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Russie

National Interest: Le plan directeur régional de la Russie s’étend de la Turquie à l’Indonésie

 

27 Février 2017

En s’inscrivant en faux face à la fameuse déclaration du président Obama : « La Russie est une puissance régionale », l’auteur de l’article montre les succès de Moscou dans ladite région, le travail sur le long terme et souligne que quand la région est l’Eurasie, les implications régionales deviennent mondiales

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)


Président de l'Arménie Serzh Sargsyan, Président du Bélarus Alexander Lukashenko, Président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayev, Président de la Russie Vladimir Poutine et Président du Kirghizistan Almazbek Atambayev. Kremlin.ru

Le Président de l’Arménie Serzh Sargsyan, le Président du Bélarus Alexander Lukashenko, le Président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayev, le Président de la Russie Vladimir Poutine et le Président du Kirghizistan Almazbek

 

Voir l’Eurasie dans son ensemble a été à l’avantage de Moscou.

 

Nikolay Pakhomov

Le tremblement de terre politique du référendum Brexit a déjà changé les relations internationales à bien des égards. Alors que la majorité des experts des États-Unis se sont arrêtés sur les parallèles entre la colère des électeurs britanniques et américains et les conséquences négatives possibles pour l’économie mondiale, quelques-uns ont considéré les implications du référendum sur la politique étrangère américaine, La  fin possible du «pivot» américain vers l’Asie. Dans le même temps, plusieurs événements ont montré que la Russie, proclamée par les mêmes experts comme l’un des plus grands gagnants du vote Brexit, n’a pas à se précipiter vers des pivots: le vecteur eurasien de la politique étrangère de la Russie est déjà présent, et de plus en plus chaque année.

 

Pourtant, une chose doit être claire dès le début: cette politique eurasienne a peu à voir avec l’idéologie très amorphe de l’eurasisme, dont l’influence est constamment surestimée par les experts occidentaux. Ayant eu une expérience peu positive de la politique étrangère influencée par l’idéologie (initialement par le communisme pendant la guerre froide et plus tard par le libéralisme au cours de la dernière décennie du XXe siècle), la politique étrangère de la Russie est plutôt pragmatique. Elle considère l’Eurasie comme la macrorégion où se trouve la Russie et, ce depuis  des siècles, un domaine prioritaire naturel pour les relations internationales de la Russie.

Après le référendum di Brexit, plusieurs événements sont intervenus et qui ont fourni des  raisons d’analyser les efforts diplomatiques de la Russie dans cet espace. Certains d’entre eux, comme la visite de M. Poutine en Ouzbékistan pour la réunion d’anniversaire du Conseil des chefs d’État de l’Organisation de coopération de Shanghai et la visite en Chine, étaient planifiés, tandis que d’autres – prenaient comme  excuses  la manière dont la Turquie avait abattu l’avion russe en novembre 2015 – . Cependant, tous ces événements ont montré que la diplomatie russe a abouti à des  résultats en faisant de  Moscou  un joueur puissant avec une portée vraiment eurasienne.
 

Analysons les événements susmentionnés au rythme où ils sont intervenus. Le 23 juin, Vladimir Poutine est arrivé à Tachkent pour le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. Certains observateurs ont écrit sur la domination chinoise et sur les différents russe-chinois pendant des années au sein de l’OCS, mais une analyse approfondie des derniers développements remet en cause ces conclusions. Plus particulièrement, à Tachkent, avec le soutien russe, l’Inde est devenue un grand membre de l’organisation, ce qui est à soi seul est une raison de revenir sur les déclarations au sujet de la domination chinoise dans l’organisation. En outre, il ne faut pas oublier que, malgré l’accent mis actuellement sur la sécurité, l’extrémisme islamique étant la principale menace, la coopération économique prend de plus en plus d’importance dans l’agenda de l’OSC et la Russie appuie fermement cette tendance.

 

Ni Moscou ni Pékin ne considèrent, à tout le moins publiquement, la région de l’Asie centrale comme une zone de concurrence. Les raisons en sont, premièrement, que les efforts des deux puissances pour exiger l’exclusivité de la part des pays de la région ne seraient pas satisfaits par les dirigeants d’Asie centrale qui préfèrent l’équilibre entre deux grandes puissances. Deuxièmement, tous les projets prometteurs sont coûteux pour les acteurs extérieurs, que ce soit la Russie ou la Chine. La raison en est la capacité limitée des républiques d’Asie centrale à relever divers défis, sociaux, économiques, politiques ou de sécurité. Même le Kazakhstan, qui connaît  beaucoup plus de succès par rapport à ses voisins en difficulté, doit faire face à des menaces sécuritaires. Tout cela signifie que les cinq anciennes républiques soviétiques recherchent le soutien des grandes puissances et, bien que la Russie ait été profondément impliquée dans la région depuis plusieurs siècles, il n’est pas évident que Pékin soit prêt, ou désireux, de la prendre en charge.

 

En tout état de cause, avec un soutien actif de la Russie, l’Organisation de coopération de Shanghai se transforme en un forum pour relever les défis régionaux – qu’il s’agisse de la sécurité ou de l’économie. Dernièrement, la coopération économique est devenue un élément légitime de l’agenda de l’OSC, en concurrence avec les discussions sur les défis sécuritaires. Le sommet de Tachkent n’a pas été une exception: en plus d’autres mesures visant à mettre en œuvre des plans de coopération économique, l’intégration à l’initiative de la Route de la soie chinoise a été discutée. Pendant des années, cette idée a été considérée comme, sinon dirigée contre la Russie, destinée au moins affaiblir l’influence de la Russie en Eurasie. Par exemple, l’Ukraine était désireuse de participer à ce projet afin de contourner la Russie. Il est évident que Moscou pourrait réellement gagner en adoptant cette idée de Pékin: si la Chine cherche simplement de meilleures façons de se connecter avec l’Europe, rien n’empêchera la Russie de participer à ce projet.

 

Après Tachkent, le président Poutine a voyagé à Pékin, où, parmi de nombreux projets de coopération économique, il a discuté de la concordance de la Ceinture-Route de la soie et de  l’Union économique eurasienne, la forme de la coopération privilégiée par le Kremlin dans l’espace post-soviétique. En considérant les  plans russes pour développer la coopération entre l’EEU et non seulement l’OCS, mais aussi l’ASEAN, il est difficile de ne pas voir que les plans russes ont une échelle impressionnante, vraiment eurasienne. Bien entendu, on peut affirmer que ces plans sont loin d’être mis en œuvre. Cependant, ils font partie intégrante du programme de politique étrangère de la Russie. À tout le moins, on peut voir que la Russie a cette politique stratégique à long terme et qu’elle n’a pas à «pivoter» vers la région, sous l’effet des bombardements de crises qui sont incessantes dans la politique mondiale d’aujourd’hui. Compte tenu des dernières visites du président russe, nous pouvons voir que Poutine lui-même est très actif dans la mise en œuvre de ces plans.


Lorsque Poutine est retourné en Russie, le 27 juin, la politique de la Russie avait produit des résultats de l’autre côté de l’Eurasie: le Président Erdogan a envoyé une lettre d’excuses pour l’avion abattu en novembre dernier. Une fois de plus, les critiques étrangers et nationaux des mouvements du Kremlin pendant la crise trouveront assez d’arguments légitimes pour étayer leur opinion, mais il est difficile de contester que la Turquie a finalement fait ce qui serait normal pour tout État responsable et attendu, sinon exigé, par Moscou depuis le début de l’impasse provoquée par la destruction d’un Su-24M le 24 novembre 2015.

 

Il est évident aujourd’hui que l’attaque du F-16 turc sur l’avion russe était soit un incident très regrettable, essentiellement un échec de la décision militaire turque, soit une tentative insouciante d’Ankara, avec peu de chance de succès, de s’affirmer dans la région et sur la scène mondiale. Les historiens savent la vérité, mais à ce stade, il est important que, quoi qu’il arrive, la Turquie a dû faire machine arrière et s’excuser.

 

Ce qui est plus important, la politique russe essentiellement n’a pas  laissé à Ankara d’autre option. Les consommateurs russes sont très importants pour l’économie turque, en particulier pour les secteurs du tourisme, de l’agriculture et de l’alimentation. Actuellement, la Turquie n’a pas d’alternative au gaz naturel russe. La position de la Russie dans la région, renforcée par sa participation en Syrie, fournit suffisamment de stimulants pour que toute puissance régionale puisse rechercher une coopération avec Moscou. La réaction de la Russie après l’incident a été équilibrée et, comme le montrent les excuses d’Erdogan, efficace. D’une part, les entreprises turques, bénéficiant le plus de la coopération avec la Russie, ont été ciblées. D’autre part, Moscou s’est abstenu des mesures drastiques exigées par certains «faucons» en Russie. Le Kremlin a même fait savoir à tout le monde que les projets bilatéraux promus depuis longtemps, qu’il s’agisse de la construction d’une centrale nucléaire en Turquie ou d’un gazoduc russe à travers la Turquie vers l’Europe, ne font pas l’objet de sanctions.

 

La raison de cette contrainte était simple: les deux projets sont plus importants que la simple coopération russo-turque. La centrale d’Akkuyu est un exemple fondamental de ce que la Russie peut vendre à d’autres pays, qui ont de l’argent et sont dans le besoin de centrales nucléaires. Et le pipeline « Turc Stream  » était destiné à apporter plus de gaz russe à l’Europe du Sud et centrale. Pas étonnant que suite à la lettre de M. Erdogan, un processus de normalisation entre les deux pays ait commencé: après la conversation téléphonique entre les dirigeants russes et turcs, la Russie a lancé la procédure pour que soient levées ses sanctions contre la Turquie. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont réunis et les rumeurs ont commencé à circuler que la Turquie pourrait laisser la Russie utiliser la base Incirlik pour les opérations en Syrie.

 

Par conséquent, une semaine après le voyage de Poutine à l’est et le mouvement turc pour normaliser les relations avec la Russie, les observateurs pouvaient voir la force des positions russes en Eurasie – du Bosphore aux Molluques, où les intentions russes de lancer une zone de libre échange Eurasian Economic Union et l’ASEAN pourraient bientôt porter leurs fruits. Quelles conclusions peuvent tirer d’autres puissances mondiales pour évaluer cette ligne de la politique étrangère russe?

 

Tout d’abord, la rive eurasienne, en dépit de tous ses problèmes, est un environnement tout à fait naturel et familier pour la Russie. Quelle que soit la pression exercée par l’Occident, en particulier les États-Unis (situés en fait dans un autre hémisphère), Moscou dispose d’un espace suffisant pour contrebalancer cette pression avec des liens avec de nombreux pays le long de ses frontières eurasiennes, de pays à pays.


Deuxièmement, la stratégie de la Russie en Eurasie repose sur le fait que ses relations au sein de la région sont multidimensionnelles. Pour presque tous les acteurs importants de la région, la Russie peut, si nécessaire, offrir un format prometteur de relations. Il peut s’agir de la coopération en matière de sécurité sur diverses questions, du contrôle nucléaire à la menace du fondamentalisme islamique, des efforts antidrogue à la cybersécurité, ou des partenariats économiques – encore sous des formes multiples, qu’il s’agisse de ressources énergétiques ou d’investissements, de recherche sur la technologie.

 

Tous ces facteurs doivent être reconnus lors de l’analyse de la politique étrangère russe. Le Kremlin a sa part importante de difficultés dans la macrorégion eurasienne. Souvent les buts que la Russie établit dépassent ses moyens actuels. Cependant, ce serait une erreur de ne pas considérer les mouvements russes en Eurasie très soigneusement. Il y a eu la fameuse déclaration du président Obama disant que la Russie est « une puissance régionale ». Même si cette évaluation est correcte, quand la région est l’Eurasie, les actions de Moscou dans une telle zone ont incontestablement des répercussions mondiales.

 

Nikolay Pakhomov est analyste politique et consultant à New York. Il est expert du Conseil des affaires internationales de la Russie. Vous pouvez le suivre sur Twitter @nik_pakhomov .

 

http://nationalinterest.org/feature/russias-regional-master-plan-stretches-turkey-indonesia-16960

Novembre 1917, Petrograd : une rencontre avec Lénine

 
25 Février 2017

En pleine révolution d’octobre, un envoyé spécial du « Matin » parvient à parler avec le leader bolchevik.
 

10 novembre 1917, à Petrograd (Saint-Pétersbourg). Deux jours auparavant, Lénine et Trotsky ont lancé avec succès l’insurrection qui changera à jamais l’histoire de la Russie. Les gardes rouges, conduits par les bolcheviks, se sont rendus maîtres de la capitale, renversant le gouvernement provisoire dirigé par Kerenski, devenu largement impopulaire.

 

En France, l’événement est immédiatement commenté (le 9 novembre, L’Humanité déplore ainsi un « coup d’État » des maximalistes, c’est-à-dire des bolcheviks). Mais si les nouvelles de Russie circulent vite, rares sont les reporters sur place. Il s’en trouve un, pourtant : c’est l’envoyé spécial (anonyme) du Matin.

 

Dès le 10 novembre, celui-ci décrit l’ambiance chaotique qui suit l’insurrection, avec son lot d’événements tragiques. Son texte, objet « de mesures arbitraires et de vexations de la part des maximalistes » , ne pourra toutefois être publié que le 15 décembre.

« Un monsieur, fort bien mis, se jette sur un garde, lui arrache son fusil. Alors de toutes parts éclatent des coups de feu, les gardes tirent en plein dans la foule. C’est la panique. Au bout d’un moment, je jette un regard de la porte cochère où je m’étais réfugié. […] à quelques mètres de moi, une petite fille est couchée face au ciel. C’est miracle qu’il n’y ait eu qu’une seule victime. »

La nuit tombée, le reporter se rend à l’Institut Smolny, où se trouve le quartier général des bolcheviks, surpeuplé en ces heures décisives. Aux gardes de l’entrée, il se présente comme le correspondant du Matin et demande à voir « le camarade Lénine ». On renâcle. Mais à la faveur d’un mouvement de panique, le journaliste se faufile dans un escalier et tombe sur un matelot qui, sans s’inquiéter de qui il est, le conduit jusqu’au maître de Petrograd.

 

Il se retrouve face à Lénine. Celui-ci, dit-il, a l’air « d’un homme réveillé en sursaut« . « Très agité », il accepte de répondre rapidement aux questions du journaliste, qui l’interroge sur la tentative de reconquête de Kerenski :

« Oui, oui, les bandes de Kerensky marchent sur Petrograd, l’heure est très grave. Jamais la liberté de la démocratie n’a couru un aussi grand danger. Mais nous sommes prêts à tout, entendez-vous ? Plutôt que de rendre Petrograd, nous suivrons le grand exemple de la Commune. L’Aurora a l’ordre de tirer jusqu’au dernier de ses obus. »

Et d’ajouter :

« Rappelez-vous bien que, quelles que puissent être les péripéties de la lutte, c’est nous qui, finalement, seront toujours les plus forts car nous avons de l’audace, tandis que Kerensky (et Lénine eut un sourire de mépris), c’est un pleutre : il a toujours hésité, il n’a jamais rien fait, il s’est toujours contredit. […] Et vous verrez, les mitrailleuses qu’on monte maintenant sur le toit du Smolny seront bien inutiles, car comme il n’a pas osé se défendre j’espère bien qu’il n’osera pas nous attaquer. »

Et plantant là le journaliste, « Lénine tourna les talons ». Le leader bolchevik avait raison d’être confiant : le 12 novembre, les forces menées par Kerenski étaient défaites par les gardes rouges.

 

lundi 27 février 2017

Nemtsov, Tefft: « Il s'est battu pour notre avenir »

Le 27 février 2015, B. Nemtsov sortant d'un restaurant moscovite en compagnie d'un top modèle ukrainien a été assassiné. Deux ans plus tard, une marche a été organisée par l'opposition russe, avec tous les sortant (Kassianov, Iachine, Gudkov). Si vivant, le poids politique de B. Nemtsov était aussi bas que celui de ses "camarades" de marche, mort il est un symbole pouvant les rassembler sans danger, d'autant plus qu'il ne participera plus aux élections.
 
5 000 personnes selon les forces de l'ordre, 15 000 selon les sympathisants, finalement la Marche en mémoire de Nemtsov n'a pas remué les foules, les organisateurs attendaient au moins 30 000 personnes. 
 
En effet, l'opposition de rue ne fait pas recette. Et pour cause. Ses méthodes ne correspondent pas aux attentes de la population. Les grandes manifestations de rues ne sont pas ce qui intéressent les russes aujourd'hui. Selon les données de l'institut sociologique VTSIOM, 72% des gens déclarent qu'ils ne prendraient pas part à une manifestation dans leur ville contre la politique menée ou pour la défense des droits de l'homme. D'autant plus que depuis 2015, l'index de satisfaction de la politique menée est au plus haut (64%).
 
Bref, l'opposition a un train de retard dans ses méthodes, qu'elle a déjà discréditée lors de Bolotnaya. Et ses slogans sont sont restés ceux des années 90, décalés de l'attente de la population. Le signal vert de départ est finalement donné quand Kassianov, fort du soutien populaire, se fait encore une fois "attaqué":
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Alors les slogans se déroulent:
 
"Nemtsov, assassinée la liberté en Russie". Les gens ne sont pas perturbés par cette notion abstraite de liberté, ils cherchent des améliorations concrètes liées à la politique socio-économique menée, qui est la plus discutée. Et l'on ne parlera pas des sérieux problèmes de liberté de paroles en Europe, relevés par Reporters sans frontières avec ce scandale des écoutes en Allemagne: surveillances et pressions exercées sur les journalistes et des médias étrangers comme la BBC depuis 1999 par les services secrets allemands (BND) et américains (NSA).
 
Que faire sans l'invective de "mettre un terme aux repressions en Crimée"
Le problème est que les tatars de Crimée ne veulent pas aller en Ukraine. Un sondage a été réalisé à ce sujet et 0% des tatars interrogés ne voulait quitter la Crimée ... Il semblerait que la vision politique de l'opposition dite "libérale" ne corresponde pas à la volonté des populations. Ce sont donc évidemment ces populations qui se trompent.
 
Et que ferait-on sans les critiques du Président Poutine, qualifié d'assassin, de va-t-en guerre, de voleur et j'en oublie. Et dont l'indice de confiance personnel reste stable à plus de 50% et l'agrément de la population à la politique présidentielle menée dépasse les 80%.
 
L'on retrouve aussi les soutiens classiques de ce type de manifestations.
 
Les LGBT instrumentalisés dès qu'il s'agit de manifester, même si cela peut porter atteinte aux intérêts réels des homosexuels qui sont ainsi stigmatisés dans notre société:
On retrouve également le drapeaux ukrainiens, toujours d'actualité pour fragmenter la société russe:
Марш Памяти Бориса Немцова в Москве
Et bien sûr les branches nationalistes, portant les alliances radicales:
Mais ce que l'on appréciera le plus, c'est évidemment ceci:
John Tefft, ambassadeur des Etats Unis à Moscou, nommé en 2014 par Obama. Il porte une pancarte sur laquelle est inscrit:
"Il s'est battu pour notre avenir"
Tout est dit.
 

L’OTAN à proximité de la Russie, vient en Amérique Latine en tant que partenaire de la Colombie

 

24 Février 2017

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Mercredi 22 février 2017 par CEPRID

 

Cet article émanant du « tribunal de la paix en Équateur » met en garde l’Amérique latine contre les tentatives d’implantation de l’OTAN. Et pour cela il dresse un panorama tout à fait complet de son rôle actuel en Europe. Il nous semble utile de lire les enjeux de la présidentielle française à travers ce rôle de direction du continent européen par les intérêts de Etats-Unis, plus d’armes, plus de dépenses militaires et une menace accrue y compris nucléaire. La manière dont on tente de nous vendre le « candidat Macron » est-elle étrangère à cette volonté hégémonique des Etats-Unis qui ne peut se maintenir que par la menace toujours plus forte d’une guerre dont les populations européennes feront les frais, dans leur budget mais aussi dans les risques d’un continent mis à feu et à sang. S’il existe un pacte qui devait être signé entre les forces de gauche et du monde du travail, la défense de la paix, la sortie de l’OTAN devrait en être un des points fondamentaux tant au niveau du budget qu’à celui des dangers. Un tel pacte nécessite également un renforcement des forces de paix, l’engagement citoyen dans ce domaine

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach).


Le 4 avril 1949, a été créé à Washington le Traité de l’Atlantique Nord ou l’Alliance Atlantique. Cet instrument a été fondé par douze pays: USA, Canada, Royaume-Uni, France, Italie, Norvège, Danemark, Islande, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg et Portugal. En 1952, la Turquie et la Grèce ont rallié le Pacte, la République fédérale d’Allemagne en 1955 et l’Espagne après la mort de Franco. L’OTAN est une puissance militaire sans précédent, connue dans le monde entier pour son caractère agressif militaire et pour être le fer de lance de l’empire yankee, a décidé avec ses partenaires européens de construire une clôture autour de la Russie le long de ses frontières avec les pays d’Europe de l’Est.

 

L’OTAN, depuis sa création a été et est un traité militaire pour faire face à l’Union soviétique et « stopper l’avancée du communisme » et actuellement avec l’intention d’affronter la Fédération de Russie.


« En 1950, après le déclenchement de la guerre de Corée s’est créée une structure militaire permanente, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Bien que ne recouvrant pas exactement la même réalité, l’Alliance atlantique et l’OTAN sont utilisés comme des termes synonymes.

 

Le Conseil suprême est l’organe suprême de la direction politique de l’Alliance. Il a un secrétaire général, porte-parole de l’Alliance, qui a toujours été un Européen. L’Espagnol Javier Solana a exercé cette fonction de 1995 à 1999. Les Nord-Américains se sont toujours réservé les charges militaires, essentiellement le SACEUR (Supreme Allied Commander in Europe).

 

Pendant la guerre froide et dans le cadre de l’OTAN, les Etats-Unis ont maintenu une présence militaire importante en Europe.

 

Pour répondre à l’OTAN, l’Union soviétique et les pays d’Europe orientale ont créé le Pacte de Varsovie qui a été dissous après la désintégration de l’URSS. En 1999, trois anciens membres du Pacte de Varsovie, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie ont rejoint l’OTAN et plus tard sont entrés dans le Pacte en 2004, la Roumanie, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie et la Slovénie.


L’OTAN, après la fin de la guerre froide et la dissolution du Pacte de Varsovie ne s’est pas désintègrée. Au contraire, elle a été renforcée et a coopéré aux guerres d’agression et d’intervention menées par les Etats-Unis et leurs partenaires européens pour détruire la Yougoslavie et en avril 2003, l’OTAN a accepté de diriger l’assistance à la sécurité de la Force internationale d’assistance en Afghanistan – International Security Force- (ISAF9) c’est-à-dire qu’il a servi les intérêts militaires et géopolitiques en Afghanistan et en Irak plus tard, sournoisement et indirectement. Il est devenu aujourd’hui une menace pour la stabilité du Moyen-Orient déjà ébranlé par les forces militaires des États Unis, leurs partenaires européens et arabes comme l’Arabie Saoudite, les Emirats arabes Unis et le Qatar.

 

L’analyste Pablo Jofre Leal a déclaré que sous l’argument qui fait de la Russie un défi sans précédent à l’Est, l’OTAN lors du sommet de Varsovie a donné un nouvel élan à ses objectifs d’expansion et de siège contre Moscou.


Sans aucun doute, le but est défini depuis Washington, qui gère selon son seul caprice le travail de l’Organisation militaire occidentale, qui inclut 22 des 28 pays de l’Union européenne (UE), à laquelle s’ajoute la Turquie comme un fer de lance dans le Moyen-Orient. Seule la Turquie a pris des mesures positives pour se rapprocher de la Russie et peut-être de délégitimer l’OTAN qui a une base militaire puissante dans ce pays, une situation qui pour Erdogan résulte du malaise après l’échec du coup d’Etat qui, selon le gouvernement, a été géré depuis la Base de l’OTAN.

 

L’OTAN sous l’égide de Washington a défini sa stratégie, dont l’objectif fondamental est la lutte contre la Russie. L’organisation militaire a été obligée d’approuver un document composé de 139 points dont le fondement principal est basé sur de fausses déclarations et plus proche de la fiction que du sérieux d’une argumentation pour justifier des pressions accrues contre la Fédération de Russie. Le chef nazi Joseph Goebbels soutenait dans le cadre de la machine de propagande nazie « mentez, mentez, mentez il en restera toujours quelque chose. Plus gros est le mensonge plus de gens vont le croire  » et ceci, le document de Varsovie l’exprime dans toutes ses dimensions, a dit Jofre Leal et il ajoute:

 

En effet, le Sommet de Varsovie dénonce Poutine et sa «politique de guerre» avec l’objectif clair de faire augmenter les dépenses de défense par les gouvernements qui font partie de l’OTAN. Ce document, signé par le Secrétaire général de l’OTAN, M. Jens Stoltenberg, le Président du Conseil européen, Donald Tusk et le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker a attribué à Poutine « les actes agressifs d’exécution, de déstabilisation de l’Ukraine, en violant les droits de l’homme en Crimée, en provoquant les pays de l’OTAN riverains de la Baltique et de la mer noire et du levant en Méditerranée avec son soutien au gouvernement syrien. Tout ce qu’il fait est la preuve de sa volonté d’atteindre des objectifs politiques par la menace et l’utilisation de la force et d’une rhétorique nucléaire agressive  »


De tels arguments pour un lecteur non averti sert à la justification des décisions de l’OTAN face à un ennemi « effrayant ». Cependant, chacun de ces points, non seulement représente une invention flagrante, mais ce sont les États-Unis, leurs partenaires de l’Alliance et les forces ultranationalistes en Ukraine qui ont déstabilisé ce pays. Ils ont encerclé la Russie et des forces militaires hostiles ont été responsables, en collaboration avec les gouvernements d’Israël, de l’Arabie saoudite et des monarchies du Golfe Persique de la déstabilisation et la fragmentation de la Syrie et de l’Irak. Dans ce contexte, la Russie, ainsi que la République islamique d’Iran, le gouvernement de Damas et le mouvement du Hezbollah ont été les seuls à faire face à des gangs terroristes takfiri avec des résultats visibles et qui ont empêché la destruction totale du pays levantin.


Ledit document de l’OTAN, – avec un intense lobbying politique mené par Washington avec le soutien de la France, l’Allemagne et l’Angleterre – a conduit ces gouvernements, ainsi que l’Italie et l’Espagne, entre autres, a déclarer que l’OTAN devrait répondre à cette menace russe sous des concepts hérités de la guerre froide: dissuasion avec l’obligation de renforcer le déploiement d’armes nucléaires dans les pays membres de l’OTAN, tout en renforçant l’organisation de l’Atlantique Nord. Prouvant ainsi ce que Moscou a toujours dénoncé: le déploiement militaire des forces de l’OTAN à ses frontières avec l’intention de provoquer une réaction qui déclencherait un conflit aux proportions incalculables.


Dans l’un des 139 points du document de l’Alliance, il est indiqué que «pour répondre à ces menaces – y compris celles en provenance du Sud –  la Libye et la Syrie – L’OTAN doit renforcer ses capacités et le déploiement des forces en exigeant des investissements adéquats » plus de dépenses militaires pour atteindre des taux d’environ 2% dans chaque pays de l’Organisation militaire. Cela implique l’augmentation des investissements dans l’achat d’armes, principalement à l’industrie militaire américaine. Plus d’avions, plus de navires de guerre, plus d’hélicoptères, de systèmes de missiles, sous-marins, plus de troupes au sol, plus de bases militaires autour de la Russie. Dans ce contexte, la question logique qui se pose est qui déploie des actes agressifs, qui tente de déstabiliser les pays qui ne sont pas des inconditionnels? Qui génère des activités militaires provocatrices dans la Baltique, la mer Noire, dans la Méditerranée? Qui balkanise les pays du Maghreb et du Moyen-Orient? Qui veut atteindre ses objectifs politiques par la menace et l’utilisation de la force et de la rhétorique agressive nucléaire?

 

Un nouveau gouvernement a émergé en Angleterre, après le départ de David Cameron qui permet de montrer une réponse aux questions ci-dessus. Le nouveau Premier ministre conservateur Theresa May, qui pour justifier le feu vert donné au renouvellement de la flotte de sous-marins et Trident avec missile nucléaire des forces armées britanniques, a déclaré au Parlement britannique que «la menace des nations comme la Russie et la Corée Nord reste très réelle », en exhortant les britanniques à soutenir le projet de modernisation des armes nucléaires au Royaume-Uni, qui a finalement été approuvé par 355 voix pour et 116 contre par les parlementaires. May suit ainsi la politique claire de son prédécesseur qui continue à considérer la Russie comme le rival à abattre au plan international.


FACTEUR UKRAINIEN

 

Ainsi, avec cet acte de belligérance de la part de l’OTAN, démasquant tous les subterfuges, il s’agit de la consolidation de ce qui a eu son point de départ en avril 2014, lorsque les États-Unis et les pays de l’Union européenne, tant au niveau politique qu’à travers l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord – OTAN – en utilisant comme prétexte la situation résultant du conflit dans le sud-ukrainien, ont commencé à réaliser ce qui a été déclaré explicitement deux ans après : Washington et ses alliés de l’OTAN se sont embourbés dans une confrontation stratégique à long terme avec la Fédération de Russie.

 

Rappelons qu’en février 2014, les forces ultranationalistes ukrainiens regroupées avec les mouvements paneuropéens, contrairement à la décision de développer des efforts de coopération concrètes avec la Russie, ont renversé l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch, après une série de mobilisation sociale, largement soutenus par les médias occidentaux. L’euromaïdan, comme l’appelaient les moyens de communication occidentaux, a consacré le succès des efforts déployés par les États-Unis, par des organisations gouvernementales étasuniennes, des institutions telles que l’USAID, ainsi que des personnalités politiques comme l’ancien secrétaire adjoint pour les affaires européennes, Victoria Nuland, qui a défini un programme de travail – depuis la lointaine année 1991 – d’établir une politique d’encerclement contre la Russie et en particulier dans la dernière décennie contre les gouvernements de Vladimir Poutine, considéré comme un ennemi à craindre et qu’il fallait impérativement écraser, pour une partie des analystes stratégiques de la Maison blanche et du Pentagone.


Le nom de Victoria Nuland et son travail représentent le type de travail que Washington peut exécuter à l’encontre des pays qui sont sur le radar de ses ennemis. Cette diplomate néoconservatrice, ancien conseiller de la politique étrangère du vice-président Dick Cheney, ancien ambassadeur à l’OTAN a joué son rôle de faucon avec soin, dévouement et efficacité, au cours du premier mandat présidentiel de Barack Obama, l’ancienne secrétaire d’Etat et candidate démocrate à la présidentielle Hillary Clinton l’a nommée son porte-parole du département d’Etat. En 2013, l’actuel secrétaire d’Etat John Kerry l’a mise en charge des affaires européennes à partir de ce poste, elle a dirigé les opérations de déstabilisation contre le gouvernement de Ianoukovitch, sa chute et a mené le travail d’encerclement de la Fédération de Russie.

 

Mme Nuland, dans des déclarations faites à la chaîne de nouvelles du réseau américain CNN, après la chute de M. Ianoukovitch a reconnu la participation de son gouvernement dans le processus de déstabilisation de l’Ukraine « Les États-Unis ont investi environ 5.000 millions de dollars en Ukraine depuis 1991, depuis qu’elle est devenue un Etat indépendant après la désintégration de l’Union soviétique. Cet argent a été dépensé pour soutenir les aspirations du peuple ukrainien, qui veulent avoir un gouvernement fort et démocratique qui représente leurs intérêts  »


Washington, avec Nuland, avec l’OTAN, avec ses partenaires de l’UE, avec Petro Porochenko, entre autres, est déterminé à provoquer Moscou, à consolider un bloc de pays qui soutiennent l’intensification des sanctions contre le gouvernement de Poutine, pour les amplifier et essayer d’étouffer l’économie russe. Pour soutenir militairement le régime politique et économique de Kiev, utilisé comme un fer de lance de la politique d’agression, qui jouit de tout le pouvoir économique, tout son potentiel militaire et celui de l’OTAN en utilisant un vieux refrain familier en ce qui concerne la responsabilité de Moscou dans le conflit régional du Donbass, en dissimulant délibérément que ça a été l’administration Obama avec la complicité du Congrès qui a orchestré le coup d’Etat qui a renversé un gouvernement légalement élu, pour élargissement de l’OTAN, ce qui a obligé l’ours russe à montrer ses dents parce que le Sud-ukrainien est considéré par Moscou comme la ligne rouge en matière de défense.

 

Retour en juillet 2015, nous avions alors indiqué que les États-Unis et les faucons de ce pays veulent aller vers une guerre contre la Russie «le parti de la guerre aux États-Unis, qui comprend principalement des républicains, mais aussi démocrates, des représentants du gouvernement, des médias, les membres du complexe militaro-industriel, exercent une pression sans relâche pour déclencher un conflit avec Moscou en prenant comme excuse la crise en Ukraine « . Dans ce contexte, Moscou estime que l’administration et les dirigeants des États-Unis d’opinion belliqueuse – à la fois dans l’arène politique comme celle militaire – utilisent efficacement la crise en Ukraine comme une excuse pour faire concrétiser leur hypothèses sur l’élargissement de leur présence militaire dans la région. Dans ce travail, clairement provocateur contre la Russie et par extension contre les pays qui ne sont pas des alliés de l’alliance de l’Atlantique Nord, la décision d’élargir l’OTAN vers l’est nous voyons la concrétisation des accords établis non seulement à Varsovie en 2016, mais aussi au sommet de l’OTAN dans la ville galloise de Newport en septembre 2014.

 

A Newport ont été fixées les lignes stratégiques, qui deux ans après ont permis de fixer les chiffres des dépenses militaires. Des lignes stratégiques sur le long terme pour contenir ce que Washington et ses alliés considèrent comme les ennemis du XXIe siècle: la Russie, mais aussi la Chine, dont il s’agit de contenir le développement politique, militaire et économique de ces deux pays, de manière à empêcher que ces géants puissent rivaliser avec les Etats-Unis et leurs alliés. Dans le cas particulier de la Chine, Washington a été responsable de l’exacerbation des tensions dans la région de la mer de Chine du Sud, en particulier avec le Japon et impliquant l’Australie et la Corée du Sud grâce à des contrats dits de partenariat.


En 2016, la décision de Newport se révèle dans toute sa dimension militaire avec le Sommet de Varsovie: plus d’argent pour les armes, plus de processus d’encerclement contre la Russie, des opérations militaires les plus provocatrices et l’intensification de la guerre d’agression visant à maintenir une hégémonie que nul ne peut défendre sans que cela se traduise par une guerre mondiale. La Syrie, l’Irak, la Libye, le Yémen, Bahreïn, font partie de ce scénario global où l’avenir de l’humanité est en jeu. Il est temps pour les peuples du monde de se soulever contre cette notion et en pratique comprendre l’enjeu des relations internationales, dit Pablo Jofre Leal.

 

En outre, les attaques contre la Russie et les intentions belliqueuses de l’OTAN se heurtent à la puissance militaire russe, et pourraient aussi finir par affronter la Chine qui a proposé à la Russie une alliance militaire contre l’OTAN: Quelle est la réponse de Moscou? La Chine a proposé à la Russie de créer une alliance contre l’OTAN pour mettre fin «aux ambitions impérialistes de l’Occident». Cette alliance est déjà une réalité.

 

Le Président de la Chine, Xi Jinping, a déclaré: « Actuellement, nous assistons à des actions agressives des États-Unis à la fois en Chine et en Russie. Je pense que la Russie et la Chine peuvent créer une alliance face à laquelle l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) sera faible.  » Le chef de l’Etat chinois a également été convaincu que la coalition militaire devrait « mettre un terme aux ambitions impérialistes de l’Occident » dans le monde entier.


Une confrontation ouverte entre l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et la Russie est une question de temps selon Steven Kelley, ancien agent de la Central Intelligence Agency (CIA).

 

Dans cette ligne, Xi prédit la débâcle de l’Union européenne (UE), ainsi que l’économie des États-Unis, des faits qui « se termineront par une nouvelle réorganisation du monde. » « Le monde est sur le point de connaître un changement radical. Au cours des dix prochaines années, nous pouvons nous attendre un nouvel ordre mondial dans lequel le facteur clé sera l’alliance russo-chinoise », a-t-il dit.

 

Sans aucun doute, la Russie rend nerveuse l’OTAN. En ce sens, Colas Xavier raconte l’histoire suivante: après les premiers vols dans l’espace, les États-Unis voulaient concevoir un stylo qui permettrait d’écrire dans un milieu d’apesanteur: les Soviétiques ont simplement utilisé des crayons.

 

Moscou n’a pas perdu cette ingéniosité rudimentaire, et elle a créé pendant quelques heures l’alarme et la discorde organisant une promenade à travers la Méditerranée pour un mort-vivant: le vieux porte-avions Admiral Kuznetsov. Flotte avec turbines en vrac et mieux préparé que tout autre pour le type de combat air-sol qu’exige la Syrie, le navire n’a pas eu à tirer un coup pour que la Russie montre un autre lieu d’où elle pourrait chatouiller l’OTAN: la riposte à sa périphérie.

 

L’OTAN tente de se réorganiser face à une Russie plus imposante, dit Steven Erlanger. Il ajoute que l’OTAN cherche à renforcer sa capacité de dissuasion contre une Russie forte de son retour au premier plan de la politique internationale, l’alliance fait face à une longue liste de difficultés.

 

La première est de trouver un pays qui dirigerait la dernière des quatre unités militaires qui seront déployés en Pologne et dans les trois pays baltes. Toutefois, selon les analystes, cela est le moindre de ses problèmes. Les points de friction sur la sécurité, aujourd’hui, sont tous ceux qui existent depuis la fin de la guerre froide. La crise de l’immigration a tendu les relations entre les pays européens, la nervosité s’est intensifiée avec l’offensive militaire russe en Crimée et à l’est de l’Ukraine. Et les bombardements russes en Syrie montrent que l’activité de Moscou augmente rapidement. La Russie a même parlé ouvertement de l’utilité des armes nucléaires stratégiques.

 

En dépit des menaces croissantes, de nombreux pays européens continuent de résister à ce que soient prises des mesures importantes pour renforcer l’OTAN. Beaucoup sont encore réticents à augmenter les dépenses militaires en dépit des engagements pris dans le passé. Certains, comme l’Italie, en sont à les couper. La France est en train de retourner à son scepticisme habituel à propos de l’alliance, qu’elle considère comme un instrument de la politique américaine et une violation de sa souveraineté.

 

Et pour ne pas mentionner les déclarations du président américain, Donald Trump, qui a décrit l’OTAN comme «dépassé». Il a déclaré que ses membres sont en train d' »escroquer » son pays et, en fait, cela ne l’inquiéterait pas que cette coalition éclate. Ces mots reflètent le rejet croissant aux États-Unis à assumer une responsabilité disproportionnée dans le domaine militaire et financier de l’OTAN.


La préoccupation actuelle et un élément important de ce que le Secrétaire général Jens Stoltenberg a appelé « la plus grande défense collective depuis la fin de la guerre froide » est la décision de mettre quatre bataillons de combat avec jusqu’à 1.000 soldats chacun dans les pays limitrophes de la Russie.

 

Bien que le Royaume-Uni, l’Allemagne et les États-Unis aient accepté de diriger chacun un bataillon qui sera composé de soldats d’autres Etats membres de l’OTAN pour maintenir l’idée des forces multinationales, de grands pays tels que l’Italie et la France ont refusé. L’Italie a réduit les dépenses militaires, après s’être engagée à les augmenter il y a deux ans au Pays de Galles. Ses dirigeants disent qu’ils participent déjà à une force alliée de réaction rapide récemment élargie.

 

Ces déploiements sont importants parce que les bataillons de combat ne sont pas conçus pour être simples forces d’autodéfense sur le terrain, mais sont assez grandes et ont les équipements nécessaires pour causer des dommages réels à toute force d’invasion. Ensuite, ils peuvent recevoir des renforts de la force de réaction rapide améliorée.

 

La Pologne demande que certains de ces équipements soit positionnée à l’avance sur son territoire. Cependant, pour le moment, la plupart vont aller en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, où il y a des installations de stockage et de transport datant de la guerre froide.


En fait, c’est seulement maintenant que l’OTAN prend au sérieux l’inspection des infrastructures (ponts, routes et chemins de fer) des Etats qui sont ses derniers partenaires en Europe centrale et orientale, déjà parce que l’organisation n’a pas essayé de le faire avant pour planifier la façon de les soutenir rapidement en cas d’une invasion russe. Trouver des troupes capables d’agir préventivement en Europe actuellement nécessite de gros investissements pour construire des entrepôts et de nouvelles infrastructures.

 

La Pologne, en voulant envoyer un message à Moscou, a réussi à être la première à placer un mécanisme de défense contre les missiles balistiques, qui coïncide avec le début des opérations d’un autre en Roumanie. Alors que Stoltenberg et Washington insistent sur le fait que ces défenses antimissiles n’ont pas comme objectifs les missiles intercontinentaux de la Russie, Moscou n’est pas convaincue.

 

L’OTAN cherche à assurer à ses membres les plus vulnérables -les pays baltes, la Pologne et même d’autres pays du sud, comme la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie dans la mer Noire- que l’alliance tente de remplir sa promesse de défense collective. La défense antimissile fait partie de cette réponse, ainsi que des manœuvres navales dans la mer Noire et des vols de reconnaissance.

 

Comme le dit Stoltenberg, l’impact de la politique russe a finalement fait pression sur les membres européens de l’OTAN pour qu’au moins ils surmontent le rejet exprimé depuis des décennies à investir dans l’armée. Ses prévisions pour cette année sont que tous les alliés européens augmenteront leurs dépenses militaires (ce que Washington leur a demandé), même si la plupart n’apportent pas le 2 pour cent du PIB, indiqué par le standard de l’OTAN.


Seize des 28 Etats membres ont augmenté leurs dépenses militaires en termes réels, seule l’Italie, la Bulgarie et la Croatie envisagent encore des coupes, mais insistent sur le fait qu’elles sont temporaires.

 

Une analyse du journaliste de Reuters Loren Thompson, dans laquelle il affirme que dans le cas d’une confrontation éventuelle entre la Russie et l’OTAN, le bloc ne serait pas en mesure de fournir une réponse rapide et coordonnée a été publiée. Il fait valoir que la Russie n’a pas que des avantages géopolitiques, mais aussi les armes les plus modernes et les compétences tactiques.

 

« La plus grande préoccupation du Pentagone est que la Russie pourrait attaquer les trois petits Etats baltes: l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie et les autres membres de l’Alliance seraient obligés de les défendre», écrit le spécialiste Loren Thompson, en notant que, selon les estimations internes de la défense aux États-Unis, les Russes auraient 2-3 jours devant eux avant que l’OTAN puisse « organiser une réponse cohérente. »

 

« Cependant, une éventuelle guerre en Europe est devenue une préoccupation prioritaire, ce qui signifierait une guerre terrestre, dont le plus grand fardeau retomberait sur l’armée américaine », a déclaré Thompson. « Dans certaines circonstances, Poutine pourrait vaincre les forces de l’OTAN et perturber l’ordre politique fragile en Europe, écrit l’auteur de l’article, en offrant une série de scénarios de possibles accidents.

 

Les avantages de la Russie

 

La Russie historiquement effectue souvent des opérations au sol, et, selon l’auteur de l’article, a un énorme avantage géopolitique dans un éventuel conflit. L’auteur met en évidence la puissance de la force aérienne russe, mettant l’accent sur le professionnalisme de l’armée russe. En outre, Moscou « a à sa disposition un certain nombre d’armes classiques avancées, » a-t-il ajouté.

 

En outre, Thompson fait remarquer que certains représentants de l’armée américaine croient que les domaines dans lesquels la Russie a probablement surpassé son pays sont: les roquettes à longue portée, la lutte contre l’utilisation des médias électroniques, la cyber-guerre, et la guerre hybride. En outre, les armes antichars russes sont également considérées comme une menace sérieuse pour les véhicules blindés US.


LA COOPERATION OTAN-Colombie, UNE MENACE POUR LE PROCESSUS DE PAIX

 

Le 23 décembre dernier, le Président de la Colombie, Juan Manuel Santos, Prix Nobel de la Paix, a opéré un tournant belliciste en annonçant que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a convenu d’élargir la coopération sur les questions relatives à la lutte contre la criminalité organisée.

 

A cette nouvelle, les porte-parole de l’opposition et les leaders sociaux ont déclaré que ce fait met en péril les progrès après la signature de l’accord de paix entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-EP) et le gouvernement.

 

En 2013, l’ancien ministre de la défense colombien Juan Carlos Pinzon a déclaré que l’accord de coopération et d’échange d’informations avec l’OTAN permettrait à la Colombie d’avoir accès aux meilleures pratiques et normes professionnelles de l’organisation dans les domaines de l’intégrité et de la transparence, opérations humanitaires et de maintien de la paix, entre autres sujets.


A ce moment il a été critiqué par les gouvernements progressistes de la région parce que cela a été répertorié comme la première étape pour que le pays andin devienne un membre à part entière de l’organisme et pourrait devenir une menace pour la région.

 

Le 6 juin 2013, le Président de la Colombie, Juan Manuel Santos, a signé à Bruxelles (Belgique) avec l’OTAN un accord pour échanger des informations et de sécurité, le premier protocole de cette nature que l’Alliance a signé avec un pays d’Amérique latine.

 

L’accord a été préparé par l’ancien ministre de la Défense de la Colombie, Juan Carlos Pinzon, et le commandant des forces alliées, le général Philip Breedlove américain qui a parlé à l’époque sur la coopération sur les questions de sécurité.

 

A cette époque, Pinzon et Breedlove ont discuté des questions liées à la construction de l’intégrité et de la transparence sur les questions de sécurité, ainsi que le renforcement de la coopération entre les forces armées de Colombie avec cette organisation et de l’expérience multilatérale que les pays d’Amérique latine peuvent offrir dans la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue.

 

En juin 2015, la Chambre plénière de la Cour constitutionnelle de Colombie a déclaré inconstitutionnelle la loi qui fait référence à l’accord conclu entre ce pays et l’OTAN.

 

Dans l’appel, elle a indiqué que la catégorie «informations classifiées» pourrait être des renseignements personnels et, en particulier des données personnelles sensibles, alors qu’il n’est certainement pas prévu dans les moyens pour l’accord qu’une telle information soit connue par son propriétaire, alors que l’obligation de conserver la réserve face à des tiers, autres que les parties, est tout à fait claire.

 

De même, le Ministère public a dit que si l’échange se réfère à l’information publique, l’accord est contraire à la Constitution dans son intégralité, car il serait contraire aux droits énoncés dans la Constitution et la Convention américaine relative aux droits de l’homme.

 

L’OTAN a été créée en 1949 aux Etats-Unis afin de limiter l’influence de l’Union soviétique en Europe. Bien que parmi ses objectifs fondamentaux il y ait de contribuer à la prévention des conflits, il est critiqué pour des opérations offensives, y compris ceux qui violent la Charte des Nations Unies.

 

Pour le journaliste et analyste colombien, Jon Restpo, la création de l’OTAN fut un facteur de persuasion et d’agression militaire américaine dans le monde.

 

Cette organisation a été critiqué pour ses actions militaires. En ce sens, ses opérations en Libye en 2011 ont été condamnées par l’Unesco, le Premier ministre britannique William Hague, le ministre des Affaires étrangères français Alain Juppé et le président du Venezuela Nicolas Maduro, entre autres.

 

En outre, de nombreuses fois l’Alliance a été critiquée par la Russie pour sa manière d’ «affronter» les crises et les problèmes d’aujourd’hui, tels que les guerres au Mali et en Syrie, le printemps arabe et le programme nucléaire iranien.

 

Le 23 décembre passé, le Président de la Colombie, Juan Manuel Santos, a annoncé que l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a convenu d’élargir la coopération sur les questions relatives à la lutte contre la criminalité organisée.

 

Face à cette nouvelle, les porte-parole de l’opposition et les leaders sociaux ont expliqué qu’il compromet les progrès après la signature de l’accord de paix entre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC-EP) et le gouvernement.

 

Mais cet accord est également une menace réelle pour la paix et la stabilité en Amérique latine et la menace des Caraïbes, qui a été déclarée une zone de paix par le Troisième Sommet du CELAC à La Havane.

 

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« Laissez le monde en paix » : vie et mort de Vitali Tchourkine

 

 

22 Février 2017

 

 

Vitali Tchourkine, ambassadeur de Russie à l’ONU, est mort à New York d’une crise cardiaque, le 20 février, à son poste de travail, à la veille de son 65e anniversaire.


Inna Doulkina

Publié le mardi 21 février 2017

 

 

 

« Cessez de vous mêler des affaires des autres États souverains, renoncez donc à vos habitudes coloniales, laissez le monde en paix – et la situation s’assainira dans de très nombreuses régions de notre planète. » C’est ainsi que Vitali Tchourkine, ambassadeur de Russie à l’ONU, s’est adressé le 8 octobre dernier à son collègue britannique. Et c’est le message que le diplomate russe s’est efforcé de transmettre à ses homologues américains et européens dix ans durant, tout au long de son service aux Nations Unies. A-t-il été entendu ? Rien n’est moins sûr.

 

Vitali Tchourkine

L’ambassadeur de la Russie à l’ONU, Vitali Tchourkine, en 2015. Crédits : Xinhua/Niu Xiaolei/ZUMA Wire

 

 

Non, le monde n’est pas un mécanisme prévisible et facile à manier, martelait Tchourkine. Interférer dans ses processus est dangereux : guidés par la volonté d’en améliorer le fonctionnement, nous risquons, au lieu d’en réparer les éléments défaillants, de les briser définitivement, de semer des guerres et des catastrophes humanitaires. « Pourquoi pensez-vous qu’un coup d’État armé dans un pays entraîne nécessairement l’arrivée au pouvoir de forces démocratiques ? »  demandait-il à ses collègues en avril 2014, après le changement de pouvoir en Ukraine. « Pourquoi imaginez-vous toujours Thomas Jefferson se battant contre les oppresseurs ? Avez-vous vu ceux que vous appelez les représentants des forces démocratiques en Ukraine ? Avez-vous la moindre idée de leur réputation ? Il y a seulement un an, vous ne leur auriez même pas serré la main ! »

 

Non, renverser le chef d’un État n’améliore pas toujours la situation de ses citoyens, et non – ce ne sont souvent pas d’authentiques démocrates qui viennent remplacer le gouvernant déchu, mais des éléments radicaux, peu aptes au dialogue et au compromis. C’est ce que Tchourkine a tenté de faire comprendre à ses collègues lors de l’intervention occidentale en Libye et en Irak. En vain. Lors de la guerre de Géorgie, en 2008, il l’a dit franchement : « Les forces géorgiennes ont frappé l’Ossétie du Sud. Ils ont eu recours à des systèmes d’artillerie Grad, causant des victimes très lourdes parmi les civils. Comment caractériser ces actes ? Certains refusent que l’on parle de nettoyage ethnique. Mais en quelques jours, sur les 120 000 habitants que compte l’Ossétie du Sud, 30 000 ont fui vers la Russie – comment doit-on appeler cela ? Certains doutent encore que l’on puisse parler de génocide. 2 000 civils ossètes ont péri dès le premier jour de l’attaque géorgienne : n’est-ce pas un génocide ? Combien faudra-t-il encore de morts pour que l’on ose le mot ? »

 

Ces propos ont été raillés. Quelques années plus tard, les dépêches diplomatiques dévoilées par Wikileaks et les enquêtes internationales ont révélé que Tchourkine avait raison. C’est bien la Géorgie qui a attaqué l’Ossétie du Sud la première – et pas la Russie qui a lancé une attaque contre la Géorgie, comme l’affirmait Tbilissi à l’époque. Et comme le reprenaient en chœur la plupart des responsables politiques occidentaux.

 

Tchourkine défendait une vérité que certains ne peuvent – ne veulent ? – toujours pas admettre. Dans un monde où l’Occident se prétend seul détenteur des valeurs universelles et croit de son devoir de les imposer – par la force s’il le faut – à la terre entière, il existe en réalité d’autres pôles d’attraction, d’autres modèles de civilisations. Et la Russie en fait partie. Malgré tous les efforts de Washington pour détacher les pays de l’ex-URSS de la Russie, leurs habitants, en grand nombre, continuent d’éprouver de l’amitié envers l’ancien puissant allié. Pour certains, tels les Ossètes, les Abkhazes ou encore les Criméens, la Russie est aujourd’hui un havre de paix, un bastion à même de les protéger de voisins belliqueux. La Russie les a mis à l’abri de la guerre et leur a offert la possibilité de vivre dans le respect de leur identité, de leur religion et de leurs traditions. En Russie, personne ne demande – et encore moins n’impose ! – aux Abkhazes de devenir géorgiens, ni aux Criméens de délaisser le russe pour apprendre l’ukrainien.

 

Et c’est précisément pour rester qui ils sont que les habitants du Donbass ont voté leur rattachement à la Russie en mai 2014. C’est pour réaffirmer leur identité russe qu’ils se battent en ce moment contre l’armée ukrainienne. « Des dizaines des milliers d’hommes ont pris les armes pour défendre leurs droits à l’est de l’Ukraine. Et non, la Russie ne les y a pas forcés. Il est impossible de forcer quiconque à aller se battre », affirmait Tchourkine en mars 2015. Encore un fragment de réalité que l’Occident a tant de peine à admettre…

 

Malgré ses contradictions internes, la Russie offre toujours un modèle de cohabitation aux représentants des ethnies et religions les plus diverses. C’est en Russie que vivent en paix des musulmans, des bouddhistes, des païens du Nord et des chrétiens, en Russie que le fameux « vivre-ensemble » n’est pas un fade slogan mais une réalité quotidienne. Et le monde n’est ni sourd ni aveugle. La capacité des Russes à écouter l’autre et à le respecter dans son adversité est remarquée et saluée au Proche-Orient, en Afrique, en Amérique latine.

 

C’est un monde aux multiples facettes, aux goûts et aux couleurs divers, un monde à l’image de la Russie elle-même que Vitali Tchourkine défendait aux Nations Unies. Il a mené de rudes batailles – et son cœur a lâché. Vitali Tchourkine est mort à New York d’une crise cardiaque, le 20 février, à son poste de travail, à la veille de son 65e anniversaire. Ses efforts ont été appréciés à leur juste valeur. Son décès a provoqué un profond chagrin au sein de la population russe. Nous pleurons aujourd’hui un ambassadeur brillant, un homme qui incarnait le meilleur de l’école diplomatique russe et soviétique : des connaissances encyclopédiques en politique internationale, la maîtrise de plusieurs langues étrangères, le charme, la délicatesse, la classe mais aussi le courage, la force, le franc-parler. Nous pleurons un grand professionnel, mais aussi et surtout un homme qui a transformé sa vie en la plaçant au service de quelque chose qui le dépassait. De son peuple et de sa patrie.

 

Dans les ténèbres, Sergei Chargounov au sujet de ses électeurs laissés sans électricité

 

22 Février 2017

Жизнь в российской глубинке

La vie dans la province russe (Photo: DmitryFeoktistov / TASS)

 

http://svpressa.ru/society/article/166462/

 

Sergei Chargounov est un jeune écrivain russe, membre du comité de rédaction de « Svobodnaia pressa », récemment élu à la Douma au nom du Parti communiste [note et traduction de Marianne Dunlop pour H & S]

 

– Le soleil se couche derrière l’horizon, et la vie dans les villages s’arrête. Au milieu des montagnes, les kichlaks* sont plongés dans l’obscurité… Quelle image négative! Où sont passés les bienfaits de la civilisation!

 

C’est ce que me racontait un jour d’une voix indignée un homme d’âge moyen, un concierge. Il m’a parlé de l’Afghanistan, que l’on pouvait voir depuis son village natal tadjik.

 

– Chez nous on construisait des routes, les villages étincelaient de leurs feux, et là-bas… ils étaient en plein Moyen Age!

 

C’étaient les années quatre-vingt. Et nous ne pensions pas que nous connaîtrions le même sort… Et puis ça a commencé …

 

Ces paroles ont produit sur moi une grande impression.

 

Le fait est que la réalité de l’Afghanistan des années 80 se reproduit aujourd’hui dans notre pays. Au milieu des montagnes, des villages privés d’électricité sont plongés dans le noir dès que le soleil se couche.

 

Des habitants de la région de Tchemal dans l’Altaï se sont adressés à moi. Les gens se sont plaints que la distribution de l’électricité était très irrégulière, on observe en particulier une « situation critique » dans le village d’Uznezya. Critique, cela signifie qu’on a droit à de la lumière pendant 2-3 heures, puis elle est coupée.

 

Essaie d’imaginer une minute, toi, habitant des villes: pas de télévision, pas d’internet, pas de téléphone. Mais c’est encore un moindre mal. A cause des pannes de courant, il y a également pénurie d’eau. Tu n’as plus qu’à rester là, t’asseoir, te coucher, ou pourquoi pas danser sans lumière et sans eau. Et comme ça tout le temps. Jusqu’à ce que tu commences à la lueur d’un tison à écrire des lettres à tous les ministères, sans beaucoup d’espoir d’être secouru…

 

Bien sûr, je suis intervenu en tant que député auprès du président de région. La réponse est venue du ministère du Développement régional de la République de l’Altaï. Et, franchement, j’ai été frappé par sa franchise.

 

Il se trouve que, en mai l’année dernière à une certaine réunion de travail avec le directeur général de la Société « IDGC de Sibérie » (société de distribution), il a été décidé de réduire les réseaux électriques du segment Elikmanar de la région Chebalinsky.

 

Et la conclusion est contenue dans la phrase suivante: « En fait, cette réduction des capacités a conduit à une détérioration de l’approvisionnement en électricité des habitants de l’arrondissement de Tchemal ».

 

Les gens vivaient tranquilles, se considéraient comme citoyens à part entière de la Fédération de Russie, et tout d’un coup a été prise une décision conduisant en fait à les plonger dans l’obscurité.

 

Qui a-t-il derrière tout cela? Peut-être le manque de professionnalisme de ceux qui auraient dû soigneusement calculer les conséquences. Comme on le sait, la technique aime la précision. Ou bien c’est le désir d’économiser de l’argent? Laisser tomber l’entretien du réseau de cet immense territoire (environ comme quatre fois Moscou), où vit juste un peu plus de 13.000 habitants… Et donc, selon cette logique déficiente, le nombre de personnes touchées par une telle décision n’est pas tellement grand, si on raisonne à l’échelle du pays.

 

Seulement voilà nos citoyens, où qu’ils habitent, ne doivent pas vivre comme au temps jadis. À une époque on a trouvé le moyen d’équiper les zones reculées, d’y apporter la lumière. Qu’est-ce que c’est que ces raisonnements selon lesquels il est impossible d’entretenir l’infrastructure existante?

 

Actuellement, comme il est dit dans la réponse à ma réclamation, « est initié un processus pour la restauration des réseaux électriques dans la zone qui a subi une réduction. »

 

Je veux espérer que l’électricité et l’eau seront distribuées aux gens sans à-coups. C’est une bonne chose que l’on ait apparemment réussi à accélérer cette décision vraiment vitale.

 

Mais qui répondra des préjudices subis? Et c’est partout pareil, on réduit les hôpitaux, les écoles, l’électricité. La vie.

 

On voudrait voir apparaître un antonyme à ce mot destructeur « réduire. »

 

Promouvoir, développer, améliorer, créer.

 

* hameau, mot d’origine turque signifiant « quartier d’hiver des nomades »

mercredi 22 février 2017

Donbass: L'échec attendu du cessez-le-feu

Malgré la énième réunion du groupe de travail sur la résolution politique de la crise ukrainienne aboutissant à une énième proposition de retrait des forces armées dans le cadre de ces accords de Minsk et malgré le soutien de la France, de l'Allemagne et de la Russie dans le cadre du format Normandie, évidemment l'Ukraine n'a pas retiré ses chars et continue allègrement à bombarder le Donbass avec une moyenne stabilisée autour d'un millier de fois en 24h. La solution politique est aujourd'hui une impasse. 
 
Les républiques du Donbass, lors de la conférence de presse au sujet de la mise en oeuvre du cessez-le-feu, avec l'OSCE et sans l'Ukraine qui a refusé d'y participer, ont précisé que DNR et LNR attendent la confirmation par l'OSCE du retrait des chars ukrainiens pour retirer eux-aussi leurs forces armées. La démarche est logique dans la mesure où l'armée ukrainienne et les bataillons nationalistes punitifs lancent des offensives de diverses envergures et tentent de faire tomber les défenses des combattants du Donbass, le retrait unilatéral serait du suicide.
 
Cette confirmation n'est pas arrivée, alors que le 20 février, les forces devaient revenir en arrière de la zone démilitarisée. L'Ukraine s'était tout d'abord engagée, puis n'a pas donné l'ordre et finalement tout a fini comme chaque fois, les combats ont continué. Comme le décrit E. Bassourine dans son rapport du 21 février 2017, l'Ukraine a violé 1150 fois en 24h les accords de Minsk en tirant sur les localités du Donbass, sur les populations civiles qui y vivent encore parfois lorsqu'elle ne sont pas retournées dans les caves. Que ce soit à Spartak, Kominternovo, Donetsk, Zaïtsovo, Leninskaya...
 
 
Tout cela montre l'impossibilité d'une sortie politique de ce conflit, essentiellement en raison de la faiblesse du poids des pays européens. Le conflit en Ukraine pourra, semble-t-il, se régler de trois manières: 
 
1) Par l'écrasement physique du Donbass, ce qui s'appelle un génocide. Cela suppose la volonté politique des Etats Unis de prendre le risque d'une confrontation avec la Russie. Car nous ne sommes plus dans les années 90 et la Russie ne regardera certainement pas tranquillement ce qui se passe à ses frontières. L'intervention du député V. Nikonov dans l'émission 60 minutes, disant ouvertement que la Russie pourrait très bien, selon les circonstances, ne pas s'arrêter à une simple reconnaissance des passeports mais cette fois s'impliquer réellement dans une aide militaire ouverte, l'a laissé présager.
 
 
2) Par un nouveau coup d'Etat à Kiev. Le premier a fonctionné car il a été financé, préparé et téléguidé par les Etats Unis en s'appuyant sur la faiblesse réelle du régime et en utilisant le mécontentement réel de la population. Mais finalement, les oligarques sont toujours au pouvoir, la corruption se porte à merveille, l'économie nationale n'est plus indépendante mais sous perfusion des organismes internationaux, le niveau de vie a drastiquement baissé, la ciminalité a inversement proportionnellement augmenté, des partis politiques ont été interdits, des médias fermés, l'opposition réprimée. Objectivement, la population n'est, au minimum, pas plus heureuse aujourd'hui qu'elle ne l'était en 2014 et les nationalistes trouvent que le cours oligarchique de cette gouvernance ne va pas assez loin dans l'idéologie fascisante. Mais personne ne structure ni ne finance ces mouvements, donc il n'y aura pas de nouveau coup d'Etat. Tant qu'une décision en ce sens n'aura pas été prise à l'extérieur, d'un côté ou de l'autre. N'en déplaise aux émerveillés de la démocratie des réseaux sociaux.
 
3) Une solution politique peut être trouvée pour l'Ukraine, mais pas en Europe, encore moins en Ukraine. Une rencontre entre les Présidents russe et américain, qui sont les seuls pays à avoir une réelle influence sur le cours des évènements, pourrait aboutir à une sortie de crise réelle. Mais vue la position tenue par les Etats Unis sur la crise ukrainienne, qui tend à faire de la Russie une partie à cette guerre civile et exige l'abandon de la Crimée, un accord politique entre ces deux pays, qui soit suffisamment fort pour renverser la situation, est aujourd'hui peu probable.
 
L'Ukraine sent très bien cette impasse et tente de capitaliser sa position sur la scène internationale, surtout au Conseil de sécurité de l'ONU. Le ministre ukrainien des affaires étrangères revient d'ailleurs sur l'idée d'une restriction du droit de véto et donc d'une réforme du Conseil de sécurité - ce qui aboutirait à la fin de cette institution déjà mal en point. Cette idée ressort régulièrement et elle est rejetée par les Etats Unis, la Chine et la Russie. Seules la France et la Grande Bretagne envisagent la possibilité pour les Etats de renoncer volontairement à leur droit de véto, lorsqu'il s'agit de mettre rapidement un terme à des crimes de masse. L'Ukraine estime que la Russie, partie prenante au conflit ukrainien, ne devrait pas avoir le droit de voter les résolutions concernant cette question, donc d'utiliser son droit de véto. Or, si l'on envisage la "participation" de la Russie au conflit ukrainien, ce mode de "participation" concerne également les autres membres du Conseil de sécurité qui soutiennent l'Ukraine et/ou participent dans les différents formats internationaux devant permettre une sorite de crise. Finalement, dans cette logique, l'on en arrive à la situation la plus absurde qui soit: laisser à la Chine, qui elle n'est aucunement impliquée, la possibilité de résoudre objectivement ce conflit. Toutefois, je ne pense pas que l'Ukraine envisage cette alternative.
 
Quoi qu'il en soit, la situation se précise. L'alternative politique de Minsk était une illusion et cela devient clair pour chacun, même si l'invocation de l'application des accords de Minsk  reste un mantra incontournable, faute d'avoir trouvé autre chose. Tout aussi incontournable est l'escalade militaire du conflit, sans toutefois déboucher sur une véritable confrontation armée. L'Ukraine ne peut se permettre un génocide, les Etats Unis ne sont pas encore prêts à une confrontation avec la Russie, qui, elle, a besoin de geler ce conflit. 
 
Finalement, cette crise ukrainienne est très révélatrice de l'état de notre monde, destabilisé et ne sachant quelle voie prendre, enclin aux grandes déclarations mais ayant peur des véritables engagements.
 

mardi 21 février 2017

Vitali Tchourkine: la diplomatie a perdu un grand homme

A la veille de son 65e anniversaire, l'ambassadeur russe à l'ONU est mort, semble-t-il d'une crise cardiaque, à New York. Avec son charisme, son humour froid, parfois cinglant, il a défendu non seulement la position de la Russie, mais aussi cette vision d'un monde multipolaire, d'un monde qui  a tant besoin de revenir à l'humanisme.
 
Le 20 février au matin, V. Tchourkine a fait un malaise dans son bureau. Il a été transporté à l'hôpital, mais les médecins n'ont pu le sauver.  Cette mort soudaine a choqué les politiciens et les diplomates du monde entier. L'ONU a fait une minute de silence, même ses collègues les plus farouchement opposés à la politique russe reconnaissent le vide laissé par ce diplomate exceptionnel.

L'on se souviendra de la passe d'armes entre V. Tchourkine et S. Power à propos de la Syrie:
 
 
Elle accuse la Russie de tous les crimes à Alep et Tchourkine rappelle le rôle joué par les Etats Unis dans la destabilisation de la région finissant par ces paroles:
"L'intervention de la représentante des Etats Unis m'a semblé particulièrement étrange, qui a construit son discours comme si elle était Mère Thérésa. Rappelez-vous quel pays vous représentez!"
 A propos de la Crimée, l'on se souviendra de sa réponse au représentant de la Grande Bretagne:
"Rendez les îles Malouines, rendez Gibraltar, rendez la partie de Chypre que vous avez annexée, rendez l'archipel de Chagos dans l'océan indien que vous avez transformé en une énorme base militaire et alors votre conscience sera, peut être, un peu plus propre et vous pourrez parler d'autre chose"
Les sorties incisives de V. Tchourkine restent dans la mémoire de ses collègues. C'est cette vivacité d'esprit qui a fait sa marque particulière. Un grand homme qui a marqué son époque, non seulement par son style, mais également sur le fond de ses interventions. 
 
Des interventions marquées d'un humanisme non feint, qui tranche avec l'hypocrisie ambiante et l'indignation sélective. Un homme de convictions, un combattant des véritables valeurs européennes. 
 
Ce qui rend d'autant plus choquant la réaction de ces milieux russes qui se prétendent libéraux, mais qui couvrent difficilement derrière leur défaut d'âme, une haine profonde de leur pays. Le pire des exemples vient d'être donné par Ksénia Larina, présentatrice aux Echos de Moscou qui, par ailleurs, déclare que le patriotisme est un mot qui lui donne la nausée. Après l'on ne pourra pas être surpris de cette publication à propos de la mort de V. Tchourkine:
Voici la traduction en français, pour que vous preniez bien la dimension de l'ignominie de ces gens qui prétendent monopoliser les valeurs occidentales:
"Voilà, Tchourkine est mort. Au travail. Il est bien évident que sa vie n'était qu'un cauchemar de stress, tout le monde criait toujours contre lui, les chefs de Moscou, les partenaires à l'ONU, depuis longtemps sa vie était un cauchemar! Et voilà, il est mort, fauché, abruti à cause des incessantes violentes apostrophes, des exigences, des affronts, en raison de la peur permanente d'être professionnellement inutile, de n'être pas à la hauteur d'une telle confiance! Et tous ces efforts humiliants justifiaient un tel final?? Pensez-y, fonctionnaires, laquais de Poutine! Puisque, vous aussi, vous tomberez la tête sur la table à force d'efforts et personne ne se souviendra de vous!"
Voilà où en est arrivée cette "élite occidentalisée". Elle représente bien l'inverse de ce qu'incarne V. Tchourkine. Non pas incarnait, mais incarne, car il reste vivant dans nos mémoires. C'est cette "élite" qui justement se demandait à quoi avait bien pu servir le blocus de Leningrad. Tant de morts, pour quoi? Cette "élite" qui ne peut exister que dans le monde virtuel. C'est cette "élite" qui se veut occidentalisée, une minorité contre toute cette masse du peuple. Occidentalisée dans le sens de la reddition de Paris, dans le sens de Charlie Hebdo, de sauver "Alep des bombardements russes" etc etc etc. 
 
Toute cette hypocrisie contre laquelle combattait aussi V. Tchourkine, notamment lorsqu'il déclarait à ses collègues au Conseil de sécurité, les rappelant aux obligations de leur charge:
"Si nous avions eu besoin d'un serment, nous serions allés à l'église. Si nous avions voulu entendre un poême, nous serions allés au théatre. Des membres de l'ONU, et particulièrement des dirigeants du secrétariat de l'ONU, nous attendons une analyse objective de ce qui se passe. Manifestement, vous n'y arrivez pas."
Heureusement, les paroles survivent à ceux qui les ont prononcé. Cela rend les grands hommes immortels.
 

lundi 20 février 2017

Pourquoi le président V. Poutine a décidé d'adopter un oukase reconnaissant les passeports des Républiques de Donetsk et Lugansk?

En adoptant le 18 février 2017 un oukase reconnaissant la validité des documents officiels délivrés par les autorités des Républiques de Donetsk et Lugansk, le Président V. Poutine a lancé un signal très fort à l'Occident, dont ses représentants étaient réunis à ce moment-là à Munich pour la 53e Conférence sur la sécurité. 
 
Alors que le Pentagone affirmait devoir parler à la Russie par la force, alors que la Maison Blanche appelait la Russie à "se retirer du Donbass" et à "rendre" la Crimée à l'Ukraine, alors que l'Ukraine organise un blocus total du Donbass et bloque les échanges commerciaux et notamment les wagons de charbon que Kiev achète au Donbass malgré la guerre, le Président V. Poutine adopte un oukase "sur la reconnaissance des documents délivrés aux citoyens ukrainiens et apatrides résidant sur certains territoires des régions ukrainiennes de Donetsk et Lugansk". Selon le texte, dont voici la traduction:
Dans le but de la défense des droits de l'homme et du citoyen, au nom des principes généraux et des normes du droit international humanitaire, dispose de:

1. Temporairement établir, pour la période allant jusqu'au règlement politique selon les accords de Minsk de la situation dans certains territoires des régions ukrainiennes de Donetsk et Lugansk :

a) Reconnaître comme valides dans la Fédération de Russie les documents établissant l'identité, attestant l'enseignement ou la qualification, les certificats de naissance, de mariage, de changement de nom, de décès, les documents attestant l'enregistrement d'un véhicule délivrés par les autorités de facto compétentes sur les territoires ici visés aux citoyens ukrainiens et aux apatrides vivant de manière permanente sur ces territoires.

b) Les citoyens d'Ukraine et les apatrides vivant de manière permanente sur certains territoires des régions ukrainiennes de Donetsk et Lugansk peuvent entrer sur le territoire de la Fédération de Russie et sortir du territoire de la Fédération de Russie sans visas en établissant leur identité (pour les mineurs de moins de 16 ans, sur le fondement d'un acte de naissance) délivrés par les organes compétents sur les territoires visés.

2. Le Gouvernement de la Fédération de Russie doit prendre tous les actes nécessaires à la réalisation de cet oukase. 
Les autorités de Lugansk et Donetsk se sont félicitées de cet oukase qui, selon les paroles de Zakharchenko, montre que les habitants du Donbass mènent un combat juste pour défendre leur identité culturelle, leur appartenance au monde russe. 
Evidemment, les réactions internationales sont moins positives. Il faut dire que l'oukase intervient en pleine Conférence de Munich pour la sécurité, lors de laquelle les échanges russo-américains furent assez difficiles, S. Lavrov rappelant avec fermeté la position de la Russie sur la scène internationale, ce que la presse occidentale a souligné à l'unanimité. En substance, selon RFI
Sergueï Lavrov a annoncé la fin de « l'ordre mondial libéral » conçu selon lui par « une élite d'Etats » occidentaux à visées dominatrices. « Les dirigeants responsables doivent faire un choix. J'espère que ce choix sera celui d'un ordre mondial démocratique et juste. Si vous voulez, appelez le "post-west" »
A Munich, les chefs des diplomaties française, allemande, ukrainienne et russe en ont profité pour se réunir ce même 18 février autour du dossier ukrainien pour renégocier un cessez-le-feu, après la reprise violente des hostilités par l'armée ukrainienne dans le Donbass.
 
Un certain compromis aurait à nouveau été trouvé, même si manifestement l'Allemagne, la France et les Etats Unis font glisser la Russie du rôle de garant de ces accords de Minsk à celui de partie au conflit. Ce qui montre aussi tout le danger de ces accords pour la Russie elle-même. En réponse, justement, le 18 février, cet oukase est adopté. Sur la scène diplomatique, la Russie fait monter les enchères. Puisque l'Occident affirme vouloir l'application des accords de Minsk, ils peuvent également payer le prix de sa non-application par l'Ukraine: la Russie n'annulera les sanctions économiques adoptées contre l'UE que lors de l'application des accords de Minsk et, en attendant, elle prend sous son aile les jeunes républiques.
 
Il ne s'agit pas d'une reconnaissance de l'indépendance de ces territoires dans le sens juridique du terme, c'est plutôt un acte pragmatique et politique. Et les réactions sont à la mesure de l'acte lui-même.
Russia's decision to recognize identification documents issued by separatists in eastern Ukraine will hurt the chances for a cease-fire to take hold, the head of the Organization for Security and Cooperation in Europe (OSCE). (...) The Russian move “implies…recognition of those who issue the documents, of course,” Zannier said. “This makes us think of Abkhazia-like situations,”

Ukrainian President Petro Poroshenko said Putin’s order was "more evidence of the Russian occupation and Russia's violation of international law."

the U.S. Embassy in Kyiv said the Russian decision was “alarming and incompatible with the agreed-on goals of the Minsk peace process.” 
Du côté ukrainien, Turchinov affirme que la Russie est ainsi sortie des accords de Minsk. Pour Klimkine, cet oukase contrevient aux accords de Minsk, puiqu'il reconnait la compétence des autorités de facto agissant sur ces territoires. 
 
Pourtant, ce pas n'est pas totalement une surprise. Cet oukase est avant tout une réponse. Une réponse au blocus total mis en place par l'Ukraine, avec l'aide des mouvements radicaux, à l'encontre du Donbass, comme le rappelle le sénateur Klintsevitch (commission pour la défense). Kiev achetait, malgré la guerre, du charbon au Donbass. Or, depuis 3 semaines, tous les wagons de chardon sont bloqués à la frontière du Donbass. Selon Kiev, il reste à l'Ukraine suffisamment de charbon pour 45 jours. Un régime de restriction d'utilisation a été mis en place, restraignant également l'activité industrielle ukrainienne. Le pouvoir va devoir soit faire lever le blocus, soit en acheter plus cher ailleurs. Pour maintenir la pression, des manifestations ont été organisées à Kiev, soutenant le blocus. Ces manifestations, organisées par le députés extrémiste S. Sementchenko, étaient orientées contre l'oligarque Akhmetov et contre l'administration présidentielle de Poroshenko, qu'il accuse de trahison pour acheter du charbon à l'ennemi. La police a défendu les établissements et n'a pas laissé les manifestants entrer. Voir la vidéo:
 
 
Etrangement, d'une certaine manière, la position de ce député extrémiste, ou plutôt de ceux qui tirent les ficelles, est logique. S'il y a guerre, il ne peut y avoir échanges commerciaux entre les deux parties au conflit. L'on imagine mal l'URSS commercer avec l'Allemagne nazie lors de la Seconde Guerre mondiale. Or, ici, l'Ukraine a repris la logique politique qui domine sur les intérêts économiques et même sociaux: il faut des sacrifices et les intérêts des oligarques ne peuvent être une excuse, quant à la population elle est en guerre et elle doit se comporter comme tel. Face à cela, la logique économique est beaucoup plus faible: commercer avec l'ennemi, c'est peut-être temporairement remplir les caisses, permettre aux entreprises de fonctionner et donc de nourrir la population, mais c'est aussi se mettre en position de dépendance, donc de faiblesse. Car les guerres n'ont de post-modernes que l'appellation: on tire, on tue, on souffre. Et elles se gagnent encore et toujours par les armes. Pas par les contrats.
 
Ainsi, en plus de la dimension politique de l'oukase adopté par le Président russe, il y a aussi une réponse socio-économique, devant éviter une catastrophe humanitaire dans le Donbass. Comme le charbon du Donbass était envoyé vers les autres régions ukrainiennes, il faut réaménager le trafic. Pour cela, il faut commencer par légaliser les documents. Rappelons que l'évolution avait déjà commencé en ce qui concerne les documents. Puisqu'en 2016, les personnes dotées d'un passeport délivré par les autorités du Donbass pouvaient passer la frontière russe, que dans les régions frontalières, les jeunes pouvaient entrer à l'Université avec un diplôme de ces régions.
 
En revanche, en voulant mettre la Russie dos au mur face à ses obligations morales de prise en charge des populations de ces régions, l'Ukraine et ses "conseillers" continuent à pousser ces territoires vers un point de non retour. Ils ont commis une erreur fondamentale: en estimant mal la volonté politique de la Russie, ils provoquent l'intégration juridique des territoires.
 
C'est peut être pour cela que l'on voit apparaître, sorti de nulle part, un article dans le New York Times, selon lequel la Maison Blanche aurait eu un plan visant à négocier un retrait des troupes russes du Donbass contre la "location" de la Crimée pour une durée de 50 ou 100 ans. Par cette publication, il s'agit tout d'abord de saper la confiance de ces population envers la Russie, en la présentant comme prête à revenir sur le rattachement de la Crimée et prête à négocier l'abandon des population du Donbass à une mort certaine en cessant d'aider ces régions.
 
Or, la Russie a prévenu qu'il s'agit bien d'une réponse au blocus mis en place et si la situation continue à se dégrader, elle pourrait adopter d'autres mesures allant dans le sens des autorités de DNR et LNR. Autrement dit, la Russie n'est pas prête à négocier les terres et les hommes. Maintenant, il est possible que de nouvelles sanctions soient adoptées. Mais elles l'auraient été de toute manière, pour une raison ou pour une autre. Pour la libération d'Alep. Pour l'interférence non prouvée dans les élections américaines. Il faut bien avoir conscience du fait que la Russie va vivre sous sanction pendant une très longue période, tant qu'elle n'aura pas réussi à modifier l'ordre mondial, à le faire basculer en un monde multipolaire. Ou bien tant qu'elle n'aura pas renoncé à se battre. Ce qui risquerait alors de signifier un renoncement à exister. Dans le sens direct du terme. Et le renouveau politique russe actuel n'est pas compatible avec cette position, défendue par les clans "progressistes" qui, pour des raisons évidentes, sont largement appréciés en Occident.
 

Le Loup, l’agneau…et le directeur de thèse

 

 Jacques SapirPar  · publication  · mis à jour 

Un de mes étudiants russes, qui fit sa thèse sous ma direction il y a de cela une vingtaine d’années, avait rédigé à mon attention cette fable, version quelque peu détournée du Loup et de l’Agneau. En bon russe bien éduqué, il connaissait fort bien les fables de la Fontaine et leurs versions russes par Krylov. Ce fabliau orna pendant de longues années la porte de mon bureau dans les locaux de l’EHESS, au 54 Boulevard Raspail, où il attira le regard et provoqua l’amusement de très nombreuses générations d’étudiants et de thésards.

 

Cet étudiant est, depuis, devenu professeur. Il vient de participer à son premier jury de Dissertatsia, soit de Thèse d’Etat, car la Russie, à la différence de la France, a conservé le système des deux thèses, la première vérifiant la capacité du chercheur à mener une recherche, et la seconde saluant une avancée scientifique faite par le dit chercheur. A cette occasion, il a retrouvé son texte et me l’a renvoyé.

 

A la suite des nombreux déménagement (désamiantage du 54 oblige), le texte de mon bureau fut perdu. C’est donc avec un grand plaisir que je l’ai retrouvé. Et, pour la postérité, ainsi que pour l’édification des générations futures, j’ai décidé de le publier.

Bien entendu, toutes ressemblances entre des personnages pouvant exister ou avec mon caractère, (que tout le monde connaît comme calme, tempéré, posé, pas explosif pour un sou[1] et incapable de faire du mal à une mouche[2]…) ne pourrait être que fortuites…

Le Loup et l’Agneau

(Version revue et corrigée…)

 

Sur un long parchemin, patiemment,

Un agneau, au bord d’un torrent,

Écrivait sur ses genoux doctement.

Survint alors un grand loup.

 

Intrigué de ne le pas voir s’enfuir,

Il lui demande ce qui le pousse à écrire.

Maître Loup répondit l’agneau fort aise,

Vous me voyez terminant ma Thèse.

 

Et quel est donc, agneau imprudent,

Le sujet, lui demanda le loup impatient ?

Mon maître, n’en doutez pas,

C’est un sujet qui vous plaira.

 

Et quel est donc se sujet, dit le loup intrigué ?

L’agneau sourit et répondit,

C’est comment les agneaux mangent les loups.

Ysengrin se met à rire tout d’un coup.

 

Ah ! Mon petit monsieur,

Voila qui n’est point sérieux.

A te lire, petit mouton studieux,

Nul n’en croira ses yeux.

 

L’agneau de répondre, Oh, mon maître,

Si vous avez le moindre doute doute, venez à la fenêtre,

Et dans mon labo allons consulter,

Mes références et mes travaux.

 

Ils entrent tous les deux dans une caverne,

Qui eut pu abriter l’hydre de Lherne.

L’agneau seul ressort après un instant.

Un second loup survint au bout d’un moment.

 

Il posa la même question, se mit en colère,

Et suivit l’agneau pour tirer cela au clair.

Dans la caverne à son tour il disparut,

Et depuis nul ne l’a jamais revu.

 

Un troisième loup apparu,

Son sort, déjà, vous est connu.

 

Un agneau vint à passer à son tour.

Qui à son tour s’enquit du sujet.

Grand fut son étonnement.

Nul ne vit en aucun temps

Un agneau manger des loups,

C’est, dit-il, un sujet à prendre des coups.

 

Suivez-moi donc, confrère, lui dit l’étudiant.

Dans la caverne, ils entrent

Et trouvent un ours imposant,

Dévorant le dernier loup à pleines dents.

 

Apprenez, mon cher,

Dit alors l’agneau thésard,

Que sérieux je suis,

Et non point vantard…

 

Retenez donc, mes chers contradicteurs,

Que, pour mener une thèse avec bonheur,

Point tant ne compte le sujet,

 

Que le directeur…

 

Notes

[1] Pour deux, ça se discute…

 

[2] A la condition qu’elle ne soit pas néoclassique.

jeudi 16 février 2017

Billet d'humeur: Mais que serait le monde sans cette fameuse « menace russe »?

Les actualités regorgent des exploits de la Russie. Elle fait élire Trump, elle s'apprête à envahir l'Europe, elle fausse les élections en France, elle sauve le tyran Assad, elle soutient les "séparatistes" ukrainiens. Que ne fait-elle encore? Il serait certainement plus rapide d'énumérer les évènements marquants qui ne sont pas le fait de la Russie. Autrement dit, à en croire les politiciens occidentaux, nous sommes entrés dans l'ère d'une gouvernance russe globale. J'ai bien compris? Ce qui, en effet, justifie le renforcement de l'OTAN et des Etats Unis en Europe. J'ai toujours bien compris? 
 
Nous apprenons avec beaucoup d'inquiétude que la Russie, après avoir retourné l'équipe de Trump (continuant pourtant la même politique à l'égard de la Russie) et fait perdre H. Clinton, va s'occuper des élections françaises. Ceci est une conclusion très sérieuse de la non moins sérieuse DGSE. D'autant plus que la Russie aurait déjà sévit contre ce divin E. Macron en piratant son site En Marche. Et tout cela pourquoi? Pour faire élire M. Le Pen, what else? Car bien évidemment, les élections ne se gagnent pas avec les voix populaires. Comme toujours, c'est le Canard national qui révèle l'info. Il est très actif en politique cette année, mais peu importe, il remplit sa fonction, qui n'a rien de journalistique. Bref, la Russie constitue une menace en matière de cyberterrorisme.
 
Mais pas uniquement, car bien entendu les pays de l'Est, entrés dans l'UE faute de pouvoir ajouter une étoile au drapeau américain, et pour leur plus grand malheur restant toujours "à l'Est" (la géographie politique a ses limites que la raison reconnaît encore), se font l'écho d'une prochaine invasion russe. Si, si ... les chars arrivent. En l'occurrence, ils sont américains. Mais c'est une chance, c'est l'Atlantic resolve. L'on attend 3500 soldats américains, 87 chars et 550 blindés. Les premiers chars sont arrivés en Pologne et en Bulgarie et les pays baltes sont impatients de recevoir leurs unités de réactions rapides, qui permettent une intervention en 24h vers les frontières russes, évidemment, en cas d'attaque. Bon, pour l'instant, cela reste très théorique, car il faut encore y construire les infrastructures, qui sont inadaptées aux structures de l'OTAN. Et vue la faible importance du contingent, heureusement pour ces pays que la menace est toute virtuelle. En revanche, l'agression politique est bien réelle, mais de celle-là nous garderons un pieux silence, car la Russie est bien sûr responsable d'avoir rapproché ses frontières des bases de l'OTAN. Il ne s'agit donc pas d'une agression, mais d'une défense. Ouf, l'honneur est sauf.
 
Les Etats Unis, eux, se sont bien organisés. La Lituanie et l'Estonie, qui après tant d'années en vain dans l'Alliance viennent enfin de trouver leur place, ont signé avec les Etats Unis les accords SOFA sur le statut des troupes américaines dans ces pays. Ces accords prévoient l'exclusivité de juridiction américaine pour tout ce qui concerne ses soldats. Seuls les crimes graves pourront, peut-être, ressortir de la compétence des juridictions nationales. Les pays qui abritent des troupes américaines depuis longtemps, comme le Japon, savent ce dont ils sont capables au quotidien, dans un pays occupé. 
 
Dans tous les cas, les pays de l'Est sont heureux et soulagés. Heureux de trouver une protection contre cette mystérieuse et incontournable "menace russe". Ce qui permet à J. Mattis, le nouveau secrétaire à la défense US, de mettre les points sur les i: si vous voulez notre protection, il faudra jouer selon nos règles, les temps ont changé:
L'Alliance reste un socle fondamental pour les États-Unis. (...) l'Amérique va assumer ses responsabilités, mais si vos nations ne veulent pas voir l'Amérique modérer son engagement envers cette Alliance, chacune de vos capitales doit montrer son soutien à notre défense commune. (...) Les Américains ne peuvent pas se soucier davantage de la sécurité future de vos enfants que vous ne le faites vous-mêmes. 
Tout a un prix, les prostituées paient bien leur part à leur protecteur, ici, il s'agit de 2% du budget national. Sinon, les pays de l'Alliance peuvent toujours changer de souteneur ou bien s'autonomiser, ce dont ils ont une peur panique. Aujourd'hui les autres 27 membres sont rassurés, le chef a envoyé son représentant, tout restera comme avant, il faudra juste payer un peu plus cher. Qu'à cela ne tienne, l'indépendance serait par trop dangereuse. Surtout face à cette "menace russe".
Mais au fait, quelle est cette "menace russe"? Est-ce le risque pour ce Système, dont la plus grande force est son absence totale de morale, de montrer son visage inique? La rupture réelle qui existe et s'agrandit entre les aspirations des populations et les choix idéologiques des groupes dirigeants? Est-ce le fait que nos sociétés ne sont gouvernées que par une minorité à laquelle il faut donner le masque de la supériorité pour justifier sa position? 
 
Quelle est cette "menace russe"? L'excuse sans laquelle il ne serait plus possible de justifier les politiques anti-sociales, les politiques liberticides, les tendances totalitaires - dans le sens où ces sociétés veulent créer un homme nouveau, sans racines, sans passé, qui vit ici et maintenant, donc un être sans avenir?
 
Quelle est la "menace russe"? Sinon la peur que le Système a de lui-même, de son inconsistance et de sa vacuité.
 

mardi 14 février 2017

Zakhar Prilepine: le nouveau visage du Donbass

Zakhar Prilepine
 
Depuis 2015, Zakhar Prilepine, écrivain russe, est conseiller de A. Zakharchenko, à la tête de la république de Donetsk. Pour autant, il exerçait cette fonction sans médiatisation particulière. Hier, sa nomination comme vice-commandant d'un bataillon de forces spéciales est apparue dans tous les médias. Après la mort de Motorolla, de Guivi, DNR prend un nouveau visage. Cette médiatisation est hautement symbolique, mais peut être aussi militairement importante. Alors qui est  cet homme?
 
Zakhar  Prilepine est né en Russie en 1975. A la fin de ses études secondaires, il entre à l'école de la police et sert dans les forces spéciales policières (OMON), va combattre en Tchétchénie et au Daghestan. Par ailleurs, il suit également des études en faculté de philologie. En 1999, il change de profession pour le journalisme. Auteur de nombreux ouvrages, il est considéré comme un des fondateurs de la prose militaire contemporaine. En 2015, il est le deuxième écrivain russe le plus cité. Sur le plan politique, il appartient à la branche patriotique de l'opposition russe. En 1996, il entre dans le parti de Limonov national-bolchévique.  A partir de 2007, il organise et participe aux Marches contestataires, en 2010 il conteste le "système Poutine". Son rapport au pouvoir va radicalement changer en 2014 avec le rattachement de la Crimée. Par cet évènement, il voit le retour d'une Russie décomplexée et souveraine, ce qu'il attendait depuis la chute de l'Union soviétique.
 
Autrement dit, l'arrivée à un poste combatif de la République de Donetsk d'une personne de cette carrure est hautement symbolique. Les groupes de sabotage ukrainiens ont voulu décapiter la résistance dans le Donbass, la rendre impersonnelle et par là même l'affaiblir en rendant impossible tout mécanisme populaire d'identification. L'arrivée en fanfare d'un des écrivains russes les plus célèbres aujourd'hui donne une vitalité nouvelle au combat des habitants du Donbass.
 
Il a lui-même formulé dans une interview donnée au journal Komsomolskaya Pravda, les raisons de ce combat:
 
Selon Z. Prilepine, le Donbass est une zone de responsabilité de la Russie. La Russie se reprend toujours lorsque la situation est particulièrement dramatique. Si la situation s'améliore dans le Donbass, alors tout se passera bien dans tous les autres domaines pour la Russie. 

A la question; pourquoi faites-vous ça? La réponse est simple: si ce n'est moi qui le fera? Et il faut bien le faire. De cette manière Z. Prilepine renoue avec les traditions d'Ancien régime des écirvains-officiers qui n'avaient pas peur de prendre la tête des attaques sur les champs de bataille lorsque la Patrie était en danger. Les réactions contestataires d'une partie de l'intelligensia russe est un héritage des années 90 et du siècle d'argent, où il était bien vu de distinguer l'Etat et le pouvoir, où se trouvait en opposition était un élément constituant de cette catégorie sociale. Historiquement, il y a toujours eu une partie de "l'aristocratie" qui sympathisait avec les agresseurs de la Russie, comme avec Napoléon. L'attitude aujourd'hui de ces groupes "progressistes", particulièrement protectrice pour le régime ukrainien et inquiet pour Adeevka sans regarder Donetsk, n'est qu'une continuation de ces "habitudes". Pour autant aujourd'hui, la situation est claire en Ukraine, tout est connu, chacun doit choisir son camp en pleine connaissance de cause. Même s'il ne s'agit pas de faire la guerre à l'Ukraine, mais à ce gouvernement bandériste nazi. 

A la question quel est le but de cette guerre, la réponse également fut simple, mais cinglante: Kiev, Kiev comme ville russe, et toute l'Ukraine bien sûr. Les erreurs de Yanukovitch ont bien montré qu'il était impossible de négocier, traiter, le lendemain ou plus tard à la première occasion, ils se retourneront contre vous. 

A la question en quoi croire; la réponse vient en effet du siècle d'or: en la Sainte Russie, en Dieu miséricordieux, en ce que tu es mortel. Je ne suis pas vraiment un gardien des traditions, je veux que l'homme reste homme.
Ce que Zakhar  Prilepine annonce, c'est une forme de guerre de libération. Le Donbass, dans cette logique, sortirait d'une position purement défensive issue des accords de Minsk. Ces accords de Minsk qui montrent leurs limites, non pas pour l'Ukraine qui les utilise essentiellement pour faire maintenir des sanctions internationales contre la Russie, tout en se préparant à déclarer l'état de guerre sur son propre territoire, contre son propre peuple. Ces accords de Minsk dénoncés comme étant la source de la perte de quasiment tous les commandants historiques de la résistance dans le Donbass, ceux qui furent justement le visage de cette guerre.
 
Le changement de discours sur le Donbass est visible. D'une défense inconditionnelle des mythiques accords de Minsk il y a reconnaissance de leur échec: l'attaque lancée par l'armée régulière ukrainienne en violation totale de ces accords et sans réaction particulière de la communauté internationale, le recours à l'artillerie lourde, aux tansks à côté des représentants de l'OSCE, tout cela et discrédite une position purement défensive de la résistance du Donbass. Pour exemple, vous pouvez, pour les russophones regarder cette émission 60 minutes  passée hier soir sur Rossya 1. La position défendue a évolué quant aux accords de Minsk, qui perdent peu à peu leur sacralité en même temps que leur violation persiste: il ne s'agit pas de faire la guerre à l'Ukraine, mais de combattre le régime issu du coup d'état du Maïdan. La Russie ne peut pas laisser massacrer des populations civiles russes, soumises à nouveau à un blocus alimentaire, social et économique.
 
 
A ce jour, la Russie, officiellement, ne se positionne pas, jouant sur les différents niveaux du discours. Le porte-parole du Kremlin, D. Peskov, affirme que des russes et des citoyens d'Europe occidentale ou d'ailleurs s'engagent à titre personnel pour des raisons diverses dans les républiques du Donbass. C'est un choix que ne commente pas le Kremlin.
 
Z. Prilepine, lui aussi, dénie être en "voyage commandé" par le pouvoir:
S'agit-il simplement d'une opération de communication ou la Russie va-t-elle changer de technique? Il est vrai que sa position extrêmement légaliste quant à l'application par le Donbass de ces accords de Minsk, beaucoup moins contraignants pour l'Ukraine, sur fond de sang innocent versé, d'enfants de retour dans les caves, devient difficile à faire accepter à sa population. Car comment défendre en même temps "le monde russe" et laisser des populations ethniques russes se faire massacrer à vos frontières en raison d'un accord conclu et systématiquement bafoué? Minsk n'apporte pas la paix, mais cache la guerre. Une guerre sale et inégale. 
 

Les dangers d’une forte appréciation du Rouble

Le séminaire Franco-Russe, qui s’est tenu à Moscou, dans les locaux de l’Institut de Prévision de l’Economie Nationale (Académie des Sciences de Russie) a été l’occasion de dresser un premier bilan de l’année 2016 mais aussi d’envisager les perspectives à court et moyen terme. On a déjà donné dans ce carnet des éléments de réponse quant à la situation économique de la Russie, et en particulier quant au retour de la croissance qui est désormais un fait accompli[1]. En dépit des sanctions, voire grâce à elle – et c’est là un paradoxe de la politique internationale – la Russie devrait connaître une croissance de son PIB de 1,5%-2,0% en 2017. Mais, le problème de l’accélération de la croissance, on sait qu’un objectif de 3% est visé, reste quant à lui posé. Il convient, à cet égard, de lire la présentation que fit l’académicien, et directeur de l’Institut de Prévision, lors de l’ouverture du séminaire. Cette présentation (en français) est donnée en annexe à cette note.

L’appréciation du taux de change

Un des problèmes clés pour la poursuite de la croissance est le maintien d’un taux de change du Rouble assurant la compétitivité de l’économie. Le taux de change est influencé bien entendu par les mouvements des prix du pétrole, mais il est aussi largement influencé par les mouvements, de sortie comme d’entrée, des capitaux. Or, ce que l’on constate c’est qu’avec un prix du pétrole (en indice BRENT) à 56 USD pour un baril, on devrait avoir 62-63 roubles pour 1 dollar des Etats-Unis. Or, le taux de change est aujourd’hui autour de 58 roubles pour 1 dollar. Cela prouve qu’il y a une tendance à la sur-appréciation du rouble.

Graphique 1

Evolution du taux de change du rouble pour 1 dollar

Source: Banque Centrale de Russie et CEMI-EHESS

On voit très bien sur le graphique 1 le mouvement d’appréciation du rouble. Mais, on voit aussi que le moment où il atteindra le niveau critique, calculé à partir de la surévaluation que l’on connaissait en 2013 se rapproche. La question se pose donc de savoir si le mouvement d’appréciation du rouble pourrait s’amplifier et aboutir à un taux de change de 50-52 roubles pour 1 dollar. Cette appréciation provoquerait un choc important, susceptible de déstabiliser les entreprises russes et installées en Russie. En effet, ces entreprises connaissent aujourd’hui une expansion importante du fait de leur meilleure compétitivité, liée au taux de change, et financent leurs investissements essentiellement par l’autofinancement (soit le prélèvement sur le profit brut). C’est pourquoi la question du taux de change est aujourd’hui essentielle pour l’avenir de la Russie.

Graphique 2

Mouvements du taux de change sur le marché de Moscou

Source : BCR

Les possibles mesures que peut prendre la BCR

Quelles sont donc les raisons qui peuvent aujourd’hui propulser le rouble vers les 50 RR pour 1 USD ?

  • Il y a tout d’abord les mouvements de capitaux, qui pourraient refluer vers la Russie, en raison :Des raisons économiques, liées à la bonne profitabilité des entreprises russes, profitabilité qui s’est améliorée en 2015 et 2016.

    • Du rapatriement de capitaux sortis depuis décembre 2014.
    • De l’opportunité d’opérations spéculatives, tablant sur la poursuite d’une appréciation du Rouble
  • Des taux d’intérêts réels élevés, en raison du maintien du taux directeur de la Banque Centrale à 10% alors que l’inflation est tombée à 5%, taux d’intérêts qui se traduisent aussi dans une forte rémunération des dépôts actuellement en Russie (graphique 2).

  • Les risques importants existants sur les marchés des pays de l’UE (risques politiques) et le niveau des prix atteints par les marchés d’actions aux Etats-Unis.

Graphique 3

Taux de rémunération des dépôts en Russie

Source : Banque Centrale de Russie, http://www.cbr.ru/eng/statistics/Default.aspx?Prtid=avgprocstav

Face à cette situation, la Banque Centrale de Russie, et sa directrice, Mme Elvira Nabiulina, ont un nombre restreint d’options possibles. Elle a publiquement laissé entendre qu’elle ne souhaitait pas que le rouble s’échange à moins de 60 RR pour 1 USD. Or, aujourd’hui, le taux de change est de 57,8 RR pour 1 USD. Comment peut-elle agir ?

  • Une première possibilité, qui semble déjà utilisée, est que la BCR achète massivement du dollar et vende du rouble. D’ores et déjà les réserves de change de la Russie sont passée de 377,7 milliards de dollars au 6 janvier 2017 à 394,1 milliards au 3 février 2017. Il semble donc de ces rachats soient importants. Mais, ils impliquent de vendre du rouble, ce qui peut être contradictoire avec la politique de lutte contre l’inflation.

  • Une deuxième possibilité pourrait être de baisser le taux directeur pour qu’il ne joue pas son effet de pompe aspirante pour les capitaux spéculatifs. Ceci peut être fait, mais dans un contexte d’inflation à la baisse de et hausse du taux de change, cela risque de n’avoir pas une grande efficacité. Même si le taux réel était de 0% (soit une baisse du taux nominal de 10% à 5%), un non-résident qui anticipe dans les prochaines semaines une hausse du rouble de 58 RR/1 USD à 55RR/1USD, soit un gain de 5,7% ne serait pas découragé.

  • Les différentes mesures de « stérilisation » de la liquidité dépendent de la constitution d’un excédent budgétaire. Or, ce dernier pose un véritable problème politique dans la situation actuelle.

La nécessité du contrôle des capitaux

On voit que la seule mesure raisonnable serait d’introduire une forme de contrôle des capitaux afin de freiner l’entrée de la « hot money » aujourd’hui en Russie. On pense au contrôle des capitaux essentiellement dans le contexte de sorties massives, qui poussent le taux de change à la baisse. Mais, on oublie leur utilité pour éviter une réappréciation trop massive de la devise[2]. Le taux de change doit être fixé sur des grandeurs économiques, et en particulier à partir de l’évolution du coût salarial réel dans une économie. C’est pourquoi il convient de la laisser fluctuer. Mais, il ne doit pas être laissé à la libre fluctuation des marchés en raison des mouvements désordonnés de spéculation. C’est ce qu’a compris d’ailleurs le FMI qui conseille, pour les pays émergents, de penser aux contrôles de capitaux[3]. Dans une publication récente J. Ostry et ses collègues peuvent écrire : « On capital account liberalization, the IMF’s view has also changed—from one that considered capital controls as almost always counterproductive to greater acceptance of controls to deal with the volatility of capital flows. The IMF also recognizes that full capital flow liberalization is not always an appropriate end-goal, and that further liberalization is more beneficial and less risky if countries have reached certain thresholds of financial and institutional development »[4].

La nécessité d’une rupture avec le libéralisme total en matière de flux de capitaux apparaît nécessaire si l’on veut pouvoir à la fois bénéficier d’un taux de change flexible, capable de s’ajuster à la situation réelle du pays, et éviter les mouvements spéculatifs de ce même marché des changes.

J’ai développé cette idée lors d’une conférence donnée à l’AEB, l’association des entrepreneurs européens (Association of European Businesses) à Moscou, et expliqué pourquoi elle me semblait aujourd’hui un point crucial pour le développement de la Russie. Cette conférence a été bien couverte par la presse russe. On peut retrouver ici les différentes sources concernant cette conférence :

http://ibk.ru/127408.html 

https://news.rambler.ru/economics/35626894-ekspert-nazval-usloviya-rosta-rossiyskoy-ekonomiki/ 

http://www.bankodrom.ru/novosti/129563/ 

https://katashi.ru/news/2839975/ 

http://www.banki.ru/news/lenta/?id=9536574 

https://ria.ru/economy/20170209/1487605745.html 

http://www.e-vesti.ru/zhak-sapir-schitaet-chto-pered-rf-i-evropoj-stoyat-odni-zadachi/ 

Si le gouvernement russe veut effectivement que la croissance du pays dépasse celle de ses principaux concurrents dans les années qui viennent, il ne pourra pas faire l’impasse sur une réflexion sur ce point, qui apparaît comme aujourd’hui crucial pour l’avenir de la Russie.


Annexe

Intervention du professeur Victor V. Ivanter, académicien, directeur de l’INP-RAN

au séminaire franco-russe des 6-8 février 2017 :

La situation actuelle de l’économie russe et les prévisions de court terme

La dimension proprement politique des relations entre la France et la Russie est certainement importante. D’un point de vue politique ces relations sont certainement dégradées. Mais, dans le domaine économique il n’en va pas de même. Et il est intéressant de constater que les dynamiques économiques et politiques sont aujourd’hui largement déconnectées. Dans le même temps il est clair que la nature des relations économiques ne sera plus la même dans les prochaines années par rapport à ce qu’il était en 2013.

Ce que la Russie peut vendre est bien connu. Mais, qu’est-ce que la Russie peut acheter à l’Europe et à la France ? En fait, on s’est aperçu qu’une large part des équipements venait d’Asie (Chine, Corée, Japon, Taiwan) et non d’Europe. Nous sommes aussi dans une situation où l’argent est « cher », qu’il s’agisse des taux d’intérêts, ou de la relative faiblesse des ressources d’exportations. L’autre question importante est celle de la demande interne.

Deux questions sont dès lors importantes. La première est de comprendre comment la France et l’Europe voient les relations avec la Russie. Mais cette question, je la laisse à la délégation française. L’autre question est le point de vue russe sur l’insertion du développement économique de la Russie sur ces relations. Cette question est liée bien entendu à la politique économique qui sera adoptée pour les années à venir en Russie.

Quant à la situation actuelle de l’économie russe, il y a un consensus parmi les experts selon laquelle l’économie s’est adaptée aux nouvelles conditions économiques. En 2017, il est plus que probable que nous connaîtrons une croissance. Mais la question centrale est le niveau de cette croissance et surtout quel sera son contenu qualitatif. Quelle sera la politique économique du gouvernement ? Car il y a une dimension politique dans la politique économique. Le Président Poutine souhaite que la croissance de la Russie soit plus rapide que celle de l’économie mondiale. Il y a là un objectif politique. Il y a donc un véritable problème économique. Comment engendrer une croissance plus rapide que celle de l’économie mondiale ? De ce point de vue, nous avons bien entendu le nouveau consensus des politologues qui considèrent qu’il y a une « nouvelle normalité » en matière de développement et que cette « normalité » se traduit par une croissance lente. Mais, cette « normalité » n’a aucune base scientifique. En fait, il y a toujours un besoin pour une croissance forte, qui devrait être d’au moins 3% au niveau mondial. Cela implique que la croissance russe devrait se situer au-dessus de 4%. De fait, le potentiel de croissance a été identifié en Russie à 5%-6%. Mais, la question de la mobilisation du potentiel de l’économie, des institutions comme des mécanismes économiques, est évidemment centrale si l’on veut que l’économie russe soit en mesure de réaliser son plein potentiel.

Les revenus dégagés par les exportations, et en particulier des exportations d’hydrocarbures, n’ont pas toujours été bien utilisés. Une partie fut dépensée dans des importations inutiles et excédentaires. La dépréciation du rouble a, d’une certaine mesure, permis de réduire ces importations excédentaires. Combinée aux « anti-sanctions » cette dépréciation a permis de reconstituer le potentiel de l’industrie agro-alimentaire. De fait, ces mesures ont permis la protection du marché intérieur.

Il est aujourd’hui clair que l’adhésion à l’OMC était une erreur, un faux pas. Cette adhésion fut faite pour des motifs politiques. Il s’agissait de faire reconnaître le statut « d’économie de marché » de l’économie russe. Mais, dans la réalité économique, cette adhésion a été plutôt néfaste. L’économie russe n’était plus une économie planifiée, même si elle ne ressemblait pas à l’économie européenne. Donc, dans la nouvelle situation qui a été créée par les anti-sanctions, il y a eu une sorte de miracle dans l’économie russe.

En quatre ans la production de viande de volaille a augmenté de 40%, de porc de 25%, de bœuf et de mouton de 10%. La production de blé a considérablement augmenté, et elle assure désormais son autosuffisance alimentaire. C’est la première fois depuis la collectivisation. La « sécurité alimentaire » est désormais assurée.

Dans le même temps, l’industrie de défense a connu un renouveau important, un renouveau qui irrigue maintenant l’ensemble de l’économie civile. Ce secteur militaire est traditionnellement un secteur de hautes technologies. Ces technologies de pointe se diffusent maintenant rapidement dans l’économie. Elles profitent à l’industrie des moyens de transport. Il est important d’accélérer ce processus car la poussée actuelle de modernisation des armements va s’éteindre à partir de 2020, une fois la modernisation des forces armées effectuée. La question de la reconversion de ce secteur se posera à nouveau.

Deux autres secteurs ont connu des progrès importants. Il y a d’une part la métallurgie. Ce secteur est certainement l’un des plus développés aujourd’hui en Russie. D’autre part il y a le secteur de la chimie et des polymères. Ce secteur a connu un développement lui aussi très important. Il convient de comprendre aujourd’hui quelles sont les leçons que l’on peut tirer du développement de ces secteurs.

Pour réaliser l’objectif d’un taux de croissance supérieur à 4%, il est clair qu’il faut une politique d’investissement adaptée, mais il faut aussi des modifications structurelles de l’économie russe. Mais, sur ce point les débats sont très importants.

Les experts du gouvernement considèrent que le climat d’investissement dépend de certains facteurs. Parmi ces facteurs on considère que l’essentiel réside dans une baisse continue de l’inflation, dans un allègement de la réglementation, dans un changement des pratiques et du cadre institutionnel pour permettre aux tribunaux de travailler plus rapidement et efficacement. Une autre opinion considère que la Russie a pris du retard par rapport au reste du monde dans la politique monétaire. Cette opinion considère que le climat d’investissement pourrait être considérablement amélioré par l’utilisation de la politique monétaire active. Ces deux opinions sont très opposées, et conduisent à des débats très animés, ou chaque position accuse l’autre d’incompétence.

La position de la Banque Centrale part du constat que le taux de chômage est déjà relativement bas. Dans cette situation, il n’est pas possible de mener une politique monétaire plus active. Mais, le débat sur les ressources inutilisées de l’économie est important. En fait les opposants à la Banque Centrale considèrent que les ressources existent dans l’économie russe, mais qu’elles sont aujourd’hui brimées par les taux d’intérêts punitifs.

La position de l’Institut est qu’il y a bien une offre excédentaire de main d’œuvre. Cette offre de main d’œuvre est largement présente dans les entreprises. Ceci est possible dans la mesure où les salaires restent relativement bas (en particulier dans le secteur des services). Plus généralement, la question de la politique monétaire ne concerne pas seulement les producteurs mais aussi les consommateurs. Car, sans demande solvable, une entreprise ne cherchera pas à employer de manière plus intensive sa main d’œuvre et donc à être plus efficace. Par ailleurs, le cadre actuel (réglementations et politique) est peu adapté à des grands projets.

[1] Voir, Sapir J., « Réflexions sur la situation économique de la Russie » note publiée sur le carnet RussEurope, le 10 février 2017, https://russeurope.hypotheses.org/5682

[2] Ostry, Jonathan D., Atish R. Ghosh, Marcos Chamon, and Mahvash S. Qureshi, 2012, “Tools for Managing Financial-Stability Risks from Capital Inflows,” Journal of International Economics, Vol. 88, No. 2, pp. 407–21.

[3] Ostry J.D., Atish R. Ghosh, Karl Habermeier,

Marcos Chamon, Mahvash S. Qureshi, and Dennis B.S. Reinhardt, « Capital Inflows: The Role of Controls », IMF, Staff Position Note, SPN/10/04, 19 janvier 2010, Washington DC.

[4] Ostry Jonathan D., Prakash Loungani, et Davide Furceri, « Neoliberalism: Oversold? » in Finance & Development, Juin 2016, pp. 38-41

Réflexions sur la situation économique de la Russie

 

Jacques SapirPar  · 

Le séminaire franco-russe organisé comme chaque année depuis 1991 entre le CEMI-EHESS, l’IRSES-FMSH et l’Institut de Prévision Economique de l’Académie des Sciences, séminaire qui s’est tenu à Moscou du 6 au 8 février 2017, a permis d’apporter un certain nombre de précisions au sujet de la situation économique de la Russie. Cette dernière s’est fortement améliorée depuis le second semestre de 2016, et la croissance est revenue au quatrième trimestre de cette année. Les perspectives pour l’année 2017 s’avèrent prometteuses. Mais, le problème du passage à une forte croissance, qui reste l’objectif politique et stratégique du gouvernement, reste posé. La politique gouvernementale russe est aujourd’hui tiraillée entre des objectifs contradictoires. Cela laisse présager un débat important, débat qui devrait émerger dans les médias vers la fin du printemps 2017 et occuper une bonne partie de l’automne.

 

La situation économique au début de 2017

 

Les résultats annoncés par le Ministère du développement économique et par RosStat, l’organisme statistique, montrent une amélioration très nette des résultats économiques depuis la seconde moitié de l’année 2016. L’accélération de la croissance en particulier, accélération qui est nette pour le 4ème trimestre laisse anticiper que les résultats de 2017 devraient se situer dans la fourchette d’estimation des experts, soit entre 1,5% et 2,0%.

 

Tableau 1

Résultats macroéconomiques pour 2016

PIB

Commerce de détail

Salaires réels

Chômage

Construction

Industrie

Moyenne pour l’année

-0,3%

-5,0%

0,6%

5,5%

-3,8%

0,5%

Moyenne pour le 2ème semestre

0,5%

-4,2%

1,4%

5,3%

-2,5%

0,9%

Moyenne pour le 4ème trimestre

1,4%

-3,9%

1,6%

5,4%

-1,1%

1,9%

 

Sources : RosStat et Ministère du Développement Economique de la Fédération de Russie

 

Ces données montrent que le retour de la croissance est particulièrement robuste dans l’industrie. Cela concerne prioritairement l’industrie manufacturière, avec de particulièrement bons résultats dans la métallurgie, dans la chimie, mais aussi dans l’industrie mécanique. Signalons les bons résultats aussi de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire. La Russie, qui était devenue auto-suffisante dans le domaine des céréales depuis maintenant plusieurs années, l’est devenue en 2016 pour la production de viande et de produits transformés.

 

Ces bons résultats s’accompagnent d’un redressement de la profitabilité des entreprises.

 

Tableau 2

Répartition par usage du PIB

2013

2014

2015

2016

Profits (au sens large)

39,2%

38,3%

40,8%

40,9%

Salaires et prestations.

46,6%

47,6%

47,7%

48,1%

Impôts sur la production et les imports

14,2%

14,1%

11,4%

11,0%

 

Source : INP-RAN, base QUMMIR

 

Ces résultats sont importants car ils témoignent de la bonne santé des entreprises russes mais surtout que cette bonne santé ne s’est pas faite au détriment des salariés. Les dégrèvements fiscaux importants qui ont été consentis en 2015 et en 2016 ont joué un rôle important dans l’amélioration de cette profitabilité et dans le fait que cette dernière ne s’est pas reconstruite au détriment des salaires. Le salaire réel est en augmentation en 2016, mais il faut ici être prudent. Les données communiquées correspondent à des moyennes. Or, les hausses les plus importantes semblent s’être concentrées sur les hauts salaires et dans le secteur privé. Faute de résultats plus précis concernant le salaire médian, on doit recourir à des estimations, et ces dernières montrent que la médiane est restée stable en 2016. La baisse du chiffre d’affaires du commerce de détail est, dans ce contexte, un élément qui doit imposer une modération de l’optimisme, même si les chiffres de RosStat montrent aussi l’effet de la substitution de la production nationale aux importations, substitution qui se fait sur des produits dont le coût est sensiblement inférieur à celui des produits importés.

 

Le climat des investissements

 

La question du « climat des investissements » en Russie est aujourd’hui l’une des préoccupations du ministère de l’économie[1]. Les prévisions pour l’année 2017 ainsi que le plan de développement pour 2018-2019, qui incluent des taux de croissance de 1,7% en 2017 et de 3% en 2018, témoignent de ce que la question de l’investissement est en principe centrale en Russie[2]. Ce document fait état d’une baisse de la productivité du travail en 2015 et 2016, ce qui correspond à ce que l’on a connu dans les années 1970, soit le « Harrod-Kuroda Twist », dans les pays occidentaux[3]. Cette baisse de productivité s’explique largement par le fait que les entreprises industrielles n’ont pas licencié pendant la récession, ce qui explique que le taux de chômage soit resté faible durant ces deux années. Cette baisse de la productivité s’accompagne cependant d’une forte baisse de l’investissement en 2015. Ceci est noté dans un document du Ministère du Développement économique[4]. Néanmoins, il semble aussi que l’investissement ait repris en 2016.

 

Le problème de l’investissement est en fait plus ancien que la crise issue des perturbations géopolitiques qui ont commencé en 2014. En fait, et non compris le choc de la crise de 2008-2010, les investissements se sont mis à baisser en 2012. Si l’on retire la construction de logements, on voit que l’on était repassé sous les niveaux de 2007-2008 dès 2013. Il est certain que l’arrêt des grands programmes étatiques d’investissement, liés à la préparation des jeux Olympiques a pu jouer.

 

Graphique 1

Evolution de l’investissement en Russie

 

Cette situation de l’investissement est souvent imputée aux taux d’intérêts particulièrement élevés, situation elle-même liée à la politique de la Banque Centrale. Ce thème est récurrent dans les débats de politique économique depuis plusieurs années. Il est devenu particulièrement important depuis 2015 en raison de la forte hausse des taux décidée par la Banque Centrale tout d’abord pour lutter contre une crise de change spéculative, puis pour combattre l’inflation[5]. L’objectif de taux d’inflation ayant été fixé à 4%, et la Banque Centrale ayant adopté une politique dite de ciblage du taux d’inflation, le niveau des taux d’intérêts s’en déduit. La notion de « ciblage » du taux d’inflation a elle-même été très controversée[6], et en particulier son application en Russie a soulevé de nombreuses controverses[7]. Des économistes russes se sont ainsi élevés contre cette politique[8]. L’idée d’un modèle de développement s’appuyant sur l’investissement est d’ailleurs développée depuis des années[9], et elle a été à nouveau mise en avant dernièrement[10].

 

Le poids de l’autofinancement en Russie

 

La question du financement de l’économie, et donc de l’investissement, est très clairement posée[11]. Il est évident que les taux d’intérêts sont très élevés en Russie, et il est évident que ces taux élevés, que l’on se situe en taux nominaux ou en taux réels, ont un impact sur la décision d’investir. Mais, cet impact est-il aussi important que l’on veut bien dire, et la question des taux est-elle bien la question centrale pour l’investissement ? C’est en particulier vrai si on regarde le niveau des taux réels (sans l’inflation). Passée la période de crise spéculative, les taux réels se situent aujourd’hui entre 5% et 9%. Il en va de même pour les individus. On pourrait donc penser que c’est essentiellement le niveau actuel atteint par les taux d’intérêts qui paralyserait l’investissement en Russie. C’est en particulier la thèse de auteurs les plus critiques envers la politique de la Banque Centrale.

 

Graphique 2

 

Mais, ces données ne doivent cependant pas conduire à des interprétations trop rapides. En effet, la part de l’autofinancement est toujours restée relativement importante en Russie. Cette part est d’ailleurs revenue à 50% du total de l’investissement productif en 2015. Ceci correspond d’ailleurs à une des caractéristiques systémiques du modèle de développement de la Russie, dans la mesure où la relation banques/clients reste perturbée par la mémoire des différents chocs financiers que le pays a connus depuis le début de la transition. Ceci réduit d’autant la part du crédit bancaire. Ce dernier ne dépasse pas les 9% du total des investissements, soit les 18% de la part externe de ces investissements. Ceci est très faible. Bien entendu, ce chiffre ne tient pas compte du financement du capital circulant, qui fait quant à lui bien plus largement appel au crédit bancaire. Mais, les entreprises bénéficient de bonifications de crédits (des subventions par l’Etat) qui sont importantes. Au total, l’impact direct des taux d’intérêts semble faible sur l’investissement, même si son impact sur la demande est certainement plus important. Or, la question de la demande est bien centrale dans la décision d’investir.

 

Dilemmes de politique économique

 

La véritable question est donc de savoir ce qui décide une entreprise à investir. Et, de ce point de vue, l’une des informations les plus intéressantes du séminaire a été l’enquête conduite par Dmitry Kuvalin, qui montre que la demande solvable reste l’un des facteurs ayant le plus d’influence sur la décision d’investir des entreprises. Mais, cette demande solvable dépend aussi du degré de concurrence que les entreprises doivent affronter sur les marchés, qu’il s’agisse du marché intérieur ou des marchés d’exportations. De ce point de vue, la forte dépréciation du rouble joue un rôle très profondément positif sur la demande d’investissement. Mais, la question est aujourd’hui posée de savoir jusqu’où le Rouble pourrait se réévaluer dans les prochains mois. On assiste à une tendance à l’appréciation du rouble qui est assez forte depuis la fin de l’année 2016. Une tendance à lier le taux de change du rouble au prix du pétrole a été courante ces dernières années. Mais, si l’on utilise les différents modèles qui ont été utilisés pour calculer le taux de change du rouble à partir des prix du pétrole, ce dernier devrait se fixer autour de 63 RR pour 1 dollar. Or, il est actuellement de 59 RR, ce qui montre clairement une appréciation d’environ 6%.

 

Cette appréciation résulte d’un flux d’entrées de capitaux en Russie, flux qui traduit les bonnes perspectives de l’économie mais aussi du marché d’actions. Ceci est sensible dans les prises de positions de certains fonds d’investissement. Ces entrées de capitaux sont, pour l’instant, essentiellement liées à un réinvestissement en Russie de capitaux russes ayant quitté le pays ces deux dernières années. Elles sont donc limitées. Mais, si les sanctions financières décidées par les Etats-Unis étaient ne serait-ce que partiellement levées, l’entrée de capitaux pourrait être bien plus importante. Dans ce cas, l’appréciation du rouble pourrait devenir bien plus importante. Des études montrent un potentiel d’amélioration pouvant aller jusqu’à 55-52 RR pour un dollar.

 

La Banque Centrale (BCR) a clairement fait part de sa volonté de stabiliser le rouble à 60 RR pour 1 dollar, ce qui correspond à un niveau raisonnable par rapport au développement économique de la Russie. Mais, en l‘absence de mesures de contrôle de capitaux, cela va imposer à la BCR de racheter massivement des devises, perturbant ainsi son programme de lutte contre l’inflation. Cette lutte, par ailleurs, est menée avec une telle détermination que l’inflation a chuté de près de 14% par an à environ 5% par an en un peu plus d’un an. Si l’on ne peut que se féliciter de cette baisse, il faut bien reconnaître qu’elle bien trop rapide, et qu’elle expose les ménages à un effet de taux d’intérêts réels (taux nominaux – taux d’inflation) qui peut être dangereux. Pour les ménages, les taux d’intérêts réels sont aujourd’hui compris entre 10% (crédits de moins d’un an) à plus de 15%.

 

Ainsi, on peut voir que la Russie n’a pas intérêt à une levée trop rapide des sanctions qui ont été prises à son égard, du moins tant qu’elle n’aura pas constituée un ensemble d’instruments macroéconomiques lui permettant de mieux gérer ces entrées de capitaux qui sont potentiellement déstabilisatrices. De même, il convient de se demander si une baisse aussi rapide du taux d’inflation ne constitue pas en réalité un handicap pour la Russie. On sait que l’inflation structurelle reste élevée dans ce pays, et une inflation trop basse, soit en deçà du niveau d’inflation structurelle, pourrait compromettre la croissance.

 

La question de l’incertitude, qu’elle porte sur la demande solvable, sur les grands programmes gouvernementaux (autre expression de la demande solvable) ou sur les droits de propriété (incertitude institutionnelle[12]) apparaît comme – et de loin – le facteur le plus important dans la formation de l’investissement. De ce point de vue, la politique macroéconomique du gouvernement constitue bien aujourd’hui le point central de la question de l’investissement. Si le gouvernement russe est en mesure de réduire le degré d’incertitude (sur le volume de la demande, sur les secteurs où elle se manifestera, sur le degré de concurrence que les entreprises auront à affronter) il pourra certainement peser sur l’investissement. A ce moment là, la question du financement de l’investissement se posera.

 

D’une certaine manière c’est ce que l’on a vu ces derniers mois dans l’agriculture et le secteur agro-alimentaire où la demande a été très favorablement influencé par les contre-sanctions prises par le gouvernement russe contre les pays de l’UE. En présence d’une forte demande solvable, résultant de l’éviction des compétiteurs européens, les entreprises russes ont bien été confrontées à la question du coût de l’investissement, et donc aux taux d’intérêts. La mise en place de la politique de bonification des taux d’intérêts s’est voulue être une réponse à ce problème, et il faut bien constater qu’elle est une réussite, mais une réussite qui a un coût élevé pour le budget.

 

Pour une politique économique intégrée

 

On constate donc que la politique monétaire, si elle peut refroidir une économie en surchauffe, est strictement incapable de relancer cette économie après une dépression d’une certaine ampleur. La nécessité d’un retour en grâce de la politique budgétaire, la seule capable de donner à la demande solvable la prévisibilité nécessaire aux décisions d’investissement, s’impose. Mais, cette politique budgétaire implique aussi la mobilisation, à partir d’un certain moment, de la politique monétaire. Ces deux politiques ne peuvent donc être séparées, et doivent pouvoir être mobilisées par le gouvernement de manière combinée. Mais, ceci pose alors le problème du dogme de l’indépendance des banques centrales, dogme qui construit la politique monétaire comme une instance séparée radicalement de la politique budgétaire. Cette séparation des deux branches de la politique économique est très probablement l’une des causes profondes de la situation relativement déprimée de l’investissement que l’on connaît depuis ces dernières années. La réunification de la décision concernant ces deux branches de la politique économique apparaît bien comme la condition préalable à la mise en place d’une politique efficace concernant l’économie, ce qui est une nécessité si l’on veut sortir de la situation de stagnation qui domine depuis maintenant plusieurs années. La Russie ne fait pas exception dans les grandes économies développées. Elle a en plus de la combinaison entre politique monétaire et politique budgétaire, besoin de mettre en œuvre une politique des revenus, qui pourrait être à même de lutter contre les inégalités qui se sont creusées dans ce pays depuis les années 1990. Une forme plus égalitaire de partage de la valeur ajoutée apparaît aujourd’hui comme essentielle si l’on veut stabiliser à long terme la demande solvable.

 

Les causes de la demande d’investissement sont complexes et largement enchevêtrées. Mais, dans cet enchevêtrement de causes, la question de l’incertitude, qu’elle porte sur la demande (et donc le marché potentiel des entreprises), sur le degré de concurrence que ces mêmes entreprises auront à affronter et sur les institutions apparaît bien comme centrale. Il est donc clair que la question du coût de l’investissement n’apparaît qu’après que le problème de la possibilité d’un nouvel investissement ait été posé. Cependant, cette question se décline différemment suivant la taille et le secteur d’activité des entreprises. Le risque d’illiquidité potentielle du capital fixe est un problème sérieux, qui doit être traité, et ce en particulier si l’on veut que se développe en Russie un tissu actif de petites et moyennes entreprises. Ce risque d’illiquidité fait alors émerger la relation banque/client comme centrale. Ceci, ainsi que la question de la demande solvable de consommation, ramène au premier plan le problème des taux d’intérêts. La question du policy-mix en faveur de la croissance et de l’investissement se pose donc. Une politique cherchant à assurer une forte croissance et s’appuyant sur l’investissement, doit alors combiner la politique budgétaire, la politique monétaire, mais aussi les politiques structurelles et sectorielles. La question de la coordination de ces politiques alors se pose. Elle implique la constitution d’institutions capables de gérer cette coordination sans perdre de vue les objectifs de moyen et de long terme, autrement dit un retour à la notion de planification indicative[13], non seulement pour des raisons de gestion opérationnelle mais aussi parce que ce type de planification contribue puissamment à diminuer l’incertitude.

 

[1] Voir le document « spravka_invest_klimat_may_2012. » sur le site du Ministère du Développement économique de la Fédération de Russie, http://economy.gov.ru/minec/activity/sections/investmentpolicy/index

 

[2] MinEco, « ПРОГНОЗ СОЦИАЛЬНО–ЭКОНОМИЧЕСКОГО РАЗВИТИЯ РОССИЙСКОЙ ФЕДЕРАЦИИ НА 2017 ГОД И НА ПЛАНОВЫЙ ПЕРИОД 2018 И 2019 ГОДОВ » Ministère du Développement économique de la Fédération de Russie, document du 24/11/2016, http://economy.gov.ru/minec/activity/sections/macro/2016241101

 

[3] Voir Coulbois P., La Politique Conjoncturelle, Paris, Cujas, 1974, p. 136.

 

[4] MinEco, O Tekushchej Situacii v Ekonomike Rossijskoj Federacii v Janvare-Noabre 2016 Goda, Moscou, décembre 2016.

 

[5] BCR, GUIDELINES for the Single State Monetary Policy in 2016 and for 2017 and 2018, Approved by the Bank of Russia Board of Directors on 10 November 2015, Moscou, 2015. Voir aussi : https://www.cbr.ru/eng/press/pr.aspx?file=30012015_133126eng_dkp2015-01-30T13_22_34.htm

 

[6] Bernanke, B.S., T. Laubach, F.S. Mishkin et A.S. Posen, (1999), Inflation Targeting: Lessons from International experience, Princetoon University Press, Princeton, N.J.. Voir aussi [6] Kim S., et S.-H. Kim (2007), ‘Financial Panic and Exchange Rate Overshooting During Currency Crises’, International Economic Journal, mars 2007, Vol. 21, n°5, pp. 71-90, Arestis P., et M. Sawyer (2008), “A Critical Reconsideration of the Foundation of Monetary Policy in the New Consensus Macroeconomics Framework”, Cambridge Journal of Economics, Vol. 32, n° 5, pp. 761-779.

 

[7] Glaziev S. Y., (С. Глазьев) 2015, ‘О таргетировании инфляции’ [Le Ciblage de l’Inflation] in Voprosy Ekonomiki, N°9/2015, pp. 1-12.

 

[8] Glazyev, S.Y., On Urgent Measures to Strengthen the Economic Security of Russia and to Transfer the Russian Economy on the Path of Advancing Development. Report. Moscow: Institute for Economic Strategies, Russian Biographical Institute,2015. Voir aussi. https://www.bloomberg.com/news/articles/2016-10-30/putin-s-maverick-adviser-defies-nabiullina-with-64-billion-plan

 

[9] Nekipelov, A.D., Ivanter, V.V., Glazyev, S.Y., editors., Russia on the Path to a Modern Dynamic and Efficient Economy: Report. Moscou, 2013. Available from: http://www.ras.ru/FStorage/download.aspx?id=8723ae9d-383c-4404-b602-e17eab2c5b88;

http://www.glazev.ru/econom_polit/269/ 

 

[10] https://rg.ru/2017/01/29/viktor-ivanter-pridetsia-nachinat-novuiu-ekonomicheskuiu-politiku.html . Voir aussi Ivanter V.V., « Strategy of Transition to Economic Growth », in Studies on Russian Economic Development, Vol. 27, No. 1, 2016, p. 1-4.

 

[11] Shirov A.A., « From a Crisis of Financing Mechanisms to Sustainable Economic Growth », in Studies on Russian Economic Development, Vol. 27, No. 4, 2016, PP. 359-366. Fal’tsman V.K., « Problems of Structural, Investment, and innovation Policy in the Crisis Period » in Studies on Russian Economic Development, Vol. 27, No. 4, 2016, pp. 367-373.

 

[12] Voir Pol’terovich V.M., « Promyshlennaya politika : retsepty ili instituti » in Zhurnal Novoj Ekonomicheskoj Associacii, n°2 (22), 2014, pp. 190-195.

 

[13] Ce que propose mon collègue l’académicien V.M. Pol’terovich, « Institutions of Catching-Up Development » in Economic and Social changes, n°5 (47) 2016, pp. 34-56.

Lavrov: l’OSCE a confirmé la responsabilité de Kiev pour la dégradation de la situation au Donbass

10 février 2017

http://www.vzglyad.ru/news/2017/2/10/857409.html

 

Photo: CelestinoArce / Zuma / TASS

 

Les forces radicales et nationalistes à Kiev sont responsables de la nouvelle escalade dans le Donbass, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, citant le rapport de la mission de suivi de l’OSCE.

 

Selon Lavrov, à la suite de bombardements par les forces de sécurité ukrainiennes ont été tués des civils, des infrastructures ont été détruites, les gens par des températures inférieures à zéro sont privés d’eau chaude, de chauffage et de lumière, écrivent les « Izvestia ».

 

« La situation dans le sud-est de l’Ukraine s’est détériorée au cours des derniers jours. La responsabilité de la nouvelle aggravation de la situation appartient aux forces radicales et nationalistes à Kiev. Cela est documenté par les rapports de la mission spéciale de surveillance de l’OSCE, » – a déclaré M. Lavrov.

 

Il a noté qu’il y a une violation flagrante des accords de Minsk de la part de Kiev, qui n’a nullement l’intention de les appliquer mais essaie, au contraire, de parvenir à une solution par des moyens militaires. Lavrov a attiré l’attention sur la manière dont ces aventures se sont terminées comme on sait pour Kiev en 2014-2015.

 

Ainsi, dit Lavrov, on se demande comment les autorités ukrainiennes veulent parvenir à la paix dans leur pays, si elles sont en train de détruire les gens qu’elles considèrent comme leurs concitoyens. Selon Lavrov, si Kiev souhaite encore réaliser la paix, il doit immédiatement cesser le feu et commencer la mise en œuvre des accords de Minsk, y compris les aspects politiques de l’accord.

 

Lavrov a souligné qu’il n’y a pas d’alternative aux accords de Minsk, que les partenaires russes et étrangers sont unis dans la nécessité d’un dialogue entre les parties en conflit. Dans le même temps, dit-il, cette fois « la balle est du côté de Kiev. » Dans le même temps, a déclaré M. Lavrov, personne à la place de Kiev n’est en mesure de mettre en œuvre les engagements qu’il a pris.

 

Parmi les mesures nécessaires, Lavrov a rappelé la loi sur le statut spécial du Donbass, la tenue d’élections et la réforme constitutionnelle dans le pays. Ces mesures, selon le chef du ministère russe des Affaires étrangères, sont une condition préalable à la paix en Ukraine.

 

Selon le commandement de la DNR et de sources militaires qui ont cité des données précises sur la localisation et la concentration de troupes sur la ligne de contact, les forces de sécurité ukrainiennes se préparent à une nouvelle offensive au Donbass.

 

Lundi, le président russe Vladimir Poutine a déclaré que l’aggravation au Donbass est liée au désir de Kiev d’à nouveau attirer l’attention sur la crise et obtenir un soutien et un financement supplémentaire par l’Occident.

 

Traduit par MD pour H & S

vendredi 10 février 2017

Vers une libéralisation de la liberté de manifestation en Russie

 
En 2014, suite à la crise ukrainienne, un nouvel article avait été introduit dans le Code pénal russe visant à pénalement sanctionner une violation répétée du droit de manifestation. La Cour constitutionnelle vient de se prononcer pour un allègement de ce processus.
 
L'affaire de l'activiste Ildar Dadine a été l'occasion d'une révision des dispositions pénales encadrant la liberté de manifestation en Russie. Suite aux excès en Ukraine et aux conséquences que nous connaissons, le législateur a adopté, dans l'urgence, l'article 212.1 CP prévoyant une responsabilité pénale pour les individus ayant déjà trois fois violé le droit de manifester en 180 jours, dès que ces violations sont confirmées par des décisions judiciaires mettant en jeu leur responsabilité administrative.
 
Ildar Dadine a été le premier à être condamné sur le fondement de cet article, suite à de nombreuses arrestations et condamnations dans ce domaine à partir de 2011 et de Bolotnaya pour finir en 2014 avec la déclaration "Hier Kiev, demain Moscou".
 
L'un des arguments avancé par le requérant, qui se bat pour l'annulation de cet article, est qu'il est interdit par la Constitution de condamner une personne deux fois pour la même infraction. Cet argument a été également repris par le parti LDPR qui prépare une proposition de loi modifiant cet article. Toutefois, l'argument est très faible puisqu'il s'agit de déterminer le contexte permettant l'incrimination. Avec ce type de raisonnement, il faudrait annuler les circonstances agravantes comme la récidive par exemple, ce qui est absurde.
 
Après avoir été condamné à 3 ans de détention en première instance, puis avoir vu sa peine baisser à 2 ans et demi en appel, la Cour constituionnel vient de rendre un arrêt très intéressant demandant au législateur de reformuler l'article en question et de réviser le jugement adopté à l'encontre de I. Danine.
 
Pour la Cour constitutionnelle, une approche purement formelle est inacceptable pour fonder une décision conduisant à une peine privative de liberté. Les juridictions doivent, selon l'esprit du texte en question, vérifier qu'il y a bien eut intention de porter atteinte à l'ordre public, que la manifestation ou le piquet sont effectivement sortis de leur caractère pacifique. Par ailleurs, quant aux critères formels de mise en oeuvre de l'aticle 212.1 CP, il faut que les décisions judiciaires, mettant en oeuvre la responsabilité administrative de la personne visée pour des comportements analogues dans les 180 jours précédant, soient définitives.
 
La Cour constitutionnelle redéplace de curseur de l'équilibre entre la sanction et la libéralisation vers plus de souplesse. Il est important que la Cour s'attaque au formalisme et enjoigne ainsi les magistrats à mieux individualiser les sanctions pour permettre réellement la réalisation du sens et non seulement de la lettre des textes de loi.
 

jeudi 9 février 2017

Le syndrome Navalny

 

 

 

Rappelons que ça se termine assez mal pour la grenouille...
A. Navalny vient de voir confirmer par la justice russe sa condamnation à 5 ans de prison avec sursis dans l'affaire Kirovles. Comme l'avait reconnu la CEDH, il y avait des problèmes procéduraux, mais le procès n'était pas politique. Or, la grande question qui se pose aujourd'hui n'est pas sur la culpabilité de Navalny, mais: Navalny pourra-t-il être candidat aux prochaines présidentielles? Comme si cela pouvait avoir une quelconque importance pour la vie politique russe. L'opposition russe souffre bien du "syndrome Navalny": beaucoup de prétention, peu de réalisme.
 
L'affaire Kirovless dure depuis de nombreuses années. En 2013, A. Navalny avait été condamné à 5 ans de prison ferme pour ses activités frauduleuses en 2009 alors qu'il occupait le poste de conseiller du Gouverneur Belykh dans la région de Kirov (lui même en prison aujourd'hui), ayant conduit à des détournements d'actifs de l'entreprise publique de bois Kirovless. Ces activités durèrent moins d'une année, la personne qui s'en occupait en collaboration avec Navalny fut démise de ses fonctions en raison de sa gestion désastreuse. Et dès 2010, Navalny se lance ... dans la lutte contre la corruption. Ensuite, sa condamnation ferme fut commuée, en appel, en sursis. Lors de son recours devant la CEDH, Navalny avait bien évidemment fondé son argumentation sur la dimension politique de l'affaire. La Cour européenne a rendu le 23 février 2016 un arrêt étrange, car elle est allée examinée l'utilisation faite par les tribunaux russes du droit des affaires russes, non pas par rapport au droit européen (ce qui pourrait être de sa compétence), mais dans le cadre du droit interne (ce qui n'est pas de sa compétence, puisque ce n'est pas une Cour suprême). Elle a considéré également qu'il y avait certains problèmes procéduraux, mais l'affaire n'est pas politique.
 
Bref, c'est un banal détournement d'actifs. Banal, sauf qu'il a été effectué non pas par un membre de la majorité politique, mais par un "opposant" qui de plus est glorifée en Occident pour sa lutte contre la corruption. Ce qui rend la chose d'autant plus croustillante .... Qui oserait alors parler de lutte contre la corruption ... contre Navalny?
 
La Cour suprême russe, en application de la décision de la CEDH a renvoyé l'affaire en première instance. Hier, le jugement est tombé, sans surprise puisque l'existence des faits n'était pas remise en cause: 5 ans avec sursis.
 
Mais le meillieur est à venir. Car, la grande question qui se pose aujourd'hui pour l'opposition est ubuesque: A. Navalny pourra-t-il être candidat aux présidentielles?
 
En effet, la législation russe prévoit l'inéligibilité pendant 10 ans pour les personnes condamnées à des infractions graves. L'infraction pour laquelle il a été condamné entre dans cette catégorie, mais l'opposition joue sur le fait qu'il n'a été condamné qu'à du sursis, ce qui devrait étrangement, selon eux, déclassifer l'infraction commise. De toute manière, ils feront encore appel, iront jusqu'à la Cour suprême, si refus d'enregistrement de candidature il y aura, ils pourront en faire appel devant la Cour constitutionnelle. Bref, juridiquement, tout continue.
 
L'intérêt est ailleurs. Il est politique. Comment peut-on sérieusement s'intéresser à la candidature de A. Navalny? Selon l'analyse publiée par le Centre Levada le 14 mars 2016, seulement 4% des personnes intérrogées lui font confiance. L'on peut difficilement dire qu'il possède un électorat ou un poids politique quelconque. Il ne faut pas confondre activisme et politique.
 
Ce qui ne l'empêche de déclarer à la fin de son procès:
"Ce que nous voyons maintenant, c'est un télégramme du Kremlin, qui estime que mon programme et mon équipe sont trop dangereux pour me laisser participer aux élections (présidentielles)"
C'est vrai, 4%, ça fait trembler. Ce pourrait aussi être un "télégramme juridique" de la justice lui rappelant que détourner des actifs est contraire à la loi. Non, ce serait tellement ... trivial de penser cela.
 
Il déclare encore, car le ridicule ne tue pas, que de toute manière il continue sa campagne. L'on serait tenté de demander quelle campagne? Car elle n'a pas encore commencé, mais peu importe, pour une telle personnalité politique, ce n'est qu'un détail. Par ailleurs, il peut toujours faire campagne, mais sans électorat son poids politique est tellement nul, que sa candidature ou non n'aura aucun impact réel sur la vie politique russe. Et plus particulièrement en ce qui concerne l'opposition radicale, je ne suis pas certaine que Kassianov, qui se bat bec et ongle,pour être candidat unique, ait envie de voir ce concurrent grignoter son micro-électorat.
 
Navalny est l'image même de l'échec de l'opposition radicale en Russie: elle est gonflée de sa propre importance en raison de ses soutiens internationaux disproportionnés à son poids réel, considérant être marginal comme un signe distinctif, qui ne peut être un signe d'échec puisqu'il est censé être le résultat non pas du désintérêt objectif de la population (qu'ils dénigrent par ailleurs), mais d'une machination de ce Kremlin tout puissant. Finalement, les Démocrates américains n'ont rien inventé.
 
Or, la population russe, justement, veut une opposition. 52% l'estiment nécessaire contre 25% qui n'en voient pas vraiment l'intérêt. Mais pas n'importe quelle opposition. Et c'est ici que le bas blesse. Car l'on ne compte plus les grandes figures (en Occident) de l'opposition russe qui courent les plateaux et les chèques, sans avoir le moindre intérêt réel pour la politique intérieure. Ils ne proposent pas un cours politique alternatif sur des questions vitales qui intéressent les électeurs, ils veulent changer de régime pour y avoir leur place. Or, justement, il n'y a pas de soutien populaire pour ce "programme".
 
Mais, certes, il est tellement plus agréable de discruter du pauvre opposant politique Navalny, que de l'escroc qui détourne des fonds.
 
L'Occident fait toujours des choix étranges lorsqu'il s'agit de la Russie ...
 

Le commandant du bataillon « Somalie » a été assassiné, par Dmitry Rodionov

 

09 Février 2017

Ce n’est pas la première fois que Kiev, incapable d’obtenir de véritables victoires sur le champ de bataille, a décidé de déclarer la guerre subversive-terroriste à Donetsk et Lougansk pour décapiter l’armée de la République populaire en la privant des dirigeants les plus célèbres et les plus respectés. Rappelons qu’en octobre l’année dernière à la suite de l’attaque terroriste dans l’ascenseur de sa maison à Donetsk a été tué un autre commandant légendaire de la milice de DNR – Arseni Pavlov (Motorola). Samedi dernier dans l’explosion de sa voiture dans le centre de Lougansk a été tué le chef du département de police populaire de LNR Oleg Anaschenko.

A gauche sur la photo: Kazkek Kutsukovich Taïsaev, au centre Litvinov (PC de Donetsk); Givi est le deuxième à partir de la droite. Service de presse du Parti communiste de la Fédération de Russie (voir communiqué plus bas)

 

http://svpressa.ru/war21/article/165915/

 

« Aujourd’hui, à 06.12, heure de Moscou, a été assassiné dans un attentat terroriste le héros de DNR, le commandant du bataillon« Somalie », le colonel Mikhaïl Tolstykh, connu sous le nom de Givi. Ceci est une continuation de la guerre terroriste lancée par les autorités de Kiev contre les résidents du Donbass. Sur le site de l’attaque terroriste fonctionne une équipe d’enquête, a déclaré le représentant du ministère de la Défense de DNR.

 

Le ministère de la Défense a également ajouté que les mesures de sécurité ont été renforcées, et a exhorté les habitants à rester calmes, et en cas de détection de personnes suspectes le signaler aux organes de sécurité de l’Etat, au Ministère de l’Intérieur et au bureau du commandant militaire.

 

« Nous savons qui sont ces gens. Nous allons les trouver, et ils seront punis selon toute la sévérité des lois de la guerre » , – a dit le bureau du procureur de la république.

 

Ce n’est pas la première fois que Kiev, incapable d’obtenir de véritables victoires sur le champ de bataille, a décidé de déclarer la guerre subversive-terroriste à Donetsk et Lougansk pour décapiter l’armée de la République populaire en la privant des dirigeants les plus célèbres et les plus respectés. Rappelons qu’en Octobre l’année dernière à la suite de l’attaque terroriste dans l’ascenseur de sa maison à Donetsk a été tué un autre commandant légendaire de la milice de DNR – Arseni Pavlov (Motorola). Samedi dernier dans l’explosion de sa voiture dans le centre de Lougansk a été tué le chef du département de police populaire de LNR Oleg Anaschenko.

 

Notez que, selon certaines sources, le cas Anaschenko a déjà été élucidé.

 

En sera-t-il de même pour les assassinats de Motorola et Givi? Et comment les autorités des républiques populaires peuvent-elles répondre dans le contexte de l’échec évident du processus de Minsk et de la pression internationale à la vague de terreur des saboteurs ukrainiens?

 

– Je ferais une distinction entre l’assassinat d’Anaschenko  et les attaques terroristes contre Motorola et Givi, – dit le politologue Eduard Popov. – Dans le premier cas, les Ukrainiens ont attaqué directement la structure militaire de LNR. Les meurtres de Motorola et Givi sont une attaque  psychologique : un plan de guerre pour intimider les républiques. Les victimes étaient les plus célèbres chefs de guerre de DNR, et leur assassinat a été planifié par les Ukrainiens précisément dans le cadre d’une guerre de l’information. Les Républiques ne peuvent rien y opposer de semblable: presque tous les commandants nazis ukrainiens font partie de l’establishment, et certains sont même députés de la Verkhovna Rada. Le plan, largement vanté par certains politiciens ukrainiens – d’élimination des leaders « séparatistes » lors d’attaques terroristes – est efficace, nous devons rendre hommage à la stratégie de l’ennemi.

 

« SP »: – Quelle sera la réaction des autorités de la DNR? Récemment, nous avons appris que la police de LNR a pu très vite élucider l’assassinat d’Anaschenko. Les tueurs de Givi seront-ils retrouvés?

 

– Je pense que la direction de la république, par la bouche de Pouchiline par exemple, accusera Kiev de violation des accords de Minsk. Dans tous les cas, cet assassinat, comme les attaques précédentes contre les commandants connus de LDNR indique un problème dans les républiques. Sans trahison les Ukrainiens n’auraient pas pu s’approcher de ces personnes très protégées et mettre en œuvre leur plan.

 

Il a été dit à plusieurs reprises que les républiques populaires sont truffées d’agents ukrainiens, y compris dans les organismes d’application de la loi. D’un jour à l’autre va commencer maintenant la grande guerre avec l’Ukraine, et dans les structures officielles s’est formée une «cinquième colonne» ukrainienne (ministère de l’Intérieur, Ministère de la Sécurité de l’Etat, bureaux de douane), sans oublier les services civils, les autorités fiscales. Par conséquent, je pense que les tueurs de Givi seront vraisemblablement retrouvés, mais cela ne résoudra pas le problème. La possibilité de répétition de telles attaques terroristes existera toujours.

 

« SP »: – Kiev prendra la responsabilité de cet assassinat? L’Occident fermera les yeux? Est-ce dans l’esprit de «Minsk»?

 

– Bien sûr, ce n’est pas dans l’esprit de « Minsk. » Mais cela ne va rien changer pour l’Occident. Puisque l’Ukraine se permet de bombarder Donetsk peuplée d’un million d’habitants par des tirs de missiles, et que la «communauté internationale» appelle les deux parties à cesser le feu! L’Ouest attend du Donbass une manifestation publique de «  tolstoïsme » [non-violence, NdT], jusqu’à l’acceptation de mourir sans se plaindre sous les coups des forces terroristes ukrainiennes. Dans cette logique, qu’est-ce que la mort d’une personne, même aussi célèbre que Givi? Mais le Kiev officiel a créé une excuse psychologique confortable, qui est de blâmer pour tous les actes sales les nazis des « bataillons volontaires » incontrôlables. Malheureusement, une grande partie de ce jeu sournois a été initié par la « diplomatie » imbécile des républiques, lorsque les représentants de LDNR à Minsk ont dit que ce n’était pas l’armée ukrainienne qui leur rirait dessus, mais les  « bataillons volontaires indépendants ». Des déclarations similaires ont été entendues dès l’automne 2014 et ont objectivement fait le jeu de la propagande ukrainienne. Le point ici n’est pas dans la mauvaise volonté, mais dans la qualité de la « diplomatie » du Donbass.

 

« SP »: – Pourquoi les unités spéciales de DNR et LNR ne peuvent pas mener des opérations similaires en territoire ennemi? Par manque de volonté politique, ou est-ce techniquement impossible?

 

– Mener des actions similaires en Ukraine est très difficile, dangereux et peu susceptible d’être rentable compte tenu des risques. Deuxièmement, même la mise en œuvre réussie d’une telle action contre le leader d’un « natsbat » profitera au président Porochenko – son ennemi numéro 1 (natsbat) serait éliminé au moyen de son ennemi numéro 2 (République de Donbass). Est-ce la peine de jouer à ce jeu? En outre, la mise à mort d’un chef quelconque sera l’occasion pour Kiev et les médias occidentaux d’accuser les LDNR de… perturber les accords de Minsk! Ce que peut faire Jupiter n’est pas permis au taureau [Quod licet Iovi, non licetbovi].

 

« SP »: – Comment selon vous est-il possible d’améliorer la sécurité? Les terroristes sont d’une audace incroyable : s’attaquer à l’immeuble de Motorola, au bureau de Givi …

 

– Comme je l’ai dit tout à l’heure (en fait je ne faisais que répéter ce qui est dit depuis longtemps dans les agences de sécurité de la République) la situation en LDNR est exécrable, il y a trop d’agents ukrainiens. Sans un nettoyage radical des forces de sécurité et des organismes civils on ne résoudra pas le problème. Il y a aussi la corruption, en plein essor en LDNR. Seule une institution, je crois, est relativement bien protégée: l’armée, la milice populaire de DNR et LNR. Le reste des structures à un degré ou à un autre (probablement à l’exception des services publics qui font du bon travail) doivent être dé-ukrainisé radicalement et débarrassé de la corruption.

 

Je suis sûr que nombreux seront ceux en LDNR qui s’indigneront de mes paroles, comme c’est déjà arrivé auparavant. Eh bien, qui se sent morveux, qu’il se mouche. Les Républiques de Donbass doivent devenir réellement populaires, et pas seulement dans le nom. Il s’est formé une couche de politiciens qui parasitent ouvertement sur les républiques, avec un mode de vie luxueux, des voitures chères, alors que les gens meurent liitéralement de faim. Il y a une analogie complète avec la situation en Ukraine. Le « Maidan » voulait chasser les oligarques, et le résultat a été un président oligarque. Par conséquent, je résume avec regret: si on garde le système actuel de pouvoir et que l’on ne purge pas radicalement l’appareil administratif des agents corrompus ukrainiens, le problème ne sera pas résolu.

 

– C’est ainsi que la junte élimine les grandes personnalités charismatiques du Donbass – nous dit une source dans le commandement opérationnel de la DNR.

 

– Les experts comprennent bien que ce n’est pas un Givi particulier qui fera la différence  dans le cas de combats à grande échelle, mais il est un symbole, le héros de la «révolution». Ils cherchent donc la démoralisation.

 

Il est peu probable que cela aura une incidence sur la capacité de combat de la milice, mais cette affaire fera beaucoup de bruit. Malheureusement, ce sont des éléments de haute politique. Maintenant, la connexion des DRG ukrainiens avec les agences de renseignement américaines est devenu évidente. Les Américains aiment faire un show de n’importe quelle guerre, ce sont tous des éléments de cette « sanglante Hollywood ». Nous devons dire aujourd’hui que les gens se sont démobilisés, et ne comprennent pas que la guerre contre la république a dépassé le stade de la guerre terroriste.

 

« SP »: – Y aura-t-il une «réponse»?

 

– Hélas, les autorités de DNR sont liées par Minsk et il n’y aura pas de « réponse » – car c’est une décision politique. Il est révolu le temps où en l’honneur du 1er Mai on prenait une colline. Cependant, il y a un revers de la médaille – le monde entier voit aujourd’hui que l’Ukraine est devenue un Etat terroriste, et avec l’aide des États-Unis – cela est évident, étant donné que la direction même des opérations spéciales a été créée par les Américains.

 

« SP »: – Comment, à votre avis, on peut se protéger contre les saboteurs et les terroristes?

 

– La lutte contre le terrorisme est une chose très individuelle – ici en premier lieu il faut de la vigilance. Par de simples mesures de police il impossible de résister, nous avons besoin d’une attention accrue et de concentration, et, bien sûr, l’aide de la population – tout suspect doit être immédiatement signalé à la police et au ministère de l’Intérieur. Tout acte de terrorisme prend toujours un certain temps à préparer, la préparation ne peut  passer inaperçue. Quelqu’un repère les lieux, quelqu’un étudie les moyens d’échapper. Quelqu’un a bien vu quelque chose – il est nécessaire d’informer qui de droit.

 

« SP »: – Comment cela a-t-il pu arriver? Y aura-t-il après cet assassinat des mesures de sécurité accrues? Combien de temps?

 

– L’homme est ainsi constitué qu’il se relâche très rapidement. Malheureusement, jusqu’à présent la population du pays ne comprend pas qu’il y a une guerre, une guerre brutale – une guerre d’anéantissement. Et le terrorisme pour l’Ukraine  est maintenant une tactique pour atteindre ses objectifs. Intimider, démoraliser, impressionner – telle est la tactique de l’Ukraine. En outre, le pays a créé des unités spéciales, formées spécialement et bien motivées, qui ne s’arrêtent devant rien. Cela doit être compris. Je pense que les mesures de sécurité étaient au niveau auquel étaient prêtes les milices. Vous devez comprendre que l’armée de la Nouvelle-Russie – ce ne sont pas des militaires professionnels, qu’on le veuille ou non, mais ce sont les mineurs d’hier. C’est pourquoi on les détruit sur leur lieu de travail, sur le parking près de leur maison. Ces gens pensent qu’ils vont se battre dans un combat loyal, mais dans la pratique, ils se font canarder au coin de la rue …

 

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 

Givi était originaire du Donbass (né en 1980 à Ilovaïsk). Voici ce qu’en dit le Parti communiste russe:

https://kprf.ru/kpss/162254.html

 

Kazbek Taïsaiev :

« Je ne peux me souvenir sans douleur de ce jour de mars 2015, quand, accompagné d’un détachement de milice du chef de guerre « Givi » nous sommes venus voir ce qu’il restait de l’aéroport international « Sergei Prokofiev » à Donetsk, où des combats s’étaient déroulés pendant près d’un an. Sur le territoire de l’aéroport nous avons fait la connaissance de cet homme courageux, honnête, volontaire, qui se faisait appeler Givi. Pour son courage et sa persévérance, nous avons remis à Mikhail Tolstykh une décoration du Parti communiste et la  Bannière de la Victoire, que Givi a hissé sur le bâtiment de l’aéroport. Il en était très fier et a dit qu’aujourd’hui, comme ses grands-pères dans la Seconde Guerre mondiale, lui et son détachement de soldats défendaient la liberté et l’indépendance des habitants, luttaient contre les envahisseurs, cette fois le régime criminel de Kiev.

 

C’est un grand malheur que cette perte, elle est irremplaçable, mais je suis convaincu qu’à la place de Givi disparu se lèveront des centaines de milliers d’hommes, pour qui la vie et l’exploit de Givi est un exemple et une mémoire éternelle. »

mercredi 8 février 2017

Mort de Guivi et le terrorisme d'Etat en Ukraine

Le commandant Guivi, de son véritable nom Mikhail Tolstykh, vient de décéder ce matin à Donetsk des suites d'un attentat terroriste. A 6h du matin, son bureau à explosé dans les flammes. C'est le troisième attentat symbolique en quelques mois, après celui de Motorola en octobre 2016 et du chef de la police de LNR la semaine dernière. Si l'armée ukrainienne n'est pas très efficace lors des combats réguliers, en revanche elle maîtrise parfaitement les méthodes terroristes.
 
A 6h12 ce matin, le commandant du bataillon Somali, M. Tolstykh dit Guivi est décédé dans son bureau suite au tir d'un lance-roquette individuel à munition thermobarique (classé en Russie comme lance-flamme à roquette). Il a fallu une centaine de pompiers pour éteindre l'incendie.
Selon les services d'enquête de DNR, un groupe de reconnaissance et de sabotage ukrainien serait impliqué et les autorités de DNR seraient sur leurs traces. Pour sa part, les ukrainiens dénient toute responsabilité dans cet acte et invoquent soit un nettoyage des services secrets, soit un règlement de compte intérieur. C'est exactement la version qui était également avancée par l'Ukraine au sujet de l'assassinat de Motorolla dans l'ascenseur de son immeuble. Le sous-entendu des "services secrets" a fait réagir la Russie qui a évidemment démenti toute implication dans cet acte de terrorisme.
 
Selon les services d'enquêtes: "Nous savons qui sont ces gens. Nous les trouverons et ils seront punis avec toute la rigueur des lois de temps de guerre."
Après les attentats contre Motorolla et contre le chef de la police de LNR, Oleg Anachenko, il est difficile de ne pas voir se confirmer le recours aux méthodes terroristes par une armée régulière. Autrement dit, il s'agit de la confirmation, s'il en était encore besoin, du terrorisme d'état ukrainien.
Pour l'instant, aucune condamnation n'a été formulée en Occident contre ces pratiques ukrainiennes. Il ne sert, malheureusement, à rien d'en attendre. Ce n'est qu'un combattant qui est mort, un simple chauffeur forcé par les évènements à prendre les armes pour défendre sa terre et ses convictions. 
 
Paix à son âme.
 

samedi 4 février 2017

Russie / Etats Unis 2: l'heure de la gouvernance

Comme nous l'avions écrit, il n'est pas évident que les Etats Unis considèrent la Russie comme un allié, leur combat et leurs attentes sont différénts. D. Trump se lance dans une attaque féroce du système néolibéral (et post-moderniste) et de ses composantes, alors que la Russie attendait le retour à une nouvelle répartition du Monde. Gratuitement. Si la Russie ne se ressaisit pas, elle risque de perdre sa place.
 
L'arrivée de D. Trump à la présidence américaine a été accompagnée d'un discours continuel dans les médias russes, par les politiques russes, affirmant la fin proche des sanctions contre la Russie, la possible reconnaissance de la Crimée et le retour dans le giron géopolitique russe de son étranger proche. Bref, un nouveau Yalta. Mais sans les 27 millions de morts soviétiques de la Seconde guerre mondiale. Juste comme ça, gratuitement, parce que D. Trump est a priori un allié. 
 
En s'étant posée d'entrée de jeu en position de demandeur, en affichant ses attentes au grand jour, non seulement la Russie a compliqué la tâche aux Etats Unis, si jamais ils avaient réellement eu l'intention de prendre de telles décisions - désormais évidemment impossibles car trop tôt médiatisées - mais surtout la Russie a affaibli sa propre position de départ et se trouve dans une impasse aujourd'hui: comment réagir, sans perdre la face, aux déclarations pas franchement amicales puisque l'amitié éternelle a été déclarée?
 
Et, sur ce point, il semblerait que l'Ukraine ait trouvé d'excellents conseillers, bien loin du groupe de post-modernistes (dans la foulée de Kirienko et l'indétronable Surkov) qui a envahi l'Administration présidentielle russe et qui est totalement inadapté au nouveau paradigme des relations russo-américaines.
 
Prenons quelques exemples.
 
L'ambassadrice des Etats Unis au Conseil de sécurité de l'ONU, Nikki Haley, déclare que la Crimée est ukrainienne et que les sanctions ne seront levées que lorsque la Russie mettra fin à l'occupation:
"The United States continues to condemn and call for an immediate end to the Russian occupation of Crimea," said Nikki Haley, President Donald Trump's envoy to the world body. "Crimea is a part of Ukraine. Our Crimea-related sanctions will remain in place until Russia returns control over the peninsula to Ukraine."
Les commentateurs russes se perdent alors en conjoncture toute la journée d'hier, dans la presse et sur les plateaux de télévision.
 
Les explications sont simples: elle est mauvaise, mais le Tsar est bon, donc n'est pas responsable. Ainsi, elle n'aurait pas eu de recommandations de la Maison Blanche et ses paroles n'entrainent qu'elle. Pour preuve, ses positions sont très éloignées des déclarations de D. Trump lors de sa campagne électorale.
 
En effet, très éloignées. Mais le porte parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, a mis fin aux illusions lors du breafing du 3 février :
Q    Ambassador Nikki Haley came out with a strong statement on Russia yesterday.  Does the administration have plans to keep the sanctions against Russia in place, or do they have any intention of adding more sanctions?

MR. SPICER:  So there's two things.  One, I think I commented the other day on the sanctions that Treasury put out.  Those are, in fact, routine -- or the clarification -- they are a routine clarification that occurs.  With respect to the sanctions, I think Ambassador Haley made it very clear of our concern with Russia's occupation of Crimea.  We are not -- and so I think she spoke very forcefully and clearly on that.  
La position de N. Haley est bien la position officielle des Etats Unis. Le porte-parole du Kremlin, D. Peskov, répond que la Russie n'avait pas beaucoup d'illusion au sujet de l'annulation des sanctions. Ce qui est une bonne chose, mais qui reste pour l'instant sans conséquence au regard de la position russe. Pour autant, la réthorique anti-russe se poursuit au sein du Conseil de sécurité de l'ONU. Sans hystérie, mais sans affaiblissement. Froide et rationnelle. Beaucoup plus dangereuse que celle de S. Power.
 
En réponse, l'ambassadeur russe à l'ONU, V. Tchurkine, a invité son homologue américaine pour une discussion dans sa résidence, pour finalement déclarer que les deux parties sont prêtes à étroitement collaborer à l'ONU. Nous verrons la prochaine déclaration.
 
Il est vrai que lorsqu'un pays décide d'une ligne politique, il est objectivement difficile d'en changer. Ainsi, en fut-il du Secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, déclarant que la Russie est un danger. Le ministre russe des affaires étrangères, S. Lavrov, l'a félicité de sa nomination et espère des rapports constructifs. 
 
Sur l'Ukraine également, la réaction russe est étonnante. L'Ukraine reconnait son offensive contre le Donbass ouvertement, et non seulement dans les médias ukrainiens, mais également le lance au visage des journalistes russes, sur la chaîne publique russe Rossya 1 dans l'émission 60 minutes d'hier. Le politologue ukrainien V. Kovtoun déclare très violemment: 
L'Ukraine continuera l'offensive jusqu'à ses frontières et ne s'arrêtera que lorsqu'elle aura récupéré ses terres. Les accords de Minsk ne sont pas là pour arrêter l'armée ukrainienne, mais pour maintenir des sanctions contre la Russie.
Et, en effet, l'on s'étonne de la formulation très étrange choisie par le porte-parole du Kremlin, D. Peskov, à propos de l'escalade du conflit dans le Donbass:
"La Russie ne peut prendre que des mesures sur les plans politique et diplomatique, ce qu'elle fait (...). L'enjeu principal: convaincre Kiev d'abandonner son aventure criminelle, son aventure qui peut mettre fin au processus de paix. (...) Il ne nous reste qu'à espèrer que DNR ait suffisamment de munitions pour répondre aux actions agressives de l'armée ukrainienne."
Dieu soit avec vous mes frères? Est-ce cela la traduction? Espèrons qu'il y en ait une autre.
 
Sur ce point, Kiev a eu d'excellents conseillers. Avant, lors des offensives ukrainiennes, la réaction était plus forte avec pour conséquence l'élargissement du territoire de DNR (comme à Debaltsevo, par exemple).  Maintenant ce risque n'existe plus, la Russie ne veut pas entrer en conflit avec Trump et DNR est contraint à une guerre défensive. Mais l'on ne gagne pas une guerre avec une stratégie exclusivement défensive. 
 
Moscou n'arrive pas à s'adapter à la nouvelle administration américaine, espère toujours cet ensoleillement des relations et n'ose pas bouger un petit doigt, respire doucement, de peur de faire trop de bruit. Pendant ce temps-là, D. Trump gouverne de manière agressive, pour mettre en place le schéma politique qu'il estime nécessaire. Et qui ne remet en aucun cas en cause la domination américaine, puisqu'il veut renforcer le pays. Il n'a aucune raison de partager le pouvoir, s'il n'y est pas contraint. Et, étrangement, la Russie n'utilise pas cette période pour faire monter les enchères et poser ses pions. Elle attend, elle explique, elle pardonne, elle comprend, elle espère. Trump est revenu à la politique nationale, celle de la défense de l'intérêt national. La Russie s'est empêtrée dans le post-modernisme, celui-là même qui a affaibli l'Europe. Si elle ne change pas sa stratégie, il risquera d'être trop tard pour avoir quelque chose à négocier lorsque la tant - et trop - attendue rencontre Poutine / Trump aura lieu. La Russie existe indépendamment de Trump et des Etats Unis et ses intérêts aussi.
 
Se reprendre avant que l'on n'entende un certain Gelezniak crier, comme en 1917, Караул устал! La garde est fatiguée, il est temps de gouverner. Ce serait un funeste anniversaire.
 
 
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3 commentaires:
 
 
Trump a tellement répété pendant sa campagne qu'il ferait en sorte d'avoir d'excellentes relations avec Poutine et avec la Russie, qu'il enlèverait les sanctions, qu'il reconnaîtrait la Crimée comme territoire russe etc, etc..probablement qu'une partie de la classe politique russe a pris ça pour argent comptant, oubliant que "les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent", mais vous ne me ferez jamais croire que V.Poutine, ex agent du FSB, croit et attend un miracle de Trump, ce serait le prendre pour un imbécile et il est loin d'en être un. Je pense qu'il lui donne un certain délai, compte tenu des difficultés auxquelles il est confronté à l'intérieur des EU: manifestations, Maïdan possible, menaces de destitution et j'en passe, un juge fédéral vient d'annuler le décret interdisant l'accès des EU aux ressortissants de certains pays, ce décret a tenu 24h. Bref, ça ne va pas bien pour Trump à l'intérieur des EU, quant à la politique étrangère, je me demande si c'est lui qui prend les décisions tellement ce qui est fait va à l'encontre de ce qu'il a dit. Je pense que V. Poutine, son gouvernement et son armée savent déjà que ce qui les attend, aussi bien en Ukraine qu'en Syrie, ne va pas être une partie de plaisir.
 
 
Honnêtement, il semble que personne n’arrive à s’adapter à la nouvelle administration américaine. A mon avis, la Russie fait bien de s’asseoir et regarder, jusqu’à maintenant ca a lui est plutôt été favorable. Pourquoi se précipiter? Il aurait été naif de croire que les sanctions seraient immédiatement levées dans leur intégralité, les US en sont au stade de “corrections” sur certaines sanctions, les dernières imposées par Obama, notamment sur celles concernant le FSB. C’est un début. En ce qui concerne l’Ukraine, la situation est préoccupante sur le terrain. La réaction de l’EU, qui s’empresse de demander à la Russie d’user de son influence sur les rebelles, alors même que Kiev admet poursuivre une offensive, est comme d’habitude sans aucun discernement. D’ou la remarque de Peskov, à laquelle je donnerai plusieurs lectures, nous ne sommes pas partie prenante, nous usons des moyens politiques et diplomatiques, là on attend clairement l’arrivée de Tillerson, puis cette petite phrase anodine sur la réponse du DNR suggère que le support logistique continuera et pourrait même s’amplifier.Trump et Poroshenko ont prévu un téléphone incessamment sous peu, et c’est là qu’il sera intéressant de voir son impact et de quelle côté la balance penchera, soit Trump le fait cesser, soit il lui envoie les armes que McCain réclame pour l’Ukraine. A ce stade, la Russie saura à quoi s’en tenir sur les véritables intentions de Trump. Si Trump prend le parti de Kiev et les encourage à “casser du Russe”, le conflit pourrait se terminer rapidement avec la défaite de Kiev. Le drame est que dans l’intervalle, des gens meurent et c’est pourquoi il ne faudrait pas que ca traine encore trop longtemps. Quelque chose doit bouger dans un sens ou dans l’autre et si la nouvelle administration US ne change pas de registre et n’exigent pas de Kiev qu’ils suivent le plan de Minsk, la Russie réagira. On est dans une sorte de limbo sur tout les côtés et il est sage d’évaluer la situation sous tout ses angles, y compris à la lumière des déclarations de Haley à l’ONU qui vont à l’encontre de ce que Trump avait laisser entendre mais la Crimée reste le sujet qui fâche, inutilement puisque pour la Russie c’est une affaire classée. J’avoue ne pas comprendre ou est l’imposture US par rapport à la Russie. Qui bluffe et bluffent-ils?La Russie aura toujours à négocier (Iran, Syrie, les moteurs de fusée), sa force pour le moment réside justement dans sa force tranquille. Son fort est de désarçonner ses adversaires sans en avoir l’air, et Putin a surement envisagé toutes les options en bon joueur d’échecs qu’il est. D’autre part l’EU est dans l’immobilisme total, elle est pétrifiée, perdue dans ses idéologies et en bonne passe de se faire un ennemi des US, de par leur arrogance et leçons de morale, non respect au nouveau président. Putin, d’un certain point de vue doit se délecter, il n’a pas à bouger le petit doigt et n’est pas partie prenante aux nouveaux conflits naissants qui pourraient aboutir sur des rapprochements, ou éloignements, ca dépend de quel côté on se place, entre les nations. Trump et Putin ne partagerons jamais le pouvoir comme un seul homme mais des zones d’influences pourraient se dessiner plus clairement. Selon moi, la Russie pose ses pions discrètement et efficacement mais ne fait pas monter les enchères, ce n’est pas encore le moment. La situation est trop confuse. N’oublions pas non plus que le parti de Trump est farouchement anti Russie et Trump doit les apaiser. Oter les sanctions maintenant serait perçu hostilement et probablement entravés avec rage. Il ne peut se mettre tout le monde à dos maintenant. 
 
Balogh Catherine 5 février 2017 à 10:16
 
Il est un peu tôt pour parler de " au nouveau paradigme des relations russo-américaine", il me semble. Trump vient à peine d'être investit et pour l'instant, tout le monde fait des plans sur la comète. Quand à la Russie, il serait bien de préciser que les décisions sont prises en concertation avec la Douma, pas de 49.3 dans la démocratie russe.

Le défenseur des droits des enfants à Yaroslavl a dû se justifier face aux critiques sur un portrait de Staline dans son bureau 

 

04 Février 2014

Marianne, un fois de plus, nous présente une anecdote mais celle-ci en dit long sur la relation à l’Histoire du peuple russe. Plus encore le débat auquel donne lieu la publication de ladite anecdote dans un journal proche du pouvoir. Ici nous sommes persuadés que Poutine et son parti entretiennent la mémoire de Staline parce qu’ils veulent en être les héritiers autocrates. C’est beaucoup plus compliqué que cela, si Poutine cultive la mémoire de la grande guerre patriotique et une certaine relation à l’URSS, ils le font aussi parce que le peuple russe le ressent ainsi. Mais dans le même temps, ils mènent une campagne anti-communiste qui se heurte aux commentaires des internautes ou de ceux qui interviennent après une émission de télévision.

 

(Note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop)


3 février 2017

Photo: facebook.com/bogdanova.elena.a

 

Texte: Olga Nikitina

http://www.vzglyad.ru/news/2017/2/3/856525.html

 

Le Médiateur pour les enfants dans la région de Yaroslavl, Mikhail Kroupine a répondu aux critiques contre lui par rapport à la présence dans l’un de ses bureaux d’un portrait de Joseph Staline avec une petite fille.

 

Kroupine a déclaré à RIA « Novosti » que l’image de Staline est une partie seulement de la décoration des bureaux de son personnel. Il a également souligné que le portrait de Staline ne se trouve pas dans la salle d’attente.

 

L’ombudsman de Yaroslavl a souligné qu’il est impossible de mettre aux murs des photos des enfants d’aujourd’hui, il faut obtenir le consentement des parents.

 

« Donc, nous avons accroché des photos historiques, accroché des portraits qui étaient dans le domaine public », – a-t-il dit.

 

Dans le bâtiment, a continué Kroupine, il y a aussi des portraits de Lénine avec des enfants et des photos du Président russe.

 

Hier l’adjointe à la Douma régionale de Yaroslavl, Elena Bogdanova, a publié un message sur Facebook, exprimant sa surprise de voir la photo « Staline et Mamlakat » dans le Bureau de l’Ombudsman. Bogdanova a admis être  « un peu choquée. »

 

« Je suis venu à la réception du Commissaire aux droits de l’enfant dans la région de Yaroslavl, et j’ai été un peu choquée par l’image qui pend sur le mur derrière le secrétaire du président, je n’ai pas pu résister, j’ai photographié … »

 

Les réseaux sociaux ont partagé l’indignation de Bogdanova. Beaucoup ont souligné que l’histoire de l’image est ambigüe. Par exemple, les utilisateurs d’Internet écrivent que cette fille dans les bras du chef n’est pas, contrairement à la croyance populaire, Mamlakat Nakhangova que Staline aurait prétendument récompensée pour ses succès dans la récolte du coton, mais la fille du Commissaire à l’Agriculture de Bouriatie-Mongolie Gel Markizov.

 

Peu de temps après que cette photo a été prise, le père de la jeune fille a été reconnu comme un espion et a été fusillé, et sa mère a été exilée, disent les internautes.

 

Je me suis amusée à traduire les commentaires sous l’article de VZGLIAD :

 

Andrei Dnepropetrovskij, Krymsk : Que l’adjointe (du député) de la Douma d’Yaroslavl Helena Bogdanova rédige une note explicative, disant pourquoi elle a été choquée!!! Peut-être qu’elle reçoit un deuxième salaire de Fashington et doit le justifier, qui sait!!!

 

Oboukhov Denis, St-Pétersbourg : En tant qu’utilisateur des réseaux sociaux, le fait ne me dérange pas. Et je soutiens l’ombudsman de Yaroslavl. On peut donc présenter la « nouvelle »  ainsi : « Les utilisateurs des réseaux sociaux ont soutenu l’ombudsman de Yaroslavl et approuvé l’affichage d’un célèbre portrait de Staline dans son bureau! » … j’espère que VZGLIAD publiera cela en « première page »…

 

Oboukhov Denis, St-Pétersbourg : « Après ma mort on déversera beaucoup d’ordures sur mon tombeau. Mais le vent de l’histoire les dispersera » – Joseph Vissarionovich Staline.

 

Marina Krylova : Au seul nom de Staline les libéraux sont pris de convulsions, ils ont peur que le dirigeant défunt leur demande ce qu’ils ont fait de leur pays.

 

Oboukhov Denis, St-Pétersbourg : C’est vrai que s’il avait accroché le portrait d’un homme « de premier plan » : Eltsine, Gorbatchev ou un d’aujourd’hui, grâce à qui nos enfants ont un présent cauchemardesque et un avenir inexistant, il aurait été encensé !!!

 

Alchimiste moscovite : A la place de Poutine, Staline. Ce fonctionnaire ne manque pas de perspicacité. Staline était maître dans son pays, tandis que celui-là, c’est… juste une colombe de la paix off-shore, il est là par intérim.

 

Ivan Sousanine : Placardez Staline dans tous les bureaux, pour qu’ils marchent droit, bordel.

 

Mikloukho-Maklaï, Krasnodar : Il ne manque que la photo de Lavrenti Pavlovitch [Béria, NdT] pour que la députée Bogdanova ait une attaque. Merci à tous les camarades qui gardent la tête froide. No pasaran !

 

Nicolas Orton, Моscou : Quel crétin, si tu chies dans ton froc, n’affiche pas le portrait, si tu l’as affiché, pourquoi te justifier.

 

Vova ivanov: Il y a en Russie une élite de voleurs bien organisée qui craint Staline plus que le diable. Ce sont eux qui mènent la campagne antistalinienne. Comme c’est triste que Vova [Vladimir Poutine, NdT] les garde au pouvoir.

 

Abyrvalg Abyrvalgov, Léningrad : Bref, le peuple a tranché, Bogdanova doit être envoyée chez le médecin, pour vérifier son état mental.

 

Drynnn Dubovy : Poklonskaia avec le portrait de Nicolas II, y compris à la manif « Régiment immortel », c’est parfait. Staline avec un enfant chez le défenseur des droits des enfants, c’est mal. Hum…

 

Abyrvalg Abyrvalgov, Léningrad : mais Staline est un ange en comparaison avec les cannibales qu’on a aujourd’hui !

 

Khassan Abdukhalikov Khoudjand : C’est le complexe d’infériorité.

 

Nicolas Koulinitch, Bobrouïsk : Elle aurait sans doute préféré le portrait du poivrot Boris.

 

Katia Katerina : Et Bogdanova est au courant que c’est sous Staline qu’on a vaincu Hitler ?

Russie: bilan de 2016 et perspectives

 

Jacques SapirPar  · 

La situation économique est visiblement en train de s’améliorer rapidement en Russie. Le pays semble avoir digéré la récession induite par l’effondrement des prix du pétrole ces deux dernières années. Notons que le prix du baril est aujourd’hui autour de 56 dollars (indice BRENT) et qu’il devrait progresser vers les 60-65 dollars d’ici à la fin de l’année. Dans ces conditions, le rouble semble s’être stabilisé à un taux de change compris entre 59-61 RR pour 1 dollar, et la prévision de croissance du Ministère du Développement Economique pour 2017, qui s’établit à 1,7%, semble crédible.

 

Bilan de l’année 2016

 

Les chiffres de l’année 2016 indiquent que l’activité économique s’est fortement redressée à partir du second semestre. Les statistiques disponibles étant fournies en glissement (autrement dit en pourcentage du même mois de l’année précédente), il est clair que ces résultats restent dépendants du niveau atteint au précédant.

 

Tableau 1

PIB

Commerce de détail

Salaires réels

Chômage

Construction

Industrie

janv-16

-2,60%

-6,40%

-3,60%

5,80%

-4,20%

-2,70%

févr-16

-0,60%

-4,70%

0,60%

5,80%

0,40%

1,00%

mars-16

-1,80%

-6,20%

1,50%

6,00%

-1,40%

-0,50%

avr-16

-0,70%

-5,10%

-1,10%

5,90%

-5,90%

0,50%

mai-16

-0,60%

-6,40%

1,00%

5,60%

-9,00%

0,70%

juin-16

-0,60%

-6,20%

1,10%

5,40%

-10,50%

1,70%

juil-16

-0,80%

-5,10%

-1,30%

5,30%

-2,90%

-0,30%

août-16

0,20%

-5,00%

2,70%

5,20%

-2,00%

0,70%

sept-16

-0,70%

-3,40%

1,90%

5,20%

-6,80%

-0,80%

oct-16

-0,50%

-4,20%

0,40%

5,40%

-0,80%

-0,20%

nov-16

0,50%

-4,10%

2,10%

5,40%

1,50%

2,70%

déc-16

0,10%

-3,50%

2,40%

5,30%

-4,00%

3,20%

Moyenne pour l’année

-0,7%

-5,0%

0,6%

5,5%

-3,8%

0,5%

Moyenne pour le 2ème semestre

-0,2%

-4,2%

1,4%

5,3%

-2,5%

0,9%

Source : Ministère du Développement économique de la Fédération de Russie et RosStat

 

On constate cependant à la fois la hausse des salaires réels (venant après une baisse d’environ -4% en 2015), mais qui ne se traduit pas par un accroissement du chiffre d’affaire du commerce de détail. Plusieurs raisons peuvent expliquer la poursuite de la baisse de cet indicateur.

 

1- Tout d’abord, on peut penser que les ménages cherchent aujourd’hui à se désendetter et épargnent davantage.

 

2- Il est aussi possible que les statistiques n’aient pas tenue compte de la substitution des productions locales aux productions importées (en particulier dans l’alimentation), productions locales qui sont d’une prix souvent bien plus faible.

 

La combinaison de ces deux effets explique probablement la baisse globale de -5% sur l’année.

 

Par contre, il convient de souligner les bons résultats de l’industrie, essentiellement d’ailleurs de l’industrie manufacturière, bons résultats qui tirent à la hausse l’ensemble du PIB. La hausse de la production industrielle s’est d’ailleurs accélérée au second semestre de 2016

 

Graphique 1

a-00-pib

Source : RosStat et Ministère du Développement Economique de la Fédération de Russie

 

Il est aujourd’hui clair que la question de l’investissement est centrale pour le développement économique de la Russie. La question du « climat des investissements » est l’une des préoccupations du ministère de l’économie[1]. Les prévisions pour l’année 2017 ainsi que le plan de développement pour 2018-2019, qui incluent des taux de croissance de 1,7% en 2017 et de 3% en 2018, témoignent de ce que la question de l’investissement est en principe centrale en Russie[2]. Ce document fait état d’une baisse de la productivité du travail en 2015 et 2016, ce qui correspond à ce que l’on a connu dans les années 1970, soit le « Harrod-Kuroda Twist », dans les pays occidentaux[3]. Cette baisse de productivité s’explique largement par le fait que les entreprises industrielles n’ont pas licencié pendant la récession, ce qui explique que le taux de chômage soit resté faible durant ces deux années. Cette baisse de la productivité s’accompagne cependant d’une forte baisse de l’investissement en 2015. Ceci est noté dans un document du Ministère du Développement économique[4]. Néanmoins, il semble aussi que l’investissement ait repris en 2016.

 

Graphique 2

a-1

Source : FMI et Ministère du Développement économique de la Fédération de Russie

 

On constate donc que l’investissement a subi la même évolution, mais en moins sensible, que lors de la crise de 2008-2010. Il reste cependant à comprendre les causes de l’évolution générale de l’investissement, et cela surtout si l’on veut que se développe une croissance forte et durable et un secteur privé innovant en Russie[5]. Cette question implique donc de comprendre les facteurs qui poussent les entreprises et les entrepreneurs à investir. Or, ceci est l’objet d’intenses débats dans la théorie économique.

 

Le débat sur les déterminants de l’investissement

 

On considère donc généralement que l’investissement dépend de la croissance (réelle ou attendue) du PIB, d’une mesure de l’incertitude et du coût du capital[6]. L’incertitude est considérée donc un facteur important tandis que les mesures du coût du capital le sont moins. Le rôle de l’incertitude est ici central, un résultat que les économistes ont mis en évidence depuis des années[7]. Ceci constitue d’ailleurs un point de rupture entre diverses théories économiques. Ainsi, pour les théoriciens de la Nouvelle École Classique, comme Robert Lucas, l’incertitude n’existe tout simplement pas[8]. Mais, cette position extrémiste n’est pas tenable. Dans le monde réel, on sait bien que l’incertitude existe, et qu’elle peut prendre diverses formes[9].

 

La notion d’incertitude apparaît donc comme centrale pour comprendre les processus économiques et en particulier les processus d’investissement[10]. Ceci s’explique par le fait que le projet d’investissement doit se comparer à une prévision faite ex ante l’engagement financier réel mais se vérifier face à une observation qui elle se fera ex post[11]. La notion de surprise, chère à George Shackle[12], s’applique parfaitement pour comprendre les transformations des stratégies concrètes des entreprises. Dans cette incertitude figure donc le niveau du PIB anticipé, mais aussi le degré de concurrence que la firme devra affronter et, dans un certain nombre de cas, les fluctuations potentielles de la situation fiscale.

 

L’utilisation des capacités et la croissance du chiffre d’affaires ont un impact positif important. On peut considérer que les entrepreneurs, ou les groupes dirigeants des entreprises, anticipent en réalité la croissance du chiffre d’affaires à partir des anticipations portant sur le PIB, le degré de concurrence et l’évolution (ou la stabilité) du système fiscal. Notons que les contraintes, comme les opportunités, peuvent différer suivant la taille de l’entreprise. Si la recherche de clients reste la principale préoccupation des PME, ces entreprises citent bien la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée, l’accroissement des coûts de production et de main-d’œuvre mais aussi la concurrence et la réglementation[13].

 

Est-ce donc à dire que les variables financières ne jouent aucun rôle ? En fait, pour un sous-ensemble de quatorze pays de l’Union européenne, la variable des contraintes financières (coût du capital, différence entre le rendement des obligations d’entreprises et celui des emprunts d’Etat) occupe bien une place importante[14]. La principale conclusion que l’on peut tirer de leur analyse est que « en moyenne, sur l’ensemble des pays, la demande anticipée est toujours la principale variable explicative de la croissance de l’investissement, tandis que la contribution de l’incertitude tend à devenir négative en période de récession (2001 et 2008-2009). L’incertitude a également joué un rôle négatif pendant les années 2010-2012, mais dans une moindre mesure. Il convient également de noter que le rôle des contraintes financières reste secondaire »[15]. Si l’on reprend néanmoins l’enquête sur les contraintes de PME on constate que « c’est en grande partie en raison de la pénurie de la demande de crédit que la croissance du crédit reste faible ; il s’agit donc plutôt là d’une conséquence que d’une cause de la morosité de l’investissement » [16]. Cela signifie que les entreprises, et en particulier les PME ne sont probablement sensible à une forte hausse du crédit que quand celui-ci met en cause la gestion de leur compte d’exploitation (capital circulant). En effet, les PME semblent largement exclues de l’offre de crédit ou ne prennent en considération cette offre que quand elles ont des raisons matérielles d’investir. Cela pose le problème de l’asymétrie des relations de financement, et donc de l’hétérogénéité structurelle des agents.

 

L’investissement semble donc affecté par un ensemble de paramètres : les variations décalées du PIB réel, l’utilisation des capacités, la demande anticipée, la croissance du chiffre d’affaires, les rendements boursiers, le q de Tobin, les anticipations de résultats (qui ont tendance à être des extrapolations), le coût du financement extérieur, les contraintes financières et l’incertitude. En d’autres termes, l’investissement des entreprises dépend du chiffre d’affaires anticipé par rapport aux capacités disponibles, des conditions de financement et du niveau de confiance par rapport à l’incertitude.

 

Une étude a été menée auprès de dirigeants d’entreprises quant à leurs plans d’investissement et la manière dont ceux-ci pourraient être impactés par des variations des taux d’intérêt[17]. Au vu des réponses à deux questions particulières posées dans l’enquête de septembre 2012, ils aboutissent à la conclusion selon laquelle les plans d’investissement sont peu sensibles aux variations des coûts d’emprunt. La sensibilité à une hausse des taux d’intérêt est également faible, Elle est cependant légèrement supérieure à celle obtenue en cas de baisse des taux : 16 % réduiraient leurs investissements en cas de hausse de 100 points de base.

 

Graphique 3

Investissement dans les 3 principaux pays de la zone Euro

a-2

Source: OCDE, Aggregate National Accounts, SNA 2008 (or SNA 1993): Gross domestic product

 

On peut donc considérer que la question de l’incertitude de demande (ou d’anticipation du chiffre d’affaires) vient se combiner avec la question de l’irréversibilité plus ou moins importante de l’investissement, qui est elle-même un effet du secteur dans lequel l’entreprise va intervenir. De la même manière, la question de la taille de l’entreprise (et celle de savoir si l’entrepreneur est seul juge ou s’il doit se justifier devant les actionnaires) rebat les cartes entre demande, irréversibilité, et contrainte de coût. Mais, ces différences concernent aussi l’horizon de référence qui sera adopté par l’investisseur.

 

Le mécanisme de l’investissement en Russie et ses freins

 

On peut maintenant revenir à la situation de la Russie. Le problème de l’investissement est en fait plus ancien que la crise issue des perturbations géopolitiques qui ont commencé en 2014. En fait, et non compris le choc de la crise de 2008-2010, les investissements se sont mis à baisser en 2012.

 

Graphique 4

 

a-01-bgr5-inv2

 

Source : Ministère du développement économique, RosStat et FMI

 

Si l’on retire la construction de logements, on voit que l’on était repassé sous les niveaux de 2007-2008 dès 2013. Il est certain que l’arrêt des grands programmes étatiques d’investissement, liés à la préparation des jeux Olympiques a pu jouer. D’ailleurs la courbe concernant les bâtiments est particulièrement affectée par ce mouvement. Mais, on l’observe aussi sur la courbe des équipements et machines. Il y a donc bien eu une baisse globale de l’investissement productif.

 

Cette situation de l’investissement est souvent imputée aux taux d’intérêts particulièrement élevés, situation elle-même liée à la politique de la Banque Centrale. Ce thème est devenu particulièrement important depuis 2015 en raison de la forte hausse des taux décidée par la Banque Centrale tout d’abord pour lutter contre une crise de change spéculative, puis pour combattre l’inflation[18]. L’objectif de taux d’inflation ayant été fixé à 4%. Des économistes russes se sont ainsi élevés contre cette politique[19]. L’idée d’un modèle de développement s’appuyant sur l’investissement est d’ailleurs développée depuis des années[20], et elle a été à nouveau mise en avant dernièrement[21]. Mais, dans ce dernier article, on fait aussi référence à la demande solvable et ce point est important pour la suite.

 

Graphique 5

Taux d’intérêts sur les prêts aux entreprises

a-4

Source : BCR et Ministère du développement économique. Calculs de l’auteur.

 

La question du financement de l’économie, et donc de l’investissement, est très clairement posée[22]. Il est évident que les taux d’intérêts sont très élevés en Russie en comparaison avec leur niveau que ce soit au sein de l’UE, aux Etats-Unis ou au Japon. C’est en particulier vrai si on regarde le niveau des taux réels (sans l’inflation). Passée la période de crise spéculative, les taux réels se situent aujourd’hui entre 5% et 9%. Il en va de même pour les individus. On pourrait donc penser que c’est essentiellement le niveau actuel atteint par les taux d’intérêts qui paralyserait l’investissement en Russie.

 

Graphique 6

Taux d’intérêts payés par les entrepreneurs individuels

a-5

Source : Idem graphique 5

 

Mais, ces graphiques ne doivent cependant pas conduire à des interprétations trop rapides. En effet, la part de l’autofinancement est toujours restée relativement importante en Russie. Ceci correspond d’ailleurs à une des caractéristiques systémiques du modèle de développement de la Russie, dans la mesure où la relation banques/clients reste perturbée par la mémoire des différents chocs financiers que le pays a connus depuis le début de la transition. Ceci réduit évidemment d’autant la part du crédit bancaire. En fait, la part de l’autofinancement, qui était importante au début des années 2000, s’est effondrée jusqu’en 2009, où ce dernier a atteint 37% du total de l’investissement. On aurait pu croire que la Russie s’alignait sur la norme de financement des économies occidentales. Mais il n’en fut rien. En fait, cette part d’autofinancement a augmenté après cette date pour atteindre en 2015 50% du total de l’investissement. Dans ce contexte, la part des banques dans la partie externe du financement des entreprises est restée relativement faible.

 

Graphique 7

a-6

Source : RosStat

 

Graphique 8

Part des banques dans le financement externe

a-7

Idem

 

On constate que si cette part des crédits bancaires a bien augmenté depuis 2000, elle n’a jamais dépassé les 20% du financement externe. Aussi peut on considérer que les valeurs des taux d’intérêts n’ont eu qu’une influence modérée sur l’investissement (tout en ayant une influence certainement plus grande quand au financement du fond de roulement des entreprises). De plus, les données présentées ici excluent les prêts octroyés par la Sberbank. Ces données ne tiennent pas compte, non plus, des différents mécanismes de bonification des crédits qui ont été mis en place depuis ces deux dernières années.

 

Cela ne veut pas dire que la question des taux d’intérêts ne soit pas pertinente pour l’investissement. Ces taux peuvent avoir une influence indirecte sur l’investissement dans la mesure ou ils peuvent à certaines périodes décourager le recours à un crédit à la consommation, ou compromettre des projets d’acquisition de logement pour les ménages. Le taux d’intérêts joue ici à travers la variable de la demande. Il ne freine pas directement la formation de l’investissement mais indirectement, en réduisant la croissance de la demande solvable.

 

La question de l’incertitude, qu’elle porte sur la demande solvable, sur les grands programmes gouvernementaux (autre expression de la demande solvable) ou sur les droits de propriété (incertitude institutionnelle[23]) apparaît comme – et de loin – le facteur le plus important dans la formation de l’investissement. De ce point de vue, la politique macroéconomique du gouvernement constitue bien aujourd’hui le point central de la question de l’investissement. Si le gouvernement russe est en mesure de réduire le degré d’incertitude (sur le volume de la demande, sur les secteurs où elle se manifestera, sur le degré de concurrence que les entreprises auront à affronter) il pourra certainement peser sur l’investissement. A ce moment là, la question du financement de l’investissement se posera. D’une certaine manière c’est ce que l’on a vu ces derniers mois dans l’agriculture et le secteur agro-alimentaire où la demande a été très favorablement influencé par les contre-Sanctions prises par le gouvernement russe contre les pays de l’UE. Mais, la diversité des situations que l’on a pu noter à propos des économies européennes et des Etats-Unis joue aussi un rôle important dans la formation des investissements. La répartition entre financement externe et autofinancement semble recouper assez largement la distinction entre les grandes et les moyennes ou petites entreprises. Pour ces dernières, l’illiquidité du capital investi semble très forte, sauf sans le domaine des services. On peut en déduire que ces entreprises sont effectivement contraintes par les taux d’intérêt dans la mesure ou l’entrepreneur est sensible à cette question d’illiquidité et souhaite transférer une partie de ce risque sur une banque. En effet, la banque peut, bien mieux que l’entrepreneur individuel, diluer ce risque lié à l’illiquidité potentielle du capital. Mais, encore faut-il que la banque ne prenne pas une marge excessive sur le taux d’intérêt. Ici, nous retrouvons la question des taux d’intérêts et de la politique monétaire de la Banque Centrale.

 

Conclusion

 

La Russie ne fait pas exception dans les grandes économies développées. Les causes de la demande d’investissement sont complexes et largement enchevêtrées. Mais, dans cet enchevêtrement de causes, la question de l’incertitude, qu’elle porte sur la demande (et donc le marché potentiel des entreprises), sur le degré de concurrence que ces mêmes entreprises auront à affronter et sur les institutions apparaît bien comme centrale. Cependant, cette question se décline différemment suivant la taille et le secteur d’activité des entreprises. Le risque d’illiquidité potentielle du capital fixe est un problème sérieux, qui doit être traité, et ce en particulier si l’on veut que se développe en Russie un tissu actif de petites et moyennes entreprises. Ce risque d’illiquidité fait alors émerger la relation banque/client comme centrale. Ceci, ainsi que la question de la demande solvable de consommation, ramène au premier plan le problème des taux d’intérêts. La question du policy-mix en faveur de la croissance et de l’investissement se pose donc. Une politique cherchant à assurer une forte croissance et s’appuyant sur l’investissement, doit alors combiner la politique budgétaire, la politique monétaire, mais aussi les politiques structurelles et sectorielles. La question de la coordination de ces politiques alors se pose. Elle implique la constitution d’institutions capables de gérer cette coordination sans perdre de vue les objectifs de moyen et de long terme, autrement dit un retour à la notion de planification indicative[24], non seulement pour des raisons de gestion opérationnelle mais aussi parce que ce type de planification contribue puissamment à diminuer l’incertitude.

 

Notes

 

[1] Voir le document « spravka_invest_klimat_may_2012. » sur le site du Ministère du Développement économique de la Fédération de Russie, http://economy.gov.ru/minec/activity/sections/investmentpolicy/index

[2] MinEco, « ПРОГНОЗ СОЦИАЛЬНО–ЭКОНОМИЧЕСКОГО РАЗВИТИЯ РОССИЙСКОЙ ФЕДЕРАЦИИ НА 2017 ГОД И НА ПЛАНОВЫЙ ПЕРИОД 2018 И 2019 ГОДОВ » Ministère du Développement économique de la Fédération de Russie, document du 24/11/2016, http://economy.gov.ru/minec/activity/sections/macro/2016241101

[3] Voir Coulbois P., La Politique Conjoncturelle, Paris, Cujas, 1974, p. 136.

[4] MinEco, O Tekushchej Situacii v Ekonomike Rossijskoj Federacii v Janvare-Noabre 2016 Goda, Moscou, décembre 2016.

[5] Stolypinskii Club, Ekonomika Rosta – Srednesrochnaja Programma Razvitija Ekonomiki – Kratkaja Versija, Moscou, 2016, – http://stolypinsky.club/economica.rosta/ Voir aussi Kudrin A.L., Ob Istochnikakh ekonomicheskogo rosta (v perspektive do 2025g), Moscou, 25 mai 2016, http://polit.ru/article/2016/06/01theses/

[6] Lane Kevin, Rosewall Tom, Firms’ Investment Decisions and Interest Rates, Reserve Bank of Australia Bulletin, Canberra, Juin, 2ème trim. 2015. Voir aussi Épaulard, A., « À la recherche des déterminants de l’investissement des entreprises », in Économie et Statistique, N°341-342, 2001, pp. 3-14.

[7] Minsky H.P., « Uncertainty and the Institutional Structure of Capitalist Economies », in Journal of Economic Issues, vol. XXX, n°2/1996, pp. 357-370 ; Ces travaux découlent bien sûr de Keynes J.M., The General Theory of Employment, Interest and Money, Harcourt and Brace, Londres, 1936 ; G.L.S. Shackle, Uncertainty in Economics, Cambridge University Press, Cambridge, 1955.

[8] Lucas R. E., Studies in Business Cycle Theory, MIT press, Cambridge, Mass., 1981. R.E. Lucas & T. Sargent, “After Keynesian Macroeconomics”, in Idem, (edits.), Rational Expectations and Econometric Practice, George Allen & Unwin, 1981

[9] P. Davidson, « Some misunderstanding on uncertainty in modern classical economics », in C. Schmidt, (ed.), Uncertainty in Economic Thought, Edward Elgar, Cheltenham, 1996

[10] Carruth A., Dickerson A. et Henley A., « What Do We Know About Investment Under Uncertainty ? », Journal of Economic Surveys, vol. 14, n° 2, 2000, pp. 119-153. Voir aussi Dixit A. et Pindyck R., Investment Under Uncertainty. Princeton, Princeton Univ. Press., 1994.

[11] Voir Myrdal G., Monetary Equilibrium, W. Hodge, Londres, 1939.

[12] G.L.S. Shackle, “On the Nature of Profit”, in G.L.S. Shackle, Business, Time and Thought. Selected papers of G.L.S. Shackle, edited by S.F. Frower, New York University Press, New York, 1988, pp. 107-123.

[13] BCE, Enquête sur l’accès au financement des PME dans la zone euro – Octobre 2015 et mars 2016, Francfort, BCE, 2016.

[14] Palenzuela Diego Rodriguez, Dees Stéphane, Savings and investment behaviour in the euro area, Francfort, BCE, étude hors série n°167, 2016.

[15] Idem.

[16] Banerjee, Ryan, Kearns, Jonathan, Lombardi, Marco, (Why) Is investment weak?, Bâle, Rapport trimestriel de la BRI, mars 2015

[17] Sharpe, Steve A., Suarez, Gustavo A. (2014), Why isn’t Investment More Sensitive to Interest Rates: Evidence from Surveys, Finance and Economics Discussion Series, Federal Reserve Board, Washington, D.C.

[18] BCR, GUIDELINES for the Single State Monetary Policy in 2016 and for 2017 and 2018, Approved by the Bank of Russia Board of Directors on 10 November 2015, Moscou, 2015. Voir aussi : https://www.cbr.ru/eng/press/pr.aspx?file=30012015_133126eng_dkp2015-01-30T13_22_34.htm

[19] Glazyev, S.Y., On Urgent Measures to Strengthen the Economic Security of Russia and to Transfer the Russian Economy on the Path of Advancing Development. Report. Moscow: Institute for Economic Strategies, Russian Biographical Institute,2015. Voir aussi. https://www.bloomberg.com/news/articles/2016-10-30/putin-s-maverick-adviser-defies-nabiullina-with-64-billion-plan

[20] Nekipelov, A.D., Ivanter, V.V., Glazyev, S.Y., editors., Russia on the Path to a Modern Dynamic and Efficient Economy: Report. Moscou, 2013. Available from: http://www.ras.ru/FStorage/download.aspx?id=8723ae9d-383c-4404-b602-e17eab2c5b88; http://www. glazev.ru/econom_polit/269/

[21] https://rg.ru/2017/01/29/viktor-ivanter-pridetsia-nachinat-novuiu-ekonomicheskuiu-politiku.html . Voir aussi Ivanter V.V., « Strategy of Transition to Economic Growth », in Studies on Russian Economic Development, Vol. 27, No. 1, 2016, p. 1-4.

[22] Shirov A.A., « From a Crisis of Financing Mechanisms to Sustainable Economic Growth », in Studies on Russian Economic Development, Vol. 27, No. 4, 2016, PP. 359-366. Fal’tsman V.K., « Problems of Structural, Investment, and innovation Policy in the Crisis Period » in Studies on Russian Economic Development, Vol. 27, No. 4, 2016, pp. 367-373.

[23] Voir Pol’terovich V.M., « Promyshlennaya politika : retsepty ili instituti » in Zhurnal Novoj Ekonomicheskoj Associacii, n°2 (22), 2014, pp. 190-195.

[24] Ce que propose V.M. Pol’terovich, « Institutions of Catching-Up Development » in Economic and Social changes, n°5 (47) 2016, pp. 34-56.

Ukraine - Le gouvernement mis en place par le coup d’Etat tente de saboter le rapprochement entre les États-Unis et la Russie

Les combats ont recommencé dans l’est de l’Ukraine. Il s’agit d’une tentative de « l’état profond » pour empêcher tout rapprochement entre les Etats-Unis et la Russie sous la nouvelle administration Trump.

Les forces de l’Ukraine de l’ouest dirigées par le gouvernement putschiste du président Poroshenko se sont lancées dans une grande attaque contre les forces d’auto-défense ukrainiennes soutenues par la Russie dans les gouvernorats de Donetsk et de Lugansk.

Un cessez-le-feu conclu après l’accord de Minsk II prévoyait des zones démilitarisées le long d’une ligne de séparation. Le gouvernement ukrainien n’a jamais respecté l’accord de Minsk II qui permettrait la réunification du pays. Une Mission spéciale de surveillance de l’OSCE en Ukraine (SMM), qui regroupe des officiers des pays de l’OTAN ainsi que de la Russie, supervise le cessez-le-feu et rédige des rapports quotidiens.

Le 26 janvier, la SMM a déclaré :

La Mission a enregistré plus de violations du cessez-le-feu [1] dans la région de Donetsk, dont environ 420 explosions, contre 228 au cours de la période précédente. Plus de 160 explosions ont été enregistrées autour de la zone de Svitlodarsk, avec des échanges de feu également enregistrés autour d’Avdiivka et Yasynuvata.
...
La Mission a réexaminé un site de stockage permanent des forces armées ukrainiennes, dont l’emplacement correspondait aux lignes de retrait concernées et a constaté qu’il manquait 12 chars (T-64) et quatre mortiers (2B9 Vasilek, 82mm), comme indiqué précédemment.
...
La Mission s’est intéressée aux informations faisant état du blocage d’une voie ferrée près de Hirske qui est sous contrôle du gouvernement. Le train mène aux villes de Donetskyi et Sentianivka (anciennement Frunze) (49 et 44 km à l’ouest de Lugansk, respectivement) contrôlées par la « LPR (République populaire de Lugansk) ». La Mission avait mis sous observation un train qui allait vers l’est, via Donetskyi, le 23 janvier. La Mission a constaté que la voie de chemin de fer avait été bloquée par des troncs d’arbres sous un pont, au sud de la ville. Une vingtaine d’hommes sans armes portant des tenues camouflées se sont présentés à la Mission comme des anciens combattants d’anciens bataillons de volontaires. La Mission a constaté qu’il y avait une tente près de l’endroit où la voie ferrée était bloquée.

Les observations du 26 janvier ont mis en lumière la préparation d’une attaque d’envergure qui a été lancée le 28 janvier :

La Mission a enregistré moins de violations du cessez-le-feu dans la région de Donetsk les soirs des 27 et 28 janvier que dans la période précédente (y compris environ 330 explosions contre environ 520) [1]. Au cours des 24 heures suivantes, cependant, le Mission a enregistré plus de 2 300 explosions, principalement dans la région de l’aéroport d’Avdiivka-Yasynuvata-Donetsk.

Selon la Mission, l’intense barrage d’artillerie a été lancé du nord au sud depuis la zone détenue par le gouvernement.

Les bataillons de volontaires NAZIS de Galice, à l’ouest de l’Ukraine, sont à l’origine de l’attaque. Il y a des attaques continues de l’artillerie sur plusieurs points de la ligne de cessez-le-feu (carte). La ville d’Avdeevka, dans la zone démilitarisée au nord-ouest de la ville de Donetzk, est un des principaux champs de bataille.

RFERL, un site de propagande du gouvernement des États-Unis, parle d’une « offensive masquée » initiée par le gouvernement. Même les éditeurs bellicistes et anti-russes du Washington Post sont obligés reconnaître que c’est le gouvernement ukrainien qui a commencé. Tout en accusant injustement la Russie, ils notent :

Les commandants ukrainiens reconnaissent qu’au cours des dernières semaines, leurs forces ont avancé certaines de leurs positions dans le no man’s land entre les lignes de front.

Au cours des deux dernières années, l’armée ukrainienne s’est énormément développée. De nouveaux équipements sont arrivés des États-Unis et d’autres pays de l’OTAN et il y a eu des missions de formation étasuniennes pour essayer d’enseigner les tactiques basiques de combat. Mais tandis que cette armée de 250 000 hommes nouvellement recrutés semble importante sur le papier, elle manque encore de cohérence et de volonté de se battre pour le gouvernement putschiste et pour ses maîtres américains. Seuls les « bataillons de volontaires » NAZIS ont un certain esprit de combat, mais ils se battent contre des gens qui défendent leurs foyers et leurs familles. Toutes les offensives du gouvernement, aussi ambitieuses soient-elles, sont donc vouées à l’échec.

La lutte a été planifiée et a commencé juste après la prise de fonction du nouveau président américain Trump. Trump a reconnu que la Crimée faisait partie de la Russie, sa population étant majoritairement russe. Il a annoncé qu’il voulait de bonnes relations avec Moscou. Il va probablement supprimer les sanctions contre la Russie.

Pour le gouvernement putschiste ukrainien et ses partisans néo-conservateurs, cela marque la fin de leurs rêves. Si elle perd l’appui des États-Unis et de l’OTAN, l’Ukraine devra se déclarer en faillite, le gouvernement sera expulsé et le pays, avec le temps, reviendra tout naturellement dans la sphère russe.

Pour empêcher cela, il a été ordonné à Poroshenko de lancer une nouvelle attaque et de la mettre sur le dos de la Russie. Il a fait ce que ses mentors lui disaient et est allé à Berlin pour s’assurer du soutien allemand. Mais il ne l’a pas obtenu. Le gouvernement allemand lui a fait savoir qu’il voyait clair dans son jeu et qu’il n’avait aucun intérêt à le suivre dans cette voie. Le quotidien pro-gouvernemental Sueddeutsche Zeitung a « laissé fuiter » (voir ici) que Berlin savait que Poroshenko avait commencé le combat pour influencer Trump et empêcher tout allègement des sanctions contre la Russie. Mais Berlin estime que la manœuvre va échouer et Merkel craint que Poroshenko ne finisse par perdre cette nouvelle phase de la guerre tandis que la Russie, elle, obtiendra l’amélioration voulue de ses relations.

On l’espère bien. Il n’y a rien à gagner pour l’Europe occidentale, ni pour personne d’autre, dans une nouvelle confrontation avec la Russie.

Ni l’administration Trump ni l’UE n’ont accusé aucun des deux camps d’avoir relancé le conflit. Le responsable civil de l’OTAN, Stoltenberg, est resté dans la ligne officielle en ne blâmant aucun des deux protagonistes. Ce n’est certainement pas une bonne chose pour Poroshenko.

L’accumulation massive de troupes des États-Unis et de l’OTAN le long de la frontière russe, ainsi que la reprise des combats en Ukraine, font partie du plan impérial lancé sous Obama pour réduire la Russie à un rôle mondial mineur. C’est une entreprise extrêmement dangereuse. L’histoire russe montre qu’elle ne se laissera pas faire. Trump va probablement inverser le projet d’Obama et, pour autant qu’on le sache, chercher à organiser une coopération amicale avec la Russie chaque fois que ce sera possible.

La dernière visite officielle à l’étranger de l’ancien vice-président Biden a été en Ukraine. Le promoteur de la troisième Guerre mondiale, le sénateur McCain, est allé à Kiev la veille du Nouvel An. Les deux hommes se sont fortement impliqués dans le coup d’état antérieur contre le gouvernement constitutionnel ukrainien. Le fils de Biden est engagé dans des affaires de gaz naturel en Ukraine. Ont-ils donné des conseils, voire des directives, à Porochenko ?

Les tentatives actuelles de l’Ukraine pour saboter le rapprochement de la Russie et des États-Unis ne seront probablement pas les seules. Des « accidents » dans la Baltique ou des « erreurs » en Syrie pourraient certainement être organisés par des forces dévoyées de « l’état profond ». Si tel est le cas, espérons qu’aucun des deux camps ne tombera dans le panneau.

Mise à jour :

Politico a parlé de la visite du Nouvel An de John McCain / Lindsey Graham en Ukraine, il y a un mois. Notez bien ce que ces derniers ont dit :


« J’admire le fait que vous luttiez pour votre patrie », a déclaré Graham à la 36e brigade maritime séparée de l’Ukraine, dans la ville de Shyrokyne, à environ quatre kilomètres de la ligne de contact, selon une vidéo diffusée lundi par la présidence ukrainienne.

« Votre combat est notre combat », a déclaré Graham lors de la visite, samedi, aux côtés du président Petro Poroshenko. « 2017 sera l’année de l’offensive », a-t-il poursuivi. « Nous retournerons tous à Washington pour faire pression contre la Russie. ... »
...
McCain, un ancien candidat à la présidentielle républicaine qui a été prisonnier de guerre au Vietnam, a déclaré : « Je crois que vous allez gagner. Je suis convaincu que vous gagnerez et nous ferons tout notre possible pour vous fournir ce qu’il vous faut pour gagner. ... »

C’est évidemment une incitation à lancer une nouvelle guerre. Mais du fait de leur opposition à Trump, McCain et Lindsay sont exclus des cercles de décision de Washington. Ils peuvent écrire autant d’articles incendiaires qu’ils veulent, personne ne les lira et personne ne déclarera la guerre à la Russie.

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.moonofalabama.org/2017/02/ukraine-coup-government-tries-to-...
URL de cet article 31479 

vendredi 3 février 2017

L'OSCE, complice de l'offensive ukrainienne dans le Donbass

 

L'OSCE regarde les tanks ukrainiens à Avdeevka

 

Il a fallu beaucoup insisté pour que l'OSCE finissent par reconnaître la présence de tanks ukrainiens à Adveevka, en violation des accords de Minsk. Ce qui n'empêche pas l'Ukraine de tranquillement continuer son offensive dans le silence complice de l'Occident.

 

L'OSCE est censé assurer le monitoring du cessez-le-feu dans le Donbass et notamment de bien vérifier que l'artillerie lourde, les tanks et blindés sont rangés au garage loin de la ligne de front, que les troupes n'investissent pas la zone tampon démilitarisée.

 

Or, hier, sort une photo, prise par des journalistes de la BBC le 1er février qui accompagnent cette mission d'observation de l'OSCE à Adveeevka, zone démilitarisée. Et l'on y voit des véhicules de l'OSCE, des tanks ukrainiens et tout ce petit monde tranquillement en train de discuter. Etrangement, à ce moment là, l'on ne voit pas de rapport journalier publié sur le site de cette mission.

 Тяжёлая техника ВСУ в Авдеевке и машины ОБСЕ.
Il semblerait que les tanks soient nombreux sur la ligne de front. Selon les données du renseignement de DNR, il y aurait 10 compagnies de l'armée de terre, 15 tanks, 20 blindés et 16 mortiers automoteurs. Cela fait beaucoup de monde pour une trève.
 
Evidemment, Kiev a nié la présence de tanks sur la ligne de front, accusant la Russie d'être à l'origine de l'escalade du conflit.
Après beaucoup d'insistance de la part et du ministère des affaires étrangères russes et de la presse russe, la mission de l'OSCE a fini par reconnaître à contre coeur la violation par l'Ukraine, et évidemment par les combattants du Donbass qui répondent, des accords de Minsk et la présence de tanks T-64 sur la ligne de front.
 
Le conflit s'est intensifié et les données concernant des victimes civiles et la destruction d'ouvrage civils augmentent. C'est à ce moment que des habitants de Donetsk ont filmé trois véhicules de l'OSCE en train de quitter précipitemment les lieux, ils observeront de plus loin ...
 
 
La fuite de l'OSCE le 2 février de Donetsk est compréhensible, lorsque l'on sait que l'armée ukrainienne a intensifié ses bombardements de la ville dans la nuit du 3. Heureusement, des quartiers exposés ont été évacués. Vidéo des conséquences à Donetsk dans le quartier proche de la gare et de l'hopital n°20: les incendies.
 
 
Pour sa part, le Comité d'enquête russe a ouvert une enquête pénale suite au décès de civils, aux blessures subies par des journalistes russes et à la destruction d'ouvrages non militaires à Donetsk suite aux bombardements de l'armée urkrainienne dans la période du 1er au 3 février. Selon le porte-parole, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité qui y sont perpétrés par l'armée ukranienne sont imprescriptibles, le rassemblement des preuves pourra servir.
 
Le nombre des victimes doit encore être précisé. Il y aurait, ces deux derniers jours, suite aux bombardement de certains quartiers de Donetsk, de Iacinovataya et de Makeevka, 3 morts, 15 blessés hospitalisés et plus de 60 maisons touchées. 
 
Voici un exemple:
 
 
Il semblerait que le sort de ces gens n'inquiètent pas trop la communauté internationale. Ce qui permet au ministre de la défense d'Ukraine de tranquillement déclarer que "pas à pas, mètre à mètre, nos gars, héroïquement, avancent".
 
Donc l'Ukraine reconnaît officiellement mener une offensive sur le Donbass, en violation des accords de Minsk et dans l'indifférence complice générale.
 

Le premier gouverneur de la République populaire de Lougansk Valery Bolotov, un défenseur du monde russe

 

02 Février 2017
 

 

Valery Bolotov nous a quittés, il était le premier gouverneur de la République populaire de Lougansk, un des grands dirigeants du mouvement de libération dans le Donbass, et un défenseur du monde russe. Au moment où sont violés les accords de Minsk, pour forcer à la guerre, dans le contexte de ceux qui veulent empêcher le dialogue USA et Russie, en parant leur bellicisme une fois de plus de la lutte pour les droits de l’homme, au moment où ce monde politique occidental dans de pseudos élections démocratiques s’enfonce dans les scandales et la corruption, nous avons besoin de retrouver la confiance dans des individus capables de transcender leurs intérêts personnels pour mener un combat. Il était de ceux-là. Un communiste

 

(note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop pour Histoire et société)


Galina Platova, « Russie soviétique »

31/01/2017

https://kprf.ru/international/ussr/161994.html

 

Valery Bolotov est décédé subitement le 27 janvier. Sur comment cette catastrophe s’est produite, voici les paroles de Kazbek Taysaev (député communiste): « C’était une journée ordinaire. Valery regardait la télévision et tout à coup il s’est senti mal, il a porté les mains à son cœur. Sa femme s’est précipitée pour attraper les médicaments. Mais ce n’était plus  nécessaire. La mort est intervenue en quelques minutes. Donc, c’est avec une télécommande en main qu’est mort Valery. Je pense que ce n’est pas un hasard. Je suis sûr qu’il a vu quelque chose de dur sur le Donbass. La situation est grave là-bas. Et ça lui a causé un choc émotionnel, un coup au cœur. Les médecins arrivés sur place ont constaté une insuffisance cardiaque aigüe.  »

 

Bolotov avait 46 ans. A deux semaines près, il n’a pas vécu assez pour voir son 47e anniversaire. Le Gouverneur populaire de la région de Lougansk était plein de projets, d’espoirs, il allait revenir en LNR, pour continuer la lutte contre la junte de Kiev, pour achever la victoire… Cela n’a pas eu lieu. Il laisse le Donbass orphelin, deux fils âgés de 16 et 10 ans, une veuve. Bolotov avait fondé une famille heureuse, il avait deux garçons merveilleux, une épouse aimante.

 

Aujourd’hui les médias se lancent dans une foule de spéculations ridicules. Soi disant que Valery serait mort dans sa maison de campagne… Non, le sergent réserviste Bolotov n’a jamais eu de maisons de campagne. Il est mort dans son appartement dans le quartier de Khimki. Il vivait dans un immeuble ordinaire dans un modeste appartement. Il attendait le moment où il pourrait revenir à Lougansk. Mais il ne perdait pas son temps en vain.

 

Bolotov a rejoint le Parti communiste et participé à la préparation et l’envoi de fournitures humanitaires au Donbass. Il a souvent répété: le Parti communiste est le seul parti en Russie, qui, depuis les premiers jours du blocus de la DNR et LNR et jusqu’à présent collecte et envoie des camions avec de la nourriture, des médicaments, des matériaux de construction à Donetsk et Lougansk.

 

Il répondait à toutes les demandes de ses compatriotes. Les habitants du Donbass lui téléphonaient constamment. Certains lui demandaient une aide pour obtenir un traitement, tandis que d’autres pour trouver un emploi, et d’autres  une maison ou tout simplement un abri pour quelque temps. Les gens racontaient au gouverneur populaire en détail ce qui se passe en LNR et DNR, le priaient ardemment de revenir à Lougansk, de restaurer l’ordre apporté par le « printemps russe ». Et Bolotov se préparait à revenir, mais pour l’instant, disait-il, « il était prisonnier des circonstances ».

 

Sa vie avant le coup d’Etat du Maidan à Kiev à l’automne 2013 était tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Né le 13 février 1970, il vit à Stakhanov dans la région de Lougansk. École, service dans l’armée dans le cadre de la Division aéroportée de Vitebsk (103e Guards). Il attendait d’être envoyé en Afghanistan, mais s’est retrouvé à Erevan et dans le Haut-Karabakh, en 1989-1990 il a participé à la pacification du conflit militaire. Il est retourné chez lui avec le grade de sergent-chef de réserve. Revenu à la vie civile, il a suivi deux formations universitaires – ingénierie et économie. Il s’est engagé dans les affaires, il a été président de l’Union des anciens combattants de la région de Lougansk. S’est marié.

 

Mais la véritable essence de l’homme se manifeste dans les crises, les fractures de l’histoire. Bolotov s’est révélé en tant que leader. Il n’a pas accepté le nouveau gouvernement en Ukraine, l’assassinat barbare des berkouts, l’idéologie nazie et la politique russophobe. Sans hésitation, comme la plupart des habitants de Lougansk au printemps 2014, Bolotov s’est engagé dans les rangs du mouvement de protestation, puis l’a dirigé. Maintenant, on dit de lui qu’il a été parmi les premiers et courageux patriotes du Donbass à soulever la bannière de la lutte contre la junte de Kiev. Il a appelé son peuple à résister ouvertement et résolument aux agresseurs de Kiev. Bolotov a pris part à la prise de contrôle du Service de sécurité ukrainien (SBU) de la région de Lougansk. Au cours d’un rassemblement populaire dans le bâtiment administratif le 21 avril 2014, il a été proclamé gouverneur populaire de la région. Une semaine plus tard, le 28 avril, non sans la participation active de Bolotov, au congrès des représentants des collectivités territoriales, des partis politiques et des organisations sociales de la région de Lougansk, a été annoncée la création d’un Etat souverain « République populaire de Lougansk ». Le lendemain, l’Union européenne a imposé des sanctions contre Bolotov, l’interdiction d’entrée sur le territoire de ses pays membres. Un mois plus tard, les mêmes sanctions ont été imposées par le Canada.

 

Mais Bolotov n’avait l’intention d’aller nulle part. Sa république avait besoin de lui, il l’avait créée, il était reconnu comme une personnalité publique de renom et homme d’Etat, de la résistance au fascisme de Kiev, il en est devenu le premier gouverneur populaire. Avec ces titres, son nom est entré dans l’histoire de la LNR, de tout le mouvement de libération nationale dans le Donbass.

 

Bolotov était l’un des organisateurs du référendum le 11 mai 2014 pour l’indépendance de la LNR. Lors du rassemblement, après le plébiscite, le gouverneur du peuple a dit: « La République populaire de Lougansk, dont 90% a soutenu l’acte de souveraineté de l’Etat, a déclaré son indépendance par rapport à l’Ukraine. La république sera gouvernée par un Conseil populaire ».

 

Bolotov était écouté, on croyait en lui, on s’appuyait sur lui. Il était connu comme un combattant courageux. A l’aube de la formation des unités de milice de Lougansk il a le premier enlevé sa cagoule, se découvrant devant les gens : je suis Bolotov, je suis contre le régime Banderiste. Pour son audace, il a dû payer. Il a fait l’objet d’une tentative d’assassinat le 13 mai. Le sniper était en embuscade. Il visait au cœur, mais Bolotov a été touché à l’épaule. La blessure était profonde, Bolotov a perdu beaucoup de sang. Ce sont les médecins russes qui l’ont sauvé. Il est retourné à Lougansk, ce qui n’était pas facile. Lors du franchissement de la frontière on a à nouveau tiré sur sa voiture. La milice a repoussé les assaillants.

 

De retour en LNR, Bolotov a commencé à construire la verticale du pouvoir et repousser les attaques croissantes des bataillons ukrainiens. Il était pour le peuple, ce qui ne plaisait pas à ceux qui cherchaient leur propre enrichissement. Bolotov a subi une nouvelle tentative de meurtre, après quoi en plein milieu des opérations de combat, le 14 août 2014, il a annoncé inopinément sa démission. « Je suis forcé de quitter, – dira-t-il dans une interview à « Russie soviétique. » »

 

C’était la première conversation franche du héros de Lougansk avec un journaliste de ce journal qu’il lisait toujours et en qui il avait confiance. Valery espérait poursuivre le dialogue avec cette publication patriotique. Il voulait nous en dire plus sur le projet «Nouvelle Russie», qui, comme il l’imaginait, devait inclure non seulement les républiques de Donbass, mais aussi un certain nombre d’autres régions de l’Ukraine, proches de la Russie, de la culture russe et des traditions russes. Il ne se lassait pas de répéter: la Russie, l’Ukraine et le Bélarus devraient être ensemble, ce serait le meilleur rempart pour nos peuples contre fascisme, les envahisseurs, les occupants.

 

Bolotov n’a pas eu le temps de réaliser ce rêve, qu’il transmet aux dirigeants survivants de la résistance du Donbass.

 

« Il vivait au rythme de la République. Bien qu’à distance, mais il participait pleinement à tous les processus, – dit son ami Oleg Tsarev. – Il subissait une pression nerveuse considérable ».

 

Selon K. Taysaev, « Valery était fort physiquement, c’était un homme robuste et il ne croyait pas que son état de santé le trahirait. Mais son cœur n’a pas supporté les épreuves terribles, qui constamment l’opprimaient ».

 

… Les habitants du Donbass sont en deuil. Les bombardements par les agresseurs ukrainiens sont de plus en plus fréquents et dévastateurs. Les défenseurs de la LNR et la DNR resserrent leurs rangs. A la place de ceux qui sont partis, de nouveaux combattants se dressent.

 

Selon l’OSCE, 10.000 personnes ont été tuées dans le Donbass au cours du conflit militaire. Mais en fait le nombre des victimes est au moins de 50.000 personnes. L’OSCE ne remarque pas tous les morts tués par l’Armée ukrainienne dans le Donbass. Les listes de l’OSCE ne comprendront probablement pas Bolotov. Bien qu’il soit véritablement mort à cause de l’agression, de la politique de régime de Porochenko. Combien d’habitants du Donbass doivent encore  mourir avant que les oi-disant hommes politiques, qui décident du destin des peuples arrêtent cette destruction folle de personnes en LNR et DNR?

 

Les communistes appellent les dirigeants russes à reconnaître enfin les républiques indépendantes, ce qui leur permettra de développer l’économie, le commerce, et de ne pas toujours être forcés à des compromis avec Kiev Bandériste. La reconnaissance des Républiques permettra le retour à la maison de beaucoup de ceux qui souffrent en exil. Enfin, la reconnaissance de la LNR et DNR est le meilleur monument au héros du mouvement de libération nationale du Donbass Valery Bolotov, valeureux guerrier de la région de Lougansk, parti prématurément pour l’éternité.

 

Honorons la mémoire du Héros, le défenseur du monde russe!

 

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

mardi 31 janvier 2017

Nouvelle offensive ukrainienne dans le Donbass

 

 

 

Attaque de la station de filtration des eaux

 

Vers le milieu de la semaine dernière, l'armée ukrainienne a relancé son activité dans le Donbass, se concentrant toujours dans cette zone neutre de démarcation. L'artillerie lourde a été ressortie des deux côtés et les pertes sont significatives. Et finalement Porochenko a du abréger sa visite en Allemagne. Sans compter les problèmes humanitaires que cela pose en plein hiver. Pour autant, à ce jour, la situation n'est pas très claire.
 
La semaine dernière, l'armée ukrainienne a lancé une offensive sur le front nord-ouest qui va de l'aéroport de Donetsk à Avdeevka. L'armée ukrainienne a alterné le recours à l'artillerie, dont le calibre a augmenté avec le temps, et les actions au sol avec, notamment blindés et tanks. Il est difficile de dire si l'avancée fut concluante, les données sont contradictoires de part et d'autres. Mais elle semble avoir été repoussée.
 
Le pic de violence a été atteint dimanche. Vers 18h, l'armée a lancé un pillonage massif de toute la ligne à l'artillerie lourde. Les combattants de la République de Donetsk ont répondu, faisant eux aussi monté les calibres. Finalement, les roquettes Grad et Uragan furent à nouveau utilisées.
 
Suite au lancement de l'offensive par l'armée ukrainienne, Avdeevka est au bord de la crise humanitaire puisque les combattants de Donetsk ont finalement répondu, l'administration de la ville hésite à évacuer la population, qui se retrouve sans eau, électricité, chauffage. Dehors, il fait presque - 20°. Les écoles ont été fermées, les enfants passent à l'enseignement à distance dans les villes du front. Iacinovata, Gorlovka et Makeevka sont dans une situation très proche, en raison du pillonage ukrainien.
 
A Donetsk, une mine s'est retrouvée bloquée suite aux bombardements ukrainiens. 200 mineurs environ sont bloqués à l'intérieur, à midi, 92 d'entre eux ont été sauvés.
 
Les pertes furent très importantes. Selon le rapport du chef de l'état major ukrainien, V. Mujenko, il y aurait, côté ukrainien, environ 80 morts et 70 blessés rien que pour l'offensive des 29 et 30 janvier.
 
Evidemment, l'Ukraine, devant l'échec de sa tentative, est allée se plaindre à l'ONU, pour que la Russie applique les accords de Minsk et cesse l'escalade du conflit dans le Donbass. Le groupe de contact est à sa demande convoqué: l'échec de sa tentative militaire doit au moins servir sur le plan politique. Si l'on oublie la démagogie, l'Ukraine a réussi à revenir en première page des journaux, ce qui est vital pour le régime de Poroshenko, qui n'a rien à proposer dans le monde actuel, sauf l'excuse d'une agression russe, qu'il faut bien entretenir. Après l'élection du nouveau Président américain, qui a d'autres priorités, il faut faire monter les enchères. Les familles de soldats ukrainiens apprécieront.
 
PS: Et ce sont les civils qui paient, parce qu'ils osent ne pas accepter un coup d'état.
 
Les résultats en images dans les quartiers d'habitation à Donetsk, sans aucune présence militaire :
 
 
A Makeevka, une femme est morte. Sans armes, simplement parce qu'elle habitait là (+21):
 
 
 

Comment devons-nous célébrer le 100e anniversaire d’Octobre 1917

 

30 Janvier 2017

Шествие, посвященное 99-й годовщине Октябрьской революции, в Санкт-Петербурге

Шествие, посвященное 99-й годовщине Октябрьской революции, в Санкт-Петербурге (Фото: Zuma/ТАСС)
 

Défilé en l’honneur du 99e anniversaire de la Révolution d’Octobre à Saint-Pétersbourg (Photo: Zuma / TASS)

Quand le silence n’est pas de l’or, mais un crime contre notre propre histoire et l’histoire du monde

 

Vitaly Tretyakov

http://svpressa.ru/politic/article/165229/

 

Pour moi, cela ne pose aucune question de savoir s’il faut célébrer le 100e anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre ni comment nous devons le célébrer. Mais si quelqu’un a des questions, voici quelques-unes des principales réponses.

 

1- La Grande Révolution d’Octobre est l’un des plus grands événements du XXe siècle, qui a influencé le cours de l’histoire du monde, le sort de nombreux pays et peuples. Dans l’histoire de la Russie elle-même (depuis l’Empire russe jusqu’à la Fédération de Russie contemporaine) c’est l’événement le plus important du XXe siècle, d’autant plus que les deux autres événements de grandeur comparable – la victoire dans la Grande Guerre patriotique et l’effondrement de l’URSS – sont directement liés à Octobre 1917.

 

2- À la suite de la Révolution d’Octobre (la venue au pouvoir des bolcheviks), la Russie sous le nom d’Union soviétique était l’une des deux superpuissances mondiales, atteignant son maximum de pouvoir et d’influence de toute son histoire.

 

3- Les bolcheviks ont rassemblé effectivement le pays désagrégé après la révolution de Février. Il est possible que sans leur arrivée au pouvoir, notre pays aujourd’hui dans ses frontières actuelles, et même sous son nom actuel n’existerait tout simplement pas. Sous la direction du gouvernement bolchevique (communiste) l’URSS a obtenu la victoire dans la Grande Guerre patriotique, a préservé l’intégrité et l’indépendance de notre pays et de son peuple et éliminé le danger réel de sa destruction physique.

 

4- Depuis au moins le XVIIIe siècle, il était de coutume de considérer y compris en Russie, en particulier dans sa classe politique, dans ses cercles cultivés et intellectuels, y compris bolcheviques, que la Russie accusait constamment et significativement un retard par rapport aux principaux pays de l’Ouest techniquement, scientifiquement, intellectuellement, culturellement, socialement et politiquement. À la suite de l’arrivée du gouvernement bolchevique (communiste), la Russie a non seulement réussi à surmonter cet écart, mais en seulement quelques décennies (et dans certaines secteurs, en une décennie ou deux) à dépasser les pays occidentaux pratiquement dans tous les domaines de la vie, à l’exception (et d’ailleurs comparativement à seulement quelques-uns des pays occidentaux), du niveau de vie matériel moyen de la population.

 

5- Le Parti bolchevik a délibérément engagé l’une des plus grandes expériences sociales et politique dans l’histoire de l’humanité. Il est sans doute impossible de citer un autre exemple, comparable par son échelle et sa nouveauté. Cette expérience a été poursuivie avec succès pendant près de trois quarts de siècle, et même si elle aboutit à la fin à un échec, elle ne peut être rayée de l’expérience historique de l’humanité ni dans sa partie négative, ni, plus important encore, dans son incarnation positive.

 

6- Les bolcheviks furent les premiers à tenter sur une telle échelle de réaliser l’une des grandes utopies de la civilisation humaine – la construction d’une société et d’un Etat sans classes et sans antagonismes de race, condition sociale, richesse et autres (en fait – « Le paradis sur terre »). Cela n’a pas pu être fait. Peut-être parce que qu’il est impossible de réaliser quelque utopie que ce soit, mais la tentative a eu lieu et son audace est sans précédent à l’échelle de l’histoire humaine, et comparable seulement à l’émergence et au développement des grands projets religieux, en particulier – le christianisme.

 

7- Quoi qu’il en soit, la Révolution d’Octobre a engendré en Russie deux des plus grands hommes politiques parmi les cinq ou six qui peuvent généralement être désignés comme tels dans l’histoire mondiale du XXe siècle. Il s’agit, bien sûr, de Lénine et Staline, malgré le fait que l’évaluation de leurs actions peuvent être très diverses, et extrêmement controversées.

 

8- À la suite de la Grande Révolution d’Octobre et de la venue au pouvoir des bolcheviks, dans l’ancien Empire russe a été créée sous le nom d’URSS la première Union européenne (Européenne de l’Est) dans l’histoire de l’Europe. L’Union européenne actuelle (d’Europe occidentale) est seulement la deuxième expérience de ce genre, réalisée près d’un demi-siècle plus tard.

 

De ce qui a été dit (mais là encore, ce n’est pas tout ce qui pourrait être dit sur la question) découlent inévitablement pour moi les conclusions suivantes.

 

1- Il est honteux de faire silence sur un événement historique de cette ampleur dans son propre pays et dans l’année de son centenaire. C’est aussi contre-productif politiquement, parce que tout ce que nous ne dirons pas à propos d’Octobre 1917, ce sont les autres qui le diront, avec beaucoup de distorsion des faits et la tentative d’utiliser cette date anniversaire pour faire une fois de plus le «procès de la Russie et de l’histoire russe ». Ce n’est pas ici le cas de dire que le silence est d’or, bien au contraire.

 

2- Le 100e anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre devrait être marqué par un jour férié. Il est déraisonnable et injuste de laisser les héritiers politiques du POSDR (b) – PCUS, autrement dit, le Parti communiste de la Fédération de Russie – les communistes russes contemporains, monopoliser cet anniversaire.

 

3- Il est tout aussi imprudent et injuste de laisser cet anniversaire et l’événement lui-même à la merci des historiens. Pour la plupart, aujourd’hui, comme de tout temps, les historiens sont idéologiquement engagés (soit de leur propre fait, soit sous l’influence de forces et circonstances extérieures), et d’autre part, ce ne sont pas des penseurs politiques.

 

4- Par conséquent, le débat national consacré au 100e anniversaire d’Octobre 1917, qui ne se réduit pas à des conférences de toujours les mêmes historiens et talk-shows télévisés, doit être ouvert à tous les dirigeants politiques de la Russie à commencer par le président Vladimir Poutine, et tous les grands penseurs politiques de notre pays.

 

5- Les institutions supérieures de l’Etat russe, à savoir le Président et le Parlement (Assemblée fédérale), devrait adopter à l’automne de cette année un document, qui remette la Grande Révolution d’Octobre dans la liste des plus grands événements de l’histoire nationale et mondiale avec la fixation officielle correspondante, en particulier, sous la forme de la restitution au 7 Novembre du statut de fête nationale.

 

L’importance historique de la Révolution d’Octobre ne fait aucun doute pour moi. Mais sur le plan scientifique et politique, le plus important pour moi, et je pense, pas seulement pour moi, mais pour des millions voire des dizaines de millions de personnes est une autre question: peut-il y avoir et, si oui, dans quelle mesure et sous quelles formes la réalisation dans l’avenir (plus ou moins proche) dans notre pays et dans l’humanité dans son ensemble d’une expérience positive inspirée par la révolution d’Octobre et le système social et politique soviétique qu’elle a engendré?

 

Mais avant de tenter de répondre à cette question, nous devons de la manière la plus digne et conforme à l’échelle des événements célébrer au niveau de l’Etat lui-même le 100ème anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre du peuple russe et de nombreux autres peuples.

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Cet article a été rédigé sur la base de mon intervention le 26 janvier à la première réunion du Comité de préparation pour le 100e anniversaire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre [note de Vitaly Tretyakov].

 

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

Comment l’UE pourrait vraiment nuire à Poutine: il faudrait inviter la Russie à rejoindre l’Euro, par Bryan MacDonald

 
30 Janvier 2017

Bryan MacDonald est un journaliste irlandais, qui réside en Russie, très pince sans rire il analyse les efforts de l’occident premièrement pour attribuer à Poutine toutes leurs déconvenues électorales et, constatant leur impossibilité à rendre impopulaire Poutine par tous les moyens utilisés jusqu’ici, il leur propose de l’inviter dans la zone euro et ils en seraient rapidement débarrassés

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach)


How EU could really hurt Putin: Invite Russia to join the Euro

Le président russe Vladimir Poutine © Sergei Karpukhin / Reuters


Les sanctions contre la Russie ont échoué à modifier les politiques du Kremlin et en fait ont augmenté le soutien populaire à Vladimir Poutine. Maintenant, on entend des appels croissants pour un changement de cap.


Comme un lac tributaire de multiples affluents, les titres de presse forment un tout. Un assemblage dégoulinant de bave. Apparemment la Russie tente d’infiltrer – ou interférer avec – les pays baltes, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, l’Ecosse, l’Italie, la République tchèque, la Suède et la Finlande. Et le tout mené en même temps. Ce qui est assez impressionnant pour un pays qui ne peut même pas se vanter d’avoir la plus grande économie d’Europe (comme l’Allemagne).


Cela fait suite à la réussite présumée de Moscou qui aurait assuré la présidence des États-Unis à Donald Trump et réussi à convaincre des millions de Britanniques d’opter pour le Brexit. Sans parler de la façon dont il semble avoir orchestré le succès des dernières élections en Bulgarie et en Moldavie pour ses « idiots utiles ».

 

Passons sur le fait que la puissance soft du Kremlin ne peut pas convaincre la majorité des Ukrainiens à l’aimer, en dépit du fait que pratiquement tout le monde comprend la langue russe là-bas et qu’un grand nombre de citoyens bénéficiant de liens familiaux directs avec leur voisin. Nous sommes censés avaler la façon dont la Russie est si incroyablement influente qu’elle domine la politique pratiquement partout. Comme une pieuvre géopolitique éléphantesque. Quelque chose que même les États-Unis ne pouvaient pas gérer à la fin des années 1940 quand ils contrôlaient environ la moitié du PIB mondial. Et qu’ils se sont mis a distribuer des prêts sans intérêt pour démarrer.

 

La raison de la manière dont ce non-sens dans le récit s’est imposé est simple. La conviction de l’Ouest – qui pensait il y a vingt-cinq ans qu’il avait atteint « la fin de l’histoire,  » – est en train d’être sacrément bousculée. Et cette croyance a été étayée par une conviction absolue qu’il supervise le seul système de valeur légitime dans le monde – une hypothèse qui consisterait à s’auto-admirer dans la salle la plus byzantine de miroirs – il est à la recherche de quelqu’un d’autre à blâmer. En effet, à ce stade, les papes du Moyen Age seraient impressionnés par la croyance résolue des eurocrates dans leur infaillibilité.


Ainsi, ces mandarins ont choisi le Kremlin comme leur père fouettard. En partie, parce qu’il a été l’ennemi traditionnel des libéraux européens. En outre, le fait que les gens d’un certain âge – à savoir les dirigeants les plus répandus et les leaders d’opinion – ont grandi en craignant son incarnation soviétique rend plus facile l’illusion. Et la Russie les a aidés par l’adoption de politiques nationales plus conservatrices et par le fait d’avoir constamment réélu Vladimir Poutine, qui est devenu l’ennemi juré de l’élite. En grande partie parce qu’il a renversé la politique de Boris Eltsine consistant à se mettre à genoux pour apaiser l’Occident.

 

Mais le plus important, accuser la Russie signifie que nos parieurs ne doivent pas prendre toute la responsabilité de leurs propres insuffisances. Parce que, pourquoi en seraient-ils à mener des enquêtes approfondies sur les raisons pour lesquelles les Américains ont rejeté Hillary Clinton ou les Britanniques ont décidé de divorcer avec Bruxelles quand ils peuvent blâmer Moscou? En effet, cette dernière voie permet d’éviter la responsabilité.

 

Au lieu de cela, on a les sanctions d’Obama contre la Russie pour  « piratage . » Sans l’ombre d’une preuve. Et puis les experts se demandent pourquoi les taux d’approbation de Poutine restent aussi élevés, alors si ce pays a subi un niveau de récession et de vie dégradé, ce qui est incompréhensible pour beaucoup. En d’autres termes, les conditions idéales existent pour que se développe le mécontentement populaire contre le gouvernement.

 

Pourtant, au lieu d’affaiblir l’administration de Poutine, les sanctions l’ont renforcé. Et l’assaut de propagande négative contre la Russie a encouragé ici une mentalité d’assiégé. Et, bien sûr, comme tous les gens fiers qui se sentent victimisés, les Russes se sont rassemblés autour de leur chef, qui est maintenant populaire même avec les jeunes qui le détestaient largement lorsque je suis arrivé ici il y a sept ans.

 

Ainsi, il est juste de dire que les gens de pouvoir de l’ouest ont involontairement réussi un succès considérable. Leur politique envers la Russie a transformé le gouvernement d’un pays qui connaît de graves difficultés économiques en plus assuré qu’il ne l’était il y a dix ans, lorsque l’économie était en croissance à environ 8% par an. Et il faut une politique profondément erronée pour produire ce genre de résultat.

 

Ainsi, imaginez que vous soyez maintenant à Bruxelles conseiller de Donald Tusk? Ou à Berlin, au bureau d’Angela Merkel? Le désir qui vous taraudait d’étendre la projection de puissance OTAN et l’UE jusqu’aux frontières de la Russie a échoué, l’Ukraine est en proie à un désordre sanglant, et les deux institutions précitées sont confrontées à des crises existentielles. Pendant ce temps, les tentatives de faire payer à Poutine la débâcle de vos rêves ont l’effet inverse.

 

Étant donné la façon dont ces fonctionnaires croient que le déclin de l’ « ordre libéral » est entièrement la faute du Kremlin, et leurs propres décisions ont eu aucun rôle à jouer, la seule solution est d’affaiblir la position de Poutine. Et les sanctions ne fonctionnent pas bien.


Il y a quelques autres options. Les Eurocrates pourraient diffuser des milliards d’euros en Ukraine, ce qui renforcerait le régime du Maidan en jetant tellement d’argent que tout le monde pourrait avoir à voler quelque chose. Et pas seulement les classes dirigeantes. En effet, si l’Ukraine prospère – ce qui n’est pas évident, en toute équité – cela porterait atteinte au Kremlin en montrant comment la soumission à l’Occident signifie des tonnes de lucre. Cependant, ceci est une option coûteuse et les Allemands épris d’austérité sont peu susceptibles de l’approuver.

 

Un autre projet pourrait impliquer les voyages sans visa pour les Russes qui disent leur accord de voter pour quelqu’un d’autre à l’élection 2018, mais les Néerlandais ne tolèrent même pas l’ouverture des frontières aux « fidèles  » Ukrainiens. Et, de toute façon, l’action la plus facile serait seulement de faire appel aux classes moyennes à Moscou et à Saint-Pétersbourg, celles qui étaient déjà assez hostiles à Poutine avant l’imposition de sanctions.


Certains pensent que Bruxelles devra augmenter le budget propagande sur la messagerie multimédia et que cela pourrait produire des dividendes, mais, étant donné la façon dont les Etats européens dépensent déjà plus que Moscou en énormes quantités, ceci est une chimère. Malgré toute la campagne de peur au sujet des services russes de télévision et du Web, l’ensemble du budget de la radiodiffusion d’Etat – à la fois pour les nationaux et les étrangers – est inférieure à un tiers par rapport aux dépenses des seuls britanniques sur le réseau BBC.

 

Si l’on a tout cela à l’esprit, il semble n’y avoir qu’une seule façon pour les eurocrates de saper Poutine. C’est une idée, je l’avoue, qui est quelque peu contre-intuitive et probablement peu appréciée à Bruxelles – que diriez-vous d’une invitation officielle faite à la Russie pour remplacer la Grande-Bretagne dans l’Union européenne, à condition qu’elle se joigne également à l’Euro? Parce que dans le cas (certes peu probable) que le Kremlin accepterait de telles invitations, Poutine serait viré à court terme. Après tout, regardez le succès que l’euro a été pour la destruction du niveau de vie de toute l’Europe, et les espoirs et les rêves de millions d’individus ? D’Athènes à Dublin, il a opéré des dégâts que les plus grands ennemis de l’UE ne pouvaient avoir rêvé.

 

National Interest : Arrêtez de piquer l’ours

 

30 Janvier 2017
 

Vladimir Putin at the St. Petersburg International Economic Forum. Kremlin.ru
Vladimir Poutine lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Kremlin.ru

 

Donner à la diplomatie une chance. Arrêter de provoquer Moscou.

 

Robert W. Merry


24 décembre 2016

http://nationalinterest.org/feature/stop-poking-the-bear-18838

 

Voici le résumé le plus clair de la vision américaine qui est celle d’un Kissinger dans leur proposition du partage du monde pour s’attaquer au gros morceau qu’est la Chine, arrêtons de piquer l’ours. Mais est-ce que cela fait l’affaire de certains alliés, en particulier l’Allemagne, qui pousse toujours plus vers l’est on peut en douter… Surtout même si certains oligarques et libéraux russes poussent à la roue, désormais les Russes qui ont vécu ce qui leur a été infligé depuis 1991 sont sans illusion. Obtenir la paix sans pour autant baisser la garde

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach pour Histoire et société)


La crise la plus grave que connait l’Amérique et l’Occident est aussi la plus inutile : la détérioration inquiétante des relations avec la Russie. Loin du danger qu’elle représentait pendant la guerre froide, la Russie néanmoins reste positionnée sur le cœur eurasien crucial, un bastion stratégique qui ne peut être ignoré. Elle a toujours été, et reste, une menace potentielle pour l’Europe, et qu’elle doit toujours garder à l’esprit. Et pourtant , les actions les plus provocantes dans cette relation au cours des dernières années sont venues de l’Europe, l’OTAN et l’Amérique les ont menées contre la Russie. L’OTAN, une alliance militaire, s’est étendue jusqu’à la frontière russe. Elle a déployé des composants d’un bouclier antimissile en Pologne et en Roumanie. L’OTAN a flirté à la fois avec la Géorgie et l’Ukraine, à la fois traditionnellement partie de la sphère d’influence russe, dans l’alliance occidentale. Les responsables américains ont renversé le dirigeant démocratiquement élu de l’Ukraine, dont le gouvernement inclinait vers la Russie, et ils ont pris des mesures pour tirer l’Ukraine hors de l’orbite de la Russie. Lorsque la Russie a répondu en s’assurant la Crimée, avec son port crucial et ont fourni un soutien militaire aux rebelles dans l’est de l’Ukraine qui ne voulait pas être dans l’orbite de l’Ouest, les Etats-Unis et l’Europe ont imposé de débilitante sanctions économiques.


Tout cela a mis en colère les responsables russes. Bien que l’opinion occidentale ait diabolisé le Président Vladimir Poutine, en en faisant un autocrate agressif affamé de terres, il est un dirigeant comme les autres. Le Kremlin est rempli d’élites qui sont convaincues que leur pays aujourd’hui est tellement assiégé par ces empiétements occidentaux qu’ils veulent une stratégie de refoulement agressif, même si cela signifie la guerre.

 

Cela pourrait signifier la guerre. Ce serait une catastrophe pour l’Amérique et l’Occident. Pour l’Amérique, ce serait soustraire l’attention et les ressources de menaces stratégiques beaucoup plus graves, notamment la montée de l’ISIS dans le Moyen-Orient et la montée de la Chine en Asie. Pour l’Europe, il est probable que cela menacerait les nations de l’Est libérées en 1989 après quarante-cinq ans de domination soviétique.

 

Mais, de tous les candidats à la présidentielle de 2016, Donald Trump a embrassé une prescription de politique visant à inverser l’expansion vers l’est provocatrice de l’Ouest, de réduire les tensions et de tester les véritables intentions de la Russie.

 

Trump devrait commencer avec l’Ukraine, un pays d’une importance stratégique cruciale pour la Russie, mais qui a des conséquences stratégiques dérisoires pour Amérique. C’est un pays tragiquement divisé, avec des Ukrainiens dans les régions de l’Ouest pro-occidentaux et des Russes ethniques dans les régions orientales. La Russie a traité cette situation délicate depuis des décennies; laissez-la continuer. En outre, l’annexion par la Russie de la Crimée ne devrait jamais être autorisée à détériorer les relations entre ce pays et l’Occident, comme la Crimée avait fait partie de la Russie pendant des siècles jusqu’à ce que cette situation soit artificiellement rompue par le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev. En outre, environ 1,5 de ses 2,3 millions de personnes sont des Russes ethniques. Laisser faire et retirez les sanctions.

 

Deuxièmement, le président devrait assurer à la Russie que l’Occident n’a pas de visées sur l’Ukraine, la Géorgie, la Moldavie ou la Biélorussie ou, d’ailleurs, toutes les autres nations identifiées par la tradition chrétienne orthodoxe. Pas d’intervention de l’OTAN. Mais l’Occident doit être prêt à faire la guerre pour empêcher toute ingérence russe dans les pays européens traditionnellement identifiés avec la chrétienté occidentale, notamment les Etats baltes. Ils restent un élément essentiel de la sphère d’influence occidentale.

 

Troisièmement, le président devrait cesser d’insister pour que le président Bachar al-Assad doive partir. L’objectif en Syrie, comme en Irak, doit être la défaite d’ISIS, et la ferveur anti-Assad l’alimente simplement. Sur cette question, il doit avoir de bonnes relations avec la Russie, qui s’est elle-même associée lui-même avec Assad et a donc maintenu une orientation stratégique plus étroite dans la région. L’Amérique devrait faire la même chose. L’ennemi est ISIS, pas Assad.

 

Quatrièmement, tout au long de ces efforts diplomatiques, visant à apaiser les craintes de et la colère de la Russie à propos de l’expansion de l’Ouest vers l’Est, les Etats-Unis devraient aussi chercher à tirer la Russie loin de son récent flirt avec la Chine. Les solides relations entre la Russie et la Chine ne sont pas dans l’intérêt de l’Amérique. La Chine est le pays le plus puissant en situation de contester le rôle de l’Amérique dans le monde en la rejetant hors de l’Asie et en la limitant à son bastion Hawaii. Si les tensions sino-américaines montent, comme cela semble probable dans les vingt prochaines années, il serait extrêmement imprudent, et même, téméraire, pour l’Amérique d’avoir aussi une relation hostile avec la Russie.

 

Alors, donnez à la diplomatie une chance. Mettez fin aux provocations occidentales. Donnez aux Russes une certaine marge de manœuvre dans leur propre quartier. A partir de là, nous pourrons découvrir à quel point ils sont vraiment expansionnistes et menaçants. S’il se trouve qu’ils veulent être menaçant malgré ce nouveau visage de conciliation, alors la puissance occidentale, sous le leadership américain, est certainement suffisante pour gérer la situation.

 

Donner à la diplomatie une chance. Arrêtez de provoquer Moscou.


Robert W. Merry
24 décembre 2016

Robert W. Merry est un éditeur contributeur à l’intérêt national et auteur de livres sur l’histoire américaine et la politique étrangère.

Les perspectives dans les relations russo-américaines. Une évaluation sérieuse exige une approche réaliste, par Andrei Akulov

 

29 Janvier 2017

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Colonel russe à la retraite, article publié dans Strategic culture, qui insiste sur la difficulté de créer de nouvelles relations entre la Russie et les Etats-Unis, mais qui souligne que l’ordre des priorités doit être le désarmement nucléaire quitte à laisser subsister des questions non résolues, ce qui semble effectivement la position des Russes que doit pouvoir appuyer la Chine

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)



http://www.strategic-culture.org/authors/andrei-akulov.html

 

Il y a une forte conviction que Donald Trump va améliorer les relations des Etats-Unis avec la Russie. Certaines personnes sont trop optimistes et ne doutent pas que le président va réussir. En effet, Trump a prouvé qu’il était quelqu’un de très indépendant, habile et capable d’une pensée profonde et révélatrice. Mais tout n’est pas rose.

 

La politique est l’art du possible. Pour atteindre le «possible», il faut adopter une approche réaliste avec un esprit froid. Il y a des facteurs qui sont souvent ignorés ou ne sont pas dûment pris en considération lorsque nous en sommes à évaluer les perspectives de progrès dans les relations américano-russes .

 

La Russie et des États-Unis ne sont pas sur la même ligne dans les grandes tendances du développement mondial. Ils ont des idées différentes sur le futur ordre mondial. Il est peu probable que l’on assiste à un rapprochement de leurs positions dans un avenir proche.

 

Dans sa conférence de presse-marathon de questions et réponses le 23 décembre, le président russe Vladimir Poutine a minimisé et a rejeté les perspectives d’une amélioration rapide des relations sous le gouvernement de Donald Trump, en disant seulement que «les choses ne peuvent pas empirer » dans la dite relation.

 

En général, Donald Trump va tenir les promesses faites pendant la campagne présidentielle. Quoi qu’il se passe à l’étranger, il se concentrera sur l’économie et l’immigration illégale, non pas sur la politique étrangère, avec l’objectif de ne pas être le président d’un seul mandat.

 

Le Parti républicain a la majorité dans les deux chambres du Congrès, chez les gouverneurs et les législatures fédérales et probablement à la Cour suprême. Le nouveau président devra choisir l’année prochaine un nouveau juriste pour occuper le siège laissé par le juge Antonin Scalia décédé. La victoire électorale de Trump a frustré les espoirs des libéraux, qui ont perdu leur meilleure chance en 40 ans de gagner la majorité dans la haute cour. Beaucoup de gens croient que la majorité républicaine renforcera le pouvoir du président, mais il y a un revers à la médaille: elle ne veut pas être blâmée pour les échecs possibles.

 

Il existe un fort consensus parmi les anti-russes entre démocrates et républicains. Par exemple, les déclarations de Trump sur la Crimée et l’espoir d’une bonne relation personnelle avec le président russe Vladimir Poutine (personne n’a appuyé le président élu, même pas le vice-président élu Mike Pence). Aucun président américain n’est assez fort pour améliorer les relations sans le soutien de sa propre équipe et de son parti.

 

Il est important de noter qu’il n’y a rien de l’ordre d’un projet de feuille de route ou d’une vision claire de la façon pour commencer à améliorer.

 

L’équipe de politique étrangère comprend des gens qui ont différents points de vue. Certains soutiennent le président dans sa position sur la Russie. Michael Flynn et Rex Tillerson sont les plus connus d’entre eux. Le conseiller Carter Page a déjà initié des contacts avec Moscou.

 

Les médias traditionnels ont décrit Richard Bureau, le président du conseil consultatif de «National Interest » comme un homme qui a des liens avec la Russie. En fait, il est bien rappelé et respecté dans ce pays en tant que négociateur en chef pour le Traité stratégique de réduction des armes stratégiques (start I). Burt a fait des efforts importants pour soutenir le candidat du GOP, en particulier dans le premier acte de la politique étrangère visant à jeter les bases d’une coopération avec Moscou.

 

Mais la position du général James Mattis, qui a été nommé comme secrétaire de la Défense, n’a pas été rendue publique. Le Général Joseph Dunford qui deviendra président de l’Etat major pour une demi-année après que Trump assume le gouvernement. Avec Mattis comme chef de la Défense, il est fort possible qu’il le soit pour une deuxième période. Dunford estime que la Russie est la plus grande menace pour la sécurité nationale [des USA].

 

Il y a d’autres membres de l’équipe dont la position n’est pas clairement définie. Il est impossible de parler d’unité.

 

Il y a un autre fait qui doit être mentionné. Depuis que les Etats-Unis se sont retirés du Traité ABM de 1972, en 2002, la défense anti-balistique (ABM) a toujours été un problème qui entrave les efforts de maîtrise des armements et cela fait que la Russie prend des mesures en réponse. La plate-forme électorale républicaine comprend un niveau multi-ABM. Pas seulement un couple de sites en Europe, mais un véritable système global de « Star Wars » avec les militaires stationnés dans des éléments spatiaux. Personne dans le champ républicain, y compris le président élu, n’a dit que ce concept doit être revu.


Le Parti républicain est en faveur de la paix par la force. La plate-forme républicaine est un document souvent oublié où les prévisions optimistes quant à l’avenir des relations bilatérales et d’autres concepts passe par l’augmentation du potentiel militaire et la nécessité d’assurer la domination mondiale sont inclus.

 

Et maintenant le plus important; la plate-forme dit que «nous devons abandonner les traités de contrôle des armements qui profitent à nos adversaires sans améliorer notre sécurité nationale. » Le nouveau traité START est décrit comme invérifiable et qui va à l’encontre des intérêts nationaux. La plate-forme appelle à geler les postes budgétaires pour le nouveau START et remet en question la validité du traité INF.

 

Rappelez-vous combien de dégâts a fait le retrait du Traité ABM? Trump a un devoir à remplir. La Russie a toutes les raisons de croire que des USA régis par les républicains est un partenaire peu fiable.

 

Cette plate-forme est un document pour lequel le peuple, les électeurs ont voté. Il ne peut pas simplement être balayé sous le tapis une fois les élections terminées et la Russie devra tenir compte de ce qu’il dit en traitant avec la nouvelle administration.

 

Il y a quelque chose de plus que ces faits saillants de la plate-forme républicaine : l’exceptionnalisme. Etats-Unis n’ont jamais abandonné l’idée de domination mondiale. Elle est profondément ancrée dans leur mentalité. Trump dit qu’il veut les États-Unis internationalement respectés et critique Obama, l’accusant de faiblesse. Cela signifie que les États-Unis maintiendront tout leur potentiel à influencer d’autres pays. Il est vrai que les activités militaires pourraient être allégées à l’étranger, mais les ambitions mondiales restent.

 

La position de la nouvelle administration sur l’Ukraine et la Géorgie est douteuse tout le moins. Avec Trump dans le gouvernement ces deux pays sont peu susceptibles d’adhérer à l’OTAN, bloc que le président élu a vivement critiqué. Est-ce que le nouveau gouvernement va inciter Kiev à respecter les accords de Minsk? Une autre question intéressante se pose rarement: les États-Unis vont-il rentrer dans le « Normandy Quartet » et devenir « Normandy Five »? Ce serait une étape logique.

 

Les sanctions et le statut de la Crimée pourraient rester des questions controversées, mais ces désaccords ne font pas obstacle à des progrès dans d’autres domaines. Après tout, les États-Unis n’ont jamais reconnu les États baltes dans le cadre de l’Union soviétique, ce qui n’a pas empêché l’alliance pendant la Seconde Guerre mondiale, au cours de la dissuasion ou la réduction des armes stratégiques.


Les deux parties trouveront qu’il est extrêmement difficile de restaurer la confiance dans les relations bilatérales. La confiance semble erodée et nécessite beaucoup de temps, beaucoup d’efforts et une volonté politique considérable des deux côtés pour la restaurer. Le gel des contacts diplomatiques est un facteur important qui aggrave la situation. En effet, des contacts réguliers entre les chefs de la politique étrangère sur la Syrie sont actuellement le seul lien existant.

 

Aucun sommet ou réunions de haut niveau, à l’exception du Lavrov-Kerry, est en cours. La diplomatie informelle (Track II) est presque inexistante. Peut-être est-ce le bon moment pour intensifier les efforts des anciens ministres retraités, des hauts fonctionnaires et des officiers militaires de la Russie et les Etats-Unis. Les contacts et l’échange d’idées non officielles pourraient servir dans le but de relancer un dialogue mondial. Les canaux de contrôle des dommages du dialogue bilatéral doivent être rétablis et les aspects positifs des relations bilatérales devraient être protégés.

 

L’avenir du contrôle des armes est le plus grand défi des deux pays. Ils avaient des accords en vigueur sur le contrôle des armes dans la chaleur de la guerre froide. S’il n’y a rien pour remplacer le nouveau START et le Traité INF, chacun deviendra victime des accusations mutuelles de non-respect, il y aura une nouvelle situation dans laquelle la course aux armements sera pour la première fois sans restrictions depuis que les accord SALT I ont été signés en 1972. Et qui est la principale question que les deux parties doivent éviter à tout prix, peu importe les éléments de discorde qui pourraient exister.


La chimie personnelle n’est pas un facteur décisif, mais elle est suffisamment importante. Si les dirigeants de la Russie et des Etats-Unis s’entendent bien, cela pourrait fournir une impulsion majeure à la normalisation des relations. Après tout, ils ont tous deux un ennemi commun: l’Etat islamique. Les deux pays n’avaient pas combattu un ennemi commun depuis Hitler.

 

Ce qu’il y a de bien dans tout cela est que, contrairement à la guerre froide, les deux puissances ne sont pas divisés idéologiquement. Ils n’appartiennent pas à deux systèmes opposés, il n’y a pas de confrontation entre les mondes socialiste et capitaliste.

 

Trump a certainement ses propres idées sur les perspectives des relations bilatérales. Mais ses possibilités sont limitées. Quoi qu’il en soit, former une nouvelle équipe présidentielle va prendre du temps. Il est irréaliste d’attendre toute initiative de la nouvelle administration avant la seconde moitié de 2017. La tentative de changer la politique envers la Russie trouvera une forte opposition au Congrès, dans les médias et les responsables actuels. Donald Trump devra convaincre les législateurs et les gens. Il aura besoin d’un soutien public pour sa position.

 

La politique est l’art du possible. Communiquer entre l’un et l’autre et poursuivre des efforts de maîtrise des armements est une possibilité. Voilà par où les parties doivent commencer. Ni Moscou ni Washington n’ont intérêt à une nouvelle détérioration des relations ou à l’effondrement du système international actuel. Ce n’est pas catastrophique, mais nous devons être réalistes. L’avenir ne se présente pas comme un lit jonché de roses. Il y a un certain nombre de facteurs qui influent négativement sur le processus. On ne pourra pas progresser d’un seul coup.