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Russie

jeudi 27 avril 2017

Faut-il démolir les « Khrouchtchevka » de Moscou?

Moscou est une mosaïque de constructions d'époques différentes, chacune rappelant une page de l'histoire de la ville. Des maisons en bois, dont il reste quelques exemplaires dans le centre ville, côtoient les bâtiments de l'Ancien régime, les fiers immeubles staliniens, les "Khrouchtchevka" construits pour  régler le problème du logement - qui sont une simplification des constructions staliniennes, puis les "panels" (HLM) des années 70. Ce sont ces "Khroutchevka" que la ville de Moscou, sur demande du Président, s'apprête à "rénover". C'est-à-dire à démolir pour construire de grands immeubles à leur place. Comme souvent, ce dicton russe s'applique: l'on voulait pour le mieux, l'on obtient comme toujours. Et ce programme qui a pourtant un sens tourne à l'absurde, remettant en cause le droit à la propriété privée. Ce qui a conduit le Président à calmer les ardeurs du maire de Moscou.
 
En février 2017, le Président russe demande à la ville de Moscou de mettre de l'ordre dans le parc des "Khrouchtchevka", ces immeubles de 5 étages construits souvent dans l'urgence, prévus pour durer une cinquantaine d'années et résoudre le problème du logement à Moscou en particulier, en Russie en général. Mais ce type d'immeuble couvre en fait deux réalités: des immeubles en briques, solides mais simples, et des immeubles construits sur la base de blocs empilés, dont beaucoup ont déjà été démolis.
 
Le programme dit de "rénovation", prévoit, sur 20 ans, de détruire environ 7900 immeubles, ce qui entraîne un relogement d'environ 1,6 million de personnes, pour un coût de plus de 3 trillons de roubles. 
 
Un projet de loi est déposé (trop) rapidement à la Douma en mars, qui prévoit une situation juridique empreinte de nihilisme. La mairie de Moscou a le droit de démolir ces immeubles de 5 étages, d'en construire de nouveaux tout en ayant le droit de modifier la hauteur, de déroger aux normes sanitaires et incendies et de modifier la classification des terrains. Les habitants reçoivent en contre partie un logement dont la superficie est au moins équivalente dans le même arrondissement ou dans un arrondissement voisin (pour les arrondissements plus prestigieux du Centre, du Nouveau Moscou et de Zelenograd, les habitants reçoivent un logement dans le même arrondissement). Ils ont 60 jours à compter de la notification pour contester devant la justice le logement qui leur est proposé. 
 
Le texte a été adopté très rapidement à la Douma en première lecture, le 20 avril. La procédure législative prévoit trois lectures, la première concerne l'accord du principe, sur l'idée du texte proposé le gros des discussions a leu lors de la deuxième lecture, la troisième n'est souvent que rédactionnelle. 
 
Or, malgré l'enthousiasme des députés, le Conseil de codification du droit civil auprès du Président a rendu un avis négatif sur ce projet, qui dans sa rédaction actuelle, viole la Constitution en portant une atteinte disproportionnée au droit de propriété privée. Le Conseil relève principalement l'absence de possibilité pour les habitants de contester devant la justice la décision elle-même de démolition de leur bien immobilier, ils ne peuvent contester que l'équivalence du logement proposé. Comme s'ils n'étaient pas propriétaires, comme s'ils ne pouvaient vouloir continuer à vivre dans leur appartement, où peut-être ils sont nés, qui est à proximité de leur lieu de travail, peut-être ne veulent-ils pas changer leurs enfants d'école. Ou même sans raison, ils en ont tout simplement le droit. Juridiquement, un autre problème se pose: celui des hypothèques. Problème qui inquiète sérieusement les banques et, du coup, va peut-être aider les habitants à protéger leur droit à la propriété. Sans oublier, le problème d'une réelle équivalence, car la valeur de chaque appartement, dans un même immeuble, s'apprécie individuellement, en fonction par exemple des travaux d'entretien qui ont été effectués, de l'ensoleillement, etc. Or, la loi ne prévoie aucun mécanisme de compensation financière en cas de moins value. 
 
Hier, le Président V. Poutine a rappelé aux députés et au maire de Moscou qu'il ne signera pas la loi si elle porte atteinte aux droits des habitants: le déménagement ne peut se faire que sur la base du volontariat, il faut retravailler le texte. 
 
En effet, ce grand programme est quelque peu surprenant. Soit les immeubles tombent en ruine et présentent un danger pour les habitants - et il y en a un bon nombre en Russie, notamment les anciennes "baraques" totalement insalubres, mais leurs habitants, qui eux veulent en partir, ne sont pas toujours écoutés par les autorités locales - et dans ce cas, les pouvoirs publics sont obligés de démolir ces immeubles, avec toutes les conséquences que cela entraîne. Soit ces immeubles ne tombent pas en ruine et les gens ne sont aucunement obligés de partir, parce que les autorités locales décident que construire une tour serait beaucoup plus avantageux à cet endroit. Il semblerait que les lobbys de construction aient à nouveau repris du poids à Moscou. 
 

mercredi 26 avril 2017

Edinaya Rossya protège le droit absolu des enfants à se noyer dans les réseaux sociaux

Notre société libérale libertaire a, comme toutes les sociétés, ses vaches sacrées. Internet et les réseaux sociaux en font partie. Ils sont censés être l'incarnation désincarnée de la liberté moderne, elle aussi très virtuelle. Située hors du champ de l'Etat, qui sous aucun prétexte ne doit pouvoir les réglementer, sous peine de procès en totalitarisme. Si, si, n'ayons pas peur des mots. C'est dans cette logique que Edinaya Rossya refuse de soutenir une politique pénale restreignant l'accès aux réseaux sociaux pour les enfants de moins de 14 ans. L'on ne touche pas aux dieux modernes, même si l'on revendique des valeurs conservatrices à ses heures.
 
La question de la protection de l'enfance est particulièrement sensible en Russie. Nous nous souvenons de la grande campagne médiatique autour de l'adoption de la loi proposée par la députée Edinaya Rossya Yarovaya portant aggravation de la responsabilité pour incitation au suicide dans les réseaux sociaux. Ce projet de loi a été initié après la découverte du scandale des groupes de la mort dans les réseaux sociaux en Russie, groupes qui touchent essentiellement les écoliers et jeunes adolescents. (Voir notre article ici)
 
Dans la foulée de la prise de conscience des dangers que peuvent également représenter les réseaux sociaux pour les jeunes adolescents, dont la personnalité n'est pas encore formée, qui sont psychologiquement fragiles et peuvent facilement tomber sous l'influence de personnalités destructrices, le député Edinaya Rossya Vitaly Milonov a introduit à la Douma un projet de loi visant à  interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de 14 ans. 
 
Ce projet a été qualifié de peu réaliste par D. Peskov, le porte-parole du Kremlin. Le ministère des communications et le service fédérale de surveillance dans le domaine de l'information et des communications de masse soutiennent évidemment la position du Kremlin. Le parti Edinaya Rossya, par la voix du député A. Issaev, affirme ne pas soutenir le projet.
 
Donc, il ne passera pas. Chacun d'invoquer les problèmes techniques de mise en oeuvre, ce qui permet surtout de ne pas toucher à un élément sacré de notre société: les réseaux sociaux. Même si ces groupes de la mort touchent les jeunes adolescents, même si les réseaux sociaux sont considérés comme un élément de désocialisation de l'enfant, comme un lieu de violence verbale sans précédent. Peu importe, la peur d'être qualifié de rétrograde fait trop peur. Le spectre fantasmé du soviétisme plane encore sur une grande partie de la classe politique, pour laquelle ce serait l'insulte suprême. Adopter des peines d'incarcération renforcées et des amendes plus fortes permet d'avoir la conscience tranquille et de passer à autre chose, tout en restant connecté au monde post-moderne, en en restant un élément, ce qui est somme toute fondamental.
 
Pourtant, tout politique pénale ne se réduit pas à mettre les gens en prison ou à leur infliger des amendes. L'adoption d'une politique pénale posant le principe de l'interdiction d'accès aux adolescents de moins de 14 ans aux réseaux sociaux serait le point de départ d'un changement de discours sur les réseaux sociaux, de leur désacralisation. Les enfants sauraient où est l'interdit, cet interdit pourrait être répercuté par les enseignants et les parents. Il faut réactiver les réflexes auto-immunitaires de la société. Ensuite, s'il y a violation de l'interdit, c'est leur problème, mais la société ne peut fonctionner qu'avec des règles clairement posées. Actuellement, la règle posée est celle de l'interdiction pour les parents et les enseignents d'interférer dans le droit sacré de l'enfant de s'inscrire sur les réseaux sociaux, les tchats, etc. 
 
Lorsque le droit a reconnu les droits de la troisième génération (environnement, paix, etc), il leur a tout d'abord accordé une valeur déclarative. Sans même parler des droits de la quatrième génération, comme cet étrange droit au jeu par exemple. Les politiques rangeraient-ils l'accès aux réseaux sociaux dans cette catégorie post-moderne? En revanche, un des autres droits de cette dernière génération, le droit à la santé physique et mentale, pourrait être le fondement de la restriction de l'accès aux réseaux sociaux. A chacun sa société.
 
La décision est ici idéologique plus que juridique. Le droit ne fait que suivre la volonté politique. Or, cette décision va à l'encontre des dogmes et des dieux du moment. Dogmes et dieux qui se sont manifestement parfaitement bien implantés en Russie aussi.
 

mardi 25 avril 2017

F. Mogherini: L'UE et la Russie ne sont plus des partenaires stratégiques

La première visite officielle, au bout de 2 ans, de la chef de la diplomatie européenne a permis de mettre les points sur les i, au cas où un doute persisterait, que certaines illusions pourraient encore brouiller le paysage. Le diagnostic a été posé froidement par F. Moghérini: l'UE et la Russie ne sont plus des partenaires stratégiques. Sont-elles seulement encore des partenaires, ou seulement des voisins ...
 
Les relations entre l'UE et la Russie sont au plus bas niveau qu'elles n'aient jamais connues. Ce constat vaut pour les relations internationales en générale entre le bloc américano-centré et la Russie. Comme le déclarait S. Lavrov, le ministre des affaires étrangères russe, elles se sont fortement dégradées par rapport à l'époque de la guerre froide:
"Sans aucun doute, c'est pire maintenant ... A l'époque, il existait deux Empires: occidental et soviétique, chacun d'eux développait des conflits avec son adversaire sur le terrain d'un pays tiers. Mais jamais à ses frontières et jamais frontalement. Même la rhétorique publique était plus légère. A l'époque, les deux clans ne dépassaient pas les limites établies. Aujourd'hui, il n'y a plus aucune règle."
La visite de F. Mogherini fut une impasse, une impasse repoussée pendant deux ans. L'accueil fut réglementaire et froid, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo de la première conférence de presse (traduction en anglais):
Cette froideur réciproque a été relevée dans la presse française, dans l'article du journal Le Monde qui commence très justement par cette phrase:

Les formes ont été respectées.

Pour finalement ne déboucher sur aucun dialogue constructif, chacun restant sur ses positions:
Mais sur le fond, la rencontre a plutôt donné lieu à un dialogue de sourds.
La conférence de presse finale montre en effet l'irréductibilité des positions européenne et russe:
 
Si chacun invoque le caractère obligatoire des accords de Minsk, comme à chaque fois, le sens attribué à cette déclaration n'est pas le même de part et d'autre. Pour la Russie, l'UE doit faire pression sur l'Ukraine pour qu'elle commence à les mettre en place. Pour l'UE, la Russie est responsable de leur échec et tend à la faire passer du rang de garant à celui de partie.
 
Bien sûr, il y a la lutte contre le terrorisme, qui a été récemment timidement réactivée, selon S. Lavrov. Mais de toute manière toute coopération réelle est impossible en raison des positions différentes concernant le sort d'Assad en Syrie et l'impossibilité pour l'Occident de reconnaître à la Russie un rôle de partenaire, qui sous-entend la reconnaissance de l'égalité. C'est pourquoi lorsque S. Lavrov invoque un dialogue à égalité, sans que personne ne donne de leçon ... ce dialogue ne débouche sur rien. L'UE ne veut parler à égalité avec la Russie.
 
Et lorsque S. Lavrov invoque du bout des lèvres et très professionnellement l'ouverture de la Russie, la possibilité de développer avec l'UE des relations stratégiques plus profondes, F. Mogherini met les points sur les i, de manière somme toute assez peu diplomatique:
« Ce serait surréaliste de nous considérer comme des partenaires stratégiques et d’avoir adopté des sanctions réciproques. »
Et comme elle insiste sur le fait que les sanctions européennes sont liées au rattachement de la Crimée à la Russie qu'elle qualifie d'annexion, il est évident que la Russie et l'UE ne seront plus des partenaires stratégiques pendant de nombreuses années. 
 
La Russie a beau appeler à plus de sérénité dans l'appréciation des faits qui ont conduit au coup d'Etat constitutionnel en Ukraine et au rattachement de la Crimée, l'Occident - et l'UE en tête - sont dans une logique différente. L'Ukraine doit être une victime car elle est un instrument qui permet de tenter de freiner le retour de la Russie sur la scène internationale et de justifier la coalition atlantiste. Aucun acteur n'abandonnerait de lui-même le pouvoir qu'il possède: l'UE joue le rôle du pion au service du clan atlantiste dans la région.
 

lundi 24 avril 2017

Comment Macron a-t-il pu être possible?

Les nécrologies exigent un style bien particulier, trouver l'équilibre entre la mémoire du défunt et la douleur des survivants, tout en restant dans les limites de la décence. Finalement, ce n'est pas la meilleure façon de décrire ce qui s'est passé hier, la décence n'est plus de mise, l'on en a soupé. De toute manière, ce pays continuera certainement encore à s'appeler la France, la marque est vendeuse. 

 

Quelques remarques sur un suicide passé inaperçu. Tout le monde n'est pas autorisé. Entrée réservée aux insencés. 

 

Le Loup des steppes semble de circonstances. Propos préalables:

 

"Tu avais en toi une vision de l'existence, une foi, une exigence. Tu étais prêt à t'engager, à souffrir, à faire des sacrifices. Mais petit à petit, tu as remarqué que le monde n'exigeait de ta part aucun engagement, aucun sacrifice, aucune attitude de ce genre. Tu l'as compris: l'existence n'est pas une épopée avec des héros et des grands personnages; elle ressemble au contraire à un joli petit salon bourgeois où l'on se satisfait pleinement de manger et de boire, de déguster le café en tricottant des chaussettes, de jouer au tarot en écoutant la radio. Quant à celui qui est animé de désirs, qui porte en lui autre chose, la grandeur héroïque et sublime, le culte des grands poètes ou celui des saints, c'est un fou et un Don Quichotte."

 

Hermann Hesse l'avait parfaiement exprimé, notre société l'a porté à son comble. Les héros sont au placard et ressortis par les uns et les autres en fonction des nécessités du moment, sans en avoir pour autant la carrure, ni même tenter de l'avoir. Des années de travail minutieux de démontage ont enfin porté leurs fruits. L'ère des commerçants est arrivée, celle qu'ils n'ont pu mettre en place après la Monarchie. La revanche de la médiocrité, le culte du vide centré sur soi pour ne pas voir la désolation au-delà de son nombril. Félicitations, Macron incarne et portera parfaitement ces aspirations.

 

Comment en sommes-nous arrivés là? En plusieurs étapes.

 

La fin de l'Etat national

 

La fin de l'Etat national a été décrété après la Seconde guerre mondiale. L'Etat n'est plus l'affaire d'un peuple, d'un territoire, d'une histoire. L'Etat est "communautarisé", il est ce que la Communauté internationale accepte qu'il soit. Certains ont donc le droit d'exister, d'autres non, mais en aucun cas ce n'est au peuple de cet Etat d'en décider. L'Etat est un instrument du droit international. Une coquille vide qui est appréciée formellement. L'Ukraine doit exister comme Etat, alors que la Yougoslavie n'en a pas le droit. L'existence de l'Etat n'est plus liée à un critère juridique, celui de l'efficacité globale du système juridique dans le pays, mais son existence est politique, voire idéologique, indépendante de la réalité nationale.

 

Au niveau national, l'Etat a été vidé de son sens, tout au moins en Europe. Traditionnellement, l'Etat servait à protéger une population contre des dangers extérieurs visibles, les guerres, et à l'intérieur à permettre le développement de la société. A l'extérieur, les guerres traditionnelles ont été bannies du territoire européen, ce qui rend, dans l'inconscient collectif, l'Etat avec ses frontières inutile. L'UE a continué à relativiser la notion de frontière, la montée du terrorisme international a permis de démontrer que l'Etat, à force de "rationnalisation" et de réductions d'effectif, n'est plus apte à lutter contre les menaces extérieures et les vagues d'immigrations rebaptisées "migrants" attribuent à n'importe quel groupe étranger le droit de franchir les frontières, qui ne sont plus des barrières. A l'intérieur, la société civile et le business sont censés être plus efficaces que l'Etat. Cette évolution est logique. A l'ère des commerçants, les barrières doivent être levées, la mondialisation doit permettre le développement du business et les êtres humains, après des années de réforme de l'éducation et la diffusion massive des réseaux sociaux, ne sont que des instruments de ce nouveau paradigme. Ils ont le droit d'aller à l'étranger, de monter leur business, de faire de l'argent. Que peuvent-ils vouloir de plus? Posséder pour ne plus être.

 

La démission des élites politiques

 

Ces élections marquent également la fin du système des partis politiques et de la classification droite gauche. La véritable frontière qui traversait les partis en les subdivisant en partisans d'une vision globale et ceux d'une vision nationale est aujourd'hui affichée. Le Parti socialiste et Les républicains ne se relèveront pas de cette défaite, qui est avant tout celle des partis "d'avant". 

 

Il est vrai que le paradigme gauche/droite ne correspond plus depuis longtemps aux véritables questions qui se sont posées à la société française, depuis Maastricht. Il était utile justement pour cela, pour que ces questions soient évacuées hors du débat politique et posées comme un fait acquis. Une personne sérieuse ne discute pas de l'Union européenne, de l'euro, des sanctions, de l'accueil des migrants. Le dogme est posé. Aucune élection ne peut risquer de le remettre en cause, les candidats s'interchangent dans ce cadre non-dit et puissant.

 

Le format Macron / Le Pen au deuxième tour est un coup magistral, car c'est la seule configuration qui permette au clan global de remporter ouvertement une élection, chacun de droite et de gauche peut le rallier en toute tranquilité d'esprit: le fumeux ralliement national contre le Front est censé les absoudre par avance. Finalement, ils ne trahissent pas, au contraire, ils sauvent la France. C'est beau. Non seulement ça ne leur coûte pas cher, mais en plus ils peuvent même espèrer ne pas tomber du bateau.

 

L'intronisation du nouveau paradigme sur la place publique a été possible en raison de la démission des élites nationales. Ces élites qui ont accepté au fur et à mesure les règles du jeu qu'elles ne posaient pas, passant du compromis à la compromission. Qui ont accepté de jouer la carte du renoncement en vue d'un intérêt personnel: rester dans l'élite. Celui qui critique le système mis en place est soit un fou, un Don Quichotte, soit un extrémiste. Les partis politiques et leurs dirigeants viennent de payer le pris de leur compromission. Ils sont devenus tellement faibles, qu'ils sont inutiles, les masques ont pu tomber.

 

Des règles du jeu inéquitables

 

Ces élites politiques, bien nourries et habituées à l'être, ont oublié ce qu'est le combat. Il n'y a plus de dangers visibles et identifiables, le pays ne va pas être envahi par une armée étrangère, alors quoi faire? L'on peut jouer entre soi, il n'y a pas de conséquences, rien n'est grave. L'invasion par les vagues migratoires est difficilement critiquable si l'on ne veut pas être marginalisé, voire poursuivi. Les terroristes que l'on ne combat pas réellement sont étiquetés "opposants" ou " Daesh" selon le pays et frappent toujours où il faut et quand il faut. La pression est maintenue sur la société, qui est ainsi prête à accepter n'importe quelle restriction à sa liberté réelle en contre partie d'une protection virtuelle.

 

Et cela marche parce que pour le clan globaliste il n'y a pas de règles, pas de limites autres que la victoire. Rien n'est sacré. A la guerre comme à la guerre. Or, notre élite politique n'est pas en guerre, pas plus que nous ne le sommes nous mêmes. Ils ont pu sacrifier la liberté et la pluralité des médias, qui est un des fondements de la société démocratique. Ils ont pu ouvertement instrumentaliser la justice, dont l'indépendance - du politique et non de l'Etat - est une condition de base de l'Etat de droit. Leur démarche est destructrice, car elle est révolutionnaire: détruire ce qui est, pour finaliser ce monde nouveau. Et nous regardons en relativisant.

 

Nos élites politiques continuent à se mettre au garde à vous face à la menace du Front national. Avant même l'annonce des résultats officiels, chacun appelant à voter Macron, posant sur la tombe de la Ve Républlique des armes trop lourdes, encombrantes, qu'ils ne savent de toute manière plus manier. Et soulagés de n'avoir pas à le faire. A se battre. A gouverner. L'on va pouvoir reprendre les discours et les postures.

 

Ces élections ont ouvert la voie au refondement de la société. La nouvelle société qui s'annonce, personnellement, ne me plait pas. On la connait déjà. La méthode est trotskyste, le fond est Rothschild. Un régime libertaire-totalitaire. Il a été rendu possible car nous ne nous sommes plus battus. Car nous ne savons plus nous battre. Car pour toute une partie de la société, la France est quelque chose de plus ou moins sympa, selon ce qu'elle apporte, mais ne fait partie ni de son sang, ni de sa chair. Alors qu'y a-t-il à défendre? 

 

Ce système était déjà moribond, il est tombé. Difficile de le regretter. Mais ce qui va suivre n'engage guère plus à l'optimisme. Les Empires sont tombés. Les cultures ne sont pas éternelles, elles disparaissent dans les livres d'histoire. Certes, mais il n'est jamais gai d'aller à un enterrement.

 

Aujourd'hui pleurons le défunt. Demain, il faudra se lever.

PS: L'on notera avec surprise à quel point les résultats officiels correspondent à ceux annoncés par les médias dès 20h, qui ne suivaient absolument pas l'évolution en temps réel du décompte des voix fait par le Ministère de l'intérieur, qui donnait Marine Le Pen largement en tête jusqu'à 23h30. Comme s'ils savaient que ça ne servait à rien.

 

Publié par 


et la russo phobie délirantes  ont fait le reste. Au point de se retrouver allié de fait de Porochenko et du couple Qatari-saoudiens, c'est grande démocratie devant l'éternel.

Les militants LGBT demandent  des comptes à Novaya Gazeta pour ses articles sur la persécution des homosexuels en Tchétchénie

 

22 Avril 2017

Résultat de recherche d'images pour "LGBT en Russie"
J’avais comme vous tous reçu des nouvelles inquiétantes sur le sort réservé aux homosexuels en Tétchénie suivi immédiatement d’une protestation des autorités tchétchèmes niant la répression mais aussi l’existence d’homosexuels, ce qui n’était pas bon signe. Les autorités russes avaient également démenti l’existence de la dite répression qui prenait en occident des allures de plus en plus dramatiques, les homosexuels étaient enfermés dans des « camps de concentration ». Dernière nouvelle, l’organisation des gays russes porte plainte contre le journal qui a lancé l’affaire et réclame des dommages intérêt. Marianne qui suit l’affaire en russe mais n’a pas le temps de traduire m’envoie le texte en anglais repris de la page facebook de gayTussia et elle confirme que la nouvelle a été accueillie en Russie comme une campagne mensongère.. A suivre.
 
(note et traduction de danielle Bleitrach)

Des militants de GayRussia.ru ont déposé une plainte  contre le journal Novaya Gazeta en ce qui concerne les  allégations contenues dans les articles de la publication sur la persécution des homosexuels en Tchétchénie. Le procès intenté par l’organisation a pour vocation, d’en  protéger la réputation, la plainte a été déposée auprès de la Cour Basmanny de Moscou, a déclaré le promoteur de l’initiative, Nikolai Alekseev, dans un article sur Facebook.

 

Dans un entretien avec la publication TJournal, Alekseev a précisé qu’il espère que le procès obligera Novaya Gazeta à réfuter ses allégations selon lesquelles la persécution des homosexuels résulte de la tentative de GayRussia de promouvoir des manifestations de masse en Tchétchénie. GayRussia réclame également un million de roubles (environ 17 824 $) de dommages et intérêts pour la détresse émotionnelle. L’argent serait versé à des organismes de bienfaisance.

 

Alekseev a également déclaré qu’il avait l’intention de faire appel à la commission d’enquête de la Russie pour engager une affaire pénale en diffamation.

 

Après avoir reçu des nouvelles du parquet, le rédacteur en chef de Novaya Gazeta, Alexei Polukhin, a écrit sur Facebook que « pour l’auto-promotion et les gestes symboliques de la [Cour européenne des droits de l’homme], les partisans d’Alekseev » ont demandé le droit de tenir des parades [homosexuelles] [en Tchétchénie], et alors  les répressions ont commencé.  

 

Dans une interview accordée au journal RBK, Nadezhda Prusenkova, porte-parole de Novaya Gazeta, a déclaré: « Ce que nous avons rappelé, c’était la déclaration de GayRussia sur les défilés de la gaypried dans le Caucase du Nord qui ont  conduit  à un commencement de persécution des homosexuels dans la région. Il semble qu’ils essaient de se blanchir de leur  faute, mais ils le font de manière plutôt étrange. »

 

Le 1er avril, Novaya Gazeta a publié un article sur la détention d’au moins 100 personnes accusées d’être des homosexuels en Tchétchénie. Les autorités tchétchènes ont nié la détention des homosexuels et la présence même des homosexuels dans la république.

 

« Depuis Moscou, on ne voit pas le mur de verre qui sépare la France républicaine du Front national »

 

21 Avril 2017

La présidentielle française vue de Russie… Il est à noter tout de même qu’à l’inverse de Russie unie et même de Valdimir Poutine, le parti communiste de la fédération de Russie n’a pas plus cédé à l’engouement en faveur de trimp qu’à celui en faveur de Marine le pen.

 

(note de danielle Bleitrach)


Propos recueillis par Inna Doulkina

Publié le 20 avril 2017.

 

Comment les relations franco-russes ont-elles évolué au cours des cinq dernières années ? Et quelles sont leurs perspectives de développement ? Éléments de réponses dans un entretien avec Evguenia Obitchkina, professeur à l’Institut d’État des relations internationales de Moscou et directrice du programme MGIMO-Sciences Po.

Poutine Le pen russie

Marine Le Pen, en visite à Moscou le 24 mars 2017, a rencontré le président Vladimir Poutine. Crédits : kremlin.ru

 

Le Courrier de Russie : Le 24 mars dernier, le président russe Vladimir Poutine a reçu au Kremlin la présidente du Front national, Marine Le Pen. Comment cette rencontre a-t-elle été rendue possible ?

 

Evguenia Obitchkina : Marine Le Pen a des liens anciens avec la Russie, en premier lieu avec ses parlementaires. Elle a toujours été très bien reçue à la Douma. Les élus russes sont flattés par les commentaires positifs que les représentants du Front national font régulièrement sur la Russie et sa politique internationale. Plus généralement, ce qui rapproche les élites dirigeantes russes du Front national, c’est une vision commune du principe de souveraineté. Marine Le Pen défend la souveraineté de la France face à Bruxelles, au sein de l’OTAN et de l’Union européenne. Vladimir Poutine, de son côté, défend celle de la Russie face à tous les acteurs extérieurs et, en premier lieu, face à Bruxelles, qui, selon Moscou, s’est accaparé la mission de la gestion de la sécurité dans le monde, ce que le Kremlin ne peut accepter. C’est là que réside la raison de l’opposition entre Moscou et les capitales occidentales, et c’est là aussi que se trouve le point de ralliement entre le Kremlin et le Front national.

 

LCDR : Pourquoi la souveraineté est-elle si importante pour la Russie ?

 

E.O. : La classe politique russe est persuadée que seul un État fort et stable peut garantir à ses citoyens la paix, et que plus on a d’États forts sur la planète, plus grandes sont les chances d’avoir un monde apaisé. Et que, à l’inverse, plus il y a d’États défaillants, de failed states, qui, selon la Russie, résultent des interventions américaines successives, plus le monde devient instable, plus il connaît de conflits. Attention, toutefois : le monde multipolaire que promeut la Russie doit être basé non sur la confrontation mais sur la coopération entre des acteurs forts et indépendants. La Russie estime en outre que dans la période de transition du socialisme au capitalisme qu’elle traverse, dans sa situation de pays multiethnique et multiconfessionnel, seul un État fort est en mesure de lui garantir la paix et d’assurer son développement. La souveraineté est la valeur première pour la Russie, ce qui n’est pas le cas de l’Union européenne. Pour cette dernière, tout comme pour les États-Unis, la valeur première, ce sont les droits de l’Homme. Et ils estiment que, pour mieux les défendre, un État peut déléguer une partie de sa souveraineté à une autorité supérieure – précisément ce que l’on observe dans le cas de l’UE. Pour Moscou, en revanche, cette conception est inacceptable. Dans la vision russe des choses, un État a le droit de défendre sa souveraineté – et Moscou se tourne naturellement vers des partis et des mouvements qui le pensent également. Comme le Front national, pour la France.

 

LCDR : Le Front national compte certes des partisans en France, mais aussi de nombreux détracteurs – et virulents. Pour une grande partie des Français, toute coopération avec ce parti relève de l’ignominie. Les élites dirigeantes russes s’en rendent-elles compte ?

 

E.O. : La classe politique russe, à l’exception des spécialistes des relations franco-russes, ne voit pas le mur de verre qui sépare la France républicaine du Front national. Ce mur qui divise les Français dans leur rapport aux valeurs démocratiques de base. Aujourd’hui, environ un quart de la population française se dit prêt à voter FN, alors que pour 75 % des Français, c’est absolument inenvisageable. Mais depuis Moscou, on ne distingue pas très bien ces subtilités. Ce que l’on voit clairement, c’est que le parti de Mme Le Pen est un parti populaire, que sa candidate affiche d’excellents résultats électoraux et a toutes les chances d’être représentée au second tour de la présidentielle. Ce qui veut dire, pour Moscou, que – sinon en 2017, peut-être plus tard – elle peut aussi remporter l’Élysée.

 

LCDR : Peut-on qualifier cette vision de « myope » ?

 

E.O. : Oh que non ! Vladimir Poutine est parfaitement conscient que certaines des idées de Mme Le Pen sont partagées par un nombre de Français bien plus important que celui de ses électeurs. La question de la souveraineté inquiète tous les Français ou presque, et Vladimir Poutine en tient compte. En rencontrant Marine Le Pen au Kremlin, c’est à l’ensemble de l’opinion française que le président russe a adressé un message. Il montre, par ce geste, que le refroidissement dans les rapports russo-occidentaux peut être relégué au passé, qu’un rétablissement des bonnes relations est possible. La Russie ne cherche pas à s’éloigner de l’Europe, bien au contraire, elle souhaite toujours construire avec elle une maison européenne commune – pourtant, ce ne doit pas être un squat abritant des individus partageant le même mode de vie, mais un immeuble aux appartements bien séparés, où chaque famille vit selon ses règles propres. La Russie tente de promouvoir cette vision et, pour atteindre cet objectif, elle cherche des partenaires au sein de l’Union européenne, des interlocuteurs aptes au dialogue. Ce que la France a été durant très longtemps.

 

Conférence sur La Russie et la présidentielle française

 

LCDR : Ne l’est-elle plus ?

 

E.O. : La France a cessé d’être un interlocuteur privilégié de la Russie au sein de l’UE pendant le quinquennat de François Hollande, et la Russie en est déçue. Par le passé, la France a toujours compris la Russie mieux que quiconque. Il a toujours été évident, pour Paris, que la Russie, avec son histoire particulière, ne pouvait pas effectuer sa transition du socialisme vers le capitalisme en quelques années, qu’elle ne pouvait pas devenir un parfait petit État démocratique d’un seul coup. François Mitterrand disait qu’on ne pouvait pas comparer l’effondrement du communisme en URSS avec un coup d’État dans un petit pays africain. La Russie méritait, aux yeux de la France, une attention particulière.

 

Rappelons-nous qu’au début des années 1990, la Russie s’était fixé pour objectif d’intégrer la communauté européenne, mais elle voulait y exister à égalité avec les autres membres – ce qui lui a toujours été refusé. Bruxelles a jugé que la Russie manquait de maturité en tant qu’État démocratique, qu’elle ne pouvait pas prétendre au même statut que les autres pays de l’UE et qu’elle devait se contenter de suivre les instructions des membres plus anciens. C’était, en réalité, la position de Washington – mais Bruxelles l’a suivie. Et la Russie n’a jamais voulu l’accepter. En revanche, la France, celle de François Mitterrand d’abord, puis celle de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, a toujours appelé à tenir compte de la position russe. Souvenez-vous comment Jacques Chirac s’était opposé à l’expansion de l’OTAN afin de ne pas heurter Moscou. Plus tard, Nicolas Sarkozy a dit non à l’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN. C’est aussi lui qui a signé le contrat sur la vente des Mistral à Moscou.

 

LCDR : Et c’est sous François Hollande que tout s’écroule ?

 

E.O. : Je vais vous donner un exemple significatif de l’évolution des relations franco-russes sous la présidence de M. Hollande. Après les attentats du 13 novembre à Paris, Vladimir Poutine a demandé aux forces navales et aérospatiales russes d’entrer en contact avec le groupement français présent en Syrie et de « travailler avec eux contre l’EI comme avec des alliés », selon ses propres termes. Par ce geste, le président russe envoyait à son collègue français un message clair, l’invitant à une coopération étroite contre un ennemi commun, mais aussi à relancer l’activité du Conseil franco-russe sur la sécurité, en sommeil depuis 2014. François Hollande a remercié Vladimir Poutine et déclaré vouloir se rendre à Moscou pour discuter de cette coopération possible. Mais avant cette visite, il est passé par Washington. Et là, Barack Obama a implicitement rejeté l’idée d’une union franco-russe, rappelant qu’il n’existait que deux coalitions : la grande, avec la France, les États-Unis et une soixantaine d’autres États, et l’autre – qui comprend la Russie, l’Iran et le président Assad. Le président américain a fait comprendre que si la Russie voulait s’allier avec la France dans la lutte contre l’EI, elle n’avait qu’à rejoindre la grande coalition – sous la houlette des États-Unis. Ce que la Russie, bien évidemment, ne pouvait pas accepter. De cet épisode, il faut retenir ceci : Moscou a, une fois de plus, tendu la main à la France mais, une fois de plus, cette main a été repoussée.

 

Vladimir Poutine et François Hollande lors de la visite du président français en décembre 2014. Crédits : kremlin.ru

 

LCDR : Pourquoi les choses se passent-elles toujours ainsi ?

 

E.O. : Si l’on prend l’exemple de la Chine, qui, elle, est traitée sur un pied d’égalité par l’UE et les États-Unis, on voit que le partenariat sino-occidental est basé sur un fondement économique solide. On peut supposer que si la Russie devient un jour une grande puissance économique, l’Occident la traitera comme un partenaire égal, mais ce n’est pas encore le cas. Il est aussi important de se rappeler que la Chine a été largement aidée par les États-Unis dans son développement économique. La Russie n’est pas dans la même situation, et les sanctions n’arrangent guère les choses. Il faudra à Moscou des années pour développer son économie. Mais, d’ici là, elle est tout de même en train de redevenir une puissance militaire à vocation globale.

 

LCDR : Comment la Russie voit-elle l’avenir de ses relations avec la France ?

 

E.O. : Au ministère russe des affaires étrangères, on estime aujourd’hui que ces relations sont au point mort. Et rien ne laisse espérer une quelconque amélioration si les sondages disent vrai et que M. Emmanuel Macron remporte effectivement la présidentielle. Ce dernier va très probablement poursuivre la politique du renforcement de la solidarité européenne et ce n’est probablement pas avec lui que la France va retrouver une politique d’indépendance vis-à-vis de Washington. Or, si la Russie ne cherche pas à détruire l’UE, comme certains le prétendent, elle aimerait néanmoins la voir moins tournée vers les États-Unis. Moscou souhaite reprendre sa place dans le concert des nations européennes, mais pas à n’importe quel prix, et pas n’importe quelle place. Moscou aimerait également conclure un accord de sécurité qui unirait la Russie, l’UE et les États-Unis. Mais c’est un projet qui, pour l’heure, ne séduit pas ses partenaires européens et américains.

Evguenia Obitchkina

Evguenia Obitchkina est diplômée de la faculté d’histoire de l’université Lomonossov. En 2005, elle a soutenu son doctorat sur l’évolution de la politique extérieure de la France après la fin de la guerre froide. Depuis 1988, elle enseigne et conduit des recherches sur la politique française contemporaine à l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO). Evguenia Obitchkina est chevalier d'honneur

Jeudi 20 avril 2017

Ukraine: La Cour de La Haye ne reconnait pas l'accusation de soutien au terrorisme formulée contre la Russie

Ce 19 avril, la Cour Internationale de Justice de La Haye vient de rendre une décision qui déboute l'Ukraine de la quasi-totalité des ses accusations contre la Russie et ne retient aucune accusation liée au terrorisme. La Communauté internationale saura-t-elle en tirer les conclusions qui s'imposent?
 
Début mars, l'Ukraine dépose un recours devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) accusant principalement la Russie de soutenir le terrorisme en Ukraine. Accessoirement, pour renforcer le dossier, elle l'accuse également de discrimination contre les ukrainiens et tatars vivant en Crimée. Comme l'écrit le journal Le Monde:
« La Russie met en œuvre sa politique étrangère sans égard pour la vie humaine », a dénoncé Olena Zerkal, vice-ministre des affaires étrangères de l’Ukraine, selon laquelle l’intensification récente des bombardements dans l’est du pays prolonge une situation « dangereuse et imprévisible ». (...) Pour Mme Zerkal, les tactiques russes « comprennent le soutien au terrorisme et aux actes de discrimination raciale, ainsi que la propagande, la subversion, l’intimidation, la corruption politique et les cyberattaques ». Et, assure Harold Koh, l’un des avocats de Kiev, l’approvisionnement en fonds et en armes de « groupes illicites » se poursuit même durant les audiences.
 Autre argument avancé par la partie ukrainienne : le drame du MH17 est bien un acte terroriste et « une attaque contre l’humanité », selon son représentant, qui prévient que des lance-missiles comme celui qui a permis d’abattre l’avion de ligne de la Malaysia Airlines en juillet 2014, au-dessus du Donbass, entraînant la mort de ses 298 passagers, pourraient de nouveau entrer en action.
Si l’Ukraine ne demande pas à la Cour de se prononcer sur sa souveraineté sur la Crimée, elle dénonce les discriminations contre les Tatars, dont certains « ont disparu, ont été enlevés », tandis que des élus « ont été exilés ».
Or, ce 19 avril, la CIJ vient de rendre une décision intermédiaire particulièrement mauvaise pour l'Ukraine, qui laisse présager de sa décision définitive défavorable. L'ensemble des accusations portées sur le fondement du soutien au terrorisme ont été écartées d'un revers de manche. Il faut dire que pêle-mêle, l'Ukraine visait même les convois humanitaires, l'aide apportée aux entreprises du Donbass suite au blocus ... La Cour a, pour sa part, déclaré:
The Court observes that the acts to which Ukraine refers have given rise to the death and injury of a large number of civilians. However, in order to determine whether the rights for which Ukraine seeks protection are at least plausible, it is necessary to ascertain whether there are sufficient reasons for considering that the elements set out in Article 2, such as intention and knowledge, as well as the element of purpose, are present. The Court is of the view that, at this stage of the proceedings, Ukraine has not put before it evidence which affords a sufficient basis to find it plausible that these elements are present. Therefore, it concludes that the conditions required for the indication of provisional measures in respect of the rights alleged by Ukraine on the basis of the ICSFT are not met. 
La CIJ s'est alors rabattue sur les tatars et ukrainiens auxquels il faut permettre un enseignement dans leur langue et la possibilité d'une institution représentative. En ce qui concerne l'accès à la langue, la critique est surprenante, puisque contrairement à l'Ukraine, la Russie a immédiatement reconnu les trois langues (russe, tatare et ukrainienne) en Crimée, puisque les langues des minorités sont reconnues dans toute la Fédération de Russie. La Crimée n'est pas ici une exception. Par ailleurs, le Président russe a adopté un oukase sur la réhabilitation des tatars, ce qu'aucun président ukrainien n'a pensé ou voulu faire et ce dont les tatars de Crimée lui sont extrêmement reconnaissants. Ce qui est beaucoup plus surprenant encore est la question de la réhabilitation du Mejilis, qualifiée d'organisation terroriste par la justice russe après le blocus de Crimée et les actions violentes commises. Imaginez que l'on ait recommandé à l'époque à la France de reconnaître le FLN comme organisation de représentation des algériens en France ... 
 
Par ailleurs, la CIJ intime aux deux parties de ne prendre aucune action qui pourrait aggraver la situation et rappelle les accords de Minsk:
"La Cour attend des parties qu'elles s'emploient à mettre pleinement en oeuvre, tant individuellement que de manière concertée, l'+ensemble de mesures (en vue de l'application des accords de Minsk)+ afin de parvenir à un règlement pacifique du conflit dont l'est de l'Ukraine est le théâtre".
C'est donc bien une défaite pour l'Ukraine. D'ailleurs les réactions dans la presse, en dehors de celles de Poroshenko qui doit garder la face, sont significatives:
“Après trois ans de conflit, les juges hésitent encore à condamner la Russie pour la mort de milliers d’innocents. Je suis stupéfaite”, s’emporte, de son côté, la journaliste Anastasia Magazova, spécialiste de la situation dans le Donbass. La partie ukrainienne demandait, entre autres, la reconnaissance de la responsabilité russe dans le crash du Boeing MH17, le 17 juillet 2014 : 298 personnes avaient péri dans l’explosion d’un missile sol-air “BUK”. De nombreuses enquêtes avaient prouvé que celui-ci avait été acheminé de la Russie quelques jours avant le drame. “Malgré cela, ils ne nous croient pas…”, se désole Anastasia Magazova.
Quelques remarques en guise de conclusion.
 
Tout d'abord, cela montre bien que le dossier ukrainien est totalement vide. Où sont les preuves de la présence militaire russe, des actes de terrorismes commis par la Russie en Ukraine dont ne cessent de parler les politiques ukrainiens et européens? L'Ukraine n'a même pas tenté de déposer un recours sur ce fondement, mais uniquement au regard du financement et du soutien.
 
Même en ce qui concerne le soutien au terrorisme, le dossier ukrainien est suffisamment vide pour n'avoir obtenu aucune injonction intermédiaire à l'encontre de la Russie. A la place de cela, elle a repris en plein visage les accords de Minsk et l'obligation de ne pas aggraver la situation. 
Par ailleurs, l'Ukraine n'a pas tenté de contester ce qu'elle qualifie d'annexion de la Crimée, elle n'a touché que la question des tatars qu'elle instrumentalise. Il est vrai qu'il aurait alors fallu revenir sur les circonstances du coup d'Etat du Maïdan, de la révolution ou non et donc de la continuité de l'Etat ... Ce sont des considérations qui risquent de ne pas être dans l'intérêt du Gouvernement ukrainien aujourd'hui.
Mais le jeu de l'Ukraine est ailleurs, il faut maintenir la pression et la justice internationale est idéale pour cela, car les procédures durent extrêmement longtemps. C'est sur cela que veut jouer l'Ukraine, surtout que les médias complaisants ne vont pas trop insister sur cette défaite et pourront médiatiser de manière sélective:
Un verdict positif aussi pour la journaliste Tetiana Kozak, qui anticipe “des années d’audiences à venir”
La communauté internationale pourra-t-elle tirer les conclusions de cette décision? C'est à en douter. L'hypocrisie qui dicte la politique aujourd'hui permet d'ignorer ce qui dérange, quitte à en payer le prix lourd plus tard.
 

mercredi 19 avril 2017

Répressions homosexuelles en Tchétchénie: Gay Russia porte plainte contre la presse pour diffamation

Suite à un article sorti le 1er avril dans le journal d'opposition russe Novoya Gazeta selon lequel des répressions massives seraient organisées contre les hommes homosexuels en Tchétchénie, toute la presse française s'est indignée, les hommes politiques aussi. Encore une fois sans enquête. Encore une fois sans tenir compte du démenti des autorités tchétchènes après vérifications. Maintenant que le mouvement LGBT Gay Russia porte plainte contre Novaya Gazeta pour diffamation, la presse française va-t-elle en parler?
 
Le 1er avril, Novaya Gazeta sort un article sur une soi-disant vague de répressions en Tchétchénie contre les homosexuels hommes. Cela ressemble à une mauvaise plaisanterie: plus d'une centaine d'hommes interpellés, déjà trois morts, l'on parle d'arrestation massive, de camps. Toute la fantasmagorie homophobe et russophobe est lancée sur la place publique.
 
L'occasion est trop belle, la presse française tire l'information sans plus de vérifications, quelle importance, il ne faut pas rater ça:
Des politiciens reprennent l'info, ils font campagne, les voix de la communauté homosexuelle ne sont pas négligeables, eux non plus ne vérifient pas l'information:

Pourtant, le porte-parole de Kadyrov avait démenti cette information déclarant :
"Je déclare en toute conscience que cet article de Novaya Gazeta est un mensonge et de la désinformation"
Mais c'est le porte-parole de R. Kadyrov, qui a le double désavantage d'être non seulement russe, mais encore tchétchène. Donc, ce n'est pas pris au sérieux. Maintenant, ce qui confirme les déclarations infirmant les accusations lancées contre la Tchétchénie, les activistes LGBT estiment qu'il s'agit de diffamation car ils ne sont pas persécutés et le mouvement Gay Russia a porté plainte devant la justice et demande au Comité d'enquête d'ouvrir une enquête contre Novaya Gazeta.
 
Et encore, porter plainte juste pour diffamation est plutôt "gentil" de leur part, car les implacations possibles - et je me demande si elles n'étaient pas justement  recherchées - de cette publication auraient pu être beaucoup plus grave. La Tchétchénie est une région musulmane, dans un pays, la Russie, en général traditionnel. Ce genre de publication peut destabiliser la situation sociale et cette fois-ci réellement provoquer des mouvements de violence contre les homosexuels. Est-ce cela que recherchait Novaya Gazeta?
 
Publié par 
 
 

mardi 18 avril 2017

La Russie négocie l'équipement des Mistrals

Vous vous souvenez des Mistrals, ces porte-hélicoptères que la France a refusé de livrer à la Russie, rompant ainsi unilatéralement son contrat en raison du lancement par Kiev de la guerre contre les populations du Donbass? La Russie mène des pourparlers avec l'Egypte pour les équipper. La diplomatie française est vraiment à la hauteur de tous les défis! 
 
En 2011, la France signe un contrat avec la Russie pour la construction et la livraison de deux porte-hélicoptères classe Mistral. En 2014, la France, suite aux déclarations américaines, déclare ne pas vendre ces navires tant que la Russie n'aura pas changé de politique en Ukraine. (Voici notre article sur le sujet).  
 
Toute cette agitation politique pour cacher la soumission totale de la France aux intérêts américains a couté cher aux contribuables, la France devant évidemment compenser le préjudice indûment causé (voir notre article ici). 
 
L'effet positif, mais pour la Russie, est qu'elle a relancé sa construction navale militaire, plutôt avec succès. 
 
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Après la vente au rabais à l'Egypte de ces bateaux encombrants et inutiles, celle-ci s'est adressée à la Russie pour leur équippement. Puisque n'oublions pas qu'ils furent mis aux normes russes. Les négociations portent tant sur la livraison d'hélicoptères de combat que sur l'équippement des porte-hélicoptères. 
 
Peut être les prochaines élections présidentielles nous donneront la possibilité d'élire un Président qui défende les intérêts français, sans hypocrisie. Sait-on jamais ...  
 

lundi 17 avril 2017

Donbass: Kiev revient à l'offensive

Encore une fois, l'Ukraine tente de lancer une offensive dans le Donbass. Encore une fois, les responsables ukrainiens peuvent publiquement appeler l'armée à reprendre les hostilités activement, sans que la communauté internationale ne réagisse. Je ne parlerai pas non de la violation des accords de Minsk, c'est trop banal. Ils sembleraient qu'ils ne soient plus contraignant pour personne, sauf pour les républiques de Donetsk et Lugansk. Et bien sûr, étrangement toutefois, pour la Russie, qui n'y est pas partie.
 
A l'occasion des fêtes de Pâques, une trève avait été négociée entre l'Ukraine et le Donbass à partir du 13 avril. Evidemment, l'armée ukrainienne ne l'a pas respectée. Dans la nuit de Pâques, l'Ukraine a attaqué 13 villages 35 fois à l'artillerie.
 
Mais plus généralement, l'armée ukrainienne, qui s'était tenue relativement tranquille depuis l'échec flagrant de sa tentative d'offensive à Avdeevka (29 janvier - 3 février de cette année), s'était reconcentrée sur le blocus du Donbass qui a entraîné la rupture définitive de ces parties du territoire anciennement faisant partie de l'Ukraine, semble reprendre l'offensive.
 
La technique utilisée est simple: l'Ukraine concentre ses forces sur une cible précise, bombarde pendant plusieurs heures, les correcteurs de trajectoire ont le temps de travailler et les pertes pour les combattants du Donbass sont plus élevées. Ensuite, elle envoie quelques groupes de 7 - 10 militaires, accompagnés par des blindés et quelques tanks. Effectivement, cela permet à l'Ukraine de reprendre quelques hauteurs, de s'approcher de villages dans la zone tampon, car les postes de contrôle mis en place du côté des combattants ne sont pas prévus pour résister à une attaque d'artillerie de cette ampleur, attaque qui est interdite par ces funestes accords de Minsk.
 
En cela, les militaires répondent à l'appel de Turchinov, le secrétaire général du Conseil de sécurité et de défense ukrainien, qui lors d'une interview pour BBC en Ukraine à l'occasion du troisième anniversaire de la guerre civile, qui est pudiquement appelée Opération anti-terroriste en Ukraine, a déclaré:
 "We have no alternative but to win. Last year was the first victory when we did not surrender a single meter of our land, but on the contrary, got tens of kilometers. So, I think our task is meter by meter, kilometer by kilometer, minimizing losses, move towards the east. The main thing is not to cross the border (laughing)."
L'ordre est donné: il faut reprendre chaque morceau du territoire à l'Est. C'est évidemment une violation des accords de Minsk, mais cela fait longtemps que l'Ukraine ne les considère pas autrement que comme un instrument et de sanctions contre la Russie et permettant de lier les mains des combattants du Donbass, qui ne peuvent développer qu'une politique défensive face à cette folie.
 
Alors que l'Ukraine garde l'initiative de l'offensive.
 
Pour l'instant, il s'agit plus d'une guerre d'usure, il n'y a pas eu d'avancée significative dans la zone tampon. Si les combattants passent à l'attaque, l'Ukraine partira vite pleurer dans les jupes de l'Occident qui condamnera immédiatement le Donbass et la Russie et demandera à tout le monde de s'asseoire à la table des négociations. 
 
Cette hypocrisie de l'Occident s'explique très simplement par sa totale implication dans le conflit, du côté ukrainien. Sans même parler des fournitures d'armes, léthales ou non, dès 2015 Poroshenko parle des instructeurs étrangers qui forment en plus de son armée, la Garde nationale et les bataillons punitifs extrémistes comme Azov. A côté des américains, l'on retrouve l'Occident au grand complet: France, Grande Bretagne, Finlande, Portugal etc etc etc . Mais également la Pologne et des pays comme l'Albanie.
 
En novembre 2016, le représentant russe à l'OTAN, A. Grushko, déclarait que des instructeurs de l'OTAN préparent les militaires Ukrainiens qui sont envoyés ensuite dans le Donbass. En mars 2017, LNR accuse l'OTAN d'avoir formé des groupes de sabotage pour intervenir et notamment liquider les commandants de bataillon du Donbass.
 
La résolution pacifique du conflit nécessiterait une forte volonté en Occident, et tout d'abord aux Etats Unis, qui impliquerait une réelle pression sur l'Ukraine. Vue la manière dont le Président américain conduit les relations internationales et sa faiblesse politique intérieure, la voie politique est bloquée. Mais, le Donbass peut-il et veut-il se lancer dans la voie armée? Car la politique défensive est difficilement tenable sur le long terme, lorsqu'en face de vous une armée régulière ne baisse pas les bras et qu'elle est soutenue par la Communauté internationale, même officieusement. Sans coopération russo-américaine, il semble difficile de sortir de cette impasse. D'autant plus que la Russie a bien montré qu'elle ne lache pas DNR et LNR.
 

Ambassade de Russie: objet, la glorification du nazisme

 

16 Avril 2017

Résultat de recherche d'images pour "russie contre nazisme"

Une lettre que l’ambassade de Russie vient  d’envoyer à diverses organisations de Résistants et d’organisations juives pour dénoncer la renaissance du nazisme et le négationnisme.

 

(note de Danielle Bleitrach)


 

De : « AMBASSADE DE RUSSIE » 

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> A : 

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> Copie à :
> Objet : Lutte contre la glorification du nazisme
>
>

Paris, le «12» avril 2017

Mesdames, Messieurs,

 

L’Ambassade de Russie a l’honneur de porter à votre connaissance ce qui suit. Conformément à la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies A/RES/71/179 «Lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée» le Rapporteur spécial au Conseil des droits de l’homme présentera au Conseil à sa    35-ème session ainsi qu’à la 72-ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU ses rapports sur l’application de cette résolution par les Etats.

 

A ce titre le Rapporteur spécial accumule des documents et des informations utiles. L’attention particulière sera prêtée aux faits du négationnisme, de la glorification et la réhabilitation du nazisme, du néonazisme et des anciens membres de Waffen-SS, y compris les manifestations publiques, aux tentatives des falsifications de l’histoire, aux faits de profanation des monuments et mémoriaux dédiés à ceux qui ont combattu contre le nazisme, à la complaisance des autorités nationales et locales qui n’empêchent commettre des crimes pareils ou ne punissent pas ses auteurs, ainsi qu’aux actes de l’intolérance et de la discrimination ethniques, raciales et religieuse dans le contexte de la crise migratoire actuelle en Europe.

 

Le dernier rapport soumis au Conseil des droits de l’homme a permis d’attirer l’attention de la communauté internationale à la prolifération dans de nombreuses régions du monde de divers partis politiques et groupes extrémistes, y compris des néonazis et des skinheads, ainsi que d’autres mouvements radicaux de la même nature, qui commettent des actes de violence en s’inspirant de l’idéologie et des pratiques du nazisme. Le rapport a confirmé la pertinence et a considérablement élargi le soutien de la résolution A/RES/71/179: en décembre 2016 136 Etats ont voté pour la résolution, 49 Etas se sont abstenus et seulement deux Etats (les Etats Unis et l’Ukraine) ont voté contre.

 

Cette année, comme dans les années précédentes, votre organisation peut contribuer au travail du Conseil des droits de l’homme et du Rapporteur spéciale dans le cadre de la lutte contre la glorification du nazisme et du néonazisme en fournissant les éléments pour son nouveau rapport. Vous pouvez les envoyer avant le 15 mai 2017 à l’adresse suivant :

 

Office of the High commissioner for Human rights, United Nations Office at Geneva, CH-1211, Geneva 10, fax: 022 917 90 06, e-mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

 

Veuillez croire, Mesdames et Messieurs, à l’expression de nos sentiments distingués.

 

Ministre-Conseiller Artem STUDENNIKOV

Ambassade de la Fédération de Russie en France

 

40-50 boulevard Lannes
75116 Paris
Tél.: +331.45.04.05.50
+331.40.72.75.19
Fax: +331.45.04.17.65

Les livres pour enfants révolutionnaires de Vladimir Maïakovski

 

16 Avril 2017

Antoine Oury – 14.04.2017

Vladimir Vladimirovitch Maïakovski est principalement connu comme un poète, acteur central du mouvement futuriste et fameux révolutionnaire. Mais il fut aussi auteur de livres pour enfant, ce qui n’est pas incompatible avec ses autres occupations… L’Université de Princeton, qui conserve plus d’un millier de livres soviétiques destinés à la jeunesse, dont certains remontent au XVe siècle, permet de découvrir quelques-uns de ces ouvrages signés Maïakovski…

 


 

Extrait de Chto ni stranit︠s︡a to slon to lʹvit︠s︡a, 1928

 

« La collection et les fonds nécessaires à son entretien viennent de Lloyd Cotsen, ancien de Princeton, collectionneur et amateur de littérature jeunesse », rappelle Thomas Keenan, bibliothécaire spécialisé dans les productions d’Eurasie et d’Europe de l’Est, à propos de ce fonds exceptionnel conservé par l’Université de Princeton.


Parmi les ouvrages de la collection, 6 titres sont signés par Vladimir Maïakovski, qui signe le plus souvent les textes, mais se fend aussi d’illustrations et, bien entendu, de typographies personnalisées. Lui-même affichiste et peintre, il ne reculait pas devant l’illustration.


Le premier ouvrage, Okti︠a︡brʹ 1917-1918 : geroi i zhertvy revoli︠u︡t︠s︡iĭ, publié en 1918, est assez direct dans son propos : il s’agit là de rendre hommage aux héros de la Révolution russe de février 1917 qui a mené à la prise de pouvoir bolchévique. Des textes courts, des portraits en pied : l’ambition propagandiste de l’ouvrage est explicite.

 

L’ouvrage suivant, publié en 1919, s’intitule Sovetskai︠a︡ azbuka. Il s’agit d’un alphabet soviétique, pour lequel Vladimir Maïakovski choisit une image pour chaque lettre. Sous les apparences inoffensives de l’album, on découvre une virulente critique du capitalisme et du tsar renversé quelques années auparavant…

 

 

Pour Chto takoe k︠h︡orosho i chto takoe plok︠h︡o, qui signifie « Qu’est-ce qui est bien, qu’est-ce qui est mal », Maïakovski privilégie un peu plus la narration. Publié en 1925, son ouvrage propose une liste de règles morales, mais aussi d’hygiène ou de savoir-vivre à destination des plus jeunes, en suivant le parcours d’un jeune garçon. Le livre est enrichi de lithographies réalisées par Maïakovski.

 

 

La même année, Maïakovski publie Skazka o Pete Tolstom rebenke i o sime, kotoryi tonkiĭ, illustré par Nikolaĭ Nikolaevich Kuprei︠a︡nov. Ce conte pour enfants est lui aussi structuré par la doctrine bolchévique : Maïakovski y raconte l’histoire d’un petit garçon capitaliste qui mange tout sur son passage… jusqu’à ce qu’il éclate !

 

 

En 1928, Maïakovski travaille avec Kirill Zdanevich pour signer Chto ni stranit︠s︡a to slon to lʹvit︠s︡a, une série de petites histoires autour de différents animaux du zoo. Assez court, l’album fait la part belle à des mises en page audacieuses, où les textes en couleurs ont une place particulière.

Toute une collection de livres pour enfants issus de l’ère soviétique

 

Enfin, pour MI︠u︡D, dernier livre de Maïakovski dans la collection numérisée de l’université de Princeton, le poète se tourne à nouveau vers la défense et la célébration de la Révolution russe, à l’occasion d’un ouvrage célébrant Lénine et les jeunesses soviétiques. Les illustrations sont signées Vera Ivanova.

 

Vendredi 14 avril 2017

Affaire de Beslan: quand la CEDH apprécie étrangement la lutte contre le terrorisme

La tragédie de Beslan en 2004 est toujours très présente dans la conscience collective russe. Plus d'un millier d'otages, et pour une grande partie des enfants, une trentaine de terroristes armés jusqu'aux dents et prêts à mourir avec leurs otages, 3 jours de privations, de violences sur les civils, des explosions et l'intervention des forces russes. 334 morts, dont 118 enfants. La CEDH vient de décider que la Russie n'avait pas pris toutes les mesures nécessaires pour empêcher la commission de l'attentat, que les mesures d'intervention prises pour sauver les gens n'étaient pas proportionelles à la mise en danger des civils et que l'enquête menée a été inefficace, notamment parce qu'elle n'a pas permis un droit de regard du public.
 
Le 1er septembre est toujours l'occasion d'une grande fête nationale en Russie. C'est la rentrée des classes, tous les enfants se retrouvent à l'entrée des écoles du pays, dans leurs petits costumes tout neuf, avec leurs jupettes et pompons blancs dans cheuveux. Cette journée est emprunte d'une émotion particulière, d'une grande fébrilité. Les grands conduisent les petits dans leurs classes, en musique et avec un lancé de ballon. Il y a comme un rite sacré.
 
Une tragédie sans précédent
 
Le 1er septembre 2004, la tragédie s'est produite:
Au petit matin du 1er septembre 2004, plus de trente terroristes lourdement armés traversèrent la frontière administrative qui sépare l’Ingouchie de l’Ossétie du Nord. À 9 heures, la cérémonie de rentrée scolaire commença dans la cour de l’école n o 1 de Beslan. Quelques minutes plus tard, les terroristes encerclèrent les participants à la cérémonie et les rassemblèrent (plus de 1 100 personnes, dont environ 800 enfants) dans le gymnase de l’école. Ils transformèrent l’établissement en place forte et minèrent le gymnase. Ils exécutèrent plusieurs otages, refusèrent toutes les propositions visant à améliorer la situation des otages et, à partir du 2 septembre, refusèrent même de laisser leurs victimes boire de l’eau. Les forces de sécurité encerclèrent les lieux. Un centre de commandement opérationnel (« le centre de commandement ») fut établi pour la gestion de l’opération et la négociation avec les terroristes, lesquels posaient des revendications politiques. Le 3 septembre à 13 heures, deux puissantes explosions retentirent dans le gymnase. Certains otages essayant de s’enfuir par le trou que ces explosions avaient fait dans le mur, les terroristes firent feu sur eux, ce qui déclencha un échange de tirs avec les forces de sécurité. Celles-ci reçurent alors l’ordre d’investir le bâtiment
Après l'intervention des forces de l'ordre, il y a eu 334 morts, dont 318 otages, parmi lesquels 118 enfants. Ont également trouvé la mort 10 membres des forces spéciales, 2 sauveteurs, 15 policiers. 810 personnes ont été blessées de part et d'autre.
 
L'intervention fut particulièrement difficile, car les terroristes utilisaient les enfants comme bouclier humain. Plus concrètement, ils s'entouraient d'enfants lorsqu'ils se mettaient en position pour tirer. Plusieurs vidéos ont été diffusées, voici par exemple - Attention +18:
 
 
 
 
Une émission intéressante est sorti à ce sujet, 10 ans plus tard. A propos de l'intervention des forces spéciales, il a été reconnu que les services de sécurité n'étaient pas forcément en bon état après les années 90, car ils n'avaient manifestement pu prévenir cet acte de terrorisme. Par ailleurs, les forces spéciales n'étaient pas prêtes à faire face à des terroristes se cachant au milieu des enfants. Il a fallu du temps pour restaurer ces forces, comme pour l'armée. La réaction était très difficile à organiser, surtout face à des gens qui sont prêts à mourir. Pour les russophones, je vous propose de regarder cet intéressant reportage:
 
 
Les aspects juridiques
 
Entre 2007 et 2011, 409 personnes ont déposé une plainte devant la CEDH contre la Russie, estimant que l'enquête n'avait pas été suffisamment efficace. En juillet 2015, le recours a été accepté et la Cour vient de rendre son verdict, reconnaissant la Russie coupable de diverses violations de l'article 2, le droit à la vie, et la condamne à payer environ 3 millions d'euros aux requérants. Et surtout, la Cour précise:
Elle dit également que les exigences que devra respecter l’enquête menée actuellement sur les faits devront être déterminées à la lumière de ses conclusions relatives aux défauts de cette enquête à ce jour 
Cette injonction est difficilement compatible avec le statut de la CEDH, qui n'est pas une Cour suprême des juridictions nationales, mais une juridiction internationale, ayant un autre domaine de compétences, n'intervenant que pour l'appréciation des règles et des actions nationales au regard des normes de la Convention. Elle n'est pas compétente pour déterminer la relation des faits avec le droit interne.
 
Avant de regarder le fond de l'argumentation de la Cour, il faut soulever la question du champ d'application de l'article 2, théoriquement le droit à la vie. Or, il concerne dans ses points 2 et 3 l'enquête et la phase pré-judiciaire du procès. Quel est le rapport avec le droit à la vie, même dans une conception très large du terme? Cela aurait plutôt rapport avec une vision large du procès équitable, car quelle équité sans enquête efficace et impartiale? Mais malheureusement, les mauvaises rédactions, volontaires ou non, de la Convention européenne ne seront pas modifiées, car elles sont trop utiles à la Cour.
 
Dans l'arrêt de la Cour, dont le compte-rendu est publié sur le site, une attention particulière est portée aux moyens utilisés pour lutter contre les terroristes, pour voir s'ils étaient proportionnels au danger. Or, sans arguments particuliers, la Cour estime les moyens utilisés disproportionnés. En l'occurrence, c'est la législation nationale qui détermine les critères. La Conventions européenne, ici, n'y est pour rien. Surtout que le critère principal retenu par la Cour est le nombre de victimes. Etrangement, le danger présenté par les terroristes et leur nombre semblent moins important. C'est une position très contestable et très subjective.
 
Il est également surprenant que la Cour européenne donne une appréciation du travail des services de renseignement qui auraient eu les informations suffisantes et n'auraient pas permis d'empêcher l'attentat. Avec la fréquence des attentats aujourd'hui perpétrés en Europe, cet argument semble pour le moins déplacé, très hypocrite. Surtout qu'à la différence, notamment de la France, la Russie n'a toujours pas suspendu la Convention européenne des droits de l'homme et ne vit pas en régime d'exception. La CEDH veut-elle lui conseiller de suivre cette voie démocratique française?
 
Par ailleurs, l'enquête est considérée comme inefficace, car non seulement les enquêteurs n'ont pas envisager suffisamment précisément certains aspects de l'affaire, mais ils n'ont pas tout rendu public. Comme le rappelle le sénateur russe Klichas, la Cour n'a pas les éléments nécessaires pour apporter ce type de conclusions, puisque, évidemment, en matière de terrorisme, tout ne peut et ne doit être dévoilé. Ici l'on voit la limite de la compétence objectivement possible d'une juridiction internationale.
 
L'on soulignera que deux juges ont émis une opinion dissidente, le juge russe Dedov et Hajyev d'Azerbaïdjan, selon lesquels les accusations portées contre la Russie lui reprochant de n'avoir pas pu réduire le risque pour les civils sont particulièrement floues et ne tiennent pas compte des circonstances très spéciales de l'espèce, qui ne permettaient pas objectivement aux forces étatiques de maîtriser totalement la situation.
 
Le ministère de la justice et le Kremlin ne reconnaissent pas le bien fondé de cette décision et vont faire appel. Ce qui est plus surprenant, c'est la réaction de certaines personnalités attendant avec impatience la ratification du 15e Protocole, devant, soi-disant, permettre de restaurer la compétence nationale.
 
L'illusion du 15e Protocole
 
C'est une illusion. Ce 15e Protocole est le résultat d'un faux compromis pour atténuer les tensions entre les Etats et la Cour suite à l'extension incontrôlée du champ de son contrôle par la Cour elle-même. Il est censé introduire le principe de subsidiarité et une marge d'appréciation nationale en échange d'une possibilité de remettre en cause le double degré de juridiction au profit de la grande Chabre, sans l'accord des parties pour les affaires les plus importantes, et de faciliter le rejet des affaires.
 
C'est un faux deal. Tout d'abord, parce que le droit européen est de toute manière soumis au principe de subsidiarité par rapport au droit national, puisque c'est du droit international intégré, mais international. Ensuite, la CEDH intervient sur un autre corpus de normes (entre le niveau national et européen) et non au simple niveau national. Les Etats bénéficient donc évidemment du droit d'interpréter les normes nationales, de qualifier juridiquement les faits au regard du droit national et non du droit européen, etc. C'est du bluff. D'autant plus que la Cour a tout de suite limité les possibilités nationales en précisant que dans l'exercice de leur marge d'interprétation, donc d'interprétation des normes nationales, les Etats doivent se rapporter à la jurisprudence de la Cour pour comprendre comment interpréter. Au final, les Etats risquent de perdre plus que d'y gagner.
 
En revanche, ce qui est bien réel, c'est la remise en cause du principe de double juridiction. Dans le doctrine, cette remise en cause est acceptée lorsqu'il s'agit des affaires mineures, pour désengorger la justice. Il y a une certaine logique. Ici, il s'agit à l'inverse de déférer directement et uniquement à la Grande Chambre les affaires les plus importantes, c'est contraire à la logique procédurale classique. Autrement dit, la Cour ne va surtout s'intéresser qu'aux affaires les plus importantes. Ce qui est confirmé par les deux autres réformes, à savoir la réduction du délai de recours individuel et l'élargissement de la possibilité de rejeter les petites affaires (modification art. 35). 
 
Ce Protocole veut transformer l'idée de la CEDH, sortir d'une juridiction devant intervenir dans les affaires courantes, celles des citoyens, logique découlant du 11e Protocole, pour la concentrer sur une justice attachée aux grandes affaires, donc beaucoup plus politique. L'on passerait ainsi de la conception européenne de la justice, avec des Cours suprêmes qui traitent beaucoup d'affaires à une justice suprême sélective et politique sur le modèle anglo-saxon. Pour exemple, la Cour de cassation traite plus de 20 000 affaires par an quand la Cour suprême des Etats Unis en traite environ 70. 
 
L'on passerait ainsi à une justice des Etats et il ne reterait pas grand chose de la marge nationale d'appréciation ou du principe de subsidiarité. Si les autorités russes considèrent la Cour aujourd'hui déjà politisée, ils vont l'adorer lorsqu'ils auront ratifié ce Protocole. Qui, par exemple, ne leur permettrait pas de faire appel de cette décision, qui certainement aurait été prise par la Grande chambre directement, vue son importance.
 
En ce qui concerne la CEDH, elle gagnerait en légitimité à pratiquer l'autolimitation. Mais sa fonction est devenue trop idéologique pour cela. Ce n'est plus la même Cour que celle qui a été créée. Et elle est ici à la limite de l'ingérence politique.
 

The New York Times : Qu’est-ce qui effraie  les Juifs de l’Ukraine Par EDOUARD Dolinsky

 
13 Avril 2017

https://www.nytimes.com/2017/04/11/opinion/what-ukraines-jews-fear.html?_r=0

11 avril 2017

Cet article d’un responsable de la communauté juive d’Ukraine, qui par ailleurs se glorifie d’avoir soutenu le maïdan et la lutte contre la Eussie dit de quoi nos chers « alliés » ukrainiens sont les otages. C’est la même chose dans les pays baltes, et l’on voit que la plupart des « révolutions de couleur », de défense de l’OTAN s’appuient aujourd’hui sur l’extrême-droite pour continuer à montet les populations des pays de l’est contre la Russie et contre le passé soviétique… Si les choses vont mal et si ces peuples voient de plus en plus l’ère soviétique comme un temps de paux et de prospérité, la seule solution est de retrouver les bons vieux boucs émissaires, la Russie, mais aussi les juifs. ce sont les gens que nous soutenons et dont des histrions comme BHL se font les défenseurs.

 

(note et traduction de danielle Bleitrach)


Crédit Kelly Blair

 

KIEV, Ukraine – Septembre dernier, j’étais à la  commémoration du  75e anniversaire à Babi Yar – une fosse commune où plus de 33.000 Juifs de Kiev ont été massacrés en deux jours pendant la Shoah – j’écouté le  président Petro Poroshenko prononcer un discours militant sur les raisons pour lesquelles de telles atrocités ne doivent jamais se répéter. En tant que directeur depuis 10 ans du Comité juif ukrainien, l’une des organisations juives les plus influentes du pays, je suis heureux d’entendre cela.

 

Mais ma joie a été tempérée par quelque chose que je n’avais vu à Babi Yar avant: une exposition honorant Ivan Rohach. Rohach a été le rédacteur en chef d’un journal nationaliste radical qui, en 1941, la même année que le massacre de Babi Yar, décrit les Juifs comme « le plus grand ennemi du peuple ». Il a également été un militant de l’Organisation des nationalistes ukrainiens, dont les membres ont participé activement à l’Holocauste en Ukraine. L’exposition a omis tout cela.

 

Le OUN et son aile militaire, l’armée insurrectionnelle ukrainienne, ou UPA, sont maintenant glorifiés comme combattants de la liberté. Ce qui n’est pas mentionné est l’idéologie xénophobe, antisémite du OUN, qui décrit les Juifs comme un « corps essentiellement hostile au sein de notre organisme national » ou le fait que la milice OUN-UPA a collaboré à l’Holocauste et également a  massacré entre 70.000 et 100.000 civils polonais afin de créer une Ukraine ethniquement pure.

 

En dépit de ces atrocités, beaucoup d’Ukrainiens, en particulier dans l’ouest de l’Ukraine, voient  l’OUN-UPA comme des héros parce qu’ils ont mené  une guerre de guérilla contre les Soviétiques dans les années 1950, une lutte dans laquelle certains croient  percevoir des échos dans la lutte contre la Russie aujourd’hui.

 Les Institutions parrainés par le gouvernement sont derrière le blanchissement. Dirigée par l’Institut ukrainien de la mémoire nationale, la ré – écriture de la Seconde guerre mondiale  est conçue  pour glorifier l’OUN-UPA en niant les crimes du dit  groupe. En 2015, l’ Ukraine a adopté une loi qui classe l’OUN-UPA comme des « combattants pour l’ Etat ukrainien » et qui dit ceux qui « entretiennent  publiquement une attitude irrespectueuse » envers ces groupes seront poursuivis en justice.

 

Depuis 2015, de nombreuses rues ont été rebaptisées du nom des dirigeants et les membres OUN-UPA. L’institut de la mémoire est en train d’élaborer une loi visant à exonérer rétroactivement les membres  de l’OUN-UPA qui avaient été condamné pour le meurtre de Juifs et  de Polonais par les Soviétiques après la guerre.

 

Ce n’est pas seulement un combat pour  l’histoire. De Virulent groupes nationalistes de droite ont bénéficié d’ une nouveau pouvoir dans la politique ukrainienne au cours des dernières années. Bien que les partis politiques extrémistes ne représentent qu’une petite minorité du Parlement, des groupes d’extrême droite sont violemment entrés en conflit avec le gouvernement à plusieurs reprises. De nombreux Juifs craignent que le gouvernement ne répudiera jamais  le culte de l’OUN-UPA de peur de provoquer une réaction de l’extrême droite.

Avec l’intensification du  révisionnisme historique , il y a eu la profanation des sites de l’ Holocauste et des monuments commémoratifs de l’ Ukraine. Monument commémoratif de Babi Yar a été vandalisée neuf fois en 2015 et 2016, avecforcer de croix gammées peintes jusqu’à  une tentative lors de Rosh Hashana  de brûker une ménorah  sur le site. Plus récemment, un mémorial de l’ Holocauste dans la ville ukrainienne occidentale de Ternopil a été  recouvert de  croix gammée et SS runes.

 

A la grande détresse de la communauté juive de l’ Ukraine, ces affaires restent non punies. En fait, l’ application de la loi ici nie souvent qu’un problème existe. Le 1er janvier, une manifestation aux flambeaux à travers le centre de Kiev a eu lieu  en l’ honneur du chef OUN Stepan Bandera, dans laquelle ont été proférées des cris contre les « Juifs ». Sept cents policiers ont été mobilisés pour assurer la sécurité de la manifestation mais le lendemain , quand les journalistes ont demandé à la police de faire des commentaires sur les chants, les agents ont nié avoir entendu des proclamations  antisémites.

 

Le climat d’antisémitisme se trouve ailleurs, aussi. Des Cimetières et des synagogues juives ont été vandalisés. Nadia Savchenko, un député qui est devenu un héros national quand elle était pilote capturée par la Russie, est apparue récemment à la télévision et a déclaré . « Je n’ai rien contre les Juifs, » , . « Je n’aime pas « youpins ». » Elle a ajouté: « Les Juifs possèdent 80 pour cent de la puissance quand ils ne représentent que 2 pour cent de la population ».

 

Cela fait  plus de 20 ans que je suis un militant  juif ukrainien, j’en suis fier je suis le témoin de notre communauté juive elle-même en train de revivre après 70 ans de persécution soviétique. Bien que beaucoup de Juifs aient émigré en Israël et en Occident, nous restons une communauté dynamique d’environ 300 000 personnes. Nous aimons et soutenons notre pays, et beaucoup de Juifs ont  participé à la révolution euromaïdan.

 

La majorité des Juifs ukrainiens partagent le désir de construire un État moderne, démocratique, libre de la corruption endémique que nous avons vécu pendant les 25 dernières années. Nous soutenons le choix de l’Ukraine à intégrer  l’Occident – ce qui explique pourquoi la tentative du Kremlin pour transformer les Juifs en Ukraine contre Kiev lors de la prise de contrôle de Moscou de Crimée a échoué – et nous n’avons pas plus envie de vivre sous la domination russe que les autres citoyens.

 

Les Juifs ukrainiens ne sont pas les seuls concernés par cet antisémitisme. Le Musée Mémorial de l’ Holocauste aux Etats-Unis à Washington, DC, le Centre Simon Wiesenthal et 70 éminents universitaires ont condamné la loi de mémoire de 2015.

 

Dans son discours lors des commémorations de l’an dernier à Babi Yar, président Reuven Rivlin d’Israël a déclaré au Parlement ukrainien que « de nombreux collaborateurs des crimes étaient Ukrainiens. Et parmi eux, les combattants de l’OUN – qui se moquaenit des Juifs, les ont tués et dans de nombreux cas, les ont remis aux Allemands -. se sont distingués particulièrement  » La Pologne, aussi, a été ulcéré par la glorification de l’OUN En Février, la chef du parti au pouvoir de la Pologne aurait dit ai président Porochenko que l’Ukraine « ne le fera pas l’ Europe avec Bandera. »

 

Malheureusement, le mouvement de réhabilitation de la OUN continue. Cela soulève la crainte que certains hommes politiques ukrainiens puissent être prêts à sacrifier nos relations de pays avec les États-Unis, la Pologne et Israël – sans parler de la sécurité des citoyens juifs ici – en échange de la « coexistence pacifique » avec l’extrême droite.

 

Au cours des trois dernières années, les États-Unis et en Europe ont fourni l’ Ukraine un soutien précieux dans sa quête d’indépendance. Une partie de ce soutien avait pour but de faire en sorte que Kiev ne s’écarte pas de l’objectif de devenir une nation occidentale. Par exemple, les journaux, y compris celui – ci , et les hommes politiques, comme l’ ancien vice –président Joe Biden , n’ont pas hésité à condamner la corruption. Les dirigeants occidentaux doivent également souligner que la glorification des organisations comme OUN-UPA reste incompatible avec les valeurs occidentales. Nous avons besoin des États-Unis et l’aide du monde – pour la mémoire des Juifs abattus et pour l’avenir de l’ Ukraine.

 

Eduard Dolinsky est le directeur du Comité juif ukrainien.

 

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Une version de cette op-ed apparaît dans la presse le 12 Avril, 2017, à la page A13 de l’ édition nationale avec le titre: chaulage l’histoire nazie de l’ Ukraine. Livre d’aujourd’hui|Souscrire

« Les Etats-Unis rejouent la même comédie insipide qu’en Irak »

Déclaration de Vladimir Poutine à la presse après une rencontre avec le Président italien Sergio Mattarella

Transcription :

[...]

Journaliste : Puis-je vous poser une question sur la Syrie ? Comment considérez-vous ce qui s’est passé ? Y a-t-il un risque d’autres frappes militaires des Etats-Unis contre des cibles en Syrie ?

 

Vladimir Poutine : Nous en avons parlé avec le Président [italien]. J’ai dit que ça me rappelait beaucoup 2003, lorsque les représentants des Etats-Unis au Conseil de sécurité ont montré des prétendues armes chimiques découvertes en Irak. Après quoi, une campagne militaire a été lancée contre l’Irak. Elle a entraîné la destruction du pays, la montée de la menace terroriste, et l’apparition de Daech sur la scène internationale, ni plus, ni moins.

 

La même chose se produit actuellement, et leurs partenaires acquiescent encore une fois de la tête. A cet égard, nos admirables écrivains [de comédies] Ilf et Petrov viennent à l’esprit, avec leur fameuse réplique « Qu’est-ce qu’on s’ennuie, Mesdames ! » On a déjà vu tout ça.

 

Quant à savoir pourquoi tout cela se produit... Tout le monde veut restaurer les relations au sein de la communauté occidentale, après que - grâce à l’ancienne administration US - beaucoup d’entre eux aient adopté une position anti-Trump durant les élections. La Syrie et la Russie, en tant qu’ennemi commun, fournissent une merveilleuse plateforme pour la consolidation. Nous sommes prêts à supporter tout cela pour une certaine durée, dans l’espoir que cela finira par nous mener à quelque tendance positive basée sur l’interaction.

 

Pour la consommation interne des Etats-Unis, il y a également des raisons à tout cela. Pour le dire simplement, les adversaires politiques de la nouvelle administration [Trump] sont toujours actifs, et si quelque chose (de grave) devait se produire, c’est à lui qu’ils en feront porter le chapeau. Je n’ai aucun doute à ce sujet.

 

Quant à savoir si d’autres frappes en Syrie sont possibles, nous avons des informations venant de plusieurs sources selon lesquelles d’autres provocations - je ne saurais les caractériser autrement - de ce genre se préparent, notamment dans les banlieues sud de Damas, où ils prévoient d’utiliser quelque produit chimique, et d’en accuser les autorités syriennes.

 

Nous estimons que tout incident de ce genre doit faire l’objet d’une enquête rigoureuse. Nous en appellerons officiellement à l’instance de l’ONU à La Haye et à la communauté internationale pour qu’une enquête exhaustive soit menée sur ce qui s’est passé. Des mesures appropriées pourront ensuite être prises en fonction de ce que révèlera l’investigation.

 

Ce sera tout.

 

Source : http://en.kremlin.ru/events/president/news/54267

 

Traduction : http://sayed7asan.blogspot.fr/2017/04/vladimir-poutine-sur-la-syrie-le...

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jeudi 13 avril 2017

Quand Tillerson prend une leçon de diplomatie

La première visite officielle de R. Tillerson en Russie s'est passée comme attendue, l'on pourrait dire comme l'espèrait le clan néoconservateur: les parties sont tombées d'accord sur le fait qu'il allait être particulièrement difficile de trouver un accord, mais il faut continuer à discuter. La Russie est restée ferme sur ses positions et a répondu de manière asymétrique au "bazar" organisé par la délégation américaine.
 
Le contexte politico-médiatique de la visite de R. Tillerson en Russie, dont nous avons parlé hier, a pesé sur la rencontre entre les deux ministres des affaires étrangères russe et américain.
 
Tout d'abord, la veille de son arrivée, la rencontre de Tillerson avec des experts et des représentants de la société civile a été annulée, ce qui est surprenant puisque, en général, la visite du Secrétaire d'Etat américain en Russie est l'occasion pour l'opposition radicale de discuter avec son plus grand soutien.
 
L'on notera également le spectacle déplorable organisé par le groupe de journalistes américains, jouant parfaitement leur rôle, lors de la première conférence de presse avant le début des discussions, qui a forcé S. Lavrov à réagir avec cette force calme naturelle qui le caractérise, demandant tout d'abord sèchement à la journaliste américaine si elle a été éduquée de cette manière et qui l'a éduquée? La giffle, suivie d'un sourire calmant tout ce petit monde. Une main d'acier dans un gant de velours. Très efficace.
 
 
La porte-parole du Ministère des affaires étrangères, Maria Zakharova, déclare n'avoir jamais entendu parlé d'un tel "bazar" dans ce lieu habitué à d'autres moeurs. Et pour cause, c'est la preuve d'une arrogance sans nom et totalement volontaire, visant semble-t-il, dans la tactique américaine, à vouloir dégrader la diplomatie russe, particulièrement forte aujourd'hui. Dans cette catégorie, l'on classera également la sortie cavalière de R. Tillerson disant globalement qu'il ne voit pas l'intérêt de danser  le tango avec Lavrov, puisque "l'autorité" est ailleurs. Et cette autorité, jusqu'au dernier moment, n'a justement pas invité Tillerson, dont le rendez-vous n'a pas été inscrit dans l'agenda présidentiel, évitant ainsi toute officialisation et baissant d'autant le niveau de la rencontre.
 
Des premiers pourparlers ont lieu avec Lavrov, puis Tillerson retourne à l'hotel. A 18h, V. Poutine se libère et reçoit les deux ministres des affaires étrangères pendant près de deux heures, ensuite Tillerson et Lavrov ont repris leur disccussion quelques temps avant la conférence de presse commune.
 
Dès le début de la conférence de presse, l'on comprend que l'entretient ne s'est pas passé comme les Etats Unis le voulaient. 
 
 
La permière chose qui saute aux yeux est ce qui n'a pas été dit. Alors que l'administration américaine exigeait de la Russie, sur la Syrie, qu'elle fasse un choix clair - pas un mot, le ton est très conciliant. Alors qu'il était exigé que la Russie "rende" la Crimée à l'Ukraine après son "annexion" - ces termes ne furent pas employés, Tillerson leur a préféré une formule vague "les évènements" et aucun mot sur la fameuse restitution.
 
C'est ici que l'on voit la fin de la politique de communication avec ses effets de manches et ses grandes déclarations pour se retrouver plongé dans toute la force et la finesse de la diplomatie. Sur ce terrain, la Russie a un avantage incontestable avec la personnalité et l'expérience de Lavrov, face à Tillerson qui fait ses débuts, seuls, sans conseillers sur la Russie. L'amateurisme se sent.
 
Les déclarations de part et d'autres font comprendre qu'aucun accord sérieux sur le fond n'a été trouvé. La coopération dans le ciel syrien est restaurée, ce qui est plutôt une bonne chose pour éviter les incidents. Le canal de discussion directe et non médiatisé russo-américain sur l'Ukraine va être rétabli pour parvenir à la mythique application de ces accords de Minsk. 
 
Mais plusieurs fois, Lavrov rappelle les intérêts nationaux de la Russie et l'histoire. La position des Etats Unis est de vouloir faire table rase du passé, comme si le changement de Président entrainait une rupture de l'Etat et les dégageait de toute responsabilité. Lavrov rappelle à son homologue l'importance de connaître le passé pour ne pas répéter les mêmes erreurs (Yougoslavie, Irak, Libye ...), lui donnant au passage une leçon de diplomatie appliquée. Lorsque Tillerson lance l'idée selon laquelle l'ère d'Assad arrive à son terme, Lavrov intervient rapidement rappelant que la Russie soutient l'étaticité en Syrie, qu'elle est contre les renversements de régime et que c'est au peuple syrien de décider qui doit être son Président, mais pour l'instant c'est contre le terrorisme qu'il faut lutter.
 
Alors que, ici, les choses sont dites de manière diplomatique, dans les formes sans pour autant en perdre leur puissance, un tout autre registre de langage est employé au Conseil de sécurité de l'ONU par le représentant temporaire de la Russie, Vladimir Safronkov, après l'arrogance du représentant britannique, Matthew Rycroft, accusant la Russie "d'abuser de son droit de veto". Il est vrai que la Grande Bretagne, avec l'Ukraine, militait pour la restriction du droit de veto, idée qui a trouvé un refus ferme et de la part des Etats Unis et de la part de la Russie.
 
Concrètement, la Russie a opposé un veto à la résolution proposée par les Etats Unis, l'Angleterre et la France sur la Syrie conduisant à faire peser sur Assad la responsabilité de l'attaque chimique avant toute enquête indépendante. La réaction du représentant russe mérite une analyse particulière, tant sur le fond, que sur la forme, sans oublier l'importance du moment choisi.
 
Mais avant toute chose, voici la vidéo en russe:
 
 
Ici une traduction en français, l'on y perd beaucoup, mais cela peut aider à comprendre la suite:
 
 
Sur le fond, l'intervention de V. Safronkov remet les choses à leur place. Il accuse l'Angleterre de soutenir les groupes terroristes, intime à la France et à l'Angleterre de ne pas penser à bombarder l'ambassade russe à Damas, accuse les Etats Unis de ne penser qu'à une chose, faire tomber les régimes. Il semblerait que ce soit la priorité pour les Occidentaux: faire tomber les régimes et non lutter contre le terrorisme. Il met l'Occident face à ses obligations: puisqu'il y a un lien avec les groupes terroristes, il faut faire pression sur eux pour qu'ils cessent le combat armé et passent sur le plan politique. Il accuse ici ces pays d'hypocrisie et d'arrogance, de destabiliser la situation, d'avoir une vision très sélective de l'aide humanitaire - qui étrangement n'est pas délivrée dans les zones libérées par l'armée syrienne, mais uniquement dans les zones tenues par les groupes terroristes. 
 
En quelque sorte, V. Safronkov a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Le problème est comment il l'a dit. En tutoyant, en interpellant. En faisant une diplomatie de moujik. Il est vrai que Churkin nous avait habitué à autre chose et qu'il est difficile de tenir un tel niveau. Mais, là, le niveau est tombé très bas. Le problème de V. Safronkov est qu'il est un très mauvais acteur, il n'est manifestement pas à l'aise dans le rôle. Le résultat est contre productif et particulièrement mauvais pour l'image de la Russie, notamment à l'ONU. Surtout que le tutoiement ne choquera pas les anglais ou les américains, auxquels il s'adresse principalement, le you absorbant les nuances, mais les européens apprécieront.
 
En fait, il est dommage que la prestation ait été de piètre qualité, car l'effet aurait pu en être décuplé avec un bon orateur. Même avec ces sorties. Mais ici, au contraire, nous sommes dans la situation où la forme handicape le fond. Encore faut-il savoir insulter avec de la hauteur, pour non seulement garder la face, mais en imposer.
 
Ceci est d'autant plus regrettable que le timming était parfait. Faire un tel scandale à l'ONU, alors que la visite officielle de Tillerson avait été médiatiquement préparée avec une arrogance sans nom, Tillerson, le preux chevalier portant au bout de son bras cet ultimatum qui va faire poser le genou à terre à la Russie. Et pendant ce temps-là, une réponse asymétrique a été apportée. La Russie a supporté le comportement des journalistes américains, a organisé une rencontre avec V. Poutine. Tillerson a été reçu froidement, mais correctement. Fermement. Le scandale a été déplacé dans l'espace sinon dans le temps. La technique est intéressante, mais assez dangereuse pour, espèrons-le, ne pas être répétée trop souvent. S'il pouvait être utile de rabaisser ainsi le niveau des représentants de la coalition US à l'ONU en dressant leur portrait sans retouche, les implications peuvent dépasser les attentes et toucher aussi tant l'image de la Russie - souvent présentée comme mal dégrossie - que celle du Conseil de sécurité - déjà largement mise à mal.
 
En tout cas, le message est passé. D. Trump déclare que finalement il n'est pas si attaché que ça au départ immédiat d'Assad qui partira bien tôt ou tard et d'ailleurs il n'a pas l'intention de s'intéresser plus avant à la Syrie: il a d'autres priorités à l'intérieur. Même le New York Times note l'impasse de la rencontre entre Tillerson et Poutine, leur désaccord ne venant pas de divergences de vues ponctuelles, mais d'une vision du monde différente et d'une appréciation des faits diamétralement opposée:
Dangling meetings is an old technique for Mr. Putin, used to keep other leaders off balance and demonstrate his control. But when Mr. Putin and Mr. Tillerson did meet, it was clear that they not only have different world views, but that they have different views of the facts. And that made it difficult to achieve anything other than cosmetic accords on the issues over which the two nations, in a revival of Cold War rhetoric, have charged each other with lying about.
Le principal intérêt de cette visite a été pour chacun de tester les forces réelles de l'autre. L'administration Trump a été confrontée à la réalité de la diplomatie, sans y être préparée, ce qui a fortement affaibli sa position. Sans vouloir entrer en conflit direct, la Russie a déporté sa réponse dans le cadre plus impersonnel du Conseil de sécurité. Laissant ainsi Lavrov dans le rôle qu'il maîtrise à merveille: celui de la diplomatie de haut vol. Rôle que bien peu de diplomates aujourd'hui peuvent assumer. Et manifestement Tillerson n'en fait pas partie, le business ne prépare pas à tout. Ce combat de Titans ne va pas se calmer, chaque concession sera interprétée comme une faiblesse. Le New York Times l'a parfaitement perçu. Si la Russie veut jouer un rôle indépendant sur la scène internationale, elle ne peut le faire que, au mieux, sans les Etats Unis, au pire contre les Etats Unis. Une position conciliante ne ferait, malheureusement, que durcir le rapport de force en sa défaveur.
 

mardi 11 avril 2017

Pourquoi les organisateurs ne peuvent retirer l'Eurovision à l'Ukraine

A peine l'information selon laquelle l'Ukraine pourrait être sanctionnée pour son refus d'accepter la participation de la chanteuse russe à l'Eurovision 2017 dans la presse occidentale, que les démentis  de l'EBU, pris de panique, se déversent. Comment les organisateurs de l'Eurovision pourraient-ils sanctionner l'Ukraine? Les implications politiques seraient trop importantes, en opposition frontale avec l'idéologie dominante: l'Ukraine est une victime et une victime est toujours innoncente en toute circonstance. Et l'Ukraine l'a parfaitement compris.
 
Le 28 mars, dans un journal suisse allemand Blic, sort un article intitulé "Ingrid Deltenre menace l'Ukraine" et reprend la lettre envoyée à la presse allemande. Elle estime la position de l'Ukraine absolument inacceptable. Si l'Ukraine ne peut régler ce conflit, l'Eurovision sera transféré à Berlin. C'est le premier commentaire de la directrice générale de l'European Broadcasting Union qui organise l'Eurovision après l'interdiction d'entrée sur le territoire ukrainien adoptée à l'adresse de la chanteuse russe.
 
La presse anglo-saxonne reprend son interview, notamment The Guardian qui détaille:
Mais immédiatement, le 1er avril, les organisateurs de l'Eurovision démentent avoir envisager la possibilité de retirer l'Eurovision à l'Ukraine. Donc, les négociations de I. Deltenre avec le Président et le Premier ministre ukrainien n'ont aucun sens. Ce qu'exprime très clairement le vice Premier ministre V. Kirilenko:
"Je pense que notre position sera acceptée par les membres de l'European Broadcasting Union. Si après le concours survient la question de sanctions contre l'Ukraine en lien avec la non-participation de la Russie, nous expliquerons de manière supplémentaire la situation. L'interdiction d'entrée de Samoïlovoï peut avoir des conséquences ou peut n'en avoir aucunes. Pour n'importe quelle conséquence négative, il faut obtenir une décision consolidée de l'EBU et cette décision requiert une procédure spéciale de vote"
Pour des raisons idéologiques évidentes, aucune sanction ne sera prise contre l'Ukraine: sanctionner l'Ukraine est politiquement impossible pour l'Europe aujourd'hui. Cette situation, somme toute peu importante en ce qui concerne l'Eurovision, est beaucoup plus importante sur le plan général.
 
Tout d'abord, la différence notable de réaction au sein de l'EBU reflète la dichotomie qui s'opère en Europe entre ceux qui ont encore des réactions saines et appellent les choses par leur nom et ceux qui sont tombés dans le chaudron de la potion magique post-moderne, qui recréent une sorte de "réalité politique augmentée" correspondant à leurs dogmes.
 
Ensuite, la réaction de l'Ukraine marque le dédain qu'elle éprouve pour l'Europe et celle-ci ne comprend que ce pouvoir n'a aucune culture européenne classique, il ne comprend pas à demi-mot, il faut y mettre des points d'exclamation. C'est un pouvoir primaire qui ne comprend que la force - physique ou politique. D'où l'adulation de l'Ukraine pour des Etats Unis. L'Europe n'est qu'un lot de consolation, faute de ne pouvoir rejoindre le véritable maître. Mais comme tout maître qui se respecte, il est inatteignable.
 
En quelque sorte, c'est la faiblesse de l'Europe, engoncée dans une UE atlantiste, qui a permis cette Ukraine.
 

Syrie: le président russe Vladimir Poutine considère les frappes américaines comme une « agression contre un Etat souverain »

 
07 Avril 2017

AFP, publié le vendredi 07 avril 2017 à 08h49

 
 Le président russe Vladimir Poutine, le 5 avril 2017 au Kremlin, à Moscou

Le président russe Vladimir Poutine, le 5 avril 2017 au Kremlin, à Moscou

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© AFP, Pavel Golovkin, POOL
 

Le président russe Vladimir Poutine considère les frappes américaines contre la Syrie comme une « agression contre un Etat souverain », a déclaré vendredi le Kremlin, estimant qu’elles causaient un « préjudice considérable » aux relations entre Moscou et Washington.

 

« Le président Poutine considère les frappes américaines contre la Syrie comme une agression contre un Etat souverain en violation des normes du droit international, (se fondant) sur des prétextes inventés », a affirmé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par les agences de presse russes.

 

La Russie est le principal allié du régime syrien et mène des frappes aériennes depuis la fin septembre 2015 en Syrie, où elle a déployé avions et hélicoptères.

 

« Cette action de Washington cause un préjudice considérable aux relations russo-américaines, qui sont déjà dans un état lamentable », a déclaré M. Peskov.

 

« Mais surtout, comme l’estime Poutine, cette action ne nous rapproche pas de l’objectif final de la lutte contre le terrorisme international mais dresse au contraire de sérieux obstacles pour la constitution d’une coalition internationale pour la lutte contre (le terrorisme) », a-t-il déclaré.

 

« L’armée syrienne ne dispose pas de réserves d’armes chimiques », a affirmé le porte-parole, estimant que « la destruction de toutes les réserves d’armes chimiques » par Damas avait déjà été constatée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

 

Pour le président russe, « les frappes américaines en Syrie sont une tentative de détourner l’attention de la communauté internationale loin des nombreuses victimes civiles en Irak », où des raids aériens contre l’organisation Etat islamique (EI) à Mossoul ont tué des dizaines de civils fin mars, explique le porte-parole.

 

« Du point de vue de Poutine, ignorer complètement les faits concernant l’usage par les terroristes d’armes chimiques aggrave considérablement la situation », a déclaré M. Peskov.

 

La base de al-Chaayrate, dans la province centrale de Homs, a été frappée vers 00h40 GMT par 59 missiles Tomahawk tirés par les navires américains USS Porter et USS Ross, qui se trouvaient en Méditerranée orientale.

 

Ces frappes interviennent après une attaque chimique présumée dans la localité de Khan Cheikhoun, imputée au régime syrien par Washington, et démentie par Damas.

 

Vladimir Poutine avait jugé jeudi « inacceptable » d’accuser sans preuve le régime de Damas d’être responsable de cette attaque qui a fait 86 morts, dont 27 enfants, et qui a provoqué l’indignation internationale.

 

Appel du 10 avril pour la Journée  Internationale de Solidarité avec le Peuple d’Odessa !

 

07 Avril 2017

Un appel d’actualité dans un monde que des cow boyes impérialistes veulent embraser… merci à Béatrice Cournaud pour sa traduction pour Histoire et societé.

 

(note de DB)


La Campagne de Solidarité pour Odessa appelle à une  Journée Internationale de Solidarité avec le Peuple d’Odessa le 10 avril 2017 pour attirer l’attention sur la répression qu’exerce le gouvernement ukrainien à l’encontre des activistes antifascistes dans cette ville. Nous appelons à des rassemblements et des manifestations à travers le monde devant les ambassades et consulats  ukrainiens. Le 10 avril est une date importante pour tous les Odessistes, car elle marque le jour où Odessa fut libérée après des années d’occupation fasciste.

 

Février 2014 a été le théâtre du renversement du président ukrainien lors d’un violent coup de force de la droite soutenu par les Etats Unis. Trois mois plus tard, le 2 mai, Odessa a vécu la pire expérience de troubles civils que l’Europe ait vécus depuis des décennies lorsque 46 progressistes, jeunes, pour la plupart, ont été sauvagement assassinés par une foule de fascistes  au Square Kulikovo d’Odessa.

 

Depuis ce jour, la famille, les amis, les soutiens de ceux qui furent tués ont demandé une enquête internationale sur ce massacre, demande bloquée par le gouvernement fédéral qui travaille main dans la main avec les organisations fascistes responsables de cette tuerie. Les Etats-Unis, le Conseil de l’Europe et autres instances internationales, ainsi que le Département d’Etat américain ont pris acte de l’obstruction du gouvernement ukrainien.

 

Il est à noter qu’en dépit des nombreuses  vidéos attestant de la participation du massacre par les fascistes, aucun responsable de ces crimes n’a été jugé, alors que  de nombreux antifascistes arrêtés ce jour-là demeurent emprisonnés bien qu’aucune charge n’ait été retenue contre la plupart d’entre eux.

 

Depuis le massacre, Les Odessistes se rassemblent chaque semaine square Kulokovo pour appeler au souvenir des morts et faire pression pour qu’une enquête soit diligentée. Et presque chaque semaine des organisations néo-nazies, telle que la célèbre Right Sector, les poursuivent et parfois les attaquent physiquement. La police intervient de temps en temps, mais les fascistes ne sont jamais interpelés.

 

Lors d’un nouvel épisode alarmant, les autorités fédérales ont arrêté plusieurs antifascistes d’Odessa et les ont faussement  accusés de crimes importants. Le 23 février, les agents de Service de Sécurité de l’Ukraine (SBU) ont arrêté Alexander Kushnarev, 65 ans, député du Conseil de District de Limansk et père d’un  homme assassiné au square Kulikovo. Fut aussi arrêté Anatoly Slobodyanik, 68 ans, officier militaire à la retraite et dirigeant de l’Organisation Odessiste des Vétérans des Forces Armées. Le procureur de la région d’Odessa a déclaré que les deux hommes avaient le projet de kidnapper un membre de la Rada ou du Parlement.

 

Alexei Goncharenko,  deputé de la Rada, membre d’un bloc parlementaire allié au président ukrainien  Petro Poroshenko, a effectivement disparu brièvement mais a réapparu et, interviewé par la chaîne Espreso TV de la télévision ukrainienne, a déclaré que son enlèvement avait été mis en scène par les forces de l’ordre. Le gouvernement peut avoir utilisé Kushnarev pour ce coup monté parce que Goncharenko était présent lors du massacre de 2014 au cours duquel le fils de Kushnarev a été tué.

 

Kushnarev et Slobodyanik languissent à présent dans la prison d’Odessa où les conditions de détention visent à briser l’esprit de résistance des prisonniers. Les deux hommes sont âgés, ont des problèmes de cœur et il est à craindre qu’ils ne survivent pas à leur emprisonnement.

 

Depuis que les deux hommes ont été placés en détention, les appartements d’autres proches de victimes du 2  Mai ont été fouillés par la police. D’inquiétants rapports font état aujourd’hui de projets d’arrestation de davantage de proches et sympathisants pour leur arracher des « confessions » sur leurs intentions de commettre des actes violents contre le gouvernement.

 

Le droit du peuple ukrainien à la liberté de parole a été régulièrement restreint depuis le coup de 2014. La demande permanente des Odessistes pour une enquête internationale concernant le massacre au square Kulikovo a fortement agacé le gouvernement fédéral. Si les voix de ces gens courageux s’avèrent être passées sous silence, l’Ukraine aura alors fait un autre pas  gigantesque vers un état antidémocratique en collusion avec les groupes fascistes meurtriers.

 

Tous ensemble le 10 avril pour la Journée Internationale de Solidarité avec le Peuple d’Odessa ! Libération d’Alexander Kushnarev, Anatoly Slobodyanik et tous les prisonniers politiques ukrainiens ! Arrêt de la répression contre les proches et sympathisants de ceux qui furent assassinés le 2 mai 2014 ! Non au fascisme en Ukraine et dans le monde entier !

 

La Campagne de Solidarité d’Odessa  est un projet de United National Antiwar Coalition (UNAC).

 

Elle fut fondée en mai 2016 à la suite du mémorial du second anniversaire du massacre de Mai.

 

Une délégation de membres de l’UNAC des Etats-Unis fut présente au Mémorial qui s’est tenu au square Kulikovo d’Odessa.

 

http://www.odessasolidaritycampaign.org- www.unacpeace.org

La Russie reconnait Jérusalem Ouest comme capitale d’Israël et Jérusalem est comme capitale des palestinien, quel est le contexte?

 

07 Avril 2017
La Russie est l’un des premiers pays à afficher cette position ; elle réaffirme que Jérusalem Est devrait être la capitale d’un futur état palestinien, pourquoi Poutine et le ministère des affaires étrangères russes ont-ils fait une tel choix?  L’article du Jerusalem Times en général favorable à la Russie se félicite de cette décision, dont nous tentons de voir les implications géostratégiques et de montrer en quoi le choix de l’intervention de Trump est susceptible de bouleverser une donne de négociation et d’équilibre au Moyen orient.  
 
(note de danielle Bleitrach)

TIMES OF ISRAEL STAFF 6 avril 2017, 18:10

Jérusalem. Illustration. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Jérusalem. Illustration. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
NEWSROOM

Dans un communiqué publié sur son site internet, le ministère russe des Affaires étrangères indique qu’il pense que Jérusalem Est devrait être la capitale d’un futur état palestinien. Voici une rapide traduction de ce communique:

 

« Parallèlement, nous devons établir que dans ce contexte, nous voyons Jérusalem Ouest comme la capitale d’Israël », a indiqué le ministère.

 

Moscou continue de considérer la formule pour la négociation d’un règlement à deux Etats comme la meilleurs et la plus amical pour le peuple palestinien et le peuple israélien, ainsi que favorable aux intérêts de tous les pays de la région et de la communauté internationale dans son ensemble.


Nous réaffirmons notre attachement aux résolutions de l’ONU sur les principes du règlement, y compris le statut de Jérusalem – Est comme capitale du futur Etat palestinien. En même temps, nous estimons qu’il est nécessaire de dire que dans ce contexte, nous considérons Jérusalem – Ouest comme la capitale de l’Etat d’Israël.

 

Les paramètres spécifiques pour aborder l’ensemble des questions du statut final des territoires palestiniens, y compris le problème de Jérusalem, devraient être l’objet de  négociations directes entre les parties.

 

Commentaire de danielle Bleitrach:

 

Cette déclaration nous parait devoir être  doit être vue dans le contexte de la guerre contre la Syrie et les menaces que Donald Trimp a mis hier à exécution et que nous analysons également dans le contexte des négociations de ce dernier avec la Chine.

 

La déclaration reprend les anciennes déclarations de la Russie, mais y inclut une  reconnaissance de la capitale jérusalem ouest mais la subordonne  à la création d’un Etat palestinien ( « dans ce contexte »)

 

Donc cette affirmation nouvelle doit être lue selon nous également comme une tentative de réduire les tensions en Syrie.  La pression sur le président Trump pour lancer une guerre contre le gouvernement de la Syrie ne cesse d’augmenter et l’accusation apparemment absurde et obsessionnelle d’une élection de Trump qui serait le produit de l’intervention russe en fait partie, elle est même centrale, elle vise d’ailleurs non seulement la Syrie, mais l’Iran.  

 

Et l’affaire de l’attaque chimique attribuée au gouvernement syrien alors que l’on ne voit pas qu’elle serait son intérêt semble entrer dans ces manoeuvres. L’intervention cette nuit contre le gouvernement syrien témoignerait de la victoire de ce camp.

 

Le ministre de la Défense israélien Lieberman, qui a toujours eu d’excellent rapport avec Poutine,  a accusé la Syrie et a relayé les accusations contre Bachar El assad :

 

Lieberman a dit que les avions syriens ont effectué les deux attaques chimiques, qui ont été « directement ordonné et planifié par le président syrien Bachar el-Assad. » Il a souligné qu’il était « 100 pour cent certain. » Le ministre de la Défense a dit qu’il ne savait pas si la Russie était impliqué dans l’attaque.


La Russie et la Syrie ont nié que l’un d’eux ai utilisé des munitions chimiques. Ils disent que la force aérienne syrienne a bombardé un dépôt de munitions d’Al-Qaïda qui, à leur insu, peuvent avoir inclus des armes chimiques.

 

Hier le premier ministre israélien Netanyahoo a appelé le président russe et on sait qu’il y a eu une discussion orageuse alors que jusqu’ici les relations étaient positives (Tel Aviv a même à l’inverse de Paris été illuminée aux couleurs russes après l’attentat de saint Petesbourg) M. Poutine a souligné, en particulier, qu’il est inacceptable de faire des accusations sans fondement contre toute partie jusqu’à ce qu’une enquête internationale approfondie et objective ait été menée. A-t-il été question de l’évolution de la position russe sur Jérusalem Ouest? on l’ignore… En tous les cas c’est une offre qui légitimerait la décision parallèle de Trump d’installer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, même si la déclaration russe la subordonne à la reconnaissance d’un Etat palestinien.

 

Ne pas oublier qu’en 2013, l’intervention russe aux côtés des Syriens a débuté par l’obtention de la démolition par la Syrie de son arsenal chimique sous contrôle international, par cet acte la Russie a marqué ce qui demeure sa position être le garant de l’existence de la Syrie, mais aussi d’Israêl. On ne comprend rien au coup d’Etat peu de temps après en Ukraine si on ne le lie pas à ce relatif succès et à l’implication de la Russie dans une solution qui préserve l’existence des Etats et leur souveraineté. A la même époque, aux Etats-Unis la pression montait de la part d’une partie des juifs américains les plus à droite et des néo-conservateurs pour qu’il y ait intervention en Syrie.

 

En tous les cas, le choix de Trump n’a pas été de saisir le rameau d’olivier mais bien d’affirmer la volonté des Etats-Unis d’intervenir partout ou les intérêts des Etats Unis et de ses alliés paraissaient menacés.

 

C’est un choix qui remet en cause tout position internationale et qui revendique le rôle de gendarme sans la moindre caution internationale. Nul doute qu’elle ravisse l’aile la plus extrémiste partout mais elle est auto-suicidaire.

 

Un million d’Israéliens sont d’origine russe. Ils ont émigré en Israël dans les années 1980 et 90. Ils  votent en majorité pour les conservateurs. Ils admirent aussi et chérissent Poutine. C’est une raison pour laquelle aucun homme politique israélien, en particulier Netanyahoo, jusqu’ici ne pouvait se permettre un grand conflit politique avec la Russie. le cas Liberman est particulièrement illustrateur de ce groupe. Jusqu’à présent tout a été fait pour préserver l’équilibre de cette politique de la part des uns et des autres, mais l’intervention hier de Domald Trump qui selon nous s’explique beaucoup plus dans le cadre des relations avec la Chine et les négociations entamées en Floride pourraient bien remettre en cause ce qui a été jusqu’ici un facteur d’équilibre tout à fait relatif  au Moyen orient dans une transaction permanente où les alliances étaient préservées et le donnant-donnant la règle. Ici aussi la stratégie du fou de la nouvelle administration est devenue l’inauguration d’un nouveau far west. Apocalypse now!

 

Danielle Bleitrach

05 avril 2017

Vladimir Volkov, Russie, Navalny cherche à exploiter le mécontentement social massif

 

"Navalny, indique Vladimir Volkov, a cherché à exploiter le mécontentement social massif parmi les travailleurs, les jeunes et les intellectuels avec son documentaire, qui montre la fabuleuse richesse que le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a amassé, alors que la majorité écrasante du peuple vit dans une pauvreté abjecte. La vidéo YouTube du film a été vue par plus de 14 millions de téléspectateurs au cours des dernières semaines.Navalny, cependant, est un pion entre les mains d’une partie des oligarques russes, insatisfaits du pouvoir incontrôlé du cercle de Poutine, et qui expriment les intérêts des couches plus aisées de la classe moyenne supérieure. Ils ne veulent pas de la prospérité, de la liberté et de la démocratie pour toute la société, mais seulement une part plus importante et – à leur avis – « juste » des profits de la couche très fine de l’élite dirigeante et donc une plus grande participation au pouvoir politique..."

 

Reprenons les réflexions de Vladimir Volkov...

 

Michel Peyret


wsws.org

Publié par le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI)

Des milliers de manifestants dans toute la Russie

Par Vladimir Volkov 

30 mars 2017

 

Des milliers de personnes ont participé aux manifestations anti-corruption dans les villes russes le dimanche 26 mars, entraînant l’arrestation de plus de 1000 personnes à Moscou et à Saint-Pétersbourg et des centaines dans d’autres régions du pays.

 

Les slogans des manifestants incluaient « la Russie sans Poutine », « la destitution » et « la honte ». Selon les reportages, des couches significatives de la jeunesse ont pris part aux manifestations. Dans les entretiens, de nombreux manifestants ont souligné leurs doléances sociales. Unia.net a cité un manifestant qui disait : « Je suis dégoûté de tout cela. Nous avons déjà parcouru toute notre vie, et que dire de la jeunesse ? Avec de tels salaires, avec des prêts immobiliers. Et eux, ils [les fonctionnaires] volent et volent. Quand seront-ils assez riches ? »

 

L’économie russe a été durement touchée par les sanctions occidentales qui ont été imposées par les États-Unis et l’UE comme un acte de guerre économique à la suite du coup d’État pro-occidental en février 2014 à Kiev. Il y a environ 25 millions de personnes qui vivent officiellement dans la pauvreté, mais le nombre réel est beaucoup plus élevé. Les revenus réels ont chuté d’au moins 15 pour cent au cours des deux dernières années, alors que les prix de denrées alimentaires ont augmenté de 36 pour cent en moyenne, et les prix en eau, gaz et électricité de 28 pour cent, selon le Washington Post.

 

Alors que de nombreux manifestants ont exprimé leur opposition à l’inégalité sociale généralisée qui prévaut dans toute la Russie, le programme d’extrême droite et pro-occidental du politicien d’opposition Alexei Navalny n’a rien à voir avec les véritables intérêts de larges couches de la population. Sa réalisation entraînerait inévitablement un déclin marqué du niveau de vie des masses et une suppression encore plus grande de leurs droits démocratiques. C’est précisément cela qui s’est produit en Ukraine après le coup pro-occidental à Kiev en février 2014.

 

Navalny a cherché à exploiter le mécontentement social massif parmi les travailleurs, les jeunes et les intellectuels avec son documentaire, qui montre la fabuleuse richesse que le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a amassé, alors que la majorité écrasante du peuple vit dans une pauvreté abjecte. La vidéo YouTube du film a été vue par plus de 14 millions de téléspectateurs au cours des dernières semaines.

 

Navalny, cependant, est un pion entre les mains d’une partie des oligarques russes, insatisfaits du pouvoir incontrôlé du cercle de Poutine, et qui expriment les intérêts des couches plus aisées de la classe moyenne supérieure. Ils ne veulent pas de la prospérité, de la liberté et de la démocratie pour toute la société, mais seulement une part plus importante et – à leur avis – « juste » des profits de la couche très fine de l’élite dirigeante et donc une plus grande participation au pouvoir politique. En cela, ils voient un moyen non seulement de préserver, mais aussi de renforcer les fondements de l’ordre capitaliste post-soviétique qui s’est complètement discrédité.

 

En même temps, le programme de Navalny correspond aux intérêts des sections influentes de l’impérialisme international, et surtout américain. Les élites dirigeantes des principaux pays occidentaux cherchent à mettre en œuvre une opération de changement de régime en Russie afin d’établir leur domination immédiate sur les ressources naturelles et humaines du pays, de le dépecer en une série d’entités impuissantes et dépendantes et, éventuellement, transformer la plus grande des anciennes républiques soviétiques en une semi-colonie.

 

Cette contradiction profonde entre le programme de l’opposition pro-occidentale, d’une part, et les motifs des humeurs de protestation dans la société, d’autre part, explique le caractère de la campagne politique de Navalny et les moyens employés par son équipe pour essayer de rallier un soutien de masse.

 

Navalny a employé des formulations extrêmement vagues, en l’occurrence, la condamnation de la corruption, qui laisse la partie principale, essentielle de leur programme – le libre marché – intacte et obscurcie. Ils essaient d’utiliser le fait que le régime craint toute expression critique publique en arguant que cela les oblige à s’abstenir d’élaborer des slogans plus concrets. Mais en réalité, leur silence les arrange, dans la mesure où ils comprennent qu’une discussion ouverte de leurs objectifs éloignerait d’eux des couches importantes de la société.

 

Les révélations de corruption de la Fondation Navalny pour la lutte contre la corruption (FBK) concernent uniquement les fonctionnaires du gouvernement, jamais de grandes entreprises. Par contre, ces deux éléments sont inséparablement liés dans le même système maffieux du capitalisme post-soviétique. La bureaucratie d’État, bien sûr, « vole » les entreprises, mais en dernière analyse elle est en elle-même un produit de ces dernières et n’est pas sortie de nulle part.

 

La corruption endémique provient du caractère du capitalisme russe, qui est incapable non seulement de développer le pays, mais même de garder intacts les restes (datant du passé soviétique) d’infrastructures industrielles de base et de conquêtes sociales.

 

L’évolution politique de Navalny reflète un virage vers la droite qui est caractéristique des élites dirigeantes de l’Occident et de la Russie au cours des 15 à 20 dernières années.

 

Il a commencé ses activités politiques au début des années 2000 dans les rangs du parti libéral-démocrate Yabloko (Pomme). Dans la période des « révolutions de couleur » dans l’espace post-soviétique, où les ultranationalistes de tous les milieux ont servi de tueurs à gages pour les forces pro-occidentales, il s’est tourné vers les nationalistes russes d’extrême droite et les fascistes. Il a participé à plusieurs reprises à leurs manifestations, scandant des slogans comme « la Russie pour les Russes » et « Arrêtez de nourrir le Caucase ». Pour cela, il a été expulsé de Yabloko.

 

En 2010, il a suivi un cours spécial de six mois à l’Université de Yale aux États-Unis dans le cadre d’un programme qui vise à préparer « de nouveaux dirigeants mondiaux et à élargir l’entente internationale » – autrement dit, un programme de la CIA et du Département d’État américain conçu pour former les futures marionnettes américaines dans divers pays du monde.

 

Après son retour en Russie, il a commencé sa carrière exceptionnellement fulgurante et réussie de blogueur en dévoilant la corruption aux plus hauts échelons du pouvoir. Sa première publication à grand bruit sur la corruption dans l’entreprise publique Transneft à la fin de 2010 indiquait ses connexions avec les milieux influents au Kremlin sans lesquelles il n’aurait pas été en mesure d’accéder aux documents qu’il a révélé.

 

En l’espace d’un an, en décembre 2011, lorsque des manifestations de masse ont éclaté  autour des allégations de fraudes lors des électorales législatives, Navalny a été parachuté dans les rangs de la direction autoproclamée de ces manifestations avec des militants de l’opposition libérale où il a essayé de prendre le contrôle.

 

Le 6 mai 2012, un jour avant l’investiture présidentielle de Poutine, Navalny a tenté de provoquer un « Maïdan » au centre de Moscou, ce qui a été l’occasion de l’arrestation d’un certain nombre de militants. Ils ont été condamnés dans le « procès Bolotnoe ». Navalny lui-même a été rapidement traduit en justice avec des accusations de détournement de fonds, et a été condamné à un terme de prison avec sursis et mise à l’épreuve.

 

Cela ne l’a pas empêché de participer aux élections municipales de Moscou à l’été 2013, où il a reçu plus de 27 % des voix, ce qui a renforcé ses prétentions à être le principal représentant politique de la « classe créative urbaine ».

 

Le coup pro-occidental à Kiev en février 2014 et l’annexion russe de la Crimée en mars de cette même année ont nettement changé les humeurs politiques dans le pays. L’opposition libérale pro-occidentale se trouvait dans un état d’isolement croissant, qui s’est manifesté au cours des dernières élections législatives en octobre 2016 où ces éléments ont subi une défaite écrasante et ont perdu leur représentation à la Douma d’État (Parlement russe).

 

Après avoir déclaré le début de sa campagne préélectorale présidentielle à la fin de l’année dernière, Navalny, bien que son dépôt de candidature officiel ait été rejeté, a cherché à se faire remarquer dans le contexte de l’humeur de protestation croissante dans le pays.

 

Un des éléments de sa campagne a été la création de « quartiers généraux » dans de nombreuses régions du pays et l’émergence d’un film documentaire sur son enquête sur les machinations corrompues du Premier ministre Dmitri Medvedev. Les commentaires de son film indiquent qu’il a fait usage de séquences montrant des résidences qui sont protégées par les services secrets, tournées en utilisant des drones. Cela n’aurait été guère possible sans le soutien des cercles de haut rang de l’administration du Kremlin.

 

La corruption qui prévaut dans tous les secteurs de la vie économique russe est le résultat direct de la dissolution de l’URSS et de la restauration du capitalisme par la bureaucratie stalinienne, qui a pillé sans pitié la richesse créée par la classe ouvrière soviétique pendant des décennies. La classe ouvrière en Russie ne peut lutter pour un meilleur niveau de vie et contre le danger d’une guerre avec l’impérialisme américain ou de l’installation d’un régime fantoche pro-occidental qu’en tirant les enseignements nécessaires des trahisons du stalinisme et de l’effondrement de l’URSS et en se tournant vers un programme socialiste et internationaliste.

 

(Article paru en anglais le 29 mars 2017)

Posté par Michel Peyret

05 avril 2017

Grégoire Normand, Russie, Alexeï Navalny l'opposant à Poutine...

 

"Cette candidature à la présidentielle, indique Grégoire Normand, est l'aboutissement de plusieurs années de mobilisation sur le net et sur le terrain.  Avec une équipe de juristes, Alexeï Navalny s'est d'abord fait connaître en lançant il y a quelques années le site Rospil, spécialisé dans les enquêtes et la dénonciation de fraudes relatives aux marchés publics. Il avait également monté le projet Rosvibori qui permet aux citoyens d'exercer un contrôle lors des élections. Enfin, avec son fonds de lutte contre la corruption mis en place en 2012, il vise à dénoncer le "parti des escrocs et des voleurs" et ses représentants, à savoir le parti au pouvoir Russie Unie et le président Vladimir Poutine.Cet activiste des réseaux sociaux s'est imposé comme une figure importante de l'opposition en 2011 lors de vastes manifestations contre les fraudes aux élections législatives..."

 

Reprenons l'article de présentation de l'opposant...

 

Michel Peyret


Qui est Alexeï Navalny, le principal opposant de Vladimir Poutine ?

 

Par Grégoire Normand  |  27/03/2017

Alexeï Navalny quelques heures après son arrestation ce dimanche 26 mars lors de violentes manifestations contre la corruption en Russie. Alexeï Navalny quelques heures après son arrestation ce dimanche 26 mars lors de violentes manifestations contre la corruption en Russie. (Crédits : Reuters/Tatyana Makeyeva) [Portrait]

 

Le leader de l'opposition russe Alexeï Navalny a été arrêté par les forces de l'ordre ce dimanche 26 mars. Des milliers de Russes avaient répondu à son appel pour manifester contre la corruption qui gangrène le pays. Navalny, qui doit être entendu par les juges ce lundi, pourrait écoper de 15 jours d'emprisonnement. Retour sur le parcours de ce militant qui ose défier le pouvoir autocratique du Kremlin.

 

L'opposition reste muselée au pays des tsars. Dans une ambiance très tendue, des milliers de Russes sont descendus dans la rue pour manifester contre les pratiques de corruption de l'oligarchie et contre l'enrichissement très controversé du Premier ministre Dmitri Medvedev, ce dimanche 26 mars. Seulement quelques heures après le début du rassemblement, Alexeï Navalny a été arrêté par les forces de sécurité. Ce qui a immédiatement provoqué la colère des manifestants. Navalny doit être présenté devant un juge ce lundi 27 mars pour"appel à un rassemblement illicite donnant lieu à des troubles à l'ordre public".Mais ce n'est pas la première fois que ce citoyen russe de 40 ans connaît des déboires avec le régime en place.

 

alexeï navalny

Alexeï Navalny interpellé par les forces de l'ordre ce dimanche 26 mars à Moscou. Crédits : Reuters/Maxim Shemetov.

 

Un juriste à la présidentielle

 

En décembre dernier Alexei Navalny a déclaré officiellement sa candidature à l'élection présidentielle de 2018 sur son compte Twitter.

2018. Я буду участвовать в выборах и хочу стать вашим голосом https://t.co/M0Lj6A5V3Kpic.twitter.com/ZLOYiuXxda

— Alexey Navalny (@navalny) 13 décembre 2016

 Il avait annoncé sur son site de campagne à cette occasion :

"Je nous exhorte tous à mettre en œuvre de véritables élections en 2018. Ce ne sera pas une tâche facile. En effet, il n'y a pas eu de véritables élections en Russie depuis 1996. Il faut faire du processus électoral, qui ne signifie plus rien depuis vingt ans, un véritable combat d'idées et de programmes."

Et depuis l'annonce officielle de sa candidature, ce juriste de formation a ouvert plusieurs QG de campagne dans des grandes villes russes attirant beaucoup de sympathisants mais également des provocations de la part des pro-Poutine comme le rapporte Courrier International.

 

Un contestataire tout terrain

 

Cette candidature à la présidentielle est l'aboutissement de plusieurs années de mobilisation sur le net et sur le terrain.  Avec une équipe de juristes, Alexeï Navalny s'est d'abord fait connaître en lançant il y a quelques années le site Rospil, spécialisé dans les enquêtes et la dénonciation de fraudes relatives aux marchés publics. Il avait également monté le projet Rosvibori qui permet aux citoyens d'exercer un contrôle lors des élections. Enfin, avec son fonds de lutte contre la corruption mis en place en 2012, il vise à dénoncer le "parti des escrocs et des voleurs" et ses représentants, à savoir le parti au pouvoir Russie Unie et le président Vladimir Poutine.

 

Cet activiste des réseaux sociaux s'est imposé comme une figure importante de l'opposition en 2011 lors de vastes manifestations contre les fraudes aux élections législatives. Des membres d'ONG et observateurs avaient remarqué des bourrages d'urnes dans les grandes villes où l'opposition ne dépassait pas 20%.

 

En 2013, il fait ses premières armes en politique en se présentant aux élections municipales à Moscou et crée la surprise en obtenant 27,2% des suffrages en arrivant second juste derrière le maire sortant et ancien chef de cabinet de Vladimir Poutine, Sergueï Sobianine.

 

Des positions nationalistes

 

Alexeï Navalny a été formé au début des années 90 à l'université de l'amitié des peuples. Il a ensuite rejoint le parti libéral d'oppostion Labloko. Mais il en a été exclu en 2007 pour ses prises de position nationalistes. Courrier international souligne également qu'il a parfois participé à des marches "aux relents racistes tels que la Marche Russe" en compagnie de xénophobes assumés. Il aurait depuis pris ses distances avec ces mouvements et aurait enlevé tous les passages à caractère nationaliste dans ses discours.

 

Accusé d'être un agent de la CIA

 

Il y a près d'un an, la chaîne d'Etat Russe Rossia 1 a diffusé un documentaire sur Alexeï Navalny le présentant comme un agent des renseignements travaillant pour la CIA. Les auteurs du documentaire s'appuient sur des dossiers obtenus par le service de renseignement britannique, le MI6. Les rapports accusent Navalny, le leader du Parti du progrès de participer à la "déstabilisation de l'ordre constitutionnel de la Fédération de Russie". Mais des fautes de grammaire anglaise grossières ont été repérées dans les documents par des internautes. Ce qui a a jeté le doute sur l'authenticité des pièces à charge rédigées par des Anglophones et présentées dans le documentaire.

 

Un habitué des procès

 

Alexeï Navalny doit régulièrement faire face à la justice de son pays. En 2014, il a été condamné à trois ans et demi de prison avec sursis en même temps que son frère Oleg pour avoir détourné "400.000 euros au détriment d'une filiale russe de la société française Yves Rocher" comme le souligne l'AFP. En février dernier, il est de nouveau condamné à cinq ans de prison avec sursis pour avoir détourné des fonds dans une affaire déjà jugée en 2013 et dont la décision avait été annulée. Pour son arrestation de dimanche dernier, il risque 15 jours de rétention administrative.

 

Une candidature compromise pour 2018 ?

 

La candidature de cet ancien étudiant de Yale pourrait connaître de grandes difficultés. Des politologues et journalistes ont déjà "enterré" la candidature du blogueur comme le chercheur Alexandre Morozov qui déclare que la situation politique est devenue très compliquée en Russie. S'il y a quelques années des opposants pouvaient prétendre à des postes à responsabilité, actuellement "le Kremlin ne répond plus que par des mesures policières, le dialogue politique est considéré comme inenvisageable". De son côté  Alexeï Navalny ne l'entend pas ainsi. Il a pour habitude de rejeter les décisions prises à l'issue de ces procès et a "assuré que rien ne viendrait enrayer sa motivation."

 

Son parcours en quelques dates

 

1976 : naissance près de Moscou ;

 

1998-2000 :il est diplômé de droit et de finances à Moscou ;

 

2011 : il l'un des leaders du mouvement de protestation contre les fraudes électorales lors des élections législatives. Il est arrêté et condamné à 15 jours de prison ;

 

2013 : il se présente à la mairie de Moscou et obtient 27% des voix ;

 

2017 : il se présente à l'élection présidentielle pour 2018.

Posté par Michel Peyret

La tristesse et la honte

 

Jacques SapirPar  · publication  · mis à jour 

L’attentat meurtrier du métro de Saint-Pétersbourg a donc fait au total 14 victimes. Résidant actuellement à Moscou, j’ai suivi avec attention les réactions de la population. On sent la tristesse, mais aussi la colère et une froide détermination. Dans le métro de Moscou, quelques sourires sont échangés avec les agents de sécurité et les forces de l’ordre, mais rien d’ostentatoire. Ici, on souffre en silence, on se recueille, on se prépare. Certains sont persuadés que ces attentats ne sont que le début d’une longue série. D’autres plus dubitatifs, les attribuent à un commando isolé. Mais, tous savent que la lutte contre le terrorisme sera longue, difficile, et qu’elle sera sans pitié.

 

Les russes que j’ai pu côtoyer, dans le métro comme à l’université où je donne actuellement des cours, sont déterminés. On pourrait prendre leur calme pour de l’indifférence ; ce serait cependant faire une profonde erreur. Ils sont sensibles aux gestes de compassion de l’étranger, au message du Président Trump comme aux manifestations qui ont eu lieu à Tel-Aviv. Nul ne me parle de la France. On a de la pudeur ici, et l’on ne veut pas insulter des amis, même si l’indifférence des autorités françaises tranche avec la réaction des moscovites lors des attentats de Paris, que ce soit celui de janvier 2015 ou celui de novembre de cette même année. Tout juste un collègue me rappelle la mémoire de Bernard Maris, mort à la rédaction de Charlie-Hebdo. Il n’est pas besoin d’insister, car une immense honte m’emplit.

 

Une honte indicible que Mme Hidalgo n’ait nullement fait allumer la tour Eiffel aux couleurs de la Russie ou, à tout le moins, n’ait fait un geste symbolique depuis la mairie de Paris. Une honte indicible que notre gouvernement, que notre Ministre des Affaires Etrangères, que notre Premier-ministre, que notre Président, n’aient pas fait de déclarations publiques. S’ils en on fait, alors ce fut dans une discrétion toute diplomatique car nous n’en avons eu ici, à Moscou, aucune trace. Pourtant, la télévision s’empresse d’accumuler les messages de solidarité, de Russie et de l’étranger, alors que les éditions spéciales des journaux télévisés occupent toutes les chaines. Alors, sans doute un message, froid et aux mots chichement mesurés, viendra dans la journée ou demain. Et les autorités russes, s’en en être dupe, l’accepteront parce que la diplomatie est un jeu pratiqué par tous. Mais, n’ayons crainte, elles n’oublieront pas ce manque ostentatoire de compassion venant des femmes et des hommes qui prétendent nous diriger.

 

Oui, je suis empli d’une honte indicible qu’une logique inspirée du temps de la Guerre Froide sépare les « bons » des « mauvais » morts. Oui, je suis empli de honte que des dirigeants confondent des oppositions politiques, qu’elles soient justifiées ou non, avec la plus élémentaire humanité. Je suis triste pour ce que cela révèle de mon pays, et de sa classe politique. Mais je sais que, au fond de nous, nous sommes nombreux à partager cette honte et cette tristesse, et que nos pensées sont avec le peuple russe et les victimes de cet attentat.

A Novossibirsk, le tarif d’un trajet a été réduit de 10 roubles en l’honneur de la naissance de Lénine

 
02 Avril 2017

Marianne qui va bientôt être en Corée du Nord à la recherche d’un espérantiste… et qui n’est absolument pas sûre du résultat du voyage nous envoie ce petit article à propos de la troisième ville de Russie dont la municipalité est dirigée par nos camarades… Moi je termine mon déménagement… Nous pensons à vous…

 

(note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop)


 

Ce matin, le portail NHS a parlé d’une action intéressante, qui est apparue sur l’une des voies de transports en commun de la ville.

 

Service de presse du Comité régional de Novossibirsk du Parti communiste

 

30/03/2017

https://kprf.ru/party-live/regnews/163741.html

 

Note : Novossibirsk est une ville d’1,5 millions d’habitants dont le maire est communiste. En Union soviétique le prix des transports étaient extrêmement bas, et sous Staline, des baisses de prix étaient régulièrement annoncées (sans hausse ultérieure).

 

Le portail de presse rapporte que le coût du trajet dans le bus de Novossibirsk N°399, qui relie le quartier « Blizkij » en passant par Kamenka à l’aéroport de la ville, a baissé de 30 à 20 roubles. Une pancarte avec le nouveau prix est apparue sur la navette.

 

Cette baisse de prix est une action éducative temporaire. Elle a commencé le 29 mars et comme l’affirment les transporteurs, durera jusqu’à la fin avril. A la fin de cette action le trajet retrouvera son prix initial – 30 roubles.

 

– Il s’agit d’une remise de printemps en l’honneur de la naissance de Vladimir Ilitch Lénine (22 Avril – Ed.), l’action durera jusqu’à la fin avril. En ce moment nous préparons les affiches qui seront apposées sur les portes. Parce que nous avons des enfants qui ne savent pas qui est Lénine et quand est son anniversaire – a expliqué le directeur de la société de transports Anatoly Kojanov.

 

Commentaires des internautes:

1) Bravo, etc…

 

2) Lénine aurait dit : « Tout cela est bien beau, mais n’oubliez pas, camarades communistes, que le Parti n’est pas une association de bienfaisance, et que le salariat n’attend pas de vous une aumône, mais des conseils sur comment mettre fin à l’exploitation. »

vendredi 31 mars 2017

L'OTAN recrute des russophones pour jouer les civils

L'Occident reproche souvent à la Russie de considérer, à tort, l'OTAN comme un ennemi, quand les Etats Unis et l'Europe considèrent eux-mêmes la Russie comme une menace aussi dangereuse que l'état islamique. Il est alors surprenant de ne rien lire dans la presse française sur les prochaines manoeuvres de l'OTAN, qui recrute des figurants russophones pour jouer les civils.
 
L'information est sortie discrètement sur le site berlin.de: l'agence Optronic HR GmbH, chargée pour l'OTAN et l'armée américaine de lui fournir des figurants pour ses exercices militaires, recrute des russophones pour jouer le rôle de fermiers ou commerçants lors des manoeuvres qui auront lieu en avril en Bavières:
En outre, les candidats doivent faire montre de résistance aux stress, être responsables et souples et savoir travailler en équipe.
Ces figurants vont, par ailleurs, porter des gilets qui permettront de compter les pertes civiles... Selon le Pentagone, il ne s'agit pas de se préparer à un conflit en particulier, mais les menaces ont changé et l'OTAN doit s'adapter. Les soldats doivent donc être préparés à travailler dans des conditions les plus proches possibles de la réalité. 

L'on a bien compris que chercher des figurants russophones n'a rien à voir avec la Russie. L'identification de "nouvelles menaces" n'a rien à voir non plus avec la Russie, qui est par hasard désignée par des pays de l'OTAN comme une menace. Tout ceci n'est que pure coïncidences.
 
Et alors que l'OTAN fait tant d'efforts pour nous protéger d'une telle menace, silence dans la presse, en tout cas française. Ce n'est vraiment pas correct de la part des journalistes. Ne pas prévenir les populations qu'ils sont protégés ...
 
Surtout que cette même presse s'étonne de la doctrine militaire russe:
Dans la nouvelle doctrine de défense de la Russie, l’Otan est considérée comme la principale menace extérieure militaire. Au cours d’une réunion en mars, le ministre russe de la Défense, Serguei Choïgu, a repris la terminologie employée à l’époque de la guerre froide, en qualifiant l’Otan d’« ennemi probable ». En Russie, les autorités estiment que l’Otan est essentiellement tournée contre la Russie, avec une volonté d’endiguement du pays.
Ce doit certainement être la légendaire "paranoïa" russe qui voit des ennemis partout... Je me pose toutefois une question: est-ce que la Russie fait ce genre d'entraînements, avec des figurants parlant français, anglais ou allemand? Juste pour être dans des conditions "les plus proches possibles de la réalité". Et compter les pertes civiles. Puisqu'il parait que c'est anodin ... 
 

30 mars 2017

Comment la Russie envisage-t-elle son avenir ?

 

Par Gilbert Doctorow

Repris sur comité Comité Valmy

 

Les luttes politiques à Washington ont gêné les plans de nouvelle détente avec la Russie du président Trump, mais ont également laissé le champ de bataille mondial ouvert, ce qui permet aux Russes – et aux Chinois – d’étendre leur influence, nous explique Gilbert Doctorow.

 

Alors que les démocrates et les principaux médias des États-Unis se concentrent avec ferveur sur des accusations encore non prouvées d’ingérence russe dans les élections pour expliquer la surprenante défaite d’Hillary Clinton, cette fureur a contraint un président Trump aux abois à renoncer à ses projets de coopération avec la Russie.

 

Au milieu de cette hystérie anti-russe, les membres du Cabinet de Trump et l’ambassadeur des Nations Unies ont fait de leur mieux pour réitérer les positions politiques intransigeantes de l’administration Obama à l’égard de la Russie, soulignant que rien n’avait changé. Pour sa part, le Congrès a plongé dans un McCarthysme visant les partisans de Trump qui auraient rencontré des Russes avant les élections de 2016.

 

Pendant ce temps, le Kremlin observe ce qui se passe à Washington. À Moscou, le changement de relations avec les États-Unis que certains avaient espéré est maintenant considéré comme improbable. Par contre, le fait que les États-Unis se déchirent dans leurs combats partisans donne à la Russie un bol d’air frais bien nécessaire, qui la soulage de la pression continue de l’Occident à laquelle elle a été soumise au cours des trois dernières années.

 

Les élites russes s’expriment de plus en plus sur la façon dont elles envisagent de procéder sur la scène internationale, dans ces nouvelles circonstances. Le mot d’ordre est l’autosuffisance et la poursuite des politiques régionales et mondiales qui ont commencé à se former au cours des deux dernières années, au fur et à mesure que la confrontation avec les États-Unis s’est intensifiée.

 

Ces politiques n’ont rien à voir avec une attaque contre les États baltes ou la Pologne, scénarios de cauchemar poussés par les néoconservateurs et les interventionnistes libéraux aux États-Unis et dans l’Union européenne. Les plans russes n’ont rien à voir avec la subversion des élections en France ou en Allemagne, une autre histoire sortie de l’imagination fiévreuse occidentale.

 

Au lieu de cela, les Russes se concentrent sur leurs capacités de défense de la nation et leurs alliances politiques en plein essor, avec la Chine et une foule de pays asiatiques qui, ensemble, peuvent s’opposer au pouvoir de l’Occident. Il est important de comprendre que la vision russe est celle d’un futur monde multipolaire et non un retour au système bipolaire des deux superpuissances datant de la guerre froide, que les élites russes considèrent comme inaccessible, compte tenu de la répartition du pouvoir à travers le monde et des ressources limitées de la Russie.

 

En d’autres termes, les Russes envisagent un futur ordre mondial dont les grandes lignes remontent au dix-neuvième siècle. En ce qui concerne les détails, les Russes sont maintenant indissolublement liés à la Chine, pour des raisons d’intérêt économique et de sécurité sur la scène mondiale. Il en va de même de leurs relations avec l’Iran, au niveau régional du Grand Moyen-Orient.

 

Les élites russes sont également fières des relations militaires, économiques et géopolitiques en train de prendre forme avec des pays aussi éloignés que la Libye, l’Égypte, la Turquie, le Pakistan et la Thaïlande [les Philippines aussi, qui viennent d’octroyer à la marine russe le libre accès à leurs eaux territoriales et leurs ports, NdT]. Les informations sur les percées avec chacun de ces pays sont annoncées quotidiennement dans les émissions de télévision russes.

 

Les intérêts au Moyen-Orient

 

Les élites russes ont bien remarqué que les États-Unis avaient mal compris la position de Moscou en Syrie depuis le début de la guerre. La priorité de la Russie n’a jamais été de maintenir le régime d’Assad au pouvoir, mais plutôt de conserver sa position au Moyen-Orient. La Russie était déterminée à maintenir sa base navale à Tartus, qui est importante pour soutenir la présence de la Russie en Méditerranée orientale. Plus largement, l’objectif de Moscou était de rétablir l’influence russe dans une région stratégique où la Russie était autrefois un acteur important, avant l’effondrement de l’Union soviétique.

 

La perte de l’Europe de l’Est n’est pas oubliée en Russie, même si l’hégémonie américaine est reconnue comme une réalité du présent. Mais rien ne dure toujours, et les Russes s’attendent à être de retour, en tant que force majeure dans la région, non par la conquête militaire, mais par une logique économique et stratégique qui les favorise à long terme. Bien que de nombreuses élites d’Europe de l’Est aient été rachetées par les États-Unis et l’Union européenne, de nombreux citoyens ont été les principaux perdants de l’ordre états-unien post-Guerre froide, souffrant de la désindustrialisation et de l’émigration à grande échelle dans les pays européens plus développés, atteignant jusqu’à 25 % de la population dans certains endroits. Ces pays d’Europe de l’Est ont peu à offrir à l’Europe occidentale, sauf comme destinations touristiques, alors que leur potentiel commercial avec la Russie est immense.

 

Le week-end dernier, la télévision russe a diffusé des images de manifestations en Pologne, en Bulgarie, en Roumanie et en Moldavie que vous n’avez pas vues sur Euronews. L’objet de cette colère populaire était le spéculateur financier milliardaire George Soros et ses affiliés de l’« Open Society« . Le journaliste russe a expliqué que ces manifestations – opérant sous la bannière de « Soros Go Home » – sont devenues possibles maintenant, parce que l’administration Trump l’a laissé tomber.

 

Il serait naïf de ne pas voir une certaine assistance officielle russe à ces manifestations coordonnées dans une grande partie de l’Europe de l’Est, mais les Russes renvoient simplement aux États-Unis la monnaie de la pièce, puisque ces « organisations non gouvernementales » états-uniennes sont très occupées à subvertir les gouvernements légitimement euro-sceptiques de ces pays, en coopération avec celles de Soros.

 

Pas la Guerre froide de votre grand-père

 

Mais il y a des différences essentielles, entre ce qui se passe maintenant et du temps de la Guerre froide. La Guerre froide initiale n’était pas uniquement caractérisée par la rivalité militaire et géopolitique entre les deux superpuissances mondiales, les États-Unis et l’Union soviétique. Il s’agissait aussi d’une rivalité idéologique entre, d’un côté, le capitalisme de marché libre et la démocratie parlementaire et, de l’autre, les économies planifiées et le régime monolithique du Parti communiste.

 

Pendant la présidence Nixon, une politique de détente a été mise en place, qui a incarné un principe de coexistence entre ces principes concurrents d’organisation de la société humaine, dans l’intérêt de la paix mondiale. Il y en a qui soutiennent que nous n’avons pas de Nouvelle Guerre froide aujourd’hui, parce que la dimension idéologique manque, bien qu’il y ait des différences de principes évidents entre les U.S./E.U, socialement libéraux, et une Russie plus socialement conservatrice. Mais ces différences ne constituent pas un véritable conflit idéologique.

 

Le vrai champ de discorde est la façon dont chaque partie conceptualise aujourd’hui la gouvernance mondiale. À ce niveau, il est logique de parler d’un clivage idéologique, parce qu’il existe un vaste corpus de pensée pour étayer ces opinions concurrentes, qui incluent : la globalisation contre l’État souverain ; la politique étrangère fondée sur les valeurs opposée à la politique étrangère fondée sur les intérêts ; un ordre global établi par la victoire totale de la démocratie libérale sur toutes les autres formes de gouvernance nationale ou un équilibre des forces et un respect des différences locales ; l’idéalisme contre le réalisme. L’Occident a généralement favorisé les premières options, tandis que la Russie et la Chine dirigent un bloc de nations favorisant généralement les deuxièmes options.

 

Pendant sa campagne et dans son discours inaugural, Donald Trump a parlé en termes réalistes, suggérant que les États-Unis abandonneraient leur idéologie idéaliste des 25 années précédentes, qui impliquait des stratégies coercitives de « changement de régime » pour imposer les valeurs politiques et les systèmes économiques occidentaux dans le monde. Au lieu de cela, Trump a suggéré qu’il ferait des affaires avec la Russie et avec le monde dans son ensemble sans imposer des solutions américaines, en acceptant essentiellement les principes dont les russes font la promotion depuis leur opposition publique aux États-Unis, en 2007.

 

Toutefois, étant donné le recul de Trump sur la politique étrangère ces dernières semaines – sous les féroces attaques des centres de pouvoir de Washington, affirmant une collusion possible entre la campagne Trump et la Russie – nous pourrions nous retrouver avec quelque chose ressemblant au nouveau départ qu’Obama à cherché à mettre en place au début de son mandat en 2009, mais qui n’a jamais été aussi loin qu’une détente/coexistence. Il est resté limité à la coopération dans des régions isolées, où les intérêts des États-Unis et de la Russie étaient censés coïncider.

 

La seule différence que nous pourrions constater de la part d’une administration Trump bien coincée, est un moindre penchant pour les opérations de changement de régime et une reprise de quelques contacts bilatéraux avec la Russie, qui ont été interrompus quand Obama a décidé de pénaliser la Russie pour son intervention en Crimée et dans le Donbass en 2014.

 

En supposant que les Républicains néocons et les Démocrates va-t-en-guerre de Washington ne mettent pas Trump dans une situation politique désespérée, il pourrait au moins engager des relations avec Moscou sur un ton plus poli et diplomatique. Cela pourrait être mieux que ce qu’envisageait Clinton, mais ce n’est certainement pas le début d’un nouvel âge d’or collaboratif.

 

Le recul des objectifs de bonne relation entre l’administration Trump et la Russie est logique, en raison d’une autre réalité qui est devenue claire, maintenant que son équipe de conseillers et hauts fonctionnaires se remplit, à savoir qu’il n’y a personne dans son cabinet ou dans son administration, qui puisse guider le président néophyte alors qu’il essaie de négocier un nouvel ordre mondial et de conclure un « grand accord » avec Vladimir Poutine, comme Trump aurait pu espérer le faire.

 

Jared Kushner, le beau-fils de Trump, n’a pas l’expérience et la profondeur nécessaires pour être un penseur stratégique de classe mondiale. Le secrétaire d’État de Trump, Rex Tillerson, possède des compétences d’entreprise grâce à ses années chez Exxon-Mobil, mais manque également d’une vision stratégique. Beaucoup d’autres postes essentiels sont allés à des généraux militaires qui peuvent être des administrateurs compétents, mais qui ont une expérience politique ou diplomatique limitée. Il a été question de conseils venant de Henry Kissinger, mais il n’a pas été vu ou entendu récemment, et il est douteux qu’à son âge avancé et avec sa fragilité, il puisse fournir des conseils cohérents.

 

Pendant que Trump lutte pour survivre aux attaques répétées contre sa nouvelle administration, il est également distrait de la réalité d’un monde en rapide évolution. Si et quand il se concentrera sur la situation géopolitique, il pourrait bien avoir à rattraper la Russie et la Chine, alors qu’elles sont en train de passer des accords avec d’autres acteurs régionaux et de combler le vide laissé par le désordre politique étatsunien en cours.

 

En supposant que Trump puisse attirer des conseillers talentueux doté d’une profondeur stratégique, il faudrait encore une vision énorme et des compétences diplomatiques équivalentes, pour conclure un « grand accord » qui pourrait marquer le début de la fin du chaos violent qui balaye une grande partie du monde depuis 2001. Si et quand cela deviendra possible, un tel accord pourrait ressembler à un « Yalta-2 », triangulaire, impliquant les États-Unis, la Russie et la Chine.

 

Gilbert Doctorow

– Le 22 mars 2017

jeudi 30 mars 2017

La Haute Cour de Londres peut obliger l'Ukraine à remplir ses obligations envers la Russie

Le 29 mars 2017, la Haute Cour de Justice de Londres a suivi la demande de la Russie sur une procédure rapide dans le litige qui l'oppose à l'Ukraine quant à son obligation de remboursement de sa dette souveraine de 3 milliards $. Si, effectivement, cette décision intermédiaire est de bonne augure pour la Russie, elle entraîne sur le plan politique certaines conséquences qu'il ne faut pas négliger. 
 
La Russie s'était adressée à la Haute Cour de Justice de Londres afin de faire reconnaître l'obligation de l'Ukraine de rembourser le prêt de 3 milliards $ qu'elle lui avait accordé par contrat sous Yanukovitch, donc avant le coup d'Etat du Maïdan. L'Ukraine, elle conteste son obligation de paiement. Cette décision de refus avait été prise par N. Jaresko, américaine,  nommée un temps dans le Gouvernement ukrainien pour restructurer la dette du pays, qui a aujourd'hui été envoyée à Puerto Rico, également dans ce but.
 
L'Ukraine fondait son refus sur le fait que la Russie exerce ainsi, en demandant le paiement, des pressions sur l'Ukraine, au même titre que "l'annexion" de la Crimée ou "l'intervention militaire" sur le territoire ukrainien.
 
Le juge W. Blair, frère aîné de T. Blair, dans une décision intermédiaire a rejeté ces arguments:
On Wednesday, Judge William Blair of the High Court of Justice, the older brother of former British Prime Minister Tony Blair, ruled that Ukraine had presented "no justifiable defense" for not paying on a $3 billion Eurobond deposed President Viktor Yanukovych sold to Russia in December 2013, less than three months before he fled Ukraine. The judge refused Ukraine's request to hold a trial in the case and said he would like to distinguish between the law in the case and the "troubling" political and military background such as the Russian annexation of Crimea and its backing for separatists in eastern Ukraine.
Certes, la procédure se fera sans témoins, sur la base du contrat conclu et ne pourra donc être politisée par l'Ukraine. En ce sens, il y a beaucoup de chance pour que, en effet, l'Ukraine ait à rembourser à la Russie ces 3 milliards $ plus les intérêts, qui ne sont pas non plus négligeables. Ce qui aura un impact certain sur l'économie ukrainienne, déjà très fragilisée par la politique inconséquente menée par le pouvoir en place.
 
Mais que signifie cette décision de la Haute Cour de Londres?
 
L'Ukraine joue toujours sur deux tableaux. D'un côté, la révolution, donc la rupture étatique pour ne pas avoir à remplir les obligations internationales prises par l'Etat ukrainien avant le Maïdan, ou les remplir de manière aléatoire. D'un autre côté, la continuité de l'Etat, donc la négation de la révolution, pour invoquer la défense de l'intégrité territoriale et ainsi condamner la révolte du Donbass et le référendum en Crimée ayant donné lieu au rattachement avec la Russie.
 
La Haute Cour de Londres, comme les juridictions internationales, n'entrent pas dans cette confusion ukrainienne, car ils en saisissent les conséquences géopolitiques, qui vont à l'encontre de la position officielle de la communauté internationale. Dans ce dossier de la dette souveraine ukrainienne, le juge Blair a suivi le principe Pacta sunt servanda, à savoir l'obligation pour l'Etat de remplir ses obligations contractuelles. C'est la position de la Russie.
 
Mais qui entraîne une continuité de l'Etat ukrainien.
 
L'Ukraine, en quelque sorte, invoquait la clause rebus sic stantibus, selon laquelle un contrat reste applicable tant que les circonstances essentielles qui ont conduit à sa conclusion n'ont pas été significativement altérées.
 
Autrement dit, si les circonstances changent radicalement, le contrat n'existe plus. Notamment, lorsqu'une des parties au contrat elle-même n'existe plus: si l'Ukraine post-Maïdan n'est pas l'Ukraine pré-Maïdan par exemple. Tel est le cas lors des révolutions, il n'y a pas de continuité étatique, l'on se souviendra des bons russes de l'Ancien Régime. La position de l'Ukraine ressort de cette logique. Sans comprendre qu'ainsi, elle justifie et le rattachement de la Crimée à la Russie et la révolte du Donbass.
 
La Haute Cour de Londres n'a pas suivi cette voie. Il y a de forte chance pour qu'elle oblige l'Ukraine a payer, évitant par là-même que sa décision puisse être interprétée comme une reconnaissance indirecte de la légalité de la sécession de la Crimée et de la résistance du Donbass. 
 

mercredi 29 mars 2017

Affaire Z. A. c. Russie ou de l'incongruité de la frontière

Dans sa nouvelle décision Z. A. contre Russie, la Cour européenne des droits de l'homme vient de rendre une décision intéressante, qui tend à forcer l'entrée de personnes en situation illégale sur le territoire de l'Etat, faisant reposer sur lui l'entière responsabilité de la situation. Pour continuer dans l'ubuesque ...
 
Le 21 mars, la CEDH a rendu un arrêt condamnant la Russie a verser 95 000 euros aux quatres personnes en situation irrégulière, dont la demande d'asile a été refusée par la Russie, pour les conditions dans lesquelles ils vécurent plusieurs mois dans la zone de transit de l'aéroport international Sheremetyevo à Moscou.
 
Le fait que des personnes soient bloquées, pour des raisons différentes dans des aéroports internationaux, n'est pas une nouveauté. L'on se souviendra de l'iranien Mehran Karimi Nasseri et de ses 18 années à l'aéroport Charles de Gaulle, de la chinoise Feng Zhenghu qui a passé plus de 3 mois dans la zone de transit de l'aéroport de Tokyo, etc.
 
En l'espèce, les faits sont assez simples:
Les requérants dans cette affaire sont quatre individus détenteurs de papiers d’identité d’Irak, des Territoires palestiniens, de Somalie et de Syrie. Alors qu’ils transitaient – séparément les uns des autres – par l’aéroport de Moscou-Sheremetyevo, les requérants se virent refuser l’entrée en Russie par les services russes des frontières, au motif que leurs documents de voyage n’étaient pas en règle. En conséquence, trois des requérants passèrent entre cinq et huit mois, en 2015/2016, dans la zone de transit de l’aéroport ; l’un des requérants, originaire de Somalie, est resté dans cette zone pendant un an et 11 mois, du 9 avril 2015 au 9 mars 2017. Les quatre requérants demandèrent le statut de réfugié en Russie mais ne l’obtinrent pas. 
La surprise vient de la qualification juridique donnée par la Cour européenne, qui a assimilé cette situation à une privation de liberté:
Les intéressés, qui se trouvaient dans la situation de demandeurs d’asile dont les dossiers n’avaient pas encore été examinés, n’avaient pas choisi de rester dans la zone de transit puisqu’ils ne pouvaient entrer ni sur le territoire russe ni dans aucun État autre que celui qu’ils venaient de quitter. Ils n’ont donc pas consenti valablement à leur privation de liberté. En conséquence, la Cour conclut que leur rétention dans la zone de transit s’analyse en une privation de liberté de facto.
Pas un mot sur le fait qu'ils soient sciemment arrivés en Russie avec des documents qui ne sont pas en règle, ce qui remettrait en cause l'idée selon laquelle ils "n'avaient pas choisi". De plus, très étrangement pour des personnes privées de liberté, ils sont partis, soit dans un autre pays avec l'aide des organismes internationaux compétents (dont l'activité n'a pas été entravée), soit rentrés dans leur pays, comme le reconnaît par ailleurs la Cour:
Le requérant irakien et le requérant syrien furent finalement réinstallés par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), au Danemark et en Suède respectivement. Le requérant originaire des Territoires palestiniens put quitter la zone de transit lorsque se présenta la possibilité de prendre un vol pour l’Égypte. Le requérant originaire de Somalie, ayant perdu l’espoir d’obtenir le statut de réfugié en Russie, est parti pour Mogadiscio.
La contradiction est flagrante: soit ils sont détenus contre leur volonté - et donc il y a volonté de l'Etat de les maintenir dans cet espace restreint, soit lorsque la possibilité s'est présentée et qu'ils ont compris qu'ils n'obtiendraient pas ce qu'ils étaient venus chercher ... ils sont partis, mais l'Etat, finalement, n'y est pas pour grand chose. Le "crime" de l'Etat russe est en fait de ne pas avoir laissé entrer des personnes en situation irrégulière et de ne pas les avoir prises en charge.
 
Alors pourquoi condamner la Russie? Justement pour cela.
 
L'on peut aussi se demander, s'il s'agit réellement des conditions de détention, si toutes les personnes dont le dossier de demande d'asile est en attente ou a été refusé dans les camps de transit en Italie, en Grèce, dans la Jungle en France vont être prises en charge par des ONG pour déposer un recours devant la CEDH et si l'Italie, la Grèce, la France et autres pays vont devoir payer des millions d'euros de dédommagement? Car là, il ne s'agit pas de quatre personnes ...
 
Non, le but est ailleurs: il faut forcer la frontière. La frontière est le symbole de l'Etat, son attribut, comme la porte de votre maison. Aujourd'hui, la frontière ne doit pas être une barrière, l'Etat doit laisser passer les clandestins qui sont devenus une catégorie spéciale, celle d'une sorte de "réfugiés de fait", dont l'expulsion est rendue de plus en plus difficile et contraignante pour l'Etat. L'Italie avait été ainsi condamnée en 2011 pour avoir voulu renvoyer des tunisiens dans leur pays et au passage pour les conditions de détention à Lampedusa. C'était déjà en 2011, tout au début de la grande vague d'immigration en Europe. Il a fallu faire passer le message aux Etats qui auraient des tentations souverainistes. Depuis, la pression n'a fait qu'augmenter.
 
Cet arrêt contre la Russie se situe dans cette jurisprudence constante de la CEDH qui fait poser sur les Etats l'obligation de prise en charge des personnes en situation illégale dès le moment où ils ont posé le pied, de manière illégale, sur leur territoire. Ce n'est pas la personne en situation illégale qui a des obligations, c'est l'Etat. La personne en situation irrégulière a des droits, c'est l'Etat qui a les obligations. 
 
Pour illustrer cette tendance, bien implantée en France, l'on peut se rappeler du communiqué du ministère de l'intérieur de l'été 2016 pour la prise en charge des "migrants", faisant fi de toute distinction entre immigré en situation illégale et légale. La notion même d'immigré est pieusement remplacée par celle de "migrant", dont la charge symbolique est différente, même si un migrant est bien un immigré, mais manifestement principalement en situation irrégulière, d'où la nécessité de le taire.
La prise en charge en CAO doit ainsi permettre aux personnes migrantes sans-abri de bénéficier d'un temps de répit et d'engager, si elles le souhaitent, une démarche de demande d'asile. Elle leur permet également d'avoir accès à une offre de soins adaptée et d'être orientées rapidement vers des structures qui correspondent à leur situation (CADA pour les demandeurs d'asile, etc.). 
C'est exactement ce qui est reproché à la Russie: d'avoir maintenu la distinction classique pour un Etat de droit souverain de la distinction entre immigration légale et illégale et ainsi d'avoir maintenu la frontière. 
 

mardi 28 mars 2017

Fable du jour: la justice européenne et les sanctions contre la Russie

Il était une fois la Cour de justice de l'Union européenne... la Justice, le Libéralisme, notre vie quoi. Et puis il y eut la Russie. Adieu justice! Adieu libéralisme! Mais que nous reste-t-il?
 
De ce 28 mars, nous en restons tout pantelant. Imaginez-vous cette Cour, oui, avec une majuscule, se prononçant après que l'autre chantre du libéralisme l'ait saisie. La question était délicate, la réponse fut sans appel.
 
L'Angleterre et le Conseil européen ont-ils bien eu raison d'adopter des sanctions contre des entreprises russes, notamme Rosnetf?
 
Car l'affaire n'est pas anodine. Certes, il y a cette guerre en Ukraine ... mais le business ... quand même. Nous nous sommes construits, nous l'Europe (aussi avec une majuscule, sinon à quoi bon?) autour de tout ça: faites de l'argent, pas la guerre. Tant d'efforts pour faire circuler les capitaux, les gens. C'est pas l'Union soviétique ça, ma bonne dame!
 
Humm, bref. Et là, d'un coup d'un seul, sans prévenir, et bien, c'est un peu ça quand même. Si si ... vous savez, enfin, l'URSS quoi. 
 
Cette Cour de Justice se prononce sur les questions de politiques étrangères. Finalement, les Etats membres peuvent aussi en être dégagés. Pas de la Cour, de la politique étrangère, ne mélangez pas tout, un peu de sérieux. De toute manière, il ne leur reste déjà pas grand chose. Et même ça, ça coûte cher. Bon, il y a bien la menace russe, mais, on a les Etats Unis pour nous défendre. Enfin, on espère ... Il y a toujours l'OTAN, mais là aussi il faut payer maintenant. Bon, c'est pas grave, il reste les sanctions et la Cour européenne! Là, on se sent mieux. Bon, ne le dites à personne, mais comme de toute manière les russes ne viendront pas à Paris, sauf pour dépenser de l'argent, alors finalement, peu importe. Mais chuttt!
 
Et puis, une justice c'est là pour défendre l'idéologie du pouvoir, non? Non??? Ah .... alors ça sert à quoi?
 
Remarquez, vous avez raison, car en matière d'idéologie, ici aussi, on a du mal. Je comprends rien. On n'a pas le droit d'aider nos entreprises pour ne pas fausser le marcher, mais on peut prendre des sanctions et fausser le marcher sans violer les règles européennes. On s'y perd! 
 
Ah, oui, l'Ukraine ... là aussi je m'y perds. Le Maïdan, mouaich ... je ne savais pas que c'était la Russie qui avait financé le Maïdan. Non, c'est vrai, ça ne se fait pas d'organiser des révolutions à l'étranger, vous avez raison de prendre des sanctions! Non? Ce n'est pas à cause du Maïdan? Ah, c'était pas la Russie ...
 
Mais oui, suis-je bête, les accords de Minsk! Mais ... la Russie est partie? Non?? Elle est garante? Remarquez, vous avez raison, après tout c'est la Russie, c'est pas grave. Eux, de toute manière, ils ne viendront pas nous embêter en Europe, alors, on ne prend pas trop de risque.
 
Mais le libéralisme quand même, ça m'embête. J'aimais bien l'idée. Oui, je sais, on ne peut pas tout avoir. Bon, tant pis pour le libéralisme alors. On ne peut pas tout avoir ... Quant même ...
 

lundi 27 mars 2017

Navalny tente une « Révolution verte » en Russie: premier acte

 

 

Manifestation du 26 mars à St Pétersbourg

A. Navalny, l'icône occidentale portée depuis des années par l'Occident pour faire tomber ce qui est appelé "le régime de Poutine", vient de lancer, dans cette période pré-électorale en Russie, le début d'une Révolution en couleur, ici verte. Certes, la Russie n'est pas l'Ukraine, l'Etat n'est pas en faillite et le Président bénéficie d'un réel soutien populaire. Pour autant, ce mouvement n'est pas à prendre à la légère: ce sont les minorités qui font les révolutions, pas les majorités. Elles n'en ont pas besoin.
Les manifestations du 26 mars
Ce dimanche 26 mars, Navalny a voulu organiser des manifestations "contre la corruption" dans 84 villes russes, dans une vingtaine de villes un accord a été trouvé quant au lieu. A Moscou et à Saint Pétersbourg, leur demande de manifester dans le centre a été refusée, il leur a été proposé une alternative, que, évidemment, ils ont à leur tour refusé. 
 
Les autorités ont prévenu que si les manifestants se présentaient sur les lieux non autorisés, ils seraient arrêtés. Tout aussi évidemment, A. Navalny a appelé ses partisans à sortir et à se regrouper, à marcher, se promener, à Moscou sur Tverskaya et à tourner dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.  Le mouvement a pris de l'ampleur. L'on a compté environ 10 000 personnes à Moscou. Finalement, pour n'avoir pas voulu se diriger vers le lieu autorisé et après avoir fait monter la pression avec la police, environ 500 personnes furent arrêtées, Navalny en premier dès son arrivée sur les lieux. Un policier est mort des suites des blessures qui lui ont été infligées par la foule.
 
Vladivostok, un millier de personnes est sorti dans les rues, une quarantaine de manifestants a été arrêtée et ils ont été relâchés petit à petit. 800 personnes à Volvograd sont sortis dans la rue, dont la moyenne d'âge est de 15 à 25 ans. Cette jeunesse des manifestants a été remarquée dans toutes les villes. A Moscou, plus de la moitié ne sont que des écoliers.
 
Les prémisses
 
La lutte contre la corruption
 
L'affirmation d'un but qui soit compréhensible et puisse être compris dans les réseaux sociaux est très important pour la réussite de ce type de mouvements. La lutte contre la corruption est idéale: elle est acceptée par le pouvoir, elle est demandée par la population, elle est promue par les médias. Qui peut être contre la lutte contre la corruption. En plus ça fait des hashtag courts et expessifs.
 
A. Navalny est justement particulièrement connu pour son Fonds de lutte contre la corruption, qui ne l'empêche pas de tremper dans des affaires très louches, ou quand la lutte contre la corruption est une activité très rentable (voir notre aricle ici) ou encore lorsque cet "opposant" bénéficie de puissants soutiens (voir notre article ici). L'on peut aussi rappeler comment Edinaya Rossiya a largement aidé Navalny à se présenter aux élections du maire de Moscou (voir ici).
 
Donc, A. Navalny sort début mars une "grande enquête" sur la corruption, que vous trouverez ici sur son site. D. Medvedev, Premier ministre, aurait mis en place des schémas juridico-financiers complexes lui permettant d'être en possession de propiétés diverses et de vignobles. Ces accusations ne sont pas nouvelles, mais elles sont remises au goût du jour. les élections s'approchent, le temps est venu.
 
La montée médiatique
 
Evidemment, cette vidéo tourne de manière quasi virale dans les réseaux sociaux. Elle est simple, avec beaucoup d'images, peu d'analyses, mais des drones survolent des terres, Medvedev apparaît sur des photos, des schémas sont mis en avant. Un véritable travail ... mais comment le qualifier? Un bon travail jouant sur l'opinion publique. Et le nom de la vidéo "On vam ne Dimon" servira de hashtag sur twitter pour regrouper les troupes lors des manifestations. Pratique.
 
Pour renforcer le pathos, on lance une vidéo d'un enfant qui prononce avec difficulté un texte préparé par les adultes. La technique est rodée, elle est infaillible pour faire trembler les "bonnes âmes". Le petit Sviatogor Bouianine, 8 ans, s'adresse au Premier ministre:
 
 
En subtance, l'enfant se présente et dit qu'avec son père ils ont regardé la vidéo sur Medvedev où il est dit qu'il possède des biens pour 77 milliards de roubles et qu'avec cette somme l'on peut nourrir toute une année les habitants de sa république russe de Bouriatie. Est-ce que c'est vrai?
 
La manipulation est grossière, mais pas plus que celle de la petite fille d'Alep qui écrit et parle en anglais sur twitter et raisonne sur la politique internationale. C'est le même procédé. Ainsi un enfant est apte à saisir les enjeux d'un montage juridico-financier présenté comme complexe? Nous vivons à l'époque du génie généralisé. Celui qui a envie d'y croire y croit, ça sert sa propagande. Le silence des autres est dérangeant. La manipulation des enfants devrait être méprisée par tous, provoquer un rejet instinctif, mais non. Il semblerait que notre époque n'ait plus de limites. Il faut dire qu'elle a été préparée avec tous les show télévisés d'un goût plus que douteux autour des enfants, avec toutes ces pseudo-écoles pour les milliers de "génies" qui sortent de terre de manière spontanée. Il ne s'agit que d'un degré de plus, mais un "accord" a été obtenu sur le principe.
 
La pression monte et un député communiste déclare que dans ce silence de Medvedev et du Kremlin sur cette affaire, il s'adresse aux organes d'enquête pour que la lumière soit faite. L'idée pourrait être bonne, si elle n'était pas utilisée pour renverser la présomption d'innocence, lorsque certains déclarent que la vidéo du Fonds de Navalny est une preuve directe de la corruption de Medvedev tant que les organes d'enquête ne prouvent pas l'inverse. Si l'on fait un parallèle avec la France, l'on pourrait dire que la tentative de F. Fillon de s'expliquer systématiquement sur les affaires que la presse lui met sur le dos n'a en rien aidé à faire passer le message dans la population. Il a d'ailleurs rapidement déclaré que désormais ce seraient ses avocats qui s'exprimeraient sur le sujet.
 
L'enchaînement des mécanismes juridico-médiatiques montre bien le caratère non naturel des évènements. Et la révolution de couleur se rappelle à notre mémoire. La vague de contestation dite "libérale" de 2011, Balotnaya, a échoué, car ses leaders n'avaient strictement aucun programme et leurs positions étaient rejetées par la majorité de la population. Sans leader et sans idées, le mouvement a tourné court. 
 
Les élements de la révolution de couleur
 
Une personne: Navalny
 
Les leçons de l'échec de Bolotnaya ont été tirées. Les slogans anti-russes ne passent pas dans la population, surtout après le rattachement de la Crimée, devenu marqueur politique. Ainsi, la position de Navalny est beaucoup plus ambigüe, comme le remarque la presse française. Il ne promet pas de rendre la Crimée à l'Ukraine s'il est élu et ainsi ne rompt pas le consensus de Crimée, devenu un élément fondateur de la nation russe. Il ne s'oppose pas non plus directement à V. Poutine et affirme la nécessité d'une immunité à son encontre. Il joue donc la carte nationale. A l'inverse du mouvement de Bolotnaya. 
 
Le projet Navalny a ainsi été reformaté et s'est adapté aux nouvelles exigences politico-sociales, qui ont été très bien, très professionnellement analysées. Le mouvement est personnifié. Comme les leaders sur la scène du Maïdan, il y a un interlocuteur, un visage, un nom.
 
Une couleur: le vert
 
Chaque Révolution formatée doit avoir son symbole, généralement une couleur: orange en Ukraine, rose aux Etats Unis contre Trump, verte en Russie.
 
Et la couleur doit avoir une raison d'être. Le rose américain vient du mouvement LGBT, le vert vient du colorant que souvent des opposants à Navalny lui lancent au visage. Comme à Barnaul en Sibérie ce 20 mars lorsqu'il est venu ouvrir son local de campagne.
 
Mais le vert est aussi la couleur par laquelle les partisans de Navalny ont repeint la très symbolique statue de la Mère Patrie à Volvograd, symbole de la Seconde Guerre Mondiale pour une ville qui en a particulièrement souffert.
 
Suite à cette "performance", la police a dû intervenir pour protéger les partisans de Navalny, qui ouvraient leur bureau de campagne, de la vindicte populaire.
 
La couleur est lancée, le symbole est planté. Il peut grandir et se développer.
Les slogans et les images chocs
 
Les slogans lancés sont simples et universels, contre le Gouvernement et la corruption. Les manifestants sont officiellement là pour demander des comptes à Medvedev qui n'a pas commenté les déclarations de Navalny. Le tout avec un côté enfantin. Donc inoffensif. 
"Dmitri Anatolevitch, l'on ne vous entend pas"

"Je suis ici parce que l'on n'entend rien à la télé à propos des vignobles de Medvedev" et "Nous sommes méchants, notre humeur est comme ci comme ça".
 
Certaines images simples et efficaces sont lancées, évidemment de violences policières, contre des personnes présentées comme faibles, mais sorties du contexte:
Un enfant a été interpelé par la police lors d'une manifestation, lit-on dans les réseaux sociaux. Sans autre explication; est-il seul, où sont ses parents, qu'est-ce qu'il fait là-bas? Rien, uniquement de la suggestion. Suit l'image d'une femme. L'on se croirait face aux images des débuts du Maïdan, dans sa phase encore pacifique.

Mais ce qui fait réellement référence, explicitement référence, au Maïdan, l'on peut le lire sur le site d'opposition Dojd, même si la traduction en français ne correspond pas à ce qui est écrit en russe, c'est l'interprétation donnée par les activistes:
 
Sur le Maïdan, l'on avait entendu ce cri devenu symbolique: celui qui ne saute pas est un russe. Ici, la formulation est reprise et adaptée: celui qui ne saute pas est un medved (ours), en jouant sur le nom de famille du Premier ministre.
 
La filiation entre ces mouvements et le Maïdan est non seulement assumée, elle est revendiquée.
 
Le mythe des manifestations "pacifiques"
 
Evidemment, la manifestation doit être pacifique, au début. Navalny a ainsi appelé ses partisans à manifester à Moscou sur Tverskaya, dans l'hyper centre, et à se promener en tournant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Mais le lieu de la manifestation n'avait pas été autorisé et il était certain de provoquer une collision avec les forces de l'ordre. Permettant ainsi et la médiatisation du refus et celle des arrestations. 
Les manifestants déclarent:
"Nous sommes des pacifiques, nous sommes sans armes, la Constitution nous donne le droit de nous réunir ici."
Au début pas de pancartes, pas de slogans. Certains ont le visage en vert. Petit à petit, les provocations ont commencé. Au départ la police était très aimable. Un policier, dans un haut-parleur dit: 
"Les amis! Ceux d'entre vous qui êtes venus en ce dimanche de printemps, exprimer leur position citoyenne, nous vous rappelons qu'il est possible de le faire dans le Parc Sokolniki, l'accord a été donné. En métro vous pouvez y être en une demi heure".
La déclaration a été accueillie avec des rires méprisants. Les pancartes sont sorties, les policiers les ont enlevées. Des jeunes sont montés sur la statue de Pouchkine, sur des lampadaires, la police a voulu les faire descendre. Le ton est monté, le comportement de la foule a insensiblement changé au fur et à mesure que le temps passe. Une heure plus tard, la police prévient, cette fois-ci, que ceux qui restent seront interpellés par tous les moyens.  Le ton monte, les échauffourés s'accélèrent.
Dans les échanges de coup qui suivirent, un policier a été victime des coups de la foule et est mort sur son trajet à l'hopital. Aucun mot dans la presse étrangère à ce sujet, ce n'est qu'un policier et la manifestation est pacifique.
 
 
En revanche, l'on retrouve tout le soutien non seulement des médias étrangers, mais aussi de l'ancien ambassadeur américain en Russie, dont le soutien très actif à l'opposition est bien connu. Et la rhétorique est la même qu'à propos du Maïdan; l'Etat n'est pas en droit d'assurer l'ordre public, puisque les manifestants veulent lutter pour le Bien et que l'Etat incarne le Mal. Le clivage est simple, simpliste. Si l'on compare avec les environ 400 personnes tuées par la police américaine par an, l'on se demande comment qualifier alors ce pays, au regard des critères avancés par McFaul. Mais, il ne s'agit pas d'analyser les comportements des forces de l'ordre dans les dfférents pays, il s'agit de cliver. Ce n'est pas de l'analyse, c'est de la propagande. Propagande dont un ancien ambassadeur est un des rouages.
Un conflit soi-disant intérieur: contre la corruption
 
L'important est de montrer qu'il s'agit d'un conflit intérieur, répondant aux besoins de la société, et non d'une manipulation venant de l'extérieur ou des milieux néolibéraux pro-globalisation. La corruption en Russie, les oligarques en Ukraine, les droits des minorités aux Etats Unis.
 
Lorsque la télévision d'opposition Dojd a tendu un micro vers ces jeunes pour savoir s'ils pouvaient raconter des cas de corruption qui dégradent leur vie quotidienne dans cette Russie dictatoriale à l'Etat totalement corrompu, ils n'ont rien pu répondre ... Un moment de panique sur les visages, rien à dire. Absolument rien.
 
Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas problèmes de corruption en Russie, cela signifie que ces jeunes ne sont pas là parce qu'ils ont eu un problème avec des policiers corrompus, des juges corrompus ou des fonctionnaires corrompus. A 15 ans, ils ne peuvent de toute manière pas avoir ce genre d'expérience. Ils sont là pour autre chose. Ils sont là parce qu'ils ont mis leur vie et leur réalité dans les réseaux sociaux. Que dans les réseaux sociaux ils ont vu la vidéo de Navalny parlant de corruption. Ils n'ont certainement rien compris aux soi-disant mécanismes juridico-financiers, mais les images étaient belles, les mots étaient simples. A l'adolescence, l'on a besoin de causes évidentes, le bien contre le mal. Ils sont jeunes, ils sont le bien. Ils ont suivi l'appel et sont dans la rue.
 
Contrairement à 2011, où il y avait un réel mouvement contestataire qui a entraîné de véritables changements dans la politique intérieure russe, ici le mouvement est totalement artificiel, il est contruit autour d'une revendication plausible, suffisamment médiatisée mais est porté par des gens qui ne sont pas concerné par la chose. Ce mouvement est fondé sur des jeunes contrôlés par l'extérieur au gré des réseaux sociaux. Ils ont l'habitude des selfies, ils ont l'habitude d'exprimer leur "position" par des clics, ils ont l'habitude des flash mob. On les appellent, ils sortent, Ca fait partie du jeu. Action ou vérité?
 
Mais cela est possible car certains éléments du système intérieur le permettent.
 
Les faiblesses du système permettant l'émergence de ces mouvements artificiels
 
La faiblesse politique de Medvedev
 
Les attaques contre Medvedev sont régulières. Tellement régulières, qu'il n'y a rien de "courageux" pour l'opposition ou n'importe qui à critiquer le Premier Ministre. Des pétitions sont lancées sur des sitse globaux, il est souvent l'objet de parodies. Il est vrai que ses dérapages de langage n'aident en rien, son amour presqu'enfantin pour les technologies non plus.
 
Mais au-delà du fait qu'il plaise ou non, il est Premier ministre et l'attaquer de cette manière, c'est aussi attaquer l'Etat. Attaquer le maillon faible. Selon l'institut de sondage Vtsiom, D. Medeved a une cote de popularité de 16,8% au 19 mars de cette année et la tendance est à la baisse. 
 
Il est vrai que Navalny, à la même date, est à ... 0,8%. Le danger politique qu'il présente pour le pouvoir, en cas de fonctionnement normal de la société, c'est-à-dire sans manipulation de l'opinion publique, est donc nul. Tout autant que son poids politique réel. 
 
Or, dans la population, c'est plus la personnalité de Medvedev qui est remise en cause que l'institution du Premier ministre ou du Gouvernement, qui sont au-dessus de 50%, mais dont la tendance récente est également à la baisse. L'on notera que les avis sont quand même partagés, car l'anti-raiting du Premier minsitre est important: 30%.
 
La position du Kremlin a toujours été de ne pas prendre de décision concernant les nominations/démissions en conséquence directe de mouvement d'opinion. La position est raisonnable dans le sens où l'on ne peut gouverner en fonction des articles de presse ou de pétitions. Mais lorsque le politique a un réel défaut de popularité, cette faiblesse touche toute l'institution.
 
Le projet Navalny joue donc sur ce terrain. En utilisant la faiblesse du système et en ne s'opposant pas frontalement à V. Poutine. Il ne veut pas franchir la ligne rouge de l'opposition radicale, même si rien ne le différencie en réalité. Il parle d'immunité en cas d'élection, son mouvement ne serait pas dirigé contre le Président. Est-ce que cela change quelque chose finalement, souvenez-vous de Yahukovitch en Ukraine. 
 
La faible popularité de la politique socio-économique
 
La Russie réussit à sortir de la crise économique et à relancer sa production intérieure, effet directe des sanctions qui ont mis à mal la tendance néolibérale du bloc socio-économique du Gouvernement. Or, si la politique extérieure, attribuée au Président, a un appui très solide dans la population, la politique intérieure en générale ne satisfait que 38% de la population et la tendance est à la baisse. Quant à la politique économique, seulement 28% de la population est satisfaite, quand 35% ne l'est pas. Les chiffres sont quasiment identiques pour la politique sociale.
 
Pour autant, 67% de la population n'envisage pas de prendre part à des manifestation prochainement. C'est pourquoi la formation d'une masse prête à sortir dans la rue "doit être" constituée. Autrement dit, elle est aussi le résultat de la politique menée.
 
L'affaiblissement de l'école
 
L'école joue un rôle fondamentale dans la formation de l'individu, qui y prend aussi ses repères. Or, les changements de programme et de manière d'enseigner, sans systématicité ni explications, suivant les recommandations pédagogistes des organismes internationaux, sont pour une grande part dans la possibilité de manipulation des jeunes. Plus le niveau de connaissance est faible, plus l'individu est manipulable.
 
Utiliser l'ordinateur est appris dès la première classe, alors que la plupart des enfants ne sait pas encore écrire et certains ne peuvent même pas lire. Des enseignants organisent des flash mob de fin d'année dès les premières classes du primaire. Les rédactions et la réflexion sont souvent réduites à des courtes présentations avec images. Le culte du ludique s'est emparé des lieux. Tout doit être léger, simple, accessible. Sinon, c'est que l'enseignant est mauvais. Les examens sont appelés "monitoring", la lecture d'un texte écrit à la maison est un "projet", etc. Internet est largement conseillé pour préparer les travaux à la maison, normalisant l'utilisation de sources non vérifiées. Et la plupart des parents trouve cela tout à fait normal, "nous ne sommes plus à l'époque soviétique" étant la justification la plus souvent apportée par ces personnes ne comprenant pas les difficultés dans lesquelles ils vont mettre leurs enfants.
 
Des étudiants arrivent en fac sans même savoir ce qu'est la Révolution de février, mais ils peuvent participer au Bataillon éternel. L'histoire est transformée en "petite histoire", la sienne, celle de ses proches, importante si l'on veut connaître ses racines, mais qui ne prend son sens que dans la "grande histoire", celle du pays. Sinon, elle est destructurante.
 
Le culte d'internet et des réseaux sociaux
 
Le plus drôle, pourrait-on dire, est que D. Medvedev est un grand supporter de la diffusion d'internet partout, le Gouvernement soutient totalement les projets permettant de surfer dans les parcs publics, le métro et tous les recoins de Russie. Car sortir dans un parc sans regarder un écran n'a effectivement plus aucun sens. Le Gouvernement soutient tous les projets tournant autour des nouvelles technologies, qui semblent dotées de toutes les vertues. Chaque école se voit doter en priorité de nouveaux ordinateurs, de tableaux électroniques, comment apprendre sans eux. Le mot d'ordre étant il faut être moderne, vivre dans son temps. Cela tourne à l'imprécation. Suivre le temps ou le créer, les sociétés ont toujours fait leur choix, différent selon les époques.
 
Car ce sont justement ces jeunes, comme l'ont remarqué tous les médias russes, qui sont sortis dans les rues dimanche après avoir vu la vidéo de Navalny sur Medvedev sur les réseaux sociaux. Leur moyenne d'âge est extrêmement basse, des écoliers, des enfants. Ils sont rentrés chez eux ensuite. Cette fois-ci. Mais on les a appelé, ils sont sortis. Le potentiel a été vérifié. Une prochaine fois, ils pourraient ne pas rentrer. Les forces de police ne pourront pas à elles seules protéger la société d'un Maïdan, une réelle réflexion de fond doit être menée.