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  • 22 février 2017
  • Roland Gori à Algérie actu « Le néolibéralisme est le cercueil des libéralismes qui l’ont précédé »

Par  LE  Culture
 

 

Roland Gori est psychanalyste, professeur de psychologie à l’université d’Aix-Marseille, et auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier, « Un monde sans esprit, la fabrique des terrorismes », Algérie actu s’est rapprochée de lui.

 

livre-Un-monde-sans-esprit,-la-fabrique-des-terrorismes

Algérie actu: Tout d’abord, votre livre « Un monde sans esprit, la fabrique des terrorismes » semble être une description à la réalité de notre monde d’aujourd’hui, pouvez-vous nous dire plus sur ce sujet et quelles sont les raisons qui vous ont inspiré à traité le sujet de cet angle ?

 

Roland Gori: Dans mes derniers travaux de recherches j’analyse les conséquences sociales, politiques, culturelles et subjectives d’une vision néolibérale du monde où la rationalité se trouve réduite à la pensée des affaires et du Droit, ce que j’appelle, après Max Weber, la « rationalité pratico-formelle ».

 

Dans cette vision du monde, au service de la religion du marché, l’économisme règne en maître, installe des dispositifs d’évaluation qui réduisent la valeur au prix, la vérité à la conformité.

 

La dérégulation des marchés a transformé les États en fondés de pouvoir des grands Groupes Financiers chargés de la mise sous curatelle technico-financière des peuples et des citoyens.

 

Cette civilisation des mœurs, par le jeu de la mondialisation, enterre les espoirs, les promesses et les valeurs de liberté, d’égalité et de justice du libéralisme philosophique (celui des Lumières, par exemple). Le néolibéralisme est le cercueil des libéralismes qui l’ont précédé. Les valeurs et les principes dont s’inspire le néolibéralisme, comme vision du monde et pratiques sociales, ne font plus recette. Ce néolibéralisme les peuples n’y croient plus, même si le pouvoir des normes, des institutions et des systèmes économiques et juridiques, les contraint encore à le pratiquer. Nous voilà donc contraints à pratiquer une religion du marché à laquelle nous ne croyons plus !

 

Qui peut croire aujourd’hui que la globalisation néolibérale, dont la géopolitique a disloqué des régions entières du monde, dont la civilisation des mœurs a abouti à une mise sous curatelle technico-financière des peuples et des citoyens, puisse se révéler une « vision du monde » émancipatrice et heureuse ?

 

Le néolibéralisme a enterré toutes les promesses du libéralisme philosophique dans la raison humaine, le progrès social, l’autonomie individuelle et la responsabilité morale. Les valeurs de liberté, de justice, et de solidarités nationales et internationales se sont révélées formelles, fallacieuses et hypocrites dans un monde globalisé et fragmenté où 1% des plus riches possèdent autant que le reste de la planète, où le budget des géants du web (GAFA : Google, Amazone, Face Book, Apple) dépasse celui des États, où l’utilitarisme et l’individualisme de masse prévalent sur les valeurs vitales, morales et fraternelles, où tous les jours davantage les citoyens sont prolétarisés et paupérisés matériellement autant que symboliquement.

 

Cette religion du marché accouplée à un système technicien qui contrôle, surveille et normalise les peuples et les citoyens, est l’objet d’une détestation qui, en politique, se manifeste par les bonus accordés aux « antisystème », nourrit les replis identitaires et nationalistes, renoue avec les tentations populistes.

 

Où sont passées les valeurs humanistes ? Promouvoir un « pacte d’humanité » c’est tirer la leçon des propos de Camus, dans ses Éditoriaux de Combat intitulé « Le siècle de la peur », de novembre 1946, après Hiroshima, s’inquiétant que nous n’en venions à perdre « cette éternelle confiance de l’homme, qui lui a toujours fait croire qu’on pouvait tirer d’un autre homme des réactions humaines en lui parlant le langage de l’humanité. »

 

Ce cri d’alarme et de protestation contre la terreur et le crime légitimé est aujourd’hui plus que jamais d’actualité. Car le langage de l’humanité est celui qu’offre la culture, l’amour, la pédagogie et le soin, pas celui des abstractions économiques et des algorithmes. Le pacte d’humanité pourrait être une réponse à cette « crise de l’homme » annoncée par Camus.

 

Dans un monde trop intelligent, où règne l’intelligence artificielle des objets connectés et des profits réalisés, l’humain est devenu superflu, obsolescent. Les connexions tendent à remplacer le dialogue, la parole et le récit. Les solutions « techniques » et technocratiques, auxquels appartiennent le « pacte de stabilité » et le « pacte de sécurité » (les mesures sécuritaires), consistent à soigner le mal de civilisation par ce qui a participé à le fabriquer.

 

Il faut donc replacer l’homme au cœur des pratiques sociales et politiques, et non le système comme le voulait Taylor, aussi bien dans les métiers que dans les relations entre les humains.

 

La sécurité n’est pas que l’affaire des forces de sécurité, elle est celle du lien social.  Il nous faut restaurer les valeurs humanistes, renouer avec les utopies, retrouver les visions poétiques du monde, à distance des nihilismes contemporains. Faute de quoi, les monstres du terrorisme et des racismes ethniques, identitaires ou religieux qui émergent du clair-obscur de cette crise, auront encore de beaux jours devant eux.

 

A.A:   La France s’apprête à élire dans quelques semaines, un président, dans une conjoncture marquée par la division, la montée de l’extrême droite, la menace terroriste, le Brexit, la précarisation, et les scandales, quelle est votre opinion ?

 

R.G: Tous les événements que vous évoquez sont les symptômes de cette crise de civilisation que je viens d’évoquer. 

 

La-France-s'apprête-à-élire-dans-quelques-semaines

 

Ils sont les monstres qui en émergent, faute d’avoir su prendre les mesures politiques que la situation réclamait. Quelque chose de notre confiance dans l’avenir a été détruit au cours de ces années.

 

La civilisation néolibérale des mœurs a entamé le lien social, compromis les protections sociales de l’État-Providence, corrompu le dialogue au profit du communiqué et de la connexion, empêché le rêve et l’espoir, accru la servitude volontaire et la soumission sociale, sacrifié aux rituels de la société de consommation et de spectacle.

 

Dans un monde d’abstractions financières et d’algorithmes, il est difficile, voire impossible de vivre dans le dialogue et l’amitié. Dans ce désert, dont parle Hannah Arendt, les humains sont voués à l’esseulement et à la désolation. C’est une civilisation des mœurs favorable au ressentiment, à la haine, à la frustration sociale, à l’humiliation, et au désir de revanche.

 

Un monde où la vie humaine est considérée comme futile, où le présent est discordé du passé et de l’avenir, où l’autorité est remplacée par le pouvoir des normes et des procédures, où la fin justifie les moyens, le meurtre et la terreur deviennent légitimes.

 

Les démocraties libérales ne parviennent plus à affronter leurs contradictions autrement que par des contentions techniques et bureaucratiques qui aggravent le mal. Cette panne du politique dans une situation qui réclame un traitement politique de la crise pourrait, comme hier dans l’Allemagne de 1932-1933 observée par Simone Weil, conduire au pire.

 

Dans ce désert les sirènes mensongères de DAESH ou de l’extrême droite, des populismes et des nationalismes font entendre leurs voix, fabriquent des montages spectaculaires, ensorcèlent de manière sectaire les esseulés et abandonniques de la mondialisation.

 

DAESH-ou-de-l’extrême-droite

 

Ces « recruteurs » de sectes font rêver des jeunes qu’ils condamnent au cauchemar ou font croire à des classes moyennes prolétarisées qu’elles vont pouvoir retrouver le lustre d’avant la globalisation.

 

Le plus terrible est que la social-démocratie s’étant discréditée après l’effondrement des pays socialistes, une autoroute s’est ouverte pour le néolibéralisme dont on voit aujourd’hui les effets funestes. Du coup, l’opinion est « déboussolée », elle cherche ailleurs que dans le social-libéralisme une alternative au marxisme et au néolibéralisme. C’est ainsi que les opinions se tournent vers des entités identitaires que l’on croyait à jamais révolues, et dans lesquelles les peuples cherchent à assouvir un besoin de spiritualité politique.

 

A.A: Beaucoup de français appréhendent l’effet Trump, et la dislocation de l’Union Européenne?

 

R.G: Il n’y a pas de fatalité en politique dès lors que la démocratie ne manque pas à sa fonction, qu’elle renoue avec l’audace et se montre à la hauteur de ses ambitions.

 

Trump est un produit de la désolation qui s’installe dans une société de la consommation et du spectacle dès lors qu’elle fait de la peur, du ressentiment, de la haine et de l’humiliation sociales, son fonds de commerce. Hilary Clinton a été battue parce que Bernie Sanders n’a pas gagné les primaires du Parti Démocrate ! Paradoxalement la victoire de Trump, figure obscène et hybride de Mussolini et de Berlusconi, est la revanche d’un populisme (le terme n’est pas péjoratif aux USA) que Bernie Sanders incarnait. C’est un vote contre le système néolibéral qu’Hilary Clinton incarnait. Ne pas oublier que Bill Clinton est un de ceux qui ont converti les Démocrates aux thèses néolibérales défendues essentiellement jusqu’à lui par les conservateurs républicains.

 

L’éclatement de l’Europe serait le prix à payer d’une erreur analysée en 1995 par Pierre Bourdieu : l’unité d’une culture ne peut pas se fonder sur sa monnaie !! Il fallait faire l’Europe de la culture et du social que des européens convaincus comme Victor Hugo ou Stefan Zweig appelaient de leurs vœux, et pas celle des produits financiers. Les peuples risquent maintenant de jeter le bébé de la fraternité européenne avec l’eau du bain salie par le néolibéralisme et le social-libéralisme des institutions de Bruxelles.

 

A.A: Les médias occidentaux sont pointés du doigt, au sujet du conflit syrien, en matière d’informations à sens unique, et sans objectivité, quel est votre avis?

 

R.G: Les médias occidentaux, et surtout français, sont dans les mains des grands patrons des industries culturelles françaises. Une presse n’est libre que si elle est suffisamment indépendante des pouvoirs politiques et financiers.

 

Ce n’est pas le cas aujourd’hui de la France. Du coup, la censure inconsciente et insidieuse opère. C’est moins une censure directe sur le contenu des informations, qu'indirecte sur les conditions de production et de traitement de cette information.

 

Quelques affaires récentes montrent qu’il ne fait pas bon pour un journaliste d’être trop proche des milieux contestataires, mais le plus souvent la censure est inconsciente, elle procède d’un habitus plus ou moins volontaire de complaisance envers les financeurs. Alors, on préfère passer 10 minutes sur la météo que confronter des informations contradictoires.

 

On pénalise aussi le journalisme d’investigation au profit du commentaire de la société du spectacle. Les journalistes sont des professionnels formidables, pour l’essentiel, qui doivent jongler avec des contraintes contradictoires, passer entre Charybde et Scylla.

Concernant le conflit syrien les médias ont subi les propagandes incohérentes des hommes politiques eux-mêmes qui, sans une connaissance approfondie du terrain, se sont imprudemment engagés à vouloir « greffer » la démocratie. La situation est devenue tragique, surtout pour des populations civiles devenues otages, carburant de guerre, matériaux humains d’une géopolitique monstrueuse et sanglante. Les jeunes recherchent sur les réseaux sociaux et les chaînes étrangères les informations qu’ils ne trouvent pas sur nos chaînes nationales. Avec le risque d’être intoxiqués par d’autres propagandes…

 

A.A: Concernant le cas de l’humoriste Dieudonné, comment voyez-vous ces spectacles ?

 

Dieudonné

 

R.G: Dieudonné exploite un vieux fonds de commerce qui a déjà fait la fortune de demi-soldes des industries culturelles : l’antisémitisme populiste, le poujadisme et ses clichés racistes.

 

La Libre Parole, à la fin du XIXe siècle, dirigée par l’antisémite Edouard Drumont, se complaisent à assimiler juifs, traîtres et banquiers. Des chansonniers comme Jules Jouy à Montmartre s’en donnent à cœur joie. Georgius, chansonnier apprécié de la populace antisémite et collaboratrice de Je suis partout, comme de l’intelligentsia des surréalistes, fait un tabac avec la pièce satirique contre Stavisky, juif et escroc, figure de proue de l’antisémitisme.

 

On a le fonds de commerce que l’on peut. Il n’est ni un martyr du conformisme bourgeois, ni un fasciste convaincu. Tout au plus un homme d’affaires qui ne répugne pas à faire du commerce avec les sentiments les plus vulgaires, les ressentiments les plus dangereux, et l’humour le plus ignoble, qu’il s’agisse de l’antisémitisme ou de l’islamophobie.

 

La question la plus sérieuse est de savoir pourquoi ses spectacles attirent un public, de quoi ce public est-il le symptôme dans une société conformiste où le prêt-à-penser des démocraties libérales sert de jugement ?

 

Frontières entre les états. Des ponts au lieu des murs

 

dimanche 5 février 2017 

« Ceux qui nient la liberté à d’autres ne méritent pas la liberté pour eux-mêmes : et sous la domination d’un Dieu juste, Ils ne peuvent pas longtemps la conserver. »

 

Abraham Lincoln, président des Etats-Unis



L’histoire de l’humanité est jalonnée de situations de paix armée de ni guerre ni paix, de crainte de l’Autre et des techniques pour s’accaparer et garder des territoires protégés par des murs réputés infranchissables.

 

« De tout temps, lit-on dans la contribution suivante, les empires ou les Etats ont construit des murs afin d’établir une séparation entre eux-mêmes et une catégorie d’humains qu’ils considèrent comme différente de la leur. Séparer les civilisés des barbares, les nomades des sédentaires, les bons des mauvais, les riches des pauvres, les Blancs des Noirs, les Mongols des Chinois, les Israéliens des Palestiniens,… Bien que ces murs aient presque toujours échoué à atteindre le but qui leur était fixé, cette course à la séparation se poursuit de nos jours et ne semble pas près de s’arrêter. Il semble que ce soit une des caractéristiques des Etats de continuer à construire des dispositifs ayant déjà fait preuve de leur inefficacité. C’est ainsi qu’une partie de l’humanité se retrouve face au mur. » [1]

 

Souvenons-nous aussi d’un mur actuel ; le mur de Shengen. Bien que virtuel, ce mur est probablement le plus grand jamais mis en place,. l’un de ses buts principaux est d’interdire le libre accès aux pays membres par les citoyens de pays extérieurs. Il constitue une entrave flagrante à l’exercice du droit d’asile que tous les pays de l’Union se sont pourtant engagés à respecter en ratifiant la convention de Genève sur les réfugiés. Ce mur virtuel a déjà fait et continue à faire de nombreuses victimes. (…) Le massacre continue… en 2016 5000 personnes ont perdu la vie en mer. » [2]

 

Souvenons-nous de la Grande Muraille de Chine, censée protéger la Chine des envahisseurs, du Lime romain, la version récente est celle des forts de l’armée américaine contre les Indiens. Souvenons-nous de la ligne Morice construite pour empêcher les combattants algériens de se ravitailler en armes. Cette ligne électrifiée et bordée de champs de mines continue encore à faire des victimes 55 ans après l’indépendance de l’Algérie. Citons aussi le mur de la discorde entre miséreux Tunisiens et Libyens, tranchée emplie d’eau salée et surmontée d’une hauteur de sable afin, voué à s’étaler sur 168 kilomètres de frontière commune -, cette zone tuniso-libyenne perméable est censée protéger la Tunisie des djihadistes libyens.

 

La carte du monde des murs séparant les frontières

 

Dans un travail remarquable, les universitaires Elisabeth Vallet et Chaire Raoul-Dandurand de l’université du Québec, à Montréal, ont recensé minutieusement les murs dans le monde ; Nous lisons cette contribution :

 

« Le monde est découpé en frontières représentant les États, mais certaines de ces limites sont matérialisées par des murs dont la longueur totale serait égale à celle de la circonférence de la Terre ! (…) Cette carte ne matérialise pas la longueur des murs en question et leur localisation précise, mais indique les frontières concernées et indique si ces murs sont déjà en place, en cours de construction, ou au stade de simple projet (…) On assiste à un phénomène de re-fermeture des frontières, depuis deux décennies. Il est possible de dresser un portrait multiple en fonction de l’apparence de ces murs, leurs objectifs ainsi que leur efficacité, qui changent selon les pays et les enjeux. Il est possible de citer les matériaux comme le béton, les barbelés électrifiés et le sable, ainsi que les différents dispositifs tels que les miradors, les clôtures, les forces armées et la technologie biométrique.

 

Les objectifs diffèrent également (lutte contre l’immigration, contrebande, opposition territoriale et autres raisons de sécurité). (…) Les anciens murs étaient destinés à faire en sorte que certains conflits ne dégénèrent pas, comme ceux opposant l’Inde au Pakistan, les deux Corées ou encore Chypre et la non reconnue République de Chypre du Nord. Aujourd’hui, les murs tendent à surprotéger les frontières, donc à en faire des « sur-frontières ». (2)

 

Pour Elisabeth Vallet, les murs ne servent à rien puisqu’ils font naître des logiques de transgression, par exemple à la frontière américano-mexicaine, où environ 150 tunnels ont été dénombrés. L’immigration clandestine n’est pas seule actrice dans la zone, puisque les trafiquants ont adopté d’autres logiques : contourner le mur par la mer en sous-marin et par les airs à l’aide de drones. (…) Enfin, construire un mur sur une frontière, c’est également favoriser les organisations criminelles qui profitent de pauvres gens désirant se rendre dans un pays où la vie semble meilleure. Les passeurs seront de plus en plus les représentants de structures criminalisées. » [3]

 

Mythe du mur de Berlin et vrai mur de la Honte en Palestine

 

Dans une ancienne contribution j’avais mis en exergue le deux poids, deux mesures s’agissant de l’appréciation concernant le mur de Berlin et concernant le mur érigé par Israël et défigurant la Palestine. J’écrivais :

 

« « Ich bin in Berliner », « Je suis un Berlinois » s’exclamait J.F. Kennedy venu soutenir les Berlinois au plus fort du blocus : résonne encore dans nos oreilles de naïfs bercés par la doxa occidentale au point que l’on croyait tout ce qu’on nous disait -le « on » symbolisant les médias occidentaux. Nous avons comme pour le cinéma hollywoodien vibré et communié avec ceux que l’on nous présentait comme faibles avec naturellement le « Zorro » redresseur de torts qui fait qu’on applaudissait à la fin des films. Je veux dans cette contribution « déconstruire » le mythe du mur de Berlin et parler d’un vrai mur, celui de la Honte, celui de la force injuste contre le peuple opprimé de Palestine. On aurait pensé alors, propagande aidant, que la libération était synonyme de bonheur. Il n’en fut rien. En 1999, USA Today écrivait « Quand le mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme. » [4]

 

Pourquoi ne pas parler en effet du « vrai mur de la honte » de plusieurs kilomètres, qui défigure la Jordanie, obligeant chaque matin des milliers de Palestiniens à faire d’énormes détours pour aller travailler chez les colons israéliens, ou pour rentrer le soir ne sachant pas s’ils peuvent ou non passer selon le bon vouloir et les humiliations au quotidien de la part des soldats. Un tollé d’indignation n’a rien pu faire ! Il est vrai que la Cour internationale de justice a déclaré illégal ce mur et a demandé son démantèlement. Peine perdue. Le mur continue d’être peaufiné : les Palestiniens seront « comme des cafards dans un bocal » pour reprendre l’expression appropriée d’un général israélien.. » [5]

 

« Pour rappel, commencé en juin 2002, le Mur de séparation devrait faire plus de 703 kilomètres de long, soit deux fois la longueur des frontières de 1967 avec la Cisjordanie et quatre fois plus long que le mur de Berlin. Le mur atteint à certains endroits 8 mètres de hauteur, plus de deux fois celle du mur de Berlin. Pourtant, l’Avis consultatif de la CIJ édicté le 9 juillet 2004, est on ne peut plus clair : « L’édification du Mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire en territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au Droit international », « Israël est dans l’obligation de mettre un terme aux violations du Droit international dont il est l’auteur ; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le Territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, de démanteler immédiatement l’ouvrage. » [6]

 

« Dans le même ordre des avanies des Palestiniens, cette fois-ci c’est l’Egypte qui érige. Les sentiments de colère ne cessent de monter contre la barrière métallique qui s’élève entre les territoires palestiniens de la bande de Gaza et les territoires égyptiens. Beaucoup croient que c’est un pas supplémentaire visant à renforcer le blocus imposé sur plus d’un million et demi de Palestiniens emprisonnés chez eux depuis plus de trois ans. (…) Maintenant, le gouvernement construit un « mur d’acier », sous une égide américano-européenne, autour de la bande de Gaza. On a vraiment honte d’apprendre qu’un autre mur de séparation discriminatoire creuse la terre sur nos frontières avec la bande de Gaza, écrit le journal égyptien Al-Dostour. Ce mur installé avec l’aide des Américains et des Israéliens réalisera les mêmes objectifs criminels que le mur de la Cisjordanie : isolement et siège, souffrance et famine. On veut fermer tout espace d’où arrive un peu de nourriture ! Pour rappel, en 2009 la France s’était engagée avec les Américains à asphyxier les Gazaouis pour empêcher la contrebande d’armes en direction de Gaza. Le point 6 de la résolution 1860 du 8 janvier 2009, dix jours avant la fin des combats visait à empêcher les Gazaouis de se procurer des armes pour se battre. » [7]

 

Trump impulse ses projets contre l’immigration : le mur de la discorde

 

Tambour battant, Donald Trump signe des décrets, fidèlement à ses promesses. Il vient d’interdire aux ressortissants de sept pays musulmans l’entrée aux Etats-Unis. Mais pour le moment c’est le mur avec le Mexique qui retient l’attention.

 

« Décidément écrit Sylvain Cypel, l’entrée en fonction de Donald Trump comme ses déclarations à l’emporte-pièce suscitent d’innombrables interrogations. Ainsi, confirmé par le Sénat au poste de secrétaire à la sécurité intérieure (Homeland Security) le 20 janvier, le général John Kelly a déclaré « refuser tout fichage de gens basé sur l’ethnicité ou la religion ». Évoquant le « mur » qu’entend construire Trump tout au long de la frontière mexicaine, il a aussi indiqué qu’« une barrière physique en elle-même ne fera pas l’affaire ». [8]

 

Pourtant, le président américain a signé le décret lançant la construction d’un mur à la frontière mexicaine pour combattre l’immigration illégale. « Je vais construire un grand mur, personne ne construit les murs mieux que moi. » « Une nation sans frontières n’est pas une nation », a-t-il lancé mercredi en présence du nouveau ministre de la Sécurité intérieure, l’ancien général John Kelly.

 

« A partir d’aujourd’hui, les Etats-Unis reprennent le contrôle de leurs frontières. »

 

« C’est sans doute la mesure la plus polémique promise par Donald Trump durant la campagne présidentielle. Le nouveau président des Etats-Unis a martelé, meeting après meeting, qu’il comptait construire un mur de 1 600 kilomètres de long à la frontière mexicaine, pour « endiguer » l’immigration. Et le décret lançant le gigantesque projet a été signé, cinq jours seulement après sa prise de fonctions. Mais cette promesse pose encore de nombreuses questions : le mur sera-t-il vraiment construit ? Qui va le payer ? La construction du mur, « physique » et pas seulement « symbolique », figurait d’ailleurs en tête du programme de Donald Trump : « Construire un mur physique et impénétrable tout au long de la frontière sud, dès le premier jour. » A ceux qui espéraient encore qu’il s’agissait d’une promesse en l’air ou d’un discours rhétorique et symbolique, il faut se résigner. Il n’y a donc plus aucun doute : Donald Trump va construire ce « mur ». [9]

 

Officiellement, Donald Trump se veut intraitable : « Le Mexique paiera pour le mur », affirme-t-il dans son programme. Une affirmation répétée inlassablement lors de ses meetings. Estimé par des experts américains à 25 milliards de dollars (autour de 8 milliards par Donald Trump), le coût de construction de ce mur frontalier devrait finalement être avancé par… les contribuables américains. Mais le Mexique remboursera, rassure Donald Trump. Les économies américaines et mexicaines sont imbriquées, taxer les importations à partir du Mexique, rendra encore plus vulnérables les deux régions frontalières. Le mur qui existe en partie, servira de pompe aspirante de tous les trafics possibles. Aux dernières nouvelles du feuilleton du mur, Trump refuse de recevoir le président mexicain, il l’appelle ensuite au téléphone, la communication a duré une heure et ils ont convenu de ne plus parler du mur dans les entretiens officiels.

 

Réalité des enjeux

 

Dans une appréciation remarquable de la situation du mur, Fernando Buen Abad Domínguez situe la réalité des enjeux. Le travail des émigrés/immigrés déclare-t-il n’est pas un cadeau de l’Empire. Mettons les points sur les « i » : chaque dollar gagné est une accumulation de richesse pour les Yankees qui profitent du travail d’esclave. Les travailleurs paient un prix élevé (pas seulement pour ce que prélèvent les entreprises parasites pour les envois de fonds), mais parce que la majorité des migrants s’échine tous les jours, et doit épargner, bien qu’ils vivent avec toutes les limitations possibles, sous le poids de la distance, de la solitude fréquente, du statut d’« illégal », la marginalisation, le racisme, la peur, la méfiance systématique et la maltraitance coutumière. Et tout cela dans des terres qui ont été volées par l’empire yankee. Cela aussi est rendu visible par le Mur qu’ils veulent financer également avec les envois de fonds des compatriotes. » [10]

 

« Ce Mur est un acte inacceptable et inhumain de provocation. Il contient la menace de tuer et de réprimer des milliers de personnes. C’est un Mur conçu pour accentuer l’injustice subie par les immigrants traités comme ‘illégaux” et c’est un piège pour tous ceux qui, pour survivre, sont à la recherche d’une source quelconque d’ « emploi ». La frontière avec les USA, est une source permanente d’abus, d’exploitation et d’ignominie et le projet de compléter ce Mur est un affront si grand que l’on ne peut pas ne pas se préparer aux conséquences. Ceux qui causent le chômage, qui génèrent la misère prennent maintenant des mesures de « contrôle » pour mettre de « l’ordre » à la frontière. Tout en bénéficiant des envois de fonds, bien sûr ! Ce que le Mur n’arrêtera pas, conclut l’auteur, ce sera la tragédie du chômage, la barbarie de l’humiliation, l’enfer de la faim et la monstruosité de la dépossession. Tout le contraire. Il met en lumière la barbarie, l’aberration et la gifle avalisées par la bourgeoisie, qui ne connaît ni limites ni freins dans la phase prédatrice où se trouve l’Empire. Le Mur est son miroir(…) ». [11]



Toujours ne parlant de frontières elle peut être purement symboliques comme celle qui sépare les deux parties de Chypre. D’un côté de la frontière cypriote grecque nous sommes au XXIe siècle avec toutes les opportunités de l’Union européenne, de l’autre, partie turque, les Cypriotes vivent dans les conditions du XIXe siècle ! Où sont les ponts que nous devons construire pour amener la sérénité ? Il faut bien le dire, nous n’en prenons pas le chemin

 

C’est un fait, le monde va mal, il n’y a jamais eu autant de mur de la discorde, de haine et de rancoeur ! L’attentat tragique de Montréal en est une démonstration, dans cette tragédie, il faut souligner deux choses, d’abord , la cible visée qui semble être des musulmans mais aussi, la position admirable des autorités canadiennes qui ont eu une réaction fortement compassionnelle et surtout avec une forte volonté d’intégration des musulmans qui devraient se sentir canadiens avec un vivre ensemble à inventer tout les jours dans ce pays qui ne crie pas à la haine de l’étranger.

 

Aux Canadiens de toutes origines à se montrer dignes et faire des accommodements raisonnables, la frontière où chacun se sent Canadien et apporte ce faisant son génie et la pleine mesure de son talent à la réussite de ce pays qui à bien des égards peut être un référent notamment par rapport à son voisin frappé espérons le momentanément d’hubris.

 

Professeur Chems Eddine Chitour le 30/01/2017

 

Transmis par Linsay

L’expression

 

[1http://rleb07.free.fr/opinions/murs.html 

[2http://rleb07.free.fr/opinions/murs.html 

[3http://reseauinternational.net/voici-la-carte-du-monde-des-murs-separant-les-frontieres/ 

[4] Chems Eddine Chitour http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mythe-du-mur-de-berlin-et-vrai-mur-64656 

[5] Chems Eddine Chitour http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mythe-du-mur-de-berlin-et-vrai-mur-64656 

[6] Chems Eddine Chitour http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mythe-du-mur-de-berlin-et-vrai-mur-64656 

[7http://www.ism-france.org/analyses/La-colere-monte-contre-le-mur-d-acier-l-Egypte-trahit-Gaza-article-13257 

[8http://orientxxi.info/magazine/musulmans-iran-jerusalem-dissensions-entre-donald-trump-et-ses-futurs-ministres,1674 

[9http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/l-amerique-selon-trump/20170125.OBS4328/5-questions-sur-le-fameux-mur-que-trump-veut-construire-a-la-frontiere-mexicaine.html 

[10http://reseauinternational.net/le-mur-de-trump-une-attaque-symbolique-contre-les-classes-laborieuses/#f9G0v8hMdQTdL8jD.99 

01 février 2017

Chems Eddine Chitour, les murs de la discorde, de la haine, de la rancoeur

 

« C’est un fait, pense Chems Eddine Chitour, le monde va mal, il n’y a jamais eu autant de murs de la discorde, de haine et de rancoeur!  L’attentat  tragique de Montréal  en est une démonstration, dans cette tragédie, il faut souligner deux choses,  d’abord , la cible  visée qui semble être des musulmans  mais aussi, la position admirable des autorités canadiennes qui ont eu une réaction fortement compassionnelle et surtout avec une forte volonté  d’intégration des musulmans qui devraient se sentir canadiens avec un vivre ensemble à  inventer tout les jours dans ce pays qui ne crie pas à la haine de l’étranger. Aux Canadiens de toutes origines à se montrer dignes et faire des accommodements raisonnables, la frontière où chacun se sent Canadien et apporte ce faisant son génie et la pleine mesure de son talent à la réussite de ce pays  qui à bien des égards peut être un référent notamment par rapport à son voisin  frappé espérons le momentanément d’hubris... »

 

Reprenons avec Chems Eddine Chitour...

 

Michel Peyret


Frontières entre les états. Des ponts au lieu des murs

 

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 30 janvier 2017

Frontiere-Mexique-USA

 « Ceux qui nient la liberté à d’autres ne méritent pas la liberté pour eux-mêmes: et sous la domination d’un Dieu juste, Ils  ne peuvent pas longtemps la conserver. »

 

Abraham Lincoln, président des Etats-Unis

 

L’histoire de l’humanité est jalonnée de situations de paix armée, de ni guerre ni paix, de crainte de l’Autre et des techniques pour s’accaparer et garder des territoires protégés par des murs réputés infranchissables.

 

« De tout temps, lit-on dans la contribution suivante, les empires ou les Etats ont construit des murs afin d’établir une séparation entre eux-mêmes et une catégorie d’humains qu’ils considèrent comme différente de la leur. Séparer les civilisés des barbares, les nomades des sédentaires, les bons des mauvais, les riches des pauvres, les Blancs des Noirs, les Mongols des Chinois, les Israéliens des Palestiniens,… Bien que ces murs aient presque toujours échoué à atteindre le but qui leur était fixé, cette course à la séparation se poursuit de nos jours et ne semble pas près de s’arrêter. Il semble que ce soit une des caractéristiques des Etats de continuer à construire des dispositifs ayant déjà fait preuve de leur inefficacité. C’est ainsi qu’une partie de l’humanité se retrouve face au mur. » (1)

 

Souvenons-nous aussi d’un mur actuel; le mur de Shengen. Bien que virtuel, ce mur est probablement le plus grand jamais mis en place,. l’un de ses buts principaux est d’interdire le libre accès aux pays membres par les citoyens de pays extérieurs. Il constitue une entrave flagrante à l’exercice du droit d’asile que tous les pays de l’Union se sont pourtant engagés à respecter en ratifiant la convention de Genève sur les réfugiés. Ce mur virtuel a déjà fait et continue à faire de nombreuses victimes. (…) Le massacre continue… en 2016 5000 personnes ont perdu la vie en mer. » (1)

 

Souvenons-nous de la Grande Muraille de Chine, censée protéger la Chine des envahisseurs, du Lime romain, la version récente est celle des forts de l’armée américaine contre les Indiens. Souvenons-nous de la ligne Morice construite pour empêcher les combattants algériens de se ravitailler en armes. Cette ligne électrifiée et bordée de champs de mines continue encore à faire des victimes 55 ans après l’indépendance de l’Algérie. Citons aussi le mur de la discorde entre miséreux Tunisiens et Libyens, tranchée emplie d’eau salée et surmontée d’une hauteur de sable afin, voué à s’étaler sur 168 kilomètres de frontière commune -, cette zone tuniso-libyenne perméable est censée protéger la Tunisie des djihadistes libyens.

 

La carte du monde des murs séparant les frontières

 

Dans un travail remarquable, les universitaires Elisabeth Vallet et Chaire Raoul-Dandurand de l’université du Québec, à Montréal, ont recensé minutieusement les murs dans le monde; Nous lisons cette contribution:

 

« Le monde est découpé en frontières représentant les États, mais certaines de ces limites sont matérialisées par des murs dont la longueur totale serait égale à celle de la circonférence de la Terre! (…) Cette carte ne matérialise pas la longueur des murs en question et leur localisation précise, mais indique les frontières concernées et indique si ces murs sont déjà en place, en cours de construction, ou au stade de simple projet (…) On assiste à un phénomène de re-fermeture des frontières, depuis deux décennies. Il est possible de dresser un portrait multiple en fonction de l’apparence de ces murs, leurs objectifs ainsi que leur efficacité, qui changent selon les pays et les enjeux. Il est possible de citer les matériaux comme le béton, les barbelés électrifiés et le sable, ainsi que les différents dispositifs tels que les miradors, les clôtures, les forces armées et la technologie biométrique. Les objectifs diffèrent également (lutte contre l’immigration, contrebande, opposition territoriale et autres raisons de sécurité). (…) Les anciens murs étaient destinés à faire en sorte que certains conflits ne dégénèrent pas, comme ceux opposant l’Inde au Pakistan, les deux Corées ou encore Chypre et la non reconnue République de Chypre du Nord. Aujourd’hui, les murs tendent à surprotéger les frontières, donc à en faire des « sur-frontières ». (2)

 

Pour Elisabeth Vallet, les murs ne servent à rien puisqu’ils font naître des logiques de transgression, par exemple à la frontière américano-mexicaine, où environ 150 tunnels ont été dénombrés. L’immigration clandestine n’est pas seule actrice dans la zone, puisque les trafiquants ont adopté d’autres logiques: contourner le mur par la mer en sous-marin et par les airs à l’aide de drones. (…) Enfin, construire un mur sur une frontière, c’est également favoriser les organisations criminelles qui profitent de pauvres gens désirant se rendre dans un pays où la vie semble meilleure. Les passeurs seront de plus en plus les représentants de structures criminalisées.» (2)

 

Mythe du mur de Berlin et vrai mur de la Honte en Palestine

 

Dans une ancienne contribution j’avais mis en exergue le deux poids, deux mesures s’agissant de l’appréciation concernant le mur de Berlin et concernant le mur érigé par Israël et défigurant la Palestine. J’écrivais:

 

« « Ich bin in Berliner », « Je suis un Berlinois » s’exclamait J.F. Kennedy venu soutenir les Berlinois au plus fort du blocus: résonne encore dans nos oreilles de naïfs bercés par la doxa occidentale au point que l’on croyait tout ce qu’on nous disait -le «on» symbolisant les médias occidentaux. Nous avons comme pour le cinéma hollywoodien vibré et communié avec ceux que l’on nous présentait comme faibles avec naturellement le « Zorro » redresseur de torts qui fait qu’on applaudissait à la fin des films. Je veux dans cette contribution « déconstruire » le mythe du mur de Berlin et parler d’un vrai mur, celui de la Honte, celui de la force injuste contre le peuple opprimé de Palestine. On aurait pensé alors, propagande aidant, que la libération était synonyme de bonheur. Il n’en fut rien. En 1999, USA Today écrivait « Quand le mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme. » (3)

 

Pourquoi ne pas parler en effet du «vrai mur de la honte» de plusieurs kilomètres, qui défigure la Jordanie, obligeant chaque matin des milliers de Palestiniens à faire d’énormes détours pour aller travailler chez les colons israéliens, ou pour rentrer le soir ne sachant pas s’ils peuvent ou non passer selon le bon vouloir et les humiliations au quotidien de la part des soldats. Un tollé d’indignation n’a rien pu faire! Il est vrai que la Cour internationale de justice a déclaré illégal ce mur et a demandé son démantèlement. Peine perdue. Le mur continue d’être peaufiné: les Palestiniens seront «comme des cafards dans un bocal» pour reprendre l’expression appropriée d’un général israélien.. » (3)

 

« Pour rappel, commencé en juin 2002, le Mur de séparation devrait faire plus de 703 kilomètres de long, soit deux fois la longueur des frontières de 1967 avec la Cisjordanie et quatre fois plus long que le mur de Berlin. Le mur atteint à certains endroits 8 mètres de hauteur, plus de deux fois celle du mur de Berlin. Pourtant, l’Avis consultatif de la CIJ édicté le 9 juillet 2004, est on ne peut plus clair: «L’édification du Mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire en territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au Droit international», «Israël est dans l’obligation de mettre un terme aux violations du Droit international dont il est l’auteur; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le Territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, de démanteler immédiatement l’ouvrage.» (3)

 

« Dans le même ordre des avanies des Palestiniens, cette fois-ci c’est l’Egypte qui érige. Les sentiments de colère ne cessent de monter contre la barrière métallique qui s’élève entre les territoires palestiniens de la bande de Gaza et les territoires égyptiens. Beaucoup croient que c’est un pas supplémentaire visant à renforcer le blocus imposé sur plus d’un million et demi de Palestiniens emprisonnés chez eux depuis plus de trois ans. (…) Maintenant, le gouvernement construit un « mur d’acier », sous une égide américano-européenne, autour de la bande de Gaza. On a vraiment honte d’apprendre qu’un autre mur de séparation discriminatoire creuse la terre sur nos frontières avec la bande de Gaza, écrit le journal égyptien Al-Dostour. Ce mur installé avec l’aide des Américains et des Israéliens réalisera les mêmes objectifs criminels que le mur de la Cisjordanie: isolement et siège, souffrance et famine. On veut fermer tout espace d’où arrive un peu de nourriture! Pour rappel, en 2009 la France s’était engagée avec les Américains à asphyxier les Gazaouis pour empêcher la contrebande d’armes en direction de Gaza. Le point 6 de la résolution 1860 du 8 janvier 2009, dix jours avant la fin des combats visait à empêcher les Gazaouis de se procurer des armes pour se battre.» (4)

 

Trump impulse ses projets contre l’immigration: le mur de la discorde

 

Tambour battant, Donald Trump signe des décrets, fidèlement à ses promesses. Il vient d’interdire aux ressortissants de sept pays musulmans l’entrée aux Etats-Unis. Mais pour le moment c’est le mur avec le Mexique qui retient l’attention.

 

«Décidément écrit Sylvain Cypel, l’entrée en fonction de Donald Trump comme ses déclarations à l’emporte-pièce suscitent d’innombrables interrogations. Ainsi, confirmé par le Sénat au poste de secrétaire à la sécurité intérieure (Homeland Security) le 20 janvier, le général John Kelly a déclaré «refuser tout fichage de gens basé sur l’ethnicité ou la religion». Évoquant le «mur» qu’entend construire Trump tout au long de la frontière mexicaine, il a aussi indiqué qu’«une barrière physique en elle-même ne fera pas l’affaire». (5)

 

Pourtant, le président américain a signé le décret lançant la construction d’un mur à la frontière mexicaine pour combattre l’immigration illégale. « Je vais construire un grand mur, personne ne construit les murs mieux que moi. » « Une nation sans frontières n’est pas une nation », a-t-il lancé mercredi en présence du nouveau ministre de la Sécurité intérieure, l’ancien général John Kelly.

 

« A partir d’aujourd’hui, les Etats-Unis reprennent le contrôle de leurs frontières. »

 

« C’est sans doute la mesure la plus polémique promise par Donald Trump durant la campagne présidentielle. Le nouveau président des Etats-Unis a martelé, meeting après meeting, qu’il comptait construire un mur de 1 600 kilomètres de long à la frontière mexicaine, pour «endiguer» l’immigration. Et le décret lançant le gigantesque projet a été signé, cinq jours seulement après sa prise de fonctions. Mais cette promesse pose encore de nombreuses questions: le mur sera-t-il vraiment construit? Qui va le payer? La construction du mur, «physique» et pas seulement « symbolique », figurait d’ailleurs en tête du programme de Donald Trump: «Construire un mur physique et impénétrable tout au long de la frontière sud, dès le premier jour. » A ceux qui espéraient encore qu’il s’agissait d’une promesse en l’air ou d’un discours rhétorique et symbolique, il faut se résigner. Il n’y a donc plus aucun doute: Donald Trump va construire ce « mur ». (6)

 

Officiellement, Donald Trump se veut intraitable: «Le Mexique paiera pour le mur», affirme-t-il dans son programme. Une affirmation répétée inlassablement lors de ses meetings. Estimé par des experts américains à 25 milliards de dollars (autour de 8 milliards par Donald Trump), le coût de construction de ce mur frontalier devrait finalement être avancé par… les contribuables américains. Mais le Mexique remboursera, rassure Donald Trump. Les économies américaines et mexicaines sont imbriquées, taxer les importations à partir du Mexique, rendra encore plus vulnérables les deux régions frontalières. Le mur qui existe en partie, servira de pompe aspirante de tous les trafics possibles. Aux dernières nouvelles du feuilleton du mur, Trump refuse de recevoir le président mexicain, il l’appelle ensuite au téléphone, la communication a duré une heure et ils ont convenu de ne plus parler du mur dans les entretiens officiels.

 

Réalité des enjeux 

 

Dans une appréciation remarquable de la situation du mur, Fernando Buen Abad Domínguez situe la réalité des enjeux. Le travail des émigrés/immigrés déclare-t-il n’est pas un cadeau de l’Empire. Mettons les points sur les «i»: chaque dollar gagné est une accumulation de richesse pour les Yankees qui profitent du travail d’esclave. Les travailleurs paient un prix élevé (pas seulement pour ce que prélèvent les entreprises parasites pour les envois de fonds), mais parce que la majorité des migrants s’échine tous les jours, et doit épargner, bien qu’ils vivent avec toutes les limitations possibles, sous le poids de la distance, de la solitude fréquente, du statut d’«illégal», la marginalisation, le racisme, la peur, la méfiance systématique et la maltraitance coutumière. Et tout cela dans des terres qui ont été volées par l’empire yankee. Cela aussi est rendu visible par le Mur qu’ils veulent financer également avec les envois de fonds des compatriotes.» (7)

 

 « Ce Mur est un acte inacceptable et inhumain de provocation. Il contient la menace de tuer et de réprimer des milliers de personnes. C’est un Mur conçu pour accentuer l’injustice subie par les immigrants traités comme ‘illégaux” et c’est un piège pour tous ceux qui, pour survivre, sont à la recherche d’une source quelconque d’ «emploi». La frontière avec les USA, est une source permanente d’abus, d’exploitation et d’ignominie et le projet de compléter ce Mur est un affront si grand que l’on ne peut pas ne pas se préparer aux conséquences. Ceux qui causent le chômage, qui génèrent la misère prennent maintenant des mesures de «contrôle» pour mettre de «l’ordre» à la frontière. Tout en bénéficiant des envois de fonds, bien sûr! Ce que le Mur n’arrêtera pas, conclut l’auteur, ce sera la tragédie du chômage, la barbarie de l’humiliation, l’enfer de la faim et la monstruosité de la dépossession. Tout le contraire. Il met en lumière la barbarie, l’aberration et la gifle avalisées par la bourgeoisie, qui ne connaît ni limites ni freins dans la phase prédatrice où se trouve l’Empire. Le Mur est son miroir(…) ». (7)

 

Toujours ne parlant de frontières elle peut être purement symboliques comme celle qui sépare les deux parties de Chypre. D’un côté de la frontière cypriote grecque nous sommes au XXIe siècle avec toutes les opportunités de l’Union européenne, de l’autre, partie turque, les Cypriotes vivent dans les conditions du XIXe siècle! Où sont les ponts que nous devons construire pour amener la sérénité? Il faut bien le dire, nous n’en prenons pas le chemin

 

C’est un fait, le monde va mal, il n’y a jamais eu autant de mur de la discorde, de haine et de rancoeur! L’attentat  tragique de Montréal  en est une démonstration, dans cette tragédie, il faut souligner deux choses,  d’abord , la cible  visée qui semble être des musulmans  mais aussi, la position admirable des autorités canadiennes qui ont eu une réaction fortement compassionnelle et surtout avec une forte volonté  d’intégration des musulmans qui devraient se sentir canadiens avec un vivre ensemble à  inventer tout les jours dans ce pays qui ne crie pas à la haine de l’étranger.

 

Aux Canadiens de toutes origines à se montrer dignes et faire des accommodements raisonnables, la frontière où chacun se sent Canadien et apporte ce faisant son génie et la pleine mesure de son talent à la réussite de ce pays  qui à bien des égards peut être un référent notamment par rapport à son voisin  frappé espérons le momentanément d’hubris.

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

1. http://rleb07.free.fr/opinions/murs.html

2. http://reseauinternational.net/voici-la-carte-du-monde-des-murs-separant-les-frontieres/

3. Chems Eddine Chitourhttp://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mythe-du-mur-de-berlin-et-vrai-mur-64656

4. http://www.ism-france.org/analyses/La-colere-monte-contre-le-mur-d-acier-l-Egypte-trahit-Gaza-article-13257

5. http://orientxxi.info/magazine/musulmans-iran-jerusalem-dissensions-entre-donald-trump-et-ses-futurs-ministres,1674

6. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/l-amerique-selon-trump/20170125.OBS4328/5-questions-sur-le-fameux-mur-que-trump-veut-construire-a-la-frontiere-mexicaine.html

7. http://reseauinternational.net/le-mur-de-trump-une-attaque-symbolique-contre-les-classes-laborieuses/#f9G0v8hMdQTdL8jD.99

 

Article de reference:

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/259365-des-ponts-au-lieu-des-murs.html

 

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

 

Copyright © Chems Eddine Chitour, Mondialisation.ca, 2017

Posté par Michel Peyret

Pouvoir et opposition en Algérie : vers une transition prolongée ?

 

30 Janvier 2017

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https://anneemaghreb.revues.org/535

Pouvoir et opposition en Algérie : vers une transition prolongée ?

Louisa Dris-Aït Hamadouche et Yahia H. Zoubir

p. 111-127

 

Résumés

Dans le système politique algérien, l’opposition organisée et structurée demeure soumise aux évolutions, blocages, avancées et reculs du régime politique en place. L’ouverture amorcée entre 1989 et 1991 a permis l’émergence d’une opposition plurielle et dynamique, s’exprimant à travers une soixantaine de « formations à caractères politiques » et des dizaines de journaux privés et publics. Sur le terrain, les débats politiques souvent intenses et contradictoires sont relayés par des manifestations et des rassemblements permettant de prendre le pouls de la rue. Cependant, le radicalisme islamiste et l’explosion de la violence terroriste ont donné aux gouvernants la possibilité de revenir sur les avancées réalisées. Au nom d’une sécurité, l’opposition a vu sa marge de manœuvre réduite. Les activités concrètes des partis sont limitées et le débat politique se résume à une dichotomie réductrice de type « dialoguiste » contre « éradicateur ». En définitive, ce sont les émeutes ponctuelles et régulières qui sont révélatrices de la forme et de l’ampleur de la contestation. Enfermée dans un système hybride, l’Algérie est tombée dans la trappe de la transition permanente.

 

Entrées d’index

Plan

De la libéralisation au blocage de la transition

La transition permanente ou l’opposition sous contrôle

Des acteurs institutionnels déficients

Élections et oppositions au sein du régime

Les voix de la discorde : les médias et la rue

Pluralisme médiatique

La contestation par l’émeute

Conclusion

 

Texte intégral

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Yahia H. Zoubir, « Stalled Democratization of an Authoritarian Regime : The Case of Algeria », Demo (…)

 

Ahmed Benbitour, « Pays riche/Peuple pauvre : aux sources du paradoxe algérien », El Watan, 19/11/2 (…)

 

La problématique de la transition politique s’est imposée en Algérie aux lendemains des émeutes d’octobre 1988. Le régime, qui était alors soumis à de fortes tensions internes provoquées par la crise de son modèle économique et du projet de société, mis en place au lendemain de l’Indépendance, a été dépassé par l’ampleur politique de ces événements et s’est vu contraint d’introduire des réformes : libéralisation de la presse, reconnaissance des partis politiques, tenue d’élections pluralistes. Cependant, la montée en puissance d’une nouvelle force d’opposition, le Front islamique du salut (FIS), l’affaiblissement du Front de libération nationale (FLN) et l’atomisation du reste du champ partisan ont montré l’incertitude introduit dans le jeu démocratique quand ce dernier n’est pas le fruit d’un pacte entre les forces en présence (Rustow, 1970 ; Linz and Stepan, 1996), c’est-à-dire quand les gouvernants les plus « durs » du régime antérieur acceptent la possibilité de l’alternance. L’interruption de l’expérience démocratique en janvier 1992 est la conséquence, d’une part, d’une fuite en avant des gagnants (le FIS) et des perdants de la transition (le FLN), et, d’autre part, de la montée en visibilité des intérêts et du pouvoir menacés de l’état-major de l’armée1. Les cinq années qui ont suivi l’arrêt du processus électoral ont été marquées par la violence politique. Les gouvernants à partir de la fin 1995 pour sortir de l’impasse de la violence ont mis en œuvre une normalisation institutionnelle. Depuis lors, le régime oscille entre autoritarisme et formes fragiles de démocratie. La période de transition dans laquelle l’Algérie semble engagée pourrait se prolonger. En effet, le régime politique algérien ne relève ni de la démocratie, ni de l’autoritarisme classique. L’économie, quant à elle, n’est plus administrée en fonction des règles d’un système planifiée, mais elle n’obéit pas à toutes les règles de l’économie de marché. D’une certaine façon, l’Algérie est prise dans la trappe de la « transition permanente2 » ?

 

Toutefois, la récurrence des considérations sur la transition démocratique semble plus propice à entretenir les amalgames et à alimenter les discours politiciens qu’à expliquer les mécanismes de fonctionnement et de perpétuation du régime politique algérien. Celui-ci évolue sans réellement changer et sa dynamique conduit à se demander comment il parvient à s’adapter aux pressions qui s’exercent sur lui et à les intérioriser dans une paradoxale dynamique de pérennisation.

 

De la libéralisation au blocage de la transition

 

3 En tant que processus dont la réussite et l’efficacité se révèlent au fil du temps, la démocratisation peut s’appréhender à travers quelques signaux. Aussi faibles soient-ils, ils traduisent l’existence d’un courant d’opposition et peuvent être annonciateurs de changements significatifs.

 

Un courant réformiste au sein du FLN avait commencé à se développer dans les années 1980 avec pour(…)

 

4 http://64.233.183.104/search ?q =cache :Gmf360FxhHUJ :archives.univ-lyon2.fr/281/2/contexte_eco.pd (…)

 

La révolte d’octobre 1988 reste empreinte d’une très forte charge symbolique. Pour beaucoup, cette date est un tournant dans l’histoire du système politique algérien. Au-delà de la contestation populaire et de l’adoption d’une Constitution instituant le pluralisme syndical et politique, les espoirs suscités par cette période l’ont été surtout par le gouvernement dirigé par Mouloud Hamrouche (septembre 1989-juin 1991)3. Il est, encore aujourd’hui, considéré comme celui qui a ouvert le plus d’espaces de libertés dans l’Algérie indépendante. Succédant à Kasdi Merbah, ancien chef des services de renseignements, plusieurs fois ministre puis Premier ministre, Mouloud Hamrouche s’est lancé dans une politique d’ouverture politique et économique tous azimuts : il fait adopter une loi sur la monnaie et le crédit, pièce centrale de la gestion de l’économie et tente de mettre fin aux taux de change administrés (le dinar commence à être dévalué)4. Dans le domaine agricole, les grands domaines socialistes sont progressivement privatisés et une grande partie des terres nationalisées est restituée à leurs anciens propriétaires. Il cherche également à mettre fin au centralisme administratif à l’intérieur et à promouvoir l’insertion de l’économie algérienne dans l’économie mondiale.

 

Sur les changements survenus au lendemain des événements de 1988, voir, Yahia H. Zoubir, « Stalled (…)

 

Voir, Jean-Jacques Lavenue, « Le FIS et la Constitution algérienne », Praxis Juridique et Religion, (…)

 

7 Madjid Benchikh, « L’organisation du système politique », Dossier n° 13, mai 2004, http://www.alger (…)

 

Selon des sources bien informées, des généraux auraient susurré à l’oreille d’Abassi Madani : « sec (…)

 

5 Sur le plan politique, il autorise la presse privée et ouvre totalement les médias publics. Pour la première fois, la télévision accueille des débats politiques riches, libres, contradictoires et sans langue de bois. Il encourage également la formation des partis politiques5. Certains, comme le Front islamique du salut, se créent en contradiction avec les termes de la Constitution de 1989 qui interdit l’existence d’associations à caractère politique sur des bases religieuses6. Il minimise d’ailleurs la portée de la victoire du FIS lors des élections locales de juin 1990, la considérant comme un vote sanction ponctuel contre le FLN qu’il s’emploie à rénover. Il prend une mesure qui lui procure beaucoup d’ennemis au sein de l’ancien parti-État : faire élire les candidats FLN aux législatives par leur section, coupant ainsi l’herbe sous les pieds des barons du parti qui n’ont aucune base électorale. Entretemps, le FIS qui a lancé sa grève générale en mai 1991 voit son mouvement s’essouffler. À la surprise générale, l’armée a lancé une offensive contre les manifestants. La version officielle justifie cette intervention en affirmant que la grève du FIS était en train de tourner à l’insurrection, menaçant gravement l’ordre public. Une autre hypothèse très souvent évoquée : cette intervention est la conséquence de la tentative de remise en cause des rapports de forces internes au régime par Mouloud Hamrouche. En mettant en jeu « les équilibres considérés comme fondamentaux par le Commandement militaire », le chef du gouvernement a poussé les militaires à intervenir7. Par ailleurs, certains ont formulé l’hypothèse selon laquelle des hauts gradés, opposés à l’islam politique, auraient encouragé le leader du FIS Abassi Madani à se saisir du pouvoir afin de disposer d’un prétexte pour intervenir et éliminer le parti islamiste, seule organisation capable de se substituer au FLN et détruire le système mis en place depuis l’indépendance8.

 

6 Finalement, les conservateurs du FLN et le FIS obtiennent ce qu’ils cherchent, i.e. la chute du gouvernement Hamrouche et le report des élections législatives. Mouloud Hamrouche va ensuite entrer dans l’opposition et dénoncer l’arrêt du processus électoral de janvier 1992. En compagnie d’Abdelhamid Mehri, il prône une solution politique et souhaite refonder le FLN. Mais son message reste lettre morte et la parenthèse démocratique se referme.

 

 La transition permanente ou l’opposition sous contrôle

 

7 La transition en Algérie est largement bloquée. Il serait pratique d’accuser les détenteurs du pouvoir de vouloir maintenir leurs acquis et de réprimer par la force les changements démocratiques portés par l’opposition. La situation est plus complexe car le statu quo est la conséquence d’une conjonction d’acteurs et d’intérêts.

 

 Des acteurs institutionnels déficients

 

Les partis politiques sont frappés de discrédit. Les résultats électoraux en sont le symptôme : en effet, la participation aux diverses élections est extrêmement faible. Malgré leurs différences apparentes, les partis politiques ne mobilisent plus les électeurs. Les appels spontanés à la révolte portent beaucoup plus haut et plus fort que les discours bien pensants tenus par les dirigeants politiques lors des campagnes électorales.

 

Pour commencer les mouvements politiques donnent l’impression d’avoir une existence végétative, seulement interrompue à intervalle régulier par la perspective d’une échéance électorale :

 

9 At-Umezyan H., « Les partis de l’opposition démocratique. Réalité, discours et espérance », El Wata (…)

« n’ayant plus de structures de base opérationnelles en dehors des élections, les partis politiques sont devenus des clubs où accourent les opportunistes de tout poil à l’occasion de chaque consultation électorale propulsant à la gestion des collectivités locales (APC) des militants sans culture politique et sans véritable engagement, produisant des gestions décevantes, voire aussi catastrophiques que celle, tant décriée, des représentants du pouvoir (FLN, RND, islamistes)9. »

 

10 Sur ce point, voir Giacomo Luciani, « Economic Foundations of Democracy and Authoritarianism in the (…)

 

11 Samir Allam, « Algérie : après ceux des députés, les salaires des ministres et des walis revus en f (…)

 

10 La quête d’une parcelle de pouvoir, apparaît comme l’unique objectif des partis algériens de l’opposition, ce qui finit par les discréditer aux yeux de l’opinion publique. Elle ne vise pas à se substituer au pouvoir en place à travers un combat militant. Il s’agit plutôt de jouer le jeu des gouvernants afin d’accéder à de hautes fonctions, voire à des portefeuilles ministériels quitte à se compromettre. Les acteurs de ce jeu bénéficient de gratifications matérielles non négligeables dans la mesure où l’indemnité mensuelle d’un député est d’environ 300 000 dinars algériens (soit 3 300 euros dont 20 % sont reversés au parti). Les revenus tirés de la rente permettent de créer, sinon du lien politique, du moins des allégeances10. L’augmentation médiatique et substantielle (300 %) des indemnités des parlementaires en septembre 2008 est assimilable à une forme de clientélisme d’État11.

 

11 Les différents courants politiques sont ainsi largement discrédités. Les partis qui se réclament de l’islamisme n’y échappent pas. Toutes formations confondues, les islamistes ont perdu 77 députés par rapport à 2002. Peut-on dire que ce résultat électoral signifie que l’islamisme s’essouffle, usé par la violence traumatisante des années 1990 et désabusé par la participation décevante au jeu politique ? La réponse est plus complexe que ne le laisserait supposer ce questionnement.

 

12 Tout d’abord, les élections sont un révélateur des rapports de forces au sein des formations politiques. Le rendez-vous électoral aiguise les appétits, ravive les désaccords et finalement fait exploser les conflits latents. Les mésaventures successives d’Abdallah Djaballah illustrent ce phénomène. Perdant tour à tour Nahda et El Islah (Mouvement du renouveau national), il se retrouve, en 2007, coupé de la vie partisane. Les divisions au sein du Mouvement de la société pour la paix tournent au conflit ouvert, poussant lentement ce parti vers l’éclatement. L’échéance présidentielle de 2009, avec comme toile de fond l’éventuel soutien à apporter au président sortant, a considérablement aggravé les dissensions au sein des différentes formations. Une pléthore d’autres exemples allant du Rassemblement pour la culture et la démocratie au FLN, en passant par le Front des forces socialistes, le Rassemblement national démocratique et le Front national algérien confirme le rôle joué par les processus électoraux dans l’accélération et l’accentuation des divergences internes.

 

12 Yahia H. Zoubir, « Islamist Parties in Algeria », Middle East Affairs Journal, vol. 3, n° 1-2, hive (…)

 

13 Les scrutins se succèdent, montrant les uns après les autres que les adeptes de l’islam politique sont, dans leur pluralité, toujours présents mais peu influents. Ils ont tendance à se transformer en islamistes institutionnels. Ils cautionnent ainsi un régime qui gère son déficit de légitimité et la crise de confiance par la cooptation. Cette stratégie de gestion statu quo n’est pas sans revêtir de risques. En effet, elle donne à penser que seule l’opposition islamiste radicale est susceptible de pouvoir apporter de réels changements. L’histoire récente de l’Algérie montre que seul le FIS a pleinement joué son rôle comme canal de transmission des revendications des citoyens et d’expression de leur ras le bol12.

 

14 Cette stratégie de gestion du statu quo menace de replonger l’Algérie dans le chaos. Dans le même temps, elle se présente comme la garantie d’un moindre mal.

 

13 Le Mouvement démocratique et social (5 députés), le Parti national pour la solidarité et le dévelop (…)

 

15 Les partis politiques sont incapables de mobiliser les électeurs, car ces derniers peinent à percevoir l’utilité des institutions élues. Le parlement, organe représentatif de la souveraineté du peuple, pâtit d’une image extrêmement désavantageuse. Déjà l’Assemblée populaire nationale (APN) issue des législatives de 1997 a été élue avec le plus fort taux d’abstention jamais enregistré jusque là en Algérie ; quant aux élections législatives de 2007, qui ont connu le plus faible taux de participation dans l’histoire de l’Algérie indépendante (35 % officiellement), elles ont débouché sur l’émergence de partis inconnus13. Au total, il est difficile de comprendre comment 30 % des parlementaires ont réussi à se faire élire. En tous cas, ils n’ont pas été élus en raison de leur activité sur le terrain, ni de leur participation aux débats publics.

 

14 On trouve, toutefois quelques, députés du Rassemblement pour la culture et la démocratie qui manife (…)

 

15 Les députés ont successivement voté deux projets de lois sur les hydrocarbures contradictoires en 2 (…)

 

16 Par ailleurs, les prérogatives déjà limitées du parlement sont amoindries par un exécutif fort et des députés faibles. Ceux-ci, qu’ils soient opposants ou non, comme le montrent les images de la télévision publique, se font remarquer par leur absentéisme parlementaire mais aussi par leur suivisme aveugle et leur manque de réactivité14. Les parlementaires acceptent qu’un gouvernement soit nommé sans présenter son programme. Ils votent les lois de finance sans que l’exécutif présente son bilan et parfois adoptent des textes de loi contradictoires15. Ainsi, la révision de la Constitution dont l’objectif principal était de renforcer l’exécutif et surtout de supprimer l’article limitant à deux le nombre de mandats du président de la République, a été approuvée à une majorité écrasante sans débat aucun, ouvrant ainsi la voie à une présidence à vie pour Abdelaziz Bouteflika, à l’instar d’autres dictateurs arabes, notamment en Tunisie, Libye, Syrie, et Égypte.

 

16 Mokrane Ait Ouarabi, « Le 5 Octobre est un règlement de compte politique au détriment de plus de 50 (…)

 

17 Ibid.

 

18 Louisa Dris-Aït Hamadouche, « The 2007 legislative elections in Algeria : political reckonings », M (…)

 

17 Les Algériens ne se sentent pas non plus concernés par les scrutins dits de proximité. Le taux de participation aux élections locales est aussi faible que pour les législatives. La fraude discrédite les processus électoraux. Certains opposants l’évoquent ouvertement. Peu de temps avant la tenue de l’élection présidentielle de 2004, Mouloud Hamrouche constatait que « les mécanismes de fraude [étaient] déjà apparents avant même le coup d’envoi officiel de la campagne électorale ». La hiérarchie militaire avait déjà choisi Bouteflika comme président de la République16. Pour Abdeslam Ali Rachedi, chef du parti non reconnu Assabil, la fraude électorale en tant que « mode d’emploi » fonctionne à plusieurs niveaux puisqu’une fois « les résultats connus, on change alors les chiffres pour les rendre compatibles avec les résultats recherchés par les décideurs17 ». Lors des élections législatives de 2007, plusieurs partis d’opposition (Front des forces socialistes, Mouvement démocratique et social, Islah) ont dénoncé des cas de fraude et ont d’ailleurs été confortés par le rapport préliminaire de la Commission nationale autonome de surveillance des élections. Said Bouchair, son président, avait publiquement, avant de se rétracter, fait référence à des situations de fraude avec bourrage d’urne et interdiction pour les observateurs de rentrer dans certains bureaux. Les médias ont alors estimé que 15 % des urnes avaient été manipulées et que le taux de participation réel ne dépassait pas 20 %18.

 

Élections et oppositions au sein du régime

 

18 Depuis 1997, les élections locale, législative et présidentielle se déroulent à intervalle régulier avec la participation d’un grand nombre de partis politiques et de candidats dits « indépendants ». Les campagnes électorales sont étroitement encadrées par une législation qui en fixe le déroulement et la couverture médiatique. Les partis politiques en lice organisent leurs meetings et placardent leurs affiches. Les premiers résultats, le taux de participation notamment, sont annoncés tard dans la nuit. Les médias publics, surtout radiophoniques, commentent le déroulement des opérations avec les acteurs politiques. Les résultats sont officialisés le lendemain du scrutin lors d’une conférence de presse du ministre de l’Intérieur, généralement tenue au Centre international de presse. Une séance de question-réponse avec les journalistes suit l’annonce des résultats officiels.

 

19 Andreas Schedler, « The Logic of Electoral Authoritarianism », in Andreas Schedler (dir.), Electora (…)

 

20 Ibid., p. 3.

 

19 Sur le plan purement procédural, le processus électoral en Algérie est donc bien rodé. Sur le plan politique, il l’est tout aussi. Ces élections, pourtant pluralistes, ne suscitent que très peu d’inconnues quant aux vainqueurs. Les partis de la coalition présidentielle arrivent sans suspense en tête. L’inconnue, en revanche, concerne les détails chiffrés qui offrent une intéressante grille de lecture pour tenter de décoder l’évolution complexe des rapports de force. En ce qui concerne le régime, le multipartisme ne lui a pas permis de se doter d’une légitimité démocratique, mais il lui a donné la possibilité d’avoir une « démocratie de façade » utile pour son image à l’étranger. Tout comme de nombreux autres pays, Russie ou Égypte par exemple, cette façade institutionnelle de démocratie, qui inclut des élections pluralistes régulières, sert en fait à « dissimuler (et à reproduire) les dures réalités de la gouvernance autoritaire19 ». Mais ces régimes violent systématiquement les principes de la liberté et d’égalité, caractéristiques fondamentales de la démocratie, transformant ainsi les élections en instruments du régime autoritaire20.

 

20 Les élections législatives de 2007 en sont une illustration. Ce scrutin a consacré la victoire du FLN avec 136 sièges et 22,6 % des voix, suivi du Rassemblement national démocratique (RND) avec 61 députés et 10,33 % des bulletins de vote. Le dernier parti de la coalition gouvernementale, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), a, quant à lui, obtenu 52 sièges et 9,64 % des voix. Une comparaison rapide avec le scrutin de 2002 permet de comprendre que, contrairement aux apparences, le vainqueur officiel a essuyé un échec. Une perte évaluée à 63 sièges. Comme dans un système de vase communicant, le RND et le MSP regagnaient chacun 14 députés, par rapport à 2002, tandis que 33 « indépendants » inconnus faisaient leur entrée, accompagnant la percée aussi spectaculaire qu’inattendue du Front national algérien (FNA, 13 députés) et du Parti des travailleurs (PT, 26 députés). L’année 2007 est donc venue rééquilibrer les rapports de force entre le FLN et le RND, sachant que le premier s’était effondré en 1997 et le second en 2002.

 

21 Voir « Les patriotes oubliés de tous en Algérie », L’Expression, 26 juillet 2007.

 

22 Le Quotidien d’Oran, 22 février 2005.

 

23 Amir Nabila, « Ouyahia conjugue le passé au présent », El Watan, 22 février 2005.

 

24 Mourad Aït Oufella, « Le parti d’Ouyahia occupe le terrain », Liberté, 21 décembre 2004.

 

25 Entretiens avec Chérif Dris, enseignant à la Faculté des sciences politiques et chercheur associé a (…)

 

21 La signification politique de ce yoyo électoral se trouve dans la relation complexe et pas toujours lisible entre ces deux acteurs de la scène politique algérienne. Le sens commun veut que le RND soit le prolongement, la copie conforme ou encore le frère jumeau du FLN. Mais cette vision ne nous dit pas pourquoi le RND existe. Certes, le sens commun n’est pas complètement faux, mais il ne reflète pas la réalité dans toute sa complexité. Tout d’abord, le RND a essayé de se démarquer du FLN. Idéologiquement, le RND apparaît plutôt comme un parti éradicateur de l’islamisme radical tandis que le FLN donne une image de « dialoguiste » depuis la première heure. Éradicateur doit être compris dans le contexte algérien comme partisan de l’option sécuritaire, donc répressive des islamistes radicaux violents. Aujourd’hui, le RND apparaît d’ailleurs comme le principal défenseur des droits des Patriotes, ces groupes armés, constitués en 1994 dans le cadre de la lutte antiterroriste, et négligés par la Charte pour la paix et la Réconciliation de 200521. De plus, son secrétaire général et actuel premier ministre, Ahmed Ouyahia, avoue ne pas être complexé par les descriptions qui font de lui un « éradicateur » ou encore « un Laïc »22. Une qualification difficilement imaginable pour un FLN conservateur, et plutôt prompt à mettre en avant les valeurs identitaires. C’est d’ailleurs sur une base principalement religieuse que le FLN a défendu la réconciliation en insistant sur la notion de pardon, rahma en arabe. En 2005, de son côté, Ahmed Ouyahia affirmait haut et fort : « Nous ne pouvons pas déchirer une page importante de notre histoire marquée par 100 000 victimes du terrorisme et 20 milliards de dollars de pertes23. » Pour justifier leur soutien à la réconciliation, les responsables du RND ont du insister sur les bénéfices qu’ils en attendent, à savoir, la stabilité, le développement et les réformes24. Cette stratégie pourrait, concernant le RND, viser à « réconcilier pour mieux éradiquer25 ».

 

Dans ce processus, le pardon accordé aux « repentis » est un stratagème permettant de les neutraliser et non de légitimer à posteriori leurs forfaits.

 

26 Yahia H. Zoubir, « The Painful Transition from Authoritarianism in Algeria », Arab Studies Quarterl (…)

 

22 Par ailleurs, le « jeune » RND s’est voulu représentatif d’une ère nouvelle, celle du multipartisme, du libéralisme et de la souplesse idéologique, face à un FLN définitivement lié à la rigidité doctrinaire et au système du parti unique. Ce dernier a traîné derrière lui l’image d’un parti usé par le pouvoir. Les cuisantes défaites électorales de 1990 et 1991 étaient la conséquence directe de son impopularité et la sanction logique de quatre décennies d’exercice désastreux du pouvoir et de monopole répressif. Les années 1990 sont pour le FLN des années d’effondrement politique, de crise identitaire et d’échecs électoraux. Lors des élections législatives de 1997, le FLN s’est littéralement effondré. Quant à la tentative de retour politique à travers l’appel au dialogue de 1994-1995, elle n’a pas brisé son isolement, mais l’a placé dans une position inédite : celle d’opposant. De plus, les indétrônables dirigeants « dinosaures » du parti ont laissé peu de place aux cadres moyens et aux jeunes militants. In fine, les nouvelles générations ont eu du mal à se reconnaître dans les valeurs révolutionnaires brandies par le vieux parti26 et n’ont pas vraiment pu émerger au sein d’une direction dont l’âge est supérieur à 60 ans. La réaffirmation des valeurs de la révolution algérienne dans la révision constitutionnelle de 2008 n’a pas contribué à rallumer la fougue nationaliste des Algériens, notamment celle des plus jeunes. Le FIS avait d’ailleurs bien compris cette attitude en affirmant que le FLN avait trahi les valeurs de novembre 1954 et que le FIS était le véritable héritier du FLN de la guerre de libération.

 

27 Entretiens avec Mahmoud Belhimer, ancien rédacteur en chef d’El Khabar, et Abdelkrim Ghézali, direc (…)

 

28 Le Jeune Indépendant, 11 mai 2002.

 

23 Au-delà de ces nuances, le RND et le FLN ont un point commun majeur : ils sont tous les deux au service du pouvoir. Les élections de Abdelaziz Bouteflika à la présidence traduisent, mandat après mandat, les rééquilibrages qui ont lieu au sein des cercles décisionnels. Cette situation explique le passage en 1997 d’adhérents du FLN vers le RND. À l’époque, les élections législatives se déroulent dans un contexte marqué par une vacuité partisane et un pouvoir politique détenu par les militaires. Ce vide politique est la conséquence des prises de position du FLN contre l’arrêt du processus électoral et pour l’ouverture d’un dialogue direct avec le FIS27. Le RND a donc été créé par les gouvernants pour remplir ce vide. Aussi, ceux qui ont cru que le FLN était de l’histoire ancienne ont vu dans le RND une opportunité à ne pas rater. Mais au moment de l’élection de Bouteflika à la présidence, les pièces sur l’échiquier politique ont déjà bougé puisque le FLN était revenu sur des positions antérieures à la plate-forme de San ‘Egidio. Les élections législatives de 2002 en sont l’illustration. Dans le cadre d’un système de vases communicants, elles voient le passage de 3 154 membres du RND vers le FLN. Un grand nombre d’élus locaux à Chatt, Drean, Ben-M’hidi, Chebaïta, Besbès, Boutheldja, Cheffia et Bougous ont quitté le RND avec armes et bagages pour rejoindre le FLN28.

 

29 Malek Sohbi, « Ahmed Ouyahia ou la vraie vie… du pouvoir », Libre Algérie, 14-27 février 2000, ht (…)

 

30 Ibid. Il ne fait aucun doute qu’Ouyahia aurait pu être présenté comme candidat à la présidence, mai (…)

 

24 Chacun des deux partis représenterait un « centre de pouvoir » au sein même des élites dirigeantes. Cette hypothèse s’est vue renforcée en 2006, lorsque le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, secrétaire général du RND, a été sèchement remercié. Sa position hostile à la révision de la Constitution permettant la réélection du président a été présentée comme une explication à son éviction et son remplacement par un fidèle du président, le chef du FLN, Abdelaziz Belkhadem. On ne peut comprendre ces évictions et ces retours en grâce indépendamment des luttes de pouvoir au sein des élites dirigeantes algériennes. Le comeback d’Ahmed Ouyahia en 2008 s’explique par le fait qu’il « est le totem phallique de la toute-puissance de l’armée planté dans le jardin d’un président verbeux méritant une leçon29 ». En effet, le secrétaire général du RND occupe une place particulière au sein de l’establishment militaire algérien. Homme lige de l’armée, Ahmed Ouyahia pourrait très bien occuper un jour les plus hautes fonctions de l’État30.

 

Les voix de la discorde : les médias et la rue

 

25 Depuis 1988 le régime a du faire face à deux développements majeurs : des médias indépendants pugnaces malgré toutes les entraves auxquelles ils doivent faire face, en particulier la presse ; des émeutes cycliques à travers l’ensemble du territoire pour exprimer le mécontentement vis-à-vis des dirigeants et des absences de perspectives d’avenir pour les jeunes, notamment.

Pluralisme médiatique

 

26 L’instauration du multipartisme a directement permis l’éclosion d’un très grand nombre de nouveaux acteurs médiatiques (radios et presse écrite). Les radios se sont progressivement développées à un niveau local, donnant ainsi à de nombreuses régions du pays une voix sur des ondes (Alger avec Radio Bahja, Radio Bechar, etc.). Il existe aujourd’hui une quarantaine de radios régionales qui ont survécu à la « normalisation » instaurée par le régime depuis l’arrêt du processus électoral de janvier 1992. À l’instar des partis politiques, le nombre des titres de la presse écrite a littéralement explosé.

 

31 Liberté, 18 octobre 2008

 

32 Michel Camau, La Notion de démocratie dans la pensée des dirigeants maghrébins, Paris, Éditions du (…)

 

27 Plumes aguerries par une longue expérience aussi formatrice que frustrante dans des organes déjà présents pendant le règne du parti unique, jeunes rédacteurs sortis de l’institut de journalisme, ou personnalités ambitieuses devenues patrons de presse par opportunisme se sont saisis de la libéralisation de la presse quotidienne ou hebdomadaire. Les journalistes s’adressent à un public varié et nombreux et couvrent tous les domaines de l’information. Ainsi, en 2009, les Algériens ont à leur disposition 291 titres dont 68 quotidiens qui tirent chaque jour un total de 2,5 millions d’exemplaires31. Jusqu’en 1989-1990, il existait moins d’une dizaine de titres quotidiens et hebdomadaires en arabe et en français. Placés sous le contrôle de la censure du régime, les journaux étaient conçus par des gouvernants populistes comme des instruments visant à éduquer « les masses populaires » et à servir de canaux de « dialogue entre le pouvoir et les citoyens32 ».

 

33 L’existence de plusieurs chaînes n’offre aucun pluralisme puisque la télévision nationale demeure u (…)

 

28 Globalement, les lecteurs recherchent dans les journaux ce qu’ils ne trouvent pas dans les médias audiovisuels publics, et plus particulièrement la télévision33. La presse écrite est très vite apparue comme un canal d’expression relativement libre, malgré les contraintes qui lui sont imposées. Ainsi des débats politiques contradictoires et des critiques timides ou féroces des gouvernements en place ont été publiés dans une presse dominée par les organes privés. Les « luttes de clans » au sommet du pouvoir algérien sont régulièrement et ouvertement abordées. Certains journaux, comme El Watan, ont même envisagé que les attentats terroristes qui ont frappé le siège du Conseil constitutionnel et celui de l’ONU au cœur de la capitale en décembre 2007, soient liés aux clans opposés à la candidature du président Bouteflika pour un troisième mandat. Les résultats annoncés à l’issu des différents scrutins sont souvent mis en doute par des analyses politiques et des enquêtes de terrain. Par ailleurs, en l’absence de presse partisane, les activités et les prises de position des partis politiques sont essentiellement couvertes par les journaux d’information et quasiment totalement ignorées par la télévision. Force est de constater que malgré l’état d’urgence mis en place depuis mars 1992 et les entraves et menaces adressées à certains journaux (procès et emprisonnement de journalistes, interdiction de quelques titres), la presse n’a jamais cessé de publier. Si le régime algérien n’en est pas à une contradiction près, il est vrai que cette liberté de la presse soigne son image à l’extérieur.

 

29 Le paysage médiatique algérien s’est enrichi grâce à la toile et aux médias en ligne. L’accès à Internet s’est considérablement démocratisé en raison de la baisse des coûts de la connexion et de la multiplication des fournisseurs d’accès. Tous les journaux ont d’ailleurs leur site Internet élargissant ainsi leur lectorat quitte à réduire les ventes « papier ».

 

34 Voir le classement de pays comme le Venezuela (113e), le Cameroun (129e), le Maroc (122e), Oman (12 (…)

 

30 Ce pluralisme médiatique ne doit pas occulter les obstacles politiques auxquels il se heurte. Le rapport 2008 de Reporters sans frontières (RSF) classe l’Algérie à une modeste 121e place dans le classement mondial de la liberté de la presse. L’Algérie se trouve ainsi placée dans le groupe des pays dont les gouvernants ont opté pour une ouverture contrôlée du paysage politique et médiatique34. Ce classement est le résultat direct du code de l’information– souvent désigné comme « le code de l’infamie » –, qui permet l’emprisonnement de journalistes, « en violation des standards démocratiques de l’ONU », pour reprendre la formulation de RSF. La censure continue donc de ponctuer la vie médiatique en Algérie à travers des affaires plus ou moins spectaculaires. L’interdiction du dernier ouvrage de Mohammed Benchicou, Journal d’un homme libre, en octobre 2008 (saisi à l’imprimerie sur décision de la ministre de la Culture), en est une illustration. La condamnation le 22 décembre 2008 du directeur et d’une journaliste d’El Watan à 3 mois de prison ferme pour avoir publié un article sur un charlatan, raki (guérisseur-exorciste) prétendant pratiquer la médecine a choqué l’opinion publique. En effet, l’application zélée des amendements répressifs du code pénal de juin 2001 représente sans aucun doute une atteinte à la liberté d’expression. Il est fort plausible que cette décision de la justice ait été commanditée par les pouvoirs publics afin d’intimider les journalistes, alors que la prochaine élection présidentielle devrait consacrer la réélection d’Abdelaziz Bouteflika. En fait, le régime refuse l’existence de tout média totalement autonome pouvant échapper à son contrôle. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi des journaux, comme El Watan, qui sont autonomes sur le plan financier, subissent les pressions de la justice.

 

31 La télévision nationale, monopole étatique, demeure un point noir dans le paysage médiatique de l’Algérie. Malgré les incessantes critiques dénonçant la censure et l’autocensure au sein de la télévision, cet important organe d’information continue de jouer le rôle de porte-parole du gouvernement, principalement de la présidence.

 

La contestation par l’émeute

 

35 Sid-Ahmed Semiane, cité dans Benfodil Mustapha, « Que reste-t-il du 5 Octobre ? » Liberté, 5 octobr (…)

« De l’esprit d’Octobre ne reste que la révolte. Une révolte nue qui est en chacun de nous, elle est chez les jeunes, dans la rue, dans les cafés, dans les stades. Une révolte qu’on ne peut acheter avec les crédits, les facilités de paiements, les machines à laver… Ce qui reste d’Octobre, c’est ça ; c’est juste cette révolte. Le reste, tout le reste, ça a été un échec absolu. Le multipartisme est un échec, la presse, tout35. »

 

36 Étude réalisée par Omar Derras et publiée par la Fondation Friedrich Ebert. Voir Amel Blidi, « Le m (…)

 

37 Ibid.

 

32 Les élections pluralistes en Algérie constituent une expérience relativement courte, comparativement au long règne du parti unique. Comme nous l’avons expliqué plus haut, l’instauration du multipartisme a suscité au départ un très grand enthousiasme au sein de la société civile. En 2003, il existait 66 000 associations dont 900 à caractère national. Le manque d’efficacité ne relève donc pas d’un problème quantitatif. Bien au contraire les associations foisonnent. L’épanouissement d’une société civile se heurte à la faible liberté d’action dont bénéficient ces organisations. Elles font également face à des difficultés d’ordre matériel : le financement est un obstacle majeur pour 32 % des associations tandis que 20 % d’entre elles ont du mal à trouver un local36. Ces considérations matérielles les rendent vulnérables face aux pressions politiques. Pourvoyeurs de budget, les autorités publiques ont pouvoir de vie ou de mort sur les associations et ont réussi à créer une « société civile » factice dépendante du pouvoir. Cette dernière constitue en définitive une extension de l’État à l’instar de ce que pouvaient être des fameuses organisations de masse (unions des femmes, des jeunes, des enfants d’anciens combattants…) qui évoluaient dans l’orbite du FLN-parti unique. En fait, on peut diviser les associations algériennes en trois catégories. Une première assez minoritaire rassemble des organisations de type contestataire et revendicatif considérées par le pouvoir comme politiquement sensibles. La seconde catégorie rassemble des petites associations peu actives qui vivotent en attendant de recevoir des subventions. La dernière comprend ce que les opposants tunisiens nomment par dérision les OVG (organisations vraiment gouvernementales). Elle est de loin la plus visible car elle a été créée ou cooptée par le pouvoir37.

 

33 Deux décennies plus tard, le tissu associatif est marginalisé. Dès lors ni la « société civile » ni les élections jouent leur rôle de transmission des demandes de la population. En revanche, les émeutes se sont multipliées dans l’Algérie profonde.

 

38 Les émeutes ne constituent pas un phénomène nouveau en Algérie et se déroulent de façon périodique. (…)

 

39 El Watan, 19 octobre 2008.

 

40 Le Jeune Indépendant, 7 octobre 2008.

 

34 Les émeutes cycliques38 sont devenues un des canaux principaux de la contestation sociale. Elles éclatent dans les grandes villes comme dans les petites localités, sans distinction. Ponctuelles mais répétitives, elles occasionnent de gros dégâts matériels et parfois font des victimes. En octobre 2008, dans la wilaya d’El Tarf, à l’ouest de l’Algérie, des écoliers et lycéens ont bloqué la route nationale 44, pour protester contre l’absence de transports39. Pendant la même période, une émeute a éclaté à Birtouta, banlieue au sud-est d’Alger, pour une question de passerelle40. Au printemps, les villes de Chlef et de Chettia, où le taux de chômage est supérieur à la moyenne nationale, et des quartiers de Hassi-Messaoud, Tiaret, Laghouat, Ghardaïa, Gdyel, Béchar, Tizi-Ouzou, Oran, Chlef, Arzew, Mascara, Constantine, Annaba, et Ksar El-Boukhari, ont été dévastés par les émeutiers.

 

35 Les violences qui gagnent des villes traditionnellement calmes surprennent. Au printemps 2008, Ghardaïa a sombré dans une vague de violences. Cette ville traditionnellement calme et touristique a connu des affrontements d’une rare violence entre musulmans de rite malékite (majoritaire en Algérie) et Ibadites. Pour la première fois, les médias ont évoqué des affrontements tribaux, ethniques, voire confessionnels. Il s’agit bien d’une escalade dans la longue histoire des émeutes.

 

41 Expression utilisée par la journaliste José Garçon, « Quatre morts à Sidi Aïssa : l’Algérie à l’ère (…)

 

36 Il convient d’analyser la signification de ces émeutes cycliques ou de ces « microrévoltes »41. Peut-on affirmer, à l’instar de l’ancien recteur de l’université d’Alger, le professeur Noureddine Toualbi-Thaâlibi, qu’elles sont « l’expression la moins socialisée de groupes sociaux soumis à une détresse existentielle vécue dans le sentiment de continuité et de fatalité » ? Dans cette perspective, la révolte des émeutiers serait double. D’une part, ils s’insurgent contre une réalité objective, c’est-à-dire la détérioration de leur situation socioéconomique ; d’autre part, ils expriment par la violence le sentiment qu’aucune perspective ne s’offre à eux. C’est une réalité subjective qui n’en est pas moins réelle. Cela dit, l’émeute reste une révolte qui, par définition, traduit plus une position de refus que d’acceptation de la fatalité. En fait la résignation paraît plutôt symbolisée par ces centaines de jeunes qui décident de se jeter dans des embarcations de fortune, les haragas (ceux qui « brulent » les frontières), en sachant qu’ils ont plus de chance de trouver la mort ou la prison qu’une nouvelle vie en Europe. Dans la majorité des cas, cette détérioration des conditions socioéconomiques a un sens particulier. On ne peut la comprendre que par rapport à des situations précises. Elles se cristallisent à propos de l’extrême aisance financière actuelle de l’État, l’apparition d’une nouvelle classe ostentatoirement aisée et l’absence d’équité dans la redistribution des dividendes de la rente liée aux hydrocarbures. Ce sont donc moins les difficultés économiques qui poussent les jeunes à la révolte que le sentiment d’être bafoués dans leurs droits et d’être victimes d’un système fortement inégalitaire fondé sur les privilèges, l’impunité et les passe-droits. Un terme populaire résume tout cela, c’est la hogra que l’on peut traduire approximativement par les termes d’humiliation, d’injustice et d’abus de pouvoir.

 

37 Les violences qui ont gagné le sud du pays ne sont pas étrangères à l’extraordinaire disparité entre le niveau de vie des populations et les richesses du sous-sol algérien. En effet, la partie nord de la wilaya de Ghardaïa n’est distante que de 50 km des puits de pétrole de Hassi R’Mel. La situation économique de Ghardaïa s’est d’ailleurs compliquée depuis qu’elle est devenue un centre d’attraction pour les chercheurs d’emploi des régions rurales de Laghouat et Djelfa. Les émeutes qui ont éclaté à Timimoune (février 2008) et Ouargla (novembre 2007) illustrent le fait que le sud nourricier peine à se nourrir.

 

38 Les émeutes de la commune de Sidi-Aïssa, dans la wilaya de Msila illustrent une autre forme de hogra consécutive aux écarts sociaux et à l’absence de confiance dans les institutions judiciaires du pays. Cette révolte de la jeunesse déclenchée à la suite d’un fait divers a causé la mort de 4 personnes, fait plus d’une soixantaine de blessés (la plupart par balles) et provoqué des dégâts matériels importants (22 véhicules incendiés et un hôtel saccagé). L’étincelle qui a allumé le feu de la révolte est le résultat d’une altercation entre un jeune homme et le fils d’un puissant propriétaire d’hôtel qui l’a renversé avec sa voiture. Ce fait divers a pris une connotation sociale et les jeunes de la commune ont préféré se faire justice eux-mêmes plutôt que d’attendre l’enquête de police ou le jugement du tribunal. Des événements de ce type mettent en lumière la faillite des pouvoirs publics à mettre en place des institutions républicaines et à transmettre aux gouvernés la capacité d’espérer un avenir meilleur.

 

39 Cette explication fait sens mais souffre d’une grave lacune car elle ne met en évidence qu’une partie des responsabilités. En effet, les émeutes ne deviennent un phénomène cyclique, récurrent, et régulier que lorsque tous les canaux pacifiques et institutionnels d’expression sont bouchés et ne transmettent plus les demandes des gouvernés. Les partis politiques, les syndicats, les associations, les comités de quartier sont impuissants, au mieux par incompétence, au pire par complaisance. Par conséquent, ils ne remplissent pas du tout leur fonction d’interface entre la base et le sommet.

 

Conclusion

 

42 Hamou Amirouche, « Algeria’s Islamist Revolution : The People Versus Democracy ? », Middle East Pol (…)

 

43 Ramdane Redjala, L’opposition en Algérie depuis 1962, Tome 1, le PRS-CDBR, le FFS, Paris, L’Harmatt (…)

 

44 Voir, Ghassan Salamé (dir.), Démocraties sans démocrates. Politiques d’ouverture dans le monde arab (…)

 

40 Le multipartisme en Algérie a été conçu par (et dans) le système algérien. Mais pointer du doigt des dirigeants qui, tout en reconnaissant leurs erreurs, refusent l’alternance, suffit-il à expliquer l’immobilisme politique en Algérie ? L’ensemble du système politique est en proie à une crise de confiance qui s’amplifie à chaque consultation. Or, celle-ci n’implique pas les seuls gouvernants, même s’ils en assument une grande responsabilité. Si les campagnes électorales sont boudées, les urnes désertées et les débats politiques sans envergure aucune, est-ce parce que « la nouvelle topographie politique n’a pas établi un système multipartite mais un parti unique pluriel, où prévaut le zaïmisme (le zaïm est le héros, le leader incontesté), et dans lequel les règles démocratiques internes cruciales, comme l’élection du leader, sont absentes »42 ? Ramdane Redjala avait déjà affirmé que « l’avènement d’une démocratie pluraliste en Algérie [dépendrait] beaucoup plus de l’évolution des contradictions internes du régime, des mouvements sociaux qui accélèreront cette évolution que de la capacité des oppositions à l’imposer43 ». Concernant l’Algérie, il est légitime de poser la question de savoir si l’on peut construire une démocratie sans démocrates44. Les partis dits démocrates sont loin de promouvoir un véritable projet de société capable de contrecarrer l’hégémonie du discours nationaliste-islamiste. Ils n’ont même pas su forger une alliance durable qui aurait pu leur donner une plus grande crédibilité aux yeux d’une société qui aspire à surmonter la paralysie engendrée par le système politique mis en place depuis l’indépendance.

 

45 Roberto Michels faisait remarquer, au début du XXe siècle, dans La loi d’airain de l’oligarchie (19 (…)

 

46 Yahia H. Zoubir, « Political Parties in Algeria », in Karam Karam (dir.), Political Parties in the (…)

 

47 Déclaration de Djamel Ferdjallah : « Saadi a perdu ses illusions personnelles, le RCD doit lui surv (…)

 

41 Malgré l’avènement du multipartisme depuis 1989, les partis d’opposition non seulement fonctionnent selon un mode autoritaire, ce qui n’est pas un obstacle en soi45, mais ils n’ont pas pour objectif de conquérir le pouvoir. Ainsi, au lieu de se présenter comme une force d’alternance ayant un projet de société, des modes d’actions politiques renouvelés et un système de valeurs, les partis de l’opposition, se sont adapté aux règles du jeu. À défaut, ils ont disparu de la scène politique46. Les partis dits démocratiques, tels que le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) ou le Front des forces socialistes (FFS), n’ont pas instauré un semblant de démocratie interne. Tout comme les premiers partis d’opposition (Parti pour la révolution socialiste, FFS, Mouvement pour la démocratie en Algérie…), les partis post-1988 ont plus ou moins reproduit le schéma du parti unique. Il n’est donc pas exagéré de décrire le système actuel de « multipartisme fait de plusieurs partis uniques ». L’explication des divisions au sein de ces partis par une manipulation orchestrée par les services secrets n’est guère pertinente. Par exemple, les divisions actuelles au sein du RCD sont dues au refus de certains membres du parti de soutenir la décision de Saïd Saadi de participer à l’élection présidentielle d’avril 200947. Le culte de la personnalité, le blocage de toute relève, et l’exclusion sont les facteurs principaux de ces divisions. Cette situation explique aussi le discrédit dont souffrent ces partis aux yeux de l’électorat et de leurs militants de base. Le régime, quant à lui, a su récupérer ces partis : Le MSP s’est laissé complètement coopter. Le PT flirte – comme le RCD avant lui – avec les sirènes du pouvoir. Nahda puis El Islah se sont brisés de l’intérieur et le FFS prêche presque dans le désert. Aucun parti politique, aucune personnalité publique ne parvient à émerger de façon suffisamment forte pour apparaître comme un challenger sérieux face au dirigeant actuel. En fin de compte, les partis politiques servent d’alibi démocratique au pouvoir. Les gouvernants n’hésitent pas à frauder systématiquement, ce qui somme toute ne dérange pas les partis politiques puisqu’ils se voient attribuer des sièges au sein de l’Assemblée populaire nationale. Quant à leurs dirigeants, ils travaillent principalement à l’avancement de leur carrière politique.

 

42 Plus important encore, les contradictions et les oppositions s’expriment, à travers la rivalité FLN-RND, au sein des cercles décisionnels. Résultat, l’idée selon laquelle Ahmed Ouyahia véhicule l’image d’une alternative à moyen-terme commence progressivement à s’imposer.

 

43 L’émergence du multipartisme en Algérie n’a pas produit le type de régime démocratique que l’on avait espéré à la fin des années 1980. S’il est vrai que le FIS, un parti totalitaire, a, sans le vouloir, permis à l’establishment militaro-civil d’annuler l’élection en 1992, le régime a par la suite réussi à mettre en place un « système sur mesure » qui lui permet de se maintenir au pouvoir. Les partis sont également à blâmer parce qu’ils n’ont pas réussi à former une véritable alliance démocratique qui pourrait leur fournir un levier politique ainsi que les capacités de mobilisation d’une opposition conséquente. Comme la plupart des formations politiques dans le monde arabe, les partis algériens souffrent d’un degré trop élevé de zaïmisme. Même les dirigeants des organisations dites démocratiques exercent à la tête de leurs partis une sorte de présidence à vie. Ils ont empêché l’arrivée d’une nouvelle génération. Le renouvellement de la classe politique en général et des élites en particulier est une condition sine qua non à la résolution de la crise de confiance. Le changement passe également par un retour aux valeurs de respect mutuel et de suprématie du droit pour parvenir à l’indispensable alternance au pouvoir. Sans une véritable représentation politique, les émeutes cycliques, l’absence de patriotisme, l’immigration illégale, et le développement de groupes extrémistes continueront de caractériser le système politique algérien.

 

44 Il s’agit de réfléchir sur les conditions objectives du parachèvement de la transition. En effet, malgré tous les revers et les déceptions, un certain nombre d’éléments porteurs d’une dynamique de changement sont à prendre en considération. L’émergence d’une véritable opposition n’est pas à exclure ; la contestation est manifeste bien que non organisée ; la génération au pouvoir depuis l’indépendance est appelée à disparaitre ; les dissensions au sein même des partis politiques pourraient déboucher sur une démocratisation de leur appareil ; l’ouverture économique peut contribuer à créer une nouvelle bourgeoisie qui ne se contentera pas du pouvoir économique. Et enfin, il est plus qu’improbable que l’opinion publique accepte un retour en arrière politique. Mis bout à bout, tous ces facteurs plaident en faveur d’un scénario de changement qui reste bien sûr à écrire.

 

Notes

1 Yahia H. Zoubir, « Stalled Democratization of an Authoritarian Regime : The Case of Algeria », Democratization, vol. 2, n° 2, été 1995, p. 109-139.

2 Ahmed Benbitour, « Pays riche/Peuple pauvre : aux sources du paradoxe algérien », El Watan, 19/11/2007.

3 Un courant réformiste au sein du FLN avait commencé à se développer dans les années 1980 avec pour objectif de donner l’autonomie aux entreprises publiques, de promouvoir l’investissement privé, de réformer l’agriculture et de privatiser une partie du secteur public. Ce courant, un moment bloqué par les conservateurs du régime, revient en force dans le sillage des émeutes de 1988.

4  http://64.233.183.104/search ?q =cache :Gmf360FxhHUJ :archives.univ-lyon2.fr/281/2/contexte_eco.pdf+gouvernement+Hamrouche+r %C3 %A9formes&hl =fr&ct =clnk&cd =14&gl =fr

5 Sur les changements survenus au lendemain des événements de 1988, voir, Yahia H. Zoubir, « Stalled Democratization of an Authoritarian Regime : The Case of Algeria », op. cit., p. 109-139.

6 Voir, Jean-Jacques Lavenue, « Le FIS et la Constitution algérienne », Praxis Juridique et Religion, vol. 10, 1993, p. 130-131.

7 Madjid Benchikh, « L’organisation du système politique », Dossier n° 13, mai 2004, http://www.algerie-tpp. org/tpp/pdf/dossier_13_systeme_politique.pdf.

8 Selon des sources bien informées, des généraux auraient susurré à l’oreille d’Abassi Madani : « secoue l’arbre, le fruit est mûr et tombera de lui-même ».

9 At-Umezyan H., « Les partis de l’opposition démocratique. Réalité, discours et espérance », El Watan, 30 décembre 2008, http://www.elwatan.com/Realite-discours-et-esperance-1re

10 Sur ce point, voir Giacomo Luciani, « Economic Foundations of Democracy and Authoritarianism in the Arab World in Comparative Perspective », Arab Studies Quarterly, vol. 10, n° 4, 1988, p. 457-475. L’auteur soutient que la manne pétrolière contribue à la pérennisation des dirigeants au pouvoir.

11 Samir Allam, « Algérie : après ceux des députés, les salaires des ministres et des walis revus en forte hausse », TSA, toutsurlalgerie.com, 06/10/2008.

12 Yahia H. Zoubir, « Islamist Parties in Algeria », Middle East Affairs Journal, vol. 3, n° 1-2, hiver/printemps 1997, p. 95-122.

13 Le Mouvement démocratique et social (5 députés), le Parti national pour la solidarité et le développement (2 députés), le Mouvement national pour la nature et le développement (7), le Front national pour l’indépendance (3), le Rassemblement algérien (7), le Mouvement national de l’espoir (2), le Rassemblement patriotique républicain (2), le Front national démocratique (1) et le Mouvement démocratique et social (1).

14 On trouve, toutefois quelques, députés du Rassemblement pour la culture et la démocratie qui manifestent clairement leur opposition aux projets du gouvernement.

15 Les députés ont successivement voté deux projets de lois sur les hydrocarbures contradictoires en 2005 et 2006.

16 Mokrane Ait Ouarabi, « Le 5 Octobre est un règlement de compte politique au détriment de plus de 500 morts », El Watan, 5 octobre 2008.

17 Ibid.

18 Louisa Dris-Aït Hamadouche, « The 2007 legislative elections in Algeria : political reckonings », Mediterranean politics, vol. 13, n° 1, mars 2008, p. 88-89.

19 Andreas Schedler, « The Logic of Electoral Authoritarianism », in Andreas Schedler (dir.), Electoral Authoritarianism. The Dynamics of Unfree Competition, Boulder, Colorado, Lynne Reinner Publisher, 2006, p. 1.

20 Ibid., p. 3.

21 Voir « Les patriotes oubliés de tous en Algérie », L’Expression, 26 juillet 2007.

22 Le Quotidien d’Oran, 22 février 2005.

23 Amir Nabila, « Ouyahia conjugue le passé au présent », El Watan, 22 février 2005.

24 Mourad Aït Oufella, « Le parti d’Ouyahia occupe le terrain », Liberté, 21 décembre 2004.

25 Entretiens avec Chérif Dris, enseignant à la Faculté des sciences politiques et chercheur associé au CREAD. D’autres entretiens avec un ancien membre des services de sécurité confirment cette thèse et font leur la formule de l’un des plus illustres journalistes algériens, Kheirdine Ameyar : « éradiquer pour mieux réconcilier et réconcilier pour mieux éradiquer ».

26 Yahia H. Zoubir, « The Painful Transition from Authoritarianism in Algeria », Arab Studies Quarterly, vol. 15, n° 3, été 1993, p. 88.

27 Entretiens avec Mahmoud Belhimer, ancien rédacteur en chef d’El Khabar, et Abdelkrim Ghézali, directeur de la rédaction de La Tribune.

28 Le Jeune Indépendant, 11 mai 2002.

29 Malek Sohbi, « Ahmed Ouyahia ou la vraie vie… du pouvoir », Libre Algérie, 14-27 février 2000, http://www.algeria-watch.org/farticle/concorde/ouyahia.htm

30 Ibid. Il ne fait aucun doute qu’Ouyahia aurait pu être présenté comme candidat à la présidence, mais les services de renseignements hésitaient à l’imposer car il ne jouissait d’aucune popularité au sein d’une population qui ne lui a jamais pardonné l’austérité salariale des années de crise et l’application du programme d’ajustement structurel par le FMI.

31 Liberté, 18 octobre 2008.

32 Michel Camau, La Notion de démocratie dans la pensée des dirigeants maghrébins, Paris, Éditions du CNRS, 1971, p. 394.

33 L’existence de plusieurs chaînes n’offre aucun pluralisme puisque la télévision nationale demeure un monopole public.

34 Voir le classement de pays comme le Venezuela (113e), le Cameroun (129e), le Maroc (122e), Oman (123e), le Cambodge (126e) ou la Jordanie (128e). http://www.rsf.org/article.php3 ?id_article =28879

35 Sid-Ahmed Semiane, cité dans Benfodil Mustapha, « Que reste-t-il du 5 Octobre ? » Liberté, 5 octobre 2005.

36 Étude réalisée par Omar Derras et publiée par la Fondation Friedrich Ebert. Voir Amel Blidi, « Le mouvement associatif national, la défaite par l’usure », El Watan, 21 décembre 2008.

37 Ibid.

38 Les émeutes ne constituent pas un phénomène nouveau en Algérie et se déroulent de façon périodique. En 1980, l’interdiction d’une conférence de l’écrivain Mouloud Mammeri avait débouché en Kabylie sur les violences de ce qui deviendra le « printemps berbère ». Elles préfigureront les émeutes de Constantine (1986) puis celles d’octobre 1988 qui ont mis fin au règne du parti unique. En 2001, le meurtre d’un adolescent dans les locaux d’une brigade de gendarmerie déclenche de longues émeutes en Kabylie. Elles déboucheront sur la reconnaissance du tamazight comme langue nationale. Pour une analyse approfondie des mouvements émeutiers, voir René Gallissot, « Émeutes : ordre étatique et désordre social », in Didier Le Saout et Marguerite Rollinde, Émeutes et mouvements sociaux au Maghreb-Perspective comparée, Paris, Karthala, 2000, p. 19-46.

39 El Watan, 19 octobre 2008.

40 Le Jeune Indépendant, 7 octobre 2008.

41 Expression utilisée par la journaliste José Garçon, « Quatre morts à Sidi Aïssa : l’Algérie à l’ère des microrévoltes », Le Monde, 11 aout 2008. Pour une analyse structurelle des émeutes, cf. Didier Le Saout, « Les émeutes, entre exclusion et sentiment d’injustice. Une approche comparée Maghreb-Europe », in Didier Le Saout et Marguerite Rollinde, Émeutes et mouvements sociaux au Maghreb, op. cit., p. 47-66.

42 Hamou Amirouche, « Algeria’s Islamist Revolution : The People Versus Democracy ? », Middle East Policy, n° 4, January 1998.

43 Ramdane Redjala, L’opposition en Algérie depuis 1962, Tome 1, le PRS-CDBR, le FFS, Paris, L’Harmattan, 1988.

44 Voir, Ghassan Salamé (dir.), Démocraties sans démocrates. Politiques d’ouverture dans le monde arabe et islamique, Paris, Fayard, 1994.

45 Roberto Michels faisait remarquer, au début du XXe siècle, dans La loi d’airain de l’oligarchie (1913), que les partis politiques dans les démocraties tendaient à fonctionner de façon oligarchique et non-démocratique.

46 Yahia H. Zoubir, « Political Parties in Algeria », in Karam Karam (dir.), Political Parties in the Arab World, Beyrouth, Liban, Lebanese Center for Policy Studies, à paraître en 2009.

47 Déclaration de Djamel Ferdjallah : « Saadi a perdu ses illusions personnelles, le RCD doit lui survivre », LeMatin, 29 décembre 2008,http://www.lematindz.net/news/2294-declaration-de-djamel-ferdjallah-sadi-a-perdu-ses-illusions-personnellesle-.html ; Lettre aux dissidents du RCD : « Ouvrez les yeux, arrêtez de rêver ! », Le Matin 29 décembre 2008, http://www.lematindz.net/news/2290-lettre-aux-dissidents-du-rcd-ouvrez-les-yeux-arretez-de-rever-.html. Saïd Saadi a finalement décidé de se retirer de la course.

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Pour citer cet article

Référence papier

Louisa Dris-Aït Hamadouche et Yahia H. Zoubir, « Pouvoir et opposition en Algérie : vers une transition prolongée ? », L’Année du Maghreb, V | 2009, 111-127.

Référence électronique

Louisa Dris-Aït Hamadouche et Yahia H. Zoubir, « Pouvoir et opposition en Algérie : vers une transition prolongée ? », L’Année du Maghreb [En ligne], V | 2009, mis en ligne le 01 novembre 2012, consulté le 27 janvier 2017. URL : http://anneemaghreb.revues.org/535 ; DOI : 10.4000/anneemaghreb.535

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Auteurs

Louisa Dris-Aït Hamadouche

Chargée de cours à la Faculté des sciences politiques et de l’information de l’Université d’Alger et chercheure associée au CREAD

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L’abstention en Algérie : un autre mode de contestation politique [Texte intégral]

Paru dans L’Année du Maghreb, V | 2009

Yahia H. Zoubir

Professeur en relations internationales et management international, EUROMED MANAGEMENT, École de Management Marseille. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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08 janvier 2017

Chems Eddine Chitour, l'humanité est-elle déréglée ?

« Et si les rides, nous dit Chems Eddine Chitour, les cheveux gris et les problèmes qui accompagnent le vieillissement n’étaient plus qu’un lointain souvenir dans quelques années? Pour ces scientifiques, cela ne fait aucun doute: le processus du vieillissement peut être réversible. Une nouvelle étude a été publiée ce jeudi 15 décembre 2016 dans les lignes de la revue scientifique Cell. L’équipe à l’origine de cette étude a montré qu’une nouvelle forme de thérapie génique pouvait produire un effet de rajeunissement chez la souris. Résultats? Une meilleure santé cardio-vasculaire, une colonne vertébrale redressée, une apparence plus ´´jeune´´, une guérison plus rapide en cas de blessure… et une durée de vie prolongée de 30%. ´´Notre étude montre que le vieillissement n’est pas obligé de fonctionner dans une seule direction. Avec une modulation prudente, il peut être inversé.´´ ‘Notre objectif n’est pas seulement l’extension de la durée de vie, mais surtout l’amélioration de l’état de santé tout au long de la vie”.»

Reprenons avec Chems Eddine Chitour...

Michel Peyret


Qu’est-ce que l’Humain? La science brouille les frontières.

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 06 janvier 2017

evolution of man

«Dieu a dit: il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux; mais ça sera pas facile… Et puis il a ajouté: il y en aura même qui seront noirs, petits et moches et pour eux, ce sera très dur!»

Coluche

Nous vivons une époque où l’humanité au sens noble est déréglée. La civilisation de l’avoir a pris le pas sur celle de l’être. Partout la cupidité a le droit de cité. La façon, dont le capital et l’accumulation au service d’une oligarchie sont en train de formater le monde, conduira ce qui reste de l’écosystème Terre à sa perte. La biodiversité a disparu, les hommes sont de plus en plus tendus; On ne sait pas ce que c’est qu’être heureux et la publicité du dogme néolibéral a créé des ersatzs où on donne d’une façon éphémère l’illusion au «consommateur» qui peut payer s’il a les moyens, qu’il est un surhomme qui commande à la nature. On lui promet de le réparer indéfiniment quitte à ce qu’il devienne un cyborg avec une interface homme-robot Grâce à une intelligence artificielle qui surpassera sa petite intelligence humaine. grâce à une science sans éthique, on lui offre sur catalogue une progéniture dont il définit çà et là, à l’avance les performances.

On lui promet l’immortalité et pire encore, on le dilue dans une sorte de no man’s land où les frontières sont abolies entre lui et l’animal au sens où on le définit. Ainsi, loin du tumulte des Bourses, les multinationales s’apprêtent à prendre le pouvoir sur l’ensemble de l’humanité. L’engineering de l’humain doit leur permettre de devenir des dieux, et ainsi, de nous faire subir tout ce que nous faisons aujourd’hui subir à la nature. Les technologies convergentes devraient permettre à ces corporations de prendre définitivement le pouvoir. Le fer de lance de cette offensive auprès du grand public est ce qu’IBM appelle la planète intelligente. Pour les armées, les USA ont d’ores et déjà commencé à développer des armes autonomes qui seront même capables de choisir elles-mêmes leurs cibles.

Le futur promis par les transhumanistes

Le transhumanisme, lit on sur Wikipédia, : «  considère certains aspects de la condition humaine tels que le handicap, la souffrance, la maladie, le vieillissement ou la mort subie comme inutiles et indésirables. Dans cette optique, les penseurs transhumanistes comptent sur les biotechnologies et sur d’autres technologies émergentes ».

Ce tsunami invisible : le transhumanisme, un mot nouveau ,  fait peur: il  se base sur le fait que l’homme est en amélioration constante et la science est là pour le conforter quitte à enfreindre les limites éthiques. Dans la Déclaration des transhumanistes nous lisons:

«L’avenir de l’humanité va être radicalement transformé par la technologie. Nous envisageons la possibilité que l’être humain puisse subir des modifications telles que son rajeunissement, l’accroissement de son intelligence par des moyens biologiques ou artificiels, la capacité de moduler son propre état psychologique, l’abolition de la souffrance et l’exploration de l’univers ».  (1)

Sous  le vocable technologies convergentes, (les Nbic) (Nanotechnologies Biologie, Intelligence Cognitivité) les scientifiques désignent l’unification des nanotechnologies, de la biotechnologie, des sciences informatiques et des sciences cognitives en une seule discipline. Le but officiel est d’accélérer l’avancement des performances humaines mentales, physiques et générales. Sachant que ces technologies vont permettre de développer l’interface homme-machine, nous savons ce que la phrase ci-dessus signifie, les promoteurs de ces technologies nous ravalent au statut d’objets. Une analyse parue sur le site Le Grand Soir sous la plume de Dominique nous décrit le monde du futur:

«Dans les années 2025 – 2030 apparaîtra une nouvelle ère celle des Nbic, celle de l’homme qui parvient enfin à travailler à l’échelle de l’atome (les nanotechnologies), de la cellule vivante (les bio-géno-technologies), des photons (les ordinateurs quantiques).  (2) »

« Ce sera un bouleversement radical de la civilisation. Les bits de l’informatique devront se glisser entre les atomes et les cellules du vivant pour agencer et contrôler ce monde invisible. L’informatique se sera alors immiscée à toutes les échelles, dans toutes les nervures de la réalité, de la nature, en créant une nouvelle machine à penser, un nouveau règne, à côté du règne animal, végétal et minéral. le contrôle de l’agencement de ce monde invisible donne le contrôle de l’agencement du monde réel. Dans un univers de compétition, la valeur d’un pays se mesure, entre autres, par la valeur de ses biens intangibles: droits de propriété intellectuelle, logiciels, bibliothèques, musées, contenus vidéo et cinéma, organisations numérisées.» (2)

«En d’autres termes, le futur d’Internet ne fera qu’accroître le fossé qui existe déjà entre pays riches et pauvres. La science et la technologie vont de plus en plus dominer le monde, comme la population, l’exploitation des ressources et le potentiel de conflit social sont en augmentation. C’est pourquoi le succès de cette ère prioritaire de nouvelles technologies convergentes est essentiel pour le futur de l’humanité.» Et c’est bien ce que font les promoteurs des technologies convergentes. Le futur qu’ils proposent s’inscrit dans la droite ligne des idéologies étriquées propres à tout fanatique. Il s’agit pour eux d’élever un rempart à tout ce qui pourrait gêner la prise de pouvoir total des corporations sur l’humanité. Tels des dieux, ces corporations pourraient alors se comporter envers nous comme nous nous comportons envers la nature quand nous la pillions, la dénaturons et la souillons en transformant toutes ses ressources en autant de sources de pollution.» (2)

Le décor étant planté, nous allons donner quelques exemples de performances qui amènent à questionnement tant il est évident qu’ils problématisent la condition humaine

Les dernières prouesses de la science  : La modification des gènes

A l’heure actuelle, la biotechnologie utilise le système Crispr-Cas9 pour la modification de gènes. Cependant, selon Jennifer Doudna,  co-décrouvreuse du système Crispr-Cas:

«Il est trop tôt pour éditer génétiquement des humains». Pour elle les capacités inédites du couper-copier-coller génétique offertes par Crispr-Cas ont soulevé nombre de questions éthiques, quant à son utilisation pour modifier le patrimoine génétique de la lignée humaine. «La possibilité de modifier l’ADN des cellules stimule l’imagination de beaucoup de gens. (…) La question éthique est de savoir qui veut appliquer ces techniques, qui y a accès, qui décide de les employer. une troisième crainte est que certains fassent la course, pour commercialiser cette technologie, promettre à des parents un bébé avec telle ou telle caractéristique alors que nous n’ avons pas les moyens de le faire. Si le premier bébé Crispr devait être conçu parce que ses parents rêvaient qu’ il ait les yeux, bleus, ce serait une catastrophe.»  (3)

Dans le même ordre, des chercheurs de Harvard annoncent publiquement le 2 juin 2016 dans la revue Science leur volonté de créer un génome humain synthétique. Un projet controversé en raison des nombreuses interrogations éthiques qu’il suscite. La description de ce projet baptisé Human Genome Project-Write ou HGP-write est publiée dans la revue : «Les applications potentielles des résultats de HGP-write sont notamment la possibilité de créer des organes humains pour des transplantations et de produire des lignées de cellules résistantes à tous les virus et cancers». (  Repris dans une dépêche de l’AFP)

Ainsi, par exemple, on annonce que la science s’attaque, frontalement, au bastion le plus profond, le plus secret, le plus intime, le plus mystérieux de l’humanité. Le décryptage du génome humain proche à 98% de celui du chimpanzé ouvre des horizons éthiquement contestables. Le professeur Patrick Gaudray a bien raison d’être inquiet. Pour la première fois, dans l’histoire, en effet, des scientifiques ont modifié les gènes d’embryons humains. En effet, des rumeurs soulevées dans un article de la MIT Technology Review intitulé «L’ingénierie du bébé parfait», soupçonnaient, déjà, que des scientifiques chinois travaillaient sur l’utilisation de cette technologie. (4)

.La fusion programmée entre l’homme et la machine: l’homme réparé puis augmenté

«On cherche, lit-on sur cette contribution désormais à agir sur le corps humain de l’intérieur, que ce soit au niveau génétique ou mécanique, par exemple grâce à des puces implantées.

Nous arrivons aujourd’hui à une véritable frontière entre l’homme et la machine. Nous nous sommes habitués à un monde ultra-connecté où nos appareils font partie intégrante de nos vies, et vis-à -vis desquels nous devenons de plus en plus dépendants. Implanter directement ces appareils à l’intérieur de notre corps pourrait donc devenir une solution à l’avenir, bien que cette idée soulève d’importantes questions techniques et sociales. Il existe déjà des prothèses perfectionnées au point d’égaler, voire surpasser un membre humain. Il est intéressant de noter qu’en parallèle, nous donnons de plus en plus de traits humains aux robots, en travaillant sur les mouvements physiques et surtout, l’intelligence artificielle, qui progresse à une vitesse fulgurante. On assiste donc à un rapprochement entre les deux mondes. Il n’est pas fantaisiste de penser que notre corps pourra un jour être «réparé» comme une voiture dont on changerait les pièces. On imagine mal par exemple pouvoir remplacer tout ou partie de notre cerveau après un grave accident. Le premier oeil bionique exploitable est d’ici deux ans. Plus que de réparer, les recherches mènent aujourd’hui à «améliorer» l’homme, afin d’en faire un être hybride de chair et de métal. Ces recherches amènent de nombreuses polémiques car elles remettent en cause l’identité même de l’homme, jusqu’à le séparer peu à peu de son environnement naturel pour en faire un être, in fine, totalement artificiel.» (5)

Greffer une tête: la condition humaine en question

L’équipe du professeur XiaoPing Ren, de l’université chinoise de Harbin a réussi à greffer une tête de singe sur un corps de la même espèce. L’opération pourrait être accessible aux humains dès 2017 selon Sciences et Avenir. La première greffe de tête humaine sur un corps (humain) pourrait avoir lieu dès 2017. Ce scientifique chinois, qui travaille en collaboration avec le neurochirurgien italien controversé, Sergio Canavero (surnommé Docteur Frankenstein), a fait ses premières armes sur des souris. Il a déclaré à nos confrères:

«Nous avons maintenu en vie le singe durant 20 heures. Notre objectif était de prouver que l’on pouvait protéger le cerveau». Forts de ce succès les scientifiques disent vouloir s’»attaquer» aux êtres humains. Toujours selon nos confrères, des expériences sur des cadavres auraient débuté en Chine. Un Russe atteint d’une maladie dégénérative serait prêt pour l’aventure chirurgicale (voir vidéo ci-dessous). Rendez-vous donc en 2017. En attendant, il convient de garder la tête froide.» (6)

Le vieillissement serait réversible?

Et si les rides, les cheveux gris et les problèmes qui accompagnent le vieillissement n’étaient plus qu’un lointain souvenir dans quelques années? Pour ces scientifiques, cela ne fait aucun doute: le processus du vieillissement peut être réversible. Une nouvelle étude a été publiée ce jeudi 15 décembre 2016 dans les lignes de la revue scientifique Cell. L’équipe à l’origine de cette étude a montré qu’une nouvelle forme de thérapie génique pouvait produire un effet de rajeunissement chez la souris. Résultats? Une meilleure santé cardio-vasculaire, une colonne vertébrale redressée, une apparence plus ´´jeune´´, une guérison plus rapide en cas de blessure… et une durée de vie prolongée de 30%. ´´Notre étude montre que le vieillissement n’est pas obligé de fonctionner dans une seule direction. Avec une modulation prudente, il peut être inversé.´´ ‘Notre objectif n’est pas seulement l’extension de la durée de vie, mais surtout l’amélioration de l’état de santé tout au long de la vie”.» (7)

Les singes ont la capacité physique de parler 

Qui de nous n’a pas vu le film la planète des singes ? Une sorte de civilisation où l’homme devient l’otage de singes intelligents et parlants … Un dogme tombe: si les singes ne parlent pas, ce n’est pas à cause d’un larynx inadapté. C’est parce que leur cerveau n’est pas câblé pour le langage articulé. Pourtant, certains singes savent manipuler un vocabulaire, une syntaxe (en captivité et à l’état sauvage) et la notion d’abstraction autour d’un mot ne leur est pas étrangère. Les singes remplissent toutes les conditions physiques afin de pouvoir s’exprimer, ressort-il d’une étude anatomique portant sur les canaux de communication de ces mammifères (…) Les chercheurs ont procédé à des enregistrements des organes des singes pendant que les animaux faisaient du bruit, mangeaient ou faisaient des grimaces. A l’aide des données récoltées, un modèle informatique de la portée vocale du singe a pu être réalisé. Ce modèle a montré que les primates pourraient émettre facilement de nombreux sons, «assez que pour pouvoir produire des milliers de mots différents». Les chercheurs ne prétendent toutefois pas que ce langage parlé ressemblerait à celui de l’être humain. Les singes ont donc bien la capacité physique nécessaire au langage parlé, mais leur cerveau ne leur permet pas d’émettre des sons vocaux, soulignent les auteurs de l’étude.» (8)

La gorille femelle Koko connaît 2 000 mots, exprimés avec le langage des signes, qu’elle utilise en fabriquant des petites phrases. C’était justement l’étude de cette primate, vivant avec les humains depuis son enfance, qui avait déjà mis les scientifiques sur la piste de capacités insoupçonnées du système vocal des singes. Nous avons aussi rapporté le cas de cercopithèques qui disposent d’une petite syntaxe, utilisant des suffixes. Ainsi, pour eux, Krak signifie «attention, léopard», Hok «attention, aigle» et Boum «pas de prédateur». Mais Hok-oo veut dire «il y a quelque chose en haut tout près» et Krak Hok-oo «attention, il y a un léopard en haut». (9)

Les animaux peuvent-ils avoir le sens de l’humour?

Une autre frontière qui tombe: Les animaux peuvent-ils posséder le sens de l’humour? Et si la réponse nous venait de rats amateurs de chatouilles? (…) Charles Darwin avait compris que la frontière qui nous distingue des animaux est plus ténue qu’on le pensait, à tel point qu’il estimait déjà que l’intelligence humaine se distinguait de son équivalent animal non par le type, mais par le degré. Nos cousins pourraient bien partager une forme de rire. Les grands singes poussent des cris particuliers dans des situations plaisantes ou de jeu. Ces sons ont été enregistrés et comparés aux rires humains. Les émissions sonores des chimpanzés et des bonobos, nos plus proches cousins, partagent de nombreuses caractéristiques communes avec nos esclaffements. Prenons l’exemple de la femelle gorille Koko, mondialement connue pour comprendre 2 000 mots anglais et maîtriser 1 000 gestes de la langue des signes américaine. Ainsi, lorsqu’il lui a été demandé de décrire ce qu’elle trouvait dur, elle a répondu «roche» et «travail», jouant ainsi avec le sens des mots. (work et rock?) Un animal bien plus éloigné de nous: le rat. Ces rongeurs comptent parmi les espèces reconnues pour leur haut niveau d’intelligence. Et depuis plus de dix ans maintenant, on sait qu’ils émettent un son distinctif, de 50 kHz, en cas de situation agréable. Est-ce un rire?» (10)

Pouvons-nous imiter les civilisations extraterrestres ?  

L’hybris,   « démesure » sentiment   d’orgueil. A qui on oppose la tempérance et la modération n’a pas de limite pour l’homo technologicus.  Non content de soumettre la nature comme lui « autorisait » Descartes, il s’en va chercher l’ivresse ailleurs. Il ne cessera de chercher s’il est seul dans l’univers. Ainsi :

« L’hypothèse extraterrestre semble de plus en plus crédible pour expliquer les baisses de luminosité de KIC 8462852 selon un récent rapport publié par une plateforme scientifique extrêmement sérieuse. Le télescope spatial Kepler avait observé il y a quelques mois un phénomène inhabituel entourant une étrange étoile entre les constellations Cygnus et Lyra. C’est alors que les astronomes avaient provoqué un véritable buzz médiatique après avoir annoncé la découverte par Kepler de l’étoile, KIC8462852, autour de laquelle gravitait une masse “d’objets non identifiés”. Un astrophysicien avait suggéré que ces chutes puissent être expliquées par la construction d’une mégastructure extraterrestre qui pompe l’énergie de l’étoile. On peut supposer que toutes les ressources aient été épuisées sur les planètes environnantes et qu’il ne reste que l’étoile. Notre soleil, par exemple, compte 6000 fois plus de métaux que la Terre. C’est beaucoup de métal. Comment extraire de la matière d’une boule de feu que constitue une étoile ? Heindl fournit dans une entrevue accordée au Daily Mail quelques pistes :

« une bonne piste pour partir est de réchauffer un point de l’étoile au-delà de sa température normale, avec des miroirs géants, par exemple. Ceci générerait un faisceau de matière par champs magnétiques ». La matière stellaire serait ainsi en orbite autour de l’étoile, livrant de l’énergie à d’éventuels extraterrestres pour tous leurs besoins du quotidien » (11).

Nous allons faire comme les Extra terrestres aller piller le soleil et les étoiles environnantes après avoir détruit la Terre

Conclusion

Stéphane Foucart s’interroge sur l’impuissance de l’homme vis-à -vis d’une technologie qui commence à lui échapper: «Depuis la fin du XIXe siècle, l’Occident s’est affirmé comme la civilisation techno-scientifique par excellence, proposant ou imposant au reste du monde un mode de développement fondé sur l’innovation technologique. Parce que nous l’assimilons de manière univoque au progrès humain, le progrès technique prime sur toute autre considération – politique, sociale, morale -, exception faite, parfois, des situations dans lesquelles l’humain lui-même devient en quelque sorte un matériau expérimental (cellules souches, procréation assistée, etc.). L’idéologie du progrès a ses limites. Cette prééminence de la technoscience écrit Stéphane Foucart, repose sur un contrat tacite: la promesse de domination de la nature et de maîtrise du monde.» (12)

L’Humanité est une, telle que nous la connaissons elle aurait pris son essor à partir d’une Eve qui est née il y a quelques millions d’années dans la Corne de l’Afrique. Que nos querelles sont vaines!! L’humanité de nos jours est problématisée, de toutes parts, elle découvre que les frontières qui font sa singularité n’en sont plus. L’homme recule les échéances de la mort par la réparation du corps comme un véhicule, il peut même changer de corps en gardant la tête. Il peut devenir mi-machine (cyborg) mi-homme. Il peut converser et blaguer avec son cousin immédiat, le singe, en attendant de le faire avec les animaux comme nous le recommandent les fables de Bidpay. Enfin, il peut quitter la Terre et aller vivre et mourir sur une autre planète. Que lui reste-t-il d’humain et de terrestre? Assurément, les religions bâties sur un certain nombre de vérités de plus en plus fragiles auront du mal à garder leurs ouailles à moins de définir la nouvelle humanité. Le débat est ouvert; il est à la fois éthique et spirituel.

Cette tentation prométhéenne de l’homme sera-t-elle celle de l’achèvement du rêve des religions? Leurs dogmes de base, l’immuable conflit du bien et du mal en Occident, attribuent des qualités artificielles à tout, bien, mal, yin, yang, qualités qui autorisent moralement de tout séparer en deux hiérarchies. Une première hiérarchie entre les dieux, les hommes et le reste de la création (la nature). Une deuxième hiérarchie entre les hommes dont certains se retrouvent plus près des dieux que les autres. Bienvenue dans le meilleur des mondes promis par Aldhous Huxley. Coluche s’est peut-être trompé car la science nous promet la perfection à la place de Dieu  ou sans Dieu Quelles sont les limites de la science si on veut rester humain?

Bien qu’il paraisse de  plus en plus difficile de décrire en quoi nous sommes différents de l’animal ou du robot ayant abdiqué la dimension spirituelle nous allons tendre « A Dieu ne plaise »  vers un alliage :  l’humanoïde mi homme mi animal comme des habitants du Paraguay ont fait une découverte à la fois macabre et stupéfiante : celle du corps d’une créature mi-humaine mi-animal, flottant dans les eaux de Carmen del Parana. Mieux encore on donnerait  sens à la mythologie grecque avec les centaures mi homme mi cheval et les chimères. Triste  déclin pour l’homme  qui a perdu son humanité !

Professeur  Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

1. Chems Eddine Chitour http://metamag.fr/2016/09/02/la-condition-humaine-en-question-devons-nous-avoir-peur-de-la-science/ 

 

2. https://www.legrandsoir.info/technologie-et-societe-de-contrainte.html 
 
 

4. http://newsly.fr/scientifiques-chinois-embryon-humain-genetiquement-modifie/ 

 

5. http://www.commentcamarche.net/contents/anticipation/cyborg-et-ia-le-r…   

 

6. http://www.midilibre.fr/2016/01/21/premiere-greffe-de-tete-humaine-sur-un-corps-prevue-pour-2017,1273805.php#895DksO8YZbeLLm0.99 

 

7. http://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674%2816%2931664-6 

 

8. http://www.2012un-nouveau-paradigme.com/2016/12/les-singes-ont-la-capacite-physique-de-parler.html 

 

9. Jean-Luc Goudet: les singes pourraient parler; Ecoutez les Futura Sciences 14 12 2016

 

10. J. Chaput, http://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-animaux-peuvent-ils-avoir-sens-humour-53105/#xtor=EPR-17-%5bquotidienne%5d-20170102-%5bactu 

 

11. http://www.2012un-nouveau-paradigme.com/2016/12/kic-8462852-l-explication-d-une-civilisation-e.t-gagne-du-terrain.html   

 

12.Stéphane Foucart:  https://legrandsoir.info/La-civilisation-du-toujours-plus-Est-il-trop-tard-pour-sauver-la-planete.html 

 

Article de référence.

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitour/257673-la-science-brouille-les-frontieres.html 

 

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

Copyright © Chems Eddine Chitour, Mondialisation.ca, 2017

 
Posté par Michel Peyret

La Libye, ensevelie sous le crime et le silence par Higino Polo

 

30 Décembre 2016
 

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Higinio Polo
Topoexpress


Cet article que je viens de traduire de l’espagnol nous confronte à nos responsabilités nous Français, nous belles âmes qui pleurnichons sur les malheurs d’Alep selon un scénario qui ne cesse de connaître les faveurs de notre public de criminels imbéciles, cet enfer est le nôtre, non seulement à cause de Sarkozy, mais il n’y a pas eu une force politique, pas une je le dis (et il faut y compris relire l’Huma à cette époque, la manière dont on pleurait sur Benghazi) pour s’opposer à ce crime. Alors lisez si vous en avez le courage comment cette population vit l’enfer, mange des rats, boit de l’eau croupie et des aliments fétides, vend de la chair humaine pour les envoyer sur des bateaux en méditerranée. Alors que ceux qui ont contribué par leur silence à ce crime, ceux qui quand je le dénonçais m’accusaient déjà d’aimer les despotes  » aient au moins une fois de faire leur autocritique au lieu de remettre ça avec Poutine, avec les mêmes arguments vendus clés en main par la CIA

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach)


Nous ne savons pas combien de personnes sont mortes en Libye à la suite de l’intervention brutale de l’OTAN en 2011. Certaines sources parlent d’environ trente mille morts ; d’autres, augmentent ce chiffre. Pendant ce temps, la Croix-Rouge estime qu’il y a eu environ 120.000 morts, mais il ne fait aucun doute qu’en commençant cette guerre l’OTAN a détruit le pays et jeté dans ses six millions d’habitants dans un sinistre cauchemar.

 

En mars prochain, cela fera six ans depuis le début du massacre : depuis les navires et les aéronefs, les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont lancé un déluge de bombes et de missiles de croisière. Ils ont justifié la guerre et le carnage avec la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui ne parlait que d’utiliser les «mesures nécessaires» pour protéger les civils « qui était menacés » et qui autorisait une zone d’exclusion aérienne, mais aucune invasion du pays. Il n’y avait aucune autorisation pour commencer l’intervention militaire, et encore moins pour une attaque visant à renverser le gouvernement. La Chine et la Russie, ainsi que l’Inde et l’Allemagne, s’étaient abstenues lors de ce vote du Conseil de sécurité, et par la suite face à la guerre imposée, Moscou et Pékin ont dénoncé l’interprétation abusive qu’avait fait Washington, ses alliés européens de l’OTAN, de la résolution du Conseil de sécurité. L’Afrique du Sud, qui avait également voté en faveur de la résolution, a dénoncé l’usage démesuré de l’accord pour forcer à un « changement de régime et à l’occupation militaire du pays. »

 

Telle était l’hypocrisie de Washington, Londres et Paris, ses avions sont venus bombarder des civils à Benghazi et Misrata, et d’autres villes libyennes, tuant des centaines de personnes, bien que prétendument intervenu en leur défense. Auparavant, les «rebelles» ont été formés par des instructeurs militaires américains et d’autres pays de l’OTAN, tout en leur fournissant des armes sophistiquées et de l’information, et le Département d’État nord américain a travaillé pour créer un Conseil national de transition pour l’imposer comme un nouveau gouvernement après la défaite de Kadhafi. En fait, dès avant le début de l’agression militaire, les commandos militaires britanniques et américains (dans les opérations approuvées par Cameron et Obama, en violation du droit international), avaient infiltré la Libye et commis des actes de sabotage et des assassinats ciblés. Les militaire occidentaux en étaient arrivés à utiliser des vêtements semblable à ceux de la milice rebelle pour camoufler leur intervention : c’étaient militaire de l’OTAN, mais jamais reconnu en tant que tels, qui formaient les rebelles et combattaient à leurs côtés.

 

Au cours de l’été 2011, l’OTAN a lancé des milliers de missions de combat, et a envoyé des commandes dans des « opérations spéciales » pour renforcer les attaques des rebelles, armés et soutenus par l’alliance occidentale. Le 20 octobre, incapable de résister, lorsque Kadhafi et son convoi fuyait vers Syrte, son convoi fut attaqué par des avions nord américains et français et finalement, il fut fait prisonnier par des détachements rebelles, aidés par ces « commandos d’opération spéciales nord américains Après, l’avoir assassiné de sang froid. Cinq jours avant l’assassinat de Khaddafi, le premier ministre britannique, Cameron, et le président français, Sarkozy, s’étaient envolés vers la Libye, dans la zone contrôlée par les rebelles, tandis que les équipes de la CIA nord américaines travaillaient pour localiser Khaddafi et l’assassiner, sa mort fut fêtée par Obama, Cameron et Sarkozy.

 

Violer la résolution de l’ONU, en utilisant à nouveau la guerre comme instrument de sa politique étrangère, les Etats-Unis et ses alliés sont parvenus à leurs fins. Les bombardements de l’OTAN ont détruit des aéroports, des infrastructures et des ports dans le pays, des centres officiels, des casernes, des routes, et des centaines de milliers de personnes ont été forcées de fuir, selon les estimations de l’ONU, à devenir des réfugiés dans leur propre pays. les réserves et ressources du pays à l’étranger ont été saisies par les gouvernements occidentaux. Aujourd’hui, l’économie est à peine un tiers de ce qu’elle était avant l’intervention de l’OTAN en 2011. Puis commença la lutte des factions parmi les différents groupes armés (comme en Afghanistan après le triomphe des «seigneurs de guerre » également soutenus par les États-Unis); est venu le chaos du pays, la dévastation, les miliciens fanatiques et des bandits armés qui se sont emparés de tout. La Libye est devenue un cauchemar, où les enlèvements, les centres clandestins de torture, les assassinats, le viol des femmes, sont devenus la vie quotidienne dans l’enfer; et où même ils manque de la nourriture et des médicaments, au point que dans de nombreuses villes, y compris Benghazi, les gens sont obligés de manger de la nourriture pourrie et des rats.

 

A ce paysage infernal, on doit encore joindre la destruction des installations publiques, des places, des parcs et des lieux où les gens venaient avant la guerre; le vol de biens, les décapitations publiques organisées par des groupes djihadistes, qui sont devenus monnaie courante dans la nouvelle Libye. Des sources indépendantes parlent de centaines, voire des milliers de personnes, décapitées par des militants des détachements armés de fanatiques miliciens religieux.des Groupes salafistes et djihadistes contrôlent encore des zones importantes du territoire, et alors que Washington a essayé de construire une société démocratique de façade, aux élections de juin de 2014, sur un recensement de trois et un demi-million de personnes, ont voté à seulement 18% de la population. Beaucoup de villes ont été transformées en ruines, et les mines terrestres sont un danger mortel pour les survivants.

 

Plusieurs centaines de groupes armés, en train de s’affronter, combattant pour le contrôle du territoire et de la richesse du pays, à côté des mafias qui font de la contrebande de personnes, qui condamnent les migrants au travail forcé et qui tuent en toute impunité, tandis que deux gouvernements et deux «parlements» l’un à Tripoli et l’autre Tobrouk, (celui ci pris en charge par l’OTAN), essayent de vaincre l’ennemi et d’obtenir la reconnaissance de l’étranger. Pour sortir du chaos, les gouvernements occidentaux ont exhorté le soi – disant « gouvernement d’union nationale » qui a été créée au Maroc en décembre 2015, présidé par Fayez al-Sarraj, mais qui en est encore à établir son autorité dans tout le pays, et est même incapable de contrôler Tripoli, où il y a des dizaines de milices armées dont le programme se concentre sur la saisie de pétrole pour l’exportation, à extorquer la population, les immigrants et à pratiquer la traite des personnes. Dans d’autres grandes villes libyennes, y compris Syrte, Misrata, Tobrouk, c’est la même chose. À son tour, le général Khalifa Haftar contrôle maintenant Tobrouk, avec l’aide militaire et financière de l’Egypte et des Emirats Arabes Unis. Haftar est un soldat libyen qui, après avoir rompu avec Kadhafi, a été recruté par la CIA pour le États-Unis dans les années quatre vingt dix, pour ensuite diriger la milice armée qui a été financée par l’agence américaine. A cela il faut ajouter les forces contrôlées par Daesh, le soi-disant Etat islamique, qui a une importante connivence avec les monarchies du golfe Persique.

 

Dans ce chaos infernal, Washington continue à envoyer des « groupes d’opérations spéciales » (comme cela s’est produit en décembre 2015 sur base militaire d’Al-Watiya, dans le district de An Nuqatt al Kham, près de la frontière tunisienne, le commando qui était bloqué par des groupes armés et obligé après de quitter le pays), et utilise sa force aérienne pour bombarder les milices qui ne sont pas à leur goût, tout en soutenant le gouvernement de Fayez al-Sarraj, mais il y a encore la base de Haftar, ancien employé la CIA. Dans la pratique, les diverses milices se bloquent les unes les autres, et le chaos est tel qu’il n’y a pas de côté en mesure de s’imposer aux autres. Les États-Unis tentent de stabiliser la situation, par le gouvernement de Fayez al-Sarraj, mais ils ne dédaignent pas de soutenir un gouvernement Haftar s’il arrive à s’imposer dans la majeure partie du pays: leur seul problème est d’avoir un gouvernement client pour assurer leurs intérêts, et le ministère État est en mesure de rendre présentable quelque gouvernement de bandits que ce soit.

 

Les États-Unis et ses alliés européens (Grande-Bretagne, France) responsables de la tragédie du pays, sont intéressés à différentes questions: Bruxelles pour essayer de contenir l’arrivée de migrants en provenance de Libye, que certaines sources estiment à 150 000 par an, une question particulièrement préoccupante pour l’Allemagne; Washington vise à contrôler Daesh (avec qui il agit de fait en Syrie, où, il est considéré comme un allié dans la guerre pour renverser le gouvernement de Damas), il s’agit de désactiver des centaines de milices, et récupérer la production de pétrole. À son tour, l’envoyé spécial de l’ ONU pour la Libye, Martin Kobler, s’est essayé, sans succès, à la médiation du chaos.

 

Pendant ce temps, les télévisions et la grande presse internationale ont depuis longtemps cessé de montrer de l’ intérêt pour la Libye, à la suite d’un script utilisés plusieurs fois avec succès. La Libye, devenu un État défaillant, avec la présence de Daesh (qui vient de perdre Syrte), où tous les groupes et milices commettent des crimes de guerre face à l’indifférence occidentale, est aujourd’hui un pays dont aucun pouvoir de l’OTAN n’assume la responsabilité, même si un tiers de la population ont besoin d’aide alimentaire d’urgence, bien que les Libyens doivent manger des rats et boire de l’eau fétide, et sont contraints à contempler des assassinats et des décapitations, bien qu’il y ait la vie y soit sans valeur, et que les chancelleries soient conscientes que Libyens ont été condamnés à vivre en enfer.

 

Source: http://www.elviejotopo.com/topoexpress/libia-sepultada/

 

Rébellion a publié cet article avec l’auteur de l’autorisation par une licence Creative Commons, le respect de leur liberté de publier ailleurs.
Fuente: http://www.elviejotopo.com/topoexpress/libia-sepultada/

 

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02 décembre 2016

Chems Eddine Chitour, 17 octobre 1961, quand la France reconnaîtra-t-elle ses responsabilités ?

 

« Les atrocités commises pendant cette manifestation pacifique le 17 octobre d’Algériens, ont été passées sous silence par le gouvernement et les médias français pendant bien trop longtemps. Que s’est-il passé? Le triste préfet Maurice Papon- qui avait les états de service d’un chacal en Algérie pour paraphraser Victor Hugo évaluant ceux du sanguinaire Saint Arnaud qui lui aussi s’est illustré dans les enfumades en 1845- a commandité le massacre. Bilan: des centaines de morts, 11.500 arrêtés et torturés, frappés ou même tout simplement jetés à la Seine. Dans les rues de Paris le 17 octobre 1961, refusant tout simplement de se soumettre au couvre-feu imposé aux seuls Algériens, 10.000 personnes seront interpellées, durant les jours suivants. 1500 sont envoyées vers l’Algérie où une réception leur fut organisée. J’ai déjà eu à écrire dans plusieurs de mes contributions mon indignation et à rapporter les évènements tragiques... »

 

Reprenons les rappels de Chems Eddine Chitour...

 

Michel Peyret


17 octobre 1961: Un crime d’Etat non reconnu au nom du racisme

 

Par Chems Eddine Chitour

Mondialisation.ca, 21 octobre 2016

 

« La France reconnaît publiquement sa responsabilité dans les massacres causés par la répression du 17 octobre 1961 à Paris, de manifestants algériens réclamant l’indépendance de leur pays.» Projet de loi présenté par le sénateur Patrick Menucci, le 17 octobre 2016

 

C’est par cette phrase utopique que je commence cette contribution en  ayant à l’esprit qu’une faute se doit d’être assumée. Le monde occidental comme on le sait a mis en place un tribunal international à Nuremberg pour juger les responsables politiques du IIIe Reich coupables d’avoir tué d’autres blancs mais quid des autres , des sans grade qui n’ont  personne pour prendre eu charge leur bonnes causes ? Nous l’avons  vu ave le génocide ruandais avec un million de morts sans sépulture.

 

Un pays semble avoir échappé à cette chape de plomb ; C’est Israël qui au lieu de mettre en place un tribunal à même de juger les crimes nazis à l’endroit des Juifs mais aussi des Tsiganes,  a préféré se faire justice lui-même en mettant en œuvre ce que Norman Felkeinstein a appelé l’industrie de l’holocauste : chaque pays occidental devra expier ad vitam viternam ses fautes à l’endroit des Juifs ;

 

Cela passe par deux conditions :  la pompe à finance de la Shoah qu’il faut amorcer tout le temps par des dédommagements qui comme on le sait ne vont pas tous dans la poche des personnes qui ont en souffert et la deuxième condition est la culpabilisation pour antisémitisme avec un glissement sémantique entre anti-sémitisme et anti-sionisme qui fait que les citoyens européens et notamment français sont tétanisés et interdits de parole ou de critique vis-à-vis d’Israël

 

On l’aura compris ce n’est pas demain que la France reconnaîtra ses fautes en Algérie  d’une part parce que ceux qui doivent demander des comptes au nom du peuple algérien ne le font pas et d’autre part , nous avons en face de nous un peuple imbu du fait qu’il appartient à une race supérieure qui ne peut pas condescendre à reconnaître simplement sa faute. Je suis sûr que le peuple algérien a soif qu’on lui rende sa dignité et il n’est pas question de pompe à finance mais de justice.

 

On aura tout dit du 17 octobre 1961, cet énième crime contre l’humanité par la patrie des droits de l’homme qui, faut-il le rappeler, a été mis en pratique en Algérie quarante ans après leurs proclamation en 1789, ces droits de l’homme, lors d’une invasion abjecte un matin de juillet 1830. Les atrocités commises pendant cette manifestation pacifique le 17 octobre d’Algériens, ont été passées sous silence par le gouvernement et les médias français pendant bien trop longtemps. Que s’est-il passé? Le triste préfet Maurice Papon- qui avait les états de service d’un chacal en Algérie pour paraphraser Victor Hugo évaluant ceux du sanguinaire Saint Arnaud qui lui aussi s’est illustré dans les enfumades du en 1845- a commandité le massacre. Bilan: des centaines de morts, 11.500 arrêtés et torturés, frappés ou même tout simplement jetés à la Seine. Dans les rues de Paris le 17 octobre 1961, refusant tout simplement de se soumettre au couvre-feu imposé aux seuls Algériens, 10.000 personnes seront interpellées, durant les jours suivants. 1500 sont envoyées vers l’Algérie où une réception leur fut organisée. J’ai déjà eu à écrire dans plusieurs de mes contributions mon indignation et à rapporter les évènements tragiques, notamment le martyre de la jeune collégienne dont les derniers instants ont du être tragiques.  Dans cette contribution je vais rapidement sacrifier à l’habitude pour décrire très succinctement ce qui s’est passé ce mardi 17 octobre 1961 et les jours suivants qui ont vu les ratonnades se poursuivre. 17 octobre 1961.

 

« Il y a du sang dans Paris »

 

« C’est par ces mots que Sorj Chalandon rapportant le travail magistral du regretté Jean-Luc Einaudi qui osa braver les interdits, qualifie ce jour. Nous l’écoutons nous raconter comment Papon a préparé les assassinats: « Mardi 17 octobre 1961. Il est 9 heures. Maurice Papon, ancien délégué aux Affaires juives à Bordeaux de 1942 à 1944, compte ses hommes.(…) De Matignon, l’ordre tombe. Carte blanche. Aucune tentative de rassemblement, aucun début de manifestation ne peuvent être tolérés. Depuis l’été 1961, il n’y a pas là de quoi faire tourner la tête au passant parisien. Il est habitué aux perquisitions, aux rafles brutales. Il s’est résigné au sang sur le visage arabe. En août, les supplétifs harkis investissent des hôtels algériens de jour comme de nuit, brisent les mobiliers, cognent, lâchent les chiens. (…) Alors que l’OAS commence à frapper, des Arabes sont attaqués en pleine rue par des policiers.(…) Le «Français musulman d’Algérie» devient le «raton», le «bicot», le «fellouze» des racistes. La machine haineuse s’emballe. Les supplétifs torturent dans les caves de la Goutte-d’Or, (…)Et puis les noyés. Au milieu du mois de septembre, des cadavres sont retirés de la Seine. Certains ne seront jamais identifiés. (…) Chaque jour ou presque, la presse rapporte la découverte de cadavres à la dérive.» (1)

 

On aurait pensé que les policiers obéissant aux ordres ne faisaient que leurs « devoirs » il n’en fut rien, le zèle était dans l’air et par un racisme assumé, même les citoyens dans leur majorité participaient à des degrés divers à la curée

 

« 17 octobre. Il est 18 h 30. A Asnières, la police interpelle une centaine d’Algériens qui essayaient de prendre un improbable train. Pont de Neuilly, un policier interpelle un travailleur arabe. « Algérien? ». « Oui », répond l’autre. Sans un mot, le policier lui tire une balle dans le ventre et s’en va. (…) Par groupe de 20 ou 30, les Algériens se mettent en marche vers les bus et les cars. Certains arrivent à pied. Les plus fortunés tentent le taxi. (…) De nombreux chauffeurs de bus refusent les Algériens.

 

« Pas de ratons dans mon véhicule ». Tous les Arabes sont systématiquement interpellés. Les policiers investissent les bus, entrent, font sortir les Français musulmans les mains levées. La majorité des Français de métropole ne réagissent pas. Déjà, un peu partout, des haies de matraqueurs se forment. (…) »

 

« Partout, dans les flaques de pluie et de sang, il y aura ces visages blafards, ces mains tremblantes, ces yeux effarés, ces corps blottis les uns contre les autres, debout, assis, couchés, en équilibre entre morts et mourants. Et le bruit des matraques, des crosses, des coups de pieds. L’ordure des injures. 17 octobre. Vers 20 heures, Maurice Papon décide de réquisitionner les bus parisiens. Trop d’arrestations. La dernière fois que la Ratp a été mise à contribution, c’était les 16 et 17 juillet 1942. (…) Paul Rousseau, un gardien de la paix syndicaliste, voit des policiers jeter des Algériens par-dessus le pont de Clichy après les avoir massacrés au nerf de boeuf. (…) Il y a du sang dans Paris. Ce n’est pas une image. Sur les trottoirs, les pavés, la rambarde des ponts, sur les vitres brisées de magasins enfoncés par les corps, sur le sol des autobus. Et peu de Français réagissent.» (1)

 

Désarmés, forts de leurs bons droits, désarmés, les Algériens hommes femmes et enfants accomplissaient la marche de la dignité pour protester contre le couvre-feu qui leur est imposé. Les supplétifs harkis ont une énorme part dans la curée et ont massacré leurs propres coreligionnaires.

 

«Mais les Algériens marchent toujours. Partout. En groupes, en famille, en manifestation. C’est l’heure officielle du couvre-feu. (…) Des supplétifs ouvrent le feu au pistolet. Les femmes sont sévèrement matraquées. (…). Place de la République. Dans la nuit, le youyou des femmes arabes. A la Défense, de leurs fenêtres, des Français jettent des bouteilles sur les manifestantes. (…) La nuit se termine. « Et un raton, un! », lance un homme de salle de l’hôpital de Nanterre, voyant arriver un Algérien au crâne défoncé. Et puis Fatima Bédar, 15 ans à peine, elle s’est disputée avec sa mère le matin même pour avoir le droit d’assister aux manifestations. On la retrouvera le 31 octobre, noyée dans le canal St-Denis. Le bilan officiel concernant la journée et la nuit du 17 octobre 1961, est de 3 morts et de 64 blessés.» Depuis lors, jamais ces chiffres n’ont été révisés.»(1)

 

Combien de victimes innocentes le 17 octobre 1961?

 

Les estimations divergent selon les sources. Octobre 1961: deux morts, selon la version officielle. En 1991: 200 morts, selon Jean-Luc Einaudi. 1998: plus de 48 morts, selon la commission Geronimi. 2006 «bien plus» de 120 morts en deux mois, selon deux historiens anglais. Deux historiens britanniques, Jim House et Neil MacMaster, ont eu droit à un accès illimité aux archives de la préfecture de police. Ils examinent chaque document, constatent qu’un «processus systématique et presque général de falsification a bel et bien été mis en oeuvre lors de la préparation des documents et des dossiers relatifs aux Algériens assassinés». (…) Ils analysent pour leur part la crise de 1961 « comme un cycle de deux mois connaissant son pic le plus visible dans la nuit du 17 octobre». Conclusion: « En septembre et octobre, bien plus de 120 Algériens furent assassinés par la police en région parisienne; ce chiffre doit être comparé aux estimations de Linda Amiri (environ 130), du FLN (200)» Jean-Luc Einaudi donnera le nombre de 325 morts parmi les Algériens. Elles seraient plus de 300 victimes, certaines retirées de la Seine ou emportées par le courant jusqu’à la Manche» (2).

 

Dès le départ écrit Jean-Luc Einaudi, il y a eu un véritable travail de mise en oeuvre de mensonge d’Etat. Tout ce qui cherchait à faire éclater la vérité était interdit et saisi comme le livre «Ratonnades à Paris» de Pierre Vidal-Nacquet». Il ne faut pas croire que le 17 octobre fut une singularité, une bavure. Ce fut au contraire mûrement réfléchi, le maître d’oeuvre, Maurice Papon, un tortionnaire qui avait déjà sévi en Algérie à Constantine.

 

La double amnésie française et algérienne

 

Il est curieux d’observer une véritable  conspiration du silence à propos de ces massacres aussi bien du côté algérien que du côté  français.

 

Pour l’historien Gilles Manceron :

 

«   Il s’agit d’un événement d’une gravité exceptionnelle, dont le nombre de morts a fait dire à deux historiens britanniques [Jim House et Neil MacMaster, Les Algériens, la République et la terreur d'Etat, Tallandier, 2008]qu’il s’agit de la répression d’Etat la plus violente qu’ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l’histoire contemporaine. (…) Sur le moment, il y a eu censure de la presse, 

Par la suite, d’autres facteurs ont pris le relais.  (…)   C’est ici qu’un troisième facteur d’occultation a joué : la volonté du pouvoir algérien de ne pas mettre en valeur une initiative prise par la Fédération de France du FLN, qui avait organisé la manifestation du 17 octobre. La Fédération de France était en effet devenu un fief d’opposition au nouveau pouvoir en raison de son ouverture aux idéaux et aux valeurs de la gauche européenne, syndicale  Lors de la crise de l’été 1962 qui vit s’affronter, au sein du FLN, les prétendants au pouvoir, elle avait misé sur les civils du GPRA   (…) Les négociations d’Evian entre des représentants français et ceux du FLN s’ouvrent en mai 1961.   (…)   

 

Le premier ministre, Michel Debré, qui avait été dessaisi du dossier algérien par de Gaulle, avait insisté pour qu’on lui laisse celui du maintien de l’ordre en France métropolitaine,   Pour ce faire, il s’entoura de Roger Frey, nommé au ministère de l’intérieur en mai 1961  Surtout, il obtient le remplacement fin août d’Edmond Michelet, le garde des sceaux, qui s’opposait aux méthodes brutales et illégales mises en œuvre par Papon. (3)

Maurice Rajsfus a écrit   avec Jean-Luc Einaudi un livre remarquable qui tranche avec les mensonges de beaucoup d’historiens… Il s’intitule: Les silences de la police 16 juillet 1942-17 octobre 1961 On lit: «La direction «scientifique» de la préfecture de police de Paris a osé publier une histoire de cette noble Institution omettant deux dates récentes le 16 juillet 1942 et le 17 octobre 1961. Si vous voulez savoir ce s’est passé à Paris en 1942 et en 1961, si vous voulez savoir comment les fonctionnaires de la préfecture de police de Paris ont méthodiquement et massivement raflé les juifs pour les livrer aux nazis. Si vous voulez apprendre comment, de 1958 à 1962, Maurice Papon a importé les méthodes de la guerre d’Algérie à Paris. Le dernier chapitre de ce petit livre, qui expose comment de nombreux centres de torture ont alors été ouverts en pleine ville. Et comment la Seine a continûment charrié des cadavres, de 58 à 62, sous la responsabilité du même Maurice Papon.» (4).

 

On peut se demander pourquoi avoir décidé de cette marche connaissant les risques pour des personnes sans défense? On l’aura compris, ces morts ont été le « prix à payer » pour la Révolution, mais aussi le prix des luttes intestines au sein du FLN. Pourtant, après l’indépendance, du côté algérien ce fut aussi la chape de plomb. Les morts sans sépulture de la Seine nous interpellent. Ainsi, parce que la Fédération de France « faisait partie des vaincus », explique au Monde l’historien Jean-Luc Einaudi, il était hors de question, pour les nouveaux maîtres d’Alger, de laisser paraître un ouvrage qui « lui aurait fait de la pub ».(5)

 

« Pour Omar Boudaoud, responsable de la Fédération de France, l’action du 17 octobre n’avait pas pour but de faire courir un risque politique quelconque aux entretiens en perspective. (..) De plus, le Gpra était informé de notre action. A Tunis, le ministère de l’Intérieur dont dépendait alors, la Fédération -m’avait dit en substance: «Ceci est votre affaire. Si vous réussissez c’est la révolution qui réussit, si vous échouez, vous paierez votre décision.» Réponse: «J’ai compris, nous allons agir.» En fin de compte, le Gpra nous a félicités. On peut même soutenir qu’il s’est révélé plus important que celui des actions armées d’août 1958 en France.»(6)

 

Historien de l’Algérie contemporaine et de l’immigration, Jacques Simon a une autre explication qui attribue indépendamment de ces crimes à de Gaulle – qui a couvert ces crimes en laissant faire Debré, Frey et Papon, un rôle de stratège et de visionnaire, qui ne voulait pas compromettre l’avenir de la France  en créant une cinquième colonne dans le pouvoir algérien Il écrit  :

 

« (…) Bien avant mai 1958, De Gaulle sait que l’Algérie sera un jour indépendante.   il prépare soigneusement les conditions de sa dépendance économique et financière en organisant son accession à l’indépendance par étapes et de façon maîtrisée. (…) Dans le même temps,  De Gaulle va injecter dans l’ALN stationnée en Tunisie et au Maroc des centaines d’officiers "déserteurs" qui vont structurer l’ALN extérieure comme une armée professionnelle, avec un État-major général (EMG) dirigé par Boumediene. (…) Le général De Gaulle qui ne croit pas dans la capacité du GPRA de garantir les intérêts de la France, contacte Boumediene et soutient, dès l’ouverture de la crise du FLN pendant l’été 1962, l’alliance entre Ben Bella, et Boumediene.  C’est dans ce contexte que la Fédération de France du FLN, elle-même en désaccord avec sa direction  lance la bataille de Paris. Le but est triple: maintenir sa cohésion, garder le contrôle de l’émigration et peser dans la lutte engagée par les différentes fractions du GPRA, pour le pouvoir.  (7)

 

Le racisme à ciel ouvert

 

Il est impossible d’expliquer  ce refus de reconnaitre ces assassinats abjects, cette curée générale et cette collusion de tout le monde ce jour-là pour éliminer des hommes et des femmes dont la faute était de revendiquer la dignité, mais aussi d’appartenir à la race inférieure que le pseudo siècle des Lumières n’a pas pu effacer si on ne prend pas en compte une donnée essentielle à savoir que le fond rocheux blanc est structurellement raciste.

 

Dans l’étude suivante que nous résumons, le sociologue Saïd Bouamama déconstruit ce mythe des Lumières et nous explique comment les partis politiques de droite mais surtout de la gauche hypocrite ont assaisonné pour continuer à leur devoir en direction des races inférieures.

 

Ecoutons-le:

 

«(…) L’hégémonie culturelle est un concept proposé par Antonio Gramsci pour décrire la domination culturelle des classes dominantes. L’hypothèse de Gramsci est que cet «échec» des révolutions ouvrières est explicable par l’emprise de la culture de la classe dominante sur la classe ouvrière et ses organisations. (…) La mise en légende se réalise par occultation des contradictions et enjeux sociaux, négation de l’histoire et transformation de résultats historiques en caractéristiques permanentes et spécifiques de la «francité», du «génie français», Le processus de construction d’un «roman national» fut mis en oeuvre afin d’assurer l’hégémonie culturelle de la classe dominante. L’objectif de l’hégémonie culturelle étant de produire du consensus en faveur des classes dominantes, (modèle français de laïcité, pensée des Lumières comme caractéristique typiquement «française», abrogation de l’esclavage comme volonté de l’Etat français et non comme résultat de la lutte des esclaves, colonisation française posée comme différente des autres dans ses aspects «humanitaires» et «civilisateurs», etc.). (8)

 

«Les Lumières désignent un courant d’idées philosophiques en Europe qui a connu son apogée au dix-huitième siècle. Ce courant se caractérise par un appel à la rationalité et le combat contre l’obscurantisme. (…) le caractère ethnocentrique de la pensée des Lumières a également été dénoncé en soulignant que «là où nous lisons «homme», «humanité», «citoyenneté», c’est de l’humanité blanche et européenne que nous parlent les Lumières. Certes, dans les Lumières pourtant, les premières lueurs de nos valeurs. À condition d’ignorer la traite, la négritude, l’esclavage.» [8]

 

La construction du consensus colonialiste

 

« L’offensive idéologique de la classe dominante a créé l’espace mental qui a permis la colonisation. L’image des autres cultures et civilisations diffusée par la pensée des Lumières et amplifiée par la Troisième République, de même que l’idée d’être l’avant-garde de l’humanité ont préparé les esprits à la conquête (…) La perception de l’Autre comme un être dans l’enfance de l’humanité, confiné aux ténèbres de l’ignorance comme l’incapacité à contenir ses pulsions informe la pensée coloniale et la connaissance anthropologique» la majorité du Parti socialiste s’est ralliée à l’idée d’une colonisation « humaine, juste et fraternelle » et refuse de soutenir les nationalismes coloniaux qui attisent la haine des peuples, favorisent les féodaux ou la bourgeoisie indigène» ».  (8)

 

Said Bouamama poursuit  en démontrant  que le siècle des Lumières n’est pas antinomiques de la colonisation voire de l’esclavage. L’exemple le plus typique des « savants » est Buffon. Grâce à ce « scientifique » de l’académie française, une hiérarchisation des races s’installa grâce à ses nombreuses « études » sur l’anthropologie. Pour ce philosophe, les noirs sont au bas de l’échelle des hommes. Diderot n’est pas en reste, il n’avait aucun scrupule à engager des investissements dans les campagnes négrières tout en pleurant leur triste sort.  Dans Le livre noir du colonialisme, Catherine Coquery-Vidrovitch met en évidence l’exacerbation du sentiment de supériorité des Européens sur les Noirs à partir de cette époque. « Paradoxalement, le siècle des Lumières fut aussi celui où l’infériorité du Noir fut poussée à son paroxysme »écrit-elle. Voltaire, par exemple, n’échappe pas aux préjugés racistes (9)

 

Contrairement à ce que l’on pourrait croire Les Lumières n’ont pas combattu le pouvoir esclavagiste, ils ont simplement oeuvré pour qu’il soit plus insidieux – et surtout pour en être la tête. Voltaire qui écrivait « se servir de la religion pour tenir le peuple en laisse, cette populace incapable de se gouverner elle-même ! ». « Il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu’il soit instruit, il n’est pas digne de l’être », écrit Voltaire. L’ambiguïté du discours des philosophes français pourrait se résumer ainsi : L’esclavage est un mal nécessaire. Montesquieu, dans L’esprit des lois, est certainement celui qui illustre le mieux ce double langage. « Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête, et ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque impossible de les plaindre… Des petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains ». Bref, pour Montesquieu, la souffrance des esclaves est peu de chose (10)

 

Pas une syllabe sur l’esclavage euro-antillais chez Rousseau dans le « Discours sur l’origine de l’inégalité ». Il faut dire que ce « siècle des Lumières » était un véritable « siècle des ténèbres » pour la dignité humaine. Lisons ce que disent d’autres écrivains. Le « grand Hegel » écrit dans « La raison dans l’histoire » :

 

« L’homme en Afrique noire, vit dans un état de barbarie et de sauvagerie qui l’empêche encore de faire partie intégrante de la civilisation… Ce qui caractérise les nègres, c’est précisément que leur conscience n’est pas parvenue à la contemplation d’une quelconque objectivité solide, comme par exemple Dieu, la loi… ». Bossuet, par une rhétorique alambiquée se fait le confident de Dieu dans « Avertissement aux protestants », il écrit : « Condamner un état qui pratique l’esclavage, ce serait condamner le Saint Esprit qui ordonne aux esclaves par la bouche de Saint Paul de demeurer dans leur état, et n’oblige point les maîtres à les affranchir » ! (10)

 

Au coeur de la pensée des Lumières puis du discours colonial conclut Said Bouamama se trouve une approche culturaliste clivant le monde en civilisations hiérarchisées, expliquant l’histoire et ses conflits en éliminant les facteurs économiques et justifiant les interventions militaires «pour le bien» des peuples ainsi agressés. (…) C’est ce que nous avons appelé le «racisme respectable» c’est-à-dire un racisme ne se justifiant pas «contre» le racisé, mais s’argumentant de grandes valeurs censées l’émanciper.(…) (…)L’insulte ou la condescendance, le paternalisme, le maternalisme ou le fraternalisme d’une part et la condamnation indignée d’autre part, la diabolisation ou l’infantilisation, etc. sont des attitudes politiques extrêmement fréquentes à «gauche» et même à «l’extrême-gauche» (…)» (8).

 

Ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 et les jours suivants dépasse de loin en cruauté les nuits de Cristal du IIIe Reich et même les déportations du camp de Drancy de la même manière plus de 12000 personnes furent parquées hommes, femmes, enfants. Comme pour Drancy, les transports furent réquisitionnés, ce sera la Ratp. Drancy sera remplacé par le Palais des sports et au stade Pierre de Coubertin. Ce n’est pas demain que la France se repentira de sa faute.

 

Avec de justes mots, Pierre Bourdieu rend à sa façon, justice aux martyrs, nous l’écoutons: «J’ai maintes fois souhaité que la honte d’avoir été le témoin impuissant d’une violence d’État haineuse et organisée, puisse se transformer en honte collective. Je voudrais aujourd’hui que le souvenir des crimes monstrueux du 17 octobre 1961, sorte de concentré de toutes les horreurs de la Guerre d’Algérie, soit inscrit sur une stèle en un haut lieu de toutes les villes de France, à titre de mise en garde solennelle contre toute rechute dans la barbarie raciste.» (11)

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.https://campvolant.com/2015/10/09/17-octobre-1961-il-y-a-du-sang-dans-paris-par-sorj-chalandon/

2.Pascal Riché Http://rue89.nouvelobs.com/2012/10/18/guerre-des-chiffres-combien-de-morts-le-17-octobre-1961-236329

3.http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/17/17-octobre-1961-ce-massacre-a-ete-occulte-de-la-memoire-collective_1586418_3224.html#6xY12d3bbY3xo0Pm.99

4. http://nopasaran.samizdat.net/article.php3?id_article=341

5.C. E. Chitour http://www.legrandsoir.info/17-octobre-1961-50-ans-d-amnesie-francaise

6.O. Boudaoud: Du PPA au MTLD,mémoire d’un combattant.p.187-188, Ed.Casbah 2007

7.http://actualite.algeeria.com/de-gaulle-lalgerie-et-le-massacre-du-17-octobre-1961

8. Saïd Bouamama 8 septembre 2012 http://quefaire.lautre.net/Les-fondements-historiques-et

9.Catherine Coquery-Vidrovitch, Le postulat de la supériorité blanche et de l’infériorité noire, Le livre noir du colonialisme, Robert Laffont, 2003.

10.Chems Eddine Chitour : L’Occident et la désymbolisation du mondehttp://www.millebabords.org/spip.php?article5257

11.Pierre Bourdieu: Le 17 octobre 1961, un crime d’État à Paris, Edits La Dispute, mai 2001.

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/252415-un-crime-d-etat-non-reconnu-au-nom-du-racisme.html

 

La source originale de cet article est Mondialisation.ca

 

Posté par Michel Peyret

13 novembre 2016

René Naba, Sahara occidental ou République Arabe Sahraouie démocratique

 

« L’Algérie, indique René Naba, via la base de Mers El Kebir, tout comme la Syrie via la base de Tartous, accordent des facilités militaires à la marine militaire russe, brisant ainsi le monopole de la navigation des flottes de l’Otan en Méditerranée, un atout appréciable au moment où la Russie vient de dépêcher, en septembre 2016, pour la première fois depuis l’effondrement de l’Union soviétique, un porte-avions au large des côtes syriennes en appui à son aviation dans sa guerre contre les groupements du terrorisme islamiste. La Russie est à la fois le partenaire majeur de la Syrie dans sa «guerre contre le terrorisme», un fléau dont l’Algérie a pâti pendant la décennie 1990 et le partenaire majeur de l’Algérie au Maghreb. Des informations de presse non confirmées officiellement ont fait état de contacts syro-turcs en Algérie en vue de résorber le contentieux entre les deux pays, dans la foulée du rapprochement entre Moscou et Ankara, à la suite de la tentative de coup d’état contre le président Erdogan... »

 

Reprenons les considérations de géographie et d'histoire de René Naba...

 

Michel Peyret


novembre 4th, 2016 by René Naba

 

Le Maroc célèbre, le 6 novembre 2016, le 41e anniversaire de la «Marche Verte» marocaine (6 novembre 1975) sur fond de quatre camouflets retentissants dont trois sur le Sahara occidental :

 

  1. La décision de la Cour de Justice Européenne (CJUE) annulant le 10 décembre 2015 un accord entre le Maroc et l’Union européenne, tranchant en faveur des indépendantistes, mettant en question, par ricochet, la question de la souveraineté du Maroc sur ce territoire.

  2. La visite du Secrétaire général de l’ONU BA Ki Moom au Sahara, en mars 2016, qualifiant le Sahara occidental de «territoire occupé» en confirmation de la tendance juridictionnelle européenne.

  3. La réception par l’Egypte d’une délégation du « Parlement sahraoui », conduite par son président Khatri Addouh, 8 octobre 2016, à Sharm El Cheikh, à l’occasion des festivités marquant le 150e anniversaire de la création du Parlement égyptien, au cours de laquelle elle a été reçue par le président égyptien Abdel fattah Sissi. Cette rencontre prend à contre-pied la position officielle de l’État égyptien, qui avait indiqué, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Sameh Choukri, lors d’une visite en 2015 au Maroc, que son pays soutenait l’intégrité territoriale du royaume du Maroc.

  4. Le quatrième camouflet concernant proprement le Maroc a été le coup de théâtre infligé par la Cour de Cassation de France dans l’affaire du «chantage» au Roi du Maroc de la part de deux journalistes français Eric Laurent et Catherine Graciet, révélant au grand jour les tortuosités marocaines dans ses rapports avec la presse.

 

En riposte, le syndicat des pétromonarchies a décidé de faire cause commune avec le Royaume chérifien, l’intégrant au sein du Conseil de Coopération du Golfe, lors d’un sommet tenu le 21 Avril 2016 à Riyad, dans une démarche collective dont l’objectif sous-jacent, au delà de leur soutien à la position marocaine sur le Sahara Occidental, est de châtier l’Algérie dans son refus de participer à la déstabilisation de la Syrie et de criminaliser le Hezbollah libanais.

 

En contrepoint, l’Algérie, forte de son succès à la réunion de l’Opep le 28 septembre 2016 à Alger, opère son grand retour sur la scène diplomatique, après une décennie de léthargie, se posant dans une zone constellée d’états faillis, en facilitateur du règlement des conflits régionaux, comme ce fut le cas pour le Mali.

 

L’Algérie, via la base de Mers El Kebir, tout comme la Syrie via, la base de Tartous, accordent des facilités militaires à la marine militaire russe, brisant ainsi le monopole de la navigation des flottes de l’Otan en Méditerranée, un atout appréciable au moment où la Russie vient de dépêcher, en septembre 2016, pour la première fois depuis l’effondrement de l’Union soviétique, un porte-avions au large des côtes syriennes en appui à son aviation dans sa guerre contre les groupements du terrorisme islamiste.

 

La Russie est à la fois le partenaire majeur de la Syrie dans sa «guerre contre le terrorisme», un fléau dont l’Algérie en a pâti pendant la décennie 1990 et le partenaire majeur de l’Algérie au Maghreb.

 

Des informations de presse non confirmées officiellement ont fait état de contacts syro-turcs en Algérie en vue de résorber le contentieux entre les deux pays, dans la foulée du rapprochement entre Moscou et Ankara, à la suite de la tentative de coup d’état contre le président Erdogan.

 

Mohammad VI, pour sa part, a fait mine de prendre ses distances avec les États occidentaux qu’il soupçonne d’avoir cautionné la démarche de BA KI MOON, en fin de mandat. Dans un discours prononcé, le 20 avril, à Riyad, le souverain chérifien a adopté une tonalité anti-occidentale qui tranche avec son positionnement habituel. Offensif, souverainiste, voire un tantinet populiste, le Roi a choisi de s’attaquer, sans les nommer, aux puissances qui, selon lui, «complotent» contre les pays arabes stables. Entendre par là les monarchies arabes (les pétromonarchies du Golfe, la Jordanie et le Maroc. Précédé d’un voyage à Moscou, en mars, le Roi du Maroc a dénoncé un «automne calamiteux», dans sa première allusion publique au «printemps arabe», dans une démarche qui apparaît comme une prise de distance avec la stratégie occidentale.

 

Au niveau de l’Afrique

 

Après 32 ans de bouderie, le Maroc a fait part, en juillet 2016, de son intention de réintégrer le forum africain, dans sa nouvelle version l’Union Africaine, à l’occasion du sommet de Kigali. Le Maroc avait quitté l’OUA en 1984 en signe de protestation contre l’admission de la République sahraouie, mais la politique de la chaise vide ne parait pas avoir été payante, à en juger par le virage diplomatique à 180 degré opéré par la diplomatie chérifienne.

 

Mohammed VI a entrepris à la mi octobre 2016 une tournée en Afrique anglophone (Ethiopie, Rwanda, Tanzanie), la première du genre depuis son accession au trône il y a 16 ans, en vue d’améliorer la position diplomatique de son Royaume, dans une manoeuvre de contournement qui s’inscrit dans le prolongement de sa politique de partenariat avec les pays subsahariens, comme le Sénégal ou le Gabon, où il a vécu du temps de l’exil de son père, ou encore le Congo. Depuis 1984, plus de 30 pays dans le monde, dont les Seychelles, le Malawi, le Bénin ou encore le Tchad, sont revenus sur leur reconnaissance de la RASD.

 

Retour sur ce dossier qui empoisonne les relations de l’Algérie et du Maroc depuis 41 ans. Un conflit qui risque de perdurer en raison des positions apparemment irréconciliables des ses deux protagonistes majeurs, Rabat privilégiant le «Grand Maroc» au «Grand Maghreb» et Alger la priorité de son débouché maritime sur l’Atlantique, via la RASD, alors que le chef historique du mouvement indépendantiste sahraoui vient de décéder le 31 mai 2016 des suites d’une longue maladie.

 

L’historique du conflit

 

La République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), proclamée le 27 février 1976, par le Front Polisario, est un territoire de 266 000 km² du nord-ouest de l’Afrique, bordé par la province marocaine de Tarfaya au nord, l’Algérie au nord-est, la Mauritanie à l’est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l’Atlantique.

 

Frontalier de l’Algérie sur 42 km, de la Mauritanie sur 1561 km, et du Maroc sur 443 km, les zones de contrôle du Maroc et du Polarisation sont séparées par un mur de sable, construit par les Marocains avec l’aide d’experts israéliens et américains.

 

La zone sous contrôle marocain se trouve à l’ouest du mur, la zone sous contrôle du Polisario à l’est. Le mur mesure plus de 2 000 km de long et permet de bloquer les véhicules. Il est composé d’une série de barrières fait de deux remblais de sable de 3 m de haut protégés par des champs de mines et de fortifications placées tous les 5 km.

 

41 ans après la proclamation de son indépendance, cette ancienne colonie espagnole n’a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique.

 

Le Sahara occidental est en effet en proie à un conflit opposant les indépendantistes sahraouis du Front Polisario au Maroc qui revendique sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. Il figure sur la liste des territoires non autonomes selon l’ONU depuis 1963, suite à une demande du Maroc. Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de 1991, le statut final du Sahara occidental reste à déterminer. Devenu un enjeu global illustrant la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, le dossier saharien bloque toujours la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

 

Le Front Polisario est un mouvement dont l’objectif est l’indépendance totale du Sahara occidental, revendication soutenue par l’Algérie, avait proclamé l’indépendance du territoire dans la foulée du retrait espagnol de cette enclave, en 1974. D’une superficie de 266.000 km2 pour une population de 519.415 habitants, soit une densité de 1,85 habitant par km2, le sahraoui parle arabe ou berbère. Sa monnaie nationale est la Peseta Sahraouie, monnaie commémorative frappée occasionnellement mais non utilisée dans les échanges commerciaux. Sa monnaie d’usage demeure le Dirham marocain, à tout le moins dans le secteur marocain du Sahara.

 

Depuis le cessez-le-feu de 1991, le Maroc contrôle et administre environ 80 % du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 % laissés par le Maroc derrière une longue ceinture de sécurité, le «mur marocain».

 

La période pré coloniale

 

En 1048, des Berbères de l’ouest du Sahara (actuelle Mauritanie) se coalisent sous l’impulsion d’un prédicateur malékite marocain, Abdallah Ibn Yassine et d’un chef local et fondent le mouvement almoravide.

 

Ils conquièrent et unifient les tribus du Sahara occidental entre 1042 et 1052, puis s’emparent du Maroc actuel (alors éclaté en petits émirats à la suite de la chute de l’empire chérifien des Idrissides) et d’une grande partie de la péninsule Ibérique (Al-Andalous).

 

Les Almoravides ont pour capitale et base Marrakech. À leur chute aux mains des Almohades (1147), -Al Mouwahaddine /Les unificateurs- le territoire perd son organisation.

 

Au XVe siècle et XVIe siècle, les Portugais et les Espagnols installent des forts sur la côte, mais en sont chassés après quelques décennies.

 

Au XVIe siècle, les Saadiens ouvrent une nouvelle période d’influence du Maroc sur le Sahara occidental, qui se traduit par de multiples liens juridiques d’allégeance entre le sultan du Maroc et certaines des tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental.

 

Le Sahara espagnol

 

En 1884, l’Espagne place ce territoire sous son protectorat. La prise de contrôle est confirmée par la conférence de Berlin de 1884-1885. Elle établit des comptoirs commerciaux et une présence militaire.

 

Les frontières ne sont pas clairement définies, jusqu’au traité entre la France et l’Espagne, datant du début du XXe siècle. Les tribus locales luttent contre la puissance coloniale avec l’aide du sultan marocain. Cet appui cesse lorsque ce dernier est soumis à un protectorat franco-espagnol en 1912.

Le Sahara espagnol est créé à partir des territoires de Río de Oro et de Saguia el-Hamra en 1924. Il est administré en commun avec le protectorat de cap Juby (Tarfaya) et séparément des territoires appelés Maroc espagnol.

 

Dès 1965, l’ONU pousse l’Espagne à décoloniser ce territoire ainsi que le protectorat de cap Juby (tarfaya) et l’enclave d’Ifni, et dans ce but engager des consultations avec le Maroc. Mais l’Algérie est alors en conflit ouvert avec le Maroc au sujet du tracé de leur frontière commune (guerre des sables, 1963).

 

De plus, le Maroc et la Mauritanie ont aussi des revendications territoriales opposées sur ce territoire, le Maroc refuse de reconnaître la Mauritanie. De ce fait, les trois voisins du Sahara occidental ne parviennent pas à créer un front commun face à l’Espagne qui perpétue ainsi sa domination.

 

Le règlement du conflit algéro-marocain et un accord conclu entre le Maroc et la Mauritanie permettent d’unifier le front anti-espagnol. Parallèlement, plusieurs groupes locaux se lancent dans la résistance armée aidé par l’armée de libération nationale marocaine issue de la lutte populaire marocaine contre l’occupation hispano-française du Maroc.

 

La guerre du Sahara occidental

 

En 1975, un avis consultatif de la Cour internationale de justice confirme l’existence de liens historiques entre les populations du Sahara occidental et le Maroc, ainsi que l’ensemble mauritanien, mais conclut qu’ils ne sont pas de nature à empêcher un référendum d’autodétermination, en y rendant inapplicable la notion de terra nullius.

 

Quelques jours après cet avis, Hassan II, Roi du Maroc organise la marche Verte (6 novembre 1975) pour marquer la volonté d’une souveraineté marocaine sur ce territoire. Ceci amène l’Espagne à signer les accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie, le 14 novembre 1975, pour officialiser le partage du territoire.

 

Le Maroc obtient les deux tiers nord, et la Mauritanie le tiers sud ; l’Algérie et les Sahraouis ne sont pas consultés. La bataille d’Amgala en 1976 entre forces marocaines et algériennes sur le territoire du Sahara occidental montre le soutien actif de l’Algérie au Polisario.

 

Entre fin 1975 et 1976, des dizaines de milliers de Sahraouis quittent le Sahara occidental, fuyant la guerre vers les camps de réfugiés de Tindouf en Algérie, encadrés par le Polisario.

 

Après le putsch en Mauritanie qui renverse Moktar Ould Daddah en juillet 1978, le Front Polisario déclare un cessez-le-feu unilatéral avec Nouakchott.

 

Le cessez-le-feu est approuvé par l’ONU et le 10 août 1979 un traité de paix est signé dans lequel la Mauritanie cède sa partie du Sahara au Front Polisario. Le 14 août 1979, le Maroc annonce l’annexion de l’ancien territoire mauritanien.

 

Dans la décennie 1980, le Maroc érige un mur de défense qui sépare le territoire en deux, les 20 % à l’est du mur étant désormais sous le contrôle du Front Polisario. Une guerre d’embuscades avec le Front Polisario prend fin en 1991 suite à un cessez-le-feu favorisé par la médiation de l’Organisation des Nations unies ; un référendum organisé par les Nations unies sur le statut final a été reporté à plusieurs reprises.

 

Depuis le départ des Espagnols, l’ONU considère que le Sahara occidental est un territoire sans administration. En 2002, un avis de droit de Hans Corell, vice-secrétaire général aux questions de droit, conclut que le Maroc n’est pas la puissance administrante du territoire. Le document S/2002/161 indique16 : «Le 14 novembre 1975, une déclaration de principes sur le Sahara occidental a été signée à Madrid par l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie (l’accord de Madrid).

 

En vertu de cette déclaration, les pouvoirs et responsabilités de l’Espagne, en tant que puissance administrante du territoire, ont été transférés à une administration tripartite temporaire.

 

L’accord de Madrid ne prévoyait pas de transfert de souveraineté sur le territoire ni ne conférait à aucun des signataires le statut de puissance administrante, statut que l’Espagne ne pouvait d’ailleurs unilatéralement transférer. Le transfert des pouvoirs administratifs au Maroc et à la Mauritanie en 1975 n’a pas eu d’incidence sur le statut du Sahara occidental en tant que territoire non autonome.»

 

À partir de 2003, certains documents de l’ONU qualifient le Maroc d’«autorité administrante», ce qui lui donnerait le droit d’exploiter les ressources naturelles du territoire, par exemple d’autoriser des concessions pétrolières. Le gouvernement de la RASD se revendique lui aussi puissance administrante du territoire.

 

Dans un rapport publié en 2006 par Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies, il est indiqué qu’aucun État membre de l’ONU ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

 

Situation politique

 

Le Sahara occidental est un enjeu majeur de la rivalité entre le Maroc et l’Algérie.

 

Le Maroc accuse celle-ci de chercher une ouverture sur l’océan Atlantique, tandis que l’Algérie affiche la volonté d’endiguer ce qu’elle a appelé «l’expansionnisme chérifien», «grave danger» pour tous les voisins de l’Est et du Sud.

 

La rivalité a longtemps été entretenue dans le contexte de la guerre froide, le Maroc étant soutenu par l’Europe occidentale, les États-Unis, les monarchies du golfe Persique ainsi que par Israël, tandis que l’Algérie était appuyée par le Bloc de l’Est, notamment l’URSS et Cuba.

 

Position marocaine

 

Le Sahara occidental est considéré par le Maroc comme constituant ses provinces du Sud (dit Sahara marocain). Ce pouvoir est revendiqué comme historique et légal par le Maroc sur cette partie du Sahara.

 

Le Maroc rejette les conclusions de l’avis consultatif de la Cour internationale de justice de 1975 : selon lui, la cour a commis une erreur d’interprétation en cherchant à utiliser un cadre juridique occidental.

 

Les liens d’allégeance historiques exprimés par de nombreux chefs sahraouis sont constitutifs de la nation marocaine comme de l’appartenance du Sahara occidental au Maroc, et il n’existe pas d’autre source historique de souveraineté. Les échanges commerciaux dans le territoire était monnayés en Dirhams marocains, les chefs locaux étaient désignés par le Maroc, et il existe aussi des archives de traités de libre-échange entre le Maroc et certaines nations européennes à la fin du XIXe siècle qui mentionnaient le territoire du Sahara occidental comme étant une partie intégrante du Maroc.

La question du Sahara occidental est également un facteur majeur de stabilité politique au Maroc : selon les autorités, le rattachement du territoire fait l’objet d’un consensus national, et un gouvernement qui agirait à l’encontre de ce consensus se heurterait immédiatement à une forte hostilité de la population.

 

Le Maroc affirme que le Polisario n’est qu’une marionnette aux mains de l’Algérie qui est le véritable protagoniste dans l’affaire, de par ce fait, elle a été pendant longtemps la seule partie avec laquelle le Maroc était prêt à négocier. Il ne reconnaît pas le Polisario comme organisme représentatif de la population sahraouie.

 

Après des contacts officieux, le Maroc a accepté de traiter directement et officiellement avec le Polisario en 2007 en tant qu’un des protagonistes du conflit.

 

Le Maroc n’a cessé de répéter dans toutes les grandes instances internationales sa position concernant ce qu’il considère être l’utilisation des populations sahraouies «marocaines» comme moyen de marchandage (aides ONG détournées, esclavagisme dans les camps), une liberté de mouvement quasi nulle, une surestimation du nombre de réfugiés avec le refus catégorique du Polisario de les recenser, et le détournement de l’aide humanitaire destinée aux populations des camps.

 

Malgré cela, quelques milliers de Sahraouis ont rallié le Maroc, soit à partir des Îles Canaries (Espagne), soit depuis la Mauritanie.

 

Parmi eux, des cadres du Polisario, qui ont par la suite dénoncé «un mouvement totalitaire marxiste du temps de la Guerre Froide» et «des graves violations des Droits de l’Homme dans ces camps».

 

En 2006, le Maroc a décidé de donner à ce qu’il considère comme son territoire une autonomie interne, et a confié au Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS) l’étude des possibles statuts d’autonomie dans la région. Cependant, le Polisario et l’Algérie refusent toute solution qui ne comporte pas l’option de l’indépendance du territoire contesté.

 

Le Maroc préconise une large autonomie dans le cadre de la souveraineté du royaume alaouite pour résoudre le conflit.

 

La proposition d’autonomie du Sahara occidental est soutenu par plusieurs pays comme les États-Unis, la France, l’Espagne ainsi que la majeure partie des pays faisant partie de la Ligue arabe, à prépondérance monarchique.

 

Position du Polisario

 

Pour le Polisario, le Sahara occidental est un «territoire occupé», dont le gouvernement légitime est la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Le Polisario appelle au droit d’autodétermination du peuple sahraoui, qui doit pouvoir s’exprimer dans un référendum. Bien que l’ONU ne reconnaisse pas la RASD comme État, elle considère que le Polisario est une des parties impliquées dans le conflit. La RASD fait partie de l’Union africaine mais n’est reconnue ni par la Ligue arabe, ni par aucun pays européen ou membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU.

 

Position algérienne

 

Après le retrait de l’Espagne et l’annexion par le Maroc et la Mauritanie, l’Algérie aide les indépendantistes dans leurs revendications à l’indépendance, et accueille une majorité des réfugiés sahraouis. Elle est pour la mise en application des résolutions de l’ONU concernant l’organisation d’un référendum du peuple sahraoui sous les auspices de l’ONU. En 1976, l’armée algérienne a été directement impliquée dans le conflit, lors de confrontations à Amgala, avant de se retirer militairement. L’Algérie a continué de soutenir financièrement et diplomatiquement le Front Polisario et est le dixième pays à avoir reconnu la RASD.

 

Sa position officielle est «qu’elle n’a pas de revendications territoriales sur le Sahara occidental, qu’elle n’est pas partie prenante dans le conflit qui oppose la RASD et le royaume du Maroc, et que son soutien aux indépendantistes sahraouis relève de ses principes d’aide à tous les peuples qui luttent pour la décolonisation de leur pays à travers le monde».

 

Position de l’ONU

 

En 1963, le Sahara occidental a été inscrit, à la demande du Maroc sur la liste des territoires non autonomes selon l’ONU, alors qu’il était encore une colonie espagnole. Le territoire a toujours conservé ce statut depuis.

 

L’ONU est directement impliquée depuis 1988, lorsque le Maroc et le Polisario se sont mis d’accord pour la tenue d’un référendum d’auto-détermination, afin d’obtenir une issue pacifique au conflit. En 1991, l’ONU a obtenu un cessez-le feu entre les belligérants, selon un calendrier qui stipulait la tenue du référendum l’année suivante. Suite à des désaccords incessants sur la composition des listes électorales, ce référendum n’a pas encore eu lieu.

 

En avril 2007, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une nouvelle résolution (n° 1754) qui engage les parties à négocier « n vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental». Ces négociations directes se déroulent depuis à Manhasset dans l’État de New York.

 

Le 21 avril 2008, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, Peter van Walsum déclare que l’indépendance du Sahara occidental, n’était, à ses yeux, pas «un objectif atteignable». Il estime en effet qu’en l’absence de «pression sur le Maroc pour qu’il abandonne sa revendication de souveraineté», un «Sahara occidental indépendant n’était pas une proposition réaliste».

 

Le 30 avril 2008, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 1813 qui «fait sienne la recommandation formulée dans le rapport selon laquelle il est indispensable que les parties fassent preuve de réalisme et d’un esprit de compromis afin de maintenir l’élan imprimé au processus de négociation.

 

Position de l’Union africaine

 

Pour l’Union africaine (ancienne Organisation de l’unité africaine), la RASD est un État membre avec toutes ses prérogatives. La décision de l’OUA d’accepter la RASD comme membre en 1982 a conduit le Maroc à quitter l’organisation en 1985. Le Maroc reste le seul pays africain non membre de l’UA pour sa non-adhésion au principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.

 

Cependant, la position de l’Union africaine n’est pas partagée par de nombreux pays membres qui ne reconnaissent pas la RASD.

 

Selon la direction générale de l’aide humanitaire (ECHO) de la commission européenne, 155 430 réfugiés sahraouis se trouvent dans les camps de Tindouf, en Algérie.

 

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en nourrit 90 000. Le Maroc conteste ces chiffres, et un ancien membre du Front Polisario parle de 25 000 réfugiés.

 

Les quatre principaux camps sont nommés El Aaiun, Awserd, Smara et Dakhla, d’après des villes du Sahara occidental. Il existe également des communautés réfugiées en Mauritanie, aux îles Canaries, en Espagne métropolitaine et à Cuba.

 

Le Maroc, qui considère que le Sahara occidental fait partie de son territoire, l’a inclus dans les trois provinces du Sud :

 

  • Guelmim-Es Smara (en partie)
  • Laâyoune-Boujdour-Sakia el Hamra (en partie)
  • Oued Ed-Dahab-Lagouira (en totalité)

Ce découpage régional n’est pas reconnu internationalement, et les régions marocaines couvrent également le territoire situé au delà du mur marocain, qui est sous contrôle effectif du Front Polisario.

 

L’essentiel de la population se trouve à Laâyoune (env. 200 000 habitants).

 

Les principales villes du Sahara occidental sont:

 

    • Laâyoune (El Aaiun) = 183.691

    • Dakhla (Ad Dakhla, Villa Cisneros) = 58.104

    • Smara (Semara) = 40.347

    • Boujdour = 36.843

    • Sous contrôle du Front Polisario

Aucune statistique récente de population n’est disponible pour les localités sous contrôle du Polisario. La population totale représente au plus quelques milliers de personnes, en majorité nomades : Agwanit, Amgala, Bir Lehlou, capitale temporaire de la RASD, Bir Tirrissit, Dougaj, Mehaires, Mijek.

 

René Naba

 

ILLUSTRATION

 

Fig. 1. Détail de la « General Map of Africa ». E. Hertslet, Map of Africa by Treaty, Printed for Her Majesty’s Stationery Office, 3e édition, 1909.

Posté par Michel Peyret

12 novembre 2016

Tahar Ben Jelloun, Daech n'est pas un accident de l'histoire

 

« Daech n'est pas un accident de l'histoire, expose Tahar Ben Jelloun. Il n'est pas né de rien. Il plonge ses racines dans cette vision littéraliste et obscurantiste de l'islam, représentée officiellement par certains États du Golfe. Le djihadisme est la conséquence logique et prévisible de cette lecture anachronique du Coran et des dits du prophète Mahomet. Seule la réfutation idéologique de cette vision de l'islam aurait pu empêcher l'émergence de cette dérive guerrière et meurtrière. Comme l'explique Mahmoud Hussein : « Daech réhabilite la vision théologico-politique du monde et congédie globalement l'héritage des Lumières, qu'il présente comme son prolongement colonial, comme une entreprise criminelle dirigée contre la loi de Dieu. » Ainsi les sociétés musulmanes n'osent pas avancer ou discuter de quoi que ce soit dès qu'il s'agit de religion. Elles sont figées, bloquées, se sentant menacées si elles ouvrent un débat... »

 

Reprenons l'analyse de Tahar Ben Jelloun...

 

Michel Peyret


Tahar Ben Jelloun - Pourquoi les musulmans n'ont pas su s'opposer à Daech

 

Dans "Les Musulmans au défi de Daech", Mahmoud Hussein montre comment l'islam a échoué à se réformer, laissant le champ libre à une vision littérale du Coran.

 

Par Tahar Ben Jelloun

Publié le 06/11/2016 à 10:15 | Le Point.fr

Combattant de Daech lors de la prise de Mossoul par l'État islamique en juin 2014. 

Combattant de Daech lors de la prise de Mossoul par l'État islamique en juin 2014.  © Reuters


L'État islamique d'Irak et de Cham (Daech) se veut l'incarnation d'un islam où le Ciel régit les choses de la Terre, autrement dit, le temps est considéré par le croyant comme un reflet de l'éternité. Cette vision fige l'islam dans un statut rigide et immuable. Elle provient d'une lecture littéraliste du Coran, une lecture sans distance, sans symboles ni métaphores, une lecture où la Raison a été répudiée et où tout débat est assimilé à une forme de rébellion, une remise en question qui induit l'athéisme.

 

Ce courant a été privilégié par un grand théologien du XIIIe siècle, Ibn Tamyyia, et propagé au XVIIIe siècle par Ibn Adelwahhab. C'est ce courant et cette vision d'un islam rigoriste que suivent des pays comme l'Arabie saoudite et le Qatar. C'est aussi l'idéologie que prônent les Frères musulmans.

 

Mahmoud Hussein, après avoir consacré deux volumes à la Sîra (la vie du prophète Mahomet) et analysé Ce que le Coran ne dit pas (Grasset), explique dans un nouvel ouvrage, Les Musulmans au défi de Daech (Gallimard), comment et pourquoi la communauté musulmane de par le monde n'a pas su ou pu s'opposer à Daech, à son discours démagogique, basé sur une interprétation fallacieuse des textes et de l'histoire.

 

Dictatures

 

En fait, le monde musulman, divers et semblable, n'a jamais réussi à se libérer d'un lourd fardeau historique qui a empêché l'émergence de l'individu, la libération de la femme et l'émancipation de l'intelligence et de la culture. Ainsi la modernité n'a pas trouvé sa place dans les sociétés qui mettent l'islam au-dessus du contrat social. Pourtant, Mahmoud Hussein nous rappelle que vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe, des tentatives de « réformer l'islam » afin de l'adapter aux temps modernes ont eu lieu en Égypte, en Irak, en Syrie, en Indonésie et aussi en Tunisie.

 

Elles ont échoué pour des raisons plus politiques que religieuses. Des partis autoritaires et non démocratiques se sont opposés à cette modernité devenue un danger majeur pour leur existence. En même temps, l'Occident, et en particulier l'Amérique, n'a rien fait pour encourager ces réformes et a au contraire soutenu et protégé des dictatures dans des États comme l'Arabie saoudite où on applique la charia.

 

L'option laïque et démocratique des Palestiniens sera à son tour étouffée par le courant islamiste. Il faut dire que l'implication des Saoudiens dans la guerre en Afghanistan va justifier le soutien des Américains à cet État wahhabite.

 

Daech réhabilite la vision théologico-politique du monde et congédie globalement l’héritage des Lumières, qu’il présente comme son prolongement colonial

 

Daech n'est pas un accident de l'histoire. Il n'est pas né de rien. Il plonge ses racines dans cette vision littéraliste et obscurantiste de l'islam, représentée officiellement par certains États du Golfe. Le djihadisme est la conséquence logique et prévisible de cette lecture anachronique du Coran et des dits du prophète Mahomet. Seule la réfutation idéologique de cette vision de l'islam aurait pu empêcher l'émergence de cette dérive guerrière et meurtrière. Comme l'explique Mahmoud Hussein : « Daech réhabilite la vision théologico-politique du monde et congédie globalement l'héritage des Lumières, qu'il présente comme son prolongement colonial, comme une entreprise criminelle dirigée contre la loi de Dieu. »

 

Ainsi les sociétés musulmanes n'osent pas avancer ou discuter de quoi que ce soit dès qu'il s'agit de religion. Elles sont figées, bloquées, se sentant menacées si elles ouvrent un débat. Elles sont dans « un temps zéro ». D'où la terreur comme réponse à ceux que Daech considère comme des opposants ; il gomme la complexité non seulement du message divin, mais annule et condamne tout effort humain (le vrai djihad) pour améliorer la condition humaine.

 

Mahmoud Hussein rappelle justement comment Daech ignore les versets qui font des gens du Livre (les juifs et les chrétiens) des adorateurs de Dieu l'Unique. Le Coran reconnaît les prophètes des autres religions monothéistes et incite les croyants à les vénérer et à les respecter. Tout cela n'arrange pas les thèses idéologiques de Daech qui poursuit sa guerre contre la Raison et l'Intelligence des Lumières. Daech a mis en place une vision de l'islam faite « non pour convaincre, mais pour terroriser, non pour gagner les esprits, mais pour éveiller les instincts les plus primitifs et les plus meurtriers ».

 

Trahison

 

Comme l'auteur l'avait déjà expliqué dans Penser le Coran (Folio Essai), il revient en conclusion de ce bref essai, juste et nécessaire, sur la parole de Dieu, distincte de Dieu. Car elle s'implique dans le temps des hommes. Il est des versets circonstanciels et d'autres, perpétuels : « Donner à tous les versets la même portée, c'est donner une portée perpétuelle à des versets que Dieu a voulu circonstanciels, c'est trahir sa parole en prétendant lui être fidèle. »

 

Ce livre d'à peine 80 pages est ce qui a été écrit de plus clair et de plus intelligent et de plus précis sur la mécanique de la régression et de l'obscurantisme qui minent l'islam depuis des décennies et figent les sociétés musulmanes dans un immobilisme aggravé par l'ignorance et les mensonges.

Posté par Michel Peyret

Maroc, pas vu à la télé

 

Publié le 6 Novembre 2016

Aujourd'hui

Rabat  écrit l'Histoire,

se donne RDV avec l'histoire :

Imaginez ! ces drapeaux et banderoles aujourd'hui , dans les rue de Rabat 

 

Sans rabatteurs, sans argent, sans les appels des imams, sans des perspectives électoralistes, et malgré le risque de la bastonnade, de la répression...les masses populaires battent le pavé et ce, à travers tout le pays ​​​​​​.

 

Chapeau bas camarades !

 

Rédigé par Canaille Lerouge

L’Algérie, c’est lui aussi, le grand kateb Yacine

 

01 Novembre 2016
 
 

Je l’ai rencontré un soir chez des amis, dans les coupes de vin l’hotesse avait glissé quelques fleurs de jasmin…  mais écoutez le plutôt…

Maroc, la réalité d'une monarchie autoritaire explose au visage du monde

 

Publié le 31 Octobre 2016

Refusant que sa marchandise

soit confisquée par la police,

Mouhcine Fikri

a été broyé dans une benne à ordures.

Maroc, la réalité d'une monarchie autoritaire explose au visage du monde

La mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson broyé dans une benne à ordures après la confiscation de sa marchandise par la police pousse des milliers de personnes en colère à manifester à travers tous le pays.

 

« Criminels, assassins, terroristes », scandaient notamment les manifestants, ou encore « Ecoute makhzen [palais royal], on n’humilie pas le peuple du Rif ! ». Le rassemblement s’est déroulé sans incident.

 

Des manifestations de moindre ampleur ont eu lieu dans plusieurs autres villes du Rif, mais aussi à Casablanca, Marrakech et Rabat, où plus d’un millier de personnes ont défilé au cri de « Nous sommes tous Mouhcine ! », brandissant la photo de la victime ou une pancarte provocatrice « Bienvenue à la COP22, ici on broie les gens ».


Petit point d'histoire que rappelle en partie et faussement "le Monde" qui écrit "La ville côtière d’Al-Hoceima, comptant environ 55 000 habitants, fut le cœur de la révolte contre le colonisateur espagnol dans les années 1920, puis le théâtre d’une insurrection populaire en 1958".

 

Le Monde oubliant au passage de signaler que la France de 1921 à 1926 au côté de l'Espagne se singularisera dans une répression qui sera l'occasion pour le jeune PCF de s'engager frontalement dans la solidarité internationale et la lutte anticoloniale.

 

C'est pour s'être opposé à la guerre du Rif que Pierre Semard alors secrétaire général du PCF sera emprisonné.

 

C'est lors de la guerre du Rif que se nouera la "fraternité d'arme et de conviction" entre un certain Franco et son ami Pétain 

 

Longtemps délaissée sous le règne de Hassan II, la région du Rif a une réputation de frondeuse et entretient des relations difficiles avec le pouvoir central. Elle fut aussi l’un des principaux foyers de la contestation lors du mouvement du 20-Février, la version marocaine des Printemps arabes en 2011.

 

La guerre du Maroc,  rappelle  B Ducoulombier présentant un ouvrage sur la période http://www.laviedesidees.fr/Une-guerre-coloniale-oubliee-le.html:

 

 "coté Espagne a porté Primo de Rivera au pouvoir, et constitué pour Francisco Franco une école et un marchepied. Elle a scellé aussi la rencontre entre Philippe Pétain et la droite traditionaliste et philofasciste de la péninsule : sous l’œil attentif du dictateur, le maréchal vainqueur reçoit en février 1926 à Tolède la médaille militaire des mains du roi Alphonse XIII. Auréolé de son prestige acquis pendant la Première Guerre mondiale, Pétain a écarté Lyautey avec la bénédiction de Paul Painlevé, et a transporté au Maroc les méthodes de la guerre européenne. Le besoin était urgent que soit porté le coup de grâce à la « République du Rif », qui menaçait l’équilibre du protectorat marocain. "

 

Plus que du révisionnisme historique, ne faire de la guerre du Rif (et du sentiment nationale rifain ) qu'un épisode d'un affrontement entre le Maroc (rapporté à la monarchie chérifienne -installé par la France) et l'Espagne est un contre sens et sert à masquer la réalité des luttes républicaines qui se jouent depuis plus d'un siècle ainsi que le rôle de premier plan de l'impérialisme français.

 

La mort de Mouhcine Fikri survient quasiment à la date anniversaire de l'enlèvement et l'assassinat de Medhi Ben Barka par les hommes de main du père de l'autocrate en place aujourd'hui.

 

Les méthodes policières répressives (comme la violation des résolutions de l'ONU concernant le Sahara occidental) sont la vie quotidienne du Maroc où le Monarque face à la montée des colères populaires et l'exigence démocratique joue une dangereuse carte de l'islamisation qui menace d'embraser tout le Maghreb.

 

On attend avec impatience les expression de solidarité internationale qui établissent la continuité entre le Rif de 1921, le Sahara occidental, tel que s'est encore exprimé avec Abraham Serfaty  et la répression vivement entretenue  par la maison royale, avec la bienveillance de Paris. 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

 

Institutions pipées. Aujourd’hui nous commémorons l’anniversaire du massacre perpétré, le 17 octobre 1961, contre nos compatriotes résidant à Paris le 17 octobre 1961, par la police française.

55 ans après, tout n’a pas été dit sur cet horrible crime dont l’Etat français est responsable. Au-delà de la narration des faits que tout le monde connaît, la vérité historique est toujours frappée du sceau « secret défense » en France. 55 ans après, les autorités françaises refusent toujours d’ouvrir les archives aux chercheurs sur cette barbarie. Allant même, pour cela, jusqu’aux mensonges. Parmi les nombreux témoins, Mme Monique Hervo, écrivaine française qui avait manifesté ce jour-là aux côtés des Algériens, est toujours scandalisée. Lundi dernier, et après un « appel contre l’oubli » elle a réaffirmé qu’elle est « toujours autant horrifiée par le refus de reconnaître la réalité du massacre du 17 octobre 1961 qui se déroula dans la capitale française.

 

Manifestation extrêmement pacifique de 40 000 Algériens contre un couvre-feu qui leur était imposé et de la gigantesque ratonnade qui s’abattit sur eux ». Elle ajoute que « les archives de la brigade fluviale, dont on disait qu’elles étaient détruites, ne le sont pas ». C’est précisément cette persistance de l’Etat français à tout faire pour cacher la vérité qui devrait interpeller autant les hommes politiques que les historiens. Certains ont tenté d’accréditer l’idée de la totale et unique responsabilité à Maurice Papon, préfet de police de Paris à l’époque. Sauf que les mêmes ont tout fait lors de son procès en 1997 pour « crime contre l’humanité » au motif qu’il avait fait déporter 1 600 juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, pour ne pas rajouter à son dossier les massacres d’Algériens du 17 octobre 1961. Ce qui confirme que personne ne peut croire qu’il ait pu décider seul les massacres en question sans ordre de sa hiérarchie. D’abord, du ministre de l’Intérieur de l’époque, Roger Frey, un proche de Jacques Soustelle, un acharné de « l’Algérie française » et partisan de l’OAS. Ensuite du Premier ministre d’alors, Michel Debré, autre défenseur de « l’Algérie française » devant l’Eternel. Autant d’anomalies qui expliquent le fonctionnement bancal de l’Etat français. Car et il ne faut pas oublier qu’un mois auparavant, le 8 septembre 1961 plus précisément, le président de la République française, Charles De Gaulle, avait échappé à un attentat de l’OAS dans la commune de Pont-sur-Seine alors qu’il se rendait à Colombey-les-Deux-Églises. Ajoutons que les Français avaient exprimé, lors du référendum au mois de janvier (toujours) en1961, leur « oui franc et massif » à plus de 75% pour l’autodétermination de l’Algérie. Que des négociations avec le GPRA avaient commencé le 20 mai 1961. Dans un tel contexte de fin de guerre, qui, en France, pouvait réagir sauvagement contre des Algériens qui manifestaient pacifiquement ? Une piste que l’Etat français refuse d’ouvrir, au nom de la cohésion sociale.

 

Cependant, la vérité, sur le 17 octobre 1961 ainsi que celle sur le 8 mai 1945, éclatera. Tôt ou tard !

 

17 Octobre 2016

»» http://www.lexpressiondz.com/edito/252119-la-france-et-les-massacres-d...
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11 octobre 2016

OPEP : Les coulisses de l'accord d'Alger

 

Par Richard Labévière

http://prochetmoyen-orient.ch/petrole-les-coulisses-de-l-accord-d-alger/

 

Alger, le 5 octobre 2016.

 

Salué par l’ensemble des pays producteurs d’hydrocarbures, c’est bien un « accord historique » qui a été conclu à Alger le 28 septembre dernier. La décision des pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a pris investisseurs et observateurs par surprise. Au terme d’une réunion de près de six heures et de plusieurs semaines de tractations, l’OPEP a annoncé le retour de sa production à un niveau de 32,5 à 33 millions de barils par jour, contre 33,47 mbj en août selon l’Agence internationale de l’Energie (AIE).

 

C’est effectivement à la surprise générale que l’OPEP est parvenu à cette décision historique d’Alger, afin de réduire la production d’or noir (quelque 750 000 barils par jour) pour soutenir les prix durablement affaiblis par une offre excédentaire depuis plusieurs années. Il s’agit de la plus grosse réduction de production depuis celle décidée après la chute des cours durant la crise de 2008. « Aujourd’hui, l’OPEP vient de prendre une décision historique », s’est félicité le ministre algérien de l’Energie, Noureddine Boutarfa, « l’OPEP retrouve ainsi sa fonction de régulation du marché. C’est un rôle qu’elle avait perdue depuis plusieurs années ».

 

La concrétisation effective de l’accord d’Alger se jouera à Vienne (Autriche), à l’occasion de la prochaine réunion de l’OPEP prévue le 30 novembre prochain. « Ce faisant, l’organisation se met elle-même sciemment sous pression pour se contraindre à retrouver son rôle de gendarme de la production », nous explique Pierre Terzian1, le PDG de Pétrostratégie, « d’une part la problématique est difficile à résoudre, notamment pour ce qui est de la répartition de ce nouveau niveau de production entre les 14 pays membres de l’organisation et, d’autre part, l’échec serait catastrophique parce qu’il provoquerait une nouvelle baisse des prix du pétrole et par conséquent une crise supplémentaire aux effets destructeurs durables ».

 

En deçà d’une répartition technique des quotas de réduction, c’est bien plusieurs enjeux politiques, sinon géopolitiques qui sont en œuvre. Les incertitudes demeurent quant à plusieurs pays comme l’Irak et l’Iran dont les productions sont en phase d’augmentation depuis plusieurs années. D’autres, comme la Libye et le Nigéria sont confrontés à des problèmes politiques internes d’une extrême gravité. « La tâche sera donc extrêmement difficile », ajoute Pierre Terzian, « et c’est probablement pour cette raison que l’OPEP a voulu se contraindre en annonçant d’ores et déjà qu’elle se donnait ce seuil symbolique d’une production de 32,5 à 33 millions de barils/jour ». Mais les deux facteurs diplomatico-politiques majeurs concernent, d’une part la détérioration de la relation bilatérale Arabie saoudite/Iran et, d’autre part le rôle essentiel de la Russie non membre de l’OPEP.

 

Depuis plus de deux ans, la monarchie wahhabite est soumise à une conjoncture économique difficile doublée d’un environnement régional et international défavorable. Le pays résiste de moins en moins à l’effondrement des cours, étant obligé de puiser dans ses réserves stratégiques pour faire face à un déficit budgétaire record sans précédent. Celui-ci se monte à près de 90 milliards de dollars, les réserves ayant chuté de 560 milliards…

 

La monarchie s’est donc imposée un plan d’austérité après avoir vécu durant des années dans une opulence dispendieuse : augmentation du prix du carburant, de l’électricité, de l’eau et des services, réductions drastiques des salaires, etc. Ses dépenses de guerre au Yémen et en Syrie aggravent dangereusement cette situation d’autant que la reconquête d’Alep par l’armée nationale syrienne sonne le glas de sa diplomatie régionale de la canonnière !

 

Dans ce contexte où sa diplomatie dicte l’agenda et la reconfiguration de l’ensemble des Proche et Moyen-Orient, la Russie pourrait être amenée à favoriser un retour à la stabilité des marchés. D’ores et déjà, plusieurs négociations sont engagées entre Moscou et les principaux pays membres de l’OPEP. Dans cette partie multilatérale, la diplomatie algérienne a joué un rôle essentiel et devrait être amenée à poursuivre sa fonction historique de facilitatrice, notamment entre Riyad et Téhéran. Toujours est-il que l’accord d’Alger qui change aujourd’hui la donne a été préparé de longue date…

 

Dès mai 2015, le président algérien Adbelaziz Bouteflika a adressé une série de messages à l’ensemble des pays de l’OPEP afin de les sensibiliser aux conséquences destructrices de cours artificiellement réduits. Dernièrement, une lettre de cinq pages a été envoyée au roi Salman d’Arabie saoudite, le président algérien jouant de sa relation d’amitié historique avec la monarchie afin de l’amener à davantage de solidarité avec les autres pays arabes. Simultanément, l’actuel président de l’Assemblée nationale algérienne Mohamed Larbi Ould Khelifa – qui fut ambassadeur d’Algérie en Iran – a fait plusieurs fois le voyage à Téhéran afin de convaincre les autorités iraniennes de venir à Alger, malgré leur volonté initiale de boycotter la rencontre.

 

Celle-ci s’est déroulée en deux temps. Se réunissant tous les deux ans le Forum de l’énergie a d’abord réuni quelque 600 experts dans la capitale algérienne afin de discuter des dossiers environnementaux, des énergies de substitution et des transitions énergétiques. Initialement peu enthousiaste, la ministre française de l’environnement Ségolène Royale, chargée du suivi de l’accord onusien de la COP/21, s’est finalement félicitée du niveau et du sérieux des débats d’Alger qui « auront une influence durable sur la mise en œuvre de l’accord environnemental des Nations unies, notamment à l’approche de la COP/22 qui se tiendra en novembre prochain ».

 

En marge du Forum s’est tenu la réunion du Conseil des pays de l’OPEP, la diplomatie algérienne ayant œuvré afin que tous les membres soient présents. Trois options étaient sur la table : 1) gel des niveaux de la production ; 2) réduction de la production ; 3) ne rien décider… Au maximum de leur production, trois pays – Nigéria, Venezuela et Angola – avaient annoncé vouloir se caler sur la position iranienne cherchant à retrouver son niveau optimum de production antérieur aux sanctions internationales. Autrement dit, une majorité de pays membres de l’OPEP se déclaraient résolument opposés à l’option 2 d’une réduction significative.

 

Lors du Forum, le « non iranien » anticipé était déjà au centre de nombreuses discussions, Téhéran prenant le risque diplomatique de se retrouver en position de porter la plus grande responsabilité d’un blocage à toute évolution, sinon d’être accusé d’affecter la fonction structurelle de régulation de l’OPEP, voire de décrédibiliser durablement l’organisation… De son côté, le premier ministre algérien Abdelmalek Sellal a rencontré la délégation iranienne à deux reprises, porteur de messages tant de l’ensemble de son gouvernement que du président Abdelaziz Bouteflika qui suivait – heure par heure – l’évolution de la négociation.

 

De sources autorisées, prochetmoyen-orient.ch sait que le premier ministre algérien a, ardemment milité pour que « l’OPEP retrouve tout son rôle historique de conciliation, de régulation et d’accompagnement des cours dans des contextes régionaux et internationaux extrêmement préoccupants ». Compte-tenu de la bonne relation bilatérale Alger/Téhéran, la délégation iranienne aurait reçu le signal « pour lâcher du lest », directement et conjointement du Guide de la Révolution Ali Khamenei et du président Hassan Rohani. Plusieurs hauts diplomates arabes et occidentaux ont estimé que cet accord d’Alger ouvrait des perspectives susceptibles d’influencer plusieurs autres dossiers sensibles touchant aux guerres faisant actuellement rage au Yémen et en Syrie.

 

En effet, chacun se souvient du rôle de médiation joué par l’Algérie durant la crise des otages de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran dans les années 1979/19802. Plus récemment, les médiations jouées par Alger dans les crises du Mali, du Niger, de Libye et de Tunisie témoignent de l’efficacité bénéfique de la diplomatie algérienne. Dans les coulisses du Conseil de sécurité des Nations unies, plusieurs diplomates et hauts fonctionnaires internationaux, au premier rang desquels Staffan de Mistura – représentant spécial du Secrétaire général pour la Syrie – estiment que l’Algérie pourrait jouer un rôle bénéfique dans le rééquilibrage de la relation bilatérale Arabie saoudite/Iran, verrou des conflits de Syrie et du Yémen…

 

Dans une région poudrière, entourée d’Etats faillis, de crises, de guerres asymétriques et de menaces terroristes récurrentes, l’Algérie est résolument un Etat-nation stable, sûr de lui, créateur de stabilités régionales et internationales. Nous aurions tort de ne pas en profiter…

 

Richard Labévière

 

Addendum :

http://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/opep  (Extrait)

 

L’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), dénommée OPEC en anglais (Organization of Petroleum Exporting Countries), est une organisation intergouvernementale fondée à l’issue de la conférence de Bagdad le 14 septembre 1960 par le Venezuela, l’Irak, l’Arabie saoudite, le Koweït et l’Iran.

 

Cette organisation est créée à l’initiative de Juan Pablo Pérez Alfonzo, alors ministre du développement du Venezuela, qui souhaite en faire une force de régulation du marché pétrolier. Elle vise à rééquilibrer les relations entre les pays producteurs et les compagnies pétrolières occidentales qui régissent le marché depuis sa création à la fin du XIXe siècle. L'OPEP réunit aujourd'hui 14 pays membres : l'Algérie, l'Angola, l'Arabie saoudite, l'Équateur, le Gabon, l'Indonésie, l'Iran, l'Irak, le Koweït, la Libye, le Nigéria, le Qatar, les Émirats arabes unis et le Venezuela.

Alger, Nice, Alep, Munich par Rachid Boudjedra

 

 

Alger, Nice, Alep, Munich par Rachid Boudjedra

Après la défaite de l’armée nationale afghane, soutenue par l’armée soviétique appelée en renfort par le président Najibullah au milieu des années 80, l’armée US va s’installer en Afghanistan pour chasser les Talibans. Rambo est arrivé ! Mais après trente ans de guerre, le résultat américain est égal à zéro.


Et c’est de l’Afghanistan des Talibans et avec les dollars saoudiens que les terroristes algériens, formés à tuer à Kaboul et à Peshawar, ont déferlé sur l’Algérie dès le début des années 90. L’Algérie a été ainsi le premier pays à être le laboratoire de la CIA et du Roi d’Arabie, pour mettre à l’épreuve cette arme nouvelle, le terrorisme islamiste.


L’Algérie, durant dix ans, a été le premier pays à être dévasté par le terrorisme, dans l’indifférence des puissances occidentales, la France à leur tête. C’était l’époque de Mitterrand qui a cru prendre sa revanche sur l’Algérie qui a défait la France en 1962. Ce sont ses services qui ont créé la fable du « Qui-tue-qui ? », qui ont innocenté les islamistes pour affirmer et aboyer pendant une dizaine d’années, que les coupables des crimes atroces commis par les terroristes algériens étaient l’œuvre de l’armée algérienne et des services de sécurité.


Aujourd’hui, Mitterrand est mort, le terrorisme islamiste aussi (en Algérie) mais il s’est propagé en Europe et aux USA. La France, la Belgique, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Amérique ont vu déferler le terrorisme aveugle, abjecte et immonde qu’a connu l’Algérie de 1990 à 2000.


Aujourd’hui, c’est Nice, Paris, Bagdad, Alep (l’égorgement d’un enfant palestino-syrien partisan (??) du régime !), Munich qui souffrent de ce cancer effrayant. Et nous ne disons pas : « Qui tue qui ? « . Et nous ne nous réjouissons pas de ces massacres odieux, comme certains se sont réjouis en Occident pour les massacres commis en Algérie pendant ce qu’on appelle la décennie verte/noire/rouge/.


Non. Nous sommes choqués. Nous sommes compatissants. Nous sommes solidaires


Mais, nous sommes lucides aussi ! Parce que nous disons que l’Occident avec son Otan, sa CIA et ses USA, ont semé et sèment les guerres partout (la haine d’un Hollande contre Bachar al-Assad est de l’ordre pathologique !) et depuis toujours. Et il ne fait que récolter une énorme tempête. Ce sont les pouvoirs politiques occidentaux qui sont – d’abord – responsables des massacres odieux que vivent leurs citoyens.


Eux, ces responsables qui ont pendu Najibullah à un arbre dans une ruelle de Kaboul.


Eux qui ont pendu Saddam.


Eux qui ont massacré à mort Kadhafi à coups de pierres.


Eux qui n’ont pas compris que l’Histoire n’oublie jamais.


Eux qui n’ont pas compris que tout crime se paye toujours.


Eux qui n’ont pas compris que l’argent ne peut pas se gagner par le crime de guerre.


Ce que nous voulons, nous, pacifistes et progressistes du monde, c’est que la notion même de guerre soit à jamais abolie.


Que les dirigeants de tous les pays rendent des comptes devant leurs peuples pour crime… d’idiotie cruelle.

 

Rachid Boudjedra


24 juillet 2016 | TSA | Actualité.

 

Paru dans l'Humanité du 04/0/2016

Guerre de libération et terrorisme : le FLN n'était pas Daesh

 

Guerre de libération et terrorisme : le FLN n'était pas Daesh

Il fait le parallèle entre l’attentat de Nice et la Bataille d’Alger

 

Dérapage de Boualem Sansal

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le 21.07.16 

 
	Boualem Sansal

Boualem Sansal

En lisant l’article de Boualem Sansal publié le 18 juillet dans le journal français Le Monde, on ne peut qu’être ahuri devant l’insultant parallèle qu’il fait entre le terrorisme abject de Daech et des séquences de la Guerre de Libération nationale.

 

L’écrivain développe que « chaque terroriste a besoin d’inventer son mode opératoire à lui, qui sera sa signature et produira l’effet le plus important pour le coût le plus bas ». L’auteur de Village de l’Allemand a cru opportun d’évoquer la Bataille d’Alger et de comparer ses héros au criminel désaxé qui a semé la mort et la désolation à Nice. « En Algérie, durant la Bataille d’Alger (1957), le FLN, après avoir usé de diverses méthodes (attentat au pistolet, égorgement, incendie, le tout improvisé plutôt que réfléchi et planifié… » a trouvé la méthode qui allait être sa signature, qui donnerait l’effet le plus grand (action psychologique sur les populations, nombre de victimes, retentissement médiatique, destruction de lieux qui symboliseraient la vilenie de l’ennemi…), pour le coût le plus bas (la mort éventuelle du terroriste ou du commando).

 

Ce fut l’attentat à la bombe dans des cafés phares de la capitale, très courus par la bourgeoise algéroise (la Cafétéria, le Milk Bar, L’Otomatic, le Coq Hardi), commis par de jeunes Algériennes se faisant passer pour des « Européennes délurées », écrit Boualem Sansal. Il se hasarde ainsi sur des faits de l’histoire accomplis par des héros du combat libérateur qui a abouti à l’indépendance de notre pays en 1962.

 

Assimiler les couffins de Zohra Drif, Djamila Bouhired et Hassiba Ben Bouali au terroriste de Nice est un raccourci, le moins que l’on puisse dire, indécent. Larbi Ben M'hidi, un des chefs emblématiques de la Révolution, avait opposé cette cinglante réplique, restée dans les annales, à ce genre de condamnation à un journaliste français qui lui avait posé une question sur le « terrorisme » pratiqué par le FLN lors de la Bataille d'Alger : « Donnez-nous vos chars et vos avions, nous vous donnerons nos couffins. »

 

Pour Boualem Sansal, la Bataille d’Alger est donc une somme d’actes de terrorisme contre un gentil colonialisme. Qu’est-ce qui lui a pris pour oser un tel parallèle ? Ce n’est assurément pas les outils intellectuels qui manquent à l’écrivain pour faire la différence entre le mouvement de libération nationale et les terroristes de Daech.

 

Sa contribution, qui prétend être une explication aux nouvelles méthodes du terrorisme de Daech, s’aventure aux limites du révisionnisme. Faire le parallèle entre les héros de la Bataille d’Alger et les terroristes de Daech est une contrevérité que rien ne justifie. Même pas une éventuelle méprise dans les distorsions dystociques de « l’expertise » d’un écrivain s’improvisant spécialiste du phénomène du terrorisme. 

 

Said Rabia

« Le spectacle du monde ressemble à celui des Jeux olympiques : les uns y tiennent boutique ; d’autres paient de leur personne ; d’autres se contentent de regarder. » - Pythagore

 

Un feuilleton dans le droit fil de l’anomie du monde. Les Occidentaux veulent interdire les Jeux olympiques à la Russie pour cause de dopage avéré sous la supervision directe des autorités russes. Avant de tenter d’y voir clair nous allons décrire l’histoire des Jeux olympiques, l’avènement du dopage, une ancienne méthode de triche. Ensuite nous expliquerons pourquoi la décision du CIO est injuste, enfin nous ferons le constat de l’anomie du monde.

 

Les Jeux olympiques symboles de paix

 

Les Jeux olympiques ont accompagné la civilisation grecque. A une période de l’année tous les quatre ans les cités se déclaraient la paix. Ce sont des concours sportifs organisés entre les cités grecques antiques créés au cours du VIIIe siècle av. J.-C. et perdurent pendant plus de mille ans. On fixe traditionnellement les derniers jeux en 393 ap. J.-C. après l’interdiction de l’empereur Théodose sous les conseils de Ambrose l’évêque de Milan. (1)

 

Tenir mille ans c’est dire si cette manifestation sportive a eu du souffle. Près de 1500 ans plus tard, les Jeux olympiques ont été réhabilités dans une forme différente Pierre de Coubertin fut l’un de ceux qui participèrent à la réhabilitation. Ce dernier nous dit l’encyclopédie Wikipédia « Fervent partisan de la colonisation » - « dès les premiers jours, j’étais un colonial fanatique » il voit dans le sport, à l’instar de nombreuses élites de la IIIe République, un instrument utile de « disciplinisation des indigènes ». (1)

 

« Pour certains, Coubertin est, de surcroît, clairement raciste : « Les races sont de valeur différente et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance ». Fidèle en cela à une vision inclusive des indigènes ayant l’apanage d’une certaine force physique, dont l’homme occidental lui apprend à se servir. Cette vision du monde ne se limite d’ailleurs pas aux seuls domaines colonial et ethnique ; elle frise parfois l’eugénisme. Pour lui, toute société est divisée entre forts et faibles. « Il y a deux races distinctes : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. » (1)

 

Il n’est pas étonnant de ce fait que les Jeux olympiques de 1936 eurent lieu dans une Allemagne hitlérienne et que personne ne trouva à redire quand Hitler ne voulut pas serrer la main de Jesse Owen qui rafla les médailles de la course à pied. On dit aussi que le baron Pierre de Coubertin, y assista fasciné par le Führer qui lui aurait octroyé une pension.

 

Le dopage dans les jeux : une histoire toujours d’actualité

 

S’agissant du dopage, durant les Jeux olympiques anciens, les athlètes suivent un régime et une hygiène stricts. Initialement, le régime est commun (pain d’orge, de bouillie de froment, de noix, de figues sèches et de fromage frais). Pausanias mentionne qu’au milieu du Ve siècle, l’entraîneur Dromeus de Stymphale, ancien vainqueur olympique, introduit un régime carné plus adapté. L’hygiène de l’athlète consiste à prendre un bain puis s’enduire le corps d’huile d’olive et le saupoudrer de sable afin de régulariser sa température et le protéger du soleil.(1)

 

« C’était les premières tentatives d’augmenter les performances musculaires autrement que par l’exercice physique. La disqualification de Ben Johnson provoque donc une sorte de séisme olympique à forte visibilité médiatique, et le monde entier prend soudain conscience du problème du dopage. Pourtant, le dopage dans le sport, et plus particulièrement aux Jeux olympiques, est loin d’être un phénomène nouveau. De tout temps, l’homme a en effet cherché à augmenter ses capacités physiques par l’absorption de diverses substances : ainsi, durant les Jeux de l’Antiquité grecque, les concurrents consommaient de grandes quantités de viande pour augmenter leurs chances de victoire, ce qui était interdit et sanctionné. Les sauteurs mangeaient de la viande de chèvre en raison des aptitudes de cet animal alors que les lanceurs et les lutteurs préféraient la viande de boeuf. » (1)

 

Pour ce qui est des Jeux modernes, Thomas Hicks, vainqueur du marathon en 1904 à Saint-Louis, ne put rallier l’arrivée que grâce à l’« aide » de son entraîneur qui lui fit deux injections de sulfate de strychnine et lui fit avaler une bonne rasade de cognac français. À cette époque, on ne parle pas de dopage et Hicks est félicité pour sa victoire. On commence à parler de dopage en 1928 : la Fédération internationale d’athlétisme interdit le recours à des substances stimulantes ; mais il n’existe ni moyens de contrôle ni règlements spécifiques en la matière ; cette interdiction demeure très symbolique, le respect de celle-ci relevant donc de la seule rigueur morale des concurrents. Une pratique « dopante » se répand dans les années 1930 : comme le déficit en oxygène limite les performances dans les sports d’endurance, les Japonais inaugurent l’inhalation d’oxygène avant les compétitions. Puis les hormones synthétiques s’invitent aux Jeux dans les années 1950. »(2)

 

« En 1960, le cycliste danois Knud Enemark Jensen décède, prétendument victime d’une insolation, dans la course contre la montre par équipes de 100 kilomètres : l’autopsie révèle des traces d’amphétamines, dont l’absorption est plus sûrement la [...] En 1967, le CIO a interdit l’utilisation de drogues améliorant la performance dans la compétition olympique. Lors des Jeux olympiques d’été de 1968 ; le CIO officialise les contrôles antidopage et oblige les femmes à se soumettre à des tests de féminité. En 1989, le CIO met en place les contrôles inopinés. Le premier athlète olympique contrôlé positif pour utilisation de drogues améliorant la performance est Hans-Gunnar Liljenwall, un athlète suédois pratiquant le Pentathlon moderne. Lors des Jeux olympiques d’été de 1968, il perd sa médaille de bronze pour consommation d’alcool. Il est le seul athlète à être contrôlé positif pour une substance interdite aux Olympiques de 1968. »(2)

 

« Le cas le plus connu d’usage de drogues est le vaste programme de dopage des athlètes en Allemagne de l’Est de 1970 à 1980. Durant tous les jeux qui se sont déroulés, aucun pays n’est épargné et il est malvenu de donner des leçons. Le CIO prend les devants dans la lutte contre les stéroïdes lorsqu’il crée une Agence mondiale antidopage (AMA) indépendante en novembre 1999. Cette lutte antidopage se ressent dès les Jeux olympiques d’été de 2000 et Jeux olympiques d’hiver de 2002 où alors que les Jeux ne sont pas encore terminés, plusieurs médaillés en haltérophilie et au ski de fond furent disqualifiés en raison d’avoir échoué à un test antidopage. Pendant les Jeux olympiques d’été de 2012, plus de 6 000 contrôles ont été effectués. Les contrôles d’urines tests sanguins ont été utilisés dans un effort coordonné pour détecter les substances interdites et les récentes transfusions sanguines. Avant même le début des Jeux de Londres, 107 athlètes furent écartés. » (2)

 

Participation de la Russie aux JO de Rio

 

On dit que le CIO soumis à de multiples pressions, surtout de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et l’agence américaine antidopage (Usada) a décidé de laisser les fédérations décider à sa place Le CIO a pris une sage décision concernant la suspension ou la participation de la Russie aux JO : cette décision est très flottante sur le plan juridique. Mais comme l’intérêt est ailleurs... le dimanche 24 juillet, le CIO a rendu une décision qui ne plaît pas aux nouveaux combattants de l’intégrité sportive. En voici les éléments les plus intéressants. Dès le début, le CIO reconnaît que l’enquête n’a pas respecté les droits de la défense et n’a que survolé le dossier, en la justifiant par les contraintes liées à l’urgence - ce qui met déjà en doute « l’indépendance » et la pertinence de la commission McLaren. Toutefois, rejetant formellement le principe de la responsabilité collective, le CIO demande aux Fédérations internationales de se prononcer sur la composition des délégations russes par sport. Mais les Fédérations internationales, elles, sont libres d’appliquer la responsabilité collective, comme le fait la Fédération internationale d’athlétisme. »(3)

 

Le deux poids, deux mesures du CIO

 

Il n’empêche que la décision n’est pas juste : « En rendant cette décision, le CIO, qui s’appuie tout d’un coup sur le droit, viole au passage plusieurs principes juridiques universellement reconnus. Le CIO exige que seuls les athlètes russes n’ayant jamais été touchés par une affaire de dopage puissent participer aux JO de Rio. Même s’ils ont été sanctionnés auparavant et que la durée de la sanction est passée. Autrement dit, un athlète suspendu pour deux ans, par exemple, pour dopage il y a cinq ans, ne pourra pas participer aux JO alors que sa peine a expiré. C’est totalement illégal. Imaginez qu’un homme soit condamné pour vol... et privé de ses droits à vie. Par l’exigence précédente, le CIO viole également le principe d’égalité. Car des sportifs non-russes ayant été condamnés pour dopage et ayant passé le temps de leur disqualification pourront participer aux JO de Rio. Tous les sportifs ne sont donc pas sur un pied d’égalité. La « présomption d’innocence » ne peut donc leur être appliquée dans ce cas. L’affaire sort de la volonté de l’agence américaine antidopage Usada de s’attaquer au sport russe. C’est elle qui lance l’AMA, qui demande par la presse la suspension de la Russie, qui soutient « les transfuges » qu’elle s’est payée en les personnes de Rodchekov et Stepanova. Cette même hargne se voit au sein de la Fédération internationale d’athlétisme dont le président, le Britannique Sebastian Coe, a été changé au bon moment, en 2015, pour lancer toute l’affaire. (...) Même lorsque le verdict est tombé, ils n’ont pas baissé les bras, et l’AMA et l’Iaaf ont proposé immédiatement aux autres fédérations de les aider à bien « choisir » les sportifs russes qu’ils laissent passer ». (3) Il y a à n’en point douter deux poids, deux mesures car les athlètes russes sont soumis au triple contrôle. Ne jamais avoir été contrôlé positif même si on a purgé sa peine. Avoir subi des contrôles crédibles hors Russie et ne pas être porté sur une liste secrète élaboré par l’expert Mc Laren réputé être indépendant. En clair ne sont concernés nommément que les athlètes russes et pas ceux des autres nations qui ont été contrôlés positifs par le passé.

 

Les Jeux olympiques comme un outil de la nouvelle Guerre froide

 

Il n’est pas étonnant que l’on parle des Jeux olympiques comme outil de la nouvelle Guerre froide. : « Le sixième principe fondamental de l’olympisme (non-discrimination de toute nature, y compris sur la nationalité et l’opinion politique) semble être oublié depuis longtemps. Dans la Grèce antique, la compétition des meilleurs athlètes a été en mesure de mettre fin à une guerre et servir comme un pont de compréhension entre deux ennemis récents. Mais au cours du XXe siècle, les Jeux olympiques sont devenus une arme politique. En 1980, les États-Unis et leurs alliés ont boycotté les Jeux à Moscou comme une protestation contre les troupes soviétiques qui étaient entrées en Afghanistan à la demande du gouvernement légitime de ce pays (en revanche, les Jeux olympiques de l’Allemagne nazie de 1936 ont eu lieu comme d’habitude, sous les applaudissements du monde civilisé). » (4)

 

« Le 8 mai 2016, le programme CBS 60 Minutes a diffusé une émission au sujet du dopage en Russie. Les interviews tournaient autour de l’enregistrement des conversations entre un ancien membre du personnel de l’Agence antidopage de Russie (Rusada), Vitaly Stepanov, et l’ex-directeur du laboratoire antidopage de la Russie à Moscou, Grigory Rodchenkov. Ce programme était le quatrième épisode d’une longue série à propos de la prétendue existence d’un système pour soutenir le dopage dans le sport russe. Quelques jours plus tard, le New York Times a publié une interview avec Rodchenkov. C’est l’ancien fonctionnaire qui affirme qu’un programme de dopage soutenu par l’État était actif aux Jeux olympiques de Sotchi et que la commande de ce programme était venue presque directement du président russe. » (4)

 

Pourquoi la guerre encore et toujours ?

 

L’hégémonie planétaire des Etats-Unis ne doit jamais être remise en cause. Et ce fait tout sera fait par les vassaux de l’Empire et par les médias mainstream pour maintenir cet état de tension. Dans une contribution remarquable, Paul Craig Roberts parle à la fois de la malhonnêteté des journalistes, mais aussi de la colère de Poutine concernant les boutefeux.

 

Il écrit : « (..) Toute personne informée sait qu’il n’y a pas besoin d’une force de défense contre la Russie dans les pays baltes et en Pologne. Cela mis à part, seul un imbécile total peut penser que 3000 ou 4000 soldats (...) Récemment, le président Poutine a carrément passé un savon aux médias occidentaux prostitués qui attisent les flammes de la Troisième Guerre mondiale en répétant sans les remettre en question les mensonges propagandistes de Washington. Ces mensonges sont irresponsables. Ils mettent en danger toute vie sur la planète Terre. Pendant ma vie, des présidents américains ont travaillé à réduire les tensions entre les deux grandes puissances nucléaires. JFK a travaillé avec Khrouchtchev pour désamorcer la situation dangereuse provoquée par l’installation de missiles américains en Turquie et, en réponse, le placement de missiles russes à Cuba. Le président Nixon a donné naissance à SALT I, le traité de limitation des armes stratégiques et le traité ABM [sur la limitation des systèmes antimissiles balistiques, NdT]. Le président Carter a travaillé à SALT II ».(5)

 

« Le président Reagan a négocié avec Gorbatchev la fin de la Guerre froide, la réalisation la plus prometteuse du XXe siècle. Les régimes de Clinton, George W. Bush et Obama ont fait tout ce qui était possible pour exacerber les tensions entre les puissances nucléaires à des hauteurs dépassant celles des jours les plus dangereux de la Guerre froide. Le régime malfaisant de Clinton a trahi la promesse du gouvernement des États-Unis,ruinant ainsi l’honneur de ce même gouvernement, en amenant l’Otan aux frontières de la Russie. Le régime funeste de George W. Bush a retiré les États-Unis du traité ABM et a réécrit leur doctrine militaire afin de faire passer les armes nucléaires d’un instrument de rétorsion à une arme de première frappe. Cet acte insensé a mis les Russes en garde. Le régime diabolique d’Obama vise à placer des missiles nucléaires aux frontières de la Russie, en Pologne et en Roumanie, et a manigancé un coup d’État en Ukraine dans l’intention de priver la Russie de sa base navale dans la mer Noire en Crimée. (5)

 

« Le 18 juillet, le président russe Vladimir Poutine avait exhorté l’Agence mondiale antidopage à présenter des preuves des accusations de dopage à grande échelle. « Nous l’avons dit depuis toujours : le dopage n’a pas sa place dans le sport qualifiant néanmoins de ’dangereuse’’ l’intrusion de la politique dans le sport. « La question [du sort] des sportifs russes est sortie du champ juridique et dépasse l’entendement », a-t-il déclaré au cours d’une cérémonie organisée au Kremlin avec la sélection olympique russe, avant son départ au Brésil. Sans eux, « la compétition sera moins spectaculaire » et les victoires des autres sportifs « auront une saveur totalement différente, voire n’en auront pas », a encore jugé le président russe. La délégation russe est déjà amputée d’une centaine de sportifs exclus pour leur implication ou leur implication présumée dans des affaires de dopage, conformément à la demande du Comité international olympique (CIO). Je pense, et vos collègues des autres grandes puissances sportives mondiales le comprennent, que la qualité de leurs médailles sera différente. C’est une chose de gagner face à des rivaux à sa hauteur, c’en est une autre de gagner face à ceux d’une classe inférieure », a-t-il affirmé. Pour le président russe, qui a dénoncé une « tentative de transfert dans le sport des règles de la politique », cette exclusion « injuste » a en fait porté « un coup de poignard à l’ensemble du monde monde du sport ».(6)

 

Tous les pays ont à un moment ou un autre triché, notamment les donneurs de leçons. En l’occurrence, il n’y a pas de manu polite (mains propres). Les jeux actuels sont un outil de pression, une arme de l’Empire contre tous ceux qui ne plient pas Le plus important pour la Russie, c’est que son drapeau défile avec ses athlètes défilent drapeaux au vent à la cérémonie d’ouverture, ce que les pays occidentaux Etats Unis et Europe ont a tout prix voulu empêcher dans cette grande messe mondiale, son absence aurait eu des conséquences très négative pour sa place en tant que grande puissance mondiale. Elle pourrait immédiatement après se retirer avec dignité boycotte cette grand mascarade d’un CIO politisé cra tentative d’exclure la Russie des jeux fait partie de ce combat d’arrière-garde de l’administration Obama sur le départ. Nous sommes loin de la symbolique des Jeux olympiques tels que la Cité grecque les mettait en oeuvre pour assurer la trêve qui souvent débouchait sur la paix définitive. Dans ce XXIe siècle de tous les dangers, les Jeux olympiques, pour paraphraser Carl Von Clausewitz, sont « la continuation de la guerre par d’autres moyens ».

 

Professeur Chems Eddine Chitour

 

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

»» http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur _chitou...


1.Les jeux olympiques https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_de_Coubertin

2. P. Lagrue, : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jeux-olympiques-le-dopage-et-les-jeux/

3.http://russiepolitics.blogspot.fr/2016/07/participation-de-la-russie-aux-jo-de.html

4. http://lesakerfrancophone.fr/les-jeux-olympiques-comme-un-outil-de-la-nouvelle-guerre-froide

5. http://lesakerfrancophone.fr/vladimir-poutine-est-le-seul-dirigeant-qua-loccident

6. http://www.lemonde.fr/jeux-olympiques-rio-2016/article/2016/07/27/jo-pour-vladimir-poutine-l-exclusion-des-sportifs-russes-depasse-l-entendement_4975469_4910444.html#4csilQz4RY5FL4dT.99

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Vendredi 22 juillet 2016

L'intervention illégale de la France en Libye

Les restes de l’appareil abattu dimanche dans les environs de Benghazi.
Le 20 juillet, le ministère français de la défense est bien obligé de reconnaître que 3 membres de la DGSE sont morts en mission secrète en Libye. Pour protéger la France. Seulement, le Gouvernement libyen, légitime et reconnu, n'avait pas demandé à la France d'intervenir. Et pour cause, la France soutient des forces anti-gouvernementales. Mais ce n'est qu'un détail: certains pays ont le droit de défendre des intérêts nationaux, les autres n'ont pas le droit à l'intérêt national. Quand le néo-colonialisme remplace le droit international, le terrorisme se renforce.
 
La presse en parlait déjà depuis quelques temps, mais le ministère français de la défense ne confirmait pas la présence française en Libye.
 
Laurent Fabius, alors ministre des affaires étrangères, affirmait qu'il était hors de question que la France intervienne en Libye. Ensuite, le Figaro a lancé des informations:
Dès le mois de décembre, Le Figaro révélait que Paris préparait les plans d'une intervention sur le sol libyen. En février, le journal Le Monde avait fait état d'une présence secrète de la France en Libye. Le quotidien évoquait des «actions militaires non officielles» et des «frappes ponctuelles très ciblées». Le ministère de la Défense avait aussitôt répliqué en lançant une «enquête pour compromission du secret de la défense nationale»
Finalement, S. Le Foll, porte-parole du Gouvernement, reconnait la présence militaire française, mais uniquement pour une mission de renseignement, le pays étant instable. Or, il est maintenant évident que l'intervention française en Libye va beaucoup plus loin que cela: son but est de soutenir un groupe d'opposition "modérée" qui lutte et contre Daesh et contre le Gouvernement d'union nationale. 
 
Toute ressemblance avec la Syrie sera bien venue.
 
Dimanche 17 juillet, un hélicoptère est abattu par la Brigade de défense de Benghazi, groupe terroriste. L'hélicoptère est de fabrication russe, appartient au groupe d'opposition du général Khalifa Haftar et, la théorie de la panne technique étant vraiment trop absurde, il devient clair qu'il a été abattu par un tir de missile sol-air. Donc les forces spéciales françaises utilisent incognito un hélicoptère d'un groupe militaire d'opposition à un Gouvernement légitime.
 
Le ministre de la défense salue ces courageux militaires:
Il salue le courage et le dévouement de ces militaires engagés au service de la France qui accomplissent, tous les jours, des missions dangereuses contre le terrorisme.
Le Président invoque l'intérêt national:
« La Libye connaît également une instabilité dangereuse. C’est à quelques centaines de kilomètres seulement des côtes européennes. (…) Trois de nos soldats qui étaient justement dans ces opérations viennent de perdre la vie dans le cadre d’un accident d’hélicoptère. Je leur rends hommage aujourd’hui devant vous »
L'hypocrisie se porte à merveille, pas un mot sur la légitimité de l'intervention française, ni de son illégalité. Des soldats français meurent en violant le droit international, pour la grandeur du pays.
 
Le Gouvernement libyen invoque la violation de son territoire. Aucune intervention n'était justifiée sans qu'il en soit informé. Car la France est intervenue sur le territoire d'un Etat souverain, sans mandat de l'ONU et sans demande des autorités de l'Etat concerné. Elle est intervenue "dans le cadre de la lutte contre le terrorisme". Comme si cette banière justifiait tout.
 
Comme à son habitude, elle soutient l'opposition. Evidemment armée, mais "modérée". Nous la connaissons. Celle qui lutte soi-disant contre Daesh, mais a la bonne idée de ne pas soutenir le gouvernement d'union nationale reconnue par la communauté internationale.
 
Finalement, tout est clair:
« L’Armée nationale libyenne (ANL) commandée par Haftar est l’embryon le plus sérieux de la future armée réunifiée. Il est normal de commencer à la cultiver », ajoute une source une source militaire française. Nous n’étions ni les seuls ni les premiers à arriver à Benghazi. Les Américains étaient là avant nous ».
Les victoires sur le terrain conduisent Haftar à se raidir contre le Gouvernement. De toute manière, il bénéficie également de l'appuie des Emirats Arabes Unis. Autrement dit, le soutient apporté par les "pays démocratiques" à l'opposition "modérée armée" en Libye contribue à destabiliser la situation à l'intérieur du pays. Ce ne sera pas la première fois.
 
Certains pays comme les Etats Unis ou la France, pour ne prendre qu'eux, ont le droit d'avoir des intérêts nationaux à protéger. Pour cela, ils peuvent intervenir n'importe où, n'importe quand, soutenir qui bon leur semble, indépendamment du droit international, de la souveraineté des Etats, de l'ONU. Le monde est un vaste terrain de jeu. Car ils sont les Etats supérieurs. 
 
Une sorte de néo-colonialisme destructeur s'est emparé des relations inter-étatiques: les maîtres s'agitent, les colonisés subissent et s'organisent en fonction des caprices des nouveaux maîtres qui bougent leurs pions. Tout cela permet de souhaiter longue vie au terrorisme, qui se nourrit allègrement de l'instabilité internationale créée par ces politiques irresponsables de nos dirigeants.
 

 

 

Toute la France qui pense bien est tombée amoureuse de Kamel Daoud, un Algérien qui a le courage d'écrire la vérité sur les Arabes et autre musulmans. C'est-à-dire que ces êtres humains sont à vomir, la lie de la terre. Profitant d'une aubaine, l'agression à Cologne d'un certain nombre de femmes, Daoud a fait des musulmans des violeurs nés toujours prêts à exprimer leurs instincts. Or, un seul immigré d'origine marocaine a été poursuivi pour l'épisode de Cologne... c'est peu pour un rezzou. Ahmed Bensaada , dans son livre "Cologne contre-enquête" éditions Franz Fanon nous montre le visage du vrai Daoud, ennemi des Palestiniens et lui-même ancien barbu.

Cet essai est remarquable. Il l’est par sa forme, un français clair, une rigueur du raisonnement et sa manière de consigner les preuves de chaque fait avancé. Par le fond, et le texte d’Ahmed Bensaada est une succession de lignes de survie, comme celles qu’on lance pour repêcher les migrants naufragés. Des phrases et des idées aussi nécessaires que l’eau bouillante de Pasteur ou les commentaires d’Aristote par Averroès. Et c’est la qualité de notre auteur, dans la vie physicien et utopiste, de faire valser les concepts avec la rigueur d’un cyclotron.

 

Il est le premier à mettre à nu, comme une grenouille autopsiée, la vérité de ces intellectuels maghrébins qui, par un effet de balancier digne du pendule de Foucault, ont décidé de jouer les supplétifs des pires « penseurs » néoconservateurs français. Le noyau le plus agité de ces gens de plumes et d’écrans, aussi permanents que l’horloge parlante, occupe tout l’espace médiatique français. Mais ça ne suffit pas. Dans leur croisade du choc des civilisations, il leur faut du renfort basané. C’est bien connu, le colon a toujours eu besoin de son bon nègre, de son indigène alibi. Y’a bon Banania.

 

Dans cette guerre faite aux Arabes et Musulmans, où à la tourelle de son char à pédales BHL se rêve en Patton, un nommé Kamel Daoud va être recyclé par les élites de Paris qui en fait une tête de gondole. Voilà un nouveau héros, martyr d’une fatwa en peau de lapin. Après avoir été lui-même, jusqu’au moment de la fondation du Front Islamique du Salut, un barbu affirmé, il dit qu’il n’y pouvait rien, qu’à l’époque il n’a pas vu s’organiser les « fascistes » verts, mais de cette matrice va pourtant naître la « bête immonde », la coupeuses de têtes d’Algériens au temps des « années noires » (les tueurs au nom d’Allah étant alors considérés par Paris comme de braves guérilleros), Kamel Daoud saute subitement la source du Zamzam et découvre que Dieu est athée. A Oran, le voilà devenu un journaliste à la plume alerte. Il est donc dit que la France vivra désormais sous les diktats d’Éric Zemmour, l’Algérie sous ceux de Kamel Daoud.

 

C’est par la publication de son livre Meursault contre-enquête que le journaliste oranais débarque Rive Gauche. Un bouquin dans lequel, se mettant dans la roue de Camus, il ne risque qu’une retombée : ramasser un peu de la gloire du Prix Nobel victime de la route.

 

La seconde intervention de Daoud, dans le champ du débat français, fait immédiatement suite au Nouvel An. Voilà qu’à Cologne, au cœur des libations, nombre de femmes ont été gravement harcelées, et pire peut être, par des hommes immédiatement qualifiés « d’arabes ». Ça tombe à pic, Angela Merkel ne vient-elle pas d’ouvrir les portes de sa République à des centaines de milliers de ces rastaquouères... Heureusement, cerbère de Cologne et nouveau Spinoza, Daoud nous écrit ce qu’il faut penser de tout cela. Pour faire court, tous les Arabes et musulmans de la planète sont des frustrés, des fourbes sans courage, des êtres sans convictions, corrompus et achetables par le plus offrant. Plus que dans leurs gènes, cela est inscrit dans leur religion commune, l’islam. Je fais remarquer en passant que, dans sa rafle, notre cher Daoud, si scientifique, a oublié de nous préciser ce qu’il pense du plus important état musulman au monde, cette Indonésie qui n’est pas « arabe » ? Autre détail, en passant, et qui nous dit tout du Savonarole d’Oran, face à l’ignominieuse injustice faite aux Palestiniens, Daoud se range du côté des bourreaux. Ecrire cela plutôt que la vérité, dans une France où BHL règne sur les médias, c’est le succès garanti. Dans son combat pour dire le vrai, c’est-à-dire le pire fantasmé par les élites occidentales, par les néo colonialistes de la pensée, Bensaada nous montre que Daoud n’est pas seul, qu’il fait « école », courant. L’auteur nous cite l’exemple de Boualem Sansal, un romancier primé par l’Académie Française qui, sur le chemin des idées courtes, tient lieu de compagnon de route au camarade Daoud.

 

De bonne foi de nombreux citoyens du monde ont été généreusement alertés par la furia de Cologne. Ignorant quel moteur Daoud cachait sous son capot, ils ont applaudi ses écrits sans langue de bois : « Nous ne sommes pas racistes... mais vraiment ces Arabes sont insupportables. Finalement, le choc des civilisations est bien là... ».


Très bien mais qui vient nous dire, sauf Ahmed Bensaada dans ce livre, que chaque année la presse allemande met en garde les femmes contre les possibles outrages de cette nuit de Nouvel An, actes inexcusables commis par de grands et gros blonds. Que si l’on excepte la condamnation d’un Marocain, les policiers germaniques, qui ne sont pas nuls, n’ont trouvé aucun autre « Arabe » à conduire vers le tribunal. Daoud a donc glosé sur un événement qui reste un mystère, ce qui n’est pas bien pour un journaliste si vétilleux.

 

A ce point je me souviens de mes rencontres avec Kateb Yacine. Son philosophe référent n’était pas BHL, mais Sartre. Il était fier dans son désespoir, sans haine de soi ni des autres. Il pensait pouvoir changer (un peu) le monde et son monde. Lui, dont le français était celui d’un génie, s’est mis à écrire en arabe, et même en dialecte pour, avec ses amis du Théâtre de la Mer, aller de bled en bled afin de dire à ces Arabes, à ces Kabyles musulmans ou chrétiens, que la poésie et le savoir sont l’avenir de l’homme. Kateb est mort dans la misère, un jour Daoud sera à l’Académie. Voilà le livre d’Ahmed Bensaada. Il nous dit que, même pour l’incurable athée que je suis, insulter des peuples au nom de leur religion supposée est un crime.

 

Cologne contre-enquête par Ahmed Bensaada, éditions Franz Fanon

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El Wattan : Les Saoudiens rattrapés par les attentats du 11 Septembre

 

23 Mai 2016
Les familles des victimes font pression aux États-unis et comme la presse française garde un silence de bon aloi sur ce débat qui fait rage aux Etats-Unis à propos des 28 pages qui mettent en cause le régime saoudien. Cet article de la presse algérienne permet d’ouvrir un peu  le débat sur le rôle de  nos chers « alliés » en matière de terrorisme. Il faut également noter « la vertueuse » position en matière de droit international craignant d’incriminer des Etats. Quand on a affaire au représentant d’un pays qui a pratiqué des interventions armées en violation de toute légalité internationale de toute l’histoire contemporaine, le même pays qui pratique les blocus et les sanctions, on se demande s’il nous prend pour des imbéciles. Seuls les intérêts imbriqués entre pouvoir saoudien et capitalisme occidental, américain expliquent cet appel à la retenue  
(note de danielle Bleitrach)

le 21.05.16 | 10h00

  

Le Sénat, la Chambre haute du Parlement américain, a approuvé mardi une proposition de loi permettant aux familles des 2977 victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001 de poursuivre l’Arabie Saoudite pour son rôle supposé.

 

Le texte adopté par le Sénat doit être examiné par la Chambre des représentants dont le président Paul Ryan a exprimé des réserves. La Maison-Blanche a indiqué aussi à plusieurs reprises que Barack Obama s’opposait à la loi afin de ne pas créer un précédent où les Etats pourraient être poursuivis. «Cette loi changerait le droit international traditionnel à l’égard de l’immunité des Etats.

Le président des Etats-Unis continue de craindre que cette loi ne rende les Etats-Unis vulnérables dans d’autres systèmes judiciaires partout dans le monde», a indiqué mardi Josh Earnest, porte-parole de la Maison-Blanche. S’agissant des attentats, aucune implication de l’Arabie saoudite n’a, à ce jour, été démontrée mais 15 des 19 pirates de l’air étaient Saoudiens.

 

Zacarias Moussaoui, le Français condamné en liaison avec les attentats du 11 Septembre et surnommé le «20e pirate de l’air», avait également assuré à ses avocats que des membres de la famille royale saoudienne avaient versé des millions de dollars à Al Qaîda dans les années 1990. Bien qu’importantes, ces «révélations» ne constituent cependant pas un scoop.

 

C’est même un secret de Polichinelle. Tous les services secrets de la planète, y compris la CIA, savent que depuis le début des années 1980 l’Arabie Saoudite a financé une multitude de groupes terroristes pour propager son idéologie wahhabite et déstabiliser des pays. Et Riyad n’a jamais été inquiété, car il a toujours bénéficié du soutien des Etats occidentaux qu’il alimentait en pétrole bon marché. Des Etats qui, aujourd’hui, font tout pour que cette monarchie moyenâgeuse continue de bénéficier d’une forme d’impunité au niveau international.

 

L’Arabie saoudite menace

 

Quoi qu’il en soit, l’affirmation de Moussaoui avait tout de même suscité en son temps des réactions de l’ambassade d’Arabie Saoudite à Washington qui l’a rejetée avec véhémence. Idem pour la loi adoptée mardi et soutenue par deux sénateurs : John Cornyn, un élu républicain du Texas, et Chuck Schumer, élu démocrate de l’Etat de New York. Sa programmation par le Sénat avait déclenché la colère de l’Arabie Saoudite. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al Jubeir, avait même averti, en mars dernier, des élus à Washington de possibles représailles si le texte venait à être adopté par le Congrès américain, notamment la vente de 750 milliards de dollars en bons du Trésor américain et autres actifs américains.

 

L’attitude de défiance de Riyad a eu pour effet de raviver le débat aux Etats-Unis sur la nécessité de déclassifier le rapport estampillé «secret-défense» de la commission d’enquête américaine sur les attentats du 11 Septembre. Les appels à sa «déclassification» les plus insistants viennent des familles de victimes qui veulent la vérité sur le rôle de l’Arabie saoudite dans les attentats.

 

Pour nombre d’entre elles, «l’Administration américaine doit cesser de protéger l’Arabie Saoudite et passer outre les menaces de ses dirigeants en vue de déterminer avec précision quel rôle le pays a pu jouer dans l’organisation des attentats du 11 Septembre 2001». Les familles des victimes estiment en outre que «le gouvernement américain, tant durant les mandats de George W. Bush que durant ceux de Barack Obama, continue de donner la priorité aux intérêts de Riyad par rapport à ceux de la population américaine».

 

Aussi réclament-elles la divulgation «immédiate» de la section censurée (28 pages) du rapport du Congrès datant de 2002 traitant des dysfonctionnements des services de renseignement américains en lien avec les attentats. Le président Obama doit faire savoir, au mois de juin, s’il entend faire déclassifier les 28 pages concernées qui portent plus précisément sur les ramifications saoudiennes du drame.

 

5 saoudiens ciblés

 

Il faut dire aussi que l’intérêt pour leur contenu a été relancé aussi par les divergences d’opinions médiatisées d’anciens membres de la Commission nationale sur les attaques 11 Septembre. Dans son rapport produit en 2004, la Commission disait n’avoir trouvé «aucune preuve que le gouvernement saoudien comme institution ou des hauts responsables saoudiens» avaient financé Oussama Ben Laden ou son organisation.

 

Seul un membre du gouvernement saoudien — un diplomate rattaché au consulat à Los Angeles — avait été montré du doigt par la Commission en raison de son rôle présumé dans un réseau de soutien utilisé par deux des terroristes ayant perpétré les attentats. Les conclusions du rapport avaient d’ailleurs été accueillies avec satisfaction par le gouvernement saoudien, qui se disait blanchi de tout reproche.

 

Dans une récente interview accordée au quotidien The Guardian, une source proche de la commission en question s’insurge cependant contre cette interprétation. Selon elle, au moins cinq responsables saoudiens faisaient l’objet de forts soupçons et ont fait l’objet d’une enquête.

 

Des employés du ministère saoudien des Affaires islamiques auraient notamment été ciblés. La source du Guardian souhaite elle aussi que le contenu des 28 pages censurées — qui étaient connues des membres de la Commission — soit rendu public afin que toute la lumière soit faite publiquement sur la filière saoudienne. Les deux anciens dirigeants de la Commission jugent de leur côté que les pages en question contiennent du «matériel brut non vérifié» qui pourrait porter préjudice à des personnes innocentes. Les Etats-Unis oseront-ils publier ce rapport secret dans lequel l’Arabie saoudite occupe une place centrale ?

 

Si cela venait à se faire, il est à parier qu’il aura déjà l’effet d’une bombe.

Une exigence impérieuse pour les masses populaires : déjouer les plans antipopulaires de la bourgeoisie interne et de ses soutiens impérialistes externes

 

07 Mai 2016

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jeudi 5 mai 2016
par  Alger républicain

 

Un responsable de l’OTAN a récemment réitéré à partir du Maroc les menaces du bras armé de l’impérialisme à l’endroit des pays qui ont « échappé » selon lui à la première vague du « printemps arabe ». Une seconde va les emporter de façon imminente, avertit-il, s’ils n’appliquent pas comme il se doit les « réformes ». Evidemment on sait ce que le mot « réformes » veut dire dans la bouche des boutefeux des USA, de la France, de l’Angleterre ou de l’Allemagne : l’assujettissement sans murmures aux volontés de leur bourgeoisie impérialiste.

 

Le rappel à l’ordre signifie clairement l’abolition des lois sociales assurant un minimum de protection des travailleurs, la mise au pas des syndicats, la baisse des impôts au profit du Capital, la suppression des barrières douanières et de tout contrôle étatique sur les mouvements des capitaux et des profits, la remise des zones pétrolières et gazières aux multinationales et, bien entendu, l’installation de bases militaires.

 

L’état d’esprit anti-impérialiste hérité de la guerre de libération qui imprègne heureusement encore de larges catégories de la population, notamment des masses populaires, le rapport des forces internes, ont empêché jusque-là le régime algérien, régime d’une bourgeoisie elle aussi impatiente d’en finir avec le « populisme », d’accélérer le rythme pour satisfaire les exigences indécentes du capital étranger et local. Bouteflika, le politicien le plus intelligent que la bourgeoisie ait jamais eu depuis l’indépendance, est conscient qu’à chercher à forcer les rythmes suivant les injonctions extérieures le risque est très grand pour les nouveaux et anciens possé-dants de tout perdre d’un seul coup.

 

De perdre ce qu’ils ont acquis depuis trois ou quatre décennies de « restructurations », de libéralisations, de privatisations et de coups portés aux travailleurs. Apparemment le rythme du régime Bouteflika n’est pas celui de l’OTAN. Et ce bras armé du capital monopoliste de l’Occident est sous la pression de la crise du capitalisme, crise générée par ses difficultés à rehausser le taux de profit en rapport avec les immenses capitaux accumulés. Il est tiraillé par les rivalités qui opposent sans merci les divers pôles impérialistes dans leur course pour le contrôle des zones d’influence et de domination. Mettre la main sur les sources d’énergie, les gisements de pétrole et de gaz, les voies de leur acheminement, sur les marchés et les réserves de force de travail, tel est le moyen privilégié pour tenter de faire repartir les profits du Capital monopoliste à la hausse.

 

C’est le vrai but des guerres, de l’idéologie mensongère du devoir d’ingérence et « droits-de-l’hommiste » qui ont ravagé des régions entières en Libye, Syrie, Ukraine, Yémen, sans parler des souffrances que le peuple palestinien endure depuis 1948, etc. 


Et les planificateurs des conflits sont maintenant convaincus qu’en Algérie il existe assez de forces internes prêtes à marcher avec eux. Les contradictions du régime ont créé des conditions jugées favorables à une impulsion externe pour faire basculer l’Algérie dans leur giron. Comme tout régime au service des intérêts de la bourgeoisie, le régime actuel a porté à son paroxysme les contradictions entre les nantis et les masses populaires. 


La bourgeoisie impérialiste est cynique. Elle pousse les régimes économi¬quement faibles et dépendants à aller toujours plus loin dans le capitalisme. Elle exploite ensuite les contradictions internes inhérentes à ce système pour exiger des classes dirigeantes plus de soumission à leurs exigences. On l’a bien vu avec la tactique suivie en Libye et surtout en direction du régime syrien. Les libéralisations ont accentué l’antagonisme entre d’un côté, les travailleurs, les couches intermédiaires, et de l’autre la bourgeoisie.

 

L’impérialisme a jugé en 2001 que le moment était devenu propice pour obtenir la reddition de la Syrie à ses plans. La suite on la connaît. Les Etats impérialistes, les monarchies du Golfe, la Turquie ont poussé à l’insurrection armée des forces de l’obscurantisme religieux, ont soutenu et financé ces forces ultra-réactionnaires pour morceler la Syrie et obtenir la satisfaction complète de leurs intérêts. Cependant ils n’ont pas réussi à atteindre tous leurs objectifs face à la résistance de larges pans de la société attachés à la défense de la coexistence pacifique entre communautés religieuses et hostiles à l’instauration d’un Etat théocratique.

 

Concernant notre pays les concepteurs des stratégies du « chaos constructeur » sont persuadés qu’il existe encore un réservoir suffisant d’obscurantistes pour allumer la mèche afin de justifier les ingérences en rééditant ces précédents libyens et syriens. Mais il existe aussi une 5e colonne bien plus dangereuse. C’est tout un ensemble de couches sociales qui, sous l’étalage de professions de foi « démocratiques », masquent plus ou moins habilement leurs intérêts et leur objectif de se constituer en courroie de transmission fiable de l’impérialisme. Leurs proclamations, on peut les lire tous les jours à travers les discours de personnalités dites démocratiques et des articles d’éditorialistes de presse assurément inféodés aux puissances impérialistes.

 

Une 5e colonne qui trompe énormément de gens par ses diatribes incessantes contre un Bouteflika discrédité pour mieux cacher ses véritables desseins de sauvetage des « acquis » du capitalisme et de la dépendance. Cette 5e colonne tente de se présenter comme la meilleure alternative au régime de Bouteflika. Le fond du problème n’a rien à voir avec on ne sait quel patriotisme abstrait dont se réclament à cor et à cri les divers protagonistes. Le fond du problème est que tous, régime en place ou opposition de droite à ce régime, se disputent le monopole exclusif des relations de soumission et d’arrangements « mutuellement avantageux » avec les puissances monopolistes. Chacun de ces pôles rivaux cherche à serrer seul la « main de l’étranger ».

 

Les Etats impérialistes font jouer la concurrence entre Benflis, le RND, le FLN, le RCD, le FFS, les partis islamistes, pour obtenir de chacun les engagements qui renforceraient leurs positions économiques et politiques en Algérie. Les cris d’indignation repoussant l’accusation d’accointance avec les puissances étrangères sont pure hypocrisie. On savait grâce à Wikileaks que Saïd Sadi se réunissait avec l’ambassadeur des USA pour discuter du sort de Bouteflika ou des « réformes » à mettre en œuvre. 


On a vu, fait sans précédent, que l’ambassadrice des USA a rendu visite à Benflis, lequel avait adressé en avril 2014 un message de salutations appuyé à John Kerry venu rencontrer Bouteflika. Pour un ou deux faits portés à la connaissance de l’opinion, combien de contacts intenses et étroits noués entre de larges cercles de la société parasitaire et les représentants des puissances impérialistes à Alger sont-ils demeurés à l’abri du regard 


Il faut faire preuve d’une hypocrisie sans borne pour nier les ingérences qui crèvent les yeux. Il faut bien évidemment être lié à ces opérations, en être partie activement prenante, et travailler à la mise sous tutelle de l’Algérie pour affirmer avec aplomb, comme le font ces éditorialistes prétendument neutres, que les puissances impérialistes ne constituent aucun danger, que ce « danger » relève de l’affabulation d’esprits encore imprégnés de l’idéologie de la « guerre froide », que l’impérialisme n’a aucune existence, n’a jamais existé, hors des mentalités « dogmatiques » attardées.

 

Face à ces dangers réels, la constitution d’un front interne puissant est à l’ordre du jour. Autant pour que les travailleurs et les masses populaires ne payent pas la facture de la politique de prédation des recettes pétrolières poursuivie depuis des décennies, ne subissent pas les conséquences de la chute des recettes pétrolières, que pour imposer une alternative de mise en échec des plans de paupérisation échafaudés par les politiciens de la bourgeoisie ainsi que des menaces d’ingérences et d’intervention étrangères.

 

Nous reviendrons en détail sur toutes ces questions cruciales dans nos prochaines éditions.

Tunisie : Daech et Hitler «héros» de lycées de Jendouba et de Kairouan

 

24 Avril 2016

Fête fin d'examens à KairouanTunisie
Fête de fin d’examens à Kairouan (Tunisie)
 

A l’occasion de la fin des épreuves du bac sport, trois lycées tunisiens ont fait la fête. Les invités d’honneur : Hitler ou Daech, avec oriflammes et calicots à l’effigie de ces héros d’un nouveau genre. Si certains n’y voient qu’un chahut de lycéens, d’autres trouvent les références de cette jeunesse très inquiétantes.

 

Tout se passe en Tunisie, dans deux régions (gouvernorats) distinctes. Kairouan à 150 kilomètres au sud-ouest de Tunis et Jendouba au nord-est du pays. Si Kairouan est réputée pour être le centre spirituel et religieux de la Tunisie, rien de tel pour Jendouba. Alors qu’est-ce qui a bien pu motiver les élèves de trois lycées dans ces choix ? L’histoire ne le dit pas encore.

 

La coutume veut en effet que les élèves fêtent la fin des épreuves du bac sport, avec faste, façon défouloir. Mémorable, la version 2015 risque de le rester, mais pas forcément dans le bon sens du terme. A la stupeur de certains enseignants a succédé l’indignation du net quand des calicots géants ont été déployés dans ces trois lycées.

 

Un lycée Jendouba a ouvert le bal aux pieds d’Hitler saluant le drapeau Allemand…

 

Fête fin d'examens à Jendouba Tunisie
Fête de fin d’examens à  Jendouba (Tunisie)

 

Une fête endiablée…


Le Lycée de Jeunes filles de Kairouan (LJFK) s’est, quant à lui, réjoui devant le «portrait» mi-manga, mi-naïf, d’un exécuteur de Daech visage masqué, armé d’un cimeterre, devant lequel on reconnaît des otages égorgés dans leur combinaison orange (façon Guantanamo). Et à l’extrême droite de l’image, le pilote jordanien qui a été brûlé vif.

 

 

Businessnewscomtn mise en ligne le 21 avril 2015. Fête post-examens du Lycée de jeunes filles de Kairouan (LJFK).
 

Dans la région de Jendouba, dans un autre lycée, c’est un affichage se référant clairement à Daech, déployé par des garçons arborant des drapeaux du djihad, qui a présidé aux festivités. Il est possible de lire tout en haut : « Nous n’acceptons que le pouvoir de Dieu.» En dessous à gauche, il est écrit : « Al Qods (Jérusalem)nous arrivons.» Impossible de lire ce qui correspond aux portraits de Steve Jobs et Bill Gates.

 

Lycée Jendouba

Jendouba (Tunisie), le 21 avril 2015. Fête de fin d’examens avec drapeaux du djihad. © Businessnews.com

 

Mohamed Kacimi, écrivain dramaturge algérien, s’indigne et déplore sur sa page Facebook : « En découvrant les images des Lycées de Jendouba, j’ai ressenti une terrible révolte et grande tristesse. Comment est-ce possible dans cette Tunisie, qui incarne nos derniers espoirs en une expérience démocratique et où le niveau d’instruction est l’un des plus élevés du monde arabe ? D’autant que l’information n’a pas suscité de grands remous. Mieux, certains m’ont écrit qu’il faut les comprendre, les gamins, c’est leur façon de fêter le bac. Pire, une « amie » m’assure que c’est un jeu. Un jeu ! On est si démunis à Jendouba pour que les gamins n’aient rien d’autre dans leur coffre à jouets qu’Hitler et Daech? On s’éclate donc avec le fascisme et le terrorisme ! Une société qui laisse ses enfants dire qu’Hitler et Daech sont leurs pères Noël est une société qui a renoncé à l’avenir, à son humanité.»

Tentatives de partition de l’Algérie : Bernard-Henri Lévy appelle à soutenir le MAK de Ferhat Mehenni 


par Karim Bouali

jeudi 21 avril 2016, par Comité Valmy

Bernard-Henri Lévy avec des miliciens libyens appuyés par Paris et Londres. D. R.

 

Tentatives de partition de l’Algérie : Bernard-Henri Lévy appelle à soutenir le MAK de Ferhat Mehenni

 

Sous le titre « Kabyles : un peuple sans reconnaissance en Algérie », le théoricien sioniste Bernard-Henri Lévy lance un appel, à travers la revue La règle du jeu,dont il est le fondateur et le directeur, à soutenir la manifestation qu’organise ce dimanche 17 avril le « Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie », à Paris.

 

« Les Kabyles manifestent, ce dimanche 17 avril à Paris, pour la reconnaissance de leurs droits en Algérie et pour une société laïque », lit-on dans cet appel à la division entre Algériens et à la partition de l’Algérie, lancé par celui qui a installé la guerre civile en Libye et fait assassiner Mouammar Kadhafi.

 

« Des amis kabyles nous ont demandé de relayer l’appel du gouvernement provisoire kabyle à manifester à Paris ce dimanche 17 avril. Nous le faisons d’autant plus volontiers que les thèmes de la manifestation, tels qu’ils sont précisés dans le bref texte qu’ils nous ont adressé, nous paraissent légitimes », note Bernard-Henri Lévy dans sa tribune ouverte, entre autres, au Libyen Mustapha Abdelajalil et au Marocain Tahar Ben Jelloun, et qui sert à faire écho à l’idéologie sioniste sous une forme déguisée en débat d’idées pour les libertés.

 

Bernard-Henri Lévy met en avant l’« exigence d’une société libre, ouverte, démocratique et laïque », pour justifier son soutien à la marche qu’organise aujourd’hui dimanche Ferhat Mehenni, l’hôte de l’Etat voyou d’Israël qui appuie sa démarche indépendantiste.

 

Bernard-Henri Lévy ne compte pas s’arrêter là, puisqu’il promet de « revenir sur le combat que mènent les Kabyles, ce peuple sans Etat comme le sont les Kurdes, contre ce qu’ils nomment le colonialisme algérien ». La règle du jeu publie une vidéo de précédentes manifestations du MAK en Algérie et en France et le texte intégral de l’appel des « Kabyles de France » à « tous les Kabyles » à marcher pour « rendre hommage aux civils kabyles tués lors du printemps berbère de 1980 » et « aux 128 civils kabyles tués lors du printemps noir de 2001 ».

 

Ferhat Mehenni manipule ainsi l’opinion française en insinuant que le « printemps berbère » et le « printemps noir » ont mis aux prises une minorité opprimée et un pouvoir constitué exclusivement d’Arabes. Une manipulation à laquelle Bernard-Henri Lévy, pourtant grand connaisseur de la société algérienne, adhère avec un enthousiasme suspect. A aucun moment le MAK ne parle de « victimes » ou de « prisonniers » algériens. Il faut, lit-on dans l’appel, « réclamer la libération des prisonniers politiques mozabites enfermés dans les geôles algériennes depuis neuf mois dans l’indifférence internationale générale ».

 

Un trucage dans lequel excelle Bernard-Henri Lévy qui n’évoque pas les Kurdes par solidarité avec cette communauté abandonnée par les puissances occidentales dans sa lutte courageuse contre le mouvement terroriste Daech, mais pour semer la confusion et donner du crédit à l’action de Ferhat Mehenni et ses parrains sionistes.

 

Karim Bouali
17 avril 2016

Algérie 1BHL-MAK : liaison dangereuse

 

Par Rafik Benasseur | 17/04/2016 | 16:32

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C’est bien une mauvaise nouvelle. Le sinistre théoricien du «printemps arabe» qui a détruit la Libye, la Syrie et le Yémen, Bernard Henri Lévy, compte bien calquer son horrible schéma sur l’Algérie. Comment ? En s’appuyant sur le mouvement dit d’autodétermination de la Kabylie (MAK) dont il vient de relayer l’appel pour une manifestation d’aujourd’hui à Paris.

 

Le dernier numéro de sa revue, « La règle du jeu » comporte un long sujet sur la célébration du printemps berbère mais pas dans la sa dimension commémorative. BHL est un homme de guerre, il est donc génétiquement incapable d’encourager la paix. Son instinct destructeur l’amène naturellement à appuyer des mouvements et des sectes visant à provoquer le chaos dans leurs pays.

 

Et c’est bien ce qu’il tente de faire en Algérie via le MAK auquel il offre, non sans plaisir, ses colonnes pour relayer l’appel de son « gouvernement provisoire » à manifester à Paris.

 

Intitulé « Kabyles : un peuple sans reconnaissance en Algérie », Bernard Henri Lévi publie un texte de soutien à la manifestation du MAK pour « l’autodétermination de la Kabylie » parce que, écrit-il « les kabyles manifestent pour la reconnaissance de leurs droits en Algérie et pour une société laïque ». « Des amis kabyles nous ont demandé de relayer l’appel du gouvernement provisoire kabyle à manifester à Paris ce dimanche 17 avril. Nous le faisons d’autant plus volontiers que les thèmes de la manifestation, tels qu’ils sont précisés dans le bref texte qu’ils nous ont adressé, nous paraissent légitimes », souligne BHL.

 

Quel humanisme ! Il y a lieu de se méfier de cette liaison dangereuse entre le MAK et BHL tant ce va-t-en guerre dispose de puissants relais dans les rouages de l’Etat français et même en dehors. Le MAK de Ferhat Mehenni est pour lui un « bon client » pour s’approcher de l’Algérie qu’il ne désespère pas de la voir rejoindre la liste des pays soumis comme l’est la Libye.

 

Le soutien de BHL au MAK est assurément une mauvaise nouvelle pour la Kabylie et pour l’Algérie. Ce ne sont pas les idéaux du mouvement de Ferhat Mehenni qui le font bouger, mais l’idéologie sioniste et raciste contre les musulmans en général. Il suffit de jeter un coup d’œil sur le comité éditorial de sa revue pour se convaincre des desseins macabres de l’homme à la « chemise blanche »… tachetée de sang.

 

Un guerrier pour faire la… paix

 

On y retrouve tous les sionistes qui écument les médias français à l’image d’Armin Arefi, Hélène Brenkman, Eric Dahan, David Gakunzi, Raphaël Haddad, Patrick Klugman, Patrick Mimouni, Yann Moix entre autres. BHL qui a été invité en VIP en Algérie durant les années 90 pour soutenir l’Etat contre le terrorisme, en arrive aujourd’hui à prêter main forte à un mouvement séparatiste qui s’oppose à l’Etat algérien…

 

Ce chef de guerre qui s’en fiche pas mal des ses contradictions pour verser des larmes de crocodile sur ces « ce peuple Kabyle sans Etat comme le sont les Kurdes, contre ce qu’ils nomment le colonialisme algérien ». BHL qui s’engage à « revenir sur le combat du peuple Kabyle », relaie dans sa « règle du jeu » l’appel du MAK aux « Kabyles de France et tous les Kabyles » à marcher pour « rendre hommage aux civils kabyles tués lors du printemps berbère de 1980» et «aux 128 civils kabyles tués lors du printemps noir de 2001 ».

 

Preuve de son envie maladive de semer le désordre en Algérie et pas seulement en Kabylie, BHL s’apitoie aussi sur le sort des « prisonniers politiques mozabites enfermés dans les geôles algériennes depuis neuf mois dans l’indifférence internationale générale ». En parcourant ce soutien de BHL au MAK, on ne peut s’empêcher de conclure que la vigilance doit plus que jamais rester de mise pour mettre en échec ces tentatives réelles de déstabilisation qu’il faudra prendre au sérieux.

 

La corruption planétaire : Un non-événement

 

Mondialisation.ca, 07 avril 2016
 

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« Les belles âmes arrivent difficilement à croire au mal, à l’ingratitude, il leur faut de rudes leçons avant de reconnaître l’étendue de la corruption humaine ».

 

Honoré de Balzac Illusions perdues

 

« Les proverbes que vous voyez au mur de cette classe correspondaient peut-être jadis à une réalité disparue… aujourd’hui on dirait qu’ils ne servent qu’à lancer la foule sur une fausse piste, pendant que les malins se partagent la proie. »

 

Topaze

 

Un scoop en apparence! Un groupe de journalistes qui s’autoproclament défenseurs de la veuve et de l’orphelin, en l’occurrence contre la corruption. «Le Consortium international des journalistes d’investigation (Icij) donne en pâture 11 millions de fichiers provenant des archives du cabinet panaméen Mossack Fonseca. Ces données s’étalent de 1977 à 2015. Elles révèlent que des chefs d’Etat, des milliardaires, des grands patrons, des figures du sport, de la culture, de l’économie recourent, avec l’aide de certaines banques, à des montages de sociétés afin de dissimuler leurs avoirs.

 

Dans chaque pays où la liberté n’est pas un vain mot, on cloue au pilori les contrevenants. C’est le cas admirable de l’Islande. Comment en effet, dans un petit pays de 300.000 personnes 20.000 personnes se mobilisent pour demander la démission du Premier ministre?

 

C’est peut-être cela la force de la démocratie et de la liberté car, sous toutes latitudes et à des degrés divers, la corruption sévit puisque c’est dans l’essence même de la nature humaine de ne jamais se satisfaire de sa condition quitte à dépasser les fils rouges de la morale du bien commun… Cependant, dans les pays où cette liberté n’existe pas, l’impunité des contrevenants est le facteur principal d’instabilité, de mal-vie et de remise aux calendes grecques du pays sur les rails.

 «Les faits décrits dans des médias nationaux et internationaux sous l’appellation “Panama Papers” vont faire l’objet d’une enquête», a fait savoir le ministère public du pays, lundi 4 avril. Plusieurs pays ont ouvert des enquêtes pour blanchiment, dans la foulée de la publication des premiers éléments tirés des quelque 11,5 millions de documents provenant du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca.

 

Celui-ci a déclaré, dimanche, que ces révélations étaient un «crime» et une «attaque»contre le Panama, régulièrement accusé d’être un paradis fiscal, ce que contestent les autorités. Le gouvernement du Panama a assuré qu’il «coopérerait vigoureusement» avec la justice.

 

Les «Panama Papers» révèlent «qu’outre des milliers d’anonymes, de nombreux chefs d’Etat, des milliardaires, des grands noms du sport, des célébrités ou des personnalités sous le coup de sanctions internationales ont recouru à des montages offshore pour dissimuler leurs actifs.» (1)

Qui a organisé la fuite?

 

On est en droit de se demander pourquoi ces révélations sont à géométrie variable: «Comme le remarque le site ZeroHedge, pas un seul patronyme américain de premier plan, alors que le nom de Poutine (à travers certains membres de son entourage) est cité tout en haut de la liste des personnalités publiée par les médias occidentaux, suivi de près par le président chinois Xi Jinping et l’ancien président du Brésil Lula… Et quand on s’intéresse de plus près à l’Icij, le ‘consortium international de journalistes d’investigation” qui a coordonné le travail d’analyse des fichiers, on s’aperçoit que parmi ses « funding supporters » figurent l’Open Society de George Soros et l’Usaid, deux de ces organisations qu’on retrouve derrière chaque ´´révolution de couleur´´ parrainée par l’Empire…» (2)

«Mais où sont les Américains? s’interroge le site Sputnik. La récente fuite de données sur les avoirs cachés de leaders politiques mondiaux, qui a provoqué une onde de choc médiatique, ne concerne curieusement aucun responsable américain. (…)

 

L’absence de noms de citoyens US dans la liste s’explique peut-être par le fait que les Américains sont peu disposés à conserver leurs gains acquis illégalement à Panama après la conclusion en 2010 d’un accord entre les deux Etats qui a mis fin aux tentatives de riches Américains de trouver un refuge fiscal dans ce pays.

 

Cependant, il reste toujours possible que des noms américains fassent surface dans les documents de Mossack Fonseca, à condition que les Etats-Unis ne se trouvent pas derrière la fuite de ces informations. Il est curieux que l’individu ayant remis à la presse les données en question se présentait au Süddeutsche Zeitung comme John Doe.» (3)

Les «Panama Papers» sont un moyen de chantage idéal

 

Au risque d’être traité d’adepte de la théorie du complot, nous devons savoir tout ce que cela veut dire, non pour protéger les contrevenants qui doivent en théorie  rendre compte, mais nous sommes en droit de poser la question qui est derrière tout cela et ce que cela veut dire ne terme d’agenda politique . Beaucoup de sites alternatifs s’intéressent à cela.

«Dans l’affaire de « Panama Papers », lit-on sur l’un d’eux ce n’est ni le doigt, ni la lune qu’il faut regarder, mais le sage lui-même, et tâcher de savoir pourquoi il désigne la lune. Quand un pourri nous désigne en vindicte un monde pourri et qu’il s’en exclut, il y a anguille sous roche. (…)

 

Il y a déjà 16 mois, Ken Silverstein a publié un reportage sur Vice à propos de Mossak Fonseca, un gros fournisseur véreux de sociétés fictives du Panama. (L’Intercept de Pierre Omidyar, pour lequel Silverstein travaillait alors, avait refusé de publier le reportage.) Yves Smith a publié de longs articles sur le business du blanchiment d’argent de Mossak Fonseca.» (4)

Le site Moon of Alabama s’interroge sur la nature de ce site et ses relations et croit y déceler un parti pris d’autant plus coupable que ces dénonciations sont à géométrie variable . Il va jusqu’à reconstituer la genèse  de la « manipulation »

 

Nous lisons :

« Il y a un an que quelqu’un a fourni des tonnes de données de Mossak Fonseca à un newpaper allemand, le Süddeutsche Zeitung, quotidien politiquement à droite du centre et résolument pro Otan. Le Süddeutsche affirme que les données concernent 214.000 sociétés fictives et 14.000 clients de Mossak Fonseca. Combien de sénateurs des États-Unis sont impliqués dans ces sociétés? Quels hommes politiques de l’ Union européenne?

 

Quelles sont les grandes banques de Wall Street et les fonds spéculatifs qui se cachent au Panama? Le Süddeutsche et ses partenaires ne répondront pas à ces questions. (…) La «victime» la plus politique à ce jour est le Premier ministre de l’ Islande Sigmundur David Gunnlaugsson qui, avec sa femme, possédait une des sociétés fictives.» (4)

Le site continue son analyse :

«Le filtrage de ces informations de Mossack Fonseca par les médias d’entreprise suit un agenda gouvernemental ouest direct. La fuite est gérée par le «Consortium international des journalistes d’investigation», qui est financé et organisé entièrement par le Centre des États-Unis pour l’intégrité publique.

 

Leurs bailleurs de fonds comprennent Ford Foundation, Carnegie Endowment, Fonds de la famille Rockefeller, WK Kellogg Foundation, Fondation Open Society (Soros), Le Consortium International des journalistes d’investigation (Icij). Il faut y ajouter le site concernant le projet de déclaration Corruption (Occrp) qui est financé par le gouvernement américain à travers l’ Usaid.

 

La ‘fuite” est de données sélectionnées par l’organisation américaine sur une base de données, probablement obtenue par les services secrets américains.» (4)

On comprend mieux alors comment d’autres informations furent distillées contre Assad dont on dit qu’une société écran a permis à la Syrie d’acheter du carburant pour ses avions. On y ajoute aussi la Corée du Sud dont on dit qu’une autre société écran a permis par l’achat de pièces interdites, sous embargo, de lancer une fusée dernièrement. Si l’on ne trouve pas le nom en première ligne de Poutine, pas de panique Poutine est cité à travers ses amis. Si ce n’est pas toi le corrompu  c’est donc ton frère, nous sussure le site  Il est vrai que l’on ne dénombre pour le moment aucun nom d’un dirigeant d’un pays américain ou européen. A moins de nouvelles révélations, on sera obligé d’admettre que nous avons affaire à des saints et que toutes ces belles âmes sont des exemples à suivre.

 

La comédie humaine et le règne de l’argent

 

Il est dans la nature des choses que l’homme soit corruptible au-delà des fils rouges intrinsèques dus notamment à l’éducation, au respect du bien commun et à ce que l’on peut attribuer à la religion qui apporte, outre le supplément d’âme, un code de morale supplémentaire, il demeure évident que les morales à l’ancienne n’ont plus cours. Je me souviens de toutes les belles sentences que nous collions sur les murs de nos classes et que l’on ânonnait sans trop de conviction: «Bien mal acquis ne profite jamais», «Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée».

 «Pour illustrer cette débâcle du monde décrite si bien par Dany Robert Dufour dans le «divin marché», je veux proposer aux lecteurs(ices) un exemple de mutation sociologique de l’individu en  la personne de Topaze, personnage d’une pièce de théâtre de Marcel Pagnol écrite en 1928,  quelques années  après le fameux scandale de Panam, – il y a de cela un siècle- et aussi à la veille de la grande dépression de 1929 dont les prémices étaient visibles.

 

Topaze, modeste instituteur qui croit à la vertu des principes, est respectueux de la hiérarchie, est très honnête, presque d’une façon morbide. Sur les murs de sa salle de classe se trouvent des maximes sur l’honnêteté qu’il enseigne en morale. Il est soucieux de ce que les gens pensent de lui et tient à mériter l’estime de ses élèves. Bref, on peut le décrire comme un personnage bon, loyal et innocent. C’est un pur. Pour lui, il n’y a qu’un principe qui compte pour rendre un homme respectable: l’honnêteté, mais il apprendra bien assez tôt que tout le monde ne pense pas comme lui » (5)

Cette atmosphère, à la pension Muche où il enseigne, ne durera pas. Un jour, la baronne Pitard-Vergnolles exige de Topaze qu’il revienne sur les mauvaises notes de son cancre de fils: bien entendu, le brave professeur, droit dans ses bottes, ne cède pas. Il refuse et Muche, craignant de perdre une cliente, le licencie. Il est renvoyé immédiatement par le père Muche. Pour s’en sortir, il fait des heures supplémentaires au fils de Suzanne Courtois, maîtresse d’un conseiller municipal véreux, Castel Benac qui «l’utilisera» pour signer les contrats à sa place, d’un prête-nom et celui-ci, Topaze, désormais, gagne beaucoup d’argent; on lui décerne même les palmes académiques qu’il avait tant espérées tout au long de sa carrière dans l’enseignement, mais il est malheureux: «Je ne suis plus un honnête homme!». Pourtant il s’aperçoit très vite que tout s’achète. Alors, ses principes moraux bafoués, Topaze, cynique à son tour, se débarrasse de Castel-Vernac. Au nom de ses nouveaux préceptes – «Le mépris des proverbes, c’est le commencement de la sagesse «ou «Pour gagner de l’argent, il faut bien le prendre à quelqu’un «L’argent peut tout».» (5)

 

«Peu à peu, Topaze s’enhardit et parvient à travailler seul sans être dirigé. À ce moment, un deuxième Topaze naît qui change physiquement et psychologiquement. Du naïf instituteur, il devient un manipulateur dominant qui fait des affaires à son propre compte. Maintenant il a le pouvoir de l’argent, il réalise que la force gouverne le monde C’est alors que Tamise son ancien collègue vient le voir et découvre la métamorphose. Topaze, sûr de lui, lui fait découvrir le catéchisme de la réalité: «Même dans la préhistoire, dit-il, les femmes suivaient celui qui avaient le plus gros beafteck» «L’argent ne fait pas le bonheur, mais on est tout de même content d’en avoir.» Le film suivant avec Fernandel est un régal. (6)

 

Et l’Algérie dans tout ça?

 

La corruption est un phénomène qui a pris de l’ampleur depuis une trentaine d’années. D’une corruption artisanale relativement répandue dans tous les pays, même dans ceux qui s’auto-proclament purs et durs. Topaze avec douleur- Je ne suis un honnête homme affirme-t-il d’un ton tragique à son ami Tamise !- nous avait prévenu : La probité n’est pas de ce monde. Kissinger affirmait dit-on que « tout homme a son prix »

 

Cependant, nous assistons à un phénomène nouveau, le passage à une société ou rien ne se vend mais que tout s’achète. Une gangrène qui est en train de prendre le corps social algérien. L’Algérie n’est pas épargnée, des noms figurent sur les listings des «Panama papers» Si nous avions quelques doutes , nous sommes édifiés.

 

Pour Djilali Hadjadj, président de l’Association algérienne de lutte contre la corruption:

«C’est la nature, la situation géographique et l’histoire du Panama qui ont fait de ce dernier un des principaux paradis fiscaux du monde. Les nouveaux dirigeants du Panama s’étant engagés à réduire de manière substantielle les activités offshore de leur pays, notamment auprès du Groupe d’action financière (Gafi). D’ailleurs, à propos du Panama paradis fiscal, nombre de commissions dans le cadre d’affaires de corruption internationale où est impliquée l’Algérie, sont domiciliées au Panama ou y font «escale» le temps de brouiller leur traçabilité. (…)

 

Mais si la justice algérienne le voulait, elle pourrait obtenir de son homologue panaméenne l’identité des titulaires de ces comptes. (…) Il y a une technique fréquemment utilisée par les auteurs de ces fuites de capitaux – ou du moins par les gestionnaires de leurs fortunes -, c’est de faire transiter cet argent dans plusieurs paradis fiscaux successifs, tout en clôturant les comptes précédents: la technique dite du «saute-mouton» pour empêcher toute traçabilité et toute découverte par les autorités du pays d’origine des bénéficiaires de ces comptes. La boîte de Pandore n’est qu’entrouverte et il sera très difficile de la refermer. Il est attendu des pouvoirs publics et de la justice de sortir de leur silence face à ces scandales à répétition.» (7)

La corruption et le plagiat: une gangrène de l’Université algérienne

 

S’il est un domaine où la corruption fait des ravages qui peuvent s’avérer plus ravageurs que ceux de l’argent, c’est celui de l’éducation. Nous voyons dans les universités des catalogues à la Prévert de toutes les «combines» possibles pour évoluer non au mérite, mais à tous les procédés discutables Il est vrai que la corruption existe partout dans le monde et dans tous les domaines. La différence est que dans les pays développés il y a des règles, des normes à ne pas dépasser sous peine de poursuites. Il est vrai que le plagiat est une forme grave de corruption car elle émane d’une institution censée être la référence et la norme pour le pays. Parler de corruption dans le monde scolaire peut paraître, à première vue, sans grand intérêt pour la simple raison que lorsqu’on parle de corruption, l’idée va droit aux sommes énormes que certains grands responsables détournent tous les jours et à bout de bras.

 

Or, dans le monde de l’éducation, la corruption se présente comme un immense piège qui fait des ravages. Dans les pays développés,  en principe, les sanctions sont très dures et le contrevenant est généralement rattrapé par son passé de fraudeur. La médiocrité et le plagiat reflétés dans les thèses produites triomphent sur la qualité, Non! Nous ne devons pas laisser la gangrène s’étendre! Chacun à son niveau doit être comptable de ses actes et devrait s’indigner des dérives. Il n’y a que la charte universitaire qui est une réelle avancée déontologique qui pourrait arrêter l’hémorragie.

 

Plus largement, cette annonce au-delà des non-dits est une manoeuvre – une de plus dirions nous- de déstabilisation des pays vulnérables. Elle pêche par sa partialité et, d’une certaine façon, ne nous apprend rien. Tout au plus, nous sommes confortés que les slogans de la lutte contre les paradis fiscaux, notamment proclamés par les différents G7 ne sont que de la poudre aux yeux. Sarkozy proclamait en 2009, qu’il n’y a plus de paradis fiscaux.

 

Les citoyens du monde ont cessé d’être naïfs. Le désenchantement dont parlait si bien Max Weber concernant la sécularisation du monde, touche maintenant le quotidien de chacun. A sa façon, Topaze, le personnage central de la pièce de Pagnol, nous raconte avec amertume son long combat avec lui-même, lui qui était honnête,- jusqu’au bout des doigts qu’il portait de surcroit longs- pour rejoindre l’arène sanglante de la curée mondiale où les valeurs à l’ancienne, n’ont plus cours. Plus philosophiquement parlant, la petite corruption est acceptable dans la mesure elle permet à son titulaire de survivre. Celle qui est répréhensible c’est celle de celui qui en veut toujours plus alors que ses besoins vitaux sont insignifiants et surtout, il oublie qu’il ne peut rien emporter avec lui  le jour J. Un proverbe arabe nous incite à une sagesse « le linceul  n’a pas de poches ».

 

On se souvient des mots attribués à Alexandre le Grand qui conquit le  monde et qui fut  terrassé par une bactérie :  Alexandre demanda « que [son] cercueil soit transporté à bras d’homme par les meilleurs médecins de l’époque, que les trésors [qu'il a] acquis (argent, or, pierres précieuses…) soient dispersés tout le long du chemin jusqu’à [sa] tombe, et que [ses] mains restent à l’air libre se balançant en dehors du cercueil à la vue de tous », afin que « les médecins comprennent que face à la mort, ils n’ont pas le pouvoir de guérir, que tous puissent voir que les biens matériels ici acquis, restent ici-bas, et que les gens puissent voir que les mains vides nous arrivons dans ce monde et les mains vides nous en repartons quand s’épuise pour nous le trésor le plus précieux de tous : le temps ».  Puissent ils être entendu !

 

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique enp-edu.dz

 

1.http://www.lemonde.fr/panama-papers/article/2016/04/05/la-justice-panameenne-ouvre-une-enquete-sur-les-revelations-des-panama-papers_4895657_4890278.html

2.https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2016/04/04/scandale-panama-papers-qui-a-organise-la-fuite/

3.https://fr.sputniknews.com/international/201604041023923970-panama-fuite-etats-unis/

4.http://www.moonofalabama.org/2016/04/selected-leak-of-the-panamapapers-creates-huge-blackmail-potential.html#comments

5.http://www.cinema-francais.fr/les_films/films_p/films_pagnol_marcel/topaze.htm

6.https://www.youtube.com/watch?v=morvwo25dhg

7.http://www.elwatan.com/actualite/la-justice-algerienne-peut-obtenir-du-panama-l-identite-des-titulaires-de-comptes-numerotes-05-04-2016-318154_109.php

Article de référence :

http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_ chitour/239100-un-non-evenement.html

La source originale de cet article est Mondialisation.ca
Copyright © Chems Eddine Chitour, Mondialisation.ca, 2016

L’art de la guerre

Les prédateurs de la Libye 

 

par Manlio Dinucci

mardi 5 avril 2016, par Comité Valmy

 

Les prédateurs de la Libye

 

« La Libye doit redevenir un pays stable et solide », twitte depuis Washington le premier ministre Renzi, en assurant son plus grand soutien au « premier ministre Sarraj, enfin à Tripoli ».

 

Ceux qui y pensent à Washington, Paris, Londres et Rome sont les mêmes qui, après avoir déstabilisé et mis en pièces par la guerre l’Etat libyen, vont recueillir les débris avec la « mission d’assistance internationale à la Libye ».

 

L’idée qu’ils ont transparaît à travers des voix autorisées. Paolo Scaroni , qui à la tête de l’ENI a manoeuvré en Libye entre factions et mercenaires et se trouve aujourd’hui à la vice-présidence de la Banque Rotschild, déclare au Corriere della Sera qu’ « il faut en finir avec la fiction de la Libye », « pays inventé » par le colonialisme italien.


Il faut « favoriser la naissance d’un gouvernement en Tripolitaine, qui fasse appel à des forces étrangères qui l’aident à rester debout », en poussant la Cyrénaïque et le Fezzan à créer leurs propres gouvernements régionaux, éventuellement avec l’objectif de se fédérer à long terme. En attendant, « chacun gèrerait ses sources énergétiques », présentes en Tripolitaine et Cyrénaïque. Analogue l’idée exposée sur Avvenire par Ernesto Preziosi, député Pd de mouvance catholique :


« Former une Union libyenne de trois Etats -Cyrénaïque, Tripolitaine et Fezzan- qui ont en commun la Communauté du pétrole et du gaz », soutenue par « une force militaire européenne ad hoc ».

 

C’est la vieille politique du colonialisme du 19ème siècle, remise à jour en fonction néo-coloniale par la stratégie USA/Otan, qui a démoli d’entiers Etats nationaux (Yougoslavie, Libye) et fractionné (ou tenté de fractionner) certains autres (Irak, Syrie), pour contrôler leurs territoires et leurs ressources.

 

La Libye possède quasiment 40% du pétrole africain, précieux pour sa haute qualité et son faible coût d’extraction, et de grosses réserves de gaz naturel, dont l’exploitation peut rapporter aujourd’hui aux multinationales étasuniennes et européennes des profits bien plus élevés que ceux qu’elles obtenaient de l’Etat libyen. De plus, en éliminant l’Etat national et en traitant séparément avec des groupes au pouvoir en Tripolitaine et Cyrénaïque, elles peuvent obtenir la privatisation des réserves énergétiques publiques et donc leur contrôle direct.

 

En plus de l’or noir, les multinationales étasuniennes et européennes veulent s’approprier l’or blanc : l’immense réserve d’eau fossile de la nappe phréatique nubienne, qui s’étend sous la Libye, l’Egypte, le Soudan et le Tchad. Les possibilités qu’offre celle-ci avaient été démontrées par l’Etat libyen, en construisant des aqueducs qui transportaient de l’eau potable et pour l’irrigation, millions de mètres cubes par jour extraits de 1300 puits dans le désert, sur 1600 Km jusqu’aux villes côtières, rendant fertiles des terres désertiques.

 

En débarquant en Libye sous le prétexte officiel de l’assister et de la libérer de la présence de l’Isis (Daech), les USA et les plus grandes puissances européennes peuvent aussi ré-ouvrir leurs bases militaires, fermées par Kadhafi en 1970, dans une position géostratégique importante à l’intersection entre Méditerranée, Afrique et Moyen-Orient.

 

Enfin, avec la « mission d’assistance à la Libye », les USA et les plus grandes puissances européennes se partagent le butin de la plus grande rapine du siècle : 150 milliards de dollars des fonds souverains libyens confisqués en 2011, qui pourraient se quadrupler si l’export énergétique libyen revenait aux niveaux précédents. Les fonds souverains, investis à l’époque de Kadhafi pour créer une monnaie et des organismes financiers autonomes pour l’Union Africaine (raison pour laquelle il fut décider d’abattre Kadhafi, comme il résulte des emails de la Clinton), seront utilisés pour démanteler ce qui reste de l’Etat libyen. Etat qui n’a « jamais existé » parce qu’en Libye il n’y avait qu’une « multitude de tribus », déclare Giorgio Napolitano, persuadé d’être au Sénat du Royaume d’Italie.

 

Manlio Dinucci

Edition de mardi 5 avril 2016 de il manifesto
http://ilmanifesto.info/i-predatori-della-libia/ 
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

L’extermination de l’intelligentsia algérienne

 

04 Avril 2016
L’extermination de l’intelligentsia algérienne (1993-1998), où il est démontré une fois de plus que les bandes fascistes dites islamistes se sont en priorité attaqué aux nations en domination musulmane avant même de se retourner contre l’occident qui par ses interventions et par ses alliances a contribué et continue de contribuer à leur prolifération.
(note de danielle Bleitrach)

Sur le massacre des intellectuels (1993-1998) par les islamistes armés

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On peut considérer par convention que la guérilla des islamistes algériens commence effectivement le 13 février 1992, date de l’attentat de la rue Bouzrina (Casbah, Alger), qui a coûté la vie à six policiers, attirés dans une embuscade. C’est exactement une année et un mois plus tard, soit le 14 mars 1993, que tombe le premier intellectuel (Hafid Sanhadri, cadre du ministère de l’emploi) sous les balles assassines des fondamentalistes armés. Et depuis, les meurtres d’artistes et d’intellectuels se poursuivent jusqu’en 1998, parfois au rythme de plusieurs par mois. C’est ce qui indique l’existence d’un plan préétabli, avec des listes attestées d’intellectuels à abattre, triés en raison de leur disposition critique face à l’idéologie islamiste…

 

On assiste entre 1993 et 1998 à la mise en exécution d’un véritable projet d’extermination des intellectuels algériens par les islamistes armés, toutes tendances confondues. C’était un « génocide programmé ». On ne s’attaquait pas seulement aux intellectuels francophones, considérés par eux comme une continuation maléfique de la présence française, mais même aux arabophones qui faisaient entendre un son de cloche différent. Un terme d’origine afghane, chargé en valeurs négatives, servait à désigner les membres de l’intelligentsia non islamiste : ce sont des « communistes » (chouyou’iyoune)! Dans l’idéologie islamiste, un « communiste » représente l’ennemi par excellence, un ennemi à la fois puissant et injuste, comme l’étaient les Russes (communistes) pour les Afghans musulmans. Mais c’est aussi un « athée », un « laïque » ou un « apostat », ce qui signifie indistinctement à leurs yeux kâfir (mécréant), méritant d’être exécuté pour délit de mécréance. En plus d’être injustes, apostats et ennemis de la religion (‘adouw allah), ces intellectuels constituent aussi aux yeux des islamistes les « suppôts » les plus objectifs duTâghout, le pouvoir désigné par le terme de « Tyran ». On se rappelle que la déclaration de djihad d’Ikhlef Cherati ciblait non seulement le pouvoir mais aussi « ses soutiens » et les « partisans de l’occidentalisation » en général. On se rappelle aussi les paroles d’Ali Benhadj, répercutées dans les organes du FIS, qualifiant les journalistes de « judéo-sionistes ».

 

Ces convictions sont partagées du reste par toutes les tendances du maquis. L’un des premiers émirs du GIA, Jaafar al Afghâni (septembre 1993 – février 1994), prononce une terrible sentence dans un entretien accordé à un journal arabe : « les journalistes qui combattent l’islam par la plume périront par la lame » (Zerrouky, p. 127). Combattre l’islam, c’était refuser l’ordre que les fondamentalistes voulaient imposer. Or, la presse indépendante et les intellectuels critiques, qui ont eu accès à une grande liberté d’expression (surtout écrite) après 1989, sont majoritairement opposés au projet de constitution d’un état théocratique en Algérie. Ils l’ont exprimé à travers leurs publications et leurs prises de position, et c’est ce qui les a directement désigné à la vindicte islamiste. En Janvier 1993, des feuilles de Minbar al Djoumou’a, une publication clandestine du FIS, accrochées à l’entrée de la mosquée « Le Plateau » à Alger, dressaient une liste d’intellectuels et de journalistes à assassiner. La littérature du GIA appelait à liquider la « presse mercenaire » qu’elle accusait d’altérer la réalité de la lutte armée et de mener « une guerre médiatique contre le djihad ».

 

Les premières personnalités ciblées sont les intellectuels du CNSA (Comité National de Sauvegarde de la République), qui avait appelé, rappelons-le, à l’interruption du processus électoral après la victoire du FIS au premier tour des élections législative du 24 décembre 1991. Le 14 mars 1993, à la cité Garidi (Alger), tombeHafidh Sanhadri, cadre du ministère de l’emploi, porte-parole du CNSA, assassiné près de chez lui. 


Djilali_Liabes__sociologueDeux jours plus tard, le 16 mars, est assassiné lesociologueDjilali Lyabès, ancien ministre sous le président Boudiaf. Le 17 mars, le Dr Lhadi Flici, pédiatre, est à son tour abattu dans son cabinet de la Casbah. 


Tous les partis politiques condamnent ces assassinats, mis à part les islamistes dits « modérés », qui n’avaient pas pris les armes, comme le parti Hamas de Mahfoud Nahnah et le parti Nahdha de Djaballah. Au lieu de prendre des mesures urgentes, le chef du gouvernement de l’époque, Bélaïd Abdesselam, se lance dans une attaque en règle contre les « laïco-assimilationnistes », étiquette insultante par laquelle il désignait les membres des partis démocrates et les intellectuels.

 

Le 22 mars 1993, le chef du puissant syndicat étatique UGTA, Boualam Benhamouda, qui avait échappé à un attentat, appelle à une marche de protestation contre ces assassinats et le terrorisme en général. 500 milles personnes ont courageusement défilé à Alger, en scandant des slogans demandant à juger les assassins.

 

La mobilisation populaire n’a pourtant pas freiné les exécutants du projet d’extermination des gens de plume. Une Omar_Belhoucher__directeur_d_Al_Watanfemme, Karima Belhadj, cadre de l’administration de la police, est assassinée le 3 avril et le 10 avril ; El Hachemi Cherif, ancien colonel de l’ALN, chef du parti de gaucheEttahadi [le Défi], échappe miraculeusement à un attentat. Les communistes (les vrais cette fois) et les hommes politiques soupçonnés d’être « de gauche » sont particulièrement ciblés, car assimilés aux Russes mécréants. Le 17 mai, le directeur du journal Al Watan, Omar Belhouchet, personnage symbole de la presse libre en Algérie, échappe à une tentative d’assassinat à Bab Ezzouar (Alger), devant son fils, alors qu’il conduisait celui-ci à son école. Le même jour, des terroristes rôdaient autour du siège du journal Le Matin, munis de photos agrandies de journalistes à tuer. Alertée, la police les a éliminés, non sans peine.

 

Tahar_Djaout___crivainL’assassinat qui a provoqué un profond émoi fut celui de l’un des plus grands écrivains de l’Algérie indépendante, Tahar Djaout, sans doute parce qu’il ravive dans la mémoire populaire le souvenir de l’assassinat d’un autre écrivain, Mouloud Feraoun, par l’OAS en 1962. Ancien professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar, poète, journaliste et écrivain de notoriété internationale, Djaout (auteur entre autres de : Les vigiles, L’invention du désert, Les Chercheurs d’os, L’exproprié, Le dernier été de la raison; cf. bibliographie) avait pris auparavant des positions dures contre l’intégrisme, qu’il qualifiait de « fascisme théocratique ». Il avait écrit dans l’une de ses chroniques une phrase prémonitoire devenue le slogan de la presse indépendante en Algérie : « si tu parles, tu meurs, si tu te tais, tu meurs, alors écris et meurs ! ». Le 26 mai 1993, deux jeunes qui l’attendaient dans l’escalier de son immeuble lui tirent deux balles dans la tête avant de prendre la fuite. Le malheureux succombe à ces coups quelques jours plus tard. Ses funérailles en Kabylie furent émouvantes et grandioses.

 

Mahfoud_Boucebci__p_re_de_la_psychiatrie_alg_rieenneLe 15 juin 1993, à 9h30, Mahfoud Boucebci, figure emblématique de la psychiatrie algérienne, président de la Société Algérienne de Psychiatrie, vice-président de l’Association Internationale de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent (auteur notamment de Psychiatrie, société et développement et de Maladie mentale et handicap mental), connu pour son opposition à l’islamisme, est poignardé à l’entrée de l’hôpital Drid Mohamed où il exerçait ses fonctions. Une semaine plus tard, le 22 juin, lesociologue Mhamed Boukhobza, qui avait travaillé avec Pierre Bourdieu, réputé pour ses recherches sur la disparition de la société pastorale en Algérie, est ligoté ainsi que le reste de sa famille dans son domicile du Télemly (Alger). Isolé dans une pièce de son appartement, il fut égorgé comme un mouton puis poignardé. « Une à une, les têtes pensantes de l’Algérie sont froidement liquidées » (Hassane Zerrouky, p. 132).

 

Les assassinats continuent pendant l’année 1994, avec le meurtre le 5 mars du directeur de l’école des beaux arts d’Alger, Ahmed Asselah et de son fils unique, Rabah. Cet homme avait fait de son école l’une des meilleures d’Afrique. Un peu plus d’un mois auparavant, le 30 janvier est tué Rachid Tigziri, dirigeant du parti Abdelkader_Alloula__dramaturgedémocrate le RCD(Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, considéré comme « impie » car prônant la laïcité). Le 1er février, Olivier Quemeur,caméraman de la chaîne ABC, est criblé de balles à la Casbah, tandis que ses collègues, Yves Ménari et l’australien Scott Allan White, sont grièvement blessés. L’aversion des islamistes armés pour l’art se poursuit avec l’assassinat le 10 mars à Oran d’AbdelkaderAlloua, le plus grand dramaturge algérien, animateur pendant plus de 30 ans d’un théâtre en arabe populaire (il avait mis en scène El Ghoula de Rouiched, Le sultan embarrassé de Tewfik al Hakim,Numance de Cervantès, etc. il a joué aussi comme acteur dans plusieurs autres pièces et films et a adapté en arabe algérien Gogol et de Gorki, avec son ami Medjoubi).

 

Le journal indépendant Hebdo Libéré, farouchement anti-islamiste, fut ciblé le 21 mars par une attaque terroriste se soldant par la mort de deux journalistes et d’un chauffeur. Le professeur Salah Djebaïli, célèbre chercheur en écologie, spécialiste des régions désertiques et recteur de l’université de Bab Ezzouar (Alger), fut abattu le 31 mai. Il refusait d’ouvrir des salles de prière à l’intérieur de son établissement. Ferhat Cherki, journaliste, et Youcef Fathallah, président de la LADH (Ligue Algérienne des Droits de l’Homme), furent respectivement assassinés le 7 et le 18 juin. Le directeur de l’Ecole Vétérinaire d’Alger (ENV), Mohamed Bekkouche, est tué le 10 juillet à l’intérieur de son école, située dans la banlieue est d’Alger. L’islamologueet professeur de sociologieRabah Stambouli, promoteur d’un islam tolérant et progressiste, est abattu le 23 août à la sortie de l’université de Sa_d_Mekbel__Directeur_du_quotidien__Matin__assassin_Tizi-Ouzou. Antar Zouabri tue avec son groupe les journalistes Ahmed Issaad et LakhalYasser le 31 novembre 1994. Saïd Mekbel,directeurduquotidienindépendant LeMatin, auteur d’une chronique corrosive contre le pouvoir et les islamistes, est assassiné le 4 décembre alors qu’il s’attablait dans une pizzeria située non loin des bureaux de son journal. Il laisse derrière lui notamment un court et beau texte, écrit le jour de sa mort et intitulé « ce voleur qui… » (*), un billet qui résume à lui seul l’état de la corporation journalistique, prise en étau entre la répression du régime et les armes des barbus. Le cinéaste et réalisateur Djamel Fezzaz[qui a réalisé notamment La grande tentative, L’affiche – qui met en scène l’acteur Rouiched –, Lahn al amal (La mélodie de l’espoir), El Waciyya (le Testament), etc.] est blessé par balles à Bab El Oued le 8 février 1995. Azzedine Medjoubi,directeur du Théâtre national algérien [a adapté Le journal d’un fou de Gogol sous le titre Hissaristân, Les bas-fonds de Gorki, La bonne âme de Se-Thouan de Brecht, etc. ; a monté Aalam el Baaouche (Le monde des insectes), El Houinta (La boutique) ; et a joué dans un grand nombre de pièces comme Hafila tassîr (Un bus en mouvement), Bâb El Foutouh, etc.] est tué devant son établissement le 13 février. Le 15 février tombe à Nabila_Djahnine__f_ministeTizi-Ouzou unemilitante démocrate, Nabila Djahnine, architecte, féministe responsable de l’association « Cris de femmes » (Thighri Netmettuth). Ces féministes « débauchées » (moutabaridjat, terme presque intraduisible) constituent de graves menaces contre les mœurs et la société islamiques, selon les fondamentalistes. 


A Oran, est assassiné le 17 février un grand nom de l’histoire du Raï, Rachid Baba Ahmed producteur de musique et impresario de plusieurs vedettes de cette musique jugée « satanique » par les islamistes, [c’’est lui qui a fait connaître Cheb Khaled, qui a lancé Chebba Fadela, Cheb Sahraoui et Cheb Anouar]. Djamal Zaïter, un journaliste qui se recueillait sur la tombe de sa mère, fut surpris et assassiné en plein cimetière. 
Cheb_Hasni__idole_du_Rai
Les assassinats, que nous ne pourrons pas tous citer (cf. une liste de 100 journalistes assassinés entre 1993 et 1997), se poursuivent avec les attentats contre des personnalités publiques, des vedettes de la chanson et contre n’importe qui exprimant une opinion anti-islamiste ou ayant une activité jugée subversive ou non conforme aux canons fondamentalistes. Le 8 septembre 1994,Abderrahmane Rebiha, professeur d’agronomieà l’université de Blida, meurt sous les balles du GIA. Le 13 septembre vient le tourd’Abderrahmane Ferhdeheb, universitaire, économiste, auteur de plusieurs livres. Le chercheur se savait menacé et tentait d’obtenir un visa pour la France, ce qui lui fut refusé à trois reprises. Le 29 septembre 1994 est assassiné une idole de la musique raï. Après l’avoir sommé plusieurs fois d’arrêter sa musique « démoniaque » et « débauchée », Cheb Hasni, un chanteur prolifique et adulé, est assassiné devant leMatoub_Lounes__assassine_en_1998domicile de ses parents, dans le quartier « Gambetta » d’Oran, malgré son immense popularité. Ses funérailles rassemblèrent d’immenses foules et bouleversèrent la jeunesse algérienne. Au même moment, en Kabylie, le poèteetchantre de la cause berbère, Matoub Lounès,est enlevé le 25 septembre et séquestré par un groupe armé dirigé par l’émir du GIA Aït Ziane. Le poète fut jugé par un «tribunal islamique » du maquis et finalement « acquitté » et libéré grâce à la pression d’une formidable mobilisation populaire. Mais le répit fut court, puisqu’il sera criblé de balles le 25 juin 1998, dans des circonstances non élucidées, alors qu’il était de retour chez lui après un long exil en France.

Rachid_Mimouni_3

Un climat de terreur est instauré par les islamistes chez les intellectuels. A chaque retour d’enterrement, ces derniers se demandent à qui sera le prochain tour. Les lettres de menace parviennent par centaines aux rédactions de journaux et aux domiciles des concernés. La peur s’installe et les gens apprennent à se tenir lalangue pour ne pas subir un sort funeste, d’autant plus que les sympathisants des islamistes armés étaient partout. Les murs avaient des oreilles. Les groupes armés pouvaient en effet compter sur tout un petit peuple de partisans, employés comme informateurs, comme « délateurs » ou sollicités pour assurer la logistique du djihad. Certains artistes et intellectuels changent d’appartement, d’autres déménagent. Nombre d’entre eux modifient leurs itinéraires et leurs habitudes ou se déguisent complètement pour sortir de chez eux. Certains, comme Rachid Mimouni, écrivain qui a eu le courage d’écrire dés 1992 une analyse éclairée du phénomène intégriste (De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier), et Omar Belhouchet, journaliste et directeur du journal Al Watan, furent littéralement traqués, avant d’être la cible d’attentats manqués.

 

Le gouvernement algérien s’est montré incapable de protéger ses intellectuels et ses citoyens, quand il ne les réprimait pas par-dessus le marché. C’est dans cette ambiance d’impuissance face au crime que se produisit l’une des plus irréparables conséquences de la guérilla islamiste : des milliers d’intellectuels prennent le chemin de l’exil, sans aucun espoir de retour. Les universités se vident progressivement et les cadres du pays affluent vers la France, l’Europe et le Canada. C’est ainsi que l’Algérie est progressivement vidée de son intelligentsia. Mais l’islamisme armé, dont le but consistait à faire taire toute voix discordante, n’a pas réussi à réduire les journalistes et les penseurs algériens. La presse indépendante a continué à critiquer violemment l’islamisme tandis que les intellectuels étaient plus que jamais déterminés à dénoncer le côté « fasciste » du mouvement intégriste. 


Les assassinats ont aussi ciblé d’autres personnalités publiques et des cadres de l’UGTA, syndicat officiel mais, paradoxalement, populaire parmi les travailleurs. La « centrale syndicale », comme on l’apelle en Algérie, s’est opposé frontalement à l’islamisme et a connu très tôt des affrontements avec un autre syndicat concurrent, le SIT (Syndicat Islamique du Travail, une organisation mise sur pied par Abassi Madani dont le but est d’enrégimenter les travailleurs dans la tâche de fondation de la République islamique. L’UGTA perdra près de 800 syndicalistes, assassinés par les islamistes entre 1993 et 1997.

Anouar_Haddam

Qui sont derrière ses assassinats ? Ceux qui les perpétuent ne s’en cachent pas, loin de là. Ils les revendiquent comme des faits d’armes pouvant assurer à leurs auteurs une place honorable dans la futureRépublique islamique. Dans un entretien accordé à l’AFP, Anouar Haddam, chef islamiste jouissant de l’hospitalité des Etats-Unis et de l’Angleterre, revendiquait l’assassinat de Boucebci en le qualifiant d’« exécution d’une sentence par les moudjahidine ». Etebcira, bulletin clandestin du FIS, revendique l’assassinat de Tahar Djaout et le justifie par « son communisme et sa haine viscérale de l’islam », au moment où il motive l’attentat contre Belhouchet par « sa francophonie outrancière ». Haddam reprend sa plaidoirie de justification des meurtres d’intellectuels en octobre 1993, en lançant : « Qui sont ces soi-disant intellectuels ? », « nous les connaissons un par un, ce ne sont pas des innocents ! ». Il reprochait notamment aux journalistes « leurs éditoriaux assassins »

(Cités d’après Zerrouky, pp. 132-133).

 

Mourad_DhinaMourad Dhina, un responsable islamiste actif dans les réseaux du FIS à l’étranger, déclare des années plus tard à propos des intellectuels assassinés : « personne n’a pleuré nos morts parmi ceux là ». Il ajoute : « Certains ont choisi une voie de confrontation, une voie de provocation d’une jeunesse, et qu’ils ont payé ce prix. Que ces intellectuels de gauche aient le courage d’assumer leur action, qu’ils disent nous nous sommes engagés dans une guerre et que certains d’entre nous [l’] ont payé de leur vie. Qu’ils en fassent des martyrs pour eux ! » (Mourad Dhina, in Aoudia et Labat). Ainsi, la prise de position politique était tout simplement assimilée par les intégristes et leurs défenseurs politico-médiatiques à l’engagement militaire dans une guerre, sans aucune gêne quant au sophisme démagogique que comporte leur formule. En d’autres termes, on vous tue parce que vous n’avez pas pris notre parti…Voilà qui nous renseigne sur ce qu’est la liberté d’expression et d’opinion dans une République Islamique. 


Durant la rencontre de Rome (1995), Ali Yahia Abdenour, avocat du FIS et président de la LADH, dira : « on tue les journalistes et les intellectuels qui ont une position et une opinion » ; il ajoutera : « nous sommes contre les meurtres de journalistes, de militaires et de policiers qui ne sont pas engagés dans la lutte » (El Watan, 12 janvier 1995) [remarquons l’amalgame entre prise de position intellectuelle ou politique et engagement militaire, entre la plume et les armes]. 

 

Le Front Islamique du Djihad Armé (FIDA) 

Tous les djihadistes sont d’accord sur le principe de l’assassinat des intellectuels, assimilés aux « communistes » et aux « apostats ». Des listes de gens à abattre, confectionnées par des commanditaires informés, circulent dans les maquis. Les exécutants, eux, ignorent parfois jusqu’à l’identité de leurs victimes. Ils tuent un « soutien du Taghout » parce que son nom était apparu sur une liste. Cette répartition des tâches dans le travail criminel permettait aux commanditaires d’avoir les mains propres et aux exécutants d’avoir la conscience tranquille.

 

Certains de ces meurtres sont commis par le GIA. La majorité reste cependant le fait d’une organisation particulière, à implantation urbaine, spécialisée dans l’assassinat des opposants aux islamistes, des intellectuels, des journalistes et des personnalités publiques. Il s’agit du FIDA, Front Islamique du Djihad Armé. C’est un groupe qui a été fondé par des membres djazaristes du FIS, conduits par Mohamed Saïd. Il recrute essentiellement parmi les étudiants et les enseignants islamistes. Très actif au niveau des universités d’Alger, de Blida et de Constantine, il puisait notamment dans les anciens militants du Mouvement Universitaire pour la Défense du Choix du Peuple (MUDCP). Rien de surprenant de trouver à sa tête essentiellement des universitaires, comme Thâbet El Aouel, professeur de physique à l’université d’Alger, Mohammed Boudjelkha et Mustapha Brahimi, enseignants de physique à Bab Ezzouar (Alger). Le groupe opère discrètement, circule sans barbe et avec de fausses identités et prend résidence de préférence dans les beaux quartiers d’Alger, comme Hydra. « A l’étranger, écrit Hassane Zerrouky, [le FIDA] est représenté par Thabet El Aouel, Anouar Haddam, et Mourad Dhina, tous universitaires » (Zerrouky, pp. 136-137) 

 

Les émirs de l’organisation sont les suivants :

 

     – Abdelwahab Lamamra (1993 – fin 1995) 
     – Mustapha Brahimi, dit Abou Houmâm (1995 – 1996) 
     – Mohammed Djebarra (mai 1996 – janvier 1997) 
     – Abdelkader Seddouki (janvier – mars 1996) 
     – Amine Haddad (mars 1997 – octobre 1998)

 

Le FIDA a revendiqué un certain nombre de meurtres à travers sa publication clandestine,Al Fida, dont celui de Tahar Djaout, Djilali Liabès, et Ahmed Aselah (entre autres). 


Après la tentative d’unification du mouvement armé de Mohamed Saïd, le FIDA s’est rallié au GIA en 1994. Mais Djamel Zitouni, à l’origine de l’exécution des djazaristes, élimine également l’émir du FIDA, Abdelwahab Lamamra et son acolyte, Hamid Boucha. A partir de ce moment, le FIDA s’éloigne de l’organisation de Djamel Zitouni et se tourne vers les futures AIS et LIDD (Ligue Islamique pour la Da’wa et le Djihad). Son démantèlement par les forces de sécurité les a poussés à accepter l’amnistie de Bouteflika et à déposer les armes. Ses membres bénéficièrent du pardon intégral du président. 


L’implication d’une organisation à caractère universitaire dans l’assassinat d’intellectuels soupçonnés « d’occidentalisation » ou « d’apostasie » témoigne de la transposition, par une partie de l’élite islamiste algérienne, des différends qui existaient au niveau intellectuel, sur le terrain armé. Les problèmes qu’on règle ailleurs par le débat, à coups de plume et de polémiques, les universitaires islamistes les ont réglés à coup de couteaux et d’armes à feu.

 

Republique_islamiquePourquoi ces intellectuels ont-ils été tués ? A quelle logique répond leur mort ? (**) Le préalable à la fondation d’uneRépublique Islamique en Algérie s’est avéré être la destruction de la pensée non religieuse par l’élimination physique de ses auteurs. On comprend cette disposition quand on se souvient que pour l’idéologie islamiste il ne s’agit de retenir de la pensée universelle que l’aspect technique, supposé neutre, en rejetant l’immense production intellectuelle sur la société, l’art, la psychologie, l’anthropologie, la philosophie, etc. Ces derniers domaines sont purement abolis et remplacés par la foi religieuse et la législation dite islamique. L’assassinat des intellectuels n’est de ce point de vue que la traduction en faits concrets de cette clause idéologique : pour abolir le savoir non religieux concernant la société (au sens large), il convient en effet de supprimer physiquement ses promoteurs, écrivains, intellectuels, sociologues, psychiatres, philosophes, etc. Cet obscurantisme est directement hérité, avouons-le, des nationalismes de la post-indépendance, dont le souci fut de préserver une soi-disant « personnalité » (islamique, algérienne, etc.) contre « l’invasion culturelle occidentale » [dont cette intelligentsia était la pointe], en s’opposant aux acquis les plus décisifs de la pensée contemporaine.

 

L’instauration d’un ordre islamique immuable, supposé voulu par Dieu Tout-Puissant, est caractérisé par un unanimisme qui va de l’Unicité tout azimut (un seul Dieu, un seul Dogme, une seule Interprétation, etc.) à la communion dans la Foi. Le temps dans lequel voudrait évoluer la future société islamique est celui de l’abolition de l’histoire. Plus rien ne bougera, une fois l’ordre divin instauré sur terre. Les voix discordantes se situeront de factodans le camps des hors-la-religion-de-Dieu, des traîtres à l’ordre divin, leurs porteurs deviendront des mécréants passibles d’assassinat. L’ordre intégriste ne laisse aucune place pour les marges, pour la différence, la diversité (sexuelle, intellectuelle, religieuse, sociale, etc.), la dissidence, la dissonance; c’est un centre qui aspire et broie tout sur son passage.

 

L’idéologie islamiste se donne le monopole de la religion vraie et s’arroge le pouvoir d’excommunier quiconque jugé non-conforme à ses desseins. Grâce à ce pouvoir takfiriste[qui lui permet de déclarer kafir, « mécréant » ou « apostat »], elle réduit ses victimes au statut de « mécréants » dont le meurtre devient licite. 


Dans ces action contre l’intelligentsia, l’islamisme armé s’est aussi distingué par des méthodes particulièrement atroces, poussées jusqu’au summum de la barbarie (ex. égorger un intellectuel après l’avoir humilié et dévêtu devant sa femme et ses enfants). Ce mépris des droits humains découle lui aussi des fondements théologiques de l’idéologie intégriste. L’islamisme n’a en effet que faire de droits énoncés par des humains (bachar) quand lui se proclame être « le bras de Dieu », c’est-à-dire l’exécutant terrestre de verdicts divins. Les conceptions humaines font pâle figure devant le Commandement divin et l’homme est selon elle un usurpateur quand il se met à légiférer à la place du Tout Puissant. Or, le Dieu des islamistes n’est pas fait de clémence, mais de terreur envers ses ennemis, ceux qui ont dérogé de la Voie Droite. Ce n’est pas le Miséricordieux, mais le Vengeur (Al Mountaqim) et le Dominateur [qui écrase] (Al Qahhar). Gagner ses faveurs, c’est appliquer sans fléchir ses justes sentences contre les ennemis de la Religion, et elles sont d’autant plus justes qu’elles sont terribles.

 

Anouar_BenmalekLe problème de la responsabilité morale de tout le petit peuple des Algériens sympathisants de l’islamisme est autrement plus délicat. «  Le boulanger, le chômeur, l’ouvrier, l’adolescent boutonneux, le voisin de palier avec lequel vous plaisantiez le matin avant d’aller au travail, toutes personnes se concevant comme bonnes et honnêtes, écrit Anouar Benmalek, se transformaient peu à peu, à leur insu peut-être, en loups capables de tuer. Ou, du moins, capable de contribuer à tuer, par la délation à la mosquée, le soutien moral et matériel aux « djihadistes », et la complaisante – et non moins criminelle – approbation quand la tête d’un voisin journaliste sera déposée devant le domicile de ses parents : « Ah, il l’avait bien cherché, ce mécréant, à se mettre tout le temps au travers des desseins des défenseurs de la vraie foi ! ». Je n’invente rien malheureusement, j’ai entendu à maintes reprises ce crachat verbal, sous cette forme ou sous une autre, au marché, à l’université, chez l’épicier…après le meurtre d’un écrivain, d’un intellectuel, d’un chanteur » (p. 16).

 

Naravas

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Bibliographie partielle :

 

  •  Aoudia Malek, Labat Séverine, Algérie 1988-2000 : autopsie d’une tragédie, [DVD-ROM], Ed. Compagnie des phares et balises, 2003.
  •  Benmalek Anouar, 2003, Chroniques de l’Algérie amère, Algérie 1985-2002, Paris, Ed. Pauvert.
  •  Khelladi Aïssa, Le Fis à l’assaut du pouvoir, Alger, Ed. Marsa, 2002, Première édition sous le titre Algérie, les islamistes à l’assaut du pouvoir, Ed. L’Harmattan, 1995
  •  Labat Séverine, Les islamistes algériens entre les urnes et le maquis, Paris, Ed. du Seuil, 1995
  •  Rachid Mimouni, 1992, De la barbarie en général et de l’intégrisme en particulier, Belfond-Le Pré aux clercs.
  •  Zerrouki Hassane, La nébuleuse islamiste en France et en Algérie, Paris, Ed. Editions 1, 2002
  •  Confluences Méditerranée n° 25, Printemps 1998, « La parole aux Algériens : Violence et politique en Algérie », Ed. L’Harmattan (en ligne)  

__________________

Notes

(*) Voici le dernier texte de Saïd Mekbel, « Ce voleur, qui… » :


« Ce voleur qui, clans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c’est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne-pas dire dehors le méchant métier qu’il fait, c’est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c’est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu’un coup de crosse propulse au fond du camion, c’est lui. C’est lui qui, le matin, quitte samaison sans être sûr d’arriver à son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans être sûr d’arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c’est lui.


C’est lui qu’on menace dans les secrets d’un cabinet officiel,le témoin qui doit ravaler ce qu’il sait, ce citoyen nu et désemparé… Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c’est lui. C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autres que ses petits écrits. Lui qui espère contre tout parce que, n’est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste. » (Saïd Mekbel)

 

(**) Les « Qui tue quistes » essayeront d’imposer une vision parcellaire de ces assassinats, en les considérant au cas par cas, en les extirpant de l’ensemble qui leur donne sens. Ils refuseront obstinément de les envisager comme des faits formant unesérie cohérente, répondant à un plan d’action établi et exécuté par les islamistes armés. Ils préféreront une vision atomiste, policière, sécuritaire, dont le résultat est de dissimuler les liens qui relient les cas entre eux, les liens qui relient les crimes à leurs motivations idéologiques, et enfin les liens entre les assassinats et leurs revendications par les groupes armés dans le contexte où ils étaient commis. Les raisons qui fondent cette vision atomiste transparaissent clairement quand ces mêmes « qui tue quistes » avancent des allégations fictives et improuvables à propos de chaque assassinat : pour eux, Katia Bengana serait un « crime passionnel », un tel est tué par la sécurité militaire, un troisième s’est suicidé, etc. Quand ils parlent des intellectuels assassinés, ils précisent souvent leur couleur politique et minimisent leur importance, comme pour souligner que les victimes étaient tuées à cause de leur « engagement dans une guerre » : ce qui rejoint l’argumentaire du FIS et des groupes armés. Et bien entendu, le résultat des courses, toujours selon cette vision, consiste à endosser  tous les assassinats aux services de l’armée algérienne en recourant à des théories du complot abracadabrantes (ça devient, à un moment donné, du Gérard de Villiers politique) et, comme par hasard, à blanchir complètement les islamistes (qu’ils qualifient d’ « opposition armée ») de leurs crimes odieux. On reviendra, dans un prochain post, sur cette vision très favorbale à l’ex-FIS.

Posté par Naravas à 21:22 – CONNAISSANCE DE L’ISLAMISME FONDAMENTALISTE – Commentaires [29]– Permalien [#]

Commentaires

merci

 

J’ai vraiment appris beaucoup de choses en vous lisant. Merci pour votre effort de rigueur. J’ai toujours autant de mal à saisir « à qui profite le crime » et la raison de cette passivité quasi ovine devant l’horreur.
Bon jeûne et bien à vous.

MALI

 

Posté par MALI, 22 août 2009 à 19:59
République islamique?
 
  • « En d’autres termes, on vous tue parce que vous n’avez pas pris notre parti…Voilà qui nous renseigne sur ce qu’est la liberté d’expression et d’opinion dans une République Islamique. »

     

    Ce passage de votre texte Naravas me trouble parce que c’est un amalgame délibéré. Ces tueurs que vous présentez ne sont que des dictateurs et de ce fait leurs idéologies poussées à l’extrême comme leurs méthodes sont bien loin de la république de plus islamique. L’homme qui a la foi n’assassine pas il s’exprime.

     

    Mais j’apprends beaucoup sur le malheur algérien avec votre article néanmoins.

     

    Posté par Un croyant, 22 août 2009 à 23:18
     
    Passivité
  • @ Merci à toi Mali :

     

    Saha Ramdanek à toi aussi ! Bon Ramadan à tous les lecteurs/trices concerné(e)s de ce blog !

     

    La passivité a trois explications à mon sens : a) les gens passifs sont impuissants et se disent qu’ils ne peuvent rien changer, les islamistes armés sont plus forts que tout; 2) les gens passifs sont complices, ils se disent : « tant pis pour lui, il le mérite [d’être égorgé], le mécréant [c’était le cas de la majorité des sympathisants du FIS]; 3) Les gens sont tellement surpris par cette barbarie qu’ils ne savent pas comment réagir…


    Il faut dire aussi que réagir équivalait dans certains contextes à risquer sérieusement sa vie, ce que beaucoup n’ont pas osé faire.


    Pour l’état protéger les intellectuels n’était pas vraiment une priorité : soit il était impuissant et incompétent; soit il se disait : bon débarras, ses intellectuels ont créé beaucoup de problèmes en critiquant le gouvernement, les gens du pouvoir, etc.


    Eh oui, les intellectuels, c’était gênant pour les uns et les autres : ils étaient « coupable » du double crime de critiquer les islamistes et de dénigrer l’état et ses institutions.

     

    Quant aux assassinats commis par les islamistes, ils me semblent être utilisés comme moyen de terreur et de soumission de toute une population. Les islamistes voulaient montrer à ceux qui leur résistaient que l’ordre de Dieu [ou plutôt ce qu’il pensent être de Dieu] est non seulement le plus fort, mais surtout le plus terrible. C’est une extrême droite religieuse qui a pris les armes, alors il ne faut pas s’étonner qu’elle n’instaure pas l’égalité, la justice, les libertés individuelles et la démocratie.


    La base des groupes armés est formée par des « fanatisés ». On lui dit d’exécuter un tel, il le fait parce que son nom était dans la liste des « ennemis de Dieu »…


    Au plaisir de te lire Mali !

     

    NVS

    Posté par Naravas, 22 août 2009 à 23:29
    Etat d’esprit ?
     
  • Chers amis bonjour,


    Au cours de la guerre pour la libération et pour l’indépendance le peuple algérien a démontré aux yeux de la planète qu’il est un peuple fier, courageux, capable de martyrs (au sens noble c’est-à-dire témoins), insoumis, sans compromission, parfois même impitoyable. Il est vrai que les souffrances de la guerre d’indépendance ont forgé un esprit de violence impitoyable chez ce peuple qui tout au long de l’histoire a toujours lutté, parfois plié mais jamais abandonné sa fierté.


    Une anecdote : à l’époque de Boumediene le ministre de l’énergie reçoit deux scientifiques européens (norvégien et français d’après mes souvenirs) qui veulent visiter les champs pétrolifères et gaziers du grand sud algérien. Le ministre décroche le téléphone et dit au Wali (préfet ?) local de « bien s’occuper d’eux ». Résultat on les a trouvés égorgés au milieu de la piste saharienne. Je ne sais s’il faut en rire ou pleurer de cette triste histoire !


    Cette histoire illustre l’état d’esprit du peuple algérien au sortir de la colonisation. Que reste t il de ces phantasmes ? Les égorgeurs des années 90 sont ils une réviviscence de cet état d’esprit ?


    Parce que, si nous considérons que les 4 pays du Maghreb sont un même peuple, on peut se demander pourquoi cette violence barbare n’a pas sévit au Maroc, Lybie et Tunisie ? Pourtant on sait que les virus traversent aisément les frontières, et quel pire et résistant virus que celui de la haine ?


    J’ai bien lu vos explications concernant la passivité de la société algérienne…mais pourquoi ces mêmes explications n’ont pas marché pendant la guerre d’Indépendance et pourquoi à l’époque le peuple algérien a résisté alors qu’il était terrorisé et pas cette fois ci ?


    J’ai côtoyé en Europe quelques intellectuels algériens ayant fuit l’enfer. Malgré leurs grandes qualités ils occupent des postes subalternes mal payés. Bien qu’avalant des couleuvres ils se taisent et tendent à se camoufler pour ne pas être vus, à ne pas faire de vagues. Jusqu’à ce jour ils se taisent. L’enfer continue t il ?


    Bien à vous et qu’Allah accepte votre jeûne.


    MALI

    Posté par MALI, 23 août 2009 à 10:46

Bahar Kimyongür à Algérie patriotique : « La Belgique a sous-estimé le cancer wahhabite »

 
28 Mars 2016
 

Des membres d'une organisation extrémiste tolérée par les autorités belges. D. R.

Algerie patriotique : La capitale belge vient d’être frappée par deux attentats meurtriers. Quelle lecture en faites-vous ?

 

Bahar Kimyongür : La même lecture aujourd’hui partagée par tous les Belges, du chef de l’Etat au simple citoyen. Tout le monde savait que les terroristes allaient frapper Bruxelles de manière lâche et sauvage. Le drame était théoriquement prévisible et attendu, Bruxelles étant une cible facile. L’autre raison qui laissait penser à une attaque imminente est le nombre phénoménal de djihadistes belges par tête d’habitant. La Belgique compte proportionnellement le plus grand nombre de nationaux dans les rangs de Daech par rapport à son nombre d’habitants. Officiellement, 117 djihadistes belges sont revenus du front syrien. La plupart d’entre eux ne sont même pas passés par la case prison.

 

Le déploiement de militaires et les mesures de sécurité prises depuis des mois, en Belgique, n’ont pas pu empêcher ce drame. Comment l’expliquez-vous ? 

 

A moins d’un réflexe miraculeux, aucun moyen de détection ne peut stopper des kamikazes déterminés qui débarquent par surprise au milieu de la foule, ni à Bruxelles, ni à Beyrouth, ni à Homs, ni à Bagdad. Les attaques suicides sont imparables. Signalons aussi qu’à l’entrée de l’aéroport de Zaventem, il n’y a jamais eu de portique de sécurité. Quand bien même la sécurité à l’aéroport aurait été plus sérieuse, nous n’aurions pas pu éviter l’attentat. Il se serait probablement produit à l’entrée de l’aéroport…

 

Comment va réagir le gouvernement belge, concrètement, après ces attentats ? 

 

Avec une certaine impuissance. L’Etat belge accueille le siège de l’Otan, vend des armes, participe de manière symbolique à des coalitions guerrières, mais n’est pas du tout préparé à une guerre asymétrique menée sur son propre territoire. La Belgique n’a plus connu la guerre sur son sol depuis plus de 70 ans. Ses polices, son armée, ses citoyens n’ont ni le bagage politique ni militaire pour affronter cette situation de guerre larvée face à un ennemi extrêmement imprévisible et difficile à identifier.

 

La Belgique a toléré, et parfois encouragé, l’existence de bandes armées salafistes sur son sol lesquelles profitent d’une législation très souple en matière de surveillance. Le gouvernement belge réussira-t-il à endiguer ces cellules terroristes implantées depuis les années 1990, lorsque la Belgique donnait refuge aux terroristes du GIA ?

 

La Belgique a commis plusieurs fautes. Durant les années 60 et 70, le roi Baudouin s’est rapproché de l’Arabie Saoudite en pensant que la religion prêchée par la monarchie pétrolière allait pouvoir encadrer les travailleurs immigrés originaires de pays musulmans comme le Maroc ou la Turquie. Cet accord belgo-saoudien s’est traduit par la mise à disposition et la transformation du pavillon oriental du parc du Cinquantenaire en siège de la Grande Mosquée de Bruxelles. Les comportements de repli sur soi et de rejet de l’autre ont peu à peu gagné les diverses communautés musulmanes en partie à cause des prédicateurs formés en Arabie Saoudite. Malheureusement, la Belgique a sous-estimé le cancer djihadiste en pensant que le takfirisme wahhabite était un phénomène culturel relevant de la liberté d’expression et non d’une idéologie terroriste, voire génocidaire. A l’époque de la guerre froide, cette idéologie arrangeait bien le patronat belge et les hautes sphères du pouvoir. Le travailleur musulman bigot était en effet bien moins revendicatif que les ouvriers italiens ou espagnols davantage coutumiers des luttes syndicales et de l’activisme politique au sein de partis communistes.

 

C’est dans ce contexte que l’Etat belge a laissé prospérer certains imams ultra-conservateurs. Au lendemain de la chute du mur de Berlin, lorsque le théoricien néo-con Fukuyama a frauduleusement décrété la «fin de l’histoire», les terroristes du GIA ont profité du vide laissé par la défaite du camp socialiste. En tant qu’allié historique des États-Unis, la Belgique a contribué à l’effondrement des idéaux et des valeurs progressistes au sein du monde arabe et musulman comme le socialisme, le panarabisme et la laïcité. L’émergence du djihadisme en Belgique est le résultat de plusieurs décennies de collaboration avec les ennemis arabes du progressisme arabe. Ceux qui ont connu les luttes sociales des années 70 et 80 ont une meilleure vision du processus d’érosion culturelle et idéologique qui a gagné l’immigration musulmane en Belgique sous l’action des mosquées salafistes. Il y a 50 ans, personne n’aurait pu prévoir la djihadisation des esprits dans les rues de Bruxelles. Mais dès 2012, les autorités belges ont laissé partir les jeunes musulmans vers la Syrie dans l’espoir qu’ils liquident Assad. Cette erreur de calcul a été fatale, car pour Daech, il n’y a aucune différence entre la Syrie «mécréante» et la Belgique «mécréante». Vous évoquez les législations belges trop souples en matière de surveillance. Il y a en effet l’illusion que l’Etat de droit peut suffire à désamorcer des bombes.

 

Depuis que la menace terroriste cible l’Europe, les Occidentaux promettent une lutte sans merci contre le terrorisme transnational. Seulement, sont-ils, selon vous, disposés à s’attaquer à la racine d’un mal qui arrange leurs intérêts ? 

 

Comme vous le dites, ce n’est pas dans leur intérêt. Du moins à court terme. S’ils avaient raisonné en tant que leaders politiques responsables et respectueux de leurs citoyens, ils auraient réfléchi par deux fois avant de se coucher devant les djihadistes en col blanc comme Erdogan ou en dichdacha blanche comme le roi Salmane (d’Arabie) ou le prince Mohammed Ben Nayef (d’Arabie – décoré de la légion d’honneur).

 

Les empires occidentaux ont miné ou détruit tous les États arabes souverains, laïcs et modernes au nom des droits de l’Homme et de la lutte contre les dictateurs. Résultat : l’Etat irakien de Saddam a été remplacé par une entité défaillante assistée par des milices confessionnelles. L’Afghanistan laïc s’est transformé en polygone de tirs pour les seigneurs de guerre et les drones américains. Les ruines de la Libye débarrassée de Kadhafi servent de décor pour une guerre entre clans et tribus. Quiconque connaît la fragilité de ces pays en l’absence d’un Etat peut aisément anticiper le scénario catastrophe. Avec la multiplication des fronts djihadistes de par le monde, on peut aujourd’hui parler d’une apocalypse de longue durée.

 

La Belgique, comme la France, a développé une politique de harcèlement, de diabolisation, de mépris et de racisme vis-à-vis de la communauté musulmane. Comment protéger cette dernière d’éventuelles représailles d’extrémistes de droite, selon vous ? 

 

En cultivant l’unité entre musulmans et non-musulmans. Dans la foulée des attentats de Bruxelles, des milliers de musulmans se sont engagés corps et âmes dans la campagne citoyenne d’entraide avec les victimes des attentats, qui en servant de chauffeur, qui en ouvrant sa porte, qui en ouvrant son cœur. Ce sursaut citoyen qui s’est exprimé dans les rues de Bruxelles est la meilleure réponse à donner aux ennemis du genre humain, qu’ils se réclament de l’islam ou de l’anti-islam.

 

Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi

 

Source : Algérie Patriotique, Mohamed El-Ghazi, 24-03-2016

Les-crises.fr DT | 28 mars 2016 à 4 h 00 min | Tags: Attentats de Bruxelleslutte contre le terrorisme | Catégories: Crise Politique | URL: http://wp.me/p17qr1-stS

Menace wahhabite : l’Assemblée Mondiale Amazighe interpelle le Parlement européen

 

17 Mars 2016
Le Congrès mondial amazigh est né de la volonté des Imazighen (les Berbères) de se doter d’une structure de coordination et de représentation à l’échelle internationale, indépendante des Etats et des partis politiques.

 

Cette idée, vieille de plusieurs années, s’est concrétisée les 1er, 2 et 3 septembre 1005 en France,  lors d’un pré-congrès qui a réuni une centaine de délégués d’associations amazighes, venus des pays de Tamazgha (Afrique du Nord), d’Europe et d’Amérique Cette rencontre historique a donné naissance à une organisation internationale appelée Congrès mondial amazigh (CMA) dont le siège se trouve à Paris (France). Récemment il y a eu es rencontres avec les kurdes.

 

Menace wahhabite : l’Assemblée Mondiale Amazighe interpelle le Parlement européen

l’Assemblée mondiale amazighe appelle le parlement européen à cesser ses relations avec les dictatures pétrolières du Golfe pourvoyeuse de wahhabisme.

Permettez-nous de vous exprimer nos vives félicitations pour votre Résolution, du jeudi 25 février dernier, par laquelle où vous avez exigé que les pays de l’Union Européenne cessent de vendre des armes à l’Arabie Saoudite. Cette dernière non seulement utilise ces armes contre les civils au Yémen mais, en plus, finance aussi le terrorisme international comme vient de le déclarer, récemment, le président américain Barack Obama, pourtant principal allié de ce pays de Golfe.

 

Or, comme vous le savez, l’Arabie Saoudite n’est pas le seul Etat dans ce cas. Le Qatar aussi se retrouve dans la même situation (comme je vous l’avez signalé dans mon courrier électronique du 20 avril dernier). C’est pourquoi il serait opportun que le Parlement Européen étende la Résolution précitée à l’ensemble des pays qui font un usage des armes contre les populations civiles et/ou qui financent le terrorisme en violation des principes et règles du droit international humanitaire, notamment le Qatar.

 

Les intentions de ce petit pays du Golfe sont claires et son objectif est triple :

 

– s’accaparer des ressources pétrolières de la Libye.

 

– « wahhabiser » l’Afrique. Le Qatar voudrait appliquer la même politique hégémonique que celle de défunt dictateur libyen Mouammar Khadafi qui souhaitait «arabiser» tout le continent africain. A la place de la politique d’arabisation idéologique, le Qatar, souhaite «wahhabiser» l’Afrique par la violence, en soutenant les mouvements djihadistes, qui font l’allégeance tantôt à Al Qaeda, tantôt à Daech. Comme il l’a déjà fait en finançant, au Nord du Mali, Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghali. (Cf., La guerre du Qatar contre les Amazighs).

 

– Ruiner les pays ciblés et leurs entreprises pour mieux s’en accaparer et réaliser de substantiels profits. A l’exemple du certains magnats saoudiens, qui achètent des entreprises en faillite, après ils les redressent, et ensuite ils les vendent à des prix faramineux après leur cotisation au sein des bourses mondiales, les qatariens appliquent le même principe, non pas seulement sur des entreprises sinon sur des états entiers !

 

Malheureusement, c’est ce qui est en train de se passer concrètement avec l’Etat tunisien, après sa «révolution de jasmin», en étant la cible privilégiée d’attentats répétitives de la part des groupes terroristes, en provoquant la ruine de son économie nationale, basée bien sûr sur le tourisme internationale (voir les documents ci-joins)! Et à propos de cette question, nous avons déjà prévenu le président tunisien Monsieur Béji Caïd Essebsi en juillet dernier après les attaques de Soussa, en le conseillant de couper catégoriquement ses relations diplomatiques avec ce pays de Golfe.

 

Les pays européens devraient être plus fermes et couper toutes relations commerciales et diplomatiques avec l’ensemble des pays qui financent le terrorisme, et plus particulièrement l’Arabie Saoudite et le Qatar, pour le plus grand bien de l’humanité.

 

Veuillez agréer, Mesdames et messieurs les eurodéputés(es), l’assurance de notre considération fort distinguée.

 

Rachid Raha

Président de l’Assemblée Mondiale Amazighe

 

Nous sommes dans une situation d’une extraordinaire complexisté et je n’arrive pas à comprendre comment certains sites complotistes qui prennent leur désir pour des réalités et leur vision monolithiques pour la réalité peuvent comprendre ce qui se passe dans la réalité et donc prétendre y agir en exaspérant haine et tension. Comment peuvent-ils par exemple rendre compte de la subtilité de la poltique russe et encore plus chinoise en jouant sur un machiavélisme hors de saison. Comment peuvent-ils par exemple rendre compte des excellentes relations entre la Russie et Israël, tout en considérant que la Russie maintient sa position de principe exigeant un Etat palestinien (voir :http://www.jpost.com/Israel-News/Politics-And-Diplomacy/Putin-meets-Rivlin-at-Kremlin-amid-Russias-Syria-disengagement-448141

 

Comment peuvent-ils analyser la venue le même jour du roi du Maroc et le lier aux relations avec l’Etat algérien, sinon peut-être parce que les Russes ont pris acte d’une paralysie de cet Etat qui le livre aux manoeuvres des Etats-Unis…

 

Non la seule manière de s’y reconnaître dans cette complexité est de partir du refus de l’interventionnisme impérialiste et de l’exigence de paix, le contraire de ces visions d’extrême-droite qui n’admirent que la force militaire et ne mesurent jamais les complexités diplomatiques et les tentatives de paix.

La Tunisie, cible d’une attaque terroriste « sans précédent » !

 

08 Mars 2016
 

Ici aussi le fascisme, parce qu’il s’agit bien de fascisme et pas de « terrorisme » ou de « religion » impose sa brutalité, tandis que les Etats-Unis viennent proposer leurs bons services pour protéger de ce qu’ils ont largement contribué (les Français et Sarkozy au premier rang) à créer. Un scénario qui partout dans le monde semble se réaliser..

(note de Danielle Bleitrach)

 

ACTUTUNISIE | MARDI 08 MARS 2016 08:08:07


Par Dhaou Maatoug – La Tunisie a subi lundi des attaques simultanées «sans précédent» dans une région voisine de la Libye, attribuées par les autorités au groupe État islamique (EI), lors desquelles au moins 36 djihadistes, onze membres des forces de l’ordre et sept civils ont été tués.

 

Crédit photo © Sofiene Hamdaoui/AFP

 

Déjà frappée en 2015 par une série d’attentats sanglants, la Tunisie a annoncé la fermeture des postes frontaliers et le renforcement des patrouilles y compris aériennes à sa frontière avec la Libye, où le chaos profite notamment à l’EI.

 

« Le but de cette attaque était de troubler la situation sécuritaire dans notre pays et d’établir un émirat de DAECH à Ben Guerdane », a dit le chef du gouvernement Habib Essid, faisant référence à l’EI par un acronyme arabe.

 

« Mais grâce à tous les efforts, à la coopération entre notre armée nationale et nos forces de sécurité intérieure, la réaction a été forte et rapide », a-t-il ajouté.

 

Perpétrées à l’aube, ces attaques ont visé une caserne de l’armée, un poste de police et un poste de la garde nationale (gendarmerie) tunisiennes à Ben Guerdane, localité de 60 000 habitants toute proche du territoire libyen.

 

Dans un bilan encore provisoire, les ministères de la Défense et de l’Intérieur ont indiqué que 36 djihadistes, six gendarmes, trois policiers, un douanier et un soldat avaient péri. Sept civils ont également été tués, dans des circonstances non précisées.

 

Le nombre total de djihadistes impliqués n’est pas connu, mais les autorités ont souligné que sept d’entre eux avaient été arrêtés et que des opérations étaient toujours « en cours pour pourchasser des terroristes ».

 

En fin d’après-midi, des échanges de tirs ont de nouveau été rapportés par des témoins.

 

Hedi, un habitant de la ville, a raconté sur la radio privée Shems FM que des hommes armés qu’il avait croisés s’étaient réclamés de l’EI. «Ils ont dit: « N’ayez pas peur, nous sommes l’État islamique »». Ils nous ont dit de dire Allah Akbar (Dieu est grand, NDLR), nous avons dit Allah Akbar.

 

« Nouvelle province »

 

«Il s’agit d’une attaque sans précédent, coordonnée», a réagi le président Béji Caïd Essebsi. «Les Tunisiens sont en guerre contre cette barbarie et ces rats que nous allons exterminer», a-t-il enchaîné, dans des propos retransmis par la télévision publique.

 

Un couvre-feu est entré en vigueur à Ben Guerdane à 19 h (13 h, heure de Montréal), jusqu’à mardi 5 h (23 h lundi à Montréal).

 

Les forces de l’ordre patrouillaient dans les rues et ont incité par haut-parleur les citoyens à rester chez eux, selon un correspondant de l’AFP sur place. Des soldats montaient la garde du haut de certains toits.

 

Outre la fermeture des postes-frontières pour une durée indéterminée, les autorités avaient aussi bouclé en matinée la route côtière reliant Ben Guerdane à Zarzis (nord).

 

La Tunisie est confrontée depuis sa révolution de 2011 à l’essor d’une mouvance djihadiste responsable de la mort de dizaines de policiers et de soldats ainsi que de touristes.

 

Cette attaque simultanée contre des installations sécuritaires, d’ampleur inédite, intervient moins d’une semaine après de premiers heurts armés dans cette même région.

 

Washington condamne les attaques et offre son aide

 

Les États-Unis ont « condamné avec force » les attaques « terroristes » en Tunisie attribuées au groupe État islamique et ont proposé leur aide au régime de Tunis que Washington considère comme la seule réussite démocratique du Printemps arabe.

 

Le porte-parole du département d’État John Kirby a salué « la réponse rapide et courageuse des forces de sécurité tunisiennes » face à des attaques simultanées.

 

Le porte-parole américain n’a pas explicitement montré du doigt l’EI mais il a dénoncé « les menaces extérieure et intérieure » posées par « l’extrémisme » sur la « stabilité et la prospérité » de la Tunisie.

 

M. Kirby a réaffirmé « l’engagement des États-Unis pour la sécurité de la Tunisie et le partenariat » stratégique entre les deux pays. « Nous renouvelons notre offre d’aide au gouvernement tunisien, après l’attaque lâche d’aujourd’hui », a encore dit le porte-parole.

 

Le ministre des Affaires étrangères John Kerry s’était rendu le 13 novembre dernier à Tunis pour réaffirmer le soutien de Washington à la jeune démocratie tunisienne que les États-Unis ont toujours considérée comme une « balise d’espoir » pour le Printemps arabe.

 

Tunis est en outre depuis mai 2015 un « allié majeur non membre de l’OTAN », un statut qui permet une coopération militaire renforcée avec Washington.

 

Les Américains s’inquiètent toutefois depuis des mois du risque de déstabilisation venu de la Libye voisine, base arrière d’attentats djihadistes qui ont ensanglanté la Tunisie en 2015.

 

Raid américain

 

Cinq extrémistes venus de Libye, retranchés dans une maison, avaient été tués par des unités de l’armée, de la garde nationale et de la police. Un civil était également mort d’une balle perdue et un commandant blessé.

 

Au moins quatre des extrémistes étaient de nationalité tunisienne, d’après les autorités, qui avaient dit avoir mis la main sur un arsenal de guerre.

 

Elles avaient évoqué la possible entrée sur le sol tunisien de «groupes terroristes» après un raid américain le 19 février contre un camp d’entraînement de l’EI à Sabratha, dans l’Ouest libyen, à moins de 100 km de la frontière tunisienne.

 

Ce bombardement avait fait des dizaines de morts, parmi lesquels aurait figuré Noureddine Chouchane, un Tunisien décrit comme un cadre opérationnel de l’EI impliqué dans deux des attaques perpétrées en 2015 en Tunisie, contre le musée du Bardo à Tunis (22 morts) et près de Sousse (38 morts).

 

«Des mouvements suspects étaient rapportés depuis le raid de Sabratha et on sentait bien que l’EI chercherait à se venger», a dit à l’AFP Hamza Meddeb, chercheur au centre Carnegie.

 

«Ce n’était qu’une question de temps et il y avait des indices forts pour que la Tunisie en soit la cible», a-t-il ajouté.

 

Paris et Berlin ont condamné les attaques, le président français François Hollande assurant que «la Tunisie a, une fois encore, été visée parce qu’elle est un symbole».

 

La Tunisie, qui compte plusieurs milliers de ressortissants dans les rangs d’organisations djihadistes à l’étranger, exprime régulièrement son inquiétude à propos de la Libye.

 

Pour tenter de se protéger, elle a construit un «système d’obstacles» sur près de la moitié des 500 km de frontière.

 

Les postes frontaliers avaient déjà été temporairement fermés à l’automne dernier après l’attentat contre la sécurité présidentielle à Tunis (douze morts), revendiqué par l’EI.

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