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PCF Vie et débats 2017

« Si nous tuons le rêve, nous nous tuons aussi »
 
Philippe Pivion a lu « A demain, camarades ! », de Manuel Tiago
 

Connaissez-vous Manuel Tiago ? Il s’agit du pseudonyme d’Álvaro Cunhal. Voilà, oui, le secrétaire général du Parti Communiste Portugais de 1961 à 1992. Eh bien, si au Portugal il est reconnu aussi pour sa qualité d’écrivain, il ne l’est pas du tout en France. Il est méritoire pour la maison d’édition du Temps des Cerises de permettre au lecteur ignorant la langue portugaise de bénéficier d’une lecture passionnante.

 

À demain, camarades est édité au lendemain de la révolution des œillets (avril 1974). Il s’agit d’une histoire de militants communistes clandestins sous la dictature de Salazar, en 1944. Ces femmes et ces hommes tissent des liens avec la population, distribuent des tracts, vendent des journaux dans un contexte étouffant et mortifère. Les descriptions de l’extrême pauvreté, de l’abnégation et du sacerdoce de ces militants sont poignantes. On suit à perdre haleine leurs parcours d’un hameau à l’autre, leurs traversées des champs, des forêts, épiant leur ombre en permanence pour deviner s’ils ne seraient pas pistés. On découvre avec intérêt ces fonctionnaires du PCP, qui n’ont rien de fonctionnaires mais qui donnent tout à leur idéal et à leur parti.

 

Dans la campagne profonde, arriéré, spoliée par la dictature et le patronat, les personnages doutent de leur action, de l’efficacité de leurs initiatives dans une subtile dialectique. Dans ce Portugal de régression, mettre un tract sous une pierre dans un champ en espérant qu’il sera lu, c’est aussi risquer la vie, pour le moins la prison et la torture. Ils tentent de convaincre de la justesse de leur analyses et proposent des actions notamment une grève. Celle-ci d’une ampleur dépassant leurs espérances où la paysannerie la plus pauvre rejoint les ouvriers, provoquera une réaction des plus vives de la dictature. On est bouleversé à la mort d’Isabel, de Ramos et d’autres. On est pantois devant la profondeur de l’amour inabouti de Maria pour Ramos.

 

L’écriture est souple, articulée et belle. Il y a du Germinal et de l’Aragon avec les Communistes dans cette fresque romanesque. Le rapport de classe est souligné lors d’un repas chez un avocat communiste où Maria est invitée : 


« Malgré les privations des dernières semaines, Maria, troublée et intimidée, avait à peine touché au riche déjeuner. Animés par la conversation et ce moment de partage, ni l’avocat, ni sa femme, ni même Antonio n’avaient remarqué qu’elle ne s’était presque rien servi et n’avait presque pas touché à ses assiettes. Seule une personne l’avait remarqué, seule une personne l’avait comprise : l’employée. »

 

Álvaro Cunhla surprend. Il n’écrit pas un livre pour diffuser une conception politique, non, il rédige un récit dans lequel il illustre la condition des femmes et des hommes qui vivent leur idéal, il glisse de ci de là quelques remarques soulignant que l’émancipation humaine n’est pas un processus linéaire, que le sens de l’Histoire donne raison à ses héros, qu’il faut vivre pour militer. Il met dans la bouche de Paulo des propos d’une grande beauté politique, tels : 


« Les militants donnent tout, camarade, mais ils ne doivent pas renoncer à tout. Si nous tuons le rêve, nous nous tuons aussi en tant qu’êtres humains. »  

 

Il sait de quoi il parle, Cunhal, arrêté par la PIDE, la police politique de Salazar en 1949 après des années de clandestinité, il est emprisonné. Il s’évade après onze ans de geôle, et la direction clandestine du PCP le fait exiler à Moscou, Prague puis à côté de Paris, à Montreuil jusqu’en 1974. Une vie peu commune, qui transpire dans ses écrits. C’est un livre d’une profonde humanité qui marque le lecteur.

 

À demain, camarades ! de Manuel Tiago. Editions le Temps des Cerises.


Commentaire de B.T :

« Si nous tuons le rêve, nous nous tuons aussi ». Affirmation à laquelle je souscris totalement. Mais qui a des conséquences terribles pour les militants du PCF. N'aurions-nous pas des tueurs parmi nous et au plus haut ?

 

Pourquoi je commence aujourd’hui les vacances de Noël

 

10 Décembre 2017

Comment vous expliquer, il y a des choses qui m’emplissent de lassitude et m’enlèvent le désir de me battre pour ce que je crois juste. Je suis bien sûr préoccupée par ce qui se passe en Israêl-Palestine. L’irresponsabilité criminelle de Trump qui pour des raisons de politique intérieure a choisi d’empêcher un peu plus toute solution négociée, toute pacification sans laquelle on ne construire pas de communauté de destin entre deux peuples de l’exil.

 

Cette solution s’éloigne tous les jours un peu plus… Je suis obligée de le constater et de savoir que le bain de sang est l’issue la plus probable.

 

Donc je détourne les yeux en me disant que je n’y peux plus rien… Et je pleure déjà à égalité ces morts qui vont ensanglanter cette terre que l’on nous a inventé comme promise. Comment vous expliquer, mais essayez d’imaginer néanmoins quand depuis 2000 ans tous les soirs de paques sont prononcés dans un groupe humain toujours humilié, proscrit, fuyant, ces paroles d’espoir: « l’an prochain nous serons à Jérusalem! » et que vous même enfant avait dit ces mots. Quand vous avez vu la tête de votre grand père mort reposer sur un sachet de la terre d’israêl dans une tombe marseillaise.

 

Qu’il vous a fallu opérer une rupture avec cet enracinement millénaire parce que vous étiez communiste et que vous deviez aux Soviétiques, à Staline en particulier votre libération de l’horreur nazie et que donc en tant que communiste vous deviez choisir la justice avant vos pères et mères.

 

Et aujourd’hui, vous voyez les communistes avoir honte de ce moment historique, de cette Union soviétique qui vous a unie à eux et que vous voyez certains d’entre eux plein non pas de volonté de justice pour les palestiniens, mais bien en proie de ce vieil antisémitisme que vous savez reconnaître parce qu’il est inscrit dans vos gènes comme une condition de survie, mener un combat qui vous exclue.

 

imaginez à quel point il faut se battre pour tenter de démêler le juste de ses nombreux masques ricanants de haine.

 

Dans ces cas là, il suffit d’un rien, quelque chose qui résonne en vous comme le grincement de la craie sur le tableau noir pour qu’on soit au bord de l’explosion.

 

Hier, un communiste qui a l’habitude de tronquer dans le sens de ses fantasmes les compte-rendu des exposés qu’il s’obstine à faire à expliqué que le père de marx s’était converti au protestantisme parce que celui-ci était plus proche de ses idées que le judaïsme. Il fallait qu’il en rajoute par haine consciente ou inconsciente des juifs. le père de Marx était athée, voltairien, et comme il était avocat il s’est converti pour pouvoir exercer un métier interdit aux juifs. Dire que les Marx avaient quelque sympathie pour le protestantisme c’est ignorer ce que Marx écrit dans le Capital et qui inspirera sans doute l’éthique protestante de Max Weber, à savoir que le juif est une sorte de colporteur archaïque dans les pores de la société polonaise, mais que le capital a besoin de l’homme abstrait du protestantisme.

 

Il y a là dans ce compte-rendu au ras des paquerettes de l’actualité, des marqués insidieuses du révisionnisme de l’époque que moi seule paraît reconnaitre, comme dans le film le jeune marx de Raoul Peck, je lis l’imbécilité trotskiste qui voudrait que Marx ait nié la Révolution d’octobre. C’est mal connaître l’intérêt que Marx portait à la Russie, à des formes originales de socialisme et c’est doublement imbécile de la part d’un homme du tiers-monde que de ne pas voir que c’est la Révolution d’Octobre qui a posé l’actualité du socialisme dans le dit tiers monde.

 

J’ai été dupée de tous côtés à la fois et je n’ai plus confiance en personne quand les combats sont sortis de leurs gonds politiques.

 

J’en ai marre de me battre aux côtés de gens qui ont honte de ce qui a fait que des millions d’hommes et de femmes se sont reconnus en eux, qui tous les jours bafouent les raisons qui m’ont fait adhérer à un parti communiste français, malgré Pétain, malgré Vichy, malgré Montoire et la milice.

 

J’en ai marre de ceux qui ne lisent plus Marx, Lénine mais en acceptent toutes les déformations de la bourgeoisie et de la social démocratie.

 

J’en ai marre de ces peureux qui ne ressemblent pas aux héros de mon enfance.

 

J’en ai marre de ceux qui au lieu de me rassembler dans un combat pour un peuple opprimé m’en excluent parce qu’ils colportent les haines ancestrales.

 

Tout ce négationnisme, cette prise en otage de l’histoire me pétrifie comme la preuve que je n’ai plus rien à voir là-dedans.

 

Tous ces gens semblent aller a contrario de leurs idées parce qu’ils ont une conception mesquine des batailles qu’ils prétendent mener. Ils ne le savent pas mais ils sont bien dans l’ère de Trump. Nous aurions tellement besoin des communistes…

 

Il faut que je résiste de toute mes forces pour ne pas me laisser entraîner sur cette pente de l’injustice au nom de mes pères et mères, mais je suis lasse de ces visions du monde. Donc je vous annonce que la trêve des confiseurs de ce blog débute aujourd’hui.

 

Merci à tous les amis qui m’ont envoyé tous les livres que j’ai réclamé, je vais me mettre à la lecture en pensant à vous. Peut-être qu’il m’arrivera de recopier des pages des livres que je lirais…

 

Danielle Bleitrach

Un peu plus sérieux (encore qu'avant ce l'était aussi)

 

Publié le 9 Décembre 2017
 Bilan d'une semaine
 qui restera dans l'histoire
 comme marqueur idéologique
Un peu plus sérieux (encore qu'avant ce l'était aussi)
 
Quand dès la fin du siècle précédent, avec quelques-uns, Canaille le Rouge avançait l'idée qu'une défaite idéologique majeure dont il faut analyser les causes déferlait sur le pays, dans le camp dit progressiste certains se gaussaient des " psychanalystes de masse " (sic) qui ne comprenaient rien au mouvement de la société. 
 
De répliques en répliques, ce n'est plus des mouvements mais des ondes de chocs qui n'en finissent plus de fracturer les solidarités pour reconstruire des pratiques cultuelles à orientations sectaires. 
 
L'adoration des idoles atteint un paroxysme ; pas forcément son point culminant ; hélas!
 
Voir Pharaon, Princident en titre de la Monarblique française entonner son Te Deum depuis un des symboles de l'aliénation, le jour anniversaire de la promulgation de la loi de séparation des églises et de l'Etat  permet de mesurer au regard de la foule présente la réalité de ce tsunami d'obscurantisme qui submerge le pays.
 
Mesurons sur six mois : un pays qui est capable de faire dans une telle démesure pour les obsèques d'un artiste alors que celle du chirurgien qui à ouvert la voie de la transplantation cardiaque ou celle d'un de ses prix Nobel n'ont pas même 10 seconde au JT marque ainsi les contours de l'état réel de sa capacité de réflexion.
 
Soyons clair il ne s'agit pas d'incriminer celles et ceux déboussolés qui recherchent dans des figures emblématiques (non démunies de talent) des issues au désarrois moral voulu et structuré par ceux qui en ont besoin pour interdire toute contestation du système.
 
L'histoire montre que ceux qui tirent les ficelles savent produire les Trump dont ils ont besoin voir pire dans l'échelle des références.Plus que jamais lire et faire lire "l'Ordre du Jour" le Goncourt de cette année. Quelque part le projecteur qu'il braque de belle façon éclaire le propos.
 
Rédigé par Canaille le Rouge

Voilà une analyse où l'auteur appelle un chat, un chat et l'impérialisme, l'impérialisme. Voilà qui est très loin de la novlangue asexsuée en cours chez les dirigeants du PCF. Une analyse qui n'ignore pas les enjeux. En particulier une des expressions que peut prendre le combat de classes aujourd'hui. Entre ceux qui veulent à toute fin maintenir le caractère unipolaire de leur domination mondiale, avec les dangers que cela porte et ceux qui prône la primauté du droit, le multilatéralisme avec un son centre la Russie  bien sûr, mais aussi la Chine. Et là, il s'agit de pas moins que de la question CENTRALE de la lutte pour la PAIX. L'on ne peut que regretter dans ces conditions les très mauvaix choix fait par les dirigeants du PCF qui sur cette question, comme sur celle de l'Ukraine sont globalement dans les fourgons du couple U.E/OTAN (Bernard Trannoy)
Nota 
: Cela ne vaut pas approbation de la politique de Poutine. En dernière instance c'est l'affaire du peuple russe pas le mien, et en particulier l'affaire des communistes russes.


L’Humanité du 10/12/2017

Vers une puissance globale, levier de la multipolarité onusienne?

La stratégie russe dans le chaos syrien

 

 

Par Jean Geronimo - Docteur en économie, spécialiste de la pensée économique et géostratégique russe

 

Après une transition post-communiste désastreuse la réduisant au rang de puissance régionale, la Russie s'inscrit au Moyen-Orient dans une stratégie de long terme axée sur son retour comme grande puissance, contre les menaces issues des radicantes politiques et religieuses manipulées par Washington. Cette dernière est suspectée par Moscou de créer, conformément à la doctrine Brzezinski, une « ceinture verte » islamiste antirusse, autrefois anti-soviétique (muslim belt), pour achever son encerclement. Malgré la fin de la guerre froide, la ligne russe exprime donc une continuité historique avec le soviétisme.

 

Depuis l'élection de Vladimir Poutine, le 26 mars 2000, la Russie opère une reconstruction accélérée de sa puissance (derjava). Dans un monde qu'elle voudrait multipolaire et soumis aux lois internationales, elle cherche à s'affirmer en nouant des alliances avec les puissances émergentes (Chine, Inde, Iran) et en s'opposant à l'unipolarité américaine. Cette configuration explique son implication dans la gouvernance mondiale en vue de réduire la conflictualité au Moyen-Orient et d'oeuvrer à sa stabilité, sur la base de la légalité onusienne promue par un puissant axe eurasien. En cela, la Syrie est une pièce clé de la stratégie russe sur l'échiquier moyen- oriental.

 

Dans un environnement jugé hostile, la ligne russe suit une logique défensive visant à protéger ses intérêts nationaux et ses positions sur la scène extérieure. La chute imminente du président Assad a justifié son offensive en Syrie, le 30 septembre 2015, car Moscou risquait d'être exclue d'une région stratégique - avec la perte de sa base navale de Tartou lui ouvrant avec celle de Sébastopol, l'accès aux mer : chaudes. En outre, la Syrie est l'allié historique de la Russie soviétique et le symbole de son statut de superpuissance amie des états non alignés, face à l’impérialisme américain.

 

Longtemps sur le déclin, la Russie revancharde ne pouvait plus reculer. Le caractère stratégique de l'État syrien sur l'échiquier arabe tient à sa place au coeur des circuits énergétiques et des stratégies d'alliance. Il est donc logique que la radicalisation de la révolution syrienne coïncide avec le choix, en juin 2011, du projet gazier iranien (prorusse) - au détriment du projet qatari (pro-américain) - par Bachar Al Assad devenu, dès lors, pour la coalition arab o- occidentale pro - sunnite, «l'ennemi à abattre». C'est à partir de là que la déferlante djihadiste,

 

Pour Poutine, la chute d'Assad enfanterait un hiver islamiste.

 

soutenue par les puissances sunnites régionales, s'abat sur la Syrie et que le conflit perd sa nature révolutionnaire en s'internationalisant, dans le cadre d'une guerre de l'information.

 

La Syrie est un pivot verrouillant la stabilité du Moyen-Orient et le point névralgique où s'affrontent axes sunnites et chiites, par puissances - et stratégies énergétiques - interposées. Le vieux diplomate de la guerre froide E. Primakov - le « Lawrence d'Arabie soviétique» - l'avait compris et renforcé l'inflexion arabe de la ligne russe en vue d'une coalition anti-hégémonique. En tant qu'avant-poste russe au Moyen-Orient, le pivot syrien équilibre la présence américaine - et ses bases - au cœur des dictatures sunnites du Golfe. Structurellement, la stratégie russe en Syrie vise à neutraliser la menace islamiste surfant sur les courants an-tirusses soutenus par l'Occident et gangrenant les régions musulmanes de l'ex-URSS: Asie centrale, Volga et Caucase.

 

Depuis l'amorce du printemps arabe en 2011, l'ancien espace soviétique est devenu un pourvoyeur de djihadistes trouvant au Moyen-Orient un terrain favorable à leur formation. Un fait inquiétant est la précarisation de la population russe musulmane (20 millions), ciblée par l'idéologie « sociale » de l'islam radical. Pour Poutine, la chute d'As-sad enfanterait un hiver islamiste. La crise syrienne est une forme dérivée - sous le vernis religieux - des révolutions néolibérales sous supervision américaine ayant grevé la périphérie postsoviétique, dans lès années 2000, en vue de placer des dirigeants dociles et de poursuivre le reflux (rollback) de la puissance russe amorcé à la fin de l'URSS en 1991 - et succédant à son endiguement (containment).

 

L'ingérence extérieure, via l'activisme d'ONG et le soutien dollarisé de groupes radicaux ou paramilitaires, a été décisive dans la déstabilisation des régimes prorusses en zones arabe et postsoviétique. En Syrie, il s'agit pour Moscou d'apparaître comme un État fort, capable d'annihiler - via le hard ou soft power - toute contestation des régimes autoritaires (dont russe) de l'ex-URSS. Dans la vision russe, le chaos syrien est le produit d'une révolution alimentée de l'étranger par la politisation du religieux, sous l'impulsion des monarchies pétrolières du Golfe flirtant avec le radicalisme islamique - sous bienveillance occidentale.

 

L'objectif de Moscou en Syrie est d'affirmer son retour sur la scène mondiale comme puissance globale capable, d'une part, de contribuer à la résolution d'un conflit majeur (via les processus de Genève et d'Astana), d'autre part, de s'opposer à l'unilatéralisme armé de l'hyper - puissance américaine (via le Conseil de sécurité de l'ONU). Dans ce cadre, il vise à établir une gouvernance multipolaire plus démocratique et représentative, intégrant la voix des grandes puissances émergentes - le contrepoids eurasien - et privilégiant les mécanismes onusiens.

 

Moscou rejette les ingérences droit-de-l'hommistes ayant pour conséquence - à l'instar du Moyen-Orient, en Irak (2003) et Libye (2011) - de détruire les structures étatiques, de déstabiliser des régions et de créer des conflits génocidaires. Il dénonce l'instrumentalisation des révolutions politiques (néolibérales), religieuses (islamistes) et nationalistes (identitaires) pour justifier - via l'Otan - une intervention militaire et verrouiller les évolutions géopolitiques. Visant désormais l'espace postsoviétique, ces révolutions sont définies par la doctrine de sécurité russe comme des « menaces majeures ».

 

Au final, la Russie veut apparaître en Syrie comme un facteur d'ordre, réhabilitant les régulations étatiques et prônant une vaste coalition contre les nouvelles menaces globales, terroristes et hybrydes.

 

Une forme de realpolitik au non de la paix au Moyen-Orient.


 

NÉGOCIATIONS EN COURS

 

Un nouveau cycle de négociations concernant l'avenir syrien s'est ouvert, mardi 28 novembre, sous l'égide des Nations unies, à Genève, pour tenter de faire dialoguer les composantes de l'opposition syrienne.

Consultation des communistes (novembre 2017) : Synthèse des réponses aux questions ouvertes

 

Chers Camarades,

 

Ce document qui a été mis sur les tables à l’Assemblée des Secrétaires de Section le 25 novembre est très intéressant car, à partir des questions ouvertes du questionnaires, les communistes ont saisi l’opportunité pour dire l’essentiel, il me semble.

 

(Bilan de la stratégie, Projet communiste, Identité du PCF, principes théoriques marxistes, rôle des directions, internationalisme….)

 

J’ai demandé que le CN le diffuse. Mais pour l’instant pas de réponse.

 

Cette synthèse des réponse aux questions ouvertes :  est une base, simple, concrète pour rendre compte de ce que disent les communistes qui ont utilisé le questionnaire.

 

Malheureusement, elle n’est pas diffusée. Vous avez peut-être lu deux comptes-rendus, l’un dans « communistes »  sur la forme mais pas sur le fond, sur les ruches

 

L’autre document du CN présente une enfilade de commentaires, sans aucun sens politique. Je le mets en pièce jointe.

 

Par ailleurs, les comptes-rendus des AG de cellules et de sections ne sont pas diffusés.

 

On comprend à la lecture de cette synthèse que les communistes sont préoccupés de l’avenir de leur Parti. Il y aura donc des points à développer comme l’organisation qui n’était pas un point du questionnaire et,

 

Donc, moins de réponses à évaluer. De même, la grande question de l’UE…..

 

C’est donc aux communistes de garder « le bon cap »  pour revenir vers un parti communiste révolutionnaire et non, vers une organisation social-démocrate.

 

D’ailleurs, page 3 : c’est écrit :

 

« …. Nombreux sont celles et ceux qui appellent de leurs vœux un retour aux fondamentaux : l’écriture d’un manifeste du Parti Communiste du 21e siècle, de base marxiste, qui montre l’actualité de la lutte des classes, un projet révolutionnaire de notre temps, un projet émancipateur et non d’inspiration réformiste…… ».

 

Nous sommes à une nouvelle étape de notre combat.

 

Très fraternellement.

 

Danielle Trannoy

membre du CN

 


 

 

 


Consultation des communistes novembre 2017

 


Synthèse des réponses aux questions ouvertes


I- Nous proposons que le congrès traite de 3 questions : autres propositions

 

La question de la stratégie du Parti est l'un des points qui revient le plus souvent dans les commentaires libres. En premier lieu, on retrouve fréquemment la volonté que le congrès fasse le bilan de l'action du PCF. Bilan de la stratégie du PCF lors de la séquence électorale de 2017 mais aussi celui du Front de gauche. Certains demandent une analyse sur un plus long terme (20 ans).

 

La question du rassemblement est très fréquemment citée aussi. Rassemblement dans la société (certains interrogent notre rapport au monde associatif), mais surtout le rassemblement des forces politiques de gauche : avec le mouvement de Benoît Hamon, mais aussi les relations que nous entretenons avec la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon. Sur ce point, les commentaires se divisent en deux parts égales : d'une part, ceux qui souhaitent plus de travail avec la France insoumise et, d'autre part, des commentaires critiques envers Jean- Luc Mélenchon.

 

Autre point interrogé sur notre stratégie : la prise et l'exercice du pouvoir. Ce point est mentionné tant du point de vue local que du point de vue national. Certains font un lien direct avec la question du rassemblement en disant que nous ne pourrons y parvenir seuls, ni sans pour autant pouvoir le faire sans faire une analyse de la société française au 21ème siècle.

 

Ceci fait le lien avec la question du projet du Parti qui est très souvent évoqué, bien plus que de son programme. Quelle est notre base idéologique, quelles sont les valeurs que nous promouvons ? La nécessité de mieux définir ce que peut être le marxisme au 21e siècle et la perspective révolutionnaire sont souvent interrogées, tout comme la manière de lutter contre l'idéologie libérale dominante afin de reprendre pied dans le débat. Certains souhaitent que l'écologie prenne plus de place dans notre projet et notre programme. Plus généralement, les commentaires évoquent souvent la question de l'identité du PCF : de qui voulons-nous être le Parti?

 

Trois autres points reviennent régulièrement quoi que moins fréquemment : les directions, l'organisation du Parti et sa communication.

 

Concernant les directions, du local au national,plus qu'une défiance, il s'agit de mieux définir leur place et leur rôle. En creux, cela interroge la place des militant -e- s au sein de l'organisation qui devrait fonctionner de manière plus transversale afin de favoriser un meilleur engagement des communistes qui pourrait être favorisé en mettant à profit les possibilités nouvelles offertes par les outils numériques. La question du nom du Parti est parfois évoquée, le plus souvent pour exprimer une inquiétude sur un éventuel changement de nom. La plupart des commentaires sur ce sujet disent que ce n'est pas là la solution mais que nous devrions travailler à montrer en quoi le combat communiste est plus que jamais d'actualité.

 

La communication 1 est assez souvent évoquée pour réclamer une communication qui donne plus de visibilité mais aussi de lisibilité de l'action du Parti. Le rôle des médias est souvent critiqué. Pour autant, une part importante estiment que pour y palier, nous devrions mieux investir les réseaux sociaux ainsi que les outils numériques en général.

 

1  La communication faisant l'objet d'une question ouverte spécifique, elle sera traitée plus en détail dans la partie qui lui est consacrée.

lI- Notre projet La France en commun est-il à la hauteur des enjeux : autres propositions

 

Une remarque rien très fréquemment : La France en commun - un titre jugé flou par beaucoup ne serait pas un projet mais un programme qui traduirait un affaiblissement de nos valeurs fondamentales (identité communiste, marxisme, lutte des classes, ...), programme qui n'est pas toujours jugé en phase avec les évolutions de la société actuelle. Aussi, nombreux sont celles et ceux qui appellent de leur vœux un retour aux fondamentaux : l'écriture d'un manifeste du Parti communiste du 21e siècle, de base marxiste, qui montre l'actualité de la lutte des classes, un projet révolutionnaire de notre temps, un projet émancipateur et non d'inspiration réformiste comment l'estiment quelques uns qui souhaitent un renforcement de la conscience de classe et une place plus importante de la lutte capital-travail dans notre visée . Certains trouvent que notre analyse de la société n'est pas assez d'actualité et que nous devrions travailler dessus. La volonté d'y intégrer plus fortement la  thématique de l'écologie et d'un nouveau mode de développement est fréquente dans les réponses à cette question ouverte (nucléaire, nouveaux modes de production,...). Cette analyse de la société pourrait se faire en développant nos liens avec le monde associatif et les organisations syndicales.

 

Vient ensuite fortement, à nouveau, la question du rassemblement : avec qui ? Les avis sont partagés, d'aucuns préconisant un rapprochement avec le mouvement de Benoît Hamon et/ou la France insoumise, d'autres s'exprimant pour s'y opposer. Néanmoins, beaucoup estiment que le PCF ne pouvant accéder seul au pouvoir, il conviendrait alors de travailler à un projet qui pourrait largement rassembler à gauche.

 

Alors que beaucoup jugent que la France en commun, plus qu'un projet est un programme, celui­ci est souvent qualifié de flou, peu concret et manquant d'identifiants forts pour le Parti communiste.

 

Ceci fait le lien avec des remarques assez fréquentes qui souhaitent que le Parti travaille à mieux populariser un projet qui se déclinerait ensuite en un programme concret. Le populariser dans la société mais aussi auprès des militant·e·s qui devraient être plus impliqué·e·s dans son élaboration. Le développement de la formation au sein du PCF est un souhait récurrent de même qu'une amélioration de notre communication tant dans les orientations qu'elle prend que dans une meilleure utilisation des outils numériques, notamment des réseaux sociaux.


Ill- Sur quels défis du combat communiste devons-nous travailler en priorité : autres propositions

 

Nombre de commentaires disent qu'il est difficile - voire non souhaitable - d'opérer un choix parmi les items proposés ce qui reviendrait à établir une hiérarchie entre des sujets qui sont considérés tous comme importants.

 

La notion de « monde des communs » n'est pas toujours comprise, certains la qualifiant peu ou prou de fourre-tout, de novlangue.

A noter que les réponses à cette question ouverte reprennent souvent des points proposées dans les choix offerts. Nous reviendrons ici sur ceux qui formulent des propositions complémentaires à ces choix.

 

Le commentaire  qui revient parmi les plus fréquents est lié à l'identité du PCF qui devrait redevenir le parti des classes  populaires,  le parti de  la lutte des classes  en œuvrant au dépassement du capitalisme, en mettant l'opposition capital-travail au cœur de nos propositions, tout comme l'appropriation collective des moyen de production. Ces aspects considérés comme fondamentaux ne seraient plus au centraux dans le projet, le programme du Parti,ceci appellerait un besoin de formation des militant·e·s.

 

Concernant l'écologie, il est dit que le Parti ne devrait pas « avoir peur de mettre ses propositions en avant » et d'affirmer qu'écologie et lutte contre le capitalisme sont deux sujets intimement liés.

 

Concernant la lutte contre toutes les discriminations, certain·e·s soulignent qu'il s'agit d'un point transversal qui devrait nourrir l'ensemble des réflexions du Parti. On notera que si,parfois, il est dit que le féminisme et la lutte contre le patriarcat traversent bien des champs de la vie quotidienne, qu'il s'agit d'une discrimination systémique, d'autres s'interrogent sur le fait que les luttes contre le sexisme et contre le racisme soient distinguées des autres discriminat ions.

 

Beaucoup d'annotations concernent le progrès social qui devrait être au cœur des luttes du Parti communiste : salaires, retraites, lutte contre la précarité, sécurité de l'emploi et de la formation, logement, transports, santé, protection socia le étant les exemples les plus fréquemment cités.

 

L'internationalisme est considéré comme l'un des éléments qui font l'ADN du PCF,de même que la lutte contre l'impérialisme (sortie de l'Otan), la paix et le désarmement .

 

La question de l'Europe revient également mais de manière moins récurrente que les points précédemment évoqués. Les propositions sur ce sujet sont divergentes, certains prônant la construction d'une autre Europe alors que d'autres plaident pour une sortie de l'Union européenne.

 

La question du renouveau industriel de la France revient également de temps à autres, tout comme le développement de l'économie sociale et solidaire.


IV- Pour faire le bilan de nos expériences politiques des dernières années, il est important de reprendre notre réflexion... : autres propositions

 

Sur l'analyse du bilan, de nombreux commentaires proposent de la faire sur des périodes plus longues que 2017 ou même le Front de gauche : collectifs anti-libéraux, expérience de la gauche plurielle, programme commun, voire jusqu'au Front populaire et au Conseil national de la résistance.

 

Concernant le Front de gauche, beaucoup demandent que l'on analyse bien les causes de son échec. Certains souhaitent le relancer.


La question des alliances électorales revient beaucoup. Celles-ci sont parfois jugées opportunistes alors qu'il faudrait s'allier sur des bases programmatiques. Fréquemment, les alliances sont perçues comme « à géométrie variable », les municipales de 2014 étant souvent citées en exemple. On retrouve des avis partagés sur le choix des partenaires possibles. Certains souhaitent un rapprochement avec la France insoumise alors que d'autres évoquent un large rassemblement de la gauche anti-libérale. Revient très souvent le souhait d'avoir une stratégie d'alliances cohérente.

 

Beaucoup de répondants se posent la question de la prise du pouvoir. Ici encore, c'est notre conception du rassemblement qui est interrogée. Souvent, cela s'accompagne de commentaires disant qu'il nous faut plus anticiper et nous inscrire dans une stratégie à long terme.

 

Le rôle des directions est assez souvent cité tout comme le besoin de mieux définir l'identité du Parti communiste (manque d'identifiants clairs et concrets).

 

Enfin, certains proposent de mieux analyser nos résultats électoraux, et en particulier  de s'appuyer sur les bonnes pratiques locales.


V- Consultation citoyenne, ses enseignements et les campagnes du PCF : que faut-il analyser ?

 

Les réponses à cette question montrent très nettement que par « campagnes du PCF », la plupart entendent les campagnes électorales.

 

Si un nombre significatif de réponses disent qu'il faut analyser l'ensemble des campagnes du PCF, la grande majorité des réponses montrent un souhait de se concentrer sur l'analyse des élections de 2017 : présidentielle et législatives. Si certains estiment que par sa campagne autonome, le Parti n'a pas vraiment pu exister dans cette séquence électorale, d'autres se font critiques sur le « ralliement » à Jean-Luc Mélenchon, un choix qui ne se serait opéré que tardivement. Avec pour conséquence, selon un nombre significatif de répondants, un effacement du PCF, en partie du fait de n'avoir pas présenté de candidat à l'élection présidentielle pour la deuxième fois.

 

Si certains demandent à ce que l'on réfléchisse aux causes des conflits avec Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise, d'autres disent que le PCF ne doit pas être à la remorque du PS et de la social-démocratie.

 

La question de notre conception du rassemblement est assez souvent citée ici encore pour dire que nous n'avons pas été en capacité de le faire aboutir. Le manque de visibilité du PCF et de ses campagnes est critiqué et son action est perçue comme trop calquée sur le calendrier électoral.

 

Concernant les campagnes thématiques du Parti, les actions de solidarité concrète sont très appréciées. En revanche, les autres campagnes (Zéro chômage pour une société de partage, VIème République, Europe, coût du capital) ne sont citées que marginalement et les commentaires disent parfois qu'elles ne sont pas menées avec suffisamment d'énergie, ni jusqu'au bout.

 

La grande consultation citoyenne n'est quasiment jamais citée, certains se demandant à quoi elle a pu servir.


VI- Comment créer des dynamiques majoritaires ? Autres propositions

 

Pour répondre à cette question, beaucoup pensent qu'il faut avant tout s'interroger sur ce que signifie être de gauche en 2017.

 

Pour ce qui concerne le PCF en lui-même, revient fortement ici encore le souhait d'avoir plus de visibilité, d'avoir un message plus clair, en travaillant plus sur nos contenus. Un certain nombre d'interrogations ressortent des réponses :

 

Comment faire grandir le projet communiste ?

Qu'est-ce qu'un programme révolutionnaire au 21ème siècle ?

Comment affirmer la pertinence d'un tel programme auprès des travailleurs ?

Comment redevenir un parti de masse ?

Comment être ou redevenir le partides classes populaires ?

Comment sortir du piège du présidentialisme ?

Comment, au-delà de Jean-Luc Mélenchon,travailler localement avec les militant-e-s de la France insoumise ?

 

En tout état de cause, le souhait s'exprime de formuler des propositions fortes,d'être à l'initiative plus qu'à la remorque en menant des campagnes politiques indépendantes du calendrier électoral.

 

La question de l'ouverture du Parti revient régulièrement en disant que nous devrions nous poser la question de comment s'ouvrir à la société civile, sur sa place dans notre organisation et sur comment l'accompagner dans son activité politique. Se pose également la question de savoir comment mieux tisser des liens avec le mouvement social.


VII- De qui voulons-nous être le parti ? Autres propositions

 

Beaucoup s'interrogent sur ce qui sont la/les classe(s) populaire(s). Si, bien entendu, il est largement dit que le PCF doit s'adresser à elles, nombreux sont ceux qui disent, qu'au-delà, il s'agit de mobiliser une majorité de Français, le PCF devant être le parti de toutes les bonnes volontés et être à l'écoute de toutes les catégories socia les en sachant travailler avec les acteurs du monde culturel et les intellectuels.

 

Concernant le mode d'action, revient de manière récurrente les questions de comment faire se rencontrer action citoyenne et action politique et comment (re)construire des espaces de vie politique au plus près des populations, dans les quartiers, les villes et les milieux ruraux, dans les entreprises. Sur ce dernier point, il est souvent dit que le travail d'implantation du PCF dans les entreprises doit être mené avec audace, afin que le politique agisse au cœur du système d'exploitation capitaliste.

 

Concernant les classes populaires plus particulièrement, le souhait est exprimé qu'elles soient présentes à tous les échelons du Parti,y compris dans la direction nationale. Cela pose plusieurs questions dont celle de la formation à nouveau, mais aussi des modes d'organisation pour que chacun·e trouve sa place dans le Parti. En matière d'organisation, bien des répondants s'interrogent sur la place à donner aux sympathisant·e·s au sein du Parti.

 

La place des femmes à tous les niveau est également souvent évoquée mais aussi celle de la jeunesse. Comment la mobiliser ? Comment faire pour que le PCF soit perçu comme un outil d'émancipation et que lesjeunes se reconnaissent dans son projet ?


VIII- De quel parti avons-nous besoin ? Autres propositions

 

Les commentaires les plus fréquents sont ceux qui demandent de redonner à chacun·e sa place dans le Parti, afin de pouvoir s'exprimer et de créer des initiatives, et ce en redonnant plus d'espace aux militant·e·s dans les sections et les cellules.

 

Beaucoup veulent que le Parti soit un espace de débat permanent avec une meilleure animation de la direction et une plus grande utilisation des outils numériques aujourd'hui à notre disposition. La démocratie directe pourrait être ainsi renforcée.

Ici aussi est évoquée la place et le rôle de la société civile dans les travaux du Parti, dans sa diversité pour contribuer à créer du commun.

 

Concernant les directions, il est souvent dit qu'elles devraient être à l'image de celles et ceux qu'elles représentent. La formation est là encore citée comme une démarche à développer largement afin de parvenir à cet objectif. C'est également valable afin de donner plus de place à la jeunesse.

 

De nombreux commentaires concernent la place des élu·e·s. Le PCF ne doit pas devenir un parti d'élu·e·s mais le rôle de ces derniers devrait être mieux valorisé, tant localement qu'au niveau national.

 

La question d'un éventuel changement de nom revient de manière récurrente. La quasi-totalité estiment qu'il serait inutile, inefficace, voire dangereux d'en changer. Cela ne modifierait rien sur le fond mais pourrait, au contraire, se traduire par un abandon de valeurs, d'idéologie et de références à des combats victorieux. Certains estiment que ce serait une capitulation.

 

Toutefois, de nombreux commentaires concernent l'image du PCF qu'il faudrait faire changer même si ce n'est pas simple dans l'univers médiatique d'aujourd'hui. Sont fréquemment cités comme des moyens efficaces  les outils  numériques et en particulier  les réseaux sociaux, largement utilisés par lesjeunes Français-es. En matière d'image, beaucoup souhaitent que soient mises en avant les propositions qui nous distinguent des autres partis de gauche. Certains estiment que ce changement d'image ne peut se faire sans réaffirmer notre identité communiste et révolutionnaire, ni sans s'appuyer sur des fondamentaux comme le marxisme, sur la lutte des classes.

 

Enfin, on retrouve la volonté de redonner du souffle, de la dynamique, de l'espoir et de l'utopie au Parti, et de s'appuyer sur une forte volonté de faire ensemble chez nos militant·e·s.


IX-   Premiers éléments de réflexion sur la communication et la visi bilité du Parti

 

Pour la plupart des celles et ceux qui se sont exprimé·e·s, la communication est un sujet majeur sur lequel il est jugé important que le Parti s'améliore.

 

Ainsi que cela a déjà pu être dit dans les réponses aux questions ouvertes, il importe d'avoir un message clair, simple et concis afin d'être compris par le plus grand nombre. Ceci est jugé d'autant plus important que le Parti souffre d'un manque d'espace médiatique, beaucoup ayant le sentiment que les médias audiovisuels boycottent volontairement le PCF, contrairement à d'autres formations politiques.

 

Cette lisibilité dans la communication passe notamment, cela a été évoqué plus haut, par un projet et un programme qui nous donneraient des propositions fortes et qui parlent à notre électorat. En matière de visibilité, encore, beaucoup disent qu'il faut mieux identifier nos supports (affiches,tracts,...) en y mettant le logo du Parti systématiquement et de manière plus visible qu'actuellement afin d'affirmer notre identité communiste.

 

En matière de visibilité, il est dit régulièrement que le Parti se disperse trop dans ses campagnes, trop nombreuses et pas toujours suivies.

 

En ce qui concerne nos passages dans les médias, des commentaires récurrents proposent d'élargir le nombre de nos porte-paroles : plus de place aux jeunes, valorisation du travail de nos élu·e·s (parlementaires, maires,...). Il faut y faire passer des messages clairs et percutants et ne pas hésiter à faire du buzz intelligent. Certains proposent également de créer notre propre média sur internet (web-télé,...).       

   ·

De très nombreux commentaires concernent notre usage des outils numériques. Le site web www.pcf.fr est souvent jugé de  piètre qualité. Il devrait être refondu et offrir plus d'espaces collaboratifs. La présence du Parti sur les réseaux sociaux est trop faible, que ce soit pour le PCF et sa direction ou pour les instances locales. Notre présence doit y être beaucoup plus forte, tant la direction que les communistes en général. Ceci devrait s'accompagner de formations à leur bon usage afin de les utiliser au mieux.

 

Néanmoins, le fait d'investir largement les réseaux sociaux et internet ne peut nous dispenser d'une bonne communication de terrain, en valorisant la proximité des communistes avec les Français·es à qui il faut dispenser des messages clairs. Les actions de solidarité concrètes sont souvent citées en exemple : elles illustrent dans la pratique les valeurs qui animent les communistes.


X- As-tu d'autres propositions de chantiers à traiter ?

 

Les chantiers proposés dans le document de consultation sont largement approuvés par les communistes. Les réponses à cette question ouverte reprennent pour l'essentiel ce qui a été vu dans les propositions faites plus haut. Les principales qui reviennent ici sont les suivantes :

 

  • Notre stratégie de rassemblement .

 

Les relations avec la France insoumise et Jean-Luc Mélenchon : clarifier ce point sans que pour autant cela monopolise les débats dans le Parti.

 

Trouver un mode d'organisation et de fonctionnement du Parti qui favorise l'implication du plus grand nombre de communistes.

 

Mettre plus a profit cette ressource collective.

 

Afin  d'y  contribuer, développer  la  formation  au  sein  du  Parti en ayant  des  supports adaptés.

 

Ne pas abandonner nos fondamentaux que sont le marxisme et la lutte des classes.

 

Rendre  au  Parti sa  visibilité,  notamment  en matière  de  communication, en ayant  des messages simples, compréhensibles par tou·te·s.

 

Travailler sur les marqueurs de ce qu'est le communisme du 21e siècle. Mettre en valeur ce qui nous dist ingue et fait notre originalité dans le paysage politique.

 

Donner plus de place à la jeunesse.

 

S'ouvrir plus sur la société et bien analyser la société française d'aujourd'hui.

 

Anticiper sur 2022.


XI- As-tu une autre méthode à proposer pour le congrès ?

 

La plateforme numérique est accueillie favorablement par une large majorité des répondants : elle permet à tous les adhérent·e·s de s'impliquer directement dans les chantiers et elle permettra également de suivre l'évolution des débats en temps réel.

 

Pour autant,ce n'est pas la panacée, beaucoup disant qu'il faut veiller à la fracture numérique et ne pas laisser sur le chemin les camarades n'ayant pas d'accès à internet ou ne le maniant pas facilement. Beaucoup proposent donc de multiplier les portes d'entrée des débats.

 

De même, un grand nombre estiment qu'en plus de la plateforme, les chantiers devraient proposer des réunions physiques nationales, éventuellement décentralisées en région,voire des réunions dans chaque région. Dans un même esprit, ces débats devraient également se tenir dans les sections, voire dans les cellules, afin de redynamiser leur fonctionnement, en inventant de nouvelles formes, en expérimentant.

 

Cette possibilité offerte à tou-te-s les communistes de contribuer est appréciée car le débat devrait s'organiser de la base vers la direction, soulignent de fréquents commentaires.

 

Enfin, des propositions récurrentes demandent à ce que cette première phase puisse être ouverte aux sympathisant·e·s alors que d'autres, nettement  moins nombreux, souhaiteraient que ces travaux soient du seul ressort des adhérent-e·s qui seraient également les seul-e-s à pouvoir consulter les débats sur la plateforme.

 

Concernant la base commune, on note un souhait assez fort pour une élaboration plus collective de ce texte que beaucoup souhaitent plus clair, concis et compréhensible que lors des derniers congrès. De nombreux commentaires disent également qu'il ne faudrait pas que le débat soit entièrement focalisé sur ce texte et d'éventuels textes alternatifs. Concernant ces derniers, certains souhaiteraient qu'il n'y en ait pas ou que le texte de la direction soit suffisamment rassembleur pour qu'il n'y ait pas nécessité de textes alternatifs. D'autres, moins nombreux, disent que ces textes contribuent à enrichir le débat.

 

Contribution au débat préparatoire du Congrès extraordinaire du PCF

Fermeté idéologique et ouverture au mouvement populaire tel qu’il est :

rebâtir un Parti Communiste tribun du peuple

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L’année 2017 marque pour le PCF une nouvelle étape dans le processus de recul de son influence sur les masses et de son attractivité organisationnelle, eux-mêmes conséquences d’un profond recul sur le plan idéologique et, subséquemment, dans l’analyse stratégique et tactique. C’est à cela qu’il nous faut remédier avec patience, méthode et sans idéalisme, en restant lucide sur l’état du Parti aujourd’hui et sur les difficultés objectives de la situation politique dans laquelle nous sommes placés. C’est à cela que veut contribuer ce texte de réflexion.

 

Le PCF d’hier à aujourd’hui ou la victoire de l’opportunisme

 

La déshérence idéologique du Parti l’a conduit à abandonner petit à petit aux cours de ces dernières décennies les éléments fondamentaux de la théorie révolutionnaire des communistes – le marxisme-léninisme, guide pour l’action - qui avait permis au PCF de devenir au cours du XXème siècle le premier parti ouvrier de France, en capacité de diriger, dans l’objectif de la prise du pouvoir, un front social large avec la classe ouvrière au centre.

 

Pendant 50 ans, des années 1930 aux années 1980, le PCF et ses premiers dirigeants (Maurice Thorez, Jacques Duclos, Waldeck Rochet, Georges Marchais) ont su être de véritables tribuns du peuple, défenseurs des intérêts immédiats des différentes couches du monde du travail, mais aussi faisant progresser son organisation et sa conscientisation dans l’objectif de la réalisation de ses intérêts historiques, à savoir la rupture révolutionnaire avec le système capitaliste.

 

Malheureusement, la fétichisation des succès tactiques (le Front Populaire notamment) a conduit à vouloir transformer en stratégie hors contexte une ligne conjoncturelle antifasciste: c’est ainsi qu’est né dès 1956 à l’occasion de l’anniversaire des 20 ans du Front Populaire le projet « d’union de la gauche », qui aboutira en 1972, après le congrès d’Epinay du PS qui marquait une volonté de la social-démocratie de se tourner vers le PCF.

 

Le « programme pour un gouvernement d’union populaire » était la théorisation opportuniste par le Parti de la nécessité de l’alliance stratégique avec le PS, considéré alors comme le « parti des classes moyennes », abandonnant ainsi ces « nouvelles couches salariées » au PS…., avant d’ailleurs de vouloir finalement contester l’hégémonie du PS en s’alignant sur ce dernier et au détriment de la classe ouvrière. L’alliance STRATEGIQUE avec le PS pour la « conquête du pouvoir », c’était reconnaître que le Parti ne pouvait plus être le « tribun du peuple », à savoir le porte-parole de TOUTES les couches opprimées de la société, mais qu’il était un parti comme les autres réduit à des combinaisons gouvernementales dans lesquelles - le rapport de force étant ce qu’il est sous la société capitaliste - il ne pouvait qu’être à la remorque de la social-démocratie.

 

Le déclin du Parti, dont son déclin électoral, date de cette période. De premier parti de la gauche au début des années 70, il est relégué à la seconde place en 1981 avec la victoire de François Mitterrand et réduit quasi à néant lors de l’élection présidentielle de 2007.

 

Cet opportunisme stratégique était la voie française de ce qui s’appellera « l’eurocommunisme », à savoir la volonté d’un certain nombre de partis communistes européens, dont en premier lieu le parti italien, de trouver une voie différente de celle prise par l’URSS en 1917, non seulement sur la forme (qui est toujours liée au contexte donné) mais plus fondamentalement sur le fond : à savoir la croyance qu’il pourrait y avoir désormais une « révolution » par les urnes, simplement en gagnant la majorité parlementaire avec des alliés ; la croyance que la bourgeoisie concèdera volontairement la socialisation des moyens de productions, c’est-à-dire la confiscation de ses biens.

 

Cette stratégie axée sur la conquête électorale a conduit le Parti à donner une place démesurée à ses élus, ce qui a contribué à accroître progressivement sa dépendance au système bourgeois (y compris financièrement, les cotisations des adhérents n’étant qu’une infime partie). Sans parler de la dérive de certains élus séduits par la respectabilité ou flattés par la fréquentation des ors de la république. Et lors des élections législatives de 1993, les élus communistes ont même décidé de leur autonomie de vote par rapport au Parti, rompant avec l’un des points fondateurs du PCF en 1920 au Congrès de Tours et qui en avait fait un parti différent des autres. En 1994, c’est le président de l’Association des Elus Communistes – Robert Hue - qui devient secrétaire général ; tout un symbole : les élus sont au poste de commande.

 

Cette stratégie décrédibilise le parti. Pour préserver des sièges, le parti a assoupli sa ligne pour nouer plus facilement des alliances. Pour sauver les élus, le PCF peut se priver de critiquer sévèrement certains appareils avec lesquels il a l'habitude de travailler (ex : le PS) ou encore appeler la population à faire des choix inadmissibles pour obtenir un geste en retour. Le dernier quinquennat du PS a fait considérablement souffrir le peuple et tous les élus PS sont responsables de cela. Benoît Hamon a, par exemple, été ministre au début du quinquennat durant une réforme des retraites, l'ANI, le CICE. Quand il a quitté le gouvernement, ce prétendu « frondeur » n'a jamais voté la censure contre la loi El Khomri. Pour autant, le PCF ne s'est pas gêné pour appeler Jean-Luc Mélenchon à discuter et à se rassembler avec lui à la Présidentielle... Il en est de même pour Najat Vallaud Belkacem qui a soutenu Manuel Valls à la primaire du PS et que le PCF a soutenu au second tour des législatives contre un candidat En Marche. Tous ces choix opportunistes du PCF le fait passer comme un parti comme les autres, contribue à l'effacer et à le décrédibiliser aux yeux des électeurs. Pire encore, cela crée un vide politique, empêche une réelle critique radicale du capitalisme de s'imposer et d'organiser les masses. Cela laisse donc un espace politique disponible à d'autres organisations. Espace aujourd'hui récupéré et occupé par la France Insoumise, mouvement qui a le même objectif réformiste que le PCF (la « révolution citoyenne » de Mélenchon ne diffère guère, sur le fond, de notre « processus de transformation sociale fondé sur les luttes, les batailles d’idées et les conquêtes de pouvoirs » selon la formule votée au 37ème congrès), mais qui a su s’imposer en se démarquant stratégiquement des Partis gestionnaires du système comme le PS.

 

 

Les conditions objectives dans lesquelles nous luttons :

 

contre-révolution et affaiblissement du Parti

 

Sur le plan international, la défaite du camp socialiste – et notamment de l’URSS - au tournant des années 80/90 et la virulente campagne idéologique anticommuniste qui l’a accompagné, a placé le mouvement ouvrier révolutionnaire sur la défensive partout dans le monde. Ce choc de la contre-révolution a ouvert une nouvelle période historique, refermant temporairement la période de l’ère des Révolutions ouverte en 1917. Désormais, dans cette ère contre-révolutionnaire qui a donné un coup d’accélérateur au détricotage ultralibéral de tous les conquis sociaux du siècle, il s’agit d’abord pour le mouvement ouvrier et populaire de résister et de reposer les jalons politiques et idéologiques qui permettront ultérieurement d’envisager à nouveau la perspective communiste qui s’est éloignée.

 

Ce contexte mondial contre-révolutionnaire est à prendre en compte pour mesurer à sa juste valeur toutes les manifestations de résistance à ce « nouvel ordre mondial » et de reprises partielles de la lutte pour le camp progressiste, sous des formes très diverses : grand mouvement social d’octobre-novembre 1995 en France, manifestations « altermondialistes » à Seattle en 1999 au sommet de l’OMC et à Gênes en 2001 au sommet du G8, nouveau cours progressiste en Amérique latine avec la révolution bolivarienne à partir de 1998 au Venezuela, mais aussi en Bolivie (Morales depuis 2006), en Equateur (Correa), Uruguay et même Brésil (Lula da Silva), mouvement social de 2003 en France puis victoire du Non au référendum contre le Traité Constitutionnel Européen en 2005, tentatives dans la foulée de bâtir un « front antilibéral » large... qui aboutira à la constitution du Front de Gauche en 2008/2009 puis aux 11% de Mélenchon en 2012, enfin aux 19,6% de 2017.

 

Dans le même temps, le PCF comme force militante organisée, mais aussi dans sa capacité d’influence, s’est considérablement affaibli, et cela constitue une donnée objective à prendre en compte.

 

En 1978 le Parti avait encore 565 000 adhérents (cartes distribuées), à ce moment précis de bascule politique où, pour la première fois sous la 5ème République, les socialistes ont un résultat électoral supérieur à celui des communistes (et vont donc prendre l’ascendant). Lors de la participation au gouvernement de 1981-1984, le Parti perd un quart de ses adhérents ! Il en perd plus de 41% lors de la période de la « gauche plurielle » en 1997-2002 ! Par la suite, malgré un bref léger regain, l’affaiblissement est constant. En 2016, pour le congrès, seuls


52 874 militants ont encore leurs cartes. Même les bastions historiques du Parti Communiste sont touchés par cette érosion puisqu’entre 2006 et 2016, les fédérations du Val de Marne et de Seine-Saint-Denis perdent par exemple 75% de leurs adhérents. Nationalement, en 10 ans, le Parti Communiste perd plus de 60 % de ses adhérents. Depuis le Programme commun de 1972, le Parti Communiste a perdu 83% de ses adhérents.

 

Alors qu’en 1968, le parti représentait un peu plus de 6 militants pour mille habitants, en 2016, il ne représente plus que 0,82 pour mille de la population. C’est-à-dire qu’il faut compter un militant communiste pour 1220 habitants aujourd’hui quand il y en avait un pour 150 habitants en 1936.

 

Ceci se reflète aussi dans l’influence électorale. Nous sommes passés de 28,6% en novembre 1946 à 2,7% en juin 2017, plus faible score de notre histoire (plus bas que les 4,3% de juin 2007 considérés alors comme notre pire score). Ce score de 2,7% cache, de plus, un terrible affaiblissement confinant à la marginalisation dans de très nombreuses zones du pays. 85% de nos candidats ont fait moins des 5%. Seuls 26 candidats ont fait plus de 10% mais ce qui représente 27,4% de toutes les voix du PCF montrant que nous nous réduisons sur des « bastions ». Lesquels bastions d’ailleurs sont très localisés, en fonction d’une influence communale forte (parfois liée à des personnalités), ce qui en fait certes une force localement, mais montre une faiblesse d’un parti qui n’est plus perçu comme parti national d’opposition capable de rayonner en dehors de ses bastions. Par exemple, à Grenay, mairie communiste du Pas-de-Calais, le candidat-maire obtient 38,4% dans sa commune aux législatives, mais seulement 3,5% dans la commune voisine de Bully les Mines, et moins encore dans la grande ville voisine de Liévin. Le même constat peut être fait dans bien d’autres endroits.

 

La concentration militante autour des « bastions » dresse aussi le portrait d’un parti qui est de moins en moins en capacité de rayonner sur tout le territoire comme une force vive. Ainsi, près de 20% des adhérents de la Fédération du Nord du PCF se trouvent concentrés dans la 16ème circonscription du Nord, qui ne représente que 4,5% de la population du Nord. De nombreux territoires peuplés se trouvent ainsi vidés ou avec des sections devenues incapables d’animer une véritable vie du Parti. Sans parler des cellules, qui ont disparues du paysage.

 

Parti et Front : réapprenons à marcher sur nos deux jambes !

 

Il y a urgence à reconstruire un véritable parti communiste. Il y a urgence à renouer avec l’esprit de ce que fut le parti léniniste fondé à Tours en 1920, parti de « type nouveau » en ce qu’il rompait avec toutes les habitudes et les pratiques des partis traditionnels, y compris des partis ouvriers sociaux-démocrates marqués par l’opportunisme et le parlementarisme. C’est un tel parti qui a su attirer à lui les meilleurs éléments du mouvement ouvrier organisé, fortement teinté alors par l’anarchisme, et qui a fait du PC un parti d’avant-garde lié aux éléments les plus conscients des travailleurs, avec un véritable rôle moteur qui s’exprimera magistralement dès le Front populaire.

 

 

La fermeté idéologique du parti, son esprit d’organisation et d’engagement de ses militants formés, la lutte permanente contre l’opportunisme, c’est cela qu’il nous faut retrouver.

 

Cela nécessite aussi une analyse lucide du contexte de la lutte de classe aujourd’hui : les communistes ne se paient pas de mots, savent analyser un rapport de force, dans l’objectif de surmonter nos faiblesses pour aller de l’avant. Car si notre objectif stratégique ne change pas (le renversement de la classe capitaliste et la construction d’une société socialiste-communiste), ce qui nécessite un Parti état-major de la révolution en capacité de diriger la classe ouvrière et les autres couches travailleuses de la société, il y a bien différentes manières, bien différentes étapes, liées au contexte, pour arriver à être en position de diriger le processus révolutionnaire. Et dans cet objectif, il y a parfois la nécessité de bâtir des fronts intermédiaires comme étape dans le processus révolutionnaire. Le Front Populaire – front antifasciste - en fut un, le front de la résistance à l’occupant en fut un autre. Bien entendu, les communistes devant garder en tête à chaque fois qu’il s’agit de front intermédiaire avec des alliés, et que ce n’est pas ce front qui, de lui-même, se transforme en force révolutionnaire œuvrant au renversement du pouvoir bourgeois. Le croire est une déviation de droite qui conduit à s’aligner sur les éléments droitiers du front.

 

De même aujourd’hui en 2017/2018, dans le contexte de la vague contre-révolutionnaire ultra-libérale et des contre-tendances antilibérales qui s’expriment, le Parti communiste doit bâtir une politique de front conjoncturelle avec les forces antilibérales dominantes qui s’expriment, c’est-à-dire aujourd’hui principalement la France Insoumise, au risque sinon de se couper des masses (danger du gauchisme). Sans croire toutefois que de ce front naîtra ipso facto la « révolution », ce qui constituerait une déviation de droite !

 

 

C’est autant dans les formations théoriques et dans l’amélioration du travail organisationnel que dans la bonne tenue de cette tactique de front que le Parti se reconstruira comme un parti révolutionnaire, et sera à nouveau en capacité de sortir de sa marginalité et de repartir à la conquête des masses. Hier comme aujourd’hui, réapprenons à marcher sur nos deux jambes !

 

La « France Insoumise » : émergence d’une résistance politique antilibérale de masse à prendre en compte pour un travail de front conjoncturel.

 

Face aux politiques libérales de détricotage systématique des conquis de nos parents et grands-parents (« il s’agit de défaire méthodiquement le programme du CNR » disait Denis Kessler vice-président du MEDEF en octobre 2007), les voies de la résistance sont multiples. Résistances d’abord souvent partielles, parcellaires, limitées mais points d’appui pour construire une conscience collective de la nécessité du changement de société, pour construire in fine une conscience communiste.

 

En 2005 en France, un mouvement a commencé à se structurer contre la principale force institutionnelle de la bourgeoisie en Europe : l’Union Européenne. Le peuple français refusait le Traité de Constitution Européenne et sa concurrence « libre et non faussée ». Certes, aux élections présidentielles suivantes en 2007, cette résistance unitaire antilibérale ne trouva pas d’expression commune, mais le mouvement était lancé. Et c’est dans ce contexte qu’est créé le Front de Gauche en 2009 par le Parti communiste et, principalement, le Parti de Gauche (scission antilibérale du PS). D’autres organisations se rallieront nationalement ou localement tandis qu’un certain nombre de citoyens n’appartenant pas ou n’appartenant plus à des organisations politiques se retrouvèrent dans ce mouvement. Cela donnait ainsi une traduction politique aux multitudes luttes sectorielles de résistance à la casse antilibérale (pensons par exemple, dans cette période, en octobre 2009, à la votation citoyenne pour la défense de La Poste).

 

Bien sûr, il ne s’agissait pas là de conscience claire sur le projet de société communiste à bâtir sur les ruines de la société capitaliste, mais simplement la construction d’un front de résistance contre les manifestations de cette politique de destruction de nos conquis et de marchandisation. Une première étape indispensable.

 

Un espoir renaissait dans la population avec l’idée que l’austérité n’est pas une fatalité et que tous peuvent avoir accès à des conditions de vie dignes dans notre pays. Un tribun se dégage alors comme porte-parole de ce front de résistance : Jean-Luc Mélenchon, et il en sera le candidat commun en 2012. Pour la première fois depuis 30 ans, soit depuis Georges Marchais en 1981, un candidat situé à gauche de la social-démocratie libérale atteignait un score à 2 chiffres (11%) et 4 millions de voix.

 

Ce front anti-libéral redonnait un espoir aux couches populaires pour une autre politique qui prenne enfin en compte l’être humain et non pas seulement les profits de quelques-uns. Au-delà du programme qui ouvrait une perspective rompant avec le libéralisme ambiant, un tribun se détachait pour porter avec force ces idées, faisant jeu égal médiatiquement avec les pseudos experts des médias et donc du capital. Un tribun qui savait rompre avec les organisations qui ont trahi comme le PS.

 

Jean-Luc Mélenchon a confirmé en 2017 avec 7 millions de voix et près de 20% des suffrages exprimés.

 

Ceci est la conséquence, peut-être, du contenu du programme de Jean Luc Mélenchon mais surtout de sa stratégie adaptée à la situation politique. Contrairement au PCF malheureusement, il a très bien compris ce qu'incarnait le PS pour les masses et il n'a cessé de s'en démarquer et de justifier ses désaccords avec ce parti.

 

Ainsi l’affirmation de la candidature de Jean-Luc Mélenchon dès février 2016 a d’abord permis de décrédibiliser les primaires du PS (qui se voulaient « de toute la gauche ») en traçant une ligne de démarcation entre deux gauches irréconciliables. Pour ces raisons, JLM est apparu clairement comme un candidat de rupture, le candidat du changement. Notre parti n'a pas été aussi clair, en conséquence des stratégies opportunistes électorales précédemment citées : la direction du Parti tergiversait et donnait alors du crédit aux Primaires, laissant alors le champ libre à Mélenchon, puis ce fut la recherche sans arrêt de l'union avec Hamon après que le PCF se soit pourtant prononcé en faveur de JLM…

 

Dans cette période obscure de recul social et démocratique avec l’institutionnalisation de l’état d’urgence et la répression violente qui se multiplie, soutenir à nouveau la candidature de


JL Mélenchon permettait d’affirmer l’unité du camp de la résistance, celle du front anti-libéral. Ce succès à l’élection présidentielle s’est confirmé lors de l’élection législative avec 28 députés du camp de la résistance contre 10 lors de la précédente mandature.

 

 

Ce front anti-libéral a attiré via le mouvement de la ‘France Insoumise’, non seulement des électeurs qui avaient déserté les urnes, voire plus marginalement votaient pour le FN, mais encore plus de citoyens novices ou dégoûtés par la politique qu’en 2012. Une action l’illustre : les « caravanes » dans les quartiers les plus populaires, où l’abstention est devenue la règle, pour capter l’aspiration profonde au « dégagisme » des secteurs populaires le plus éloignés de la conscience politique.

 

Le mouvement ‘France Insoumise’ a connu une réelle audience de masse mais a permis aussi de mettre en branle une nouvelle génération militante, quand bien même il reste inévitablement marqué par la prédominance des couches moyennes.

 

 

Notre Parti a vécu difficilement cette séquence électorale, présidentielle comme législative (même si, in fine, nous maintenons un nombre de 11 députés communistes).

 

La concurrence avec la France Insoumise pour les candidatures aux législatives, dont le PCF et la FI sont mutuellement responsables, a entraîné un climat exécrable entre militants qui, pourtant, ont besoin aujourd’hui, d’unité dans la lutte contre ce gouvernement libéral.

 

Pour nous, il ne sert à rien de réécrire l’histoire, et de chercher des responsabilités ailleurs qu’en notre sein. Bien sûr, la liste est longue des vexations subies. Mais ce n’est pas Mélenchon qui a marginalisé le PCF, c’est le PCF qui s’est lui-même marginalisé par deux décennies (au bas mot) de suivisme opportuniste du PS, nous emportant au final dans la vague « dégagiste » qui exprime une profonde aspiration au renouveau. C’est cela qu’il faut corriger.

 

Il est vain de passer son temps à critiquer tel ou tel geste ou parole de Mélenchon ou de la FI.  Ceci est également contreproductif compte tenu des choix de notre organisation qui sont plus que discutables. Il y a aujourd’hui un rapport de forces objectif qui place la France Insoumise en première position des forces antilibérales. Il faut en tenir compte pour nous positionner et aller de l’avant.

 

Soutenir la candidature de Jean – Luc Mélenchon : une erreur ?

 

Pour beaucoup de camarades, les mauvais résultats du parti aux législatives sont dus au fait que nous nous sommes effacés à la Présidentielle derrière Jean – Luc Mélenchon. Toutefois, le PCF, en étant décrédibilisé par ses mains tendues au PS, à côté d'un Jean Luc Mélenchon beaucoup plus clair et cohérent, n'aurait pas été plus visible et n'aurait pas obtenu de meilleurs scores. D’autant plus qu’il n’apparait pas comme voulant quelque chose de fondamentalement différent (« la France en commun » par rapport à « l’Avenir en commun », ce sont des différences pour spécialistes, pas pour le grand public). Par ailleurs, compte tenu de la menace ultra-libérale incarnée par Emmanuel Macron et de la menace fasciste incarnée par Marine Le Pen, nous avions besoin d'un rassemblement sur des bases claires (c’est-à-dire en dehors du PS, parti porteur de l’héritage de Hollande). La division n'aurait pas été pertinente.

 

D'autres camarades soulignent les limites de Jean – Luc Mélenchon qui ne propose que des réformes progressistes et non le renversement du capitalisme. S'il est vrai que son programme n'est pas notre projet sur le long terme, sur le court terme il est l’expression d’une étape de résistance aux politiques libérales et liberticides. Soutenir la candidature de Jean Luc Mélenchon, faute de l'existence d'un vrai parti communiste en capacité de jouer son rôle de tribun du peuple avec une audience de masse, permettait donc de contribuer à la conscientisation politique des masses et à la construction d'un rapport de force mobilisable pour mener de futures luttes.

 

Ce n'était en rien une erreur.

 

Ce choix n'empêchait pas, ce choix n’empêche toujours pas de réfléchir à notre propre organisation et à sa reconstruction, à l’opposé justement de la dissolution dans le mouvementisme insoumis.

 

Le redressement révolutionnaire du Parti communiste ne s’oppose pas à l’unité d’action avec la FI

 

Notre Parti ne pourra pas se redévelopper comme parti communiste révolutionnaire sans rompre, non seulement avec l’opportunisme, mais aussi avec le sectarisme.

 

Rompre avec le sectarisme, c’est partir du constat que le Parti est aujourd’hui une composante seconde du mouvement ouvrier et populaire, du mouvement de résistance antilibérale, et qu’il doit regagner ses galons et la confiance des classes populaires s’il veut un jour redevenir la force dominante du mouvement ouvrier et populaire qu’il fût. Pour cela, le PC ne doit pas s’isoler du mouvement de masse mais travailler au coude à coude avec la FI notamment, malgré toutes les difficultés. On ne fuit pas devant une difficulté, on s’y confronte.

 

Nous devons dresser une seule ligne de résistance pour faire barrage à l’ennemi ! Le Parti ne doit pas chercher à bâtir son propre « front de résistance » centré autour de lui, en concurrence avec les autres dynamiques de résistance populaire à l’œuvre, mais participer, avec son identité, au front large de résistance même quand il est impulsé par la FI. C’est dans le combat commun que nous devons faire nos preuves, c’est dans le combat commun qu’éventuellement nous montrerons à terme notre capacité à reprendre le leadership. Il en a toujours été ainsi du travail communiste dans le mouvement syndical ; il doit en être de même sur le terrain plus directement politique, même si cela bouscule nos habitudes de travail, nous qui avons été habitués depuis des décennies à être la force principale de la contestation sociale sur le plan politique. Cela n’est pas simple, parce ce que justement la France Insoumise a tendance à ne pas vouloir travailler à l’unité d’action avec le PCF. L’unité est un combat !

 

Travailler à l’unité d’action, ne veut pas dire, bien sûr, de se refuser à être à l’initiative, notamment sur des sujets et thématiques non prises en charge par la France Insoumise. Nous devons continuer à développer nos propres actions ; tout en cherchant donc l’unité dès que c’est possible et nécessaire.

 

Unité n’est pas suivisme !

 

Rompre avec l’opportunisme et reforger un Parti communiste sur ses bases de classe (avec sa théorie révolutionnaire) est cependant la condition sine qua non pour ne pas sombrer dans le suivisme vis-à-vis de la FI. Dans l’unité d’action immédiate avec la FI et les masses mobilisées par la FI, les communistes doivent être ceux qui visent plus loin, qui cherchent à approfondir la rupture antilibérale jusqu’à une rupture anticapitaliste. Nous devons nous inspirer de ce que Marx et Engels indiquaient dans le Manifeste en 1848, bien sûr en nous adaptant à la situation actuelle :

 

« Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des prolétaires ? (…) Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat. (…) Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. (…) Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres ».

 

Ainsi, dans la lutte de masses (y compris donc la lutte menée par la FI comme force politique dominante de l’antilibéralisme), notre Parti ne pourra se développer sans une ligne claire.

 

Améliorer notre programme, notamment sur l’Europe

 

Cette ligne claire doit s’appuyer tout d’abord sur la rupture avec les politiques austéritaires et les partis porteurs de cette politique. Il n’y a pas de notion de « gauche » qui justifierait de sauver le PS par exemple, c’est le contenu qui prime : il faut rompre avec les partis (notamment le PS) qui refusent de remettre en cause l’étranglement financier et la confiscation de souveraineté que nous impose les différents traités européens.

 

Alors que le Parti était historiquement le fer de lance de la lutte contre la construction européenne, faisant échouer en 1952 la CED (Communauté européenne de défense), contre la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, le « Marché Commun » et sa PAC, qui ont vu la fermeture des mines au profit de l’Allemagne, la disparition progressive de nos petits agriculteurs et donc d’une production soucieuse d’une certaine qualité pour les consommateurs, alors qu’en 1992 notre Parti menait encore fermement la lutte contre le Traité de Maastricht (contre tous ceux qui croyaient alors au mythe de l’Europe sociale, dont d’ailleurs Jean-Luc Mélenchon à l’époque), nous avons connu depuis une « mutation » idéologique, nous ralliant à l’Europe du capital (que l’on veut simplement réformer), « Union Européenne » étant conçue comme un cadre indépassable.

 

Or, en termes de résistance au libéralisme, comment peut-on imaginer mener une politique en faveur du peuple quand le carcan européen nous enserre et nous astreint à l’austérité éternellement renouvelée ? Aujourd’hui, les coups ne font que pleuvoir contre le peuple travailleur : sécurité sociale, code du travail, retraites, salaires, emploi, industrie,… tout est en recul avec la bénédiction des vautours bruxellois. L’Europe sociale est une illusion dangereuse, inatteignable tel le remplissage du tonneau des Danaïdes.

 

Le Parti cède une fois de plus aux sirènes sociales-démocrates repoussant ainsi, de fait, toute perspective de progrès social pour le peuple français et aliénant sa souveraineté aux intérêts du capital financier. De plus, s’accrocher au mirage européen nous éloigne des classes populaires. Sur le terrain eurocritique, c’est par ailleurs un comble de laisser l’initiative à la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lors de la campagne présidentielle (mais avec d’ailleurs une inflexion en fin de campagne qui lui a peut-être coûté des voix), ayant lancé le slogan « L’UE, on la change ou on la quitte » qui posait nettement la question du « Frexit » que fuit l’actuelle direction du Parti acquise à l’idéologie européiste.

 

Se battre pour la rupture avec les traités européens qui nous étranglent, c’est desserrer l’étau, replacer la lutte dans le cadre national qui est le cadre accessible pour faire avancer notre lutte jusqu’à la prise du pouvoir révolutionnaire. Comme le disaient déjà Marx et Engels en 1848 dans le Manifeste : « Comme le prolétariat de chaque pays doit, en premier lieu, conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe nationalement dirigeante, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot ».

 

La souveraineté nationale, faut-il le dire, n’a au demeurant jamais été antinomique avec la coopération fraternelle entre les peuples. Que ce soit la lutte des peuples pour leur libération du colonialisme ou le socialisme, c’est toujours ce cadre qui a dicté les contours de la lutte et permit des victoires. La prise de conscience nationale d’un peuple opprimé permet de ramener la lutte pour l’émancipation contre son exploiteur immédiat : la bourgeoisie qui le dirige. Aujourd’hui encore, la défense de la souveraineté nationale contre l’impérialisme est fondamentale :  Yougoslavie, Irak, Afghanistan, Mali, Libye, Syrie, demain le Venezuela….  autant de pays où les dirigeants des grandes puissances impérialistes (dont la France) condamnent des gouvernements qu’ils qualifient de dictatoriaux pour venir imposer leur conception de la « démocratie » à coup de bombes.

 

Le résultat est probant… mais pour nos multinationales, car les peuples de ces pays sont plongés dans le chaos, divisés entre ceux qui obtiendront le meilleur accord avec l’exploiteur impérialiste pour asseoir leur baronnie locale. De ces états unifiés, il en ressort souvent des peuples divisés et en guerre interne pendant que nous pillons leurs richesses en toute impunité. Nous dénonçons justement avec vigueur les attentats des fascistes de Daesh sur notre territoire mais cela ne dérange pas notre gouvernement de les armer contre le président légitime que s’est choisi le peuple syrien. Apporter la paix dans un pays qui n’était pas en guerre à coups de bombes est une conception assez particulière de la démocratie. Plus que jamais nous devons dénoncer ces formes néo-coloniales de domination qui sèment l’instabilité et conduisent le monde perpétuellement au bord de la troisième guerre mondiale. La lutte anti-impérialiste est un des marqueurs identitaires des communistes. Nous devons être à l’avant-garde sur ce terrain-là où, au demeurant, la France Insoumise sera plus hésitante ou traversée de contradictions.

 

Camarades,

 

Nous assistons à un recul social d’une ampleur inégalée, non du fait de catastrophes naturelles contre lesquelles l’homme n’a pas de technologie adaptée, mais du fait de l’accaparement des richesses par une minorité laissant des populations entières dans le dénuement le plus total. Quels reculs ! Les bidonvilles renaissent dans nos quartiers, les guerres impérialistes se multiplient et sous couvert de « démocratie », la France tue des enfants, des femmes et des hommes, des maladies que l’on pensait éradiquée comme la tuberculose reviennent dans les quartiers les plus pauvres, l’espérance de vie en bonne santé recule ! Et ceci ne concerne pas des pays dits « en voie de développement » mais bien la 5ème puissance économique mondiale.

 

Face à cela, la résistance peine à s’organiser. L’ultra-libéralisme sans cesse renouvelé réussit encore à faire illusion et la menace fasciste est toujours en embuscade.

 

Nous sommes communistes et œuvrons à l’avènement de la société socialiste-communiste développée où les travailleurs auront directement le pouvoir, perspective historique indispensable car le capitalisme comme système social est en voie de putréfaction et épuise les hommes et la nature pour les profits honteux d’une infime minorité. Seule la socialisation des moyens de productions et d’échange sous le contrôle des travailleurs permettra de bâtir une société où les besoins de chacun seront satisfaits, non pas du fait de la fortune de leur naissance mais simplement du fait qu’ils sont nés et contribuent à la vie collective. Seule une telle société qui abolira la concurrence entre les travailleurs, arme du capital pour maintenir son oppression, permettra de développer une politique pacifique de coopération avec les autres Etats.

 

Mais cette perspective historique nécessite de bâtir le front de résistance au capital en partant des luttes quotidiennes d’aujourd’hui, toutes partielles ou partiales soient-elles. C’est dans ce travail de résistance quotidienne, aux côtés des autres forces qui la mènent, syndicales mais aussi politiques comme la FI, que notre Parti se reconstruira comme force motrice de la lutte des masses et regagnera, grâce à l’exemplarité des militants communistes, son rôle d’avant-garde sur le plan politique et idéologique. C’est ainsi que le Parti communiste retrouvera son rôle de tribun du peuple que l’opportunisme nous a fait perdre !

 

100 ans après la glorieuse révolution soviétique, prendre de telles résolutions, c’est le plus bel hommage à rendre à ces militants, connus ou inconnus, qui pendant un siècle ont semé les graines de l’espoir d’un monde meilleur pour tous !

 

Le 23 novembre 2017

 

Texte à l’initiative de :

Matthieu Cauvin (section d’Orchies - 59)

Quentin Le Matt (section de Lille – 59)

Florence Pin (section de Valenciennes – 59)

 

Camarades, si vous souhaitez co-signer ce texte, écrivez à : « Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. »

 

Ce texte peut être amélioré, enrichi, comme nous le proposent déjà des camarades qui en partagent l’orientation. Merci de faire vos propositions pour qu’on en tienne compte dans une seconde publication en janvier avec la liste actualisée des signataires.

 

Sur le réseau Facebook , retrouvez la Page « contribution rebâtir le PCF »

PODEMOS, la France insoumise, l’Amérique latine et les communistes

 

09 Décembre 2017

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Dans le Vent se lève qui s’affirme comme un des sites les plus originaux en matière de confrontation de la gauche alternative, il y a un entretien avec Juan Carlos Monedero, un des co-fondateurs de Podemos, sa lecture est vivement conseillé, mais pour en mieux saisir l’intérêt il faut bien voir quels sont les enjeux et en quoi ils sont particulièrement intéressant pour les français .

 

http://lvsl.fr/6278-2

 

On sait que comme le PS français, le PS espagnol, est en crise ouverte pour des raisons à la fois européennes et donc proches de celles du PS français et pour des raisons nationales liées à la remise en cause du compromis monarchiste de 1978, ce qui en Espagne se traduit par la montée des nationalismes régionaux. La situation paraît donc optimale pour que l’objectif de Podemos, celui de prendre la place du PS se réalise, l’équivalent de l’objectif de Mélenchon en France, soit mis en oeuvre.

 

Oui mais voilà, les résultats électoraux décevants de Podemos comme son incapacité à apporter une solution à la crise économique, politique traversée par le pays se traduisent également par une crise ouverte entre deux leader de Podemos. Juan Carlos Mondero qui est du côté de Pablo Iglesias explique dans cet interview en quoi la solution est à gauche, une gauche affaiblie, mais tout populisme qui ne serait pas de gauche conduirait à une trahison totale de cet espace d’émancipation que Podemos prétendait construire et donc sa disparition sur la scène politique.

 

La querelle à laquelle se livrent publiquement le chef de file de Podemos, Pablo Iglesias, et son numéro deux, Iñigo Errejon, porte sur l’orientation que doit prendre la formation de la gauche anti-austérité. Cette gauche qui, comme la France insoumise se prétendait nouvelle, mais qui a du mal à s’imposer après un moment de croissance. Notons que comme la France Insoumise de Mélenchon, ce mouvement populiste affirme sa filiation avec le mouvement progressiste d’Amérique latine symbolisé par Chavez.

 

Juan Carlos Monedero, 52 ans, ancien conseiller politique  du président vénézuélien Hugo Chavez  2004 jusqu’à sa mort, en 2013, a évoqué sa déception et reconnu des tensions internes, « et pas seulement à la direction ». 2004, c’est le moment où Chavez prend réellement son essor bolivarien en liaison avec Lula mais surtout avec Cuba en s’opposant aux Etats-Unis. Fidel Castro va contribuer à mobiliser le peuple venezuelien et à empêcher  un coup d’Etat des Etats-Unis . C’est un tournant essentiel.

 

Au moment même où le mouvement dit bolivarien en Amérique latine a connu au moins un tassement, en tous les cas une offensive impérialiste qui a débouché sur une série de coup d’Etat « suaves » à la Brésilienne, une pression contre révolutionnaire au Venezuela, la parenté revendiquée avec le « dégagisme », le chavisme, les mouvements comme Podemos et la France Insoumise peuvent non seulement en être affaibli mais connaître une pression médiatique accrue pour leur « soutien » à d’hypothétiques dictatures.

 

Il y a certes la contre-offensive des Etats-Unis et de l’oligarchie locale qui lui est liée, mais il y a également le fait que ce mouvement progressiste confronté à une crise a eu tendance à perdre une partie de son assise populaire. Est-ce un hasard si à la tête du parti communiste espagnol on trouve un avocat qui a joué un rôle important dans la négociation avec les FARC toujours à Cuba. Juan Carlos Monedero démissionne mais il continue à soutenir Pablo iglesias et à soutenir un rapprochement avec le parti communiste espagnol.

 

Pablo Iglesias a choisi de s’ouvrir à une alliance avec une gauche véritable et ils se rapprochent du Parti Communiste, lui même entré dans un processus de transformation dont nous avons fait état ici même. Il considère Juan Carlos Monedero a un nouveau rôle à jouer. La dimension internationale de ce renouveau stratégique est forte, ce qui n’est pas le cas de la France Insoumise où seul Mélenchon a été capable d’avoir des liens de ce type.

 

En France, Mélenchon semble avoir choisi la position de Iñigo Errejon, et la lecture de l’interview de Juan Carlos Mondero est à ce titre incontournable parce qu’elle nous permet de mieux comprendre ce qui peut paraître simple caprice d’un leader à tendance autocratique que serait Mélenchon, non il s’agit bien d’une réflexion de fond sur l’espace à occuper et le choix espagnol est différent de celui auquel on assiste en France. Le parti communiste espagnol, comme nous l’avons vu se place sur la position de classe et anti-impérialiste des partis communistes disons traditionnels bien qu’il y ait une permanente adaptation de celui-ci, alors que la direction du PCF ne cesse de se déplacer vers la droite pour retourner à l’avant Congrès de Tours. Comme Mélenchon s’éloigne lui aussi des positions de classe au profit d’un profil républicain, il y a concurrence et non complémentarité. Il y a surtout un défaut d’alternative à gauche qui aide au déplacement de l’échiquier politique vers la droite et l’extrême-droite. Ce qui entraîne la disparition de la gauche au profit des solutions de droite qui prétendent à la rénovation du refus du traditionnel comme du ni droite, ni gauche des grandes coalitions qui ont du mal à se former sous leur forme habituelle ou comme en Corse l’équivalent nationaliste.

 

Voici la fin de cet interview qui résume la position de la direction de Podemos:

 

« À chaque moment de crise, en 1929, en 1973, ou aujourd’hui, on observe exactement le même phénomène. Il y a toujours quatre réponses du pouvoir :

 

1) dire qu’il n’y a pas d’alternative ;

 

2) former une grande coalition, ce qui revient également à dire qu’aucune alternative n’existe ;

 

3) l’émergence ou la montée d’un populisme de doite, que ce soit Dollfuss, Hitler, Rivera ou Trump ;

 

4) une solution autoritaire.

 

Ces populismes de droite font partie du système. Trump est le système, c’est un millionnaire, il ne fera jamais rien contre le système, de la même manière que Marine Le Pen fait, elle aussi, partie intégrante du système, bien qu’elle prétende le contraire. À Podemos, nous ne sommes pas contre les excès du système, nous somme contre le système car nous pensons que les situations de crise sont entièrement dues au système en lui-même.

 

Quelle stratégie la gauche doit donc aujourd’hui adopter en Europe ?

 

Trois axes sont importants pour comprendre ce que nous devons faire aujourd’hui :

 

1) droite/gauche, un axe qui continue à exister mais qui est affaibli ;

 

2) vieux/neuf ;

 

3) opposé aux forces traditionnelles/aux côtés des forces traditionnelles.

 

Nous devons donc nous opposer tout en représentant le neuf et la nouveauté: il est possible de le faire depuis la gauche ou depuis la droite. Si tu le fais depuis la droite, tu mens, car tu ne représenteras jamais un renouveau ou une réelle opposition. Il faut donc le faire depuis la gauche. C’est un point clé. Quand Podemos est né, nous ne voulions pas réinventer la gauche, ou donner un nouveau souffle à la vieille gauche, nous voulions reconstruire un espace d’émancipation. »

 

Ce qui mériterai un long développement, est que malgré les apparences nous ne sommes pas seulement dans une expérimentation d’échappé de sciences po, mais dans un contexte ou au moins une partie de Podemos liée à Cuba et à l’Amérique latine tente d’échapper à la crise politique de l’UE à la Syriza. C’est un choix judicieux,  la stratégie bolivarienne d’un Chavez a été dès le départ élaboré avec Fidel castro et le parti communiste cubain qui ont été la véritable armature idéologique de ce grand rassemblement progressiste de l’Amérique latine.

 

Si le vent se lève nous présente systématiquement l’opinion de leaders communistes ou de ceux de mouvement comme Podemos, c’est parce que la revue cherche une issue qui ne soit pas celle des refondateurs qui veulent faire disparaître les communistes dans un mouvement comme la France Insoumise ou Podemos, mais bien une articulation entre ces mouvements et les communistes qui à l’inverse du Front de gauche ou de la politique d’un Mélenchon redonne à ce que Juan Carlos Mondero définit comme « la gauche » mais qui en fait est le parti communiste. Un nouveau partage des rôles dans la transition vers le socialisme. Une fois de plus nous sommes confrontés à la question de la révolution et du rôle des partis communistes.

 

A suivre….

 

Danielle Bleitrach

Des babouchkas combattantes ont des choses à dire !

 
, par  Carole

De ce voyage à Moscou pour fêter le centième anniversaire de la Révolution d’Octobre 1917, nous retiendrons les échanges avec des militants venus du monde entier. Dans les cortèges ces militants, ces « interbrigades communistes » étaient non seulement issues de 120 à 150 pays différents mais aussi de tous les âges dont beaucoup de jeunes. Tous défilaient sous les portraits de Lénine, Staline bien-sûr à l’honneur en ce 7/11/2017 jour de la Révolution Russe mais aussi de Marx, Engels, Mao, Che Guevara entre autres.

Cependant, nous retiendrons tout particulièrement les rencontres avec quelques vieilles dames russophones lors des commémorations ou par exemple sur le marché. Surtout pour nous, jeunes générations qui n’avons pas connu l’Union Soviétique, pouvoir rencontrer ici à Moscou durant cet événement extraordinaire des personnes ayant vécu cette époque était précieux. Toutes ces petites mamies, ces « babouchkas », partageaient le même point commun : le regret de l’époque soviétique et l’urgence de le faire savoir.

Mémoire sous influence ?


Alors évidemment afin de relativiser cette inclination et hurler avec les loups nous pourrions invoquer la constante nostalgie des anciens vis-à-vis d’un âge d’or mythique révolu, celui de leur jeunesse. Ainsi l’éternel « c’était mieux avant ! » traduirait un archaïsme empêchant de s’adapter aux changements, au « progrès », à la « modernité ». Nous pourrions aussi considérer cette nostalgie comme une défense de la mémoire qui consisterait à retourner en son contraire des souvenirs traumatiques afin de les enjoliver pour mieux les assimiler et tenter d’être en paix Nous pourrions aller jusqu’à suspecter l’effet d’un mécanisme psychique puissant comme celui de l’ « identification à l’agresseur » (voir le psychanalyste hongrois Sandor Ferenczi 1933, « Confusion de langue entre les adultes et l’enfant ») et envisager le « syndrome de Stockholm » (empathie de la victime envers son agresseur) pour expliquer cet inébranlable fidélité à un régime qui nous a été dépeint comme totalitaire, sanguinaire et dont il est impensable de pouvoir y trouver quelque aspect positif. Cela expliquerait-il le fait que le Mausolée où le corps embaumé de Lénine repose soit l’un des monuments les plus visités de Moscou ? Cela expliquerait-il le fait que sur la Place Rouge la tombe des dignitaires de l’ex-URSS la plus fleurie soit celle de … Staline ?N’étant point des loups mais des marxistes nous préférons l’analyse concrète de situations concrètes à l’enflure hystérisée de la propagande anticommuniste.
 
Elles ont des choses à dire !

Le 5/11/2017, était le jour de la cérémonie du dépôt d’une gerbe de fleur sur la tombe du soldat inconnu et au Mausolée de Lénine sur la Place rouge. Le lieu de rendez-vous était devant la statue du maréchal Joukov, victorieux de la Wehrmacht pendant la 2ème Guerre mondiale, nommée Grande Guerre Patriotique en URSS. C’est là que nous avons rencontré une tout petite dame russe portant fièrement un petit drapeau du KPRF le Parti communiste russe. Souriante et timide elle est venue vers notre groupe échanger quelques mots en français en voyant notre drapeau bleu-blanc-rouge associé à celui du marteau et de la faucille. Juste quelques sourires, juste quelques mots prononcés avec une émotion palpable en souvenirs d’une époque, « son » époque, où le français était largement enseigné à l’université en URSS. J’aime à penser qu’il s’agissait « à l’époque » de célébrer une histoire et une filiation commune qui relie les peuples celles de la Grande Révolution de 1789 et celles de 1917, la première Révolution prolétarienne !
Lors de la grande manifestation du 7/11/2017 jusqu’à la place Karl Marx, nous avons pu croiser des babouchkas de son âge portant fièrement des drapeaux en l’honneur de l’héritage soviétique. A la fin de la célébration alors que nous venions de faire des photos de notre groupe devant la statue de Karl Marx, une dame souriante témoin de la scène et visiblement très émue est venue tout simplement témoigner de son enthousiasme et nous remercier de notre présence. C’est sans doute parce que j’ai deviné la sincérité de ses larmes aux bord des yeux que je me suis permise de lui caresser l’avant bras dans un geste de réconfort et de solidarité. Il y a des moments où quelque chose de fort réuni, relie les gens au delà des mots et des langues et les célébrations du centenaire de la grande Révolution d’Octobre ont fait partie de ces moments forts !
La rencontre la plus inattendue et authentique a eu lieu au marché aux puces d’Izmaïlovo au nord est de Moscou. Anne-Marie, Marianne et moi sommes allées sur ce typique marché en plein air afin d’acheter des matriochkas et autres souvenirs. Lieu coloré et charmant comme un mini-souk où d’innombrables marchands vendent des objets en tout genre (artisanat, vêtements...). La chose faite et alors que nous étions en train de nous réchauffer en buvant le thé qui accompagnait nos sandwichs locaux une dame d’un certain âge nous a abordé.
 
Quelque chose avait attiré son attention sur nous et l’avait conduite à s’éloigner de l’étal où elle vendait des paniers en osier pour nous rejoindre un peu plus loin. Ce quelque chose qui l’avait interpellé était l’image du marteau et de la faucille symbole de la Révolution d’Octobre que nous portions chacune à notre façon durant cette période de commémoration du Centenaire : autocollants sur les vêtements, chapka de l’Armée rouge que Marianne venait de dénicher et autres tee-shirt à l’effigie de Lénine. Non, elle n’était pas venue vers nous, touristes, pour essayer de nous vendre ses paniers mais pour essayer de savoir pourquoi nos portions ces symboles ! Grâce à Marianne et sa maîtrise du Russe nous avons pu échanger quelques mots avec cette dame. Nous lui avons expliqué le but commémoratif de notre venue à Moscou, ce qui l’a réjoui. Puis, elle nous a parlé un peu d’elle. Cette dame était originaire d’Oujdorod la capitale provinciale de la Transcarpatie en Ukraine occidentale. Ancienne ouvrière à la retraite elle était aujourd’hui obligée de vendre ses produits sur le marché pour survivre car la misère sévit durement en Ukraine à présent. Nous n’avons malheureusement pas abordé la situation sociale et politique en Ukraine mais nous savons les ravages causés par un coup d’Etat soutenu par l’Union Européenne et les Etats-Unis en 2014... Bien-sûr cette dame a pu dire que la vie était aussi très dure pour les jeunes qui ne trouvent pas de travail. Nous sentions une nostalgie de l’époque soviétique dans ses propos et de la colère aussi contre la dégradation actuelle des conditions de vie. Elle a pu évoqué son travail à l’usine où elle travaillait avec son mari, leurs congés payés avec possibilité d’aller dans diverses stations balnéaires de leur choix grâce à des bons, le fait que le logement était gratuit, l’école où les enfants avaient des repas gratuits, les études alors si abordables et bien-sûr l’accès gratuit à un service de santé de qualité, question réellement cruciale lorsque le poids des années se fait sentir. En nous détaillant toutes ces conquêtes sociales sa voix était ferme et enjouée. Me faisant un moment l’avocat du diable en reprenant à mon compte la rhétorique antisoviétique, je l’ai interrogé (grâce à Marianne) sur la question du soi-disant manque de liberté de penser, de se déplacer, sur le fait de vivre dans un régime qui contrôlerait tout, sur des caricatures du même style qui nous ont été répétés à l’envi afin de nous faire rejeter le communisme. A ce moment son visage s’est durci et fronçant les sourcils d’un air courroucé elle a rétorqué en russe « mais ce n’est pas vrai, c’est un mensonge ! ». Elle a pu dire qu’à cette époque elle était heureuse et qu’elle se sentait libre. Lorsque nous lui avons fait remarquer que depuis la fin de l’URSS la situation des classes populaires de nos pays s’était progressivement détériorée elle n’était pas étonnée et a même eu une analyse d’une lucidité que beaucoup de nos camarades n’arrivent pas à atteindre : elle a conclu en disant « c’est pour cela qu’ils ont détruit l’union soviétique en premier ! ».

La première des libertés celle de refuser d’être une marchandise !

 

Ainsi, nous avons pu grâce à ces rencontres prendre la mesure non seulement du regret d’une période où vivre était tout simplement plus facile pour l’immense majorité de la population c’est-à-dire pour la classe des travailleurs mais aussi nous avons pu nous apercevoir d’un besoin de témoigner pour dénoncer les mensonges propagés à l’encontre du régime soviétique.
 
Nos gouvernements au lieu de diaboliser avec arrogance l’héritage de l’Union soviétique seraient bien inspirés de montrer un peu d’humilité face à ce qu’a pu accomplir la Révolution d’Octobre. Que valent nos critiques, nous, qui au fil des ans laissons disparaître dans l’oubli les conquêtes sociales que nos aînés sur le modèle de la Révolution d’Octobre grâce à une lutte acharnée avaient arrachées à la classe capitaliste ? Viendrons-nous dans les cortèges futurs comme ces babouchkas témoigner aux jeunes générations désabusées de ce que représentait notre fameux et défunt « modèle social » français ? Que valent nos critiques nous en France pays riche des « droits de l’Homme » qui constatons la progression constante d’un chômage de masse et de la pauvreté, du nombre de personnes qui ne peuvent ni se loger dignement ni se soigner ? Dans la société rêvée que Macron met en place avec ses associés, la société dirigée comme une « start-up », la « liberté » ou plutôt la libéralisation signifie celle de pouvoir exploiter librement son prochain et d’aller encore plus loin dans l’exploitation capitaliste et sa domination de classe. Loin de glorifier l’Union soviétique comme un idéal parfait car « la perfection n’est point de ce monde » nous pouvons tout de même admettre qu’un pays où l’exploitation capitaliste et le chômage n’existaient plus, où avaient disparu l’angoisse du lendemain et les craintes faute d’argent de ne pas pouvoir se loger, se nourrir, se vêtir, de ne pas pouvoir envoyer ses enfants à l’école etc, nous pouvons admettre quoi qu’en disent les classes dominantes qu’un tel pays offrait la première liberté à ses concitoyens comme le disait Tatiana Desiatova du Parti communiste de Russie.
 
La première liberté celle qui consiste pour tout être humain à pouvoir refuser d’être considéré comme une marchandise est la seule véritable liberté. Elle est cruciale en ce qu’elle détermine la possibilité ou non de toutes les autres libertés. Il faut dire qu’aujourd’hui et ce depuis la fin de l’Union soviétique la pauvreté augmente inexorablement : au moins 20 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté en Russie alors que le chômage n’existait pas avant !
 
Beaucoup de personnes, jeunes ou plus âgées, sont obligées de cumuler différentes petites activités pour pouvoir juste survivre !
 
Ainsi une analyse concrète de la situation concrète de l’Union soviétique prouve à la lumière de la période actuelle que la société soviétique avait bien, pour le dire avec un brin de provocation, un avant-goût de paradis sur terre pour la classe laborieuse si l’on considère le paradis comme le fait de vivre une vie tout simplement plus facile, de vivre une vie épanouie sans trop d’angoisse du lendemain.

La Révolution et la théorie concrète par Danielle Bleitrach

 

08 Décembre 2017

 

1) La Révolution et la théorie concrète

 

Je partirai de la dernière intervention, celle de la camarade chinoise qui nous a présenté l’histoire de la manière dont son parti a rencontré le marxisme. La camarade a dit quelque chose de très important, à savoir comment à partir d’une théorie, c’est-à-dire d’une réflexion abstraite, la théorie marxiste, ils sont passés à une théorie concrète qu’ils ont interrogée : en quoi le marxisme peut-il sauver la Chine ?

 

Le marxisme est déjà une théorie qui dans sa forme se prête à cet exercice puisqu’il articule théorie et pratique, ou comme le dit Marx, il ne s’agit plus seulement de comprendre le monde, mais de le transformer. Le champ ouvert à la pratique est alors aussi immense que l’Histoire elle-même, aussi diversifié que le sont toutes les formations sociales, mais cela ne signifie aucun éclectisme, un but une perspective dont Marx affirmait qu’elle était l’instauration de la dictature du prolétariat, sa véritable invention qui permettait l’émancipation humaine. Mais nous y reviendrons.

 

Pour le moment restons- en à l’affirmation de nos camarades chinois, il a fallu passer à une théorie concrète et d’abord l’interroger à partir de la situation chinoise, un immense pays de tradition millénaire humilié, réduit en esclavage ou quasiment, dépecé, sous développé. Comment sauver la chine de cet abominable destin ? la question est on le voit assez proche de celle qui s’est posée à bien d’autres partis communistes, d’abord à celui qui prend la tête de la révolution russe mais aussi le Cubain, le Vietnamien et bien d’autres.

 

La théorie concrète impose de ne pas faire comme la bourgeoisie, qui n’a de cesse de tronçonner les Révolutions pour mieux en faire disparaître l’actualité, les tronçonner entre ce qui serait acceptable et ce qui ne le serait pas. Ainsi la Révolution française pour être acceptée devrait s’amputer de Robespierre, de la terreur. Ou encore en ce moment on célébrerait le seul moment fondateur de la révolution d’octobre, son déclenchement au meilleur des cas autour de Lénine et Trotsky que l’on nous dépeint comme de grands humanistes, ennemis de toute violence ce qui est un plaisanterie en particulier pour Trotsky. Ce qui aurait suivi, résumé sous le terme de stalinisme ne serait que trahison et dévoiement. ce genre d’analyse qui se veut de gauche, apporte une caution on le voit à la thèse de Furet qui veut que toute révolution soit nocive et condamnée à se dévorer elle-même…

 

Ce genre de description n’a rien à exposer comme exemple de réalisation pour conforter leur vision d’une Révolution idéale. De telles analyses reviennent en fait à dénoncer la Révolution qui se serait faite dans des pays barbares au nom d’un hypothétique idéal et la description renforce les thèses de la bourgeoisie .

 

Ce positionnement qui est celui de la bourgeoisie est celui que dénonçait Lénine quand les mencheviks critiquaient le communisme de guerre, ce qui est paradoxal puisque Lénine critiquait lui-même ce faisant le communisme de guerre et proposait la NEP. Ce que Lénine dénonçait alors c’est ceux qui ne voient pas les conditions objectives de l’erreur et la diabolise pour mieux aboutir à l’idée que la révolution d’octobre était un monstre voué à l’échec, qui n’aurait jamais dû voir le jour dans l’état de sous développement de la Russie.

 

Les communistes chinois n’ont jamais procédé avec Mao comme Khrouchtchev et les communistes français ont prétendu le faire avec Staline, ils ont considéré qu’il avait fait le socialisme en Chine, il était le fondateur, avec 30% (non définis) d’erreurs qu’il fallait corriger pour ne pas détruire l’idée du socialisme et pour en même temps ne pas laisser à des Gorbatchev et à des Eltsine le soin de passer au capitalisme en prétendant corriger les erreurs.

 

Quand nos camarades Chinois insistent sur le passage d’un théorie à théorie concrète c’est pour à l’inverse des mencheviks de toute espèce continuer à poser l’actualité de la révolution, définir les erreurs qui entravent le but, la vraie question est alors la portée pratique de l’erreur, si l’on veut sauver la Chine que l’instauration difficile du socialisme impose, quitte à ce que l’analyse soit différente en 1921 et en 1927, quand la NEP s’essouffle.

 

2) L’actualité de la Révolution

 

Donc s’il faut une analyse concrète d’une situation concrète ce n’est pas pour isoler les révolutions les uns par rapport aux autres, pour rendre incompréhensible le processus complet, c’est pour mieux mettre en évidence dans chacune d’entre elle cette actualité de la révolution. Il faut à chaque fois comme l’a proposé Marx et réalisé Lénine, mais aussi les successeurs comme Mao, Fidel, Ho chi Minh, saisir ce qui est en train de se passer, la question posée par les masses dans une formation sociale déterminée pour aller vers une rupture féconde. Comme l’a dit excellemment notre camarade de la revue Germinal qui a ouvert le débat par une introduction d’une grande pertinence, la Révolution crée une rupture qui rend le retour en arrière de fait impossible, même s’il y a contre révolution.

 

Quand Robespierre pousse jusqu’au bout le refus de l’ordre féodal, refuse tout compromis avec cet ordre, il peut être décapité, les rois peuvent revenir, la féodalité est morte.

 

Si aujourd’hui encore le capital s’acharne sur la Révolution d’octobre et mène jusqu’à l’absurde le confrontation avec la Russie retournée au capitalisme, c’est parce que sur le fond la classe dominante sait qu’un peuple qui a fait la révolution demeure un danger, il connait le pouvoir des masses.

 

C’est là qu’on retrouve le marxisme où ce sont les formes développées qui expliquent l’origine et non l’inverse, si la révolution russe est la matrice de toutes les révolutions, l’actualité de la révolution est telle qu’il faut à chaque instant saisir ce qui est en train de se passer sous une forme originale qui prolonge et explique ce moment de rupture. quand la révolution d’octobre, ce qu’elle a créé l’URSS, a rendu impossible le capitalisme. C’est ce que démontre l’histoire, celle de la lutte des classes, dans laquelle prennent place la révolution cubaine, chinoise, vietnamienne. Désormais le capitalisme se survit à lui-même avec des destructions de plus en plus manifeste de la planète et des êtres humains pour imposer son hégémonie.

 

Ce qu’a créé la révolution d’octobre

 

Il y a ses réalisations c’est sur quoi notre camarade Tatiana a insisté, mais ces conquêtes, le mot a été répété plusieurs fois, y compris par nos camarades cubains, sont une matrice pour le reste de l’humanité. Tatania nous a expliqué à quel point l’URSS avait permis la transformation d’un immense pays le plus grand de la planète – en taille pas en population, là nos camarades chinois sont nettement devant. Elle nous a décrit comment ce pays était passé d’un stade d’arriération paysanne dominé par un autocrate qui le faisait plier sous son joug, à un pays développé. Comment en cinquante ans, l’union soviétique avait franchi des étapes que nous avions mis 200 ans à franchir. Non seulement ils ont réalisé l’industrialisation, le développement scientifique, l’éducation, la santé pour tous mais ils l’ont porté à l’excellence mais ce faisant ils ont en quelque sorte fait monter le niveau de revendication de toute la planète.

 

Dire cela n’est pas une banalité c’est essentiel, c’est ce que l’on veut nous masquer. Si nous prenons nos propres conquêtes que l’on veut nous enlever que doivent-elles à cette révolution et qu’on nie si aisément. J’ai vu comme vous dernièrement un film sur la sécurité sociale « la sociale », un excellent film. Mais le réalisateur faisait de la sécurité sociale le résultat de la volonté du mouvement ouvrier français en matière de protection sociale et comment tout le monde en avait bénéficié grace à la force des communistes français à la libération, grâce à un ministre ouvrier du PCF qui l’avait imposé dans l’esprit du programme de la résistance dans lequel le PCF avait joué un rôle central.

 

Tout cela est vrai et il fallait le dire.

 

Mais la seule référence à l’URSS était dans ce film la signature par Staline du pacte germano-soviétique et la manière dont le créateur de la sécurité sociale avait dû s’enfuir à la suite de la mise hors la loi des communistes qui s’en était suivi. une simple allusion, aucun contexte en particulier celui des accords de Munich, non l’URSS c’était ça, un poids dramatique pour la classe ouvrière française. Que l’on ait pu imposer la création de la sécurité sociale après la guerre, grâce à la victoire de l’union soviétique, son immense prestige face à un patronat qui avait trahi était complètement occulté, comme l’étais la manière dont l’URSS, dans les pires conditions avait créé pour son peuple une droit à la santé sans équivalent dans le monde.

 

Là encore je ne parle pas du passé mais des enjeux d’aujourd’hui. C’est au moment de la libération, dans les rapports de forces créés par la résistance mais aussi et surtout la victoire de l’Union Soviétique, chèrement payée par 26 millions de leurs morts, face à un patronat qui avait dans sa masse préféré Hitler que le Front populaire, que nous avons obtenu ce dont ce même patronat cherche à nous dépouiller.

 

La chute de l’Union Soviétique a été pour les soviétiques un profond traumatisme, un dépouillement terrible, mais elle a été une défaite pour nous tous, l’incitation pour le patronat à nous spolier.

 

Mais il faut également savoir regarder l’actualité de la Révolution y compris dans cette défaite. Nous voyons bien que quelles que soient les Révolutions, elles reprennent les mêmes objectifs, lutte pour la paix, droit à la santé, à l’éducation et ce faisant elles interviennent de plein pied dans le nouveau stade de développement des forces productives, celle que l’on dit être une révolution « informationnelle », le haut niveau de qualification qu’elle exige des êtres humains en tant que producteurs. Soit on considère que face à un monde de robots, les êtres humains sont devenus des nuisibles, dont on peut se débarrasser en tous les cas les maintenir en esclavage au propre comme au figuré, le projet nazi, soit on fait monter l’émancipation par le savoir pour tous. En s’obstinant sur ces conquêtes, en les diffusant, et même en revendiquant leur aspect moral, la révolution d’octobre, comme en témoignent nos camarades chinois à ce nouveau stade de leur propre développement, cela dessine un destin pour l’ensemble de l’humanité auquel chaque peuple doit apporter sa propre spécificité, son propre socialisme.

 

La révolution d’octobre un combat permanent contre la guerre

 

La révolution d’octobre est une épopée grandiose qui affronte sans relâche le bellicisme du capitalisme, elle est née du refus de la guerre et pourtant il a été exigé d’elle un effort permanent en ce sens, la guerre civile, la guerre contre le nazisme, la guerre froide qui débute avec Hiroshima et se poursuit par la guerre des étoiles de Reagan, si bien qu’à la fin 40% de son PIB passait dans l’effort de guerre.

 

Qui ne mesure pas à quel point cette stratégie du capital face à sa perte d’hégémonie, demeure la même, y a-t-il une révolution qui n’ait pas dû affronter ce bellicisme, ce caractère mortifère du capitalisme ?

 

La guerre a été imposée au Viet-nam, deux des principales puissances militaires de la planète, la France et les Etats-Unis on prétendu la réduire. Comme disait un camarade Vietnamien : « deux des principales puissances militaires ont voulu nous mettre à genoux, nous avons pris un fusil et nous sommes restés debout et avec nous le monde est resté debout ». Mais c’est aussi le cas de Cuba à qui est imposé cette guerre d’usure, ce siège qu’est le blocus. C’est le cas de la Chine, dont l’on voit bien que les États-Unis tentent l’encerclement, feignent de craindre les Coréens pour justifier cet encerclement, la Chine face à cela a mis au point une sorte d’art martial de l’esquive et de la paix. Il me semble que la Chine a opéré une véritable critique de l’URSS, pas comme celle des bourgeois non, celle qui peut éclairer son propre avenir puisqu’elle affirme sa filiation avec la Révolution d’octobre. Cette analyse considère justement le poids de l’effort de guerre, la difficulté des réformes économiques dans ce contexte autant que la corruption du parti communiste de l’URSS avec la trahison de Gorbatchev et d’Eltsine.

 

La question de la paix et de la guerre est essentielle si nous voulons construire le socialisme où que nous soyons dans le monde.

 

3) La troisième grande dimension de l’actualité de la révolution d’octobre, c’est non seulement cet effort terrible qu’il faut arracher à l’impérialisme et au capitalisme, mais c’est une formidable opportunité pour des millions d’intelligence, de capacités jusqu’ici opprimées pour s’épanouir.

 

C’est vrai pour les prolétaires, mais ça l’est également pour ces prolétaires des prolétaires que sont les femmes. Je suis frappée devant le nombre de femmes de nos délégations aujourd’hui, il y a Tatania, mais il y a aussi la délégation chinoise et quand on sait quelle était la situation des femmes jadis, on se dit que oui une révolution est une émancipation.

 

Nous insistons beaucoup dans notre livre sur cet aspect des révolutions, en donnant y compris l’exemple de la Révolution française où tous les maréchaux d’empire étaient des fils du peuple. On ne peut pas comprendre la manière dont tout un peuple est marqué par l’expérience révolutionnaire si l’on ne voit pas ce fait essentiel.

 

La nostalgie du peuple soviétique à l’égard de l’URSS c’est le souvenir des conquêtes perdues en particulier en matière d’éducation et de santé, mais aussi de culture, de rapports sociaux différents, plus solidaires, plus chaleureux, mais c’est aussi cette conscience d’une mobilité ascendante offerte aux individus, un emploi, une sécurité pour soi et pour les enfants. ce qui contraste avec la mobilité descendante qui frappe aujourd’hui les enfants y compris d’universitaires, de gens qui avec la révolution, l’URSS ont vue s’ouvrir une nouvelle vie que celle de leurs parents devant eux.

 

C’est vrai là encore pour les pays qui font leur révolution, mais le monde entier en subit les effets. le capital a eu peur de la contagion, il a dû céder mais aujourd’hui nos enfants connaissent cette mobilité descendante, cette mise en concurrence qui durcit tous les rapports sociaux y compris entre génération.

 

4) Toutes ces têtes de chapitre, vous le mesurez exigeraient de longs développement, mais il en reste encore deux qu’il faudrait encore plus développer.

 

Le quatrième point de cet exposé sur les révolutions concerne le parti communiste. Toutes ces révolutions en effet ont quelque chose en commun, le rôle du parti communiste. Si ce n’est pas le cas de la révolution française, il faut bien voir que ce qui caractérise Robespierre, c’est sa capacité à placer les factions sous son action de refus de compromis avec l’ordre féodal et de faire du peuple « sa boussole », instaurer avec les masses une dictature de la bourgeoisie qui va au-delà même des intérêts immédiats de cette classe bourgeoise, il en mourra.

 

Il faudrait donc mais nous n’en avons pas le temps revenir sur le concept de « dictature du prolétariat ». Disons qu’un parti est nécessaire pour garder le cap, l’imposer aux factions des intérêts privés, à la bête sauvage disait Hegel, il faut un parti comptable des intérêts généraux de la classe prolétarienne comme l’État est celui de l’intérêt général de la bourgeoisie. Le parti est le bien le plus précieux d’un révolutionnaire non par fétichisme, mais parce que comme Lénine s’appuie sur cette seule force organisée durant l’explosion russe. Il est l’atout le plus important et pas seulement dans la prise du pouvoir qui dans de telles circonstances est le plus aisé mais pour affronter tous les obstacles qui se dressent devant la révolution et ce durant de nombreuses années où est poursuivi le but.

 

Le rôle d’un parti communiste c’est de démultiplier les efforts de chacun, mais c’est de garder le cap sur les objectifs. J’ai suivi le dernier Congrès du parti communiste chinois avec en particulier la réaffirmation de ces objectifs, construire une société de moyenne aisance pour le peuple chinois, mais aussi Xi Jinping a souligné que le 19ème Congrès du PCC, en planifiant le développement de la Chine jusqu’au milieu du siècle, démontrait une volonté sincère de créer une communauté de destinée pour l’humanité.

 

Un rôle important pour ce faire est dévolu aux partis communistes. L’humanité est confrontée à des problèmes mondiaux dont l’ampleur est sans précédent. Les perspectives et le destin des peuples et des pays se rapprochent de plus en plus. Xi Jinping a noté le rôle pratique dans ce processus de l’initiative « Une ceinture – Une voie » qui réunit les civilisations, les projets. Xi Jinping a exprimé sa confiance que l’objectif de construire une communauté de destin de l’humanité sera atteint, dès que les différentes parties formeront ce concept pour elles-mêmes et qu’elles le mettront en pratique ensemble.

 

Ce qui frappe chez nos camarades chinois c’est leur optimisme. Dans un temps où chacun voit l’horizon s’obscurcir et a peur y compris des progrès scientifiques, de l’ère inconnue qu’ils ouvrent, de la mondialisation telle qu’elle avance avec sa formidable vague d’inégalités et d’injustices, eux se jettent dans le fleuve et nagent (chacun voit bien à qui je fais référence). Leur optimisme est lié à deux facteurs essentiels, le premier est le chemin parcouru, les obstacles surmontés. Ils ont vaincu le sous développement, l’humiliation d’un pays millénaire auquel ont été imposées toutes les défaites, toutes les humiliations, à commencer par l’obligation de consommer de l’opium. Ils ont opéré une reconquête à partir de là où ils en étaient, ils sont devenus la manufacture du monde, mais ce faisant ils se sont transformés et ils deviennent le lieu d’invention, de brevets, donc leur optimisme réside dans la conscience du chemin parcouru. Mais il y a aussi l’existence d’un parti communiste qui symbolise à la fois le chemin parcouru et le projet sur lequel le cap est maintenu. Comme l’a dit notre camarade chinoise, ils sont passé d’une théorie le marxisme à une théorie concrète, la dictature du prolétariat, une théorie devenue concrète, avec ses conditions objectives, ses obstacles, ses erreurs à analyser par rapport au but et non pour l’abandonner.

 

Ils ont beaucoup réfléchi à la chute de l’URSS et ils se sont demandé comment 20 millions d’hommes et de femmes appartenant au parti communiste d’union soviétique pouvaient se corrompre au point d’abandonner le pouvoir à l’adversaire, de passer dans l’autre camp avec armes et bagages ?

 

La encore c’est une question qui ne nous est pas indifférente dans un moment où au meilleur des cas on tente de nous imposer un marxisme édulcoré pure théorie, de nous faire nous repentir de toutes les révolutions y compris la révolution française et de nous expliquer qu’un parti révolutionnaire n’a aucun intérêt mieux vaut un mouvement ou un appareil purement électoraliste, l’histoire du siècle précédent et celui que nous abordons nous oblige à réfléchir autrement.

 

Enfin le dernier point a largement été abordé dans son introduction par notre camarade de Germinal, il a dit des choses excellentes sur lesquelles je suis revenue à plusieurs reprises, à savoir que quand comme dans le cas de Robespierre et de la terreur il n’y a aucun compromis possible avec l’ordre féodal, la féodalité est morte. C’est ce que j’ai tenté également de démontrer ici en m’appuyant sur ce qu’avaient exposé notre camarade russe et chinoise, la révolution d’octobre a mis à mort le capital et même si celui-ci paraît lui survivre, il ne s’agit que de survie aux dépends de l’humanité, de la planète, le capitalisme a perdu le rôle progressiste qu’il a eu au début de son ère et la question de sa fin est posée sous des formes nouvelles, multiples mais qui dessinent le destin commun de l’humanité.

 

La révolution d’octobre est éternelle.

 

Vive la révolution d’octobre.

 

[1Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop, L’URSS vingt ans après, retour de l’Ukraine en guerre, Delga editeur 2015

 

[2Danielle Bleitrach, 1917-2017, Staline un tyran sanguinaire ou un héros national ? dialogue avec Marianne Dunlop, Delga editeur, 2017.

 

L’unanimité oui mais contre qui et quoi?

 

08 Décembre 2017
 

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Quand l’unanimité se fait contre la décision de Trump de reconnaître jérusalem comme capitale d’Israêl, la seule vraie question est « Pourquoi Trump au Moyen orient comme en Corée multiplie les provocations? »

 

Est-ce simplement parce qu’il est irresponsable au point de vouloir résoudre ses problèmes intérieurs par des guerres meurtrières qu’il impose à des alliés. Même si ceux-ci à moins d’être comme Netanayoun dans le même état que lui, ne sont pas si chauds que ça (les japonais, les Coréens du sud, les saoudiens?) ou cette folie belliciste est-elle inscrite dans la logique d’un empire en crise ?

 

Les deux mon capitaine, parce que Trump n’est pas un accident de la démocratie, il est l’impasse de la démocratie quand celle-ci est incapable de répondre aux aspirations des victimes du capitalisme.

 

Que les démocraties qui se considèrent comme exemplaires et qui à ce titre revendiquent une « mission  » qui est considérée comme leur donnant tous les droit, à savoir les Etats-Unis ou Israël au Moyen orient, en arrivent à avoir de tels dirigeants, une telle conception du droit international, disons-le mot une telle folie, donne tout son sens à l’idée de Brecht: le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie capitaliste, il en est simplement la logique poussée jusqu’au bout.

 

Il est urgent de décider ensemble, au niveau national comme au niveau local, la fin du capitalisme avant qu’il nous suicide avec lui.

 

Danielle Bleitrach

07 décembre 2017

Caroline Andréani, Trotsky et le trotskysme en France

 

« Le texte véritablement fondateur de la IV° Internationale, indique Caroline Andréani, rédigé par Trotski en 1938, est le Programme de transition ou l'agonie du capitalisme, et les tâches de la IV° Internationale, qui constitue un cadre programmatique pour les militants trotskistes. Malgré les mesures de sécurité prises par l’entourage de Trotski, celui-ci est finalement assassiné en 1940 par Ramon Mercader, un agent du NKVD. Certains historiens glosent sur la violence de Trotski en mettant en avant la période où il était à la tête de l'Armée rouge. Ils prétendent que s'il avait pris le pouvoir à la place de Staline, il aurait adopté les mêmes méthodes. La question ne se pose pas dans ces termes. La révolution d'Octobre a été une période extrêmement violente, parce que la jeune révolution a été attaquée de toutes parts et que les bolcheviks ont dû la défendre par les armes. La décision de Lénine de suspendre les tendances à l'intérieur du parti bolchevik et l'interdiction de tous les partis dans l'optique de défendre la révolution a permis à Staline de concentrer et de conserver tous les pouvoirs... »

 

Reprenons la lecture des rappels historiques par Caroline Andréani...

 

Michel Peyret


Le mouvement trotskiste dans l'Histoire (vision stalinienne XXIè siècle)

 

Messagenico37 le Sam 10 Juil - 20:33

 

Trotski, le mouvement trotskiste dans l'Histoire, le trotskisme en France aujourd'hui

 

Caroline ANDREANI Approches marxistes mai 2009

 

Les communistes, et pour ce qui nous intéresse plus spécifiquement les communistes français issus du Parti communiste français, ont tout au long de leur histoire eu des rapports conflictuels avec les mouvements trotskistes.

 

Trotski a eu une influence importante dans le courant communiste français, puisqu'il a effectué de longs séjours en France avant la Révolution d'Octobre, qu'il avait des contacts avec des militants français et qu'il a eu une influence indéniable sur les militants français lors de son deuxième exil en France dans les années 30. Sa disgrâce et sa mise au ban du mouvement communiste ont donc eu des répercussions en France, qui est devenu un des points d'ancrage du courant trotskiste.

 

Dans l'histoire récente, c'est bien entendu l'irruption des courants trotskistes sur la scène politique française en Mai 68 et leur construction lente et minutieuse dans une période où le Parti communiste a connu, lui, un recul terrible, accéléré par l'effondrement de l'URSS et par la Mutation, qui retient l'attention des observateurs politiques.

 

N'a-t-on pas entendu, au moment des présidentielles de 2007, les responsables du Bureau national du PCF déplorer la stratégie de la LCR, accusée de plomber les choix stratégiques – la candidature unique des collectifs antilibéraux – du PCF ? Les résultats calamiteux de Robert Hue et de Marie-George Buffet, dépassés par les candidats trotskistes en 2002 et en 2007, montrent que les partis trotskistes, même bien inférieurs en nombre et dans leur implantation au PCF, sont capables d'exister sur la scène politique nationale et d'avoir une écoute populaire.

 

Pourquoi Arlette Laguiller en 2002, Olivier Besancenot en 2002 puis en 2007, sont-ils arrivés devant les candidats communistes ? Pourquoi le NPA tient-il la dragée haute au PCF ? Est-ce un mouvement irréversible ou conjoncturel ? Communistes et trotskistes sont-ils condamnés, à être rivaux ou peuvent-ils ponctuellement trouver des terrains de convergence, mener des actions communes, développer des alliances ? Toutes ces questions, l'article présent ne cherche pas à leur donner des réponses absolues, mais plutôt à esquisser bref panorama du trotskisme, et à lancer des pistes de réflexion sur les relations entre les mouvements trotskistes et communistes aujourd'hui.

 

Trotski, itinéraire d'un révolutionnaire

 

Les historiens communistes ont peu travaillé sur ce personnage, pourtant brillant, qui a joué un rôle de premier plan dans le mouvement révolutionnaire russe, durant les révolutions de 1905 et 1917. La disgrâce de Trotski a fait qu’il a été systématiquement effacé des livres d’histoire écrits par des communistes. Or, Trotski a été un des principaux dirigeants de la révolution d’Octobre, et les trotskistes considèrent qu'ils sont les véritables héritiers des bolcheviks, trahis par la bureaucratisation du pouvoir mise en place par Staline.

 

Les premiers pas

 

Trotski, Lev Davidovitch Bronstein, est né en 1879, à Ianovka, un village de Russie du sud. Il est issu d’une famille juive de la paysannerie moyenne. A neuf ans, sa famille l’envoie poursuivre des études à Odessa. A dix-sept ans, il continue ses études à Nikolaïev, études qu’il abandonne rapidement. Il devient un des animateurs clandestins d’une organisation qui regroupe de nombreux étudiants, l’Union ouvrière de la Russie méridionale, qui édite des bulletins diffusés aux ouvriers dans les usines. La police démantèle ce groupe en 1898 et Trotski est envoyé pour deux ans en prison à Nikolaïev, Kherson, et Odessa.

 

C’est en prison qu’il parfait ses connaissances théoriques, en rencontrant d’autres militants révolutionnaires emprisonnés, et qu’il prend connaissance d’ouvrages de Lénine, notamment « Que faire ? ».

 

Il s’évade, et fin 1902, il réussit à rejoindre Londres où il rencontre Lénine, Plekhanov, Vera Zassoulitch et les futurs mencheviks.

 

Lénine l’impose à la rédaction de l'Iskra.

 

On est à la veille du II° congrès du Parti social-démocrate, qui voit la scission entre les bolcheviks (majoritaires) et les mencheviks (minoritaires). Durant le congrès, Trotski condamne l’hypercentralisme défendu par Lénine et se rallie aux mencheviks. Mais il rompt rapidement avec eux, parce qu’ils refusent la réunification.

 

Jusqu’à la veille de la révolution d’Octobre, Trotski reste isolé, recherchant la réunification entre mencheviks et bolcheviks, tout en développant autour de lui un réseau de militants et de sympathisants.

 

La révolution de 1905

 

En 1905, quand éclate la révolution, Trotski est un des premiers révolutionnaires russes en exil à revenir. Il entre clandestinement en Russie en février, et se rend à Kiev. Au début de l'été, il part pour Saint-Pétersbourg. Il devient membre du premier soviet, éditorialiste de son organe, les Izvestia, avant de devenir président du soviet en décembre 1905. Quelques jours plus tard, l'ensemble du soviet est arrêté. Il a alors acquis la stature d'un dirigeant politique national. C'est durant cette période qu'il élabore la théorie de la révolution permanente, théorie centrale pour le mouvement trotskiste.

 

La théorie de la révolution permanente

 

Quels sont les principes de cette théorie ?

 

La classe bourgeoise, à l'échelle du monde, est incapable d'assurer les tâches des révolutions démocratiques bourgeoises. La paysannerie a un rôle révolutionnaire primordial, mais elle est incapable de conduire la révolution. Seul le prolétariat peut fournir un programme et une direction à la révolution, et il doit mener avec la paysannerie une lutte contre l'influence de la bourgeoisie.

 

La victoire de la révolution ne peut se faire qu'au moyen de la dictature du prolétariat. Elle ne peut s'arrêter au stade démocratique et se transforme donc forcément en révolution socialiste, devenant une révolution permanente. Cette révolution socialiste ne peut s'achever dans les limites nationales, et doit se développer au niveau international pour assurer sa victoire définitive.

 

Cette théorie de la révolution permanente s’oppose aux positions de Lénine sur la prise de pouvoir par le prolétariat ou aux positions des mencheviks qui se contentent d’espérer une révolution bourgeoise.

 

L’exil 1906-1917

 

En 1906, après un procès d'un mois, Trotski est condamné à la déportation perpétuelle par le régime tsariste pour sa participation à la révolution de 1905. Il s'évade lors de son transfert en Sibérie, et il réussit à rejoindre la Finlande où commence une longue période d'exil.

 

En 1907, Trotski se rend au congrès de Londres du Parti social-démocrate. Il se rapproche alors de Lénine et des bolcheviks. A partir de 1908, il s'installe à Vienne, puis à Paris à partir de 1914.

 

C’est alors qu’éclate la première guerre mondiale. Trotski, comme Lénine, fait partie de cette toute petite minorité opposée à la guerre, qui condamne l’attitude des dirigeants de la II° Internationale qui ont sombré dans le bellicisme, l’Union sacrée et la collaboration de classes.

 

A la Conférence de Zimmerwald de septembre 1915, Trotski et Lénine sont pratiquement sur les mêmes positions.

 

Trotski est alors expulsé par le gouvernement français.

 

C'est au cours de ces années d'exil en France qu'il noue des relations avec des militants français, notamment Alfred Rosmer, Pierre Monatte et Fernand Loriot.

 

Aucun gouvernement européen n’acceptant de l’accueillir, Trotski doit s’exiler aux Etats-Unis. Il ne reviendra en Russie qu’en 1917, un mois après Lénine, après avoir appris qu’une révolution a éclaté en Russie.

 

La révolution de 1917

 

Comme Lénine, Trotski a bien compris qu’il fallait forcer le destin et ne pas se contenter de la révolution de février qui a porté Kerenski et les mencheviks aux affaires. Il pousse donc, comme Lénine avec les « thèses d’avril » à une nouvelle étape, à savoir la prise du pouvoir par les soviets. En juillet, alors que Lénine se réfugie en Finlande pour éviter d’être arrêté, Trotski est jeté en prison. Mais la révolution se poursuit et les bolcheviks, rejoints par le courant de Trotski en août, démettent Kerenski et prennent le pouvoir.

 

Trotski, à la tête du soviet de Petrograd, est un des principaux dirigeants de la révolution. Il exerce successivement les fonctions de commissaire au peuple aux Affaires étrangères, puis à la Guerre.

 

Des divergences d’appréciation politique apparaissent au moment de la signature du traité de Brest-Litovsk. Trotski, envoyé pour signer la paix, tergiverse jusqu’à la reprise de l’avancée militaire allemande. Sur injonction de Lénine, qui comprend qu’il faut signer la paix à tout prix, Trotski signe le traité de paix dans les plus mauvaises conditions qui soient le 3 mars 1918.

 

Pendant la guerre civile, Trotski joue un rôle essentiel, en organisant l’Armée rouge dans un pays détruit par la guerre, dont les soldats, épuisés, veulent arrêter les combats et rentrer chez eux. Trotski sillonne la Russie, reconstruit une armée qui se bat et réussira à vaincre les troupes envoyées par les « démocraties » occidentales pour venir à bout de la révolution.

 

La prise de pouvoir de Staline

 

A partir de 1921, Trotski est en charge de l’économie. Il lui faut mettre en œuvre la reconstruction d’un pays exsangue dans un contexte économique et social complexe.

 

C’est aussi la période du déclin de Lénine, durement affaibli physiquement. Le pouvoir de Staline s’affirme contre l’ensemble des dirigeants communistes. Si l’on glose beaucoup sur le « testament » de Lénine, où il prend ses distances avec Staline, Lénine pose également un jugement négatif sur Trotski. Il ne juge pas plus souhaitable que l’un ou l’autre dirige le pays.

 

Le contexte n’est pas favorable à la République des Soviets. Malgré d’importants mouvements révolutionnaires dans de nombreux pays d’Europe, et contrairement aux attentes des bolcheviks, la révolution ne s’est pas propagée. La réaction y a mis les moyens, avec la répression sanglante de la révolution spartakiste de 1918 en Allemagne et l’éradication de la révolution hongroise. La toute jeune III° Internationale a commis de graves erreurs d’appréciation dans plusieurs pays, et provoqué un désastre en Chine en exigeant du Parti communiste la soumission au Kouo-min-tang, stratégie qui se solde par le massacre des communistes chinois.

 

Les thèses de Staline de la construction du socialisme dans un seul pays prennent alors le pas sur toute autre stratégie politique.

 

Parallèlement, Staline met le Comité central du Parti communiste au pas, exilant certains dirigeants, les envoyant en prison ou en déportation, liquidant physiquement certains autres. L'opposition de gauche se trouve contrecarrée et éliminée. Malgré le rapprochement entre Trotski, Zinoviev et Kamenev au sein de l’Opposition unifiée, Staline a pris tellement de poids dans le Parti qu’ils ne réussissent pas à empêcher sa prise de pouvoir complète. En 1927, Staline réussit à exclure Trotski, qui est expulsé de Russie.

 

Deuxième exil

 

Commence alors la dernière partie de la vie de Trotski, qu’il passera en exil jusqu’à son exécution au Mexique en 1940 sur les ordres de Staline. Trotski passe d’abord quatre ans en Turquie de 1929 à 1933. Il s’installe en France de 1933 à 1935, puis en Norvège jusqu’en 1936, avant de partir pour le Mexique.

 

Au cours de son deuxième séjour en France, Trotski noue des contacts avec une nouvelle génération de militants et responsables politiques français, qui vont constituer des pivots dans le développement ultérieur des groupes trotskistes : Pierre Naville, David Rousset, Fred Zeller... Au cours de cette période, Trotski incite ses sympathisants à pratiquer l'entrisme à la SFIO, stratégie régulièrement redécouverte par certains courants trotskistes, et qui se termine généralement par l'absorption des militants trotskistes dans les organisations qu'ils étaient censés infiltrer.

 

La montée du fascisme en Europe, l’échec dramatique des communistes allemands et de la III° Internationale face à l’arrivée de Hitler au pouvoir sont pour Trotski autant de confirmations de sa critique sur la stratégie calamiteuse de l’Internationale et la politique menée par Staline.

 

Trotski entreprend de tisser des liens avec des responsables communistes dans différents pays. Il ne créé pas d’emblée la IV° Internationale. Son objectif est plutôt sur le long terme : rassembler des cadres dirigeants un peu partout dans le monde autour du corpus idéologique qu’il a constitué jusque-là et qu’il poursuit, au prix d’un travail acharné dans des conditions matérielles difficiles.

 

La IV° Internationale est constituée le 3 septembre 1938 à Périgny en France, dans un contexte difficile pour les militants proches de Trotski : harcèlement, et surtout assassinats ciblés contre l’entourage de Trotski : en 1937, son secrétaire en Norvège, Erwin Wolf est enlevé et assassiné en Espagne ; son fils, Léon Sedov, est assassiné en février 1938 ; son secrétaire Rudolf Klément l'est en juillet 1938, alors qu'il prépare la conférence de fondation de la IV° Internationale.

 

La conférence de fondation de la IV° Internationale comprend une vingtaine de délégués de onze pays, et des contacts existent avec une vingtaine d'autres pays principalement d'Europe et d'Amérique Latine. Les axes programmatiques de cette nouvelle internationale ont été définis cinq ans auparavant, en 1933, dans les « Onze points de l'opposition de gauche internationale » établis par Trotski et l'Opposition de gauche internationale, qui regroupait les opposants à Staline.

 

Le texte véritablement fondateur de la IV° Internationale, rédigé par Trotski en 1938, est le Programme de transition ou l'agonie du capitalisme, et les tâches de la IV° Internationale, qui constitue un cadre programmatique pour les militants trotskistes.

 

Malgré les mesures de sécurité prises par l’entourage de Trotski, celui-ci est finalement assassiné en 1940 par Ramon Mercader, un agent du NKVD.

 

Certains historiens glosent sur la violence de Trotski en mettant en avant la période où il était à la tête de l'Armée rouge. Ils prétendent que s'il avait pris le pouvoir à la place de Staline, il aurait adopté les mêmes méthodes. La question ne se pose pas dans ces termes. La révolution d'Octobre a été une période extrêmement violente, parce que la jeune révolution a été attaquée de toutes parts et que les bolcheviks ont du la défendre par les armes. La décision de Lénine de suspendre les tendances à l'intérieur du parti bolchevik et l'interdiction de tous les partis dans l'optique de défendre la révolution a permis à Staline de concentrer et de conserver tous les pouvoirs. La prise de pouvoir par Staline et l'élimination de toute opposition ont surtout été l'expression d'un rapport de forces au sein de la Révolution. Ces choix, si terribles soient-ils, ont aussi permis à l'expérience soviétique de se poursuivre pendant 70 ans, avec des acquis sociaux indéniables pour les peuples.

 

L'évolution des mouvements trotskistes en France depuis la mort de Trotski

 

Le mouvement trotskiste a survécu à l'assassinat de son fondateur. Malgré la deuxième guerre mondiale, malgré les difficultés nombreuses à commencer par l'hostilité des communistes envers les trotskistes, malgré les divisions qui caractérisent le mouvement trotskiste, ce dernier a survécu. La IV° Internationale n'a pas connu un développement important. Elle s'est divisée et elle reste avant tout un laboratoire d'idées. De nombreux partis trotskistes ne se reconnaissent pas dans son Secrétariat unifié, héritier de la IV° Internationale, ce qui ne les empêche pas d'exister et d'avoir une expression politique et une implantation.

 

La Deuxième guerre mondiale

 

Pour le mouvement trotskiste, le baptême du feu commence avec la Deuxième guerre mondiale. Les trotskistes qui ont fait de l'entrisme dans le Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert (1938-1940) créent des comités pour la IV° Internationale et font paraître un bulletin, La Vérité, à partir d'août 1940.

 

Le mouvement trotskiste se divise en courants, qui adoptent des postures différentes en fonction de l'appréciation qu'ils ont de la guerre.

 

En France, deux courants se développent de manière clandestine. D'une part, les militants des comités pour la IV° Internationale organisés dans le Parti ouvrier internationaliste (POI) s'investissent dans la résistance dans les comités de ménagères, dans les syndicats, à la hauteur de leurs forces, avec l'idée qu'il faut développer la résistance avec les travailleurs allemands. Un deuxième groupe, organisé dans le Comité communiste internationaliste, considérant que la lutte pour l'indépendance nationale masque la réalité de la lutte de classes, privilégie la résistance dans les usines. En février 1944, les deux groupes fusionnent pour donner naissance au Parti communiste internationaliste (PCI).

 

Ces militants, lorsqu'ils sont découverts par les nazis, sont impitoyablement réprimés. Il ne fait pas bon non plus pour eux être identifiés comme trotskistes par les militants communistes : des militants trotskistes sont exécutés dans les maquis et même à la Libération. Pourtant, ils ne constituent pas une menace car leurs forces militantes sont limitées.

 

L'après-guerre

 

Après la Libération, les militants trotskistes font irruption sur la scène politique française à travers la grève de Renault organisée par Voix Ouvrière (Union Communiste, groupe indépendant du PCI, dirigé par Barta), ancêtre de Lutte Ouvrière. Cette grève, racontée dans La véritable histoire de Lutte ouvrière, est lancée dans le contexte de la « bataille de la production » défendue par Thorez et le PCF. Les ministres communistes, contraints de donner publiquement leur soutien à la grève qui s'est étendue à toute l'usine de Billancourt, sont alors chassés du gouvernement par Ramadier, président du conseil.

 

Bien que victorieuse, la grève de 1947 n'a pas l'effet escompté par le groupe Barta, iaqu'elle ne s'étend pas en tâche d'huile comme prémisse d'une future révolution. Les militants trotskistes de Renault ne réussiront pas à capitaliser leur investissement syndical. Dans les mois qui suivent, le groupe de disloque et Barta, dirigeant historique, rompt avec ses camarades, laissant le mouvement se dissoudre.

 

Dans les années 50, les espoirs des militants trotskistes d'une révolution générale sont déçus, des divergences apparaissent au sein du PCI. Celui-ci est dirigé par Yvan Craipeau, secrétaire du parti, qui défend le projet d'un parti de masse, avec des alliances en direction des jeunesses socialistes et de minoritaires de la SFIO. Cette orientation ne convient pas aux autres courants au sein du PCI, qui veulent éviter une dilution du courant trotskiste. Ce sont finalement les militants historiques du trotskisme, autour de Craipeau, qui quittent le PCI. Les militants qui restent, organisés en courants, ne tardent pas à se diviser à nouveau. A la fin des fins, Ce sont les dirigeants Frank et Lambert qui restent aux commandes du PCI, les autres décidant de partir.

 

Les années 60-70

 

La grande difficulté des mouvements trotskistes en France, c'est leur faiblesse numérique alors que le Parti communiste est hégémonique. De la fin des années 1950 à Mai 68, commence pour ces militants une longue traversée du désert. Elle est marquée par de nouvelles divergences idéologiques, et de nouvelles divisions. En même temps, le volontarisme des différents courants trotskistes, leur acharnement militant, empêche la disparition de leur sensibilité.

 

Grâce à Mai 68, ces mouvements vont connaître un véritable renouveau, leur permettant de desserrer l'étau politique formé par le PCF, de pénétrer de nouveaux milieux, et surtout de recruter une nouvelle génération de militants. C'est à cette époque que s'affirment les trois principaux partis que nous connaissons aujourd'hui, Lutte Ouvrière, le Parti des Travailleurs (ex OCI, actuel Parti ouvrier indépendant), et la Ligue communiste révolutionnaire qui vient de donner naissance au Nouveau parti anticapitaliste.

 

D'autres, importants dans les années 60-70, ont aujourd'hui complètement disparu du paysage politique : le Parti communiste révolutionnaire trotskiste, issu d'un groupe scissionnaire du PCI des années 50, animé par un militant nommé Posadas ; les Groupes marxistes révolutionnaires (GMR), qui publiaient Sous le drapeau du socialisme, animés principalement par Pablo, Marquis, Grobla.

 

Les divisions de la IV° Internationale

 

A la fin de la 2e guerre mondiale, malgré un contexte difficile, la IV° Internationale a survécu. Il existe des mouvements trotskistes dans une trentaine de pays. Mais l'Internationale reste d'une grande faiblesse. Qui plus est, l'appréciation de la situation politique internationale et de la stratégie à appliquer envers les partis communistes « staliniens » divise ses dirigeants.

 

En 1952-1953, la IV° Internationale se divise en deux, entre le Comité International pour la IV° Internationale et le Secrétariat unifié pour la IV° Internationale. Le Comité International est créé est réaction à la stratégie développée par Pablo (Michel Raptis), qui préconise la tactique de l'entrisme dans les partis communistes. Ce courant s'incarne dans le Secrétariat unifié.

 

A partir des années 60, les deux groupes entament un rapprochement, qui se concrétise en 1963 par un congrès de réunification. Mais dans la même période, d'autres courants se sont développés, qui eux, ne participeront pas à la réunification. C'est notamment le courant de Juan Posadas, un dirigeant latino-américain qui pense qu'il faut faire porter l'effort sur les mouvements anti-colonialistes dans lesquels il voit les germes de mouvements révolutionnaires.

 

Depuis les années 60, le Secrétariat unifié de la IV° Internationale a réussi bon an mal an à réunifier la plupart des courants trotskistes, même si plusieurs partis se réclamant du trotskisme, comme Lutte Ouvrière, ne reconnaissent toujours aucune légitimité à la IV° Internationale.

 

Les partis trotskistes actuels

 

La Ligue communiste révolutionnaire est le parti trotskiste affilié et reconnu par le Secrétariat unifié de la IV° Internationale. Ce parti est issu de deux organisations dissoutes en juin 1968, le groupe Frank-Lequenne du PCI et la Jeunesse communiste révolutionnaire animée par Krivine, Bensaïd et Weber (passé dans les années 80 avec armes et bagages au Parti socialiste).

 

Ce parti connaît une influence grandissante depuis qu'Olivier Besancenot a succédé à Alain Krivine comme porte-parole de la LCR au début de la décennie 2000. Il est tourné vers les combats sociétaux depuis sa création : féminisme, droit à l'avortement, anti-racisme, combats contre l'homophobie, droits des sans-papiers, droit au logement..., ainsi que vers les questions internationales.

 

Contrairement à Lutte Ouvrière et au Parti ouvrier indépendant qui recrutent dans le monde du travail en s'attachant au milieu ouvrier, la LCR recrute beaucoup chez les étudiants, les cadres intermédiaires, la fonction publique (enseignants). Il semble y avoir une importante rotation parmi les militants de la LCR. Dans les années 70, beaucoup de leurs cadres ont quitté le parti pour prendre leur carte au Parti socialiste.

 

Au début 2009, après un long processus de maturation, la LCR s'est auto-dissoute pour donner naissance au Nouveau parti anticapitaliste. Ce dernier ne se revendique pas comme trotskiste, mais un courant trotskiste existe en son sein. L'ambition de la LCR avec l'opération NPA, est d'attirer à elle des militants politiques – socialistes, communistes, trotskistes en rupture de ban – et associatifs qui ne se retrouveraient pas dans le cadre d'un parti trotskiste.

 

Avec l'effondrement du PCF, une partie des votes à l'élection présidentielle de 2002, se sont portés sur Olivier Besancenot. Ce transfert de voix semble se confirmer avec les résultats de la présidentielle de 2007. Il faut reconnaître que le choix d'Olivier Besancenot comme porte-parole de la LCR a été judicieux. Cet homme jeune, issu du monde du travail, avec un discours clair se revendiquant de l'anti-capitalisme, ne faisant pas de concessions à ses adversaires qu'ils soient de droite ou socialistes, est beaucoup plus crédible que d'autres dirigeants politiques. Il incarne incontestablement un renouveau. Mais la politique ne se fait pas seulement dans les médias.

 

L'ambition de la LCR, et actuellement du NPA, est de capitaliser parmi les militants communistes. Mais ce mouvement a-t-il les forces militantes nécessaires et la culture politique des militants sur lesquels il lorgne ? Il se pourrait que dans cette opération d'auto-promotion du NPA, les militants de l'ex-LCR aient placé des espoirs inatteignables.

 

Lutte Ouvrière, héritière de Voix Ouvrière, renaît à partir de 1956 à l'initiative du militant Robert Barcia (dit Hardy), membre du groupe Barta durant la guerre et l'après-guerre. Ce mouvement se caractérise par son indépendance politique, ce qui lui a certainement évité le jeu des divisions internes et des scissions à répétition. Il ne reconnaît aucune légitimité au Secrétariat unifié de la IV° Internationale. Il privilégie le militantisme de terrain, à travers la diffusion de bulletins d'entreprises.

 

Contrairement à la LCR, Lutte Ouvrière s'investit rarement sur le terrain international, ne voulant pas disperser ses forces militantes tout entières consacrées au développement de l'organisation dans le monde du travail. Ses militants s'investissent aussi dans l'action syndicale, mais contrairement au PT, sans chercher à capter les directions des appareils. Ils militent de préférence à la CGT, même si beaucoup ont adhéré à FO, chassés de la CGT par certains militants communistes.

 

Des trois groupes trotskistes, Lutte Ouvrière est certainement celui qui a le moins développé l'anti-communisme. Il ne pratique pas non plus l'entrisme. Le paradoxe, c'est que Lutte Ouvrière continue à défendre de manière critique le bilan de l'Union soviétique quand les dirigeants du PCF cherchent à prendre leurs distances avec cette histoire.

 

Leur dirigeante emblématique, Arlette Laguiller, vient de passer le flambeau à Nathalie Arthaud.

 

Le Parti ouvrier indépendant

 

Le Parti ouvrier indépendant (POI) est l'héritier de Organisation communiste internationaliste (OCI), fondée en 1953 par Pierre Boussel (Pierre Lambert), exclu avec plusieurs de ses camarades du Parti communiste internationaliste. En 1981, l'OCI reprend le nom de Parti communiste internationaliste, qui devient en 1988 le Mouvement pour un parti des travailleurs (MPPT), puis en 1991 le Parti des Travailleurs (PT), avant de donner naissance au POI.

 

L'originalité de ce courant est son affiliation au Comité international pour la reconstruction de la IV° Internationale, un collectif de liaison entre mouvements trotskistes qui considèrent que la IV° Internationale a été détruite par le « pablisme ».

 

Le POI est très certainement le parti trotskiste le plus important numériquement. Il a des relations étroites avec de nombreux mouvements trotskistes dans le monde, ce qui lui permet de mener des campagnes internationales, contrairement à Lutte ouvrière. Il a notamment développé les Comités anti-Maastricht et développé une analyse sans concession de l'Union européenne, préconisant la sortie de l'UE.

 

Son mode de recrutement est analogue à celui de LO, et l'investissement de ses militants aussi important qu'à Lutte Ouvrière.

 

Au niveau politique, c'est un parti qui n'hésite pas à se lancer dans de grandes campagnes nationales comme celle de la défense des services publics, en cherchant à y associer les appareils et les militants d'autres organisations, ainsi que les élus locaux. Par exemple, dans le cadre de la campagne qu'il mène actuellement sur l'interdiction des licenciements, il s'est adressé à tous les partis politiques. Sa direction a rencontré celle du Parti communiste français, et cette démarche n'est sans doute pas étrangère au dépôt du projet de loi contre les licenciements financiers par les députés communistes à l'Assemblée nationale en mai.

 

Pour conclure ?

 

Militants communistes, nous sommes obligés de faire un constat : en 2009, notre parti n'est plus le parti hégémonique qu'il était dans les années 50-60-70 et même 80. Le recul de notre implantation électorale a favorisé l'émergence de scores importants aux partis trotskistes.

 

D'ailleurs, qui n'a jamais rencontré un communiste avouant avoir voté pour tel ou tel candidat trotskiste parce qu'il ne se retrouvait pas dans les discours et les programmes du PCF ?

 

Au-delà de l'aspect électoral, ce sont nos pratiques politiques qui ont changé envers les trotskistes. Bien entendu, notre histoire reste prégnante et la méfiance existe toujours. Elle est parfois pleinement compréhensible, comme lorsque les militants de la LCR font systématiquement le jeu du Parti socialiste contre les communistes.

 

La culture anti-communiste – fut-elle justifiée par nos anciennes pratiques – est un fond commun des militants trotskistes. Mais nous pouvons constater une évolution. Lutte Ouvrière a pris l'initiative au moment des élections municipales de 2008 de participer à des listes dirigées par le PCF, et l'expérience a été très positive, permettant aux uns et aux autres de faire un bout de chemin ensemble.

 

Le POI n'hésite plus à interpeller les élus communistes pour leur demander leur participation ou leur soutien à leurs initiatives. Le NPA, au temps où il était encore LCR, a participé aux côtés du PCF à la campagne pour le NON au référendum sur le Traité constitutionnel de mai 2005.

 

Le PCF a perdu son hégémonie dans la classe ouvrière. Et malheureusement, son discours est actuellement inaudible, incompréhensible, et très souvent en décalage avec les préoccupations immédiates du monde du travail. Il y avait un espace à occuper, et les organisations trotskistes en occupent une partie.

 

Les divisions héritées de l'histoire doivent être surmontées. Nous sommes militants communistes, et l'originalité de la Gauche communiste, c'est de penser que les courants trotskistes sont, eux aussi, communistes. Nous devons donc travailler ensemble, sans concurrence, sans animosité, sans arrières-pensées, puisque nous avons un objectif commun, le renversement du système capitaliste et l'établissement d'une société véritablement communiste.

 

Mai 2009

 

Sources :

Articles consultables sur internet :

 

Denis COLLIN, Jacques COTTA, « Pour une discussion raisonnée sur l'histoire et le bilan du trotskisme », La Sociale, http://la-sociale-viabloga.com  27 janvier 2008

Henri DUTHU, « Survivance du trotskisme », http://www.initiationphilo.fr  sans date

Marc LAZAR, « Trotski, les trotskistes et la France », communication à l'Académie des Sciences morales et politiques, http://www.asmp.fr  1er décembre 2003

Jean-Guillaume LANUQUE, Claude PENNETIER, « La France, Trotski, les trotskismes », Le Monde, 13 juin 2001,

http://france-mail-forum.de

Michel LEQUENNE, « Trotski et le trotskisme », http://www.europe-solidaire.org  2002

Jan MALEWSKI, « Après 70 ans, quelle actualité de la IV° Internationale ? », Inprecor, n°541-542,

http://orta.dynalias.org/inprecor  10 septembre 2008

 

Articles de Wikipedia sur le trotskisme et la IV° Internationale

 

Ouvrages :

Robert BARCIA, La véritable histoire de Lutte ouvrière, entretiens avec Christophe BOURSEILLER, Denoël, 2003

 

Jean-Jacques MARIE, Le trotskysme, Champs Flammarion, 1977

 

Jacques ROUSSEL, Les enfants du prophète, histoire du mouvement trotskiste en France, Spartacus, 1972

 

nico37 Messages : 7046

 

Date d'inscription : 10/07/2010

Forum des marxistes révolutionnaires : Général : Histoire et Théorie

 

Posté par Michel Peyret

Aurons-nous le choix ? réflexion rapide…

 

07 Décembre 2017


En Espagne, partout, l’existence de mouvements type Podemos, leur incapacité à vaincre le capital, à répondre au désaveu de la politique général et à celui des exploités, pousse les communistes vers le retour à un parti léniniste adapté à notre temps. Pour faire face à la mondialisation, les Chinois eux-mêmes ont besoin d’un parti communiste, de rencontres avec les autres partis communistes. Il n’y a eu aucune révolution, aucune mise en cause du capitalisme sans l’existence d’un tel parti.

 

Quelles leçons en tirons-nous?

 

Est-ce que le capitalisme a fait son temps ou faut-il l’aménager, le réguler pour le rendre à visage humain?

 

Question qui peut paraître absurde mais qui mérite d’être posée. ne serait-ce parce qu’il n’y a qu’en France où la direction tente de se mettre à la place d’un PS en plein délitement. Ce qui fut la vieille stratégie d’un parti communiste italien et on voit où ça l’a mené…

 

Où est l’erreur d’aiguillage ?

 

Est-ce que les communistes vont avoir le choix au congrès où il sera question d’autre chose?

Le problème politique sera-t-il dévié en guignolades autour du « détestable » Mélenchon?

Et en appel bidon à l’unité pour les Européennes?

 

En occultant le fait que nous sommes d’autant plus en rivalité avec celui que nous avons fait roi que nous nous disputons la place du meilleur social-démocrate à tendance trotskiste(1) et là il a une longueur d’avance…


Danielle Bleitrach


(1) A priori je n’ai rien contre les sociaux-démocrates, rien contre les trotskistes, simplement le fait que je ne suis ni l’un ni l’autre…

A propos des rencontres de Vénissieux, un événement de grande portée dit ce camarade syndicaliste et ancien mao

 

07 Décembre 2017
 

 

Camarades,

 

Aujourd’hui l’UD CGT organisait un rassemblement à la gare de Valence, à la mémoire d’Henri Justet, Raymond Penel et Joseph Chaleat, tués par la police du socialiste Jules Moch il y a exactement 70 ans et au même endroit. Les interventions furent remarquables, dont celle d’un camarade qui avait vécu ces moments-là.

 

J’appris à cette occasion que la CGT de Pasquier, unissant les autres syndicats, a obtenu après 4 jours de grève : 50 €, une prime et le paiement des jours de grève face à un patron particulièrement méprisant. Mais un autre événement m’avait encore plus motivé et j’ai profité de cette occasion pour en parler à plusieurs militants du PCF ou responsables comme Pierre Trapier (qui connaît MC Burricand). Voici pourquoi.

 

Je n’ai pas pu venir à la réunion de Vénissieux, à mon grand regret. Avec un peu de recul et en visionnant les vidéos mises en ligne par Danielle Bleitrach, notamment les interventions des camarades russes et chinois, j’en viens à penser que cet événement a une grande portée.

 

Tatiana Desiatova, représentante du KPRF, critiqua dans ses réponses aux questions du public l’abandon par Khrouchtchev de la dictature du prolétariat et la négation de la lutte des classes :

 

« Quand on oublie des concepts comme la dictature du prolétariat dans l’histoire de mon pays malheureusement cela a joué un rôle destructeur après la mort de Staline. Khrouchtchev a commencé à renoncer à la dictature du prolétariat, à nier le concept de lutte des classes ». [25’45 de l’enregistrement]

 

Je retiens aussi ce passage de l’intervention de Youping Cui :

 

« En 1978 nous avons déjà abandonné l’idée erronée qui considère la lutte des classes comme la contradiction principale. Nous avons concentré nos efforts sur l’édification économique parce que nous pensons que seules des forces productives développées permettent de dépasser ou de démontrer la supériorité du système socialiste.

 

Et dans le rapport du 19 e congrès on dit que la contradiction principale s’est transformée pour devenir la contradiction entre les aspirations de la population pour une vie meilleure et le développement déséquilibré et insuffisant

 

Mais cela ne signifie pas que la lutte des classes a déjà disparu. En raison de la situation intérieure et extérieure la lutte des classes en Chine existe dans certains champs ou dans certains domaines parce que sur le plan international il existe l’impérialisme et aussi l’hégémonie et à l’intérieur du pays il y a aussi beaucoup de contradictions.

 

Donc la lutte des classes peut se manifester de temps en temps. Mais nous pensons que grâce au développement des forces productives ce genre de contradictions va être réglé. » [15’50 de l’enregistrement]

 

Et maintenant permettez-moi de faire ce rapprochement avec un texte de 1956 :

 

« A mon avis, il y a deux ‘épées’: l’une est Lénine et l’autre, Staline. L’épée qu’est Staline, les Russes l’ont maintenant jetée. Gomulka et certains Hongrois l’ont ramassée pour frapper l’Union soviétique, pour combattre ce qu’on appelle le stalinisme. Dans beaucoup de pays d’Europe, les partis communistes critiquent aussi l’Union soviétique ; leur leader c’est Togliatti. Les impérialistes se servent aussi de cette épée pour tuer les gens; Dulles par exemple l’a brandie un moment. Cette arme n’a pas été prêtée, elle a été jetée. Nous autres Chinois, nous ne l’avons pas rejetée. Premièrement, nous défendons Staline et deuxièmement, nous critiquons aussi ses erreurs ; et pour cela, nous avons écrit l’article « A propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat ». Aussi au lieu de le diffamer et de l’anéantir comme font certains, nous agissons en partant de la réalité.

 

Quant à l’épée qu’est Lénine, n’a-t-elle pas été, elle aussi, rejetée en quelque sorte par les dirigeants soviétiques? A mon avis, elle l’a été dans une assez large mesure. La révolution d’octobre est-elle toujours valable? Peut-elle encore servir d’exemple aux différents pays? Le rapport de Khrouchtchev dit qu’il est possible de parvenir au pouvoir par la voie parlementaire; cela signifie que les autres pays n’auraient plus besoin de suivre l’exemple de la révolution d’octobre. Une fois cette porte grande ouverte, le léninisme est pratiquement rejeté

 

[Mao Zedong, 15 novembre 1956, Discours à la deuxième session plénière. Œuvres choisies, tome V, Ed. en Langues étrangères, Beijing, 1977, p.369.]

 

Autrement dit, le mouvement communiste international était divisé depuis 61 ans, et nous assistons à l’unité de ces deux grands partis révolutionnaires, pour célébrer l’anniversaire de la révolution d’Octobre.

 

Ce n’est pas rien et ce n’est pas vide de sens non plus.

 

Qu’ils soutiennent l’un et l’autre la voie révolutionnaire d’Octobre, et que la lutte des classes se poursuit –même sous une forme atténuée – dans la société socialiste ne nous est pas indifférent non plus. D’abord il s’agit de leur propre expérience dans deux exemples de la société socialiste. Et ensuite il s’agit précisément de notre expérience de la voie pacifique, et de notre programme : laisserons-nous les capitalistes agir comme bon leur semble dans la société socialiste ?

 

La dictature du prolétariat est une expression « qui fait peur » dans notre pays, mais si on y réfléchit les ordonnances de Macron sont une forme de dictature. Et la grève victorieuse des camarades de Pasquier est aussi une insupportable dictature.

 

La présence des communistes russes et chinois à cette tribune signifiait donc la fin d’une ère et le début d’une nouvelle. La présence de membres et de non membres du PCF dans cette réunion va évidemment dans le même sens. Il fut un temps où on s’échangeait aussi des noms d’oiseaux, mais ce temps est révolu.

 

Il reste un pas à franchir dans notre unité, si on considère l’ensemble des communistes et en particulier ceux pour qui la Chine serait devenue capitaliste. C’est vrai que nous nous posons de nombreuses questions depuis disons la réforme de Deng Siaoping. Mais il existe dans nos rangs des points de vue franchement opposés sur ce sujet.

 

La camarade Zizi Li a parlé longuement de l’étude du marxisme, ce qui confirme l’ampleur de l’étude en cours, qui est étendue aux enseignants et aux journalistes. Elle a conclu :

« La nouvelle ère appelle à de nouvelles théories. Travaillons ensemble afin d’avancer à de nouvelles théories et de nouvelles pratiques. »

Ceci veut dire que la théorie marxiste-léniniste doit s’adapter à une situation internationale inédite. Il est en effet inédit que la première économie mondiale soit celle d’un pays socialiste, ou encore que l’hégémonie US commence à battre en retraite, que celle-ci se replie et celui-là s’ouvre. Que signifie la mondialisation ? Quel est son sens dans l’histoire et obéit-elle à la dialectique, c’est-à-dire a-t-elle des aspects contradictoires qui se transforment l’un en l’autre, ou si on préfère qui dominent tour à tour ? Beaucoup de questions se posent alors, et nous devrions bien étudier ce sujet en mesurant ce qui naît et se développe d’un côté, et ce qui s’éteint de l’autre. Mais quoi qu’il en soit, l’affaiblissement des anciennes puissances impérialistes est un cas favorable pour la révolution prolétarienne dans notre pays.

 

Salutations fraternelles

Jean

1917-2017

Contribution du PCP à la 19ème rencontre international des partis communistes et ouvriers

 

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Intéressante, cette contribution des communistes portugais en hommage à la révolution d’Octobre. Bien sûr ils soulignent les apports considérables de l’Union soviétique, mais en faisant bien le rappel qu’ils sont issus eux-même de cette révolution et que sans elle, ils n’existeraient pas : ils en sont les descendants et ils l’assument, contrairement à la direction du PCF.
D’ailleurs, tout au long de l’intervention, ils exposent principalement leur propre positionnement politique au Portugal et ils soulignent qu’il se situe bien dans le prolongement de cet évènement majeur pour l’humanité qu’a été la révolution d’Octobre. Pour eux, le socialisme est bien toujours l’objectif à atteindre, tout en étant lucides sur le rôle que joue l’Union européenne au service du capitalisme, sur l’état du rapport des forces au niveau mondial et des menaces de guerre, et sur le besoin vital de l’internationalisme.
 

A lire attentivement...
PB


Texte tiré du site du PCP en anglais
Traduction PB pour Lepcf.fr

Le parti communiste portugais salue fraternellement les partis présents à cette 19ème rencontre internationale des partis communistes et ouvriers, et plus particulièrement le parti communiste de la fédération de Russie, lequel nous accueille de manière significative dans la ville qui a été le cadre de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre, en vue de célébrer le centenaire de cet évènement majeur du processus historique de libération de toutes les formes d’exploitation et d’oppression, et la lutte du mouvement communiste international et révolutionnaire.

 

Au Portugal, le PCP commémore le centenaire de la Révolution d’Octobre en organisant un large éventail d’initiatives placées sous le slogan « Le socialisme, une demande du présent et du futur  » – pour aboutir à un grand rassemblement qui aura lieu le 7 novembre. Nous saluons la portée universelle historique de la première révolution prolétarienne victorieuse, la grande valeur des réalisations de cette nouvelle société et l’influence décisive de l’Union Soviétique dans les avancées progressistes et révolutionnaires du vingtième siècle, ainsi que le besoin de dépassement révolutionnaire de l’approfondissement actuel de la crise structurelle du capitalisme par l’édification du socialisme et du communisme.

 

Depuis la 18ème rencontre internationale des partis communistes tenue à Hanoï en 2016, le PCP a mené diverses actions en accord avec les axes communs ou convergents définis à cette occasion, tels que la solidarité avec les partis communistes victimes de persécutions, la solidarité avec les pays et les peuples subissant ingérences, blocus et agressions impérialistes, la lutte contre le militarisme, contre la guerre et pour la dissolution de l’OTAN, les actions pour la paix et le désarmement, en commençant par demander la fin de l’armement nucléaire – parmi d’autres actions importantes telles que la commémoration du Centenaire de la Révolution d’Octobre.

 

Une centaine d’années après les « Cent jours qui ébranlèrent le monde », le cadre international a profondément changé, mais la contribution théorique et pratique de Lénine pour la conquête du pouvoir par les travailleurs et le triomphe du socialisme reste extraordinairement pertinente. Et s’il est vrai que, comme l’avait averti Lénine, il ne serait pas bon de copier mécaniquement l’expérience des bolcheviks, une erreur encore plus grande serait de regarder la Révolution d’Octobre et le travail de Lénine comme quelque chose qui serait irrémédiablement daté et à ranger au musée de l’Histoire. Non, l’odyssée du parti bolchevik et du travail de Lénine, dans lesquels la théorie et la pratique sont dialectiquement liées – parmi d’autres aspects importants, la phase impérialiste du capitalisme, l’Etat et la Révolution, le parti d’un type nouveau, l’universel et le particulier de la lutte pour le socialisme, le rôle de la classe ouvrière et de ses alliances, la diversité des chemins menant au socialisme – représente un remarquable héritage, une source inépuisable de réflexions, d’expériences et d’inspiration pour tous les communistes et les révolutionnaires du monde entier.

 

C’est ce que l’histoire du mouvement communiste et révolutionnaire international démontre pleinement dans ses aspects fondamentaux, et dans le cas du Portugal, l’expérience du PCP l’a confirmé au travers de 96 années de luttes, notamment en ce qui concerne :

 

- la construction du parti comme une force indépendante, avant-garde de la classe ouvrière et de tous les travailleurs, comme un "grand parti collectif" profondément démocratique avec une ligne générale et une direction centrale uniques, enraciné chez les travailleurs et dans le peuple, et dont la théorie est basée sur la marxisme-léninisme compris non comme un dogme, mais un guide pour l’action.

 

- l’élaboration du programme du parti qui s’appuie sur l’expérience du mouvement communiste, qui est fondamentalement basée sur la réalité concrète de notre pays, sur une définition correcte de l’étape de la révolution, sur la politique correspondante des alliances sociales et son expression au niveau politique, sur l’articulation dialectique de la lutte pour la démocratie et la lutte pour le socialisme.

 

- la conception de l’unité de la classe ouvrière comme le noyau de l’unité de toutes les classes et couches anti-monopoles, la priorité de l’organisation et de l’activité du parti dans les ateliers et sur les lieux de travail, et la prise en considération de la lutte populaire des masses comme principale forme de lutte, force motrice du processus de transformation sociale et de construction de la nouvelle société.

 

- la définition du PCP comme un parti pour lequel le patriotisme (et la lutte pour la souveraineté et l’indépendance nationale qui sont considérées comme des conditions fondamentales pour combattre l’impérialisme) et l’internationalisme (dans une dimension anti-impérialiste large et diversifiée, mais ancrée à l’internationalisme prolétarien et aux relations entre partis communistes) sont inséparables et une des composantes fondamentale de l’identité communiste de notre parti.

 

Résultant de la croissance et de la maturité de la conscience de classe du mouvement de la classe ouvrière portugaise, le PCP a été fondé en 1921 sous l’influence de la Révolution d’Octobre, du parti bolchévique et de Lénine. Se nourrissant des expériences aussi bien positives que négatives du mouvement communiste et révolutionnaire international, notre parti a grandi et est devenu, durant toutes ces années, principalement dans la clandestinité, l’avant-garde de la classe ouvrière et la force principale de la résistance antifasciste, tenant un rôle irremplaçable dans la Révolution d’Avril 1974. Mais c’est essentiellement à partir d’une profonde connaissance de la réalité nationale et de ses particularités, analysée avec des critères marxistes, que la ligne stratégique et tactique du parti a été établie et que le programme d’une révolution nationale et démocratique a été adopté, ce qui, dans ses lignes principales a été confirmé par la Révolution d’Avril au Portugal.

 

La position du PCP est que cette expérience est une expression des thèses léninistes fondamentales dans lesquelles l’analyse concrète de la situation concrète et les relations dialectiques entre le général et le particulier jouent un rôle clef dans l’élaboration de la ligne politique et dans la définition des tâches du parti communiste. Si une focalisation exagérée sur les particularités nationales n’a rien à voir avec le projet communiste, les ignorer ou les sous-estimer serait complètement étranger à Lénine qui souligne que « Toutes les nations atteindront le socialisme, c’est inévitable, mais toutes les nations ne prendront pas exactement le même chemin (…) ».

 

Avec l’avancée du processus contre-révolutionnaire et la soumission du Portugal à la dynamique de l’intégration capitaliste européenne, la réflexion et l’expérience du PCP l’ont amené à adopter à son 19ème congrès, le programme « Une démocratie avancée, les valeurs d’avril dans le futur du Portugal » considérant que l’étape actuelle de la révolution dans notre pays devait se traduire par une démocratie avancée. Une telle démocratie, fondée sur la réalité de la première et unique révolution sociale en Europe après la Seconde Guerre mondiale qui, bien que "inachevée", a laissé des marques profondes dans la société et dans la conscience des Portugais, serait une démocratie à la fois politique, économique, sociale et culturelle, exprimant les intérêts et les aspirations de l’écrasante majorité du peuple portugais, aurait un contenu de classe antimonopoliste et anti-impérialiste, et où la plupart de ses tâches serait déjà les tâches d’une société socialiste. En d’autres termes, entre l’étape de démocratie avancée et l’étape socialiste de la révolution portugaise, non seulement il n’y a pas de "grande muraille de Chine", mais il y a une connexion dialectique, façonnée par la lutte des travailleurs et des masses, en accord avec la théorie de Lénine d’une révolution "ininterrompue". Tout comme la révolution démocratique et nationale a ouvert la voie au socialisme (qui est encore aujourd’hui gravé dans le préambule de la constitution portugaise), la démocratie avancée pour laquelle nous combattons aujourd’hui, est aussi partie intégrale et inséparable de la lutte pour le socialisme.

 

Ce sont, en résumé, quelques-uns des aspects fondamentaux de l’expérience du PCP dans la lutte pour conquérir le pouvoir par les travailleurs portugais, une condition pour atteindre les objectifs stratégiques que sont le socialisme et le communisme.

 

Le PCP a, depuis longtemps, considéré qu’il y avait des lois générales de la révolution – comme celles concernant l’importance de la théorie, le rôle du parti révolutionnaire d’avant-garde, le rôle de la classe ouvrière et de ses alliances, la participation créative des masses, les enjeux du pouvoir de l’État et la propriété des principaux moyens de production, la dialectique entre le général et le particulier – mais qu’il n’y avait pas, et qu’il ne pouvait y avoir, de "modèles" et que les chemins vers la libération complète de l’exploitation capitaliste étaient très divers, tout comme sont très diverses les réalités concrètes dans lesquelles les partis communistes et les autres forces révolutionnaires agissent.

 

La révolution d’Octobre a inauguré une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité, l’ère de la transition du capitalisme au socialisme. Le fait que nous vivons des temps difficiles, alors que l’impérialisme mène une offensive dangereuse et que les forces révolutionnaires sont temporairement affaiblies, ne doit pas remettre cette réalité en question.

 

Pour le PCP, cela ne veut pas dire, cependant, que partout, les conditions sont remplies pour se fixer la révolution socialiste comme but et tâche immédiats. Comme le démontre l’expérience du mouvement communiste et révolutionnaire international, la lutte pour le socialisme ne se développe pas selon une ligne droite. Elle se développe par étapes, qui ne sont pas déterminées par notre volonté, ni par des décisions arbitraires, mais qui résultent d’une étude des caractéristiques socio-économiques et du système politique relatifs à chaque pays. Ces étapes peuvent être plus ou moins nettes, plus ou moins interconnectées. A l’époque impérialiste à laquelle nous vivons, il y a convergence, et même interrelation entre la libération nationale, les étapes démocratiques ou autres, et l’étape socialiste, il est possible de passer de l’un à l’autre, en fonction des conditions de l’hégémonie de la classe ouvrière. Le PCP garde cela à l’esprit, dans la situation concrète du Portugal. En tout cas, l’expérience des processus de libération tout au long du siècle qui s’est écoulé depuis Octobre, montre que pour que les objectifs d’une révolution triomphent (libération nationale, objectifs démocratique ou autres), elle doit se placer dans la perspective du socialisme.

 

En vue de la maturation des conditions matérielles objectives pour la révolution socialiste – quelque soit la forme que cette dernière puisse revêtir – le PCP pense que le grand défi auquel sont confrontées les forces communistes et révolutionnaires, et ce de manière globale – la situation d’un pays à un autre étant très diversifiée – est de surmonter le retard des facteurs objectifs, d’abord et avant tout en renforçant les partis communistes. Les temps que nous vivons sont de résistance et de rassemblement des forces à l’échelle mondiale. Cela requiert beaucoup de sacrifices et beaucoup de persévérance dans l’accomplissement de la tâche laborieuse et difficile de construire des partis communistes forts, solidement enracinés dans la classe ouvrière et les masses et ayant une réelle influence dans la vie de leur pays. Pour le PCP, c’est peut-être le plus grand défi auquel est confronté le mouvement communiste et révolutionnaire, et pour cela, beaucoup peut être appris de l’expérience du parti bolchevique. Pour le PCP, rien ne peut remplacer le travail patient parmi les masses et la persistance dans la lutte pour la défense de leurs intérêts concrets et immédiats, avec les convergences et alliances tactiques correspondantes, en ayant conscience que ni cette lutte, ni ces convergences, ne peuvent nous amener à oublier le but ultime, à sous-estimer l’importance décisive des luttes pour des objectifs limités, ou nier l’évidence des phases ou étapes intermédiaires de la lutte.

 

Comme souligné lors de son 20ème congrès, tenu en décembre 2016, le PCP pense aussi qu’il est nécessaire de garder à l’esprit que les difficultés et les dangers de la situation mondiale actuelle, résultant de l’approfondissement de toutes les contradictions fondamentales du capitalisme – entre capital et travail, entre le développement des forces productives et les relations de production, entre la socialisation de la production et son appropriation privée, dans un cadre où opère la baisse tendancielle du taux de profit – coexistent avec un grand potentiel d’avancées progressistes et révolutionnaires. C’est pourquoi le PCP considère essentiel que les communistes soient bien enracinés dans les masses, identifiés avec leurs intérêts propres, engagés dans leur organisation et la lutte, et confiant dans l’inévitabilité que les situations de crise, avec une dimension révolutionnaire, vont cesser et pour cela, nous devons nous préparer en sachant comment recourir aux différentes formes de luttes. Un parti d’avant-garde sera tel, s’il n’existe pas seulement pour lui-même mais pour les masses.

 

Pour le PCP, c’est aussi une des plus fortes leçons de la révolution d’Octobre au cours de laquelle un parti bolchevique souterrain est devenu la principale force de la révolution grâce à son travail incessant d’organisation et ses liens profonds avec les intérêts et les aspirations de la classe ouvrière et des masses.

 

Le PCP pense qu’il est un devoir internationaliste fondamental de rétablir et renforcer le mouvement communiste et révolutionnaire international. Cette contribution exige, en premier lieu, que notre parti se renforce et acquiert une plus grande influence parmi les travailleurs et le peuple portugais. Du point de vue du PCP, son premier devoir internationaliste revient à la classe ouvrière et au peuple du Portugal. Dans le même temps, le PCP cherche à renforcer les liens d’amitié, de coopération et de solidarité avec les autres partis communistes (autant qu’avec les autres forces révolutionnaires et anti-impérialistes), basés sur les échanges d’expérience, d’informations pour une analyse commune de la situation internationale et sur des décisions d’initiatives et des lignes d’action communes ou convergentes dans la lutte contre le grand capital et en solidarité avec les peuples en lutte contre les agressions et ingérences impérialistes.

 

Sans ignorer les délais et les difficultés rencontrées dans cette voie et en dépit des avancées que nous ne devons pas sous-estimer, le PCP pense que le mouvement communiste et révolutionnaire international n’a pas encore récupéré des coups durs qu’il a subis avec les défaites du socialisme en Union soviétique et dans l’Europe de l’Est. Confronté à la violente offensive politique et idéologique de la classe dirigeante – plus particulièrement caractérisée, entre autres aspects, par un anticommunisme féroce, la persécution et l’interdiction des partis communistes et autres forces démocratiques, et de gigantesques opérations de falsification des faits et de l’Histoire qui peuvent lui être opposés – et confronté à la probabilité d’une phase longue et prolongée de résistance et de rassemblement des forces, nous avons vu le développement, d’une part, des tendances à abandonner le projet révolutionnaire et à s’adapter au système et, d’autre part, des tendances dogmatiques et sectaires accompagnées d’impatience et de bonds en avant, pointant la prise du pouvoir par la classe ouvrière comme une tâche universelle immédiate. Une très large diversité de situations et de tâches pour chaque parti au niveau national n’a pas facilité le développement de coopérations multilatérales. C’est dans ce contexte que le PCP pense qu’il est nécessaire de renforcer les coopérations et les relations bilatérales et multilatérales. Les rencontres internationales des partis communistes et ouvriers constituent une contribution importante de ce point de vue, en gardant à l’esprit tout ce qui nous unit dans la lutte pour les droits des travailleurs et des peuples et pour le dépassement révolutionnaire du capitalisme.

 

Dans le but de renforcer le mouvement communiste international et de préserver son unité, le PCP pense qu’il est essentiel de respecter les principes d’indépendance, de respect mutuel, d’un débat franc et fraternel pour une meilleure connaissance mutuelle et le rapprochement des positions, la non-ingérence dans les affaires intérieures, la solidarité mutuelle. Le PCP est bien conscient de l’existence d’opinions différentes, voire de divergences, que la complexité de la situation internationale et la diversité des réalités nationales rendent pratiquement inévitables. Pour le PCP, le problème ne réside pas principalement dans les différences d’opinion, mais dans les méthodes de travail qui ne respecteraient pas les principes éprouvés de la relation. Le PCP estime que les essais de centralisation organisationnelle ou d’homogénéisation politique et idéologique ne serviraient pas, mais plutôt entraveraient, l’unité du mouvement communiste et révolutionnaire international.

 

L’évolution de la situation internationale met en évidence le besoin du renforcement et de l’unité des communistes, ainsi qu’entre eux et toutes les forces révolutionnaires, anti-impérialistes et pacifiques.

 

Face à l’aggravation de la crise structurelle du capitalisme et compte tenu d’un processus vaste et complexe de réorganisation des forces au niveau mondial, l’impérialisme intensifie son offensive d’exploitation, d’oppression et d’agressivité. L’impérialisme, en particulier l’impérialisme des États-Unis, tente de contrer la tendance au relatif déclin économique et d’assurer, en liaison avec ses alliés, son hégémonie au niveau mondial.

 

Dans ce contexte, le Brexit, la montée de l’extrême droite, la poursuite militariste en cours, entre autres aspects importants qui marquent la réalité de l’Union européenne, sont l’expression de sa crise profonde et d’une offensive visant à renforcer ses piliers fédéralistes, néolibéraux et militaristes.

 

C’est une situation dans laquelle il y a un danger croissant que les secteurs les plus réactionnaires et les plus agressifs de l’impérialisme parient de plus en plus sur la guerre et le fascisme.

 

La solidarité avec les peuples victimes des menaces et des agressions de l’impérialisme, et un puissant mouvement pour la paix et le désarmement, sont aujourd’hui des tâches fondamentales.

 

A son 20ème congrès, tenu à la fin de l’année 2016, le PCP a réaffirmé son indéfectible détermination à continuer la lutte au Portugal pour une démocratie avancée, avec les valeurs de la Révolution d’Avril pour le futur Portugal, comme partie intégrante de la construction du socialisme et du communisme. Cette lutte nécessite une rupture avec des décennies de politiques de droite et une alternative patriotique de gauche.

 

L’alternative patriotique et de gauche que le PCP propose, prend en compte notre réalité nationale, à savoir la domination économique croissante par le capital monopoliste national et étranger, et la subordination politique et la dépendance économique qui résultent du processus d’intégration capitaliste de l’Union Européenne.

 

Une alternative patriotique, parce que la nouvelle orientation et la nouvelle politique devront rompre avec la subordination et la dépendance externes croissantes, et affirmer la souveraineté nationale et un développement économique souverain. Une alternative de gauche, parce qu’elle inscrira la nécessité de valoriser le travail et les travailleurs, de matérialiser les droits sociaux et les fonctions sociales de l’État, une répartition plus équitable des revenus et un contrôle public des secteurs stratégiques, en vue de défendre les travailleurs et les couches et les secteurs non-monopolistes.

 

Cette voie requiert un PCP plus puissant et renforcé, assumant son rôle d’avant-garde en lien étroit avec la classe ouvrière, les travailleurs et le peuple. Cela nécessite un travail quotidien de défense des intérêts des travailleurs, du peuple et du pays, un combat inébranlable et continu contre les politiques de droite et pour une alternative patriotique et de gauche, la consolidation de l’unité de la classe ouvrière et des travailleurs, l’engagement pour la création d’un large front social de lutte, pour le renforcement des organisations de masse et des mouvements de masse, une activité grandissante des classes, couches et secteurs antimonopolistes, la convergence et l’unité des démocrates et patriotes, la combinaison d’action électorales et institutionnelles avec des actions de masses, l’intensification et la convergence des luttes de masse, autant de facteurs déterminants et décisifs pour assurer le succès de tout projet de changement social qui serve les travailleurs et le peuple portugais.

 

Cette position soulève, comme problème essentiel, le besoin d’un PCP plus fort sur le plan organisationnel, enraciné plus profondément parmi les travailleurs et le peuple, lié à la réalité portugaise, articulant les luttes pour un objectif à court terme avec les luttes pour un but plus général, réaffirmant son identité communiste et ses projets révolutionnaires.

 

Cent ans après la révolution d’Octobre, le capitalisme, plongé dans sa crise structurelle, nous apparait dans toute sa nature prédatrice, oppressive, agressive et d’exploitation. Le capitalisme n’a rien à offrir aux peuples, excepté une toujours plus grande accumulation, centralisation et concentration des richesses, plus d’exploitation, une injustice et des inégalités sociales grandissantes, des attaques contre les droits sociaux et du travail, le déni des libertés démocratiques et des droits, le pillage et la destruction des ressources, l’ingérence et l’agression contre la souveraineté nationale, le militarisme et la guerre qui, dans cette phase impérialiste, embrasse tous les continents, mettant en danger la paix mondiale et l’existence même de l’humanité.

 

La disparition de l’URSS et la défaite du socialisme dans l’Europe de l’Est a eu un impact négatif indéniable et profond sur la balance globale des forces, sur la conscience des masses et sur le développement de la lutte pour le socialisme.

 

Cependant, la nature du capitalisme n’a pas changé, et ceci réaffirme le besoin de son renversement révolutionnaire par le socialisme et le communisme.

 

La réalité du monde d’aujourd’hui prouve l’importance et la portée des buts et des affirmations du socialisme de la révolution d’Octobre comme une demande du présent et du futur. Le XXème siècle n’était pas le siècle de la "mort du communisme", mais le siècle au cours duquel le communisme est né comme une forme nouvelle et supérieure de société. Toutefois, cela ne doit pas effacer le fait qu’entreprendre le dépassement révolutionnaire du capitalisme est chose complexe, irrégulière et incertaine, avec des victoires et des défaites, des avancées et des revers.

 

Par différentes voies et étapes, au cours de périodes historiques plus ou moins longues, par la lutte pour l’émancipation sociale et nationale des travailleurs et des peuples, c’est le remplacement du capitalisme par le socialisme qui, au 21ème siècle, restera inscrit comme une possibilité réelle et comme la perspective la plus solide pour le développement de l’humanité.

 

C’est à ce processus de lutte et de construction que les communistes portugais s’engagent avec une détermination sans faille.

 

Fondé sur l’engagement ferme envers les travailleurs et le peuple portugais, affirmant son identité communiste, et honorant sa nature et son histoire de parti patriotique et internationaliste, le PCP restera ferme dans la lutte pour un Portugal démocratique, développé et souverain, dans la lutte pour une démocratie avancée, avec les valeurs de la révolution d’Avril pour le futur Portugal, tout en ayant le socialisme et le communisme comme but.

 

Intervention du Parti Communiste Portugais du 3 Novembre 2017, Saint-Pétersbourg, Fédération de Russie

 

Source : le site du PCP en anglais

 

Traduction PB pour Lepcf.fr

Maximilien Luce - une rue à Paris en mai 1871 ou la Commune
 

Agé de 95 ans Claude Willard vient de nous quitter. Historien, professeur à Paris 8, Président des Amis de la Commune de Paris, il a participé au Maitron, la Pensée, les Cahiers d'Histoire ... Il nous rappelle ici que l’œuvre de la Commune demeure d’une extraordinaire actualité car porteuse de valeurs combattues par les héritiers de ceux qui massacrèrent les communards. - Claire Vérilhac

La Commune de Paris, une œuvre toujours au cœur de l’actualité

 

La Commune demeure ensevelie sous une chape de silence, bien qu’elle soit ou plutôt parce qu’elle est porteuse de valeurs, valeurs battues en brèche par les héritiers de ceux qui massacrèrent les Communards.

 

Une révolution ouvrière

 

L’insurrection communarde naît d’un sursaut patriotique contre la faillite, voire la trahison, des équipes dirigeantes durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, et d’un puissant réflexe républicain contre les périls d’une restauration monarchique. Comme le proclame le Journal officiel du 21 mars 1871, " Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques. " Cette révolte, réponse à la provocation de Thiers du 18 mars, se transforme en révolution ouvrière.

 

Ouvrière par la masse de ses combattants (84% des Communards arrêtés sont des travailleurs manuels), par le fort pourcentage d’ouvriers (environ 30%) au sein du Conseil général de la Commune, par la constante pression exercée du dehors, enfin par sa législation sociale. Mais cette classe ouvrière est fille de son temps, d’un capitalisme en pleine ascension, intermédiaire donc entre l’artisanat sans-culotte et le prolétariat d’usine, une classe ouvrière adolescente, mal structurée, se lançant " à l’assaut du ciel ". Cette hétérogénéité, jointe à sa naissance spontanée du 18 mars, explique largement l’inexpérience, l’isolement, les rivalités paralysantes de la Commune, mais aussi sa diversité foisonnante (néo-jacobins, proudhoniens, néo-proudhoniens, blanquistes, bakounistes, marxistes, francs-maçons...), source d’un héritage pluriel.

 

La démocratie citoyenne

 

Au nom de la souveraineté populaire et dans le droit fil de la Constitution de 1793, la Commune engendre une vraie démocratie. Le Comité central de la Garde nationale, installé à l’Hôtel de Ville depuis la soirée du 18 mars, précise, dans son appel du 22 mars aux électeurs, sa conception de la démocratie : " Les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables " ; et, le 24 mars : " Quand nous pourrons avoir les yeux partout où se traitent nos affaires, partout où se préparent nos destinées, alors, mais alors seulement, on ne pourra plus étrangler la République. "

 

Les élus de la Commune, révocables, corsetés par un mandat impératif, demeurent sous la férule d’un véritable " ministère des masses " : chambres syndicales, clubs, comités de femmes, presse maintiennent une forte pression, à laquelle convie le club Nicolas-des-Champs : " Peuple, gouverne-toi toi-même par tes réunions publiques, par ta presse ; pèse sur ceux qui te représentent ; ils n’iront jamais trop loin dans la voie révolutionnaire. " Lorsque les ouvriers boulangers, obtenant la suppression du travail de nuit, se rendent à l’Hôtel de Ville remercier la Commune, ils sont vertement tancés par le journal Le prolétaire : " Le peuple n’a pas à remercier ses mandataires d’avoir fait leur devoir [...] Car les délégués du peuple accomplissent un devoir et ne rendent pas de services. "

 

Donc une démocratie au sens étymologique du terme (démo = peuple ; kratos = pouvoir), le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, la démocratie la plus authentique qui ait jamais existé à travers l’histoire, une démocratie directe reposant sur une citoyenneté active, à l’échelle, il est vrai d’une ville et durant une soixantaine de jours. Mais quelle remise en cause de la délégation du pouvoir et de la bureaucratie !

 

Cette souveraineté populaire, pleinement assumée, s’inscrit fort bien dans la filiation de la Constitution de 1793, qui proclamait " le droit à l’insurrection " comme " le plus sacré des droits et le plus imprescriptible des devoirs ".

 

Prémisses de l’autogestion

 

La démocratie s’étend à l’entreprise. L’atelier de réparation d’armes du Louvre se dote d’un règlement autogestionnaire : chaque atelier élit, pour quinze jours, au conseil de direction, un ouvrier chargé de transmettre les réclamations et d’informer ses camarades des décisions prises. Dans l’orbite des chambres syndicales ou de comités de l’Union des Femmes surgissent de nombreux ateliers coopératifs. Cette pratique inspire le décret du 16 avril, prévoyant la remise en marche par les ouvriers associés des ateliers que leurs patrons ont désertés.

 

Vers l’émancipation féminine

 

Constituant vital de cette démocratie directe, les femmes. Elles sont sur le devant de la scène depuis le 18 mars (Louise Michel à Montmartre). Jules Vallès, dans Le Vengeur du 12 avril 1871, décrit avec enthousiasme : " J’ai vu trois révolutions, et, pour la première fois j’ai vu les femmes s’en mêler avec résolution, les femmes et les enfants. Il semble que cette révolution est précisément la leur et qu’en la défendant, ils défendent leur propre avenir. "

 

Est alors créé le premier mouvement féminin de masse, l’Union des Femmes, qu’animent Elisabeth Dmitrieff, aristocrate révolutionnaire russe de 20 ans, et Nathalie Le Mel, une bretonne de 45 ans, ouvrière relieuse.

 

Après des siècles de phallocratie, balayant son dernier avatar en date, le proudhonisme (adepte de la femme au foyer), dont plusieurs de ses membres pourtant se réclament, la Commune ouvre une brèche vers la libération des femmes. Les projets d’instruction pour les filles visent à affranchir les femmes des superstitions et de l’emprise de l’Eglise, considérée comme l’âme de la contre-révolution. Les femmes obtiennent à travail égal, salaire égal , et créent de nombreux ateliers autogérés. Dans quelques quartiers les élus appartenant à l’Internationale associent des femmes à la gestion municipale. En cette époque où règne, étouffant, " l’ordre moral ", la Commune officialise l’union libre, conférant à la famille constituée hors mariage (concubins, enfants naturels) sa première reconnaissance légale. Enfin, la Commune bannit la prostitution considérée comme une forme de " l’exploitation commerciale de créatures humaines par d’autres créatures humaines. "

 

Durant la Semaine sanglante, les femmes combattent sur les barricades, à l’image de Jeanne-Marie que glorifie Arthur Rimbaud, et de Louise, l’infirmière de la Fontaine-au-Roi, à qui J. B. Clément dédie Le Temps des Cerises.

 

Ce rôle pionnier des Communards suscite la haine des Versaillais, qui forgent le mythe des " pétroleuses ". Et Alexandre Dumas fils, auteur de La Dame aux Camélias, ose écrire : " Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour toutes les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes. "

 

Les étrangers

 

Dans notre monde gangrené par le racisme, la xénophobie, le nationalisme, la Commune incarne la devise que Marx avait inscrite au bas du Manifeste communiste de 1848 : " Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! "

 

Nombreux sont les étrangers qui participent à la Commune : les travailleurs immigrés, nombreux, surtout Belges et Luxembourgeois, les Garibaldiens et les révolutionnaires qui cherchaient asile dans le pays incarnant les Droits de l’homme. Fait unique dans l’histoire mondiale, plusieurs étrangers occupent une place dirigeante. Un juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel, siège au Conseil général de la Commune. La commission des élections, le 30 mars 1871, valide ainsi son élection : " Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent [...], la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel.. " Léo Frankel est promu ministre du Travail et inspire toute l’œuvre sociale de la Commune. Des généraux polonais, Dombrowski et Wrobleski, assument des commandements militaires. Elisabeth Dmitrieff dirige l’Union des Femmes.

 

En retour, la Commune est entourée, durant son existence et après sa défaite, de la solidarité agissante du mouvement ouvrier international.

 

Une œuvre très novatrice

 

Bien que bornée par le temps et absorbée par les impératifs militaires, l’œuvre de la Commune est d’une richesse foisonnante.

 

La Commune entend réaliser l’aspiration du mouvement ouvrier français du XIXe siècle : " l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ". Fidèle à la Constitution de 1793, qui assignait à la société politique l’objectif d’établir " le bonheur commun ", la Commune se veut " la Sociale ". Répondant aux aspirations populaires, elle abolit le travail de nuit, interdit les amendes et retenues sur les salaires, combat le chômage, interdit l’expulsion des locataires (par ailleurs exonérés des termes encore dus), exerce un droit de réquisition sur les logements vacants.

 

L’armée est remplacée par la Garde nationale, c’est-à-dire le peuple en armes, élisant ses officiers et sous-officiers.

 

La Commune établit la gratuité de la justice, la liberté de la défense, supprime le serment politique des fonctionnaires et magistrats, eux aussi élus et révocables.

 

Les Églises séparées de l’Etat, la Commune instaure l’école laïque, gratuite et obligatoire, crée un enseignement professionnel, y compris pour les filles, et entame une réforme de l’enseignement. Pour en débattre démocratiquement, se réunissent dans plusieurs écoles instituteurs, parents d’élèves et membres de la Société pour l’Education nouvelle (soucieuse de rénover l’enseignement).

 

La Commune est aussi pionnière de l’éducation populaire. Elle instaure des cours publics, que Louise Michel évoquera avec enthousiasme : " Partout les cours étaient ouverts, répondant à l’ardeur de la jeunesse. On y voulait tout à la fois, arts, sciences, littérature, découvertes, la vie flamboyait. On avait hâte de s’échapper du vieux monde. " La Commune rouvre bibliothèques, musées, théâtres. Les concerts donnés aux Tuileries sont très prisés. Dans cet épanouissement de la culture populaire, un rôle important est dévolu à la Fédération des Artistes (avec Courbet, Daumier, Manet, Dalou, Pottier...), qui place en tête de son programme " la libre expansion de l’art, dégagé de toute tutelle gouvernementale et de tous privilèges ".

 

Tout, certes, n’est point réalisé. Mais que d’anticipations !

 

La Commune n’est pas morte !

 

La répression est féroce, à la mesure de la peur et de la haine des classes dirigeantes : 25 000 à 30 000 massacrés (dont femmes et enfants), 36 000 prisonniers, 4586 déportés en Nouvelle-Calédonie.

 

Et pourtant, comme le chante Eugène Pottier,

 

" Tout ça n’empêch’pas, Nicolas,
qu’la Commune n’est pas morte "

 

Victor Hugo exprime la même pensée : " Le cadavre est à terre, mais l’idée est debout. "

 

Dans le court terme, le spectre de la Commune hante les " réalistes " (tel le Versaillais en chef, Thiers) et, par là, contribue à faire échouer les tentatives de restauration monarchique. Comme le prévoyait Jules Vallès : " Avec nos fusils d’insurgés, nous avons calé la République. " Sans parler des futures réalisations de la IIIe République, en premier lieu, la laïcité de l’école, longtemps propre à la France.

 

Mais surtout, comme la Révolution française, la Commune constitue un événement fondateur. Elle inspire le mouvement ouvrier international, de la Commune de Carthagène en 1873 à la Révolution russe de 1917, à la Révolution spartakiste, à la Commune de Canton de 1927 et à la révolte du Chiapas aujourd’hui. Elle marque en profondeur tout le mouvement ouvrier français de la fin du XIXe et du XXe siècle, élément de ses spécificités. Elle hante encore la genèse du Front populaire, la Résistance et mai 1968, nos combats d’aujourd’hui et demain.

 

L’œuvre de la Commune demeure d’une extraordinaire actualité parce que, viscéralement démocratique, elle a su, dans les termes de son époque, poser et essayer de résoudre des problèmes qui nous tenaillent toujours. Certes, à temps nouveaux, solutions neuves. Si jamais l’histoire ne se répète, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.

 

Dans notre univers inégalitaire, inhumain, dominé par le pouvoir de l’argent, prônant le culte de la réussite individuelle, et où le ventre de la " bête immonde " engendre toujours racisme, xénophobie, fanatisme, redonnons chair et vie au triptyque gravé de façon très formaliste au fronton de nos édifices publics : Liberté, Égalité, Fraternité.

 

L’association des Amis de la Commune de Paris, héritière de La Fraternelle créée par les Communards à leur retour d’exil, a pour but de faire fleurir son héritage, si fécond pour nos combats d’aujourd’hui et de demain.

 

Claude Willard, président de l’association "Les Amis de la Commune de Paris".

»» http://www.commune1871.org/++cs_INTERRO++La-Commune-de-Paris
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Photos d’archives et des commentaires qui tentent de rétablir la vérité sur l’histoire et sur l’avenir du communisme pour l’humanité

 

 
06 Décembre 2017
Voilà quelques photos que j’ai découvertes, je vous propose d’en suivre le déroulé, et les commentaires pour non seulement lire le passé mais affronter les menaces et les confusions du présent.

 

 

 

Comme le dit la légende, nous sommes en 1960, Krouchtchev, alors successeur de Joseph Staline, qui a publié en 1956 un rapport sur les « crimes de Staline », est alors premier secrétaire du Parti communiste de l’URSS. Il a on le voit d’excellentes relations avec Soeharto qui se présente à lui comme un quasi allié des communistes.

 

Soeharto fait sa carrière dans l’armée jusqu’à atteindre le grade de major-général. Dernièrement nous avons publié ici un article sur la renaissance de ce qui fut le plus grand parti communiste non au pouvoir celui d’Indonésie. Je rappelle à ceux qui l’ont survolé ou pas lu, que les communistes dans ce texte de 2017, annonçaient leur retour, opposaient l’attitude de Staline, la manière dont ce dernier les avait aidés, les avait écoutés et conseillés de ne pas se mettre à la remorque de Soeharto, alors qu’au contraire Khrouchtchev, les avait traités avec mépris, préférant entretenir un rapport amical et direct avec Soeharto. Cette photo en est l’illustration. En fait ledit Soeharto préparait un terrible piège, une tentative de coup d’État le 30 septembre 1965, contrée par les troupes dirigées par Soeharto, est imputée sans preuves au Parti communiste indonésien, tandis que Soeharto arrache le pouvoir au président fondateur de la République d’Indonésie, Soekarno. L’armée conduit aussitôt une sanglante purge anti-communiste par la suite étendue à d’autres secteurs de la société (immigrants, chrétiens, etc) provoquant de 500 000 à 1 million de morts en quelques mois. Il est nommé président par intérim en 1967 et président l’année suivante. En 1975, les troupes indonésiennes envahissent le Timor oriental, dont 200 000 habitants sont tués durant les premières années d’occupation. Après trois décennies passées au pouvoir, le soutien à la présidence de Soeharto s’érode à la suite de la crise financière asiatique de 1997-1998. Il est, selon Transparency international, le dirigeant le plus corrompu de la planète dans les années 1980 et 1990.

 

Le parti communiste décimé est interdit, traqué, et c’est seulement en cette année 2017 qu’il est à nouveau autorisé et qu’il fait cette analyse que nous avons publiée et qui est une des pièces au dossier que nous avons déposées pour non pas une réhabilitation de Staline, mais comme le souhaitait Maurice Thorez une estimation de ses mérites autant que de ses fautes, ses crimes dans une période historique d’une grande violence. Cette violence est celle dont est née l’Union soviétique dans laquelle le premier pouvoir prolétarien a dû se construire, une matrice militaire, au grandes conquêtes sociales et humaines néanmoins, une violence dans l’histoire de l’Union soviétique mais aussi celle de l’humanité, où le capital après avoir développé l’esclavage à un stade non atteint à ce jour, la traite des esclaves, l’exploitation des enfants, a été capable de provoquer la boucherie de la première guerre mondiale, puis une guerre civile dans la jeune Union soviétique qui a provoqué plus de 10 millions de morts dont 9 millions de civils, le nazisme avec ses crimes massifs, non seulement l’extermination des juifs, mais celle de 26 millions de Soviétiques. la guerre froide qui débute avec Hiroshima et cette enfant aveugle ci-dessous, comme ce terrible massacre en Indonésie et partout ailleurs sur la planète.

 

Comment peut-on prendre pour parole d’évangile le rapport de celui qui prétend dénoncer « les crimes de Staline », alors que, si crimes il y a, il y a largement participé, un rapport qui prétend caricaturer une époque de drames et de conquêtes en la ramenant à la description d’un monstre paranoïaque dont il fut le collaborateur docile et ce même Khrouchtchev à l’inverse de celui qu’il dénonce créa les conditions de la dissolution de l’Internationale communiste, non seulement par ses « révélations » qui entamèrent la confiance mais par la politique qu’il mena en tant que dirigeant. Il méprisa Cuba au point de lui retirer les fusées sans son accord, il méprisa les Indonésiens au point de favoriser leur massacre, il a méprisé les Chinois au point de provoquer la querelle sino-soviétique, une des causes de la chute de l’URSS, et il méprisa les communistes français au point de transmettre directement au Monde son fameux rapport que Thorez ne voulait pas publier. Sans parler de sa politique intérieure qui finit par entraîner sa chute.

 

Ce sont ses « révélations », son analyse, qui non seulement furent utilisées par les idéologues d’une CIA en pleine reconquête néolibérale, mais qui devinrent les bases tronquées d’une révision du mouvement communiste international. Résultat ce qui est sans doute une nécessité à savoir que les différences de civilisations, d’histoire s’unissent en respectant chacune leur apport irremplaçable dans la construction d’un destin commun pour l’humanité est devenu l’occasion de fragmentation, d’isolement et de disparition du projet communiste.

 

13. Un enfant aveuglé par l’explosion de la bombe atomique d’Hiroshima (1945)

 

Source de l’image: Twitter/@HistoryInPIx>
 
 
EN 1936, les dieux du stade, les jeux olypiques dans Berlin nazi et déjà le refus du salut hitlérien de deux athlètes noirs américains. Hitler on le sait quitta la tribune pour ne pas avoir à décorer des athlètes noirs. Quand je vois dans un stade du Soudan célébrer Hitler et l’holocauste, j’ai envie de vomir. Quand je vois un Dieudonné faire de la propagande antisémite au profit des nazis en récusant l’extermination des juifs pour mieux entretenir la haine antisémite dans la population noire, j’ai encore plus en vie de vomir. Mais le pire de tout, le plus impardonnable, est quand je vois un communiste ou qui se prétend tel comme Jean Claude Lefort, qui prétend soutenir les Palestiniens cautionne les propos d’un Pascal Boniface.
 
Il nous demande de signer une pétition de soutien à Pascal Boniface qui justifie le gang des barbares torturant et massacrant un jeune juif innocent, en croyant que comme tous les juifs il a de l’argent. Il le justifie de fait en arguant que c’est la politique du CRIF qui est à l’origine du gang des barbares et sous prétexte que je critique le CRIF, Jean-Claude Lefort prétend me faire signer cette ignominie, je sais que quelle que soit sa prudence, il a franchi le trait qui fait que plus jamais je ne cautionnerai ses combats.
 
Ce n’est pas parce que s’est dévoilée la racine antisémite de ceux-ci mais parce que c’est une mauvaise action que celle qui sous prétexte de dénoncer la politique d’un gouvernement voir d’un état israélien est en train de développer les conditions de l’aliénation de tous et en particulier des musulmans, des Africains que l’on mène vers l’adhésion à ceux qui demeurent des criminels face à l’humanité et qui les traiteront en sous-hommes. J’en appelle à la responsabilité des communistes devant ce qu’est le nazisme, le fascisme …
Le nazisme et ses liens ontologiques avec le capitalisme
 
Hitler et cette photo le dit est venu au pouvoir non par des élections dans lesquelles il n’a jamais eu la majorité, encore moins celles à la suite desquelles il a été appelé comme chancelier du reich où il avait perdu en six mois deux millions de voix alors que le parti communiste en avait gagné 700.000 mais par la volonté du grand capital allemand allié aux forces conservatrices. C’est ce que vient de dire avec talent le récent prix Goncourt qui s’ouvre sur la scène suivante:
 

Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre par-dessus noirs, marron ou cognac… Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée ; mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. Pour le moment, les vénérables patriciens sont là, dans le grand vestibule ; ils échangent des propos badins, respectables ; on croirait assister aux prémices un peu guindées d’une garden-party.

 

Tels sont les personnages ubuesques qui ne vont tarder à entrer en scène, sur le grand théâtre de la politique européenne, en cette année 1933, il s’agit du grand capital dont tous les noms encore aujourd’hui sont le symbole de produits made in germany qui viennent soutenir Hitler, Krupp, Bayer, IG Farben pour qui sera construit Auschwitz. .

 

C’est l’ouverture impertinente du dernier livre d’Eric Vuillard. L’Ordre du jour, paru en mai 2017 chez Actes Sud, qui vient d’être récompensé par le prix Goncourt

Une autre légende est celle de juifs simples victimes, en voici un qui défie Himmler, fort heureusement il y en eu d’autres qui combattirent, beaucoup devinrent communistes, leurs enfants le sont encore pour la plupart. Il n’y a pas plus d’unanimité chez les juifs que chez les musulmans, les africains, ou tout autre groupe humain, il y a des positions de classe que l’on veut leur faire oublier pour monter les une contre les autres les victimes. Quels que soient ses erreurs, ses fautes et même ses crimes en regard de son propre idéal, jamais les communistes n’ont oublié cela. Il n’y a rien de commun entre le dirigeant de la CGT Henri Krasucki et le baron Rothschild. Rien de commun malgré ceux qui encore et toujours tentent de communautariser leurs combats et qui comme Politzer le disait pendant qu’ils dénoncent le capitalisme juif fichent une paix royale au capitalisme. Quand les communistes oublient cela et leur adversaire ils ne sont plus communistes, ils participent à la confusion générale.
C’est pour cela que je dénonce et dénoncerai jusqu’à mon dernier souffle les amalgames racistes et antisémites, comme je dénonce cette falsfication de l’histoire qui sous couvert d’un faux concept de totalitarisme prétend tracer un signe d’équivalence entre le communisme et le nazisme, y compris à travers Staline dont l’histoire reste à écrire, ce que je ne suis pas en mesure de faire, tout au plus montrer l’absurbité du rapport Khrouchtchev et la manière dont il évite le véritable bilan historique…
 
Plus que jamais indispensable parce que face à la bête immonde, le communisme demeure la seule voie révolutionnaire. Celui qui dénonce le nazisme, le fascisme, le retour de l’extrême droite et ne montre pas ses racines capitalistes ne le vaincra jamais a dit en gros Brecht, je partage. Dans les temps de confusion qui sont les nôtres, il est plus urgent que jamais que les communistes répètent cette nécessité.
Danielle Bleitrach

 

Publié par El Diablo

MACRON perçu comme « président des riches » mais la MOBILISATION POPULAIRE se fait attendre… Pourquoi ?

Commentaire de B.T :

Pour qu'il y est mobilisation populaire, il faut impérativement une organisation qui ouvre une PERSPECTIVE.

 

De fait le monde du travail est orphelin d'un parti communiste qui porte les demandes et les espoirs des milieux populaires.

 

Si il n'y a pas mobilisation, le PCF en est le responsable en premier lieu. Et surtout ses dirigeants qui se refusent à faire le bilan de la période passé et à remettre en cause une stratégie qui se révèle mortifère.

 

Plus ils crient, "au rassemblement, moins ils rassemblent" (vouloir une liste commune aux européennes entre gens qui n'ont de fait aucun point commun est une véritable crétinerie, et quand je dis crétinerie je suis gentil). Cette "nomenklatura" qui se refuse à prendre ses responsabilités en refusant de faire le bilan de la stratégie qu'elle a mis en oeuvre. Parce qui dit bilan, dit responsabilité, refuser le bilan, c'est refuser d'assumer jusqu'au bout ses responsabilités. C'est en quelque sorte se défiler. Ce que ne font plu bien des partis communiste. Cette nomenklatura n'y croient plu, pour elle le capitalisme est la fin de l'histoire. Alors autant rester bien au chaud dans le fourgon U.E/OTAN. Oui parce qu'il ne faut pas se raconter d'histoire U.E/OTAN c'est kif, kif le pilote est dans tous les cas à Washington

 

Le PCE récupère le léninisme pour le centenaire de la Révolution d’Octobre. [Suite…]


L'ARTICLE EN LIEN CI-DESSOUS:

Les fêtes selon Ménard

Ite missa est Nous devons nous aussi mener la lutte idéologique

 

, par  Jacques Cros
 
Dans les murs de la mairie de Béziers, R. Ménard inaugure sa crèche en dépit d’une récente condamnation du conseil d’état. Les communistes de la section ont appelé à être présent pour rappeler la décision de justice, la laïcité de la République et le besoin de crèches pour les enfants, les mères et les familles de notre ville. D’autres forces de gauche se sont jointes à notre appel et nous pesions un quart de ceux qui s’étaient déplacés. L’essentiel est que l’incroyable discours de Ménard, une véritable messe des plus réactionnaires n’ai pas été sans réponse immédiate.

Lundi soir (4-12-2017), il y avait affluence sur le parvis de l’hôtel de ville de Béziers pour l’inauguration de la crèche Ménard. Il y avait les inconditionnels et les laïques qui, pancartes à l’appui, demandaient le respect de la législation en vigueur. Quel était le rapport des forces entre les deux ? Difficile de répondre.

 

Le maire a prononcé un discours dans lequel il a tenté d’amalgamer tous les présents, ce qui est une absurdité, les huées qui ont accompagné son propos ont bien montré que l’initiative n’était pas approuvée par une partie du public.


En quoi elle gêne cette crèche ? a interrogé Ménard. Eh bien on peut lui répondre très simplement par la symbolique qui est la sienne et qui met en avant une dimension religieuse qui doit rester du domaine du privé, les pouvoirs publics n’ayant pas à s’immiscer dans cette affaire.

 

La démarche s’accompagne d’une xénophobie, d’un racisme même, qui est révélateur. A côté de moi j’ai entendu une jeune femme proférer « ça gêne les gauchos et les Arabes » ! Eh oui, Ménard avait eu beau débaucher des Musulmans du faubourg pour son opération, dans l’esprit de certains ça n’éliminait pas le refus de l’autre.

 

Toujours à mes côté j’ai relevé cette phrase sur les communistes qui auraient fait cent millions de morts. Ce ne sont pourtant pas eux qui ont déclenché l’horrible boucherie de 14-18 ni les guerres coloniales, notamment celle d’Algérie pour laquelle on m’avait enrôlé quand j’avais 20 ans !

 

Le premier magistrat de Béziers a placé sa crèche sous le signe de la paix de Noël. Et en conséquence sans doute, le lendemain 5 décembre, il ne manquera pas d’aller se recueillir sur la stèle dédiée aux criminels de l’OAS. Il aurait dû effectuer ces deux démarches le même jour, ça aurait éclairé le non-respect des décisions de justice.


Eh oui, au cours de l’histoire, la religion a joué un rôle essentiel en France. L’Ancien Régime était un pouvoir théocratique, les rois étaient de droit divin. Mais il y a eu depuis la Révolution de 1789 et la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905. C’était pourtant la voie de la raison.

 

L’argument donné par Ménard dans son allocution de respect des traditions ne correspond pas à la réalité. Il n’y a jamais eu de crèche jusqu’à lui dans le hall de la mairie de notre ville et pas davantage de messe aux arènes lors de la Feria. Peut-être se verrait-il à la tête d’une nouvelle croisade contre les infidèles ? Une manière de caudillo en quelque sorte ?

 

Évidemment ça a l’avantage de masquer ce qui est en cause dans la crise socio-économique que nous vivons et qui résulte de la logique même de notre société fondée sur le mécanisme du profit. Mais cette donnée le dépasse comme elle dépasse ceux qui ponctuaient son discours de leurs applaudissements, en concurrence avec les huées.

 

Jacques Cros, Béziers

 

Pour une théorie concrète de la transition : pratique politique des bolcheviks au pouvoir par Robert Linhart

 

05 Décembre 2017
 

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http://revueperiode.net/pour-une-theorie-concrete-de-la-transition-pratique-politique-des-bolcheviks-au-pouvoir/

 

La NEP est le plus souvent envisagée comme un pis aller, un recul de la révolution soviétique. Pour toute une tradition, au contraire, il s’agit d’un moment de renouveau de la stratégie de transition vers le socialisme. Dans ce texte inédit datant de 1966, Robert Linhart faisait le bilan de cette séquence mouvementée. Plusieurs années avant les colossales Luttes de classes en URSS de Charles Bettelheim, Linhart faisait le constat que la NEP fut une période d’importantes luttes de classes, notamment sur le plan des politiques économiques. Au diapason des grands énoncés de la Révolution culturelle chinoise, Linhart présente le dernier combat de Lénine comme une tentative de révolution dans la révolution, révolution culturelle qui visait à renforcer la capacité politique ouvrière dans toutes les instances de contrôle, dans tous les rapports idéologiques. Linhart rappelle ainsi la centralité d’une authentique politique d’hégémonie, menée par les subalternes, dans la perspective d’une transformation révolutionnaire.

 

On sait que Lénine a attaché la plus grande importance à démontrer, à plusieurs reprises, que le communisme de guerre avait été une erreur et que cette erreur avait été imposée au pouvoir bolchevique par les conditions objectives de la lutte des classes et la stratégie de l’adversaire, du capitalisme. Si l’on prend le parti d’analyser une phase de transition réelle non du point de vue de la sociologie subjective mais du point de vue du matérialisme historique, il importe au premier chef de prendre cette proposition au sérieux et d’en voir les deux aspects : quiconque n’analyserait pas correctement les conditions objectives qui ont imposé l’erreur verserait dans une rêverie rétrospective et idéaliste, jugerait abstraitement et subjectivement la transition en question, en s’interdisant de rendre compte de sa spécificité du point de vue de la causalité et du déterminisme ; en 1922, Lénine refusait aux mencheviques le droit de critiquer le régime du communisme de guerre, quoique le contenu de cette critique fût celui-là même qu’avançaient les bolcheviques, parce qu’ils niaient, et avaient toujours nié, la nécessité de cette erreur et que, ne reprenant qu’un aspect de l’analyse dialectique de Lénine, ils en déformaient le sens et l’intégraient à leur thèse fondamentale – à savoir que la révolution d’Octobre était un monstre qui n’eût jamais du voir le jour, l’enfant prématuré d’un mode de production non développé :

 

… les exhortations qu’articulent Otto Bauer et les dirigeants de la IIème Internationale et de l’Internationale II 1/2, et les mencheviks et les socialistes révolutionnaires, tiennent à leur propre nature. « La révolution est allée trop loin. Nous avons toujours dit ce que vous dites aujourd’hui. Permettez-moi de le répéter encore une fois. » Nous répondons : Permettez-nous, pour cela, de vous coller au mur1.


Inversement, ne pas voir que la politique qui a objectivement résulté des conditions de lutte, du rapport de forces, et des deux stratégies en présence, doit être caractérisée, du point de vue de la stratégie révolutionnaire, comme une erreur, c’est se condamner à universaliser comme nécessaire des conditions spécifiques, s’interdire en dernière analyse d’élaborer une théorie générale de la transition qui soit une construction normative et non un simple enregistrement d’événements réels, et qui puisse permettre de tirer véritablement parti de conditions objectives plus favorables, si elles viennent à se présenter à un autre moment de la transition en question, ou d’une autre transition concrète ; c’est également, lorsqu’un tournant stratégique est devenu indispensable, s’exposer à n’en pas voir la portée :

 

Les camarades Stoukov et Sorine se sont beaucoup lamentés, disant : voilà qu’on nous parle d’erreurs, mais ne pourrait-on pas s’abstenir d’inventer des erreurs ? Bien sûr, si l’on invente des erreurs, c’est une chose tout à fait mauvaise. Mais si l’on élude les questions pratiques comme le fait le camarade Gonikman, on a absolument tort. Il a prononcé tout un discours sur ce thème : « Le phénomène historique ne pouvait pas prendre une autre tournure que celle qu’il a prise. » Voilà qui est absolument incontestable ; nous l’avons tous appris dans l’a b c du communisme, dans l’ a b c du matérialisme historique et dans l’ a b c du marxisme. (…) Avec mes exemples, j’ai voulu justement montrer que le fond de la question est celui-ci : la reconnaissance de l’erreur a-t-elle à présent une portée pratique ? Faut-il actuellement changer quelque chose après ce qui s’est produit, et s’est produit inévitablement2 ?


On peut considérer que le communisme de guerre a été une erreur et que la collectivisation a été une erreur. Le communisme de guerre vu de 1921, la NEP vue de 1929 et la collectivisation vue de 1956. Ce point de vue est légitime si on en saisit l’aspect objectif, si l’on voit l’enchaînement concret des conséquences comme le développement historique complexe des luttes de classes et des stratégies antagonistes. À vrai dire, les remarques de Lénine s’appliquent à toute la transition soviétique, dans la mesure où elle s’est développée dans des conditions objectives extrêmement défavorables : l’erreur du communisme de guerre s’est répercuté sur le stade suivant (la NEP), que l’on peut analyser comme une anomalie inverse par rapport au capitalisme d’État comme ligne générale, et encore sur le stade ultérieur (« stalinien ») qui a hérité de cette accumulation de contradictions du début de la Révolution – comme d’une partie de la structure sociale tsariste, au niveau idéologique et administratif en particulier.

 

La lutte des classes n’a pas cessé de se développer pendant toute cette période, sous les formes les plus diverses (nous indiquerons plus loin une partie de celles qui ont caractérisé la NEP), et toute la structure sociale apparaît tout au long du début de la transition, comme un immense équilibre, plus ou moins stable, de rapports de forces et de tendances antagoniques.

 

Nous n’avons pas la prétention, dans ces quelques pages, d’analyser l’ensemble de ces chaînes de causes et d’effets, et de fournir une explication de la tournure propre de la transition soviétique. Nous nous contenterons d’indiquer, à titre de repère, et de norme, les principaux régimes économiques – essentiellement des variantes du capitalisme d’État – que le pouvoir soviétique a tenté d’implanter en Russie, et, plus précisément à propos de la NEP, de mettre en regard certains aspects concrets du développement de la lutte des classes et des formes réelles avec les grands traits de la théorie stratégique mise en œuvre.

 

Obstacles à la connaissance concrète de la formation sociale en transition : principes d’analyse.

 

Si une formation sociale stabilisée présente un certain nombre de facteurs d’homogénéité qui facilitent une caractérisation univoque (domination assurée d’un mode de production, ajustement de toutes les instances à cette domination, pénétration généralisée de l’idéologie de la classe dominante, osmose entre la conscience sociale spontanée de la masse et les superstructures juridiques, etc.), il n’en est pas de même dans le cas d’une formation sociale en transition : pendant toute une période de bouleversements, on voit s’affronter en une lutte aiguë pour la domination plusieurs modes de production (certains mêmes qui avaient été subordonnés par un mode de production supérieur reprennent vie et expansion, favorisés par la désorganisation et les catastrophes matérielles ainsi la renaissance du petit capitalisme marchand quand une structure monopoliste est désarticulée par la guerre civile, ou même le retour de zones entières à l’autoconsommation et au troc) ; cette lutte entre modes de production se spécifie et se diversifie aux différents niveaux de la structure (la victoire politique d’un mode de production n’assurant pas immédiatement sa victoire économique, de même qu’une prépondérance idéologique d’un mode de production peut être brisée militairement ou administrativement au niveau des expressions organisationnelles) et s’émiette dans la diversité des conditions locales. La structure sociale en transition apparaît dans ces conditions comme un champ infiniment complexe d’adéquations rompues, de convexions brisées ou déformées de rapports inversés, comme une mosaïque de formes diverses, parcourue et secouée par des ondes de choc antagoniques (les formes d’affrontements entre modes de production).

 

Plus expressément, on peut suggérer comment se manifeste cet émiettement, cette diversification, à l’époque d’une révolution sociale : d’innombrables événements surviennent, d’innombrables rapports se développent, qui non seulement ne sont pas sous le contrôle de la direction politique et sociale, ne lui sont pas soumis, mais souvent même sont à peine connus d’elle ; on est impressionné de voir à quel point les dirigeants bolcheviques en étaient souvent réduits, vis-à-vis de la campagne, de la quasi-totalité du pays, à la position d’explorateurs ou d’enquêteurs, réunissant bribes par bribes les éléments d’un tableau d’ensemble toujours mouvant.

 

Cet obscurcissement (par multiplication et exacerbation des antagonismes et des contradictions) de la dominante nous contraint à la prudence dans les tentatives de systématisation, et engage à ne pas éliminer trop rapidement de la construction théorique des phénomènes qu’un premier regard pourrait juger atypiques.

 

Il va de soi que je ne suggère pas ici que la multiplication des discordances et l’émiettement des formes réelles produisent finalement une formation globale « inqualifiable ». Ce serait renoncer à toute analyse et dénier à la formation sociale en transition son statut de structure. Il y a dans toute structure une dominante ou des dominantes et si nous avons ici un système plus complexe de structures articulées (ou relativement désarticulées), chacune d’elles est susceptible d’une caractérisation aux différents moments du développement de l’ensemble. J’indique simplement les obstacles auxquels se heurte, dans le cas des phases de transition, la détermination des dominantes :

 

– ce type de structure sociale est par excellence le lieu des seuils dont le franchissement se traduit, pour une partie ou même pour un élément, par un changement de la nature de la détermination principale (l’instance dominante se déplace : politique, militaire, économique, idéologique ; les rapports de force se modifient, etc.)

 

– et si l’on tente d’arrêter l’analyse à un moment donné du développement des contradictions, la caractérisation de la structure réelle (non du type d’organisation que le pouvoir tente d’implanter) se heurte aux innombrables formes d’obscurcissement, de dissimulation des rapports de production, de mondes économiques clandestins, qui sont les produits ou les armes d’une âpre lutte de classes.

 

Une difficulté supplémentaire intervient pour l’analyse de la NEP, de son développement réel : la mort de Lénine a interrompu la théorisation systématique de l’histoire soviétique et diminué son intelligibilité pour nous. Jusqu’en 1923, Lénine a toujours – du moins à chaque tournant, à chaque déplacement important – caractérisé la résultante du rapport de forces et analysé les différentes combinaisons spécifiques des cinq modes de production existant en Russie qui se sont successivement opérées : mars 1918 et la nécessité du regroupement entre les deux modes de production les plus progressifs techniquement (socialisme et capitalisme de monopole), le communisme de guerre et l’isolement économique forcé d’un mode de production contre les autres, printemps 1921 et alliance limitée de tous les modes de production sur une base non marchande, automne 1921 et la retraite supplémentaire qui finira par assurer une certaine dominance économique du petit capital marchand. Or, à partir de 1923, c’est-à-dire pour la plus grande partie du stade que nous étudions, on ne saisit plus au même degré, dans l’explication par les dirigeants bolcheviques de leur pratique politique, cette théorisation vigoureuse de chaque moment actuel dans sa spécificité, et de chaque tournant (sinon pour le passage de la « restauration » à la « reconstruction », qui n’est pas à proprement parler un déplacement dans le rapport des forces, et pour 1928).

 

Je vais essayer, pour présenter la formation sociale du temps de la NEP, de combiner trois types d’analyse (indispensables, je pense, pour toutes les phases de transition) :

 

– un inventaire, qui à certaines conditions peut constituer une véritable analyse.


– Un principe de combinaison des différents modes de production en présence – analyse des « systèmes économiques cohérents », pour reprendre l’expression de Lénine, et des systèmes économiques dont la cohérence est extra-économique (militaire, ou politique).


– Une périodisation

 

1. J’entends par inventaire – qui, systématique, peut constituer une analyse de la structure réelle – la description de parties de la formation sociale, ou d’ensembles de faits solidaires à un niveau quelconque de la structure, que je crois être en leur principe typique de toute phase de transition en général, étant entendu que chaque phase et chaque moment d’une phase en constituent une organisation d’ensemble spécifique et différenciée ; peuvent entrer dans cette catégorie :


– les différents types d’inadéquation entre rapports de production, rapports juridiques, rapports de travail, niveau des forces productives, etc. à tous les niveaux (unités de production locale, secteurs, etc.).


– les différents types de rapports inversés ou masqués : par exemple les rapports d’exploitation à la campagne sous couvert de statuts juridiques socialistes ou de formes familiales, etc.


– la permanence du contenu subjectif et humain de l’appareil administratif et économique de l’État : son rôle objectif étant pourtant bouleversé.


– la perpétuation, après l’écrasement politique d’une classe – bourgeoisie principalement – de son monopole du savoir et de ses attitudes subjectives dans les rapports de travail (problèmes des anciens propriétaires repris comme directeurs ou « spécialistes »).


– la mise en œuvre des grandes figures de la stratégie et de la tactique (assaut, encerclement, « Brest-Litovsk », etc.) qui peuvent donner forme à des politiques locales ou spécifiées.


– Les déplacements progressifs de la puissance politique et les seuils de ces déplacements (ainsi la conquête des organes inférieurs du nouvel appareil d’État, soviétique, par les Koulaks entre 1925 et 1928).


– les rapports de forces entres classes et couches sociales à tous les niveaux de la structure en transition et leurs expressions : fractions dans le parti, antagonismes dans l’appareil d’État.

 

Il y a là tout un ensemble de descriptions à faire, qui menées systématiquement permettraient sans doute d’énoncer une série de lois partielles ou d’« effets ».

 

Pour prendre un exemple, on pourrait dégager un « effet Boukharine » : un monopole d’État excédant les capacités d’organisation par l’appareil étatique permet moins de contrôle des flux réels qu’une réglementation réaliste. Il va de soi que, si l’on est assuré de découvrir de tels effets dans toutes les transitions vers le socialisme, ils prendront ici ou là des formes et des poids différents, pourront concerner des secteurs limités ou d’économie entière, etc. C’est pourquoi il faudrait dans chaque cas, à la fois indiquer que l’on retrouve un effet de type général, et montrer la place spécifique que cet effet occupe dans la structure analysée. C’est ce que j’avais entrevu quoique de façon insuffisamment développée, à propos de l’Algérie, en indiquant une « homologie de structure » entre les deux phases de la bataille des échanges en Algérie et en Russie.

 

L’élaboration d’une théorie générale des transitions exige un grand nombre d’analyses précises des processus relativement cohérents et limités, que l’on retrouve dans toutes les phases de transition, où par ailleurs, ils occupent des fonctions différentes, secondaires ou décisives.

 

On trouvera quelques indications qui pourraient être développées en ce sens, dans la partie de ce texte intitulée « aspects spécifiques de la lutte des classes sous la NEP et formes sociales propres à ce stade ».

 

2. le principe de combinaison des modes de production en présence sera constitué par la désignation et la caractérisation des différentes formes typiques, ou à dominantes, de la production et de la distribution, qui se succèdent ou se superposent (ou que même simplement tente de mettre en œuvre) au cours de la phase. On peut en distinguer plusieurs dans le début de la transition soviétique, plus ou moins explicitement désignés par Lénine :


– Le système économique dit « capitalisme monopoliste d’État » ou « capitalisme d’État » avec ses variantes

organisation principalement étatique (ou coopérative de l’échange)


organisation principalement capitaliste de l’échange


(encore serait-il peut-être plus exact de dire que l’organisation capitaliste de l’échange introduit plus qu’une variante et modifie le système dans le sens d’un capitalisme d’État nepien, c’est-à-dire concurrentiel, avec prédominance du marché, etc. Sans doute faudrait-il distinguer entre une organisation privée de l’échange sur la base du troc ou du moins dans une période d’affaiblissement des catégories marchandes, et une véritable organisation capitaliste avec un marché organisé et un système financier solide).

 

– Prépondérance de la gestion sociales


– prépondérance de la gestion grand-capitaliste


– le communisme de guerre


– le capitalisme d’État à base de marché, ou capitalisme concurrentiel d’État (il s’agirait d’indiquer que le monopole est battu en brèche par la domination économique de la petite production qui exclut une véritable planification, donne un rôle de premier plan aux fluctuations du marché, etc. et pèse sur la structure même des secteurs monopolisés) avec ses variantes : réglementation plus ou moins stricte par l’État prolétarien.

 

3. La périodisation est l’opération théorique qui consiste à dégager le principe de scansion d’un stade et les déplacements de contradictions (changements de forme de la contradiction principale, changement de l’aspect principal de la contradiction, rôle provisoirement décisif d’une contradiction secondaire, etc.) En l’espèce, la périodisation de la NEP doit à la fois marquer les mutations de la contradiction principale (contradiction entre développement et non développement de toutes les forces productives, quelle que soit leur nature sociale, l’une des formes de cette contradiction étant l’alliance ouvriers-paysans sur la base du marché) et montrer comment les contradictions secondaires s’articulent à celle-là (question financière, question du commerce extérieur, etc.) et se développent de façon à la menacer (en particulier entre commerce privé et secteur d’État, contradiction entre koulaks et spéculateurs, et classe ouvrière, contradiction dans le nouvel appareil d’État, etc.) Les trois types d’analyse dont je viens d’énoncer le principe seront mis en œuvre ici, distinctement à certains moments, en se recouvrant à d’autres. Qu’elles ne puissent être en tous points systématiquement articulées les unes aux autres, la faute en incombe aux lacunes de notre connaissance. Si nous pouvions déterminer exactement, en en mesurant l’extension, les formes réelles dont souvent nous ne pouvons qu’établir un inventaire morcelé, il serait aisé de résoudre les problèmes de caractérisation des régimes économiques (des systèmes de rapports entre modes de production), de même que ceux de la périodisation. Mais souvent, nous sommes obligés d’extrapoler, de construire des systèmes à partir d’indices, d’évaluer sommairement le poids spécifique de tel phénomène partiel. Les pages qui suivent ne sont qu’une première approche, une tentative pour avancer un certain nombre de propositions et construire quelques faits pertinents au regard d’une théorie de la transition. Il ne s’agit pas encore d’une histoire proprement dite de la NEP, mais tout au plus d’organiser quelques uns des nœuds du problème où une telle histoire devrait, pour trouver sa cohérence, s’enraciner.

 

I. Systèmes économiques cohérents et formes d’organisation de la production et de l’échange.

 

Les combinaisons de modes de production dans la première partie de la transition soviétique

 

On peut considérer que, pendant toute la partie de la phase de transition soviétique qui a fait l’objet de la pratique politique de Lénine, et jusqu’en 1929, l’analyse des modes de production qui coexistaient en Russie n’a pas été remise en cause. Ces modes de production, au nombre de cinq, sont bien connus :

 

l’économie « patriarcale » paysanne (autoconsommation)


la petite production marchande


le capitalisme privé


le « capitalisme d’État » (c’est-à-dire le capitalisme de monopole)


le socialisme


Tout au plus la description des formes spécifiques de ces modes de production a-t-elle pu être, par la suite, affinée : l’analyse des formes particulières de l’exploitation koulak au travers de rapports collectivistes ou capitalistes inversées, est une de ces descriptions.

 

Si l’inventaire des modes de production en présence ne pose pas de problème particulier, par contre l’analyse des combinaisons qui sont opérées entre ces modes de production est autrement épineuse.

 

Au premier chef, il est essentiel de faire le départ entre les combinaisons spontanées ou contraintes des cinq modes de production, combinaisons instables, aberrantes ou contradictoires du point de vue économique et les combinaisons qui ont véritablement constitué des systèmes économiques cohérents de passage au socialisme dans une économie initialement à prépondérance petite bourgeoise. À vrai dire, le « régime économique cohérent » de la transition soviétique que Lénine a élaboré dans ses grandes lignes, n’est jamais apparu que sous la forme de faibles éclaircies, de lueurs entrevues au travers des tempêtes de la Révolution ; deux fois seulement, les dirigeants soviétiques ont pu tenter de s’accrocher à leur norme économique sans être emportés par l’ouragan militaire ou politique : de mars à juin 1918 (lorsqu’entre la paix de Brest-Litovsk et l’insurrection tchèque Lénine tente de mettre en œuvre le système de capitalisme d’État) et du printemps à l’automne 1921 (lorsque la NEP se veut encore retour [à] 1918, avant d’être emportée dans la marée marchande).

 

Jusqu’en mars 1918, la lutte armée contre l’impérialisme et la bourgeoisie commande tout : la question des hauteurs dominantes de l’économie, des usines, des appareils de production et d’échange se confond avec la question du pouvoir dans l’État ; s’en emparer est une nécessité vitale.

 

C’est seulement au printemps 1918 que, dans l’accalmie provisoire, Lénine tire le premier bilan de la prise d’assaut, des nationalisations désordonnées, et élabore la théorie du capitalisme d’État comme régime économique de transition. À vrai dire, la longue discussion avec les communistes de gauche (qui s’est poursuivie en 1919 et jusqu’à l’adoption de la NEP) a marqué, dans la théorie de Lénine, la constitution d’une science cohérente de la transition, dont la théorie du capitalisme d’État n’est qu’un élément. Il vaudrait la peine de retracer l’ensemble de cette discussion. Je me contenterai de dégager des principaux textes (« l’infantilisme de gauche », la discussion sur le programme du PCUS au VIIIè Congrès) les points qui apparaissent fondamentaux.

 

Pour démontrer que, dans la formation sociale complexe constituée par cinq modes de production, l’alliance économique entre le capitalisme monopoliste et le prolétariat (alliance qui fonde le régime appelé « capitalisme monopoliste d’État) est une politique juste de transition vers le socialisme, Lénine se livre à l’analyse suivante :


1. Dans toutes les formations sociales à dominante impérialiste – monopoliste, la base marchande simple et le petit capitalisme n’ont pas disparu : l’exploitation de formes petites bourgeoises est même la forme d’existence du capitalisme impérialiste – monopoliste (ce qui apparaît dans les relations villes – campagnes). Le monopole n’est qu’une « superstructure » dont la production marchande simple reste la base. Par conséquent, même dans les pays où la dominante monopoliste est assurée, la petite production marchande tente (sans espoir) de la saper.


Par contre en cas de catastrophe (guerre, guerre civile), la superstructure monopoliste s’effondre et laisse à jour la base : renaissance d’innombrables petits échanges par désorganisation des transports, réapparition du développement insolite de l’autosubsistance, etc.


2. Or, en Russie, la dominante monopoliste n’a même pas réussi à s’imposer. Le mode de production prépondérant reste l’immense petite production marchande, stimulée par la désorganisation générale (qui favorise la spéculation). Mais la dominante monopoliste s’identifie à l’existence et à la solidité des « hauteurs dominantes » dont la prise de possession est le nœud d’une socialisation de l’économie. Il apparaît donc, en 1918, que le problème posé n’est pas seulement de s’emparer des « hauteurs dominantes », mais aussi de les préserver contre un assaut maladroit, voire même de les constituer avec l’aide des spécialistes, c’est-à-dire des monopoleurs. La position du mode de production capitaliste monopoliste (le quatrième mode de production : capitalisme d’État) est chancelante, violemment contestée par les modes de production marchand et petit-capitaliste, économiquement et techniquement arriérés, idéologiquement attachés à la production anarchique petite-bourgeoise ; si la classe ouvrière continue de porter ses coups contre les monopole capitalistes, elle risque de renforcer non le socialisme mais le petit capitalisme (qui profitera de la désorganisation d’un secteur de grande production nationalisé au-delà de toute capacité effective), et de mettre à nu la « base » marchande du monopole. En effet, le monopole de la connaissance des procès de production et de circulation que possèdent les grands capitalistes ne se brise pas instantanément.

 

Ainsi, lorsque Lénine, en mars 1918, propose d’arrêter l’offensive de nationalisations, de passer des contrats avec les grands monopoleurs pour leur laisser la gestion de leurs entreprises au nom de l’État soviétique, il ne fait rien d’autre que tirer la conclusion des deux propositions suivantes :


1. dans la grande industrie, le capital est une « condition réelle de la production » (Marx) ; on ne supprime pas une condition réelle de la production : on met sur pied les moyens de la remplacer et, en attendant, on tente de l’utiliser telle quelle. C’est la tentative d’ « acheter » les grands capitalistes comme organisateurs du procès de production.


2. les modes de production n’entrent pas dans des rapports de hiérarchie et de succession fixés une fois pour toutes : un mode de production plus avancé peut se voir arracher la domination dans des conditions données. En l’occurrence, une politique qui se fierait au niveau mondial de développement des modes de production (et situerait simplement la période actuelle comme « ère de domination du capital financier ») sans analyser le véritable rapport de forces entre modes de production en Russie, risquerait, en procédant à une offensive hâtive et extrême contre les monopoles capitalistes, de se traduire par une régression généralisée vers une forme plus primitive de production et d’échange.

 

Il faut ajouter que les conséquences positives de cette analyse n’ont pu être réalisées. Les capitalistes monopoleurs ont refusé l’alliance, reposé de concert avec l’agression impérialiste la question du pouvoir et la question militaire, et contraint les bolcheviks à reprendre l’assaut. Sous la pression de la stratégie adverse, les bolcheviks ont mené la politique qu’avait refusée Lénine : lutte à outrance contre les monopoles capitalistes, nationalisations illimitées, en même temps que lutte économique contre la petite bourgeoisie (réquisitions) ; un mode de production se trouvait isolé face à tous les autres.

 

En 1921 (surtout à l’automne après la débâcle de la réalisation de la récolte) apparaissent les conséquences qu’avait prévues Lénine au cas où une telle ligne erronée viendrait à être mise en œuvre : monopole brisé, développement anarchique de la petite production et des petits échanges marchands, bref résurrection et développement impétueux de la « base », le mode de production marchand.

 

La rupture du monopole contraindra le mode de production socialiste à une retraite de plus en plus marquée et à l’alliance avec tous les autres modes de production, alliance qui donnera dans le nouveau système une place fondamentale aux modes de production marchand et petit-capitaliste, fondant un régime de « capitalisme de marché sous l’État soviétique. »

 

On peut résumer sommairement comme suit la succession des combinaisons de 1917 à l’automne 1921 :


1. octobre 1917 – mars 1918 : ce qu’on peut appeler « socialisme de guerre civile » ; offensive de nationalisations, pour des raisons politiques et militaires. Alliance des modes de production socialiste et marchande (l’immense petite production paysanne) contre les modes de production privé et monopoliste.


2. mars 1918 – juin 1918 : tentative de « capitalisme monopoliste d’État » – alliance des modes de production socialiste et capitaliste monopoliste contre la petite production capitaliste et marchande.


3. juin 1918 – mars 1921 : communisme de guerre ; le monopole socialiste isolé lutte contre tous les autres modes de production.


4. mars 1921 – automne 1921 : tentative de retour au « capitalisme monopole d’État », de limitation du mode de production marchand.


5. après l’automne 1921 : victoire des modes de production marchand et capitaliste privé. Domination du marché.

 

Système d’alliance entre tous les modes de production

 

Ce dernier régime économique, qui est la NEP proprement dite, sera analysée plus loin. Nous n’étudierons pas ici le communisme de guerre. Il faut cependant insister sur le fait que Lénine a toujours caractérisé le communisme de guerre comme une forme d’organisation sociale de la production et de l’échange aberrante du point de vue des étapes de la transition soviétique.

 

Le système cohérent qui s’est établi avait été imposé par des besoins, considérations et conditions militaires et non économiques. (…) Dans ses grandes lignes, vu l’état de guerre, cette politique était juste. Nous n’avions aucune autre issue en dehors de l’application maximum du monopole immédiat allant jusqu’à la réquisition de tous les excédents et même sans la moindre compensation. Nous ne pouvions agir autrement. Ce n’était pas là un système économique cohérent3.


Le « système économique cohérent », c’est le capitalisme monopoliste d’État. Il n’est pas inutile de préciser la base économique et technique de ce régime. Cette forme d’organisation sociale de la production et de l’échange correspond au niveau le plus développé des forces productives du capitalisme (qui constituent la base matérielle du socialisme) : grande industrie fonctionnant selon le système Taylor, rôle décisif de l’électrification dans la modernisation des campagnes. La dominante du point de vue des forces productives correspondant à deux types de rapports de production (capitalistes monopolistes et socialistes), la forme du régime dépend en dernière instance des capacités de gestion que possède le prolétariat ; or justement, la classe ouvrière, qui détient le pouvoir d’État, n’est pas en mesure d’assurer la « gestion capitaliste d’État ». C’est pourquoi l’on voit s’introduire dans le schéma la classe grand-capitaliste, à laquelle le pouvoir propose de gérer en son nom et sous son contrôle des entreprises nationalisées. Mais l’essentiel est que ce soit alors à l’élément monopoliste dans la classe capitaliste, c’est-à-dire la partie du capitalisme solidaire des formes les plus socialisées de la production, que l’on fasse appel.

 

On peut désigner ce projet de capitalisme monopoliste d’État comme le « rêve cubain » dans la révolution russe : une révolution mondiale intégrera rapidement la Russie dans un espace économique socialiste où le poids déterminant des pays avancés, en particulier de l’Allemagne, permettra de porter l’économie soviétique au niveau supérieur des forces productives mondiales.

 

Si Lénine considère qu’il est possible de porter en Russie l’ensemble de l’organisation sociale de la production et de l’échange directement au niveau adéquat aux forces productives les plus perfectionnées (système Taylor) – et ce au prix de concessions limitées, puisqu’elles ne visent que l’achat des services des monopoleurs en tant que gestionnaires et organisateurs de la production et s’il n’accorde pas un rôle prépondérant à la masse agricole arriérée (qu’il se résignerait à voir servir de fondement au type d’organisation mise en place), c’est pour cette raison d’ordre internationale, et deux autres, d’ordre intérieur :


1. La lutte contre la prépondérance du mode de production fondé sur les forces productives les plus arriérées (la petite production paysanne) se mène également sur le front idéologique et politique, sous forme de lutte contre l’esprit petit-bourgeois, facteur de désorganisation. Ce point est important pour comprendre la rupture avec les sociaux-révolutionnaires (sic). Lénine écrit :

 

dans un pays où les petits propriétaires sont l’immense majorité par rapport à la population purement prolétarienne, la différence entre le révolutionnaire prolétarien et le révolutionnaire petit-bourgeois ne pourra manquer de se manifester, et par moments avec une violence extrême.
(…)
L’origine sociale de ce type d’homme (le révolutionnaire petit-bourgeois), c’est le petit patron exaspéré par les horreurs de la guerre, la ruine subite, les souffrances inouïes de la famine et de la désorganisation économique. (…) Il faut bien comprendre que, sur cette base sociale, il est impossible de construire le socialisme4.

 

2. Dans la production industrielle et l’organisation de l’échange, la maîtrise du prolétariat, sur la base des techniques les plus avancées, sera rendue possible par la réalisation d’un bond idéologique en avant ; le rôle de la prise de conscience des procès de production et de circulation par les travailleurs est à cet égard décisif. (Dans les tâches immédiates, p. 269 : passage très important sur la publicité, la comptabilité populaire, la liquidation du secret commercial).

 

On sait que le cours des événements prit une autre tournure.

 

Il faut noter que l’adoption de la NEP au printemps 1921, fut tout d’abord marqué par l’idée de l’instauration du capitalisme monopoliste d’État, dans le sens de 1918 ; certes, dès ce moment, les concessions à la petite production bourgeoise étaient importantes, mais l’on pensait pouvoir limiter son caractère marchand ; le système coopératif devait permettre à l’État prolétarien de garder en main, sinon le monopole, du moins la part prépondérante des échanges. De plus, le principe initial de libre disposition du surplus agricole pour le paysan ne fut pas immédiatement assimilé à une libération générale du commerce ni à une restauration des catégories marchandes, pratiquement supprimées par le communisme de guerre.

 

Le décret de troc du printemps 1921 tentait de mettre sur pied un système d’échanges locaux en nature entre l’agriculture et l’industrie, organisé en partie directement par les ouvriers et en partie par le système coopératif et commercial.

 

Le test décisif fut la réalisation de la récolte de 1921 : le système coopératif fut incapable de fournir le marché paysan d’une façon satisfaisante, et de se procurer les produits agricoles nécessaires. Tout fut submergé par l’essor spontané des petits échanges marchands. À l’automne, il fallut se résoudre à légaliser le retour à la prépondérance des rapports marchands. Le capitalisme d’État, perdant les maillons essentiels de son monopole, se transformait en capitalisme concurrentiel, à prédominance marchande, sous contrôle étatique seulement : les deux moments de l’instauration de la NEP et l’abandon du capitalisme monopoliste d’État sont analysés très clairement par Lénine :

 

au printemps, nous disions que nous ne craindrions pas de revenir au capitalisme d’État, et nous envisagions justement la réglementation de l’échange des marchandises. Toute une série de décrets et d’arrêtés, …, tout fut adapté à partir du printemps 1921, en vue de multiplier les échanges.


Qu’est-ce que cela signifiait ? Quel est le plan d’édification impliqué, pour ainsi dire, dans cette notion ? On se proposait d’organiser dans l’ensemble du pays l’échange plus ou moins socialiste des produits industriels contre les produits agricoles et de rétablir grâce à cet échange, la grande industrie qui est la seule base d’une organisation socialiste.

 

II. Aspects spécifiques de l’histoire de la lutte des classes sous la N.E.P., et formes sociales propres à ce stade

 

Caractéristiques de la NEP sous l’angle de la lutte des classes

 

Du point de vue de la lutte des classes, la NEP se présente comme un système complexe d’alliances : alliance principale entre le prolétariat et la paysannerie, alliances secondaires avec le grand capital monopoliste international et le capital russe.

 

Le concept d’alliance de classes

 

Le concept de l’alliance est celui d’une unité contradictoire et partielle entre classes sociales dont les intérêts sont distincts ou opposés ; il y a, à la base de l’alliance, nécessairement une unité et une contradiction ; mais la nature de l’unité d’intérêts et de la contradiction d’intérêts varie : dans certains cas, les intérêts objectifs à long terme des deux classes sont les mêmes (la classe ouvrière et la paysannerie laborieuse), mais leurs intérêts objectifs à court terme peuvent être en contradiction (bataille autour des termes de l’échange, conflit entre accumulation paysanne et accumulation industrielle, l’accumulation industrielle ne se traduisant pas immédiatement par une extension des fournitures en bien de consommation à la campagne mais par un développement du secteur 1 qui ne correspond à aucun intérêt immédiat du paysan) ; lorsque les intérêts objectifs à court terme sont en opposition, on peut penser qu’il est possible, dans certaines conditions (en premier lieu qu’il ait communauté objective d’intérêts à long terme) et certaines limites qu’une pression idéologique compense cet antagonisme par une unité subjective ; mais l’inverse existe également : dans certains cas, l’alliance est possible en fonction d’intérêts objectifs à long terme et immédiats, mais se heurte à des contradictions subjectives et à une représentation déformée de l’intérêt de classe : ainsi le ralliement idéologique de la paysannerie moyenne et d’une partie de la paysannerie pauvre à la paysannerie aisée (mentalité petite bourgeoise hostile à la ville, à l’ « embrigadement » etc.)

 

Dans d’autres types d’alliance, les intérêts objectifs à long terme sont irrémédiablement antagoniques, mais il existe un intérêt objectif immédiat commun : ainsi dans l’alliance entre le prolétariat et le grand capital international sous la forme des concessions, dans l’alliance entre le prolétariat et le capital russe sous la forme du développement du commerce et de l’industrie privés. Encore l’élément subjectif joue t-il ici aussi un grand rôle, déterminant finalement si l’unité contradictoire va devenir unité ou contradiction : ainsi l’échec relatif de la politique des concessions, malgré tous les efforts du pouvoir socialiste, est dû principalement à l’évaluation par le grand capital international des inconvénients politiques et à long terme qui seraient la contrepartie de gains immédiats.

 

Pour définir le rapport de classes nommé alliance, nous pouvons dès maintenant mettre en évidence ces deux caractéristiques :


1. l’alliance ou l’ « entente» ne peut reposer sur une simple communauté partielle d’intérêts objectifs à court ou à long terme, qui ne serait pas reconnue subjectivement par les deux parties : il faut que l’unité objective soit perçue comme telle par les classes en présence.


2. l’alliance signifie pour chacune des classes le sacrifice d’une partie de ses intérêts – soit de ses intérêts objectifs à court terme, soit de ses intérêts objectifs à long terme.

 

Ces deux déterminations sont très clairement mises en évidence par Lénine à propos de l’entente classe ouvrière – paysannerie :

 

L’autre condition, c’est l’entente entre le prolétariat exerçant sa dictature ou détenant le pouvoir d’État et la majorité de la population paysanne. L’entente est une notion très large qui inclut un certain nombre de mesures et de gradations. Ceux qui entendent par politique des procédés mesquins qui frisent parfois la duperie doivent être résolument condamnés par nous. Il faut corriger leurs erreurs. On ne saurait duper les classes. Il nous faut … poser les questions du front : les intérêts de ces deux classes sont différentes, le petit cultivateur ne veut pas ce que veut l’ouvrier5.


On se tromperait pourtant si l’on déduisait de cette nécessité une certaine unité subjective dans l’alliance, une extension de l’alliance à tous les niveaux de la structure : au contraire, l’entente économique se combine le plus souvent avec la lutte politique ; la chose est évidente pour l’alliance avec le capital, elle est vraie également pour la petite paysannerie : au moment même où le parti bolchevik accepte de se rallier aux principales revendications spontanées de la petite bourgeoisie, il intensifie la lutte contre l’expression politique organisée de ces tendances (répression contre les S.R. de gauche, contre les tendances anarcho-syndicalistes, etc.).

 

C’est que, du point de vue du prolétariat, toute alliance repose sur un certain rapport de forces : l’alliance économique, les concessions économiques ne sont possibles que si, du point de vue politique et militaire, la question du pouvoir est réglée.

 

Bien plus, l’alliance ne se perpétue que sur la base de ce rapport de forces, et toute son histoire doit être analysée comme une lutte pour le maintien du rapport de force initial : en fait, aucune « entente de classes » ne reste statique, et il est indispensable de saisir l’évolution des rapports, les stratégies contradictoires des partenaires et le moment du seuil, du changement dans la nature de l’alliance.

 

L’histoire de la NEP est en ce sens d’une complexité exemplaire : on y voit se mettre en place un premier système d’alliances, subtilement équilibré pour empêcher une conjonction de forces antiprolétariennes tout en arrachant séparément à ces forces une collaboration avec le pouvoir soviétique ; c’est la tentative de retour au capitalisme d’État en 1921-1922, sur la base de la double alliance : prolétariat – paysannerie, prolétariat – capital international, le prolétariat intervenant comme médiation forcée entre le marché mondial et la paysannerie soviétique. Puis l’échec du système contraint à une nouvelle retraite qui introduit une nouvelle alliance, ou plutôt décale une ancienne alliance au point de la dénaturer : c’est le retour à la liberté des échanges au moyen du marché, et l’entente avec le capital commercial privé – décalage d’envergure, puisque la collaboration avec le capital russe avait été conçue du point de vue de la production (« spécialistes »).

 

Le capital a donc réussi à imposer la collaboration sur un terrain plus rentable pour lui et moins utile, à long terme du moins : le commerce.

 

Enfin, le développement de la NEP permettra au capital privé de passer du terrain du commerce à celui de la spéculation et de la manœuvre financière (Nepmen, fournisseurs de trusts d’État, etc.). L’histoire de l’ « Alliance avec le capital russe » est donc celle d’une lutte de classes acharnée où chaque partenaire essaye de maintenir le rapport en sa faveur ; à l’alliance, le capital russe a fourni non ce qu’il avait de meilleur, mais ce qu’il avait de plus malsain. À cette stratégie bourgeoise, le pouvoir soviétique a répondu par une série de contre-offensives de répression, puis par « l’expulsion du capital privé » (1926-1930).

De la même façon, l’« alliance avec le grand capital international » a été une forme latente de lutte jusqu’à la liquidation des concessions en 1930 et le procès des « industriels ». De même qu’à l’intérieur, le capitalisme privé qui a collaboré sous la NEP, a été le capitalisme spéculateur, de même c’est la partie la plus aventurière et la moins solide du capital international qui s’est intéressée aux concessions. C’est ce que démontre Ioffe dans un texte de 1927 : « Le travail des concessions est-il possible en URSS ? »

 

Quand aux stratégies respectives du prolétariat et de la paysannerie, et au développement contradictoire de leur « alliance », c’est le nœud de l’histoire de la NEP et de ses luttes de classe. Nous analyserons plus loin certains des aspects des rapports de ces deux classes. Nous pouvons dès maintenant souligner que la paysannerie n’a pas stabilisé ses revendications, qu’après les concessions de 1921-1922 sur la libre disposition du surplus, elle a engagé une bataille économique sur les termes de l’échange, qu’elle s’est regroupée autour de ses couches aisées en une stratégie économique conséquente, déplaçant ainsi dangereusement le rapport de forces initial et provoquant en dernière instance l’ « offensive bolchevique » de 1928-1929, tout à la fois rétablissement d’un rapport de forces favorable au prolétariat et rupture subjective de l’alliance.

 

Il y a donc une véritable histoire des alliances, qui n’est autre que la forme spécifique de la lutte de classes sous la NEP : les rapports ne sont pas restés tels que la politique de 1921-1922 avait essayé de les établir ; chaque classe a développé ses formes propres de lutte, imprévisibles initialement, donnant à la formation sociale sa structure complexe de résultante de stratégies de classes et de luttes de classes.

 

Note sur la périodisation et l’histoire de la N.E.P.

 

1. Si l’histoire de la NEP est fondamentalement l’histoire des rapports entre la classe ouvrière et la paysannerie, de l’alliance conclue en 1921 à la rupture de 1929, il est naturel que la scansion de cette élémentaire de toute cette période soit le nœud de ces rapports, à savoir la récolte annuelle, les conditions de sa réalisation et la lutte autour des termes de l’échange (problèmes financiers de la réalisation, lutte entre système coopératif et commerce privé, batailles de taxation des prix et spéculation, évaluation de l’impôt, des produits disponibles pour l’industrie, des débouchés offerts par la demande solvable, etc.). À vrai dire, chaque récolte, de 1921 à 1929, a mis en évidence la plupart des contradictions fondamentales de la structure : il faudrait pouvoir analyser ici plus particulièrement les récoles de 1924, 1925 et 1928 qui, à des titres divers, marquent toutes un progrès décisif dans l’organisation semi-spontanée d’une stratégie économique de la paysannerie, sous la direction de ses couches les plus aisées. Je n’entrerai pas dans le détail de cette analyse. Il faut cependant noter la gradation suivante : si en 1923 la paysannerie s’est trouvée désarmée face à la politique des prix des monopoles industriels, en raison de l’abondance de la production agricole de 1922, dès 1924, les prix agricoles montent à la fois du fait d’une récolte mauvaise, et d’une politique de spéculation sur les blés, et en 1925, une récolte excellente se traduit néanmoins par une hausse rapide des prix agricoles, des difficulté de stockage par l’État, etc. Ainsi la production marchande paysanne a réussi à annuler l’action du facteur naturel (bonne récolte) sur les termes de l’échange avec l’industrie : cette donnée nouvelle, qui pouvait être masquée en 1924-1925, année de mauvaises conditions naturelles (récolte totale de blé de 3 000 millions de puds contre 3 360 millions l’année précédente6 apparaissait clairement en 1925-1926).

 

Face à la spéculation sur les prix agricoles, qu’aucune taxation ne réussit à maîtriser, les monopoles industriels d’État se lancent dans une politique de hausses systématiques (reprenant ainsi leur politique spontanée de l’époque des ciseaux) dont il faudrait étudier plus en détail l’impact sur leur mode d’accumulation (en partie « sauvage », par gonflement des appareils etc.)

La période de 1924-1926 n’est pas seulement marquée par le développement d’une lutte économique de la paysannerie, mais par des manifestations plus expressives encore de la lutte des classes à la campagne, entre ouvriers et paysans. Les meurtres de Sel’kors se multiplient tout au long de l’année 1924 ; quant à l’insurrection massive en Géorgie, à la fin de 1924, elle prend un tel caractère de gravité que Zinoviev ira jusqu’à proposer, pour apaiser le mécontentement, la création de fractions de paysans sans-parti au Comité exécutif Central.

 

Il serait également important de faire toute l’histoire des tentatives d’implantation du Parti à la campagne, et de leur échec, comme de l’échec du nouvel appareil d’État dans les villages : les Soviets locaux sont happés vers le haut, se rapprochent de la machine administrative et des Soviets supérieurs ; les kolkhozes et sovkhozes qui existent refusent même d’avoir affaire aux Soviets de village et ne veulent dépendre que des Soviets de province : coupés de leur environnement immédiat, ils ne jouent aucun rôle d’entraînement socialiste politique et administratif. Finalement, la seule assemblée politico-administrative vivante reste l’ancienne assemblée politique du mir. Encore faut-il ajouter que le rôle traditionnel des paysans les plus aisés y reste déterminant. On comprend que, dans ces conditions, l’alliance classe ouvrière – paysannerie ne se soit pas concrétisée politiquement et administrativement. Nous verrons au paragraphe suivant que la prépondérance acquise dans les Soviets locaux par les Koulaks au cours de la « revitalisation des Soviets » sera un des éléments les plus graves de détérioration de l’alliance.

 

2. La deuxième référence, pour une articulation en moments distincts, du stade de la NEP, est la modification de la structure industrielle et l’évolution du problème de la reproduction ; si le seuil de 1923 (crise des ciseaux comme adaptation de l’industrie « socialiste » aux conditions de la concurrence capitaliste), tout comme d’ailleurs l’impact sur l’industrie de la « famine de biens » et de la pression inflationniste de 1925, peuvent être à certains égards référés à la première périodisation (l’une comme riposte de l’industrie à la tactique paysanne de 1922, l’autre comme résultat de la tactique paysanne dans la récolte de 1925), en revanche le passage vers 1925 de la « restauration » à la « reconstruction », c’est-à-dire l’épuisement des réserves inemployées de forces productives matérielles (voir le paragraphe suivant), constitue un élément autonome, spécifique à l’industrie, et que l’on ne pourrait, sans artifice, rattacher à la première périodisation. Nous verrons comment la conjonction du seuil industriel de 1925 avec la cristallisation et le perfectionnement de la tactique économique et politique des couches aisées de la paysannerie, surdétermine l’alternative ouverte à partir de ce moment, et qui sera résolue en 1929.


Il faudrait, dans une histoire de l’industrie sous la N.E.P., prendre toute la mesure de la réforme comptable, et du système d’autonomie des entreprises, montrer en quoi ce système permettait une meilleur connaissance des échanges et du cycle productif dans le secteur socialiste et en quoi son caractère capitaliste (critères financiers, rentabilité, spéculation, etc.) dénaturait ce secteur, l’intégrait aux mécanismes du marché et le dégageait des mains des travailleurs. La confusion des principes de clarification et d’autonomie, et de rentabilité capitaliste devrait être analysé d’une façon plus approfondie. Cette analyse plus précise dépasse le cadre de notre travail.

 

Le seuil objectif de 1925-1926

 

Vers 1925, du fait de la convergence de plusieurs groupes de contradictions, la N.E.P. entre dans une étape nouvelle ; ce franchissement d’un seuil objectif déterminera le grand tournant stratégique de 1928-1929. Plusieurs seuils partiels sont franchis à peu près au même moment, cette coïncidence se traduisant par une grave modification dans le rapport de forces.

 

Ces seuils sont les suivants :


– les conditions de la réalisation de la récolte de 1925 prouvent que la paysannerie a acquis une maîtrise décisive dans la lutte qu’elle mène pour imposer au pouvoir soviétique des termes de l’échange favorables à l’agriculture ; qu’elle est capable de mener, sous la direction Koulak, une stratégie économique consciente opposée à celle du Parti.


– Il apparaît, à l’issue de la campagne pour la revitalisation des Soviets (1925-1926), que les koulaks et les paysans aisés commencent à s’emparer des leviers de commande dans les organes inférieurs de l’appareil d’État (soviets locaux). Ainsi, à partir de 1925-1926, le dynamisme et la puissance économique des couches aisées de la paysannerie dégage ses premiers effets politiques et administratifs. Si l’on songe que la condition fondamentale qui rend la N.E.P. possible – conditions à maintes reprises explicitée par Lénine – est que le pouvoir politique du prolétariat n’est pas menacé (ni par une agression impérialiste, ni par une opposition politique organisée), on mesure l’importance de cette donnée nouvelle. La conjonction de la puissance économique koulak avec un début de prise du pouvoir administratif local signifie que le rapport des forces entre la classe ouvrière et la paysannerie, déjà gravement détérioré sur le plan économique par la maîtrise du koulak sur les termes de l’échange, se déplace également sur le plan politico-administratif.


Or c’est une constante de la stratégie bolchevique que chaque fois que la question du pouvoir d’État se pose, toutes les autres questions sont, par rapport, à celle-là, reléguées au second plan. Telle est la seconde raison pour laquelle, à partir de 1926-1926, la question de l’alliance avec la paysannerie ne se pose plus de la même façon.7


– La troisième tient à l’évolution interne de la structure de la production industrielle. C’est également vers 1925 en effet que s’effectue le passage de ce qu’on a appelé la « restauration » à ce qu’on a appelé la « reconstruction ».

 

Jusqu’à ce moment, le redressement des forces productives dans l’industrie s’est manifesté par la mise en œuvre de moyens de production qui avaient été laissés inutilisés pendant la période du communisme de guerre. Or l’utilisation pleine de ces moyens de production commence à être atteinte. La question du développement de la capacité productive, c’est-à-dire de la construction ou de l’acquisition de nouveaux moyens de production devient essentielle. La reproduction élargie exige désormais un taux d’accumulation industriel bien supérieur à ce qui était nécessaire pendant la « restauration ». Mais l’élévation du taux d’accumulation repose sur la possibilité d’obtenir le surplus agricole en échange d’une quantité relativement limitée de produits industriels. L’un des obstacles majeurs à cette condition est la domination économique de la paysannerie dans la bataille autour des termes de l’échange, les autres obstacles étant tous les facteurs parasitaires du commerce privé et la multiplication des intermédiaires, le gaspillage bureaucratique etc.

 

On voit comment le renforcement de la paysannerie et les difficultés propres de l’industrie modifient, vers 1926-1926, les rapports de forces sur lesquels sont fondés l’alliance. À partir de 1925, le pouvoir soviétique se prépare à une contre-offensive. Staline a éprouvé le besoin, en 1930, de marquer que le seuil objectif de la reconstruction avait immédiatement produit, de la part du Parti, un premier tournant subjectif avant le grand tournant stratégique de 1929 :

 

Dans le numéro 16 de la Krasnaïa Zviezda se trouve un article intitulé « la liquidation des koulaks en tant que classe » qui, exposant les choses d’une manière généralement juste, contient cependant deux formulations imprécises que je crois nécessaire de corriger :


Il est dit dans l’article : « Dans la période de restauration, nous avons pratiqué la politique de limitation des éléments capitalistes des villes et des campagnes. Avec le début de la période de reconstruction, nous sommes passés de la politique de leur limitation à la politique de leur évincement. »


Cette constatation est erronée. La politique de limitation, de restriction des éléments capitalistes, et la politique de leur évincement ne sont pas l’ancienne politique, mais un tournant de l’ancienne politique de restriction (et d’évincement) des éléments capitalistes du village vers la nouvelle politique de liquidation des koulaks en tant que classe8.

 

Formes spécifiques d’obscurcissement de la formation sociale sous la NEP

 

Au cours de la phase de transition, chaque forme d’organisation de la production et de l’échange suscite des types spécifiques d’inadéquation à tous les niveaux de la structure, et la constitution de rapports réels cachés, camouflés, ignorés ou inversés ; cet obscurcissement de la réalité sociale, conséquence de l’instabilité des rapports entre les instances – la formation sociale n’ayant pas encore trouvé un système stable de correspondance entre la réalité sociale, l’idéologie dominante, la conscience collective et les superstructures juridiques et politiques – est l’une des contradictions graves de la phase ; la stratégie politique de Lénine tient toujours le plus grand compte du niveau d’inadéquation, et les grands tournants politiques sont généralement déterminés, entre autres, par le franchissement d’un seuil d’obscurcissement et de décalage entre rapports juridico-politiques et idéologie officielle, d’une part, rapports réels et conscience sociale de l’autre.

 

Il serait utile d’analyser d’une façon approfondie les inadéquations spécifiques aux formes d’organisation qui ont précédé la NEP : en effet, le passage d’une forme d’organisation à la suivante – par exemple, du communisme de guerre à la NEP – réduit les inadéquations de la forme précédente et les ramène à des proportions tolérables, mais ne les liquide pas ; de sorte que l’on voit se constituer un système de plus en plus complexe d’inadéquations successives, renforcé par le perfectionnement de la stratégie bourgeoise ; une belle étude serait indispensable si l’on voulait rendre compte des caractéristiques propres de la deuxième partie de la transition soviétique (« édification socialiste ») : « bureaucratie », « plan clandestin », relations parallèles entre appareils, frais excessifs, permanence de rapports subjectifs de travail et de production solidaires du capitalisme, etc.

 

Sans entrer dans le détail de cette analyse, nous rappellerons rapidement les formes spécifiques d’inadéquation de l’offensive de socialisation de 1917-1918 et du communisme de guerre, avant de nous arrêter aux conséquences de l’ « imprégnation capitaliste » de la NEP et aux formes subtiles d’obscurcissement et de déformation qui ont caractérisé ce stade.

 

L’offensive socialiste de 1917-1918, qui voit se succéder les nationalisations désordonnées, débouche, au printemps 1918 sur une désorganisation générale de la production et de l’échange, qui met en évidence l’incapacité des ouvriers à gérer directement l’ensemble de l’appareil productif. Le réajustement du rythme de nationalisation aux capacités de gestion de la classe ouvrière prend la forme de la stabilisation de mars 1918, de l’appel aux « spécialistes » et de différentes autres tentatives de compromis économiques avec la bourgeoisie.

 

Si, dans le cadre de l’offensive des nationalisations, les travailleurs se sont juridiquement emparés du pouvoir, qu’ils n’étaient pas à même d’exercer, ce processus est réédité, avec une plus grande ampleur, au niveau de l’État sous le communisme de guerre : la situation militaire et les nécessités du ravitaillement obligent en effet le pouvoir bolchévique à englober dans le monopole d’État la plupart des fonctions économiques, en particulier dans le domaine de l’échange. On connaît les conséquences de ce système imposé par les circonstances, et qui ne correspondait pas aux possibilités réelles, aussi bien en raison de la « dispersion » des forces productives (prépondérance de la petite production) que du fait de la faiblesse de l’appareil d’État et des appareils économiques : constitution d’un marché clandestin, multiplication des opérations économiques illicites, conflit ouvert entre le pouvoir et la petite paysannerie.

 

La légalisation des pratiques clandestines dans le domaine de l’échange permet, sous la NEP, de contrôler quantitativement le flux de produits, et de fonder enfin la politique économique sur des données réelles et des prévisions vraisemblables. La systématisation de réglementations relativement réalistes et modestes permettait de mettre en chantier toute une série de réformes et d’ajustements qui réduisaient les énormes poches incontrôlées du stade antérieur (réduction de l’inflation et réforme financière, politiques de prix, etc.).

 

Cette retraite du monopole du contrôle permettait sans aucun doute une connaissance quantitative supérieure, et même relativement adéquate, des flux. Cependant, la NEP rendait possible une résistance au contrôle économique sous deux formes.

 

– D’une part la liberté de la petite production marchande et l’existence d’intermédiaires commerciaux privés mettaient en échec les tentatives du pouvoir pour imposer les termes de l’échange entre l’agriculture et l’industrie (spéculation sur les grains, échecs du stockage et de la politique de taxation des prix agricoles en 1924-1925 et jusqu’en 1928) ;

 

– d’autre part la nature sociale des flux économiques et des rapports économiques était souvent masquée par d’innombrables artifices des éléments capitalistes, désireux de tourner les lois soviétiques, ou d’échapper à des dispositions défavorables du système à leur égard. À cet égard, l’évaluation de la force respective des secteurs socialiste et capitaliste dans l’économie, l’évaluation de l’implantation koulak à la campagne et de la différenciation de classe, étaient extrêmement ardues, voire même impossible. Si l’on ajoute à cela le rôle dirigeant des éléments capitalistes, même minoritaires, dans la structuration de l’échange (que l’on songe à la victoire à la Pyrrhus d’une coopération qui gagne du terrain, mais en empruntant au capital privé ses méthodes et en entrant en conflit d’intérêts avec l’industrie d’État), on se rend compte de la complexité du système réel des rapports de production, et de la difficulté de le caractériser.

 

Nous nous contenterons de donner une idée des formes de dissimulation des rapports capitalistes sous des aspects socialistes ou non-capitalistes, dans l’agriculture, l’industrie et le commerce.

 

L’agriculture

 

Carr montre, dans Socialism in one Country9, comment les rapports de production utilisent :

 

– des formes collectives dégradées (par exemple les koulaks trouvant, au Caucase du Nord, un cadre à leur exploitation dans le mir) ou encore vides (certains artels et communes dominés par les koulaks et les anciens propriétaires fonciers, situation contre laquelle essaiera de sévir un décret de mars 1925 – ces faux artels avaient leurs homologues dans l’industrie et le commerce ; cf. plus loin).

 

– des rapports juridiques qui inversent le rapport réel (le salarié étant en fait l’exploiteur) :

 

… rien n’était tout à fait ce qu’il semblait. La relation classique entre le propriétaire foncier et le fermier était souvent inversée. Le paysan riche qui, propriétaire du sol, le louait en parcelles aux paysans pauvres à un loyer exorbitant, était un phénomène moins courant que le paysan pauvre louant au paysan riche la terre dont il avait la jouissance adéquate, qui ne suffisait pas à le nourrir, lui et sa famille, ou que, par manque de bétail et d’instruments, il était incapable de cultiver. (…) En théorie, le paysan riche avait loué son travail sur la terre du paysan pauvre et, à travers ce statut légal fictif, il espérait éviter l’opprobre d’être marqué comme koulak10.


L’analyse de cette inversion est faite par Kritsman (Klassovoe Rassloenie v Sovietskoi Derevui), cité par Carr :

 

la forme de base de l’économie capitaliste dans la campagne soviétique, et une forme qui gagne en importance, est une économie capitaliste (surtout petit capitalisme) fondée sur le louage d’animaux de trait et d’instruments aratoires, dans laquelle le capitaliste caché apparaît sous la figure du travailleur qui travaille la ferme d’un autre avec ses propres animaux et outils, et le prolétaire caché apparaît sous la figure du propriétaire…


On saisit sur cet exemple l’opacité des rapports sociaux et l’extrême difficulté, pour les dirigeants soviétiques eux-mêmes, d’une analyse de la différenciation de classes à la campagne sous la NEP.

 

– enfin, les rapports capitalistes utilisaient même des formes juridiques familiales pour se dissimuler :

 

des exemples de la façon dont on tournait les limitations légales au droit de louer du travail salarié par des stratégies telles que les mariages fictifs ou l’adoption, ou la prestation de travaux en échange d’avances de grains ou de semences, dons donnés dans L. Kritsman11.


L’industrie et le commerce

 

Dans un rapport à l’Académie Communiste, « Le capital privé dans l’économie nationale » (1927), Larine énumère les modes d’insertion du capital privé dans les structures économiques socialistes :

 

– pénétration des capitalistes privés dans les administrations soviétiques avec des contrats rémunérateurs pour eux, leur assurant un pourcentage des bénéfices (« fondés de pouvoirs spéciaux avec des contrats particuliers »)

 

– organisation de pseudo-coopératives de production et de consommation, d’ « artels d’invalides », etc. :

 

il est connu que de nombreux artels d’invalides ne sont que de simples couvertures de protection pour l’industrie privée. Ces « artels de travailleurs » et les organisations pseudo-coopératives comptent plus de salariés que d’associés. Les cas d’utilisation d’autres simulacres d’organisation sociale sont également fréquents. Enfin, on trouve quelques cas d’alliance des entreprises privées avec des concessionnaires étrangers. Ainsi, dans sa lutte contre les difficultés d’existence et d’approvisionnement, le capital privé se fractionne, se rapetisse, adopte des formes camouflées, mais accomplit quand même un travail considérable12.


On comprend, à la lecture de ces analyses, que la puissance du capitalisme privé dépassait largement les seules opérations capitalistes « visibles », enregistrées par le pouvoir (il faudrait ajouter aux textes de Larine toutes les descriptions du rachat, par les grossistes privés, de produits vendus par les coopératives de détail, et des opérations commerciales fondées sur ce procédé, ainsi que les échanges entre trusts d’État qui étaient des transactions déguisées entre nepmen, etc.) : dans toute la structure économiste, les agents capitalistes et les rapports capitalistes s’infiltraient, donnant leur forme aux procès de production et de circulation, les noyant aux yeux de la direction sociale et des travailleurs, dans une gangue marchande-capitaliste.

 

III. La N.E.P. du point de vue des fins et des conséquences

 

Bilan et conséquences de la N.E.P.

 

On peut entendre, du point de vue stratégique, la N.E.P. de deux façons, lui donner si l’on veut, un sens fort et un sens faible : si l’on conçoit la N.E.P. comme une simple pause dans la socialisation et un moyen de relever les forces productives, on peut dire qu’elle a atteint, en gros, son objectif ; mais si l’on voit dans la N.E.P. une méthode audacieuse pour résoudre d’une façon appropriée les contradictions secondaires, élever le niveau de conscience et de connaissance des masses, réajuster les rapports réels aux rapports juridiques et politiques, implanter l’entente des ouvriers et des paysans, alors il devient impossible d’émettre le même jugement.

 

En fait, plusieurs raisons nous incitent à analyser séparément, en quelque sorte, le schéma stratégique complexe que l’on peut organiser autour du concept de N.E.P., et le développement réel de la formation soviétique de 1921 à 1928 : en effet, on peut dégager des textes de Lénine de 1921-1922, et même des textes antérieurs, un certain nombre de mots d’ordre fondamentaux concernant l’éclaircissement aux yeux de la masse des travailleurs des procès de production et de circulation, l’élévation du niveau de conscience et de culture des producteurs, mot d’ordre qui, du fait de conditions objectives et d’erreurs subjectives, n’ont pas pénétré la structure sociale mais qui constituaient sans doute l’une des composantes, plus ou moins implicites, de la nouvelle stratégie. De même, les descriptions idéalisées de la N.E.P. par Boukharine en 1925 constituent souvent plus un programme qu’une analyse de la réalité sociale ; d’ailleurs les critiques du même Boukharine contre le fonctionnement de la N.E.P. en 1927, et l’esquisse de nouvelle tactique au sein de la N.E.P. dont il les assortit complètent très utilement la construction de la N.E.P. idéale par l’énoncé d’une politique de pression organisée de la base contre les tendances parasitaires de l’appareil, de vulgarisation des méthodes de comptabilité et de calcul économique parmi les travailleurs au moyen des syndicats, etc.

 

Enfin, la politique industrielle esquissée dans le testament politique de Boukharine (Remarques d’un économiste) en 1928, complète cette stratégie en esquissant une méthode d’ajustement de la production par l’élimination des goulots d’étranglement.13

 

On arrive ainsi à la construction d’une N.E.P. idéale, qui, au regard de l’analyse marxiste, prend figure de « système économique cohérent », pour reprendre la terminologie de Lénine. Cette structure idéale est, pour nous, l’un des éléments d’une typologie générale des systèmes cohérents possibles dans une économie en transition, typologie indispensable aussi bien à la théorie qu’à la pratique de la transition.

 

C’est en contrepoint de cette stratégie idéale que les développements de la situation objective prennent leur signification, et permettent de rendre compte de l’issue. Si la N.E.P. idéale peut être définie comme la stratégie du pouvoir, la situation réelle est la résultante de cette stratégie et de celle de l’adversaire et de l’ « allié de classe », lesquelles étaient dans une certaine mesure, incorporées à titre de prévision dans la stratégie révolutionnaire, mais lui ont échappé à d’autres égards : ainsi, Lénine n’avait pas prévu que la libération des échanges et la libre disposition du surplus agricole ne suffiraient pas à assurer l’entente avec la paysannerie, mais que celle-ci se regrouperait autour de ses couches les plus aisées pour tenter d’imposer une forme différente d’alliance, l’échange inégal à son profit, transformant ainsi la communauté d’intérêts en un antagonisme entre les formes de l’ accumulation agricole et les nécessités de l’accumulation industrielle.

 

De même, toutes les théories de Lénine, puis de Boukharine, relatives à la compétition, sur le terrain de la concurrence capitaliste entre l’économie d’État et l’économie capitaliste, en particulier dans la sphère du commerce, et l’objectif d’une victoire sur ce terrain, ont été contrecarrées par la supériorité du capital privé, son ingéniosité manœuvrière, sa faculté de pénétration et de camouflage. La stratégie révolutionnaire avait riposté contre les conséquences parasitaires et obscurcissantes du communisme de guerre par la N.E.P., mais la stratégie capitaliste s’adapta à ce nouveau terrain de bataille, trouva de nouvelles formes d’obscurcissement et réussit à compenser le contrôle étatique plus rigoureux et plus précis des flux de production et d’échange – ce qu’on peut appeler l’ « imprégnation capitaliste » de toutes les sphères de la production et de l’échange sous la N.E.P.

 

Nous tenterons plus loin de dresser le bilan de ces batailles.

 

Notons dès maintenant qu’il est possible d’assortir le schéma idéal d’un certain nombre de conditions réelles, que les difficultés de la N.E.P. permettent de mettre en évidence, et, sans doute, de généraliser : en particulier, l’entente avec la paysannerie ne peut se stabiliser par un simple alignement sur les intérêts subjectifs spontanés de cette classe, mais exige une modification en profondeur de son idéologie, une modification de la façon subjective dont elle conçoit son intérêt ; la présence d’un parti de masse au sein de la paysannerie est, par conséquent, l’une des conditions objectives requises pour la mise en œuvre et le succès d’une telle stratégie.

 

La stratégie N.E.P. du point de vue économique

 

Je n’insisterai pas sur les objectifs économiques de la N.E.P., alliance des modes de production existant en Russie :

 

– dégager le surplus agricole par les échanges marchands, puisqu’il est impossible de l’obtenir directement ; remettre sur pieds un système de rapports entre la ville et la campagne.

 

– remettre en activité les forces productives inutilisées sous le communisme de guerre, faire à nouveau fonctionner l’industrie grâce à la renaissance d’une demande solvable et d’un surplus qui fournit matières premières, fonds de consommation etc.

 

J’ai eu l’occasion, à plusieurs reprises, d’énoncer certaines des caractéristiques économiques de ce régime – qui d’ailleurs pourraient faire l’objet d’une étude séparée, certainement très utile.

 

Je m’arrêterai plus spécialement sur les aspects complémentaires de la stratégie N.E.P., et qui me semblent décisifs – du fait que de leur réalisation ou de leur échec, dépendait, en grande partie, le coût de l’opération quant à l’avenir de la transition soviétique.

 

La N.E.P. idéale comme stratégie au niveau des superstructures idéologiques

 

Pour articuler la stratégie autonome que les dirigeants bolcheviques ont plus ou moins tenté de mettre en œuvre au niveau des superstructures idéologiques, administratives et politiques, pendant le stade de la N.E.P., nous nous appuierons principalement sur les textes suivants :

 

– les derniers articles de Lénine, écrits en 1923, qui développent les principes de l’offensive culturelle sur deux fronts : la petite paysannerie (articles sur la coopération) et l’appareil d’État (« Comment réorganiser l’inspection ouvrière et paysanne »). Ces textes constituent l’élaboration théorique la plus développée de Lénine sur les racines objectives de la bureaucratie et l’esquisse d’une stratégie spécifique pour résoudre cette contradiction secondaire en principe.

 

– les textes de mars 1918 sur les objectifs du capitalisme d’État concernant l’élévation du niveau de conscience et de connaissance par les travailleurs des procès de production et d’échange, les tâches pratiques du contrôle et du recensement par le peuple, la publicité socialiste, etc. Il n’y a en effet aucune raison pour penser que ce pan de la stratégie et de la tactique de 1918 ait été éliminé dans la perspective de la nouvelle stratégie. ; au contraire, la norme du capitalisme d’État du printemps 1918 reste présente dans la démarche de la N.E.P. – concessions, se mettre à l’école du capitalisme, apprendre à compter, etc.

 

– les textes de Boukharine de 1925, 1927, 1928, où l’auteur se contente d’abord de reprendre les thèses de Lénine (1925) mais est amené (1925 et 1928) à préciser et étendre le concept de tactique autonome au niveau de l’appareil d’État et des appareils économiques du fait de la détérioration de la situation en ce domaine (excroissances parasitaires, profits cachés, etc.). À ce dernier niveau, il faut préciser que la nouvelle tactique népienne est restée purement théorique.

 

Il y a, dans les textes de Lénine, toute une série d’analyses serrées de ce que la formation sociale précédente a légué au pouvoir soviétique dans le domaine des superstructures, et qui n’a pas disparu purement et simplement du fait de la prise du pouvoir ; pour chacune de ces contradictions idéologiques et culturelles, Lénine avance une méthode de résolution spécifique, également idéologique (la méthode dialectique de résolution des contradictions se manifeste ici par le fait que chaque niveau de contradiction secondaire fait l’objet d’une tactique de même niveau, et que l’on ne se fie pas à la résolution de la contradiction principale pour liquider mécaniquement les contradictions dérivées).

 

Un seul domaine échappe partiellement à cette méthode, et c’est une exception fondamentale : Lénine ne pense pas que l’idéologie communiste puisse être implantée dans la paysannerie avant un bond en avant au niveau des forces productives matérielles. Nous reviendrons sur ce point décisif.

 

Les principales composantes du legs idéologique sont les suivantes :


1. l’idéologie capitaliste du secret commercial, du caractère irréductiblement privé de toutes les opérations d’échange, des revenus, etc. La concentration aux mains de spécialistes au service du capital de toutes les connaissances synthétiques nécessaires à l’organisation de la production, et l’ignorance du procès de production et d’échange où sont tenus les ouvriers ;


2. le caractère bureaucratique de l’appareil d’État tsariste, dont a hérité le pouvoir bolchevique et qu’il est obligé d’utiliser ;


3.l’ignorance par les cadres communistes des méthodes capitalistes d’échange et de comptabilité ;


4. l’idéologie réactionnaire de la petite paysannerie quant aux tâches d’organisation et de développement des forces productives.

 

Les méthodes spécifiques pour résoudre ces contradictions au niveau des superstructures sont :

 

1. « la lutte pour le recensement et le contrôle populaire », l’ « organisation de l’émulation », la « publicité socialiste » ;


2. l’apprentissage par les cadres de la science administrative, le contrôle étroit et organisé de l’appareil d’État par le pouvoir politique (l’inspection ouvrière et paysanne) ; la décentralisation et l’unification locale de la vie économique ;


3. se mettre à l’école des capitalistes pour apprendre la gestion et le commerce même si le capital privé récolte provisoirement les « frais d’apprentissage ».


4. provisoirement : « civiliser » la paysannerie au sens capitaliste du terme, par la coopération et les échanges avec la ville. La résolution en dernière instance ne peut venir que de la modification des forces productives matérielles dans l’agriculture (« industrialisation de l’agriculture »).

 

À quoi il faut ajouter une nouvelle contradiction superstructurelle qui s’est développée pendant la N.E.P., et une nouvelle méthode pour la résoudre : l’esprit capitaliste nepien des appareils économiques d’État et la méthode de Boukharine de pression organisée des consommateurs et des travailleurs sur les prix de revient.

 

Passons à l’analyse détaillée de ces contradictions et des tactiques élaborées pour les résoudre.

 

La lutte pour le recensement et le contrôle populaire


Après la Révolution, deux sentiments solidaires restent profondément ancrés au sein des masses et font obstacle aux progrès du socialisme : la méfiance à l’égard de l’État et de tous les appareils ; l’idée que la vie économique est l’affaire individuelle de chaque agent économique. Ce sont deux manifestations de la prépondérance persistante de l’idéologie de l’époque du capitalisme bureaucratique-féodal :

 

L’État qui fut durant des siècles un instrument d’oppression et de spoliation du peuple, nous a légué la haine farouche et la méfiance des masses à l’égard de tout ce qui se rapporte aux choses de l’État14.


Toutes les habitudes et les traditions de la bourgeoisie en général et de la petite bourgeoisie en particulier, s’opposent, elles aussi, au contrôle de l’État et s’affirment par l’inviolabilité de la « sacro-sainte » propriété privée, de la « sacro-sainte » entreprise privée15.


Contre cette idéologie, il faut élaborer une propagande, appuyée sur l’expérience nouvelle des masses, et qui leur inculque l’idée que l’État a changé de nature et leur appartient, et que le contrôle économique est l’affaire de tous. Il faut, à la fois, implanter une idéologie nouvelle et donner aux masses les moyens réels d’effectuer le contrôle (unités de compte simple, divulgation systématique de connaissances économiques, etc.). Ces objectifs spécifiquement idéologiques sont clairement définis par Lénine.

 

La lutte pour inculquer aux masses l’idée de l’enregistrement et du contrôle soviétiques ; la lutte pour l’application de cette idée, pour la rupture avec le passé maudit qui avait habitué les gens à considérer l’effort pour se procurer le pain et les vêtements comme une affaire « privée », la vente et l’achat comme une transaction « qui ne regarde que moi », c’est là une lutte d’une immense envergure, d’une portée historique universelle, de la conscience socialiste contre la spontanéité bourgeoise et anarchique.


(…) Nous ne soulignons pas assez dans notre propagande – les ouvriers et les paysans d’avant-garde ne méditent pas, n’évoquent pas assez cette vérité – que l’absence d’enregistrement et de contrôle dans la production et la répartition des produits, détruit les germes du socialisme, qu’elle équivaut à dilapider le Trésor16…


Il faut prêter une attention particulière à la méthode préconisée par Lénine pour liquider le gaspillage : c’est en effet un problème qui restera aigu sous la N.E.P., prenant la forme du « parasitisme de monopole », et pendant la planification. On peut dire qu’à certains moments, le gaspillage bureaucratique a été l’un des obstacles majeurs à l’accumulation (cf. Boukharine en 1927 : « La question des prix »).

 

Or, pour Lénine, la solution de ce problème ne réside pas dans la centralisation administrative – comme le penseront certains plus tard – mais dans l’organisation des masses, la pression de la base, l’idéologie socialiste appuyée sur des moyens simplifiés de comptabilité et de gestion économique17 et une diffusion massive des connaissances élémentaires du procès de production et de répartition.

 

L’organisation d’une véritable publicité économique est analysée dans le détail, comme une tâche primordiale. : il décrit les moyens pratiques de cette publicité, insiste sur la nécessité de la rendre vivante, de l’adapter à la conscience des masses.

 

Jusqu’à présent, nous n’avons presque pas abordé cette tâche immense, ardue mais féconde, qui consiste à organiser l’émulation des communes, à introduire la comptabilité et la publicité dans la production du blé, des vêtements, etc., à transformer les comptes-rendus bureaucratiques, arides et morts, en des exemples vivants, servant parfois de repoussoirs, parfois de modèles.


(…) Dans la société capitaliste, la statistique était le monopole exclusif d’ « hommes de bureau » ou de personnes étroitement spécialisées. Tandis que nous, nous devons la porter dans les masses18.


Nous indiquerons plus loin comment la dynamique propre de la N.E.P., l’imprégnation par l’esprit capitaliste – spéculateur, le rétablissement du secret commercial et de la comptabilité capitaliste, ont empêché la réalisation de cet objectif et rejeté les masses dans une ignorance relative des faits économiques, comment la maîtrise des données s’est déplacée au niveau des appareils supérieurs et des « spécialistes », ce qui n’a pas manqué de déformer la planification dans un sens « administratif » et de perpétuer les conséquences dénoncées par Lénine : gaspillage, faux frais, etc. Il est néanmoins utile de mettre en regard du texte de Lénine que nous venons de citer l’appel de Boukharine à plus de lumière pour les masses, appel par lequel il commence son dernier texte important, qui est en fait, un bilan de la N.E.P. en même temps qu’un programme :

 

La nouvelle économie est là. Il est tout à fait évident que chaque ouvrier qui pense – à plus forte raison chaque ouvrier communiste – éprouve le besoin de faire un certain bilan, de poser certaines perspectives, d’avoir une vue d’ensemble de tout le tableau de notre activité économique dans sa totalité. Qu’on lise les lettres des ouvriers, qu’on lise les écrits qui parviennent dans les nombreuses réunions, qu’on écoute les discours des simples prolétaires ! Quel accroissement culturel et politique formidable ! Combien le niveau des questions et des problèmes qui agitent les cerveaux des masses est élevé ! Quel besoin croissant d’ « aller au fond » des choses ! Quel mécontentement des phrases vides et banales, primitifs comme un tronc noueux et qui se ressemblent comme un œuf ressemble à un autre. Il faut l’avouer. Il y a là une disproportion entre les exigences des masses et cette « nourriture spirituelle » qui leur est offerte (et que souvent nous leur servons toute crue, ou fade et à peine réchauffée). La faute est pour la plus grande part à nous et en particulier à notre presse. Pouvons-nous dire que ces questions brûlantes et « sensibles » qui s’agitent dans tant de têtes trouvent un écho suffisamment vivant auprès de nous !? Pouvons-nous dire que nous nous occupons de façon suffisamment sérieuse des doutes qui surgissent ça et là !? Que la question d’une information sérieuse sur notre économie a trouvé une solution suffisamment satisfaisante !? Que devant les masses et surtout devant la masse ouvrière, nous exposons de façon suffisamment approfondie les plans les plus compliqués de notre direction économique ? Non, mille fois non. Il y a là chez nous une lacune énorme, qu’il nous faut combler si nous voulons avoir le droit de pouvoir parler d’efforts sérieux pour appeler les masses la participation active à l’édification socialiste19.


2. La question de l’appareil d’État

 

De même que l’ignorance par les masses des données de la vie économique, la bureaucratie dans l’appareil d’État est analysée par Lénine comme un héritage de la période antérieure.

 

Notre appareil d’État, excepté le Commissariat du Peuple aux Affaires étrangères, constitue dans une très grande mesure une survivance du passé, et qui a subi le minimum de modifications tant soit peu notables. Il n’est que légèrement enjolivé à la surface : pour le reste, c’est le vrai type de notre appareil d’État20.


Comme l’ignorance des masses, le bureaucratisme est un legs spécifiquement idéologique, qui ne peut être extirpé que par une action en profondeur, que Lénine tentera de déterminer à plusieurs niveaux, mais qui sera au premier chef d’ordre idéologique et théorique :

 

[les défauts de notre appareil] remontent au passé, lequel, il est vrai, a été bouleversé mais n’est pas encore aboli ; il ne s’agit pas d’un stade culturel révolu depuis longtemps. Je pose ici la question précisément de la culture, parce que dans cet ordre de choses, il ne faut tenir pour réalisé que ce qui est entré dans la vie culturelle, dans les mœurs, dans les coutumes21.


Lénine entre d’ailleurs dans le détail de l’analyse, et indique certaines formes précises du retard idéologique de l’appareil, retard dont l’appareil a réussi à imprégner les dirigeants communistes de l’État eux-mêmes :

 

Dans toute la sphère des rapports sociaux, économiques et politiques, nous sommes « terriblement » révolutionnaires. Mais en ce qui concerne la hiérarchie, le respect des formes et des usages de la procédure administrative, notre « révolutionnarisme » fait constamment place à l’esprit de routine le plus moisi. On peut ici constater un phénomène du plus haut intérêt, savoir que dans la vie sociale, le plus prodigieux bon en avant s’allie fréquemment à une monstrueuse indécision devant les moindres changements22.


Le principe de la méthode à employer pour liquider ce retard est célèbre : « premièrement, nous instruire ; deuxièmement, nous instruire ; troisièmement, nous instruire toujours ».

 

Il va de soi que la définition d’une tactique précise est autrement épineuse ; on sait que Lénine a, à la fois, tenté de définir une pression sur l’appareil d’État par le haut (action du pouvoir politique d’État, par le moyen de l’Inspection ouvrière et paysanne) et par le bas (intensification du travail local, décentralisation et unification de la vie économique au niveau communal).

 

La question des appareils administratifs et économiques n’a fait que se développer sous la N.E.P., et Boukharine a été amené, en 1927 et 1928, à reprendre les principes de la tactique de Lénine (en particulier sur la question de la décentralisation) et à développer l’analyse des moyens pratiques d’organiser une pression de la base (travailleurs et consommateurs) ; c’est ce que Boukharine appelle la « lutte contre la bureaucratie dans son principal nid », et qui est un véritable plan d’une offensive conjointe du pouvoir soviétique comme agitateur et de la masse, qui en aurait reçu les moyens objectifs et subjectifs, contre l’appareil de gestion et d’administration de l’État :

 

Nous parlons beaucoup de rendre plus actives les conférences de production, de réaliser des améliorations techniques de toutes sortes, nous avons une foule de conflits entre nos administrateurs et nos militants syndicaux. Si nous posions la question de façon que les ouvriers et les syndicats s’occupent de la question des prix, ils devraient dès lors, même du point de vue des intérêts immédiats des ouvriers, participer à l’examen des questions de calcul, de rendement du travail, etc. Nous pourrions dire à l’ouvrier : « Tu es intéressé à toucher tel salaire nominal, tu es encore plus intéressé dans la question des prix. Dans ce cas, aie l’obligeance de calculer toi-même. Tu es intéressé à avoir des prix bon marché, occupe-toi donc du fonctionnement de notre appareil commercial. Aie l’obligeance de nous aider, intéresse à cette œuvre les membres de la coopérative de consommation. » Il faut que le consommateur ait un droit de contrôle plus grand. Il faut développer une initiative réelle en matière de coopération, il faut attirer la masse dans la lutte pour la diminution des prix. Il faut, dans une certaine mesure, opposer cette masse à nos organisations. Bien entendu, ce mot d’ordre peut créer un certain danger, entraîner certaines frictions, pousser à des exagérations. Mais pour corriger tout cela, nous avons un parti puissant et de grands moyens de persuasion. Ce qui est un plus grand mal, c’est que, bien que nous criions beaucoup ces derniers temps pour diminuer les prix de détail, nous sommes toujours embourbés dans la même ornière. Il faut renforcer la pression organisée du consommateur sur nos organisations commerciales et intéresser davantage nos syndicats à une participation effective aux calculs économiques, à la lutte pour la réduction des prix de détail23.


On voit que la question de l’appareil rejoint finalement celle du contrôle et du recensement populaires. Il n’est pas inutile de remarquer que l’aspect proprement économique (gaspillage) du problème se retrouve, à un niveau encore plus aigu, dans la structure de la N.E.P. : il prend à ce stade la forme du niveau des prix industriels et de l’« accumulation sauvage », non planifiée et par conséquent, déséquilibrée avec un dangereux développement des goulots d’étranglement.

 

À ce point, la tactique idéologique de liquidation de la bureaucratie rejoint le fond de la stratégie économique de la N.E.P. : le niveau de conscience et le facteur connaissance ont une incidence directe sur l’organisation des forces productives, sur la production elle-même.

 

3. L’action idéologique sur la paysannerie

 

Si la N.E.P. est fondée sur une alliance objective et subjective avec la paysannerie et le ralliement aux principales revendications économiques petites-bourgeoises, elle doit, aux yeux de Lénine, modifie d’une certaine façon l’idéologie paysanne. Très précisément, elle doit implanter dans les campagnes la « civilisation » , au sens capitaliste, c’est-à-dire les méthodes modernes de l’échange commercial et de la collaboration avec les villes ; la pointe extrême du combat idéologique dans la paysannerie est fixée à ce point : utiliser l’intérêt privé du paysan dans le sens d’une ouverture à la ville, aux échanges, à la coopération. Sur la nature spécifiquement idéologique de cette tâche, il n’y a pas d’ambiguïté :

 

Deux tâches essentielles s’offrent à nous, qui font époque. C’est d’abord de refondre notre appareil administratif … Notre seconde tâche est d’engager une action culturelle pour la paysannerie. Or, ce travail parmi les paysans a pour objectif la coopération. Si nous pouvions les grouper tous dans des coopératives, nous nous tiendrions des deux pieds sur le terrain socialiste. Mais cette condition implique un tel degré de culture de la paysannerie (je dis bien de la paysannerie, puisqu’elle forme une masse immense), que cette organisation généralisée dans les coopératives est impossible sans une véritable révolution culturelle24.


Les méthodes précises de cette « révolution culturelle » sont esquissées par Lénine dans d’autres textes (« feuillets de bloc-notes » en particulier) : « parrainage de la population des campagnes par les ouvriers des villes », promotion des instituteurs, formes diverses de propagande. Il est significatif que l’absence d’implantation paysanne du Parti impose que ce soient les ouvriers qui viennent porter la propagande dans les campagnes ; on sait les difficultés auxquelles cette situation a abouti dans la pratique. On peut lier à cette absence d’implantation, et sans doute au manque de traditions de coopération de production dans la paysannerie ruse (le mir étant seulement une forme collective de redistribution des terres) une réserve très importante de Lénine quant à la possibilité d’implanter l’idéologie communiste à la campagne ; il est clair que pour lui, cette implantation est impossible sur la base matérielle existante et présuppose l’ « industrialisation de l’agriculture » :

 

… nous pouvons et nous devons employer notre pouvoir à faire réellement de l’ouvrier urbain le propagandiste des idées communistes au sein du prolétariat rural.


J’ai dit « communistes », mais je m’empresse de faire des réserves, craignant de provoquer un malentendu et d’être compris trop à la lettre. Cela ne doit être aucunement pris dans le sens que nous devrions tout de suite porter dans les campagnes les idées communistes pures et simples. Tant que nous n’avons pas de base matérielle pour le communisme au village, ce serait, pourrait-on dire, faire œuvre nuisible, œuvre néfaste pour le communisme.


Non. Il faut commencer par établir un contact entre la ville et la campagne, sans s’assigner délibérément d’implanter le communisme au village. Ce but ne serait pas utile, mais préjudiciable à notre cause25.


L’importance de cette analyse pour caractériser la transition soviétique doit être pleinement appréciée : contrairement à ce qui s’est passé en Chine, il n’y a pas eu, dans la masse de la paysannerie russe, de bond en avant des forces productives et des rapports de production sur une base idéologique ; on peut même constater que l’objectif limité de « civilisation par le commerce » s’est, dans la pratique, trouvé déformé et mis en échec par un progrès de l’esprit de « commerce » dans le sens spéculateur, et que l’échange s’est fait non sur la base de la coopération, mais de la lutte économique entre les couches aisées de la paysannerie et accessoirement le paysan moyen (lorsqu’il était en état de commercialiser un surplus) et le prolétariat, l’unité devenant contradiction en 1924-1925 et contradiction antagonique en 1928-1929.

 

Bilan de la N.E.P. réelle : la révolution interrompue

 

– les aspects positifs de la N.E.P. sont essentiellement la reconstitution des forces productives agricoles et industrielles et l’accumulation de connaissances sur les procès de production, de circulation, de reproduction et de distribution dans les sphères supérieures de l’appareil d’État.

 

– Par contre, la N.E.P. n’a pas réussi à étendre cette accumulation de connaissances aux sphères inférieures de l’appareil d’État et, à plus forte raison, à liquider les mondes économiques parallèles, qui ont reparu sous de nouvelles formes – profit caché, accumulation non planifiée – dans l’appareil d’État et le système étatique de production. Une partie du procès est donc restée opaque aussi bien à la direction politique et administrative qu’à la masse.

 

Cela peut être caractérisé comme la conséquence superstructurelle de la domination économique du mode de production capitaliste. S’il y a eu antagonisme entre la forme de conscience sociale solidaire du capitalisme – méconnaissance des procès réels, obscurcissement des rapports sociaux, etc. – et la forme de conscience sociale socialiste – connaissance par la masse des procès et des rapports – c’est la force économiquement dominante26 qui l’a emporté contre la force politique dominante.

 

Les rapports capitalistes ont en effet rapidement imposé les formes diverses de camouflage qui leur sont propres : en particulier, le secret commercial a été imposé par les nepmen pour échapper au fisc ; les industries d’État, sachant pertinemment bien que seuls des intermédiaires privés habiles et peu scrupuleux pouvaient les approvisionner rapidement, acceptaient de garder le secret sur leur rémunération. De la même façon, la spéculation, le fonctionnement selon des critères de comptabilité capitaliste, la multiplication des intermédiaires, introduisaient dans les pores des prix de production et des prix de vente d’innombrables parasites occultes qui rendaient finalement toute comptabilisation sociale illusoire ; seule restait la comptabilité financière globale manipulée par quelques spécialistes des manœuvres capitalistes.

 

Les ouvriers de l’industrie d’État restaient dans les mêmes conditions d’ignorance des procès de production et d’échange et du mécanisme des prix que les ouvriers des entreprises capitalistes.

 

En fait, les tâches fondamentales aux yeux de Lénine, de « contrôle » et de « recensement » « par le peuple entier », étaient abandonnées, noyées dans les conditions générales de l’obscurcissement capitaliste.

 

Le savoir économique se déplace au niveau des spécialistes, sa nature même l’éloignent des conditions réelles de la production (connaissances financières, gestion de type capitaliste – spéculateur, etc.)

 

Les conséquences de cette situation sont graves, et pèseront sur les caractéristiques de la planification soviétique.


1. les ouvriers se désintéressent d’un procès trop complexe, obscurci, et qu’on ne leur donne pas les moyens d’élucider. Il n’y a pas de contrôle par la masse ouvrière, pas d’apprentissage de la gestion ;


2. les appareils économiques fonctionnent, sans pression de la base, dans le sens de l’autorenforcement, du profit caché etc. Si les résultats peuvent être contrôlés, les moyens utilisés pour les atteindre sont obscurs et échappent à la direction sociale (ce sera, plus tard, le « plan parallèle »).

 

Cette situation est analysée par Boukharine dans « La situation extérieure et intérieure de l’URSS » (1927).

 

Cette stagnation du niveau de connaissance par les masses, des procès de production et d’échange, jointe au fait que la nouvelle politique économique du pouvoir ne correspond plus aux aspirations spontanées du prolétariat et introduit entre les intérêts de celui-ci et les buts immédiats des médiations complexes, se traduit par une rupture du processus subjectif de la révolution, en même temps qu’objectivement, l’offensive a cessé. Des phénomènes comme la « fonctionnarisation du Parti », la liberté de manœuvre des appareils économiques, en sont les conséquences.

 

On peut dire que, du point de vue de la lutte des classes concrètes qui s’est déroulée sous la N.E.P., le capitalisme (qui était représenté sous ses formes les plus malsaines : spéculation, commerce habile, etc.) a imposé à l’ensemble de l’organisme économique un « style de fonctionnement » qui a lourdement pesé par la suite. En ce sens, le capital privé a fait plus que récolter « les frais d’enseignement » des organisations qui se mettaient sur pied pour lutter avec lui (pour reprendre les expressions de Lénine et de Boukharine) : il a déformé cet enseignement, ou plutôt, il lui a donné sa marque, et en a fait un obstacle au développement ultérieur du socialisme.

 

Cette situation était-elle inévitable, faisait-elle partie intrinsèquement de la N.E.P., comme armistice avec le capitalisme ? Il faudrait poser ce problème d’une façon approfondie, en tenant compte de l’expérience chinoise en particulier. C’est toute la question de l’inégalité de développement du processus révolutionnaire : est-il possible de procéder à une phase de stabilisation ou même de réformisme dans la stratégie économique sans interrompre les progrès de la conscience sociale ? Le pouvoir révolutionnaire peut-il susciter les initiatives conscientes des masses à l’encontre même de ses propres appareils économiques et administratifs, créant volontairement une contradiction qui peut permettre ensuite de modifier la nature de ces appareils, et de la gestion sociale elle-même ? Boukharine le pensait, et l’expérience chinois semble le confirmer.

 

Robert Linhart

 

Article retranscrit par Guillaume Fondu et initialement paru sous le titre : « La NEP : analyse de quelques caractéristiques de la phase de transition soviétique », in Études de planification socialiste, n°3 (mars 1966) S.E.R., Paris, 1966. Il est reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteur.


Lénine au XIème Congrès, Œuvres, tome 33, p. 288.

Lénine à la VIIème Conférence de la Province de Moscou, Ibid., p. 98.

Xème Congrès du PC, Œuvres de Lénine, tome 32, p. 244-245. 
« Les tâches immédiates du pouvoir des Soviets », Œuvres, tome 27, p. 286.

Lénine au Xe Congrès, Œuvres, tome 32, p. 225. 

 

Il faut préciser que la chute concernait le blé, sur lequel portait la spéculation, mais non les cultures industrielles. 
On peut remarquer que cette pénétration des organes inférieurs de l’appareil d’État par les koulaks et les paysans aisés aura des conséquences sur l’impact du grand tournant de 1929 : la politique de collectivisation entraînera une offensive violente contre certaines sphères de l’appareil d’État – offensive dont on trouve l’écho plus ou moins déformé dans la partie des procès de Moscou qui a trait au sabotage dans l’administration. 


Pravda du 21 janvier 1930. 
E. H. Carr, A History of Soviet Russia, III : Socialism in one country 1924-1926, Londres, Macmillan and co., 1958-1959. 


Carr, p. 235.


Il semble que Kritsman se soit attaché à analyser les rapports sociaux clandestins à la campagne sous la NEP. Il serait intéressant de savoir si Boukharine, qui a si finement analysé les mondes économiques parallèles du communisme de guerre, a également théorisé les inadéquations de la NEP. 
Larine, cite par A. Krimmer, dans « Sociétés de capitaux en Russie impériale et en Russie soviétique ».


Il est intéressant de noter que la « N.E.P. idéale » n’a pas été donnée au départ mais s’est progressivement constituée en intégrant une partie des difficultés de la N.E.P. réelle ; le fait qu’elle soit restée idéale peut être imputé à l’irréductibilité de certaines de ces difficultés réelles – en particulier la stratégie agressive des couches aisées de la paysannerie.


Œuvres de Lénine, tome 27, p. 26.
Ibid., p. 263.
Ibid., p. 263. 
« une unité de mesure extrêmement claire, simple et pratique », op. cit. , p. 266.

 

Ibid., p. 270. []
Remarques d’un économiste. []
Œuvres de Lénine, tome 33, p. 495. []
Ibid., p. 502. []
Ibid., p. 511. []
« La situation intérieure et extérieure de l’U.R.S.S. », 1927. []
« De la coopération », Œuvres, tome 33, p. 487-488. []
Ibid., p. 477-478. []
Il faut entendre la domination économique du mode de production capitaliste sous la N.E.P., non nécessairement comme une prépondérance quantitative, mais comme une primauté qualitative – l’industrie d’État et le commerce d’État fonctionnant selon des critères capitalistes, l’ensemble de la structure économique est de type capitaliste. []

 

Robert Linhar

Pourquoi je dis « ce sera sans moi! » à propos du Congrès du PCF

 

05 Décembre 2017

 

Quand je dis que je ne veux pas participer à un congrès du PCF qui part sur des bases aussi négatives je ne manifeste en aucune façon une volonté d’éloignement du PCF, je dirai au contraire.

 

Je me considère dans mes aspirations comme dans mes interrogations comme représentant la majorité des membres de ce parti et je ne veux plus par des artifices être contrainte à une marginalisation qui n’a pas lieu d’être. Si on peut créer tous ensemble une base commune qui porte sur les questions de fond, notre stratégie, le bilan de ce qui nous a coupé de notre base naturelle, les échecs répétés, notre affaiblissement et quel parti pour quelle stratégie dans une situation nationale et internationale en pleine évolution, je suis d’accord.

 

Si ce doit être la foire d’empoigne sur Mélenchon ou Hamon, cela ne me concerne pas.

 

Les bases négatives sont aujourd’hui d’abord la déclaration du secrétaire national Pierre Laurent appelant Mélenchon et Hamon et le NPA à constituer une liste commune pour les Européennes.

 

Après les résultats en Corse et les déclarations invraisemblables d’anticommunisme de Mélenchon une telle interpellation est complètement hors saison, mais sur le fond une telle proposition entre des gens dont les positions sur l’Europe sont complètement inconciliables entretient la confusion.

 

Elle  ne peut qu’être un leurre par rapport au débat de fond qui devrait être celui du Congrès.

 

Nous voilà repartis pour un congrès totalement inutile…

 

Nous nous diviserons comme lors du dernier sur les primaires à gauche (ou son équivalent) ou Mélenchon devenu l’ennemi nécessaire, vu son côté tête à claque et insultant il a tout ce qu’il faut pour le rôle… serait-il  malséant de ma part de signaler que c’est Marie-Georges Buffet, alors bien aimée secrétaire du parti qui nous l’a imposé dans l’enthousiasme général due à une proposition du secrétariat?

 

Qu’un tel fait prouve la nécessité de comprendre comment et pourquoi nous nous sommes retrouvés derrière quelqu’un qui nous voue un tel mépris.

 

Aujourd’hui tandis que les communistes s’acharneront sur sa personne pour mieux accepter une alliance avec d’autres qui ne valent pas mieux que lui et dont les troupes désormais tiennent dans une cabine téléphonique, mais qui espèrent quelques places, on ne parlera ni de notre bilan stratégique (enfin celui de la direction) ni de ce qu’il faut pour que le parti ait une stratégie, non on s’intéressera à l’union de la carpe et du lapin entre tous ces gens qui n’ont aucune position commune sur l’Europe…

 

Et dont la seule ambition (contagieuse) est d’être élu. Il est difficile d’être enfermé dans ce cercle vicieux une fois de plus.

 

Toujours dans le même esprit il y a le refus de Pierre Laurent lors du dernier Conseil national de lancement du Congrès de parler du « bilan » de notre politique malgré la demande de quinze intervenants du Conseil national allant dans ce sens, tout au plus a-t-il face à la pression accepté le terme « d’évaluation » en fonction de la feuille de route élaborée par les secrétaires nationaux.

 

On peut craindre que ladite feuille de route (qui par parenthèse n’accorde qu’un intérêt assez faible à la position du PCF sur l’Europe) soit conçue comme une manière d’éviter le débat indispensable sur la stratégie du PCF et sur le bilan de ces dernières années et le refus de Pierre Laurent va dans ce sens.

 

Je personnifie, il est difficile de faire autrement en l’occurrence, mais je ne tiens pas à m’acharner sur des personnes, mais bien à comprendre ce qui est erroné dans notre démarche par rapport à nos buts et moyens. En ce qui concerne le but, quel est-il exactement, s’agit-il de construire un « socialisme à la française » ou de se disputer avec Mélenchon et Hamon le leadership de la social démocratie?

 

En parlant de la social démocratie et de la feuille de route, est-ce que nous voulons un parti organisé avec des adhérents qui sont aussi des militants ou nous acceptons une individualisation toujours plus poussée que symbolise en quelque sorte cette passation du questionnaire?

 

Là encore il ne s’agit pas de condamner une pratique et un mode de contact mais bien de voir vers quel type de militantisme nous voulons orienter nos efforts?

 

Enfin, le troisième aspect qui aujourd’hui me fait douter de la volonté d’avoir un Congrès qui soit l’étape indispensable de la reconstruction du parti est la manière dont il n’est pas tenu compte de la situation internationale.

 

Le PCF n’a pas été au niveau de sa direction nationale présent à la célébration des 100 ans de la révolution d’octobre et l’exposition au Colonel Fabien a célébré Trotsky, dans sa déclaration Pierre Laurent a décrit cette révolution comme une espérance trahie par le stalinisme, la position des trotskistes, niant y compris le rôle de l’URSS dans la lutte contre le nazisme et dans les rapports de forces qui au lendemain de cette guerre ont favorisé partout les conquêtes sociales y compris en France.

 

Cette révolution d’octobre est-elle la matrice fondatrice du socialisme ou une monstrueuse erreur dans un pays arriéré? Si le parti communiste est né de cette révolution faut-il revenir à avant le congrès de Tours? 

 

Actuellement alors que nous assistons à un mouvement international de renaissance des partis communistes sur la base du marxisme léninisme, alors qu’une rencontre en Chine à la suite du 19e Congrès du parti communiste chinois esquisse une rôle nouveau pour une internationale des partis communistes, alors que le parti communiste espagnol revient sur les abandons de l’eurocommunisme, un mouvement semblable se dessinant en Italie, la direction de notre parti tronque notre propre histoire pour nous conduire toujours plus loin sur l’abandon de notre identité.

 

Si le  Congrès  ignore ces questions et tout en conservant le nom,  nous isole toujours plus à la fois des lieux de la lutte des classes en suivant le congrès de Martigues et de ce renouveau international, est-ce que nous ne serons plus qu’une coquille vide?

 

Si c’est cela dont il est question, à savoir d’être le parti communiste de classe et de masse correspondant aux intérêts et aux traditions de notre pays afin d’instaurer le socialisme, de défendre partout et pas seulement dans les urnes les victimes du capitalisme, je participe sinon je considère que c’est encore une occasion perdue.

 

S’il est important d’avoir des élus, tout subordonner aux élections alors même que le cercle des abstentionnistes ne cesse de s’étendre en particulier dans notre base naturelle, c’est pour le moins ne pas tenir compte des faits.

 

Il faut en discuter et ne pas considérer comme acquis qu’un Congrès n’a pas d’importance au point que seul comptent les alliances électorales qui ne nous mènent nulle part. Le rassemblement n’a-t-il lieu que devant les urnes ou au contraire ce qui se passe dans les urnes est-il subordonné à d’autres rassemblements sur le terrain?

 

Est-ce que le contexte international, et pas seulement l’Europe est important ? Comme à côté de ce renouveau des partis communistes, de leurs liens, les menaces de guerre, les possibilités d’autodestruction des être humains et de leur environnement imposent un approfondissement écologique mais aussi que nous mettions au cœur de notre réflexion la paix et la guerre, mieux est-ce que l’on ne doit pas reconnaître que le socialisme réel a toujours été lié étroitement à ce refus du bellicisme, a toujours été contraint par la volonté guerrière du capital, la lutte pour la paix est donc une nécessité stratégique à laquelle aucune transition au socialisme ne peut échapper.

 

Nous venons à Vénissieux d’avoir une rencontre de plus de 200 militants avec des camarades du Parti communiste de la fédération de Russie et du Parti communiste chinois. Vous pouvez consulter les vidéos et les textes de cette journée qui vont être publiés, vous constaterez que nous n’avons pas eu à prononcer le nom de Mélenchon ou celui d’Hamon, ni faire la moindre critique de la direction de notre parti, nous avions beaucoup à échanger sur le fond et cela nous unissait. J’en ai assez de cet art de nous diviser alors qu’il y a tant à faire.

 

Si je dis que je ne veux pas m’associer à cette démarche suicidaire d’un Congrès qui nous laisserait désarmés, divisés, c’est parce qu’elle n’a rien à voir avec le PCF, avec ses militants tels que je les vis au quotidien. Je milite dans une cellule qui se réunit tous les vendredis après avoir mené une activité de distribution de tracts. Les débats sont francs et je dois dire que je me sens en accord avec les militants sur le fond. Nous nous sommes occupés du logement social, des APL et nous étions d’accord.

 

Cette possibilité de dialogue est totale y compris dans ma fédération des Bouches du Rhône qui pourtant est une des plus « légitimistes » de France, je crois qu’un des rares acquis de la période est cette capacité que nous avons de nous entendre.et de travailler ensemble, il faut l’utiliser à plein.

 

Alors à quoi veut-on me contraindre par une telle préparation du Congrès : à diviser ce qui n’a pas à l’être, à m’opposer à des camarades avec lesquels je suis d’accord sur le fond, à me marginaliser moi qui ai toujours été contre les tendances?

 

Parce que le PCF c’est tout autre chose que la foire d’empoigne à laquelle on veut me contraindre en tronquant les conditions de la préparation du Congrès, je refuse de m’opposer à mes camarades comme j’ai refusé de faire des histoires autour du remplissage ou non du questionnaire me félicitant simplement de notre accord autour de l’idée de conserver le nom de parti communiste.

 

Maintenant que l’on tente une fois de plus de vider notre parti de sa réalité, le tirant vers un électoralisme à courte vue, je n’ai pas plus envie de créer les conditions factices d’une dispute avec des militants avec lesquels je suis d’accord. De surcroît je suis convaincue que le parti ne résistera pas à de nouvelles divisions et quand elles sont artificiellement créées je dois les récuser.

 

Voilà ce que voulait dire « ce sera sans moi! », non je ne jouerai pas la division du parti et donc pour participer au Congrès j’attendrai que les conditions d’un véritable débat soient créées pour des militants qui n’attendent que ça. Et je sais par expérience internationale que partout dans le monde, les partis communistes sont en train de renaître, si ce Congrès nous fait perdre notre temps tant pis, il y en aura d’autres.

 

Danielle Bleitrach

Le PCE récupère le léninisme pour le centenaire de la Révolution d’Octobre

 

04 Décembre 2017
Comme nous l’avons déjà signalé, voici d’une manière plus complète ce qui se dessine à partir du Congrès du Parti communiste espagnol et qui est une manière de rupture avec les choix eurocommunistes de Santiago Carillo, mais cela va au-delà d’un simple retour en arrière, il s’agit d’une construction originale (à suivre) .
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach)

SARA MONTERO| Publié: – Mise à jour: 22:29

 

En 1978, le parti communiste, dirigé par Santiago Carrillo, a renoncé au léninisme. Cependant, le débat interne a toujours été vivant

 

Une étoile internationaliste sera ajoutée au logo du parti et celui-ci retrouvera un fonctionnement basé sur le centralisme démocratique

 

Le seul candidat au remplacement de José Luis Centella à la tête du Secrétariat général du PCE est l’avocat Enrique Santiago

XX Congrès du PCE
Deux drapeaux placés dans l’auditorium du XXe Congrès du PCE. / PCE (Facebook)

Le Parti communiste d’Espagne (PCE) n’aurait pas pu rendre un meilleur hommage au premier centenaire de la révolution russe au XXe Congrès du Parti. Ce samedi, la formation a retrouvé le léninisme 40 ans après son abandon au IXe Congrès et un siècle après la Révolution d’Octobre. Bien que le secrétaire général qui remplacera José Luis Centella n’ait pas encore été élu, l’avocat Enrique Santiago apparaît comme le seul candidat sur une liste consensuelle.

 

Le débat sur la nécessité d’incorporer explicitement le léninisme comme guide pour le PCE a toujours été vivant, avec plus ou moins d’intensité, au sein de la formation. Après la légalisation du parti sous le Secrétariat Général de Santiago Carrillo, le IX Congrès avait aboli le terme « Léniniste » en 1978 de sa définition en pleine Transition. Cependant, ce samedi, il a décidé par « écrasante majorité » de recentrer « l’analyse de la réalité et de sa pratique politique sur les apports du marxisme-léninisme et du socialisme scientifique », qui se combineront avec « des pratiques révolutionnaires, anti-impérialistes et de libération des peuples », selon le texte en débat auquel Cuartopoder a eu accès. Le XX Congrès a commencé vendredi et s’est poursuivi pendant la journée de samedi à Madrid.

 

« Le Parti communiste a toujours reconnu les contributions du léninisme au marxisme. Lénine a donné une pratique politique aux études de Marx, qui n’avait pas développé de théorie sur la manière de prendre le pouvoir et de le gérer », expliquent des sources du parti. Le premier changement que verront les militants sera dans le logo, auquel une étoile internationaliste à cinq pointes sera incorporée, en référence à l’union des travailleurs des cinq continents.

 

Ce retour au léninisme,  se concrétise entre autres,  sur le centralisme démocratique, qui repose sur la « discipline consciente » et l’« unité d’action » des individus, indiquent des sources la nouvelle direction. Lorsque les organes élus prennent une décision, tous les membres du parti doivent respecter la position de la majorité après un débat démocratique et un compte rendu de responsabilité. Cette forme d’organisation a provoqué des doutes au sein du parti, qui ont été dissipées par le Bureau du Congrès, après avoir expliqué que ce modèle est compatible « avec l’engagement historique du PCE envers une république fédérale des Etats », comme l’a informé l’organisation.

 

Le parti veut aussi développer davantage le militantisme et convertir tous les membres en  activistes. « Le défi de la direction sera que tous jusqu’au dernier militant aient un travail à faire sur nos fronts de lutte », a expliqué Enrique Santiago dans son discours. Une autre des priorités de la nouvelle direction sera de combattre sur le terrain le néolibéralisme et les politiques de PP. « Nous voulons mettre la question de la mobilisation et du conflit capital-travail sur la table. Il ne s’agit pas seulement de parler d’alliances lors des élections, mais aussi d’avoir le pouvoir dans la rue, d’avoir la capacité d’agir contre le libéralisme », expliquent les sources du parti.

 

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El reto de la dirección, va a ser que hasta el último militante tenga un trabajo que realizar en nuestros frentes de lucha. @ensanro  

Certains militants ont également souhaité que le parti fasse une autocritique sur les comportements machistes dans le fonctionnement interne de la formation en présentant un document devant le Congrès, selon les explications de l’organisation. Ils ont demandé l’équité dans les détails tels que les tours de parole. Prêchant par l’exemple, la nouvelle commission de transition vers la nouvelle direction est formée par 6 femmes et 5 hommes et s’est prononcée à 82,4% en faveur de cette nouvelle orientation.

 

Enrique Santiago, l’avocat vedette d’IU

 

Une liste unitaire avec Enrique Santiago a été présentée au Congrès. Ce sera le futur comité central qui choisira le nouveau secrétaire général, mais l’avocat n’a pas de rival, alors on s’attend à ce qu’il soit nommé bientôt. Ce n’est pas la première fois que l’avocat participe à ce processus. En 2004, il a déjà tenté d’être nommé au secrétariat général du PCE, mais Gaspar Llamazares s’est finalement imposé dans un processus marqué par les controverses.

 

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Me gustaría celebrar que esta es una candidatura unitaria, una candidatura paritaria, de género. @ensanro 

Au cours de ces dernières années, Santiago a eu un rôle remarquable d’avocat dans la négociation de l’accord de paix en Colombie, où il a démontré sa capacité à construire des pactes. Ses apparitions dans les médias se sont également multipliées lorsqu’il a représenté dans une accusation privée la gauche unie dans l’affaire Bárcenas.

 

Entre Santiago et le leader d’IU, Alberto Garzón, il y a une bonne harmonie. En ce qui concerne la vision de cette formation et de ses alliances, il est attendu la poursuite de la ligne déjà dessinée dans la première phase de son XXème Congrès et de la XIème Assemblée de l’UI. Le PCE veut rassembler « un mouvement politique et social » qui va au-delà de l’idée classique du parti.

 

« La priorité n’est pas tant la construction d’une convergence électorale, mais de l’unité populaire, en minuscule. Nous devons être unis dans la lutte contre les licenciements, les accidents du travail, les nouvelles lois pour recouvrer les droits, etc. Ce sont des luttes pour lesquelles nous avons toujours convergé avec des personnes très différentes d’autres sensibilités. Si cette unité populaire est forte, quotidienne et utile, l’unité populaire avec des lettres majuscules, l’élection sera effective », explique un membre de la nouvelle direction sur les relations avec d’autres formations telles que Podemos.

 

Dans son discours, Santiago a opté pour « la convergence avec des politiques d’alliances pour la défense d’une démocratie économique et sociale authentique » et a appelé à l’unité interne: « Nous allons montrer l’exemple en valorisant ce qui nous unit et en mettant fin à nos différences. Pas une minute de notre militantisme ne peut être gaspillée dans des batailles stériles qui ne mènent nulle part. »

 

Le Parti communiste russe participe au « Dialogue du PCC et des partis politiques à un haut niveau à travers le monde »

 

04 Décembre 2017

Je répète mon éternelle question: est-ce que le parti communiste français partipe à ce dialogue et est-ce que nous allons avoir des compte-rendu?

 

(note de danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop pour histoireetsociete)


https://kprf.ru/party-live/cknews/171070.html

 

A Pékin, les activités du « Dialogue entre le PCC et les partis politiques à un haut niveau à travers le monde » se poursuivent. La réunion s’est ouverte par un discours du secrétaire général du Comité central du PCC Xi Jinping. Au sein du forum, la position du Parti communiste de la Fédération de Russie a été présentée par le vice-président du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie D.G. Novikov.

 

Service de presse du Comité central du Parti communiste de la Fédération de Russie

03-12-2017

 

L’idée principale du rapport de Xi Jingping est liée au concept de communauté de destin de l’humanité exposé précédemment. Dans son discours aux représentants des partis politiques du monde lors de la cérémonie d’ouverture du Dialogue, il a noté que le concept gagne de plus en plus de soutien et se transforme en véritables actions.

 

Xi Jinping a souligné que le 19ème Congrès du PCC, planifiant le développement de la Chine jusqu’au milieu du siècle, a démontré une volonté sincère de créer une communauté de destinée pour l’humanité. Un rôle important pour ce faire est dévolu aux partis politiques. L’humanité est confrontée à des problèmes mondiaux dont l’ampleur est sans précédent. Les perspectives et le destin des peuples et des pays se rapprochent de plus en plus. Xi Jinping a noté le rôle pratique dans ce processus de l’initiative « Une ceinture – Une voie ».

 

Xi Jinping a exprimé sa confiance que l’objectif de construire une communauté de destin de l’humanité sera atteint, dès que les différentes parties formeront ce concept pour elles-mêmes et qu’elles le mettront en pratique ensemble.

 

Le chef de la RPC a souligné que la sécurité d’un pays ne peut être assurée au détriment des autres. Il est nécessaire de créer une architecture de sécurité qui sera caractérisée par l’égalité, l’équité, la construction conjointe. Il est nécessaire de créer un monde sans pauvreté, un monde de prospérité.

 

La terre est la maison commune de l’humanité. Il est nécessaire d’insister sur le concept de la coexistence conjointe de l’homme et de la nature, de respecter et de protéger la nature, a souligné Xi Jinping.

 

Dans le forum des partis politiques du monde le Parti communiste russe est représenté par le vice-président du Comité central Dmitri Novikov. En outre, les participants à la réunion de Beijing étaient les dirigeants des partis communistes de Biélorussie, Alexei Sokol, du Kirghizistan IskhakMasaliev et les communistes d’un certain nombre d’autres organisations qui font partie de l’UPC-PCUS.

 

Dans le cadre des événements du Dialogue, D.G. Novikov dans son discours, en particulier, a rappelé que la réunion à Beijing a lieu l’année du 100e anniversaire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre. « Cet événement », a-t-il dit, « a changé la face du monde. Pour la première fois dans l’histoire, une société fondée sur l’égalité et l’entraide est née. Un pays du capitalisme périphérique s’est transformé en une puissance industrielle, scientifique et spaciale très développée. La révolution en Russie a provoqué la montée du mouvement de libération nationale dans le monde. Sous l’influence des succès du socialisme, le système colonial mondial s’est effondré.  »

 

D.G. Novikov a informé de la tenue de la 19ème réunion internationale des partis communistes et ouvriers et du Forum international des forces de gauche en Russie, où les représentants de 132 délégations du monde entier ont exprimé la conviction que le capitalisme conduit l’humanité dans une impasse, et que seul le socialisme assurera le progrès et le développement durable.

 

Pour les communistes du monde entier, les résultats impressionnants obtenus par le PCC ont une signification majeure. Selon D.G. Novikov, les raisons de ces succès sont que les dirigeants chinois donnent un caractère scientifique et de planification aux processus économiques et placent les intérêts de l’homme ordinaire au centre de leur activité. C’est pourquoi la RPC résout avec confiance la tâche de construire une «société de prospérité moyenne» pour le 100e anniversaire du Parti communiste et de créer un État socialiste riche et puissant, démocratique et civilisé, harmonieux et moderne à l’occasion du 100e anniversaire de la RPC.

 

La mondialisation sous dictée de Washington renforce la crise économique mondiale. La Chine offre son scénario d’intégration mondiale – égalitaire et mutuellement bénéfique. Une telle intégration est dans l’intérêt de plusieurs millions de personnes sur la planète. Le KPRF, pour sa part, soutient le travail des BRICS, de l’OCS et d’autres associations d’intégration paritaire.

 

Au nom du Parti communiste et de Guénnady Ziouganov,Dmitry Novikov a souhaité aux communistes chinois de continuer à mener la République populaire de Chine sur la voie du succès dans le développement socio-économique et culturel.

 

Le 2 décembre, les activités de «Dialogue entre le PCC et les partis politiques à un haut niveau à travers le monde» se poursuivront.

 

Traduction MD pour H&S

Le parti communiste d’Espagne (PCE) renoue avec le marxisme-léninisme

 
03 Décembre 2017
Pendant que le dirigeant du Parti Communiste Français monte une minable opération contre Georges Marchais, avec l’aide d’un refondateur de toujours qu’est Gérard Streiff, une opération visant à faire cautionner le pseudo eurocommunisme de Georges Marchais ; une opération dans laquelle Fitterman devient l’ami de Georges Marchais alors qu’il ne fut avec Rigoud que l’exécutant des basses oeuvres de Mitterrand contre notre parti et son secrétaire quand ce dernier et les communistes choisirent en 1983 de s’opposer au tournant de la rigueur et au plan Davignon de destruction de l’industrie française dont nous souffrons encore aujourd’hui. Ce fut avec l’aide de Berlinguer, du parti communiste italien, que Mitterrand lança avec Rigoud l’opération de déstabilisation de notre parti et de crise ouverte pour tenter d’empêcher notre sortie du gouvernement.
 
*Durant le même temps, toujours dans le cadre de l’eurocommunisme, Santiago Carillo, le secrétaire du parti  communiste d’Espagne alla encore plus loin dans la trahison en acceptant la solution monarchiste voulue par Franco et qui impliquait l’amnistie des franquistes, laissait en place tout son appareil et en revanche continuait à criminaliser les résistants basques. La crise ouverte aujourd’hui en Catalogne, les prisonniers politiques, tout cela est le fruit de cette trahison dans le cadre de l’eurocommunisme, comme l’a été la complicité de Berlinguer dans l’attaque de notre parti et la fin de ce parti, l’abandon du communisme.
 
Tandis que Pierre Laurent ne se cache même plus dans sa volonté de recommencer l’opération du dernier congrès du parti communiste français, premièrement après avoir décidé de ce congrès pour novembre de l’année prochaine, à la veille des élections européennes, il va comme il l’a fait pour le dernier congrès où il a lancé l’idée des primaires et nous a enfermé dans un débat stérile avec l’aide de ses complices refondateurs pour nous conduire jusqu’au vote Mélenchon sous le prétexte que nous aurions fait un score déplorable alors même que tout avait été fait pour nous enfermer dans une alternative entre primaire et soutien à Mélenchon, voici qu’il recommence en jetant en même temps que la convocation du congrès, sur fond de leurre de l’eurocommunisme d’un pseudo hommage à Marchais y compris en piégeant son fils, une manœuvre indigne, il annonce qu’il veut construire une liste de gauche avec Hamon, Mélenchon, et le NPA qui est visiblement l’inspirateur trotskiste de l’affaire,  tout en sachant le caractère illusoire d’une telle proposition. De surcroit après l’indigne émission piège de Léa Salomé il demande à être reçu à son tour pour y annoncer sa stratégie d’union illusoire et qui nous mènera à un congrès raté et à la fin de notre parti qui semble son but.
 
Pendant ce temps, les six partis communistes italiens nés de la stratégie eurocommuniste face à un parti démocratique qui est le prolongement de l’abandon du parti communiste italien, tentent de retrouver leur unité. 
 
Pendant ce temps le parti communiste d’Espagne lui aussi tente de surmonter, comme on le voit ici la trahison eurocommuniste et renoue avec un parti communiste marxiste léniniste. 
 
Samedi 2 décembre 2017
 
Voici donc  repris dans le site de Nicolas maury la description de cet important événement.
 
 

Le XXème congrès du Parti Communiste d’Espagne se déroule en ce moment à Madrid. La seconde phase politique de ce congrès a abouti à la réintroduction du concept de Marxisme-Léninisme pour projeter le PCE dans l’action révolutionnaire !

1917 – 2017

Le présent texte a été publié il y a une dizaine d’années et placé sur ce blog le 26 juillet 2008. Il figurera dans un dossier de la prochaine livraison de la revue ÉCONOMIE et POLITIQUE du Parti communiste français, dans le cadre de la commémoration de la Révolution russe de 1917. Je n’ai pas, aujourd’hui, de modification significative à lui apporter

Communisme, un mot à protéger

« Le même mot brille un jour d’un immense espoir et n’émet un autre jour que des rayons de mort », a écrit Vaclav Havel. Ainsi en est-il de « communisme ». Certains soutiendront que cette pensée sanctionne définitivement l’épopée communiste du XX° siècle. Mais ne pourrait-elle pas fonder, à l’inverse, une perspective réaliste pour le XXI° siècle ? Dans ce cas, l’abandon du mot ne serait qu’un opportunisme doublé d’une erreur politique.

Un mot qui subit son passé

En réalité personne n’a jamais soutenu avoir édifié le communisme où que ce soit. Il était mis en perspective d’une représentation séquentielle de l’histoire enchaînant : féodalisme-capitalisme- socialisme-communisme sur la base d’un matérialisme historique à prétention scientifique. Si cette vision a pu sembler se matérialiser dans les pays dits du « socialisme réel », le mouvement communiste n’a jamais constitué un ensemble homogène dans son essor comme dans son déclin. Il n’en subsiste que des formations politiques dénaturées ou marginalisées et le plus souvent discréditées. Ainsi, pour s’en tenir au parti communiste français (PCF), les fonctions identitaires que lui reconnaissait Georges Lavau (tribunitienne, consulaire, auxquelles j’ai ajouté : théoricienne) se sont délitées au fil du temps pour ne laisser subsister qu’un groupe désordonné et sans idées.

Pour autant on peut reconnaître au mouvement communiste une novation importante : le refus de la fatalité de l’exploitation capitaliste, une posture prométhéenne dans l’invention de l’avenir. On doit à Marx une synthèse magistrale des premières analyses des économistes classiques, une présentation pédagogique de la valeur, une claire identification de la force de travail, un exposé vigoureux des mécanismes de l’accumulation du capital et de l’exploitation capitaliste rendue possible par la propriété privée du capital. Si certaines de ces catégories ne sont plus réductibles aux conceptions d’origine, on ne saurait contester qu’elles gardent, sur une base élargie, une grande pertinence. La contribution des économistes du PCF a été particulièrement intéressante avec la caractérisation de la phase du capitalisme monopoliste d’État (CME) et le mécanisme de suraccumulation-dévalorisation comme version moderne de la baisse tendancielle du taux de profit.

Il reste que ce qui s’est réclamé du communisme a nourri une conception dévoyée du pouvoir politique. Certes, ne perdons pas de vue le rôle positif joué par les communistes dans les combats majeurs du siècle dernier contre le nazisme et le colonialisme, dans l’animation des luttes revendicatives pour le progrès social, l’aide aux plus faibles, la gestion municipale. Mais la conception léniniste de conquête du pouvoir était fondée sur une succession de sophismes que la vie a dénoncés: les intérêts du peuple portés par la classe ouvrière conduite par son avant-garde révolutionnaire, le parti communiste dirigé par un collectif réputé détenir science et lucidité. Cette construction dogmatique (dictature du prolétariat, avant-garde révolutionnaire, centralisme démocratique) nourrissait un messianisme fondant la légitimité de directions autocratiques. Dans de telles conditions, l’homme nouveau, le citoyen des temps modernes, ne pouvait émerger.

L’ « en commun » à l’ordre du jour

Le paradoxe est que les expériences qui se sont réclamées du communisme se sont effondrées au moment même où s’affirme la communauté de destin du genre humain avec une intensité sans précédent dans son histoire. C’est d’abord la conséquence des évolutions qui se produisent dans sa base matérielle. Il y a bien sûr la mondialisation du capital qui entraîne celle de l’exploitation capitaliste à une échelle inconnue jusque-là. Mais il y a aussi l’expérience toute nouvelle de la finitude de la planète qui nourrit l’exigence d’une réflexion inédite sur sa survie. Évoquons encore bien d’autres éléments qui participent de cette globalisation : la coopération culturelle et scientifique, le développement d’Internet, la prolifération de milliers d’ONG, l’importance croissante du droit international, etc. De nouvelles solidarités se constituent pour traiter et résoudre de grandes questions comme la solution pacifique des conflits, la lutte contre la faim, les catastrophes naturelles, les épidémies, etc.

La généralisation des problèmes appelle une réflexion sur la production conjointe de valeurs à vocation universelle à partir des singularités des États-nations. C’est dans ce mouvement de convergence-différenciation que peuvent progressivement se forger les dimensions transnationales des citoyennetés aujourd’hui à base essentiellement nationale. L’idéologie des droits de l’homme qui a envahi la sphère qu’occupaient précédemment les grandes idéologies (théorie néoclassique, État-providence, marxisme) en est une manifestation positive, mais elle est insuffisante car elle ne produit pas de sens. Comme le souligne Marcel Gauchet, l’idéologie des droits de l’homme, a-historique, fonctionnant sur la base de l’indignation spontanée immédiate, combinée au pouvoir médiatique, s’inscrit dans une autorégulation des rapports sociaux qui n’est pas sans analogie avec celle du marché dans la sphère économique ; il analyse l’avènement de la démocratie dans un mouvement pluriséculaire d’affranchissement du religieux dont les expériences communistes n’ont pas su, elles-mêmes, se préserver.

Le siècle qui s’ouvre pourrait ainsi donner sens à une notion d’intérêt général qui prendrait appui sur la globalisation des bases matérielles et la convergence des valeurs. Ainsi, contre le développement capitaliste inégal et l’exacerbation des rapports de forces, la gestion des ressources naturelles du sol et du sous-sol, de nombreuses activités de production et de services, diverses coopérations administratives, scientifiques et culturelles devraient constituer un « en commun » identifié avec une certaine précision, justiciable de services publics organisés au niveau international, voire mondial. Des notions comme celles de « patrimoine commun de l’humanité », de « destination universelle des biens » (Vatican II, Gaudium et Spes ) pourraient faire du XXI° siècle l’ « âge d’or » des services publics.

Communisme : un mot pour demain

Comment passer du siècle prométhéen à la nouvelle civilisation de l’ « en commun » ? La situation actuelle est de transition, de décomposition sociale profonde caractérisée par une perte de repères qu’expliquent diverses causes : relativisation des États-nations, dénaturation de la notion de classe, bouleversements spatiaux, évolution rapide des mœurs et – peut être surtout – effondrement des grandes idéologies messianiques. Or, pour analyser le présent et explorer l’avenir nous ne disposons que des outils intellectuels du passé. De nombreuses recherches spécialisées existent, mais elles ne constituent pas, pour le moment, un corpus théorique opérationnel. Comprendre la nature du moment historique où nous sommes, les contradictions qui siègent dans la décomposition, est à la fois le moyen de conjurer l’avènement des monstres et de préparer les meilleures conditions d’investissements progressistes.

La crise sociale présente l’avantage particulier, en contradiction avec la période antérieure, de renvoyer la responsabilité politique vers l’individu, alors que, jusqu’à présent, la délégation de pouvoir était le mode le plus général d’exercice de la citoyenneté. C’est désormais au citoyen qu’il revient, dans un monde complexe et peu intelligible, d’exprimer des choix qui l’identifient comme sujet de droit et acteur politique, de se doter de ce que l’on pourrait considérer comme un véritable « génome de citoyenneté ». Alors que le mouvement communiste prétendait au siècle dernier déduire l’ « homme nouveau » de sa problématique, la question qui se posera à partir des affirmations individuelles des citoyennes et des citoyens sera plutôt de savoir comment dégager de la multiplicité des engagements individuels des centralités efficaces permettant l’avènement d’un « en commun » souhaitable qui pourrait se dire « communisme ». Avant toute construction globale, plutôt que de s’enliser dans la recherche stérile de stratégies d’alliances entre formations politiques exténuées, une première réponse pourrait consister à reconstruire une identité différenciée sur sept questions fondamentales et à engager sur cette base les lourds travaux qu’elles impliquent : service public, appropriation sociale, institutions démocratiques, citoyenneté rénovée, statut du travail salarié, accueil responsable des étrangers, mondialisation universaliste. Une telle démarche pourrait demeurer ordonnée et rythmée par l’idée d’une rupture qualitative marquant l’étape intermédiaire d’une nouvelle cohérence, celle d’une société socialiste.

Si le mouvement communiste du XX° siècle a été chargé d’erreurs et de fautes graves, il a été aussi marqué par l’abnégation et le courage d’innombrables communistes qui, en tout état de cause, méritent le respect. Il convient de tirer les enseignements du siècle passé et de poursuivre la réflexion dans les conditions de l’ère nouvelle. La conviction exprimée, l’hypothèse faite ici, est qu’aucun autre mot ne pourra mieux que « communisme » dire au XXI° siècle le primat de la raison et l’espérance du genre humain. Dans ces temps ingrats, il faut donc le protéger.

Anicet Le Pors
Ancien ministre et ancien membre du comité central du PCF

 

Note : En contrepoint on rappellera cette pensée du philosophe Jean-Luc Nancy pour son humour non dénué de lucidité : « communisme, est le nom archaïque d’une idée encore toute entière à venir ; quand elle sera là, elle ne portera pas ce nom »

Intervention de Paul Barbazange au CN du 01-12-2017

Pour un bilan stratégique et une vraie base commune

 

, par  Paul Barbazange

Conseil National |   1 | pdf 

 

Ce CN au cours de multiples interventions a montré la grande difficulté partout à réunir les communistes, faire discuter et mener l’action. Le congrès doit réellement être extraordinaire : que peut faire chaque communiste d’ici le 2 et 3 juin ? L’importance du contenu de la base commune, la question du bilan stratégique adoptée le 18.

 

Un mot sur le déroulement de ce CN : nous sommes quelques-uns à le vivre comme la mise bout à bout, d’informations, d’opinions, toutes dignes d’intérêt, mais sans véritable échange organisé permettant, par les relances, la mise en valeur des contradictions repérées. On ne peut aller à un congrès restant sur une telle pratique.

 

Après le 18 et les importantes modifications - chacun se référera au texte - apportées entre le projet et le texte final adopté (bilan, luttes des classes...) un congrès extraordinaire reste possible. Pour les 2 et 3 juin, ambitionnons une base commune permettant à chacun de retrouver ses analyses, ses convictions, ses questions. Cela n’a pas été le cas lors des précédents congrès et au travers des procédures statutaires, le texte final n’a été adopté que par une majorité de plus en plus étroite (52%) et ce avant nos derniers revers. Nous avons besoin d’autre chose, d’un texte apte à rassembler une grande majorité de communistes. La situation, le besoin d’analyse communiste maintenant à nouveau exprimée dans le parti et au delà le permet.

 

Travaillons ensemble, dans les luttes et le combat communiste, le "bilan de la période écoulée", un bilan stratégique affrontant les questions posées à notre parti par sa stratégie passée. La question n’est pas de savoir où, à quels moments et moins encore quelles responsabilités personnelles, mais de tourner ce bilan vers l’avenir. Il nous faut saisir comment les questions que nous posent aujourd’hui l’idéologie dominante, l’état des luttes politiques et sociales, notre situation d’organisation, nos résultats électoraux, nous interrogent sur nos choix stratégiques passés et leurs résultats. Nous contraignent et nous permettent une rigoureuse mise à jour. Il faut donc aller loin dans ce bilan. Sa simple mention est une faiblesse de la feuille de route, et ce bilan n’est pas retenu dans le relevé de décision que vous nous proposez d’adopter aujourd’hui, il doit l’être !

 

De façon évidente un tel objectif de rassemblement assigné à la base commune ne pourra se faire en prétendant trancher dès ce congrès toutes les contradictions devenues au fil de la vie plus explicites ; ayons le courage de pointer clairement ce qu’il faut, ce qu’il faudra résoudre pour retrouver notre place avec les plus exploités et la classe ouvrière.

 

Commençons à modifier, retrouvons la continuité de ce qu’est le parti communiste depuis 1921, travaillons ensemble. Retrouvons simplicité, lisibilité et crédibilité dans les conditions actuelles de la lutte des classes.

 

Je souhaite conclure sur le "besoin de communisme". Depuis des décennies nous focalisons notre attention sur le rassemblement, les rassemblements, dans le meilleur des cas la convergence des luttes et des actions pour aller au changement, au point que l’apport propre des communistes sur chaque point s’est peu à peu effacé. Ce mouvement peut s’inverser, le contenu de la feuille de route le montre. Pour la justice sociale, la paix, l’avenir écologique, nous avons beaucoup à dire et à faire parce que communistes. Nous pouvons gagner dans ce mouvement.


Paul Barbazange

 

Les 20 dernières minutes de ce CN éclairent parfaitement l’essentiel de ce que nous avons à faire. Lorsque la présidence a voulu mettre aux voix le relevé de décisions (pour formaliser le lancement du congrès, la réunion des animateurs de section n’ayant pas un statut formel et devant être avalisée par le CN), une quinzaine de camarades par ailleurs d’opinions très diverses sont intervenus pour demander que figure dans ce relevé le mot "bilan". Le débat a été rugueux, il est symptomatique que je n’ai pas eu à ré-intervenir à ce moment là. D’autres camarades s’en sont chargés de façon vigoureuse et très diverse.

 

Nous sommes donc bien avec cette question du "bilan" au cœur du débat essentiel du congrès. P. Laurent a finalement refusé d’introduire le mot bilan, mais a accepté de modifier la phrase centrale "Conformément à la feuille de route adoptée" en ajoutant "qui prévoit de faire une évaluation de la période écoulée". Bilan, évaluation... chacun voit où le bat blesse certains. A nous de nourrir tout cela.


Commentaire

  • Le 4 décembre à 12:05, par Bleitrach Danielle
  • En réponse à : Pour un bilan stratégique et une vraie base commune
  •  

    Je suis d’accord avec la manière dont Paul prend la question du congrès, sa proposition d’une base commune et l’insistance sur un bilan. l’idéal serait que nous arrivions à coincider avec la réalité du parti à savoir que nos positions sur ces questions sont majoritaires, comme la nécessité de mettre au centre du Congrès le parti et son rapport reconstruit à la lutte des classes.

     

    Au titre du bilan, il est clair que le Congrès de Martigues a tout fait pour placer le parti loin de ces lieux de la lutte des classes, en particulier les cellules d’entreprises.

  •  

Première intervention de Paul Barbazange au CN du 01-12-2017.

« Salaire, prix et profit » Utilisation des « Cahiers du progrès social »

 

par  Paul Barbazange
Vie politique | pdf |  
 
Dans la matinée une intervention d’un camarade portant pour partie sur la pauvreté m’a permis de réagir brièvement (nous n’avons alors pas plus d’une minute) sur la question des salaires et de la lutte pour un salaire suffisant.
 
J’ai relevé que le mot salaire ne revient que 3 fois dans l’ensemble des cinq "Cahiers du progrès social" et de plus, jamais comme le centre de l’affrontement capital-travail dans la société et surtout à l’entreprise. Salaires, mais aussi ensemble des revenus différés issus du travail.
 

Comment pouvoir agir tous sur la répartition des richesses ? Contre l’utilisation des paradis fiscaux, par exemple, sans rendre à ces luttes sur le salaire leur rôle central. Les communistes ont dans ce domaine un apport théorique et pratique fondamental. Il est encore temps de modifier notre démarche dans ce sens. J’ai terminé en rappelant le titre d’un grand classique par son contenu et sa facilité de lecture, son actualité : "Salaire, prix et profit" (K.Marx).

 

Paul Barbazange.

Voilà pourquoi j’ai choisi la bâtisseuse pour illustrer ma vision de l’URSS

 

02 Décembre 2017


Zabel: Les femmes, déplacer une grue. Tu es fou.


Secrétaire du Parti: Comment ça des femmes. Ce sont des serruriers, non.


Zabel: Oui.


Secrétaire du Parti: De bons serruriers.


Zabel: Les meilleurs. Mais –


Secrétaire du Parti: Oui?


Zabel: Mais. Des femmes. Monter une grue.


Secrétaire du Parti: Tu crois que la grue va se casser la tête à faire la différence entre homme et femme?

 

La comédie des femmes d’Heiner Muller, le grand dramaturge allemand dans la filiation de Bertolt Brecht

 

Outre le fait qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, en Bielorussie il restait un homme pour 7 femmes et que ce dialogue n’avait même plus lieu d’être…

1917-2017

100 ans après, certains faits oubliés de la Révolution russe

 


 
Il y a cent ans, les Bolcheviks, Lénine à leur tête, prenaient le pouvoir en Russie. Cette révolution populaire allait changer le cours du pays, et du monde, pour les décennies à venir. Le premier pouvoir ouvrier au monde était né, et il entendait marquer les esprits dès le début.

 

Les premiers décrets, approuvés par le Congrès des Soviets, ne tardaient pas à être promulgués. Le premier d’entre eux concernait la guerre qui faisait rage en Europe depuis 1914 ; par le décret sur la paix, la nouvelle Russie cessait les hostilités avec l’Allemagne. S’en suivaient les décrets distribuant la terre aux paysans, nationalisant les industries, et déclarant la « souveraineté des peuples de Russie ».

 

Il ne sera pas ici question de revenir sur toute l’Histoire de l’URSS, mais de se concentrer sur trois points, qui ont marqué l’histoire de l’URSS et qui sont trop souvent oubliés, à savoir que la révolution russe fut aussi une révolution féministe, que l’URSS a grandement contribué à la victoire sur le fascisme durant la seconde guerre mondiale, enfin qu’elle aura été d’une aide généreuse envers les mouvements de libération nationale et les pays progressistes.

 

I - Une révolution féministe

 

Cette révolution ouvrière et socialiste fut aussi à tout égard une révolution féministe, à une époque où l’inégalité entre hommes et femmes était monnaie courante. Le 8 mars 1921 Lénine décrétait, en hommage aux ouvrières de Saint-Pétersbourg, la journée internationale de la femme, mondialement célébrée aujourd’hui.

 

Mais le gouvernement soviétique, avec en son sein la première femme ministre : Alexandra Kollontai (Commissaire du peuple à la protection sociale), alla beaucoup plus loin dans les droits accordés à la gente féminine : droit de vote, droit au divorce, lutte contre l’analphabétisme qui touchait alors 80% des femmes. Le 16 septembre 1918 est crée le code de la famille, et le 18 novembre 1920 le décret qui autorise l’avortement est promulgué. Les congés maternité, ainsi que l’égalité salariale entre hommes et femmes sont également décrétés.

Alexandra Kollontaï, commissaire du peuple à la protection sociale

 

Des réformes qui, encore aujourd’hui, sont impensables dans certains pays prétendument plus avancés que la Russie soviétique.

 

II - L’URSS, vainqueur de la seconde guerre mondiale

 

Si aujourd’hui notre vision du monde, et de la seconde guerre mondiale a quelque peu changé, dans le mesure où nous considérons, en majorité, que ce sont les États-Unis qui ont le plus contribué à la défaite de l’Allemagne nazie, la perception des choses était différente à l’époque.

L’URSS a subi des pertes considérables, avec près de 26 millions de morts, le pays se place en effet en tête du classement des Nations ayant eu le plus de victimes. Stalingrad fut sans aucun doute le tournant de la Seconde guerre mondiale ; lorsqu’en 1943, après une résistance héroïque, les soviétiques parvenaient à défaire les armées à Allemande et à amorcer une contre attaque. Ce serait le point de départ de la chute du IIIème Reich et de la défaite d’Hitler.

 

L’armée rouge allait libérer une grande partie de l’Europe, et les forces nazies envoyées sur le front russe peuvent laisser présager l’issue de la guerre si l’URSS n’avait pas été la. Pour s’en rendre compte il suffit simplement de voir la difficulté qu’on connu les résistants et les troupes qui ont débarqué, et d’imaginer ensuite ce qu’il en aurait été avec des millions de soldats nazis en renforts sur le front ouest. Il ne s’agit donc pas de nier le rôle que d’autres armées ont pu avoir, notamment les troupes américaines, mais de réhabiliter celui de l’URSS qui se plaça en rempart du fascisme à l’image des autres Partis communistes.

 

Quelques années plus tôt, lorsqu’en 1936 éclatait la guerre d’Espagne opposant fascistes et républicains, c’était déjà l’URSS qui était venue au secours de la République espagnole. Face à la timidité des démocraties occidentales, la France et le Royaume-Uni notamment qui, au nom d’une prétendue neutralité, que personne ne respecta, n’intervinrent pas en Espagne, l’URSS elle envoya armes, chars, munitions et conseillers aux armées de la République. Les Brigades internationales furent créées à cette occasion, permettant à des milliers d’hommes et de femmes communistes, socialistes, républicains, démocrates des quatre coins du monde de venir combattre contre le fascisme.

Le gouvernement du Front populaire français, Léon Blum a sa tête, se décidera finalement à aider, discrètement, les combattants espagnols. Laissant passer armes et munitions, et ouvrant la frontière aux brigades internationales. Mais ce ne sera pas suffisant. Tandis que le camp démocrate regardait l’Espagne sombrer, les pays fascistes n’hésitèrent pas à envoyer troupes, armes, et avions en nombre. Franco sortait finalement vainqueur de la guerre d’Espagne, et allait s’en suivre, pour celle-ci, près de 40 ans de dictature.

 

L’URSS, malgré les hésitations du début du conflit, aura finalement été le seul pays a, réellement, venir en aide aux républicains, une aide insuffisante certes, mais qu’en aurait-il été si les démocraties en avaient fait de même ?

 

III - L’aide aux mouvements de libération nationale

 

Aussitôt la seconde guerre mondiale terminée, voilà qu’un autre conflit démarrait, plus subtil, plus idéologique, plus indirect aussi : la guerre froide. Camp occidental contre camp socialiste, l’OTAN contre le Pacte de Varsovie, les États-Unis et leur impérialisme contre l’URSS et son internationalisme. L’URSS allait, dans ces années d’après guerre, aider nombres de mouvements de libération nationale et de pays progressistes nouvellement souverains.

 

Mais revenons d’abord en arrière, lorsque éclate la Révolution russe, et que le pouvoir des Soviets est en place. Dès le départ, le caractère fondamentalement internationaliste de la Révolution socialiste est annoncé et confirmé par Lénine. Ce dernier avait très bien compris que la nouvelle Russie soviétique, qui deviendrait l’URSS en 1922, ne pouvait tenir face aux armées blanches et aux forces de la finance, sans le déclenchement d’autres révolutions en Europe.

Et les événements, dans les mois qui suivaient la Révolution russe, allaient en ce sens. En Allemagne d’abord, où Lénine plaçait une bonne partie de ces espoirs, une révolution éclatait menée par la Ligue Spartakiste de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg.

 

La révolte s’achevait dans le sang et les deux leaders étaient sauvagement assassinés après cet épisode révolutionnaire. En dépit de l’échec de la prise du pouvoir à Berlin, en Bavière, le 7 avril 1919, la République des conseils de Bavière était proclamée, elle ne durerait, elle aussi, que quelques semaines, écrasée par l’armée allemande le 3 mai 1919.

 

Un peu plus tôt, en Hongrie, le 21 mars 1919, la République des conseils de Hongrie était proclamée par Bela Kun. Sur le modèle de la nouvelle Russie, la République des soviets Hongrois allait se dresser face aux impérialistes pendant près de 143 jours, avant de finir écrasée, comme celle de Bavière, par les armées occidentales.

 

Après la seconde guerre mondiale, allaient se multiplier les guerres de décolonisation et de libération nationale. Des mouvements émergeaient dans le monde entier pour faire valoir le droit de chaque peuple à l’auto-détermination. En Amérique latine, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique l’aide soviétique fut précieuse. D’abord pour les mouvements, puis pour les pays progressistes et socialistes qui recevaient de l’URSS et du camp socialiste, armes, argent, matériels et conseillers.

 

Chaque mouvement socialiste, chaque nouveau pays progressiste, chaque guérilla marxiste était un moyen de plus de lutter contre l’impérialisme nord-américain qui, de son côté, n’hésitait pas à renverser, déjà, des pays progressistes et des gouvernements démocratiques. Le coup d’État chilien de 1973, où le général Pinochet, soutenu par la CIA renversa le pouvoir populaire et démocratique de Salvador Allende, restera, pour le peuple chilien, et la gauche internationale, un drame et une plaie à jamais ouverte.

 

L’aide soviétique sera bénéfique pour de nombreux pays : l’Égypte de Nasser, la Chine populaire, du moins durant les premières années, la Cuba socialiste, ou la Syrie baasiste bénéficieront des largesses soviétiques à l’instar de toute nation se dressant contre l’impérialisme.

 

Avec la chute du camp socialiste à la fin des années 80, c’est toute une croyance qui allait s’effondrer, c’est aussi une nouvelle période qui s’ouvrait, laissant l’impérialisme américain promouvoir son mode de vie, et sa vision politique et économique. Une ère unilatérale que certains pays, tels que la Chine et la Russie, voudraient aujourd’hui voir s’achever pour faire place à un monde multipolaire.

 

Tiré du site Révolution sociale

Paul est parti au paradis y défendre de nouveaux critères de gestion…

 

29 Novembre 2017

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Aujourd’hui ce sont les obsèques de Paul Boccara. Je veux retenir de lui ces séances du comité central où il intervenait avec la passion qu’on lui connait mais aussi le courage dont il savait faire preuve. Rien ne l’arrêtait. Il était un des rares à oser affronter Georges Marchais, en dehors de lui, d’Henri Martin et de moi nous n’étions pas nombreux à intervenir non pas pour contredire le secrétaire force de la nature, ça aurait été absurde, mais pour défendre notre point de vue.

 

L’histoire a prouvé que dire à Georges ce que nous pensions s’est avéré une marque de respect et d’affection, parce que celui-ci savait entendre et ne gardait pas rancune quand le débat était réellement franc et politique, que comme il le disait « il ne restait rien derrière la tête! ».

 

Combien de ceux qui l’ont flatté ne cherchaient qu’à le trahir hier comme aujourd’hui. Georges écoutait avec une grande attention. Je me souviens encore d’une des rares séances où j’ai présidé tandis que Paul s’obstinait et Georges lui demandait d’arrêter. Rien n’y faisait… J’ai toujours été une présidente de séance abominable, mais là j’ai été pire que jamais parce que je riais sous cape et je me sentais solidaire… Fréquemment j’étais à sa table au repas pour y poursuivre le débat en cours, il ne s’arrêtait jamais, il m’a fait relire le politique d’Aristote, sa curiosité était féconde pour lui et pour les autres… Il était d’origine séfarade, mais nous partagions une sorte de pilpoul passionné parce que, communistes, l’urgence était là et jamais il n’a failli quand tant désertaient… Il est mort comme il a vécu dans l’honneur d’être communiste.

 

Cette scène d’interpellation, je l’ai vu se renouveler à Cuba où j’avais emmené Paul, Remy Herrera pour les rencontres économiques présidées par Fidel. A la stupéfaction générale, il s’est dressé sans demander la parole et l’a prise en disant à la salle « vous l’Amérique du sud je vous ai appris l’économie! » et il a commencé une démonstration.

 

Fidel qui était un Hidalgo courtois, lui a dit « Cordoba, si tu as quelque chose à nous dire, nous t’écoutons! » Et effectivement il l’a écouté avec intérêt, lui a posé des questions.

 

Sur le côté il y avait une tribune dans laquelle se trouvait Raoul Castro et mon ami très cher Jorge Risquet. A la troisième intervention de Paul, toujours aussi incontrôlable, et dans son dialogue singulier avec Fidel, Risquet m’a crié: « fais le taire! » j’ai écarté les paumes en déclarant « que puis-je ?  » et L’atmosphère était si surchauffée que Risquet m’a crié « une femme peut tout si elle le désire »… Il y avait dans cette intelligence toujours aux aguets, une enfance jamais achevée… rien n’aurait pu endiguer cette vitalité…

 

Dans la logique de cette séance, nous avons terminé la journée dans un lieu pittoresque de la Havane, une ruelle entièrement peinte avec des thèmes de la Santeria, le vaudou cubain et dans laquelle des groupes de musiciens jouaient, Paul s’est mis à danser et il n’y avait pas moyen de l’arracher à la musique, à la Havane, il était chez lui… Il interpellait Fidel et toute l’Amérique latine, il était en proie aux rythmes de la Santeria, et aux percussions, il était la passion de penser, de danser, de vivre incarnée… Je l’ai regardé en disant à Rémy: c’est un fleuve tropical qui charrie une masse d’alluvions incontrôlés… C’est pour cela qu’en apprenant son décès, j’ai été incapable de l’imaginer sans vie et j’ai tout de suite pensé: il est au paradis pour y défendre de nouveaux critères de gestion. Mon camarade, n’oublie pas de demander la fin de l’enfer et de la damnation, mais je suis sûre que Fidel et Georges ont déjà œuvré en ce sens….

 

Je ne veux pas penser à ses théories, ses analyses que j’ai beaucoup travaillées et qui m’ont apporté, mais aussi à nos désaccords, enfin je préfère dire tout ce qui me restait de questions… Je veux seulement me souvenir de la vie qui l’animait et qui débordait de lui… Au comité central comme à la Havane…

 

Danielle Bleitrach

MARXOPHILES

 spécial congrès NIOUSES

On ne change pas une équipe qui perd !

 

Pierre Laurent chez Saint-Pierre :

 

 

 

Pierre Laurent chez Saint Pierre ; il a acieli (le contraire d’atterrir) en lvoulant rallumer les étoiles avec son briquet ; les étoiles, c’est loin, alors, il a fait une pose au Paradis, chez son Saint Patron.  – Toc, toc, !

 

- Qui est là ? – C’est moi, Pierrot, ton fiston de la Terre, je cherche un rêve pour ma Révolution.

 

- Méfie toi, mon petit, tu restes dans les nuages, et les étoiles, tu leur as fait peur, avec tes histoires de mise à feu ;

 

- Ce n’était pas méchant, c’était pour leur faire reprendre des couleurs.

 

- Tu peux raconter ça, sur la Terre, tu trouveras toujours des oreilles plaisantes ou complaisantes.

 

Pierre de la Terre veut être rassuré :

 

- Tu crois que je dois continuer plus haut ?

 

Le Saint lui conseille la sagesse :

 

- Non, occupe-toi plutôt de ce qui se passe en bas, à côté de chez toi.

 

- Prête moi ton GPS, je n’arrive pas à trouver quoi que ce soit. Un vrai brouillard, les usines sont invisibles.

 

- Parce que tes idées ne sont pas assez fortes pour le dissiper, le brouillard. Et en ce moment, personne ne t’y attend pour écouter tes fadaises, tes propos qui ne débouchent sur rien.

 

Soudain, Pierre Laurent est intrigué par un nuage qui n’arrête pas de grimper plus haut, arrivé de cents mètres au-dessous d’eux. Le Saint lui explique :

 

- C’est le Paradise Papers ; les dividendes s’accumulent tellement vite qu’il faut les empiler à toute vitesse. Des liasses grosses comme des gratte-ciels.

 

Saint-Pierre grimace et se gratte le derrière, il se penche :

 

- En voilà un autre, on l’avait oublié, le Panama Papers, il gratte très fort le ciel et moi par la même occasion, je vais me pousser un peu ; pauvre ciel on est envahi. Il faudra prendre un ticket pour la montée, désormais, sinon, je ne sais plus où je pourrais poser mes fesses sans me les faire endommager, ou même m’en faire pousser une troisième.

 

Pour entretenir la conversation, Pierre Laurent risqua un blasphème :

 

- Tu as de la chance, grand Saint du Paradis, tu ne risques pas d’être licencié.

 

- Ah, tu crois ? je ne suis pas dans le siège supérieur, je suis au pied du podium ; avant moi, tu as le Créateur, l’homme – d’ailleurs on ne sait pas si c’est un homme, ou un courant d’air, ou une décharge électrique – a créé des milliards d’étoiles, et plein d’autres trucs, c’est pour ses vieux jours, son épouse, la Marie qu’elle est vierge paraît-il – tout le monde se marre, ici, au Paradis – et en troisième, le fiston, qui a été cloué sur une croix avec les clous de son père, le charpentier, Joseph, de son petit nom.

 

Le Saint donna un leste tourniquet à son trousseau de clés et continua :

 

- Tu sais comment on t’appelle, ici, dans les nuages ?

 

- Je n’ai qu’un nom et pas de surnom.

 

- Détrompe –toi, on te nomme « Laurenbar », c’est venu à force de te voir détourner la tête quand tu passes devant la statue de la Déesse de la Propriété Capitaliste.

 

- J’ai un torticolis marxisto-léninisto- c’est trop ; dès que j’entends les mots « nationalisations », « propriété privée des usines et des banques », je pars en vrille. J’atterris dans les bras de Mélenchon.

 

- A propos de ce zigue, vous l’avez enfanté, toi et madame Buffet dans la crèche du Colonel

 

Fabien ; entre les bœufs et les ânes. Il vous tarabuste sacrément, le bougre ; vous traite d’un peu tous les noms pas sympas, ça n’a pas l’air de te troubler plus que ça. Tu aimes les coups, peut-être ? C’est vrai qu’avec tes raclées électorales, tu ne sens plus la douleur. Ca endort le ciboulot, tu ne rends même pas compte, que tu ne publies jamais ton bilan, ce qui est la moindre des choses dans toutes les associations. Comme les capitalistes, qui essaient de dissimuler leurs forfaits économiques et gestionnaires.

 

Le Piérrot de la Terre commençait à la toucher, la terre, un peu KO, un peu groggy, mais sans plus. Il chercha quand même à se dédouaner dans l’affaire Mélenchon :

 

- Notre fils spirituel nous donne beaucoup de soucis, effectivement, il s’agite dans tous les sens, en long et en large, prend le large avec son langage , part au loin sur la mer des idées, saugrenues et comme la mer, démontées, renversant tout sur son passage, sauf ce qui est essentiel, les banques et l’industrie, ne prononçant jamais le mot « nationalisation » ou « propriété privée capitaliste ».

 

Donc j’aime bien ça, moi Pierre Laurenbar, on ne va pas se démolir mutuellement ; le PCF, on finira bien par l’avoir, nom d’une pipe. J‘ai presque usé complètement ma gomme à l’effacer. Finir la besogne avec une annexion par la FI de Jean-Luc, j’en remonterais au Paradis de joie, et je rallumerais une étoile, si mon briquet n’est pas vide.

 

Saint Pierre admira le discours, sérieux, argumenté, et l’auteur tellement convaincu qu’il en transpirait, ce qui nécessitait un petit renfort d’énergie :

 

- Un doigt d’alcool ? ou deux ?

 

- Attends, j’ai pas fini : Jean-Luc, il a imaginé un super truc : fusionner la CSG et l’impôt sur le revenu, du coup, les entreprises ne paierons plus rien pour la protection sociale, les bouseux, ils n’auront plus que leurs yeux pour pleurer, ou voir double, puisqu’ils devront prendre des assurances complémentaires, en plus de leurs cotisations sur les salaires.

 

- Ca mérite un whisky sacerdotal, un nectar fabriqué dans nos vignes, tu connais ? les Vignes du Seigneur ?

 

Pierre Laurenbar commençait à trouver le lieu fort accueillant et envisageait une reconversion dans les parages, un petit nuage inoccupé, assez solide pour ne pas retomber sur terre. Comme un strapontin bien rémunéré au PGE, Parti de la Gauche Européenne, qui a remplacé la contradiction antagoniste entre le Capital et le Travail, par les contradictions entre les sexes, les générations, les cultures,…et l’environnement. C’est tellement sympa qu’il y a poussé Mélenchon, en prenant la place d’un élu PCF du sud-ouest.

 

- Tu n’aurais pas un petit boulot pour moi, par ici ?

 

- Si, aide comptable ; dénombrer toutes les insuffisances des gens de la politique,

 

- D’accord, j’en connais des tas, par qui je commence ?

 

- Par toi.

 

- Mais je n’ai rien fait !

 

- Justement, c’est ce qui t’es reproché. Mais je te préviens, je ne prends pas Mélenchon, il est capable de faire se bagarrer les nuages entre eux ! Et moi, je ne veux pas de bisbille avec mon patron, je tiens à ma place.

 

L’homme du briquet pour les étoiles préféra siffler la fin de la partie, avant de mettre le feu à la baraque par maladresse et déclencher l’arrivée des pompiers, avec leur nuage plein de flotte. Pierrot craignait d’arriver mouillé et demanda son billet de retour.

 

Encouragé par le Concierge du Paradis.

 

Arrivé sur terre, Jean Luc l’attendait, avec une sébile, subtilisée à un mendiant,  pour lui faire payer l’aller et retour, et participer à sa campagne présidentielle, comme pour la dernière, comme c’était gratuit, pourquoi se gêner (argent prêté par le PCF et jamais remboursé) ?

 

Marie-Georges Buffet les rejoignit, avec son mignon petit tablier de cuisine électorale sur le ventre,  pour continuer la tambouille. L’égalité femme-homme n’était pas obligatoire. La femme assure les tâches pas très propres, dans ces histoires louches.

 

On ne change pas une équipe qui perd, on vous dit ! Faut pas rêver, surtout pas de Rêv-olution ! Encore une astuce pour attraper qui veut se faire attraper ! Rêver qu’on agit, ça évite d’agir, alors rêvons beaucoup.

 

D’ailleurs, les salles de réunions seront désormais équipées de fauteuils à rêver, avec clochettes de réveil en cas de gros rêve, la bouche ouverte et le ronflement assorti, avec une recommandation : ne pas dépasser les trente-cinq décibels, limite fixée par la préfecture pour ne pas incommoder les voisins.

 

Poser des questions, en faisant semblant de croire que c’est audacieux, révolutionnaire ; interroger des membres d’un parti en leur demandant de définir un avenir alors qu’ils n’ont pas de passé, en raison d’une inertie consolidée par l’habitude du suivisme.

 

On leur demande d’enfoncer des portes ouvertes. De quel parti avons-nous besoin ?

 

Elle est bonne, celle-là ; c’est de quelles godasses as-tu besoin, des grandes, des petites, des qui ne te font pas mal aux pieds ?

 

Comme si tu ne le savais pas ; tu connais ta pointure ; tu connais ton parti, bon, tu peux dire on peut faire mieux, ou dire qu’on ne fout rien,

 

La peur de la peur

 

Il a été fondé pour renverser le capitalisme. Le dépasser ; mais sans savoir si c’est par la gauche ou par la droite.

 

Tu rêves de le remplacer, mais tu ne veux pas dire par quoi, parce qu’il a été décidé que les gens ont peur d’entendre ou de lire le mot « communisme », alors on a peur qu’ils aient peur.

 

Saint-Pierre, qui voit tout et entend aussi, s’appropria le « Questionnaire » pour en vérifier les données et en conclut :

 

- Tu te rends compte, Pierrot, ils ne savent plus avec quel Mélenchon s’associer ! Avec qui ? Avec qui ? geignent-ils. Le cri résonne dans le vide, et l’écho renvoi : Avec toi, Avec toi, quand on est un parti, on a de quoi répondre, non ? Mais un parti, tu n’en veux plus, surtout affublé du qualificatif « révolutionnaire ». « encore moins communiste ». C’est tellement archaïque , la révolution. Encore que le mot peut être utilisé pour y fourrer n’importe quoi. Calmons nous, écoutons les Sages. Et les actionnaires.

 

Saint Pierre continua :

 

- Ils. ne savent plus où ils habitent, ni pourquoi ils font ce qu’ils ne font pas ni s’ils ne font pas ce qu’il faut ne pas faire.

 

Le Pierre de la Terre lui répond :

 

- Ah, grand St Pierre, éclaire-nous de ta lumière ou de ton briquet magique. Rallume les étoiles et les réverbères. Que cette lumière nous permette de lire les fondamentaux, qui pour l’heure, restent à l’abri des regards, comme si la lumière pouvait les détruire. Papyrus d’aujourd’hui et sagesse du lendemain.

 

- Ecoute, Pierre de la Terre, pour poser toutes ces questions, c’est que les membres de ton Parti n’ont rien appris sous ton règne. Qu’ouis-je ? Rêvès-je ? Ou ne rêvès-je pas ? Que sais-je ou je savais-je ?

 

Ah, Monarque intouchable, collé à son trône avec la certitude de s’y maintenir, en repoussant les échéances des grandes décisions. Tu as caché les balais pour ne pas les subir. Dégringoler l’escalier du trône t’endommagerait les chevilles et les comptes de la Sécurité Sociale. Tu prépares ton congrès en posant les questions qui évitent de parler de la propriété capitaliste ; pas lui faire de mal, à la pauvre. Sinon, sur quoi pleurer et pleurnicher, si on supprime la cause ?

 

Les usines dégringolent les unes après les autres, un besoin urgent de mobilisation et tu repousses ton congrès à la st-Glinglin ! tu l’aimes bien Glinglin ? Les gens crèvent de toutes parts et tu demandes où ils sont, tu parles de quartiers, d’usines, tu parles, tu parles, quel beau parleur ! Et tu vas encore parler avec tes Etats Généraux de la misère, et ensuite des Etats Particuliers du Social, et peut-être des Etats de l’Etat ? Ne remonte pas au Paradis, je n’ouvrirai pas la porte, je me compromettrais et risquerais ma place. Les derniers nuages disponibles ont été réservés aux dirigeants de la CFDT. On en créera pas de nouveaux, il faut faire des économies. Ca coûte cher, la buée.

 

- J’ai pourtant cité Karl Marx,

 

- Oui, tu sais utiliser des mots,  de jolis mots, mais tu fais du surplace,

 

- Personne d’autres ne peut le faire aussi bien que moi. Mes adorateurs se sont habitués à s’incliner avec déférence, voire à s’agenouiller pour les plus attachés, on a prévu des tapis rembourrés pour les genoux.

 

- Quand l’urgence est telle, il est indigne de se contenter de chuchotements en catimini entre gens spécialistes des fauteuils sur les estrades. Et pas très glorieux de la part de ceux qui ne paraissent pas en être choqués.

 

Marie-Georges Buffet, on ne l’entend plus. Elle a rendu son tablier ?

 

Quelques lignes du  « Rallumons les étoiles », :

 

5 . un projet fondé sur l’humain

            ouvrons grand les vannes : « et vous, quels changements de société voulez-vous ? »

 

III. Un nouvel élan pour le Parti communiste français

            Pour mener à bien ces combats, il y a besoin d’un parti communiste déchaîné. !!!

 

…nous abordons la période qui s’ouvre avec un appétit d’ogre… nous n’avons pas peur de déclarer notre gourmandise.

            Le Parti communiste change, sans se renier…et il doit encore changer.

 

S’il s’était déchaîné, le PCF n’aurait pas obtenu 2%.

           

Il y avait pourtant de bonnes pistes à suivre, dans « Rallumer les étoiles » :

 

- C’est ce que nous nommons communisme : l’incessant mouvement démocratique d’appropriation citoyenne du monde…des nationalisations doivent être opérées dans plusieurs secteurs stratégiques et pour reconquérir la gestion de biens communs.

 

Nous voulons, sous de multiples formes, engager un grand mouvement d’appropriation sociale.

 

C’était timide, sans plus, mais même ces quelques propositions n’ont reçu aucun développement.

 

III- 2. Un parti d’émancipation, d’action et de rassemblement…

 

L’action, hélas …

 

Mickey l’Ange Pour Marxophilou

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