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Situation aux sorties des urnes

 

J'ai trouvé dans la presses et sur des blogs amis quelques éléments d'appréciation de la situation issue des urnes qui elle-même est le résultat de la puissante lutte de classe masqué qui se livre dans la superstructure pour donner les moyens indispensables au capital de conserver  son hégémonie sur le monde tout en maintenant son taux de profit dans le contexte qu'il appelle mondialisation. 

 

Macron n'arrive pas par hasard dans le paysage politico médiatique de ces dernières années. Il n'est pas non plus le jeune héros que l'on nous présente, mu par un destin favorable et fulgurant arraché par la force de son savoir et de qualité d'exception. Son élection a la présidence à été soigneusement préparé. Elle annonce une nouvelle phase des luttes de classe qu'il va nous falloir comprendre pour ne pas en être les victimes médusées. Car il y a bien dans "ce nouveau cours" auto célébré  quelque chose de cette figure qui s'impose, avec ses formes de fascinations obligatoires et généralisées pour nous empêcher de réagir et de nous organiser contre lui .  

 

Je trouve particulièrement intéressant l'article que Danièle Bleitrach a publié sur  histoire et société  concernant le livre de Michael- Scott Christofferson " les intellectuels contre la gauche" publié par les éditions agone repris d'un numéro de la revue les cahiers d' histoires. Nous pouvons a sa lecture d'avantage comprendre la mise en forme d'une contre révolution qui s'est établie par cycle et dont les instrument ont été l'anti autoritarisme des mouvement libertaire, le vedettariat de quelques figures intellectuelles de circonstances et l'arrivée de la gauche miterrandienne au pouvoir. cette analyse conjuguée a celle que nous donne les Pinçon-charlot nous permet de comprendre l'imposture idéologique et l'origine de ses commanditaires " cette classe sociale puissante et organisée" qui sait défendre ses intérêts. suvent deux autres article l'un sur le monde et sa manière de macroniser l'information signé par henri maller et l'autre sur le présidentialisme, ses origines prises aux sources du bonapartisme.

Gilbert Rémond 


Monique Pinçon-Charlot : « Nous sommes face à une classe sociale puissante et mobilisée pour défendre ses intérêts »

 

Par Noé Roland le 12 mai 2017

 

Avec près de trente ans de travaux sur la grande bourgeoisie au compteur, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon sont des références en la matière. Mœurs, éducation, stratégies de préservation des privilèges… Les riches n’ont plus de secrets pour eux ! Après leur départ du CNRS en 2007, les sociologues passent des sciences humaines au militantisme. Ils présentent d’ailleurs cette année leur candidature aux législatives dans les Hauts-de-Seine. À l’occasion de la sortie de leur dernier livre « Les prédateurs au pouvoir » (éditions Textuel), Le Comptoir a contacté Monique Pinçon-Charlot qui a aimablement répondu à ses questions. Élections présidentielles 2017, guerre des classes et reconstitution de la gauche radicale sont au menu de cet entretien.

 

Le Comptoir : Dans votre dernier livre, Les prédateurs au pouvoir, vous attaquez la « pensée unique », expression peu claire car elle est utilisée par tout le monde d’Acrimed au FN. Comment définiriez-vous cette « pensée unique » ?

 

Monique Pinçon-Charlot : Aujourd’hui, selon la perception de l’oligarchie, les partis sont morts et il n’y a plus de gauche ni de droite. Quand on emploie l’expression « pensée unique », on vise bien le fait que la pensée néo-libérale est devenue une seconde nature. Elle est devenue le réel, quelque chose qu’on ne peut pas remettre en question. Le néolibéralisme peut être amélioré, amendé pour être encore plus violent, mais il ne peut pas être critiqué. On est bien dans un totalitarisme oligarchique et qui me fait toujours penser au roman 1984 d’Orwell, avec Big Brother à la tête d’un parti unique.

 

Lors de l’entre-deux-tours des présidentielles 2017, n’a t-on pas assisté à la démonstration de l’existence de cette pensée unique, avec l’injonction à voter Macron pour faire barrage au FN ? Sommes-nous dans ce que Emmanuel Todd appelait un « flash totalitaire » après les attentats de Charlie Hebdo ?

 

Je suis assez d’accord avec la formule. J’y adhère d’autant plus que le Front national est un parti qui, après sa création, a été renforcé et mis en scène par les socialistes : c’est le cas depuis 1983, au moment où la pensée unique a commencé à se constituer dans le sillage du renoncement du Parti socialiste, avec le tournant de la rigueur. À partir de ce moment-là, Mitterrand a fait des démarches personnelles auprès des grands médias pour que Jean-Marie Le Pen ait son rond de serviette sur les plateaux télévisés. Il y a ensuite eu l’introduction de la proportionnelle intégrale aux législatives de 1986, qui a permis l’entrée de 36 députés FN à l’Assemblée nationale. Ces manœuvres politiques n’ont cessé de se poursuivre, avec pour objectif une instrumentalisation du Front national pour permettre au néo-libéralisme de rebondir. En 2002 s’est constitué un front républicain pour le second tour des élections présidentielles, front qui s’est aujourd’hui transfiguré en la personne d’Emmanuel Macron. Macron est l’emblème de l’oligarchie : il n’y a plus ni droite ni gauche, ni privé ni public, ni rive droite, ni rive gauche. Dès sa qualification pour le second tour, il est parti fêter sa victoire à la Rotonde et a été très peu adroit. Gauche libérale et droite se sont unies, et l’extrême-droite leur est bien utile.

 

L’oligarchie dont vous parlez n’est-elle pas menacée par le retour en force dans les urnes d’une gauche plus radicale réunie autour de Jean-Luc Mélenchon ?

 

Ce qui s’est passé lors de ce premier tour est très important. J’ai été très contente de ce résultat auquel j’ai personnellement contribué, avec toutefois des bémols. Michel et moi nous avons fait de multiples rencontres qui nous poussent à penser que le rapport de force de la gauche radicale est actuellement énorme. Si Mélenchon avait joué le jeu de la dynamique du Front de gauche et accepté qu’on l’ouvre à d’autres forces, des associations ou des individus, au lieu de créer La France insoumise, faisant cavalier seul, nous aurions été présents au second tour. Je regrette beaucoup ce qui s’est passé et j’appréhende les législatives. Je dis ça en tant que citoyenne en colère et en tant que sociologue malheureuse. J’ai peur que la classe dominante ait un coup d’avance sur nous. Malgré ses contradictions, et alors qu’elle représente très peu de monde, elle la jouera collectif aux législatives, avec le traditionnel jeu pervers des fausses contradictions et des oppositions mises en scène. Le Front national sera son allié, car il risque maintenant de capter la critique sociale et de se l’approprier. En haut, on a donc le collectivisme et la solidarité de classe, très clairement. Quand Marine Le Pen, qui est présidente de groupe au Parlement européen, s’oppose à la création d’une commission d’enquête sur la fraude fiscale, elle démontre une solidarité de classe avec ses proches mouillés dans l’affaire des Panama Papers. Quand il s’agit de voter le secret des affaires, c’est l’ensemble des eurodéputés du FN qui mettent comme un seul homme un bulletin “pour” dans l’urne. Ce sont des indicateurs de cette solidarité oligarchique. Ce ne sont que deux exemples, mais il y en a beaucoup d’autres. Et en face ? On assiste à la guerre des petits chefs, et c’est catastrophique. Tous ensemble, nous aurions été au second tour. 

 

Vous dites que le rapport de force est favorable à la gauche radicale en France. Cela veut-il dire que les Français n’aiment pas les riches ?

 

Ce n’est pas une question d’aimer ou pas. La psychologisation du social n’entre pas en ligne de compte ici. C’est plutôt qu’on est dans une guerre, avec des prédateurs, très peu nombreux, mais très puissants. C’est la raison pour laquelle Michel et moi avons écrit notre dernier petit livre. On nous donne chaque jour en pâture des phénomènes de corruption, mais c’est encore bien trop gentil de parler de corruption. On masque derrière ce mot quelque chose qui relève de la prédation, du vol, d’une guerre contre les peuples, quelque chose qui fait système. Et face à cela, le peuple doit se défendre.

 

Vous dépeignez donc la grande bourgeoisie et les réseaux qui sont à son service comme des « prédateurs ». Cela veut-il dire que plus on est riche, plus on est misanthrope ? Les grands bourgeois se rêvent-ils encore comme la “race des meilleurs”, comme une aristocratie ?

 

Il existe dans notre pays une tradition qui remonte à la construction sociale de la noblesse. Ce qui est intéressant, c’est ce mythe du sang bleu. Les nobles l’étaient par le roi et leur peau devait être suffisamment blanche pour que leurs veines bleues soient visibles. Quelque part, on retrouve ici cette idée que l’excellence sociale doit passer par la race, par quelque chose qui a à voir avec une excellence corporelle, selon des critères précis. Après la Révolution, cette noblesse s’est transformée en bourgeoisie et en noblesse d’État. À son tour, cette bourgeoisie a constitué des dynasties familiales afin que les richesses et les privilèges demeurent toujours au sein des mêmes groupes de génération en génération. L’ordre de classes est ainsi reproduit.

 

Vous faites donc remonter la pensée d’extrême droite à l’Ancien Régime ?

 

Tout à fait. Dans notre petit livre Sociologie de la bourgeoisie, nous avions d’ailleurs consacré une page au Front national, dans laquelle nous relevions que de nombreux descendants de la noblesse d’Ancien Régime occupaient des postes de responsabilité du Front National.

 

Dans Les prédateurs au pouvoir, vous citez le pape François. Pensez-vous que le souverain pontife mérite le surnom de “pape décroissant” ?

 

Je ne sais pas si c’est une bonne façon de le nommer mais, à son arrivée, j’ai été saisie par sa façon de parler qui m’a semblé très en phase avec notre travail. J’ai été très surprise car je suis totalement athée. J’ai lu ses encycliques, et je trouve que c’est une personnalité tout à fait intéressante. En outre, son poste lui donne une place tellement importante au regard de l’humanité que je salue son travail et son courage.

 

« Peu nombreux mais très puissants, les prédateurs mènent une guerre contre les peuples. »

 

Vous mettez en garde contre les théories du complot. Que répondriez-vous à une personne qui vous reprocherait de vouloir construire une théorie du complot basée sur l’idée que les riches veulent détruire leurs semblables ?

 

Aujourd’hui, les oligarques que sont Macron, Fillon, Valls et les autres ont mis au point des mots-écrans qui empêchent de penser, comme “populisme”, “système” ou “théorie du complot”. On n’analyse plus la société en termes de rapports de classe, avec des actionnaires qui s’en mettent plein les poches et qui traitent les salariés et les chômeurs comme une variable d’ajustement. On va toujours vers le moins-disant social, on tape systématiquement sur les petits, qu’on considère comme des moins que rien qui ne méritent aucun égard. Si ça continue, bientôt, ça sera même zéro salaire ! Le peuple est clairement esclavagisé, déshumanisé à son insu. Bien entendu, on fait tout pour le lui cacher. Le Front national détient le discours ad hoc pour capter les voix des mécontents. Nous n’avons pas besoin de théorie du complot, puisque nos travaux sociologiques démontrent que nous sommes face à une classe puissante, mobilisée en tous lieux et à tout instant pour défendre ses intérêts. Cette classe sociale – au sens marxiste du terme – n’a même pas besoin de chef d’orchestre puisque chacun de ses membres défend les intérêts de sa classe.

 

 

 

Vous voulez dire que cela tient à l’éducation de la grande bourgeoisie ?

 

Exactement. Ce sont les rallyes pour les jeunes, les cercles pour les adultes, des instances informelles comme Bilderberg, des instances de coordination institutionnelle comme Davos… Nous sommes face à une classe sociale mobilisée qui ne complote pas mais qui défend ses intérêts. Il n’existe pas de trou noir ou de zone opaque. Tout ça est disponible sur Internet, dans les beaux quartiers. Il revient au peuple, aux intellectuels, aux journalistes et aux enseignants de faire le boulot ! En creusant, on se rend bien compte que tout cela est public, visible, mais tout le monde ne se lance pas dans cette “vigilance oligarchique”, comme on aime l’appeler. Au sein des classes populaires, on constate même une forme de timidité sociale extrême à s’en prendre aux puissants, une peur.

 

En 2016, vous avez donné une interview à L’Humanité dans laquelle vous racontiez qu’au moment de la sortie de votre livre Le président des riches, qui correspondait avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, vous avez été éjectés des réseaux grands-bourgeois qui vous avaient ouvert leurs portes. Que s’est-il passé à ce moment-là ?

 

Quand nous sommes partis à la retraite en 2007, nous n’avions plus de devoir de réserve puisque nous n’étions plus au CNRS. Nous avons alors ouvert notre travail d’investigation sociologique aux champs politiques et économiques. Avant, nous travaillions plutôt sur les mœurs et le patrimoine, avec des travaux sur les modes de vie, la chasse à courre, la transmission. Ce furent des sujets très importants à traiter, car c’est en passant par ce type de questionnement moins critique et clivant que nous avons pu comprendre petit à petit le fonctionnement de cette classe. Nous avons donc publié Le président des riches à la retraite, et ça a eu un effet impressionnant. Sous Sarkozy, nous étions dans la transversalité totale de l’oligarchie. On a vu comment s’écrivaient les lois, comment les choix économiques s’inscrivaient unilatéralement en direction des intérêts des plus riches. À partir de ce moment là, les portes des beaux quartiers se sont fermées et on a même eu un contrôle fiscal. Aujourd’hui, on travaille autrement, avec l’aide de salariés sous anonymat ou de lanceurs d’alerte.

 

Vous parlez des mœurs de la grande bourgeoisie. Ces derniers ne sont-ils pas en train d’être réhabilités par Emmanuel Macron, avec son projet de relancer les chasses présidentielles et de donner un rôle politique plus important à la première dame de France ?

 

Après Sarkozy, c’est un cran de plus qui va être franchi, assurément. Macron s’est présenté à une élection présidentielle sans jamais avoir été élu, quasiment en vertu du droit divin. Il gouvernera grâce aux ordonnances, au cynisme et aidé par la technocratie et la bureaucratie européennes. L’Union européenne s’est en effet construite à coup de normes, de directives, en ostracisant autant que faire se peut les référendums. Un président qui se dit ni de droite, ni de gauche et qui brouille les cartes entre privé et public, dans ce cadre là, ne peut qu’effectuer la synthèse des intérêts de l’oligarchie. Le fait qu’il soit arrivé en tête du premier tour et se montre maladroit et indécent sans s’excuser témoigne de son absence totale de culpabilité. Dans la tête de Macron, tout est parfaitement normal : arrivé au-dessus de tout, il a même le culot de déclarer que la suppression de l’ISF est une mesure de gauche !

 

« Le déficit est construit comme une arme pour asservir les peuples : il n’a pas pour vocation à être remboursé. »

 

C’est un fait incontestable : les riches n’aiment pas l’impôt. Par contre, ils adorent jouer les philanthropes, s’illustrer par des dons, se bâtir une légende dorée, comme Bernard Arnault le fait avec ses musées. Selon vous, ont-ils pour projet de remplacer les services publics dans leur mission culturelle ?

 

Ce n’est pas que les riches n’aiment pas l’impôt, ça va plus loin : ils le refusent. Ils refusent de contribuer aux solidarités nationales. En ne payant pas leurs impôts, ils provoquent un déficit de 80 milliards d’euros dans les caisses de Bercy. Si les riches payaient à la hauteur de leur fortune, il n’y aurait plus de déficit public. Il faut réaffirmer que le déficit n’est pas quelque chose de naturel qui aurait vocation à être remboursé par les peuples. Le déficit est construit comme une arme pour asservir les peuples : il n’a pas pour vocation à être remboursé.

 

Les riches ne sont pas solidaires, mais ils ont besoin, de temps en temps, de légitimer leur violence de classe avec des œuvres dites caritatives ou philanthropiques, du mécénat. Ce que de nombreux représentants du peuple ignorent, c’est qu’il s’agit encore une fois d’une arme supplémentaire qui permet de piocher dans les caisses de l’État, puisque le mécénat est défiscalisé à 66 %. La fondation Louis Vuitton, par exemple, a été payée en partie par l’argent du peuple français. Son propriétaire Bernard Arnault a de surcroît bénéficié de complicités de la mairie de Paris qui lui a permis d’installer sa fondation dans le bois de Boulogne, qui est un domaine public.

 

Les riches possèdent tout, on pourrait ainsi imaginer qu’ils sont heureux. Pour autant, ne peut-on pas les imaginer malheureux, à l’instar des personnages du roman Les visages pâles de Solange Bied-Charreton ? Les malheurs de la grande bourgeoisie, est-ce une piste d’étude que vous avez déjà arpentée ?

 

Les riches n’échappent pas aux drames et aux catastrophes humaines. Ils sont sujets aux accidents, aux maladies, ou encore au suicide. Cependant, notre approche de sociologues nous oblige à dire que la plupart des membres de ce groupe social sont parfaitement heureux. C’est très vite expliqué par le fait qu’ils naissent dans les beaux quartiers, jouissent d’une éducation spécifique, demeurent entre eux, avec le miroir de leurs semblables, sans jamais être confrontés à l’autre dissemblable, sauf éventuellement dans la situation du personnel domestique, qui renforce le sentiment de supériorité. Chaque individu de cette classe sociale vit dans un sentiment d’immunité psychologique : la culpabilité, la mauvaise conscience n’existent pas. En tant que classe, ils se sentent impunis : on l’a encore très bien vu avec François Fillon qui a maintenu sa candidature aux présidentielles malgré ses casseroles.

 

 

Leur vie est faite d’entre-soi, les riches rencontrent les conditions de la pratique pour épanouir leur habitus, leur condition de dominants. Ils ne connaissent pas la frustration, ni le travail de deuil. Disons que le système de dispositions qui leur est donné à la naissance les amène plutôt à s’épanouir, à pouvoir faire ce pour quoi ils ont été constitués. Sociologiquement parlant, ce sont des gens sans problèmes. D’ailleurs, jusqu’à notre livre Le président des riches, les retours sur notre travail de la part de la grande bourgeoisie étaient positifs. Ces personnes se rendaient compte que Pierre Bourdieu, qu’ils prenaient pour un affreux gauchiste, avait développé une théorie qui fonctionnait parfaitement sur leur classe. Ils ont apprécié nos premiers travaux en nous disant qu’ils correspondaient à la réalité. Ils ont reconnu que le système théorique de Pierre Bourdieu avait permis de théoriser leur sens pratique. Dans notre premier livre sorti en 1989, nous avions garanti l’anonymat à un certain nombre de personnes que nous avions côtoyé dans les beaux quartiers : nous avions remplacé leurs noms par des titres de noblesse de branches éteintes. Nous avons été appelé par un membre du Jockey Club qui nous a dit que notre livre était formidable mais nous a reproché de les avoir affublé, lui et ses amis, d’affreux patronymes. Ils validaient tout, jusqu’à la question de la ségrégation spatiale, mais ils voulaient voir apparaître dans le livre leurs patronymes familiaux, capital symbolique auquel ils tiennent !

 

Nos Desserts:

 

 

Pour les médias chez le Macron tout est bon, l’ode au libéralisme. Comment en sommes-nous arrivés là ?

16 Mai 2017

Comment la France politoco-médiatique en est-elle arrivée à cette exaltation du libéralisme?

 

Un orgasme généralisé paraît exploser sur les chaînes de télévision devant le Macron et comme chez le Macron tout est bon, nous avons son premier ministre qui bénéficie de cette folle exaltation médiatique. Il nous avait déjà produit une troupe de perdreaux de l’année qui ont fait leurs armes dans la COM, les starts up, les associations patronales et des collectivités locales, un déficit manifeste d’ouvriers et d’employés, un troupeau de moutons à lui seul chez Macron tout est bon, y compris le bonapartisme parlementaire. Étrange à quel point le « mouvement » par rapport au parti renforce la dépendance si besoin était, après l’épisode frondeurs, la parade clientélisme est là… voici le premier ministre. Proche de Juppé mais aussi cadre organisateur de l’UMP, maire du Havre. Le bon côté de l’affaire c’est la tête des militants Républicains de la Seine Maritime qui voient leur leader entre lard et cochon, mais chez le macron tout est bon. Mais le commun dénominateur de tous ces gens c’est le pantouflage et lui est un ancien directeur des Affaires publiques du groupe Areva, qui fournit l’industrie nucléaire française en relation avec la Françafrique (et énarque). Tu parles d’un nouveau, un homme dont on a l’impression qu’il est l’ultime rejeton des réseaux Foccart et des manœuvres pour passer du RPR gaulliste à l’UMP son contraire. L’attaque de la droite est déjà entamée et sous l’égide de l’UE et du patronat, il s’agit de démanteler sous prétexte de faire « jeune » ce qui reste du gaullisme. ce qu’on appelle le gaullisme c’est ce bref épisode où est applique le programme du CNR avec la présence des communistes, ce qu’on appelle l’Etat providence, la sécurité sociale et tout le reste… Ce qui reste de cet épisode c’est la volonté d’indépendance et celle qui va avec de planifier, de détenir les leviers de l’économie y compris par les nationalisations… le passage du RPR à l’UMP consacre sa fin et c’est cet homme qui en est la cheville ouvrière.

 

Le temps des Daniel Blake…

 

En attendant dans la liesse générale, on s’attaque aux retraités des couches moyennes, les vieux tous à l’asile des pauvres, les vieux c’est moche alors que le jeune est tellement à la mode qu’être vieux devient une insulte, un argument… dans le même temps où l’on supprime les remboursements ou les soins deviennent de plus en plus coûteux on augmente leurs impôts … Et on lève le poids des « charges sur les monopoles… Mais chez le Macron tout est bon, c’est l’ode au libéralisme la dénonciation de l’Etat totalitaire, de sa bureaucratie au coût prohibitif et l’exaltation de la bureaucratie du secteur privé, la fin de la fonction publique, la précarité et l’art de convaincre les ouvriers, les employés qu’ils ne sont bon à rien qu’à voter Le Pen ou s’abstenir faute d’un PCF. Mais chez le président Macron tout est bon, il ouvre les portes du pillage de l’Etat à une bande de petits notables locaux dont tout nous dit qu’ils viennent là pour leurs intérêts et de gros prédateurs issus du patronat plus ou moins directement.

 

Pendant ce temps-là des ouvriers désespérés à qui l’on répond que c’est la loi du marché et que rien ne doit l’entraver, qu’ils doivent « se former », menacent de faire sauter leur usine. Nous sommes déjà dans le film de Ken Loach : moi Daniel Blake…

 

 

Le pire c’est la situation de la gauche et du parti communiste

 

La situation est d’autant plus stupéfiante que cette « adhésion » quasiment contre nature s’est faite avec un quart des voix des Français et un nombre jamais connu d’abstentions de votes blancs et nuls, plus le vieux piège mitterrandien faire monter le FN dont les trois quart des français ne veulent pas pour assurer la victoire du dit quart.

 

Que dire sinon que ces gens s’entendent, mais que cette opération n’est pas un signe de santé mais bien le pourrissement de la démocratie telle que la conçoit la Ve République, l’UE et le capitalisme à son stade sénile… le seul problème je ne cesserai de le dire est l’état de la gauche, l’espèce d’exaltation parallèle d’un Jean-Luc Mélenchon et de ses « insoumis », son côté terminator des partis qui accompagne au nom de la modernité cet élan libéral, on a vu ça avec la Grèce, c’est à l’œuvre chez Podemos, ce n’est pas la première fois que le gauchisme précède le libéralisme… Je le dis sans la moindre haine pour Mélenchon ses insoumis, mais qui a vécu mai 68, son anticommunisme de gauche, sa dénonciation de l’Etat et sa volonté d’être sans entrave sait un peu ce que je veux dire. Oui Mélenchon, il ne le nie pas est l’héritier de Mitterrand et il faut mesurer le rôle joué par ce dernier. On ne peut pas reprocher à Mélenchon d’user de moyens modernes de communication, c’est un faux procès pour le comparer à Macron. Mais en revanche là où l’identification est réelle c’est dans l’idée d’un mouvement destructeur des partis qui de ce fait livre au moment électoral une masse de gens de bonne foi à un petit groupe qui se croit tout permis en matière de lutte des places. Les grandes erreurs de Mélenchon tiennent sans doute à cet entourage et au fait que ce type de leader est toujours prisonnier de l’air du temps. Ses grandes erreurs c’est d’avoir pris de haut les militants communistes, d’avoir prétendu trier entre eux, d’avoir lâché du lest en fin de campagne sur l’Europe et sur l’Amérique latine. Là la comparaison entre lui et Macron est en sa défaveur parce que Macron est solidement arrimé à une dimension de classe celle du capital et lui flotte dans les errances faute d’un arrimage dans la classe ouvrière et les couches populaires.

 

Retourner à l’histoire et ce qui a engendré la situation.

 


Ma cataracte opérable au début juillet, à notre retour de Russie, m’interdit de rester devant l’ordinateur, en revanche je peux lire. Je vous recommande un livre très intéressant Les intellectuels contre la gauche de Michaël Scott Chritofferson, paru chez Agone. Très édifiant non seulement sur le gauchisme qui introduit le libéralisme mais sur le rôle joué par les dirigeants communistes eux-mêmes.

 

En effet ce livre s’interroge sur la manière dont la France est passée de bastion intellectuel et politique de la résistance à l’américanisme et au libéralisme au pays le plus réactionnaire dans ce domaine, l’épisode Macron ne serait que le stade ultime de cette dérive. Le livre montre comment alors que tous les chercheurs en particulier anglo-saxons avaient abandonné dans le monde le concept de totalitarisme qui créait une fausse identité entre nazisme et union soviétique, la quasi totalité des chercheurs insistant sur la non identité même sous Staline, pourquoi la France qui avait été longtemps le lieu de la Résistance à la propagande antisoviétique a-t-elle été la proie de ces idéologues antitotalitaires, en fait anticommunistes ? Tout commence avec Furet et la révision du jacobinisme… Mais la France résiste au libéralisme, car cela fait partie de son histoire, de Colbert à Bonaparte, en passant par Jules Ferry et les radicaux puis les communistes, elle est étatiste et ses intellectuels ont des liens étroits avec les grands commis de l’Etat… Mais Michaël Scott Chritofferson nous montre comment ici (comme aux Etats-Unis où ce sont souvent des gauchistes tendance libertaire, voir trotskistes anti-Etat qui passent à la Révolution conservatrice, et on sait désormais avec l’ouverture des archives déclassifiées de la CIA à quel point l’affaire a été suivie par la CIA, encouragée y compris sur le plan financier.

 

« l’antitotalitarisme français répond à des considérations de stricte politique intérieure (i.e. la crainte de voir le PCF accéder au pouvoir avec le PS). Mitterrand essaie, depuis 1972, de maintenir un équilibre entre le PCF et les tentatives de recentrement du mouvement socialiste. Parallèlement, le champ intellectuel a dû faire face à la quasi-disparition du gauchisme au début des années 1970. Le courant antitotalitaire (au sein duquel la revue Esprit et le Nouvel Observateur jouent un rôle moteur) critique l’Union de la Gauche et tentent de faire avancer les idées réchappées du naufrage gauchiste (autogestion et démocratie directe principalement). Globalement, l’antitotalitarisme s’impose en antienne destinée à cadrer la gauche et à surveiller (sinon à détruire) l’alliance entre communistes et socialistes. Le livre de Jean-François Revel, La tentation totalitaire, paru en 1976, constitue le modèle caricatural de cette stratégie : souhaitant voir triompher la social-démocratie, il invalide toutes les autres solutions politiques. Le stalinisme serait, selon lui, déjà présent dans l’argumentaire politique du PS en raison de sa subordination au PCF.« (1)

 

L’épisode mitterrandien et l’après… à étudier en profondeur..

 

L’affaire se déroule donc en différentes étapes, empêcher que grâce à l’union de la gauche avec le poids du PCF les communistes parviennent au pouvoir. On sait que l’accord était en train de se conclure avec la vieille SFIO, c’est alors qu’il y a eu l’opération d’Epinay, la prise en main du vieux parti par Mitterrand et ses alliés « gauchistes du CERES, l’union se poursuit mais avec le but affirmé de Mitterrand de réduire le PCF et la promesse faite aux Etats-Unis de cet unique but, le passage au libéralisme, les fausses nationalisations qui transforment les fleurons de l’industrie fançaise en monopoles financiers de plus en plus imbriqués avec l’Europe et les Etats-Unis, les destructurations industrielles. Ce n’est pas n’importe quelle gauche qui avec Mitterrand est venue au pouvoir c’est celle que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui dans sa double dimension atlantiste, européenne, anticommuniste d’abord sous couvert d’antitotalitarisme, d’un côté Macron et de l’autre malheureusement Mélenchon, pas tellement lui qui a des liens avec la gauche sud-américaine et qui témoigne d’un certain courage au plan international mais son entourage et l’opération France insoumise…

 

Le PCF va lutter avec Marchais comme il le peut, puis avec la chute de l’URSS c’est la débâcle, et les dirigeants successifs du PCF vont avoir à cœur d’accompagner le mouvement antitotalitaire y compris par le refus des nationalisations, le reniement de leur passé. Le livre s’arrête en 1981, mais il est possible de poursuivre la démonstration et je crois que le prochain congrès devrait s’y atteler. Parce que si on assiste à une résistance, déjà travaillée de l’intérieur par tous les « refondateurs » et autres reconstructeurs, le passage à Robert Hue va être celui d’une débâcle.. Pas une organisation de base, proche des exploités et des gens modestes ne sera maintenue tout cela sur le thème d’une « participation citoyenne » et d’une « mutation » plus proche des « gens »… la logique du ralliement aux insoumis et à Macron est déjà là… les intellectuels qui seront flattés, qui auront leur présence dans l’humanité, voir dans les récents lundi seront ceux de la social démocratie, tous plus antitotalitaires que faire ce peut… Au point que ce que propose Melenchon apparait effectivement comme une tentative d’émancipation par rapport à cet alignement politique mais aussi idéologique.

 

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Ce qui explique cette propagande à prétention philosophique et en fait à seul usage politique interne, c’est tout simplement le fait que le Parti communiste va non seulement laisser faire mais à partir favoriser cette opération réactionnaire… Et quand l’on considère les trois derniers on se demande effectivement comment le PCF aurait pu résister à ces assauts de l’intérieur comme de l’extérieur…

 

Nous voici en proie aux macronades : ou comment un pays dont toutes les traditions mènent au jacobinisme se retrouve-t-il avec à sa tête un espèce de produit terminal d’une évolution qui a débuté avec les nouveaux philosophes et la mise en coupe réglée du service public par l’alternative droite et gauche qui finit par ne plus en être une. Et une PCF complètement décérébré.

 

C’est pour cela que je propose une rééducation généralisée des militants à commencer par la lecture de ce livre passionnant traduit de l’anglais et publié chez Agone. Il ne s’agit pas seulement du parti communiste qui est aujourd’hui proche du coma mais bien du présent français tel que l’histoire sur le long terme autant qu’immédiate l’engendre face aux méfaits du libéralisme et la manière dont il engendre les maux qu’il prétend guérir.

 

Danielle Bleitrach

 

(1) Michael-Scott Christofferson, Les intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981) par Jérome Lamy, les Cahiers d’histoire
https://chrhc.revues.org/2328


Le Monde d’Arnaud Leparmentier macronise la démocratie

 

par Henri Maler, lundi 15 mai 2017

 

Dans un article précédent – « Avant le premier tour, Le Monde n’aurait pas roulé pour Macron ? La complainte du médiateur » –, nous avions mis en évidence les contorsions du médiateur du Monde mobilisé pour nier l’évidence : Le Monde, comme c’est parfaitement son droit, a soutenu la candidature d’Emmanuel Macron. Liberté d’opinion, oui ! Tromperie sur la marchandise, non !

 

Emmanuel Macron est désormais Président de la République ! Personne ne songe à le contester. Mais de là à faire assaut de légitimisme, il y a plus qu’un pas : un fossé. Légitimisme ? C’est-à-dire le soutien inconditionnel au pouvoir en place au nom de sa légitimité électorale. Le Monde est un quotidien légitimiste : c’est parfaitement son droit. Mais il ne fait aucun doute que le légitimisme ne fait pas bon ménage avec le journalisme. Comme on va le voir…

 

Emmanuel Macron a été élu avec une majorité des suffrages exprimés : personne ne songe à le contester. Peut-on pour autant célébrer cette victoire électorale comme un « triomphe » que même Emmanuel Macron et ses partisans ne revendiquent pas ? Le Monde, plus enthousiaste que les plus enthousiastes, l’affiche à la « Une » du quotidien daté du 8 mai 2017

 

Un titre de parti-pris ? Pourquoi pas ? En vérité, un slogan de propagande post-électorale présenté comme une information. Mais que nul ne s’avise à mettre en doute, ou même à discuter cette prétendue information.

 

Arnaud Leparmentier vitupère

 

Françoise Degois, une journaliste qui, comme elle dit elle-même, fut « Conseillère spéciale de Ségolène Royal dans une autre vie » ose (en s’appuyant sur un sondage d’opinion sans doute discutable comme ils le sont tous) mettre en question les ressorts, forcément multiples (et parfois contradictoires), dont dépend le sens politique du vote en faveur d’Emmanuel Macron :

 

Aussitôt, un cerbère du Monde, en l’occurrence son directeur éditorial, aboie :

 

En guise de réponse, le journaliste sourcilleux a corrigé l’erreur d’attribution, mais c’est pour mieux montrer ses crocs. On vous les montre à nouveau :

 

Un mensonge, doublé d’une insulte, confortée par une bêtise : cela fait beaucoup en si peu de signes. Un mensonge : personne ne dénie la victoire électorale. Une insulte : quiconque s’interroge sur son sens n’est pas un « pseudo démocrate ». Et une bêtise : il faut être obtus comme un directeur éditorial du Monde pour affirmer que le peuple n’existe qu’à travers sa représentation électorale, ou feindre d’ignorer qu’un même candidat peut agréger des votes motivés par des logiques foncièrement différentes, voire opposées. Et ce n’est pas fini…

 

Nouveau tweet, nouvel aboiement contre un twitteur qui ose, lui aussi, mettre en question, non le résultat final, mais le sens du vote :

 

 

Et en guise d’apothéose démocratique, un tweet plus tard :

 

Une rage de « pseudo-démocrate », à n’en pas douter, qui prétend effacer des tablettes de l’histoire électorale, un résultat qui n’a pas eu ses faveurs. Légitimiste, jusqu’au bout, puisque, comme n’importe quel journaliste le sait, ce résultat a été effacé par le Traité de Lisbonne. Malheur à qui oserait prétendre que les vingt et quelque millions d’électeurs ayant glissé un bulletin Macron dans l’urne n’étaient pas tous convaincus par son projet européen qui, il est vrai, entérine le Traité.

 

Qu’un nouveau « tweetos » – un peu excédé, visiblement – avance un nouvel argument, et les jappements, toujours plus furieux, reprennent de plus belle. Vous contestez le tweet précédent d’Arnaud Leparmentier ? « Vous êtes totalitaire » : un émule d’Hitler et de Staline en quelque sorte ?

 

Le point Godwin [1] atteint en trois tweets ! Voilà qui en dit long sur la capacité du directeur éditorial du Monde à échanger des arguments rationnels et à affronter la contradiction …

 

Qu’Arnaud Leparmentier, en journaliste ouvertement dépendant, se rêve en partenaire d’Emmanuel Macron et se comporte comme un « fan » enamouré est pour moins troublant ! Peut-être espère-t-il que son zèle lui vaudra une séance photo avec le nouveau locataire de l’Elysée, pour que le cliché vienne compléter celui qui figure sur son compte twitter et sur lequel il s’exhibe (voir en annexe) en compagnie d’Angela Merkel

 

Quant à savoir si son acharnement outrancier de polémiste atrabilaire est conforme au rôle d’un des directeurs éditoriaux du Monde, nous laisserons au directeur du Monde, Jérôme Fénoglio, le soin de l’évaluer. Nous lui laissons le dernier mot.

 

L’éditorialiste du Monde surenchérit

 

Moins de deux jours après son accès de rage prétendument démocratique, le twitteur Leparmentier a été relayé par un rédacteur d’éditorial. S’agit-il du même personnage ? Nous l’ignorons. Le style a changé, mais pas le fond. Habituellement un éditorial du Monde est plus solennel qu’un sermon dominical. Solennel et souvent perfide, comme celui que Le Monde a mis en ligne le 10 mai 2017.

 

Son titre est suggestif : « L’étrange procès en légitimité fait à Emmanuel Macron ».Sa présentation prononce la sentence :« Le nouveau président serait un président minoritaire, en dépit des 66 % de suffrages qui se sont portés sur son nom. C’est un fort mauvais procès. » Sur quoi repose cette affirmation ? Sur, nous dit-on, ce « simple constat : à peine élu, voilà Emmanuel Macron récusé par certains. ». Qui est « certains » ? Nul ne le sait, mais on va le découvrir. Que disent-ils ? On l’ignore et ce ne serait pas le rôle des journalistes du Monde – rappelons que cette prose émane de journalistes ! – de le dire ! Que récusent les « certains » ? Emmanuel Macron, son élection ou son programme ? Peu importe à l’éditorialiste mondain qui, légitimiste, défend son idole d’un crime (imaginaire) de lèse-majesté.

 

En quoi consisterait donc l’audace des « certains » ? En une intolérable atteinte à la démocratie macronisée. Pensez-donc : Macron « n’a pas encore pris ses fonctions et voilà sa légitimité mise en doute ».

 

« Légitimité » : le mot est fort, mais le mot est flou. Le Monde, dans cet édito, n’entend rien d’autre que la régularité et le résultat du scrutin. C’est indiscutable : Macron a bien obtenu la majorité des suffrages exprimés... et, à ce que l’on sache, personne ne le conteste. Mais Le Monde « sait » visiblement bien des choses, quitte à les inventer.

 

C’est d’abord le fait même que certains critiquent les projets politiques macroniens qui semble insupportable au Monde : « L’on ne sait rien de son gouvernement, pas même s’il aura une majorité à l’Assemblée et voilà, déjà, ses projets condamnés. » À tort ou à raison pourtant, ses projets et non son élection, ont « déjà » été condamnés par « certains ». Ont-ils raison ? Ont-ils tort ? Cela se discute après l’élection comme avant – même si pour l’éditorialiste du Monde, cela ne semble guère discutable. « Les faits sont sacrés, dit-on, les commentaires sont libres ». Mais que valent des commentaires quand, comme la suite le confirme, ils reposent sur une falsification ?

 

Vient alors la mention des « certains » qui ont osé  : « Notamment par les procureurs de La France insoumise et les sans-culottes autoproclamés qui n’ont pas attendu 24 heures pour descendre dans la rue et décréter la “ guerre sociale”. » Les procureurs du Monde macronisé, en professionnels de la détestation politique et du mépris social, ont choisi leurs cibles. C’est leur droit, mais cela ne leur donne pas tous les droits, à commencer par celui de désinformer : de tailler sur mesure – à la mesure de leur démesure – les arguments de ses adversaires qui, voyez-vous, se borneraient à affirmer que Macron « serait un président minoritaire, en dépit des 66 % de suffrages qui se sont portés sur son nom ».

 

Et la machine à calculer du Monde qui sert de cerveau à l’éditorialiste anonyme établit ce que toutes les machines à calculer ont déjà établi : qu’Emmanuel Macron « n’a recueilli le soutien que de 43,6 % des électeurs inscrits ». Et Le Monde d’affirmer que c’est pour cela et seulement pour cela que l’élection de Macron serait contestée [2].

 

La sentence, impitoyable, s’abat alors sur les « certains » : « […] l’on ne saurait, sans danger, contester le principe même de l’élection : le président de la République est celui des candidats qui a obtenu la majorité des suffrages exprimés. » Peu importe si les « certains » dont il est question ne contestent pas « le principe même de l’élection » : s’interroger sur le sens des résultats serait un déni de démocratie !

 

« L’outrance pourrait prêter à sourire si cette intolérance ne témoignait d’un fâcheux déni des règles de la démocratie »  : c’est Le Monde qui l’affirme, fort de sa propre outrance, qui l’autorise à omettre que parmi les règles de la démocratie figure le droit de manifester et de s’opposer aux projets du président élu. Fâcheux déni, par Le Monde, des règles de la démocratie… et du journalisme.

 

Or c’est bien ce droit d’opposition que Le Monde, dont l’imaginaire argumentatif défie la plus élémentaire déontologie, conteste ou propose de différer : « Il sera bien temps pour ses adversaires de combattre Emmanuel Macron sur le terrain parlementaire ou social. Qu’ils lui accordent, dans l’immédiat, non pas un état de grâce, ni même un délai de grâce, mais tout simplement le temps de s’installer, de constituer son équipe et d’engager son action. Ce serait la moindre des corrections démocratiques. »

 

Garant autoproclamé de la correction démocratique, Le Monde macronisé a infligé à ses lecteurs, non une leçon de journalisme, mais un cours de maintien.

 

Henri Maler (avec Blaise Magnin)


 

Portrait-robot : on a épluché les profils de la « France LinkedIn » promue par Macron aux législatives

19 Mai 2017


Par Étienne Girard et Hadrien Mathoux

Publié le 19/05/2017 à 08:20

 

https://www.marianne.net/politique/portrait-robot-epluche-les-profils-de-la-france-linkedin-promue-par-macron-aux

 

Avec Macron, le renouvellement social attendra : aux législatives, En Marche a surtout investi des cadres sup’ et des entrepreneurs. Des « winners » de la vie professionnelle pour remplacer les pros de la politique, en somme…


Exit les professionnels de la politique, bienvenue… aux cadors de la vie professionnelle. Après moult rebondissements, une crise de François Bayrou et quelques sérieux ratés, la République en Marche (REM) a finalement publié ce mercredi 17 mai sa liste définitive des candidats aux élections législatives. Le listing de 521 noms, épluché par Marianne, répond incontestablement à la promesse de changement martelée par le nouveau chef de l’Etat. Celui qui clamait que « la politique ne doit plus être un métier », en octobre dernier à Strasbourg, pourra constater, satisfait, que 57% de ses représentants aux prochaines élections n’ont jamais détenu de mandat électoral. Pour beaucoup, comme le pilote de ligne Julien Lemaitte dans le Nord, la rhumatologue Stéphanie Rist dans le Loiret ou l’ingénieure nucléaire Claire Pitollat dans les Bouches-du-Rhône, il s’agit même du premier engagement militant. La parité est aussi parfaitement respectée : 261 hommes et 260 femmes. Quant aux collaborateurs politiques, les fameux « apparatchiks » pourfendus par le chef de l’Etat, ils ne sont plus que onze. Une paille. Pour autant, il n’est pas évident que ce casting corresponde à un véritable renouvellement.

 

90% de CSP+ et de chefs d’entreprise

 

En effet, si les noms changent, l’endogamie sociale demeure. On dénombre bien un chômeur, en la personne de Jean-Pierre Morali, investi dans les Ardennes, trois infirmières, un assistant juridique, un fonctionnaire au service de l’état-civil, un gardien de la paix ou un sapeur-pompier parmi les représentants d’Emmanuel Macron dans les territoires, mais cela paraît bien peu face aux 67 cadres supérieurs cooptés par Richard Ferrand et les siens.

 

Parmi les 298 candidats sélectionnés par la REM qui appartiennent à la société civile, 75% représentent les couches intellectuelles supérieures, les fameux CSP+. Quand on ajoute les chefs d’entreprise, on atteint même 90% des investis de Macron, quand les deux catégories ne représentent respectivement que 9,5% et 3,5% des actifs français, selon l’Insee. C’est encore davantage que dans l’Assemblée nationale sortante, qui comptait 68,5% de cadres supérieurs et 6,2% d’entrepreneurs (selon leur profession d’origine).

 

Regarder trop longtemps les CV des impétrants laisse même la drôle d’impression d’avoir consulté le tableau d’honneur d’une jeune multinationale en pleine expansion. Dans la « dream team » macroniste, on retrouve pas moins de 67 cadres d’entreprise, comme Amélie de Montchalin, responsable de la prospective chez Axa, dans l’Essonne, ou Philippe Latombe, responsable du contentieux au Crédit Agricole Vendée. 43 d’entre eux sont entrepreneurs, tel David Simmonet, PDG du groupe chimique Axyntis, dans le Loiret ou Adrien Taquet, fondateur de l’agence publicitaire Jésus et Gabriel, dans les Hauts-de-Seine.

 

Par ailleurs, si on compte, sans surprise, un nombre respectable d’avocats, de médecins et de hauts-fonctionnaires, trois professions, symboles du monde ouvert porté par Emmanuel Macron, émergent : les lobbyistes (17), comme Guillaume Chiche, directeur des relations institutionnelles de Sogaris, le géant du BTP francilien, candidat dans les Deux-Sèvres, les consultants (16), comme Véronique Riotton, « coach de dirigeants », présente en Haute-Savoie, et les communicants (12), telle Marie-Agnès Staricky, chargée de communication pour la Fédération française des Assurances, candidate dans les Hautes-Pyrénées.

 

90% des REM inscrits sur LinkedIn

 

Dans cette France LinkedIn, du nom du réseau social professionnel prisé par plus de 90% (!) des candidats En Marche estampillés société civile, la maîtrise du vocabulaire anglo-saxon, ou plutôt du franglais standardisé du monde de l’entreprise, est de rigueur. Frédérique Lardet (Savoie) occupait jusqu’à très récemment le poste de vice présidente « food et beverage » dans le groupe Accor, quand Gaëlle Marseau, candidate dans le Val-de-Marne, officie en tant que « revenue manager » dans le groupe Ibis. Quant à Didier Baichère (Yvelines), ne l’appelez pas DRH : il est VP human resources chez Akka Technologies. Et puisqu’être un simple coach en entreprise est devenu un peu banal, certains vont encore plus loin dans la “disruption” : Jean-François Cesarini (Vaucluse) est ainsi “coach de dirigeants, managers et chefs de projet ». Un beau CV pour devenir député d’une République de winners.

 

> Avril 2017, page 27


Histoire

Aux origines du présidentialisme

 

Fondé sur l’élection directe du chef de l’État, le régime présidentiel français découle d’une révision constitutionnelle adoptée par référendum le 28 octobre 1962. De tradition bonapartiste, le général de Gaulle choisit de revenir à un mode de désignation qui, dès sa naissance en 1848, avait posé le problème du respect de la souveraineté populaire par le pouvoir exécutif.

 

par Sylvie Aprile 

Aux origines du présidentialisme

 

 

Reproduction de cartes à jouer républicaines de l’époque de la révolution de 1848

 

Musée de la ville de Paris, Musée Carnavalet, Paris / Archives Charmet / Bridgeman Images

 

Plusieurs candidats à l’élection française dénoncent la « monarchie présidentielle » et font campagne pour une profonde transformation des institutions, voire pour l’instauration d’une VIe République. Celui de La France insoumise, M. Jean-Luc Mélenchon, s’engage même, s’il est élu, à être « le dernier président de la Ve République ». En prônant la mise en place d’une Assemblée constituante, ce mouvement entend redonner du pouvoir au peuple en suivant les pas des révolutionnaires de la IIe République.

 

En février 1848, une révolution met fin à la monarchie de Juillet, usée par les scandales et par des pratiques de plus en plus autoritaires. Le gouvernement provisoire veut organiser au plus vite des élections afin de désigner une Assemblée constituante, chargée d’établir les nouvelles règles politiques. Aussitôt, des voix s’élèvent pour dénoncer un processus prématuré et dangereux. Selon le républicain François-Vincent Raspail ou le socialiste Louis Blanc, le peuple ne serait pas prêt : il faudrait l’éduquer avant de lui confier cette responsabilité, arguent-ils, et les mesures sociales doivent précéder les préoccupations politiques. Le 23 avril 1848, une Assemblée est néanmoins élue. Elle compte plus de huit cents membres, dont trois cents anciens représentants monarchistes, « républicains du lendemain ».

 

La Constitution est préparée en deux temps, au printemps et à l’automne. En mai et juin, le travail est délégué à un « comité de Constitution », composé de dix-huit parlementaires élus après une semaine d’âpres débats. Aux côtés du socialiste Victor Considérant, on retrouve les orléanistes (1) Odilon Barrot et Jules Dufaure, ou encore le conservateur Alexis de Tocqueville. Les postes de président et de rapporteur sont occupés par les républicains modérés Louis-Marie de Lahaye de Cormenin et Armand Marrast. Dès la fin de mai, un projet est envoyé devant les commissions de l’Assemblée, mais les débats ne commencent qu’après les « journées de juin », qui voient s’affronter autour de la fermeture des Ateliers nationaux deux visions de la république : celle d’un régime représentatif et celle d’une « vraie république », démocratique et sociale.

 

L’idée d’élaborer une nouvelle Constitution ne va pas de soi. Les socialistes et les républicains les plus radicaux souhaitent plutôt mettre en place la Constitution de 1793, ou reprendre des projets préparés dans les années 1830-1840. Le texte de 1793, jamais appliqué (dans l’attente de la paix), prévoit pour la première fois le suffrage universel (masculin) et une démocratie semi-directe, avec une concentration des pouvoirs au profit de l’Assemblée et la possibilité pour le peuple de proposer directement des candidats au conseil exécutif ou de se prononcer sur toutes les lois. Les députés, élus par les « assemblées primaires », sont simplement considérés comme des mandataires, pour une période limitée à un an. Quant aux projets établis sous la monarchie de Juillet, ils visent avant tout à poser des limites à l’exécutif, en trouvant les moyens de le contraindre à reconnaître la souveraineté du peuple et à accepter les réformes sociales nécessaires. La priorité alors accordée au social est telle que, en 1832, dans le programme de la Société des amis du peuple, François-Vincent Raspail ne consacre que quelques lignes à la question du pouvoir exécutif : celui-ci est d’une certaine façon « concédé », mais aussi révocable, non héréditaire et discontinu dans le temps.

 

L’examen article par article de la Constitution de 1848 se déroule du 4 septembre au 27 octobre. Deux sujets retiennent particulièrement l’attention : la reconnaissance du droit au travail et le monocaméralisme. Le droit au travail apparaît à la fois comme la réalisation de la promesse faite par la République aux ouvriers qui se sont battus contre la monarchie et comme le moyen de résoudre la question sociale. Le libéral Joseph Alcock ne craint pas de parler le 5 septembre d’une « loi de haine, de colère, d’envie et de vengeance ». Son collègue Prosper Duvergier de Hauranne évoque « une voie qui (...) conduit à la destruction de la société ». Proclamée le 25 février par le gouvernement provisoire, cette disposition est considérée par les républicains et les socialistes comme la spécificité de la nouvelle république, selon la formule d’Alexandre Ledru-Rollin : « On a dit : le droit au travail, c’est le socialisme. Je réponds : non, le droit au travail, c’est la République appliquée. »

 

L’idée d’une chambre unique reprend quant à elle la tradition des Constitutions de 1791 et 1793, en refusant l’existence d’une seconde chambre qui rappellerait la Chambre des pairs des monarchies censitaires ou le Conseil des Cinq Cents et le Conseil des Anciens, les deux assemblées législatives du Directoire. L’amendement préconisant deux chambres est rejeté par 530 voix contre 289. Le mandat des députés est fixé à trois ans.

 

Le projet du comité de Constitution place à côté de cette assemblée unique un président élu au suffrage universel direct. Pour justifier ce choix, le modèle américain est convoqué : il montrerait qu’un tel système fonctionne et évite les problèmes inhérents à la collégialité telle qu’elle fut incarnée par le Directoire. Il s’agit également d’équilibrer les pouvoirs. À l’unicité de l’Assemblée répond l’unicité de l’exécutif. Seuls deux membres du comité ont plaidé pour un système mixte, où l’Assemblée présélectionnerait cinq candidats.

 

Élu dans cinq départements, Louis-Napoléon Bonaparte triomphe lors des élections complémentaires du 17 septembre. Ce succès renforce les craintes des constituants qui, comme le député de gauche Félix Pyat, y voient une royauté déguisée. Jules Grévy, député républicain du Jura, prévient solennellement l’Assemblée par un amendement resté célèbre : « Je dis que le seul fait de l’élection populaire donnera au président une force excessive. Oubliez-vous que ce sont les élections de l’an X qui ont donné à Bonaparte la force de relever le trône et de s’y asseoir ? Voilà le pouvoir que vous élevez ! Et vous dites que vous voulez fonder une république démocratique ! Un semblable pouvoir conféré à un seul, quelque nom qu’on lui donne, roi ou président, est un pouvoir monarchique ; celui que vous élevez est plus considérable que celui que vous avez renversé. Il est vrai que ce pouvoir, au lieu d’être héréditaire, sera temporaire et électif ; mais il n’en sera que plus dangereux pour la liberté. »

 

Pour préserver la république de tels risques, les constituants ont mis en place des garde-fous : l’Assemblée dispose d’une force militaire dont elle fixe elle-même l’importance, et tout acte par lequel le président dissout l’Assemblée, suspend ses travaux ou fait obstacle à l’exercice de son mandat est un crime de haute trahison, qui entraîne sa déchéance. En outre, la Constitution interdit la rééligibilité immédiate du président sortant, ne l’admettant qu’au bout de quatre ans.

 

Jules Grévy souligne encore les limites de cette précaution : suffira-t-elle à contrer l’ambition d’un homme qui souhaiterait rester au pouvoir et ferait pendant son mandat des promesses au peuple qu’il monnaierait contre le renversement de la république ? Ses arguments ne sont pas retenus. Le danger représenté par la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte paraît encore peu plausible, même si certains l’identifient clairement. C’est le cas du député républicain modéré Antony Thouret, élu du Nord, qui propose d’étendre aux Bonaparte l’inéligibilité touchant déjà les membres des autres familles ayant régné sur la France. Mais son amendement est rejeté, et l’Assemblée décide, par 627 voix contre 130, l’élection du président de la République au suffrage universel.

 

À aucun moment il n’est fait mention des limites de ce suffrage « universel » qui exclut les femmes. Le 4 novembre, la Constitution est adoptée. « En présence de Dieu et au nom du Peuple français », proclame son préambule, tandis que l’article IV dispose que la République « a pour principe la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Elle a pour base la Famille, le Travail, la Propriété, l’Ordre public ». On est déjà loin de la république démocratique et sociale rêvée par les ouvriers au printemps 1848. Les « journées de juin » ont consacré l’écrasement des révolutionnaires par la troupe.

 

Le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte est élu par 5 434 226 voix. Son plus proche rival, Eugène Cavaignac, n’en recueille que 1 448 107, et le candidat socialiste François-Vincent Raspail seulement 37 000. Si le nouveau président incarne la continuité de la légende napoléonienne, il apparaît également comme un homme neuf, qui n’appartient à aucun parti. Auteur d’une brochure teintée de socialisme utopique (De l’extinction du paupérisme, 1844), ce candidat « attrape-tout » séduit une partie de l’électorat de gauche. Défenseur de l’ordre, de la famille, de la religion, de la propriété, il bénéficie du soutien de la droite monarchiste, du « comité de la rue de Poitiers ». Adolphe Thiers, l’un de ses éminents représentants, est persuadé qu’il sera aisé de le manipuler. « C’est un crétin que l’on mènera », aurait-il déclaré.

 

La question de l’échéance de 1852 devient cruciale en 1851, année préélectorale singulière : il n’y a pas de candidats déclarés, si ce n’est le président sortant, qui ne peut se représenter. Les autres prétendants sont hostiles à la république, comme le général monarchiste Nicolas Changarnier, ou discrédités, comme Cavaignac, l’homme de la répression de juin 1848, candidat malheureux en décembre 1848. Bien peu sont ceux qui attendent de ce scrutin un résultat positif. Déjà peu convaincus de la nécessité d’un exécutif unique, voire par le suffrage universel, certains républicains prônent toujours l’adoption d’autres formes de gouvernement, plus proches d’une démocratie directe. Victor Considérant déclare que « la solution, c’est le gouvernement du peuple par lui-même » ; Ledru-Rollin se prononce pour un retour à la Constitution de 1793 et la suppression de la fonction présidentielle.

 

L’élection de mai 1852 n’aura finalement pas lieu. Louis-Napoléon Bonaparte raye cette échéance par le coup d’État du 2 décembre 1851. La répression parisienne fait 400 morts ; 30 000 arrestations ont lieu en France ; l’état de siège est institué dans un tiers du pays. Louis-Napoléon décide cependant d’une élection présidentielle au suffrage universel, sous la forme d’un plébiscite organisé à peine quinze jours plus tard. Sept millions de Français disent « oui » à cet appel au peuple ; 640 737 courageux votent « non », surtout à Paris. Outre le climat de répression et de terreur, la fraude est patente. On compte tout de même un million et demi d’abstentionnistes. Bon nombre de républicains pensent comme George Sand que « sans tout cela » le peuple aurait voté de la même manière. La restauration de l’empire un an plus tard consacre le retour d’un monarque et achève de discréditer le principe de l’élection du président au suffrage universel pour... un siècle. Dans Napoléon le Petit, pamphlet écrit en exil, Victor Hugo se prend à imaginer que le deuxième dimanche de mai 1852 aurait pu être un dimanche calme « où le peuple serait venu voter, hier travailleur, aujourd’hui électeur, demain travailleur, toujours souverain ».

 

Sylvie Aprile

 

Professeure d’histoire contemporaine à l’université Lille-III. Auteure de La Révolution inachevée (1815-1870), Belin, Paris,