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Russie

« La révolution est une grande percée, révélant des opportunités sans précédent »

 

26 Mars 2017

Le 25 mars à Moscou s’est tenu le XIIIème plénum commun du Comité central du Parti communiste et de la Commission centrale de contrôle. Nous publions ici le texte d’une des interventions.

 

Service de presse du Comité central du Parti communiste.

25/03/2017

Parfenov Denis Andreevich

https://kprf.ru/dep/gosduma/activities/163619.html

 

La société russe actuelle se caractérise par de profondes divisions de classe. L’usurpation par une poignée de gens super riches de tous les leviers politiques et économiques contribue à la dégradation progressive de l’état et de la société. L’élite dirigeante actuelle, depuis le soi-disant « consensus de Crimée » se drape dans des habits patriotiques, proclame des slogans forts sur l’amour du pays et la nécessité d’assurer sa sécurité.

 

Etant incontestablement patriotes et partisans de la défense du pays contre tous les ennemis – étrangers et nationaux, les communistes doivent néanmoins tous les jours exposer la nature contradictoire et la duplicité du patriotisme des autorités officielles. Le patriotisme d’une classe qui vole son propre peuple ne peut pas être authentique. Il ne peut y avoir de véritable amour pour le pays chez des gens dont les capitaux sont à l’étranger.

 

Des personnes avec deux ou trois nationalités et solutions de rechange ne peuvent pas défendre les intérêts nationaux et étatiques. Même si bien sûr, parmi les autorités il peut y avoir des gens sincères. Mais cela ne change pas la nature de classe de l’élite dirigeante dans son ensemble.

 

De plus, afin de se maintenir au pouvoir l’oligarchie et ses partisans utilisent comme arme principale le nationalisme, la russophobie et l’antisoviétisme en un cocktail mortel qui tue l’âme de notre nation. La nature anti-russe des libéraux au pouvoir et en dehors emprunte une variété de formes, allant du soutien à la décommunisation menée en Ukraine, jusqu’au négationnisme historique.

 

Le paradoxe de la situation réside dans le fait que le chœur des accusateurs de l’URSS est rallié par des représentants des « élites » politiques et culturelles, qui clament leur désir de « réconcilier les époques historiques », « d’inculquer à la jeune génération un sentiment de fierté pour leur propre pays et son passé. »

 

Il est regrettable que le Président en janvier 2016 ait ouvertement accusé Lénine d’avoir « posé une bombe sous le fondement de la Russie ». Il avait à l’esprit le principe sur la base duquel a été formée l’Union soviétique – le droit des peuples à l’autodétermination jusqu’à la sécession.

 

Le Premier ministre Dmitri Medvedev lors de son discours au Forum d’investissement à Sotchi en septembre 2016 a appelé la Grande Révolution socialiste d’Octobre « un exemple de la destruction des fondements de l’économie et de perte de la croissance économique »

 

Ces dernières années, des appels répétés pour l’élimination du mausolée de Lénine sur la place Rouge ont émané non seulement de la bouche de l’éternel provocateur Jirinovski, mais aussi du ministre de la Culture Vladimir Medinski dès 2012, et de la bouche du rabbin principal de Russie LazarBerel en janvier de cette année, en plein anniversaire de la révolution.

 

Les tentatives de glorification de Koltchak se poursuivent, initiées des forces centrifuges qui cherchent à diviser le pays. Karl Mannergeim, un ennemi direct de notre pays, a été honoré d’une plaque commémorative dans la capitale du Nord. On constate ainsi une exaltation ouverte des traîtres à la nation et même des ennemis extérieurs de l’URSS. Quelle différence avec ce qui se passe en Ukraine, où sont honorés les collaborateurs nazis?

 

Le Parti à Moscou et ailleurs en Russie doit répondre fermement à toute tentative d’attaquer l’héritage soviétique – selon la situation et la capacité des structures du parti à mobiliser, il peut s’agir de lettres, de déclarations et protestations. Sans oublier le travail sur Internet, pour promouvoir nos idées – par exemple sur Wikipédia, qui est plein de non-sens et inepties anti-soviétiques.

 

Il est extrêmement important de répondre non seulement aux attaques de l’ennemi de classe, mais aussi d’attaquer.

 

Le Centième anniversaire de la Révolution socialiste d’Octobre nous donne l’occasion de réclamer que le 7 Novembre redevienne un jour férié. Suivant l’expérience des camarades chinois, on peut proposer des poursuites judiciaires pour insulte à la mémoire des héros de la révolution. Je pense qu’il faut reconquérir face à nos adversaires le mot de « révolution »! Grâce aux amalgames des journalistes et politologues, ce mot est aujourd’hui associé aux émeutes, aux troubles politiques – dénaturant son sens véritable. Cependant, quand vous parlez aux gens de révolution dans la science, la médecine, la technique – ils sont bouche bée devant les miracles du progrès. Mais il suffit de parler de révolution politique, et l’homme de la rue est pris d’une peur animale que les bolcheviks lui enlèvent son appartement. Mais la révolution c’est une grande percée, une rupture dans la gradualité du développement, révélant des opportunités sans précédent. Ce fut une telle percée que connut le pays lors de la Grande Révolution socialiste d’Octobre.

 

A partir du cas de l’Ukraine, nous voyons que le renforcement de l’antisoviétisme et de la russophobie exige une réponse rapide et extrêmement ferme, sinon ce poison peut envenimer touteune génération, et détruire le pays. Je suis sûr que notre parti a le pouvoir de l’empêcher!

 

Traduction MD pour H&S

vendredi 24 mars 2017

Sur l'assassinat de l'ancien député russe D. Voronenkov à Kiev

Un ancien député russe a été assassiné hier à Kiev et évidemment, la presse française reprenant très "objectivement" les positions ukrainiennes, accuse immédiatement la Russie, voulant faire de Voronenkov un farouche opposant au régime. Amusant pour quelqu'un qui en a profité jusqu'au bout et voulait revenir. Revenons sur une affaire moins simple que l'on ne veut nous le faire croire.

 

Pour ceux qui veulent se satisfaire de la version primaire anti-russe, il est suffisant de lire l'article du journal Le Monde: un ancien député russe critiquant fortement le "régime de Poutine" s'est réfugié en Ukraine et a été tué par les services spéciaux russes alors qu'il était protégé par les services spéciaux ukrainiens et devait déposer dans le procès contre l'ancien Président ukrainien. Tout est clair, passez votre chemin, même la complexité d'une personnalité très favorable au pouvoir ne dérange pas plus que cela, à quoi bon se poser des questions.

 

Une illustration du niveau de sa rebellion contre le système, photo en compagnie de Narychkine, alors président de la Douma:

Denis Voronenkov, né en 1971, a terminé l'école des cadets puis l'université militaire du ministère de la défense en 1995 et soutient sa thèse de doctorat en droit. En 2000, il quitte sa carrière militaire pour entrer dans l'appareil de la Douma. De 2001 à 2006 il est vice-maire d'une ville moyenne et poursuit sa carrière dans cette région de Netets. En 2006, il commence une carrière universitaire, non sans soutient, car sans aucune expérience il obtient très rapidement la direction de la Chaire de théorie et d'histoire du droit à l'Institut juridique de St Pétersbourg. Ce qui lui sert de tremplin pour entrer par la grande porte en politique et de 2011 à 2016 sera député à la Douma fédérale pour le parti communiste.
 
Il votera pour le rattachement de la Crimée et proclamera partout l'amélioration de la situation sur place depuis que la Crimée est russe, comme par exemple sur ce tweet:
Mais ses activités extrapolitiques attirent l'attention des services d'enquête. En décembre 2014, le Comité d'enquête demande à la Douma de lever son immunité parlementaire suite à l'enquête pour prise illégale de possession d'un immeuble dans le centre de Moscou, ce qui est refusé. En avril 2015, la Procuratura demande à ce que son immunité soit levée pour qu'il puisse comparaître comme accusé, mais le président de la Douma affirme alors n'avoir pas reçu les documents de la Procuratura et la demande est refusée encore une fois.
 
Evidemment, lorsqu'aux dernières élections législatives D. Vorononko ne se fait pas élire, il part en Ukraine et demande la nationalité ukrainienne, qu'il obtient. C'est alors que le "régime de Poutine" commence à lui déplaire fortement. Pour autant, le fait de donner la nationalité ukrainienne à un russe + communiste + reconnaissant la Crimée russe passe assez mal dans les milieux radicaux ukrainiens, qui comprennent très bien pourquoi il est arrivé en Ukraine justement lorsqu'il ne bénéficiait plus de l'immunité parlementaire et non plus tôt.
 
L'assassinat s'est déroulé de manière assez étrange, beaucoup disent non professionnelle et fait penser aux règlements de compte des années 90.
 
 
L'Ukraine a évidemment immédiatement accusé la Russie d'avoir organisé le meurtre. Cette version ne convient, à part à la presse française, qu'au pouvoir ukrainien. Car même les analystes ukrainiens ont du mal à défendre cette version, s'appuyant sur plusieurs faits étranges: le tireur avait son passeport sur lui, il avait une arme reconnue pour être utilisée dans les milieux criminels, il aurait perdu son sac etc. Les professionnels auraient pu travailler beaucoup plus discrètement. Les deux versions plutôt retenues sont celles d'un réglement de compte criminel ou d'une réaction des milieux radicaux. 
 
Une autre version également avancée s'appuie sur la conversation téléphonique qu'il aurait eu avec un ancien partenaire et dans laquelle il aurait exprimé sa volonté de rentrer en Russie.
 
Plusieurs éléments, font aussi réagir et certains, en Russie, accusent parallèlement les services spéciaux ukrainiens. La personne considérée comme le tueur avait été blessée, mais rien ne mettait sa vie en danger selon la police. Or, à peine entre les mains des médecins, il meurt à l'hôpital. Ce fait est particulièrement étrange. Autant que la facilité avec laquelle un des gardes du corps, "blessé" par un balle au ventre, sans gilet par balle, se relève et marche à peine appuyé sur la police, qui, bizarrement, lève un blessé, le bouge, sans attendre l'arrivée des médecins.
 
Par ailleurs, si réellement Voronenkov voulait rentrer en Russie, ce qui est possible, l'Ukraine ne peut pas se le permettre. Voronenkov est un escroc et un arriviste. Il est arrivé en Ukraine pour sauver ses intérêts suite à une proposition du Procureur général ukrainien, qu'il connait personnellement. Son niveau de "protection" est donc assez faible, dans un pays où la lutte entre les groupes est très violente, voire primaire. Il a promis de déposer contre Yanukovitch, c'est le prix de son passeport en plus de déclarations fracassantes contre la Russie, comme à la bonne vieille époque bolchévique. Tout ce qu'il pouvait savoir - et manifestement peu puisqu'il ne connaissait pas Yanukovitch - il l'a déjà vendu. S'il fallait le faire taire, c'était avant, maintenant c'est trop tard. Mais s'il veut rentrer, les ukrainiens comprennent très bien qu'il les vendra comme il a vendu la Russie et ne peuvent se permettre cet échec en terme d'image: comment fuire l'Ukraine européano-démocratique? 
 
Ensuite, le tueur présumé a servi dans la Garde nationale ukrainienne et était de nationalité ukrainienne. Il avait sur lui son attestation, il faisait partie du bataillon Donbas. Pour sortir de cette impasse, le conseiller du ministère de l'intérieur Guérashenko déclare qu'il a été retourné par la Russie. P. Parchov est pourtant plus proche d'un petit criminel que d'un agent double. Il avait son petit business illégal et la police l'avait à l'oeil pour ces activités depuis 2011. Un deuxième homme est recherché.
 
Mais évidemment tout cela n'empêche pas la presse française d'y voir la "main du Kremlin" qui évidemment tue partout ces opposants tellement dangereux pour le système. Anectode, pour le souligner, le journal Le Monde cite ... un article d'un journal russe. Etrange pour un pays totalitaire, la presse critique ouvertement le pouvoir et cette journaliste russe et écrivain se porte à merveille et en vit très bien par ailleurs.
 
Que la presse ukrainienne accuse la Russie pour un assassinat d'un ancien député russe et communiste à Kiev perpétré par un membre d'un bataillon nationaliste, soit, mais que la presse française, sans broncher, le répète est désespérant.
 

mercredi 22 mars 2017

Bientôt une visite de députés européens dans le Donbass?

Lors de leur visite en Crimée, à l'occasion de l'anniversaire des trois ans de la réunification de la presqu'île à la Russie, des députés européens ont exprimé leur souhait d'aller dans le Donbass, voir de leurs propres yeux ce qui se passe. 
 
Une délégation d'une vingtaine de personnes composée de députés européens, de politiciens venant de différents pays européens, d'Amérique Latine et de la CEI vient d'effectuer une visite de trois jours en Crimée pour se rendre compte de la situation trois ans après le rattachement à la Russie. 
 
Certains d'entre eux ont exprimé leur volonté d'aller dans le Donbass pour voir par eux-même ce qui s'y passe. Ce souhait a été, notamment exprimé par les députés britannique, tchèque, serbe ou kirghize. Si certains, comme le député britanique, mettent en condition préalable l'accord des autorités ukrainiennes, d'autres, comme le député tchèque, n'y voient aucun intérêt. Les autorités des républiques de Donetsk et Lungansk sont prêtes à garantir leur sécurité, sans aucun souci, comme ils ont l'habitude de le faire pour les délégations de la Croix rouge internationale ou autres organisations internationales. 
 
Il est évident que l'Ukraine ne donnera jamais son accord pour une visite de députés étrangers. Elle vient d'interdire l'entrée en Ukraine à 5 députés européens ayant effectué leur visite en Crimée, alors dans le Donbass ... Ceux-ci risqueraient d'y voir des gens, qui souffrent, mais qui résistent. Des gens dont les habitations sont détruites, les écoles touchées, mais qui continuent envers et malgré tout à vivre et à construire un avenir. Ils risqueraient de voir des gens et non des terroristes ou des bataillons russes. Ce qui serait inacceptable pour la propagande ukrainienne. 
 
Mais c'est aussi le rôle de la diplomatie parlementaire de faire taire les armes et tomber les masques. Espèrons que cette visite pourra rapidement être organisée. 
 

mardi 21 mars 2017

L'Académie des sciences russe continue à se battre

 

V. Fortov, président de l'Académie des sciences de Russie
 
La réforme de 2013 de l'Académie des sciences de Russie continue à porter ses fruits. Maintenant, même élire son président devient de facto impossible. Ou comment l'Académie des sciences risque de perdre le peu d'indépendance qui lui reste.
 
Alors que sous l'Ancien Régime et la période soviétique, l'indépendance de l'Académie des sciences a pu être préservée, le Gouvernement actuel a employé tout l'arsenal méthodologique néolibéral pour y mettre un terme. Sous couvert d'effectivité et de managment (qui peut être contre l'efficacité?), une Agence fédérale a été mise en place, dirigée par un "manager" qui doit libérer l'Académie des soucis matériels. Autrement dit, qui tient les cordons de la bourse. Après beaucoup de débats, de nouveaux statuts ont été adoptés et la vie a repris son cours.

Voici nos publications sur le conflit entre le Gouvernement et l'Académie des sciences:

 

Corporate raid du Gouvernement sur le système de l'Académie des sciences de Russie

 

L'Académie des sciences en sursis

Les députés votent la réforme de l'Académie des sciences et non sa liquidation

Les dangers pour l'Académie des sciences se précisent et se confirment

L'on pensait l'affaire réglée, qu'un certain compromis avait été trouvé entre contrôle et indépendance, mais c'était sans compter les luttes politiques internes, qui manifestent, malheureusement, peu d'intérêt pour l'institution académique elle-même.
 
Ainsi, trois candidats se sont présentés aux élections du président de l'Académie qui devait avoir lieu hier: le président en fonction V. Fortov qui déplait au pouvoir, le président de l'Institut des problèmes d'information et des lasers V. Pantchenko, principal concurrent et "protégé" de M. Kovaltchuk, proche de V. Poutine (Kovaltchuk dont la candidature avait été refusée par l'Académie), enfin le président de l'Institut de biologie moléculaire A. Makarov. La mise en scène fut magistrale, même si le scénario n'a pas totalement fonctionné comme prévu, ces scientifiques sont décidément par trop incontrôlables.
 
La réunion de l'assemblée générale commençait normalement, Fortov a dit quelques mots et passé la parole à A Dvorkovitch, vice-premier ministre, dont la tonalité fut dès le départ choquante. Après avoir félicité les académiciens pour leur travail et leur apport à la science, il a, abruptement, déclaré qu'il considère sans fondement leurs gérémiades et pleurnicheries. 
 
Cette remarque souligne tout le respect de ce Gouvernement pour l'Académie et la science.
 
Ensuite, le secrétaire scientifique du Presidium, Paltsev a pris la parole, laconiquement, pour annoncer que les candidats s'étaient réunis la veille et avaient décidé de retirer leurs candidatures en raison de l'imprécision de la procédure d'élection dans les statuts de l'Académie. Il faut préciser que l'initiative a été prise par les opposants à Fortov, subitement, il y a une semaine. Ils ont demandé et obtenu que les élections soient reportées de 6 mois. Fortov s'est au début opposé à ce coup de force, mais finalement il ne pouvait laisser se dérouler des élections sans candidatures alternatives et s'est donc également retiré. 
 
Sans vraiment entrer dans les détails de ce qui l'a poussé à agir de la sorte, il a simplement déclaré que des gens au Gouvernement et à l'Administration présidentielle ont analysé la question et ont trouvé la solution légitime.
 
Cela ressemble donc à s'y méprendre à un coup de force de certains clans au pouvoir contre l'indépendance de l'Académie, afin d'y mettre "son" homme.
 
Les académiciens réagissent très mal. Pendant ces dernières années, personne n'a rien eu à redire aux statuts et à quelques jours des élections, ils le contestent. Certains critiquent la faiblesse de Fortov dans cette situation. La déclaration de l'académicien G. Messiats est intéressante:
"Tout s'est passé comme une opération spéciale. Je sais que vendredi matin une voiture a été envoyée à Fortov et ils sont partis. Il est revenu dans la journée et il s'est passé ce qui s'est passé. Nous sommes témoins de la manière dont l'on fait de nous, qui sommes patriotes, des ennemis de la nation. Nous ne sommes pas des dissidents quand même!"
Fortov avait voulu se retirer et laisser les rènes à un président par interim en attendant les élections dans 6 mois, mais les académiciens ont refusé et ont voté pour qu'il occupe la présidence lui-même par interim d'ici l'élection du nouveau président.
 
Dans le même ordre d'idée, le directeur de l'agence fédérale gérant l'Académie a demandé qu'un nouveau Presidium soit élu en attendant l'élection du nouveau président. Sa demande a été soutenu par certains académiciens, qui par des attaques frontales ont voulu profiter de l'occasion pour se positionner politiquement. Mais finalement, la demande a été rejetée.
 
L'opération de force n'a pas tout à fait fonctionné. Certes, les élections ont été bloquées, Fortov n'a pas pu être réélu et risque de ne pas présenter sa candidature par la suite, mais il n'a pas été remplacé et le Presidium n'a pas été démis de ses fonctions. Ce qui montre que malgré toutes les attaques politiques dont l'Académie est l'objet depuis 2013, elle a encore des forces de résistance, ce dont le pouvoir devrait tenir compte. Le secrétaire scientifique a donc envoyé au Gouvernement la résolution adoptée.
 
La réaction de D. Medvedev est significative de ce que le Gouvernement s'attendait à une victoire plus facile et complète. Il semble quelque peu perdu et prend constamment les autres membres du Gouvernement à témoin. L'argumentation vole assez bas, est plutôt émotionnelle (comment osent-ils s'opposer?) finalement, au niveau du managment en fait: ce n'est pas un club quand même, ils dépensent de l'argent public et utilisent des immeubles appartenant à l'Etat. Il faudrait qu'ils se mettent d'accord, il ne faut pas laisser passer un collapse.
Certes, le Gouvernement est très intéressé par la science et la recherche et est prêt à apporter toute son aide juridique. La question reste de savoir laquelle? Un projet de loi est à l'étude, selon lequel le président de l'Académie, à l'avenir, serait nommé par le Président de la Fédération suite à proposition de candidatures par l'Académie. 
Paltsev estime que ce n'est pas si grave que cela. Les présidents des universités d'Etat de Moscou et Saint Petersbourg sont bien nommés par le Président russe et leur statut a augmenté, ils sont plus indépendants par rapport aux autres universités. Lorsque la question de l'indépendance se pose, il faut toujours de s'interroger pour savoir par rapport à qui ou à quoi. En l'occurrence, ces recteurs sont certes plus indépendants des scientifiques et universitaires, mais  le danger, pour la science, ne vient pas des scientifiques, ni des universitaires. Or, ces institutions sont maintenant directement connectées aux directives de l'OCDE que transmet le bloc néolibéral du Gouvernement et l'on voit, par exemple, le système de soutenance des thèses totalement perturbé, la restriction des postes et les problèmes récurrents d'élections qui mettent les personnes-clés en position de dépendance. C'est en effet un bel exemple à suivre pour l'Académie des sciences. Même sous l'époque soviétique, l'on n'a jamais vu de tels problèmes pour que les scientifiques puissent choisir librement leur président. Mais, c'est vrai, l'on n'avait pas alors la chance de connaître les recommandations de l'OCDE, le néolibéralisme, les managers ... L'on s'occupait bêtement de la recherche et l'on s'en occupait plutôt bien si l'on en croit les acquis, toujours exploités à ce jour. L'invasion manageriale ne semble pas avoir créé grand chose, développé, commercialisé, rentabilisé, oui. Mais l'on ne parle pas de commerce ici.
La question de la nomination ou de l'élection du président de l'Académie des sciences n'est pas anodine, elle est révélatrice de la conception que se fait le pouvoir de la sciences dont "il a besoin" et du respect réel qu'il a pour les personnes qui y dédient leur vie. Soit, il a besoin d'instituts techniques et d'un "personnel" dévoué devant remplir les commandes, soit il estime que le pays est suffisamment important pour se permettre une véritable politique de recherche avec des chercheurs indépendants. La réponse était évidente sous l'Ancien régime, la période soviétique a réussi à parfaitement conjuguer les deux, et le développement de la recherche scientifique théorique et la recherche technologique en fonction des besoins de l'industrie. Mais la Russie post-soviétique a été fortement désindustrialisée et s'est jetée vers les nouvelles technologies. L'avenir incarné par Skolkovo et ses scandales, Syrius et la connaissance immédiate des enfants géniaux parce qu'enfants. Revenir à un juste milieu ne serait pas un luxe.
Il est dommage que la Russie ne puisse développer à l'intérieur une politique comparable, fonctionnellement, à celle qu'elle développe à l'international. Car avec ces démarches brusques et injustifiées, en permettant à des intérêts très particuliers d'interférer avec l'intérêt public, elle affaiblie non seulement ses structures, mais également le soutien dont l'Etat a besoin, en plus du soutien populaire acquis par le retour de la Russie sur la scène internationale. D'autant plus que l'affaiblissement intérieur consécutif à la mise en place de cette politique néolibérale et clanique, ne pourra qu'entraîner l'affaiblissement de la Russie sur la scène internationale, qui en plus de la lutte contre le terrorisme, le gaz ou le pétrole, doit pouvoir proportionnellement développer les domaines scientifiques ou culturels, sans tomber dans les pièges affriolants de la globalisation.
 

L’avenir des relations entre les Etats-Unis et la Russie

 

Jacques SapirPar  · 

Ceci est la version française (longue) d’un article devant paraître dans The Cairo Review (en anglais).


L’avenir des relations entre les Etats-Unis et la Russie

 

La question des relations entre la Russie et les Etats-Unis va se poser avec acuité dans les prochains mois. Il est clair que cette relation n’a plus la fonction structurante qu’elle pouvait avoir dans la « Guerre Froide ». Les relations entre les Etats-Unis et la Chine, la Russie et la Chine, mais aussi, celles autour de la place de l’Inde, pays courtisé par les trois puissances citées, et enfin autour des pays européens, sont devenues des relations susceptibles d’avoir des effets structurants.

 

C’est le produit d’une évolution que le Général de Gaulle avait anticipé, et qu’il avait cherché à construire, en particulier avec la reconnaissance de la Chine, mais qui ne prend toute sa dimension que maintenant. C’est le produit du monde multipolaire qui est aujourd’hui une réalité. Mais, cette relation entre Washington et Moscou reste d’une importance extrême tant pour les Etats-Unis, la Russie, que pour les autres puissances.

 

Donald Trump à la Maison-Blanche

 

Cette relation est en partie biaisée, pour les observateurs, par les diverses accusations faisant du Président Donald Trump la marionnette de la Russie. C’est un très vieux fantasme dans la politique et la culture américaine. Que l’on se souvienne du film « The Manchurian Candidate » avec Frank Sinatra, film datant de 1962 et réalisé par John Frankenheimer. Mais, c’est un fantasme et non une réalité. Le Général Kevin Ryan l’avait d’ailleurs fort bien expliqué en octobre 2016[1].

 

Non que l’élection de Donald Trump n’ait été préférée par le gouvernement russe à celle d’Hillary R. Clinton. Le gouvernement russe savait qu’il devait s’attendre à une phase de très forte hostilité dans ce cas. La préférence pour Donald Trump était claire, mais aussi les interrogations concernant le personnage. La diplomatie russe, et cela date du temps de l’URSS, est extrêmement conservatrice. Les dirigeants russes craignent par dessus tout d’avoir face à eux des responsables aux réactions imprévisibles. Or, d’une certaine manière, Madame Clinton était prévisible, certes, dans l’hostilité, mais elle était néanmoins prévisible. Or, Donald Trump est largement, et quoique l’on puisse en penser, un inconnu pour les dirigeants russes.

 

Nul ne sait, actuellement, quelle sera sa politique à propos de l’Ukraine ou du Moyen-Orient. Or, ces deux sujets sont critiques pour la Russie et, certainement, le Moyen-Orient, parce qu’il a le pouvoir de déstabiliser l’Asie centrale est aujourd’hui prioritaire pour Moscou. Le dossier du Moyen-Orient inclut la question de l’Iran, bien entendu. Un compromis entre la Russie et les Etats-Unis passe par un accord raisonnable entre l’Iran et les Etats-Unis.

 


L’occidentalisme déçu des dirigeants russes

 

On oublie trop souvent que les dirigeants russes, et Vladimir Poutine en premier, sont en réalité des occidentalistes déçus. Il faut se souvenir que Vladimir Poutine, qui venait alors d’être élu à la suite de la démission de Boris Eltsine, a cherché sans relâche au début des années 2000 à améliorer les relations entre les deux pays. Il a offert des facilités logistiques aux Etats-Unis à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Il a soutenu l’intervention en Afghanistan. Mais, les dirigeants russes ont commencé à s’inquiéter quant il est devenu évident que l’idéologie que l’on appelle « néo-conservatrice » était devenue la seule boussole de la politique étrangère des Etats-Unis. De là date leur opposition croissante à la politique américaine, qu’il s’agisse de l’invasion de l’Irak ou sur d’autres terrains. Le choix du président russe, alors que la Russie était isolée après son opposition à l’intervention de l’OTAN au Kosovo, n’était pas simple. D’un côté, les États-Unis, à partir de 2001, démantelaient unilatéralement un certain nombre d’accords qui avaient garanti la stabilité durant la guerre froide et en particulier le traité ABM, dont l’importance pour la Russie ne doit pas être sous-estimée[2]. De l’autre, ils menaient une politique pour le moins complaisante vis-à-vis du régime des Talibans en Afghanistan, en dépit des informations qui permettaient de prouver que ce pays était devenu une des bases arrière du terrorisme islamiste et de la déstabilisation de l’Asie centrale. Il devient aujourd’hui clair que l’action du président russe était guidée par deux objectifs de court terme : conduire les dirigeants américains à rompre avec la mouvance islamiste fanatique qu’ils avaient flattée trop longtemps et canaliser leur légitime réaction armée dans un cadre multinational. À long terme, il espérait indiscutablement qu’une prise de conscience par Washington des racines même du phénomène terroriste serait la base d’une relance de l’action internationale dans laquelle la Russie trouverait enfin sa place. Cela ne fut pas, et explique bien des choses pour la suite.


Retour en 2007

 

Cette opposition a été clairement exprimée par Vladimir Poutine lors de la conférence de Munich sur la sécurité en 2007[3], il y a de cela dix ans. Ce qu’il a dit, à l’époque, était fondamental, mais ne fut ni compris ni même écouté par les dirigeants américains, mais aussi occidentaux, de l’époque. Eussent-ils écouté ce que disait à l’époque Vladimir Poutine qu’ils se seraient évités bien des déconvenues. Il convient donc de lire avec attention ce texte, qui constitue une définition précise de la représentation russe des relations internationales.

 

Deux points importants s’en dégagent, la constatation de l’échec d’un monde unipolaire et la condamnation de la tentative de soumettre le droit international au droit anglo-américain[4]. « J’estime que le modèle unipolaire n’est pas seulement inadmissible pour le monde contemporain, mais qu’il est même tout à fait impossible. Non seulement parce que, dans les conditions d’un leader unique, le monde contemporain (je tiens à le souligner : contemporain) manquera de ressources militaro-politiques et économiques. Mais, et c’est encore plus important, ce modèle est inefficace, car il ne peut en aucun cas reposer sur une base morale et éthique de la civilisation contemporaine[5] ».

 

En se situant au niveau des principes, Vladimir Poutine fournit aussi les éléments potentiels d’une critique de sa propre politique s’il s’avérait que lui aussi diverge par trop dans son action du cadre qu’il a défini. Que cette reformulation des principes des relations internationales s’accompagne en Russie d’un débat sur le fondement de la démocratie n’est ni neutre ni fortuit. Il n’existe pas de normes reconnues par tous qui pourraient fonder l’unipolarité. Dans son ouvrage de 2002, Evgueni Primakov ne disait pas autre chose[6]. Cela ne veut pas dire que les différents pays ne puissent définir des intérêts communs. Ni même qu’il ne puisse exister des valeurs communes. Le discours de Poutine n’est pas « relativiste ». Il constate simplement que ces valeurs (la « base morale et éthique ») ne peuvent fonder l’unipolarité, car l’exercice du pouvoir, politique ou économique, ne peut être défini uniquement en valeur mais doit l’être aussi en intérêts. L’argument suit ici celui que l’on a évoqué ci-dessus. Faute d’une base morale et éthique permettant de faire disparaître le politique des relations internationales, ces dernières ne peuvent être gérées que par le principe fondamental du droit international, soit la règle d’unanimité et de respect des souverainetés nationales. Or, constate le président russe, les États-Unis tendent à transformer leur droit interne en droit international alternatif.

 

Dix ans après, les dirigeants russes ont le sentiment que les évolutions du monde ont confirmé leurs analyses, mais aussi leurs pires craintes.

 

La nécessité de compromis basés sur le respect de la souveraineté

 

Aujourd’hui, ce que les dirigeants russes espèrent des Etats-Unis, c’est le retour à une politique internationale conçue comme l’expression des intérêts de chaque nation. Là où il y a de la politique, soit des intérêts et des représentations divergentes, il doit y avoir de la souveraineté. Toute tentative d’empiéter sur cette dernière se qualifie alors en tyrannie et justifie la résistance. Cette position constitue en réalité une critique radicale de l’idéologie de la « mondialisation », cette dernière étant ici conçue comme un processus téléologique aboutissant à la « fin » des États et à la disparition de la notion de souveraineté.

 

Les dirigeants russes savent bien que ces intérêts peuvent être divergents, et ils n’ont guère d’illusions sur l’ampleur du rapprochement avec les Etats-Unis. Mais, si ces derniers reconnaissaient la primauté des intérêts sur les principes, alors un compromis deviendrait possible. Or, la paix est toujours construite sur des compromis.

 

Notes

 

[1] http://news.harvard.edu/gazette/story/2016/12/inside-the-hacked-u-s-election/ Voir la note publiée sur RussEurope le 19 décembre 2016, https://russeurope.hypotheses.org/5522

 

[2].Leur intention actuelle d’installer des systèmes antimissiles en Pologne et en République tchèque, soi-disant pour protéger ces pays contre une menace iranienne – argument dépourvu de fondements –, participe de la même démarche délibérément provocatrice.

 

[3].On trouvera une traduction complète et fidèle de ce discours dans la revue La Lettre Sentinel, n° 43-44, janvier-février 2007, p. 24-29.

 

[4] Voir la revue La Lettre Sentinel, n° 43-44, janvier-février 2007, p. 25.

 

[5].Voir la revue La Lettre Sentinel, n° 43-44, janvier-février 2007, p. 25.

 

[6].E. Primakov, Mir posle 11 Sentjabrja, Moscou, 2002, p. 138-151.

lundi 20 mars 2017

Vers un nouveau Yalta

 

Comité d'intégration Russie-Donbass

 

Le 17 mars 2017 a été fondé, en Crimée, le Comité d'intégration Russie-Donbass à l'occasion du 3e anniversaire du rattachement de la Crimée à la Russie. Va-t-on vers un nouveau Yalta?

 

Dans le Palais de Livadia, à Yalta, comme en 1945, s'est tenue l'assemblée constitutive du Forum d'intégration Russie-Donbass, à laquelle ont pris part des députés russes, des membres du Conseil de la Fédération, des représentants des régions, des experts et les dirigeants de DNR et LNR. Si pour l'instant aucune décision politique officielle n'a été prise concernant l'intégration de ces républiques dans la Fédération de Russie, des mécanismes d'intégration sectorielle sont mis en place.
 
 
Le blocus mis en place par l'Ukraine a contraint le Donbass à renforcer ses liens avec la Russie et celle-ci est manifestement prête à assumer ses obligations. Ainsi, le député A. Kozenko a déposé un projet de loi visant, après la reconnaissance des passeports de DNR et LNR, à permettre à leurs titulaires à ne pas avoir besoin d'autorisation de travail en Russie et devant faciliter l'intégration des entreprises dans l'espace russe.
 
V. Konstantinov, premier ministre de Crimée, a insisté sur le fait que l'intégration politique ne devait pas trop tarder, car le retour vers l'Ukraine n'était plus possible. Il est vrai que la Crimée est particulièrement sensible à ces processus, les ayant elle-même vécus il n'y a que trois ans de cela. Et lancer le processus d'intégration du Donbass à l'occasion des cérémonies de commémoration du rattachement de la Crimée est fortement symbolique.
 
Les intervenants ont mis en avant le renforcement prévu de la coopération culturelle, mais aussi dans le domaine médical ou de l'enseignement, des processus d'intégration économique et sociale. A ce jour, la Russie a envoyé 62 convois humanitaires dans le Donbass, mais ce n'est plus suffisant. Pour le membre du Conseil de la Fédération S. Mamedov, si la Russie s'est toujours prononcée pour le respect et l'exécution des accords de Minsk 2, il faut être aveugle pour ne pas voir par la faute de qui ils ne sont pas exécutés et ne le seront pas. Il y a donc une reconnaissance de l'échec de ces accords.
 
Les dirigeants des Républiques de Donetsk et Lugansk ont largement soutenu ce processus qu'ils appellent de leurs voeux, estimant que trois années à verser leur sang pour garder le droit d'appartenir au monde russe légitime leur position.
 
I. Plotnitsky, le dirigeant de LNR, a déclaré que le Donbass était le coeur de la Russie. Il s'est retrouvé en Ukraine à la suite d'une erreur historique qu'il convient de corriger. 
Quant à A. Zakharchenko, le dirigeant de DNR, le Donbass a toujours été intégré dans l'économie russe, que ce soit à la période impériale ou soviétique, et il réoriente son activité, à nouveau, vers la Russie. Quant à l'avenir, ils prennent pour exemple la Crimée.
A la fin de l'assemblée, les participants ont fondé le Comité d'intégration Russie-Donbass, ayant qualité d'association. Il a officiellement pour but de renforcer le processus d'intégration culturelle, humanitaire, économique et sociale.
 
Officiellement, il ne s'agit pas encore d'intégration politique, mais le processus est lancé.
Le choix du lieu pour l'organisation de cet évènement est loin d'être anodin. C'est dans ce Palais qu'en 1945 un nouvel ordre mondial, malgré les résistances des "alliés", fut institué. En lançant le processus d'intégration du Donbass, la Russie se prononce pour un nouvel ordre mondial, multipolaire, dans lequel les Etats sont responsables de leur politique et en assument les conséquences.
 
Il est évident que l'Occident ne va pas prendre la chose à la légère, car il n'est pas prêt de remettre en cause ni ses avantages, ni son impunité. Jusqu'à présent, depuis la chute de l'URSS, les Etats Unis, avec l'OTAN et l'UE, ont pris l'habitude de pouvoir écarter du pouvoir les dirigeants qui dérangent, de faire exploser les pays et les recomposer à leur guise et en fonction de leurs intérêts du moment, de mettre des territoires sous gouvernance internationale et l'Europe de l'Est et la Russie sous "contrôle démocratique". Le tout en se fondant sur sa volonté souveraine et sans avoir à répondre des conséquences de ses politiques, lorsque les Etats sont détruits, la population livrée à elle-même mais les actifs "utilement" répartis entre les sociétés "démocratiques".
La Russie a déjà lancé deux alertes.
 
La première avec l'intégration de la Crimée suite au référendum populaire des habitants de la presqu'île, voulant fuire ce chaos fascisant en Ukraine. Ainsi, le message était le suivant: vous pouvez lancer des mouvements révolutionnaires et faire tomber les régimes, mais dans ce cas il y a risque de perte de l'intégrité territoriale, puisque l'Etat a été remis en cause. 
 
La seconde alerte a été lancée avec la Syrie. Depuis la chute de l'URSS, la Russie ne se mêlait pas des affaires de l'Occident à l'étranger, même dans son étranger proche. En Yougoslavie, elle a pu réagir diplomatiquement, mais elle était encore trop faible pour pouvoir mettre un frein aux appétits occidentaux. Or, le temps a passé et l'Etat a été rétabli. Elle a ainsi, à la surprise générale, répondu à l'appel du Gouvernement syrien pour l'aider à lutter contre les mouvements islamistes, dont certains, comme Al Quaïda, bénéficient d'un soutien ouvert des pays démocratiques.
 
L'intervention militaire de la Russie en Syrie a permis de renverser le rapport de force, ce que la coalition américaine n'a pu ou voulu faire et de permettre de laisser au peuple syrien la liberté de choisir son avenir politique, la décision prise par la coalition américaine de renverser Assad ayant été reportée sine die. Ici aussi, le message est clair: la communauté internationale n'a pas le droit de retirer aux populations nationales le droit de décider de leurs dirigeants sous couvert d'intervention militaire presqu'humanitaire.
 
Pour autant, à chaque fois que la Russie ne fait montre de force, on la considère comme faible. Lorsqu'elle négocie les accords de Minsk, les "partenaires" la font passer du rôle de garant à celui de partie et justifient ainsi l'adoption de sanctions. Quant au discours, il atteint des sommets de violence - pour l'instant verbale. La guerre de l'information discrédite des médias ayant pourtant très longtemps bénéficié d'une excellente réputation, discrédite un système idéologique, le libéralisme, considéré comme libérant l'homme. Ces crises fondamentales de notre système entraînent une période d'hésitation, de vide. Car les médias ne peuvent être remplacés par d'autres plus sûrs et une sorte de guerre interne a commencé, chacun avançant sa Vérité, la radicalisation devenant preuve d'objectivité, la partialité remplaçant l'investigation, la description biaisée l'analyse. Crise idéologique aussi suite à la radicalisation du libéralisme discréditant a priori toute contestation, devenant totalitaire en ce qu'il s'est donné pour mission de créer cet homme nouveau sans frontières et sans culture, cet homme mondialisé.  Mais aucune idéologique acceptable ne l'a remplacé et l'on tourne toujours dans une graduation variable autour du paradigme libéralisme/conservatisme. Les Etats étant classés non pas en fonction de leur politique réelle, mais en fonction de l'image que l'on veut donner d'eux, sachant que "libéralisme" est toujours synonyme de "Bien".
 
L'Ukraine est, en ce sens, un bon pays, car elle a choisi la voie "européenne". Elle est contre la Russie, donc elle est démocratique et libérale. Et l'on ne veut pas voir les groupes néonazis, l'on ne veut pas voir la répression de l'opposition, la destruction des mécanismes judiciaires, les dysfonctionnements du Parlement. Elle est du côté du bien. Et l'Occident ne peut réellement voir le blocus. 
La Russie a envoyé son troisième signal. Dans ce cas, l'on ne laisse pas les populations souffrir parce que les "valeurs" européennes ne permettent plus de les protéger. Elle lance le processus d'intégration du Donbass.
Chaque étape de la radicalisation de la politique menée par ce monde unipolaire arquebouté sur une période révolue a entraîné une réaction asymétrique de la Russie. L'hystérie qui s'empare tant des médias que des politiques occidentaux est surtout le signe de leur faiblesse et de leur démission morale. Ils ne peuvent reconnaître ni leurs actes, ni leur échec et se drapent dans une dignité d'autant plus affichée qu'elle est maltraitée. 
 
Le temps n'est-il pas venu d'en tirer les conséquences? L'ère d'un nouveau Yalta est venue, elle se construira avec ou sans nous.
 

Seul le socialisme résoudra les problèmes. Manifestation des communistes de Voronej

 

20 Mars 2017

Cet article traduit rapidement n’est qu’un exemple parmi d’autres des dizaines de manifestations organisées dans toutes les villes de Russie par les communistes

 

(Note et traduction de Marianne Dunlop pour Histoire et Société)


Le 18 mars les autorités et les médias pro-Kremlin dans le contexte du troisième anniversaire du retour de la Crimée à la Russie ont claironné leurs réalisations, l’unité universelle du peuple et ont invité les gens à des rassemblements et des festivals. Mais, bien qu’ils aient réussi à donner le spectacle de l’unité, cela n’a pas annulé les vraies questions qui touchent les gens. C’est ce que l’on peut constater au vu du grand nombre de participants et de la sévérité des discours lors du rassemblement organisé le même jour par le comité régional de Voronej du Parti communiste dans le cadre des manifestations de toute la Russie contre la détérioration de la vie des gens ordinaires et la politique anti-nationale du pouvoir.

 

Irina Glushkov et Sergey Shcherbakov. Photo Yuri Pashkov

 

18/03/2017

https://kprf.ru/actions/kprf/163396.html

 

Près de la statue de Nikitine se sont rassemblés les militants du Parti communiste, des représentants des mouvements « Enfants de la guerre », « Routiers de Russie », « Stop Nickel », les membres de la communauté des affaires, les initiatives citoyennes opposées à la construction illégale et la destruction de l’habitat des personnes, et les citoyens ordinaires, protestant contre la politique socio-économique du gouvernement actuel de la Fédération de Russie.

 

Des dizaines de drapeaux rouges, des slogans et des affiches:  « En URSS, on a tout construit ensemble, en Russie une poignée de gens privatisent » , « Bas les pattes de la petite entreprise », « Ne poussez pas à bout les automobilistes », « Le peuple a le droit à la vie », « Conservons les emplois! », « Notre patience a atteint ses limites! » « Fonctionnaires, nous ne vous demandons pas d’argent, laissez-nous seulement travailler », « non au capitalisme, oui au socialisme!  » et d’autres reflètent avec éloquence l’engagement ferme des citoyens assemblés.

 

Le meeting a été ouvert par le deuxième secrétaire du Parti communiste, chef de la faction communiste à la Douma régionale Andrey Rogatnev.

 

Dans son discours, il a noté que le sauvetage de la Crimée des griffes de la junte Banderiste et son retour à la Russie, le soutien à la fraternelle Syrie, le renforcement de la défense du pays – ce sont des étapes importantes, correspondant aux intérêts du pays et soutenus par le peuple entier. Mais comment le pouvoir le remercie pour son soutien? L’augmentation des prix et des tarifs, les licenciements, les réductions des salaires et des avantages sociaux, le poids de l’impôt, les nouvelles taxes, l’arbitraire dans les services de logement et communaux, la destruction de l’habitat des personnes au profit des bénéfices des capitalistes avides.

 

– C’est seulement en rassemblant nos forces que nous serons en mesure de résister aux réformes qui s’abattent sur le peuple et ne font qu’enrichir les pouvoirs en place. Jusqu’à quand va-t-on voler le travailleur? Il n’a pas de bonus et de dividendes, de capital et de biens immobiliers, il gagne sa vie avec ses mains et son esprit.

 

Le secrétaire du comité régional du Parti communiste A. Pomerantsev a souligné dans son discours la dégradation de l’image du pouvoir, son incapacité à mener à bien une politique constructive dans l’intérêt des citoyens.

 

– Un grand nombre de problèmes sociaux s’accumulent chaque jour sur les gens. La mairie se désintéresse des besoins et des aspirations des gens du commun, les élus ne s’occupent que de leurs intérêts. Mais le peuple est la principale ressource et le fondement de l’existence du pays.

 

Les gens qui essaient de gagner leur vie sont écrasés par les impôts, les taxes et les extorsions de fonds, les pots-de-vins. Ainsi, les autorités privent les entrepreneurs, les transporteurs, les paysans, les travailleurs de l’occasion de se développer. Ceci est démontré par le fait que dans notre ville rien que l’année dernière ont disparu plus de 600 petites entreprises. Elles ont été balayées en faveur des monopoles et des fonctionnaires profiteurs. Derrière chaque étal, boutique, atelier il y a un propriétaire, les employés et leurs familles, qui maintenant vont rejoindre l’armée des chômeurs.

/…/

Le représentant de l’Association « Routiers de Russie » Pavel Belyayev a exprimé son indignation que toutes les taxes de « Platon » vont dans les poches du privé, la qualité des routes cependant reste la même, le nombre de tronçons payants est en croissance. Et en avril de cette année, les frais de transport, par la grâce des réformateurs du Kremlin, vont doubler. Cela entraînera une hausse des prix des denrées alimentaires, des médicaments, des vêtements etc. Maintenant, les couches pauvres de la population vont devenir encore plus pauvres et seront forcées de renoncer même aux nécessités de base.

 

Un militant du mouvement « Stop Nickel » Alexander Tarakanov a exhorté tous à se lever pour lutter contre le développement du nickel dans la région. Car c’est une bombe à retardement, les conséquences seraient irréparables pour le développement des personnes et de la nature. Même aujourd’hui, dans le processus d’exploration, les boues de forage sont disposées dans une poubelle d’enfouissement classique et des eaux souterraines contenant des éléments radioactifs mises dans le réseau d’eau potable et contaminent l’eau utilisée par les résidents locaux. En conséquence, le quartier Novokhopyorsky est dans les premières places pour le nombre de patients atteints de cancer, les gens boivent de l’eau empoisonnée, respirent l’air contaminé. Mais par ordre des autorités on cache les tristes statistiques au public. Les députés du Parti communiste ont porté le problème à tous les niveaux jusqu’à la présidence de la Russie. Mais Poutine, à la permanence duquel sont parvenues plus de 100 000 signatures de citoyens contre l’exploitation du nickel, s’est contenté d’une réponse formelle, et le gouverneur Gordeev, contrairement à ses promesses d’agir selon la volonté des citoyens, ne fait rien pour arrêter le développement mortel.

 

L’activiste Evgeny Rodin a annoncé un autre sujet d’actualité – la construction d’un crématorium à proximité d’un groupe d’immeubles. Les gens dans la nouvelle cité ont acheté des appartements, puis ont reçu en « bonus » la nouvelle de la construction prochaine d’un crématorium à côté des bâtiments résidentiels. Les habitants de Voronej sont profondément indignés par ce fait, étant donné que les émissions provenant de ces activités sont dangereuses pour les personnes. Des signatures ont été recueillies, envoyées à toutes les instances. Mais le gouvernement ne tient pas compte du peuple. En fait, la pénurie de terres pour les cimetières est créée artificiellement, elle est causée par le transfert des terres entre les mains de commerçants privés, qui partagent généreusement les profits avec les fonctionnaires, une occasion supplémentaire pour soutirer aux gens une énorme quantité d’argent qui veulent une sépulture décente pour un être cher.

/…/

À la fin de la réunion, une résolution a été adoptée, reprenant tous les problèmes causés par les politiques anti-populaires en cours, et exprimant les demandes du peuple. Avec ces documents, les députés du Parti communiste feront appel au centre fédéral, à la direction de la ville et de la région.

 

Les participants de la réunion ont décidé d’organiser un piquet permanent devant le bureau du maire de Voronej avec les exigences pour maintenir les marchés et arrêter d’étrangler les petites et moyennes entreprises, sauver les hôpitaux, les emplois et faire cesser le harcèlement par les autorités sur le peuple.

 

L’événement d’aujourd’hui sera le point de départ pour d’autres actions, qui peuvent devenir plus dures, si le gouvernement ne renonce pas à sa politique.

 

Les gens voient que les difficultés de la vie concernent aujourd’hui pratiquement tout le monde, et commencent à comprendre que la cause de leurs problèmes, ce ne sont pas les mauvais fonctionnaires locaux, comme essaye de nous convaincre « Russie unie », mais le capitalisme imposé par les dirigeants actuels.

 

Il n’y a que le socialisme qui résoudra les problèmes des personnes, et pour son triomphe nous devons combattre ensemble.

Communistes de Kharkov : le 17 mars 1991 ceux qui ont dit « OUI » avaient raison!

 

20 Mars 2017

http://www.kpu.ua/ru/86386/harkovskye_kommunysty_17_marta_1991_goda_te_kto_skazal_da_okazalys_pravy

 

Il y a 26 ans il ne serait venu à l’idée de personne qu’en Ukraine des salaires ne seraient pas payés à temps, ou que le chômage ferait son apparition. Les présidents et les Premiers ministres à l’époque ont tous promis au peuple de l’Ukraine un avenir radieux mais pour finir on a eu : les salaires gelés, les tarifs décuplés, l’augmentation des prix, la pauvreté, la faim et la guerre fratricide.

 

Le coup le plus fort a été porté à l’économie de l’Ukraine à la suite de l’éclatement de l’Union soviétique, et tout au long de la période la destruction de l’industrie s’est poursuivie ; aujourd’hui on commence à parler de la vente des terres agricoles. Pour Kharkov, les 26 ans passés de survie en Ukraine « indépendante » sont des années de dégradation. Des usines mortes et le chômage, l’ukrainisation forcée, la réduction drastique du financement de la science, de l’éducation, de la culture.

 

« On ne peut plus vivre ainsi! ont dit les communistes de Kharkov, les représentants du parti des travailleurs de la Région, les officiers de l’Union panukrainienne des officiers soviétiques, l’association des femmes –travailleuses, et les représentants de l’opposition de gauche qui sont tous desendus dans la rue le 17 mars 2017 pour rappeler à leurs concitoyens les causes et les conséquences de la politique des réformateurs qui en 1991, bafouant l’expression du peuple, ont détruit l’Union des républiques Socialistes soviétiques.

 

Les intervenants ont condamné la destruction et le génocide du peuple ukrainien durant les 26 ans d’« indépendance », notant que la situation tragique présente est due aussi à la passivité de nos concitoyens ukrainiens, qui observent silencieusement le déroulement des faits, et se rendent ainsi complices de ce crime antinational. Les représentants de groupes néo-fascistes radicaux ne sont pas restés non plus les bras croisés.

 

Ainsi, un « des activistes » a attaqué les manifestants, avec le but éminemment pacifiste de s’emparer du haut-parleur et de tabasser tous ceux qui étaient à sa portée. En effet, dans un pays « indépendant » et « démocratique » il est impossible d’avoir un avis distinct de la dictature profasciste, sans parler d’autre idéologie.

 

Il vaut la peine de noter aussi que les gardiens de la paix appelés pour maintenir l’ordre lors de cet événement autorisé par des autorités de la ville, se sont précipités pour régler le conflit, non pas en défendant les manifestants contre l’attaque des nervis, mais pour assurer leur protection.

 

A la fin de la réunion, les participants ont unanimement adopté un Manifeste à l’adresse des traîtres de l’Ukraine –Kravtchouk, Koutchma, Youchtchenko, Yanoukovitch, Porochenko, la Rada et le Conseil des Ministres avec l’exigence de les envoyer dans les poubelles de l’histoire et donner la chance aux Ukrainiens (selon la Constitution de l’Ukraine) de faire eux-mêmes le choix de savoir dans quel pays ils veulent vivre!

 

Traduction Marianne Dunlop pour Histoire et société

Publié par  El Diablo

Vladimir POUTINE: « On n’agresse personne, on ne fait que défendre nos intérêts » [une VIDÉO pour COMPRENDRE la politique de la RUSSIE]

capture d'écran RT

capture d'écran RT

 

Vladimir POUTINE: « On n’agresse personne, on ne fait que défendre nos intérêts » [une VIDÉO pour COMPRENDRE la politique de la RUSSIE]

Lénine, une autre histoire de la révolution russe (documentaire Arte)

a voir absolument, si on excepte qques instant c’est pas trop mal, surtout pour arte.

http://www.arte.tv/guide/fr/065312-000-A/lenine-une-autre-histoire-de-...

Présentation Arte :

En faisant revivre pas à pas la, ou plutôt les révolutions de 1917, de février à octobre, ce documentaire tissé d’archives exceptionnelles montre un Lénine ballotté par la puissance des événements, bien loin de sa légende.

Le 23 février 1917 (8 mars dans le calendrier grégorien), à Petrograd, capitale de l’Empire russe, c’est une manifestation féminine qui amorce la chute du régime. Au lendemain de grandes grèves ouvrières, l’annonce de rationnements supplémentaires dus à la guerre, mais aussi à l’incurie des autorités, jette dans la rue les femmes des faubourgs, qui, au terme d’une marche de six kilomètres, fusionnent avec un convoi de suffragettes réclamant le droit de vote dans une atmosphère de "jour de fête". Le lendemain, 24 février, des masses d’ouvriers en grève chantant "la Marseillaise" envahissent le centre-ville en passant sur la Neva gelée. C’est le début d’une insurrection populaire qui prend de court tous les militants révolutionnaires russes et qui, en quelques jours, la garnison de la capitale se joignant aux insurgés, fait tomber la dynastie tricentenaire des Romanov. Le 2 mars 1917, à la demande de son état-major, Nicolas II abdique en faveur de son frère Michel, qui refuse le trône. Avec à sa tête le prince Gueorgui Lvov et le très populaire député socialiste Alexandre Kerenski, un gouvernement provisoire est chargé de gérer, en concertation avec le Soviet de Petrograd, les incertitudes d’une révolution qui se répand comme une traînée de poudre et la guerre qui se poursuit contre l’Allemagne. À Zurich, Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, le dirigeant exilé des Bolcheviks, un groupuscule marginal au sein du Parti ouvrier social-démocrate, ne prend pas la mesure de ce qui se passe dans son pays…

Déchaînement

Des prémices de la révolution de février à l’insurrection d’octobre, décidée et menée avec succès par un Lénine qui, à rebours de sa légende, a longtemps été ballotté, comme tout le monde, par la puissance des événements, Cédric Tourbe, avec l’historien Marc Ferro et le politologue Michel Dobry, restitue pas à pas l’extraordinaire enchaînement des faits, ou plutôt leur déchaînement. Remarquablement limpide, leur récit commente de formidables archives, qui permettent au sens propre de voir vivre la Russie de 1917 et advenir la révolution. Porté également par les voix de deux témoins éloquents, le socialiste révolutionnaire Nicolas Soukhanov et la journaliste française Marilye Markovitch, le film montre ainsi en détail comment Lénine parvient in extremis à remporter la mise. Il réussit aussi à faire partager l’énergie bouillonnante, euphorique, explosive, de ce moment où le peuple le plus nombreux et le plus opprimé du monde occidental ne remet pas seulement en cause l’autocratie, mais toute forme d’autorité.

URL de cet article 31623 

Journal d’Ukraine de Prilepine : pour un rétablissement

 

17 Mars 2017

Encore une illustration de cette postérité de la Révolution de 1917, l’impossibilité pour un peuple qui est allé jusqu’au bout de lui-même et a tant donné, de faire avec ou de faire sans… Et de se contenter de voir dans le capitalisme la fin de l’épopée. Chaque fois que je lis ce genre de texte je ne puis m’empêcher de penser à la postérité romantique de la révolution française, à la « recherche de la pierre philosophale » de l’utopie tandis que d’autres battent monnaie des intérêts glacés. La colère parfois y compris contre nous Français comme chez Soukourov dans Francophonia, nous qui parlons de révolution et sommes d’égoïstes jouisseurs, trahissant ceux qui ont cru en nous

 

(note de Danielle leitrach)


« La Russie post-Ukraine de Prilepine est une nouvelle utopie, aussi puissante qu’avait pu l’être l’utopie socialiste. »


Julia Breen, publié le jeudi 16 mars 2017

 
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Après Je viens de Russie (mai 2014) et De gauche, jeune et méchant (septembre 2015), les Éditions de la Différence ont publié en février 2017 un troisième recueil d’articles de Zakhar Prilepine, datant des années 2014 et 2015 : Journal d’UkraineDe l’autre côté du miroir.

 

prilepine ukraine

Couverture du livre Chronique d’une guerre en cours de Zakhar Prilepine. Crédits : DR

 

Zakhar Prilepine, écrivain originaire de Nijni Novgorod, ancien combattant des forces spéciales en Tchétchénie, membre du parti national-bolchévique de Limonov… Zakhar Prilepine, 41 ans, mari aimant et père de quatre enfants… Zakhar Prilepine, homme et poète, engagé dans le siècle au sens le plus concret de la formule, dans la grande tradition russe des Pouchkine, Lermontov, Tolstoï et autres Dostoïevski…

 

Zakhar Prilepine devait naturellement, impérativement, aller fourrer son nez dans ce que d’aucuns – pas lui, en tout cas – appellent « le conflit ukrainien ». Prilepine fréquentait les terrasses de Kiev et la gauche ukrainienne bien avant le début du mouvement Maïdan, pressentant l’inévitable scission, alertant – hurlant dans le désert – sur les prémices manifestes de la guerre civile à venir. Il a soutenu les insurgés du Donbass dès le début de la révolte contre le nouveau pouvoir de Kiev, récoltant des dons, affrétant des convois d’aide humanitaire, arpentant la région pour témoigner, tenter de faire entendre un autre point de vue sur la situation que celui du monde civilisé autoproclamé.

 

En face de ce dernier – « communauté internationale », « démocraties occidentales » et consorts –, Zakhar Prilepine défend bec et ongles, corps, cœur et âme, le monde russe. Celui-là qui parle peu et préfère agir, n’attaque que pour se défendre, lève la tête et dé- terre les fusils du fond du jardin quand il se sent menacé dans sa chair – dans sa langue et sa culture. En février 2017, Zakhar Prilepine a pris la tête d’un bataillon de combattants du Donbass – poursuivant par les armes le combat entamé à la plume. Ce Journal d’Ukraine, qui réunit les posts, articles et chroniques de l’écrivain sur le mouvement de Maïdan et la révolte du Donbass dévoile la Russie de l’écrivain – un pays idéal mais non idéalisé, une Russie au meilleur d’elle-même, la plus belle facette, la mieux taillée, du diamant brut.

 

Avant toute chose, la Russie de Prilepine est lasse. Elle est fatiguée de l’injustice et des doubles standards, de l’inégalité de traitement dont elle est constamment victime – quand les médias occidentaux présentent la prise du pouvoir par les armes à Kiev comme un combat pour la liberté, et les mêmes événements à Sébastopol ou Donetsk comme une révolte rétrograde, obscurantiste, manipulée de l’extérieur. La Russie de Prilepine est fatiguée d’être accusée d’« ingérence dans les affaires ukrainiennes » quand l’intervention de Washington ou de Bruxelles passe pour une évidence et une nécessité, est saluée et acclamée.

 

La Russie de Prilepine est lasse, aussi, d’entendre sa minorité « libérale », à l’intérieur, regretter les années Eltsine – règne du chaos, jungle et loi du plus fort, du plus rusé, du moins scrupuleux, du plus avide – et accuser de tous les maux une Union soviétique qui, loin d’être parfaite, rayonnait du moins dans le monde par sa science et sa culture, sa technique et son sport, qui s’efforçait tant bien que mal d’appliquer son idéal d’égalité, de gratuité et de qualité des services publics, qui proposait un rêve.

 

La Russie de Prilepine est lasse de l’aveuglement d’un Occident qui s’obstine à n’entendre que le point de vue de ses dissidents 2.0. Elle est révoltée par le cynisme d’une rhétorique du « Progrès » qui écrase toute pensée libre au nom de la liberté, rejette toute opinion divergente au nom de la démocratie.

 

La Russie de Prilepine est sincèrement désolée de voir Kiev filer droit dans le mur, avec une naïveté confinant à la bêtise. Elle sait combien l’Ukraine post-Maïdan risque de payer sa « croyance dans le progrès et dans le string ». Aussi cher que toutes les anciennes républiques socialistes aujourd’hui exsangues, transformées en vastes parcs d’attractions, privées de leur jeunesse – partie faire maçons et femmes de ménage à Londres, Berlin, Paris.

 

La Russie de Prilepine est malheureuse de voir l’Ukraine, au nom du rejet de l’influence de Moscou, réécrire son histoire en allant puiser ses héros dans les heures les plus sombres – brunes, pour être précis – de son histoire, rayer Gogol et le meilleur de sa propre création littéraire de ses manuels de langue.

 

La Russie de Prilepine est en guerre, surtout. Elle meurt au Donbass, sous les bombes de Kiev, pour défendre sa langue, son point de vue sur le monde, ses choix. Pour défendre ceux de ses enfants que les aléas de l’histoire ont jetés hors de ses frontières terrestres mais qui n’ont jamais coupé le lien avec elle. Pour rétablir son histoire, sa justice et sa vérité.

 

La Russie de Prilepine est en guerre contre un Occident qui se trompe d’ennemi et ignore la poutre dans son œil, qui agonise à petit feu, victime de son vide spirituel et de son ignorance.

 

La Russie de Prilepine est en guerre contre elle-même aussi, tentant de se persuader qu’elle n’a pas besoin de la reconnaissance de l’Europe ingrate, dont elle n’a de cesse de chercher l’amour, qu’elle a toujours défendue, en première ligne, au prix fort, contre les assauts de la barbarie – la vraie ; la terreur nazie hier et aujourd’hui, la terreur islamiste aujourd’hui et demain.

 

La Russie post-Ukraine de Prilepine est une nouvelle utopie, aussi puissante qu’avait pu l’être l’utopie socialiste. Quelque part sur Terre, collectivement, dans le plus vaste pays du monde, affirme l’écrivain, des hommes ont choisi de mourir debout. Et Journal d’Ukraine célèbre cette « nouvelle race d’hommes » engendrés par le Donbass. Ces mineurs qui n’ont pas peur de la mort, ces ouvriers simples et cultivés hérités de l’URSS, ces pères de famille ordinaires capables de sacrifier leur vie à l’Idée. Pendant que l’Occident castre ses hommes et tourne à la pelle des films encensant les conquérants de son passé, la Russie contemporaine accouche de nouveaux héros. Vivants, concrets – tendres et braves.

 

prilepine ukraineLa traduction des posts rassemblés dans Journal d’Ukraine (titre russe : Ce malheur est aussi le nôtre. Un jour, une année), signée Monique Slodzian, est disponible depuis le 9 février 2017 aux Éditions de la Différence, collection Littérature étrangère, 256 pages.

jeudi 16 mars 2017

L'Ukraine prend acte de la séparation du Donbass

La guerre en Ukraine vient encore une fois d'arriver dans une nouvelle phase, qui cette fois risque de durer longtemps. Ce n'est pas la fin de la guerre, mais c'est la fin d'une guerre. Chaque partie vient de reconnaître l'existence d'une frontière posée par les armes, qu'il devient très difficile de déplacer. Les conséquences économiques et politiques sont en train d'être tirées de part et d'autre, le divorce russo-ukrainien est consommé. 
 
Depuis le début du conflit, les relations économiques entre le Donbass et le reste de l'Ukraine ont permis de remplir le budget ukrainien et de faire travailler les habitants des jeunes républiques populaires. Les relations entre la Russie et l'Ukraine, si elles se réduisaient, continuaient quand même. Certes, les films russes étaient interdits, la littérature disparaissait des étales, la population devait être "dérussifiée". Mais les relations entre les oligarques de part et d'autre et le pays "ennemi" n'étaient pas rompues, simplement tues. Les banques russes fonctionnaient en Ukraine (et représentent environ 30% du marché bancaire), les oligarques ukrainiens gardaient des contacts avec la Russie, Akhmetov a, dit-on permis de fixer la ligne des  accords de Minsk aux portes de Mariupole. L'économie devait être, dans l'idée de ces pays nouvellement convertis au dogme libérale, le lien indestructible supérieur à la politique, même à la géopolitique. Les hommes d'affaires ayant besoin d'argent et de faire de l'argent, quoi qu'il se passe. Ils découvrent qu'il existe une force supérieure. La crise ukrainienne pourra servir, pour ceux qui ouvriront les yeux, à relativiser le poids de la toute liberté du business par rapport à la politique dans la logique occidentale.
 
Comme nous l'avions écrit à l'époque (voir ici), la fin de la phase offensive a commencé avec le départ de I. Strelkov et un jeu trouble est mis en place avec les hommes de R. Akhmetov. Depuis un pseudo cessez-le-feu meurtrier est mis en place et des accords de paix sont deux fois négociés, permettant principalement de justifier l'adoption de sanctions contre la Russie. Le dernier moment militairement fort est, en janvier 2015, la bataille de Debaltsevo extrêmement symbolique, qui a montré la faiblesse de l'armée ukrainienne, mais également ici débute la période de l'équilbre des forces. Avec le temps, le Donbass a développé une stratégie défensive, les frontières n'ont pas beaucoup bougées, même si l'Ukraine a fait plusieurs tentatives. C'est ce que l'on a appelé "la guerre molle".
 
Cette stratégie a ses limites, des deux côtés. Elle coûte cher en hommes (surtout côté ukrainien), elle joue sur le morale et coûte cher tout simplement pour des résultats difficilement convertibles en capital politique. En revanche elle a permis à l'Ukraine, ou à ses tuteurs, de gagner le temps nécessaire pour tirer les conséquences militaires et politiques qui s'imposent.
 
Les conséquences militaires
 
Militairement, l'équilibre des forces est tel aujourd'hui, que lancer une offensive réelle obligerait de recourir à une véritable opération militaire, ce dont l'armée ukrainienne n'est pas capable. Ce qui donc, nécessiterait une implication trop franche des "tuteurs". Or, la communauté internationale ne peut aujourd'hui se le permettre, surtout lorsque l'image du pouvoir ukrainien commence à se détériorer dans l'opinion publique occidentale, malgré le renforcement de la rhétorique de la menace russe (voir notre texte ici).
 
Sur ce point, et Kiev et le Donbass sont arrivés à la même conclusion, même si par des voies différentes. En laissant le blocus du Donbass se développer, avec tout son attirail idéologique (on ne commerce pas avec l'ennemi), Poroshenko a voulu donner l'impression d'avoir laissé s'exprimer "la voix populaire" et c'est pourquoi après avoir soi-disant débloqué le Donbass, le SBU a annoncé hier la fermeture des routes et des voies ferrées. L'Ukraine a pris acte de son impossibilité militaire de reprendre le Donbass, de l'interdiction politique de noyer le Donbass dans le sang, elle le raye donc de la carte. Ce que, à sa manière, Poroshenko, déclare aujourd'hui:
 
Le blocus a détruit l'Ukraine dans le Donbass
 
La formulation est particulièrement forte, singulièrement violente. A la mesure de le situation. Acte a été pris. La réaction côté Donbass est également très forte. L'adoption de l'oukase par Zakharchenko fixant la frontière a lancé le mouvement de stabilisation, ou bien l'a entériné.




Il est vrai que la frontière renvoie à la ligne de front, ce qui peut laisser une ouverture, ce que revendique Zakharchenko: le combat n'est pas terminé, la frontière se déplacera avec la ligne de front de 10 ou 50 km s'il le faut, le Donbass n'a pas conclu d'armistice.
 
 
Ce qui n' a pas été fait avec Slaviansk en 2014, ne le sera pas maintenant, alors que les armées ont été "renforcées" de l'extérieur. Pas plus que l'Ukraine, le Donbass ne peut se permettre une boucherie à l'issue incertaine. La ligne est donc fixée pour un certain temps, même de part et d'autre les dirigeants peuvent le regretter.
 
Les conséquences politiques
 
C'est pourquoi, les conséquences ont également été tirées, de part et d'autre, sur le plan politique. Poroshenko a raison, les effets du blocus sont particulièrement dangereux pour l'Ukraine. Si ... si elle avait réellement l'intention de récupérer le Donbass. Or, il est maintenant évident qu'elle n'a pas besoin de ce Donbass. Et la bienveillance des autorités ukrainiennes, au-delà des déclarations, envers le blocus du Donbass est évidente. Lorsque cela est nécessaire, les forces de l'ordre ouvrent le feu, comme le 14 mars contre le député A. Parasiuk qui vient avec une colonne de fanatique remettre de l'huile sur le feu ... à un moment où le pouvoir a besoin de faire baisser un peu la pression, pour reprendre officiellement la main. Ces hommes armés sont arrêtés après le poste de contrôle de Slaviansk et la question est réglée très efficacement:
 
 
Donc Poroshenko et ses tuteurs ont laissé le blocus prendre de l'ampleur, pour permettre la rupture totale des liens politiques et économiques avec le Donbass ... et avec la Russie. Des signes avant-coureurs furent visibles, lorsque le pouvoir a commencé à lacher les oligarques, qui n'étaient plus aussi utiles. Kolomoïsky qui s'est rapidement enfui et dont la banque Privatbank a été nationalisée le 18 décembre 2016, Firtash soudainement arrêté à Vienne en février 2017, quant à Akhmetov, le blocus l'a obligé à faire un choix et mettre un terme à son double jeu.
 
Il a donc été important de gagner du temps, pour prendre le temps de faire le ménage parmi les oligarques qui ne sont plus nécessaires et pour donner aux autres le temps de s'adapter. Par ailleurs, le blocus économique ne touche pas que les oligarques, mais aussi la population. Il était politiquement impossible de prendre cette décision immédiatement à la sortie du Maîdan - sans compter l'espoir de récupérer par une guerre éclaire le Donbass - car la chute du niveau de vie aurait été trop importante et visible, ce qui aurait discrédité la glorieuse "voie européenne". Il a été préférable de laisser pourir la situation.
 
Maintenant, le secteur bancaire russe en Ukraine est sous le feu et l'expropriation se profile. La Sberbank Ukraine a été attaquée, formellement, après que la Sberbank Russie, la maison mère, ait finalement accepté de servir les clients en possession d'un passeport de DNR ou LNR, conformément à l'oukase présidentiel à ce sujet. Si ce n'avait pour cela, un autre prétexte aurait été trouvé, le moment de l'officialisation du divorce est arrivé. Donc, sans aucune intervention de la police, les bureaux de la Sberbank sont attaqués et murés à Kiev par le bataillon Azov, les distributeurs sont rendus inopérationnels. Voir dans la vidéo:
 
 
Les locaux d'une autre banque russe, Alfabank, beaucoup plus importante sur le marché ukrainien, sont également attaqués:
 
 
Ainsi, les groupes extrémistes, en l'occurence Azov, sont utilisés par le pouvoir pour justifier la politique de séparation totale d'avec la Russie. Ils mettent une ambiance devant justifier la réaction de l'Etat, réaction qui n'est pas de rétablir l'ordre public, puisque la police regarde passivement. Ce jeu est particulièrement dangereux, car Kiev peut perdre le contrôle, mais tant que ses tuteurs jouent le jeu, il y a peu de risques. Aucun nouveau Maïdan ne se profile tant que dure le "Projet Ukraine".
En revanche, la limitation des retraits en liquide dans les banques russes est fondée et la Banque centrale demande l'interdiction pour les filiales ukrainiennes de sortir l'argent du pays et de le rapatrier vers la maison mère en Russie. Ainsi, lorsque ces banques seront nationalisées, il n'y aura pas de problèmes particuliers pour le système bancaire ukrainien: les fonds auront été bloqués à l'intérieur du pays et le pouvoir et les oligarques récupèreront les locaux et les parts de marché.
Cette constatation de la nécessité de récupérer le contrôle sur le business a été également faite par le Donbass, ce que l'on a pu voir avec la mise sous administration provisoire des entreprises ukrainiennes, qui doivent désormais reverser leurs impôts dans le budget local.
Sur le plan de la politique économique, le blocus a pleinement joué son rôle de détonnateur.
Par ailleurs, la population a été préparée à la rupture totale avec la Russie par la mise en place de la politique de décommunisation qui est en fait une politique de dérussification. Il faut maintenant totalement bloquer les populations et les liens entre elles, en attendant la prochaine génération. Celle qui est actuellement à l'école et subie un reformatage total. De cette manière, un processus irréversible pourra être lancé, s'il n'est pas interrompu rapidement: même si l'Ukraine ne considèrera plus la Russie, dans 20 ou 30 ans, comme un pays ennemi, parce que le temps aura passé, ce ne sera non plus un pays frère, mais un voisin, un étranger. Peut être sympathique, peut être antipathique, mais dans tous les cas autre. La rupture  de deux peuples qui proviennent de la même source, de deux pays à l'histoire imbriquée aura été consommée dans cette guerre.
 
Quid du Donbass?
 
Et reste ouverte la question de savoir ce qu'il adviendra du Donbass. Les accords de Minsk ont bloqué l'avancée des combattants et finalement seulement un petit bout de territoire a pu être préservé du coup d'état du Maîdan, qui est bien loin de Novorossia, dont il l'idée a été effleurée, bien loin même des frontières des régions ukrainiennes de Donetsk et Lugansk. Ce territoire est incapable de vivre de manière autonome. Soit il constitue une partie, plus ou moins autonome, de l'Ukraine, soit la Russie doit le prendre sous tutelle. Or, le retour dans l'Ukraine est aujourd'hui devenu quasiment impossible. La Russie devra prendre une décision, dont géopolitiquement elle se serait bien passée, peut être, et qu'elle a tenté de ne pas avoir à prendre grâce aux accords de Minsk. Ces accords morts nés sont définitivement enterrés et maintenant il faudra assumer leurs conséquences.
 
PS: Pour les russophones, regardez cette émission, 60 minutes, passée hier soir sur Rossya 1
 
 

mercredi 15 mars 2017

La baisse de la criminalité en Russie

La Procuratura est un organe d'état historique, qui veille à la bonne exécution des lois, notamment en luttant contre les violations des droits des citoyens et des entreprises et peut agir de sa propre initiative ou sur plainte. Hier, le Procureur général a présenté son rapport d'activité annuel, rappelant ainsi son rôle fondamental de la lutte institutionnelle contre la criminalité et la corruption. Les résultats montrent une baisse de la criminalité et une attention renforcée pour la protection des droits des citoyens par l'Etat.
 
La Procuratura a été instituée par Pierre le Grand en 1722. Il l'a immédiatement qualifiée comme l'oeil lui permettant de voir tout ce qui se passe dans le royaume. Hier, lors de la réunion de la Procuratura sous les auspices présidentielles, V. Poutine a rappelé que la Procuratura, si elle n'était plus l'oeil du Tsar, reste l'oeil de l'Etat. Son rôle est fondamental également pour la légitimité de l'Etat, qui ainsi démontre son aptitude à remplir son rôle, ce rôle tant convoité par la société civile.
 
Ainsi, selon le rapport pour l'année 2016 présenté par le Procureur général,  5 millions de violations de la législation ont été mises à jour, 1 million de coupables ont encouru une sanction administrative ou disciplinaire et 23 000 affaires pénales ont été ouvertes. 
 
En ce qui concerne les élections, une diminution significative des violations est constatée avec une baisse de 50% environ des recours des citoyens. Ce qui est un bon signe et l'attention doit être maintenue en vue des prochaines élections présidentielles. L'honnêteté des élections étant une priorité pour la légitimité des institutions. 
 
Dans le cadre de la diminution des revenus de la population suite à la crise économique, une attention particulière a été portée au retard dans le paiement des salaires. Suite aux actions de la Procuratura, 28,5 milliards de roubles de salaires ont été rendus aux salariés et 925 affaires pénales ont été ouvertes à l'encontre des responsables. Pour autant, la situation n'est pas réglée car le montant restant dû est encore très important, même s'il a baissé d'un milliard par rapport à l'année dernière, et constitue 2 milliards 725 millions de roubles. Il est demandé aux procureurs de renforcer leurs efforts, puisqu'environ un quart de ce montant est une dette datant de 2015. 
 
Le financement des services de santé a été augmenté l'année dernière afin d'améliorer la qualité du service et des soins. La Procuratura a mis à jour 85 000 violations de la législation, ayant entraîné la mise en cause de la responsabilité administrative ou disciplinaire de 25 000 personnes responsables. Un grand nombre d'erreurs commises par les entités fédérées et les services de santé concernaient l'assurance médicale obligatoire et la garantie d'accès aux médicaments. Le financement prévu n'était pas suffisant et les gens furent obligés de payer de leur poche; des médecins ont refusé sans fondement d'apporter l'aide médicale nécessaire à des patients, même agés ou en bas âge. Ces violations ne doivent pas rester sans réactions. Parallèlement, le personnel médical doit se sentir protéger contre l'augmentation des agressions perpétrées contre lui, le travail du SAMU doit être protégé et ne peut être entravé par des automobilistes malveillants, la législation doit s'adapter. 
 
Dans le domaine de la protection des droits des mineurs, une attention particulière a été portée au droit au logement des orphelins, à la législation sur l'enseignement, à la protection de la vie et de la santé des enfants. Une expertise de ces droits a été faite dans environ la moitié des régions de Russie, pour voir la manière dont les organes locaux permettent leur garantie. Le résultat est clair: ils n'y arrivent pas. Un nombre important de situations dans lesquelles les enfants vivent avec un proche alcoolique ou drogué n'est pas signalé, de même que les coups portés, même dans les familles d'accueil. Ainsi, 132 affaires pénales ont été ouvertes contre des fonctionnaires des services de protection de l'enfance qui n'ont pas rempli leurs fonctions.
 
Dans l'ensemble, 720 000 violations des droits ont été mises à jour, la responsabilité administrative ou disciplinaire a été mise en oeuvre à l'encontre de 165 000 personnes responsables et plus de 3000 affaires pénales ont été ouvertes.
 
En ce qui concerne les droits des consommateurs, 10 tonnes de produits sous sanction ou dangereux pour la santé ont été détruits suite à la collaboration de la Procuratura avec les autres organes d'enquête. La surveillance des prix des médicaments a fait également l'objet d'une attention particulière. Dans ce domaine, 40 000 violations de la législation ont été mises à jour et ont donné lieu à la mise en cause de la responsabilité adminsitrative ou disciplinaire de 12 000 personnes responsables. 
 
Dans le domaine de la construction, les violations sont en augmentation. Elles ont doublé en ce qui concerne la violation des droits des actionnaires (de 4000 en 2015 à 8 500 en 2016) et sont passées de 500 à 714 en ce qui concerne les constructions défectueuses. 
 
Dans le domaine économique, environ 1 million de violations de la législation ont été mises à jour (achats publics, utilisation des fonds publics, le patrimoine immobilier fédéral). Un problème particulièrement important pour la Russie est lié à l'utilisation des terres. La surface cultivable se réduit en moyenne d'un million d'ha par an, suite à la gestion des terres faite par les pouvoirs locaux et la pollution des sols. 140 000 violations ont été mises à jours, dont 20 000 actes illégaux. 719 affaires pénales ont été ouvertes. 
 
Le lien avec les entrepreneurs a été renforcé et plus de 500 d'entre eux se sont adressés à la Procuratura, pour usurpation de propriété, non paiement d'un contrat exécuté, poursuites pénales infondées etc. Dans environ un tiers des cas, la plainte était justifiée. Un problème en particulier qui touche essentiellement les PME est le non paiement après exécution du contrat. La procuratura a engagé la responsabilité de 2000 personnes responsables dans le cadre du non paiement de contrats conclus par des personnes publiques. 
 
La surveillance des achats publics dans le domaine militaire démontre une tendance positive. Par ailleurs, l'Etat a pu récupéré grâce à l'action de la Procuratura plus de 2 milliards de roubles. Mais la qualité de l'enquête pénale dans ce domaine laisse à désirer. Il est même arrivé que lors d'une enquête, la direction d'une entreprise militaire soit immédiatement changée et les coupables ont continué leurs activités dans une autre entreprise. 
 
La Procuratura renforce son contrôle en matière de lutte contre la corruption. Plus de 325 000 violations en ce domaine ont été mises à jour, plus de 100 000 mesures administratives ont été prises pour un réglement pré-judiciaire et 10 000 recours en justice ont été déposés. Dans la plupart des cas, il s'agit d'une fausse déclaration de ressources et de biens ou d'une déclaration incomplète. Dans les autres domaines, il s'agit essentiellement des "pourcentages" en cas de passation de contrat d'achat public, de détournement de fonds publics etc. Près de 33 000 infractions de ce type ont été enregistrées. 
 
L'on note une baisse de la cirminalité en général pour 2016 d'environ 10%, avec 2 millions 160 mille infractions enregistrées. Un quart de ces infractions constituent des crimes et de délits. Cette catégorie a baissé de 12%.  Pour autant, l'effort de prévention doit être renforcé. 
 
En ce qui concerne le travail des organes de police, la Procuratura souligne la nécessité de respecter les délais d'examen des plaintes et des affaires et s'inquiète de l'augmentation des cas de refus d'enregistrement d'une plainte. L'augmentation est significative, près d'un tiers en un an. Une augmentation de 5% des violations lors des enquêtes préliminaires a également été constatée, qui pouvaient entraîner tant la violation des droits des victimes que des accusés. On notera également l'allongement du délai de l'enquête. Le nombre des personnes en préventive a augmenté de 4% et atteint 26 000 personnes, dont 1300 sont privés de liberté depuis plus d'un an. Une attention particulière est portée aux conditions de vie dans les lieux de détention préventive et à l'accès aux soin (baisse de 64 à 40 les lieux violant ces obligations) et dans les lieux de privation de liberté, ce qui a permis de diminuer le taux de mortalité de 10%. 
 
La lutte contre le terrorisme et l'extrémisme est dans l'ensemble positive. 584 personnes ont été poursuivies pour participation à des mouvements armés illégaux ou terroristes en Russie ou à l'étranger. La lutte contre la propagande est également plus efficace grâce à la collaboration entre les services. 9 organisations ont été déclarées extrémistes et une terroriste par la justice suite aux éléments fournis par la Procuratura. 1200 sites internet ont été fermés 18 500 données effacées des sites. 
 
Publier ces chiffres n'est jamais sans risque pour l'Etat, car toute donnée peut être interprétée différemment selon l'intérêt politique de la personne qui se lance dans cette opération, ce que nous voyons très souvent avec les statistiques judiciaires. Pour notre part, nous retiendrons deux éléments. Le premier est le fait même de la publication qui est une confirmation de la politique de transparence mise en place en Russie. Le second est l'importance de la lutte menée par les organes d'Etat pour garantir l'état de droit, impression qui, volontairement ou non, est violée par l'importance démesurée accordée aux actions des ONG, aux réseaux sociaux etc dans la presse. Sans parler des médias étrangers qui ne voient manifestement pas l'intérêt d'analyser la réalité du fonctionnement de l'Etat en Russie, le réduisant à une carricature focalisée sur la volonté du Tsar.  
 

Publié par  El Diablo

UKRAINE: des violences sur lesquelles l’Union Européenne ferme les yeux

source photo: site france 24

source photo: site france 24

Une conférence était organisée le 28 février (2017), dans l’enceinte du Parlement européen à Bruxelles, par Tatiana Zdanoka, eurodéputée lettonne russophone, membre du groupe Verts/Alliance libre européenne. La conférence avait pour titre « Trois ans après les tragédies de Kiev et d’Odessa, où en sont les résultats des enquêtes ? ». Bruno Drweski, de l’équipe de Ruptures, y a participé.

En février 2014, sur la place Maïdan de Kiev, de nombreux manifestants et des policiers avaient été tués par des tireurs toujours non identifiés et qui, au regard des témoignages, semblent avoir été des agents provocateurs : issus de l’extrême droite nationaliste selon l’opinion la plus élaborée, du gouvernement Ianoukovitch selon les partisans de l’« euromaïdan ».

(...)

LIEN VERS LA SUITE DE L'ARTICLE CI-DESSOUS:

lundi 13 mars 2017

Donbass: Quand l'armée ukrainienne tente une diversion par la mer d'Azov

Le 11 mars, deux bateaux de combats ukrainiens sont entrés dans les eaux territoriales de la République de Donetsk, en violation flagrante des accords de Minsk et dans un silence médiatique auquel nous sommes habitués.
 
 
Le vice-commandant des forces armées de Donetsk, E. Bassourine, a déclaré que samedi, sur ordre du commandant du 73e Centre des opérations spéciales maritimes, le capitaine de 1er rang E. Chevtchenko, deux bateaux de combat ont été envoyés dans les eaux territoriales de la république de Donetsk dans la mer d'Azov, à fin de renseignements et pour organiser des provocations contre les positions des combattants.
 
Les combattants de Donetsk ont ouvert le feu, un bateau a été endommagé, deux militaires ukrainiens ont été tués et trois blessés.
 
L'on peut se demander l'intérêt d'une telle manoeuvre, tant sur le plan stratégique que politique. Par ce types d'action, l'Ukraine se discrédite totalement dans sa volonté d'appliquer les accords de Minsk ou même de trouver une sortie pacifique de crise. Mais il est vrai qu'elle bénéficie d'une couverture médiatique en Occident particulièrement favorable et d'une protection politique qui lui permet, pour l'instant, d'agir en toute impunité. Même ses nationalistes révisionnistes sont invités dans des conférences universitaires, la France a franchi la rouge rouge à force de compromission.
 
N'oublions pas que cette action s'inscrit dans le processus ukrainien de violation systématique non seulement des accords de Minsk, mais également des normes internationales protégeant les civils en temps de guerre. Ainsi, ils continuent à tirer volontairement sur la station de filtration des eaux à chaque fois qu'elle est réparée afin de priver les populations civiles d'eau potable. L'armée ukrainienne utilise l'artillerie environ 1200 fois en 24h, les combattants trouvent des tanks et de l'artillerie lourde ukrainienne sur la ligne de séparation, alors qu'ils devraient être retirés et que l'OSCE regarde ailleurs.
 
Jusqu'à quel moment va-t-on continuer à fermer les yeux?
 

Vendredi 10 mars 2017

Les « groupes de la mort »: repenser notre rapport à internet est une urgence

Des "groupes de la mort" ont été créés en Russie incitant les adolescents au suicide, en prenant petit à petit contrôle de leur esprit. Au minimum, 130 morts à leur actif en moins d'un an et 3 millions de pages sur Vkontakte ayant un hashtag lié au suicide. Certains organisateurs ont pu être arrêtés, d'autres continuent. Et les "Baleines bleues" arrivent en France. Au-delà d'une réponse pénale, n'est-il pas temps de repenser notre rapport à internet? Le réel est bien plus intéressant et riche que le virtuel.
 
C'est le journal Novaya Gazeta qui a attiré l'attention de la société et des organes publics sur l'ampleur de la catastrophe qui touche la société russe: les groupes sur les réseaux sociaux incitant les enfants au suicide. Dans une grande enquête publiée le 15 mai 2016, l'on apprend que, au minimum, 130 adolescents se sont suicidés en Russie entre novembre 2015 et avril 2016.
 
Les mécanismes d'incitation au suicide ont pris des allures presque industrielles. Des groupes sont créés sur le réseau social très à la mode en Russie VKontakte sous des appellations diverses et innocentes et les jeunes sont incités à réaliser des challenges, tout d'abord innocent, mais qui montent en intensité: mettre un hashtag je suis dans le jeu, dessiner une baleine bleue, résoudre des algorythmes ésotériques, puis se scarifer les mains et finir par se pendre ou se jeter dans le vide.
 
Le Courrier de Russie a publié un excellent article en français reprenant les informations de la presse russe à ce sujet et montre le côté viral de ce phénomène chez les adolescents.
 
L'enquête de Novaya Gazeta démonte les mécanismes de "mise en condition". Le symbole est devenu Rina, cette jeune fille de Sibérie qui a changé son nom pour prendre celui-ci est s'est faite décapiter par un train en Sibérie. Sa photo est devenue un symbole pour les adolescents. Plus de 1500 groupes sur VKontakte. L'administrateur de ce réseau social a lancé début 2016 une vaste opération de monitoring et a trouvé plus de 3 millions de message contenant un hashtag lié au suicide. Des mesures ont été prises. Les auteurs ont été contactés individuellement. Il leur a été demandé pourquoi ils mettaient ça en ligne. Selon la réponse, leur page fut temporairement ou définitivement fermée, lorsqu'ils apparaissent comme victime, ils furent orientés vers un soutien psychologique. Par ailleurs un bouton spécial a été mis en place pour prévenir de tout contenu inadéquate.
 
En novembre 2016, un des organisateurs de ces groupes, Philipp Lis, a été arrêté et est actuellement incarcéré pendant que l'enquête se poursuit. Il a à son compte la mort de 15 enfants et 5 tentatives.  Il n'a que 21 ans. Dans différentes régions de Russie, des "administrateurs" sont interrogés, pour l'instant en tant que témoins. 
 
Un groupe particulièrement dangereux, la Baleine bleue, incite les enfants à se lever à 4h20. Ce qui peut paraître innocent, mais permet de les mettre en manque de sommeil et de renforcer leur vulnérabilité. Surtout qu'ils doivent ensuite regarder des vidéos spéciales, écouter de la musique. C'est un conditionnement mental. Puis le décompte de 50 jours se met en marche et les challenges sont de plus en plus important, ils sont "validés" et l'enfant est sous la pression de la communauté. S'il refuse, il reçoit des menaces. Ce jeu morbide arrive en France et la police nationale a déjà prévenu de ses dangers. 
 
Sur Instagram aussi, plus de 45 000 post contenaient des hashtags contenant les mots liés à ces groupes de la mort. L'on y retrouvait les réveilles-moi à 4h20, des photos de bras avec des baleines artisanalement tatouées, des mains blessées etc.
 
Pour autant, ce jeu morbide n'est pas le seul. Il existe une tendance à utiliser les réseaux sociaux à des fins de manipulations. Conduire l'individu à se détruire, partiellement comme avec Salt and Ice Challenge, qui lui vient des Etats Unis, à mettre sa vie en danger comme ce défi lancé aux enfants russes de traverser les rues à la barbe des voitures par le "jeuCours ou meurs, ou l'incitation directe au suicide.
 
Mais d'où vient ce phénomène? L'on aurait pu penser qu'il s'agit d'un problème intérieur russe, si justement ce Bleu Whale Challenge n'exitait aussi dans l'espace post-soviétique (Kazakhstan Kirguisie ...) et maintenant il arrive en France. Des enfants meurent, des organisateurs locaux, d'une vingtaine d'année sont arrêtés ou sous surveillance, déclarent qu'il ne s'agit que d'un jeu ... qui est allé trop loin. Mais est-ce vraiment un jeu, même morbide? Vue l'ampleur, ce peut aussi être une arme.Une arme de manipulation massive.
 
Les autorités réagissent, le législateur russe est en train de discuter d'un renforcement de la responsabilité pénale pour les responsables de ces groupes, mais les autorités seules ne sont pas aptes à lutter contre ce mouvement. Il nous faut absolument repenser notre rapport à la technologie en général et à internet en particulier.
 
Le développement technologique présenté comme une révolution permettant la libération de l'homme de ses contraintes objectives conduit à une aliénation. Sans même parler des problèmes d'atteinte à la liberté liée à la surveillance générale dont nous faisons l'objet, illégalement avec les CIA ou légalement avec toutes les informations que nous donnons de nous-même en ligne, nous assistons à la transformation de ces outils en une "arme" qui se retourne contre nous-mêmes.
 
Et les adultes sont en partie responsable. Pourquoi donner des téléphones connectés à internet aux enfants? Pourquoi normaliser le tchat chez les ado et même chez les enfants? Mettre l'enfant tout d'abord devant l'écran de la télé pour qu'il ne pleure pas, ensuite avec une tablette dans les mains pour qu'il laisse nous tranquille et ensuite se demander où est passée la communication, lorsque d'un coup l'on sort la tête du sac. De cette manière, les enfants sont devenus particulièrement vulnérables, ils ont été déconnextés du monde réel, se renferment sur eux-même parce que le monde des réseaux sociaux est extrêmement violent et l'est en toute impunité. Ils se trouvent au milieu de "faux" amis oubliant qu'il peut en exister de véritables. Ce n'est pas qu'un monde virtuel, c'est un monde trompeur, destructurant au moment où les individus forment leur personnalité.
 
Vous avez remarqué ces tablées de "jeunes adultes", tous assis autour de la même table, ne parlant peu ou pas ou simplement pour commenter ce qui se passe sur l'écran de leur IPhone? L'on pourrait en rire si ce n'était en fait angoissant.
 
Les parents ont créé ce problème, eux-mêmes, parce que "tout le monde" utilise ces gadgets, parce que c'est "tellement pratique", parce qu'il "faut vivre avec son temps". Dans ce cas, nous avons créé un monde particulièrement dangereux et vicieux. Est-ce réellement ce monde dont nous avons besoin? 
 
NON
 

Jeudi 9 mars 2017

L'impasse de la coopération américano-russe

Malgré les déclarations du Président D. Trump affirmant vouloir améliorer les relations entre les Etats Unis et la Russie, aucun réchauffement ne se fait sentir, la ligne semble plutôt être celle de la continuation de la politique de guerre froide menée par l'Administration Obama. Et la candidature pressentie pour occuper le poste d'ambassadeur américain à Moscou ne donne pas beaucoup d'espoir de changement de cap.
 
Le Président D. Trump fait des déclarations aussi variées que, semble-t-il, contradictoires en ce qui concerne la Russie. D'une part il affime la nécessité de la collaboration entre les deux pays, mais il estime aussi que les sanctions doivent être maintenues jusqu'à ce que la Crimée redevienne ukrainienne, autant dire indéfiniment. Il estime impossible de réguler le conflit au Moyen Orient sans la Russie, mais la coopération réelle entre ces pays en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme traine. Et surtout il s'entoure de personnalités ayant un discours particulièrement anti-russe, que ce soit au Département d'Etat ou au Pentagone. La Russie est à nouveau qualifiée d'ennemi des Etats Unis, le Congrès se rappelle l'interdiction faite au Pentagone de commercer avec l'entreprise d'export russe militaire. 
 
Les déclarations de son conseiller en sécurité nationale, Michael Anton, considéré comme le cerveau gris de la politique étrangère de Trump, ne sont pas très claires non plus. Il affirme à un journaliste de l'agence russe d'information TASS:
Je pense que si l'on trouve des modalités de coopération, qui correspondent réellement aux intérêts américains, alors notre Administration pourra mettre tout cela en forme et arriver à un concensus entre toutes les parties intéressées, c'est pourquoi je ne pense pas que la fenêtre soit obligatoirement fermée. Bien sûr, la pression mise par les médias ne nous aide pas dans l'élaboration d'une stratégie politique, mais elle ne peut en préterminer l'issue.
A la question de savoir combien de temps il faudra à la nouvelle Administration pour établir cette politique, la réponse n'est pas plus engageante, si l'on regarde les choses froidement:
Je pense que quelques mois, c'est réaliste, pas quelques semaines. Mais je ne veux pas anticiper sur le résultat. Parce qu'il n'est pas exclu que nous procédions à des consultations entre les services et que nous décidions que nous ne voyons pas le moyen pour que ça marche. Que dans la pratique, personne ne voit comment y arriver.
En traduction, l'Administration Trump est dans l'impasse quant à la détermination de ses relations avec la Russie. A la fois en raison de l'activisme des médias majoritairement pro-démocrates et pro-globalistes qui ne peuvent se résoudre à voir leur clan idéologique perdre le pouvoir et sont prêts à se battre jusqu'au bout pour reprendre les rênes du pouvoir. Pour cela, sans parler de coup d'Etat, il est suffisant d'empêcher de gouverner et de forcer Trump à mettre en place des personnes qui vont restreindre ses possibilités. Autrement dit, convertir le compromis politique en combat. Et D. Trump s'est enferré dans ce mouvement à l'international, pour préserver ses forces dans ce qui est son combat pricipal: la politique intérieure.
 
La prochaine nomination du nouvel ambassadeur américain à Moscou reste dans cette veine. Jon Hutsman est un business man, fut ambassadeur sous les républicains à Singapour en 1992-1993, sous les démocrates en Chine en 2009-2011, ancien gouverneur de l'Utah (2005-2009). Depuis 2014, ce qui est encore plus intéressant, il est président de l'Atlantic Council, organisation fondée pour soutenir l'OTAN dans les pays qui en sont membres. Sa nomination est d'autant plus surprenante, qu'il a soutenu mais aussi fortemet critiqué Trump lors de sa campagne. Or, ce poste est particulièrement sensible vu le contexte géopolitique, comme le rappelle la presse anglosaxonne. Par exemple dans Politico, qui a confirmé l'acceptation par Hutsman de la proposition faite par Trump, l'on peut lire:
Sources say he plans to accept the job, one of the most sensitive and high profile ambassadorships, especially given the FBI and congressional investigations into Russian President Vladimir Putin's apparent efforts to tip last year's election in his favor and contacts between Russian officials and the Trump campaign.
Cette nomination réjouie d'autant plus les "experts" proche de ces milieux globalistes et anti-russes:
En Russie, le cours de la politique américaine laisse de plus en plus perplexe. Certes, il est bien compris que les médias font leur possible pour rendre toute coopération américano-russe impossible, mais force est de constater que les nominations faites par le Président américain ne sont pas de bonne augure pour une réorientation du cap politique. Par exemple, le président de la commission du Conseil de la Fédération pour les affaires étrangères, A. Pushkov, déclare que J. Hutsman ne permettra pas un rapprochement entre les deux pays. Son engagement dans l'Atlantic Coucil allant à l'encontre de cette possibilité.
 
Au regard de cela, la publication d'un sondage réalisé par la Quinnipiac University selon lequel les américains ne seraient à 54% pas satisfaits de la politique de D. Trump à l'égard de la Russie laisse songeur. De quelle politique ne sont-ils pas satisfaits, car elle n'est pas lisible. Regrettent-ils qu'ils aient fait des déclarations envers un rapprochement, ou ses déclarations sur le retour de la Crimée, ou sur le maintien des sanctions, ou sur le danger que représente la Russie? Ce type de sondage est absolument vide de sens dans ce contexte. Mais permet de suggérer sans dire, plus pour former l'opinion que pour l'analyser.
 
Dans tous les cas, la coopération russo-américaine est largement entravée par un contexte de guerre froide, dont la sortie ne semble pas proche.
 

mardi 7 mars 2017

Sberbank: quand la plus grande banque ne reconnait pas la légalité russe

Bien que, en mars 2014, la Crimée et Sébastopol aient été rattachés à la Russie et que le Président vienne d'adopter un oukase reconnaissant la validité des passeports délivrés par les Républiques de Donetsk et Lugansk sur le territoire de la Fédération de Russie, H. Gref, à la tête de la banque publique la plus importante de Russie, la Sberbank, refuse de reconnaître ces territoires et ces documents.
 
Pourquoi la légalité russe ne semble pas concerner la Sberbank et H. Gref?
 
La Sberbank est la principale banque de Russie. Fondée en 1841, elle est aujourd'hui présente dans 83 des 85 entités fédérées russes, 70% de la population utilise les services de la Sberbank, elle concentre 46% des dépots, 38,7% des crédits accordés aux personnes physiques et 32,2% des crédits accordés aux personnes morales. 
 
C'est aussi une banque dont l'actionnaire principal est l'Etat, la Banque de Russie détenant à ce jour 50% + 1 action. 45,6% du capital est détenu par des personnes morales non résidentes, 1,5% par des personnes morales résidentes et 2;90% par des investisseurs privés.
 
En 2007, Hermann Gref est nommé à la tête de la Sberbank à la place de A. Kazmine qui glisse vers la Poste. En 2013, le journal Forbes affirme qu'il est dans le top 5 des managers les plus chers de Russie avec 15 millions $.
 
Dès 2014, la position de H. Gref est claire: il maintient les bureaux de la Sberbank en Ukraine, mais ne travaille pas ni en Crimée, ni à Sébastopol (voir notre article de 2015 ici). Et cette position est constante, malgré les critiques, notamment des habitants de ces régions russes qui rencontrent des difficultés. L'argument avancé est que Gref ne veut pas se retrouver sous sanction. Et si la Sberbank avait publié, il y a peu, une annonce affirmant l'ouverture prochaine de succursales dans ces régions, elle fut rapidement enlevée et l'information officiellement démentie. 
 
Rappelons, que 45,6% du capital est détenu par des investisseurs étrangers, que la Sberbank a accès aux marchés boursiers de Francfort, Londres et aux Etats Unis. Donc, le fait qu'il s'agisse d'une banque publique qui a des obligations envers les habitants du pays est évidemment secondaire face à ces réalités.
 
On notera toutefois que d'autres banques, elles, fonctionnent sur ces territoires, notamment la filliale ukrainienne de la descendante de la Sbercasse encore soviétique, RNKB, qui facture aux criméens un coût d'opération dépassant toutes les limites acceptables, ou encore d'autres banques russes privées comme Alfabanque ou ayant un capital étranger comme Raiffeisen Bank. Mais la Sberbank, elle, non.
 
Et si H. Gref peut en toute impunité traiter de cette manière les habitants de Crimée et de Sébastopol, que ne peut-il pour ceux du Donbass.
 
L'on ne parle pas des bureaux de la Sberbank qui ont été fermés en même temps que ceux des banques ukrainiennes sur les territoires des républiques de Donetsk et Lugansk. Non, l'on parle de l'application de l'oukase du Président russe portant reconnaissance temporaire des documents officiels délivrés par les autorités de ces républiques sur le territoire de la Fédération de Russie (voir notre analyse ici). Acte incontournable, notamment pour assurer le paiement des salaires, autrement qu'en liquide dans une enveloppe.
 
Or, un habitant de Gorlovka, A. Petrov, a tenté d'ouvrir un compte à la Sberbank pour obtenir une carte de crédit. Un refus catégorique lui a été opposé, son passeport délivré par les autorités locales du Donbass n'a pas été considéré comme valable par les services de la Sberbank, qui lui a demandé de fournir un passeport ukrainien. Il a répondu qu'il n'en possédait pas d'autre et ne reconnaissait pas d'autre république.
 
La position de H. Gref pourrait être acceptable s'il s'agissait d'une banque privée. Il pourrait alors, en tant que dirigeant, décider librement de la politique commerciale de la banque, sans autres considérations que son intérêt propre et ses positions politiques. Mais ce n'est pas une banque privée, c'est une banque dont le capital reste majoritairement public, malgré les différentes tentatives de Gref de privatiser totalement l'institution financière. 
 
Depuis 2010, H. Gref plaide en faveur d'une privatisation du capital de la Sberbank. En 2012, D. Medvedev signe un oukase visant à diminuer la participation de l'Etat dans le capital de la Sberbank et 7,6 % du capital est vendu. Mais par la suite, la Banque Centrale a déclaré qu'elle ne vendrait pas d'autres actions et, alors, H. Gref était d'accord. Mais en 2015, peut être en raison du régime de sanctions et du rattachement de la Crimée, il change radicalement de position et plaide pour une privatisation totale de la Sberbank. Sans être soutenu par le Gouvernement. 
 
Toutefois, sa position est claire et ce qui est surprenant est qu'elle n'a toujours provoqué aucune réaction officielle, laissant supposer que les oukases présidentiels, qui sont des actes normatifs obligatoires sur l'intégralité du territoire de la Fédération de Russie, n'auraient finalement que valeur de  ... recommandation? A moins que la Sberbank ne ressorte pas de la juridiction russe. Ce qui peut être un exemple pour les autres entreprises publiques.
 

Les sept prodiges du Turkménistan à l’époque soviétique

 

05 Mars 2017
 
Sept Prodiges Turkménistan

Les sept prodiges du Turkménistan Caspian News

 

Durant l’Union soviétique, un groupe de sept peintres turkmènes a porté, presque à eux seuls, la peinture d’un des pays les plus fermés du monde. Leur art, qui a atteint leur apogée dans les années 1960, est aujourd’hui très peu connu. Portraits à partir du peu d’informations qui nous sont parvenues.

 

Cet article est basé sur une traduction d’un article de Margarita Agadjanian, paru sur Caspian News.

 

Récemment, sur l’immense étendue qu’est Internet, Caspian News a rencontré la mention des « sept prodiges» turkmènes et une multitude d’idées sont apparues, des bandes dessinés de super-héros aux foules dansantes. Mais la vérité s’avérait beaucoup plus captivante.

 

Les « Sept prodiges» désigne en fait un groupe d’artistes du Turkménistan exposé au début de 1971, dans ce qui était alors le Moscou soviétique.

 

Margarita Agadjanian, la journaliste auteure de l’article, a tout de suite voulu en savoir plus : la culture turkmène est associé, pour la majorité des observateurs, aux ornements bariolés des tapis et aux motifs ethniques des pays d’Asie Centrale. La peinture s’est présentée dans toute sa beauté et le nom associé des « Sept prodiges» la rendait presque épique.

 

Un genre très jeune

 

Les origines de la peinture turkmène sont à peine plus anciennes que la peinture contemporaine. En fait, le point de départ peut être placé dans les années 1920 avec Ilya Mazel, qui s’est accidentellement trouvé à Achgabat, la capitale turkmène, au cours de la Première Guerre mondiale. L’artiste, russe, et son camarade de régiment Alexandre Vladytchuk, peintre autodidacte, ont fondé « l’Ecole dynamique des Arts d’orient ».

 

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Bien que l’existence de l’école ne dura que quelques années, l’impulsion au développement des arts était donnée : la conception sophistiquée de la culture de Mazel a contribuée à créer une combinaison unique, qui existait finalement déjà grâce à la tradition de tapis d’ornements et d’arts visuels.

 

Izzat Klychev, inspiration majeure

 

Klychev Portrait Kolkhoze

Portrait d’un kolkhozien par Izzat Klychev Caspian News

Lentement mais surement, dans les années qui ont suivi, des écoles d’arts ouvrent leurs portes au Turkménistan, l’Union des peintres du Turkménistan fait son apparition et les jeunes peintres turkmènes partent étudier à Moscou et à Leningrad. L’un de ces étudiants est Izzat Klychev, le premier peintre turkmène majeur et la principale source d’inspiration pour les membres des « Sept ».

 

Izzat Klychev a été la révélation, la star de sa génération, l’unique représentant de la peinture turkmène. Il est difficile de croire que des couleurs aussi vives, intenses, exaltées soient le fruit d’un homme avec une si pesante destinée.

 

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A 10 ans, Izzat se retrouvait orphelin, en perdant ses parents, déportés dans le Nord du Kazakhstan. Son grand frère s’occupait de son éducation et envoya Klychev à l’école d’art. Klychev n’aura même pas vu la guerre. En 1942, il se porta volontaire pour aller au front, et fut envoyé à Berlin. En revenant, il n’avait pas oublié sa vocation et entre à l’institut de peinture de Leningrad. Son projet de fin d’études, « Dans le désert du Karakoum » lui a valu le succès et inscrit son nom dans l’histoire comme l’un des meilleurs peintres de son temps.

 

Klychev Afghanistan

Afghanistan, par Izzat Klychev Caspian News

Il est impossible d’oublier ses tableaux, leur luminosité, leur originalité – ils conquièrent vraiment le cœur. En société, Klychev était une personne normale, calme et immobile, lui permettant de créer un inaltérable équilibre entre les couleurs et le message graphique de l’œuvre. La série « Ma Turkménie » de Klychev devient une œuvre décisive dans le destin des futurs « Sept ».

 

Un groupe créateur d’émotions

 

Klychev Fête Demain

 
Demain c’est la fête, par Izzat Klychev Caspian News

Ils sont donc sept, presque magiques : Chamouhammed Akmoukhamedov, Tchari Amangueldyev, Stanislav Babykov, Dourdy Bairamov, Koulnazar Bekmouradov, Mamed Mamedov, Djouma Djoumadoury. Les informations sur ces artistes sont rares, comme un simple écho de l’émotion engendrée par ce phénomène. Le caractère unique des « Sept » est indiscutable : aucun peintre turkmène n’a reçu autant de succès, ni avant, ni après. Cette intensité est l’effet que l’on peut obtenir en exposant des artistes exclusivement ensemble.

 

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Le charme de leur travail consistait dans la quintessence particulière des thèmes et des symboles « attendus », de la sécheresse des sujets et de l’atmosphère romantique particulière. L’exposition « Sur la terre de Turkménie » est presque un mythe, que tout le monde désire voir. Qui sont-ils donc, ces messagers des beaux-arts ? Des talents, des chantres de leur patrie, mais en même temps des gens ordinaires, avec leurs destins, leurs choix et leurs peines.

Babykov, l’homme qui a « vendu son âme à la peinture »

 

Babykov Gare Krasnovodsk

La gare de Krasnovodsk, par Stanislav Babykov Caspian News

Stanislav Babykov, maître coloriste « a vendu son âme à la peinture ». Une vie difficile. Il se distingua de ses compagnons et choisit sa voie personnelle, allant à l’encontre de la continuité stylistique de Klychev, vers des formes symboliques plus vivantes et plus volumineuses. Son cheminement allait contre les traditions, ce qui vaudra à Babykov des accusations de trahison et de formalisme, à cause desquelles, malheureusement, son œuvre est restée dans un cercle pour initiés.

 

« Comment ne pas mentir dans l’art ? Cette question est difficile pour nous… Il est clair que les compétences acquises ne sont qu’hypocrisie, que la vie est changeante et instable et il est si difficile de trouver à chaque fois la bonne couleur, les lignes, la couche de peinture, l’emplacement sur la toile, à partir desquels tout devient extraordinaire. C’est justement cette personne essentielle, cet état spirituel transmettant la douceur, l’onctuosité du style, ou une froide arrogance, ou de la sagesse » pensait le peintre.

 

Amangueldyev, l’homme fort qui n’aime pas la facilité

 

Tchari Amangueldyev Peinture

 

 

Peinture de Tchari Amangueldyev Caspian News

Tchari Amangueldyev au contraire, était un clair successeur des traditions de Klychev, développant dans des expressions aux tons lumineux comme un artiste « troublé ». Il a été et resta l’homme fort qui n’aimait pas la facilité : après une enfance difficile dans un orphelinat, il se laisse emporter par la peinture, qu’il n’abandonnera jamais.

 

Il étudie assidument, et connait le succès de son travail et de son obstination, au début au sein des « Sept ». Par la suite, il suivit sa propre voie. Tchari créait toujours des toiles en expérimentant les genres et les thèmes.

 

Bairamov, le chanceux

 

Dourdy Bairamov Peinture

 

Peinture de Dourdy Bairamov Caspian News

Au sein des Sept, Dourdy Bairamov était considéré comme un chanceux, puisque ses professeurs n’étaient autre que Izzat Klichev et Guennadi Broucenov, des illustres maîtres de son temps. Parmi ses camarades, il était le plus jeune peintre et cultivait jalousement sa différence. Le meilleur conseil, simple et banal, mais en même temps si important, qu’il a justement reçu d’eux était « Mieux vaut ne pas imiter, mais créer ».

 

Dourdy Bairamov Autoportrait

 

Autoportrait, par Dourdy Bairamov Caspian News

 
Bairamov s’est révélé avec ses portraits, en représentant ses héros comme Rembrandt, qu’il évoquait comme l’une des sources de son inspiration en utilisant des jeux de couleurs et d’ombres, obtenant une impressionnante énergie vitale sur la toile.

 

Bekmouradov, le taciturne

 

Koulnazar Bekmouradov Peinture

 

Peinture de Koulnazar Bekmouradov Caspian News

On ne sait pas grand-chose de Koulnazar Bekmouradov : peintre et dessinateur, taciturne dans la vie comme dans son œuvre.

L’une de ses toiles les plus célèbres est « Le réveil des silencieuses » sur l’émancipation et l’évolution du rôle des femmes sciemment représentées en habits rouges, couleurs du cœur et de la vie.

 

Mamedov, le talentueux arrogant

 

Mamed Mamedov Patrie Peinture

 

Défendre la Patrie, par Mamed Mamedov Caspian News

Mamed Mamedov possédait un incontestable et arrogant talent, tout comme il possédait un incontestable mauvais caractère. Il composait ses tableaux au début par fragments, puis plus vivement, librement et enfin sûrement et franchement mais avec une retenue raffinée, présentant l’artiste par le prisme de sa personne.

 

Mamedov était fait de contradictions, dont la principale était le conflit entre l’art pour l’âme et l’art pour la beauté.

 

Akmoukhamedov, l’artiste complet

 

Chamouhammed Akmoukhamedov était véritablement un artiste complet : peintre, acteur, écrivain, scénariste et chanteur. Orphelin comme les autres, il était d’une trempe particulière : il ne se pressait jamais et profitait de son temps.

 

En tant que peintre, il était hétéroclite comme pour tout : expérimentait les styles, mais en cela, ne perdait jamais son individualité créatrice et avait droit à sa place parmi les sept meilleurs.

 

Djoumadoury, l’original scandaleux

 

Djouma Djoumadury Peinture

 

Peinture de Djouma Djoumadury Caspian News

Et enfin voici Djouma Djoumadury, scandaleux et original. Il n’était pas peintre et a été le dernier à rejoindre les « Sept ». Djouma était sculpteur, le seul ayant reçu une pure éducation turkmène.

 

Il voyait en l’objectif principal de son art, l’union de l’Orient et de l’Occident, la continuité et la rupture, ce qui le liait avec les autres membres des Sept.

 

Les « Sept », une anomalie

 

Ce phénomène reste une anomalie. Mais elle est à double tranchant : personne n’attendait une telle originalité et un tel professionnalisme de la part de peintres turkmènes, et après avoir produit un tel engouement, comment aurait-on pu prévoir la rapide retombée de leur succès ?

 

Après 1971, il n’y eu plus de nouvelles expositions communes aux peintres ni un quelconque courant global. Pour Margarita Agadjanian, les « Sept » sont restés un mythe, important et nécessaire, une sorte de mystère, qui a trouvé la clé du cœur du public, mais reste tout de même un mythe.

 

Réunis par le hasard et par l’ambition d’être découvert, si différents, unis dans le but commun de s’affirmer, ils ne pouvaient pas devenir quelque chose d’uniforme. Il manquait quelque chose. L’art est un métier pour les solitaires.

 

Traduit du russe par Clémentine Vignaud

Le Turkménistan soviétique (1/2)

 

05 Mars 2017

Le turkménistan soviétique

Le Turkménistan d’aujourd’hui a été fortement marqué par les planificateurs de l’URSS. Mais comment tout cela a commencé ?

 

Des livres parus entre les années 50 et 90 apportent un début de réponse. 

 

Comme tous les Etats centrasiatiques, le Turkménistan est caractérisé la domination soviétique au 20ème siècle. La nation turkmène, ses vêtements, danses et industries ont été créées ensemble dans le cadre de la politique nationale soviétique. De plus, les plus grandes infrastructures agricoles et industrielles ont été réalisées sous l’URSS. Si nous pouvons aujourd’hui observer les traces de la République soviétique socialiste turkmène jusque dans les rues du pays, les publications de cette époque restent les meilleurs guides.

 

Les photos ci-dessous sont tirées du livre «Turkménistan, éditions en langues étrangères de P. Skosyrev, 1957» et du livre «Turkmènes de Larroche et Garanger, 1980» ; «Turkménistan, pays de l’or blanc» de B. Ovezov, collection étude soviétique, 1960. Ainsi que des publications dans le mensuel «Etudes Soviétiques» et de guide touristiques «Turkménie» publié par les autorités soviétiques en langue française, en 1954, 1972, 1986, et 1990.

 

Novastan.org vous emmène faire un petit tour dans le passé du permé le plus fermé d’Asie centrale. Faites passer votre souris sur les images pour afficher les légendes. Pour aller directement à la seconde partie de l’article, c’est par ici.

 

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La nouveauté soviétique au Turkménistan, Kolkhoze, irrigation et industrie

 

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Héritages, traditions et nationalisme turkmène sous l’URSS

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A lire aussi sur Novastan : Turkménistan : le président devient « éleveur des chevaux turkmènes »

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Plus de photos ? Découvrez la seconde partie de notre article en cliquant sur ce lien.

La première femme dans l’espace se dit prête à mourir sur mars

 

05 Mars 2017

 Valentina Terechkova

 
Je l’avais rencontrée à Moscou quand j’étais allée faire un reportage sur les femmes soviétiques (en Biélorussie et au Tadjikistan), mon voyage avait duré plusieurs semaines et il avait débuté par une rencontre avec le Comité des femmes soviétiques dont elle était la présidente. Nous avions beaucoup ri et elle m’avait expliqué qu’elles attendaient une parisienne très chic et qu’elles avaient vu arriver une ukrainienne. C’est vrai qu’à la même époque j’avais assisté à la semaine de l’inde et de l’Union soviétique à la tribune aux côtés d’une femme indienne en sari et on nous avait prises toutes les deux en photos pour être l’image de ces amitiés entre l’Inde et l’Union soviétique. Valentina était très simple et charmante, une communiste avec un idéal… Ses propos ne m’étonnent pas et je pense aussi au très idéaliste Gagarine dont on fête l’anniversaire de l’exploit
 
(note de Danielle Bleitrach).

Elle s’appelle Valentina Terechkova et la Russie s’apprête à fêter le 50eanniversaire de son exploit. Le 16 juin 1963, Valentina Terechkova devenait la première femme de l’histoire à quitter la gravité terrestre. Agée aujourd’hui de 76 ans, elle a fait vendredi dernier une annonce surprenante…

Vendredi 7 juin 2013, alors qu’elle était invitée à la Cité des étoiles près de Moscou pour une conférence, Valentina Terechkova a annoncé que Mars était « sa planète préférée ». Si bien qu’elle a également annoncé qu’elle faisait partie d’un groupe d’étude qui étudiait la possibilité d’aller un jour sur la planète rouge.  Et selon elle : « Les premiers vols seront sans doute des allers simples. Je suis prête à cela. »

 

Il est certain qu’un jour l’homme marchera sur Mars, ce sera peut-être en 2020, peut- être en 2030. La question que nous pouvons donc nous poser est celle-ci : et si le premier homme à mettre le pied sur Mars était une femme ?

Tournée diplomatique de Vladimir Poutine : l’omniprésence de la Russie en Asie centrale

 

04 Mars 2017

Poutine Atambaïev Kirghizstan Cheval

Vladimir Poutine avec son homologue kirghiz le 28 février 2017 : un cheval en cadeau Sultan Dosaliev

Le président russe vient d’achever sa tournée en Asie centrale qui l’a emmené du Kazakhstan au Kirghizstan en passant par le Tadjikistan. En visitant uniquement les pays les plus proches de Moscou, cette visite montre l’omniprésence russe en Asie centrale.

 

Du 26 au 28 février, Vladimir Poutine a visité trois pays centrasiatiques : Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan. Même s’il ne s’est pas rendu en Ouzbékistan et au Turkménistan, il a téléphoné à son homologue turkmène et a envoyé le chef de ses services de renseignement à la rencontre du président ouzbek, Chavkat Mirzioïev.

 

Les visites de Vladimir Poutine en Asie centrale sont régulières : présent aux funérailles de l’ancien président ouzbek Islam Karimov en septembre dernier, le président russe s’était également rendu en visite officielle au Kirghizstan peu après.

 

Lire aussi sur Novastan : Vladimir Poutine à Bichkek pour raviver les liens avec le Kirghizstan

 

Poutine Nazarbaïev Kazakhstan
 
Vladimir Poutine avec son homologue kazakh, Noursoultan Nazarbaïev Kremlin.ru

Comme l’affirme le directeur adjoint de l’Institut pédagogique d’État de Moscou, Vladimir Chapovalov, il s’agit d’un parcours habituel pour le président russe : « Le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizstan sont des lieux de visite traditionnels de Vladimir Poutine. Plus de 20 rencontres avec le président du Kazakhstan ont eu lieu et les relations bilatérales ont été intensives avec les présidents kirghiz et tadjik. »

 

Frontière tadjike-afghane : la sécurité avant tout

 

Vladimir Poutine s’est entretenu avec son homologue tadjik, Emomali Rahmon, le 27 février. La question de la frontière entre l’Afghanistan et le Tadjikistan a été au centre des discussions. Cette frontière, très militarisée, reste une zone sensible non seulement pour les autorités tadjikes, mais aussi pour tous les autres pays d’Asie centrale. Le président russe s’est dit prêt à aider le gouvernement tadjik à renforcer la sécurité de cette zone frontalière.

 

Comme le rapporte RadioFreeEurope, assurer la sécurité militaire au Tadjikistan s’insère dans une politique régionale : Vladimir Poutine a insisté sur le fait que le Tadjikistan est un pays clé pour la sécurité de la région centrasiatique.

 

La Russie détient des bases militaires au Tadjikistan comptabilisant 7 000 troupes afin de garantir la stabilité dans une région dans laquelle la menace islamiste est toujours d’actualité. Présentes à Douchanbé et dans les villes de Kulob et de Qurghon-Teppa, au sud du pays, les forces aériennes russes sont avant tout chargées d’assurer la protection des frontières du sud de la Russie.

Poutine Rahmon Tadjikistan

Le 27 février 2017, le président russe a rencontré Emomali Rahmon, chef de l’ État tadjik, à Douchanbé. Kremlin.ru

D’après le chef de l’État tadjik, la visite de son homologue russe réaffirme « la confiance politique mutuelle » que les deux pays ont toujours entretenu. ASIA-Plus affirme que de nouvelles coopérations dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie minière, énergétique et du textile ont été établies dans le cadre de cette visite.

 

Néanmoins, la coopération bilatérale entre le Tadjikistan et la Russie reste encore « déséquilibrée » avec une Russie qui domine dans les secteurs économiques et politiques. Le Tadjikistan est encore largement dépendant de la Russie, premier pays d’accueil des travailleurs migrants tadjiks, dont les revenus envoyés dans leur pays d’origine représentent presque le tiers du Produit intérieur brut du Tadjikistan.

 

Kirghizstan : un cheval et la stabilité en cadeau ?

 

Le président russe s’est ensuite rendu en visite officielle au Kirghizstan le 28 février. Il s’est entretenu avec son homologue kirghiz, Almazbek Atambaïev. Les discussions ont porté sur la sécurité et la stabilité du pays. Vladimir Poutine s’est réjoui de la stabilité retrouvée du Kirghizstan, alors même qu’un des principaux opposants vient d’être enfermé. Le président russe s’est également vu offrir un étalon kirghiz en cadeau par son homologue kirghiz afin de marquer les bonnes relations personnelles et étatiques retrouvées.

 

Lire aussi sur Novastan : Le principal opposant kirghiz Omurbek Tekebayev arrêté à Bichkek

 

Concrètement, Vladimir Poutine s’est notamment engagé à investir 1,7 milliard de dollars afin de renforcer le réseau gazier du Kirghizstan jusqu’en 2030. Mais, là aussi, ce sont les questions sécuritaires qui ont constitué le sujet principal des discussions.

 

Le chef de l’État russe a rappelé le rôle de la base militaire russe située à proximité de Bichkek, la capitale kirghize, dans la lutte contre les menaces extérieures. Il a cependant assuré qu’il accepterait une éventuelle fermeture de cette base si les autorités kirghizes en faisaient la demande.

 

Kirghizstan Russie Poutine Atambaïev Bichkek

Les présidents russe et kirghiz, Vladimir Poutine et Almazbek Atambaïev, à Bichkek le 28 février 2017 Kremlin.ru

Arkadi Doubnov, expert russe sur l’Asie centrale, explique qu’Almazbek Atambaïev cherche à prouver à son homologue russe que la situation politique du Kirghizstan est stable : ainsi, l’arrestation d’Omurbek Tekebayev quelques jours avant la venue de Vladimir Poutine ne serait pas un hasard.

 

L’Ouzbékistan et le Turkménistan n’ont pas été oubliés

 

Comme l’a titré le site d’informations ouzbek Anhor.uz, « Poutine n’est pas venu en Ouzbékistan, mais Mirzioïev se rendra bientôt à Moscou. » En effet, même si le leader russe s’est rendu physiquement dans trois pays seulement, les deux autres États centrasiatiques que sont l’Ouzbékistan et le Turkménistan n’ont pas été oubliés.

 

C’est notamment ce qu’a rapporté Gazeta.uz : à défaut d’être lui-même présent, le président russe a envoyé une délégation à Tachkent emmenée par le chef des services du renseignement extérieur russe, Sergueï Narychkine. Ce dernier s’est entretenu avec Chavkat Mirzioïev, le nouveau président ouzbek. Une fois encore, les questions sécuritaires ont été mentionnées, notamment la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogues.

 

De son côté, le président turkmène s’est entretenu directement par téléphone avec Vladimir Poutine et le président tadjik le 27 février. Cette conversation filmée pour la télévision russe a notamment porté sur la visite prochaine du président russe au Turkménistan, alors que Gourbangouly Berdimouhamedov a été réélu récemment à la tête du pays.

 

Lire aussi sur Novastan : Turkménistan : 97,69% des votes pour Berdimouhamedov

 

Ces quelques symboles qui ont jalonné la tournée diplomatique de Vladimir Poutine en Asie centrale permettent de montrer de façon ostensible que, même s’il ne visite pas l’ensemble des pays d’Asie centrale, le président russe n’en oublie aucun et que les relations bilatérales avec chaque État demeurent excellentes.

 

Andreï Grozine, responsable du Départment kazakh et centrasiatique au sein de la Communauté des États indépendants (CEI), a résumé par ces mots les visites de Vladimir Poutine auprès de ses homologues de la région : « Le monde change et les pays d’Asie centrale doivent consolider les relations entre eux, ainsi qu’avec leurs alliés naturels et historiques. La visite de Vladimir Poutine constitue, dans ce cadre une « synchronisation des montres ». »

La « déprivatisation » au Donbass : un test de faisabilité, par Andrei Babitsky

 

03 Mars 2017
 

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1 mars 2017

Voir aussi l’article de Karine Bechet-Golovko : DNR et LNR mettent les entreprises ukrainiennes sous administration provisoire. Personne ne semble bien comprendre cette affaire, mais tout le monde en parle, les conséquences semblent colossales pour l’Ukraine… Le KPRF salue cette « nationalisation » qui n’en est pas vraiment une

 

(note et traduction de Marianne Dunlop pour histoire et société)


http://www.vzglyad.ru/columns/2017/3/1/860028.html

 

Je comprends que mon hypothèse semblera audacieuse à beaucoup, mais il est possible que la « nationalisation » au Donbass soit une expérimentation, une tentative de mettre en œuvre au niveau d’une seule région un schéma de déprivatisation partielle.

 

Naturellement, nous ne pouvons que faire des conjectures sur le contexte politique ayant dicté la décision de transférer les entreprises industrielles de LDNR en gestion externe, mais personne ne peut nous interdire de supposer l’existence d’un tel contexte.

 

Le printemps russe au Donbass a été une espèce de test de l’état mental, psychologique et spirituel dans lequel se trouvaient les Russes plus de 20 ans après l’effondrement de l’Union soviétique.

 

Si vous mettez de côté le motif essentiel bien sûr, mais non pertinent pour la Russie, qui a poussé les gens à envahir les rues et les places des villes du Donbass – la protestation contre le nazisme et le coup d’Etat à Kiev – un autre motif bien présent, qui a inspiré des dizaines, voire des centaines de milliers de citoyens, est douloureusement proche et compréhensible pour les Russes.

 

Le mouvement de protestation depuis le début avait une orientation anti-oligarchique prononcée.

 

La demande sociale pour le démantèlement des biens acquis par des moyens injustes a été formulée par les participants des diverses réunions et manifestations si clairement que les gens qui dirigeaient le processus d’accession à l’indépendance du Donbass ont parlé ouvertement de la nécessité de la nationalisation.

 

De plus, en 2014 les dirigeants des républiques ont promis de résoudre ce problème dans un avenir plus ou moins proche.

 

Ensuite, il est devenu évident que couper le nœud d’un seul coup était impossible, car dans ce cas, l’énorme complexe des entreprises industrielles allait s’arrêter, laissant sans travail et moyens d’existence des dizaines de milliers de personnes.

 

Néanmoins l’opinion publique anti oligarchique n’a pas disparu, mais au contraire, s’est renforcée par le fait que les propriétaires ukrainiens d’actifs au Donbass devenaient réellement les argentiers de la politique criminelle de Kiev, investissant par leurs impôts des fonds pour la poursuite de la guerre, pour l’assassinat des habitants de la province, la destruction de ses agglomérations et infrastructures.

 

Cet exemple criant de la manière dont les grandes entreprises sont indifférentes au sort des simples gens, quand dans leur quête du profit, elles sont prêtes à oublier toutes les normes de la morale humaine, je suppose, a dû inspirer non seulement les citoyens des républiques rebelles, mais aussi leurs voisins de l’autre côté de la frontière russe.

 

D’ailleurs, les Russes n’ont pas particulièrement besoin de preuves supplémentaires que le capital qui s’est constitué dans une atmosphère raréfiée de vide moral continue de prospérer à la même adresse.

 

Le pays tout entier se souvient des monstrueuses années 90 du siècle dernier, lorsqu’ils sont loin d’avoir tous réussi le test de survie dans les conditions de pauvreté et de banditisme aveugle.

 

En ce sens, la Russie et le Donbass sont absolument unis dans le rejet des fondements de l’ordre social et politique existant.

 

Le thème anti oligarchique n’a jamais disparu de l’ordre du jour, il n’a jamais perdu de son actualité brûlante et douloureuse, et au fur et à mesure que se résolvaient les problèmes liés aux mauvaises conditions de vie, à la criminalité galopante, au chômage, il poursuivait avec assurance son ascension, grimpant toujours plus haut vers les premières places dans la liste des questions que le Russe moderne considère comme vitales.

 

Et le fait que la protestation contre les débordements nazis sur le Maidan avait un fond anti oligarchique si puissant, a démontré une nouvelle fois que ce traumatisme de naissance était incurable.

 

L’injustice sur laquelle a été construit l’ordre social dans l’espace postsoviétique n’est pas mieux acceptée qu’autrefois, et dans le cas du Donbass, encore moins bien.

 

Je pense que l’image de ce qui se passe dans le Sud-Est de l’Ukraine n’a pas manqué d’impressionner les gens de la lointaine Moscou qui suivent les tendances en matière de développement social russe, et réfléchissent à la façon d’éviter les pires scénarios.

 

Le printemps russe dans l’une des régions les plus industrialisées de l’ex-URSS a clairement démontré que tout ébranlement, peu importe provoqué par quoi, des fondations de la Russie sera accompagné d’un contenu anti-oligarchique, conférant aux processus une dynamique et une puissance impressionnante.

 

Et il est impossible d’éviter cela, tant que vivra chez les gens la mémoire que le fondement du système actuel a été un pillage cynique et sans vergogne des actifs de ce vaste pays, actifs créés par la main de millions de personnes et pillés en un tournemain par une poignée d’escrocs qui ont reçu en raison de leur proximité avec le pouvoir, l’accès à la richesse appartenant à tous.

 

La recherche de variantes permettant de se débarrasser de cette tache originelle, cette filiation liée aux mensonges et aux crimes – voilà ce qui fait l’agenda politique pour aujourd’hui et demain en Russie, quelles que soient les tentatives de bercer le peuple de douces illusions, de plonger l’opinion publique dans un état d’anabiose béate.

 

Il ne s’agit pas de restaurer la justice sociale selon des recettes communistes – la probabilité d’une renaissance socialiste ne sera guère tolérée par ceux qui profitent depuis déjà un quart de siècle d’un capitalisme prédateur.

 

Il s’agit d’interrompre la chaîne d’héritage, de transmission d’une génération à une autre de la croyance que le monde ne peut être organisé autrement, qu’il est fondé sur la volonté criminelle de ceux qui renient les lois humaines  et divines, ont le courage de voler les autres, de les dépouiller de leurs propriétés, leurs Etats et leurs lois.

 

Je comprends que mon hypothèse semblera audacieuse à beaucoup, mais il me semble qu’il y a des raisons de croire que la « nationalisation » au Donbass, qui, au sens strict, n’est pas une nationalisation, soit en fait une expérimentation, une tentative de Moscou de mettre en œuvre au niveau d’une seule région qui, grâce à son isolement peut servir en quelque sorte de laboratoire, d’un schéma de déprivatisation partielle, pour ensuite introduire chez nous des éléments de l’expérimentation.

 

C’est ce qui explique pour moi la douceur avec laquelle se déroule à grande échelle se passage de l’industrie sous le contrôle de l’Etat.

 

Tous, je pense, ont remarqué que de nombreux fonctionnaires de LDNR ne se lassent pas de répéter que nous ne parlons pas d’expropriation, les sociétés ne deviennent pas la propriété de l’Etat, simplement on enlève aux propriétaires le droit de gérer leurs propres actifs. C’est pourquoi, d’ailleurs, toutes ces supputations sur le fait que des oligarques russes auraient l’intention de s’en saisir sont à mon avis dénuées de sens.

 

Un crime ne peut pas être effacé par une action similaire, qui ne ferait que multiplier la série des méfaits, rendant la situation encore moins tolérable du point de vue de la morale et du droit.

 

Par conséquent, il ne s’agit pas de piller les pilleurs, la dé-privatisation est un processus à plusieurs niveaux impliquant des manœuvres subtiles uniquement dans les limites du droit.

 

Créer un nouvel ordre social, en mettant dans son squelette les mêmes problèmes liés à une discrimination totale, d’un propriétaire même illégitime, conduit toujours à former une structure instable, comme l’est n’importe quel système post-soviétique.

 

Je comprends que beaucoup de mes hypothèses semblent absurdes et délirantes, même à moi elles m’apparaissent comme telles, mais personne ne peut nous interdire de rêver. Donc, rêvons au moins un peu!

 

Traduit par Marianne Dunlop pour Histoire et Société

 

Voir aussi à ce sujet: DNR et LNR mettent les entreprises ukrainiennes sous administration provisoire. Karine Bechet-Golovko.[Suite…]

Nouvel An chez les bouddhistes russes : Taysaev a souhaité une Bonne Fête aux communistes des républiques de Bouriatie, Kalmoukie et Touva

 

01 Mars 2017

En Bouriatie, Kalmoukie et Touva est largement célébréela fête nationale du Nouvel An selon le calendrier lunaire, et à cet occasion le secrétaire du comité central du Parti communiste, premier vice-président du CA UCP-PCUS, membre du Comité de la Douma sur les affaires de la CEI, l’Intégration Eurasienne et les relations avec les compatriotes, Kazbek KutsukovichTaysaev, a envoyé un message de félicitation aux communistes et à tous les habitantsde ces Républiques.

 

Service de presse de l’UCP-PCUS

 

28/02/2017

https://kprf.ru/kpss/162872.html

« Je vous félicite cordialement à l’occasion du Nouvel An selon le calendrier lunaire – Sagaalgan, Tsagaan Sar, Shagaa – est une fête nationale majeure en Bouriatie, Kalmoukie, Touva, elle est célébrée par tous, jeunes et vieux.

 

Ces républiques ont toujours été célèbres pour l’amitié des peuples, la pénétration mutuelle des cultures. C’est pourquoi la célébration de la Lune blancheest commune à tous les adeptes du bouddhisme dans notre multinationale Russie. Cette fête ancienne symbolise l’harmonie entre l’homme et la nature, la rénovation constante, la vigueur et la santé. Elle est associée toujours à un sentiment d’espoir de renouveau, de bonnes et belles attentes. La fête de la Lune blanche rassemble autour d’elle non seulement des représentants de Touva, des Bouriates et des Kalmouks, cette Fête du Printemps est célébrée aussi par les Russes, les Tatars, les Kazakhs et les autres habitants de la République. Des liens étroits d’amitié, une histoire commune et un destin commun a longtemps lié les peuples vivant sur les terresanciennes et hospitalières de Touva, Bouriatie et Kalmoukie.

 

La confrérie bouddhiste traditionnelle de Russie travaille à renforcer la foi, les fondations spirituelles et morales de la société, faisant renaître le mode de vie traditionnel des peuples. Elle apporte également une énorme contribution au développement du sport national.

 

C’est intérêt est partagé par le premier secrétaire du Comité du Parti communiste de la république de Bouriatie VyacheslavMarhaev qui, endossantles nobles idées de l’internationalisme, fait beaucoup pour la consolidation et l’unité de la société multinationale de la république.

 

Il en est de même pour premier secrétaire du Comité du Parti communiste de l’kalmouk républicain Nicolas ErdneevichNurov, dont le travail est basé sur une compréhension profonde des particularités nationales et religieuses de chacun des peuples vivant en Kalmoukie.

 

Les objectifs de renforcement de la paix et de l’harmonie inter-ethnique ontaussi toujours été au centre des préoccupations du premier secrétaire du Comité républicain Touva du Parti communiste Sergueï SyuryunovichSalchak, jouissant d’une autorité bien méritée et respecté par toutes les nationalités vivant dans la république.

 

Le résultat de ce travail des communistesestune unité nationale étonnante et une grande amitié, qui est la base sociale et nationale pour le succès et les réalisations des peuples de Bouriatie, Touva, Kalmoukie.

 

Je souhaite à tous ceux qui célèbrent cette fête, indépendamment de leurs croyances idéologiques, la prospérité, la paix, la prospérité et la santé! Que les difficultés et les épreuves restent dans le passé. Que l’année soit fructueuse et abondante, et les beaux jours de la fête apportent à chaque maison, chaque famille, harmonie, bonheur et prospérité.

 

Traduit rapidement par MD pour H&S

mercredi 1 mars 2017

DNR et LNR mettent les entreprises ukrainiennes sous administration provisoire

Depuis minuit, les entreprises soumises au droit ukrainien fonctionnant sur le territoire des républiques de Donetsk et Lugansk qui ont refusé de s'enregistrer dans ces territoires passent sous administration provisoire. Avec la reconnaissance temporaire des passeports de ces républiques par la Russie, c'est une mesure de plus due au blocus énergétique décidé par Kiev qui tend à éloigner encore plus le Donbass de l'Ukraine et rendre leur fracture définitive.
 
Depuis plus d'un mois, les radicaux ukrainiens ont installé un blocus énergétique autour du Donbass. Etrangement, alors que les autorités ukrainiennes déclarent que ce blocus porte atteinte aux intérêts de l'Ukraine avant tout, puisqu'elle est dépendante du charbon de cette région, aucune mesure n'est prise pour y mettre fin. Avakov, le ministre de l'intérieur justifie son inaction par une soi-disant absence d'ordre d'agir et le Premier ministre Groïsman propose aux personnes touchées par le blocus d'aller elles-mêmes discuter avec les radicaux. Pour leur part, les radicaux se cachent au milieu de retraités, ces "pacifistes" devant les protéger de leur corps face à la police. Ce schéma rappelle celui du Maîdan.
 
La première réaction à ce blocus fut la reconnaissance temporaire par la Russie des passeports et documents délivrés par les autorités de DNR et LNR à leurs ressortissants, afin, justement de les désenclaver (voir notre article ici) en attendant l'application des accords de Minsk.
 
Suite à ce blocus certaines usines métallurgiques étaient sur le point de fermer, des milliers d'emplois étaient en jeu. Dans un premier temps, la Russie a livré le charbon nécessaire au fonctionnement de ces usines, puisque celui produit dans la région ne peut être utilisé à cette fin. Elle a ainsi permis d'éviter une énorme crise sociale et humanitaire.
 
Lundi, les dirigeants des républiques de Donetsk et Lugansk ont lancé un ultimatum:
 
 
Les entreprises ukrainiennes fonctionnant sur le territoire des républiques de Donetsk et Lugansk ont eu jusqu'au 1er mars pour s'enregistrer fiscalement dans le Donbass et entrer dans la juridiction des républiques, ce qui implique de ne plus payer leurs impôts à Kiev, mais localement. Dans le cas contraire, ces entreprises passeront sous administration provisoire, sans qu'une expropriation formelle ne soit toutefois réalisée.
 
Selon le ministère ukrainien pour les territoires temporairement occupés, tout business man qui quitterait la juridiction ukrainienne mettrait en jeu sa responsabilité pénale pour terrorisme financier.
 
Il faut dire que malgré les déclarations de patriotisme économique, les autorités ukrainiennes continuaient de commercer avec le Donbass puisque la ligne de front passe au milieu du territoire qui aurait pu autrefois fonctionner en circuit fermé. Les usines et les mines de charbon sont de part et d'autre de la ligne de front et ne peuvent fonctionner les unes sans les autres. C'est aussi une des conséquences des accords de Minsk, une sorte de "garantie" de dépendance des républiques de Donestk et Lugansk.
 
Si la situation est celle d'une guerre civile, ce type de décision est politiquement logique. Mais elle oblige à réorienter les flux commerciaux et budgétaires. C'est pourquoi les autorités locales affirment s'être préparées à cette éventualité depuis un anNous ne sommes pas dans le cadre d'une réaction émotionnelle, mais dans celui d'un changement de stratégie politique. Elles ont mis ainsi en place des structures composées de représentants des ouvriers de ces entreprises, des syndicats professionnels, de députés locaux et d'ONG locales. Ces organes ont pour mission d'aider les entreprises à passer sous juridiction de DNR et LNR, à réorienter leur production, à développer leurs activités commerciales avec d'autres partenaires, notamment en Russie et en Chine.
 
Cette décision porte un coup très important aux oligarques locaux, qui généralement ne soutiennent pas les autorités locales: la politique étant mauvaise pour le business. Par exemple, l'oligarque Akhmetov possède dans le Donbass 47 entreprises (des usines métallurgiques, des mines etc) et emploie environ 120 000 personnes. S'il verse ses impôts dans le Donbass et non en Ukraine, le budget ukrainien va perdre environ 2,5 à 3 milliards de gryvnia, ce qui sera autant de versé dans le budget des républiques.
 
Pour autant, tout n'est pas simple. Certains hommes d'affaires refusent cette mise sous administration provisoire pour raison politique, qui risque de provoquer leur faillite personnelle. Les autorités locales ont promis de ne pas toucher aux emplois et de tenter de relancer les entreprises qui ont dû fermer suite au conflit. Elles se donnent une période transitoire de 2 mois environ.
 
La transition ne va pas être simple, mais elle est d'une importance considérable pour les autorités locales, car si le pari est gagné, elles renforceront leur autonomie budgétaire et donc leur poids politique. Pour Kiev, c'est une très mauvaise nouvelle, car la politique menée par l'Ukraine semble conduire vers une inéluctable séparation de ces territoires. En ce qui concerne la Russie, elle est dans une situation délicate. D'une part, elle est obligée, au minimum moralement, de soutenir, notamment économiquement, ces territoires qui ne pourront évidemment réussir seuls leur transition. D'autre part, cela sera perçu sur la scène internationale comme une violation de plus des accords de Minsk. Mais ces accords de Minsk existent-ils encore?
 

Moscou dévoile son Centre d’art contemporain de demain

 
28 Février 2017

 

Geometry of Now a su étonner, publié le mardi 28 février 2017

Du 20 au 27 février, la fondation artistique russe V-A-C a ouvert pour la première fois (et la dernière avant l’inauguration officielle) les portes de son futur Centre d’art contemporain moscovite, à l’occasion d’un grand festival international d’arts sonores – Geometry of Now. Le Courrier de Russie y était et vous explique pourquoi il s’agissait d’un événement majeur de la vie culturelle moscovite.

 

Geometry of now moscou
Salle principale des machines de GeS-2 sonorisée par Jana Winderen. Crédits : Ivan Erofeev

 

L’imposant édifice de la Station électrique étatique n°2 était le dernier bâtiment encore à l’abandon de l’île très courue de Krasny Oktiabr, en plein cœur de la capitale. Un vestige d’une époque que ses voisins n’ont, pour la plupart, pas connue. Construite en 1904 afin d’alimenter en électricité la première ligne de tramway moscovite, la GeS-2, de son nom d’artiste, a desservi le quartier en courant puis, à partir de 1956, en eau chaude, jusqu’à sa fermeture totale en 2006.

 

Onze ans plus tard, le temps d’une semaine, la chaleur a ré-investi l’espace vide de la centrale. Ses murs ont vibré à nouveau – bien que différemment. La fréquence mécanique d’antan a laissé la place à sa cousine électronique. Pure. Sensible. Car le festival Geometry of Now se voulait une « étude fondamentale du son dans l’espace ».

 

Des termes savants, une idée compliquée : déjà sur le papier, Geometry of Now n’était pas des plus accessibles. Puis, l’énorme friche. Vide, froide. Des salles aux hauteurs gigantesques. Des haut-parleurs. Et du son. Micro, macro, nano. Et aussi du bruit. Mais pas n’importe lequel.

 

 

Pour cette initiation à l’art sonore, les organisateurs avaient convié la crème de la discipline. L’artiste norvégienne Jana Winderen faisait découvrir ses enregistrements de fonds sous-marins dans la vaste ex-salle des machines, tandis que le Canadien Crys Cole passait en boucle le son du montage d’une pyramide en briques. Les étages inférieurs et supérieurs poussaient davantage encore l’ouïe dans ses retranchements. Le Français Christophe Charles et le Japonais Kozo Inada prenaient en tenaille le visiteur dans un vieux monte-charge à travers une confrontation de sons désorganisés. Plus profond dans la recherche, le Russe Gleb Glonti poussait le vice jusqu’à transformer le « spectateur » en créateur sonore, dans un milieu privé de toute sonorité numérique ou analogique.

 

Bref, il fallait oser, dans une Moscou très novice en la matière. Et Geometry of Now a su étonner. Non seulement en accrochant un vrai Kandinsky dans un placard à balais, mais aussi en confiant les commandes du projet au très ovniesque artiste anglais Mark Fell, qui a réussi à mélanger un aspect puriste du son dans les expositions de jour et un programme de soirées digne des meilleurs festivals musicaux (Lee Scratch Perry, Terre Thaemlitz, Mumdance, etc.). « Je ne voulais surtout pas reproduire la culture russe à travers les stéréotypes occidentaux que sont l’histoire de son cinéma et de sa musique expérimentaux. J’ai choisi de me consacrer à l’étude du nouvel art russe, jusque dans ses aspects les plus underground », a commenté Mark Fell pour la revue culturelle Afisha. Sur les quelque 70 artistes invités, la moitié étaient ainsi originaires de Russie.

 

Un mécène en or

 

Geometry of now moscou
Russell Haswell au festival Geometry of Now à Moscou. Crédits : V-A-C/FB

 

Derrière cette folie : beaucoup d’arg… – oups, lapsus ! – la fondation d’art contemporain russe V-A-C, pour Victoria – The Art of Being Contemporary. Créée en 2009, l’organisation s’est fixé pour mission de présenter l’art russe d’aujourd’hui à l’ouest des frontières du pays et de soutenir les jeunes artistes émergents. Surtout, le fonds est dirigé par M. Leonid Mikhelson, alias CEO du géant gazier Novatek, alias l’une des trois plus grandes fortunes de Russie (14 milliards de dollars).

 

V-A-C possède également une salle d’exposition au palais delle Zattere, à Venise, et détient une très large collection d’œuvres russes et étrangères, dont des travaux de Vassily Kandinsky, Nathalie Gontcharoff, Andy Warhol et Gerhard Richter. Pour compléter son palmarès et affermir sa position en Russie, la fondation a décidé d’acheter la station GeS-2 en 2014, à son propriétaire Gazprom, pour 1,7 milliard de roubles.

 

Ges2 Moscou
Bâtiment du GeS-2 à Moscou. Crédits : V-A-C/FB

 

V-A-C compte y créer un Centre d’art contemporain digne de ce nom avec salles d’exposition et de cours, cafés, bibliothèque, librairies, auditoire de 350 places et… forêt de bouleaux. Un projet faramineux, confié à un architecte qui l’est tout autant : Renzo Piano – il signore Centre Pompidou de Paris. Et le maestro a déjà plein d’idées en tête pour la GeS-2. « Je veux faire pousser une nouvelle forêt dans le centre de Moscou. À première vue, une forêt n’apporte rien, mais elle offre de la beauté – et celle-ci est parfois capable de changer le monde… Je vois ce projet comme la création d’un territoire pour les Moscovites, où ils se rencontreront et comprendront que des valeurs mutuelles les unissent. Lesquelles ? Aucune importance. Ce peut être l’amour pour la nourriture, la musique allemande ou, dans notre cas, l’art contemporain », a baratiné Renzo Piano à nos collègues d’Afisha.

 

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Projet de restauration de GeS-2 pour la fondation V-A-C. Crédits : Renzo Piano Building Workshop

 

La fin du chantier, estimé à 150 millions d’euros selon The Art Newspaper, qui cite Antonio Belvedere, partenaire chez Renzo Piano Building Workshop, est prévue pour 2019. Geometry of Now était donc la dernière occasion de découvrir le nouveau visage de GeS-2, avant son grand lifting.

 

Vie, mort et renaissance de GeS-2

Ges 2 Moscou

 


 

mardi 28 février 2017

L'OCDE renforce son combat contre l'enseignement en Russie

O. Golodets, vice-Premier ministre
Les Forums économiques divers et variés sont toujours l'occasion d'annonces de réformes, qui n'ont malheureusement que peu de rapport avec l'économie. O. Golodets, responsable du bloc socio-économique au Gouvernement russe n'a pas fait exception à la règle et au Forum d'investissement de Sotchi se prononce pour une réforme radicale de l'école supprimant les classes rectangulaires, avec le maître et le tableau ... considérées comme un héritage soviétique. Que serait-on sans l'épouvantail soviétique? Il faudrait alors parler de l'OCDE, ce qui serait, certes, plus délicat.
 
Olga Golodets, Vice-premier ministre responsable des questions socio-économiques au Gouvernement vient de faire quelques déclarations qui méritent de s'y arrêter:
"Les classes chez nous ne sont pas correctement construites: chez nous, elles sont toutes rectangulaires, parce qu'il y a l'habitude que l'enseignant se tienne devant, avec derrière lui le tableau, et les enfants sont assis en rang, comme nous étudions pendant notre enfance. Mais pour former une approche par projet, pour constituer des travaux en groupe, pour constituer des équipes et atteindre un but, les enfants doivent être assis autrement, le travail doit se faire autrement. (...) Dans ce cas, l'enseignant n'est plus en mentor, mais il aide l'enfant à développer son talent."
Pour O. Golodets, ces faiblesses du système d'enseignement russe sont le résultat de l'époque soviétique. Et comme elle le dit, cette fois très justement, ces propositions ne sont pas anecdotiques. Sur ce dernier point, nous ne pouvons qu'être d'accord. Puisque ici, il n'est pas question d'amélioration de l'enseignement, mais de diminuer la place de l'enseignant, de créer une rupture du rapport d'autorité. Entre l'adulte et l'enfant en général, entre le professeur et l'élève en particulier. Puisque l'enfant sait déjà, il suffit de le guider avec des projets et des travaux en groupes qui doivent se substituer au processus d'apprentissage, jugé trop lourd car relevant d'une culture de l'effort viscéralement rejetée et remplacée par celle du dû et de l'immédiateté. Dans la pure tradition de cette génération des soixante-huitards qui a pris le pouvoir.
 
Il est tout à fait possible pour la Russie, c'est un choix qui est fait dans beaucoup de sociétés post-modernes européennes à l'Ouest, comme la France ou les pays scandinaves. Mais la Russie doit être consciente que ce choix implique un changement global de sa vision de la société, qui concerne tous les éléments clés de cette idéologie néolibérale fondée sur la déracination de l'individu et la discréditation des éléments structurants. Plus concrètement, il faut choisir: gender, LGBT, mariage gay, adoption internationale sans restriction .... ou ... une vision traditionnelle de la société. Jouer sur les deux tableaux est la position la plus instable qui puisse être choisie et c'est un choix perdant à terme, qui va du compromis à la compromission.
 
Deux remarques en ce qui concerne les affirmations de O. Golodets marquant ce rejet, parfois inconscient, de l'époque soviétique très présent chez certains politiques russes aujourd'hui, qui vivent leur origine, manifestement, comme un regret, comme un complexe, comme une tâche de naissance qu'ils ne savent dépasser:
 
1- La France n'a jamais été un pays soviétique et les classes d'écoles sont disposées de la même manière. 
 
2- Le Forum économique de Sotchi est-il également un avorton du soviétisme pour prévoir une salle où les gens sont assis en rang et devant les personnalités assises, elles, en face avec un tableau - certes électronique - derrière leurs dos?
 

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Dans toutes ces déclarations, il y a une imposture: le silence sur la source, comme si cette idée venait spontanément d'émerger dans la tête de O. Golodets. Car la source est indicible, vue la ligne politique officiellement menée par la Russie, à savoir la maîtrise totale de sa politique intérieure et internationale fondée sur la plénitude de la souveraineté. Comment affirmer simplement: lisez le rapport de l'OCDE Perspectives des politiques de l'éducation 2015 et vous y trouverez toutes les références nécesaires aux tentatives "d'innovation" (et non de destructuration dans la Novlangue actuelle) de l'enseignement dans les pays appartenant à l'OCDE. Au-delà de l'indicible, il y a surtout incompatibilité fondamentale.
 
Pour ceux qui n'auront pas le courage de prendre le risque d'ingurgiter une pitance aussi nocive, voici quelques hors-d'oeuvres tout à fait suffisants pour saisir l'ampleur du désastre. Il s'agit d'une interview donnée par A. Schleider, directeur de l'enseignement de l'OCDE, à l'incontournable journal Le Monde en août 2014. Morceaux choisis. 
 
Sur le rôle des femmes dans les réformes, rôle qui va satisfaire O. Golodets et pourra nous inquiéter:
Dans quelques pays, des réformes majeures, qui ont totalement modifié le visage de l'école, ont été menées par des femmes ministres. Je pense à mon pays, l'Allemagne, où le système a été très largement réformé dans les années 2000. Je pense aussi à l'Italie, où les changements ont été moins consensuels, certes, mais où le système éducatif est bien plus efficace aujourd'hui qu'en 2000.
En ce qui concerne l'essence de l'enseignement: il ne s'agit plus d'acquérir des connaissances, mais un savoir-faire. D'où la remise en cause des méthodes d'enseignement et le culte de "projets" et de "travail en groupe". Puisque le but de l'école est de former une armée de mains-d'oeuvre plus ou moins qualifiée selon les besoins des entreprises, mais surtout pas des être pensants, qui pour leur développement ont besoin de rigueur, d'efforts et de connaissances pures. 
L'enseignement n'est pas pertinent en France. On y est en décalage. Le monde moderne se moque bien de ce que vous savez. Il s'intéresse à ce que vous savez en faire
Sur l'importance idéologique de la formation des enseignants:
On ne changera les mentalités des élèves qu'en changeant celle des professeurs.
Ces réformes sont des réformes idéologiques qui n'ont que peu à voir avec l'intérêt de l'enfant, sa préparation à sa vie adulte, son développement intérieur. Seul un homme armé de connaissances et de rigueur est armé pour la liberté. Mais notre société n'a pas besoin d'hommes libres, elle a besoin d'exécutants. Car ce n'est plus l'ère des bâtisseurs. Ce n'est plus l'ère des penseurs. C'est l'ère des commerçants.  
 

Quand j’analyserais le film le premier maître, il ne faudra pas oublier ce qu’a été la guerre civile dont il revient…

 

27 Février

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Quand je vais analyse le premier maître, cette histoire d’un soldat revenu du Front qui va jusque dans les confins de l’URSS, en Khirghizie incarner le pouvoir soviétique, celui qui représente le parti, l’éducation, la lutte contre le riche propriétaire féodal et la libération des femmes. Il revient de la guerre civile… Mais voilà ce que j’ai lu hier devant la mer sur cette guerre civile, la première véritable expérience de combat de Joukov (1)


La guerre civile russe a été une expérience extrême dit l’auteur de Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler. Elle aura marqué Joukov bien plus que la Première guerre mondiale. Sur les deux années 1915 et 1916 passées au 10 e des dragons, il ne s’est battu réellement que 5 semaines, trente cinq jours de patrouille et de découvertte. En revanche, entre le 1 er octobre et l’automne 1921, il reste dix-neuf mois à cheval au sein de la RKKA, six mois contre les blancs, treize mois contre les paysans, déduction faite de ses temps de formation et de convalescence. Son expérience militaire la plus forte est donc celle de la guerre civile et, à l’intérieur de celle-ci, pour la moitié du temps la lutte anti-insurrectionnelle, alors que ces futurs alliés anglo-saxons, auront essentiellement connu la guerre des tranchées. Il est nécessaire de s’arrêter sur sur les caractéristiques de ce conflit qui s’étend sur quarante neuf mois, durée supérieure à la présence de la Russie parmi les belligérants de la Première guerre mondiale. le nombre des victimes de la guerre civile est estimé à 10 millions- terreur, famines et épidémies inclues-, cinq à six fois plus que les 1,8 millions de tués civils et militaires des années 1914-1917.


La première caractéristique de la guerre civile russe est sa barbarie. (…) Que Joukov n’ai jamais été un tendre, ressemblant en cela à sa mère, ne fait aucun doute. Mais comment n’aurait-il pas été reconditionné en profondeur par la guerre civile, immense enchaînement de cruauté qui a terrifié et désespéré Gorki? « Les cosaques du Baïkal, relève-t-il, apprenaient au jeunes gens le maniement du sabre sur les prionniers. Dans la province de Tambov, on clouait sur des arbres les communistes par la main et le pied gauches et l’on observait les souffrances de ces hommes anormalement crucifiés. Du ventre ouvert d’u prisonnier on retorait l’intestin gfrèle que l’on clouait à un arbre ou à un poteau télépgraphique, on frappait l’homme pour l’obliger à courir autour de l’arbre et l’on regardait l’intestin se dérouler hors de la blessure. On déshabilliait entièrement un officier prisonnier, on lui arrachaitt des épaules des morceaux de peau en forme d’épaulette, à la place des étoiles on enfonçait des clous et l’on traçait en arrachant la peau la ligne du baudrier et des passepoils et cela s’appelait ‘habiller l’uniforme’ (…° Quels sont les plus cruels, les blancs ou les rouges? Ils le sont autant probablement, car les uns et les autres sont russes. Au reste à cette question de degré dans la cruauté, l’histoire répond très nettement: le plus actif est le plus cruel » (2)

 

Ce sont Trotski et Lénine qui décident de prendre toutes les mesures nécessaires pour que tous les fonctionnaires soviétiques soient au combat. « Les mobilisés sont responsables les uns pour les autres et leurs familles sont considérées comme des otages en cas de désertion ou de non exécution des tâches ». Trotski adresse le 24 novembre 1918, l’ordre suivant:


1- Tout gredin qui incitera au recul, à la désertion, à la non exécution d’un ordre, sera fusillé.


2- Tout soldat abandonnant son poste sans autorisation sera fusillé.


3- Tourt soldat qui abandonne son fusil ou vend une partie des munitions sera fusillé.


4- Derrière chaque ligne de front, des unités de barrage intercepteront les déserteurs. Tout soldat qui tentera de leur résister sera fusillé sur place.

 

Les unités de barrage, qui dès cette époque avaient ordre de mitrailler ceux qui reculaient, dont l’invention a été attribuée à Staline ont en fait été créées par Trotski durant la guerre civile. Ceci pour correspondra à ce que j’ai toujours pensé à savoir que Staline et Lénine dans les mêmes circonstances agissaient de la même manière

 

Ce n’est pas par goût de l’horreur que j’ai résumé ici ce que dit l’auteur et la citation terrible de Gorki, mais pour que l’on mesure bien que sont devenus les individus qui sont sortis de ce combat et de ceux aussi atroces de la seonde guerre mondiale ? Des hommes mais aussi des femmes…

 

Comment pouvons-nous nous ériger en juges de ce qu’ils ont accompli ? Nous chantons « A l’appel du grand Lénine », nous voyons des drapeaux qui flottent, mais ce peuple qui avait subi le quasi servage, les famines, les épidémies séculaires, les coups… portait un idéal de connaissances, le culte du savoir, d’un monde égalitaire… Et il faut aussi savoir que cette armée fut également une école où le soldat russe à 61 % analphabète a appris à lire et à écrire et les rudiments du marxisme…Il faut aussi mesurer que toute l’économie est mise au service de cette guerre et de l’armée, quitte à ce que sous l’influence des SR, cela engendre de terribles révolutes paysannes.

 

Quand je commenterai le premier maître, il faudra que je me souvienne de qui était cet instituteur qui revanait du front et dans lequel les critiques français ont vu un rustre, un imbécile…Mais jamais je n’oublierai qu’ils m’ont sauvé à Stalingrad et que leur lutte inhumaine a permis la révolte d’autres peuples et même que le capital de crainte de la contagion nous accorde ce qu’il prétend nous enlever aujourd’hui…

 

Danielle Bleitrach

 

(1) Jean Lopez et Lasha Otkhmézuri, Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler, Perrin, 2016;

() Gorki Lénine et le paysan russe, paris gallimard

National Interest: Le plan directeur régional de la Russie s’étend de la Turquie à l’Indonésie

 

27 Février 2017

En s’inscrivant en faux face à la fameuse déclaration du président Obama : « La Russie est une puissance régionale », l’auteur de l’article montre les succès de Moscou dans ladite région, le travail sur le long terme et souligne que quand la région est l’Eurasie, les implications régionales deviennent mondiales

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et societe)


Président de l'Arménie Serzh Sargsyan, Président du Bélarus Alexander Lukashenko, Président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayev, Président de la Russie Vladimir Poutine et Président du Kirghizistan Almazbek Atambayev. Kremlin.ru

Le Président de l’Arménie Serzh Sargsyan, le Président du Bélarus Alexander Lukashenko, le Président du Kazakhstan Nursultan Nazarbayev, le Président de la Russie Vladimir Poutine et le Président du Kirghizistan Almazbek

 

Voir l’Eurasie dans son ensemble a été à l’avantage de Moscou.

 

Nikolay Pakhomov

Le tremblement de terre politique du référendum Brexit a déjà changé les relations internationales à bien des égards. Alors que la majorité des experts des États-Unis se sont arrêtés sur les parallèles entre la colère des électeurs britanniques et américains et les conséquences négatives possibles pour l’économie mondiale, quelques-uns ont considéré les implications du référendum sur la politique étrangère américaine, La  fin possible du «pivot» américain vers l’Asie. Dans le même temps, plusieurs événements ont montré que la Russie, proclamée par les mêmes experts comme l’un des plus grands gagnants du vote Brexit, n’a pas à se précipiter vers des pivots: le vecteur eurasien de la politique étrangère de la Russie est déjà présent, et de plus en plus chaque année.

 

Pourtant, une chose doit être claire dès le début: cette politique eurasienne a peu à voir avec l’idéologie très amorphe de l’eurasisme, dont l’influence est constamment surestimée par les experts occidentaux. Ayant eu une expérience peu positive de la politique étrangère influencée par l’idéologie (initialement par le communisme pendant la guerre froide et plus tard par le libéralisme au cours de la dernière décennie du XXe siècle), la politique étrangère de la Russie est plutôt pragmatique. Elle considère l’Eurasie comme la macrorégion où se trouve la Russie et, ce depuis  des siècles, un domaine prioritaire naturel pour les relations internationales de la Russie.

Après le référendum di Brexit, plusieurs événements sont intervenus et qui ont fourni des  raisons d’analyser les efforts diplomatiques de la Russie dans cet espace. Certains d’entre eux, comme la visite de M. Poutine en Ouzbékistan pour la réunion d’anniversaire du Conseil des chefs d’État de l’Organisation de coopération de Shanghai et la visite en Chine, étaient planifiés, tandis que d’autres – prenaient comme  excuses  la manière dont la Turquie avait abattu l’avion russe en novembre 2015 – . Cependant, tous ces événements ont montré que la diplomatie russe a abouti à des  résultats en faisant de  Moscou  un joueur puissant avec une portée vraiment eurasienne.
 

Analysons les événements susmentionnés au rythme où ils sont intervenus. Le 23 juin, Vladimir Poutine est arrivé à Tachkent pour le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. Certains observateurs ont écrit sur la domination chinoise et sur les différents russe-chinois pendant des années au sein de l’OCS, mais une analyse approfondie des derniers développements remet en cause ces conclusions. Plus particulièrement, à Tachkent, avec le soutien russe, l’Inde est devenue un grand membre de l’organisation, ce qui est à soi seul est une raison de revenir sur les déclarations au sujet de la domination chinoise dans l’organisation. En outre, il ne faut pas oublier que, malgré l’accent mis actuellement sur la sécurité, l’extrémisme islamique étant la principale menace, la coopération économique prend de plus en plus d’importance dans l’agenda de l’OSC et la Russie appuie fermement cette tendance.

 

Ni Moscou ni Pékin ne considèrent, à tout le moins publiquement, la région de l’Asie centrale comme une zone de concurrence. Les raisons en sont, premièrement, que les efforts des deux puissances pour exiger l’exclusivité de la part des pays de la région ne seraient pas satisfaits par les dirigeants d’Asie centrale qui préfèrent l’équilibre entre deux grandes puissances. Deuxièmement, tous les projets prometteurs sont coûteux pour les acteurs extérieurs, que ce soit la Russie ou la Chine. La raison en est la capacité limitée des républiques d’Asie centrale à relever divers défis, sociaux, économiques, politiques ou de sécurité. Même le Kazakhstan, qui connaît  beaucoup plus de succès par rapport à ses voisins en difficulté, doit faire face à des menaces sécuritaires. Tout cela signifie que les cinq anciennes républiques soviétiques recherchent le soutien des grandes puissances et, bien que la Russie ait été profondément impliquée dans la région depuis plusieurs siècles, il n’est pas évident que Pékin soit prêt, ou désireux, de la prendre en charge.

 

En tout état de cause, avec un soutien actif de la Russie, l’Organisation de coopération de Shanghai se transforme en un forum pour relever les défis régionaux – qu’il s’agisse de la sécurité ou de l’économie. Dernièrement, la coopération économique est devenue un élément légitime de l’agenda de l’OSC, en concurrence avec les discussions sur les défis sécuritaires. Le sommet de Tachkent n’a pas été une exception: en plus d’autres mesures visant à mettre en œuvre des plans de coopération économique, l’intégration à l’initiative de la Route de la soie chinoise a été discutée. Pendant des années, cette idée a été considérée comme, sinon dirigée contre la Russie, destinée au moins affaiblir l’influence de la Russie en Eurasie. Par exemple, l’Ukraine était désireuse de participer à ce projet afin de contourner la Russie. Il est évident que Moscou pourrait réellement gagner en adoptant cette idée de Pékin: si la Chine cherche simplement de meilleures façons de se connecter avec l’Europe, rien n’empêchera la Russie de participer à ce projet.

 

Après Tachkent, le président Poutine a voyagé à Pékin, où, parmi de nombreux projets de coopération économique, il a discuté de la concordance de la Ceinture-Route de la soie et de  l’Union économique eurasienne, la forme de la coopération privilégiée par le Kremlin dans l’espace post-soviétique. En considérant les  plans russes pour développer la coopération entre l’EEU et non seulement l’OCS, mais aussi l’ASEAN, il est difficile de ne pas voir que les plans russes ont une échelle impressionnante, vraiment eurasienne. Bien entendu, on peut affirmer que ces plans sont loin d’être mis en œuvre. Cependant, ils font partie intégrante du programme de politique étrangère de la Russie. À tout le moins, on peut voir que la Russie a cette politique stratégique à long terme et qu’elle n’a pas à «pivoter» vers la région, sous l’effet des bombardements de crises qui sont incessantes dans la politique mondiale d’aujourd’hui. Compte tenu des dernières visites du président russe, nous pouvons voir que Poutine lui-même est très actif dans la mise en œuvre de ces plans.


Lorsque Poutine est retourné en Russie, le 27 juin, la politique de la Russie avait produit des résultats de l’autre côté de l’Eurasie: le Président Erdogan a envoyé une lettre d’excuses pour l’avion abattu en novembre dernier. Une fois de plus, les critiques étrangers et nationaux des mouvements du Kremlin pendant la crise trouveront assez d’arguments légitimes pour étayer leur opinion, mais il est difficile de contester que la Turquie a finalement fait ce qui serait normal pour tout État responsable et attendu, sinon exigé, par Moscou depuis le début de l’impasse provoquée par la destruction d’un Su-24M le 24 novembre 2015.

 

Il est évident aujourd’hui que l’attaque du F-16 turc sur l’avion russe était soit un incident très regrettable, essentiellement un échec de la décision militaire turque, soit une tentative insouciante d’Ankara, avec peu de chance de succès, de s’affirmer dans la région et sur la scène mondiale. Les historiens savent la vérité, mais à ce stade, il est important que, quoi qu’il arrive, la Turquie a dû faire machine arrière et s’excuser.

 

Ce qui est plus important, la politique russe essentiellement n’a pas  laissé à Ankara d’autre option. Les consommateurs russes sont très importants pour l’économie turque, en particulier pour les secteurs du tourisme, de l’agriculture et de l’alimentation. Actuellement, la Turquie n’a pas d’alternative au gaz naturel russe. La position de la Russie dans la région, renforcée par sa participation en Syrie, fournit suffisamment de stimulants pour que toute puissance régionale puisse rechercher une coopération avec Moscou. La réaction de la Russie après l’incident a été équilibrée et, comme le montrent les excuses d’Erdogan, efficace. D’une part, les entreprises turques, bénéficiant le plus de la coopération avec la Russie, ont été ciblées. D’autre part, Moscou s’est abstenu des mesures drastiques exigées par certains «faucons» en Russie. Le Kremlin a même fait savoir à tout le monde que les projets bilatéraux promus depuis longtemps, qu’il s’agisse de la construction d’une centrale nucléaire en Turquie ou d’un gazoduc russe à travers la Turquie vers l’Europe, ne font pas l’objet de sanctions.

 

La raison de cette contrainte était simple: les deux projets sont plus importants que la simple coopération russo-turque. La centrale d’Akkuyu est un exemple fondamental de ce que la Russie peut vendre à d’autres pays, qui ont de l’argent et sont dans le besoin de centrales nucléaires. Et le pipeline « Turc Stream  » était destiné à apporter plus de gaz russe à l’Europe du Sud et centrale. Pas étonnant que suite à la lettre de M. Erdogan, un processus de normalisation entre les deux pays ait commencé: après la conversation téléphonique entre les dirigeants russes et turcs, la Russie a lancé la procédure pour que soient levées ses sanctions contre la Turquie. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont réunis et les rumeurs ont commencé à circuler que la Turquie pourrait laisser la Russie utiliser la base Incirlik pour les opérations en Syrie.

 

Par conséquent, une semaine après le voyage de Poutine à l’est et le mouvement turc pour normaliser les relations avec la Russie, les observateurs pouvaient voir la force des positions russes en Eurasie – du Bosphore aux Molluques, où les intentions russes de lancer une zone de libre échange Eurasian Economic Union et l’ASEAN pourraient bientôt porter leurs fruits. Quelles conclusions peuvent tirer d’autres puissances mondiales pour évaluer cette ligne de la politique étrangère russe?

 

Tout d’abord, la rive eurasienne, en dépit de tous ses problèmes, est un environnement tout à fait naturel et familier pour la Russie. Quelle que soit la pression exercée par l’Occident, en particulier les États-Unis (situés en fait dans un autre hémisphère), Moscou dispose d’un espace suffisant pour contrebalancer cette pression avec des liens avec de nombreux pays le long de ses frontières eurasiennes, de pays à pays.


Deuxièmement, la stratégie de la Russie en Eurasie repose sur le fait que ses relations au sein de la région sont multidimensionnelles. Pour presque tous les acteurs importants de la région, la Russie peut, si nécessaire, offrir un format prometteur de relations. Il peut s’agir de la coopération en matière de sécurité sur diverses questions, du contrôle nucléaire à la menace du fondamentalisme islamique, des efforts antidrogue à la cybersécurité, ou des partenariats économiques – encore sous des formes multiples, qu’il s’agisse de ressources énergétiques ou d’investissements, de recherche sur la technologie.

 

Tous ces facteurs doivent être reconnus lors de l’analyse de la politique étrangère russe. Le Kremlin a sa part importante de difficultés dans la macrorégion eurasienne. Souvent les buts que la Russie établit dépassent ses moyens actuels. Cependant, ce serait une erreur de ne pas considérer les mouvements russes en Eurasie très soigneusement. Il y a eu la fameuse déclaration du président Obama disant que la Russie est « une puissance régionale ». Même si cette évaluation est correcte, quand la région est l’Eurasie, les actions de Moscou dans une telle zone ont incontestablement des répercussions mondiales.

 

Nikolay Pakhomov est analyste politique et consultant à New York. Il est expert du Conseil des affaires internationales de la Russie. Vous pouvez le suivre sur Twitter @nik_pakhomov .

 

http://nationalinterest.org/feature/russias-regional-master-plan-stretches-turkey-indonesia-16960

Novembre 1917, Petrograd : une rencontre avec Lénine

 
25 Février 2017

En pleine révolution d’octobre, un envoyé spécial du « Matin » parvient à parler avec le leader bolchevik.
 

10 novembre 1917, à Petrograd (Saint-Pétersbourg). Deux jours auparavant, Lénine et Trotsky ont lancé avec succès l’insurrection qui changera à jamais l’histoire de la Russie. Les gardes rouges, conduits par les bolcheviks, se sont rendus maîtres de la capitale, renversant le gouvernement provisoire dirigé par Kerenski, devenu largement impopulaire.

 

En France, l’événement est immédiatement commenté (le 9 novembre, L’Humanité déplore ainsi un « coup d’État » des maximalistes, c’est-à-dire des bolcheviks). Mais si les nouvelles de Russie circulent vite, rares sont les reporters sur place. Il s’en trouve un, pourtant : c’est l’envoyé spécial (anonyme) du Matin.

 

Dès le 10 novembre, celui-ci décrit l’ambiance chaotique qui suit l’insurrection, avec son lot d’événements tragiques. Son texte, objet « de mesures arbitraires et de vexations de la part des maximalistes » , ne pourra toutefois être publié que le 15 décembre.

« Un monsieur, fort bien mis, se jette sur un garde, lui arrache son fusil. Alors de toutes parts éclatent des coups de feu, les gardes tirent en plein dans la foule. C’est la panique. Au bout d’un moment, je jette un regard de la porte cochère où je m’étais réfugié. […] à quelques mètres de moi, une petite fille est couchée face au ciel. C’est miracle qu’il n’y ait eu qu’une seule victime. »

La nuit tombée, le reporter se rend à l’Institut Smolny, où se trouve le quartier général des bolcheviks, surpeuplé en ces heures décisives. Aux gardes de l’entrée, il se présente comme le correspondant du Matin et demande à voir « le camarade Lénine ». On renâcle. Mais à la faveur d’un mouvement de panique, le journaliste se faufile dans un escalier et tombe sur un matelot qui, sans s’inquiéter de qui il est, le conduit jusqu’au maître de Petrograd.

 

Il se retrouve face à Lénine. Celui-ci, dit-il, a l’air « d’un homme réveillé en sursaut« . « Très agité », il accepte de répondre rapidement aux questions du journaliste, qui l’interroge sur la tentative de reconquête de Kerenski :

« Oui, oui, les bandes de Kerensky marchent sur Petrograd, l’heure est très grave. Jamais la liberté de la démocratie n’a couru un aussi grand danger. Mais nous sommes prêts à tout, entendez-vous ? Plutôt que de rendre Petrograd, nous suivrons le grand exemple de la Commune. L’Aurora a l’ordre de tirer jusqu’au dernier de ses obus. »

Et d’ajouter :

« Rappelez-vous bien que, quelles que puissent être les péripéties de la lutte, c’est nous qui, finalement, seront toujours les plus forts car nous avons de l’audace, tandis que Kerensky (et Lénine eut un sourire de mépris), c’est un pleutre : il a toujours hésité, il n’a jamais rien fait, il s’est toujours contredit. […] Et vous verrez, les mitrailleuses qu’on monte maintenant sur le toit du Smolny seront bien inutiles, car comme il n’a pas osé se défendre j’espère bien qu’il n’osera pas nous attaquer. »

Et plantant là le journaliste, « Lénine tourna les talons ». Le leader bolchevik avait raison d’être confiant : le 12 novembre, les forces menées par Kerenski étaient défaites par les gardes rouges.