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Macron, la tortue sur le mât et la dictature du Cac 40 contre 1917…

 

17 Mai 2017

 

Un ami texan ou du moins né au Texas vient avec une amie, sa compagne, passer quelques jours chez moi. Il est aussi peu doué pour le français que moi pour l’anglais, nous le lisons, mais nous avons la même manie, nous cherchons à retrouver les mots écrits dans la parole de notre interlocuteur, ce que je ne fais pas en espagnol où l’appropriation est directe.

 

Bref, nous avons une discussion politique, ou tout doit être précisé, chaque mot fait problème, ce qui est épuisant mais force l’esprit à ne pas aller trop vite. Il ne comprend rien au système politique français et il me semble en l’écoutant que notre difficulté à nous entendre sur ce point tient à l’attachement américain à l’équilibre des pouvoirs alors que nous, Français, nous avons tendance à amplifier le pouvoir donné au président.

 

Serions-nous monarchistes ? Cette constitution dont on dit que De Gaulle l’avait formatée pour le comte de Paris et ces transformations successives (élection du président au suffrage universel, puis quinquennat à la place du septennat) aurait amplifié la tendance. C’est une remarque faite fréquemment, mais ce n’est pas si simple, on peut tout autant lire dans la tradition monarchique que dans la Révolution qui nous en a débarrassée la source de ce pouvoir qui peut friser l’absolutisme.

 

Le caractère fondateur de la nation de notre Révolution suivi de l’épisode napoléonien a-t-il accentué notre propension à la dictature au sens romain du terme? C’est à dire un état d’exception où l’exécutif s’arroge les pouvoirs pour briser le cercle vicieux de la répétition d’un arbitraire dont le peuple ne veut plus, un passage en force mais parfaitement légal et d’essence populaire, le droit à l’insurrection et un comité de salut public chargé de l’exercer, voire un individu qui est le symbole de l’ensemble avec son parti.

 

D’un côté il y a la permanence, le rôle délégué à l’Etat est très ancien et existe dès l’institution monarchique en France comme en Angleterre, c’est le double corps du roi, corps mortel et corps immortel institutionnel (le roi est mort vive le roi), avec en France un rôle économique (le corlbertisme), mais la révolution française et son prolongement direct l’empire napoléonien (1) a créé une sorte de dictature capable de transformer ce que certains sociologues décrivent comme une société bloquée au point d’avoir besoin d’une révolution pour la transformer (2) tout en conservant la permanence de l’identité, celle du royaume, puis celle de la nation.

 

Cela va avec la dimension de classe et comme le disait Marx dans le manifeste, le mouvement d’opposition qui transforme le monde. De ce point de vue, il est clair que Macron s’arroge une dynamique de classe, celle du capital international autant que français et prétend imposer à ce qu’il considère comme « une société bloquée » sa contre-révolution présentée comme la modernité, mais il le fait sur un monde monarchique ce qui est logique.

 

Si un peuple est capable de comprendre la notion de dictature du prolétariat c’est bien le peuple français. D’où l’acharnement spécifique en France sur l’antitotalitarisme et l’identification idéologique entre Staline et Hitler que nous avons vue hier (3).

 

J’apprends par Marianne que le parti communiste de la fédération de Russie qui a désigné une commission scientifique pour étudier la révolution de 1917 et aussi les raisons de la contrerévolution de 1991 a déjà produit un rapport qu’elle va traduire. Elle est très contente parce que cette commission scientifique voit le nœud du problème dans le rapport Khrouchtchev, et la déstalinisation « ratée » et l’abandon de la dictature du prolétariat, l’identification de ce concept à une tyrannie sanglante. Comment aujourd’hui comme chez nous certains historiens tentent de dire qu’on aurait pu l’économiser, il n’y aurait pas eu révolution sanglante mais simple poursuite des réformes tsaristes. On retrouve chez nous les thèses antitotalitaristes appliquées par un Furet à la Révolution française. Marianne est ravie parce que c’est la problématique que nous tenons de développer depuis pas mal d’années et voici qu’un corps de scientifiques russes est décidé à avancer sur ce problème et à le faire en s’ouvrant à d’autres recherches internationales.

 

Mais pour revenir à mon ami américain qui déteste Trump et est très critique sur le rôle des Etats-Unis dans le monde, leur impérialisme, il me dit : « Trump n’est que la pointe visible de l’iceberg. Le problème est ce qui a permis le vote en faveur de Trump, même si Clinton ne valait guère mieux ». Et il m’explique qu’il y a un proverbe texan qu’on appliquait à Bush. C’est l’histoire d’une tortue que l’on retrouve au sommet d’un mât. Une tortue ne peut pas grimper jusqu’à ce point, il y a bien fallu que quelqu’un la dépose là!

 

Alors je me dis que Macron est cette tortue, même s’il a l’air un peu moins stupide que Bush ou Trump et si les médias sont en train de le transformer en génie du siècle, la question est qui l’a déposé au sommet de l’Etat, dans cette sorte de dictature assumée du CAC40. Et si son investiture a été saluée par les mêmes médias comme si la France avait enfin un corps du roi digne d’un marketing sur la transformation annoncée et dont dans le fond personne ne veut.

 

(1) On pense bien sûr à ce vieux réactionnaire de Metternich disant « Napoléon c’est Robespierre plus la grande armée »


(2) C’est Michel Crozier qui a théorisé cette notion de société bloquée, c’est-à-dire un sociologue libéral.


(3) https://histoireetsociete.wordpress.com/2017/05/16/michael-scott-christofferson-les-intellectuels-contre-la-gauche-lideologie-antitotalitaire-en-france-1968-1981-par-jerome-lamy/