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Hubert Wulfranc (maire de Saint-Etienne-du-Rouvray) : « Il faut faire confiance aux gens »

 

28 Juillet 2017
 
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Céline Bruet
 

|Hier j’écoutais un interview de Chassaigne, je lisais un texte d’Ortiz, tous disaient à quel point le mot communiste était beau, voici une interviex humaniste mais lucide, l’idéal mais aussi les pieds bien tanqués dans le sol qui dit et répète ce que le communisme représente sur le sol français. Pas question de changer de nom…

 

(note de danielle Bleitrach)


Publié 25/07/2017 21:17

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Un an après l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, l’ancien maire aujourd’hui député, Hubert Wulfranc, se sent « plus fort » (photo Stéphanie Péron)


« Soyons ensemble, les derniers à pleurer. »


C’est par cette phrase que des millions de Français ont découvert Hubert Wulfranc, il y a tout juste un an. Un petit bonhomme en t-shirt noir, avec une moustache d’Astérix et des yeux turquoise tremblants de larmes.


Ancien maire de Saint-Étienne-du-Rouvray, le militant communiste incarnait ce jour-là ce que l’humanité avait de plus vrai, après un acte qui la reniait totalement.

 

Élu député le 18 juin dernier, il revient sur cette année, qui, de la douleur, a fait naître espoir et dignité.

 

Comment vous sentez-vous, un an après ?

 

Hubert Wulfranc : « Plus fort. L’épreuve a été considérable mais la capacité de rebond des Stéphanais, l’est encore plus. Quand ça vous tombe dessus, en même temps que cette hébétude qui vous envahit, vous vous dites que, malgré tout, il est possible de continuer à vivre ensemble. Mais vous avez beau le penser, vous avez beau le clamer, ce n’est pas pour autant que la population, elle, suit. Et elle a suivi. Et elle a tenu. »

 

À quoi le voyez-vous ?

 

« Déjà, il n’y a pas eu de heurts. C’était une vraie crainte, dans mes tripes, au cours des 48 heures qui ont suivi. Ensuite, je le remarque au quotidien dans les gestes, dans les paroles, que les Stéphanais échangent entre eux. Enfin, je l’ai vu dans les urnes ! »

 

Justement, avez-vous conscience que cette émotion que vous avez dégagée le jour même, immortalisée par cette photo avec François Hollande, vous a conféré une popularité et une aura, qui ont pu être décisives dans votre victoire aux législatives sur la troisième circonscription ?

 

« On ne peut pas négliger que, dans la tête des électeurs, cette séquence a pu les interroger sur leur choix. Mais je pense que ce qui s’est passé dans les urnes est indépendant de ça. Les électeurs ont leurs convictions : on ne se vend pas pour une émotion ! Les gens se sont peut-être dits : il a fait ce qu’il fallait. Point. Mais ils ne tombent pas dans le culte de la personnalité pour autant. À Saint-Étienne-du-Rouvray, on ne dresse pas des statues ! »

 

Est-ce que ce drame a changé votre façon de considérer l’action publique ?

 

« Non… Très vite, je suis retombé dans le quotidien, les gens sont venus en mairie pour leurs affaires courantes. On n’a pas laissé tomber les luttes : le Contournement Est, les baisses des dotations aux communes… On se pose plus de questions, mais on continue. Ce que ça a changé, c’est que les services de l’État sont plus attentifs. Avant, on était reconnu comme une commune sérieuse, maintenant, en plus, on nous fait comprendre, schématiquement : ‘‘on sait par quoi vous êtes passés, si jamais vous avez besoin de quelque chose, il ne faut pas hésiter’’… Ce n’est pas pour autant que les millions tombent ! »

 

« Ce n’est pas seul au pied de sa télé qu’on résiste, mais dehors, ensemble »

 

Les commémorations arrivent et semblent, médiatiquement, faire moins de bruit que celles de Nice, du Bataclan, de Charlie… Comme si on s’habituait à l’horreur…

 

« J’ai eu cette discussion, un mois après, lors d’une réunion au siège du parti. Pierre Laurent [secrétaire national du Parti communiste NDLR] me faisait remarquer qu’après [les attentats de] Charlie, la population était instantanément descendue dans la rue, et pour le Bataclan, rien. La normalisation rampante est une insulte à la volonté d’être debout. Quand il arrive un truc comme ça, il faut réagir sans coup férir, parce que sinon, on tombe dans la torpeur. C’est pour ça que je tenais à faire ce rassemblement au stade Youri-Gagarine dans la foulée [le 28 juillet NDLR], et 4 500 personnes sont venues ! Ce n’est pas seul au pied de sa télé qu’on résiste, mais dehors, tous ensemble. »

 

Depuis l’attentat, vous avez beaucoup échangé avec Mgr Lebrun alors que l’on vous sait peu porté sur la religion…

 

« Oui, nous avons pu mesurer que des champs de dialogue, de réflexion, d’action s’étaient ouverts. J’ai découvert des sources, des références, des attaches culturelles en commun. Cela m’a peut-être, au fond, rendu un peu moins sectaire ! Mais ce n’est pas parce que des champs de convergence, sur une base humaniste, se sont révélés avec des partenaires religieux, que je vais baisser la garde sur la question de la laïcité. Cela reste pour moi un principe fondamental. »

 

Maintenant que vous êtes député, comment allez-vous porter, au niveau national, ce qui s’est passé dans votre commune pour que cela ne se reproduise jamais ?

 

« Il va y avoir, à la rentrée, un débat à l’Assemblée nationale sur le terrorisme. Ce serait une grave erreur, voire une faute, de ne pas mettre au cœur de ce débat deux enjeux pour moi importants. D’une part, la santé mentale. Je l’ai dit à François Hollande l’an dernier, notre population est malade dans sa tête. Il y a une part des habitants qui manifeste des troubles psychologiques et qui ne trouve pas de réponse. Et même des enfants, je l’ai vu cette année ! Après l’attentat, on a dû prendre une enveloppe sur le budget de la Politique de la Ville pour payer un cabinet libéral pour recevoir les enfants en consultation, car il n’y avait pas de place au CMP (Centre médico-psychologique) ! Ce n’est pas normal que des enfants attendent neuf mois pour avoir un rendez-vous en pédopsy, il est impensable de ne pas leur offrir le soutien social et sanitaire dont ils ont besoin. Le deuxième axe majeur – et ça peut paraître un peu tarte à la crème – c’est l’éducation. Il faut mettre le paquet sur les connaissances des civilisations, c’est fondamental. Car ce qui ne se débat pas à l’école, se débat dans les quartiers, et dans de mauvaises conditions. »

 

Le projet de loi antiterroriste vise surtout à faire rentrer l’état d’urgence dans le droit commun. Qu’en pensez-vous ?

 

« Je n’en vois pas la plus value. Nous étions en état d’urgence avant [l’attentat], nous l’avons été après… Le territoire a été géré sereinement, intelligemment, par les citoyens eux-mêmes. Il faut faire confiance aux gens et en leur capacité de faire les bons choix. »


Êtes-vous fier des Stéphanais aujourd’hui ?


« C’est difficile d’utiliser ce mot pour moi, dans ce contexte… Je dirais plutôt que j’ai le plus profond respect pour la population stéphanaise et pour sa dignité. »

 

PROPOS RECUEILLIS PAR CÉLINE BRUET