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PCF Vie et débats 2017

25 mars 2017

Le système capitaliste, le système de la misère organisée

« Lorsque, nous dit le texte, certain(e)s souhaitent monter des murs, refermer la porte de l’immigration, se replier sur soi, quand ce n’est pas un mépris de classe contre celles et ceux qui vivent dans les ghettos savamment construits ; alors un racisme avéré et/ou larvé progresse aussi rapidement que les violences policières ou le chômage inhérent au système qui amène en même temps nos collègues à des gestes désespérées. C’est une même matrice, le système capitaliste. Dans le système de la misère organisé(e), le revenu universel tel qu’il est proposé amène la société entière dans une impasse. Un cul-de-sac, cela ne constitue pas une solution pour les plus de 8 millions de privés d’emploi, ni pour les non relations sociales que cela implique... »

Reprenons le texte de Vincent...

Michel Peyret


Si nos mots pouvaient tout dire.

jeudi 16 mars 2017 
par  
Vincent D

La semaine dernière a été marqué par le suicide de deux personnes sur leur lieu de travail. Deux agents de la fonction publique, l’une travaillant dans un hôpital et l’autre dans à la SNCF, ont exprimé le plus grand désarroi et en sont arrivés à un geste désespéré et révoltant.

Au travail, combien d’entre nous souffrent d’amplitudes horaires gigantesques ? Combien de travailleuses et travailleurs dans le médico-social n’ont plus l’impression de réaliser des tâches d’accompagnement avec le soin nécessaire pour chaque personne mais font maintenant malheureusement partie d’une chaîne de production qui fonctionne à flux tendu. On en arrive a exprimer le temps consacré par personne à quelques minutes ?!

Elles et ils sont tellement dans cette situation que l’infirmière a mis fin a sa vie le jour même où partout en France les travailleurs(es) de ce secteur étaient en grève contre justement ce type de situation.

Au travail, combien d’entre nous ont des relations houleuses avec leur hiérarchie qui assure au mieux son rôle de rouage dans le système capitaliste ? Chaque échelon hiérarchique des grandes entreprises, ou services publics, garantissent trop souvent son rôle d’écraseur social des ouvrier(e)s, des employé(e)s qui se retrouvent désemparé(e)s et noyé(e)s dans un océan de tâches, de stress et finalement de mal vivre au travail.

Le cheminot était délégué syndical SUD à Saint Lazare, le contexte précisé dans le communiqué du syndicat ne laisse aucun doute sur la discrimination syndicale qu’il subissait. Cela renvoie aux centaines d’assignations devant la justice de tous les syndicalistes qui représentent pourtant des revendications légitimes. Le capitalisme ne veut plus se permettre que les travailleurs tentent d’échapper à la misère qu’il crée.

La semaine dernière une travailleuse et un travailleur ont été amené de par leurs conditions de travail à des gestes dramatique. Deux personnes de trop à rajouter à une liste écœurante.

Dans quelle planète vivent les personnes souhaitant représenter notre peuple, tout en représentant le capitalisme ?

Rapidement le constat est alarmant.

Untel se fait offrir des costards qui représentent la moitié d’un salaire annuel au smic, et par dessus le marché ne trouve rien à redire, untel ne se présente pas devant la justice, untel se sait pas remplir une feuille d’impôt, untel passe de temps à temps à l’assemblée nationale (17 semaines sur 40 lors des dix derniers mois).

> C’est à qui supprimera le plus de fonctionnaires,
> C’est à qui rejettera le plus d’immigré(e)s ou de personnes issues de l’immigration, 
> C’est à qui qui exclura le plus de travailleurs de l’emploi en les renvoyant vers un RSA amélioré,
> C’est à qui qui demandera de travailler encore plus que 70h par semaine.

Ces propositions sont d’ores et déjà une réalité pour un grande partie de travailleurs(es).

La suppression des fonctionnaires, est, on a pu catastrophiquement le re-noter la semaine dernière une réalité au sens propre du terme. La cruauté de l’organisation de nos services publics aujourd’hui fait qu’il n’y aurait plus besoin de voter des budgets supprimant les crédits de la fonction publique, ils attendent mais que les travailleurs mettent fin à leur jours. C’est une inhumanité sans nom. C’est une barbarie.

Lorsque certain(e)s souhaitent monter des murs, refermer la porte de l’immigration, se replier sur soi, quand ce n’est pas un mépris de classe contre celles et ceux qui vivent dans les ghettos savamment construits ; alors un racisme avéré et/ou larvé progresse aussi rapidement que les violences policières ou le chômage inhérent au système qui amène en même temps nos collègues à des gestes désespérées.

C’est une même matrice, le système capitaliste.

Dans le système de la misère organisé(e), le revenu universel tel qu’il est proposé amène la société entière dans une impasse. Un cul-de-sac, cela ne constitue pas une solution pour les plus de 8 millions de privés d’emploi, ni pour les non relations sociales que cela implique : non relations entre personnes tout simplement, non cotisations sociales dans un système solidaire et non système de production dans notre pays. Si l’on voulait exclure tout un pan de la population qu’on s’y prendrait pas autrement.

Ce mal vivre au travail ne peut que déborder sur toute notre vie.

>>>Quand celui-ci occupe l’essentiel de nos journées.
>>>Que cela permette de subvenir à nos besoins.
>>>Quand on compte une personne active sur sept privé(e) d’emploi.
>>>Quand on vend notre force de travail sur un marché similaire à celui de bestiaux au nom de la liberté économique.
>>>Quand loi travail rime avec suppression d’emploi.
>>>Quand du jour au lendemain on peut basculer dans le cauchemar parce que l’ employeur est parti avec les machines.

Alors l’ensemble de nos vies devient précaire, comme nos insomnies, nos relations sociales, nos logements, bref TOUTE notre vie est affectée, dans tous ces aspects.

Le capitalisme nous méprise. Les personnes qui font fonctionner ce système inhumain, et redoublant d’intelligence dans cette atrocité, sont dans un monde parallèle.

Dans notre monde, nous nous serrons les coudes quand l’emploi vient à manquer, parce que nous savons bien que le travail lui existe. Et nous souhaitons que le salaire soit socialisé.

Dans notre monde on s’organise collectivement pour lutter quand les patrons prennent des décisions injustes, ce sont toutes les manifestations qu’il y a eu toute la semaine dernière du 6 au 13 mars, on peut d’ailleurs difficilement les énumérer et cela continue le 21 mars à l’appel interprofessionnel de la seule CGT au niveau national.

Dans notre monde on passe dire bonjour aux collègues, savoir si cela ce passe bien, comment s’organise le travail, et voir même si l’on peut faire quelque chose pour changer la situation. On se saisit de l’outil syndical, pour qu’il soit notre propriété de travailleurs(es), de jeunes, où chacun « compte pour un ».

Dans notre monde on prend nos outils, on cherche ensemble le marteau et la faucille.

Dans notre monde on se bat, le drapeau rouge flottant, le poing levé toujours plus haut, l’autre main proposée à l’autre, la voix haute pour crier face à l’inhumanité du capitalisme.

Loin des fausses querelles électorales, avec nos compagnons souffrants, mais qui ne baissent pas les bras, nous entendons reconstruire un espoir du tous ensemble pour redonner aux luttes et à l’espoir, un débouché politique , que nous appelons notre COMMUNISME de ce millénaire.

Cela passe par une société collective, on construit la solidarité et nous faisons vivre la fraternité.

Posté par Michel Peyret

Mon intervention pour la clôture du festival « Les utopistes debout ! » 2017

 

PUBLIÉ LE 

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Carte d’identité

 

29 ans -12 ans de carte au PCF, avant cela responsable départemental de la JC - Membre de la direction départementale du PCF dans le Pas-de-Calais - Maire-adjoint en charge de la culture à Avion - Vice-Président de "Droit de Cité" - Porteur des assises de la culture et de l'éducation populaire dans la région avec un collectif d'artistes, de programmateurs, d'élus, de syndicalistes ... - Amoureux de littérature, de poésie, de philosophie, d'histoire, de sociologie et de cinéma - Marxiste jusqu'au bout des ongles, engagé avec le réseau "Faire vivre et renforcer le PCF" - Un peu italien par ma mère, beaucoup citoyen du monde par mes valeurs - Ecris pour créer des ponts, éclairer, partager et parce que par dessus tout, j'aime ça.

 

 

Mesdames, messieurs,

Chers amis,

Je vous souhaite la bienvenue dans cette salle Aragon pour un temps fort comme nous en avons maintenant l’habitude dans ce lieu. C’est avec un immense bonheur que nous accueillons ce soir la création de la compagnie Vaguement compétitif, la Violence des riches inspiré par le best-seller sociologique des Pinçon-Charlot.

La violence des riches, jamais cette expression n’a eu autant de sens qu’en cette période ô combien troublée. J’ai lu il y a deux jours de cela dans le journal « La tribune » un papier qui nous apprend que la fortune de l’inénarrable Bernard Arnault a grimpé de 22 % en un an. Il se hisse ainsi à une modeste 11ème place mondiale sur l’échelle du luxe et de l’indécence avec une fortune qui s’élève à 41,5 milliards de dollars. Il passe ainsi devant mamie Liliane, qui faisait souvenez-vous des gros chèques à Sarkozy et Woerth, qui descend elle à la 14ème place avec un patrimoine estimé à 39,5 milliards de dollars. Les 39 milliardaires français affichent donc une fortune cumulée de 245 milliards de dollars. Un record absolu !

Pendant ce temps-là, le père la rigueur de cette élection présidentielle, le châtelain austère François Fillon joue sur la peur avec un dogmatisme fou. Le voilà incarnation d’un Harpagon sans l’humour criant non pas « ma cassette, ma cassette » mais « la dette, la dette ». La connivence de classe comme l’explique à merveille d’ailleurs le couple Pinçon-Charlot prend tout son sens avec ce personnage, tout comme il le prend avec la version plus light et télévangéliste labellisée « En marche ! ». Il faudrait que tous nous consentions encore un peu plus à faire des efforts comme ils disent pendant que certains accumulent de manière totalement immorale les milliards, en en cachant par ailleurs une bonne partie, avec une ingéniosité folle, dans des paradis fiscaux pour ainsi échapper à l’impôt.

Comment, dans ce contexte, blâmer le concitoyen désespéré, en colère, sombrant dans le trop facile certes, mais si tragiquement réel, tous pourris. Oui quelque chose est pourri au royaume de la politique. La politique pourtant, nous avons appris à l’aimer grâce aux philosophes grecs, grâce à Rousseau et aux lumières qui ont jailli de l’obscurantiste absolutisme, grâce à Robespierre et Saint-Just, aux communards, et à toutes celles et tous ceux qui ont donné leurs vies et leurs sangs, leurs cœurs et leurs esprits, à la grande aventure humaine du bonheur partagé.

S’il y a une leçon à tirer de tout cela je crois, c’est que ce bonheur partagé n’a jamais été et n’ira jamais de soi. Le bonheur commun et partagé est toujours le résultat d’une lutte acharnée, d’une lutte incarnée par un peuple libre et souverain.

Je vous rassure ou peut-être pas, mais je ne ferai pas du Mélenchon appelant à la rescousse le génie de la Bastille. Je veux simplement partager avec vous ma conviction de modeste élu local passionné par son mandat à la culture. La lutte ne précède jamais l’éveil. Le goût du combat et de l’émancipation est le résultat d’un processus tant collectif qu’individuel. Et c’est là où nos lieux culturels, nos pratiques, nos combats pour aller arracher de nouveaux publics sont cruciaux. C’est là où le courage de compagnies pour créer et mettre en scène des spectacles engagés, et par définition, dans une époque du tout consommable, difficile à défendre est précieux.

Le festival Les Utopistes debout est le fruit de cette réflexion, de ce désir partagé entre un lieu et son équipe et des acteurs du monde culturel décidés à ne pas lâcher sur les contenus, à ne pas brader cette si noble mission de la culture : déranger, dénoncer, lutter, éveiller.

Alors je remercie la compagnie Vaguement compétitif, la délicieuse et brillante Anne Conti, l’équipe du théâtre d’octobre ou encore Didier Super qui, dans son style unique, nous a fait l’honneur d’ouvrir cette nouvelle édition.

Je remercie également les partenaires qui se sont greffés malgré l’urgence au projet. Les amis de Colère du présent, de Droit de Cité, d’Attac, du LAG, d’Amnesty International, du MRAP ou encore de ATD Quart monde.

Ainsi l’auteur Denis Lachaud a pu venir présenter son dernier ouvrage à la médiathèque à l’initiative de Colère du présent, et des stands ont pu être dressés ce soir dans le hall. Nous nous sommes promis et engagés à travailler en amont l’édition 2018 ensemble et d’ailleurs d’autres partenaires encore vont nous rejoindre. Les villes de Méricourt et sans doute de Sallaumines ou encore Culture Commune. Bref nous sommes en train de faire des petits et de créer une synergie positive sur un territoire qui en a cruellement besoin. Si certains pensent que nous allons combattre le Front National sur ce territoire en créant une communauté urbaine, le réveil risque d’être pour eux terriblement douloureux.

N’est-ce pas avant toute chose d’espoir dont nous avons besoin ici ? N’est-ce pas de courage politique, intellectuel, culturel et de proximité dont nous avons besoin ? D’industrie, de services publics, de culture et non de tourisme à toutes les sauces ? Je le dis avec gravité, nos territoires méritent mieux que la soupe indigeste du moment et le courage-fuyons de trop nombreux élus enfermés dans les logiques électorales mortifères. Nous serons quelques uns, plus nombreux qu’on ne le pense parfois, à y veiller.

Je voulais, pour ne pas être trop long et pour terminer mon propos sur une petite pépite d’une récente lecture littéraire, vous livrer une réflexion de Roland Barthes, que j’aime beaucoup au-delà ses contradictions, sur le théâtre de Brecht mais plus globalement sur le rôle du théâtre en général. Il écrivait ceci dans Essais critiques publié en 1964 : « Quoi qu’on décide finalement sur Brecht, il faut du moins marquer l’accord de sa pensée avec les grands thèmes progressistes de notre époque : à savoir que les maux des hommes sont entre les mains des hommes eux-mêmes, c’est-à-dire que le monde est maniable; que l’art peut et doit intervenir dans l’histoire; qu’il doit aujourd’hui concourir aux mêmes tâches que les sciences, dont il est solidaire; qu’il nous faut désormais un art de l’explication, et non plus seulement un art de l’expression; que le théâtre doit aider résolument l’histoire en en dévoilant le procès; que les techniques de la scène sont elles-mêmes engagées; qu’enfin, il n’y a pas une « essence » de l’art éternel, mais que chaque société doit inventer l’art qui l’accouchera au mieux de sa propre délivrance ».

Voilà qui résume, je crois, ce que nous nous apprêtons à vivre et partager ce soir, ce que nous avons vécu durant tout un mois dans ce lieu au travers de notre festival, et que nous continuerons à défendre et à bâtir dans les semaines, les mois et les années à venir. Sur ces quelques mots, je vous souhaite une excellente soirée. Vive le théâtre engagé, Vive la culture, Vive les utopistes debout !

G.S

N° 130 : Le grand Gramsci : Un projet alternatif de gauche à imaginer

Revenir à Gramsci, revisiter les sources du mouvement révolutionnaire, redécouvrir l'internationalisme, relancer la lutte anti-impérialiste, reconstruire la stratégie d'hégémonie culturelle des prolétaires, des salariés, de ceux qui ne sont plus propriétaires que de leurs dettes, voilà une question qui va aux sources de l'effondrement de ce qu'on appelle la gauche, passée avec armes et bagages dans le camp des bobos, des « minorités » et des classes moyennes effarouchées par leur déclassement social en cours, oubliant en route l'immense majorité. Question qui explique pourquoi c'est « à droite toute » qu'on trouve aujourd'hui ceux qui parlent au nom des mécontents, car là on sait utiliser les mots que ladite gauche de notables, de « jaunes », de nouveaux « aristocrates ouvriers », de « crétins parlementaires » récurrents, de « pouvoirs personnels », de « coup d'état permanent », pour reprendre des concepts ancrés dans le mouvement ouvrier, a cessé d'utiliser.A l'heure où le capitalisme a créé un système-monde global violant les nations, à l'heure où les avoirs d'une majorité de l'humanité sont concentrés dans de grandes banques collectivistes supranationales privatisant les profits et socialisant les pertes au profit des happy few. A l'heure où une masse de citoyens s'engage dans des activités bénévoles diverses, économiques, sociales, culturelles, humanitaires, sanitaires, etc., sans lesquelles l'ordre social actuel s'effondrerait sous les coups de ses propres incohérences et de ses déséquilibres intenables. A l'heure donc où l'on perçoit que les fondements du « communisme » sont de fait déjà réalisés par la bourgeoisie elle-même, qui continue toutefois à se réserver l'usage égoïste de sa gestion et des bénéfices qu'elle en sous-tire. Plus que jamais donc, les conditions semblent réunies pour dépasser à la fois une droite essouflée et une gauche couchée. Comment faire pour que les peuples prennent en main tout ce qui a déjà été concentré, collectivisé dans les faits, et ce est en passe de l'être ? A l'échelon national et international. Comment faire savoir que le roi est nu et qu'on peut « se lancer à l'assaut du ciel » ?

 

La Rédaction


Le grand Gramsci : un projet alternatif de gauche à imaginer1

 

Mars 2017

Dayan Jayatilleka *, Jean-Pierre Page *

Dans la construction d’un nouvel imaginaire public, comme dans toute autre forme d’activité humaine, vous êtes pris entre deux réalités : vous devez rebrousser chemin jusqu’au point où vous vous êtes trompés, mais vous ne pouvez pas rentrer chez vous.

Une absence d'imaginaire à gauche et au centre-gauche

La crise politique actuelle nécessite de donner des réponses aux réalités de notre temps, l’ordre mondial actuel à la fois dans ses dimensions politiques et économiques, que certains marxistes pourraient définir comme l’impérialisme néolibéral. « Notre temps » ici se réfère à l’histoire du monde après la chute du système socialiste mondial. A gauche comme au centre-gauche progressiste, il y a une absence d’imaginaire public global. Ou plutôt, il n’est plus « global ». Ce que nous avons, ce sont des blocs d’opinions concurrents, chacun contenant des éléments légitimes et justifiables. Mais ces blocs d’opinion concurrents et intérieurement contradictoires s’entrechoquent et se confondent, pour former des ensembles complexes, hétérodoxes et fluides sans précédent.

Entretemps, au tournant du siècle et du millénaire, le progressisme s’est identifié au libéralisme et le libéralisme au statu quo néolibéral. Ce que nous ne savions pas vu de l’extérieur, c’est que, dépourvu d’une alternative viable et progressiste, l’ordre mondial néolibéral était en train d’engendrer un nouveau fondamentalisme dans ce que José Marti a appelé « le ventre de la bête ». Une étrange mutation s’est produite qui a vu des positions jadis antinomiques commencer à fusionner. Ceux d’entre nous qui vivions dans tiers monde ou dans le second monde avons assisté à une fusion des droits de l’homme et de l’interventionnisme militaire, entraînant la dévastation d’États et de sociétés. Les options politiques que nous avons appuyées en Occident, celles de Clinton et de Blair, sont devenues un cauchemar grotesque. Et bientôt nous avons été pris entre deux cauchemars : l’interventionnisme occidental (néo)-libéral d’une part, et de l’autre, le Frankenstein qu’il a engendré, à savoir le terrorisme islamiste radical - une version religieuse des Khmers rouges de Pol Pot, qui a elle-aussi muté en une force radicale du mal faisant suite à un interventionnisme erroné de l’Occident.

Si les deux camps en présence, droite et gauche, ont des éléments de légitimité, est-il possible de les rapprocher ? Peut-être, mais quelque part au cours de ce processus, peut-être en réaction au réductionnisme de classe, les mouvements politiques de gauche en Occident ont oublié la question de classe et l’ont remplacée par celle de l’identité et du genre. La droite l’a donc récupérée. La gauche a également oublié la nation et le patriotisme - et la droite les ont également récupérés. Cependant, si vous vous trouviez dans le tiers ou le second monde, vous constatez que ces mêmes principes ont été récupérés par la droite religieuse radicale.

Nous, à gauche, nous étions habitués aux nouveaux mandarins démocratiques - les « meilleurs et les plus brillants » qui nous ont entraînés dans la guerre au Vietnam - et nous avons connu des administrations républicaines qui ont réalisé des progrès diplomatiques en direction de la Russie et de la Chine. Nous avons donc assisté à des virages politiques inattendus, mais je n’ai jamais imaginé que la russophobie deviendrait un jour un des marqueurs de la gauche libérale aux États-Unis. Par comparaison, dans le tiers monde et le second monde, beaucoup comprennent à gauche la logique qui se trouve derrière la récente politique russe d'affirmation de sa présence. Nous avons été témoins de l’expansion de l’OTAN jusqu'aux frontières de la Russie, d'un coup d’État en Ukraine et de la tentative de faire en Syrie ce qui avait été fait en Irak et en Libye, et nous sommes heureux que Poutine ai commencé à repousser ces offensives, en réintroduisant un certain équilibre global opposé à l'impunité unipolaire. Mais aurait-on pu imaginer que la gauche américaine allait accuser un jour une administration de droite de faire preuve de « mollesse » envers la Russie et la Syrie ?

Avec tous les discours sur le fascisme qu’on entend partout, peut-être que nous devrions revisiter le phénomène dans son contexte. Le fascisme allemand a pu prendre le dessus non seulement à cause de la fameuse scission de la gauche, mais aussi parce que la pusillanime République de Weimar n’a pas répondu à la fierté nationale qui avait été blessée par les iniquités du traité de Versailles. Il y avait quelque chose qui clochait dans l’ordre mondial de cette époque, tout comme dans l’ordre mondial libéral présent. Même si cela ne justifie pas l’option nazie, cela ne signifie pas pour autant que tout défi de droite à l’ordre mondial libéral est fasciste. Cela ne signifie pas non plus que l’ordre mondial libéral ne doit pas être contesté. C’est l’échec des progressistes contemporains à l'Ouest à le contester qui a ouvert la voie au Brexit et ensuite à l’élection de Trump.

Une gauche soumise à des élites incapables de saisir l'angoisse des classes laborieuses

Le premier grand échec récent de la gauche fut : l’absence d’un sentiment de crise - de la réalité de la crise. Quelque chose va désespérément mal lorsque les milieux dirigeant de la gauche sont incapables de saisir l’angoisse (Angst) des ouvriers, des classes laborieuses directement productives. Il y avait un tiers monde au sein du premier monde et il n’était pas uniquement composé de gens de couleur, beaucoup étaient à la fois pauvres et blancs. La gauche progressiste aux États-Unis était trop engagée à défendre la « révolution » Obama, pourtant les erreurs ont commencé dès le début de sa présidence qui a vu le renflouement des banques à la place d’un New Deal rooseveltien et qui s’est terminée par un abandon de l’héritage d'Obama et un retour au patrimoine clintonien ayant resurgi avec sa candidature. Les progressistes étaient trop éloignés du Bobby Kennedy de la campagne 1968, trop en phase avec Hillary et trop peu avec les cols bleus de Bruce Springsteen.

Le deuxième échec majeur des progressistes contemporains et de la gauche, qui doit être abordé pour construire un nouvel imaginaire public, ce sont les inévitables questions portant sur la nation, le nationalisme et le patriotisme. En situation de souffrance dans sa prison fasciste, Antonio Gramsci s’est attelé à comprendre ce qui avait mal tourné à son époque et ce qu’il fallait faire pour y remédier. Nos contemporains de gauche ont appris beaucoup de ce qu’il a écrit sur l’hégémonie et la culture, mais ils ont ignoré un de ses thèmes les plus importants, celui de la nation, de la construction de la nation et de l’édification de l’État. Lui avait compris que la gauche avait abandonné ces tâches et il a alors soutenu l'idée que la gauche devait repartir à partir de Machiavel, en sachant aborder la question de la nation et de la construction d’un Etat. Indiscutablement internationaliste, il a notamment critiqué le « cosmopolitisme » comme une doctrine entravant la tâche de construction nationale.

Il n’est pas tout à fait illégitime que, dans de nombreuses parties du monde, pour la droite comme pour la gauche, Poutine soit devenu un héros, et presque un modèle, tout comme de Gaulle et le gaullisme l’étaient en leur temps. En Asie, Duterte surprend et est admiré, comme Erdogan dans son propre pays. Partout, le populisme nationaliste, même s’il ne jouit pas d’une majorité arithmétique, semble incarner la volonté générale rousseauiste. C’est un symptôme qui ne peut être ignoré.

La gauche contemporaine a abandonné Gramsci et a préféré adopter le cosmopolitisme - et elle en a payé le prix. Comme tous les révolutionnaires sérieux, de Mao et Ho Chi Minh à Fidel Castro et Amilcar Cabral, Gramsci a combiné classe, masse et nation dans un bloc, un bloc « majoritaire » au sens le plus strict de ce terme, et non une collocation de minorités.

Un projet néo-progressiste pour s'attaquer au néo-libéralisme

Un projet néo-progressiste doit pouvoir s'attaquer à la crise du néolibéralisme, en apprenant de la gauche latino-américaine à rejeter l’interventionnisme libéral-« humanitaire » hégémonique qui détruit la souveraineté nationale/étatique dans le Sud global (Global South), à lutter à la fois contre le terrorisme et les conditions qui le créent, tout en évitant le nationalisme de droite mais aussi tout en refusant de concéder la nation et le patriotisme à la droite. Ce projet doit retourner à Gramsci pour permettre de redécouvrir et de se réapproprier la nation, de ré-imaginer un « peuple-nation » et de construire un bloc « populaire national ». Des intellectuels comme Eric Hobsbawm et Stuart Hall ont diligemment puisé dans la pensée d’Antonio Gramsci pour déballer le populisme autoritaire de Margaret Thatcher et sa récupération du nationalisme. Ils ont prescrit l’application du concept gramscien de « populaire national ». Pendant ce temps là, aux États-Unis, un espèce de « néo-gramscisme version light », consciente ou inconsciente, a contribué à faire évoluer le Parti démocrate vers sa culture clintonienne victorieuse des années 1990. Sa force provenait du fait qu’elle avait défini une nouvelle stratégie, mais sa faiblesse résidait dans le fait qu’elle n’avait pas défini de nouvel imaginaire public.

L’imaginaire public néo-progressiste doit se fonder sur une perspective morale et éthique. Une éthique de la violence – c’est-à-dire de son usage correct2 – en constitue un élément central. Elle doit reconnaître que chaque fois que la violence est utilisée sciemment contre des innocents, contre des civils non armés, que ce soit par des États ou des mouvements, cela constitue du terrorisme et doit donc être combattu comme tel. Le terrorisme ne peut être déployé, toléré ou ignoré, même lorsqu’il est dirigé contre une entité envers qui nous sommes hostiles. Mais l’éthique progressiste trouve une application plus large. Si quelqu’un révèle une vérité, déclare ce qui est juste, sans causer aucun mal à un innocent, il ou elle doit être applaudi et défendu à cette occasion - que ce soit Assange, Snowden ...ou Trump (« vous pensez que notre pays est si innocent ?3 »). C’est la seule façon pour la gauche progressiste de consolider l’hégémonie morale, éthique et intellectuelle dont parle Gramsci.

Ainsi, les néo-progressistes doivent chercher à occuper la « Sierra Maestra morale » (comme je l’ai surnommée ailleurs), occuper les hauteurs morales, et être capable de saisir sans interruption les réalités de la politique et du pouvoir. Il s’agit d’une dialectique difficile, mais pour ceux d’entre nous qui habitons le Sud global, Fidel Castro a montré à quoi la synthèse nietzschéenne d’un « César ayant l’âme du Christ » pouvait ressembler.

Addendum de l’auteur à la version anglaise :

Comme dans l’ironie de l’histoire, telle qu’elle fut identifiée par Engels (et popularisée par la suite par Isaac Deutscher), la gauche qui a oublié la nation - et ce non pas de manière accidentelle - a également oublié l’internationalisme, en lui substituant un mondialisme indifférencié. Avec des variations lorsque l’accent était mis sur le national ou l’international, en lien avec l’abandon d’une dialectique sous-estimée de l’interrelation.

Ce qui est le plus douloureusement évident est arrivé dans le pays béni par l'héritage gramscien, l'Italie, là où les excuses pour cette énorme erreur théorique et stratégique sont les moins défendables. Achille Ochetto avait la formation théorique nécessaire pour poser l'interrogation critique de l'héritage des deux courants de la gauche italienne – celui de l'eurocommunisme de Berlinguer et celui du courant révolutionnaire de l'été chaud 1969, des brigades rouges, etc. A la place, nous avons assisté au choix de l'option « liquidatrice », et la coalition de l'Olivier a adopté sans aucune critique le projet européen. Puis, on a eu un retour de l'espoir avecRifundazione communista, pour finalement découvrir que elle aussi s'était convertie à la doctrine otanesque et à la participation militaire de l'Italie dans des guerres extérieures suspectes.La déviation otanesque de Rifundazione a constitué l'avant-garde de la défection de Syriza en faveur du bloc stabilisateur de l'UE malgré la volonté du peuple grec démontré lors du référendum de 2015. Samir Amin aimait citer la remarque ironique de Staline de 1915 déclarant que « l'émir d'Afghanistan est plus progressiste que le Parti travailliste britannique ». Cette ironie a aujourd'hui été éclipsée par le fait que le Parti conservateur britannique dirigé par Theresa May respecte mieux le verdict du peuple émis par référendum que Syriza en Grèce !En dépit de toutes les critiques qu'on peut lui porter, les deux volumes de Fernando Claudin nous ont apporté un modèle d'interrogation historique du mouvement communiste international dans l'Europe d'après guerre. Un tel modèle critique rigoureux n'a jamais été déployé par d'autres pour nous faire comprendre la période post-Vietnam (ardemment révolutionnaire) de l'histoire européenne contemporaine, englobant les expressions riches et diversifiées sur les plans politico-stratégiques, idéologiques et théoriques allant de Santiago Carillo à Otelo Saraiva Carvalho en passant par Alvaro Cunhal.C'est ainsi que le renversement par la gauche européenne des dictatures pour amener vers une voie nouvelle, progressiste, populaire débouchant sur une démocratie radicale/sociale a été oublié dans la course visant à embrasser la « troisième vague » Huntington-Toffler des révolutions libérales bourgeoises. Le moment des années 1970, qui n'a été ni célébré ni théorisé par la gauche – sauf dans le cas des dernières réflexions lumineuses et vite oubliées de Nicos Poulantzas – ont vite été dépassées par le moment 1989 et le modèle 1989-1991, de la Grande Chute.

La dernière chance sérieuse à cet égard se déroula probablement en France ; là exactement où Engels considérait que les luttes des classes furent menées à terme. L’« occasion » (et j’emploie ici le terme au sens où l’entendait Machiavel) fut la rupture courageuse, la rupture de principe de la gauche vis-à-vis du bombardement de la Serbie par l’OTAN ; une rupture identifiée de manière populaire par la figure de Jean-Pierre Chevènement. Ce fut alors l’occasion de redécouvrir et d’appliquer de façon créative les leçons du Front populaire. Ce dont on se souvient en Europe concernant le Front populaire est l’alliance des sociaux-démocrates et des communistes, y compris l’ensemble des polémiques concernant cette équation nationale : la redécouverte de la nation. Bannière de l’indépendance nationale et de la démocratie, le conseil final de Staline fait aux communistes en 1952, de saisir et de tenir haut les bannières de l'indépendance nationale et de la démocratie fut alors abandonné.

Ce qu’il aurait alors fallu tenter était une « aperatura » (comme le disait Berlinguer), « une ouverture » de la gauche anti-OTAN vers les aspects progressistes de l’héritage du gaullisme. Un néo-gaullisme de la gauche ; voire un gaullisme de gauche qui était alors possible en adoptant et en déplaçant vers la gauche la fameuse phrase d' « une certaine idée de la France », ainsi qu’un certain rôle centriste pour la France dans le monde ; un rôle et une vision d’autonomie et de multipolarité en contradiction avec l'hégémonisme atlantiste.

Les affiliations idéologiques entre proto-gaullisme et gauche du Front populaire remontent à Malraux. Et leur remaniement au XXIe siècle aurait nécessité non seulement de revisiter l’héritage de Sartre, mais aussi de rechercher une synthèse incluant Camus et Malraux. Au risque de paraître hérétique, les derniers écrits politico-stratégiques de Poulantzas, ainsi que l’étude de Regis Debray de 1977 sur le marxisme et la question nationale, ainsi que ses deux biographies contrastées de Mitterrand et de de Gaulle, dans lesquelle ce dernier apparaît comme ayant beaucoup plus de grandeur, ont fourni des points de départ pour ce projet que je considère comme ayant été manqué par la gauche française à cette occasion. Marine Le Pen en est le résultat.

 

L’histoire du Front populaire et de ses importantes adaptations en Asie a englobé à la fois le patriotisme et l’internationalisme, en démontrant que ces deux éléments étaient non seulement compatibles mais complémentaires. Au cours des dernières décennies, l’abandon de l’un mena à l’abandon de l’autre, voire l’accent unique mis sur l’un mena à l’obstruction de l’autre.

 

Conclusion

 

L'impérialisme coordonne toujours, toujours, ses activités non seulement au niveau militaire – mais aussi au niveau politique, à celui de ses politiques, au niveau de l'éducation et des échanges culturels. A tous les niveaux possibles. La plus grande erreur qu'a commis la gauche est son échec à se concentrer sur la construction de connexions réellement à long terme, continentales, transcontinentales et Sud-Sud. Cela veut dire avoir la force d'entrainement pour organiser au sein des groupes et mouvements de gauche « l'étape du changement de régime » - non seulement quand ils ne sont pas au pouvoir (Forum de Sao Paulo, Forum social mondial, etc.), quand il sont à « l'étape du mouvement » - comme l'a fait jusqu'à récemment de façon prépondérante la gauche en Amérique latine. Fidel a réalisé cela avec la Conférence de la Tricontinentale réunissant l'Asie et l'Afrique en 1966 et qui s'est concentrée sur la construction de relations et de solidarités entre les organisations de gauche et les délégations gouvernementales du Tiers monde.

 

Nous avons abandonné l'internationalisme. Je ne parle pas de « l'internationalisme organisationnel » ce qui est compréhensible. L'histoire des première et seconde Internationales sont après tout plutôt tristes. Je ne crois pas dans une nouvelle Internationale dans le sens orthodoxe organisé. Mais nous avons même abandonné l'internationalisme intellectuel ; l'internationalisme en tant que domaine des idées. Notre pensée n'est pas internationaliste. Nos perspectives ne sont plus internationalistes. C'est pour cela qu'il n'y a pas eu de convergences, de partage des expériences des luttes ; pas de mise en commun des analyses.

 

On se rappelle la façon dont l'impérialisme, probablement de façon intuitive, a répondu à sa profonde crise post-Vietnam (autour de 1975). Des entités comme la Commission Trilatérale ont lancé la contre-attaque. Des tentatives de coordination de ce type ont culminé avec les rencontres lors des sommets du G-7. Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'équivalents du côté de la révolution et du socialisme ; du côté de la gauche ? Pourquoi n'y a-t-il pas de rencontres de ce type ; pas de rencontres, pas de forums, pas même de journaux ou de publications pour mettre ensemble les expériences et les points de vue ? Ceci devrait constituer notre point de départ. C'est la réponse à la question léniniste : « Par où commencer? ». Un effort collectif pour revoir, évaluer et chercher ; des efforts devant rassembler les expériences et les analyses.

 

Pour découvrir une élaboration plus approfondie de ma perspective, voir en supplément à mon livre sur Fidel en note et aussi The Fall of Global Socialism: A Counter-Narrative from the South, Dayan Jayatilleka, Palgrave Macmillan, London, 2014.

Dayan Jayatilleka, *Ancien ambassadeur du Sri Lanka, écrivain, politologue, journaliste.

Traduction Jean-Pierre Page


Réponse de Jean-Pierre Page à l’article de Dayan Jayatileka paru dans GLOBAL-E, revue de l’Université de Californie-Santa-Barbara (USA)

Evidemment on ne se plaindra pas que l’on parle de Gramsci, il faut y revenir c’est une évidence, d’autant qu’il est terriblement actuel et qu’il serait préférable de ne pas lui faire dire ce qu’il n’a jamais dit. Il y aurait beaucoup de choses à commenter sur le propos de Dayan Jayatileka dans le rapport critique avec ce qui caractérise la situation réelle et celle de la "gauche" en quête d’alternative ! L’évocation qu’il fait de la période historique que nous vivons, a pour autant des limites. De mon point de vue, cette époque doit être contextualisée en mettant en évidence, combien était correcte et prémonitoire la pensée de Gramsci.


Je pense qu’il aurait pu parler beaucoup plus sur ce que Gramsci a dit sur l’hégémonie culturelle, sur le rapport des intellectuels au monde du travail, sur l’intellectuel organique, sur le bloc historique, en relation avec les enjeux qui découlent de la crise systémique du capitalisme dans toutes ses dimensions. Ces sujets sont au coeur du débat politique actuel singulièrement parmi ceux qui se réclament de la "gauche". On le voit d’ailleurs de manière remarquable avec les suites de l’élection de Trump, le Brexit, l’avenir de l’Union européenne, celle de l’euro, la confusion qui domine dans les pays de l’Europe de l’Est, les enjeux géopolitiques à travers la place inédite de la Russie et de la Chine dans les rapports de forces internationaux, enfin tout ce qui dorénavant est caractérisé de "populisme" sans trop savoir ce que cela veut dire, mais qui est devenu un concept commode pour mettre dans le même sac les charlatans de la politique avec ceux qui défendent l’esprit critique, rationnel, les anticapitalistes et anti-impérialistes conséquents...


Pour ma part l’alternative, ce n’est pas le devenir de la « gauche », les problèmes existentiels de celle-ci n’intéressent plus guère de monde, la messe est dite. Par contre ce qui importe, c’est la stratégie à mettre en oeuvre pour permettre la prise de pouvoir qui mettra à bas le capitalisme. C’est l’enjeu auquel l’humanité toute entière est confrontée. Il faut relire à ce sujet la contribution du Père Miguel d’Escotto en son temps Président de l’Assemblée Générale de l’ONU et que nous avions publié dans « La Pensée Libre ». C’est le sujet qui se pose partout et singulièrement dans les pays les plus développés, USA et Europe en tout premier lieu, mais aussi avec une certaine acuité dans les pays du Sud !

Or, ce qui fait défaut c’est la lutte de classes au coeur même du capitalisme, là ou se nouent les contradictions là où se concentrent tous les pouvoirs. En somme, nous en sommes convaincus, c’est une des questions à résoudre ! On ne s’en sortira pas avec des "jérémiades" et encore moins avec de bonnes intentions, mais en associant étroitement la critique et l’action, pas l’un sans l’autre. Nous n’en sommes pas là ! Comme le dit le milliardaire US Warren Buffet "la lutte de classes existe mais depuis 20 ans c’est nous qui la gagnons." C’est pourquoi, concernant la « gauche », on peut poser la question suivante : a-t-elle encore l’intention de la gagner (la lutte de classes) ? Si oui, elle doit s’y prendre comment ? Compte tenu de la faillite de toutes les "alternatives", pétitions morales et de principes que la "gauche" continue à défendre.


Par exemple, Gramsci a beaucoup écrit sur les causes et les moyens de l’hégémonie culturelle de la bourgeoisie ! Or, ou en sommes nous de l’analyse de classe et de la bataille contre les efforts démentiels mis en oeuvre aujourd’hui par l’establishment politico/mediatico/financier pour encadrer la pensée et détourner les masses de toute réflexion critique quant à la situation qui est la leur, voire jusqu’à leur interdire d’entendre et de lire autre chose, comme le démontre actuellement la campagne sur les "fake news."

Quelle confrontation permanente est menée contre "les chiens de garde", ces intellectuels qui se soumettent, capitulent et collaborent en s’employant à ré-écrire l’histoire passée ou à interpréter celle présente ? Une même pensée unique au service du mensonge, quand celui-ci est devenu dorénavant une manière de gouverner, avec une arrogance insupportable. Or la "gauche" fait le choix d’échanger, de partager, de s’associer en cherchant une illusoire respectabilité dans ces prétendues débats entre gens de bonne compagnie, dans une “consanguinité de classe." Dans la recherche d’une légitimité politique, il ne peut y avoir d’arrangements, de "compromis historiques", entre les forces de progrès et le conservatisme néolibéral. De l’avoir envisagé et mis en pratique a contribué à l’abdication de la gauche et aux échecs que nous savons. Ne faut-il pas en tirer les leçons une bonne fois pour toute !


On évoque la défense des revendications et des droits des travailleurs mais comment ne pas répliquer à ces campagnes pour intégrer socialement et idéologiquement travailleurs et syndicats sur le caractère indépassable du capitalisme, comme on l’a vu en France avec la réforme du code du travail et depuis ? Pourquoi évite-t-on de parler d’exploitation de l’homme par l’homme ? Gramsci affirmait que, sous le capitalisme moderne, la bourgeoisie peut maintenir son contrôle économique en laissant la société politique accorder un certain nombre de revendications aux syndicats et aux partis politiques de masse. Ces concessions sur des intérêts économiques immédiats ne sont en fait que des modifications des formes de son hégémonie. Cela n’est même plus nécessaire aujourd’hui puisque la bourgeoisie fait pour la première fois la proposition à travers la candidature Macron, de mettre un terme à la politisation des syndicats (entendons par là : la CGT et pourtant !!!). On attend la réaction des syndicats, de la "gauche" !


Par conséquent, un des problèmes auquel il faut faire face c’est l’abdication de la dite "gauche" quant à ses responsabilités à contribuer à éclairer les enjeux de classe, son refus de confronter radicalement la logique même du capital, c’est à dire le sacro-saint principe de la propriété, celui de convaincre que le problème au fond ce n’est pas tant l’orientation de la politique gouvernementale et ceux qui la conduisent qu’il faudrait changer mais le capitalisme qu’il faut défaire et vaincre, qu’il soit d’ailleurs géré par la droite ou la "gauche."


Je pense que depuis que la "gauche" a abandonné toute analyse de classe, celle-ci est devenue incapable de poser le problème de la lutte pour la prise du pouvoir en termes de stratégie révolutionnaire, elle s’est réfugiée dans la "combinazione" politicienne qui est réduite aux hommes (et femmes) providentiels, comme à la survie de leurs appareils/partis/syndicats qui participent comme le faisait remarquer Gramsci à l’ordre des choses, celui voulu par la bourgeoisie et donc le Capital. Que devient la misère matérielle, la maladie, le chômage, les guerres, etc. ? La référence à l’éthique, à une morale dont parle Dayan Jayatileka n’est-ce pas au fond, de l’idéalisme, n’est-ce pas là ce qui sert à justifier et à perpétuer les "valeurs morales" et socio-économiques de la bourgeoisie. Que devient l’exploitation des hommes et des peuples par le Capital ? Que disons nous quant à l’impunité dont s’arroge la bourgeoisie ? Ne se pare-t-elle pas d’habits qui ne sont au fond que des oripeaux ? Comme le remarquait Paul Nizan, le problème, c’est que la bourgeoisie comme classe "doit convaincre qu’elle agit pour le bien de l’humanité et elle doit faire en sorte de le croire elle même" (“Les chiens de garde”, Paul Nizan, 1932).


Gramsci insiste justement sur la relation entre les intellectuels et le peuple comme sur la nécessité pour eux et ensemble d’interpréter la conjoncture non de manière abstraite mais de manière concrète afin de transformer la conception et la vision de la société en un “ordre nouveau" des choses. Il dit « tous les hommes sont des intellectuels, mais tous n’ont pas la fonction d’intellectuels ».

C’est de mon point de vue la bataille d’idées essentielle qu’il faut mener si l’on veut qu’en s’emparant des masses, l’idée même de révolution devienne une force matérielle. Ce "bloc historique" comme concept stratégique à construire est nécessaire pour être l’instrument non pas d’un changement de gouvernement mais d’une prise de pouvoir révolutionnaire par les masses. Voila pourquoi il faut contribuer à ce que celles-ci reprennent l’offensive dans une perspective de transformation radicale de la société, ce qui pose la question du contenu des objectifs à atteindre et donc en premier lieu des causes réelles de la crise. N’idéalisons rien, comme on le voit les tentatives diverses et variées en Amérique latine que l’on évoque souvent et qui ne sont pas à l’abri des retournements !

Rien n’est permanent, de le croire entraine toujours des déconvenues, le mouvement ouvrier en a connu un certain nombre et non des moindres. Les bons sentiments à eux seuls s’accordent assez mal avec la lutte des classes. De le reconnaitre ne saurait justifier un quelconque pessimisme mais au contraire lucidité et confiance dans la force matérielle que représente nos convictions. N’est-ce pas Gramsci qui disait, citant Romain Rolland "il faut allier le pessimisme de l’intelligence a l’optimisme de la volonté" (“Cahiers de prison,” décembre 1929) ?

Dans la dernière partie de son exposé Dayan Jayatileka évoque l’impuissance de la “gauche” à se renouveler. Il suggère ainsi que la France serait le pays des ”occasions manquées” en invoquant la mémoire, la pensée et l’action d’une “constellation” d’hommes politiques et d’intellectuels éloignés les uns des autres, aux parcours variés et parfois controversés.

L’alternative pour la “gauche" serait-elle réduite à la seule réflexion de quelques-uns ou doit elle être en phase avec l’expérience concrète du plus grand nombre ? On ignore trop souvent les seconds, ils sont pourtant décisifs ! C’est sans doute pourquoi on ne débouche au final que sur des visions politiciennes et partisanes, qui conduisent à réduire la politique à des arrangements d’appareils, à l’illusion d’alliances incertaines, électorales et autres qui se brisent lorsqu’il faut assumer la responsabilités de choisir entre les intérêts du Capital et ceux du peuple. Gramsci a fait une critique sévère de cette façon de faire de la politique mais pourtant l’on persiste.

Nous vivons la fin d’une époque, il est urgent d’en tenir compte ! On le vérifie chaque jour à travers les mouvements sociaux et politiques qui se cherchent des débouchés et des perspectives, les contestations radicales qui animent la jeunesse, la critique forte des institutions et des élites, l’abstentionnisme massif dans les élections, la crise des représentations politiques et syndicales. On me rétorquera que tout cela est contradictoire ou encore, que « c’est compliqué » comme chaque fois que l’on ne peut expliquer une chose. J’ai la faiblesse de penser que les peuples consciemment ou confusément ou parfois les deux ont la forte envie de dire « Assez ! ». Et qu’ils sont déjà à la recherche d’une issue.

Certains diront c’est bien insuffisant ! Mais ne faut-il pas commencer par dire « Non » si l’on veut dire « Oui » à autre chose. On se souvient que le 15 juillet 1789, après la prise de la Bastille, Louis XVI demandait au duc de Liancourt si c’était une révolte, ce dernier lui répondit « non sire, c’est une révolution » ! Nous n’en sommes pas là ! Mais si ce n’est pas encore une « révolution », ne peut on dire que c’est déjà une « rébellion ». Faut-il prendre en compte cette réalité incontournable ou faut-il renouer, comme Dayan Jayatileka le suggère, avec la répétition de modèles ou encore avec l’interprétation hasardeuse de périodes révolues pour trouver des réponses à la fameuse question : “quelle alternative pour la gauche” ?

Dayan a raison lorsqu’il affirme qu’en France « la gauche a oublié la nation – et ce non pas de manière accidentelle – elle a également oublié l’internationalisme en y substituant un mondialisme indifférencié ». Il serait intéressant de savoir pourquoi ? A mon sens, les causes ne sont rien d’autre que l’impasse faite par cette « gauche » sur l’analyse critique des causes de la crise du système capitaliste, sur la signification des luttes des classes, en d’autres termes sur le sens et le contenu a donner à une stratégie anticapitaliste et anti-impérialiste. Or, la crise systémique impose un «contenu et des ambitions élevées », non d’en rabattre dans la recherche de l’éternel compromis « centriste de gauche » qu’Edgar Faure situait « au fond du couloir à droite. »

Il est un fait qu’en cédant sur le « contenu », en capitulant en rase campagne, en pratiquant l’exorcisme vis a vis de ce que furent « ses idées », « la gauche » a fait le choix de la globalisation comme horizon indépassable et le droit-de-l’hommisme comme pétition morale. Ce faisant et fort logiquement, elle a renoncé aux idées intangibles de souveraineté nationale. Un reniement aux principes au bénéfice de l’air du temps. Comme disait Fidel « on peut tout négocier, sauf les principes. »

Ces principes n’appartiennent pas à une minorité agissante mais au patrimoine du mouvement populaire dans son ensemble, ouvriers et intellectuels, pas l’un sans l’autre ! Comment construire le « bloc historique » dont parle Gramsci sans s’appuyer sur l’intervention consciente du monde du travail à tous les niveaux et en premier lieu là ou se noue les contradictions, c’est-à-dire sur le lieu de travail, et dans ceux où s’organise et se diffuse la pensée unique, c’est à dire l’hégémonie culturelle de la bourgeoisie ! « Les pensées de la classe dominante, sont aussi les idées dominantes de chaque époque » (Karl Marx- Friedrich Engels, l’idéologie allemande, 1845/46) ?

C’est pourquoi je voudrai rappeler à mon ami Dayan ce qui est la part du mouvement ouvrier français à l’idée de souveraineté populaire et donc de souveraineté nationale. Celle-ci s’est forgée dans les combats quotidiens contre le Capital, elle s’est construite dans la résistance à l’envahisseur et dans la solidarité de classe avec les luttes de libération nationale. La Commune de Paris ne fut elle pas l’exemple de « ceux qui montèrent à l’assaut du ciel ». Depuis la Révolution française et les Lumières, le patrimoine populaire s’est enrichi de l’idée de Nation. Celui-ci prend tout son sens parce que le peuple prend part à la bataille non plus pour un roi ou un tuteur colonial mais pour lui même, pour l’égalité, la liberté, la fraternité entre les peuples. Il n’est pas sans signification que l’idée de Nation s’imposa à Valmy en 1792 qui vit le peuple pieds nus résister victorieusement aux envahisseurs prussiens. Ce ne fut pas seulement la victoire de la République mais sa naissance. Celle de « ceux qui luttent et qui espèrent sous le signe du drapeau rouge et du drapeau tricolore » (Maurice Thorez, La lutte pour le pain, juin 1936). Jean Jaurès ne disait-il pas « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup y ramène » (Jean Jaures, « L’armée nouvelle »l’Humanité, 1915) et il ajoutait « que la nation est le seul bien des pauvres. » La défense du cadre national reste plus que jamais une idée fondamentalement progressiste et donc internationaliste.

Par conséquent, internationalisme et souveraineté populaire ne font qu’un et si nous revendiquons ce droit pour nous mêmes, alors nous nous devons de le reconnaître pour les autres peuples. C’est ensemble et avec eux que nous devons le défendre. La souveraineté n’est-elle pas au fond la véritable démocratie puisqu’il s’agit de décider en commun et sans ingérence extérieure de quel système économique social et politique l’on veut. Pour être cohérent l’internationalisme doit être orienté à travers le combat contre le Capital de son propre pays, et donc contre l’impérialisme.

Il est vrai que cette exigence se heurte au ralliement sans condition de ceux qui au sein de la « gauche » ont adhéré sans états d’ame à de nouveaux concepts inspirés par la bourgeoisie ! Ainsi à « transnationalisation » ou « impérialisme » on a préféré « globalisation », « mondialisation », « équité » a remplacé « égalité ». On parle dorénavant d’ « Etat de droit », de « bonne gouvernance » ou de « société civile » dans le but d’affaiblir l’Etat. De cette manière, on a progressivement rendu illusoire l’objectif de lutter efficacement contre le capitalisme. Cela explique par exemple l’impasse du mouvement altermondialiste qui s’est réfugié dans l’incantation et la référence à la soi-disant « société civile » au détriment de liens concrets et de lutte avec les travailleurs. On pourrait aussi parler de la fascination qu’exerce sur les syndicats l’institutionnalisation de la négociation. Il en va de même avec les problèmes sociétaux comme les droits de ceux que l’on appelle les minorités et qui dorénavant, comme on le voit aux USA, ont pris le pas sur les revendications sociales et les droits du plus grand nombre.

Cette prétention à incarner une alternative stratégique faite en réalité de fausses solutions, de programmes et de déclarations de « bonnes intentions » est toujours la cause de l’impasse dans tout projet de rupture avec le capital. En fait, « la gauche » est aujourd’hui passé du ralliement passif à un engagement actif sans nuances au service de la mise en œuvre du programme du capital. C’est là qu’il faut chercher les causes de nouveaux échecs comme ceux de Syriza en Grèce ou la faillite du gouvernement Hollande en France. Comment ensuite parler de crédibilité de « la gauche » !

Evidemment, on ne saurait se taire sur les responsabilités de cette situation pitoyable. Dayan se livre dans son propos à une sorte d’amalgame indistinct de ce qui compose la « gauche ». Elle se présenterait dorénavant comme un projet politique au goût et à l’apparence indéfinissable ? Un peu comme pour la « Cosa » le film de Nanni Moretti qui évoque la transformation et la liquidation du Parti communiste italien. Or, que reste-t-il de la « Cosa » en Italie ou de son équivalent français baptisé la « mutation » ? Poser la question c’est y répondre. A écouter certains, il ne resterait plus que la nostalgie pour se consoler ! Apres Charles Trenet faudrait il chanter « que reste-t-il de nos amours » ?

Le PC italien s’est transformé en Parti démocrate à l’américaine qu’il singe, par un « blairisme » Made in Italy. Le PC français paie le prix d’avoir renoncé au marxisme depuis de nombreuses années comme d’avoir abandonné les victimes de la crise au bénéfice de classes moyennes urbaines, éduquées, celles que l’on appelle les « bobos » ! Oublié le prestige passé de ses dirigeants ouvriers et de ses intellectuels de renom ! En persistant dans le « bourbier » dans lequel il se complait avec obstination, il espère dans un vain espoir sauver un appareil qui n’est plus que l’ombre de lui même. Comme on le voit à travers ces deux exemples, le résultat est d’avoir conduit le mouvement populaire dans une impasse et de n’offrir aujourd’hui aucune perspective à celui-ci. Comme le disait Lénine : « les faits sont les faits et les faits sont têtus » !

Faut-il revenir alors à d’anciens modèles pour en tirer des leçons « salutaires » ? Dayan évoque le Front populaire à travers des alliances politiques qui furent pourtant relatives et de circonstance. On connaît ce que furent leurs durées ! Par contre, ne faut-il pas mieux prendre en compte le mouvement de grèves et d’occupations d’usines sans précédent engageant des millions de travailleurs et qui contribua aux avancées sociales historiques qui sont encore aujourd’hui la mémoire du Mouvement populaire ? Ce n’est pas Léon Blum qui permit de gagner les congés payés, mais c’est la confrontation radicale avec le capital. Par contre, c’est à Léon Blum que l’on doit la « non intervention » en Espagne et la capitulation face au fascisme, au moment où les héroïques brigades internationales faisaient front. Le Parti socialiste avait soutenu la première guerre mondiale, en 1938, il signa et vota pour Münich puis pour les pleins pouvoirs à Pétain, faisant interdire le PCF et emprisonner ses parlementaires, puis nombre de ses dirigeants avant qu’ils ne soient fusillés. Ne faut-il pas se le rappeler !

Contrairement à ce qu’affirme Dayan, ce n’est pas la division entre communistes et sociaux-démocrates qui ouvrirent la voie au nazisme en Allemagne. C’est d’abord la grande bourgeoisie et les Konzerns qui craignaient la contagion de la révolution bolchevique au sein du monde du travail, puis c’est la République de Weimar dont ses dirigeants, les sociaux-démocrates Noske, Ebert, Pabst, firent assassiner Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht et anéantir le mouvement spartakiste, c’est-à-dire ceux-là mêmes qui étaient le rempart principal à Hitler.

Faudrait il ignorer encore dans quel camp se situa et se situe toujours une social-démocratie censée incarner la « gauche » en France ou ailleurs, sans évoquer la mise en oeuvre et son soutien empressé au plan Marshall, à la guerre froide, à la construction européenne, aux guerre coloniales et la féroce répression à Madagascar, au Cameroun, en Indochine, en Algérie, à l’OTAN et l’alignement atlantiste, “le drapeau de l’indépendance et de la souveraineté nationale jeté par dessus bord” (comme disait Staline au 19e congrès du PCUS en 1952), à la répression anti-ouvrière, à la trahison des engagements pris dont Mitterrand, Jospin et Hollande furent les fossoyeurs, aux guerres d’Irak, de Libye, de Syrie en passant par la Yougoslavie. A ce sujet, s'il est vrai que Chevènement en 2008 prononça des paroles fortes pour condamner la reconnaissance du Kosovo, on ne saurait oublier que le gouvernement Jospin participa au premier rang dans une guerre qui a conduit à l’éclatement et à la disparition de la Yougoslavie. C’était en 1999, Chevènement était alors Ministre de l’intérieur et, s’il démissionna en 2000, c’était pour le statut de la Corse pas pour celui de Belgrade. Rendons à César ce qui appartient à César- « Quae sunt Caesari Caesari ». Alors, dans ces conditions qu’on nous dise ce que veut dire « la gauche » ?

Il y a mieux a faire en revenant à Gramsci ! Le nouveau « bloc historique » implique une autre manière de faire de la politique au-delà de la traditionnelle conception parlementaire bourgeoise. Cela correspond précisément au besoin de nouvelles formes d’organisation au sens large que Gramsci donnait à cette vision. Dayan Jayatileka évoque avec raison Louis Althusser qui encourageait à s’adresser résolument aux masses populaires, à renouer avec la tradition vivante des luttes populaires.

Pour leur dire, qu’il leur sera nécessaire de s’organiser de manière autonome, sous des formes originales, dans les entreprises, les quartiers, les villages, autour des questions des conditions de travail et de vie, autour des questions de l’habitat, de l’école, de la santé, des transports, de l’environnement, etc., pour définir et défendre leurs revendications, d’abord pour préparer l’avènement de l’État révolutionnaire, ensuite pour le soutenir, le stimuler et le contraindre en même temps à « dépérir ». (Contribution au 22e congres du PCF, février 1976)

Il faut donc inventer de nouvelles formes de pouvoir politique, d’autogestion, de contrôle ouvrier. Lénine et Gramsci ont tous deux pensé qu’il ne pouvait pas y avoir de processus de transformation sans une vaste expérimentation sociale et politique, aussi bien avant qu’après la révolution

Nous sommes entrés dans une nouvelle époque où justice et barbarie, guerre ou paix seront les choix qui détermineront le futur de l’humanité, voilà sans doute pourquoi il s’agit de construire et de multiplier les réseaux, les contre-pouvoirs face aux institutions supranationales, aux institutions économiques et financières, aux puissances hégémoniques, pour imposer les rapports de force dont le mouvement populaire, les travailleurs ont besoin..

Ne faut-il pas se donner les moyens d’un vaste débat tout autant sur la stratégie que sur les contours qui devraient être ceux d’une société capable de mettre l’ensemble des ressources productives du monde au service des besoins légitimes, des aspirations des travailleurs et donc des habitants de la planète en faveur de la paix, du progrès social, de la solidarité et de la coopération, pour un internationalisme de notre temps.

On ne peut faire l’économie de la discussion sur la stratégie révolutionnaire et la perspective socialiste pour le XXIe siècle sans tenir compte de l’expérience historique et des réalités. C’est pourquoi, malgré mes différences avec Dayan Jayatileka, je suis d’accord avec lui pour considérer que Gramsci nous offre la possibilité de repenser la politique dans une perspective radicalement nouvelle. Nous vivons une période inédite de la lutte des classes nationale et internationale. Toute la question est maintenant de savoir si nous serons capable de nous hisser à la la hauteur de ce qu’elle exige !

Jean-Pierre Page (militant syndical, international)

Notes :

1Paru sans l'addendum en anglais dans "The Great Gramsci: Imagining an Alt-Left Project", in global-e (volume 10, issue 14) on March 2, 2017: < http://www.21global.ucsb.edu/global-e/march-2017/great-gramsci-imagining-alt-left-project >

2 Dayan Jayatilleka, Fidel’s Ethics of Violence : The Moral Dimension of the Political Thought of Fidel Castro, Pluto Press (London) and University of Chicago Press, 2007.

3 Commentaire de Donald Trump lors d’une interview avec Bill O’Reilly à Fox News, diffusée le 5 février 2017.

24 mars 2017

Lucien Sève, Marx et le Capital, la place de l'individu

« Mais il y a aussi, nous dit Lucien Sève, ce qu’on n’attend pas du tout, au point que sa présence a été gravement sous-estimée, qu’elle l’est toujours, quand elle n’est pas même ignorée: c’est l’individu. Car l’économie au sens où l’entend Marx dans le Capital est beaucoup plus que l’économique, c’est la base de tous les rapports sociaux, c’est-à-dire de ce qui fait de nous les humains que nous sommes; c’est l’anthropologique en sa double dimension, celle de la collectivité et celle de l’individualité. Je vais quant à moi jusqu’à soutenir que le Capital est d’aussi profonde portée pour penser l’individualité que la collectivité. Qu’il touche au fond de la biographie des personnes autant que de l’économie des sociétés, l’une ne pouvant se comprendre vraiment sans l’autre... »

Reprenons le texte de A l'encontre...

Michel Peyret


A l'encontre

Débat. « Au centre du Capital: l’individu »

Publié par Alencontre le 14 - mars - 2017

Editions sociales. GEME, novembre 2016

Par Lucien Sève

[A l’occasion de la publication aux Editions sociales de la nouvelle traduction du Livre I du Capital, dans le cadre de la Grande Edition de Marx et d’Engels (Geme)].

Qui n’a pas vraiment lu le Capital pense bien savoir ce qu’il contient: une « critique de l’économie politique », traitant donc de réalités purement sociales – marchandise, monnaie, travail, valeur, survaleur, taux de profit…, donc exploitation de classe, et pour finir, à l’horizon, société sans classes. Et il y a bien en effet tout cela dans cette grande œuvre.

Mais il y a aussi ce qu’on n’attend pas du tout, au point que sa présence a été gravement sous-estimée, qu’elle l’est toujours, quand elle n’est pas même ignorée: c’est l’individu. Car l’économie au sens où l’entend Marx dans le Capital est beaucoup plus que l’économique, c’est la base de tous les rapports sociaux, c’est-à-dire de ce qui fait de nous les humains que nous sommes; c’est l’anthropologique en sa double dimension, celle de la collectivité et celle de l’individualité. Je vais quant à moi jusqu’à soutenir que le Capital est d’aussi profonde portée pour penser l’individualité que la collectivité. Qu’il touche au fond de la biographie des personnes autant que de l’économie des sociétés, l’une ne pouvant se comprendre vraiment sans l’autre.

Le plein développement de tous les individus en est un complément décisif

Il faudrait des pages pour étoffer ce propos [1]. Mais on peut s’en expliquer en quelques lignes. Le développement des forces productives est immédiatement aussi celui des capacités personnelles. Et il en est venu, montre Marx, à exiger «sous peine de mort» des individus intégralement développés (Livre I, chapitre 13). Aller vers cette plus haute civilisation a pour condition obligée la réduction toujours plus ambitieuse du temps de travail nécessaire, l’augmentation du temps libre pour le développement des capacités et des jouissances supérieures (Livre III, chapitre 48). Un des mérites historiques du capitalisme est d’avoir libéré l’individu de dépendances ancestrales, mais en même temps la dictature de l’appropriation privée des richesses sociales engendre à la fois la rapacité sans borne de l’individu concurrentiel et l’aliénation sans rivage de l’individu dépossédé. L’issue, la seule issue, c’est d’en venir à l’appropriation à la fois commune et «individuelle» – je cite Marx – des moyens sociaux de production (Livre I, chapitre 24).

Je souligne: l’appropriation commune doit impérativement être en même temps individuelle, c’est-à-dire que chaque individu doit accéder pour de bon à la maîtrise collective du destin de tous et chacun. C’est là une dimension cruciale de la visée marxienne. Au Livre I, chapitre 22, page 575, figure cette définition du communisme: «une forme de société supérieure dont le principe fondamental est le plein et libre développement de chaque individu». La foncière incompréhension, le refoulement même de cette vue capitale de Marx, a été une faute dramatique du marxisme doctrinaire, du socialisme stalinisé, du mouvement communiste massifiant.

Le développement universel des forces productives est un présupposé absolu du passage à une société sans classes – thèse marxiste de base, qui fait comprendre bien des choses aux drames du XXe siècle. Le plein développement de tous les individus en est un complément décisif – thèse encore profondément sous-estimée. Il est vital pour la stratégie et la forme d’organisation de nos combats du XXIe siècle de la faire passer au premier plan de nos pratiques. Sortir enfin du capitalisme ne se fera que moyennant une vraie explosion d’initiative appropriative compétente et concertée des individus. Rien n’importe plus que de la favoriser.

 

[1] Parmi les ouvrages de Lucien Sève, nous en citerons trois: Penser avec Marx aujourd’huiTome 2: «L’homme» (Ed. La Dispute, 2008); Aliénation et émancipation (Ed. La Dispute, 2012); Pour une science de la biographie. Suivi de Formes historiques d’individualité (Les Editions sociales (2015). (Rédaction A l’Encontre)

De l’utilité du FN… pour que tout reste en place…

 

22 Mars 2017

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Bon! je vais probablement être privée d’internet pendant une semaine au moins, enfin à partir de samedi. Mais dès aujourd’hui je suis prise par les diverses perturbations d’un déménagement, la moitié de mes affaires à un endroit, l’autre ailleurs. Je regarde encore la télévision et j’en déduis de cette étrange campagne la question de « l’utilité du FN ». Outre le fait que comme toutes les extrême-droites en prenant l’ennemi parmi les pauvres des pauvres, ce parti divise les travailleurs et rend le plus grand des services au capital, la métamorphose s’actualise à partir des problèmes du moment en faisant tout pour qu’on les pose de telle sorte qu’ils n’aient pas de solution.

 

Si tout se passe comme les commentateurs nous invitent à le penser, il est évident que le thème qui conditionne tout et qui devrait être au centre des débats : à savoir l’Europe, ses contraintes économiques et politiques aggravées désormais de la question d’une défense assumant la politique et les missions de l’OTAN sont peu ou mal traitées. Le seul parti qui parait poser le problème est le FN avec son référendum. Ce qui déjà témoigne du caractère velléitaire d’une telle dénonciation. Mais dans le même temps le même FN fait de la surenchère militaire, il n’est plus question du 2% que les Etats-Unis exigent des pays européens, on passe à 3%. Ce qui effectivement est un gouffre. Mais « l’utilité » du FN va plus loin encore, alors que si l’on considère candidats et forces populaires, il est clair que la France est de moins en moins acquise à l’euro, sinon à l’idée européenne comme d’ailleurs bien d’autres pays européens.

 

Oui mais voilà grâce au FN , le candidat qui se retrouve en deuxième position après lui est à peu près assuré d’être élu. Donc le deuxième tour de l’élection présidentielle est devenu un référendum sur le FN. Il suffit de monter une opération à la Macron pour imposer un pro-euro, pro politique européenne telle qu’elle est et dont personne ne veut pour avoir le candidat du capital gagnant.

 

Danielle Bleitrach

Publié par  El Diablo

Jean-François TÉALDI, journaliste, syndicaliste, communiste. Un COMBAT de 37 ans

 Jean-François TÉALDI, journaliste, syndicaliste, communiste. Un COMBAT de 37 ans

En voilà un, au moins, qui ne camoufle pas son stylo rouge dans les profondeurs de sa poche ! Et figurez-vous que cela ne l’empêche aucunement d’être un excellent journaliste unanimement (enfin presque) reconnu pour son impeccable professionnalisme.

Evidemment, ça ne lui facilite pas vraiment la vie ! Une vie qui navigue entre Nice où il est né, où il débute à Nice-Matin, où il fait carrière à FR3 et Paris où par deux fois il est appelé pour diriger le syndicat des journalistes CGT de sa chaîne et pendant plusieurs années le Syndicat National des Journalistes CGT. Et cette vie, quand il se met à la raconter, ça dépote ! Ça tient plus du polar de Dashiell Hammet que du long fleuve tranquille.

Premier coup dur : Michel Bavastro, le patron de Nice-Matin apprend que le petit nouveau qui donne toute satisfaction à son rédac-chef est en fait un militant coco déjà très actif. Viré ! Mais il a eu le temps de se faire remarquer et il est presqu’aussitôt engagé à France 3 où il débute à la radio. La grande aventure commence.

Passionné de foot il a débuté comme journaliste sportif, puis il s’est régalé à couvrir chaque année le festival de Cannes mais peu à peu il va découvrir sa vraie passion, la politique. D’abord comme reporteur, comme présentateur du JT, enfin comme intervieweur patenté de tout le cheptel politicard de la Côte d’Azur. Cela donne une réjouissante série de portraits assassins. Bernard Tapie par exemple qui débarque en sauveur flamboyant, candidat au Conseil Général il va créer des milliers d’emplois. Téaldi le laisse faire son numéro puis lui rappelle que partout où il est passé, dans toutes les entreprises qu’il a rachetées, il s’est plutôt illustré comme champion de la suppression d’emplois !

Fureur de Tapie après l’émission :

-Vous vous appelez comment déjà ?

- Téaldi, Jean-François Téaldi.

- Je n’ai pas aimé votre ton. Je vais m’occuper de vous. Vous ne resterez pas longtemps ici !

- Croyez-moi, j’y serai encore quand vous n’y serez plus depuis longtemps !

Il a un truc simple, il prépare ses dossiers. Cela donne un vrai jeu de massacre. Le Pen lui aussi se présente comme un sauveur.

Téaldi :

- Comment se fait-il qu’au Parlement européen vous aviez voté contre le renflouement financier des chantiers navals de La Seyne et de la Ciotat qui aurait permis d’éviter la catastrophe ?

Max Gallo, lui, veut conquérir la mairie de Nice. Ils se tutoient depuis qu’ils ont milité ensemble au PCF. Pas un mot dans son programme sur la nécessité de construire des logements sociaux dans une ville où il n’y en a quasiment pas. Téaldi le lui fait remarquer.

- Comment un journaliste de gauche peut me faire un coup pareil !

- Je ne suis pas ici en tant que journaliste de gauche, mais en tant que journaliste qui fait son boulot !

Mégret, maire FN de Vitrolles, se fait bêtement piéger sur les chiffres de la délinquance dans sa ville qui sont montés en flèche sous sa magistrature.

Mais son petit préféré bien sûr, c’est Jacques Médecin que les affaires révélées en particulier par la fine équipe de France 3 vont obliger à fuir vers les cieux plus cléments d’Amérique du Sud.

Deux hommes politiques échappent aux croche-pattes de Téaldi : Michel Vauzelle, socialiste dont il apprécie la droiture, et Estrosi, RPR, dont il a couvert les exploits de champion de moto et qu’il respecte comme fils de prolo qui a réussi à la force du poignet.

C’est un des charmes de ce livre : il vous prend souvent à la rebrousse-poil. Ce bagarreur impénitent n’est jamais où on l’attend. Dirigeant syndical il ne fait aucun cadeau aux divers Présidents de France Télévision. Il n’hésite pas à les séquestrer quand les négociations n’avancent pas mais ça n’empêche pas les sentiments. On se canarde, mais à la loyale et de véritables relations d’amitié, de complicité, s’établissent avec certains d’entre eux : Guilhaume, Gouyou-Beauchamp, Patrice Duhamel ou Hervé Bourges qui s’est fait un devoir et un plaisir de rédiger la préface du livre.

Chronique de Marcel Trillat pour le livre de Jean-François Téaldi Journaliste Syndicaliste Communiste (Edition Tirésias, 23 euros)

SOURCE :

Les principes fondamentaux qui nous unissent.

 

Allocution d’accueil aux participants au repas fraternel du COLLECTIF COMMUNISTE POLEX

 

, par  Francis Arzalier

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Merci à tous ceux qui y sont venus, dans un contexte actuel qui n’est pas très favorable à notre idéal. Merci d’affirmer avec nous que la fraternité entre militants n’est pas un vain mot, au-delà de notre diversité. Cette diversité des Communistes, diversité d’organisations, d’analyses tactiques, est une réalité, présente ici, et normale : le Collectif Polex l’a toujours acceptée en son sein. Mais il est vrai que dans le cirque électoral et médiatique actuel, ces différences d’approche normales risquent de déraper en crispations sectaires, voire en antagonismes qui peuvent rendre notre message totalement inaudible. C’est pourquoi il est utile de rappeler les principes fondamentaux qui nous unissent.

 

Nous avons voulu réaliser cette rencontre le 18 mars, le jour anniversaire du déclenchement de la Commune de Paris en 1871. Car si le Collectif Polex est depuis sa naissance en 2002 une association ouverte à tous les militants sans exclusive, désireux d’analyser les relations internationales pour mieux combattre l’Impérialisme et les risques de guerre inhérents à la société capitaliste. Nous le faisons en Communistes français qui veulent rester fidèles à leurs principes. Et nous savons être en cela les héritiers de la tradition révolutionnaire française, donc de la Commune de Paris en 1871. Ces héritages, nous les revendiquons comme actuels, en cinq directions différentes, qui ont parfois été bien oubliées dans l’opportunisme et l’électoralisme politiciens qui ont submergé notre pays.

 

- 1- Le premier et le plus important des héritages de la Commune de Paris tient au fait qu’elle a été, durant quelques mois d’existence, le premier exemple d’un pouvoir au service de la classe ouvrière. Majoritaire alors dans une capitale vidée de sa bourgeoisie partie se mettre à l’abri des souffrances de la guerre, les ouvriers parisiens se sont vus confier par la Commune la gestion des ateliers et des logements abandonnés par leurs propriétaires. A son exemple, nous voulons pour la France un État enfin au service de ceux qui vivent de leur travail ou voudraient bien pouvoir le faire. Cet objectif se nomme toujours pour nous une société socialiste, même si le mot a été perverti par ce qu’on nomme actuellement par abus des partis socialistes. Il est clair que la société socialiste, notre but, ne se conçoit qu’avec la propriété collective des grands moyens de production, seul moyen de supprimer l’exploitation des salariés et de placer le service public au-dessus des appétits privés.

 

- 2- Nous avons hérité aussi de la Commune sa conception de la Démocratie. Elle a reposé dès le départ sur le suffrage universel, assorti d’un contrôle réel des élus et responsables par leurs mandants, révocables à tout instant s’ils ne respectent pas le mandat qui leur a été confié. Un modèle de démocratie politique dont s’inspireront les Soviets russes d’ouvriers et de soldats en 1917. Et une leçon essentielle pour la France actuelle, dont les politiciens sont discrédités par leur carriérisme et leur corruption.

 

- 3- Cette démocratie réelle, loin de la caricature baptisée ainsi par nos médias, et illustrée par la pantalonnade électorale actuelle, s’appuyait pour la Commune de Paris sur quatre piliers fondamentaux qui sont aussi les nôtres :


a. la République, entendue comme le contraire de la Monarchie, du pouvoir personnel.


b. la décentralisation, par la démocratie locale et communale.


c. le pluralisme des opinions, loin de la dictature d’un parti omniscient.


d. la laïcité des pouvoirs publics

 

Quatre principes mis à mal dans la France actuelle, que nous revendiquons pour celle de demain, en reprenant à notre compte le refrain de l’Internationale de Pottier : " Il n’y a pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni tribun ".

 

- 4- la Commune de Paris a été un sursaut patriotique, contre la Droite Versaillaise servilement dévouée aux occupants prussiens. Comme elle, nous pensons que la Nation française est un ensemble de conquêtes populaires à défendre, contre l’Union Européenne et l’OTAN, les deux visages actuels du Capitalisme mondialisé.

 

- 5- la Commune de Paris a été aussi internationaliste, ce qui n’a rien de contraire à l’attachement à la Nation. Elle a compté parmi ses dirigeants le Hongrois Frankel et le Polonais Dombrovski, et Louise Michel, déportée en Nouvelle Calédonie, fut une des rares Françaises à soutenir les insurgés Kanaks contre la colonisation. Les dirigeants de la Commune dénonçaient l’armée de métier, instrument des guerres de conquête. Cet héritage en faveur de la paix est la base de notre engagement contre l’impérialisme."

 

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22 mars 2017

Ivry, Agnès Vives présente l'ouvrage de Emmanuel Bellanger

« Epaulé par Michèle Rault, indique Agnès Vives, conservatrice aux Archives municipales, ce chercheur au CNRS s’est appuyé sur des centaines de documents pour montrer, « sans aucune injonction politique », précise-t-il, comment Ivry va devenir la capitale du communisme français. L’ouvrage, découpé en six parties, démarre dans les années 1920 du temps du radical-socialisme. Une époque où se prépare la conquête par les communistes. Ivry-la-Rouge devient alors le berceau du communisme municipal, un mode de gestion inventé par Georges Marrane, dont deux fleurons marquent les mémoires : les HBM, habitations bon marché et la colonie des Mathes, en Charente-Maritime. Mais à l’époque florissante du Front populaire, succèdent les années noires et les difficultés, le pacte germano-soviétique, la désindustrialisation, de nouvelles immigrations… »

Reprenons avec Agnés Vives la présentation de l'histoire de Ivry...

Michel Peyret


Et Ivry devint la capitale du communisme français

Le Parisien

Ivry-sur-Seine, le 2 mars 2017. Présentation en avant-première du livre « Ivry banlieue rouge » écrit par l’historien Emmanuel Bellanger. Les Ivryens qui avaient réservé leur exemplaire ont pu le récupérer LP/A.V.

Agnès Vives @VivesAgnes 

Ivry-sur-Seine histoire banlieue rouge communisme  Maurice-Thorez Georges Maranne 

« Je n’aurai jamais cru qu’il était si lourd ». En recevant en avant-première son ouvrage, cette habitante d’Ivry-sur-Seine n’en revenait pas. Plus de 3 kg. Le poids de l’histoire de sa ville, immortalisée dans le livre « Ivry Banlieue rouge », qui paraît ce jeudi aux éditions Créaphis. A travers 550 pages et 150 illustrations, Emmanuel Bellanger, spécialiste de l’histoire des banlieues, raconte celle de cette cité populaire à deux pas de la capitale qui, entre le début du XXe siècle jusqu’au début des années 1980 sera métamorphosée par l’industrie et les vagues successives d’immigration. Avec à sa tête un duo incontournable, Georges Marrane, maire communiste de 1925 à 1965 et Maurice Thorez, député de la Seine et secrétaire général du PCF de 1930 à 1964. Un travail impressionnant et passionnant, de huit années, très attendu dans la ville. Non sans une certaine « fierté », confie l’actuel maire PCF Philippe Bouyssou.

Epaulé par Michèle Rault, conservatrice aux Archives municipales, ce chercheur au CNRS s’est appuyé sur des centaines de documents pour montrer, « sans aucune injonction politique », précise-t-il, comment Ivry va devenir la capitale du communisme français. L’ouvrage, découpé en six parties, démarre dans les années 1920 du temps du radical-socialisme. Une époque où se prépare la conquête par les communistes. Ivry-la-Rouge devient alors le berceau du communisme municipal, un mode de gestion inventé par Georges Marrane, dont deux fleurons marquent les mémoires : les HBM, habitations bon marché et la colonie des Mathes, en Charente-Maritime. Mais à l’époque florissante du Front populaire, succèdent les années noires et les difficultés, le pacte germano-soviétique, la désindustrialisation, de nouvelles immigrations…

« Ce n’est pas une œuvre qu’on range dans une bibliothèque mais une œuvre ressource, une grille de lecture sur le présent impacté par des décennies d’histoire qui donne plein d’enseignements pour préparer l’avenir. », s’enthousiasme Philippe Bouyssou, qui attend avec impatience « le 2e épisode, de 1980 à nos jours ».

L’idée de ce travail revient à son prédécesseur, autre figure de la ville, aujourd’hui disparue, Pierre Gosnat. L’ancien maire avait voulu donner carte blanche dans les années 2000 à cet historien, à une époque où Ivry amorçait une nouvelle métamorphose, aujourd’hui consacrée avec le programme Confluences. « Quand il y a du changement, il y a besoin d’histoire », résume Michèle Rault.

Mais cet ouvrage, édité à 2 300 exemplaires, n’aurait pu voir le jour sans le soutien des Ivryens. Pour financer la parution, une souscription avait été lancée. Au total, 450 numéros ont été réservés. La ville de son côté, en a retenu 300. Pour preuve de cet engouement, les habitants se sont pressés en masse le 2 mars pour retirer leur ouvrage, échanger en avant-première avec l’historien lors de la séance de dédicace. Des anonymes qui sont « attachés » à leur ville « pas comme les autres », qui s’y « intéressent », « pressés de feuilleter les pages », ou encore des descendants de cette histoire immortalisée par Emmanuel Bellanger. Présente, la nièce de Maurice Thorez, était émue aux larmes.

Ivry, le 2 mars 2017. Dimitri, 87 ans, et Annette, 84 ans, habitent à Ivry-sur-Seine depuis 57 ans.

« Nous n’irions pas ailleurs ». Dans un large sourire, Dimitri, 87 ans et Annette, 84 ans sont catégoriques. Ce couple est arrivé voilà 57 ans à Ivry-sur-Seine. « On était bien contents de trouver ici. C’était le paradis, se souvient Annette. Notre immeuble avait un ascenseur ! A Paris, on vivait avec nos enfants, à quatre dans la même chambre. On voulait plus grand. On avait cherché dans la capitale mais on n’avait pas droit à un HLM. On a trouvé à Ivry, par connaissance, on était du même bord et on a pu réserver notre appartement en copropriété. A l’époque, on ne pouvait pas rentrer comme ça. On est arrivé au Fort et on n’en a plus bougé. On s’y plaît énormément. Ce n’est pas un immeuble, c’est un village. Il y a une ambiance chaleureuse. »

Leur attachement à la ville de banlieue s’est forgé au fil des années. « Nos enfants sont allés dans les clubs sportifs, ils sont partis en colonies, aux Mathes. On ne pouvait pas partir à la mer, à la montagne. Tout ça, ils ont pu le faire grâce à la ville, confie le couple. Après, ils ont eu le Bafa et sont devenus moniteurs à leur tour. Et puis, Ivry fait beaucoup de commémorations, célèbre la libération du camp d’Auschwitz pendant huit jours, ce n’est pas partout. Tout ça compte. » Annette qui travaillait pour la société d’économie mixte d’Ivry avait affaire de temps en temps à l’ancien maire Georges Marrane. « Je lui apportais souvent du courrier. Mais à la fin de son mandat, il fallait attendre qu’il ait fini sa sieste. C’était un brave homme, jovial. »

Posté par Michel Peyret

Parti Communiste : après l’explosion, l’implosion

 

UN DECHIREMENT DU CŒUR : Quand on a adhéré à 14 ans à la J.C. et à 16 ans au Parti, quand on a, pendant tant d’années, appris à devenir communiste, car ça s’apprend, ce n’est pas une révélation, on ne peut, devant le triste spectacle, qu’avoir un déchirement du cœur.

 

LA SIGNIFICATION PROFONDE DE LA LUTTE DES CLASSES : Etre communiste ce n’est pas facile, c’est accepter les premières années de ne rien comprendre aux positions défendues par les responsables, c’est comprendre qu’on ne sait rien de la politique, c’est rester dans le silence pour comprendre et apprendre de ceux qui par leur histoire ont appris, par le vécu, la signification profonde ce que signifie « la lutte des classes », notamment de la part de ceux qui ont fait la Résistance.

 

LA MOTIVATION VIENT EN MILITANT : Vient alors ce moment où l’on commence à militer, c’est-à-dire d’être capable de parler aux autres, sans besoin d’être accompagné. Et puis il y avait ces réunions de cellule où on refaisait le monde, où la discussion ouverte permet de s’enrichir et d’agir. Et puis il y a les formations de cellule, de section, fédérales, où l’approche théorique permet de casser le sens des mots (sémantique) et de l’Histoire humaine. On ressort alors encore plus fort, encore plus motivé. A l’université d’Economie, on apprend par cœur le libéralisme, ce qui fait que, pour celui qui travaille, connaissant le raisonnement du capitalisme et ayant découvert et appréhendé le marxisme, nous avons une force d’analyse incomparable. C’est mon cas..

 

DES RESULTATS DEPLORABLES : Vient alors le temps des résultats, toujours décevants, et ce déclin des résultats, des défaites subies. Alors on se rassure, on explique les médias, la trahison du PS (air connu), l’URSS, la crise… Et puis on s’accroche à la moindre nouvelle adhésion, et aux discours des dirigeants qui rassurent en expliquant comme la Marquise que « tout va bien… »

 

LES DIRECTIONS ONT TOUJOURS RAISON : puis vient le moment où des camarades disparaissent, ceux que l’on ne voit plus, ceux qui posaient des questions, s’interrogeaient, sans jamais avoir de réponses… Alors les discussions diminuent, l’activité baisse, alors on fusionne les cellules pour les rendre « plus dynamiques » et on recommence le cycle, sans se poser la question de fond. Qu’est-ce que le communisme ? Mais à cette question les dirigeants répondent toujours par « qu’as-tu fait ? », « As-tu collé les affiches » ? et « si tu es contre les Directions tu n’es pas communiste ». Et les résultats déplorables continuent, jusqu’au jour où on se rend compte que nous partîmes 600 000 et … nous ne sommes plus que 55 000, ce qui nous oblige à louer les étages du Comité Central….

 

A FORCE DE PENSER AVEC SES MAINS… On écoute toujours les dirigeants qui nous disent de mettre les mains dans le cambouis, (« as-tu collé les affiches ») le problème étant toujours le même, et qui se répète, car plus tu affiches, en inondant la ville et moins tu fais un score. A croire que les gens ne lisent plus les affiches collées par les mains des travailleurs. Des anciens dirigeants se vautrent dans le système médiatique, abandonnant leur ville pour une autre et en perdant les deux [1], d’autres abandonnent tout le navire et rejoignent le « capitaine de Pédalo ». Et ce qui vaut au niveau National se retrouve au niveau local, sans doute en pire. Tout n’est plus que « jeu d’influence » offert au « mieux placé », qui par ses mains trempés à l’illusion de pouvoir encore peser.

 

…ON SE BRULE AU FEU DE L’HISTOIRE : Pourtant Karl Marx, à l’origine profonde de notre existence, dans un texte célèbre que l’abeille indiquait : « Mais ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit préexiste idéalement dans l’imagination du travailleur. ». De fait, désormais, on n’affiche que ce que l’on est convaincu, et pour être convaincu, il faut auparavant en avoir discuté, l’avoir conçu, voir même l’imprimer, car le communisme est une entreprise. Que de travail et d’alertes aussi de nos philosophes, de nos économistes, de nos sociologues, sur la « Révolution Informationnelle » à venir, que désormais les libéraux dénomment : « Révolution numérique », ce qui donne flexibilité et upérisation esclavagiste et pour voir l’actuelle Direction ne retenir que la « révolution numérique », concept du Patronat… Or, derrière les mots se cachent les maux du capitalisme et de ses violences (chômage de masse, précarités, pauvreté).

 

ELUS ET PARTI : Et puis il y a cette lente dégénérescence des élus communistes. Moins ils étaient nombreux au parlement, plus ils réclamaient de l’indépendance de pensée. Plus de discipline de vote, chacun est libre. Par contre, le militant doit continuer à coller les affiches, conçues ailleurs et ne pas discuter…. au nom du Parti. En d’autres termes, les militants n’ont qu’un droit, celui de coller sans discuter et les élus l’inverse, pouvoir discuter entre eux sans être collés et voter sans être contrôlés. Pourtant, ce rapport du Parti et de l’Etat, jamais résolu, toujours confondu, est une des causes majeures de l’effondrement de l’URSS, mais celui qui pose cette question dérangeante n’est jamais écouté. Pire : on le trouve « casse couille » et on souhaite son départ… un de plus.

 

Alors « maintenant qu’on est tranquille, on va pouvoir discuter avec le PS pour la répartition des sièges »… Que le communiste qui n’a jamais vu ça me lance la première pierre.

 

LES DIRIGEANTS SOMNIFERES : Je me souviens de ces fêtes de la Marseillaise où la J.C. servait de défricheurs (adhésions) et à la fin le meeting religieux, accueillait Paul Laurent, le père du fils. On l’appelait somnifère, car au bout de 10 minutes d’un discours à rallonge, la moitié du meeting faisait la sieste. Pour endormir la Révolution il n’y avait pas mieux. Alors désormais, c’est le fils dont la voix monocorde permet tout juste de penser que décidément les dirigeants communistes n’aiment pas les tribuns.

 

LE PERTURBATEUR : D’échec en échec, les dirigeants appellent un « sauveur engagé », un ex social-démocrate, ayant rompu avec le PS et comme son parti est faible (PG), pas de problème « on aura toujours la barre sur lui »…. Comme avec Mitterrand dans les années 70. Décidément, l’Histoire n’est pas une jeune fille. Mais voilà que lui, le petit, travaille énormément et ses interventions de tribun parlent au cœur. Alors de petit, il devient grand au point de menacer l’hégémonie du Parti sur la « Gauche » du PS, d’autant plus que ses qualités de tribun emportent les foules mieux qu’un orchestre de Rock, car son phrasé de guitare c’est de la philosophie. Et de 2 % il finit à 11 % de votes.

 

TORTILLER DU CUL POUR CHIER DROIT : Désolé d’utiliser cette terminologie, mais comment expliquer autrement la « danse du ventre » effectuée par les dirigeants communistes. De la critique déclamée du gouvernement devant les politiques désastreuses du gouvernement Hollandais, les militants passent à des alliances à la carte, selon les opportunités de conserver des sièges (Municipales, Européennes, Régionales), massacrant de fait le « Front de Gauche » et à chaque fois la déroute, réduisant d’autant la puissance de feu, puisque les militants ne comptent plus. Finissons par cette phrase admirable de Pierre Laurent, que j’ai mémorisée, pour sa perfection d’ambiguïté : « Les discussions avec le Parti Socialiste sont difficiles, du fait de la politique du gouvernement ». Alors je suis à 100 % d’accord avec la phrase, à un mot près, « difficiles », j’aurais mis « impossibles », qui me parait plus communiste. Mais, hormis pour le rock, fidèle aux militants de ma jeunesse qui m’ont appris la Résistance, je ne sais pas tortiller du cul, moi.

 

ON FERME LA PORTE : Alors devant ce nouveau danger, que l’on pensait pourtant « tenir », comme Mitterrand en d’autres temps, il ne faut surtout plus le présenter, d’où les critiques souterraines d’abord, puis ouvertes et dénonciatrices d’un Mélenchon qui « serait parti tout seul ». A partir de ce moment-là, les discussions devenaient impossibles. Pourtant le communisme aurait consisté à apprécier à sa juste valeur ce que nous avait amené Mélenchon et à rediscuter d’une démarche « d’insoumission communiste », car depuis Spartacus, le communisme commence par l’insoumission aux chaines de l’esclavage ou de l’affairisme financier actuel. On ferme la porte car il faut « sauver la structure », en d’autres termes, les dirigeants, quitte à perdre son âme dans un ultime accord sous-marin avec le PS.

 

UNE GESTION MACHIAVELIQUE  : Le parti communiste ne peut pas apparaître comme diviseur, alors il crie au rassemblement de la « gôche ». En cela, il critique vertement la « démarche solitaire » de Mélenchon de se présenter seul, comme si les réunions du « Front de Gauche », n’avaient jamais eu lieu avec cette possibilité, en oubliant de plus toute les alliances à géométrie variable du PC avec le PS et ce dès le premier tour, là où la « lutte des classes » demande clarification. Alors pendant des mois Pierre Laurent va monter les communistes contre Mélenchon et puis au moment où les décisions du parlement communiste doivent être prises, il appelle la veille dans les « médias de la bourgeoisie » à ce que le parti appelle à voter Mélenchon…. Incompréhensible au commun des mortels. Mettez-vous à la place des militants du quotidien qui tous les jours en chient pour défendre des idées et analyses indéfendables et qui apprennent la veille de leur réunion que le secrétaire général propose d’appeler à voter Mélenchon. Alors qu’ils sont conditionnés depuis des mois contre Mélenchon, « celui qui est parti tout seul ». A l’assemblée délibérante des cadres, c’est le refus normal. Pierre Laurent est-il désavoué ? Non bien sûr, pas de solution de rechange et, de plus, il applique la démocratie de consulter le « peuple communiste ». Respect, Monsieur le manager.

 

De plus, il peut se prévaloir d’appeler à voter Mélenchon et d’avoir été battu, donc la division ultérieure ne peut lui être imputé.

 

Du management d’entreprise pur et dur.

 

Les communistes consultés donnent un avis différent et soutiennent la candidature de Mélenchon, cependant ce choix est assorti par une « campagne autonome ». En d’autres termes, la direction du P.C.F soutient la candidature de Mélenchon comme la corde soutient le pendu… ce qui explique l’absence des communistes pour les Présidentielles et l’affichage pour les Législatives…. Dites-moi que j’ai tort (XIIIème circonscription des Bouches du Rhône).

 

Georges Marchais le stalinien, n’aurait jamais osé dire son opinion à la « presse bourgeoise », la veille du « comité central », parlement des communistes. C’est vous dire si Pierre Laurent est respectueux de la « démocratie communiste ».

 

FRANCE EN COMMUN OU AVENIR EN COMMUN ? Le Parti communiste a proposé « la France en commun » là où les insoumis proposent « l’avenir en commun ». Au-delà du fait que décidément « l’en commun » est le plus difficile à réaliser, un programme s’adresse donc uniquement à la France, alors que celle-ci est soumise au marché européen et mondial, l’autre a une perspective universaliste, reprenant ainsi le fil de notre histoire, celle de 1789 et de sa déclaration universelle des « droits de l’Homme ».

 

Sa démarche philosophique s’appuyant sur l’insoumission, fondement de l’émancipation depuis Spartacus.

 

L’IMPLOSION D’UNE ETOILE : La dernière initiative de communistes appelant à l’Union pour un « candidat unique », véritable appel à voter Hamon, pour « sauver » des députés communistes est annonciateur de l’implosion. Car dès lors, ce qui reste des « communistes » vont se partager en trois groupes. Les premiers, par fidélité à la direction obéiront quoiqu’ils pensent. Une grande majorité risque de retourner dans les cavernes abandonnant toute lutte militante et enfin, les plus communistes au sens de Marx, rejoindront avec enthousiasme les insoumis, quelque soient les difficultés et les défauts inhérents au mouvement, mais qui « rallume les étoiles ». Voilà pourquoi après avoir subi plusieurs explosions (Les départs massifs de militants), les élections Présidentielles, risquent de voir le PCF imploser, en cette année 2017, 100 ans après la Révolution de 1917. J’entends déjà l’argumentaire, que Mélenchon serait la cause de cette implosion, en oubliant tout le reste que j’ai ici cherché à synthétiser. Il faudrait y rajouter le positionnement actuel de Braouzec (Saint-Denis) et de Hue (ancien Secrétaire Général) qui appellent à soutenir Macron. Du communisme au Macronisme…

 

DECHIRURE ET COMMUNISME ? Alors, au-delà de mes déchirures internes et personnelles de mon histoire profonde et authentique, comme « communiste insoumis », fidèle à l’idée que « le communisme est le mouvement réel qui abolit l’état existant », je milite et mes bats en portant haut et fort la banderole de l’Insoumission.

 

Fabrice, le 20 Février 2017

 

Après avoir lu et relu, certifie conforme, à ce que je pense…, le 18 Mars 2017, Fabrice

 

[1] Jean-Claude Gayssot, Ville perdue Drancy, ville non gagnée Béziers.


 

Commentaires de B.T : Analyse en partie partagée, en partie seulement. C'est toute la stratégie qui est à interroger, pas seulement depuis Martigues, mais bien en deça à 1965. L'enferment dans une stratégie qui consiste à servir la soupe aux autres. Pour ma part mon dernier vote PS remonte à 1975 depuis "Nada". Avec Mélenchon c'est continuer à servir la soupe. Ce sera sans moi, avec du blanc aux 2 tours de ce diner de cons. Point de vue que je ne vous demande pas de partager, Mais c'est le mien, en compagnie de la cohorte des abstentionnistes.


"Ni dieu, ni César, ni tribun"

 

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Un débat : Pour éviter d’avoir une droite ou une gauche, ils ont tourné en rond

 

, par  Danielle Bleitrach

 

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Disons tout de suite à chaud quelques impressions, à notre manière du moment, qui est celle non de la neutralité, comme l’affirmait ici un de nos interlocuteurs, mais de l’impression étonnante de ne pas avoir de candidat à la présidentielle qui me représente.

 

Un exemple, Jean Luc Mélenchon, dont sur bien des points je devais me sentir la plus proche, mais qui perd de plus en plus toutes les caractéristiques qui font qu’un communiste se sentirait en adéquation, il reste la question de la paix, de la volonté de négocier.

 

Très important, mais à ce moment là je dois dire que la démonstration de Fillon est tout aussi claire. Un seul point essentiel et qui est le seul à emporter ma décision, la sortie de l’OTAN. A propos de Mélenchon et de mes réserves, il y a l’anecdotique : voir cet homme qui n’est pas sans qualité au plan intellectuel toujours flanqué de quelqu’un comme Corbière ou Simmonnet alors même que tout dans sa posture dit que c’est sa dernière campagne, c’est se demander qui il intronise et quelle serait la postérité d’un tel vote ? La fin du PCF, pour qui et pourquoi ? C’est ma principale réserve et rien ne la lève bien au contraire, comme son couplet sur l’Europe qu’il faudrait à la fois contester et ne pas détruire, c’est à peu près aussi clair que du Macron.

 

Mais sur le fond, il y a pire, on se demande exactement ce qu’il attend justement de Macron, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne l’a pas attaqué. Une illustration : une brève escarmouche, la seule sur la question des affaires, il proteste « cette accusation concerne deux d’entre nous, Fillon et Le Pen, tous les autres nous ne sommes pas concernés ». C’est un véritable cadeau qu’il fait à Macron dont il sait pourtant qu’il est lui-même soupçonné de conflit d’intérêt. Mais ce n’est pas le seul cas alors que Macron représente théoriquement tout ce à quoi il s’oppose, il se montre intéressé et curieux, le tirant vers la gauche.

 

Pourquoi ? Il a affaibli ce faisant les moles tentatives de Bernard Hamon. Est-ce que ce n’est pas là la réponse : son seul adversaire c’était Bernard Hamon ?

 

Ce dernier a du mal avec sa position européenne qui le colle à Macron, à se dégager de celui-ci. Il lui fait sans le vouloir le cadeau d’assumer le quinquennat, ses expéditions, ses catastrophes sur le plan social, à la place du dit Macron qui peut de ce fait déployer son "vide pragmatique", et son "je suis souris et je suis oiseau comme la chauve souris de la fable".

 

Marine Le Pen qui a eu du mal à s’accrocher a marqué un des rares bon point de la soirée en disant à ce dernier : "personne ne peut se souvenir d’une seule de vos propositions. moi on peut ne pas m’aimer mais on sait ce que je dis, vous il n’y a rien, des phrases creuses." Macron effectivement joue la séduction de la nouveauté, mais sa seule nouveauté c’est la tentative de ne pas déplaire pour ratisser large dans les eaux les plus usées de la vie politique. Emmanuel Macron semble avoir parfaitement assimilé les techniques du management. Celles qui se situent entre le chef de service motivant ses troupes par des activités du week-end ou la promesse d’embauche aux plus insécurisés des stagiaires, il s’agit de "motiver", de faire miroiter un avantage personnel sans trop s’engager... Mais c’est aussi le marchandage colporteur palçant des polices d’assurances auprès des retraités en leur parlant de l’avenir des petits enfants. Quelle que soit l’activité c’est l’enfumage où moins on en dit de concret, mieux ça vaut tout en vantant son pragmatisme qui peut se définir en une phrase type : "je parle mais en même temps je ne dit rien"

 

En fait ce type n’argumente pas, il hypnotise... Son regard et sa gestuelle sont caractéristique des démarcheurs pratiquant la PNL pour vendre, a des couples de retraités sous tranquillisant, des contrats d’assurances vie foireux...

 

Bernard Hamon rame comme il peut, mais il démonétarise "la nouveauté" de ce qui lui a permis de gagner les primaires en restant au niveau des gadgets, ce qui laisse de la crédibilité à Macron qui n’a à son actif que les voyages en car concurrents de la SNCF et dont les entreprises ferment les une après les autres. Bernard Hamon assume l’Europe, les armées, le quinquennat, bref le PS et Macron peut hypnotiser à son gré le couple de retraités qui pensent à leur petit fils qui lui aussi fait des études et peine à trouver un emploi.

 

Ce qui était plutôt réjouissant était la contre performance de Marine Le Pen, elle aussi paraissait en train de se dégonfler sans que personne n’en profite réellement. Le renchérissement sur le budget de l’armée, pas 2% mon brave homme 3%, a permis à Fillon de froncer les sourcils et avoir un sourire sarcastique sur les milliards que l’on distribue sans les avoir. L’avare était crédible.

 

Derrière elle, il y avait Philippot comme derrière Melenchon il y avait Corbière, dans le même rôle, celui de la figurine qui hoche la tête pour approuver, mais Philippot aurait été nettement plus convaincant, ce qui n’est pas le cas de Corbière. Cette présence et pas celle de Marion Maréchal Le Pen dit à quel point le FN aura du mal sur la longue période à tenir deux lignes, bref il y avait quelques cruautés dans la démonstration qu’elle n’était pas présidentiable. Fillon littéralement transparent dans la première partie a peu à peu réussi à s’imposer face à ce glissement de la favorite.

 

Bon, il est clair que nous n’avons plus en magasin de Maurice Thorez, de Jacques Duclos ou de Georges Marchais pour ancrer le débat, rendre incontournables un certain nombre de questions et ce n’est certes pas Marine Le Pen qui soit en capacité de jouer ce rôle. A gauche non plus d’ailleurs. Ce camaïeu de rose pâle veiné de bleu, réversible en bleu veiné de rose macronien, jusqu’au rouge, bleu, blanc, bleu mélenchonien en passant par la rose flétrie de Solferino, agite d’autant plus ses drapeaux que l’on est loin de cette capacité à dire les choses simples d’un peuple malmené.

 

Au moment même où chacun s’évertue à s’affirmer "hors système", au-delà de la gauche et de la droite, c’est pour mieux témoigner de l’incapacité à faire autre chose qu’à poursuivre l’existant.

 

Bref oserai- je vous avouer que je n’ai pas avancé d’un pouce tant les positions tactiques ont commandé le débat, autant que l’art de prétendre faire du neuf avec du vieux.

 

Danielle Bleitrach

 

Voir en ligne : sur le blog histoire et société de Danielle Bleitrach

« Au diable les énergies renouvelables ! »

 

, par  Michel Gay

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Un livre polémique, mais très argumenté, d’un auteur connu qui assume son choix rationnel de défense de l’industrie nucléaire, et qui montre l’inefficacité comparée des investissements énormes accordés aux ENR électriques. 

 

Il a déjà publié le livre « Vive le Nucléaire Heureux ! » qui est devenu un site internet, un livre avec des mots simples et percutants, qui montre que non seulement l’écologie et le nucléaire sont compatibles entre eux, mais qu’ils sont aussi nécessaires l’un à l’autre pour réussir la transition énergétique et pour construire un avenir durable.

 

On connait une avalanche de discours et de formules très marketing pour la « transition énergétique » le plus souvent associés aux ENR électriques, comme celle des « territoires à énergie positive », qui interroge si on y réfléchit ; si tout le monde produit plus d’énergie qu’il n’en consomme, que deviennent les excédents...?. De fait, on peut constater que la politique de transition énergétique est en fait une politique qui ne dit pas son véritable objet, la sortie du nucléaire... et du service public, ce qui implique la fin de l’égalité d’accès à l’énergie...

 

Les communistes ont tout intérêt à favoriser un débat contradictoire dans ce contexte, pour fonder leurs propres objectifs politiques non pas sur tel ou tel choix technique, mais pour réaffirmer le droit à une énergie propre, décarbonée, accessible pour tous, et donc défendre la renationalisation des entreprises de l’énergie !

 

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Les énergies renouvelables (hors hydroélectricité) ne sont ni douces, ni gratuites, ni d’avenir....

 

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Extrait (Introduction)

 

L’expression « les énergies renouvelables » englobe des sources d’énergies disparates telles que la biomasse, les énergies marines (courants, marées, vagues, etc…), la géothermie, et bien sûr l’hydraulique, le vent et le soleil.

 

Le ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer (appellation officielle depuis février 2016 et appelé plus simplement « ministère de l’écologie » dans ce livre) les définit ainsi [1] :


« Issues directement de phénomènes naturels, les énergies renouvelables sont des énergies primaires inépuisables à très long terme.


Les principales énergies renouvelables sont :


– L’énergie hydroélectrique


– L’énergie de biomasse


– L’énergie éolienne


– L’énergie solaire


– La géothermie


– Les énergies marines »

 

L’énergie nucléaire n’est pas « renouvelable » au sens strict. Elle est cependant à classer parmi les énergies durables à l’échelle humaine.


En effet, il existe suffisamment de ressource en uranium et en thorium pour alimenter le monde entier en électricité pendant plusieurs milliers d’années grâce aux réacteurs surgénérateurs. Ces réacteurs dits « à neutrons rapides » ont déjà produit des milliards de kilowattheures (kWh [2]) en France, et sont en fonctionnement dans plusieurs pays, dont la Russie. En France, un démonstrateur de ce type de réacteur de « quatrième génération » est en préparation.

 

Introduction

 

Cet ouvrage se concentre principalement sur les énergies renouvelables productrices d’électricité. Le terme « énergies renouvelables » (EnR) désigne principalement les EnR électrogènes intermittentes, notamment les éoliennes et les panneaux photovoltaïques (PV), en excluant l’hydroélectricité.

 

L’auteur milite pour mettre fin au développement, et à l’existence même, de ces EnR, exceptée l’énergie hydraulique (barrages). Cette dernière a aussi ses inconvénients (vallées noyées, risque de rupture) mais elle constitue une merveilleuse source d’énergie et un excellent (mais insuffisant) moyen de stockage d’électricité.

 

Quel est l’intérêt de développer ces EnR ? Au nom de quoi et pour faire plaisir à qui ?

 

Quel est l’intérêt de développer des énergies fatales (leurs productions dépendent de la météo et doivent être utilisées immédiatement sinon elles sont perdues), non pilotables (impossibilité d’adapter leur production au besoin), voire intermittentes (leur production aléatoire peut être nulle) ?

 

Après un temps de réflexion, chacun peut penser à un intérêt :


– écologique (ce serait bon pour la planète en consommant moins de combustibles fossiles, et donc en émettant moins de gaz à effet de serre),


– ou financier (ce serait moins cher),


– ou technique (faire face à l’épuisement des ressources, et donc à la nécessité de trouver des énergies de substitution aux énergies fossiles qui ne sont pas éternelles).

 

Les EnR satisfont-elles ces intérêts ?

 

Réponse : NON ! Pire, elles sont nuisibles.

 

Elles nuisent à la diminution de la consommation des énergies fossiles et au bon fonctionnement des vrais moyens de production en détournant de la poche des citoyens des sommes considérables en pure perte. Par ailleurs, elles déstabilisent le réseau de transport d’électricité, ainsi que le marché européen.

 

Pour les antinucléaires, le seul intérêt des EnR est de faire croire à la population qu’elles pourront remplacer l’énergie nucléaire. Ceux-ci s’en servent comme d’un bélier pour détruire ce qui existe en promettant un futur meilleur reposant sur des énergies diffuses et intermittentes dont les surplus ne sont pas (ou peu) stockables au niveau d’une nation comme la France.

 

Vendre du rêve est facile. Chacun aimerait bien vivre de vent, de soleil et d’eau fraîche, mais perdre le sens des réalités peut conduire au cauchemar.

 

Devant le désastre technique, financier et écologique en cours, certains diront « Comment a-t-on pu en arriver là ? »


La réponse est simple. Cette situation déplorable résulte d’une accumulation de laisser-aller, de lâchetés, d’idéologies, et d’intérêts financiers privés en contradiction avec la défense de l’intérêt général.


Parfois aussi, des manipulateurs habiles ont profité de la méconnaissance des élus, et abusé la bonne foi de la population.

 

L’objectif de ce livre est d’informer les citoyens sur les incroyables mensonges ayant permis le développement aberrant de ces EnR, et sur le hold-up financier dont ils sont les victimes silencieuses.

 

Voir en ligne : Pour en savoir plus :

 

Législatives - Souveraineté populaire et nationale, illusions électorales et accord PS-PCF dans les Alpes Maritimes.

 

Pour construire une alternative, appel citoyen de la Gauche et de l'Ecologie sur la 7ème circonscription - Le Blog de Cécile Dumas

Pour construire une alternative, appel citoyen de la Gauche et de l'Ecologie sur la 7ème circonscription - Le Blog de Cécile Dumas

 

Voici ce que je dis depuis des mois : "le Parti Communiste doit construire des plateformes de contenus sur les circonscription pour élargir le rassemblement de la Gauche et permettre de la ...

 

http://www.ceciledumas.fr/2017/03/pour-construire-une-alternative-appel-citoyen-de-la-gauche-et-de-l-ecologie-sur-la-7eme-circonscription.html

 

Comment faire alliance avec un socialiste sans créer des illusions sur la nature même du PS ?

 

Comment mener une bataille législative sans se battre pour que le vote des Français soit souverain et non pas soumis aux diktats de l'UE ?

 

Les positions européistes de l'un et l'autre candidats potentiels ne peuvent répondre à la nécessité de rompre avec la logique du capitalisme mondialisé portée par l'UE. 

 

Mettre en avant la sauvegarde de cette dernière et non la rupture avec les traités, les mesures austéritaires, les contre-réformes dites de "compétitivité", ne permet pas de construire .une stratégie de sortie de ce capitalisme mondialisé, ses délocalisations et désindustrialisations, son chômage de masse, la précarité, la mise en concurrence des salariés pour le plus bas salaire possible et la meilleure exploitation possible.

 

Certes le texte de l'accord dénonce "Une Europe favorisant le moins-disant social, éloignée des préoccupations des peuples, favorisant les accords de libre-échange" et propose de "changer notre modèle de société, pour une politique de rupture avec l’austérité, pour de nouveaux progrès sociaux, démocratiques et écologiques".

 

Mais aucune stratégie concrète n'est dessinée pour y parvenir. 

 

Jamais les autorités bruxelloises ne permettront la mise en place des politiques proposées pourtant très loin du début de la construction du socialisme et de la rupture avec le capitalisme ...  Le rapport de forces dans l'Union européenne n'autorise  pas un tel accord au niveau européen.  Rappelons que le CETA a été voté par le Parlement européen à une majorité écrasante alors que les parlementaires européens désignés par les Français s'y sont opposé majoritairement... Et ayons en mémoire le sort réservé à la Grèce qui pourtant a, aujourd'hui, réussi à dégager des excédents budgétaires. 

 

Proposer de changer l'UE en sachant pertinemment que c'est impossible dans le cadre actuel, c'est mentir.

 

Proposer de changer notre modèle de société en France sans proposer de restaurer notre souveraineté populaire et nationale,  c'est abuser les électeurs.

 

Le secrétaire départemental du PS des Alpes Maritimes, partisan de la politique européenne du gouvernement hollande,  a opposé une fin de non recevoir à cette candidature commune ...

 

http://www.nicematin.com/politique/candidatures-communes-ps-pc-aux-legislatives-xavier-garcia-invite-cecile-dumas-a-discuter-122321

 

Yvette Genestal

 

Commentaire de B.T : Je partages totalement l'analyse d'Yvette Genestal

Publié par  Le Mantois et Partout ailleurs

Ignoble, un élu municipal d'extrême droite suggère de récupérer les dents en or des Roms

Lu dans le Dauphiné.fr du 17 mars 2017. «Au regard des difficultés liées à l’accueil des Roms sur l’agglomération, la Ville de Fontaine est favorable à l’implication de la Métropole aux côtés de l’Etat et du Département dans l’hébergement». Lorsqu’il a prononcé ces mots, le maire Pcf Jean-Paul Trovero ne pouvait imaginer le commentaire qui suivrait de Franck Sinisi, élu d’opposition FN : « Pour loger les Roms, je pense qu’il pourrait y avoir un auto-financement. La Métropole devrait leur payer le dentiste… afin de récupérer leurs dents en or ».

Pour ceux qui l'auraient oublié, les nazis récupéraient les dents en or et jusqu'aux cheveux des déportés qu'ils condamnaient à la mort.

Mais très gentiment, le Dauphiné titre "Fontaine le dérapage du Front national".

Ben oui, ce n'est qu'un dérapage individuel. Tout comme Benoît Loeuillet, conseiller régional en PACA et dirigeant de l'extrême droite à Nice, qui tient dernièrement des propos négationnistes dans un documentaire tourné dans la fédération Fn des Alpes-Maritimes.

Ignoble, un élu municipal d'extrême droite suggère de récupérer les dents en or des Roms

Certains n’ont que ça en tête

« Union de la gauche », débat d’actualité brûlante, débat stratégique

Avancer dans les échanges. 

 

, par  Paul Barbazange
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Quitte à entrer en contradiction (parfois de façon opposée !) avec quelques uns de ceux avec qui je milite, mon appréciation du moment. Si ça peut aider à ce que le débat se poursuive et prenne de l’ampleur, j’aurai réussi à ma petite place. Tout change, parfois vite, l’expérience grecque pèse lourd. L’unité du parti ne pourra se maintenir, éventuellement s’améliorer, qu’en allant au fond des questions que la vie nous pose.

 

"Union de la gauche", débat d’actualité brûlante, débat stratégique.

 

Question des plus complexes structurant le mouvement populaire et pourtant si souvent éludée par les uns et les autres quels que soient les points de vue.

 

Si l’on en croit les sondages, les deux partis qui ont modelé l’histoire de ces dernières décennies de la cinquième République (LR-dernière appellation- et PS) risquent fort de ne pas être présents par leur candidat au second tour des présidentielles. Champ libre serait donné par les électeurs au social libéral Macron opposé à Le Pen pour l’extrême droite. Du coup, à gauche chacun réfléchit, suppute, espère ou désespère...

 

"Et si Mélenchon et Hamon se mettaient d’accord ? Ils approcheraient la barre des 25 % en apparence nécessaires pour être dans cette fameuse course du second tour". Encore qu’ajouter des intentions de vote pour Hamon et pour Mélenchon en comptant une belle addition paraît hasardeux. L’expérience des cinq dernières années est là, sans même remonter à 81-83, à la gauche plurielle et appellations plus récentes.

 

Par contre un élément est certain : un fonctionnement ancien disparaît : le bipartisme UMP/LR – PS construit autour de la constitution gaullienne, par Mitterrand et ses successeurs ne fonctionne plus au profit des mêmes. Le très socialiste "vote utile anti Le Pen", risque d’échapper à ses principaux promoteurs.

 

Avec cette évolution, c’est la forme même de l’union de la gauche prise depuis 1965 soit plus de 50 ans qui peut enfin devenir une question de débat stratégique. Non pas "la forme" mais les formes successives dans des rapports de force différents, depuis la première candidature Mitterand au nom de la FGDS, aux 21% de Jacques Duclos en 1969, à la signature du programme commun en 1972, au raz de marée municipal de 1977, puis la même année l’échec de la réactualisation du "programme commun". Jusqu’à 1981, le tournant de 83 ; plus tard "la gauche plurielle" ; (déjà en 2002 pas de PS au second tour !) et enfin un François Hollande dans l’inaptitude de se représenter. Hamon balayant Valls l’instant d’un vote.

 

Le PCF s’affaiblissant pratiquement à chaque scrutin depuis le milieux des années 70.


"L’union de la gauche" dans sa diversité a conduit (ce n’est certainement pas la seule cause !) à un affaiblissement par à coups, mais régulier dans la durée, du PCF et maintenant, en conséquence, à l’éclatement possible du PS issu du congrès d’Epinay.

 

Il est donc temps, plus que temps, que nous nous posions tous avec sérieux, méthode et pondération la question de la validité de ce choix sytratégique de 1965 et de la façon dont nous l’avons mis en oeuvre au fil des années.

 

Je suis venu à la politique en 65- 68. J’ai adhéré au PCF en 1968. Je suis donc comme beaucoup modelé par cette stratégie, l’espoir de sa mise en place, ses avatars, la gestion au coup par coup de ses conséquences. Chef de cabinet du maire de Béziers de 1977 à 1982, et vite secrétaire de section j’ai mesuré très vite les failles béantes. Ayons bien conscience qu’il ne peut en être de même pour la majorité des adhérents du PCF d’aujourd’hui dont une grande part n’était pas née à l’époque. Ajoutons à cela la dimension spatiale : cette construction ne s’est pas faite de la même façon dans l’Hérault et le Pas de calais, à Montpellier et à Béziers... et chacun porte son expérience. De plus selon sa position : abstentioniste potentiel, électeur, sympathisant, simple adhérent ou militant responsable, ces questions seront aujourd’hui vécues différemment.

 

Il faut donc aller à la généralisation et mener le débat avec rigueur historique, respect des individus, implication, avec l’objectif de permettre aux connaissances critiques de chacun d’évoluer.

 

Qu’est ce qui est mis en cause par ces résultats ?

 

Est-ce le principe même de l’union de la gauche pour accéder à des responsabilités municipales, départementales, dans le gouvernement du pays pour commencer à changer la vie dans une société capitaliste qui est remis en cause ?

 

Ou bien une application de cette stratégie qui à force de systématiser la priorité de l’institutionnel, de l’élection, au fond de "l’isoloir" aurait conduit à cette situation ?

 

- N’avons nous pas en conséquence sous estimé l’action, les luttes revendicatives et politiques, n’y a t’il pas un lien fondamental systématiquement minoré entre positionnements politiques électoraux et leurs conséquences dans l’affaiblissement des luttes ?

 

- N’avons nous pas sous estimé en permanence la question du parti révolutionnaire, de son existence, organisation, de l’énorme effort constamment nécessaire à son renouvellement continu face aux risques de sclérose, d’absorption par le système et ses institutions ?

 

Ne nous racontons pas d’histoires ces types d’interrogations ont toujours été présents, parfois, mais de plus en plus rarement, à tous les niveaux. Je me souviens personnellement de l’avant et de l’après mai 68 ou de la période de renégociation du programme commun, quand notre parti était encore dirigé par les acteurs de 1936 et de la Résistance. C’est avec eux, parfois contre eux que s’est installé cette "pratique électorale de l’union de la gauche".

 

L’articulation élections, luttes a été pratiquée en 36, en 44-45-46-47, en 68, en 95 avec des succés divers... Face à cette démarche, en 1981, notre parti dans sa masse a accepté de donner à la demande de Mitterrand du "temps au temps". Puis ces dirigeants : Thorez, Duclos, Frachon ont naturellement disparu, laissant la place à Marchais, Hue, Gayssot, Marie georges Buffet...

 

Cette nouvelle génération, la mienne, a-t-elle su à temps et même après coup percevoir la nocivité des pratiques d’union telles qu’ils les mettaient en oeuvre ? Marchais a hésité, nul ne lui reprochera. Maintenant on voit où en sont les autres : soutenir Macron ou Valls, un candidat France Insoumise contre un candidat de leur parti...

 

Aucun d’eux, pas plus que chacun des adhérents où électeurs qui aujourd’hui hésite n’est un traître. Ils refusent simplement de voir les résultats qui avec du recul mettent en cause leurs pratiques politiques, et donc la nécessité de revoir la stratégie en tenant compte de tout ce qui s’est passé. C’est beaucoup plus grave pour un dirigeant national que pour un militant.

 

Reconstruire quoi ?

 

Un parti communiste de classe et de masse alors que beaucoup a par ailleurs changé, et changera encore, vite, par la robotisation, la révolution informatique, l’évolution globale des conditions de vie et des moeurs. Seule l’exploitation perdurant avec tendance à l’aggravation au moins depuis 1991.

 

Un parti organisé, permettant à des centaines de milliers d’adhérents d’intervenir consciemment pour préparer une situation révolutionnaire et ensuite agir lors de son déroulement imprévisible. Un parti aidant aux luttes, contribuant à ce que la nécessité de changer de système aujourd’hui présente mais confuse devienne pour une majorité un passage obligé. Réfléchissons à la formule théorique "Rupture avec le capitalisme, passage au socialisme" que nous sommes forcés d’utiliser et qui est pourtant totalement incompréhensible dans le rapport de force actuel pour au moins 99% des français.

 

Est ce que cela veut dire renoncer à "l’union de la gauche", renoncer la plupart du temps à avoir des élus ? Forme inscrite dans l’histoire de France dès après La commune. Il me semble que non. Les exploités ont besoin d’être rassemblés pour s’opposer à leurs exploiteurs. Ce n’est pas demain la veille que disparaîtra l’illusion social-démocrate, expression politique de la division des exploités. Et les communistes français doivent tenir compte de l’histoire de leur pays, de l’histoire de leur parti. Par contre tirer les leçons de 50 ans d’histoire est un devoir. Nous avons tout subordonné à la dimension électorale et il nous en a cuit.

 

Les conditions d’adhésion à la troisième internationale en 1921 mériteraient, sans en faire des tables de la loi, d’être réexaminées. Tout comme il serait bienvenu en ce 100ème anniversaire de la révolution de 1917 de réétudier avec soin les débats à l’intérieur du parti bolchevik et l’attitude de Lénine, marquée, me semble t-il, par un souci fondamental : construire l’organisation révolutionnaire tout en aidant de toutes ses possibilités le développement des soviets alors que les bolcheviks y étaient encore minoritaires. Construire le parti révolutionnaire, agir avec les masses, favoriser leur prise de conscience en répondant efficacement dès que possible à leurs attentes : décrets sur la paix, décrets sur la terre en 1917. Aujourd’hui : travail pour tous, salaire décent, sécurité à vie, paix, avenir écologique...

 

Aujourd’hui nous sommes obligés par le niveau de développement des forces productives de travailler à la transformation révolutionnaire de la société. Ce sera un autre processus qu’en 1789 - 1793, qu’au moment de la Commune ou qu’en 1917 ; l’espèce humaine et une bonne part de la vie sur terre est menacée par la prolifération des armes nucléaires, par le réchauffement climatique, les pollutions, le pillage de ressources non renouvelables et les guerres. La seule réponse est dans une planification démocratique à court, moyen et long terme, sachons le dire, comme le faisait encore récemment Castro.

 

Dans l’immédiat, les institutions, les rapports des forces, dans le parti, dans la population nous imposent de chercher à franchir la période électorale en protégeant d’abord les militants et la structure du parti, cellules, section, fédérations.

 

L’expérience des derniers jours montre une réelle curiosité inquiète de nombreux militants, et certainement au delà parmi une part importante de la population. J’ai une expérience précise à Béziers sur la résistance dans l’action au FN et à l’idéologie de la droite extrême - extrême droite. Mener une campagne autonome aux présidentielle paraît plus difficile que de se concentrer sur les législatives, l’un est -il possible sans l’autre ? Personnellement je ne le pense pas. Nous devons débattre des programmes : Mélenchon, France en Commun, propositions du réseau, convergences de plus en plus importantes entre droite et extrême droite. Rapports complexes entre questions électorales et luttes. Chaque parlementaire communiste gagné de haute lutte circonscription par circonscription pouvant être un point d’appui important à ces luttes et au développement du PCF.

 

A plus long terme en s’appuyant sur ce que nous aurons contribué à sauvegarder, exiger dans le cadre de conférences nationales et d’un futur congrès un véritable débat sur la stratégie de ces 50 dernières années. Là aussi, personnellement il me semble qu’il faut renoncer au moins au plan national à la stratégie de "programme commun", de "contrat" facteur, à l’expérience, plus d’attentisme électoral que d’envies et de possibilités d’actions. "Marcher côte à côte et frapper ensemble" a été une façon de travailler pendant le Front populaire et la Résistance. Donner toujours la priorité à ce qui facilite l’action populaire.

 

L’histoire ne se refait pas, écrivons les prochaines pages.


Aidons aux débats dans l’action.

 

Paul Barbazange, Béziers le 17/03/2017.

Des idées pour changer le monde, par Maurice Bertrand  

 

18 Mars 2017
Je partage une grande part du diagnostic de l’article simplement je trouve – et cela se sent quand il s’agit de préconiser des solutions – que son auteur n’explique pas pourquoi le capitalisme a renoncé à lâcher du lest réformiste. Il n’est pas question de la « catastrophe » qu’a été la fin de l’URSS et bien avant, la mise en cause de ses réalisations. Ce qui a abouti en pleine crise du capitalisme à ne laisser crédibles que les solutions qui étaient celles d’une Révolution conservatrice. Aujourd’hui la nouvelle révolution scientifique et technique qui exigerait comme le suggère l’article de nouvelles formes de coopération est en fait dominée par cette révolution conservatrice, militarisation, exploitation renforcée, et le fascisme paraît de ce fait l’ultime recours. Non pas que les peuples le veuillent mais parce que la question de la collectivisation des moyens de production sans laquelle il n’y aura pas de nouvelles formes de coopération n’ose pas être posée, le socialisme étant entretenu comme un contre modèle. Nous sommes donc condamnés à un épuisement de la gauche devenue stérile
 
(note de Danielle Bleitrach)


Il y a de très bonnes raisons pour que le débat ouvert à l’occasion de la prochaine élection présidentielle en France ne traite pas des véritables problèmes. La première est que la gauche est à bout de souffle. Son acceptation des valeurs et des analyses de l’économisme régnant la prive désormais de programme. Les corrections à apporter au système libéral-capitaliste qui, depuis 1945, avaient nourri le réformisme — intervention de l’État garantissant le plein emploi, progressivité de l’impôt sur le revenu, sécurité sociale et protection contre le chômage, nationalisation des grandes branches industrielles ou bancaires —, ont fait long feu. La compétition a les exigences que l’on sait. La gauche n’a plus rien à dire et aucun candidat des grands partis n’opposera donc à l’idéologie dominante — libéralisme, marché, monétarisme — un autre projet de société.

La seconde raison est que les conditions du débat électoral relèvent désormais en Europe, comme depuis longtemps en Amérique, du césaro-populisme médiatique, c’est-à-dire du degré de confiance inspiré par les têtes des candidats, et non du débat d’idées. La recherche des voix du centre inspire les stratégies électorales, l’essentiel étant de rassurer les classes moyennes dont la « culture de satisfaction », selon l’expression de l’économiste John Kenneth Galbraith, continuera de s’épanouir. L’enjeu du pouvoir contraint aussi la classe politique à demeurer « réaliste », à ne pas ouvrir le débat sur les grandes questions, mais au contraire à les noyer dans le discours le plus vague possible.

Passée l’exaltation provisoire de l’élection elle-même, le malaise de l’opinion persistera. Les frustrations profondes créées par l’absence de réponses aux problèmes fondamentaux — détérioration de l’emploi, injustices et inégalités, exclusion, dérision des droits de l’homme, accroissement de l’anarchie mondiale, développement de guerres civiles atroces, migrations et peurs — demeureront et, sans doute s’accroîtront.

Une telle situation n’est pas stable. De nombreux signes montrent que le recours aux solutions autoritaires, nationalistes, populistes, puis fascistes n’est plus à exclure, et toute aggravation de la situation économique ou des phénomènes migratoires pourrait accélérer cette évolution. L’absence de solution de rechange, capable de résoudre des problèmes que l’idéologie libérale actuelle ne maîtrise pas, est donc préoccupante. Or la gauche ne paraît pas convaincue qu’il soit nécessaire de proposer un autre « modèle de société ». Il s’agirait là d’une entreprise à la fois trop difficile et peu utile. Chacun le sait, les idéologies seraient mortes. Le progrès politique ne dépendrait plus de la mise au point d’une nouvelle vision du monde, mais de la gestion quotidienne. Il serait inutile de s’opposer au libéralisme triomphant ; il suffirait de l’aménager de façon intelligente et sociale, ce qui demeurerait possible, en dépit de difficultés passagères.

Or ce type de raisonnement n’est que l’expression d’une idéologie de droite. Il est indispensable aujourd’hui de concevoir un autre « modèle de société » et de dénoncer l’idée qu’il s’agit là d’une tâche titanesque, exigeant un long travail d’analyse. Les données du problème sont en effet simples. Le libéralisme capitaliste et démocratique a démontré sa supériorité sur le socialisme bureaucratique, et il ne saurait être question de revenir à une gestion étatique de l’économie. Mais les structures du système actuel conduisent à des conséquences insupportables. Ce sont donc bien ces structures qu’il faut modifier et le sens dans lequel elles doivent l’être est indiqué par l’absurdité même de certaines réalités tenaces :

• le mécanisme de compétition mondial entraîne une concurrence entre travailleurs des pays riches et travailleurs à très bas salaires des pays pauvres, et crée le chômage et l’exclusion chez les premiers sans pour autant réduire l’exploitation des seconds ;

• le commerce des armes encourage et aggrave les guerres civiles que l’on cherche par ailleurs à apaiser ;

• l’entretien d’appareils militaires très performants, qui coûtent plus de 1 000 milliards de dollars par an, et qui sont parfaitement inutilisables quand il s’agit d’imposer la paix ;

• un concert de grandes puissances qui prétend diriger le monde en matière de sécurité et d’économie, mais se contente d’interventions brouillonnes et timides et ne résout aucun problème.
 
Risques de fascisme

 

L’économie ne conduit plus à l’enrichissement progressif de toutes les catégories sociales, dans les pays riches comme dans la périphérie pauvre, par retombées successives. Elle n’est plus fondée sur un « fordisme » qui utilisait, dans le cadre de marchés essentiellement nationaux, des travailleurs semi-formés en grand nombre, payés et protégés socialement de manière à devenir des consommateurs de produits de masse standardisés. Elle tend au contraire, dans le cadre d’un marché du travail mondial, avec un système de production de plus en plus mécanisé et automatisé, à faire disparaître toute protection sociale, à faire baisser les rémunérations et à rechercher la clientèle de catégories privilégiées. La maximisation des profits fabrique des chômeurs et des exclus qui n’ont ni importance économique ni possibilité d’expression politique. L’irrésistible intégration économique planétaire s’accompagne de l’imposition du modèle de vie occidental à un monde pauvre qui n’est ni préparé à le recevoir, ni mis en mesure de l’atteindre, ce qui provoque des réactions identitaires, sociales, culturelles et politiques catastrophiques.

Les conditions de la sécurité sont par ailleurs transformées : les pays riches, notamment les grandes puissances, n’ont plus de revendications territoriales les uns à l’égard des autres et il n’y a pratiquement plus de risques de guerres entre États. Le monde n’est plus conforme à la doctrine de Clausewitz. On assiste en revanche au développement des conflits au sein des États, et à la réapparition des risques de fascismes. Les menaces nouvelles, qui apparaissent ainsi au Sud comme à l’Est, ne pourraient être réduites ou maîtrisées que par des stratégies de prévention comportant une aide économique massive que les gouvernements actuels sont incapables de mettre en oeuvre.

Un système fait de centres de décisions nationaux, d’armées nationales, d’alliances sans ennemis, et de mécanismes de « sécurité collective » (1) incapables de fonctionner n’est évidemment pas en mesure de répondre aux défis des crises identitaires, des guerres civiles, des migrations massives ou de la destruction de l’environnement. Les institutions actuelles — Nations unies, Fonds monétaire international (FMI) et le groupe des sept pays les plus riches (G7) — ne sont pas en mesure de contrôler et de diriger le mouvement d’intégration mondial. Et, sur le plan économique et social, des systèmes fiscaux qui cristallisent les structures de classe et accroissent les inégalités, des méthodes éducatives qui ne répondent pas à la mutation permanente des types d’emploi (lire « Faire de la vie une permanente éducation »), des investissements publics strictement nationaux qui excluent les régions pauvres, n’ont aucune chance d’empêcher des distorsions catastrophiques. La modernisation des structures héritées du passé s’impose donc à la fois sur le plan des institutions politiques et sur celui des mécanismes de répartition de la richesse. Les grandes lignes de ce que devrait être un autre modèle de société découlent logiquement de ces constatations.
 
Elles comportent d’abord la définition d’un cadre politique mondial, parce que c’est seulement à ce niveau que peuvent être correctement assurées désormais les fonctions de sécurité et celles de contrôle de l’intégration de la société. Cela suppose un véritable système de sécurité, ce qui signifie l’abandon de la « sécurité collective » inefficace de type onusien, et son remplacement par les méthodes de « sécurité coopérative », de vérification réciproque, de réduction des armements et de coopération économique et culturelle qui ont fait leurs preuves à la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE).
 
Il faut également mettre en place des mécanismes de prévention efficaces, c’est-à-dire des fonds d’intégration mondiaux, alimentés par une fiscalité mondiale et capables de faire dans les régions pauvres les investissements publics indispensables au relèvement rapide des niveaux d’éducation et de vie ; imposer l’interdiction du commerce et de la fabrication de certaines armes ; créer des mécanismes de vérification des principes de respect des droits de l’homme et des peuples souscrits par les États. Un directoire mondial représentatif des grandes puissances et des diverses régions et un Parlement mondial permettraient de faire fonctionner l’ensemble.
 
S’attaquer à tous les blocages

Au niveau national, un système de redistribution des richesses capable de corriger la tendance à la constitution de castes héréditaires, qui maintiennent en cette fin de XXe siècle un système strictement féodal, ne peut plus reposer sur la seule fiscalité progressive des revenus. Il doit être capable de garantir l’égalité des chances par une réforme profonde de la fiscalité sur les successions (2) établissant des taux très progressifs sur les grandes fortunes afin d’interdire la transmission d’un pouvoir économique oppressif, tout en protégeant les patrimoines familiaux moyens ; par une restructuration des budgets publics en fonction des véritables priorités, faisant passer la lutte contre le chômage avant celle contre l’inflation ; enfin par une réduction drastique des crédits militaires et un accroissement corrélatif de ceux consacrés à l’enseignement et à la formation permanente, notamment par un usage adéquat de la télévision.
 
En définitive, il est temps de sortir de la confrontation pour définir une culture de coopération, et de rechercher le développement des hommes et non l’amélioration des produits marchands. L’identification des structures capables de faire fonctionner correctement une société devenue à la fois post-fordiste et post-clausewitzienne n’est pas à cet égard l’obstacle majeur à surmonter. En revanche, la distance qui sépare la vision d’un autre modèle de société de son adoption par la classe politique et l’opinion reste considérable. Elle est encombrée par des tabous et un « réalisme » qui n’est autre que le refus d’accepter les conséquences du changement. Il en va ainsi des interdictions de toucher à l’armée (sous peine d’être accusé de veulerie ou de traîtrise), au patrimoine familial héréditaire (quelle que soit sa dimension ou les conditions de son acquisition), à l’intérêt national (quelle que soit l’étroitesse des vues que la formule protège), au niveau de la pression fiscale (quelle que soit son impact réel) et, bien entendu, au monétarisme (sous peine d’être traité d’ignorantin).
 
Certes, il faut quelque courage pour s’attaquer à tous ces blocages. Pourtant, la gauche ne retrouvera son inspiration internationaliste et humaniste que si elle accepte enfin de les dénoncer.

 

Maurice Bertrand

Auteur de l’ONU, La Découverte, Paris, 1994.
 

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(1) Lire Maurice Bertrand, « Le mythe de la sécurité collective vole en éclats », le Monde diplomatique , juin 1994.

 

(2) Lire Claude Julien, « Pour une autre politique », le Monde diplomatique, septembre 1994.

A propos des événements de Grasse: les désarrois de l’élève Torless

 

17 Mars 2017

Le jeune homme, posant ici sur un char d'assaut, est fasciné par les armes./ Capture Facebook

Le jeune homme pris en photo sur un char était dit-on fasciné par les armes…

 

Dans le quartier marseillais où je vis, deux mondes se côtoient. Celui des retraités et celui de gens « issus de l’immigration » dont un certain nombre de femmes en voile intégral. C’est une guerre de position, une boucherie hallal vient de s’installer alors qu’il existe déjà deux boucheries traditionnelles. Je n’ai pas une sympathie particulière pour ces déguisements et bien plus nombreuses sont les femmes jeunes habillées normalement et qui gentiment me cèdent leur place dans le métro, des étudiantes. Mais je ne puis ignorer la guerre latente que des groupes minoritaires ont choisi de se livrer. Il y a Lidl qui est un terrain neutre et des commerces bastions, comme le marchand de journaux où toute la journée des vieillards atrabilaires suppôts du FN viennent faire la campagne de Marine, avec un unique thème: on n’est plus chez nous, l’insécurité et les voyous. Leur référence: la résistance, du temps où les Français avaient des « couilles ». En fait ils n’ont jamais pu participer à la résistance tout au plus aux 27 mois de la guerre d’Algérie, pas de quoi s’affirmer « couillus »avec une guerre qui a pratiqué la torture et une glorieuse armée virée du terrain… Alors on s’attribue les mérites du père peut-être un communiste.

 

Hier le principal « militant » de ce groupe des retraités avait entrepris un couple un tantinet cacochyme.  Il n’osait pas en faire autant avec moi parce qu’il sait que j’ai la langue acérée et que je déstabilise férocement ses arguments alors même que je suis une « dame » au teint plutôt laiteux, je lui balance: « on n’avait qu’à pas aller les embêter, les bombarder, ils seraient pas obligés de venir chez nous! » Il se gratte la tête et déclare « il y a beaucoup à dire là-dessus » et il se tait. Mais aujourd’hui, il a un regain de vivacité, le thème est ce qui s’était passé à Grasse et nos petits enfants en danger. Je sors sans un mot en attendant d’en savoir plus.

 

Oui mais voilà, le soir même j’ai repensé à lui à sa déception devant le profil du « terroriste »: on attendait un jeune basané gorgé de la propagande de Daech, un client pour grappiller quelques votes au profit de Marine, le profil était bien différent. Mon problème est la manière dont la piste « terroriste » a été si rapidement écartée, qu’est-ce que le terrorisme et les enfants dévoyés qui s’y livrent?

 

L’auteur de la fusillade est un lycéen de 17 ans, scolarisé en classe de première littéraire. Killian, c’est son prénom, était lourdement armé lorsqu’il a pénétré dans le lycée. Il portait notamment un fusil, avec lequel il a tiré sur trois personnes, deux armes de poing et deux grenades, même si on ne sait pas encore précisément si toutes ces armes étaient chargées. Le jeune homme, interpellé quelques minutes après les faits, a été placé en garde à vue pour « tentatives d’assassinats ».

 

Il aurait agi par vengeance. Plusieurs témoins affirment qu’il a visé des personnes en particulier, notamment le proviseur, et n’a pas tiré au hasard. « Ses motivations semblent liées aux mauvaises relations qu’il entretiendrait avec d’autres élèves de l’établissement, » a déclaré la procureure de Grasse, Fabienne Atzori. Mauvaises relations avec les condisciples, cruauté de ces derniers, le groupe adolescent qui se constitue contre un bouc émissaire, dans le fond l’exact reflet de ce qui se passe chez le marchand de journaux du quartier. Avec cet aspect particulier de la relation avec sa propre famille à laquelle on a toujours  du mal à s’identifier à l’adolescence, mais plus encore s’il s’agit d’un groupe stigmatisé ou auquel on ne peut accéder.

 

C’est incontestablement par ce biais parental autant que les cruautés des condisciples que la fragilité devient béance. Est-il besoin d’en rajouter?


« On est plutôt sur quelqu’un qui semble avoir des problèmes psychologiques », a expliqué Christian Estrosi, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui s’est rendu sur place après la fusillade. Une thèse confirmée en fin de journée par Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education nationale, qui parle, elle, de « l’acte fou d’un jeune homme fragile et fasciné par les armes ».

 

Tous les reportages faisaient état des ascendants du jeune homme, il s’agissait d’un fils de conseiller municipal ancien militaire. Rien de plus, jusqu’au moment où dans les réseaux sociaux on découvrait qu’il s’agissait d’un Fils d’un conseiller municipal de Grasse, ex-membre du FN, élu aux municipales de 2014 sous l’étiquette Front national mais qui a depuis rejoint l’équipe en place du maire Jérôme Viaud (Les Républicains). Le père du suspect est également coordinateur pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur du Rassemblement pour la France (RPF), un micro-parti souverainiste et il vient d’apporter son soutien à la candidature de François Fillon. Mais je n’ai pas envie de me gausser de ces parents-là, pas plus que de ceux de l’assassin de Saint Etienne du Rouvray, leur douleur est semblable.

 

Tout le monde, à commencer par le maire Républicain et Estrosi, le président du Conseil Régiona,  très embarrassé et écartant tout de suite la piste du « terrorisme ». Mais n’y a-t-il pas plusieurs « terrorismes » dont celui parfaitement autochtone? Et le malaise de ce jeune homme est-il d’une autre essence que celui des enfants maudits du fascisme dit islamiste?

 

A cette question personnellement je réponds NON. Notre société est malade, la violence, les haines qui s’imposent comme le modèle identitaire avec des personnages auxquels s’identifier qui vous introduisent de la vraie vie au virtuel des jeux vidéos.

 

Selon plusieurs sources proches de l’enquête, l’adolescent faisait l’objet de brimades ou de harcèlement de la part d’autres élèves. Un de ces cas douloureux dont on ne cesse de nous expliquer à juste raison combien l’enfance cruelle peut avoir un rôle destructeur et ce quelles que soient ses origines et son milieu social. Je repense aux désarrois de l’élève Törless, décrits par Musil. Le livre raconte l’histoire sombre et perturbante d’un jeune homme désorienté s’interrogeant sur les valeurs morales de la société et leur signification. Le roman fit d’abord scandale auprès du public et des autorités, à cause d’un contenu sexuel abordé franchement (prostitution, homosexualité, viol), quoique sans rien d’explicite. Plus tard, on a vu dans ce texte plusieurs prémonitions du fascisme, notamment dans les personnages de Beineberg et Reiting, qui paraissent être de sages élèves le jour, mais abusent sans vergogne d’un camarade de classe, psychologiquement et physiquement, la nuit.

 

Ces enfants qui entrent dans la nuit du virtuel sont les nôtres, ceux de ce quartier pourri jusqu’à la moelle par l’hostilité médiocre d’adultes, qui peut-être témoignent à quel point la cruauté infantile à l’ère des réseaux sociaux et la montée des haines sociales peuvent effectivement annoncer la fascisation des esprits.

 

Au risque de paraître excessivement optimiste, je pense que nos sociétés ne veulent pas du fascisme, mais tout est fait pour le leur imposer et faute d’une perspective qui impose des valeurs de paix et de justice, cette minorité sera l’ultime recours de ceux qui veulent à tout prix conserver des privilèges mortifères. Le fascisme n’a jamais été majoritaire, mais quand toutes les autres solutions pour contenir la colère des peuples sont épuisées, les possédants y voient l’ultime recours et embrigadent nos enfants dans cette aurodestruction.

 

Danielle Bleitrach

Robert Hue, Marie-Georges Buffet, Pierre Laurent...

 

Lettre ouverte au secrétaire national du parti communiste (pour prendre date...)

 

, par  pam

pdf 

 

Robert Hue soutient donc Emmanuel Macron, comme... Patrick Braouzec. Marie-Georges Buffet soutient Mélenchon en considérant que les partis doivent se "dépasser" et en plaçant l’espoir dans les "insoumis"...

 

Que fera Pierre Laurent après 2017 ?

 

Robert Hue a été le premier dirigeant du PCF de 1994 à 2002. Nouveau secrétaire national, il obtient 8,64% aux présidentielles de 1995 [1], avant d’engager la "mutation" en 2000 au congrès de Martigues dont il dit qu’il est de même importance que le congrès de tours. Résultat ? il obtient 3,37% aux présidentielles de 2002. Il quitte finalement le parti, crée un parti annexe du PS pour devenir en 2017 soutien de Emmanuel Macron...

 

Marie-Georges Buffet a été la première dirigeante du PCF de 2002 à 2010. Elle s’appuie sur le succès du NON au référendum de 2005 pour tenter la métamorphose du PCF avec les "collectifs anti-libéraux". Elle est candidate d’un rassemblement anti-libéral bien incertain aux présidentielles de 2007, obtenant 1,93% des voix, résultat depuis attribué au PCF. Elle pousse à la transformation du parti, rejetée à l’assemblée nationale des animateurs de section de 2007, puis joue un rôle majeur dans la création du Front de Gauche jusqu’au soutien à Jean-Luc Mélenchon en 2012, qui obtient 11,10 % [1] Au moment où les communistes cherchent les chemins d’une bataille communiste en 2017, elle veut "recréer l’espoir avec le mouvement des insoumis", considérant que "il faut parfois que ces partis se dépassent eux-mêmes pour créer quelque chose de neuf". Elle est à mi-chemin du Robert Hue de 2000 et de 2017... Son ami Patrick Braouzec, qui a déja quitté le parti, ayant lui franchi le rubicon en soutenant Macron...

 

Ne parlons pas de Jean-Claude Gayssot ou de Charles Fiterman... anciens dirigeants communistes de premier plan passés dans les bagages du PS...

 

La question pour les communistes est simple. Comment est-il possible que pendant 20 ans, ils aient été dirigés par des personnalités politiques qui au final préfèrent un autre parti ?

 

Depuis la mutation, les dirigeants du PCF qui se succèdent cherchent dans le changement de nom (Robert Hue), ou la "métamorphose" (Marie-Georges Buffet) une "évolution" du parti dans un rassemblement où la discussion avec d’autres forces est prioritaire sur le renforcement et la vie du parti communiste, jusqu’au "refondateur" Braouzec soutenant la recomposition politique macronite puisque au final, peu importe le parti communiste, pourvu que "la gauche" barre la route au FN...

 

La question est posée pour Pierre Laurent. Il s’est inscrit dans la continuité de la mutation de Robert Hue, et du Front de Gauche de Marie-Georges Buffet... Il se retrouve écarté de la bataille présidentielle tentant désespérant de négocier avec JLM... Le bilan des législatives sera un moment vérité pour lui comme pour les communistes.

 

Comment veut-il rester dans l’histoire ? 


- Comme le troisième dirigeant successif du PCF à le quitter ? [2


- Ou comme le premier dirigeant du XXIème siècle à le reconstruire ?

 

S’il choisit la reconstruction, il faudra qu’il accepte de tirer le bilan de 20 ans de renoncement, de fuite en avant, de refus du débat en vérité, d’éloignement de l’effort militant au profit des illusions médiatiques. Il lui faudra rompre avec la mutation et ceux qui l’ont porté. Il lui faudra retrouver le fil de l’histoire communiste, celle de Thorez, Duclos, Marchais, celle du matérialisme historique, des luttes de classe, celle qui est fière de l’histoire du socialisme...

 

L’heure est à la bataille pour aider le peuple à sortir du piège de la fausse alternative Macron-Le Pen, à prendre conscience que quelque soit son vote, il faudra s’organiser pour la lutte sociale, et qu’il y a donc urgence de gagner et regagner des députés communistes de combat.

 

Mais prenons date pour la suite...

 

[1] rappelons que le total de la gauche du PS n’obtient que 12,81% en 2012, contre 13,4% en 2002, et même 18,7% en 2002 avec Jean-Pierre Chevènement, et 13,94% en 1995...

 

[2oui, Marie-Georges Buffet ne l’a pas quitté... mais elle n’y croie plus... alors, on peut dire, pas encore...

 

Publié par  El Diablo

PRÉSIDENTIELLE: à Brest, cinquante militants, surtout du PCF, pour l'union Hamon-Mélenchon

Ces militants veulent croire qu'une candidature unique entre Hamon et Mélenchon est encore possible. © Le Télégramme

Ces militants veulent croire qu'une candidature unique entre Hamon et Mélenchon est encore possible. © Le Télégramme

À l'initiative du Parti communiste, une petite cinquantaine de militants se sont rassemblés, hier, place de la Liberté, pour refuser la fatalité d'une gauche qui se présente, pour l'instant, en ordre dispersé à la présidentielle.

« C'est bien ici, le rassemblement pour l'union de la gauche » ? 14 h, hier[le11/03/2017], place de la Liberté. Cette femme incrédule se présente devant une poignée de militants qui se comptent encore sur les doigts des deux mains. Peu à peu, pourtant, de nouvelles têtes viennent gonfler l'attroupement initial. Certains sont venus avec des drapeaux du PC, d'autres exhibent des panneaux où l'on peut lire : « Benoît-Jean-Luc : candidature commune ».

Aucun élu socialiste

Dans les rangs, des militants et élus communistes, ceux de BNC l'Autre gauche, mais aussi des représentants de forces associatives ou syndicales. Mais pas d'élus socialistes, ni d'aficionados de la France Insoumise, le mouvement incarné par Jean-Luc Mélenchon.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Présidentielle. Cinquante militants pour l'union Hamon-Mélenchon

 

 

Présidentielle. Cinquante militants pour l'union Hamon-Mélenchon

À l'initiative du Parti communiste, une petite cinquantaine de militants se sont rassemblés, hier, place de la Liberté, pour refuser la fatalité d'une gauche qui se présente, pour l'instant, e...

 

http://www.letelegramme.fr/finistere/brest/presidenti


Commentaire de B.T : Vouloir le rassemblement à gauche, certes. Mais, que recouvre ce qualifitatif ? Après la loi El Komri de saccage du code du travail comment croire que le P.S est encore un parti de gauche, l'a-t'il jamais été ??

 

Si il l'a été, c'est dans une période très courte qui va de 1981 à 1983. Quand à JML il exige n'ont pas le rassemblement, mais le ralliement à son auguste personne. Dans ces conditions, pour moi, ce sera blanc aux 2 tours, de ce qu'il faut bien appeler un diner de cons. C'est pour ma part le seul vote digne pour un communiste, bonne chance aux futures cocus.

 

 

Un décodeur sachant décoder (etc, etc….)

 

Jacques SapirPar  · 

Un bon décodeur devrait savoir décoder, et pour cela aller chercher les sources là où elles se trouvent. C’est la moindre des choses.

 

Le sieur Samuel Laurent ayant mis en doute mes informations sur la hausse de la fréquentation de RussEurope pour le mois de février et consécutivement à mon classement jaune/orange dans l’index de DECODEX (qui n’est pas encore celui de la papauté), je lui fournis les preuves avec trois captures d’écrans des statistiques de février, montrant bien le saut spectaculaire de la fréquentation de mon carnet.

 



 

Il se fait que j’ai des raisons de penser que le sieur Samuel Laurent connaît certains des responsables d’Hypothèses.org, qui héberge mon carnet. Il aurait pu leur demander de confirmer (ou d’infirmer) les chiffres que j’ai donnés. Il ne l’a pas fait, comportement intéressant pour quelqu’un qui se prétend en charge de la vérité dans les médias. Ceci jette alors une lumière particulière sur les messages qu’il a échangé avec un certain Sébastien Rochat :

 

Sébastien Rochat‏ ‪@SebastienRochat 6 hil y a 6 heures

 

Plus @samuellaurent‪ C’est Gérald Bronner qui vient de l’évoquer à propos du blog @russeurope tout en précisant qu’on ne pouvait pas le vérifier

 

‪@SebastienRochat‪ @russeurope bah c’est juste faux

 

12:24 – 15 mars 2017

 ——

Cela montre, s’il était encore besoin que le Sieur Samuel Laurent est parfaitement dépourvu de sérieux, et n’a créée DECODEX que pour que ses pitreries aient une certaine reconnaissance. Mais qu’il sache que je conserve tous les messages et toutes les preuves pour démontrer ses mensonges et ses vantardises…

 

A bon entendeur….

Le marxisme est une maladie génétique que l’on pourra guérir lorsque l’on parviendra à isoler « le gène rouge ». Le socialisme ne serait quant à lui qu’une « maladie mentale contagieuse ».

Ainsi raisonnaient, pendant la Guerre d’Espagne et les années de l’après guerre, Franco et le Chef des services psychiatriques militaires des armées franquistes, le « doctor » Antonio Vallejo Nágera, psy officiel des fascistes espagnols, nommé, par télégramme de Franco, le 27 août 1938. Et ce « médecin fou »... non ! ce facho, qui n’a rien à envier aux nazis, créa le « Cabinet d’investigations psychiatriques » pour étudier « les racines psychophysiques » du marxisme.

 

Il écrivit « La folie dans la guerre » en 1939, « Enfants et jeunes anormaux » en 1941, « Eugénèse de l’Hispanité », et le « Concerto pour instruments désaccordés. Souvenirs d’un psy », publié en 1984, après sa mort (1960). Vallejo Nágera engagea des recherches et des expériences médicales terrifiantes sur des prisonniers et prisonnières de guerre (une cinquantaine de femmes de Málaga), des membres des Brigades internationales (297), des détenus basques et catalans... Il opérait dans un camp de concentration à San Pedro de Cardeña. Il cherchait à établir les relations entre les « caractéristiques biopsychiques » du « sujet rouge » et son engagement communiste. Il partait d’un postulat : l’infériorité de l’homme et de la femme marxistes tenait à une malformation, à une perversion génétique. Eliminer le « gène du marxisme » éradiquerait donc le marxisme et améliorerait « la race ».

 

« Si comme nous le pensons, écrivait-il, les militants marxistes sont de préférence des psychopathes ordinaires, la ségrégation totale de ces sujets dès l’enfance pourrait libérer la société d’une plaie si terrible ».

 

Vallejo Nágera, ce Mengele espagnol, cet « idéologue eugéniste » du franquisme, était parvenu à un certain nombre de « constats scientifiques » sur lesquels s’appuyait la dictature pour mener à bien « le génocide » (Paul Preston) de l’Espagne antifasciste, ouvrière et paysanne : « l’infériorité mentale » des partisans de la République, et, au sujet de la femme militante : son « manque d’inhibitions intelligentes et logiques », « la faiblesse de son équilibre mental », son penchant pour la cruauté, le sexe libre... Les miliciennes boivent, fument, aguichent, draguent, portent l’uniforme serré et le fusil... Elles participent à la révolution seulement pour « satisfaire leurs appétits sexuels latents ».

 

D’où la nécessité, CQFD, de prisons féminines (l’enfer de celle de Las Ventas à Madrid, de celle de Albacete cauchemardesque....) afin d’ « enlever le diable » aux « salopes de rouges... et noires), de les « rechristianiser », de les « rééduquer », et le besoin de séparer les mères « rouges » de leurs enfants pour « éviter toute contagion ». Le régime confie les gamins des prisonnières, des « disparus », aux associations « bienfaitrices » phalangistes, et surtout aux institutions religieuses (l’Eglise espagnole a participé ainsi au « vol de milliers d’enfants », sans aucun mea culpa ni repentir jusqu’à ce jour), qui les « donnent » ensuite en « adoption » (vol d’enfant, crime d’Etat, crime contre l’humanité, imprescriptible) à des familles « bienpensantes », riches, bigotes, curaillones, phalangistes, militaires, gardes-civils... Les gamins recevaient un lavage de cerveau total, traumatisant ; on leur inculquait une idéologie contraire à celle de leurs parents. Des milliers d’enfants ont ainsi été volés (« sauvés ») par l’Etat franquiste, sans qu’aucun gouvernement espagnol n’ait à ce jour assumé ses responsabilités pour tenter, comme en Argentine, d’en retrouver le maximum. Plusieurs milliers et même sans doute plusieurs dizaines de milliers d’enfants volés en Espagne, beaucoup plus que dans toute l’Amérique latine des dictatures.

 

Des commandos de la Phalange se livrèrent même à l’époque, à la chasse à « l’enfant rouge » (« pour son bien »), en Espagne et même (et surtout ?) en France, où avaient trouvé refuge 17 489 enfants républicains espagnols évacués par la République... 12 831 d’entre eux « disparurent ». Pas de mystère ! Les franquistes se vantent de les enlever, en territoire français, pour les ramener en Espagne. Avec quelles complicités françaises officielles ? A quand des explications de la France officielle ? On trouve des photos de trains entiers d’enfants de républicains arrivant de France en gare de Barcelone, de Madrid, bras tendus, en 1939, 1940, etc., après avoir échappé, dit la presse... « aux griffes du marxisme » en France.

 

Vallejo Nágera créa même l’officielle « Délégation extraordinaire de rapatriement des enfants ». Le 30 mai 1940, Franco, par décret, déchut de « l’autorité parentale » les vrais parents des gamins, et quelques mois plus tard, une deuxième loi autorisa les familles « adoptives » à changer le nom et le prénom des enfants. Le crime d’Etat fut ainsi consommé. Ni Felipe Gonzalez, ni Aznar, ni Zapatero, ni Rajoy, n’ont bougé ni ne bougent. Pas de « Commission justice et vérité », pas de Banque de données génétiques... Au nom sans doute d’une « transition » consensuelle mais fort peu « modélique », et bien mal en point aujourd’hui.

Pour bons et criminels services, en 1951, l’Académie royale de Médecine éleva Vallejo Nágera au rang d’académicien, alors qu’il relève plutôt de Nuremberg. Quelques rues espagnoles portent encore son nom. Et les anticommunistes sont devenus « classe », et j’allais écrire :« plus malins » ???? Encore que... Ils n’expliquent plus par la biologie « l’infériorité du marxisme » !!! Mais sur le fond...

 

Jean ORTIZ

»» http://www.humanite.fr/blogs/comment-affranchir-la-societe-du-marxisme...
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15 mars 2017

Jérôme Debrune, Michéa et le capitalisme

« En réalité, nous dit Jérôme Debrune, toutes les critiques de Michéa à l’encontre du capitalisme néolibéral sont formulées au nom du passé. Aussi ne faut-il pas s’étonner de ses attaques répétées et quasi obsessionnelles contre le « pédagogisme », terme des plus flous qui lui permet par avance de disqualifier tous ceux et toutes celles qui seraient en désaccord avec lui, responsable à ses yeux d’avoir précipiter l’école dans les griffes du marché. Sous prétexte que le capitalisme ne s’était pas encore emparé de toute la vie quotidienne avant le développement de la société de consommation de masse, c’était mieux avant. Pourtant sa logique était bien déjà à l’œuvre, le capitalisme pouvant bien changer de forme mais rester le même en son fond... »

Reprenons les réflexions de Jérôme Debrune...

Michel Peyret


Pleurer le passé ou repenser l’émancipation ?

 

Posté le 4 mars 2017 par Debrune Jérôme

Il faut reconnaître que Jean-Claude Michéa a su au fil de ses livres construire une critique radicale du capitalisme et de la forme de (sur)vie où nous nous débattons (1).

Le mode de destruction capitaliste

Sans doute n’est-il pas le seul ni le premier à avoir montré comment une gauche « libérale », progressiste mais antirévolutionnaire, a su se faire la porte-parole de la classe ouvrière pour mieux la déposséder de son autonomie et réduire son refus du capitalisme. En défendant l’équité ou la justice dans l’abstrait plutôt que l’égalité de fait, en éludant les conflits de classe et les antagonismes sociaux au cœur du capitalisme, les républicains libéraux ont travaillé activement à la récupération des luttes ouvrières au profit d’un réformisme qui n’a jamais été qu’un aménagement de l’oppression et non l’abolition du capital comme rapport social global de domination.

Pourtant, il a mené cette critique avec constance et clarté, ce qui a permis une large diffusion de ses idées. D’autre part, il a su porter sa critique jusqu’au niveau de la contradiction principale de la logique délirante de la marchandisation du monde. En suscitant en permanence des désirs de consommation sans même que les besoins sociaux de base ne soient satisfaits, en concevant le progrès comme l’accumulation illimitée de biens et de services, la déraison capitaliste menace en effet l’humanité tout entière en détruisant l’écosystème. Face à ce défi, il ne peut plus être question seulement de changement de politique économique mais de révolution culturelle et de rupture radicale avec tout un modèle de société.

Le problème avec Michéa, ce n’est pas sa critique-constat en elle même, c’est plutôt au nom de quoi elle est portée et d’où il parle.

Critique hors du temps

En réalité, toutes les critiques de Michéa à l’encontre du capitalisme néolibéral sont formulées au nom du passé. Aussi ne faut-il pas s’étonner de ses attaques répétées et quasi obsessionnelles contre le « pédagogisme », terme des plus flous qui lui permet par avance de disqualifier tous ceux et toutes celles qui seraient en désaccord avec lui, responsable à ses yeux d’avoir précipiter l’école dans les griffes du marché. Sous prétexte que le capitalisme ne s’était pas encore emparé de toute la vie quotidienne avant le développement de la société de consommation de masse, c’était mieux avant. Pourtant sa logique était bien déjà à l’œuvre, le capitalisme pouvant bien changer de forme mais rester le même en son fond.

Michéa est lui-même prisonnier d’un progressisme qu’il n’arrête pourtant pas de pourfendre par ailleurs, incapable qu’il est de penser en termes de rupture ou de bifurcation. De même, il invoque continuellement un bon sens populaire, le « common decency » empunté à Georges Orwell, sans bien voir toutefois qu’il a été en grande partie balayé par la marchandise qui a presque entièrement colonisé les imaginaires. A la fin, il ne tire pas toutes les conséquences de l’intégration de la classe ouvrière dans la société marchande et, maintenant, de sa décomposition, comme du reste de la société d’ailleurs. En ce sens, notre rapport à l’expérience ouvrière ne peut être que problématique.

On ne combat pas dans le présent avec les armes du passé. On voit mal aujourd’hui comment repenser l’émancipation sans articuler la question sociale avec les luttes pour la reconnaissance et contre toutes les formes de discrimination. Les violences policières dont l’actualité témoigne encore ces derniers jours et qui en viennent à faire système à l’époque de l’état d’urgence quotidien montrent que c’est un enjeu majeur. Cela passe aussi par une éducation attentive à l’émergence d’agir collectifs autonomes, aux liens humains authentiques qui peuvent se nouer entre les un-e-s et les autres, aux relations d’entraide et de solidarité susceptibles de devenir des principes actifs de résistance aux ravages du capitalisme et de l’idéologie sécuritaire. Mais il s’agit de conceptions éducatives bien éloignées de l’école que Michéa voudrait restaurer, elle-même instrument du capitalisme, sinon production.

Il y a des promesses de libération contre l’oppression dont nous héritons et qui sont encore incandescentes. Seulement, il faut leur donner un devenir ici et maintenant, les réactualiser véritablement plutôt que de s’enfermer impuissants dans un passé mythique en regardant fuir le réel.

Jérôme Debrune

(1) Il vient de publier Notre ennemi, le capital, Flammarion, 2017, 320 p.

 
Posté par Michel Peyret
14 mars 2017

La lecture de Gramsci par André Tosel

« Si le fascisme est une réponse européenne de type étatique, le fordisme-américanisme est, lui, construit par des « intellectuels organiques » liés à la production industrielle. La « révolution passive » vise une contre-révolution générale pour empêcher la mise en mouvement des dominés. La lecture de Gramsci par André Tosel est d’une grande actualité à l’heure où se développe la contre-révolution néolibérale, dernier grand récit à prétention universelle. Étudier Gramsci, c’est ouvrir une « boîte à concepts » indispensable pour relancer le travail de la critique en période de crise... »

André Tosel vient de disparaître. Nous continuerons de penser à lui, avec lui...

Michel Peyret



ANDRÉ TOSELANTONIO GRAMSCI - PIERRE MUSSO - PHILOSOPHIE

Une «Gramsci Renaissance », parlons-en !

PIERRE MUSSO PROFESSEUR DES UNIVERSITÉS

JEUDI, 15 SEPTEMBRE, 2016

L'HUMANITÉ

Etudier Gramsci, d’André Tosel. Éditions Kimé, 340 pages, 28 euros 

Le philosophe André Tosel, l’un des meilleurs spécialistes d’Antonio Gramsci, invite dans un nouvel ouvrage qu’il consacre au philosophe marxiste à poursuivre l’étude de son œuvre. Gramsci, cofondateur du Parti communiste italien (PCI), mort dans les geôles fascistes, qualifié de « célèbre inconnu », est paradoxalement l’auteur italien moderne le plus cité dans le monde. En France, il a été étudié et discuté dans les années 1960-80 notamment sous l’impulsion de Louis Althusser. Puis ce fut un long silence de vingt ans.

Pas pour Tosel qui poursuit inlassablement l’exploration de cette œuvre. Il est satisfait de constater aujourd’hui une « Gramsci Renaissance », en Italie et dans les pays anglo-saxons, un retour et un recours accru à un auteur si novateur. L’heure de Gramsci a sonné, dit-il, car il a livré une puissante dialectique critique pour aider à comprendre le monde contemporain dans une phase historique de « révolution passive capitaliste ». Tosel invite à « une critique continue » de l’hégémonie néolibérale que porte le capitalisme financier, qui transforme le monde en un univers de violence inédite. Il identifie les « trois portraits de Gramsci » antérieurs à son arrestation en 1926 : le journaliste socialiste flamboyant, le théoricien des conseils des usines de Turin, puis le dirigeant du jeune PCI.

Une des originalités de la pensée de Gramsci est de partir de son expérience de l’entreprise – et non de l’appareil d’État – pour comprendre le monde. André Tosel insiste sur la critique gramscienne du mythe positiviste et du déterminisme historique qui ferait se succéder des époques de la production, y compris chez Marx. Cela fait que « le socialisme est paralysé par sa propre foi en la science et en la science de l’histoire ». Gramsci y oppose l’imprévisibilité de l’histoire pour mieux souligner l’importance du volontarisme politique. Or, Gramsci a été injustement taxé en France d’« historiciste », notamment par Althusser, ce qui a contribué à le délaisser. C’est pourquoi Tosel fait « un retour critique sur cette critique » en revisitant la théorie de l’histoire de Gramsci. Il concentre son attention sur le concept de « révolution passive » associée à la « guerre de positions » que Gramsci distingue de la « guerre de mouvement ».

La « révolution passive » est une contre-révolution, une sorte de restauration, à l’intérieur de la société capitaliste, pour répondre à une crise d’hégémonie. Toute domination ne perdure, pour Gramsci, qu’avec le renouvellement de « l’hégémonie » qui est la direction intellectuelle et politique de la société. Dans les années 1920-30, les deux formes de la révolution passive sont le fascisme italien et le fordisme nord-américain. Tous deux visent à produire un conformisme de masse et une réforme intellectuelle et morale pour maintenir la multitude dans la passivité et neutraliser toute opposition populaire.

Si le fascisme est une réponse européenne de type étatique, le fordisme-américanisme est, lui, construit par des « intellectuels organiques » liés à la production industrielle. La « révolution passive » vise une contre-révolution générale pour empêcher la mise en mouvement des dominés. La lecture de Gramsci par André Tosel est d’une grande actualité à l’heure où se développe la contre-révolution néolibérale, dernier grand récit à prétention universelle. Étudier Gramsci, c’est ouvrir une « boîte à concepts » indispensable pour relancer le travail de la critique en période de crise.

Pierre Musso

Posté par Michel Peyret

Philosophie et révolution : entretien avec Stathis Kouvélakis

 

15 Mars 2017

Je ne partage pas tous les attendus  de ce passionnant interview, mais il mérite réflexion. En outre aujourd’hui où l’on m’annonce la mort d’André Tosel, je crois qu’il faut saluer tous ceux qui d’une manière diverse on eut le courage d’affronter la mise à l’index de la révolution conservatrice qui a déferlé et continue de déferler sur la France… « Au début des années 1990, et en réalité bien avant cela, il était devenu clair que quiconque choisissait de travailler ouvertement sur Marx ou dans une perspective qui s’en réclamait commettait un acte de suicide en termes de carrière académique. C’était tout particulièrement le cas en philosophie, mais pas seulement, le constat me semble valable pour l’ensemble du champ universitaire » Le refus de faire carrière au prix de tous les reniements, un certain nombre d’intellectuels ont prouvé et continuent à prouver leur parenté avec ceux qui dans la classe ouvrière continuent à se battre pour la justice sociale et pour la paix, en leur nom jamais plus je n’accepterai les donneurs de leçon, notre combat à tous est celui du prolétariat.

 

(note de Danielle Bleitrach)


 http://revueperiode.net/philosophie-et-revolution-entretien-avec-stathis-kouvelakis/

 et 

 

Suffit-il de s’identifier au prolétariat et à la « question sociale » pour penser le renversement de l’ordre social ? C’était la question posée par l’ouvrage majeur de Stathis Kouvélakis, Philosophie et révolution de Kant à Marx, réédité en 2017 aux éditions La fabrique. Kouvélakis démontre, de façon magistrale, que la pensée de Marx est le fruit d’une lente maturation de la Révolution française et de ses effets dans la philosophie. Dans cet entretien inédit, Sebastian Budgen et Stathis Kouvélakis reviennent sur la conjoncture de publication du livre, la crise du marxisme français et, singulièrement l’intervention de Georges Labica dans les années 1990. On comprend ainsi que, repenser le sens et la démarche de Marx, c’est élaborer les conditions pour qu’une politique prolétarienne se réinvente, tant à distance du sociologisme poussif que des illusions libérales-démocrates.

 

À contre-courant Sebastian Budgen (S. B.) : Il serait sans doute utile de commencer par une petite note biographique. Quel était ton bagage en arrivant en France, à l’âge de dix-huit ans ? Quelles ont été tes premières rencontres et expériences ? Pourquoi t’es-tu engagé dans la rédaction d’une thèse qui allait devenir Philosophie et révolution ?
 
Stathis Kouvélakis (S. K.) : Même si j’ai toujours aimé lire depuis mon enfance, je me suis intéressé au marxisme avant tout pour des raisons politiques et non livresques. Mon militantisme a commencé en Grèce, pendant mes années de lycée, ce qui était chose assez courante dans ma génération. J’ai adhéré en 1981 à l’organisation de jeunesse du parti communiste grec dit « de l’intérieur », dont l’orientation était eurocommuniste. Au sein de ce courant politique, minoritaire par rapport au parti communiste orthodoxe, mais dont l’audience était significative auprès des lycéens et des étudiants, l’influence d’Althusser était très forte. Plus largement, le marxisme althussérien était dans l’air à l’époque en Grèce, aussi bien dans les milieux militants que dans les cercles qui s’intéressaient tout simplement au débat intellectuel. L’une des raisons se trouve dans l’audience importante de l’œuvre de Nicos Poulantzas, qui était en quelque sorte le théoricien officiel du courant eurocommuniste et assurait une forme de traduction politique de l’althussérisme tout en proposant une élaboration théorique originale.
 
Une fois arrivé en France, en 1983, après un bref passage par l’économie, j’ai entamé des études de philosophie pour approfondir cet intérêt intellectuel que j’avais pour Marx et pour le marxisme, et pour le replacer dans une perspective plus large. J’ai également milité pendant quelques années à l’Union des étudiants communistes (UEC)1 et, surtout, au PCF, que j’ai quitté lorsque Pierre Juquin a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 1988 – tout en restant finalement assez proche jusqu’à la fin des années 1990. La totalité de mon parcours d’études s’est faite à l’université de Nanterre, et c’est là que je suis très vite entré en contact avec celui qui fut mon directeur de thèse, Georges Labica2.
 
J’ai commencé à travailler sur cette thèse au tout début des années 1990 et je l’ai terminée en 1998, à l’université de Paris 8, sous la direction de Jean-Marie Vincent. Je me suis donc hâté lentement comme on dit… Au-delà des facteurs anecdotiques, je pense que la raison pour laquelle ce travail a pris tellement de temps c’est que j’étais à la recherche d’une voie qui m’était propre. C’est notamment au cours de ces années que j’ai changé ma manière d’approcher Marx et que je me suis détaché de l’althussérisme sans toutefois devenir anti-althussérien.
 
S. B. : Pourrais-tu situer ta trajectoire dans le contexte français de ces années 1980-1990 qui ont vu le reflux rapide du marxisme et, plus largement, la fin de la radicalisation multiforme qui a marqué la société française dans la foulée de 1968 ?
 
S. K. : Au début des années 1990, et en réalité bien avant cela, il était devenu clair que quiconque choisissait de travailler ouvertement sur Marx ou dans une perspective qui s’en réclamait commettait un acte de suicide en termes de carrière académique. C’était tout particulièrement le cas en philosophie, mais pas seulement, le constat me semble valable pour l’ensemble du champ universitaire. Je savais donc d’emblée que ce choix aurait un coût très lourd et, effectivement, je ne me suis pas trompé, à la fois en ce qui concerne ma propre trajectoire professionnelle mais aussi pour la poignée de celles et ceux qui ont fait des choix comparables au mien à cette époque. Un véritable mur s’était mis en place à partir du début des années 1980 dans l’université française, mais aussi dans des lieux étroitement liés à celle-ci – l’édition, les revues « établies » –, qui excluait tout travail sur Marx et le marxisme, ou à partir de ceux-ci, du champ de la discussion et des objets de recherche légitimes.
 
Il me faut insister là-dessus parce qu’il y a actuellement une tendance à faire une sorte d’histoire des idées où on met l’accent – en partie à juste titre d’ailleurs – sur le recul du marxisme comme conséquence de la déliquescence des organisations et des régimes qui s’en sont réclamés. On insiste moins sur les effets de cette purge extrêmement méthodique, qui combinait une forte dimension de « violence symbolique », comme dirait Bourdieu, et un interdit professionnel implicite mais tout à fait réel. Le résultat en est qu’en termes de génération, la mienne est, je pense, la moins représentée dans le champ de celles et ceux qui travaillent dans le cadre du marxisme en France.
 
Le « choix originel », pour utiliser ce terme de Sartre, en arrière-fond du choix du sujet spécifique était donc de réinventer une forme d’unité de la théorie et de la pratique réfléchie sur le plan théorique et adéquate à une conjoncture difficile, où il n’y avait guère d’autre choix que d’apprendre à nager à contre-courant. Cette recherche de l’unité théorie-pratique signifiait plus particulièrement refuser une posture assez répandue dans un certain milieu qui consiste à juxtaposer un travail académique respectueux du cadre de ce qui est légitime pour l’institution et des positions, voire même des engagements politiques, radicaux. Pour ma part, je n’ai jamais accepté ce jeu à la docteur Jekyll and Mister Hyde : le jour on est un universitaire légitime, la nuit un « subversif ». J’ai tenu à travailler sur ce type de sujet non pas en dépit mais à cause de ces circonstances, tout en étant conscient que, ce faisant, on se fâche avec beaucoup de monde, et avant tout avec l’institution universitaire française.
 
S. B. : Pourtant, le contexte universitaire de cette époque – celui dans lequel s’inscrit ton propre travail – est marqué par le rôle que tiennent Georges Labica et les gens autour de lui qui s’efforçaient de résister à leur époque.
 
S. K. : Il me semble qu’André Tosel a résumé la chose de la façon la plus judicieuse quand il a écrit dans son texte sur les « mille marxismes » que c’est grâce à Georges Labica, à son travail obstiné, à ses initiatives et à sa capacité de regrouper des forces autour de lui que ce qui était une débandade a pu se transformer en « retraite intelligente », préparant le terrain à une relance intellectuelle et, peut-être, à terme, pas seulement intellectuelle3. Pour ma part je crois qu’on ne peut pas parler de « chance », parce que c’était un choix tout à fait délibéré. J’ai eu en tout cas le privilège de suivre régulièrement, dès mon année de licence, les activités de l’équipe dirigée par Georges Labica. Cette équipe, dont le noyau était constitué d’enseignants en philosophie à Nanterre et de chercheurs au CNRS, regroupait à mon avis l’essentiel de ce qui s’est fait théoriquement autour du marxisme en France à cette époque – elle en a véritablement été l’épicentre intellectuel. C’était, je pense, une aventure passionnante qui s’est déroulée dans une période, celle des années 1980, qu’on a pu qualifier de « grand cauchemar4 ».
 
Georges Labica bénéficiait d’une grande autorité morale, c’était pour moi un modèle de fermeté à la fois politique et intellectuelle, d’engagement et de ténacité à toute épreuve. C’était aussi quelqu’un d’une très grande générosité, qui ne cherchait jamais à imposer son agenda personnel, que ce soit au niveau politique ou intellectuel, à d’autres ; il avait une capacité à faire travailler autour de lui des gens très différents tout en respectant profondément leur personnalité. C’est une qualité que je n’ai jamais retrouvée par la suite, surtout dans le milieu universitaire. Il n’aimait pas parler de lui, et c’est quelqu’un qui, à mon sens, ne s’est pas suffisamment préoccupé de la diffusion de son propre travail.
 
S. B. : Il y avait une cohérence en termes théoriques dans cette équipe ou s’acheminait-on déjà vers la fragmentation qu’André Tosel a désignée par sa formule de « mille marxismes » ?
 
S. K. : Disons que le leadership de Labica assurait la coexistence réglée et pourtant productive d’une multiplicité d’orientations. La plupart des membres de l’équipe, ou de ceux qui étaient régulièrement associés à ses activités, appartenaient à ce que j’appellerai l’althussérisme au sens large. Pour le dire autrement, non pas au cercle étroit des disciples d’Althusser, tous issus de l’École normale, mais, comme Labica lui-même, à un deuxième cercle, une périphérie autour du courant althussérien. Certains d’entre eux, dont Labica, avaient participé à la revue Dialectiques qui a profondément marqué le marxisme des années 1970 et qui est mentionnée dans la première édition du Dictionnaire critique du marxisme, qui constitue l’acte fondateur de l’équipe.
 
L’atmosphère dominante était donc celle du post-althussérisme, avec des trajectoires qui se singularisaient de façon de plus en plus affirmée. Il faut mentionner les noms de Tony Andréani, de Jacques Bidet et de Jean Robelin, ainsi que les rapports étroits qui ont toujours existé entre cette équipe et André Tosel, basé d’abord à Nice puis à Besançon et, par la suite, trop brièvement malheureusement, à Paris. Mais à côté du post-althussérisme, il y avait également des personnalités fortes qui représentaient des orientations très différentes, comme Jacques Texier, Solange Mercier-Josa et Michèle Bertrand.
 
Autour de cette équipe gravitaient un grand nombre de doctorants. J’appartiens à cette cohorte de plusieurs dizaines de chercheurs qui ont travaillé à peu près à la même période sous la direction de Georges Labica. Ce qui était remarquable, et cela en dit long sur le contexte intellectuel et politique de ces années, c’est qu’au sein de ce groupe les « étrangers » étaient très largement majoritaires – et quand je dis « étrangers » ce n’étaient pas simplement les « non-Français » mais des chercheurs qui, pour la plupart, retournaient dans leur pays d’origine une fois leur thèse terminée. Parmi ceux qui travaillaient de façon plus explicite sur Marx et le marxisme, la quasi-totalité étaient des « étrangers » ou alors des doctorants atypiques – en général des enseignants du secondaire qui à un âge relativement avancé décidaient de faire de la recherche. On voyait donc clairement se poser le problème d’une rupture générationnelle et du non-renouvellement de la présence du marxisme dans l’institution universitaire française.
 
Dernière chose, les contacts internationaux : cette équipe disposait d’un réseau international assez développé, essentiellement en Italie (c’est là le legs de ce qui avait commencé avec Dialectiques) – on a pu parler à un certain moment, au cours des années 1970, d’un « marxisme latin », qui faisait revivre un arc initié par les échanges entre Labriola et Sorel au début du siècle précédent. Sauf que les interlocuteurs avaient changé, ce n’étaient plus les intellectuels majeurs du PC italien, mais des philosophes comme Domenico Losurdo, Alberto Burgio ou Costanzo Preve. Il y avait aussi des contacts développés du côté allemand, avec Wolfgang Haug et l’équipe berlinoise de Das Argument, (dont le grand projet du Historisch-Kritisch Wörtebuch des Marxismus s’inspire du Dictionnaire critique du marxisme), ou hispanophone (je me souviens notamment de Francisco Fernandes Buey ou de Pedro Ribas).
 
Ce qui manquait à peu près totalement, c’était l’ouverture vers le monde anglophone. Il y a là assurément un paradoxe, mais aussi une limite évidente, dans la mesure où, à cette époque, le centre de gravité du marxisme au niveau international s’était déjà déplacé vers les pays anglophones. La perception de ce fait était, à l’époque, en France, quasiment inexistante. La raison est sans doute à rechercher dans le poids d’un réseau issu pour l’essentiel de l’intelligentsia communiste de la période antérieure, mais aussi, malgré le caractère très ouvert et interdisciplinaire des thématiques abordées, dans l’orientation essentiellement philosophique de cette équipe qui explique le fait que le travail d’un Fredric Jameson ou d’un David Harvey ait pu passer inaperçu au moment même où leur aura s’affirmait au niveau international.
 
S. B. : Peut-on caractériser ce noyau autour de Labica comme des orphelins de l’aile gauche du PCF, des dissidents qui l’ont quitté au tournant des années 1970-1980, qui avaient, pour le dire rapidement, fait une croix sur le militantisme politique et déplacé leur énergie vers la recherche académique ?
 
S. K. : Dans les grandes lignes, ce constat me semble exact, mais ce n’est qu’un côté de la médaille. Labica avait effectivement compris que la seule façon, à partir des années 1980, de continuer un travail à la fois systématique et collectif autour de Marx, c’était de se placer à distance des appareils politiques. Pour le dire autrement, les espaces militants dans lesquels un travail important, avec toutes ses limites, s’était accompli au cours de la période antérieure appartenaient au passé. La seule possibilité concrète d’assurer une continuité mais aussi une transmission, c’était de construire quelque chose au niveau institutionnel, donc universitaire.
 
Je dois toutefois souligner le fait que Labica n’a jamais perdu de vue les contradictions inhérentes à sa démarche. Travaillant au sein de l’université, il s’est inscrit résolument en faux contre toute tentative de « marxisme académique », amputé de sa dimension interventionniste et politique, soumis au modes intellectuelles et intériorisant les critères dominants de légitimité. Il a toujours raillé des attitudes du type « on se retire dans notre cabinet d’études pour travailler du point de vue de Sirius » et a attaqué avec férocité la prétention selon laquelle la tâche de la philosophie consisterait à fournir aux autres pratiques théoriques le « fondement » (éthique, ontologique, etc.) supposé leur manquer. Il y avait chez lui cette grande exigence théorique, celle d’un travail intellectuel pointu, avec les aspects relativement spécialisés qu’il peut comporter, mais toujours en lien avec les questions portées par la conjoncture.
 
Je n’en mentionnerai qu’un seul exemple. À cause notamment de son parcours personnel, qui croise de façon forte l’histoire de l’Algérie, Labica a été sans doute parmi les premiers à comprendre l’importance que prendraient la religion et le rapport politique/religion à partir du début des années 1980. C’est une thématique qui fut abordée pendant plusieurs années au cours du séminaire de son équipe, par des intervenants venant d’un large spectre disciplinaire et intellectuel. Je crois que le véritable ciment de cette équipe aux orientations assez diversifiées est à rechercher de ce côté-là, dans une forme de fidélité non-sectaire au marxisme et dans le refus d’une position de surplomb de la philosophie à l’égard d’autres formes de savoir et de pratiques sociales et politiques.
 
Par ailleurs, même si on ne peut pas en dire autant de tous les membres de l’équipe, Labica lui-même était un modèle d’intellectuel combattant – qui n’a pas hésité à certains moments à se mouiller y compris sur le plan politique et militant après avoir quitté le PCF. Je me souviens de lui en 1986 comme candidat commun aux élections législatives soutenu par la LCR et le PSU dans les Hauts-de-Seine. Au cours des années 1980 il était proche de la LCR, et a également participé aux discussions initiales qui ont abouti à la campagne autour de Pierre Juquin. Il a par la suite pris des distances par rapport à la politique française et s’est recentré sur l’anti-impérialisme, autour de la Palestine notamment. Il avait également conscience du fait que s’il avait accompli un « petit miracle », en créant cet espace pour le marxisme au sein d’une institution universitaire qui le rejetait violemment, cet acquis était très fragile, constamment menacé. Il n’a d’ailleurs effectivement pas survécu à son départ à la retraite, au milieu des années 1990.
 
Marx et la pensée de la politique
 
S. B. : Comment as-tu construit l’objet de la recherche qui a abouti à Philosophie et révolution ?
 
S. K. : La question qui me taraudait bien avant de commencer ma thèse, c’était celle, disons, de l’existence problématique d’une théorie politique ou d’une pensée du politique chez Marx. Elle m’a marqué tout d’abord parce que quand j’ai commencé à militer, c’était précisément l’objet du débat qui était en cours. Celui-ci s’est essentiellement déroulé en Italie, mais aussi, sous une forme différente, en France, autour des interventions de Nicos Poulantzas, d’Althusser, d’Étienne Balibar, sans oublier celles du courant trotskyste, d’Ernest Mandel et de Henri Weber en particulier. En Grèce, on suivait tout cela de près, notamment parce que le parti communiste grec de l’intérieur était très branché sur les débats du communisme italien et du marxisme français. On avait une perception très vive que c’était en fin de compte Norberto Bobbio qui avait remporté la controverse qu’il avait initiée, et ce succès en disait long bien sûr sur l’état de crise à la fois stratégique, théorique et même existentielle du mouvement communiste.
 
Les thèses de Bobbio sont connues : il n’y a pas de théorie de l’État chez Marx et, plus particulièrement il n’y a pas de théorie de l’État socialiste. Plus fondamentalement, il n’y a pas, au sens fort du terme, une pensée du politique chez Marx, au-delà de quelques considérations instrumentales et réductrices sur les institutions, le droit et la démocratie, toutes choses appelées à disparaître sous le communisme assimilé à un dépérissement du politique en tant que tel. C’est précisément sur fond de cette absence, ou plus exactement de ce point aveugle que, selon Bobbio, le régime stalinien et ses avatars ont pu s’installer. C’est aussi la raison pour laquelle la stratégie eurocommuniste, elle-même héritière de la démarche gramscienne d’une « voie occidentale » de la révolution, était une aporie, sans autre résolution possible que le ralliement à la social-démocratie et le renoncement à la perspective anticapitaliste.
 
Ce débat était bien entendu d’un tout autre niveau que le vacarme créé en France par les « nouveaux philosophes » qui faisaient de Marx le responsable direct des goulags. En substance, cela revenait néanmoins à dire que, en fin de compte, les racines de la dégénérescence stalinienne et de l’impasse de la révolution en Occident étaient à chercher quelque part dans la théorie de Marx elle-même, et non dans la logique des situations historiques. Ce dont je me suis rendu compte par la suite, je dois dire à ma grande surprise, c’est qu’au cours de la même période Althusser en était venu à des conclusions assez similaires. Certes, la plupart des textes n’ont été publiés qu’à titre posthume, notamment « Marx dans ses limites5 », mais ces positions sont même assez clairement énoncées dans ses dernières interventions publiques, des textes comme « Enfin la crise du marxisme », « Le marxisme comme théorie finie » ou « Le marxisme aujourd’hui »6. Cela explique d’ailleurs pourquoi le recul du marxisme en France ne renvoie pas simplement à l’antimarxisme de l’adversaire, et donc au contexte politique de la fin des années 1970. Il renvoie aussi, et peut-être même surtout, à un délitement qui affecte le marxisme de l’intérieur, tout particulièrement autour du courant althussérien qui a été le pôle le plus dynamique, on peut même dire tendanciellement hégémonique, pendant le bref « âge d’or » qui va du milieu des années 1960 à ce tournant des années 1970-1980.
 
Mon travail était une tentative de me situer dans ce débat en reprenant les choses d’une façon plus fondamentale. Fondamentale veut dire ici qu’on ne pouvait plus penser en termes de « retour à Marx » ou à un « marxisme classique », en d’autres termes aux textes fondateurs, même s’il s’agissait d’en proposer une interprétation novatrice. Pour avoir quelque chance d’aboutir à des résultats nouveaux, il fallait élargir la focale. Il s’agissait non seulement d’intégrer Engels de façon beaucoup plus organique dans ce récit – les travaux de Georges Labica m’avaient tout à fait convaincu de cette nécessité – mais, surtout, de dépasser le cadre d’une étude « internaliste » des textes marxiens, ou marx-engelsiens, tout en gardant le souci de la spécificité conceptuelle et de la précision philologique.
 
Dans un premier temps, j’ai pensé que cela revenait à regarder vers le champ intellectuel au sein duquel se dégage la figure de Marx, c’est-à-dire du côté de ceux qu’on appelait les « jeunes hégéliens », qui sont à la fois les interlocuteurs, mais aussi les concurrents au sein de ce champ d’où émergent Marx et Engels – même si ce « et » désigne un problème théorique et non une évidence biographique ou théorique. Puis j’ai assez rapidement réalisé que les jeunes hégéliens étaient des épigones et qu’on ne pouvait se passer de remonter à cette séquence fondatrice, à savoir l’articulation de Kant et de Hegel, qui forme le point de départ finalement de cette étude.Dans le même temps, j’ai pris conscience du fait que la compréhension de ces problèmes théoriques exigeait une étude précise de la conjoncture historique de ce que les Allemands appellent le Vormärz, la période qui s’étend des révolutions de 1830 à celles de 1848. En fait, il m’est apparu que si on veut vraiment rompre avec la vision téléologique, qui fait de l’évolution de la pensée marxienne le point d’aboutissement inscrit à l’avance dans la logique d’une séquence qui n’en est que l’anticipation, si on veut comprendre, en d’autres termes, l’émergence de cette pensée comme un véritable événement, comme une révolution théorique au sens fort du terme avec sa double dimension de nécessité interne et d’irréductible contingence, il fallait travailler sur ces trois niveaux à la fois, ce qu’à mon sens, aucune étude sur la formation de la pensée de Marx n’avait pu faire, voire même ne s’était réellement proposé de faire.
 
S. B. : Parlons plus spécifiquement d’Althusser, du rôle qu’il a joué dans ton approche et de la façon dont tu t’es détaché de son interprétation de la pensée marxienne.
 
S. K. : Il y a tout d’abord une divergence dans la méthode. Je l’ai dit auparavant, j’ai voulu reprendre la question de la formation de la pensée de Marx en élargissant la focale, en allant au-delà d’une simple étude des textes de Marx lui-même, ce qu’Althusser n’a pas fait, ou seulement de façon lacunaire. Sa vision des jeunes hégéliens, et aussi de la trajectoire d’Engels, est restée assez conventionnelle, à l’exception de Feuerbach, pour lequel il a manifesté un véritable intérêt mais dont il a beaucoup exagéré l’importance pour la trajectoire marxienne, pour des raisons qui tiennent à sa propre stratégie politico-théorique, à savoir les exigences de la polémique « antihumaniste ».
 
La place surdimensionnée accordée à Feuerbach est corrélative du parti pris anti-Hegel, qu’Althusser partage avec les protagonistes de la pensée française des années 1960. Or ramener Hegel à une nuisance, un obstacle dont Marx aurait sans cesse cherché à se libérer mais, mystérieusement, sans jamais y parvenir vraiment – car Althusser sera bien obligé d’admettre, du bout des lèvres, que Marx « revient » vers Hegel au seuil de chaque tournant théorique de son travail (que ce soit dans les Manuscrits de 1844 ou dans les Grundrisse) –, m’est apparu intenable et erroné, à la fois philologiquement et conceptuellement. Quant à l’entreprise d’« historicisation » de la formation de la pensée marxienne, on sait qu’elle se heurte à une double objection de principe chez Althusser, dans la mesure où elle contredit à la fois la « scientificité » de la théorie telle qu’il la définit et la « lecture symptomale » des textes à laquelle il s’est livré, et qui est une forme de lecture strictement « internaliste », prise dans le formalisme structuraliste dominant à cette époque.
 
Par ailleurs, même si, comme tout chercheur, j’ai essayé de faire preuve d’originalité, je ne pense pas que mon travail est une sorte de point de départ absolu – là encore, contrairement à Althusser. Je ne répugne donc nullement à discuter les différentes thèses qui se sont développées sur la question, surtout quand elles émanent de penseurs qui se réclament de Marx, sans chercher à les ramener à de simples erreurs idéologiques ou, la plupart du temps, en les traitant simplement par le mépris ou le silence. La principale de ces thèses, celle qui a polarisé les débats à partir des années 1960, a d’ailleurs été précisément celle de la « coupure épistémologique » d’Althusser. En ce sens, mon travail est inévitablement post-althussérien.
 
La thèse de la coupure est une thèse fondamentale dont dépend l’ensemble de l’approche althussérienne. Mais Althusser lui-même a évolué dans la manière dont il la définit. Dans un premier temps, il la pense comme une « coupure épistémologique » au sens strict, comme un passage de Marx de l’« idéologie humaniste » des écrits de jeunesse – et sur le plan philosophique d’un idéalisme dont Althusser avait vu que ce n’était pas un idéalisme hégélien mais un idéalisme jeune hégélien – à ce qu’Althusser appelle « la science », c’est-à-dire le matérialisme historique, avec un effet différé sur la philosophie. Pour Althusser, comme pour toute la tradition du « marxisme-léninisme », la théorie de Marx ne se limite pas au matérialisme historique, elle comporte également une philosophie à part entière, le matérialisme dialectique, que Marx n’avait pas pu élaborer, et qu’Althusser se chargeait de faire à la place de Marx. C’est à cette tâche que s’attellera la lecture symptomale du Capital, à travers une sorte d’induction de la philosophie manquante de Marx mais présente d’une certaine façon à l’état pratique dans les textes fondamentaux du matérialisme historique. En fait, il s’agissait plutôt d’une annonce programmatique, qui ne donnera que peu de résultats, mis à part, dans Lire le Capital, quelques développements (par ailleurs fort intéressants même si leur rapport à Marx est pour le moins problématique) d’Althusser sur la notion de temps historique ou la théorie générale de la transition de Balibar, ainsi qu’une définition générale de la philosophie comme « théorie de la pratique théorique », sorte d’hyper-épistémologie que s’efforcent de mettre en œuvre les textes sur la philosophie des scientifiques.
 
Avec ce qu’il a appelé son « autocritique », Althusser s’est engagé dans un processus de rectification de ses premières thèses « théoricistes ». Selon lui, malgré leur volonté d’orthodoxie marxiste, elles se situaient finalement dans le cadre du rationalisme développé par l’école française d’épistémologie de Bachelard et de Canguilhem. Dans les textes des années 1970, il dit que ce qui vient avant la coupure épistémologique et la conditionne, c’est une rupture politique. Marx se place du point de vue du prolétariat et c’est précisément à partir de là qu’il convient de retracer la révolution théorique dont il est l’auteur. On a donc là le Althusser numéro deux, un Althusser « politiciste » qui redéfinit le matérialisme historique comme une « science révolutionnaire » et la philosophie elle-même comme « lutte de classes dans la théorie ».
 
S. B. : C’est à cet Althusser que tu as toi-même adhéré ?
 
S. K. : Oui, c’est le point de départ de ma réflexion, qui renvoie à la conjoncture grecque que j’évoquais auparavant. Ce qui m’est toutefois apparu, chemin faisant, c’est que le Althusser 2 est en fait une inversion du premier – il ne modifie pas vraiment son schéma, simplement il l’inverse. Althusser a ainsi fini par dire qu’effectivement, chez Marx, la coupure politique précède la coupure épistémologique mais cette rectification l’a conduit à la conclusion selon laquelle Marx est en fin de compte un idéologue et que, en tant que tel, il ne maîtrisait pas les effets de son propre discours, qui se construit autour de vides qui sont autant d’apories théoriques insurmontables (l’inachèvement du Capital, l’absence de théorie de l’État, des classes, de l’idéologie, d’élaboration sur la dialectique, etc.). Pour le deuxième Althusser, en effet, l’idéologie n’est plus simplement l’anti-science des textes antérieurs, mais un implacable mécanisme d’assujettissement émanant d’une instance « interpellante », pensée sur le modèle de l’Église. C’est une conception qui, il faut le souligner, ne peut en aucun cas se réclamer de la problématique marxienne de l’idéologie, quelle que soit la façon dont on l’interprète.
 
Loin d’être la « science du continent Histoire », comme l’affirmait avec superbe le premier Althusser, le marxisme correspond ainsi à une « idéologie prolétarienne », c’est-à-dire un discours de légitimation des organisations ouvrières, qui assure l’assujettissement de leurs membres à l’appareil qui en forme l’ossature. Sa pertinence scientifique, et philosophique, apparaît largement fictive – la figure de Marx s’effacera du reste presque complètement dans les écrits du dernier Althusser sur le « matérialisme aléatoire ». Quant à son efficace pratique, qui a joué un rôle décisif dans la constitution de la subjectivité ouvrière, elle est désormais périmée. Le marxisme est une « théorie finie », à la fois au sens où il se débat dans des contradictions qui révèlent sa « finitude » et où sa crise, longtemps différée mais qui finit par éclater avec le reflux des années 1970, signe l’épuisement de ses effets en tant que forme concrète de « fusion de la théorie et du mouvement ouvrier ». On est ici pas très loin de la sagesse d’un Raymond Aron, et il n’est guère surprenant de voir le dernier Althusser accepter la formulation de « marxisme imaginaire » dont l’auteur de L’Opium des intellectuels avait affublé l’entreprise althussérienne7.
 
Les ultimes textes d’Althusser publiés de son vivant, ainsi que ceux que Balibar avait écrits dans la foulée, m’avaient permis de prendre (partiellement) la mesure de la désintégration de la pensée althussérienne, confirmée et amplifiée par la publication posthume de ses écrits. C’est tout particulièrement le cas de « Marx dans ses limites8 » dans lequel l’ampleur de l’involution de la pensée althussérienne devient manifeste. Althusser y présente une vision extrêmement instrumentale de la théorie de l’État chez Marx et il en conclut qu’il n’y a pas et qu’il ne peut pas y avoir de théorie du politique chez Marx, rejoignant ainsi le propos du socialiste-libéral Bobbio. La lecture de ce texte m’a permis d’expliquer aussi l’évolution de certains disciples d’Althusser, tout particulièrement de Balibar, qui ensuite ont continué dans cette veine aporétique, « déconstructrice » et, disons-le, franchement masochiste, pendant toute la période qui a suivi.
 
S. B. : Qu’est-ce qui a succédé à Althusser dans ton travail ? Un auteur en particulier ou une orientation théorique plus personnelle ?
 
S. K. : J’espère que c’est la deuxième option, même si, je l’ai dit, il est illusoire de penser qu’on invente tout. La conclusion qui s’imposait à mes yeux est que si l’Althusser politiciste qui constituait mon point de départ aboutissait à un naufrage intellectuel, il fallait reprendre les choses depuis le début. Il fallait résolument décentrer la perspective pour être en mesure d’historiciser Marx, non pour le réduire à un contexte et sombrer dans un banal relativisme mais pour capter sa singularité et restituer la secousse provoquée par le surgissement d’une pensée novatrice, proprement révolutionnaire. Dans ce livre, j’ai essayé – avec les limites de quelqu’un qui n’a pas une formation d’historien, ni de germaniste – de suivre avec une certaine précision la période du Vormärz, à comprendre finalement cette période comme étant magnétisée par le mouvement qui éclatera avec la vague révolutionnaire de 1848, et qui constitue à mon sens la clef principale pour comprendre la révolution théorique initiée par Marx.
 
Ce faisant, ce que je redécouvrais en réalité c’est une approche des textes qui est « historiciste » au sens gramscien du terme, d’un historicisme « absolu ». Ayant commencé par militer dans un parti d’orientation eurocommuniste, je m’étais intéressé très tôt à Gramsci, dès mes années de lycée, grâce à l’ancienne édition « thématique » de l’œuvre, celle de Togliatti, disponible en Grèce depuis les années 1970. Mais il est vrai qu’étant sous influence althussérienne, je recherchais avant tout le Gramsci théoricien politique, un Gramsci précurseur, disons, du dernier Poulantzas, celui de L’État, le pouvoir, le socialisme. Par la suite, j’ai commencé à travailler de façon plus approfondie les écrits philosophiques de Gramsci et plus largement sa méthode, à la fois philologique et historiciste. J’ai également été largement poussé dans cette direction par la lecture des travaux de certains représentants éminents de cette école italienne d’approche des textes, comme Domenico Losurdo, auxquels il convient d’ajouter le travail sur Gramsci d’André Tosel. On peut dire que ce livre, comme le suggère son titre, qui annonce un mouvement qui va de la philosophie à la révolution de Kant à Marx, est une façon de réfléchir sur la célèbre série d’équations gramscienne « philosophie = histoire = politique ».
 
S. B. : Au-delà d’Althusser, parlons de certains travaux, essentiellement français, qui portent sur Marx et les autres auteurs traités dans le livre, parmi ceux qui étaient disponibles quand tu as engagé ce travail, et contre lesquels tu t’es défini, en particulier les travaux d’Auguste Cornu, de Maximilien Rubel, et aussi, par la suite, de Miguel Abensour.
 
S. K. : Tout cela ne se situe pas au même niveau. Les travaux de Cornu, pour commencer par lui, étaient complètement oubliés, d’ailleurs ils n’étaient plus disponibles depuis très longtemps. On ne les connaissait en général que par ouï-dire, par les mentions qu’Althusser en avait faites, et les choses n’ont guère changé depuis. Pour ma part, Cornu, que j’ai lu attentivement, m’a beaucoup aidé parce qu’il avait travaillé sérieusement sur les jeunes hégéliens. Il permet donc de comprendre la nécessité de situer Marx dans ce champ pour en saisir la trajectoire propre. Les matériaux de ses quatre volumes, notamment les traductions de longs extraits de textes qui y figurent, ont longtemps constitué les seuls textes disponibles en français d’un certain nombre de jeunes hégéliens. J’ai également découvert que Cornu s’était intéressé à Moses Hess, une figure clé dans mon récit, même si ce n’était pas une découverte pour moi dans la mesure où Gérard Bensussan, qui fut pendant un temps un proche collaborateur de Labica, et le codirecteur du Dictionnaire critique du marxisme, lui avait consacré un ouvrage tout à fait remarquable.
 
Cornu m’a incité à décentrer le récit, mais il fallait évidemment le compléter par des travaux plus récents venant de germanistes et d’historiens qui renouvellent considérablement ceux, plus anciens, de Jacques Droz sur le radicalisme rhénan et les premiers courants socialistes. Sans être exhaustif, je dois toutefois mentionner ceux de Jean-Pierre Lefebvre et de Lucien Calvié, ainsi que les travaux sur Heine et les transferts intellectuels entre la France et l’Allemagne autour de Michel Espagne et de son équipe, ceux de Michael Werner et de Gerhard Höhn. À cela, il convient d’ajouter les travaux d’historiens de la pensée socialiste et communiste, tout particulièrement ceux de Jacques Grandjonc sur la notion de communisme, mais aussi ceux de Jacques Guilhaumou et de Florence Gauthier sur la pensée jacobine et les langages théoriques de la Révolution française.
 
Il y a néanmoins un point important qu’il me faut mentionner car il se rapporte à la prise de distance par rapport à l’approche althussérienne, c’est l’approche de Labica. Labica représente en effet une tentative d’assumer, et même de radicaliser, -l’Althusser 2, l’Althusser politiciste. Pour lui, et c’est là où il se différencie fondamentalement d’Althusser, il n’y a pas de « philosophie marxiste », ou « marxienne ». C’était justement une erreur d’Althusser que de reproduire cette dualité matérialisme historique-matérialisme dialectique qui est en fait issue de la matrice du diamat, de la vulgate dominante de l’époque stalinienne. Il n’y a qu’un « statut marxiste de la philosophie » et la manière dont Labica définit ce statut est celle d’une « sortie de la philosophie », l’Ausgang de L’Idéologie allemande, qui sert de fil conducteur à sa lecture9.
 
Il faudrait engager une longue discussion sur ce que Labica entend précisément par « sortie de la philosophie », dans la mesure où celle-ci désigne un processus marqué d’une incomplétude constitutive, qu’il s’agit donc de réitérer. On ne sort pas de la philosophie comme quand on claque une porte derrière soi, sinon on aboutit à un aplatissement positiviste du marxisme. Mais je n’étais pas satisfait des conclusions de Labica, notamment parce qu’il ne me semblait pas problématiser suffisamment le rapport entre un positionnement politique et le champ à la fois idéologique et théorique du mouvement ouvrier. Pour lui, l’engagement aux côtés du prolétariat conduit directement à la science révolutionnaire du matérialisme historique.
 
L’un des points essentiels de ma démonstration c’est que ce processus est beaucoup plus tortueux et qu’il comporte de multiples médiations et bifurcations. Marx part d’un démocratisme radical et devient un révolutionnaire avant de devenir communiste et de s’engager dans l’élaboration de la conception matérialiste de l’histoire. Dans ce passage, il s’oppose à des figures intellectuelles ou militantes liées au mouvement ouvrier, parce qu’une position de classe n’est pas automatiquement une position révolutionnaire et qu’elle ne conduit pas nécessairement à une conception matérialiste du processus historique. J’essaie plus particulièrement de montrer que Hess et Engels étaient entrés en contact avec le mouvement ouvrier avant Marx sans que cela les conduise au communisme dans un sens marxien, comme tendance de la lutte de classes. Leur horizon intellectuel a évolué, jusqu’à un certain moment en ce qui concerne Engels, à l’intérieur de ce qu’on appelle à l’époque le « socialisme vrai », un socialisme humaniste qui refusait explicitement la politique, et brouillait la perspective d’un renversement révolutionnaire de la société bourgeoise au profit d’une vision du « social » et du « socialisme ». Ces deux termes renvoyaient à une opération de restitution de l’essence intégratrice des rapports sociaux, antidote à l’atomisation et aux antagonismes inhérents à la modernité capitaliste susceptible de recueillir l’adhésion même de la bourgeoisie éclairée.
 
S. B. : Vers la fin des années 1990, l’intérêt pour le jeune Marx en France est relancé par le livre de Miguel Abensour La démocratie contre l’État. Marx et le moment machiavélien.
 
S. K. : La démocratie contre l’état est incontestablement un livre stimulant, original. Il s’agit d’une lecture interne des textes, menée à partir d’un point de vue libéral arendtien, plus particulièrement du manuscrit souvent désigné comme « manuscrit de Kreuznach », dans lequel Marx commente des extraits des Principes de la philosophie du droit de Hegel. Abensour s’efforce de rattacher un moment particulier du jeune Marx, celui de la « vraie démocratie », au républicanisme tel qu’il est théorisé essentiellement par J. G. A. Pocock, et dans un sens plus large par Arendt, comme vita activa, participation active à la vie de la cité, formation d’un sujet partageant les valeurs fondatrices de la communauté politique (liberté, vertu, citoyenneté). Ce qui toutefois est à mon sens complètement perdu de vue dans cette vision, c’est que pour Marx la politique est toujours constitutivement liée à une transformation matérielle des rapports sociaux, même si les termes dans lesquels il a pensé ces transformations ont évolué. Pour Marx, la praxis politique ne peut être réduite à une affirmation subjective, à l’affirmation d’une autonomie de la politique définie par son sujet constituant. Marx s’intéresse aux Principes de la philosophie du droit précisément parce que dans ce texte Hegel tente de penser les rapports de l’État et de la sphère des rapports sociaux, en intégrant les acquis de l’économie politique. La « vraie démocratie » dont il est question dans le manuscrit de 1843 sur Hegel doit donc être comprise comme une première approche de la politique comme entreprise de transformation radicale des rapports sociaux, que Marx définit comme dépassement de la division entre l’État politique et la société civile-bourgeoise.
 
Abensour essaie de sauver un moment du jeune Marx mais il en donne une vision unilatérale, qui revient, en fin de compte, à condamner avec d’autant plus de force le Marx qui a suivi, puisqu’il se serait écarté de ce « moment machiavélien », sorte de fulgurance théorique de sa jeunesse qu’il aurait par la suite abandonnée pour sombrer dans l’économisme, l’étatisme et les visions téléologiques de la lutte de classes.
 
S. B. : La lecture d’Abensour est liée à celle d’une autre figure qui a souvent été vue comme une alternative, à la fois au niveau politique et à celui de l’interprétation des textes, à celle d’Althusser, c’est-à-dire le travail de Maximilien Rubel, éditeur et commentateur de Marx… Je sais que tu es très critique du travail qu’il a fait sur le Capital, mais est-ce qu’il a constitué un repère important pour la période sur laquelle tu as travaillé ?
 
S. K. : Non, pas vraiment. Rubel a eu le mérite de rendre accessibles un certain nombre de textes de Marx et de faire un travail philologique qui comporte des aspects intéressants, même si sa manie d’éditer Marx en morceaux choisis ou en éliminant carrément des chapitres entiers des ouvrages me paraît tout à fait inacceptable. Toutefois, contrairement à un mythe qu’il a lui-même propagé comme quoi il serait complètement libéré des interprétations marxistes de Marx, qu’il veut revenir à Marx par-delà et contre le marxisme, sa lecture de Marx représente en réalité une option issue d’une tradition intellectuelle très précise. C’est, comme Lucien Goldmann l’avait déjà montré10, une lecture néo-kantienne et éthique de Marx défendue par certains théoriciens autrichiens, notamment Karl Vorländer et Max Adler. Cette tradition intellectuelle a toujours représenté une sensibilité au sein du marxisme au sens large, plutôt liée au courant social-démocrate d’Europe centrale et germanique – ce qui embarrasse plutôt le libertaire Rubel qui ne la mentionne que de façon occasionnelle et, de surcroît, confuse. Je ne pense pas avoir eu particulièrement à me situer par rapport à la lecture de Rubel qui m’a toujours semblé faible théoriquement. 
 
S. B. : Un nom qui revient assez souvent dans le livre, de façon assez étonnante pour un marxiste, c’est celui de Foucault. En quoi a-t-il pu te servir dans ta tentative de penser le processus intellectuel de Marx ?
 
S. K. : C’est sans doute paradoxal, mais Foucault a joué un rôle important dans ce travail, qui ne partage pourtant en rien sa vision de Marx et du marxisme. Foucault et le marxisme ont des rapports qu’il est juste de définir comme antagoniques. Foucault lui-même se conçoit comme quelqu’un qui se place en concurrence par rapport à Marx, c’est quelque chose qu’Isabelle Garo a très bien souligné dans son livre11. Mais s’il se positionne ainsi, c’est que, pour une part en tout cas, il se situe sur un même terrain.Le Foucault qui m’a intéressé c’est le théoricien des discours, quand il s’est agi d’examiner la jointure entre un discours proprement philosophique, ou un régime proprement philosophique de discours, et d’autres types de régimes discursifs qui surgissent à cette époque, plus particulièrement ceux liés au « social », ou au « social-isme ». C’est la raison pour laquelle Foucault est présent essentiellement dans le chapitre sur Engels. On ne peut comprendre, à mon sens, l’ouvrage clé du jeune Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre, sans étudier la manière dont il s’inscrit dans un discours du « social » et un regard sur la condition ouvrière tels qu’ils se constituent à cette époque. Pour le dire autrement, la littérature théorique du mouvement ouvrier émergent, auquel appartient cet ouvrage, ne surgit pas dans un vide, ni comme expression immédiate de l’expérience ouvrière, mais dans un déjà-là de discours à prétention indissociablement scientifique et réformatrice, qui forment le fond commun des socialistes et des observateurs « bourgeois » de la condition ouvrière.Décentrer le récit
 
S. B. : Parlons maintenant de la structure de l’ouvrage. Tu t’arrêtes au début de 1844, avant les grands ouvrages et textes de Marx – avant La Sainte Famille, avant L’Idéologie allemande – et avant les processus révolutionnaires de 1848. Qu’est-ce qui justifie ce choix du point de vue d’un projet plus large sur Marx et sa pensée de la politique ?
 
S. K. : L’intention initiale était d’aller au-delà – c’est du reste toujours le cas dans des projets de ce type –, très précisément jusqu’à L’Idéologie allemande, jusqu’au moment de la « coupure » telle qu’Althusser l’avait définie. J’ai dû m’arrêter avant et, pour me justifier, je peux évoquer des raisons de temps, de délais, qui étaient bien réelles. J’avais quand même beaucoup tardé pour terminer ce travail, qui a nécessité pas moins de huit ans. Mais la raison principale me semble d’ordre interne. Je m’arrête à un moment qui est celui des textes de Marx publiés dans les Annales franco-allemandes. Or ce moment, comme le suggère le titre de cette revue dont une seule livraison a vu le jour, représente la conclusion logique de l’axe franco-allemand qui structure la totalité de l’ouvrage. J’y ai certes également inclus une dimension anglaise, principalement à travers Engels, mais, je le reconnais, elle demeure relativement excentrée, moins systématiquement développée que l’axe France-Allemagne.
 
Pour le dire autrement, en analysant ces textes de 1843-1844, je pensais être arrivé au bout de la démonstration que j’étais en mesure de faire à ce moment-là, c’est-à-dire montrer comment s’opère la « coupure politique », plus exactement comment Marx « passe » du démocratisme radical, mais réformiste, à la révolution, et comment dans cette révolution, il reconnaît, il nomme – et, par cet acte de nomination, contribue à constituer – un sujet nouveau, inouï dans le cadre allemand, le prolétariat, posant du même coup cette révolution comme une révolution radicale, qui ira au-delà de l’horizon français de 1789-1793.
 
Marx mène ainsi, d’une certaine façon, à terme la séquence que j’aborde dans ce livre. À travers cette vision, inédite en tant que telle, d’une révolution radicale en Allemagne dont le prolétariat serait le protagoniste, il opère la jonction avec Heine qui se concrétisera pour la première fois précisément dans les Annales franco-allemandes, où Heine publie son poème satirique « Éloges du roi Louis12 ». Suivre Marx jusqu’à ce seuil décisif qu’est le moment parisien me semblait donc être sinon une conclusion, du moins un point d’aboutissement provisoire adéquat à la démonstration que je tente dans ce livre.
 
Reste que ce parcours n’est pas suffisant. J’ai essayé d’aller au-delà dans des textes que j’ai écrits par la suite, et notamment dans ma contribution à l’ouvrage collectif Marx politique13 , dans laquelle j’essaie de montrer comment Marx réfléchit à la question de l’émancipation politique et à son rapport avec l’émancipation tout court, ou avec l’émancipation sociale. La question formulée dans les textes de jeunesse (l’abolition de la séparation entre l’état ou l’état purement politique et la société civile, ou plus exactement la « société civile bourgeoise », la Bürgerliche Gesellschaft) est reprise et retravaillée dans des textes ultérieurs, plus particulièrement dans les textes sur la Commune de Paris. Là aussi, je prends le contre-pied d’une vision qui divise Marx en deux périodes qui n’auraient rien à voir entre elles, et je tente de montrer qu’il y a au contraire des fils profonds que Marx reprend et remanie d’une période à l’autre en visant quelque chose qui relève d’une pensée du politique, mais d’une pensée du politique dont les termes sont profondément reformulés et déplacés.
 
S. B. : Ce travail pourrait-il se poursuivre dans un deuxième tome ?
 
S. K. : Pas exactement dans un deuxième tome qui serait la suite linéaire de Philosophie et révolution, mais vers quelque chose qui traiterait de façon plus systématique l’évolution de Marx au-delà du moment des Annales franco-allemandes – à la fois le moment philosophique des manuscrits parisiens dit « de 1844 », les œuvres du tournant que marque L’Idéologie allemande et le moment des révolutions de 1848 qui pour moi est un moment profondément gramscien, au sens où Marx élabore une stratégie hégémonique pour une révolution démocratique sous la direction d’un bloc radical au sein duquel le prolétariat lutte pour conquérir une place dirigeante. Le défi consiste à cerner comment la défaite de cette stratégie ouvre sur la critique de l’économie politique et, par la suite, sur ce que je n’hésite pas à appeler le « tournant politique » que Marx opère après 1870 et le moment de la Commune de Paris.
 
S. B. : Abordons à présent la question du choix des auteurs discutés dans le livre. Pourquoi, au-delà de l’incontournable duo Marx-Engels, Heine et Hess et pas d’autres ?
 
S. K. : L’une de mes obsessions en écrivant ce livre était de parvenir à une historicisation en mesure de restituer la singularité des trajectoires, ce qui implique de rompre avec l’idée selon laquelle tous ces développements devaient tendre vers Marx. J’ai réfléchi à la façon de traduire cette idée dans la structure du livre, et j’ai même pensé à un certain moment que l’agencement des diverses parties devait être aléatoire, de telle sorte qu’on puisse les lire sans ordre préétabli, un peu comme le voulait Raymond Queneau avec ses Cent mille milliards de poèmes.
 
Celui qui m’a ôté cette idée de la tête, c’est Fredric Jameson, qui m’a dit qu’il fallait assumer une dimension narrative inévitable dans tout texte théorique et que, forcément, il y aurait un ordre qui allait l’emporter sur les autres. Cela revient également à assumer une certaine téléologie comme « forme vide » inhérente à l’ordre de l’exposé, qu’il est possible de contrecarrer en introduisant des ruptures tant sur le plan formel que sur celui du contenu, pour réfuter l’idée selon laquelle Marx est contenu « en germe » dans tout ce qui vient avant lui.
 
Ainsi, tout en acceptant que l’ordre soit orienté vers le binôme très classique en effet Engels-Marx, j’ai tenu à ce que chaque chapitre soit singulier, pas simplement dans son contenu – car il s’agissait d’étudier les auteurs pour eux-mêmes et pas en tant que « précurseurs » plus ou moins inaccomplis de Marx –, mais dans sa forme même. J’ai essayé dans chaque chapitre d’obtenir une sorte de couleur, de style, qui leur soit propre, en jouant également sur les d’outils d’analyse mobilisés pour chacun d’eux. Pour construire le chapitre sur Engels, j’ai ainsi utilisé Foucault, dans le chapitre sur Heine, j’ai eu largement recours à Walter Benjamin.
 
S. B. : Pour mieux comprendre la façon dont les choix s’effectuent, il vaut mieux commencer par les absents. Pourquoi n’y a-t-il pas de chapitre sur Feuerbach ? 
 
S. K. : Pour décentrer le regard sur Marx, il importait à mes yeux de le resituer par rapport au problème fondamental qui se pose à un intellectuel oppositionnel allemand de son temps, celui de la révolution allemande. Bien entendu, celle-ci ne peut être comprise que comme une partie de ce qui se joue plus largement en Europe à cette époque. Mais l’angle allemand est ici tout à fait déterminant. Et Marx l’a formulé de façon assez claire – mais il n’était pas évidemment le seul, ni le premier, c’est ce que j’ai compris petit à petit en parcourant ces matériaux –, il renvoie à l’idée selon laquelle les Français ont fait la révolution mais ce sont les Allemands qui l’ont pensée.
 
Tel est le décalage originel entre les deux situations, et il peut se décliner de plusieurs façons, selon diverses modalités. C’est bien sûr le rapport de la pratique, française donc, par rapport à la théorie qui, paradoxalement, est une théorie allemande, qui se développe à distance de la pratique – voire en opposition à celle-ci. C’est également un problème spatio-temporel, celui de savoir comment une réalité « attardée », la « misère allemande » comme disait Heine, peut s’articuler au processus français « avancé », comment les réalités de ces deux formations sociales se répondent l’une l’autre dans l’enchevêtrement de la géopolitique européenne qui a suivi la Révolution française. C’est aussi une façon de comprendre le rapport de la politique à la philosophie, puisque la politique est ce qui marque la situation française, et la philosophie ce qui constitue la spécialité allemande.
 
Le troisième terme dans le binôme France-Allemagne est bien sûr représenté par l’Angleterre, c’est-à-dire le développement capitaliste, mais aussi l’économie politique. On se retrouve avec le paysage qui rappelle à première vue les « trois sources du marxisme », la synthèse harmonieuse théorisée par Kautsky, qui connaîtra une extraordinaire fortune dans la façon dont le mouvement ouvrier s’est représenté l’émergence de la théorie marxienne. Or, au lieu d’une convergence quasi spontanée aboutissant à cette synthèse harmonieuse des savoirs, ce que la recherche fait apparaître c’est, à l’inverse, un processus difficile, comportant une part irréductible de contingence, qui se constitue à travers un jeu constant de décalages. C’est Gramsci qui a réfléchi avec le plus de profondeur sur cette question, qui constitue le point de départ de son concept-clé de « traduction » comme opérateur de passage entre ces trois langues et réalités européennes.
 
Ce que j’ai compris pour ma part, et qui m’a ramené à une lecture de Gramsci, c’est que les termes du problème avaient été posés par Hegel et par Kant, donc par des contemporains de la Révolution française, à la fois proches et distants de celle-ci, qui ont réfléchi à la nature du processus historico-mondial qu’elle a déclenché et à la manière dont celui-ci « se traduit » dans leur propre pays, à savoir l’Allemagne. On retrouve là ce qui fait en fin de compte le grand paradoxe allemand, qui est que tous ces philosophes qui ont assumé l’événement français tenaient fermement à le mettre à distance de la réalité allemande à proprement parler. Pour le dire autrement, la révolution, c’est bien, mais pour les autres, pour les Français. En Allemagne, on s’y prendra autrement, à travers des réformes, de préférence « par le haut », mais dans lesquelles les intellectuels-philosophes se voient attribuer un rôle spécifique, et stratégique.
 
Tels sont les termes du problème de la « réalisation de la philosophie » que les fondateurs ont légué aux générations qui leur ont succédé, et c’est ce qui a dicté mes choix quant aux auteurs à mettre en avant. Commencer donc avec Kant et Hegel, parce qu’ils sont le point de départ obligé, puis continuer avec Heine parce que c’est lui qui, pour la génération suivante, relance la question du rapport entre l’Allemagne et la révolution, et du rapport entre l’Allemagne et la France en particulier ; enchaîner avec Moses Hess parce qu’il théorise cette « triarchie européenne » Allemagne-France-Angleterre et joue un rôle décisif dans une première opération de traduction en allemand – traduction ici au sens gramscien – du discours du socialisme français et de l’économie politique. En venir enfin aux trajectoires de Engels et de Marx dans leur singularité, ce qui veut dire aussi dans leur contingence.
 
S. B. : D’accord, mais je reviens à ma question : pourquoi pas Feuerbach ? 
 
S. K. : Ce choix fait partie de la prise de distance à l’égard de l’interprétation althussérienne. Feuerbach y occupe une place centrale parce qu’il permet de fonder la thèse du jeune Marx fondamentalement humaniste avec lequel s’opère la rupture désignée en termes de coupure épistémologique. Je me suis inscrit partiellement en faux par rapport à ce récit parce que je pense que l’influence de Feuerbach sur Marx a été grandement surestimée par Althusser – et pas seulement par lui bien entendu. En réalité, du fait de son « matérialisme », Feuerbach occupait une place bien plus « légitime » dans le récit « orthodoxe » que les penseurs allemands, irrémédiablement écartés du fait de leur « idéalisme ». Il suffit de lire quelques pages de Plekhanov, l’une des principales références de la vulgate « marxiste-léniniste », pour s’en convaincre.
 
À mon sens, Marx n’a jamais été à proprement parler « feuerbachien » car, pour le dire rapidement, les problèmes fondamentaux de Feuerbach – l’aliénation de l’homme dans la religion et la recherche d’un matérialisme enraciné dans la « sensibilité » – n’ont jamais été les siens. Ce qui a amené Marx à s’intéresser à lui, c’est sa recherche d’une approche critique de Hegel. Cette rupture était du reste déjà largement entamée à partir d’une lecture plus stricte, plus « hégélienne » en quelque sorte de Hegel lui-même. Et si Marx est amené à le faire, c’est parce que le feuerbachisme était quelque chose de diffus, auquel tout le monde devient sensible à un moment donné dans ces milieux et par rapport auquel on ne pouvait rester extérieur tant que la rupture avec ceux-ci n’était pas définitivement consommée. Cet intérêt dérivé pour Feuerbach doit ainsi être compris comme un « effet de champ », qui renvoie au fait que ce moment du parcours de marxien ne peut être compris en dehors du champ discursif et théorique des jeunes hégéliens.
 
Je n’écarte donc pas du tout la question de l’humanisme théorique mais ce que j’essaie de montrer c’est que pour la comprendre vraiment, il faut passer par Moses Hess et par Engels. Eux deviennent vraiment feuerbachiens, ce sont de véritables « humanistes théoriques », en d’autres termes des partisans du « socialisme vrai ». Ils veulent se tenir à distance de la politique, a fortiori de la politique révolutionnaire, et visent à changer les esprits par une doctrine de l’amour et de l’harmonie sociale, qui communique directement avec l’anthropologie feuerbachienne. Marx ne les suit pas du tout dans cette voie, et des deux, c’est Engels qui va rejoindre Marx, plus tardivement qu’on ne le pense habituellement.
 
Cela ne veut pas dire qu’Engels n’ait pas apporté à Marx des choses nouvelles, que l’échange entre les deux n’ait pas eu lieu également dans ce sens-là, mais il me paraît essentiel de souligner que les trajectoires de Marx et de Engels sont jusqu’à un certain moment sensiblement divergentes et ce qui les sépare, de façon décisive quoique non-exclusive, c’est la question de l’humanisme théorique.Heine, Hess et le radicalisme rhénan
 
S. B. : Venons-en au chapitre sur Heine, sans doute l’un des aspects les plus singuliers du livre. Tu fais apparaître Heine comme une figure centrale de cette période, ce qui, j’imagine, était un pari risqué dans la mesure où il avait largement disparu du paysage marxologique, si tant est qu’il en ait vraiment fait partie. De surcroît, Heine n’était pas philosophe et, en tant que tel, il est surtout traité par les spécialistes de la littérature germanophone.
 
S. K. : Il est vrai que Heine est peu présent dans le contexte intellectuel et culturel français depuis déjà un certain temps. Il n’en a pas toujours été ainsi. Il fut en effet une époque où Heine était davantage une référence parce qu’il était intégré dans un canon culturel et littéraire porté essentiellement par la culture communiste. Nous disposons certes de travaux relativement récents d’une très grande qualité, notamment ceux de Jean-Pierre Lefebvre, de Michael Werner, de Lucien Calvié, de Michel Espagne et de ses collaborateurs, mais ils n’ont jamais dépassé, comme tu viens de le faire remarquer, le cercle des germanistes. D’une certaine façon, Heine, un grand classique de la culture allemande, est paradoxalement quelqu’un qu’il s’agit de redécouvrir, non seulement en France mais aussi dans d’autres aires linguistiques.
 
J’ai essayé, de mon côté, de contribuer à cette redécouverte, en restituant le Heine non pas « philosophe », ce qu’il n’était pas en effet, mais essayiste et intellectuel au sens fort de ce terme, parce qu’il a joué un rôle fondamental pour toute la période du Vormärz. Ce qu’il apporte c’est une redéfinition du rapport France-Allemagne – qui, pour Marx comme pour toute sa génération, est médié par la figure de Heine. Je rappelle que Heine est quelqu’un qui vit en exil à Paris à partir de 1832, alors qu’il est déjà une figure bien établie de la scène littéraire et intellectuelle allemande. C’est Heine qui permet de reformuler la question du rapport de l’Allemagne à la révolution autrement que comme une mise à distance, une traduction « réformatrice », ou comme une simple répétition de la Révolution française – comme le voulaient les jacobins allemands ou, en un sens très abstrait, les jeunes hégéliens fascinés par le radicalisme antireligieux du processus français. Il devient de ce fait une figure centrale dans la formation de ce qu’on peut appeler un radicalisme intellectuel allemand, constitutivement lié aux processus révolutionnaires français compris au sens large, qu’il contribue à actualiser en l’ouvrant aux courants qui marquent son époque : le saint-simonisme, le communisme, le mouvement ouvrier émergent.
 
Heine est de ce fait un maillon indispensable pour comprendre comment se constitue la génération des années 1840 – les jeunes hégéliens au sens strict du terme. Il m’a semblé, et c’était là effectivement un choix interprétatif de ma part, qu’il importait davantage d’étudier Marx en relation avec Heine – mais pas du tout dans le sens téléologique, ces deux figures ne sont absolument pas réductibles l’une à l’autre – que d’étudier Marx en relation avec Feuerbach. Si on veut comprendre comment Marx relie de façon organique la lutte politique et le communisme à travers la démocratie révolutionnaire, c’est Heine qui est la référence pertinente, pas Feuerbach. Si on veut comprendre comment se transmet l’idée, présente chez Hegel, d’un héritage révolutionnaire allemand, dont les moments constitutifs sont la Réforme, la guerre des Paysans et la philosophie classique, c’est encore vers Heine qu’il faut se tourner.
 
Il y a aussi une autre raison, je dois l’avouer. Pendant toute cette période des années 1990, j’ai, comme tant d’autres, tout particulièrement Daniel Bensaïd, beaucoup lu Walter Benjamin. J’ai été à la fois marqué par la façon dont Benjamin travaillait sur le xixe siècle – y compris donc sur la période qui m’intéressait – et intrigué par le fait que, chez Benjamin, Heine était très peu présent ; toute la place est en quelque sorte préemptée par Baudelaire. Cette absence m’apparaissait d’autant moins justifiée qu’il y a quelque chose de, disons, très benjaminien dans la figure de Heine. Un grand nombre des thèmes que Benjamin aborde dans son Paris capitale du xixe siècle se retrouvent chez Heine : l’exil, la flânerie, la forme fragmentaire et l’usage de l’ironie, l’apparition de la grande ville dans la poésie, l’expérience de la défaite de la révolution et celle d’une histoire qui, après l’écrasement des espérances de 1848, vire au cauchemar.
 
Je tenais donc à mettre en évidence ce Heine en tant que pionnier de la modernité émergente, ce qui n’est pas sans conséquence sur son rôle dans l’histoire que j’étudie. C’est aussi pour cette raison que je considère que la rencontre entre Heine et Marx – qui se fait à Paris à un moment décisif de leur évolution respective – est une rencontre épocale, qui ouvre une possibilité à la fois intellectuelle et culturelle inédite : l’idée d’une rencontre entre la modernité esthétique, intellectuelle et politique, dont la promesse continue de nous hanter parce qu’elle demeure inaccomplie.
 
S. B. : Il faut dire aussi un mot sur Hess. Est-ce qu’en arrière-plan du chapitre que tu lui consacres, tu pensais à ce que j’ai ressenti en le relisant, qu’il y avait quelques analogies entre notre propre période et la pensée de Hess, cette forme d’humanisme politiquement complètement impuissante mais remplie de bons sentiments ? Est-ce qu’il faut y lire en creux la critique d’une certaine ambiance théorique et politique, que tu retrouvais en France, dans l’affadissement de la gauche française, avec l’affaissement du marxisme et la montée d’une pensée molle, une sorte de vague humanisme social-démocrate ?
 
S. K. : Sans doute, même si ce n’était pas ma préoccupation première. Incontestablement, de nos jours, c’est une forme particulièrement affadie, et même franchement inquiétante, d’« humanisme » qui imprègne le discours politique, pas seulement de la gauche d’ailleurs. On peut penser à l’explosion du « caritatif » et du « compassionnel », suppléments d’âme des politiques néolibérales, ou au paternalisme « humanitaire », bien commode quand il s’agit d’habiller des interventions militaires impérialistes. Pour être équitable avec Hess, il faudrait toutefois dire que ce qui se rapprocherait le plus de son « humanisme » serait quelque chose comme la condamnation virulente du « règne de l’argent » par le pape François et le discours de réhabilitation du « lien social » et du « vivre ensemble ».
 
Ceci dit, et pour revenir à Hess, il faut bien voir que celui-ci est une figure contradictoire. Il y a bien sûr cet aspect d’un socialisme sentimental humaniste et antipolitique que tu évoques et dont j’ai voulu montrer la cohérence. Pour simplifier ma pensée, je dirais que si Marx était aussi feuerbachien qu’Althusser le prétend, il serait devenu Moses Hess, pas Marx. Mais il y a d’autres aspects de Hess qui sont tout aussi importants. Le premier c’est qu’il nous fait comprendre qu’être en contact avec le mouvement ouvrier ne signifie pas forcément – je l’ai déjà dit – adhérer à des positions révolutionnaires. Ça peut être exactement l’inverse. On oublie souvent à quel point ce socialisme sentimental, éthique, très profondément religieux, était puissant dans le mouvement ouvrier de l’époque. La religion « était dans l’air » d’une certaine façon. Le saint-simonisme lui-même se concevait comme une nouvelle religion.
 
Ce rapport à la religion m’amène à l’un des fils moins apparents mais néanmoins significatifs de ce travail – c’est le thème du messianisme, qui est également présent en filigrane dans le chapitre sur Heine. En effet, alors que beaucoup de choses séparent Heine et Hess, il y a là une dimension qui les rapproche, même si leur conception du messianisme diffère substantiellement. Hess vise, à travers l’anthropologie humaniste, à une reconstruction du politico-religieux, Heine conçoit la promesse messianique comme la présence spectrale que les générations antérieures vaincues lèguent au présent. Tous deux s’abreuvent pourtant à cette source, le contraire eût du reste été étonnant de la part d’intellectuels juifs qui évoluent dans ce milieu d’un radicalisme qui est essentiellement un radicalisme rhénan. Marx, dont on connaît le non-rapport problématique à sa judéité, et Engels sont également rhénans : d’une façon générale, l’histoire dont il est question est essentiellement rhénane, avant de devenir une histoire d’exilés, et ce filon du messianisme juif en est un aspect constitutif.
 
S. B. : Marx doit-il également être situé dans ce fil messianique ?
 
S. K. : C’est une vieille thèse, défendue notamment par Karl Löwith et, plus récemment, par Balibar qui se réfère notamment à mon travail14. Selon lui, l’apparition du prolétariat chez Marx, dans l’Introduction à la critique de la philosophie du droit de Hegel de 1843, relève d’un « moment messianique » attesté par l’usage extensif de métaphores religieuses, propre à un registre apocalyptique et prophétique, exprimant le renversement radical du prolétariat du « rien » au « tout » et la « révolution radicale » dont il est question dans ce texte comme une sorte de recréation ex-nihilo du monde. Il est certain que les métaphores religieuses appartenaient au style de l’époque, en ce sens elles relèvent d’un topos qui n’a rien de spécifiquement marxien. Il en est largement de même de la conception de la religion que véhicule ce texte marxien : à la fois cri de la créature souffrante et consolation (« opium du peuple »).
 
On ne gagne à mon sens pas grand-chose à se laisser guider par des métaphores ou à s’obstiner à assigner une origine religieuse à chaque concept politique. Contrairement à Engels, Marx, on le sait, s’est désintéressé à peu près totalement de la religion – les seuls fils qui le rattachent à une sensibilité messianique ce sont Hess, qu’il a lu et connu personnellement, et, d’une façon plus souterraine, Heine. En ce sens, oui, de façon indirecte, médiée, il y a un élément messianique, juif mais pas exclusivement, qui renvoie à la spécificité du radicalisme rhénan et à l’atmosphère générale de la période.
 
Mais je ne pense pas que cet élément joue un rôle structurant dans le cheminement qui conduit Marx à la « découverte » du prolétariat. Celle-ci ne peut, à mon sens, être comprise que comme solution de l’« énigme » de la révolution allemande, de sa non-contemporanéité qui n’a cessé de hanter les penseurs d’outre-Rhin depuis la Révolution française. La subjectivité négative du prolétariat fait corps avec un raisonnement dialectique, une sorte de déduction, certes très spéculative, menée à partir de l’examen d’un problème historique, d’une traduction allemande de la conjoncture à laquelle il était confronté. Tout cela nous éloigne, me semble-t-il, d’un « moment messianique ».
 
Faut-il brûler Friedrich Engels ?
 
S. B. : Venons-en à présent à Engels. Il est clair qu’il ne sort pas indemne de ce livre, du fait notamment de la façon dont il traite de l’immigration ouvrière irlandaise dans La Situation de la classe laborieuse en Angleterre. Certes, comme tu le soulignes, cet ouvrage représente le Engels antérieur à la rencontre intellectuelle avec Marx, mais ce que tu en dis est lourd de conséquences quant à la façon d’aborder le long débat, qui n’est pas clos, sur le rapport entre Engels et Marx, les spécificités de chacun, et le rôle que le premier aurait joué dans une certaine tradition du marxisme contre laquelle certains cherchent à se définir.
 
S. K. : Dans la lecture, j’essaie de prendre le contre-pied des approches critiques d’Engels telles qu’elles existent dans l’abondante littérature consacrée à son rôle dans l’élaboration de la théorie qui porte, essentiellement de son fait d’ailleurs, le nom de « marxisme ». Par « approche critique » il faut ici entendre toute celle qui se démarque de la vulgate selon laquelle Engels est simplement l’alter ego de Marx, le brillant second qui a utilement complété son œuvre. Si on met de côté celles qui cherchent à l’exclure purement et simplement du champ de l’étude, au premier rang desquelles on trouve Maximilien Rubel, l’essentiel de ces approches visent à critiquer, voire à rejeter, les écrits « philosophiques » du dernier Engels, avant tout l’idée d’une « dialectique de la nature ». Perry Anderson a souligné, à juste titre, que la quasi-totalité de ce qu’il a appelé le « marxisme occidental » se caractérise par le rejet de ce legs engelsien. La critique adressée à Engels porte également sur son interprétation du Capital, tout particulièrement de son ordre d’exposition, ainsi que sur son rôle dans l’édition des livres II et III du Capital. Elle a été récemment relancée, suite à l’édition dans la MEGA15 de l’ensemble des manuscrits marxiens dont Engels s’est servi pour éditer les deux derniers livres.
 
Concernant le jeune Engels, la tendance est, à l’inverse, de réhabiliter son rôle en tant que pionnier de la critique de l’économie politique et de l’étude des réalités ouvrières. Il est significatif qu’un « anti-engelsien » comme Terell Carver et un « engelsien » comme Labica s’accordent sur ce point16. Ce dernier a fortement plaidé en faveur de cet Engels pionnier, qui se place déjà sur le terrain du matérialisme historique à construire, mais son argumentation m’a laissé profondément insatisfait. Labica mésestimait, à mon sens, l’appartenance des textes engelsiens à un type de discours hégémonique à cette époque-là et qui réfléchissait sur les problèmes posés par la condition ouvrière en termes médicaux, ceux d’une « physiologie » des conditions sociales. Analyser les réalités de classe en termes racialisants fait par exemple partie intégrante de ce type de discours, et il n’est en ce sens nullement surprenant d’en retrouver certains éléments caractéristiques chez Engels – ce qui est, bien évidemment, embarrassant pour le lecteur actuel et ne va pas sans poser tout un nombre de problèmes dont on aurait tort de penser qu’ils sont derrière nous.
 
S. B. : Tu essaies donc de sortir d’une opposition entre un « jeune Engels » et un Engels tardif, sur le modèle de celle entre le « jeune Marx » et celui de la maturité ?
 
S. K. : J’ai tenté une lecture critique du jeune Engels précisément parce que je considère qu’Engels est un penseur original, entre autres du fait que, contrairement à Marx, il n’est pas issu du moule universitaire et qu’il a une connaissance de première main des réalités économiques et sociales anglaises. Il y a bien en ce sens des innovations théoriques d’Engels, tout particulièrement dans sa première tentative de critique de l’économie politique et dans l’analyse de la condition ouvrière. À condition toutefois de voir que cette critique est placée sous le signe de l’humanisme philosophique et qu’elle s’inscrit, à l’instar de celle de Hess, dans les orientations du « socialisme vrai ».
 
Il est en effet frappant de constater, à la lecture de La situation de la classe laborieuse en Angleterre ou, de manière encore plus explicite, de celle des conférences qu’il a données avec Moses Hess au début de 1845 dans les villes de Rhénanie, à quel point Engels s’inscrit bien dans cette mouvance. Engels et Hess font preuve d’une grande modération, et même d’un refus du politique, en cherchant à déplacer les problèmes posés par la condition ouvrière et les revendications propres à cette classe émergente du terrain politique vers un autre, celui du « social ». Le « social » est conçu à la façon de Saint-Simon, par la suite repris par la « science sociale » française de Comte ou de Durkheim, comme un principe régulateur, pacifiant, en tant que « lien social » pour reprendre une terminologie très présente dans la sociologie contemporaine. Pour lui, la véritable contradiction du capitalisme n’est pas tant l’antagonisme de classe à proprement parler, mais celle entre le principe « social » et le binôme argent/marché, porteur de chaos et de concurrence illimitée.
 
Une autre innovation d’Engels que j’ai essayé de souligner, c’est sa pensée de l’espace urbain, qui se développe à travers ce regard sur la condition ouvrière et que Henri Lefebvre avait déjà mis en évidence17. Ce point de vue sur la modernité naissante du xixe siècle est l’un des aspects les plus intéressants d’Engels, comme de Heine d’ailleurs. Ce n’est nullement un hasard si Engels écrit par la suite La Question du logement, l’un des premiers textes qui traitent de façon systématique des problèmes urbains du point de vue du matérialisme historique.
 
S. B. : Quelles sont les conséquences de ces analyses pour l’Engels tardif, son rôle dans la constitution du marxisme de la IIe Internationale, son positivisme présumé, son rapport à la politique ou ses éventuelles divergences avec Marx ?
 
S. K. : Quand je disais que je prenais le contre-pied de la quasi-totalité de la littérature existante, je voulais signifier la nécessité de resituer de façon critique le jeune Engels sans pour autant partager le rejet du Engels plus tardif, et sans gommer – bien au contraire – l’originalité de sa trajectoire intellectuelle, y compris après l’indéniable tournant que représente le travail en commun avec Marx.
 
Il y a bien sûr des éléments de continuité chez Engels, mais ils ne vont pas nécessairement dans le sens que tu suggères, celui d’un aplatissement théorique. Engels s’est ainsi intéressé de façon soutenue à la pensée dite « utopique », mais aussi, je viens de le dire, à celle de l’urbain, à l’anthropologie, à l’histoire et tout particulièrement à celle des religions.
 
D’autres éléments de continuité sont par contre plus problématiques. Ainsi, sa pensée du « social » a laissé des traces, me semble-t-il, dans la conception du socialisme qu’il développe dans l’Anti-Dühring. Il y décrit le socialisme comme une économie dirigée, une réorganisation rationnelle d’une société industrielle ; il entend par là un dépassement de l’anarchie de la production capitaliste, qui prolonge le type de socialisation dont celle-ci est porteuse. Engels ne pense donc pas le socialisme, ou plutôt le communisme, comme mode de production nouveau, fondé sur des rapports sociaux révolutionnés. Tout cela a pesé d’un poids décisif dans la vision du socialisme dominante sous la IIe Internationale.
 
Je tiens toutefois en très grande estime l’Engels historien, que ce soit ces études sur la guerre des paysans, sur l’unification allemande comme « révolution par le haut » ou sur la famille, malgré les limites évidentes (pour nous) du matériau anthropologique dont il pouvait disposer. La contribution de l’Engels tardif me semble également originale et importante sur les questions de stratégie et de théorie politiques, loin du Engels banalement « réformiste » qu’on y voit souvent, comme Jacques Texier l’a démontré18 en plaidant pour un Engels d’une certaine façon pré-gramscien.
 
Je ne partage pas non plus l’horreur que suscitent chez la plupart des « marxistes occidentaux » les écrits « philosophiques » du dernier Engels, dont on sait qu’ils ont été instrumentalisés, notamment par le biais du travail éditorial effectué sur ce « livre », La Dialectique de la nature, monté de toutes pièces par les Soviétiques pour définir les fondamentaux du diamat de l’époque stalinienne. Labica a eu, à mon sens, raison d’insister sur le caractère essentiellement réactif des interventions engelsiennes, sur le fait qu’elles visaient avant tout à s’opposer aux thèses d’un Dühring ou d’un Haeckel, et non à fonder une « philosophie marxiste ». Je suis également d’accord avec André Tosel quand il lit les textes regroupés dans La Dialectique de la nature comme une réflexion critique sur les sciences19. Ce travail est, certes, daté par bien des aspects, et il reste pris dans la vision évolutionniste qui domine à l’époque. Il peut toutefois être lu comme une contribution au travail réflexif que les scientifiques mènent sur leur propre pratique et non comme l’ébauche d’un méta-discours logico-ontologique – en dépit de la tentation engelsienne à énoncer des « lois » universelles de la dialectique.
 
Ceci dit, et avec toute la prudence nécessaire qu’exigent des études plus précises que je n’ai pas encore pu mener, il me semble que ce qui se dégage malgré tout de la figure d’Engels c’est qu’il est resté par certains côtés proche de la pensée socialiste du xixe siècle dans une version disons plus standard. Sans doute ne retrouve-t-on pas chez lui la forte singularité de Marx, dont il tend parfois à réduire certains aspects novateurs. Pour citer quelques exemples, je pense que sa manière de comprendre l’ordre de l’exposé dans le Capital en termes logico-historiques n’est pas pertinente et tend à aplatir les enjeux théoriques de la structure de l’œuvre. Engels s’est également montré bien plus réticent que Marx à rompre avec l’eurocentrisme, comme l’indique notamment la façon dont il s’est positionné dans le débat sur la révolution russe. Il ne prenait pas au sérieux les indications de Marx dans ses brouillons de lettres à Véra Zassoulitch en faveur d’une voie non-capitaliste prenant appui sur les formes communautaires paysannes. Tout cela pèsera également très lourdement dans l’eurocentrisme, parfois caricatural, de la IIeInternationale.
 
Marx et la politique aujourd’hui
 
S. B. : La recherche sur Marx n’a pas cessé depuis la publication du livre. Je pense à une série de biographies, notamment celles de Francis Wheen, de Jonathan Sperber ou de Jacques Attali20, et à une série d’études fouillées sur le jeune Marx. Dans cette catégorie, citons les travaux de Roberto Finelli, de Gareth Stedman-Jones, de Warren Breckman et de Douglas Moggach21. Avec le recul qu’autorise le temps, est-ce que cette littérature te conduit à modifier ton point de vue, à en approfondircertains aspects, ou bien cela ne change pas vraiment ta perspective ?
 
S. K. : Ce dont on se rend compte après coup c’est que, pour les mêmes raisons qui font qu’on ne pense jamais tout seul, on est beaucoup moins original qu’on ne le pense dans ce qu’on a pu écrire. Parmi les ouvrages que tu as cités, auxquels il convient d’ajouter les travaux français de Franck Fischbach et d’Emmanuel Renault22, je retiens surtout que même si les approches sont très diverses, les convergences avec ce que j’ai essayé de faire dans cet ouvrage sont également significatives. Tous ces travaux mettent en avant l’importance du contexte jeune hégélien pour saisir la trajectoire de Marx dans sa singularité. La plupart la situent dans son rapport au contexte politique et au croisement de la Révolution française et de la philosophie classique allemande. Dans les travaux anglophones, les plus stimulants à mon sens, on retrouve l’idée que Marx était une vraie « tête politique », et que son rapport à Hegel est d’une profondeur qui le différencie de ses interlocuteurs et concurrents. La biographie de Jonathan Sperber, la seule qui apporte des éléments nouveaux, va dans le même sens, même si Sperber verse dans le relativisme historique et fait de Marx une figure enfermée dans le xixe siècle. Même quelqu’un comme David Leopold23, issu de la tradition analytique oxfordienne, a fortement insisté sur le fait que c’était bien en tant que penseur du politique qu’il fallait approcher ce Marx-là. Mon travail doit donc être situé dans ce mouvement plus large de relecture de Marx.
 
Je pense toutefois qu’il reste une originalité dans mon approche, qui renvoie sans doute au fait qu’elle est davantage liée aux débats du marxisme français, et, plus largement, « continental » pour parler comme les Anglo-Saxons. De ce fait, les enjeux stratégiques sont davantage présents, on sort du cadre d’une discussion académique, entre lecteurs érudits. Cela n’a pas échappé aux lecteurs anglophones. Dans la revue de la vénérable American Sociology Association, l’auteur du compte-rendu consacré à mon livre, tout en reconnaissant le sérieux de ma documentation, me reproche de « brouiller les distinctions » entre, d’un côté, recherche historique et analyse de science sociale, et, de l’autre, polémique politique et construction de « mythe » visant à légitimer le radicalisme politique24. Eh bien, pour ma part, j’assume totalement ce « brouillage », synonyme de recherche engagée. Je pense que Marx ne trouverait rien à y redire.
 
S. B. : Pour conclure sur la dimension politique, l’atmosphère politique et intellectuelle a quand même beaucoup changé depuis les années 1990. Il y a un renouveau du travail sur Marx, qui n’est plus la figure du paria. Ce qui n’empêche pas que Marx en tant que penseur de la défaite, comme tu le soulignes dans les dernières pages de l’ouvrage, soit toujours d’actualité. Comment résumerais-tu la dimension politique de ce travail avec ce recul de dix-huit ans ?
 
S. K. : Il y a un fil rouge qui parcourt ce livre, c’est cette idée du rapport constitutif démocratie/révolution, on pourrait presque dire que démocratie et révolution sont à mes yeux, pour parler comme Spinoza, comme deux modes d’une même substance. Ce filon « français » chez Marx, rejoint la préoccupation centrale de ma propre trajectoire politique. L’œuvre de Nicos Poulantzas, à qui ce livre est dédié, débouche sur un vaste questionnement des rapports entre démocratie et socialisme. Ce fil rouge est également celui de la réflexion gramscienne sur l’hégémonie ou encore de celle de Lukacs, à partir des célèbres « Thèses Blum » et jusqu’à la conclusion politique de son ontologie, le texte fondamental Demokratisierung heute und morgen25.
 
Si je reprends cette question, pour tenter d’en renouveler les termes, c’est parce que je suis convaincu qu’elle est toujours centrale. C’est bien sûr celle que nous lèguent l’effondrement des régimes soviétiques et l’involution de l’ensemble des expériences révolutionnaires du xxe siècle. Mais c’est aussi celle que pose l’évolution du capitalisme néolibéral, qui vide de son sens toute idée de démocratie, même dans les cadres très limités qui ont existé en tant que conquêtes de très longues luttes des classes travailleuses. Aujourd’hui, il faut inverser le dicton de Poulantzas « le socialisme sera démocratique ou ne sera pas » en « la démocratie sera socialiste ou ne sera pas ». On ne peut vaincre la dé-démocratisation portée par le néolibéralisme sans poser la question du renversement du capitalisme, de l’hégémonie des classes subalternes, donc de l’activation de la tendance communiste de la lutte des classes.
 
Le Marx dont il est question dans cet ouvrage n’est donc pas un Marx de la défaite, c’est le Marx de l’« autocritique de la révolution », pour reprendre le titre de la conclusion. C’est le Marx qui comprend les limites de l’expérience révolutionnaire qui a débuté en 1789-1793 comme un « ratage » rétroactivement nécessaire pour que quelque chose de nouveau advienne. C’est le Marx qui conçoit le communisme comme une autocritique, toujours recommencée, de la révolution démocratique. Aujourd’hui, il est vrai qu’on serait tenté d’inverser le propos, et de faire de la démocratie le moment autocritique du communisme. Mais ce serait oublier ce que Lukacs a formulé dans ses « Thèses Blum » : il n’y a pas de muraille de Chine entre révolution démocratique et révolution socialiste. Comme le disait déjà Heine, dans une phrase que j’ai placée en exergue à l’ouvrage : « la révolution est une et indivisible ».

Cet entretien est tiré de la réédition de Philosophie et révolution. De Kant à Marx (La fabrique, 2017). Il est reproduit ici avec l’autorisation des auteurs et de l’éditeur.
 

 

  1. Après une longue histoire de dissidences, d’exclusions et de vagues de départs au cours des années 1960 et 1970, l’UEC est à l’époque entièrement alignée sur le PCF et fonctionne de fait comme un vivier de futurs cadres du parti. 

  2. Georges Labica (1930-2009), philosophe marxiste, auteur de nombreux ouvrages. Membre du PCF depuis 1954, il est nommé en poste à Alger en 1956, pour enseigner la philosophie au lycée. Il rejoint rapidement les rangs du FLN et participe à partir de 1960 à l’équipe de rédaction de son organe principal, El Moudjahid. Labica passe la fin de la guerre dans la clandestinité, à Alger, sa tête est mise à prix par l’OAS. Après l’indépendance, il enseigne à l’université d’Alger où il joue un rôle éminent dans la mise en place de l’enseignement de la philosophie. Il reste en Algérie jusqu’à la fin de l’année 1968, mais participe aux événements de mai à Paris. De retour en France, il enseigne à l’université de Nanterre et milite de nouveau au PCF, qu’il quitte en 1982, après avoir été l’un des animateurs de l’opposition interne autour du mouvement « Union dans les luttes ». Militant anti-impérialiste actif, il était président honoraire du Comité de vigilance pour une paix réelle au Proche-Orient (CVPR-PO), président de Résistance démocratique internationale et membre de l’Appel franco-arabe. Site consacré à Georges Labica : labica.lahaine.org

  3. Cf. André Tosel, Le marxisme du xxe siècle, Paris, Syllepse, 2009, p. 68. 

  4. François Cusset, La Décennie. Le grand cauchemar des années 1980, Paris, La Découverte, 2006. 

  5. Louis Althusser, « Marx dans ses limites », in Écrits philosophiques et politiques, vol. 1, Paris, Stock/Imec, 1994, p. 359-524. 

  6. Ces trois textes, initialement publiés en 1978, ont été repris dans le recueil Solitude de Machiavel et autres textes, Paris, PUF, 1998, p. 267-309. 

  7. Par exemple dans ses entretiens avec Fernanda Navarro, initialement publiés en 1988 au Mexique. Édition française : Sur la philosophie, Paris, Gallimard, 1994, p. 37, ou dans son autobiographie : L’avenir dure longtemps, suivi de Les Faits, Paris, LGF/Livre de Poche, 1994, p. 168. 

  8. Cf. note 4. 

  9. Georges Labica, Le Statut marxiste de la philosophie, Complexe, Bruxelles, 1976. 

  10. « Y a-t-il une sociologie marxiste ? », in Lucien Goldmann, Recherches dialectiques, Paris, Gallimard, 1959, p. 280-302. 

  11. Isabelle Garo, Foucault, Deleuze, Althusser et Marx. La politique dans la philosophie, Paris, Démopolis, 2011. 

  12. « Éloges du roi Louis », in Heinrich Heine, Nouveaux poèmes, Paris, Gallimard, 1998, p. 249-253. 

  13. « La forme politique de l’émancipation », in Jean-Numa Ducange, Isabelle Garo (dir.), Marx politique, Paris, La Dispute, p. 39-90. 

  14. Étienne Balibar, « Le moment messianique de Marx », Revue germanique internationale, n°8, 2008, p. 143-160. 

  15. Marx-Engels Gasamtausgabe. Édition des œuvres complètes de Marx-Engels, commencée dans les années 1970 en République démocratique allemande et toujours en cours. 

  16. Cf. Terell Carver, Friedrich Engels, His Life and Thought, Palgrave MacMillan, Londres, 1991 ; Georges Labica, Le Statut marxiste de la philosophie, op. cit.

  17. Cf. Henri Lefebvre, La Pensée marxiste et la ville, Paris, Casterman, 1973. 

  18. Cf. Jacques Texier, Révolution et démocratie chez Marx et Engels, Paris, PUF, 1998. 

  19. André Tosel, «Formes de mouvement et dialectique “dans” la nature selon Engels», in Études sur Marx (et Engels), Paris, Kimé, 1996, p.105-138. 

  20. Francis Wheen, Karl Marx : A Life, Londres, Norton, 2001 ; Jonathan Sperber, Karl Marx : A Nineteenth Century Life, Londres, Liveright, 2014 ; Jacques Attali, Karl Marx ou l’esprit du monde, Paris, Fayard, 2005. 

  21. Roberto Finelli, A Failed Parricide. Hegel and the Young Marx, Chicago, Haymarket, 2016 (1reédition Turin, Bollati Boringhieri, 2004) ; Gareth Stedman-Jones, Karl Marx : Greatness and illusion, Londres, Allen Lane, 2016 ; Warren Breckman, Marx, The Young Hegelians and the Origins of Radical Social Theory, Cambridge, Cambridge University Press, 2001 ; Douglas Moggach (dir.), The New Hegelians. Politics and Philosophy in the Hegelian School, Cambridge, Cambridge University Press, 2011. 

  22. Franck Fischbach, Philosophies de Marx, Paris, Vrin, 2015 ; Emmanuel Renault, Marx et la philosophie, Paris, PUF, 2013. 

  23. David Leopold, The Young Karl Marx. German Philosophy, Modern Politics and Human Flourishing, Cambridge, Cambridge University Press, 2009. 

  24. Neil McLaughlin, « Review of Stathis Kouvélakis, Philosophy and Revolution. From Kant to Marx », Contemporary Sociology, vol. 33, n° 3, 2004, p. 375-376. 

  25. Édition française : Socialisme et démocratisation, Paris, Messidor, 1989. 

Sebastian Budgen et Stathis Kouvélakis

La France sidérée

 

14 Mars 2017

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Le pannel des soutiens de Macron…

 

La campagne des présidentielles n’est plus de l’ordre du politique, elle fait songer à ces émissions de téléréalités dans laquelle des gens sont enfermés dans un appartement avec de temps en temps des éliminations, des fausses sorties, des chicaneries, des tractations en coulisse, le tout sans le moindre intérêt, mais on ne parle que de ça dans les cafés et en famille, non pas au titre de la citoyenneté mais avec une mentalité de voyeur…

 

Je crois que nos turpitudes sont en train d’effacer au niveau international celles pourtant apparement indépassables de la dernière élection présidentielle américaine. Il y a dans le casting, l’invraisemblable Fillon qui tous les jours dévoile une avidité quasi pathologique. En être à prendre sur les émoluements que l’on fait attribuer à sa fille par le Sénat, le remboursement des frais de son mariage, c’est Grandet, Harpagon, en tous les cas c’est une conception bourgeoise de la famille, elle produit des enfants et des rentes. Il met la même passion à nous priver de nos droits sociaux. Droit dans ses bottes mais qui les lui a payées ? AXA ou d’autres contributeurs de l’Institut Montaigne? … Mais que dire des autres, ils sont plus paluchons, encore que je demande à voir du côté de l’épouse Macron née Trogneux, jadis enseignante dans un lycée privé La Providence d’Amiens… Cette muse du département (du Pas de calais) en jean et cuir, est issue de six générations de chocolatiers. Comment est-on passé des scènes de la vie de province à celles de la vie parisienne, le salon du baron Nuncingen et l’intronisation de Rastignac… le tout Paris, tous ces politiciens venus les uns d’Occident comme Madelin , les autres du PCF comme Robert Hue, Braouzec, toute honte bue, et la plupart rassemblés visiblement par Hollande pour amplifier, faute de mieux, sa capacité de nuisance…Il est difficile de faire plus sordide, plus mesquin  que ce président là à qui il n’a jamais resté aucun autre pouvoir que celui des chausse-trappes et des coups de jarnac, incapable de faire le bien, il ne lui restait plus qu’à créer les conditions d’un croupissement, son anticommunisme sournois n’a jamais été que le reflet de son incapacité à voir autre chose dans le peuple que des niais à duper, une clientèle misérable. Un conservatisme par défaut….  Changer un petit quelque chose pour que rien ne change… N’oubliez pas Valls, le masque de la faillite du quinquennat qui ne donne pas un parainage dont personne ne veut surtout pas Macron…  Caprice et débâcle. Le tout dans une danse macabre de momies derrière Segala et Pierre Bergé, que l’on nous vend comme la jeunesse…

 

Derrière la marque Macron c’est la course à la gamelle avec le ralliement de tous à Giscard, l’homme nouveau des années soixante et dix…

 

Comment voulez-vous vous indigner devant les moeurs de Montretout, dont on nous assure que c’est un enfer, une vaste propriété de plus de 5000 m2 à Saint Cloud, dans laquelle suintent les odeurs pestilentielles de l’agonie du cimentier qui a laissé sa fortune à cette étrange famille auprès de laquelle les Atrides font pâle figure… On a tellement l’habitude de se faire peur avec eux que ces Thenardiers poursuivent leur bonhomme de chemin dans l’indifférence générale… Macron nous est présenté comme le blanc chevalier qui nous en préservera, mais tout le monde s’en fout. Et on regarde s’agglutiner autour de lui sans le moindre prétexte idéologique crédible toutes les épaves de tous les septennats, quinquennats… SI ce n’est Le Pen, c’est la gamelle?


La France entière est déboussolée, fascinée mais déboussolée. Et parmi eux les communistes ne sont pas les moins désarçonnés.


C’est la première fois que je vois le parti communiste littéralement pétrifié à ce point. On peut en accuser mélenchon, noter que l’homme n’est pas à proprement parler de ceux qui rassemblent, que sa politique devient de plus en plus erratique, mais le fait est que les dirigeants communistes y ont mis du leur. Depuis le Congrès – et avant- tout a été fait pour nous conduire à cet état de sidération… Osciller entre deux candidats comme Mélenchon et Hamon, sans le moindre sentiment d’être représenté c’est le sort d’une bonne moitié des militants au moins…

 

J’espère- et il m’arrive de n’oser y croire- qu’à la sortie de ce drame français, il y aura un sursaut dont non seulement les communistes mais l’ensemble du pays a un urgent besoin. Il faudra bien alors que l’on dise ces mots célèbres: « que les bouches s’ouvrent, pas de mannequins dans le parti.  »

 

Danielle Bleitrach

 

Comment ces avidités provinciales, ce conservatisme est-il remonté dans un espèce de remigle ? Avec ces haines à propos de lingots d’or qui se terminent par l’assassinat de la famille Troadec qui me fait irrésistiblement songer aux Fillon…  Paris lui même devenu un étouffoir avec ses insultes, ces crépages de chignon… Et on veut nous faire croire que c’est ça l’identité française?

 

Complainte de la Lune en province

 

Ah ! La belle pleine Lune,
Grosse comme une fortune !

 

La retraite sonne au loin,
Un passant, monsieur l’adjoint ;

 

Un clavecin joue en face,
Un chat traverse la place :

 

La province qui s’endort !
Plaquant un dernier accord,

 

Le piano clôt sa fenêtre.
Quelle heure peut-il bien être ?

 

Calme lune, quel exil !
Faut-il dire : ainsi soit-il ?

 

(..)

 

Lune, vagabonde lune,
Faisons cause et mœurs communes ?

 

Ô riches nuits ! Je me meurs,
La province dans le cœur !

 

Et la lune a, bonne vieille,
Du coton dans les oreilles.

 

Jules Laforgue

Quel dommage qu’il y ait ces gens là pour dévoiler la réalité de Mélenchon 

 
12 Mars 2017

Ce samedi : excellent discours de Rome de Mélenchon… je suis particulièrement sensible à sa dénonciation de la guerre, de l’Europe de la défense comme Europe de la guerre… Sa vision de la France m’est proche… comme d’ailleurs une certaine hauteur dans l’analyse internationale..  

 

Bonne prestation devant les têtes à claques chez Ruquier, en particulier sur les reraites. … Dieu que cette animatrice blondinette est caricaturale, je ne croyais pas que l’on pouvait faire pire que Zemmour…  je ne l’aimais pas, mais son attitude inqualifiable devant Poutou me l’a rendue insupportable et aujourds’hui elle a récidivé non seulement devant Melenchon, mais devant Nathalie Artaud,en niant la violence de classe du chômage et en ne voyant que celle des expropriations du capital, elle est apparue la petite bourgeoisie dans toute sa niaiserie et avec elle ce que nous faisait ingurgiter ce type d’émission..    

 

Mélenchon l’a laissée bouche béé, tant il était cent coudées au-delà, et même son complice Yann je ne sais qui, persuadé d’être un grand auteur et qui par contraste revendique de la profondeur était estomaqué. Melenchon est cultivé et républicain, la répartie fuse et touche juste, l’art de l’escrime, il ne cite pas, il pense…

 

Ce qu’il dit de Hamon et de Macron, je partage, sans parler des autres… Bref, ou je m’abstiens ou je vote pour lui… Oui mais il y a le projet…

 

Hamon se fout des élections présidentielles, il joue dès maintenant la future présidence du PS… Melenchon joue la constitution d’un Podemos en France sur les ruines du PS et du PCF… Je ne  crois à aucun de ces projets… qui vivra verra et j’espère de tout coeur que l’entrée en campagne de Hollande « contre le Front National », qu’il n’a cessé de faire prospérer va mettre Macron « à la place du mort », celle qui a vu l’effondrement de Valls…Mais pourquoi et pour qui?

 

Bref, faute de mieux, Mélenchon est très bien sur les plateaux, quel dommage qu’il se soit pris pour un chef de parti… Parce que,  voilà après il y a eu sur BMTV, une certaine Danielle Simmonnet qui est venu minimiser le rôle des communistes ou plutôt trier entre les communistes insoumis type MG.Buffet et les autres à propos des parrainage.

 

On sentait bien qu’il ne s’agissait pas seulement de ce que Mélenchon devait aux élus communistes qui avait du mal à passer mais qu’elle les détestait à quelques rares exceptions près qui s’étaient convertis… …

 

Quand je l’entends Autain, elle et Corbières tout ce que j’ai pu apprécier du discours de Mélenchon s’effondre, ces lieutenants ne masquent pas le projet mitterrandien: détruire le PCF…

 

Il y a ceux que l’on peut siphonner et les autres… Quel dommage qu’avec Mélenchon il faille se payer cette bande d’arrivistes anticommunistes… leurs dents râclent le plancher. Je ne pourrais jamais voter pour des gens pareils…

 

Et il n’y a pas que les membres du PCF un peu chevronnés qu’ils révulsent, j’imagine ceux qui ont cru à une nouvelle manière de faire de la politique et qui se retrouvent avec des parachutés narcissiques qui ont déjà usé leurs guêtres dans tous les groupuscules, sans parler des couloirs de Solférino.

 

Où tout cela nous mène-t-il? En un instant le quinquennat du PS a un peu plus créé le goulet d’étranglement de cette consitution et l’élection présidentielle est désormais à quatre tours.. Cela montre déjà ce qui se dessine avec Macron, face au FN un conglomérat qui lui donne raison l’UMPS, de plus en plus dirigé par les puissances financières en particulier européenne…

 

En fait Macron apparait de plus en plus pour ce qu’il est, le successeur choisi par Hollande, la poursuite d’un gouvernement sans majorité avançant à coup de 49/3 pour imposer des « réformes » dont personne ne veut.  Mais face à cela quelle alternative, si elle passe par le dynamitage des forces de gauche, du PCF en particulier? Quelle alternative?

Dans le fond Mélenchon c’est exactement le contraire de mon adhésion au PCF, j’ai les plus grands doutes sur le dirigeant et ce depuis Robert Hue, mais j’ai confiance dans le collectif…

 

Ou du moins ce qui a survécu à de telles directions… Et  j’ai toujours privilégié le collectif, ce qu’il subsiste de sa dimension de classe donc de son désintérêt…

 

Danielle Bleitrach

Quel dommage qu’il y ait ces gens là pour dévoiler la réalité de Mélenchon 

 
12 Mars 2017

Ce samedi : excellent discours de Rome de Mélenchon… je suis particulièrement sensible à sa dénonciation de la guerre, de l’Europe de la défense comme Europe de la guerre… Sa vision de la France m’est proche… comme d’ailleurs une certaine hauteur dans l’analyse internationale..  

 

Bonne prestation devant les têtes à claques chez Ruquier, en particulier sur les reraites. … Dieu que cette animatrice blondinette est caricaturale, je ne croyais pas que l’on pouvait faire pire que Zemmour…  je ne l’aimais pas, mais son attitude inqualifiable devant Poutou me l’a rendue insupportable et aujourds’hui elle a récidivé non seulement devant Melenchon, mais devant Nathalie Artaud,en niant la violence de classe du chômage et en ne voyant que celle des expropriations du capital, elle est apparue la petite bourgeoisie dans toute sa niaiserie et avec elle ce que nous faisait ingurgiter ce type d’émission..    

 

Mélenchon l’a laissée bouche béé, tant il était cent coudées au-delà, et même son complice Yann je ne sais qui, persuadé d’être un grand auteur et qui par contraste revendique de la profondeur était estomaqué. Melenchon est cultivé et républicain, la répartie fuse et touche juste, l’art de l’escrime, il ne cite pas, il pense…

 

Ce qu’il dit de Hamon et de Macron, je partage, sans parler des autres… Bref, ou je m’abstiens ou je vote pour lui… Oui mais il y a le projet…

 

Hamon se fout des élections présidentielles, il joue dès maintenant la future présidence du PS… Melenchon joue la constitution d’un Podemos en France sur les ruines du PS et du PCF… Je ne  crois à aucun de ces projets… qui vivra verra et j’espère de tout coeur que l’entrée en campagne de Hollande « contre le Front National », qu’il n’a cessé de faire prospérer va mettre Macron « à la place du mort », celle qui a vu l’effondrement de Valls…Mais pourquoi et pour qui?

 

Bref, faute de mieux, Mélenchon est très bien sur les plateaux, quel dommage qu’il se soit pris pour un chef de parti… Parce que,  voilà après il y a eu sur BMTV, une certaine Danielle Simmonnet qui est venu minimiser le rôle des communistes ou plutôt trier entre les communistes insoumis type MG.Buffet et les autres à propos des parrainage.

 

On sentait bien qu’il ne s’agissait pas seulement de ce que Mélenchon devait aux élus communistes qui avait du mal à passer mais qu’elle les détestait à quelques rares exceptions près qui s’étaient convertis… …

 

Quand je l’entends Autain, elle et Corbières tout ce que j’ai pu apprécier du discours de Mélenchon s’effondre, ces lieutenants ne masquent pas le projet mitterrandien: détruire le PCF…

 

Il y a ceux que l’on peut siphonner et les autres… Quel dommage qu’avec Mélenchon il faille se payer cette bande d’arrivistes anticommunistes… leurs dents râclent le plancher. Je ne pourrais jamais voter pour des gens pareils…

 

Et il n’y a pas que les membres du PCF un peu chevronnés qu’ils révulsent, j’imagine ceux qui ont cru à une nouvelle manière de faire de la politique et qui se retrouvent avec des parachutés narcissiques qui ont déjà usé leurs guêtres dans tous les groupuscules, sans parler des couloirs de Solférino.

 

Où tout cela nous mène-t-il? En un instant le quinquennat du PS a un peu plus créé le goulet d’étranglement de cette consitution et l’élection présidentielle est désormais à quatre tours.. Cela montre déjà ce qui se dessine avec Macron, face au FN un conglomérat qui lui donne raison l’UMPS, de plus en plus dirigé par les puissances financières en particulier européenne…

 

En fait Macron apparait de plus en plus pour ce qu’il est, le successeur choisi par Hollande, la poursuite d’un gouvernement sans majorité avançant à coup de 49/3 pour imposer des « réformes » dont personne ne veut.  Mais face à cela quelle alternative, si elle passe par le dynamitage des forces de gauche, du PCF en particulier? Quelle alternative?

Dans le fond Mélenchon c’est exactement le contraire de mon adhésion au PCF, j’ai les plus grands doutes sur le dirigeant et ce depuis Robert Hue, mais j’ai confiance dans le collectif…

 

Ou du moins ce qui a survécu à de telles directions… Et  j’ai toujours privilégié le collectif, ce qu’il subsiste de sa dimension de classe donc de son désintérêt…

 

Danielle Bleitrach

Publié par  El Diablo

Jean-Luc Mélenchon, la mer et l’énergie...

Jean-Luc Mélenchon, la mer et l’énergie...

Le soutien à Jean-Luc Mélenchon doit avoir les yeux grands ouverts sur les risques d’une bataille personnelle qui se laisse entrainer dans les dérives médiatiques des grands mots et des petites phrases...

Quand Jean-Luc Mélenchon nous parle de la mer comme enjeu géopolitique majeur, il met en avant, comme tous les discours de l’écologie politique, une question technique comme porteur d’une vision politique, de société, et cela le conduit aux défauts de toute démarche marketing, survendre le produit. Car il suffit d’interroger ceux qui font de l’énergie marine pour en mesurer les difficultés. Oui, il y a des énergies énormes en jeu dans les mouvements de grandes masses d’eau, et elles sont, contrairement aux vents, très prévisibles, mais elles posent de redoutables difficultés techniques qui expliquent la lenteur des progrès et des projets, et les grandes incertitudes sur le potentiel réel. La France est même en avance sur ses principaux concurrents dans ce domaine, étant le pays qui a produit le plus d’énergie marine ! Quand on fait appel aux ouvriers, techniciens et ingénieurs pour qu’ils prennent en main les décisions industrielles, il faut d’abord les écouter !

C’est la même chose sur la sortie du nucléaire dont la faisabilité repose sur le scénario negawatt, un scénario que Jean-Luc Mélenchon reprend sans critiques pourtant essentielles pour celui qui veut incarner le changement de société... Car pour afficher "100% renouvelables = 370 milliards d’économie" , il ne faut pas préciser que cela implique une production industrielle en 2050 au niveau actuel, merci pour la réindustrialisation ! et sans rien dire sur la contrainte que la double sortie du fossile et du fissile impose, une réduction drastique des besoins, il faut dans ce cas se déplacer moins, se chauffer moins, et manger moins, et pas seulement mieux ! Autrement dit, tant pis pour les pauvres, ils devront eux-aussi gouter aux joies de la "frugalité"... ça tombe bien, ils connaissent...

Non, quand on cache le système derrière la technique, on peut peut-être faire le buzz, mais on ne prépare pas la rupture sociale...

Aux communistes de mener la bataille sur leurs propres objectifs !

SOURCE:

JLM, la mer et l'énergie...

 

http://lepcf.fr/+JLM-la-mer-et-l-energie+

La France Insoumise a investi des candidats contre d'autres communistes sortants

 

Vendredi 20 Janvier 2017

 

Une seconde liste de candidatures de la France Insoumise est tombée. De nouvelles circonscriptions sont concernées par la présence d'un binôme ou d'un candidat simple. Dans cette liste, la France insoumise a investi des candidats contre des députés communistes sortants et dans des circonscriptions où le PCF est en mesure de gagner

 

Après André Chassaigne dans la 5ème circonscription du Puy-de-Dôme et Nicolas Sansu dans la 2ème circonscription du Cher, la France insoumise vient de valider des candidature contre des députés communistes sortants :


13ème circonscription des Bouches du Rhône

Frédéric Grimaud (Ensemble! - Martigues) et Stella Apeddu (Parti de gauche - Saint Mitre les Remparts) ont été investi contre le député communiste sortant Gaby Charroux qui sera en duo avec Pierre Dharréville (titulaire).

En 2012, Stella Apeddu était candidate dans la 15ème circonscription (Châteaurenard, Lambesc, Saint-Rémy-de-Provence ...). Frédéric Grimaud est conseiller municipal à Martigues dans la liste du Député-Maire PCF Gaby Charroux, il est très investi dans les questions de solidarité et à RESF.

16ème circonscription du Nord

Marina Dabonneville (Parti de gauche - titulaire) et Raphael Brice ont été investi dans la circonscription du député communiste Jean-Jacques Candelier (qui souhaite ne pas se représenter). Ici la "France insoumise" se place dans l'ambition de faire perdre le Parti communiste français dans cette circonscription historiquement communiste.

Des candidatures de la "France Insoumise" aussi dans des circonscriptions gagnables pour le PCF

La "France insoumise" a aussi désigné des candidatures dans des circonscriptions gagnables par le PCF (parce que perdue en 2012 dut fait de la vague PS) :

- Dans la 14ème circonscription du Rhône (Vénissieux, Saint Priest ...), la "France insoumise" a investi des candidats. Benjamin Nivard et Najat Barthe seront en concurrence avec la communiste Michèle Picard, qui mène la bataille de la reconquête dans cette circonscription historiquement rouge (André Gerin étant le dernier député communiste).

- Dans la 8ème circonscription de Seine Maritime (Le Havre, Gonfreville-l'Orcher ...), la "France insoumise" a nommé François Panchout et Johanna Castillo dans cette circonscription historiquement rouge où le PCF peut faire élire un député. Le communiste Jean-Paul Lecoq avait perdu cette circonscription en 2012 pour 83 voix.

- Dans la 10ème circonscription du Val-de-Marne (Le Kremlin-Bicêtre, Gentilly Est, de Vitry-sur-Seine Nord, Ivry-sur-Seine), la "France insoumise" entend diviser et bloquer la reconquête de cette circonscription perdue par le PCF en 2012. La "France insoumise" a propulsé (pardon parachuté) Mathilde Panot (Parti de gauche de l'Essonne) et Mourad Taghzout (Parti de gauche) face à Pascal Savoldelli (PCF).

De nouveaux parachutages de cadres du Parti de gauche

Après Alexis Corbière dans la 7ème circonscription de Seine-Saint-Denis et Andréa Kotarac dans la 7ème circonscription du Rhône, c'est au tour d'Eric Coquerel (coordinateur du PG ) d'atterrir en Seine Saint Denis, dans la 1ère circonscription.

Rappelons que ce parachutiste professionnel, habitant à Paris, c'est retrouvé en 2012 dans la deuxième circonscription de la Corrèze, et aux élections européennes de 2014 en France, il est deuxième de la liste du Front de gauche dans la circonscription Sud-Est. En 2015 il rentre à Paris pour les élections régionales (où il est élu Conseiller régional sur la liste d'union conduite par Claude Bartolone du PS).

La 6ème République, tant vantée par Jean Luc Mélenchon, ressemble pas mal à la 5ème.
 
rapportcomitelegisfi15janvier.pdf Liste des investitures de la FI  (366.77 Ko)
 
Commentaire B.T: Je me demande comment un communiste qui se respecte, et qui a un minimum de dignité peut envisager de voter pour cet aventurier qui n'a qu'UN objectif nous faire la peau.
 

Les revenus des députés... et des cadres supérieurs du privé...

 

, par  Pierre-Alain

pdf 

 

La vie politique nationale est vraiment de plus en plus dégoutante, pas tant pour les quelques vraiment pourris qui se font prendre, DSK, Cahuzac, Balkany ou Dassault, mais par cette incroyable faculté du système à agiter des leurres pour cacher l’essentiel... Ainsi de l’affaire Fillon.

 

Ce député touchait comme tous les autres son indemnité (5100€ net par mois), des frais de mission (6000€/mois) et son budget pour payer une équipe de travail (9000€/mois)... Et il considérait qu’il pouvait en faire ce qu’il voulait, donc utiliser sa femme, réduite au rôle de porteur de financement... A vrai dire, ils sont parait-il très nombreux à faire ainsi. C’est connu de tout le monde médiatique depuis des années, mais la logique de la présidentielle a conduit la presse de sensation, à commencer par le canard, à en faire le buzz...

 

Et beaucoup de gens se disent : "mais qui sont ces députés qui nous représentent et qui ont tant de moyens alors que la majorité des Français touche moins de 1800€ de revenus par mois, et que de plus en plus se retrouvent en dessous du seuil de pauvreté ?"... Cela fait monter la colère et bien sûr le "tous pourris"...

 

Mais qui comparent ces revenus des députés avec les hauts salaires en France en général ? Ne parlons pas des revenus "extraordinaires" de quelques stars du show-biz ou du sport, ne parlons pas des "stock-options" ou des "retraites bonus" qui font la une de la presse économique de temps en temps, non, regardons simplement les revenus des cadres supérieurs du privé, ceux qui décident des restructurations, des bas salaires, de la précarité... Ce sont ceux qui font ce système qui nous impose austérité, baisse des dépenses publiques, précarité, pertes des droits...

 

La revue "challenges", peu suspect de sympathie à gauche, publie chaque année des tableaux précis avec le salaire moyen par poste et secteur...

 

Il faut pour les comparer avec les députés le comparer au revenu brut annuel lui-même, soit pour un député 85 000€, car ces cadres supérieurs ont comme les députés des moyens matériels, et des équipes qui travaillent pour eux... ce serait d’ailleurs amusant de faire une étude sur le nombre de patrons du privé qui font bosser leur femme... plus ou moins réellement.

 

Restons en au salaire brut lui-même. Voici donc la liste de tous les métiers qui gagnent nettement plus qu’un député... J’ai pris tous ceux qui gagnent plus de 100 000€ annuel... soit 20% de plus qu’un député... Et bien, il y en a pas mal !

 

Rang Fonction Secteur Niveau Revenu annuel moyen
1 PDG (groupe international) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 671 200,00 €
2 DG (groupe international) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 391 100,00 €
3 DGA (groupe international) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 271 400,00 €
4 PDG (filiale groupe international) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 247 800,00 €
5 PDG (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 240 800,00 €
6 Directeur de division FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 215 400,00 €
7 DG (filiale groupe international) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 214 000,00 €
8 Directeur de la gestion FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 199 700,00 €
9 Directeur de l’assurance collective FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 193 400,00 €
10 DG (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 181 100,00 €
11 Trader dérivés ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 174 900,00 €
12 Responsable du front-office ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 172 900,00 €
13 Directeur business unit (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 171 500,00 €
14 Analyste financier (société de Bourse) ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 171 200,00 €
15 Directeur de la gestion d’actifs et investissement immobiliers FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 168 600,00 €
16 Directeur des systèmes d’information FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 163 500,00 €
17 Directeur industriel (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 157 100,00 €
18 Directeur des comptabilités FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 155 700,00 €
19 Directeur service compétition (GE) MÉTALLURGIE MÉCANIQUE et AUTOMOBILE Cadre supérieur 155 000,00 €
20 Directeur de pôle régional ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 153 800,00 €
21 Directeur des ressources humaines (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 153 700,00 €
22 Directeur des ressources humaines Europe FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 152 300,00 €
23 Directeur business unit (ME) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 151 400,00 €
24 Directeur Général des achats COMMERCE DISTRIBUTION Cadre supérieur 147 500,00 €
25 Directeur d’enseigne COMMERCE DISTRIBUTION Cadre supérieur 143 100,00 €
26 Spéc. fusion-acquisition de transition FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 142 700,00 €
27 Responsable trésorerie ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 142 100,00 €
28 Directeur juridique (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 141 400,00 €
29 Directeur commercial VEFA B.T.P. IMMOBILIER Cadre supérieur 141 200,00 €
30 Chargé d’affaires corporate finance ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 141 000,00 €
31 Cambiste ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 140 100,00 €
32 Spéc. financier système d’information FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 139 600,00 €
33 Directeur commercial (GE) SERVICES Cadre supérieur 138 700,00 €
34 Gérant OPCVM ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 137 900,00 €
35 Directeur régional/agence B.T.P. IMMOBILIER Cadre supérieur 137 100,00 €
36 Directeur administratif et financier (filiale grand groupe) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 137 000,00 €
37 Directeur de l’immobilier B.T.P. IMMOBILIER Cadre supérieur 136 900,00 €
38 Chargé d’affaires finances (filiale) ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 136 400,00 €
39 Directeur des ventes (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 135 900,00 €
40 Directeur des ventes export (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 135 600,00 €
41 Directeur des ress. humaines (filiale internationale) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 135 600,00 €
42 Directeur du développement immobilier d’entreprise SERVICES Cadre supérieur 135 400,00 €
43 Gérant de société FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 134 800,00 €
44 Directeur de groupe d’agences ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 134 400,00 €
45 Gestionnaire de fortune FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 133 600,00 €
46 Directeur d’unité informatique (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre supérieur 132 400,00 €
47 Analyste financier sell side ASSURANCE BANQUE Cadre supérieur 132 400,00 €
48 Directeur des ventes export AGRO-ALIMENTAIRE Cadre supérieur 132 300,00 €
49 Directeur des ressources humaines (GE) SERVICES Cadre 131 500,00 €
50 Directeur des achats AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 131 500,00 €
51 Directeur de la communication (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 131 100,00 €
52 Directeur de site (GE) MÉTALLURGIE MÉCANIQUE et AUTOMOBILE Cadre 131 000,00 €
53 Directeur financier (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 130 700,00 €
54 Responsable du middle-office ASSURANCE BANQUE Cadre 130 000,00 €
55 Directeur d’enseigne FONCTION TRANSVERSE Cadre 130 000,00 €
56 Directeur marketing (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 129 500,00 €
57 Directeur des ventes (GE) SERVICES Cadre 129 500,00 €
58 Directeur du développement Logements collectifs SERVICES Cadre 129 300,00 €
59 Directeur de la R et D (GE internationale) FONCTION TRANSVERSE Cadre 129 000,00 €
60 Directeur administratif et financier de transition FONCTION TRANSVERSE Cadre 127 500,00 €
61 Fiscaliste international FONCTION TRANSVERSE Cadre 126 700,00 €
62 Actuaire IARD vie ASSURANCE BANQUE Cadre 125 500,00 €
63 Responsable développeur foncier B.T.P. IMMOBILIER Cadre 124 700,00 €
64 Directeur du marketing nouveaux produits SERVICES Cadre 123 800,00 €
65 Directeur des opérations B.T.P. IMMOBILIER Cadre 123 400,00 €
66 Directeur d’une ligne de produits (GE) ELECTRONIQUE MÉCANIQUE DE PRÉCISION Cadre 123 000,00 €
67 Directeur marketing-ventes B.T.P. IMMOBILIER Cadre 122 900,00 €
68 Directeur de l’informatique ( GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 122 800,00 €
69 Directeur de projets B.T.P. IMMOBILIER Cadre 122 700,00 €
70 Directeur du marketing digital INFORMATIQUE TELECOMS Cadre 122 400,00 €
71 Chef de service du recrutement (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 121 200,00 €
72 Directeur de la recherche-développement (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 121 000,00 €
73 Directeur marketing magasin COMMERCE DISTRIBUTION Cadre 120 900,00 €
74 Directeur des ventes (GE) AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 120 300,00 €
75 Responsable de la trésorerie INFORMATIQUE TELECOMS Cadre 119 800,00 €
76 Directeur du bureau d’études B.T.P. IMMOBILIER Cadre 119 700,00 €
77 Directeur des ventes Région (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 118 700,00 €
78 Directeur de la production (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 118 500,00 €
79 Dir. de la recherche et des études AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 118 500,00 €
80 Conseiller en fusion-acquisition ASSURANCE BANQUE Cadre 118 000,00 €
81 Directeur des ventes grande exportation SERVICES Cadre 117 800,00 €
82 Directeur du marketing AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 117 500,00 €
83 Directeur des ventes export ( filiale grand groupe ) FONCTION TRANSVERSE Cadre 117 500,00 €
84 Dir. de la recherche et des études PHARMACIE PARAPHARMACIE Cadre 116 900,00 €
85 Directeur des ventes (GE) ELECTRONIQUE MÉCANIQUE DE PRÉCISION Cadre 116 800,00 €
86 Directeur technique informatique INFORMATIQUE TELECOMS Cadre 116 700,00 €
87 Directeur financier (PMI/PME) FONCTION TRANSVERSE Cadre 116 700,00 €
88 Directeur des ventes (ME) FONCTION TRANSVERSE Cadre 116 300,00 €
89 Chargé de clientèle institutionnelle FONCTION TRANSVERSE Cadre 116 300,00 €
90 Responsable de la trésorerie SERVICES Cadre 116 200,00 €
91 Directeur médical PHARMACIE PARAPHARMACIE Cadre 115 900,00 €
92 Directeur de la recherche et des études CHIMIE GENERALE ET ORGANIQUE Cadre 115 700,00 €
93 Directeur de l’ingénierie FONCTION TRANSVERSE Cadre 115 500,00 €
94 Responsable du back-office ASSURANCE BANQUE Cadre 115 300,00 €
95 Directeur de clientèle PME-PMI middle manag. ASSURANCE BANQUE Cadre 115 300,00 €
96 Consultant en organisation et stratégie FONCTION TRANSVERSE Cadre 115 300,00 €
97 Directeur des achats de semiconducteurs INFORMATIQUE TELECOMS Cadre 115 000,00 €
98 Directeur d’une ligne de produits (ME) ELECTRONIQUE MÉCANIQUE DE PRÉCISION Cadre 114 700,00 €
99 Directeur des achats (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 114 600,00 €
100 Dir. administratif et financier (filiale) AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 114 600,00 €
101 Directeur administratif FONCTION TRANSVERSE Cadre 114 500,00 €
102 Directeur marketing et vente FONCTION TRANSVERSE Cadre 114 300,00 €
103 Directeur industriel (ME) FONCTION TRANSVERSE Cadre 114 300,00 €
104 Directeur de la recherche et études nouveaux produits ELECTRONIQUE MÉCANIQUE DE PRÉCISION Cadre 113 800,00 €
105 Directeur de la recherche et des études INFORMATIQUE TELECOMS Cadre 113 800,00 €
106 Secrétaire général RCCI ASSURANCE BANQUE Cadre 113 500,00 €
107 DGA (filiale groupe international) FONCTION TRANSVERSE Cadre 113 200,00 €
108 Dir. de la recherche et des études MÉTALLURGIE MÉCANIQUE et AUTOMOBILE Cadre 113 000,00 €
109 Directeur des achats ( groupe) COMMERCE DISTRIBUTION Cadre 112 900,00 €
110 Directeur de la production AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 112 500,00 €
111 Directeur de magasin (grandes surfaces) COMMERCE DISTRIBUTION Cadre 111 900,00 €
112 Chef de service d’unité FONCTION TRANSVERSE Cadre 111 700,00 €
113 Analyste financier buy side ASSURANCE BANQUE Cadre 111 700,00 €
114 Directeur de chantier (GE) B.T.P. IMMOBILIER Cadre 111 300,00 €
115 Directeur de la production PHARMACIE PARAPHARMACIE Cadre 111 200,00 €
116 Contrôleur de gestion international FONCTION TRANSVERSE Cadre 110 900,00 €
117 Directeur d’usine (PMI/PME) FONCTION TRANSVERSE Cadre 110 700,00 €
118 Directeur des marchés FONCTION TRANSVERSE Cadre 110 600,00 €
119 Directeur du marketing-produit INFORMATIQUE TELECOMS Cadre 110 300,00 €
120 Directeur des achats PHARMACIE PARAPHARMACIE Cadre 110 200,00 €
121 Responsable trésorerie COMMERCE DISTRIBUTION Cadre 109 600,00 €
122 Directeur administratif et financier (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 109 600,00 €
123 Directeur d’usine (PME) AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 109 300,00 €
124 Directeur commercial B.T.P. IMMOBILIER Cadre 109 300,00 €
125 Directeur de site (ME) MÉTALLURGIE MÉCANIQUE et AUTOMOBILE Cadre 109 000,00 €
126 Arbitragiste trader ASSURANCE BANQUE Cadre 108 800,00 €
127 Directeur des ventes (PME) AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 108 500,00 €
128 Directeur d’établissement (santé) SERVICES Cadre 108 400,00 €
129 Collaborateur fusion-acquisition ASSURANCE BANQUE Cadre 108 100,00 €
130 Directeur de la production CHIMIE GENERALE ET ORGANIQUE Cadre 107 700,00 €
131 Directeur du personnel (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 107 600,00 €
132 Directeur des services de l’information SERVICES Cadre 107 600,00 €
133 Directeur Général d’Administration publique SERVICES Cadre 107 400,00 €
134 Directeur de site CHIMIE GENERALE ET ORGANIQUE Cadre 107 300,00 €
135 Directeur de la production B.T.P. IMMOBILIER Cadre 107 200,00 €
136 Directeur supply chain FONCTION TRANSVERSE Cadre 107 100,00 €
137 Directeur des systèmes d’information INFORMATIQUE TELECOMS Cadre 107 000,00 €
138 Directeur commercial d’unité (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 106 900,00 €
139 Juriste international (société du Cac 40) FONCTION TRANSVERSE Cadre 106 700,00 €
140 Asset manager dans l’immobilier ASSURANCE BANQUE Cadre 105 900,00 €
141 Secrétaire général FONCTION TRANSVERSE Cadre 105 600,00 €
142 Chef de service achats (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 105 300,00 €
143 Dir. administratif et financier (PME) AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 105 200,00 €
144 Directeur du développement B.T.P. IMMOBILIER Cadre 104 900,00 €
145 Responsable régional des ventes SERVICES Cadre 104 200,00 €
146 PDG (PMI/PME) FONCTION TRANSVERSE Cadre 104 000,00 €
147 Directeur technique (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 103 900,00 €
148 Directeur du contrôle de gestion (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 103 900,00 €
149 Conseil et vente actions ASSURANCE BANQUE Cadre 103 900,00 €
150 Responsable de la trésorerie MÉTALLURGIE MÉCANIQUE et AUTOMOBILE Cadre 103 800,00 €
151 Directeur d’usine (GE) AGRO-ALIMENTAIRE Cadre 103 400,00 €
152 Directeur des ventes (ME) FONCTION TRANSVERSE Cadre 103 400,00 €
153 Directeur des ventes (PME) SERVICES Cadre 103 100,00 €
154 Directeur logistique (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 102 500,00 €
155 Directeur de chantier (ME) B.T.P. IMMOBILIER Cadre 102 200,00 €
156 Directeur de l’hygiène et sécurité environnement (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 100 500,00 €
157 Directeur d’usine (GE) FONCTION TRANSVERSE Cadre 100 200,00 €
158 Directeur des travaux/technique B.T.P. IMMOBILIER Cadre 100 100,00 €
159 Directeur administratif et financier de chantier (PMI/PME) B.T.P. IMMOBILIER Cadre 100 100,00 €

 

Il est difficile de savoir combien cela représente de personnes, mais on peut en avoir une idée en regardant les statistiques de l’INSEE sur les hauts salaires...

 

En 2014, les 1 % de salariés les mieux rémunérés, gagnent au moins 8 163 euros, soit nettement plus qu’un député... Cela fait 250 000 personnes...

 

Voila ce que cache toutes les campagnes médiatiques sur les revenus des députés... Ils sont 577 et ils gagnent moins que les 250 000 cadres supérieurs du privé !!!

 

Le problème, ce n’est pas le nombre ni le salaire des députés, c’est l’incroyable inégalité dans les salaires, les hauts salaires et surtout les très hauts salaires ayant continué à augmenter fortement dans la crise.

 

Marchais, candidat communiste aux présidentielles de 1981 disait "au dessus de 4millions, on prend tout", pour faire connaitre sa proposition d’une tranche d’imposition à 100%... Hollande avait promis une tranche à 75% au dessus de 1 million...et il ne l’a évidemment pas fait...

 

Petit calcul fait, la barre que proposait Marchais représenterait aujourd’hui 15 000€/mois... Et cela concernerait non seulement les très hauts salaires, mais aussi tous les autres revenus !

 

Le Vénissian : Mars 2017

Le Vénissian : Unir le peuple face au FN et à la droite

Le nouveau numéro du journal des communistes de Vénissieux

 

, par  pamillet
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Un numéro daté de mars 2017 qui aide les communistes à mener la bataille politique dans le contexte des présidentielles et des législatives sur leurs propres objectifs, loin du fatras médiatique des affaires, des alliances et des trahisons, des promesses aux riches et des sourires mensongers au peuple, des sondages et des rumeurs...
 

Tout indique que l’abstention sera forte tellement le dégout de cette vie politique artificielle et entièrement fabriquée d’en haut est fort. Mais comme le disent très bien les jeunes communistes de Lyon "ton vote ou ton abstention ne suffira pas, il faut t’organiser"...

 

Voila le défi pour les communistes, les militants progressistes, et tous les ouvriers, employés, techniciens et ingénieurs, enseignants, infirmières, salariés ou chômeurs, fonctionnaires ou précaires. Nous ne pouvons continuer à regarder le spectacle que nous organise ce système à bout de souffle, nous ne pouvons "croire" à cette élection présidentielle, nous devons nous en servir pour bousculer le rapport de force favorable à la droite, lever les illusions réformistes, qu’elles soient portées par les socialistes, les écologistes ou les macronistes qui ne sont que ces centristes de droite qui ont à de multiples reprises tenté des diversions pour se retrouver à la fin avec la droite...

 

C’est le sens de ce journal et de la bataille que les communistes mèneront avec Michèle Picard, maire PCF de Vénissieux et candidate aux législatives et Kamal Ahamada, suppléant syndicaliste de cette usine Bosch symbole des possibilités et des difficultés dans la résistance aux multinationales, à ce capitalisme mondialisé qui triomphe autant dans l’arrogance de Trump que dans la mièvrerie de Macron