Conférence d’Astana qui doit dessiner les contours d’un accord politique viable.

 

Bref, « l’ancien monde » a la vie dure. Le cadavre bouge encore. La question est donc: est-on capable d’exploiter la fenêtre d’opportunité extraordinaire qui nous est donnée de « faire du neuf », du conséquent, de l’efficace et plus encore, de restaurer la crédibilité occidentale si abîmée depuis 15 ans par le cynisme structurel de nos interventions soi-disant « morales »? Va-t-on enfin partir du réel et des opportunités qu’il ouvre pour mener une lutte existentielle contre une menace qui ne faiblira pas tant que l’on ne fera pas front commun contre elle? Ou bien préfèrera-t-on persister à s’aveugler en maugréant contre ce monde qui ne nous obéit plus au doigt et à l’œil, à se réfugier dans un manichéisme dépassé qui fait le jeu de l’adversaire, à s’enkyster dans des schémas de pensée rétrogrades qui ne fonctionnent plus et nous rendent vulnérables? Pour la France et pour l’Europe, ce dilemme est crucial.

 

Publié par  El Diablo

Des SYRIENS parlent aux FRANÇAIS : « ALEP n’est pas tombée, elle est LIBÉRÉE » [Reportage vidéo]

ALEP (capture d'écran youtube)

ALEP (capture d'écran youtube)

 

Interview de Vincent Gelot, chargé de projet à l’Oeuvre d’Orient pour le Liban et la Syrie

 
03 Janvier 2017

Source : Radio Vatican, 15-12-2016
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Vincent Gelot, chargé de projet à  l’Œuvre d’Orient pour le Liban et la Syrie. Il est actuellement à Alep-ouest. Pour écouter son témoignage  c’est ici
Transcription : 
 
Vincent GELOT – La situation a pas mal évolué en quelques heures. Ces derniers jours, les bombardements continuaient, jusqu’à ce matin très tôt. À présent, les bombardements se sont tus depuis quelques heures : on en entend de temps en temps mais c’est très épisodique. Aujourd’hui, on n’entendait pas grand-chose donc a priori les gens sont en train de partir de ce qu’on appelait Alep Est. Ils sont en train d’être évacués. Les cessez-le-feu qui étaient annoncés volaient en éclats : les combats s’arrêtaient puis reprenaient.
Manuella AFFEJEE – Vous vous trouvez à Alep Ouest, quelle est la situation ?
VG – La vie a repris à Alep Ouest, les gens sortent, les enfants vont à l’école : la vie continuait déjà pendant la guerre. Mais là, en quelques heures, la vie a repris vraiment de plus belle : les gens sortent, prennent la voiture… Et surtout, les routes se sont ouvertes : tous les barrages qui existaient il y a 48 heures se sont levés, donc aujourd’hui, on avait accès à toute la partie qui était occupée par les rebelles. On peut aller jusqu’à l’aéroport par exemple ; on peut aller dans certains quartiers qui étaient fermés jusqu’ici. C’était assez impressionnant de suivre les gens qui n’avaient pas revu leur maison depuis cinq ans, par exemple. Tous les déplacés de cette zone-là qui avaient quitté la partie Est de la ville pour aller vers l’Ouest, qui revenaient voir l’état de leur maison… maison détruite ou pillée.
MA – On est confronté à deux types de réactions, même dans la rhétorique, dans les mots utilisés : certains parlent de « chute d’Alep », de « mort d’Alep », d’autres parlent de « libération » justement. Comment les événements sont-ils vécus par les habitants que vous côtoyez ?
VG – Les gens sont soulagés. Cela fait quatre ans que c’est la guerre, qu’il y a des obus qui tombent des deux côtés. Aujourd’hui, ils peuvent sortir dans la rue sans craindre de recevoir un obus ou un morceau de métal d’une bombe éclatée. Je crois que c’est cela, la première chose.Ensuite, que l’on parle de libération ou que l’on dise que Alep est tombée, les gens ne prennent pas position : ils voulaient juste la paix, c’est tout ce qu’ils demandent. Les gens vivaient dans la terreur. Je suis admiratif de ces Alépins qui ont vécu au quotidien avec la peur de recevoir une bombe et dans des conditions extrêmement difficiles, avec le manque d’électricité, d’eau et aujourd’hui de chauffage pendant l’hiver.
MA – Comment les Alépins envisagent-ils l’avenir à présent ?
VG – J’ai l’impression qu’ici les gens ont vécu dans une logique de survie, donc pendant plusieurs mois, plusieurs années, c’était difficile de se projeter dans l’avenir. On dit que ça s’arrête mais on n’en est pas sûrs, les gens ne savent pas ce qui va arriver ensuite : peut-être que dans quelques heures les bombardements peuvent reprendre. C’est sûr qu’il y a un travail énorme de nettoyage et de reconstruction – reconstruction de la ville et des personnes. Et aussi de réconciliation. C’est un peuple qui a été brisé, les gens sont fatigués.
On dit que c’est la fin des combats mais ce matin, j’étais dans la partie – disons, libérée – de la ville, Alep Est : on voyait l’armée syrienne, l’armée du régime, et puis il y avait aussi des milices iraniennes, des milices du Hezbollah, il y avait le YPG (les Kurdes) qui prenaient position dans la ville. J’avais l’impression qu’on assistait déjà à une partition de Alep. Cela ne signifie pas forcément de belles heures à venir.
MA – Donc la prise de Alep ne signe absolument pas la fin de la guerre, on l’a pas bien compris. Vous êtes logé, si je ne m’abuse, chez les jésuites. C’est bien cela ?
VG – Tout à fait.
MA – J’imagine que vous côtoyez les chrétiens qui sont restés à Alep. Beaucoup sont partis mais il y en a qui sont restés. Quel est l’état d’esprit à l’approche de Noël ?
VG – Noël se prépare un petit peu, on voit des sapins qui poussent un peu partout, des guirlandes… Les gens préparent quand même Noël. Et les gens fêtaient Noël même pendant les années précédentes. Ils sont pris dans leur quotidien : le gasoil, faire chauffer la maison, manger tous les jours. 
 
J’ai posé à quelques Alépins la question de ce que Noël signifiait pour eux : certains me parlaient de résurrection, dans tous les sens du terme. J’étais avec l’évêque maronite, Monseigneur Tobji : l’unique église d’Alep, la cathédrale, a été complètement démolie, le toit est ouvert mais ils vont installer une crèche et célébrer Noël dans les ruines de la cathédrale. 
 
Il y a des symboles forts qui vont se mettre en place pour Noël pour Alep.
Source : Radio Vatican, 15-12-2016

Les-crises.fr DT | 3 janvier 2017 à 0 h 59 min | Étiquettes : AlepSyrie | Catégories : crise géopolitique | URL : http://wp.me/p17qr1-Dm9

[Vidéo] Syrie: la France est achetée par l’Arabie saoudite – Buthaina Shaaban conseillère d’Assad

Arabie saoudite Crises Droit international France Ingérence Syrie
 
 
 
Ajoutée le 19 déc. 2016

Dans un entretien accordé à la RTS (Télévision Suisse Romande), Buthaina Shaaban, conseillère du président syrien Bachar al-Assad accuse la France de « vendre ses positions » sur le dossier syrien en échange de contrats négociés en Arabie Saoudite.

Source: Journal des amis de la Russie

La Syrie, Astana et le basculement du monde – Par Bruno Guigue

 

Par Bruno Guigue — 30 décembre 2016 

Astana – DR


Depuis la libération d’Alep, les événements se précipitent. Des négociations inter-syriennes ont été menées sous l’égide de la Russie, de l’Iran et de la Turquie. Elles ont abouti le 29 décembre à un triple accord entre le gouvernement syrien et sept groupes de l’opposition armée. « Trois documents ont été signés », a déclaré le président russe. Le premier instaure « un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien ». Le deuxième définit « les mesures visant à contrôler le respect de la trêve ». Le troisième est une « déclaration sur la volonté des parties en conflit de lancer des négociations de paix ».

 

Certes, on objectera à juste titre que cet accord n’instaure dans l’immédiat qu’un fragile cessez-le-feu. Il peut être remis en cause à tout moment, les terroristes d’Al-Qaida et de Daech en sont exclus, et il ne règle pas, au fond, la crise syrienne ouverte au printemps 2011. Il n’empêche que cette signature, fruit de tractations entre des parties qui ne se parlaient plus, marque une nouvelle avancée en vue d’un règlement politique du conflit, une semaine à peine après la victoire de l’armée arabe syrienne dans la deuxième ville du pays.

 

L’avenir dira si cette étape était décisive, mais on peut déjà en tirer trois enseignements.

 

Le premier, c’est que rien ne vaut une victoire militaire pour remettre les pendules à l’heure. La débandade des « rebelles » d’Alep-Est après un mois de combats valide la stratégie syrienne de reconquête territoriale. Les cinq premières villes du pays sont désormais sous le contrôle du gouvernement : Damas, Alep, Homs, Lattaquié et Hama. Toutes les combinaisons échafaudées en Occident et dans les pays du Golfe pour imposer le départ de Bachar Al-Assad, que ce soit comme « préalable » ou comme « résultat » d’une transition politique, se brisent sur cette réalité comme une coque vermoulue sur des récifs côtiers.

 

La victoire militaire de l’armée syrienne et de ses alliés, en réalité, conforte l’initiative russe en faveur d’une solution politique. En position de faiblesse, les groupes armés non affiliés à Daech ou Al-Qaida vont devoir choisir entre une fuite en avant qui liera leur sort à ces jusqu’au-boutistes ou une négociation avec un Etat syrien qui les chasse, peu à peu, des principales agglomérations du pays. L’attitude de ces groupes est l’une des inconnues qui pèseront sur la suite des événements, mais il est significatif qu’ils aient choisi, sans doute à contre-cœur, la solution négociée.

 

Le deuxième enseignement, c’est l’éviction spectaculaire des Etats-Unis, éjectés comme des malpropres d’une scène syrienne où ils ont additionné les mensonges, les coups bas et les échecs à répétition. Pour la première fois dans l’histoire contemporaine, la négociation sur un conflit majeur est engagée sans Washington, qui doit se résoudre à faire tapisserie pendant que Moscou mène la danse. Discrédités par une politique erratique, les USA sont condamnés à approuver un processus qu’ils n’ont jamais cherché à promouvoir tout en prétendant le contraire. En attendant, ils se voient contraints de mettre une sourdine à leurs jérémiades sur les « crimes de guerre » et la « barbarie russe ».

 

Cette mise en orbite de la Maison-Blanche est d’autant plus cruelle que son principal allié dans la région, la Turquie, y a participé activement. Pour Ankara, mieux vaut un adversaire avec qui on peut négocier (Moscou) qu’un allié félon qui vous fait des enfants dans le dos (Washington). Les USA paient leur ambiguïté lors de la tentative de coup d’Etat en Turquie, mais aussi le soutien opportuniste accordé aux Kurdes de Syrie. M. Poutine, dont la retenue lors de l’affaire du Soukhoï abattu a porté ses fruits, n’eut qu’à tendre la main à son homologue turc pour que la géographie et l’économie, facteurs objectifs de convergence turco-russe, prennent le dessus.

 

L’admission de la Turquie dans le club des parrains de la paix en Syrie est un coup de maître. Mais Moscou a aussi contracté une police d’assurance du côté de Doha. En lui concédant une participation au capital de la compagnie pétrolière nationale Rosneft, Moscou achète la neutralité du Qatar. Ce pacte de circonstance devrait contribuer à la tiédeur de l’Arabie saoudite, à son tour, pour une rébellion en déroute. Revirement turc, défection qatarie, isolement saoudien, le dispositif clintonien du « regime change » en Syrie s’effondre comme un château de cartes. Donald Trump a proclamé son intention d’en finir avec ces lubies néo-conservatrices. A croire qu’il avait anticipé la suite des événements !

 

Le dernier enseignement, enfin, est lié au lieu même des futures négociations de paix. Capitale futuriste du Kazakhstan construite en 1997, Astana est au cœur de cet arc de puissance géopolitique dont Moscou est l’artisan inlassable face aux prétentions occidentales à régenter la planète. C’est à travers le territoire kazakh que passent les oléoducs qui acheminent, vers la Chine, le gaz en provenance des gisements de la Caspienne. Premier producteur mondial d’uranium, le Kazakhstan est un allié stratégique de la Russie et son partenaire essentiel dans les domaines-clé de la modernité économique (nucléaire, spatial, hydrocarbures).

 

Ce pays asiatique majoritairement musulman est membre de l’Union eurasienne et de l’Organisation de coopération de Shanghaï. En plein développement, proche de la Russie, il est le symbole des nouveaux équilibres du monde. C’est à Astana que les négociations de paix commenceront en janvier, précédant celles de Genève en février. Les deux processus ne sont pas contradictoires, affirme la diplomatie russe. Staffan de Mistura, délégué spécial de l’ONU pour la Syrie, sourit pour la forme. Mais quel symbole ! Détrônée par la capitale kazakhe, la cité helvétique n’est plus le centre de l’activité diplomatique. Les Russes l’ont déplacé à l’Est, au cœur d’une Eurasie qui est le siège des puissances de demain.

 

Bruno Guigue | 30 décembre 2016

 

Bruno Guigue, est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion. 

Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

 

Source: http://arretsurinfo.ch/la-syrie-astana-et-le-basculement-du-monde-par-bruno-guigue/

Syrie : L’histoire s’écrit sans les putschistes occidentaux

 

Par Gilles Devers — 31 décembre 2016 
 

 © RIA Novosti Source: Reuters

Je dois faire attention de ne pas dire « l’Occident », mais bien « les putschistes occidentaux », c’est-à-dire une poignée de financiers, d’industriels et de politiques qui sont prêts à tout pour défendre leurs intérêts personnels, contre ceux de cette grande région du monde qu’est l’Occident. C’est bien clair : nous sommes « l’Occident » – une terre de culture – alors qu’ils n’en sont que les destructeurs.Et bien, ce clan putschiste occidental est en train de vivre une défaite considérable et humiliante qui ponctue, avec la guerre en Syrie, des années d’impérialisme, qu’ils ont organisées de A à Z, et qu’ils ont perdues de A à Z.

 

Ce 29 décembre, Poutine a pris la parole pour annoncer un cessez-le-feu en Syrie. Un exercice risqué, vu le nombre de cessez-le-feu non respectés depuis six ans ? Sauf que cette fois-ci, tout a changé.

 

Trois documents ont été signés : le premier entre le gouvernement syrien et l’opposition armée, le deuxième sur le contrôle du respect de cette trêve, et le troisième sur le lancement de négociations de paix.

 

Poutine souligne : « Il y a peu, une réunion s’est tenue à Moscou entre les ministres des Affaires étrangères de Russie, de Turquie et d’Iran : ces trois pays ont pris l’engagement non seulement de contrôler mais aussi de garantir le processus de règlement de paix en Syrie. Cet événement s’est passé il y a quelques heures. Non seulement nous l’avons attendu depuis longtemps, mais aussi nous avons beaucoup travaillé pour s’en approcher. Il faut maintenant tout faire pour que ces accords entrent en vigueur, qu’ils soient mis en œuvre, de manière à ce que les équipes de négociateurs puissent arriver le plus rapidement possible à Astana, au Kazakhstan, pour y débuter un véritable processus de paix ».

 

A 24 heures, on note quelques incidents, mais le cessez-le-feu est respecté. L’essentiel tiendra… et tiendra parce que la diplomatie a joué tout son rôle : à chacun ses droits, à chacun le respect de sa sphère d’influence.

 

I – Le cessez-le-feu

 

1/ L’accord est syrien, signé entre le gouvernement légitime et les groupes rebelles, à l’exclusion de ceux liés à Daech et au Fateh al-Cham, l’ex-Front al-Nusra, filiale d’Al-Qaeda. Ceux qui misaient sur l’écroulement de l’État syrien pour en faire un nouveau territoire éclaté entre groupes djihadistes ou un État uni mais sous contrôle des États-Unis et d’Israël ont perdu. La Syrie reste la République syrienne.

 

2/ Les garants du cessez-le-feu sont la Russie, l’Iran et la Turquie. Les putschistes occidentaux ont perdu, comme leurs alliés, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Emirats.

 

3/ La Russie était – si j’ai bien compris – abominable quand elle répondait au gouvernement légitime syrien dans le cadre d’un accord militaire, pour combattre des groupes armés. D’après ce que je lis, elle reste abominable quand elle parvient à imposer un cessez-le-feu, signé par toutes les parties, sauf Daech et Al Qaeda. Merci de m’expliquer.

 

II – Et la Turquie ?

 

La Turquie, au centre de tous les enjeux, est aujourd’hui dans la main de Moscou et de Téhéran.

 

1/ Erdogan est affaibli comme jamais. Pays encore pivot de l’OTAN, la Turquie a rompu avec ses alliés de l’OTAN. Erdogan est décrit comme surpuissant, et il organise une réforme de la constitution, mais les évènements montrent qu’il n’est plus maître chez lui. Le putsch du mois de juillet, la série d’attentats ces derniers mois, et l’assassinat d’Andreï Karlov, l’ambassadeur de Russie à Ankara, illustrent la faiblesse du régime à l’intérieur. Sur le plan international, c’est pire : alors que depuis six ans, Erdogan misait tout sur le soutien aux groupes djihadistes pour obtenir le départ de El-Assad, il se trouve contraint d’être le garant d’un accord qui marginalise les djihadistes et laisse en place El-Assad ! Ce parce que c’était ça, ou la pente syrienne pour la Turquie, rien de moins… Un risque de contagion extrême car, pour les deux pays, ce sont les mêmes populations,… juste avec une question kurde renforcée pour la Turquie. La base de la politique d’Erdogan, c’était un axe Qatar – Arabie Saoudite – Turquie pour éradiquer El-Assad. On se retrouve avec un axe Russie – Iran – Turquie pour conforter El-Assad. Bon courage pour expliquer cela à la population turque…

 

2/ Erdogan a pour priorité absolue d’empêcher la constitution d’un territoire kurde dans le nord de la Syrie, qui deviendrait une menace pour l’intégrité turque. Les États-Unis et la France s’étaient engagés sur ce plan, et se sont appuyés sur les très efficaces combattants du PYD pour combattre Daech… ce PYD qui est le bras armé du PKK. Mais la page est tournée. Les Kurdes sont abandonnés par les US et la France. Ils sont les grands sacrifiés des évènements actuels, et ne vont pas se laisser faire. La Russie et l’Iran ont pris des engagements pour tenir la question kurde, ce qui fait de la Turquie leur obligée, sachons le dire clairement.

 

3/ En se trouvant garante du cessez-le-feu, la Turquie reconnaît définitivement qu’elle finançait et armait les groupes djihadistes et que, si elle a accueilli tant de réfugiés syriens, c’était pour vider l’armée syrienne. Elle va devoir assumer cette responsabilité et dans le même temps gérer les désillusions, car la défaite d’Alep, qui est la sienne, ouvre le chapitre inévitablement destructeur des luttes de clans au sein de la rébellion syrienne, dont la région d’Idlib va être le terrain.

 

4/ L’assassinat l’ambassadeur de Russie en Turquie par un policier turc a signé la faiblesse du régime turc, et l’inefficacité de la répression. La Turquie avait de quoi redouter la réaction russe… à juste titre. Celle-ci a été de velours, mais avec une main de fer : tu es incapable d’assurer la sécurité, alors c’est avec nous, ou c’est fini. Les contacts de Erdogan avec Lavrov, ministre russe des affaires étrangères, et Choïgou, ministre russe de la défense ont dû être, disons, particulièrement intenses.

 

5/ Les États-Unis sont perdus devant les évènements, et ils n’ont même pas été en mesure de répondre à la demande d’appui de l’armée turque, dans la bataille que celle-ci conduit depuis quelques semaines pour reprendre Al-Bab, un bastion de Daech. La semaine dernière, 16 soldats turcs ont été tués. Les États-Unis étant aux abonnés absents, c’est l’aviation russe qui est venue à la rescousse, pilonnant les positions de Daech. Vraiment, on passe d’une époque à une autre, mais il y aura un coût élevé pour Erdogan.

 

5/ Combien de temps, et surtout à quel prix, la Turquie va-t-elle pouvoir rester dans l’OTAN, accueillant une stratégique base militaire des États-Unis, contrainte de s’en remettre à la Russie et à l’Iran pour sauvegarder son intégrité ? Le peuple turc, happé par les choix irréfléchis de ses dirigeants, est désormais exposé à toutes les tensions et à tous les coups tordus.

 

III – L’accord de paix

 

Aujourd’hui, c’est le cessez-le-feu, mais demain ce sera les négociations de paix, qui vont s’ouvrir d’ici fin janvier à Astana. Les partenaires sont la Syrie, Russie, la Turquie, l’Iran et ce qui restera de la rébellion syrienne.

 

Mais qui y aura-t-il d’autre autour de la table ?

 

On se doute que Poutine, Lavrov et Choïgou vont tout faire pour y installer des pays arabes, au second rang bien sûr.

 

Sissi a rompu avec les États-Unis et l’Arabie saoudite, et l’Égypte sera là, ou pas loin.

 

Assuré d’une place aussi le Qatar, qui a lâché les djihadistes d’Alep, à la suite de deux accords passés avec la Russie. Le 6 septembre 2016, a été signé à Moscou un accord de coopération militaire entre la Russie et le Qatar, et surtout, le 10 décembre 2016, a été conclu un accord de vente de 19,5% des actions de Rosneft, la société russe d’exploitation du pétrole et du gaz avec le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA), pour 11 milliards de dollars, faisant du Qatar le second actionnaire de Rosneft après l’État russe. On est là avec l’enjeu décisif de l’approvisionnement de l’Europe en gaz. Au premier rang des fournisseurs, se trouvera désormais la Russie, l’Iran et le Qatar, avec 50% des réserves mondiales de gaz naturel, et ces trois États vont pouvoir organiser les gazoducs en passant par la Syrie et la Turquie. Le revirement de la Turquie et du Qatar place l’Europe en situation de grande dépendance énergétique.

 

La Russie parviendra-t-elle à convaincre aussi l’Arabie Saoudite de venir à Astana ? L’Arabie Saoudite est au plus mal, lâchée par l’inconsistant Obama, lâchée aussi par la Turquie et le Qatar, embourbée au Yémen… Ce alors qu’un accord est certainement possible sur la base de la diplomatie russe : respect des États, et à chacun selon sa place et son influence. La présence de l’Arabie Saoudite à Astana assurerait la paix dans la région. L’Iran, le grand rival est rodé à l’hostilité US, alors que l’Arabie saoudite se demande comment faire alors que la tutelle US s’est écroulée. Et sûr que Lavrov et Choïgou ont de plus quelques arguments convaincants…

 

Les États-Unis et leur caniche français ? May be… Poutine a d’un revers de main retourné les puériles provocations du pré-retraité d’Obama, pour garder les mains libres alors qu’il va devoir gérer quatre ans avec Trump.

 

En attendant, Trump sait qui est le patron.

 

Gilles Devers |31 déc. 2016

 

Source: http://lesactualitesdudroit.20minutes-blogs.fr/archive/2016/12/31/syrie-l-histoire-s-ecrit-sans-les-putschistes-occidentaux-933723.html

 

 

La voix du Nord: Alep libérée, la famille Ghannoum rêve de retourner en Syrie

 

31 Décembre 2016
Prisonnière d’un conflit sans fin, la famille Ghannoum a dû quitter Alep au printemps 2013 pour trouver refuge dans l’Arrageois. Cette famille de Syriens a vécu avec soulagement la libération récente de leur ville. Les combats se sont tus. Ils veulent retourner dans leur pays pour le reconstruire. La Voix du Nord nous fait entendre un autre son de cloche que celui que la presse habituellement nous offre. A la désinformation sur ce qui se passe en Syrie, l’atlantisme ambiant et ses déformations, la presse française qui a décidé de pleurer sur les « malheurs » d’Alep, pour mieux nous vendre les djihadistes, oublie d’écouter les réfugiés syriens et ce qu’ils disent réellement
 
(note de Danielle Bleitrach)

Par Benjamin Dubrulle | Publié le 30/12/2016

Ziad, Céline, Karine et Nayla sont arrivés en France au printemps 2013.

Ziad, Céline, Karine et Nayla sont arrivés en France au printemps 2013.

Il y a quelques jours, Alep a fait la une de l’actualité. La deuxième ville de Syrie était entièrement reprise par le régime. Les rebelles étaient chassés de la partie « est ». À Sainte-Catherine, chez les Ghannoum, on a suivi cela avec intérêt. La famille a dû fuir leur pays. Contrainte et forcée. «  Alep, c’était une ville magnifique, il n’y avait pas d’insécurité, c’était un rêve d’habiter là-bas  », se lamente Nayla, la maman. Mais le rêve s’est transformé en cauchemar.

 

« On a essayé de vivre normalement malgré ces bombes qui nous tombaient sur la tête »

 

La guerre a éclaté en mars 2011. Alep a été touchée en juillet 2012. La ville divisée entre les rebelles et le régime. Les bombardements se sont accentués de jour en jour. « On a essayé de vivre normalement malgré ces bombes qui nous tombaient sur la tête, raconte Ziad, le paternel, médecin à l’hôpital d’Alep. On ne voulait pas fuir notre pays, on voulait résister même si les conditions étaient difficiles. Il n’y avait plus d’eau, plus d’électricité. »

 

Mais en mars 2013, le danger est devenu trop grand. «  On ne pouvait plus rester, on se doutait que cette guerre allait durer dans le temps. » La famille part au Liban pour quelques semaines, histoire de s’éloigner des combats et de permettre à Céline, l’aînée, de préparer sereinement son brevet, un diplôme très important en Syrie. «  Sur le trajet d’Alep au Liban, j’ai dû voiler ma femme et mes filles pour passer les quartiers contrôlés par les rebelles, jamais je n’aurais pensé faire ça un jour  », raconte ce papa catholique.

 

Médecin au CHA

 

Le retour en Syrie devient illusoire. «  Les routes étaient coupées. Les médecins à Alep étaient kidnappés et si on ne payait pas la rançon, on leur coupait la tête. Un collègue a subi ce sort funeste. » Il faut fuir. C’est en France que la famille Ghannoum trouve refuge légalement. «  J’ai fait une partie de mes études dans votre pays et j’ai de la famille ici. » Sa sœur l’informe que le CHA cherche un gastro-entérologue. Ziad part en éclaireur. L’accueil se passe très bien. Le job lui plaît et il trouve au collège Saint-Joseph un cadre idéal pour permettre à sa fille de passer son brevet. «  Comme l’avenir de mes filles était assuré en France plus qu’en Syrie, on s’est décidé à partir. On a quitté le pays en catastrophe, on s’est dit que ce séjour en France n’allait durer que quelques semaines, qu’on allait finir par retourner en Syrie rapidement. »

 

« Le régime de Bachar el-Assad n’est pas idéal, mais nous ne sommes pas prêts pour être en démocratie »

 

Cela fait maintenant… trois ans et demi que la famille Ghannoum vit dans l’Arrageois. Elle vient même d’acheter une maison à Sainte-Catherine. «  On est en France pour au moins dix ans, jusqu’à la fin de la scolarité de mes deux filles. On rêve de revenir en Syrie pour aider notre pays à se reconstruire. Il fallait que les bombardements s’arrêtent. Certes, il y a eu des victimes innocentes dans ces récents combats pour libérer Alep, mais cela fait quatre ans que ça dure. Pour les Alépins, il faut que ces souffrances s’arrêtent. En une semaine, tout a été réglé. On a laissé pourrir la situation. »

 

Ziad en veut aux rebelles. «  Ce sont des djihadistes qui ne sont même pas Syriens et qui ont gangrené les quartiers pauvres de la ville. Le régime de Bachar el-Assad n’est pas idéal, mais nous ne sommes pas prêts pour être en démocratie. Cette guerre a tout détruit. »

 

The independant : Isis: l’islam n’est «pas le plus fort facteur» qui incite les combattants étrangers à rejoindre  des groupes extrémistes en Syrie et en Irak – Rapport

 

31 Décembre 2016

Les conclusions de ce rapport démontrent que ce n’est pas la pratique religieuse traditionnelle qui est à l’origine du phénomène, mais bien des aspirations à l’aventure rédemptrice pour de jeunes criminels et une conscience politique dévoyée, comme tous les fascismes. La responsabilité de ceux qui devraient aider à faire naître une conscience politique y compris révolutionnaire et qui se contentent d’utiliser les haines raciales et un pseudo-anti-impérialisme de même tonneau est entière. Il y a déjà longtemps j’avais mis en garde les communistes sur le fait que s’ils ne jouaient pas leur rôle, Ben laden deviendrait le Che guevara des banlieues, nous n’en sommes pas loin.

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)


http://www.independent.co.uk/news/world/europe/isis-foreign-fighters-british-european-western-dying-radicalised-islam-not-strongest-factor-cultural-a7421711.html?cmpid=facebook-post

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Isis a fait un usage important de recrues occidentales dans ses vidéos de propagande

 

La religion n’ est pas la plus grande force motrice qui pousse  des milliers de combattants étrangers à rejoindre Isis  et d’ autres groupes terroristes en Irak et en Syrie, selon les conclusions d’un rapport par des chercheurs militaires américains .

 

Une nouvelle étude réalisée par le Centre de lutte contre le terrorisme (CCT) à West Point a révélé que la grande majorité de près de 1200 militants interrogés n’avait aucune éducation religieuse formelle et  ils n’avaient jamais  pratiqué  l’Islam au cours de leur vie.

 

Les groupes extrémistes peuvent préférer ces recrues parce qu’ils sont «moins capables d’analyser d’un oeil critique le discours et l’idéologie  djihadiste » et à la place adhérer totalement à la violence et limiter leur  interprétation de l’Islam à celle de l’organisation.

 

La radicalisation Isis de combattants étrangers

 

Selon les analystes, de nombreux combattants étrangers venant  de l’Ouest sont attirés par les groupes djihadistes à travers leurs identités culturelles et politiques plutôt qu’à travers  l’Islam lui-même, qui ne joue qu’un  «rôle secondaire».

 

« La capacité des groupes djihadistes à recruter des combattants étrangers est donc basée sur la création d’un récit qui se concentre sur la spoliation  permanente des musulmans, tant par les politiques  occidentales nationales , que sur la scène internationale», a déclaré le rapport de la CCT.

 

L’analyse, réalisée à l’Académie militaire des États-Unis, intervient en même temps que  les révélations d’un butin  d’ Isis divulgué cet année  concernant les formulaires d’inscription dans lesquels la majorité de ceux qui rejoignaient l’Etat soi-disant islamique avait répertorié leurs connaissances de la Charia à la « base ».

 

En 2013 et 2014, les recrues auraient compris  deux Britanniques qui ont commandé le Coran pour les nuls et l’ Islam pour les nuls d’Amazon pour préparer leur  djihad à l’ étranger.

 

Les organisations islamiques majeures à travers le monde ont condamné Isis et mis en pièce son fond  théologiques . Parmi eux on trouve  le Conseil musulman de Grande-Bretagne, qui a publié une déclaration conjointe des mosquées à travers le Royaume-Uni condamnant les actions « trompeuses » du groupe comme « loin des enseignements de l’Islam ».

 

Alors que les stratégies menées par le gouvernement à travers l’Europe et les Etats-Unis ont encouragé les mosquées à intervenir dans la lutte contre la radicalisation, la CCT a constaté que des personnalités religieuses n’ont joué qu’un « rôle minimal » et les combattants ont été isolés des communautés musulmanes à la maison, mais ont été radicalisé par les recruteurs djihadistes, en ligne ou par des amis.

 

La CCT a analysé les vies – et les décès – de combattants étrangers qui tentaient de rejoindre des groupes militants en Syrie et en Irak de 2011 à 2015, de la France, la Belgique, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas et de 25 autres pays.

 

« Les combattants étrangers ne sont pas seulement engagés dans une quantité importante de combats, mais ils meurent aussi une grande quantité », a déclaré le rapport.

 

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Les combattants étrangers occidentaux étudiés par la CCT par pays (CTC)

 

Au moins 74 pour cent des personnes interrogées avaient été tuées dans l’action, bien que les experts aient averti que le nombre pourrait être faussé par le fait que l’identité des combattants étrangers morts sont plus susceptibles d’être dans le domaine public que ceux qui sont encore en action.

 

Les trois quarts des combattants britanniques de l’échantillon avaient été tués, avec un  taux de mortalité à 66 pour cent pour Isis et 77 pour cent pour les affiliés d’al-Qaïda Jabhat al-Nusra qui a maintenant lui-même rebaptisé Jabhat Fateh al-Sham après la soi – disant scission de son organisation mère.

 

Isis documents révélés par les fuites ont montré que  les recrues ont une mauvaise compréhension de la foi islamique


Les morts en Syrie et en Irak sont presque impossibles à confirmer, avec l’absence d’autorités impartiales sur le terrain et la guerre des messages de propagande des groupes luttant pour le contrôle.

 

En mai de cette année, l’Observatoire syrien au Royaume-Uni pour les droits de l’homme (OSDH) a estimé que plus de 47.000 étrangers avaient été tués dans les combats pour les factions anti-Assad, y compris Isis et Jabhat al-Nusra – dépassant le chiffre total estimé pour ce pays  par le gouvernement américain.

 

Le Pentagone estime que ses frappes aériennes seules ont tué 45.000 combattants Isis, y compris les étrangers et les habitants.

 

Le CTC a  trouvé qu’il n’y avait pas «profil» unique pour les extrémistes, bien que la plupart soient seulement dans leur vingtième année s,c’ étaient  dessans emploi ou des étudiants et ils avaient une origine immigrée.

 

Des études antérieures ont révélé que beaucoup d’entre eux avaient un passé criminel , comme la participation à la criminalité des gangs mineurs, qui peuvent être la proie de recruteurs leur proposant un «récit de rédemption» pour exploiter des compétences précieuses pour des réseaux d’ infiltration.

 

Les Occidentaux sont utilisés dans une variété de rôles en fonction de leur expérience, a déclaré  la CCT t, ils sont  souvent envoyés dans des camps d’entraînement de terroristes à l’arrivée dans la région avant d’être déployés en tant que soldats,  kamikazes,  dirigeants ou  personnel de soutien.

 

combattants étrangers peuvent aussi être des outils de propagande précieux, tels que les Britanniques Isis combattant Mohammed Emwazi, qui est devenu connu comme Jihadi John après être apparu dans une série de vidéos d’exécution sanglantes montrant l’assassiner de James Foley et d’autres otages.

 

Isis utilise fréquemment des recrues européennes pour les vidéos  dans lesquelles il  incite à des attaques dans leur pays d’origine et il y a une préoccupation croissante sur l’utilisation potentielle des combattants étrangers qui reviennent,  formé au maniement des armes et avec l’expérience du champ de bataille.

 

« Pour certains, l’exposition à la violence peut servir à durcir leur croyance dans l’organisation au nom de laquelle ils travaillent », a déclaré le rapport de la CCT.

Pour d’autres, les réalités brutales du champ de bataille peut être la première étape de leur désenchantement face à organisation.

 

« Donc il est nécessaire de réfléchir à  la façon de faire la distinction entre les rapatriés qui sont durcis par opposition à ceux qui sont désillusionnés, ainsi que ce qu’il faut faire dans les deux cas, c’est un défi qui ne fera que grandir tant que les combattants reviendront  en plus grand nombre et que les gouvernements tenteront d’y répondre. »

 

Parmi les recrues d’Isis qui sont retournés en Europe l’ année dernière il y a Harry sarfo, qui a grandi au Royaume – Uni et est allé rejoindre le groupe en Syrie après avoir rencontré un prédicateur radical alors qu’il purgeait une peine de prison pour vol.

 

Maintenant , en prison, il a expliqué  à The Independent que  les lapidations, décapitations, fusillades, exécutions et l’ utilisation d’enfants soldats ,dont  il a été témoin l’ont conduit à fuir le groupe après avoir trouvé son idéologie comme «non-islamique ».

 

« Mon pire souvenir est de l’exécution de six hommes à qui on a  tiré dans la tête avec une  Kalachnikov », a rappelé Sarfo.

 

« Ou quand on a coupé la main d’un homme en le forçant à la tenir avec l’autre »

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Combattants étrangers occidentaux étudiés par la CCT par le groupe (CTC)
 

« L’État islamique est non seulement non-islamique, il est inhumain. Un frère  a tué son propre frère de sang, soupçonné d’être un espion. Ils lui ont donné l’ordre de le tuer. les  amis doivent tuer des amis.  »

 

La CCT a dit que 10 pour cent des combattants, qu’ils ont évalués au retour, présente un risque d’être  utilisés dans les futures opérations terroristes, le pourcentage s’élève plus ils restent sur le territoire des extrémistes.

 

Les analystes ont averti que, si on estime que 90 pour cent des militants ont été arrêtés après leur retour en occident t, d’autres passent à travers,  de telles lacunes constituent une menace diversifiée et mortelle.

 

Des combattants formés par  Isis  étaient derrière les attaques terroristes du Musée juif de Belgique en 2014, en 2015, derrière les  attaques à Paris et les attaques de Bruxelles la même année, ainsi queplusieurs autres faits, avec la propagande du groupe inspirant les  attaques «loup solitaire», comme l’atrocité qui a tué plus de 80 personnes à Nice.

 

« Alors que le retour direct et l’exécution des attaques est une préoccupation importante, les données que nous exposons ont montré qu’elle est loin d’être la seule préoccupation », a conclu le rapport de la CCT.

 

« Malheureusement, l’histoire suggère que le flux de combattants étrangers en Syrie et en Irak ne sera pas  la dernière fois que les individus décident de parcourir de longues distances por prendre les armes dans un conflit en cours. »

Le journaliste et réalisateur syrien qui a révélé les atrocités de Daesh à Alep assassiné en Turquie

 

31 Décembre 2016

Pendant que chez nous des gens déshonorent le métier de journaliste, d’autres meurent pour  le faire avec courage

 

(note de danielle Bleitrach)


LUNDI 28 DÉCEMBRE 2015 09:22 GMT

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Un éminent journaliste syrien qui a réalisé plusieurs documentaires dévoilant le vrai visage de Daesh, a été abattu par des assaillants en plein jour à Gaziantep. Il s’agit du troisième meurtre de journaliste en Turquie ces trois derniers mois.

 

Naji Jerf, rédacteur en chef du magazine Hentah, connu pour ses documentaires dénonçant les violences et abus commis sur les territoires contrôlés par l’Etat islamique (Daesh, EI), a essuyé un tir mortel près d’un bâtiment abritant les locaux de médias indépendants syriens dans la ville turque de Gaziantep. Ce sont ses collègues qui ont révélé sa mort.

 

Selon un média local, le journaliste a été victime d’un tir à la tête alors qu’il marchait dans la rue. Il a été transporté à l’hôpital mais il y a succombé à sa blessure. L’attaque a eu lieu juste en face d’une caméra de surveillance selon le site d’information turc T24.

 

Un ami de Naji Jerf a déclaré à l’AFP que le journaliste était « censé arriver à Paris cette semaine après avoir reçu, avec sa famille, un visa d’asile en France ».

 

Le responsable pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord du Comité de protection des journalistes, Sherif Mansour, a affirmé que « les journalistes syriens qui ont fui en Turquie ne sont pas du tout en sécurité », rappelant que d’autres journalistes syriens, ainsi que des membres éminents de l’opposition turque, ont été assassinés en Turquie ces derniers mois. « Nous appelons les autorités turques à traduire les assassins de Naji Jerf en justice au plus vite et en toute transparence, et de mettre en place des mesures pour protéger tous les journalistes syriens sur le territoire turc » a-t-il ajouté.

 

Jerf a récemment fini un documentaire qui constate la violence et les crimes dans les parties d’Alep contrôlées par Daesh. Ce film a été réalisé à la demande du groupe «Raqqa is Being Slaughtered Silently» (« Raqqa est en train d’être silencieusement assassinée ») et s’est vu attribuer en novembre dernier le prix International Press Freedom Award du Comité pour la protection des journalistes.

 

C’est la seconde fois que des membres présumés de l’Etat islamique visent des membres de RBSS sur le sol turc, n’entraînant que peu de réactions de la part de la police locale.

 

En octobre, un autre activiste, Ibrahim Abdul Qader, avait été décapité dans la ville de Urfa. Les assassins s’étaient fait passer pour des déserteurs de l’Etat islamique, avant de gagner sa confiance et de le tuer dans sa propre maison.

 

Poutine annonce les accords de cessez le feu et les négociations de paix en Syrie

 

31 Décembre 2016

Vladimir Putin. Foto: Reuters.

Vladimir Putin. Foto: Reuters.

 

Vladimir Putin, président de la Russie , a annoncé aujourd’hui  que le gouvernement de Syrie  et l’opposition armée ont abouti  à un accord qui concerne le cessez le feu

 

« Ils ont signé trois documents, le premier entre le gouvernement syrien et l’opposition armée pour  un cessez-le feu sur le territoire de la République arabe syrienne; la seconde, sur un ensemble de mesures pour vérifier le cessez; et le troisième, qui annonce  les dispositions pour commencer les négociations de paix » , a expliqué M. Poutine lors d’une rencontre avec les ministres des Affaires étrangères et de la défense de sanation.

 

Le président a souligné que les progrès en Syrie étaient  le résultat d’un travail conjoint de la Russie, de  la Turquie et de  l’Iran, ses alliés dans la région.

 

Il a également noté que les parties prennent des mesures pour veiller à ce que les accords soient respectés, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme sur le territoire syrien.

 

« Tous les accords conclus, nous en avons  parfaitement conscience , sont très fragiles et nécessitent une attention particulière, de la patience, une attitude professionnelle et un contact permanent avec nos partenaires », a déclaré Poutine

31 décembre 2016

Turquie, Russie, Iran et les Proche et Moyen-Orient

 

« Peu après, Washington et Berlin ont tacitement soutenu une tentative de coup d’État qui a presque réussi contre Erdogan le 15 juillet, et qu’Ankara attribue à Gülen. Erdogan aurait eu la vie sauve grâce aux alertes en temps opportun de la Russie. Cela a enflammé les tensions déjà explosives non seulement au sein de la Turquie, mais surtout entre Erdogan et les grandes puissances de l’OTAN. Le gouvernement turc a réagi en zigzaguant entre ses « alliés » dans l’OTAN et les grandes puissances eurasiennes, la Russie et la Chine. Erdogan a déclaré à plusieurs reprises que la Turquie pourrait adhérer à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) dirigée par la Chine, affirmant que cela permettrait à Ankara « d’agir plus librement ».

 

Reprenons l'analyse de l'article...

 

Michel Peyret


La Turquie, la Russie et l’Iran signent un accord sur la Syrie après l’assassinat de l’ambassadeur russe en Turquie

 

Par Halil Celik et Alex Lantier 


22 décembre 2016

Mardi, des dirigeants russes, turcs et iraniens ont signé à Moscou une déclaration qui, selon eux, annonce la fin de la guerre lancée par Washington en Syrie. Après la reprise d'Alep par l'armée syrienne, appuyée par Moscou contre des milices islamistes armées par les Etats-Unis, ces trois pays continuent à améliorer leurs relations, malgré l'assassinat lundi de l’ambassadeur de la Russie en Turquie, Andrei Karlov.

 

« Aujourd’hui, les experts travaillent sur le texte de la déclaration de Moscou sur des mesures immédiates pour résoudre la crise syrienne. C’est un document minutieux et très nécessaire », a dit le ministre russe à la Défense, Sergei Shoigu, lors d’une réunion avec son homologue iranien Hossein Dehghan.
 
Shoigu a balayé les initiatives américaines et européennes en Syrie, déclarant que « les tentatives d’accord sur les efforts conjoints entrepris par les États-Unis ou leurs partenaires étaient vouées à l’échec... Aucun d’entre eux n’a exercé d’influence réelle sur le terrain ».
 
Les responsables turcs ont saluté l’initiative russe, finalisant ainsi le revirement abrupt de la politique étrangère turque, qui avait appuyé l'opposition islamiste au début de la guerre. « Nous observons une opération très réussie pour libérer l’est d’Alep des combattants, l’évacuation des familles de l’opposition d’Alep », a déclaré le ministre turc de la Défense nationale, Fikri Işık.
 
Avec ses homologues russe et iranien, Sergei Lavrov et Javad Zarif, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşo&;lu a déclaré que la coopération entre la Russie, la Turquie et l’Iran avait « produit des succès définitifs » à Alep, et qu’il espérait « l’étendre à d’autres districts de la Syrie ».
 
L’expulsion de l’opposition islamiste d’Alep et la collaboration naissante entre Moscou, Ankara et Téhéran marquent un revers majeur pour Washington et ses alliés européens. Depuis cinq ans, l’impérialisme américain tente de renverser le président syrien Bashar al-Assad en soutenant les milices islamistes, puis aussi des milices nationalistes kurdes en Syrie. Cette guerre, faussement présentée comme une révolution démocratique par les médias américains et européens, s’est effondrée, car les forces armées par Washington ne disposaient d'aucun soutien populaire réel.
 
La Turquie est un allié des États-Unis au sein de l’OTAN, mais Ankara réagit à la victoire du régime syrien, de la Russie et de l’Iran à Alep en se rapprochant visiblement de Moscou. En lançant l'enquête turco-russe sur le meurtre de Karlov, le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré qu’Ankara et Moscou « ne permettraient à personne de nuire aux relations turco-russes ».
 
Des responsables turcs anonymes ont déclaré aux médias que Moscou et Ankara « savent » tous deux que le mouvement de l'islamiste exilé Fethullah Gülen était derrière l’assassinat de Karlov.
 
Cela a provoqué une réaction du secrétaire d’État américain John Kerry, qui a critiqué « le discours provenant de Turquie sur l’implication ou le soutien américain, tacite ou non, pour cet assassinat horrible hier, en raison de la présence de M. Gülen ici aux États-Unis ».
 
Ces événements soulignent l'instabilité profonde de la politique mondiale et le danger croissant de guerre mondiale après la débâcle de l’OTAN en Syrie et l’élection de Donald Trump, qui a évoqué publiquement une éventuelle rupture américaine avec l’OTAN. La Turquie est un allié de l’OTAN et des États-Unis depuis six décennies, et son armée est la plus nombreuse au sein de l'OTAN après celle des Etats-Unis. Pourtant, après cinq années de guerre en Syrie et d'affrontement entre l'OTAN et la Russie, le régime turc se rapproche de plus en plus de Moscou.
 
Depuis 2012, l’OTAN a exprimé à maintes reprises son inquiétude face à une éventuelle rupture entre la Turquie ses alliés occidentaux, alors qu'Ankara critiquait le soutien de Washington pour les nationalistes kurdes, traités de terroristes par l'Etat turc.
 
En 2015, après l'offensive de l’État islamique (EI) en Syrie et en Irak, Obama a fondé les Forces démocratiques syriennes. Ainsi Washington a fait du parti de l’Union démocratique kurde (PYD), la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), et de sa milice, les unités de protection du peuple, ses principaux mandataires en Syrie. Cela a terrifié Ankara, qui considère le séparatisme kurde en Turquie et dans la Syrie voisine comme une menace existentielle.
 
La crise de la politique étrangère turque s’est intensifiée en novembre 2015, lorsque la Turquie a abattu un avion russe au-dessus de la Syrie. Moscou a réagi en accélérant l'envoi de missiles, de bombardiers et de navires de guerre dans la région — menaçant la Turquie d'une guerre totale qui aurait pu devenir une guerre mondiale avec l’OTAN. Mais finalement, la Russia n'a fait qu'imposer des sanctions économiques à la Turquie.
 
Ankara, face à ces retombées économiques et à la crainte que ses alliés notamment européens pourraient refuser d'intervenir pour défendre la Turquie contre la Russie, a modifié sa politique étrangère, pour évoquer un éventuel rapprochement avec Moscou et Damas. En mai 2016, Erdogan a remercié son Premier ministre, Ahmet Davutoglu, qui aurait ordonné la destruction du bombardier russe, et s’est excusé auprès de la Russie.
 
Peu après, Washington et Berlin ont tacitement soutenu une tentative de coup d’État qui a presque réussi contre Erdogan le 15 juillet, et qu’Ankara attribue à Gülen. Erdogan aurait eu la vie sauve grâce aux alertes en temps opportun de la Russie. Cela a enflammé les tensions déjà explosives non seulement au sein de la Turquie, mais surtout entre Erdogan et les grandes puissances de l’OTAN.
 
Le gouvernement turc a réagi en zigzaguant entre ses « alliés » dans l’OTAN et les grandes puissances eurasiennes, la Russie et la Chine. Erdogan a déclaré à plusieurs reprises que la Turquie pourrait adhérer à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) dirigée par la Chine, affirmant que cela permettrait à Ankara « d’agir plus librement ».
 
Cela a suscité une vive réaction de la part de l’OTAN. En visite à Istanbul en novembre, le Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré : « Je suis sûr que la Turquie ne fera rien pour nuire à la défense commune... et à l’unité de l’OTAN ».
 
Mais Ankara a surtout voulu resserrer ses liens avec la Russie. En décembre, les Premiers ministres russe et turc, Dmitri Medvedev et Binali Yildirim, se sont rencontrés à Moscou. Ils ont convenu que « la normalisation de la situation syrienne est une tâche prioritaire pour nos pays et qu’elle aidera certainement l’ensemble de la région, sans parler de la Syrie, qui affronte actuellement une situation très compliquée ».
 
Le 6 décembre, Yildirim a critiqué l’OTAN pour avoir « hésité » et « traîné les pieds » en Syrie : « On échange des politesses sur la défense de la civilisation contre le terrorisme. Mais les grands réseaux terroristes qui nous menacent aujourd’hui opèrent au-delà des frontières ». Il a traité l’initiative turco-russe de « front international puissant et uni pour éradiquer le terrorisme ».
 
Erdogan semble aussi espérer que Trump aura une ligne plus « douce » sur la Russie et offrira à la Turquie une plus grande marge de manœuvre. S’adressant au Daily Sabah, le 5 décembre, Çavuşo&;lu a dit : « Avec l’Administration Trump est une avec laquelle nous pourrions coopérer », affirmant que Trump est « pragmatique. Beaucoup de nos opinions se ressemblent ».
 
Prédire que Trump stabilisera la situation et atténuera les tensions explosives dans les relations américaines avec le Moyen-Orient, c'est construire des espoirs illusoires sur des sables mouvants. Trump annonce une politique agressive, « l’Amérique d’abord » et prépare une offensive contre la Chine, ainsi que l’annulation du traité nucléaire avec l’Iran. Ceci ne stabilisera pas la politique impérialiste américaine, mais prépare plutôt l’éruption de crises encore plus explosives.
 
(Article paru d’abord en anglais le 21 décembre 2016)

 

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Posté par Michel Peyret

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«Alep et Mossoul, les deux sièges»

 

par Renaud Girard, correspondant de guerre et géopoliticien français

 

Quelles sont les ressemblances et les dissemblances entre ces deux sièges? Comment les grands acteurs, régionaux et internationaux, cherchent actuellement à y pousser leurs intérêts stratégiques?


En Orient, l’actualité militaire est dominée par le siège concomitant de deux grandes villes, Alep et Mossoul, situées dans deux pays voisins, la Syrie et l’Irak. Les gouvernements de Damas et de Bagdad sont depuis quelques années alliés, au sein de ce qu’on appelle l’«axe chiite», qui va de Téhéran à Beyrouth. Tous deux cherchent à reprendre par la force la deuxième agglomération de leurs pays, tombée aux mains de milices sunnites rebelles. Tous deux assiègent aujourd’hui la moitié Est de ces métropoles. Quelles sont les ressemblances et les dissemblances entre ces deux sièges? Comment les grands acteurs, régionaux et internationaux, cherchent actuellement à y pousser leurs intérêts stratégiques?


Dans sa reconquête des quartiers Est de la ville d’Alep (tombés aux mains de la rébellion en juillet 2012), l’armée baasiste syrienne est appuyée par de multiples alliés: l’aviation russe; le Hezbollah libanais; les «brigades internationales» chiites (comprenant entre autres des Hazaras afghans) encadrées par les officiers de forces spéciales de la division al-Qods des pasdarans iraniens; les peshmergas kurdes du mouvement laïc cryptocommuniste Parti de l’union démocratique PYD (ceux-là mêmes qui résistèrent victorieusement à l’Etat islamique lors du siège de Kobané de septembre 2014 à janvier 2015).


Dans la reconquête des quartiers Est de la ville de Mossoul, les forces spéciales irakiennes du gouvernement de Bagdad sont appuyées par les frappes des chasseurs-bombardiers occidentaux, par les milices patriotiques chiites, et par les peshmergas kurdes du gouvernement autonome d’Erbil (qui tiennent le front Nord, sans prétendre entrer plus tard dans la ville). A Alep, c’est le front al-Nosra (filiale d’al-Qaïda) qui constitue le fer de lance des milices rebelles, lesquelles forment un patchwork, où la plupart sont islamistes. A Mossoul, la rébellion est entièrement sous la coupe de l’Etat islamique. Que se passe-t-il à l’intérieur des villes assiégées? Nous ne disposons d’aucune information de première main, car il est trop dangereux pour les reporters occidentaux de s’y rendre. A Mossoul, ils risquent la décapitation; à Alep, ils risquent le kidnapping en vue d’une rançon.


Un phénomène assez curieux s’est passé dans la bataille d’Alep: depuis 2013, les grands médias occidentaux ne font plus assez confiance à la rébellion pour envoyer des reporters en son sein, mais ils continuent à croire et à diffuser sans filtre les informations envoyées par les rebelles, qui ont bien sûr tout intérêt à se présenter en agneaux innocents et à noircir leurs adversaires. Car le logiciel manichéen n’a pas changé depuis cinq ans: à Alep on a affaire à un tyran (Bachar al-Assad), qui massacrerait son peuple, presque par plaisir. Assurément le siège d’Alep est cruel et on estime à 300 les victimes civiles des deux dernières semaines. En revanche, ce même logiciel ne s’applique bien sûr pas à l’armée irakienne tendant à reprendre le contrôle de Mossoul. Là, ce sont les attaquants qui sont les gentils et les rebelles qui sont les méchants. En termes de pertes civiles, les chiffres sont équivalents: on estime à 600 les morts civils dans la bataille de Mossoul, depuis qu’elle a commencé. Certes, que les combattants fanatisés de Daech soient des super-méchants, nul n’en doute. Dans leur tactique d’utilisation systématique des voitures-suicides comme autant de missiles terre-terre, les généraux de l’Etat islamique ont envoyé à la mort des centaines d’adolescents, après leur avoir lavé le cerveau.


Dans le siège d’Alep, la presse occidentale s’est rangée du côté des résistants; et dans celui de Mossoul, du côté des attaquants. Mais ce n’est plus très important. Car l’impact des grands médias internationaux sur la réalité géopolitique est devenu extrêmement faible: il n’est plus en mesure de modifier les grands équilibres stratégiques, comme il le fit naguère, dans des conflits comme le Kosovo, l’Irak ou la Libye.


Quand Alep et Mossoul seront tombées, quels seront les grands gagnants stratégiquement? Au premier rang figurera l’Iran, au deuxième la Russie. Les stratèges occidentaux ont gravement sous-estimé la détermination de ces deux puissances orientales. Téhéran a renforcé l’axe chiite, tandis que Moscou a consolidé son accès direct à la Méditerranée. Au troisième rang, figureront les Kurdes, qui, après quelques déboires, finissent victorieux sur tous leurs fronts. Les Etats-Unis ne sont pas totalement perdants, car ils avaient fait de Daech leur nouvel ennemi principal. Les grands perdants seront les Turcs, avec une politique néo-ottomane aujourd’hui en miettes. Et les Européens, qui vont porter quasiment seuls le fardeau des réfugiés.


Au sommet de Prague de l’OTAN de novembre 2002, le président Chirac avait essayé de dissuader le président Bush d’envahir l’Irak. Il lui avait soufflé: «George, tu vas créer un axe chiite au Moyen-Orient: mais où est donc ton intérêt stratégique?» Il n’avait obtenu aucune réponse …    •

 

Source: © Renaud Girard, Le Figaro du 6/12/16

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