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La contradiction principale et la lutte de classe

 

, par  Xuan,

 

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La contradiction principale et la lutte de classe

 

Chers camarades, quelques réflexions et quelques critiques à partir des thèses de JC Delaunay sur la « contradiction principale » et sur la « stratégie du gauchisme ». 

J’en profite pour lui adresser mes fraternelles salutations. 

L’étude de Jean Claude a le mérite de partir des faits. Il a aussi le défaut de sa qualité, nous faire prendre de la hauteur par rapport à notre situation hexagonale.

 

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La crise de 2008 n’a pas mis fin au capitalisme

 

Lors de la crise de 2008, il est apparu que l’histoire n’était pas « finie » et que le capitalisme générait toujours des crises de plus en plus violentes. Mais nous avons tous plus ou moins interprété cela comme le signal d’une fin imminente. Des milliers d’ouvriers ont été jetés à la rue, des régions entières ont été dévastées. Cependant et bien que la crise ne soit pas résolue, le capitalisme n’a pas cédé la place au socialisme et poursuit son aventure. Il semble même que des « révolutions technologiques » puissent lui assurer encore une longue existence.

 

Même la Chine socialiste, qui devrait avoir quelque avance, n’envisage pas une fin prochaine de ce mode de production.

 

La référence à la Chine que Jean Claude connaît bien doit nous alerter sur un fait qui nous a peut-être échappé. La crise des pays développés n’a pas touché également ceux qui se développent. Et ce sont eux qui ont maintenu à flot les pays riches. Nous avons envisagé – et la quasi-totalité des économistes aussi – cette crise d’un point de vue unilatéral, occidental.

 

Nous vivons toujours une crise de surproduction, mais les pays émergents ont besoin eux de progresser rapidement, ils ont besoin des capitaux excédentaires ailleurs, et leur développement a probablement amorti un désastre mondial inédit.

 

Ces pays où ont été délocalisées les productions industrielles ont particulièrement souffert de la crise mondiale. Sans doute le terrorisme et les révolutions colorées ont-ils trouvé dans le désespoir des populations le terreau nécessaire à ces explosions de violence que les pays impérialistes ont eux-mêmes attisées et financées.

 

A propos de l’expression « capitalisme financier mondialisé »

 

Je fais ici une parenthèse sur le caractère mondialisé de la crise et sur le capitalisme financier mondialisé.

 

L’aspect mondial de la crise, du capitalisme, de la financiarisation, la mondialisation elle-même constituent un aspect. L’aspect national, spécifique à chaque type de pays constitue un autre aspect.

 

L’expression « finance mondialisée » employée à tour de bras, aussi bien par le FN que par les économistes atterrés, les insoumis, et par nous aussi, mériterait un examen critique. Qu’elle rappelle quelque part l’amer souvenir de la « finance cosmopolite et enjuivée » devrait nous alerter sur la paille dissimulée dans l’acier.

 

Elle devrait aussi nous rappeler aussi la thèse déjà centenaire du « super-impérialisme », que Lénine qualifiait dans ‘l’impérialisme stade suprême’ de « super niaiserie » : « Du point de vue purement économique, écrit Kautsky, il n’est pas impossible que le capitalisme traverse encore une nouvelle phase où la politique des cartels serait étendue à la politique extérieure, une phase d’ultra-impérialisme, c’est-à-dire de super-impérialisme, d’union et non de lutte des impérialismes du monde entier, une phase de la cessation des guerres en régime capitaliste, une phase d’exploitation en commun de l’univers par le capital financier uni à l’échelle internationale. »

 

”(Je précise que cette fusion des impérialismes en un seul ne peut être assimilée à la tentative de domination mondiale de Hitler, ni à l’hégémonisme US qui s’est imposée jusqu’à l’an dernier).

 

D’une part cette expression de capitalisme financier mondialisé correspond à une réalité. Comme Marx l’avait anticipé le capital financier domine le capital industriel et commercial comme jamais auparavant. Egalement les rapports de production capitalistes ont éliminé les rapports sociaux de production féodaux dans l’ensemble des économies. Ils existent aussi dans les pays socialistes comme une part des modes de production, et ils sont dominants dans la quasi-totalité des pays.

 

Mais d’autre part cette expression ne reflète qu’une partie de la réalité car cette « finance mondialisée » repose sur des contradictions insolubles : l’anarchie de la production capitaliste, le développement inégal, les rapports de domination impérialistes et la lutte des nations et des peuples contre l’impérialisme, les rivalités et les contradictions entre les impérialismes.

 

Il est donc faux de parler de « finance mondialisée » comme s’il s’agissait d’un monstre omnipotent et monolithique, Goldman Sach qui s’imposerait à nous de l’extérieur et notamment de l’étranger, tandis que l’impérialisme français n’en serait qu’une succursale, voire une pauvre victime, cherchant simplement à répandre les bienfaits de ses lumières républicaines parmi les populations abruties par l’obscurantisme.

 

C’est d’ailleurs ici que la vieille casserole fasciste de la finance cosmopolite et enjuivée retrouve une actualité : la finance mondialisée n’est pas française…elle s’impose à notre nation : exit BNP, Soc Gén et Axa, n’en parlons pas.

 

Nous devrions nous interroger sur l’arrière cour de ce concept finalement très chauvin, très réactionnaire, et de ses implications sur la représentation qui est faite des rapports internationaux impérialistes en Europe, y compris chez certains radicaux et insoumis. 

 

La « contradiction principale » et ses avatars


Je reviens au texte de Jean Claude sur la contradiction principale.

 

Il faudrait distinguer la contradiction principale dans le monde et la contradiction principale en France. On ne peut pas passer de l’une à l’autre indifféremment comme s’il s’agissait d’une seule et même chose.

 

Peut-on affirmer que la classe bourgeoise dans nos pays (et le mode de production capitaliste) joue un rôle identique à celle des pays émergents ? Cela signifierait que toutes ces classes bourgeoises soient impérialistes. Mais alors il n’y aurait plus d’anti impérialisme et l’impérialisme lui-même n’aurait plus de sens.

 

Prenons l’exemple symptomatique de la Syrie. On ne peut pas dire que la contradiction principale y oppose la classe bourgeoise et le prolétariat. La lutte entre la nation syrienne et le terrorisme cristallise l’opposition entre l’hégémonie des USA et de ses alliés d’une part, et les pays et les peuples du monde d’autre part. C’est bien cette contradiction, parvenue à un stade antagonique, qui est principale à l’échelle mondiale et qui a engendré tant de crimes, de massacres, de destructions irrémédiables, et de vagues d’émigration inégalées. La bataille d’Alep a marqué un tournant en 2016, et marqué la fin de l’hégémonisme US, quoiqu’il cherche encore à conserver son statut et que certaines puissances impérialistes conservent avec nostalgie leurs ambitions dans cette région. Mais n’anticipons pas sur le quinquennat de Macron.

 

Le terrorisme, la subversion, et la lutte contre eux sont des formes de l’impérialisme et de l’anti impérialisme. Les conflits sur les prix des marchandises, le développement économique, technologique et financier constituent aussi des formes nouvelles de la lutte contre l’impérialisme. Et beaucoup de progressistes qui en étaient restés à l’image du Che ou des vietcongs, ont interprété cette transformation comme une trahison, sans voir qu’un pays pauvre a besoin de se nourrir, de se vêtir, de se loger.

 

On voit ici que la contradiction principale à l’échelle mondiale et à celle de notre pays n’est pas une seule et même chose.

 

Au sujet de l’Europe, il faudrait considérer ses contradictions internes et externes. Celles qui l’opposent aux USA et aux pays pauvres, celles qui opposent les pays européens entre eux, et notamment le duo franco-allemand aux autres. Sinon on ne peut pas comprendre le problème du « plombier polonais » ou le prix des fraises espagnoles à 3 € de l’heure. On ne peut pas non plus réduire l’Europe à la « domination allemande » et ignorer comment les banques françaises ont viré Berlusconi par des mouvements de capitaux.

 

Mais dans tous les cas nous constatons que l’Europe est un nœud de contradictions. On ne les détaillera pas ici, retenons quand même que la France est un pays dominant et non opprimé dans ce cadre européen, comme le prétendent les souverainistes, Le Pen, Mélenchon, et occasionnellement des représentants de l’Etat, pour calmer la révolte des agriculteurs.

 

Prenons maintenant l’exemple de la Chine. En 1952 Mao Tsé toung écrivait dans une annotation « Après le renversement de la classe des propriétaires fonciers et de la bourgeoisie bureaucratique, la contradiction entre la classe ouvrière et la bourgeoisie nationale est devenue la contradiction principale en Chine ; il ne faut donc plus qualifier la bourgeoisie nationale de classe intermédiaire » [Œuvres choisies Tome V – la contradiction principale entre la classe ouvrière et la bourgeoisie est la contradiction principale en Chine – 6 juin 1952]. Il est certain que la révolution culturelle a largement exploité cette appréciation. Mais après la rectification de Teng Siao ping et le bilan fait par le PCC en 1981 (un très important bilan portant sur 28 ans de guerre populaire et sur 32 ans de socialisme), la contradiction principale a été définie comme celle opposant les nouveaux rapports sociaux de production (propriété publique dominante des moyens de production, propriété coopérative, propriété capitaliste et mixte) et le faible développement des forces productives.

 

Ce dernier point de vue reste dominant pour le PCC bien que le débat se poursuive toujours.

 

Peut-on dire qu’en France les rapports sociaux de production soient en avance par rapport aux forces productives, ou bien qu’à l’inverse ces rapports sociaux de production constituent un frein ?

 

Le capitalisme français est-il au bout du rouleau ?


Jean Claude écrit :

« Le capitalisme n’a donc pas terminé son existence avec la crise profonde et durable des années 1970. Il a trouvé, dans la mondialisation capitaliste et dans les pays en développement qui en avaient les moyens, la chance d’un nouveau rebond ».

Nous avons vu plus haut que la crise de 2008 n’y avait pas mis fin non plus puisque le marché des émergents a fourni un exutoire à cette crise de surproduction.

 

Les pays en développement sont des pays en retard. Il est indispensable pour ces pays de parcourir en quelques décennies le chemin parcouru par les pays avancés en eu ou deux siècles.

 

Peut-on parler exactement de nouveau rebond, ou bien de rééquilibrage du capitalisme ?

 

La mondialisation ne met pas fin à l’inégalité de développement. Cette inégalité est propre au développement anarchique du capitalisme, à l’histoire et aux conditions spécifiques à chaque pays. Elle s’ajoute à l’oppression impérialiste. Si le capitalisme a encore un avenir dans les pays émergents en est-il de même ici ? Ou bien le capitalisme en France est-il parvenu à un stade de pourriture qui n’est pas encore atteint dans ces pays là ?

 

D’autre part, si le capitalisme n’a pas fait son temps en France ceci implique-t-il que la contradiction principale ait changé dans notre pays ?

 

Certains matériaux mettent des centaines d’années avant de se décomposer, leurs contradictions internes, l’arrangement spécifique de leurs atomes en sont la cause principale. Si ces matériaux existent encore cent ans après on ne dira pas que leurs atomes se sont transformés et que leurs contradictions internes ne sont plus les mêmes. On ne pourra le dire que lorsque leur décomposition elle-même aura modifié leur arrangement atomique, qu’ils se seront transformés en gaz, en calories, etc.

 

Pour que la contradiction principale de notre pays se transforme, il faut d’abord que le capitalisme fasse son temps, qu’elle soit niée par le socialisme. Mais nous savons que ce n’est pas encore le cas. Donc la contradiction principale n’a pas changé, elle oppose toujours les rapports sociaux de production (la propriété privée des moyens de production) et les forces productives, la bourgeoisie et la classe ouvrière.

 

Le déclin de l’impérialisme français


Si l’on compare la France avec les pays pauvres, l’inégalité est toujours criante. Cependant les choses se transforment lentement. Il y a bientôt une dizaine d’années, un camarade de travail turc me faisait observer que la France commençait à décliner.

 

Peut-on parler dans notre pays d’un « sentiment général de régression » ou bien d’une régression réelle ? Il suffit sans doute de rouler dans les campagnes et de compter les poteaux électriques cassés ou penchés pour en avoir une idée.

 

On peut aussi comptabiliser les commerces, les services publics qui ont disparu dans les villages, les usines en friche pour se faire une idée de la réalité de cette régression.

 

Pourquoi Trump a-t-il déclaré que les TGV américains roulaient au ralenti sur des voies mal entretenues, tandis qu’ils roulaient très vite en Chine ?

 

Egalement s’il existe des différences entre le développement de la Chine ou de l’Inde et celui d’autres pays émergents c’est que la cause profonde, principale de ces transformations est interne et non externe.

 

Très souvent les pays du Tiers Monde ont dû recourir au capitalisme parce que ce dernier n’avait pas épuisé toutes ses possibilités dans des pays agraires et en voie d’industrialisation.

« Une formation sociale ne meurt jamais avant que soient développées toutes les forces productives auxquelles elle peut donner libre cours ; de nouveaux rapports de production, supérieurs aux anciens, n’apparaissent jamais avant que leurs conditions matérielles d’existence n’aient mûri au sein de la vieille société. C’est pourquoi l’humanité ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre ; car, à mieux considérer les choses, il s’avérera toujours que le problème lui-même ne surgit que lorsque les conditions matérielles de sa solution existent déjà ou tout au moins sont en formation ». Contribution à la critique de l’économie politique (1859)

On voit ici que le développement et la mort du capitalisme sont liés aux conditions spécifiques de chaque pays.

 

Les innovations, les nouvelles technologies, l’automatisation, les nanotechnologies, l’impression 3D, la robotisation, les auto entrepreneurs, etc. laissent supposer que le capitalisme se renouvelle sans cesse et qu’on n’en voit pas la fin.

 

Au sens de la recherche du profit, l’automatisation des tâches concentre du travail mais du travail mort qui ne produit pas de plus value.

 

L’automatisation a entraîné l’embauche d’ouvriers qualifiés. Mais de fait le travail est simplifié par les automates et les modes opératoires généralisés. Par contre les suppressions de postes on multiplié la productivité à production égale.

 

L’auto entreprenariat paraît supplanter le travail salarié. De fait certains employeurs obligent leurs salariés à accepter ce statut. Mais la différence est statutaire, dans les faits il s’agit d’un salariat déguisé. Dans l’agriculture l’élevage intégré est aussi une forme de semi salariat. 

 

Par contre ce mode de production entre en forte concurrence avec l’artisanat. Demandez à votre généraliste s’il ne va pas devenir salarié lui-même… il va sans doute sauter au plafond. Mais de plus en plus les médecins libéraux se donnent des horaires, limitent le temps de consultation, refusent de traiter les urgences, qui viennent ainsi encombrer les hôpitaux : une partie de ce travail devient donc salarié.

 

C’est-à-dire que le capitalisme détruit des formes de production précapitalistes à travers de pseudos professions libérales, qui sont des antichambres du salariat.

 

Prenons encore le cas des travaux d’entretien dans les usines, de plus en plus externalisés ; il s’agissait d’emplois non productifs. Transférés dans des entreprises prestataires, ces emplois produisent une plus value pour le prestataire. Mais lui-même en reverse d’une certaine façon une partie au fabricant initial et à son propre banquier.

 

Très généralement on constate que toute activité humaine devient source de profit. C’est la principale innovation du capitalisme aujourd’hui.

 

Le salariat est devenu très largement dominant, et c’est une sorte de contribution à la révolution socialiste que le capitalisme détruit lui-même toutes les formes de rapports sociaux de production antérieures à lui.

 

Les pays émergents peuvent-ils sauver nos capitalistes ?


Jean Claude écrit : « Le capitalisme n’est pas moribond. Avec les pays en développement, il a encore de la ressource. »

 

Nous avons vu que le capitalisme doit être différencié. Son développement ici et ailleurs n’est pas identique, ni uniforme, il dépend de contradictions que nous devrions aussi étudier avec attention. La mondialisation n’impose absolument pas l’établissement du socialisme partout à la fois. Au contraire la révolution socialiste ne peut s’établir que là où les conditions requises sont réunies.

 

Le développement du capitalisme dans le tiers monde peut-il freiner sa chute en France ?

 

L’émergence ouvre de nouveaux marchés mais aussi de nouvelles productions. De ce point de vue on ne peut pas conclure que la crise du capitalisme ici sera systématiquement amortie par d’autres.

 

L’usine du monde fabrique maintenant les ordinateurs les plus rapides et développe son propre programme spatial. La froideur des pays occidentaux envers l’initiative « la ceinture et la route » montre que le développement de la Chine inquiète aussi les monopoles français.

 

L’impérialisme ne se satisfait pas du profit, il vise le profit maximum, le pillage. C’est cela qui permet au capitalisme de survivre dans un pays comme le notre. Pour cette raison, l’émergence, le développement indépendant des pays pauvres, constitue essentiellement une menace pour l’impérialisme occidental et non une bouée de sauvetage.

 

Peut-on dire enfin qu’il faut attendre que le capitalisme ait épuisé ses ressources et qu’il entrave absolument tout développement des forces productives pour que le socialisme soit possible ?

 

Non plus, aucune révolution n’a attendu l’extinction complète des sociétés antérieures, quitte à liquider ensuite plus ou moins laborieusement les résidus des anciennes sociétés. 

 

Le capitalisme lui-même n’a pas attendu que tous les rapports sociaux de production de la société précédente se soient éteints, avant de s’imposer. Il en a conservé bien longtemps des stigmates, et la société féodale a été restaurée deux fois avant que la société bourgeoise n’instaure définitivement sa république.

 

Venons- en au second aspect de la contradiction principale en France, la classe ouvrière, son parti, ses objectifs.


Même si le capitalisme français était à deux doigts de sa fin, il ne disparaîtrait pas tant que la future classe dominante ne sera pas en mesure de prendre le pouvoir. On pourrait même dire que le principal obstacle au renversement du capitalisme c’est notre propre faiblesse.

 

Faiblesse dans l’organisation des masses populaires, ouvrières, dans l’organisation de l’avant-garde de la classe ouvrière, dans ses objectifs, son idéologie, ses théories.

 

S’agissant de la maîtrise du capitalisme, Jean Claude dit ceci :

« 1) Le problème majeur actuel que l’on doit aider les salariés de ce pays à résoudre n’est pas tant celui de la sortie et de l’abolition du capitalisme, que celui de sa maîtrise, de son guidage, de son recul, tant au plan national qu’européen et mondial. Dans ce processus, un certain nombre de capitalistes ont leur place. Mais les prolétaires devront assurer un rôle, en tout cas moral, de guidage effectif. »

Comment les salariés pourraient-il exercer la moindre maîtrise tant que l’état reste l’instrument de domination de la classe capitaliste ? Le passage au socialisme n’est –il pas l’unique moyen de permettre précisément aux salariés de maîtriser les rapports sociaux de production ?

 

Comme l’indique le Manifeste :

« Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production dans les mains de l’Etat, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante, et pour augmenter aussi vite que possible la quantité des forces productives »

Il ne peut exister de « suprématie politique » tant que l’Etat bourgeois n’est pas brisé et remplacé par un état socialiste. Ensuite les réformes peuvent s’appliquer progressivement.

 

Dans notre pays la contradiction principale n’oppose pas socialisme et capitalisme. Il n’y a pas de socialisme. La contradiction principale oppose la bourgeoisie, la grande bourgeoisie monopoliste à la classe ouvrière, mais aussi à l’immense majorité du peuple.

 

Il existe d’autres contradictions mais elles sont secondaires et déterminées par la première. Par exemple entre donneurs d’ordre et sous-traitants, entre PME et monopoles, entre production capitalistes et précapitaliste, entre ville et campagne, entre grande distribution et petit commerce, entre agroalimentaire et production agricole, entre capital financier et capital industriel, entre artisans et auto entrepreneurs, entre salariés français et main d’œuvre étrangère (immigrée, détachée, délocalisée, etc.), entre hommes et femmes, etc.

 

Ce sont les forces de notre révolution qu’il nous faudrait répertorier à travers une analyse des classes, des intérêts réels en présence, pour définir une stratégie

 

Sur la concurrence entre les salaires


Devrait-on dire qu’en réduisant le nombre de femmes dans l’entreprise on pourrait empêcher la baisse des salaires masculins ? Ou bien qu’en n’embauchant plus aucun jeune les anciens seraient sûrs de voir leurs salaires augmenter ?

 

Il faudrait démontrer aussi que la concurrence entre les salaires introduit l’exploitation de salariés par d’autres salariés.

 

Bien évidemment les employés d’EDF peuvent garder leur bleu propre jusqu’au vendredi quand les intérimaires tirent les câbles dans les caniveaux avec leurs fringues perso, mais ils ne sont pas pour autant des exploiteurs. Ces derniers n’ont pas de bleu et ne vont pas crotter leurs chaussures vernies sur des chantiers, leurs visites se terminent chez Pic ou Trois Gros.

 

La mondialisation présente un caractère général, absolu, indépendant du mode de production, et un caractère particulier, spécifique à notre pays et aux rapports impérialistes. Pourquoi les entreprises US ont-elles délocalisé ? Et Whirpool en France pour prendre un exemple récent ? Pourquoi la Chine a-t-elle pu réorienter son économie vers la consommation intérieure et le développement technologique ?

 

La différence fondamentale tient d’abord aux rapports impérialistes dans le monde, à la recherche du profit maximum, et non à la mondialisation. La mondialisation n’est que le moyen de réaliser cette course aux profits plus rapidement en utilisant le développement inégal entre les pays et les rapports de domination, et particulièrement la concurrence des salaires entre les pays, mais qui existait déjà à l’échelle nationale du temps de Marx.

 

Comment combattre cette concurrence entre les salaires ? Elle s’effectue localement mais aussi à distance. Si on contrôlait l’immigration cela supprimerait-il ces inégalités et cette concurrence ? Ou bien la classe capitaliste développerait-elle de nouvelles inégalités sur le sol français lui-même ?

 

Prenons un exemple. Le Front national veut supprimer les prestations sociales aux immigrés. Ceci n’aboutirait pas à réduire la concurrence salariale, mais à créer deux catégories de salariés, donc à renforcer cette concurrence. Si on fermait les frontières, il en serait de même. Les inégalités se perpétueraient et se retrouveraient dans l’échange des marchandises dans tous les cas parce qu’aucun pays ne peut vivre en autarcie ou dans une bulle. Est-ce que les minerais d’Afrique ne représentent pas une forme de travail vivant, et de salaire ?

 

Notre objectif est diamétralement opposé : c’est lutter contre la concurrence salariale par l’égalité des salaires à travail égal, quelle que soit la nationalité d’origine, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes. Mais ce n’est pas tout.

 

La précarité et la différence de statuts entraîne de grandes divisions au sein des salariés. Nous devrions considérer les intérimaires, prestataires, sous traitants, etc. (qui sont souvent les plus exploités) du point de vue de l’unité des salariés et de la classe ouvrière. Rejeter les différences de statut et les organiser dans le même syndicat que chez le donneur d’ordre chaque fois que c’est possible, ou sur le même site. Même des détails comptent, comme un tarif identique à la cantine d’entreprise, et bien évidemment faire la chasse au délit de marchandage

 

Pour nous la concurrence salariale impose de développer les liens internationalistes avec notamment les prolétariats d’Europe centrale et du sud, afin de mener simultanément la lutte pour les salaires et l’emploi contre les monopoles franco-allemands. L’action syndicale est essentielle dans ce domaine, mais peut-être que la CES n’est pas le cadre idéal de cette solidarité. Si cette solidarité internationaliste paraît à certains irréaliste, que dire alors de la thèse « détruire la mondialisation » ?

 

« détruire la mondialisation »

 

La mondialisation n’est pas quelque chose de nouveau, elle s’est développée au cours des millénaires. Mais c’est effectivement avec le triomphe de l’hégémonie US qu’elle a pris la forme que nous lui connaissons. Naturellement avec la fin de l’hégémonie US et l’apparition d’un monde multipolaire, elle devra prendre une autre forme aussi.

 

L’opposition entre la nation française et la mondialisation n’existe pas ailleurs que dans le cadre réel de la France, c’est-à-dire capitaliste et impérialiste. Que signifie la « souveraineté monétaire de la France » ? Réellement il s’agit de la souveraineté de la BNP, Société Générale, Crédit Lyonnais, etc. Notre point de vue est matérialiste et nous ne parlons pas de la « souveraineté de la France » comme s’il s’agissait d’un pays imaginaire abstrait.

 

Dans une France socialiste nous ne pourrons plus parler de la même façon de la souveraineté monétaire parce qu’elle aura changé de nature. Nous visons la destruction des rapports impérialistes établis par notre pays, et non des rapports commerciaux et financiers en général.

 

Nous visons la destruction de la mondialisation capitaliste à travers la révolution dans notre pays, mais non du mouvement général de mondialisation, qui se poursuivra au-delà du capitalisme.

 

Sur l’Union Sacrée

 

Nous devrions nous interroger en tant que communistes internationalistes sur la position du « radical » Mélenchon à ce sujet, sur ce qu’il appelle indépendance nationale, sur ce qu’il entend par nation française, et lire ce qu’il écrit concernant les possessions coloniales françaises. La paternité du colonialiste Mitterrand ne s’y dément pas.

 

Ces notions revêtent une importance essentielle aujourd’hui. Il s’agit du caractère de classe de la théorie marxiste, du matérialisme-dialectique, de l’économie politique.

 

Pour les théoriciens bourgeois les contradictions de classe doivent être abolies au profit de l’Union Sacrée. C’est la solution préconisée par les capitalistes pour résoudre la contradiction entre course aux profits et émergence des pays pauvres, entre domination impérialiste et développement des économies nouvelles. La débauche de drapeaux tricolores lors des ces élections n’est pas innocent, débauche largement partagée par Mélenchon aussi.

 

Macron a pour objectif de résoudre la querelle stérile gauche-droite et appelle à l’union du peuple pour sauver la France, c’est-à-dire celle du Capital. Le Pen défend aussi l’Union sacrée. Nous ne devons pas nous laisser abuser, ce genre de recette miracle ne date pas d’hier. 

 

Le parti de la classe ouvrière

 

Notre situation est encore mauvaise, bien que nous ayons progressé dans notre unité de pensée. La classe ouvrière est divisée entre diverses tendances réformistes et parfois fascistes. Mais surtout elle n’a pas de parti et les communistes fidèles au marxisme-léninisme ne sont pas unis sur certains sujets importants.

 

Jean Claude fait une hypothèse originale pour le moins en disant que la direction du PCF est « gauchiste ». On peut dire beaucoup de choses sur cette direction mais il faut définir ce qu’on entend par gauchisme, et gauchiste par rapport à quoi.

 

Il s’agirait par exemple de « spontanéité, qu’exprimerait le « mouvement social » … l’impatience et le volontarisme ». Ce n’est pas une définition du gauchisme.

 

Le gauchisme prône la révolution immédiate. La direction du PCF ne vise aucune révolution.

 

Le gauchisme rejette tout compromis. La direction du PCF n’est même plus dans la compromission, mais dans l’abandon de tout principe : abandon des principes marxistes-léninistes, abandon de la dictature du prolétariat, abandon de la méthode matérialiste-dialectique, abandon du centralisme démocratique, abandon de la faucille et du marteau, abandon de la société socialiste et communiste…La critique du gauchisme extérieur au pcf n’a-t-elle pas servi à justifier l’ensemble de ces abandons à l’intérieur, constituant une révision de droite, réactionnaire, de tous les principes fondateurs du parti communiste ?

 

Limiter l’action du PCF aux échéances électorales, s’unir à n’importe qui, n’importe quand et à des fins essentiellement électoralistes, uniquement dans le but de pousser au gouvernement un chef « de gauche » ex cagoulard sur la foi de ses propres allégations, et en faisant croire aux militants et sympathisants que l’avenir du pays en serait transformé, soutenir les socialos envers et contre tous, jusqu’à ce qu’ils soient honnis par l’immense majorité du peuple, se mettre à la remorque du mouvement social au lieu de le relier à l’objectif du socialisme, au point que la CGT est contrainte de jouer le rôle d’avant-garde (au risque de s’isoler), que le premier social-démocrate venu un peu plus « radical » que les autres passe pour un violent révolutionnaire, s’interdire de présenter son propre candidat, implorer des groupuscules issus du PS et du trotskisme de s’unir entre eux, se retrouver contraint de soutenir un candidat sans troupes, puis bafoué par lui-même, jeté comme une rondelle de citron…comment appeler ça de l’impatience et du volontarisme ?

 

Ceci ne s’appelle pas du gauchisme mais de l’opportunisme de droite.

 

Mais je reconnais qu’à cet endroit et à ce point les mots manquent parfois.

 

Jean Claude souligne très justement le détachement des réalités.

 

Ce détachement est une conséquence de l’abandon du matérialisme-dialectique. Cette théorie dit que les communistes partent des besoins réels des masses et non de leurs propres désirs, des besoins matériels et spirituels des plus opprimés et des plus exploités, et non des caprices d’une intelligentsia « de gauche ». Une analyse des classes s’impose pour définir qui sont nos ennemis et qui sont nos amis. Je parle d’une analyse des classes en fonction de leur place dans les rapports sociaux de production, et non d’une analyse des étiquettes et des diplômes de « radical », de « gauche », de « communiste », d’ « atterré », de « frondeur » et j’en passe.

 

C’est quand même incroyable que Marine Le Pen dénonce la situation catastrophique des masses populaires, les régions industrielles dévastées, la misère grandissante, le talon de fer des grandes entreprises sur les TPE, le désespoir des paysans, et même - c’est un comble - la loi Travail, au point (mais évidemment par pur calcul électoral) que les médias en aient fait le porte-drapeau de la lutte de classe !

 

Si le FN est parvenu au second tour n’est-ce pas parce que son programme était en apparence bien plus radical envers ce qu’il appelle « l’oligarchie », les pseudos « socialistes » et les puissances financières « mondialisées » ?

 

Ceci veut dire que la colère est grande dans les masses populaires, et d’autant plus grand si on considère les abstentions et les votes nuls.

 

Comment s’exprimera cette colère maintenant qu’elle n’a plus l’exutoire du Front National ?

 

Un repli communautariste, le racisme, le nationalisme chauvin, les émeutes de quartier isolées, les suicides de licenciés, des manifestations ponctuelles, un renforcement du FN ou des « insoumis » ?

 

A propos des insoumis et de la victoire immédiate

 

A leur propos la qualification de « gauchistes » par Jean Claude ne me paraît pas vraiment appropriée. Si on compare leur programme avec la ligne développée par P. Laurent, effectivement ce sont d’irréductibles radicaux. Mais comme on dit « au royaume des aveugles les borgnes sont rois ».

 

Mais peu importe l’étiquette, c’est sur le fond de sa ligne politique que nous devrions nous accorder. Effectivement Mélenchon répète à chaque élection qu’on va « renverser la table ». Ce sont des mots. Les insoumis défendent un programme républicain bourgeois et chauvin où le révolutionnarisme n’est qu’apparent. Le gauchisme est pure façade.

 

Le fond de la ligne Mélenchon c’est Keynes : la relance par l’injection de capitaux dans la consommation. Mais dans le cadre actuel du capitalisme ce projet est forclos. Que fera Mélenchon qui soit différent de ce qu’ont fait ses amis de Syriza ?

 

La VIe république est un changement purement quantitatif pour la république bourgeoise. Mélenchon est contre le socialisme. Il est anti communiste. Il hors de question pour lui de remplacer la république bourgeoise par une démocratie populaire ou d’exercer la dictature du prolétariat sur le CAC 40.

 

Il n’y pas de victoire immédiate, évidemment. D’abord parce que la première urgence, celle qui détermine tout le reste, y compris la lutte contre le fascisme ou la fascisation de l’Etat, n’est pas de continuer à s’acoquiner avec les chefs sociaux-démocrates, mais de reconstituer le parti de la classe ouvrière.

 

Le parti de la classe ouvrière devrait s’inspirer de la « bolchévisation » menée du temps de Thorez, et qui avait donné au PCF son caractère de classe, en organisant les ouvriers les plus conscients, les plus exploités, les plus combatifs.

 

Jean Claude fait d’importantes remarques sur les premières mesures économiques que pourrait prendre une société socialiste. Il a raison de poser ces questions. Trop longtemps nous en sommes restés à la même vision keynésienne que Mélenchon et d’autres, où l’état distribuerait ses largesses, mais sans léser les capitalistes.

 

Sur le fond notre objectif devrait viser le renversement de l’Etat, la propriété des grands moyens de production, puis la transformation révolutionnaire de la société, le socialisme et le communisme, et non de changer son étiquette ou les rapports du président avec l’assemblée.

 

Mais d’abord il nous faut un parti fondé sur le marxisme-léninisme, conservant la mémoire du passé et s’appuyant sur les faits actuels.

 

Un débat se fera certainement à propos des multiples « mouvements », tendances et factions apparus à l’occasion des présidentielles ou après l’échec de tel ou tel candidat. Il semble que ce soit la mode de dissimuler les casseroles et les gamelles en escamotant les noms des partis, ou bien d’éviter les débats et le choix accepté par tous, en créant des petits groupes « unis » mais que tout oppose. Le mouvement de Mélenchon n’échappe pas à cette règle.

 

Contrairement aux vues de Badiou, l’organisation en parti est la seule qui permette simultanément l’exercice de la démocratie et l’action concertée, à condition évidemment d’appliquer le centralisme démocratique.

 

Dans l’immédiat, nous savons que le gouvernement va déclencher les hostilités.

 

L’unité devra certainement se réaliser entre la classe ouvrière et les classes populaires qui lui sont proches, mais – et c’est un enseignement de la lutte contre la loi travail - pour aller au bout de ses objectifs cette unité doit être dirigée par la classe ouvrière et son parti révolutionnaire, son parti communiste, et non par des théoriciens décroissants, souverainistes ou insoumis, pour qui les intérêts matériels des prolétaires constituent avant tout des arguments de campagne.

 

Partant de là l’unité avec les insoumis se présente simplement : Mélenchon soutient la lutte de classe ou bien il s’y oppose. Quand je dis qu’il peut s’y opposer, ce n’est pas une vue de l’esprit. Et c’est le critère de l’unité.

 

Jean Jullien