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La gauche française – main gauche de l’impérialisme ?

par Marlus Heizmann, mouvement de l’alliance contre les guerres suisse

 


Internationale | pdf |  
 
Discours tenu par Markus Heizmann, sociologue suisse et activiste anti-guerre, en langue anglaise à la Fête de l’Humanité au stand de la Turquie. Transmis par le mouvement de la paix allemand.
 

Chères amies,
Chers amis,
Chers camarades,
Chers participants à la fête,

 

Je m’adresse à vous en tant que membre de « Ne touchez pas la Syrie - Alliance contre la guerre impérialiste ». Notre alliance a officiellement été lancée en 2011 à l’occasion des attaques contre La Syrie - de facto, nous existons depuis beaucoup plus longtemps. Depuis au moins 20 ans notre noyau dur se préoccupe des thèmes du colonialisme, de l’impérialisme et le sionisme.

 

Alors maintenant, nous sommes de retour, ici à la Fête - Excusez-moi, mais le terme « l’Humanité » reste coincé dans ma gorge. Il est vrai que le journal l’Humanité donne le nom à cette réjouissance populaire. Néanmoins, bien sûr, il y a une signification quand une fête a lieu sous le nom "Fête de l’Humanité".

 

L’Humanité n’est pas exactement le concept qui vient à l’esprit spontanément lorsque nous pensons à l’Europe ou à la France. Le passé colonial de l’Europe et de la France n’est en aucun cas réglé, au contraire, il se poursuit sans interruption dans des guerres actuelles contre les peuples du monde. La France, en tant qu’ancienne « grande nation », participe souvent et volontiers à ce pillage des peuples par l’impérialisme. Nous ne citerons que quelques épisodes des guerres françaises depuis 1945 :

 

Les attaques françaises soit se déroulent dans le cadre d’alliances multilatérales, par exemple L’OTAN ou l’Union européenne, soit se donnent par quelques accords une apparence de légitimité. En Europe même, la France fait partie avec 300 soldats de la KFOR dirigée par l’OTAN au Kosovo. Au Moyen-Orient, les forces françaises se sont incrustées au Liban avec 900 soldats.

 

En Afghanistan, les forces françaises font partie d’ISAF avec 1500 soldats. Des soldats français se battent sous l’UE dans la Corne de l’Afrique prétendument "pour lutter contre le piratage".

 

L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest sont les plus touchées par l’armée française : près de 7000 soldats y sont actifs avec tout leurs armements. Depuis plus longtemps encore, depuis 1986, le Tchad a été infesté par les troupes françaises. Là 950 soldats y sont actuellement stationnés. Le point fort des attaques les plus récentes et les mieux équipées (depuis 2012) se situe au Mali en Afrique de l’Ouest. 4000 soldats français sont au Mali.

 

En Libye, l’armée française attaque depuis 2011, tout comme en Syrie. Aucun des pays cités n’a jamais attaqué la France - au contraire, tous ces pays attaqués aujourd’hui sont d’anciennes colonies de la France. Cette liste n’est pas complète, il manque par exemple toutes les actions occultes et secrètes effectuées par les services secrets de cette puissance impérialiste.

 

Pourquoi ces attaques de la France ne sont pas étudiés avec l’acuité requise lors d’une Fête de l’Humanité ? Un fait qui doit être analysée.

 

La gauche est-elle aussi en France la main gauche de l’impérialisme ? Dans ce contexte, nous nous souvenons de l’empire allemand, du discours que l’empereur Guillaume II a tenu à la veille de la Première Guerre mondiale devant le Reichstag allemand. Dans ce discours, Wilhelm disait : "Je ne connais plus de partis, je ne connais que des Allemands"1.

 

La division de ses adversaires a toujours été une partie intégrante de la politique impérialiste. Cependant, le camp impérialiste est également soucieux d’éviter autant que possible les divisions au sein de son propre camp, d’éviter les conflits inter-impérialistes. Est-ce donc un hasard qu’aucun des pays attaqués, la Syrie, l’Afghanistan, le Mali et d’autres ne soit pas ou soit à peine représenté à la « Fête de l’Humanité » ? Les représentants du camp impérialiste célèbrent-ils entre eux ? La France en tant qu’hôte de la Fête de l’Humanité est sans aucun doute partie de ce camp impérialiste.

 

Mais que voulons-nous dire en parlant d’impérialisme ? Le poète allemand Bertolt Brecht écrivait dans un de ses poèmes : "Le mal a un nom et une adresse". Nous devrions aussi nous méfier de l’anonymisation du « mal ». Les impérialistes qui oppriment et attaquent la Syrie, la Libye, L’Afghanistan, presque tous les pays africains et asiatiques, l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, et même leurs propres ressortissants, peuvent être nommés : Ce sont les États-Unis, Israël et les pays de l’OTAN. Nous parlons des soi-disantes "sociétés libres" de l’Occident, de la France, de l’Allemagne, de l’Angleterre, qui se réclament les valeurs humanitaires et la démocratie et qui pourtant piétinent chaque jour et chaque heure ces mêmes valeurs. Avec leurs machineries militaires et leur appareil répressif, ces sociétés sont responsables du colonialisme, des guerres, des génocides, du vol des ressources des peuples.

 

Elles sont ce qu’on comprend habituellement sous le terme "impérialisme". Ces sociétés mentionnées, parmi lesquelles nous comptons les états dits « neutres », comme la Suisse, l’Irlande ou l’Autriche sont des sociétés parasites Ils vivent par du vol et de l’exploitation, elles répandent la guerre et le meurtre de masse parmi les peuples et en même temps elles prétendent qu’elles représentent des valeurs comme la démocratie, les droits de l’homme et l’égalité. Ce sont aussi les valeurs traditionnelles de la révolution française : la liberté, l’égalité, la fraternité. Mais à qui s’appliquent ces valeurs ? Seulement et exclusivement aux français.

 

La France, bien sûr fait l’éloge de l’humanisme, la liberté, l’égalité, la liberté et la fraternité. C’est précisément ce pays, qui se réclame de ces valeurs, qui de 1945 à 1964 a assassiné environ 15% de la population algérienne.

 

D’innombrables personnes ont été emprisonnées et torturé, ceci en partie par des tortionnaires qui n’ont jamais été traduits devant les tribunaux et qui jusqu’à nos jours sont politiquement actifs. Ces crimes et d’autres encore de la France à l’époque coloniale doivent aussi être dénoncés au même titre que les attaques plus récentes, par exemple contre le Mali ou contre la Syrie.

 

Dans ces guerres d’agression, cependant, la France n’est pas seule. La France, L’Angleterre, l’Allemagne et les États-Unis sont les puissances les plus importantes de l’OTAN qui se répartissent les pays victimes. Ce modèle est évident et s’applique à toutes les sociétés impérialistes. Tandis que pour les membres de ces sociétés - mais pas pour tous, certaines valeurs sont de prime abord valables, les habitants des trois continents d’Asie, d’Afrique et d’Amérique (du Sud) ne peuvent pas compter obtenir ne serait-ce que les plus élémentaires de ces droits. Chaque pays dans ces trois A continents, qui garantit à sa population ces droits, les a conquis dans de longues et sanglantes guerres contre les colonialistes. Trop souvent, ces femmes et hommes courageux étaient traités de « terroristes » par les puissances coloniales. L’accord Sykes Picot n’a jamais disparu de l’esprit et de la planification des Européens.

 

Selon cet accord , après la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne devait obtenir la suprématie sur la Jordanie d’aujourd’hui, une grande partie de l’Irak et la Palestine. De son côté, la France devait obtenir le Sud-Est de la Turquie, le Nord de l’Irak, la Syrie et le Liban.

 

Donc - et maintenant arrêtons-nous un moment et imaginons ce qui suit : Un diplomate asiatique et un diplomate africain se rencontrent et concluent un accord : le pays du politicien asiatique obtient l’Autriche, l’Allemagne, la Hollande et le Benelux, et le pays du diplomate africain obtient l’Angleterre, la France, l’Espagne et l’Italie. Impensable ? Certes, cela est impensable, mais ce crime impensable, s’il est commis par des Européens ou les Etats-Unis, nous l’acceptons encore aujourd’hui comme acquis et allant de soi.

 

L’accord Sykes-Picot est un exemple typique des crimes commis par les puissances coloniales aux peuples qu’ils avaient frappé. À la veille de la Première Guerre mondiale, on promit aux peuples arabes l’indépendance s’ils se battaient avec les envahisseurs européens contre l’empire ottoman.

 

Cette promesse fut - comme tant d’autres promesses des colonialistes et des impérialistes - rompue. Après la Première Guerre mondiale, les territoires arabes furent répartis entre les anglais et les français. C’est frappant que cette division, fruit du travail de l’impérialisme colonial soit encore aujourd’hui en vigueur : L’Irak fut et est principalement attaqué par les États-Unis, respectivement les États-Unis et l’Angleterre, tandis que La France aujourd’hui, avec les Etats-Unis, est parmi les belligérants les plus véhéments contre la Syrie. Cela repose aussi sur l’histoire :

 

Déjà en 1925, le Suq al-Hamidiya, le marché le plus grand et le plus important de Damas était attaqué par des frappes aériennes de l’armée française - un marché, non pas une installation militaire ! Les trous de balles sont encore bien visibles dans le toit du marché. Mais qu’est-ce que l’armée française a perdu en Syrie ou au Mali ? Qu’est-ce-que les armées d’Allemagne, des États-Unis et de l’Angleterre cherchent-elles en Irak, en Afghanistan ou ailleurs en dehors de leur frontières nationales ?

 

C’est exactement ceci, chers camarades, le noyau dur de l’impérialisme : l’agression ! Agression contre d’autres sociétés pacifiques. Si l’Allemagne défend les "valeurs allemandes" au Hindukush et attaque l’Afghanistan, elle enfreint alors le droit international. Si l’Angleterre alliée aux États-Unis détruit l’Irak, c’est une violation du droit international actuel. Si la France avec les autres assassins de l’OTAN attaque la Syrie, elle enfreint alors le droit des gens. Ce ne sont que trois exemples parmi d’innombrables, mais toutes les attaques ont une chose en commun : l’impérialisme ne connait pas le droit ni la loi, sauf la loi du plus fort.

 

Bien sûr, nous n’entendons cela dans aucun média impérialiste.

 

A l’exemple de la Syrie, nous voulons montrer en bref comment cette machine de propagande de fauteurs de guerre fonctionne :

 

Le gouvernement de Damas, le président et le parlement sont des institutions de l’état syrien élus démocratiquement. L’opinion publique ici en Occident est l’opinion publiée : en Syrie dirige un dictateur sanglant qui assassine son propre peuple avec des bombes à barriques, des gaz toxiques et qui sait encore quoi d’autre. L’État syrien est un échec, les institutions telles que les écoles, les hôpitaux, etc. ne fonctionneraient plus. C’est l’opinion pour ainsi dire unanime ici. Il y a plus ou moins exactement un an, des membres de notre alliance ont visité la Syrie. J’étais l’un des participants à cette délégation. Notre voyage nous a amené de Beyrouth à travers de la frontière syrienne jusqu’à Latakia, Homs, Le Hamas et Alep dont la partie orientale était encore occupée par les terroristes que nous n’avons pas pu visiter. D’Alep nous avons voyagé jusqu’à Damas puis retourné à Beyrouth. Un membre de notre délégation parle l’arabe. Pour nous, ce n’était donc pas un problème de communiquer avec les gens de toutes les couches sociales. Nous avons constaté des choses incroyables : nulle part dans les nombreuses étapes de notre voyage nous avons rencontré des gens qui voulaient renverser le gouvernement. Sporadiquement nous avons entendu des critiques, cependant personne n’avait un intérêt à un changement de gouvernement. Un enseignant dans une banlieue de Alep l’a formulé de cette façon : "Le président Assad n’est pas populaire auprès de nous, il est aimé". Nous avons visité des écoles, des hôpitaux et des stations militaires. Nous avons trouvé une infrastructure qui est exemplaire pour un pays ainsi attaqué. À Qara, un lieu entre Damas et Homs, nous avons été témoins de la manière dont des enseignantes et enseignants de toute la Syrie se réunissent et discutent les problèmes auxquels le Ministère de l’Éducation est confronté en temps de guerre.

 

Il y a beaucoup plus d’exemples, mais malheureusement nous manquons le temps pour entrer dans le détail de tous les efforts que le gouvernement entreprend pour maintenir la stabilité et ainsi atténuer les souffrances de la population. Le peuple syrien souffre sous les gangs armés et les armées étrangères opérant illégalement dans le pays. L’armée française aussi appartient à ces envahisseurs qui répandent toujours la terreur et les Syriens souffrent de l’embargo imposé par presque tous les pays occidentaux en violation de tout droit international.

 

Chers tous, nous vous encourageons à demander à vos gouvernements respectifs pourquoi ils imposent au peuple syrien un embargo. Nous l’avons fait chez nous et la réponse que nous avons obtenue était peu concluante, mais pour cette raison révélatrice : "L’embargo existe en raison de graves violations des droits de l’homme du gouvernement syrien contre son propre peuple ".

 

C’est évidemment sérieux et si cela était vrai, ce serait en fait une raison pour demander des comptes au gouvernement syrien.

 

Nous avons alors demandé où étaient les preuves de ces violations des droits de l’homme et on nous a renvoyés aux rapports de l’ONU. Ces rapports de l’ONU ont été rédigés par une mission d’enquête dont les membres sont en majorité hostiles à la Syrie : la Turquie, les États-Unis, la Suisse et d’autres. En outre, cette soi-disant mission de recherche de faits n’a pas mis un pied sur le territoire syrien, elle obtient ses informations des camps de réfugiés en Turquie, au Liban ou d’autres sources obscures de Skype. Pas un de ces rapports de l’ONU nous fournit des preuves. Il y a des allégations et des déclarations de réfugiés qui ne peuvent pas être vérifiées. A propos réfugiés : le plus grand mouvement de fuite en Syrie se passe encore à l’intérieur même de la Syrie. Cela signifie que les gens fuient des territoires contrôlés par les terroristes vers les territoires où l’armée syrienne a pris le dessus. Dans ces territoires, c’est calme ; là, une vie normale est possible. Grâce au soutien de la Russie, de l’Iran et des forces du Hezbollah, ces zones s’agrandissent et le jour où toute la Syrie sera libérée des terroristes approche.

 

Un rapport sur la Syrie ne serait pas complet sans mentionner la situation dans le nord de la Syrie, dans les soi-disants territoires kurdes. Malheureusement, même dans de larges franges de la gauche européenne, cette situation est évaluée de manière erronée. Il est question de « l’autodétermination », de "l’autonomie", du "projet révolutionnaire". Nous mettons vivement en garde contre un tel euphémisme ! Partout où l’on parle de révolution, il n’y a pas révolution en réalité.

 

Dans sa contribution "Sur la question juive"2, Marx critique les aspirations d’émancipation des Juifs européens comme bourgeoises, voire réactionnaires. Selon Marx, l’émancipation doit être l’émancipation de la société en tant que telle, l’émancipation d’une partie de la société, dans ce cas des Juifs, est rejetée comme réactionnaire. Il en est ainsi et pas autrement de la question kurde. En Syrie, celle-ci se pose avec de plus en plus d’acuité : actuellement, il existe huit bases militaires américaines dans les zones contrôlées par les Kurdes au Nord de la Syrie. L’argument selon lequel "les forces kurdes instrumentalisent les impérialistes" ne peut pas être pris au sérieux. L’impérialisme ne se laisse pas instrumentalisé, l’impérialisme instrumentalise. En plus : quand dans la longue histoire de la lutte des classes et des combats de libération, une victoire a-t-elle été remportée avec l’aide des impérialistes ?

 

Donc, alors que l’administration américaine sous Trump tient, avec tambours et trompettes, des propos incendiaires contre selon elle "l’immigration illégale" depuis le Mexique, les mêmes les États-Unis construisent, en violation de tout droit humanitaire et des gens, sur le sol de l’Etat syrien des bases militaires. Les démocraties très considérées de l’occident, y compris les états neutres, y compris la France sur le sol de laquelle nous célébrons cette fête, participent ou se taisent. Si en Europe, des Européens sont tués par des terroristes, alors nous devrions tous être touchés, tous être Charlie. Si cependant, la machine à guerre de l’OTAN tue des peuples entiers, alors nous devrions rester silencieux. Les enfants en Syrie, qui pendant leurs heures d’école sont assassinées par les frappes aériennes de la coalition dirigée par les États-Unis, méritent à peine une ligne dans la presse.

 

Encore une fois : Nous vous encourageons tous à vous informer de manière officielle auprès de vos gouvernements respectifs pourquoi ceux-ci attaquent la Syrie, pourquoi ils imposent à la Syrie un embargo, pourquoi ces crimes ont lieu. Ils ont lieu en votre nom ! S’il se passe ce qui s’est passé pour nous, si vous ne recevez aucune réponse crédible, alors la voie d’une large protestation reste ouverte.

 

Notre monde du futur sera un monde pacifique, juste et socialiste ou il n‘existera plus.

 

Les éléments constitutifs de notre avenir sont entre nos mains, nous ne pouvons ni voulons laisser l’avenir des peuples aux fauteurs de guerre impérialistes !

 

Par conséquent : Nous sommes responsables et nous avons non seulement le droit mais aussi le devoir d’agir !

La tentative de détruire la Syrie et de diviser les personnes après des critères racistes, religieux ou ethniques a échoué. Nous remercions les Syriens, l’armée syrienne et le gouvernement syrien de défendre la Syrie, ce bastion de l’humanité, contre la barbarie impérialiste. Ce faisant, ils défendent non seulement la Syrie, mais tous les êtres humains qui vivent et se battent pour ces valeurs ! Ensemble avec toutes ces personnes nous demandons : 


- Dissolution de l’OTAN ! 
- Cessez l’exportation d’armes ici ! 
- Liberté pour tous nos prisonniers politiques maintenant ! 
- A bas le sionisme, le racisme et l’impérialisme

 

Poser ces exigences et être actif et s’engager par tous les moyens à notre disposition pour leur réalisation, c’est la réalité révolutionnaire, c’est la politique révolutionnaire !

 

1) Discours devant le Reichstag allemand le 4 août 1914.


2) Karl Marx, Sur la question juive, MEW tome 1, pages 347-377, Dietz Berlin