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Michel Cornillon, le monde actuel, dominé par la finance, ne permet plus à l'homme d'évoluer

Quant à l’essoufflement et l’éparpillement du lecteur, je ne pense pas que ma prose en soit la cause : ma prose ne fait que traduire une réalité dont chacun se rend compte qu’elle échappe au contrôle. Cependant, le plus important est ce qui vient après la colère : la nécessité d’une colonne vertébrale permettant à chacun de tenir debout, de juger par lui-même, de se mettre en phase avec l’Esprit, de se diriger vers du positif. Pour cela, il nous faut passer des histoires à l’Histoire, déterminer ce qui nous construisit au cours des millénaires. Personnellement, comme Hugo Chavez, si je vois Marx, je vois aussi le Christ...

Faisons connaissance plus avant avec l’interview de Michel Cornillon.

Michel Peyret


        Michel Cornillon, Nouvel essai intitulé : « Capitalisme, la chute et ensuite »

29 mai 2014, par Yonne Lautre

Michel, ce qui frappe, au premier abord, quand nous prenons le livre en main, c’est la hiérarchisation de votre colère. Vous nous présentez plusieurs VUES, sur différents plans verticaux, alors que le titre principal de votre livre s’intitule « LA CHUTE ». Faut-il monter si haut pour tomber ?

Mais ce n’est pas l’humanité qui va chuter, cher ami, elle a trop de choses à accomplir. Cette chute concerne uniquement le système aberrant qui la soumet au productivisme, en fin de compte au matérialisme.
N’étant pas un intellectuel, je ne procède pas par raisonnements construits, mais à partir de visions personnelles. Il en va ainsi de ma colère, dont les motifs ont des causes différentes mais complémentaires. Le début du livre peut ainsi paraître brouillon. Mais, dans la mesure où je décris une société capitaliste aux éléments aussi inextricables que les baguettes d’un Mikado, cette colère me permet de demeurer dans le courant de l’Histoire. Colère vivante, donc en évolution, qui m’amènera à découvrir que le monde actuel, dominé par la finance, ne permet plus à l’homme d’évoluer. Or, dans un univers où tout est mouvement, aucun sur-place n’est possible. Le mouvement du monde nous dirige donc vers un redémarrage de notre évolution. Autrement dit vers la remise en marche de la Révolution qui aurait engendré une évolution continue si elle n’avait été stoppée par le capitalisme.

Votre relation avec l’HISTOIRE est surprenante. Quelle relation faites-vous entre l’Histoire, les différentes leçons d’histoire apprises et le passé ? Qu’est-ce qui dans votre parcours, vous a amené à faire de l’HISTOIRE un moteur de l’humanité ?

L’Histoire illustre pour moi le cours de la vie. On peut la détourner, la canaliser, la stopper par quelque barrage, parfois même la remonter sur quelques siècles ou plus. Mais on ne peut lui interdire de rejoindre la mer, autrement dit l’immensité, l’universel. Quant à la bataille de Bouvines et autres remous, ce ne sont que des détails sans importance. Seuls comptent les événements permettant d’élever le niveau de conscience. Ainsi Auschwitz, ainsi Hiroshima. Ainsi Freud et Einstein.
Maintenant, pour préciser ce qui me conduisit à faire de l’Histoire le moteur de l’humanité, je vais vous rapporter deux faits.
D’abord, lors d’une escapade à vélo (je devais avoir six ou sept ans), la formidable leçon que me dispensa l’azur et son soleil, les champs de blé où se mêlaient à l’époque marguerites, bleuets et coquelicots. Là, sur une ancienne voie romaine, dans le bourdonnement de l’été, la communion de tout mon être avec le nectar de la vie. Communion dont la puissance m’a permis de franchir sans trop de mal les trous et bosses qu’allait me réserver mon existence. 
Ensuite (je devais avoir 9 ans), une nuit passée à la belle étoile. Des heures sous des myriades d’étoiles qui se sont saisies de mon esprit d’enfant, lui ont murmuré que les galaxies attendaient les hommes, et que les hommes allaient grandir, allaient devenir frères et se diriger vers elles, les explorer et découvrir en elles d’autres intelligences. Que notre humanité allait donc en rencontrer d’autres, qu’elle allait s’unir à elles, et qu’en naîtraient des descendances.
Donc, après une communion charnelle avec la planète, la confrontation à l’infini, l’accès à l’universel en lequel se déploie l’Histoire.
Il m’a fallu des années, voire plusieurs décennies, pour réaliser que j’avais bénéficié là, alors que nul ne parlait d’espace et que Spoutnik était encore dans les cartons, d’une rare initiation. Provenant sans doute de l’Esprit, autrement nommé Dieu. Mais je ne suis pas croyant, et je pense que l’Esprit est la sève poussant l’ensemble du vivant à se dépasser, à grandir et s’élever.

Après une analyse des faits, à travers le filtre « HISTOIRE », vos problématiques deviennent prospectives voire questionnantes. Comment gérez-vous ces contradictions ? 

Prenons la vie, comparons-la à un fleuve. Si je nage au fil du présent, rien ne m’interdit de regarder en arrière, ou de tenter de voir devant moi, ou bien de faire la planche et d’abandonner mon bavardage mental pour laisser mon esprit dériver. Je m’aperçois alors que la colline aperçue quelque temps plus tôt, les ajoncs qui me dissimulent les rives et la falaise aperçue au loin se juxtaposent en mon esprit. Présent, passé et futur forment un tout, et toute actualité fait écho au passé aussi bien qu’à l’avenir. Je n’ai donc pas de contradictions à gérer, ni de mental à mettre en branle. Il me suffit de regarder pour voir et savoir, en conséquence prévoir.

Vous décrivez le présent comme « UN NAUFFRAGE ANNONCÉ », pourtant si nous en croyons les sondages pratiquement quotidiens, notre seule route pour sortir du marasme où nous sommes plongés est, à travers des réformettes de façade, de persévérer. Pourquoi une telle différence d’appréciation de nos vies ?

Par ses mensonges, par sa mainmise sur l’information, le capitalisme a construit un énorme barrage en travers du fleuve de l’évolution, et il en a tiré sa puissance. Mais voici que le fleuve déborde, que vont se rompre les digues, que la catastrophe se précise. C’est en cela que le naufrage du capitalisme est inévitable. Tout le monde le sent, qui devine l’imminence du naufrage. Mais peu s’avèrent capables d’imaginer l’arche de la survie, de concevoir le projet qui nous permettra de reprendre pied après que l’Histoire aura déposé devant nous la preuve de notre futur. 
Persévérer dans les réformettes actuelles ? Autant se mettre à l’abri d’un tremblement de terre en se cachant la tête dans le sable !

Votre livre est parsemé des pages de votre blog, arrachées semble-t-il à votre journal intime. Votre écriture ricoche, rebondit sur la surface du monde, change de direction en suivant la rotation de vos idées, laissant pour un instant le lecteur pantois, essoufflé et parfois éparpillé. Est-ce pour cela que vous avez choisi ce type d’écriture ?

Je suis quelqu’un de vivant, et c’est le capharnaüm dans lequel se trouve notre société qui est à l’origine de ma colère (identique, je pense, à celle de nombre de nos concitoyens). Et c’est le quotidien qui l’alimente en juxtaposant, par exemple, l’horreur du Grand Marché Transatlantique en cours de peaufinage et la vision prémonitoire de Viviane Forester. Sans parler des fictions de Orwell et Huxley. Quant à l’essoufflement et l’éparpillement du lecteur, je ne pense pas que ma prose en soit la cause : ma prose ne fait que traduire une réalité dont chacun se rend compte qu’elle échappe au contrôle. Cependant, le plus important est ce qui vient après la colère : la nécessité d’une colonne vertébrale permettant à chacun de tenir debout, de juger par lui-même, de se mettre en phase avec l’Esprit, de se diriger vers du positif. Pour cela, il nous faut passer des histoires à l’Histoire, déterminer ce qui nous construisit au cours des millénaires. Personnellement, comme Hugo Chavez, si je vois Marx, je vois aussi le Christ.

Votre écriture, que j’appelle sans doute improprement, en « ricochets » est puissante. Elle frappe nos idées, se heurte à nos convictions et parfois les détruits. Nous permet-elle, par la suite, de nous rééquilibrer ou nous laisse-t-elle seulement une amertume ?

Drôle, ce terme d’amertume ! Savez-vous que mon essai précédent s’intitulait « Révolte, amertume, rebond » ? Vous me faites découvrir là que le titre d’hier reflète on ne peut mieux le présent ouvrage, en lequel l’amertume se dépasse rapidement. Dans l’ascension d’un escalier, pris de tournis, on s’arrête pour souffler, pour se rassembler. Sitôt qu’on a repris possession de soi, on atteint le palier souhaité, on sourit au monde. Pour moi, la présente ascension fut longue, parfois douloureuse, mais elle m’a transformé. Je suis infiniment plus lucide que lorsque j’ai posé le pied sur la première marche. J’ose ainsi espérer que cette conscience plus affinée éclairera celui qui me lira.

Que doit à votre avis retenir le lecteur de votre colère du début, puis de ce voyage inhabituel ?

Il va comprendre que le capitalisme, par son refus d’évoluer, par son incapacité structurelle à mettre en service le nouvel outil de l’humanité (non plus la machine à vapeur d’autrefois mais l’outil informatique, formidable moyen d’accès à la maturité vers laquelle nous tendons, et qui nous ouvrira à ce que son égoïsme nous a refusé : le partage) que le capitalisme, donc, est appelé à disparaître comme disparut la monarchie. Cela signifie que, par la force des choses, nous sommes appelés à changer : nous allons passer de la grogne au plaisir, de la civilisation machiste et barbare du Veau d’or à celle, humaine, de l’égalité et de la fraternité. En plein accord avec l’Histoire, nous nous mêlerons alors au fleuve de l’évolution, acquiescerons à la pensée des indiens cherokees dont je rapporte en annexe la magnifique vision du monde.

Merci Michel

Pour poursuivre ce dialogue avec Michel Cornillon, nous vous invitons à le rejoindre sur son blog :
http://chroniquevirgule.canalblog.com/ 
où vous aurez toutes les infos souhaitables et évidemment les modalités pour se procurer son livre : Capitalisme-La chute-Et ensuite