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27 sept. 2014

Comment reconnaître les crises du capitalisme ?

Pour Robin Goodfellow, l’entreprise, comme entité juridique, est la cellule de base du mode de production capitaliste. Quel que soit son mode de propriété, appartenant directement au capitaliste, ou à des actionnaires, des fonds de pension ou à l’Etat, c’est une forme qui a permis le développement de l’économie capitaliste depuis le 14° siècle, mais qui est aujourd’hui totalement obsolète, improductive et antisociale.La socialisation croissante des moyens de production opérée par le mode de production capitaliste la rend de plus en plus inapte et le régime de la concurrence qui la caractérise entraîne des retards désastreux dans le développement de la société. L’organisation collective de la production et de l’ensemble des fonctions de reproduction de la vie sociale est une tâche des plus impérieuses, mais elle ne pourra véritablement aboutir qu’avec la réalisation d’une révolution communiste mondiale...

Visitons les cheminements de Robin Goodfellow dans les avatars du capitalisme et de ses entreprises....

Michel Peyret


Introduction du livre : « Crise du capital, crise de l’entreprise » par Robin Goodfellow, 2011.

www.robingoodfellow.info 

1.1 En défense du marxisme

Contre vents et marées, nous avons défendu, depuis trente-cinq ans, la théorie marxiste des crises, montrant que la production capitaliste connaissait régulièrement (cycle d’environ 6 ans depuis la deuxième guerre mondiale), des crises de surproduction. Cette théorie nous l’avons défendue d’abord contre l’ennemi bourgeois qui, de « trente glorieuses » en « crise du pétrole » a confirmé ce que Marx avait montré dès 1848 : la faillite de la science économique (économie politique), tout juste bonne à défendre les intérêts du capital, mais certes pas à délivrer une compréhension scientifique, rationnelle, des phénomènes à l’œuvre dans la société. L’adoption du terme « récession » pour ne pas parler de crise, durant des années, en dit long sur cette capitulation.

Ensuite, contre les expressions du marxisme officiel, celui des « partis communistes » qui avaient rompu du tout au tout avec la perspective des crises catastrophiques et, du même coup, avec la défense de la perspective révolutionnaire. Mais nous avons dû aussi la défendre, dans notre propre camp, chez ceux qui n’avaient pas abandonné l’engagement communiste internationaliste, contre des expressions dégénérées du marxisme, comme l’inepte théorie de la « décadence du capitalisme » qui, en théorisant une crise permanente niait par la même occasion l’existence des crises cycliques de surproduction.

La crise qui, en 2008, après celles de 2000-2001, 1993, 1987, 1981-82, 1975 pour ne parler que des plus récentes, a frappé d’abord le secteur de la finance avant de se déplacer dans la sphère productive a remis en partie les pendules à l’heure, même si pour ce qui concerne les explications de fond – malgré quelques coups de chapeau à Marx pour sa vision de la crise du capitalisme (mais jamais bien sûr en tant que théoricien de la révolution) – nous avons toujours à faire aux mêmes inepties.

Reconnaître la crise (et on voit mal, devant les faits comment cela ne serait pas possible aujourd’hui) est une chose, en analyser les répercussions concrètes, quotidiennes, sur le fonctionnement de l’économie capitaliste en est une autre. Un épisode de crise ne signifie pas l’arrêt brutal de toute la production, ni la faillite soudaine de toutes les entreprises. Elle provoque une contraction violente de l’activité, variable selon les secteurs et elle est souvent l’occasion de recompositions au sein de la sphère productive et d’un remodelage de la concurrence (telle entreprise en rachète telle autre au bord de la faillite, etc.). Elle précipite des pans entiers du prolétariat et des classes moyennes dans le chômage et la misère et détruit des masses considérables de valeur et de plus-value. Ce chaos est évidemment propice à l’agitation révolutionnaire, mais il n’y a pas de relation de cause à effet entre crise et possibilité de reprise d’un cours révolutionnaire ouvrant la voie à la prise du pouvoir politique.

La petite entreprise, notre bête noire

A partir d’un cas concret exposé dans le livre d’un jeune entrepreneur capitaliste qui témoigne de sa faillite (« Ma petite entreprise a connu la crise » par Nicolas Doucerain), nous nous livrerons à une analyse de la façon dont la crise frappe concrètement ce que les commentateurs appellent sottement « l’économie réelle ». L’entreprise, comme entité juridique, est la cellule de base du mode de production capitaliste. Quel que soit son mode de propriété, appartenant directement au capitaliste, ou à des actionnaires, des fonds de pension ou à l’Etat, c’est une forme qui a permis le développement de l’économie capitaliste depuis le 14° siècle, mais qui est aujourd’hui totalement obsolète, improductive et antisociale.

La socialisation croissante des moyens de production opérée par le mode de production capitaliste la rend de plus en plus inapte et le régime de la concurrence qui la caractérise entraîne des retards désastreux dans le développement de la société. L’organisation collective de la production et de l’ensemble des fonctions de reproduction de la vie sociale est une tâche des plus impérieuses, mais elle ne pourra véritablement aboutir qu’avec la réalisation d’une révolution communiste mondiale.

Un des grands mérites du mode de production capitaliste est de créer les conditions de son propre dépassement, au moyen de ces développements que sont la concentration et la centralisation du capital et l’augmentation générale de la productivité du travail. Plus il se concentre et se centralise, plus le capital est à même de bénéficier et d’éprouver pleinement les apports de la science à la production et de favoriser le progrès technique (que par ailleurs il freine dès lors qu’il est en situation de monopole ou tout simplement parce que les salaires ne sont pas assez élevés pour justifier l’emploi de moyens de production qui pourtant permettraient de réduire le temps de travail) qui, une fois la société débarrassée du mercantilisme et du carcan du salariat permettra au travail libre d’œuvrer à la satisfaction des besoins humains dans le respect du rapport organique entre l’homme et la nature.

Cependant, l’évolution du capital ne se traduit pas de manière linéaire par une progression toujours accrue vers la centralisation des moyens de production au sein d’un nombre restreint de groupes Si cette tendance se confirme, et de plus en plus au niveau mondial, parallèlement, comme le montrait très bien Rosa Luxembourg, renaissent en permanence des petites entreprises que le jeu de la concurrence amène à être elles-mêmes absorbées dans de plus vastes ensemble ou à disparaître. Et ceci durera tant que le mode de production capitaliste ne sera pas renversé par la force de la révolution prolétarienne.

Ainsi la France, encore septième puissance économique mondiale, présente un tableau contrasté de la répartition entre « petites » et grandes entreprises. Micro entreprises <10 personnes PME non micro De 10 à 250 personnes ETI (taille intermédiaire) De 250 à 5000 personnes Grandes entreprises > 5000 personnes Nombre 2 660 000 162 400 4 510 242 % des entreprises 94% 5% <1%o <1%oo % de l’emploi salarié 21% 29% 20% 30% % valeur ajoutée 19% 25% 22% 34% Source : Insee Première, n°1321, novembre 2010 Ainsi, 50% de la population active salariée employée relève d’entités qui regroupent moins de 250 salariés et 21% (soit cinq millions de salariés) de moins de 10 salariés. Si, du point de vue révolutionnaire, la socialisation sur la base des 219 très grandes entreprises, et de tout ou partie des 4 510 ETI ne pose pas de problème et ouvre rapidement la voie à leur fusion en une seule entité de production par branche ou par type d’activité, il n’en va pas de même de cette masse de petites et très petites entreprises.

Le parti révolutionnaire devra avoir vis-à-vis d’elles le même type de politique que les partis ouvriers avaient envers la paysannerie : développer au maximum le regroupement, la concentration, la mutualisation des équipements de façon à rompre la logique de la propriété privée et entamer un mouvement irréversible de socialisation des activités présentes dans ce secteur. Ceci n’est toutefois pas suffisant, en premier lieu il sera nécessaire d’éliminer purement et simplement toutes les activités antisociales, soit parce qu’elles fabriquent des biens inutiles (il s’agit dans ce cas de capital productif), soit parce qu’elles sont directement liées au caractère mercantile inhérent à la société capitaliste ou accomplissent des fonctions qui sont purement liées à l’organisation capitaliste de la société.

1.3 Le cas du conseil en ressources humaines

L’exemple que nous prenons dans ce texte appartient au secteur du conseil en général et particulièrement le conseil en recrutement et ressources humaines. L’activité liée à la gestion du personnel, qu’elle soit interne ou externe à l’entreprise est un exemple de fonction qui s’est autonomisée et professionnalisée avec le développement de la société capitaliste, depuis la fonction paie jusqu’au « management » des ressources humaines. Globalement, ce secteur occupe une part non négligeable de la force de travail total. Il existe (Insee) près de 5 000 entreprises qui officient dans les ressources humaines (entre autres le « placement de main d’œuvre) et qui emploient au total près de 50.000 personnes, auxquelles il faut ajouter les 42 000 agents de Pôle Emploi chargés d’encadrer, de policer et d’indemniser la masse des chômeurs soit un total d’environ 100.000 personnes auxquelles il faut ajouter le personnel permanent des agences d’intérim (la seule Manpower, par exemple affiche sur son site 4 400 salariés en France) et tout le secteur de la formation dans ce domaine, en dehors et dans l’université (Bts, masters…).

La fonction elle-même au sein des entreprises regroupe, selon certains experts, 2% de la masse des salariés, dans les entreprises dépassant 2000 personnes sachant qu’elle est peu autonomisée dans les « petites entreprises » et souvent confiée, dans ses aspects techniques à des cabinets comptables (fiches de paie). Si nous prenons uniquement les entreprises de plus de 5 000 salariés qui occupent, nous l’avons vu, 30% de la force de travail salariée totale soit environ 7 millions de personnes, nous obtenons 140.000 personnes. On peut encore ajouter les institutions prud’homales, avocats et toutes les instances qui n’existent qu’en fonction des conflits liés à la lutte des classes. Nous avons donc, sur une base réduite qui ne prend pas en compte la totalité de la population active, un total approximatif de 250 à 300 000 salariés qui s’occupent de « ressources humaines ».

Ce n’est pas forcément un choix de notre part de travailler sur ce thème, mais il se trouve que c’est l’activité de l’auteur de ce livre qui, lui, nous renseigne de manière plus précise sur la façon dont le déroulé de la crise affecte concrètement une entreprise. Mais restons donc sur ce secteur : les « ressources humaines » ou gestion de personnel pour parler clair sont directement liées à la hiérarchie sociale et à la nécessité de discipliner la force de travail pour l’entreprise capitaliste. Pour autant qu’elle accomplisse une fonction sociale utile, celle-ci se résume à la circulation des personnes et des compétences et aux fonctions de mesure de l’activité des employés (paie, gestion des congés, etc.). Tout le reste relève de la gestion de la lutte des classes. Que resterait-il d’une telle activité (dont nous avons vu qu’elle occupe plusieurs centaines de milliers de personnes) dans une société de travailleurs libres, une société communiste ?

Cette dernière se caractérise par l’abolition de la division sociale du travail, par la réduction drastique du temps de travail nécessaire (libérant ainsi un temps pour l’activité libre, l’investissement dans les affaires communes, la création, la recherche, l’innovation…) et la formation d’individus polyvalents, riches de connaissances à la fois scientifiques, pratiques, artistiques et techniques. L’une des clés de l’abolition de la division du travail est la rotation des tâches et des fonctions. Marx évoquait, de façon romantique l’individu qui était pêcheur le matin, chasseur le soir… il est plus probable qu’il faille envisager cette rotation sur la durée totale de la vie dès lors que la formation pour exercer certaines activités particulières exige plusieurs mois d’adaptation.

D’autre part, pour des raisons d’évolution technique (l’arrêt de la fabrication d’un type de bien devenu obsolète), ou de durée des projets (la construction d’un bâtiment par exemple), la force de travail peut avoir besoin de se déplacer d’un secteur à l’autre, occasionnant des mouvements permanents, d’autant plus que le processus se déroule à l’échelle internationale. De la fonction « technique » de ces officines de recrutement, reste alors uniquement la mise en contact de l’offre et de la demande par le biais d’une base de données unique et centralisée qui recense tous les lieux et fonctions où des besoins existent et qui permette aux individus de choisir où et quelle activité ils ont envie d’exercer, toutes choses que mettent en place à leur échelle et dans un but limité, aussi bien Pôle Emploi que des réseaux sociaux spécialisés ou les sites d’annonces, etc.

Par ailleurs, la société développe un besoin de comptabilité sociale accrue, là où, dans la société capitaliste, c’est le mouvement aveugle du marché qui régule après coup les aléas de la production et de l’emploi, ravageant au passage des vies humaines dont cette société n’a que faire : désœuvrement, dépression, divorce, suicide, plongée dans le dénuement, décès… accompagnent les « plans sociaux » et les licenciements, collectifs ou individuels.

Entre le mode de production capitaliste et la société communiste développée, dans la phase inférieure de la société communiste, il sera mis en place un système de bon de travail, une contremarque sociale, qui n’est pas de l’argent (il ne circule ni ne s’échange), et qui sert à valider la participation de l’individu au travail de la communauté et lui permet de disposer, pour la partie du temps de travail affectée à la consommation individuelle, des biens individuels nécessaires à sa vie (sachant que par ailleurs cette société connaîtra d’importants bouleversements dans tous les aspects de la vie : l’habitat, l’alimentation, les activités domestiques…) L’administration de ce bon de travail comme de la « bourse d’échanges » pour concrétiser la rotation des tâches restent des tâches techniques qui demandent l’affectation d’une force de travail, mais dans des effectifs significativement réduits par rapport à ce qui existe actuellement. On peut donc facilement imaginer que la force de travail sociale nécessaire pour accomplir ces tâches de régulation très largement inférieure à ce qu’elle est actuellement, permettant de réduire d’autant le temps de travail global. Mais venons en donc à l’expérience relatée par notre petit capitaliste.

Un livre exemplaire

Son livre peut être qualifié « d'exemplaire », en tant que plongée dans la psychologie du capitaliste et comme récit des vicissitudes d'une petite entreprise frappée par la crise. Dans cet ouvrage, Nicolas Doucerain, un jeune capitaliste qui dirige une société de conseil en recrutement, nous raconte comment sa société, Solic, s’est retrouvée en dépôt de bilan et en redressement judiciaire après avoir licencié plus des 2/3 de ses effectifs. Même s’il ne nous fournit pas tous les éléments pour apprécier au mieux les circonstances qui vont balayer l’entreprise, même si nous sommes très loin d'être dans les pas de César Birotteau, il est un témoignage intéressant de la manière dont la crise se propage à partir du moment où elle a éclaté dans la sphère financière.

Ce livre est aussi un modèle du genre en matière de fausse conscience, d’idéologie de la classe dominante. Les représentations qui peuplent le cerveau des capitalistes et dont ils s’illusionnent, sont faites de méconnaissance de la société, d’incapacité à dépasser un horizon d'autant plus étriqué que l'entreprise est petite. Nous le verrons donc en prise avec son intérêt immédiat, son pouvoir, son petit royaume ou plutôt, comme il s’identifie à Napoléon quand ce n'est pas à Barack Obama, son petit Empire. Nous ne personnaliserons pas outre mesure, ces commentaires. Il n'y a ici aucun acharnement contre la personne, même si c'est un cas précis qui est disséqué. C'est en tant que témoignage d'un représentant type de la classe capitaliste que nous le considérerons (même si les lois de la statistique nous l'interdisent) afin d'en tirer le plus possible d'enseignements généraux.  

Posté par Michel Peyret