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Kazan, un jeune journaliste tatar: l’Union soviétique est un sommet de la civilisation et de la puissance russe

 

17 Juin 2017

 

Depuis que je suis à Kazan, je m’interroge; quelle funeste idée m’a prise de me rendre dans cette république, celle où après la Tchétchénie, le parti communiste de la fédération de Russie réalise désormais les scores les plus bas. Je découvrirai d’ailleurs en fin de séjour grâce au jeune député communiste  Artiom non pas les raisons objectives, mais disons subjectives d’une telle chute des scores. Ce qui me rappellera étrangement la France, mais vous en jugerez. Nous sommes dans la capitale Kazan où domine une élite intellectuelle comme dans cet interview, mais comme nous l’avons vu dans nos autres impressions, partout on retrouve ce trait, notre interlocuteur fait état de l’opinion telle qu’on la lit et l’écoute dans les médias, des résultats électoraux, de l’air du temps, mais lui-même pense autrement. . Marianne est à Samara pour y rencontrer des espérantistes tandis que je rédige les notes dans notre appartement loué à Kazan.

 

Le quasi monologue  du jeune rédacteur en chef tatare.

 

Ce jeune homme, qui est rédacteur en chef d’un journal en ligne très populaire « Le temps réel », nous a été présenté par une collègue professeur de Français à l’Université qui assure la traduction. Comme elle n’est pas d’accord avec lui- elle s’affirme libérale- la traduction sera plus heurtée qu’avec Marianne qui tente à plusieurs reprises en vain de reprendre la main. Mais, nous le constaterons souvent, ici les désaccords sont bon enfant et il règne politiquement un grand esprit de tolérance. Faut-il d’ailleurs y voir de la tolérance ou un début d’indifférence? Le sentiment que ce qui se joue dans sa propre vie est ailleurs et qu’il n’y a pas beaucoup d’enjeux réels dans ces débats politiques? Le jeune homme tatare, en fait ressemble à l’image la plus classique d’un noble polonais avec ses cheveux blonds, ses yeux clairs et son visage aux traits fins . Il m’explique qu’il appartient à une population autochtone submergée par la conquête de la horde turco-mongole, puis celle des Russes… Mais ce n’est vraiment pas son problème, ni semble-t-il un problème au Tartastan.

 

La discussion part sur les « traces » qu’aurait laissé ou pas laissé l’Union Soviétique sur le Tatarstan et ses habitants.

 

« On ne peut pas , dit-il, dire que ces traces soient particulières au Tartastan. Je parlerai plutôt de nostalgie qui concerne essentiellement  les personnes ayant 50 ans et plus. Sans doute est-ce lié aux attentes que les gens de cette époque avaient de l’occident  et qui ne correspondent pas à ce qui se passe aujourd’hui. Il y aussi de l’intérêt de la part de jeunes qui ne sont pas indifférents, se sentent concernés par le monde tel qu’il est. Mais il faut bien voir que ces traces disparaissent . Je m’attendais à ce qu’avec le temps l’intérêt des jeunes augmente. Pour moi en effet, l’Union soviétique est un sommet  de la civilisation et de la puissance russe. L’URSS était très avancée dans le domaine de la culture, de la science et pas seulement dans la fabrication des missiles. Pourquoi l’intérêt pour ce moment de notre histoire n’augment-il pas , sans doute parce que les gens sont trop occupés à survivre.

 

Il y a le travail. Celui-ci devient plus intensif. On ne cesse de nous répéter que nous travaillons peu. Nous n’avons pas de temps ni pour les loisirs, ni pour nous occuper des enfants. Alors nous en avons encore moins pour la réflexion historique. Je n’exclue pas que ce soit la volonté des cpitaliste, le mode d’action du capital,il s’agit de nous empêcher de penser.

 

Les gens sont achetés par l’idée qu’il n’y a plus de queues. Les queus sont un fétiche antisoviétique. Si vous manifestez la moindre nostalgie, on vous répond que maintenant il n’y a pus de queue.

 

Il y a aussi la manière dont sont orientés les médis, les divertissements. je ne regarde pas la télévision, mais je sais qu’il y a des séries dont la tâche principale est de nous présenter « les années de plomb de l’Union soviétique ». Jadis du temps de l’union soviétique, il y avait une expression pour dénoncer la propagande : c’était « l’influence délétère de l’occident », aujourd’hui l’expression est « les saletés de plomb du totalitarisme ». (impossible d’avoir une meilleure traduction de l’expression. NDLR)

 

Ca c’est sur le plan général, mais y a-t-il une spécificité du Tartastan? Il y a une particularité, ici le niveau moyen de l’acceptation de l’Union soviétique est un peu plus bas que dans le reste de la Russie à cause de la revendication nationaliste tatar. Ils pensent qu’en Union Soviétique, le Tatarstan était une nation de seconde zone et Kazan, un trou perdu. Le cercle culturel était donc fermé sur lui-même alors qu’aujourd’hui il est ouvert. On n’en parle pas beaucoup et même les Russes sont d’accord avec ce constat. Si on le leur demande, ils vous répondront « maintenant la région est plus développée qu’avant! »

 

Parce que s’i s’agit de traces,on les percevra surtout dans la culture. Par exemple, les films qui passent ici. Ils sont tendancieux. Par exemple récemment il est passé un film allemand consacré à la Stasi, c’est l’histoire d’un employé de cette officine d’espionnage interne qui écoute un jour un dramaturge. Il a une révélation et devient un homme libre. L’élite culturelle d’aujourd’hui veut nous montrer comme ça l’atmosphère de l’Union soviétique, alors que l’éducation et le niveau des connaissances, le temps, étaient aussi des conditions essentielles de la liberté de penser.

 

Même au plan matériel c’était mieux. Parce qu’il y a des gens qui ont besoin d’autre chose que de biens matériels. L’homme russe a besoin de justice et aujourd’hui il n’y en a pas.

 

Là le monologue s’interrompt,la traductrice proteste qu’elle n’est pas d’accord, ce n’est pas vrai que c’était plus juste, et après quelques brêves remarques échangées avec le jeune homme,elle nous explique que c’est comme ça, personne n’est d’accord, au niveau des familles personne n’a la même opinion. Au moment de la Crimée, elle suppliait qu’on en parle pas parce que son mari était contre la prise de la péninsule par la Russie et les autres étaient pour. Elle est sympathique, généreuse, elle nous a apporté des gateaux qu’elle a fait elle-même. Elle devrait être à la retraite, mais elle n’a pas les moyens alors elle continue à travailler.

 

Le monologue reprend parce que je suis intervenue pour demander qui sont ces jeunes « intressés »?

 

Il y a des jeunes, reprend le rédacteur en chef, un très petit pourcentage qui ont de la nostalgie. la majorité des jeunes n’éprouve pas cette nostalgie. mais il existe aussi des jeunes qui sont intéressés à connaître la réalité de l’Union soviétique parce qu’ils ont un esprit curieux. Alors is s’intéressent y compris à l’Union soviétique, environ 15% de la jeunesse. Ils ne ressemblent pas aux autres, ils s’orientent vers l’autodéveloppement. ils parlent le plus grand nombre de langues possibles. Vous pouvez leur parler, ils se regroupent. ils s’opposent à la société de consommation, ils veulent pus que la base matérielle et ils s’intéressent à la gauche européenne.

 

Je vous ai parlé du facteur nationaliste dans le tartastan, il faut bien comprendre ce que cela signifie, la population de la République n’est pas divisée, ni par le facteur religieux, ni national. Nos criminels sot bi-nationaux et nos mariages sont mixtes. Simplement la République a sans doute bénéficié plus que d’autres de la fin de l’Union soviétique ou du moins elle a moins souffert.

 

Danielle Bleitrach