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PCF Vie et débats 2017

Le Conseil national doit répondre à la colère et l’exigence des communistes !

 

, par  Marie-Christine Burricand

Conseil National |

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La séquence électorale s’achève, les communistes s’expriment nombreux pour exiger une analyse sérieuse des résultats et un bilan stratégique permettant des décisons utiles pour l’avenir du PCF.

 

Les résultats des élections présidentielles et législatives livrent un paysage politique recomposé.


Emmanuel Macron et LREM atteignent l’objectif fixé par le capital, le renouvellement du personnel politique au service du sytéme pour permettre la poursuite de sa domination.Ce sont essentiellement la classe moyenne et la bourgeoisie qui ont permis ce résultat.


Les partis traditionnels de droite sont affaiblis et divisés ; ils constituent cependant le premier groupe après le groupe présidentiel qu’ils renforceront dans ses mauvaises mesures .


Le quinquennat Hollande entraîne un désaveu sans appel du Parti Socialiste dont l’avenir est incertain.


Alors que la gauche est au plus bas, Jean-Luc Mélenchon installe avec la France Insoumise -11,3 % et 17 élus- une nouvelle force politique qu’il entend substituer aux partis de la défunte Union de la gauche.

 

Notre parti réalise avec 2,72 % des inscrits son plus mauvais score aux législatives depuis 1958. La concurrence sauvage avec une France insoumise bénéficiant de l’identification nationale de son candidat à la présidentielle s’est révélée mortifère pour nos candidats dans la très grande majorité des circonscriptions.Nous obtenons cependant 11 députés dont 5 sont élus dans le cadre des très rares accords de retrait de la FI au premier tour. 


La fracture politique et sociale s’aggrave comme en témoignent le taux d’abstenton très élevé et la progression du Front National. Ce dernier obtient 8 élus avec 13,20 % des suffrages et confirme son ancrage dans les territoires délaissés du pays.


Nos 11 députés seront des points d’appui pour les batailles à venir et nous nous félicitons de leur élection.


La constitution d’un groupe communiste élargi autonome de la FI est une bonne nouvelle. Rien ne justifie d’en rester au nom GDR. Les communistes sont la principale composante de ce groupe et cela doit apparaître dans sa dénomination. C’est essentiel pour notre visibilité nationale.


L’urgence c’est bien évidemment de mettre toutes nos forces dans l’action pour renforcer la résistance aux mauvaises mesures que va prendre ce gouvernement sur le plan social et démocratique. 


Nous avions dit en 2012 et 2017 que le choix de l’effacement du PCF à la présidentielle hypothèquerait notre avenir et les résultats confirment cette analyse. Ils s’inscrivent dans une suite de revers électoraux depuis 2012, accompagnant un délitement de notre organisation, le renoncement à une bataille idéologique communiste et à notre action autonome. 


Pour nous, cette longue défaite trouve ses racines dans les choix de congrès depuis bientôt 20 ans : le renoncement à notre rôle historique, notre éloignement du mouvement communiste international au profit des partis réformistes de la gauche européenne, la primauté donnée aux institutions sur les luttes et le rassemblement populaire, l’acceptation du cadre de l’Union européenne, le rassemblement de sommet se substituant au combat et conditionné à notre effacement…


Nous partageons l’exigence des communistes de tout mettre sur la table depuis la stratégie jusqu’à la composition de la direction et les choix personnels du secrétaire national.


Nous n’avons besoin ni de « révolution de palais », ni de batailles d’appareil, ni des vieilles méthodes qui enferment les discussions dans un seul choix.


C’est aux communistes de décider des étapes et du contenu de ce débat qui doit conduire à un congrès extraordinaire.


Donnons leur les moyens de le faire en convoquant cet automne une assemblée générale des délégués de section, qui fixera la feuille de route. Le Conseil National des 23 et 24 juin doit prendre ses responsabilités.


L’avenir du PCF est en jeu. Les communistes doivent s’unir pour reconstruire un parti, outil de la France populaire.

 

Cette déclaration est sigée par les membres du Conseil National suivant : Caroline Andréani (93), Paul Barbazange (34), Marie-Christine Burricand (69), Gilles Gourlot (Paris), Jean Jacques Karman (93), Michaële Lafontant (92), Anne Manauthon (06), Jean-Pierre Meyer (83), Hervé Poly (62), Danielle Trannoy (33),

 

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Florence Parly ministre socialiste de la Guerre de Macroléon Bonaparte

Après être débarrassé des affidés de François Bayrou et de ce dernier, ses alliés lors du coup d'Etat dirigé par le capital, il fallait remplacer les déchus par de nouvelles têtes dans le gouvernement de droite. Pour la Guerre, ce fut Florence Parly, militante socialiste depuis toujours. Elle siègera à côté de Jean-Yves Le Drian, lui aussi socialiste depuis toujours et aujourd'hui ministre des affaires extérieures du patronat français.

Pour en revenir à Florence Parly, après son diplôme de l'Institut d'études politiques de Paris, elle entre à l'ENA et en ressort fonctionnaire supérieur pour intégrer la Direction du Budget de la nation en 1987. Est-ce que je vous ai dit que ses parents n'étaient ni ouvriers ni employés? Puis c'est la gôche et divers cabinets ministériels et pas pour faire des photocopies. La gôche battue en 1993, elle revient au ministère du Budget. Puis voilà la gauche plurielle en 1997 avec le socialiste Lionel Jospin comme premier ministre. Il l'adoube secrétaire d'Etat au Budget. Jospin sorti par la porte de service à la présidentielle de 2002, Florence Parly se retrouve vice-présidente socialiste de la région Bourgogne. Comme quoi, les hors-sol de la politique politicienne ont toujours un pied-à-terre à l'aise blaize au cas ou.

En juin 2006, la voilà à la direction d'Air France dont la gauche plurielle avait signé la dénationalisation. En 2007, elle fait partie de Gauche avenir, tout un programme avec la toujours rebelle Marie-Noëlle Lienemann et Benoît Hamon qui lui, se voyait en haut de l'affiche. Pourvue de cette étiquette de gôche de la gôche -vous suivez?-, le 12 novembre 2014, Florence e Parly devient l'un des patrons de la SNCF que les parlementaires socialos et écolos ont cassé en 3. Guillaume Pépy, ex-directeur de cabinet de la ministre socialiste Martine Aubry, la nomme directrice général de l'activité voyageurs ou de ce qu'il en reste.

Depuis hier, la voilà dans un gouvernement de droite.

Bon, comme disait Léon Blum, dirigeant du PS en son temps, les socialistes gèrent loyalement les affaires du capitalisme. CQFD. NON?

Un autre macroniste en puissance, Laurent Berger, patron de la Cfdt. Lu dans Décider et entreprendre la Voix des entreprises:

Florence Parly ministre socialiste de la Guerre de Macroléon Bonaparte

22 juin 2017

Décès de notre camarade Jean Pierre Kahane

 

Ivan Lavallée a partagé la photo de Progressistes.
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C'est avec beaucoup de tristesse que nous apprenons le décès de Jean Pierre Kahane directeur de notre revue. Nos plus sincères condoléances à sa famille et à ses proches. Nous perdons un ami et un homme d'une grande intégrité morale et politique. Sa douce voix, sa sagesse, vont nous manquer.

 

Conseil national des 23 et 24 juin : cela commence mal !

 

, par  Marie-Christine Burricand

Conseil National |

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Le débat du Conseil National de cette fin de semaine s’annonce vif. Plusieurs camarades se sont faits l’écho de la colère des communistes, de leur volonté d’un bilan et d’un débat stratégique ; certains proposent un congrès extraordinaire. L’avenir du PCF est au coeur de ce débat. Cette convocation envoyée en dernière minute n’augure rien de bon car l’ordre du jour ferme le débat.

 

Il n’y est pas question de bilan, d’examen critique de la stratégie suivie, les réponses sont faites avant que les questions soient posées !

 

La résolution serait-elle déjà écrite ? L’exécutif national serait sage de faire preuve d’un peu plus de modestie alors qu’il doit assumer le plus mauvais résultat du PCF aux législatives depuis 1958. Les communistes méritent mieux que cela !

 

Aux membres du Conseil national


Aux secrétaires fédéraux invités


Objet : précisions sur le déroulement des travaux du Conseil national des 23 et 24 juin


Paris, le 21 juin 2017
Chère camarade, Cher camarade,


Je me permets de t’envoyer ce courrier pour apporter des précisions sur les objectifs de nos travaux de ce Conseil national, afin d’aider au bon déroulement de nos débats et permettre de dégager des objectifs communs, une feuille de route partagée par la direction nationale.


Nos travaux seront introduits par Pierre Laurent et porteront sur la caractérisation de la nouvelle situation politique à l’issue des séquences électorales, avec pour but de pointer les enjeux de la période qui s’ouvre,de préciser les batailles à engager, ainsi que les transformations nécessaires du PCF pour y répondre et des propositions de méthode et de calendrier.


Nos travaux ont pour objectif de lancer un processus de débat sur l’ensemble de ces questions avec les adhérent-e-s de notre parti ; aussi, il s’agira d’aboutir à une résolution qui portera sur la méthode, l’agenda, et les priorités de travail à mettre en place.


Aussi, nos débats doivent permettre que samedi nous puissions valider cette résolution qui sera portée à la connaissance des communistes.


Aussi, j’invite chacun, chacune, dans ses interventions,à donner son avis sur ces propositions.

 

Par ailleurs, nos travaux devront faire l’objet de restitution par les membres du Conseil national dans l’ensemble du Parti sous les formes décidées par les fédérations. Une synthèse du rapport introductif sera mise à disposition.


Comptant sur ta participation, reçois, chère camarade, cher camarade, mes salutations les plus fraternelles.

 

Rassurez nous,

Publié le 21 Juin 2017

Est-ce un gag

ou une Macronade mélenchonisée ? 

 

Rassurez nous,

La devise de la faction patronale du machin :

 

"un sou mis, c'est un sou investit"

 

Cela rappelle le célèbre théorème de Schmidt : "les profits d'aujourd'hui font les investissements de demain et les emplois d'après demain" il avait oublié ou du moins éludé l'instauration des charrettes de licenciements permanentes pour assurer les profits d'aujourd'hui.

 

La pensée économique de la FI est bien celle de la social-démocratie

 

Rédigé par Canaille Lerouge

De la pureté en politique comme une variable aléatoire.

 

Publié le 21 Juin 2017

Ne pas en rire ; 

c'est trop grave.

De la pureté en politique comme une variable aléatoire.
De la pureté en politique comme une variable aléatoire.

Pendant qu'ils battent les estrades avec leur recherche de ceux qui pourraient être des chimiquement purs éventuels en matière de dérives financières, il y a ce qui se trame avec le cadre juridique d'un système qui borde sont état de crise systémique. 

 

Tout une opération de culpabilisation de l'électorat pour justifier idéologiquement les prochaines mesures censurant la liberté d'expression et les restrictions de souveraineté encore liée au suffrage universel dont l'Empire Unifié du Capital Européen (EUCE) a besoin pour maintenir les peuples sous domination.

 

Déjà dans les rangs de ceux qui devraient s'y opposer monte la fascisante formule "ceux qui n'ont pas voté n'ont que le droit de se taire" formule elliptique mais reprise en boucle par la masse des battus d'hier et servant de repoussoir aux gagnants au nom de l'abri antidémocratique que représente la loi électorale, signifiant que quiconque ne soutient pas les candidats officialisés par un programme dont le contenu n'est pas retenu par ceux qui pour cela ne convient pas sont au mieux des citoyens de seconde zones et pour les promoteurs du mot d'ordre des ennemis de la démocratie.

 

Il s'agit un piège qui se tend de plus en plus, où chacun des pieux battus pour l'installer est gardé par quelques chiens de garde.

 

Duhamel, chef de meutes au service d'un grand veneur Junker menant la chasse pour la compagnies des CAC à rentes et auxiliaires affidés s'assurant du renforcement permanent de l'installation.

 

Alors que la cohorte des "votez-pour-moi" prennent des poses pour le Trombinoscope, que le nouveau prophète du Vieux-port s'autoproclame patron d'un mouvement social dont il ignore la pratique et refuse de regarder son histoire.

 

La Macronie, Baronnie de cette EUCE, installe ses barrières : sociales et législatives à l'intérieur pour contenir les colères, laissant les barbelées aux frontières à la charge des brutes que l'EUCE, via l'OTAN, épaule et arme dans son inhumanité. 

 

Pendant tout ce temps le paysage bruisse des rumeurs sur l'état de la mèche parlementaire qui va, via la dynamite de groupe, atomiser toutes oppositions au pouvoir.

 

Dans ces conditions, pour comme disait ce vieux Karl, pour ne pas perdre pieds dans le combat quotidien, un impératif: s'organiser et lutter. Et pour cela, le plus à porté de main immédiate, c'est le syndicat dès lors que celui-ci s'inscrive dans une analyse de classe des enjeux ; pour construire un rapport de force autour des revendications.

 

Que ces 66% d'ouvriers, mais aussi les 33 % autres qui y ont intérêt voir pour certains y sont engagés, comme pour les 60% de salariés et les 40% de la même façon engagés s'organisent là où les droites ne s'y trompent : pas les lieux d'exploitation, là où s'extrait la richesse transformée en capital, et mènent le combat.

 

Pas se réfugier dans le syndicat, mais consolider une plate forme pour passer à l'offensive et réfléchir à mesure des évolutions à l'outil politique capable de subvertir la réaction, ses enjoliveurs et plantes vertes et se passer des autoproclamés guides et autres faillis des tentatives antérieures.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Délabrement et ruine intellectuelle

 

Publié le 20 Juin 2017

Finalement, à lire

pour mesurer

les dérives possibles :

 

délabrement et ruine intellectuelle

 

Canaille le Rouge était dans la salle du congrès du PCF quand il fut élu secrétaire national.

 

Nous n'étions qu'une poignée de présents atterrés à ne pas applaudir.

 

Tous les autres, debout, à tout rompre.

 

Il y a des photos et des vidéos.

 

Q'en disent les groupies d'hier toujours dans le cénacle voir près de l'assiette au beurre ?


Par Robert Hue le 18 Juin 2017 

 

Déclaration de Robert HUE, Président du MdP (Mouvement des Progressistes)

 

Les résultats des législatives : un défi démocratique !

 

Une large majorité vient de confirmer à l’Assemblée nationale l’election du président de la République, Emmanuel Macron.

 

Ainsi, des millions de Françaises et de Français ont voulu bousculer la vie politique du pays, lui donner un nouvel élan.

 

Ces résultats constituent donc un véritable défi démocratique : à la fois un appel au renouveau mais aussi une exigence majeure de résultats attendus par les Françaises et les Français.

 

La séquence politique inédite qui s’ouvre est à regarder avec confiance et lucidité.

 

Elle porte à la fois une forte volonté de renouveau et de changement exprimée par le vote mais aussi une réalité politique à travers ceux qui n’ont pas voté dans le sens majoritaire ou ceux qui aujourd’hui n’ont pas trouvé le chemin des urnes.

 

Ce soir, parmi la diversité des sensibilités des élus de La République En Marche, deux députés issus du MdP (Mouvement des Progressistes), investis sous les couleurs LREM, sont élus : Cécile Rilhac dans la 3e circonscription du Val d’Oise et Sébastien Nadot dans la 10e circonscription de la Haute-Garonne, ancien candidat du Mouvement des Progressistes à l’élection présidentielle.

 

Je veux leur exprimer ma joie et ma fierté mais aussi les féliciter pour la formidable campagne qu’ils ont menée et le rassemblement qu’ils ont su constituer autour d’eux.

 

C’est en toute loyauté et en toute indépendance que Sébastien Nadot et Cécile Rilhac vont prendre toute leur place au sein de la majorité présidentielle et parlementaire au service du pays et dans leurs circonscriptions auprès et avec leurs concitoyens.

 

Paris, le 18 juin 2017

Rédigé par Canaille Lerouge

Un Russe à propos de la Chine : Pourquoi les communistes ont besoin de la mondialisation

 

21 Juin 2017

Ce texte traduit par Marianne n’est pas d’un communiste et à ce qu’elle dit, il a provoqué les commentaires défavorables de la quasi totalité des lecteurs russes; en gros: « il dit n’importe quoi, ce n’est pas le communisme, la NEP a été une catastrophe heureusement qu’il y a eu Staline pour rectifier… »

 

Pourtant ce texte nous parait intéressant ne serait-ce que parce qu’il part des réalités matérielles que doit affronter le parti communiste chinois: nourrir sa population. Sans cette conscience de l’essentiel aucune stratégie d’un Etat ne peut réussir mais ce faisant il existe une direction communiste, planificatrice, et certainement le parti est la  proie de tensions contradictoires. Ce qui n’est pas le sujet de l’article dont on comprend qu’il ait pu susciter le courroux des Russes puisqu’il leur dit aussi en clair, il n’y a aucune raison pour que la Chine communiste priviligéie la Russie devenu un pays capitaliste comme les autres dirigé par des oligarques qui ne vaut pas mieux que les magnats américains.Il est vrai que les points de la démonstration sont parfois léger pour un tel renversement de perspective mais elle est loin d’être illogique.

 

(note de danielle Bleitrach).


Pavel Volkov, publiciste

15 juin 2017

Photo: page personnelle facebook.com

https://www.vz.ru/opinions/2017/6/15/874660.html

 

Le 13 juin, Panama a rompu ses relations diplomatiques avec Taiwan pour les établir avec la République populaire de Chine. Le Président du Panama, Juan Carlos Varela, a même nommé parmi les principales raisons de cette décision le point de vue partagé par les deux pays sur l’importance de la mondialisation.

 

Le plus curieux dans cette histoire est que ces pays – Panama et Taiwan – sont tous deux des satellites américains. Donc, si la « compréhension de l’importance de la mondialisation », est venue soudainement à l’esprit de quelqu’un, il ne s’agit clairement pas de la direction du Panama. Comment expliquer cela ?

 

On sait que, en 1949, la guerre civile chinoise a pris fin et les communistes avec Mao Zedong sont arrivés au pouvoir, tandis que le Guomintang pro-américain a fui vers l’île de Formose (Taiwan), où son chef Tchang Kaï-chek non sans l’aide des États-Unis a établi une dictature militaire.

 

En 1966, Taipei a même créé une «  Ligue mondiale anticommuniste » qui existe encore aujourd’hui sous le nom de Ligue mondiale pour la liberté et la démocratie (WLFD), où se retrouvent et avec laquelle collaborent toutes sortes de personnalités d’orientation fasciste et ultralibérale qui s’y sont trouvé visiblement des intérêts communs.

 

Toutes ces personnes, rassemblées à Taiwan sous la direction sourcilleuse de Washington, se sont battus contre le communisme, en particulier chinois. Mais au fil du temps, l’équilibre du pouvoir a changé, en 1970, la Chine a évincé Taiwan de l’Organisation des Nations Unies, et en 1979, les États-Unis ont reconnu la République populaire chinoise.

 

Et maintenant, apparemment, après près de 40 ans, le tour est venu des satellites américains. Panama a reconnu Taiwan exactement aussi longtemps que les États-Unis ne se sont pas inquiétés de la nouvelle Route de la soie maritime.

 

En juin 2016 a été achevée la reconstruction du canal de Panama, qui est devenu plus large et plus profond, et a vu sa capacité doubler. Par ce canal modernisé les Américains seront en mesure de transporter rapidement les hydrocarbures du golfe du Mexique par exemple en Chine, et les marchandises chinoises atteindront l’Europe, en contournant la Russie, la Turquie et le reste des concurrents.

 

Comprenant les risques, les Chinois, avec la participation de la Fédération de Russie, ont commencé en 2014 la construction d’un canal au Nicaragua, mais ils se sont heurtés tout d’abord aux protestations des agriculteurs, des écologistes, puis le groupe HKND en charge du projet a connu des difficultés financières. Bref, les Etats-Unis ont obtenu le gel du projet.

 

Il semble que la reconnaissance par le Panama – c’est la pilule par laquelle Trump a décidé d’adoucir l’amertume des Chinois devant l’absence d’alternative à la route maritime contrôlée par les États-Unis entre le Pacifique et l’Atlantique.

 

L’interdépendance des économies américaine et chinoise est bien connue. Compte tenu de la rhétorique offensive de sa campagne électorale, on s’attendait à ce que Trump rompe cette dépendance, mais il semble avoir simplement décidé de l’utiliser dans l’intérêt de ses électeurs.

 

Ainsi, dans son premier discours au Congrès, il a promis de « faire revivre l’industrie moribonde. » D’abord et avant tout, il s’agit de l’extraction du charbon.

 

Depuis février 2017 en raison des sanctions, la Chine n’achète plus de charbon en Corée du Nord, qui était le quatrième plus grand fournisseur de cette ressource à la Chine. À ce jour, la part du charbon dans le secteur de l’énergie en Chine est d’environ 70%, et d’ici 2020, elle sera réduite à 67%.

 

Mais, d’une part, ce n’est pas une forte baisse, et d’autre part, même la réduction prévue de la consommation en valeur absolue de 160 millions de tonnes n’aura pas trop d’impact sur la demande totale d’environ 3,7 milliards de tonnes, l’équivalent de la moitié de la consommation mondiale.

 

Oui, les centrales à charbon sont remplacées de plus en plus par des centrales au gaz, mais avec la métallurgie le problème persiste. Par conséquent, pour compenser le tarissement de l’approvisionnement en charbon en provenance de Corée du Nord, la Chine a considérablement augmenté ses importations des États-Unis.

 

Cependant les nouveaux paramètres de la coopération des États-Unis et de la Chine dans le secteur de l’énergie ne se limitent pas au charbon.

 

Ce mois-ci, la Chine a abandonné de manière inattendue la construction de deux nouveaux gazoducs en provenance de Sibérie, expliquant sa décision par le fait que, dans les nouvelles conditions du marché du gaz, elle ne voyait pas la nécessité du projet « Force de Sibérie – 2 » et du tracé Extrême-Orient – Sakhaline.

 

Le fait est que, depuis la négociation de l’offre, les prix mondiaux des hydrocarbures ont chuté de près de moitié, et maintenant l’achat du GNL aux États-Unis devient plus avantageux. Rien de personnel, juste du business.

 

Si l’on en croit Bloomberg, Xi Jinping et Donald Trump se sont accordés sur les livraisons de GNL dès le mois d’avril, et en mai, le département américain du Commerce a annoncé la signature d’un accord commercial bilatéral, élargissant aux entreprises de l’énergie des États-Unis l’accès au marché chinois.

 

Le même mois, lors du sommet de la Route de la soie à Pékin, le chef de la société d’État chinoise CNPC Wang Yilin a déclaré que la Chine visait à diversifier l’offre et allait donc élargir sa base grâce aux hydrocarbures des Etats-Unis. A cet effet seront construits conjointement des terminaux méthaniers.

 

L’économiste en chef de BP pour la Russie et la CEI Vladimir Drebentsov estime que la Chine n’allait pas dans un avenir prévisible augmenter ses achats de gaz en Russie, dans la mesure où elle en achète en Asie centrale et développe activement son propre gaz de schiste. Et puis il y a le GNL américain.

 

Le monde se transforme en un champ très spécifique de bataille entre deux monstres, qui ne souhaitent rien tant que de détruire l’autre, mais qui sont si étroitement liés que l’effondrement de l’un entraînerait sans aucun doute l’effondrement de l’autre. Alors ils créent une relation symbiotique sur le principe love and hate, où tous les autres devront devenir satellites de l’un ou de l’autre.

 

En fait, la Chine est aujourd’hui la locomotive de la mondialisation, tandis que les États-Unis et l’Europe occidentale, assez curieusement, décrochent plus ou moins du projet. Ou essayent de décrocher – car on ne sait pas s’il est possible de changer la trajectoire du saut par-dessus le précipice, quand on a déjà parcouru 80-90% du chemin.

 

Pendant ce temps, l’Empire céleste s’active dans toutes les directions.

 

Beaucoup croient que le communisme en Chine est de pure forme, et que le pays est depuis longtemps passé à un système de capitalisme d’Etat modernisé, qui a causé son succès économique surprenant, et aussi les contradictions qui pèsent sur elle.

 

En fait, il n’en est rien. La Chine est dans une phase de transition du capitalisme au communisme, dans une sorte de NEP prolongée.

 

À la tête de l’Etat est le Parti communiste qui réalise la dictature de la classe ouvrière, et dans les mains de l’Etat se trouvent environ 50% de l’économie. Les autres 50% vivent dans les conditions du marché, en concurrence avec le secteur public et, quand ils auront perdu la concurrence, finiront par être absorbé par lui, ce qui permettra de passer de la NEP au socialisme.

 

Franchir ce pas rapidement est impossible en raison principalement de la taille gigantesque de la population à qui on ne peut tout simplement pas fournir tout le nécessaire pour le développement social à l’aide des ressources intérieures. L’Union soviétique en avait plus ou moins la possibilité, mais pas la Chine.

 

Et si l’on n’a pas cette possibilité, et que c’est une nécessité absolue, il faut bien prendre les ressources quelque part. D’où la nécessité de la mondialisation et de la nouvelle route de la soie chinoise et tout ce qui s’ensuit.

 

Traduction MD pour H&S

Jeanne: quelles étranges convergences, à quelle urgence répondent-elles?

 
21 Juin 2017
 
Jeanne, je publie ton texte avec lequel je suis en parfait accord, j’ai beaucoup de choses à dire là dessus, mais c’est le départ de Kazan, l’avion à prendre. Mais le centre de tes remarques est « guerre à la guerre ». Moi aussi j’ai lu et médité Anders, le seul à faire la relation entre Hitler et l’extermination des juifs, mais aussi la guerre livrée aux soviétiques et Hiroshima, Nagasaki.
 
Pourtant c’est évident. Cela marque l’unité fondamentale d’un capitalisme en crise. Encore une idée centrale  du moment: le PCF est à deux doigts de disparaître. Pourtant une étrange conviction m’anime, ce que nous défendons ou plutôt défendions est juste, nous devons et pouvons triompher parce que nous sommes les seuls à être en capacité de comprendre la nature réelle de ce que nous devons affronter et jusqu’où ira le capitalisme…
 
Il a commencé une guerre et masse ses troupes, ce qui se passe en Europe même, en Ukraine et ailleurs autant qu’au Moyen Orient illustre cette offensive. Il faut relire le début aussi du texte de PAM, comment ce gouvernement « nouveau » sitôt élu est déjà dans la crise, les démissions, ce système fait eau de toute part, il est dangereux. A cause de cela je ne crains aucun ennemi extérieur, celui émanant de ce système capitaliste à son stade sénile, mais notre propre faiblesse intérieure.
 
Voilà je jette ça et je développerai bientôt

 
(note de Danielle Bleitrach).
Quelle étrange chose un très grand nombre de mes lectures de ces jours-ci me ramènent à cet après-guerre et aux années 1950.
Années tout de suite happées par la conjoncture de la guerre froide et d’attaques frontales contre le communisme vainqueur de la guerre fasciste et de l’Axe partout en Europe, en Asie, sur mer, sur terre.

J’ai commencé par (re) lire allongée sur mon lit, ”à la faveur” d’un mal de dos tenace, le livre acheté cet hiver d’Emmanuel Faye sur Heidegger et Arendt, puis j’ai vu la recension que tu en as mise ici sur le site, la réponse interpellante de ”Lecca” ici dans les commentaires et enfin avant-hier j’ai lu le site “Greekcrisis” dans lequel le sociologue-ethnologue qui l’anime Panagiotis Grigoriou met une très longue citation absolument actuelle de Gunther Anders.
 
Comment d’un coup ces “rencontres” se sont liées dans mon esprit, au point de me faire me demander si toutes ces références étaient dues au hasard ou à un réel “esprit du temps” à une urgence intellectuelle posée pour penser notre conjoncture politique de désastre, à la lumière de cet après-guerre de la sortie du nazisme, de l’affrontement de classe dans la misère matérielle qui était la nôtre victimes directes du nazisme comme toi ou nouveau-né de la classe ouvrière comme moi ?
 
Je pense que cette liaison s’est faite sur plusieurs plans d’abord des “bouffées de souvenirs”, la mort des Rosemberg a été pour moi un “apprentissage politique” et pourtant je n’avais pas encore six ans, je me vois aller chercher mon père à son travail, il était mine défaite disant “ils les ont exécutés” et mes parents m’ont expliqué. C’est alors noué en moi quelque chose d’assez inexplicable de l’ordre ”guerre à la guerre”, les gens qui se révoltaient contre leur pays qui avait osé lancer pour de vrai cette monstruosité de bombes atomiques et ce maudit pays capitaliste qui n’allait pas manquer d’en envoyer sur nous aussi d’après mon père me fichait une peur noire, heureusement qu’il y avait l’URSS disait-il.

Trois ans ou quatre ans après c’est Oppenheimer qui venait manger au restaurant où travaillait mon père (j’ai un menu signé par lui) et de nouveau on a reparlé de cette histoire de bombes atomiques.
 
Quel rapport avec Arendt, Heidegger et Anders ? Il se trouve que j’ai été chargée une année en terminale de faire les cours de la matière qui sous un sigle barbare ECJS était de l’éducation civique, et que j’ai pris comme thème de travail la “responsabilité”, j’ai donc fait lire ce grand livre de G.Anders qu’est “Nous, fils d’Eichman” qui est une lettre ouverte où il demande au fils de l’organisateur technicien, mais efficace, zélé de l’extermination des juifs de se désolidariser de son père. Il relie cela à la responsabilité du pilote qui a lancé la bombe sur Nagasaki avec lequel il a été en correspondance. Arriver à expliquer cela, d’abord de le faire lire à quelques lycéens m’a demandé un lourd travail (pour un assez piètre résultat pédagogique concret me semble-t-il) mais moi cela m’a secouée et je me suis lancée dans la lecture de Anders et d’Arendt dont il a été le mari, j’ai donc lu Arendt à partir de Anders.

Pendant mes études bien entendu j’avais lu Heidegger en français car je ne suis pas germaniste comme je te l’ai dit, j’ai eu beaucoup de mal, mais comme j’avais eu Aristote (in extenso à l’époque) au programme de l’agrégation, d’une certaine façon ,en faisant une petite tambouille intellectuelle perso, et en utilisant mes connaissances de grec ancien (j’étais en A’ au lycée) j’avais réussi à l’appréhender, mais comment dire? comme je suis très matérialiste dogmatique et marxiste manichéenne par certains côtés je l’avais mis de côté car je le trouvais “macaronique” …
 
La question posée par Leca: “pourquoi s’intéresser à des philosophes manifestement nazis ou à ceux qui n’ont pas rompu avec eux”? est une question valide…

…Si, mais la condition est de taille, si on fait abstraction de l’histoire matérielle de la diffusion, de la réception des textes dans une société déterminée.

Oui Leca a raison : pourquoi s’intéresser à ces gens ?
 
Mais parce que Heidegger surtout en France a été donné comme le philosophe-phare de son temps, comme Descartes l’avait été au 17ème sicle pour des gens qui l’ont pourtant dépassé, critiqué comme Malebranche, Spinoza ou Leibniz, qui ne sont pas cartésiens, mais sont innervés par les concepts cartésiens. Ceci débouche sur la question historique:

Arendt est-elle la “disciple” de Heidegger, son élève et son amante ou est-elle la “Spinoza” de Heidegger qui rompt et produit autre chose? c’est une des questions posées.
 
L’autre question c’est “pourquoi en France surtout, a-t-on remis le pied à l’étrier de Heidegger? après la guerre” ?

En effet Heidegger a été soumis aux protocoles de dénazification : exclusion de l’université etc…

Sa réhabilitation va se faire en plusieurs points et étapes: d’abord on a dit que c’est pour des raisons factuelles, on ne pouvait diriger une université si on adhérait pas au NKPD, ensuite on a dit qu’Heidegger avait été gentil avec certains de ces étudiants juifs et ne les avait pas poussés de lui même dans les chambres à gaz (je force le trait ironiquement bien sûr), mais chacun disait que
 
1- l’oeuvre elle même son contenu de H. était exempte de toute tache de pensée nazie,
 
2- que H.était resté sur l’Aventin et n’avait pas été un champion nazi dans l’arène politique.
 
3- qu’Hannah Arendt elle même après la guerre avait renoué (sur des bases non sexuelles ce coup ci) avec lui, et qu’intellectuellement bien quelle ne reprenne pas son contenu de philosophie et qu’elle se soit émancipée de lui elle n’avait jamais rien eu à redire de la place qu’il tenait dans la pensée européenne et occidentale au sens large.
 
C’est l’honneur d’Emmanuel Faye d’avoir montré par l’analyse des textes, de tous les textes, du vocabulaire qu’en fait Heidegger c’est le Nazisme DANS la philosophie. ceci dans son livre de 2005.

Dans ce livre de 2016 ce qu’il montre c’est que doit le concept de “totalitarisme” et aussi celui de “banalité du mal” forgés par Hannah Arendt, à la pensée de Heidegger.

Si on rejoint les deux thèses celle du livre de 2005 et celle du livre de 2016 c’est absolument angoissant.

Car si H. a été (et à mon avis est resté nazi) AH. elle, ne l’a pas été et ne saurait l’être ou y être associée.

Du coup (et c’est pour cela que la question se pose comme te le disait Danielle Lecca) on ne peut pas expédier le concept comme on ferme sa porte au facho de service… On se doit de s’interroger sur ce “contenu” des concepts Heidegerriens, mais aussi de ceux d’Arendt.

Moi, je dois dire qu’un abîme s’est ouvert devant moi.

D’autant que tout cela débouche sur la question du jour, pourquoi tout cela ressort-il actuellement, pourquoi nous sentons nous obligés de nous confronter à cette conjoncture de l’après-guerre quand la guerre atomique future était angoissante car on la voyait à l’horizon poindre, comme les “nuits bleues” des plasticages du siège du parti du 6ème arrondissement faisait peur à l’enfant que j’étais.

Pourquoi Anders nous aide-t-il à penser? Comment se débarrasser de l’Heideggerianisme qui traîne en nous? et dont on ne voit pas les origines nazies, pourquoi Arendt est-elle insatisfaisante ? alors qu’on avait tous les penchants spontanés de nos madeleines de Proust infantiles et intellectuelles qui nous poussaient à l’aduler ?

Bon j’arrête là car je ne tiens plus assise devant mon ordi… le dos !!

Je vais juste mettre, si j’y arrive en copier/coller la citation de Anders lue dans “greek-crisis” sur le commentaire suivant.
 

Après les élections… par Pierre Alain Millet

 

20 Juin 2017
Ce texte me parait exemplaire d’une nécessité actuelle pour les communistes, s’ancrer sur son terrain, rassembler autour de la population qui n’en peut plus de misère, de chômage, tester l’unité politique à la lumière de cet engagement face à la crise de cette société. Le capitalisme en pleine sénilité tente des recompositions politiciennes face à ceux qui ont épuisé la crédulité en l’alternance des mêmes. En l’état, rien ou peu de choses viendront de l’unité au sommet, mais tout reste à reconstruire à partir de l’enracinement. Ce qui n’est pas le refus de comprendre le monde tel qu’il change, au contraire, cela fait partie de la conscience nécessaire des possibles. On se souvient de la fameuse boutade : donnez-moi un levier et un point d’appui et je change le sort du monde. Le levier c’est la conscience de la force que représentent tous ceux qui refusent cette société, partout, cette colère, ce refus qui monte, le point d’appui est là, dans l’enracinement au plus près d’eux… Outre le fait très concret qu’il y a les municipales et une propédeutique citoyenne qui ébranlerait les abstentionnistes, en majorité ouvriers, employés, chômeurs. 80% dit Pam.dans son bureau de vote, est à concevoir, une union à inventer  Il va y avoir des luttes avec des débouchés politiques…
 
(note de Danielle Beitrach)

 
Mardi 20 juin 2017par  Pierre-Alain popularité : 26%

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Après 4 dimanches bien occupés à organiser le bureau de vote Jean Moulin, concluant deux campagnes électorales prenantes, il est utile de faire un bilan… En résumé, la démocratie est bien malade, les quartiers populaires en sont le plus fort symptôme, et la recomposition des noms et les changements de tête n’y changent rien… La campagne présidentielle a commencé avec les « affaires » de candidats qui justifiaient ce que certains appellent le « dégagisme », le gouvernement commence à peine qu’il faut encore « dégager » deux ministres potentiellement mis en cause… Et le gouvernement commencera par finir la loi travail que le gouvernement précédent avait entamé sans pouvoir aller au bout des demandes du patronat…

 

Le « dégagisme », la « recomposition », ne sont toujours et encore que la même musique médiatique du tout change pour que rien ne change… Dans notre circonscription, le député a changé d’étiquette politique, mais il est le même pour voter les mêmes lois, mise en cause du droit du travail, mondialisation, réduction des services publics…

 

J’ai eu l’occasion de le dire après chaque dépouillement au bureau de vote Jean Moulin, tous les résultats confirment la fracture toujours plus profonde entre les citoyens et les institutions… L’alternance gauche-droite ne pouvait plus faire semblant de prendre en compte les mécontentements. Cette séquence électorale en sort en organisant un grand ménage du personnel politique. Le résultat est clair… Encore plus de patrons, de cadres supérieurs et de professions libérales présentés comme la « société civile ». Jamais la bourgeoisie n’aura géré aussi directement les affaires publiques !

 

Je redis donc à tous les abstentionnistes, notamment du premier tour, si nombreux dans mon quartier (près de 80% aux législatives !) : oui, la politique ne sert à rien si vous attendez le jour de l’élection pour vous mobiliser, alors, en fait, vous ne pouvez plus grand chose, vous ne pouvez qu’éliminer le pire… le système a organisé sa succession. Il n’y a pas de construction politique nouvelle sans que des milliers de citoyens ne s’engagent tout au long des années pour construire des solidarités, des actions collectives, des projets communs. Sans cela, l’élection est un piège ! Elle ne devient utile que pour un peuple uni et organisé pour se faire respecter, pour défendre ses droits. La démocratie, c’est à dire le « pouvoir du peuple », ne tient pas dans un bulletin de vote. Elle exige que le peuple soit capable d’exercer concrètement sa souveraineté.

 

Je pense aussi aux électeurs qui se sont dit, après tout, pourquoi pas ? Ce président est plus jeune, il va renouveler les manières de faire de la politique, il va changer des têtes… ce sera toujours mieux que ce qu’on avait. Ils vont vite constater que changer les têtes ne change rien au système ! La prochaine crise financière fera de nouveau exploser l’économie et ce seront encore les salariés qui paieront pour sauver les banques et le système, et ce sera encore la concurrence qui fera baisser le « coût » du travail, c’est à dire les salaires, et qui poussera toujours plus aux affrontements mondiaux et aux guerres. Bien sûr, il y a des gagnants dans ce système, et tous les commentateurs ont montré la fracture entre la France qui gagne, notamment dans les coeurs urbains des métropoles, et la France qui souffre, dans la rural, le monde ouvrier, les quartier populaires.

 

Cette France qui souffre a été profondément divisée au fil du temps au profit du Front National, mais le résultat de Jean-Luc Mélenchon montre aussi qu’une autre colère est possible, progressiste, solidaire, qui tient le cap à gauche comme on dit à Vénissieux !

 

Il est dommage que dans la 14eme circonscription, cette colère ne se soit pas rassemblée autour de Michèle Picard. Elle aurait alors été en tête sur la ville de Vénissieux, présente au deuxième tour, et, comme Jean-Paul Lecoq au Havre, elle aurait pu bousculer le système « en marche »…

 

Car à Vénissieux, toutes les autres forces politiques sont en recul sur 2012, Le FN et la droite perdent 1000 Voix, Yves Blein, passé du PS à en marche en perd 1500 ! Le total France insoumise-PCF aurait été la seule force à progresser de près de 500 voix sur 2012 ! Il est vraiment dommage que des divisions nationales qui n’avaient rien à voir avec la situation locale ne nous aient pas permis de concrétiser ce potentiel.

 

Pour ma part, j’en tire la conclusion que Vénissieux a les forces pour « tenir le cap à gauche », avec tous ceux qui veulent agir contre l’austérité, la précarisation du travail, la désindustrialisation, tous ceux qui veulent défendre les services publics, les communes, les droits !

 

Avec toute l’équipe municipale, nous avons multiplié les démarches pour associer les habitants à l’action publique, de nos conseils de quartier au conseil citoyen, du conseil de transparence du réseau de chaleur à l’enquête auprès des demandeurs de logement, sans oublier le conseil municipal enfant… Nous allons renouveler à l’automne nos conseils de quartier, nous allons présenter notre nouvel agenda 21 au grand rendez-vous de la ville… En fait, si on peut se permettre ce jeu de mot, Vénissieux est en marche avec son maire communiste et son équipe municipale de large rassemblement ! Chaque Vénissian peut prendre sa place pour défendre ses droits, son quartier, ses projets, sa ville.

 

Ensemble, pour un Congrès extraordinaire

 

20 Juin 2017

19 juin 2017~  Comme je le note par ailleurs, je ne suis pas d’accord sur tout avec les auteurs de ce texte, en particuliers sur ce qu’ils estiment être les propositions communistes,de ce fait on peut regretter que  dans  ce texte réclamant un congrès extraordinaire , les camarades n’aient pas chercher à fédérer mais plutôt à exposer leurs idées, ce qui n’aide pas.à créer l’unité autour de cette salutaire proposition. Mais nonobstant cette critique,  je sais que je partage avec eux le souci de l’existence du parti et leur diagnostic sur les errances de la ligne suivie, comme leur proposition de Congrès extraordinaire me paraît juste. Donc je donne à voir aux lecteurs de ce blog ce texte d’appel à un Congrès;

 

(note de Danielle Bleitrach)


Ensemble, pour un Congrès extraordinaire

 

 

Les néo-libéraux viennent de remporter une victoire politique et idéologique historique, la gauche est très affaiblie. Notre parti qui a souffert de son effacement à l’élection présidentielle a subi au premier tour des élections législatives un échec électoral sans précédent. Au deuxième tour, l’élection de 11 députés communistes est une bonne nouvelle; cela témoigne de notre capacité de résistance, à l’opposé du défaitisme qui a présidé à notre absence à l’élection présidentielle. Pour autant l’existence même de notre parti reste menacée alors qu’il va y avoir besoin comme jamais de ce qui fait la raison d’être originale du PCF, un PCF qu’il est urgent de transformer et renouveler profondément, à partir d’un bilan exigeant.

 

Un bilan s’impose

 

Moment clé de cette période, le 4 novembre 2016, Pierre Laurent déclarant, avant la décision des communistes, qu’une candidature communiste « n’est pas l’option que je privilégie » prenait position publiquement en faveur du soutien à Jean-Luc Mélenchon. Cette stratégie, contraire à la décision du Congrès (selon laquelle « les communistes travaillent pleinement (…) à engager un candidat » dans le processus de désignation pour l’élection présidentielle), et maintenue malgré le vote des délégués des fédérations à la conférence nationale, a empêché la promotion de nos idées, une bataille unitaire réelle, et conduit à la catastrophe. Il est urgent d’en changer. Le conseil national des 23 et 24 juin doit ouvrir un processus de congrès incluant un travail exhaustif et collectif de bilan.

 

Les idées communistes : originales, indispensables, mais absentes

 

L’élection  présidentielle  aurait dû être le moment de mettre dans le débat public les idées à la fois réalistes et radicales régulièrement évoquées par nos derniers congrès. Les Français les ignorent faute d’un effort persévérant, au sommet du Parti, pour leur permettre de s’en saisir. L’effacement du PCF et de l’originalité de ses propositions a aggravé cette situation, laissant place à la confusion au profit de FI, avec l’illusion entretenue que nos idées seraient quasiment les mêmes.

 

Le projet de sécurité d’emploi et de formation a fait cruellement défaut dans la campagne face au besoin d’une nouvelle économie pour répondre au défi des révolutions informationnelle et écologique. D’autant plus que la question de l’emploi était placée au premier rang des sujets sur lesquels les électeurs demandaient des réponses. Seuls se sont exprimés les tenants de l’ubérisation et de la flexibilité néolibérale (Macron et Fillon), ceux qui, en plus, font des migrants le bouc émissaire (Le Pen), ceux d’un « revenu d’existence » cantonné à la répartition (Hamon), et ceux pour lesquels l’embauche directe des chômeurs par l’Etat résoudrait le chômage, exonérant les entreprises et le grand patronat de ses responsabilités (Mélenchon). Et pour cause : il n’y avait pas de candidat communiste pour porter dans la campagne présidentielle la proposition de loi SEF déposée en janvier 2017 par André Chassaigne et ses collègues.

 

De même, nos propositions alternatives sur l’utilisation de l’argent et sur les banques auraient pu être un levier décisif pour le rassemblement d’une gauche de combat et pour la crédibilité d’une alternative novatrice ancrée à gauche. Dans la crise politique effroyable que nous vivons, elles auraient pu être une lueur d’espoir pour tous ceux qui cherchent et qui luttent.

 

Quant à nos propositions pour refonder la construction européenne, adoptées en conférence nationale et confirmées par notre dernier congrès, leur absence a conforté les populismes de droite et de gauche dans le paysage politique. Elle a laissé la voie libre à Macron pour pousser les feux du fédéralisme et de la domination des marchés financiers. Elle laisse à présent la voie libre à l’opposition factice entre « mondialistes et patriotes » travaillée de plusieurs côtés, effaçant les enjeux de classe et la nécessité de luttes immédiates.

 

Des conditions impossibles pour nos camarades aux législatives

 

Cette absence de la bataille présidentielle a placé nos camarades aux élections législatives dans des conditions impossibles pour le premier tour, malgré le courage et l’engagement dont ils ont fait preuve. Aurait-on voulu faire une pédagogie du renoncement du PCF à son existence qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Malgré cela, 11 communistes ont pu étre élus; ce sera un point d’appui important; mais cela n’efface pas la faiblesse historique de notre score national au premier tour des législatives (3,8 % en France métropolitaine), qui risque d’avoir des conséquences de longue durée si on ne s’attaque pas sérieusement aux problèmes posés.

 

Dans cette situation, quelle est la nouvelle étape qu’il nous faut engager ?

 

Le quinquennat Hollande a précipité la destruction de la gauche. Le dispositif électoral de Macron et celui de Mélenchon, permis par notre absence, conduisent à sa désintégration. Pas question de se résigner à cette situation si dangereuse pour notre peuple.

 

Transformer et réorienter le PCF

 

Pour le combat face au nouveau pouvoir et pour une perspective de progrès, il y a absolument besoin de l’apport d’un PCF révolutionnaire, profondément transformé, autonome, émancipé des idées dominantes, se nourrissant des apports de Marx et de ses successeurs, portant le débat sur les rapports de classes et de domination, pour s’en émanciper en dépassant le capitalisme et le libéralisme.

 

Ni repli identitaire, ni dilution, cette réorientation est indispensable pour aider au développement des luttes et à leur convergence sur des alternatives. Elle est indispensable pour un rapport créatif avec les mouvements sociaux et citoyens qui sont un ferment de transformation de notre société. Elle est indispensable à la refondation de la gauche en France, en Europe et dans le monde, avec des rapports nouveaux et de nouveaux types d’alliances entre les forces qui la composent, rompant avec les logiques de sommet, respectueux de leur diversité, en capacité d’initiatives et ouverts à l’expérimentation décentralisée. C’est une réflexion et une expérimentation qu’il nous faut engager. Dès à présent nous avons à organiser une riposte rassembleuse avec toute la gauche, écologistes, socialistes de gauche, insoumis, syndicalistes, mouvements associatifs, etc… pour laquelle il est décisif de faire vivre l’autonomie effective d’idées et d’initiative de notre parti.

 

Explorer un chemin de révolution pacifique

 

La France, l’Europe, le monde ont besoin d’une révolution pacifique. Dans le capitalisme financier mondialisé, elle passera nécessairement par des prises de pouvoirs du monde du travail et de la création sur les banques, la BCE, le FMI. Au lieu de s’aligner sur le populisme et l’électoralisme, nos positions dans les institutions doivent contribuer à ces prises de pouvoir. Il nous faut rouvrir ce chantier pratique et théorique. Cela concerne aussi notre action politique dans les entreprises. Ce travail et cette réorientation ne pourront être menés à bien que sous l’impulsion d’une direction  nouvelle prête à s’y engager avec conviction, capable de s’autocritiquer, soucieuse de l’organisation, de la créativité et de l’unité du Parti.

 

Pour un congrès extraordinaire et un collectif de direction provisoire

 

Tout cela doit être l’objet d’un congrès extraordinaire au printemps 2018. Il partirait des remontées des communistes depuis leurs sections, dont une assemblée des délégués de section à l’automne ferait le bilan. Un collectif de direction provisoire devrait être mis en place par le Conseil National pour la préparation démocratique du congrès sous la maîtrise effective des communistes et pour l’animation des luttes politiques face à Macron.

 

Frédéric Boccara (membre du Comité Exécutif du PCF, membre du CESE)

Yves Dimicoli (membre du conseil départemental de Paris du PCF)

Denis Durand (membre du Conseil National du PCF)

Nicolas Marchand (membre du conseil départemental du Val de Marne du PCF)


Lire Aussi

Comme le dit Gilles : deux c’est mieux qu’un. Danielle Bleitrach. [Suite…]

Comme le dit Gilles : deux c’est mieux qu’un

 

20 Juin 2017

Ce qui s’applique a pas mal de choses comme des lames de rasoirs peut très bien s’appliquer aux groupes parlementaires. Deux fois plus de moyen deux fois plus de temps de parole, deux fois plus d’efficacité…

 

 
Gillette : Deux c’est mieux qu’une (France – 1983) Gillette Thème : Va y avoir du sport Secteur : Articles de toilette Produit : Rasoirs jetables à 2 lames 
culturepub.fr
 
Il parlait bien sur de deux groupes à l’Assemblée Nationale: : celui  du parti communiste et celui de la France Insoumise.
 

Je suis d’accord, Gilles, il y a un moment ou face à un mélange d’illusions, d’ego surdimensionnés et d’impasses manifestes la dérision est une manière de retrouver le bon sens.

 

Ne perdons pas de temps là-dessus et considérons la tâche à accomplir, les buts et les moyens. Outre que le décompte me parait des plus compliqués. En effet si J.L.Mélenchon s’attribue (je cite) 17 députés France insoumise, il ajoute 3 députés communistes et un DVG qu’il aurait soutenu. Ce qui est difficile à trancher c’est que tous les députés France insoumise l’ont été avec le soutien du PCF. Donc ça fait 11 députés, plus les députés d’outre mer, + les 17 députés de la France Insoumise derrière André Chassaigne.

 

Celte histoire de  deux  me rappelle aussi cette chanson, y a qu’un cheveu sur la tête à Mathieu, y a qu’une dent dans la mâchoire à jean, qu’est-ce qui y a deux, y a deux testaments l’ancien et le nouveau…

Pourquoi parce que la force de ceux qui nous oppriment est considérable et que parmi les abstentionnistes il y a un maximum d’ouvriers et de couches populaires que nous communistes n’avons pas su convaincre d’aller voter, alors que nous sommes ceux qui peuvent et doivent le faire.

 

Et si nous ne le faisons pas, nous n’avons plus qu’à rédiger notre testament. Parce qu’il faut voir l’état réel du parti, celui non plus de sections, mais de fédérations et non des moindres.

Mais le problème n’est pas que celui du PCF, ceux se gonflent de leurs maigres résultats feraient mieux de réfléchir à ce qu’il reste à accomplir y compris pour remobiliser les abstentionnistes dans les lutes à venir.

 

On peut faire des effets de tribune, agiter les bras et déclarer que ce sont les nôtres, en grève. Il n’en demeure pas moins que la FI fait 6% des inscrits et nous moins de 2%.

 

Qu’à partir de là, Melenchon en déduise comme il vient de le déclarer sur tweeter:que « c’est notre groupe qui appellera à la résistance le moment venu » relève d’une estimation pour le moins hasardeuse. Il me semble plus judicieux qu’il existe un parti, qu’il soit organisé et cela désormais passe par un Congrès du PCF.

 

IL est urgent, si l’on ne veut pas inscrire tous nos dernières volontés face à une Assemblée dominée par les marcheurs et la droite, et qui vont nous pondre ordonnances, lois destinées à presser le citron, il faut vite très vite que nous ayons un parti communiste en état de marche et pas seulement un ou deux groupes.

 

Pour cela, il faut un bon débat sur le fond. Donc je suis d’accord avec la proposition de Fréderic Boccara, Dimicoli et Marchand: il faut un congrès extraordinaire. Je partage leur diagnostic sévère sur la manière dont le parti a été conduit vers la catastrophe, même si je ne suis pas nécessairement d’accord avec les remèdes préconisés, ni avec la manière dont le texte parait moins destiné à rassembler ceux qui veulent ce Congrès que faire passer leurs idées. Ce n’est pas nécessairement la meilleure méthode et il faut rapidement aboutir à un texte simple et direct qui expose les raisons qui nous unissent pour réclamer ce Congrès.

 

j’ajouterai que personnellement j’insisterai plus dans l’analyse de la situation sur les dangers que fait courir le pouvoir et pas seulement au parlement puisque on assiste avec toujours aussi peu de citoyens derrière eux à une main mise sur les médias et sur d’autres institutions. C’est pourquoi la bataille doit être menée partout et en particulier sur les lieux de travail, dans les cités populaires. Seul un parti qui fonctionne et pas seulement dans les élections, peut être réellement utile à cette situation.

 

Nous avons des atouts, le fait que le président et sa majorité ne représente que 15% de l’électorat, mais aussi que la réserve se situe justement dans les catégories qui devraient être les nôtres. 

 

Notre principal atout étant la volonté des communistes à avoir cet instrument de lutte irremplaçable qu’est le parti.

 

On l’a bien mesuré  puisque, comme depuis presque vingt ans, les communistes ont sauvé leur parti et ont augmenté le nombre de leurs députés d’une manière inespérée. Qu’ils soient victorieux ou battus, peu importe leurs efforts ont été héroïques alors même qu’une tactique irresponsable nous vouait à l’anéantissement, mais cela ne peut plus durer ainsi.

 

« Que les bouches s’ouvrent, pas de mannequins dans le parti » disait jadis Maurice Thorez face à ceux qui l’avaient conduit à ne plus être qu’une secte.

 

En attendant en ce qui concerne les autres forces (sic), aussi faibles que nous et plus encore, qui  prêtes à s’opposer à cette politique et à ce pouvoir, de la France insoumise aux restes d’un PS en débâcle, sans parler des verts dont justement plus personne ne parle,  retrouvons ce bon vieux slogan de jadis « Marchons côte à côte et frappons ensemble ».

 

Je viens de voir que Marine Le pen s’est un fois de plus emparée de ce vieux slogan du parti communiste français. Décidément l’histoire prouve que les fascistes n’ont jamais rien su créer pour s’adresser aux masses, ils se sont contenté de copier les communistes pour mieux dévoyer les aspirations vers le racisme et la xénophobie. Ce qui d’ailleurs permet aux adversaires de ce dernier de crier aux ressemblances…

 

Danielle Bleitrach

Bravo camarades, les vainqueurs mais tous ont combattu… Il faut poursuivre…

 

19 Juin 2017

 

c’est pym qui est derrière l’appareil.

 

Nous avons passé la soirée, tous les trois, PYM (Patrick Masson) Marianne et moi dans un restaurant azerbaïdjanais de Kazan où il y avait au rez-de-chaussée des enfants faisant la fête tandis que nous au balcon tentions d’apercevoir les résultats sur la télévision russe. Marianne revenait d’un trajet en car (8 heures) à Samara, et nous ne pensions qu’à vous les Français, vous mes camarades.

 

En rentrant notre soulagement fut grand de découvrir qu’il y avait 10 ou 11 députés. Notre chère Jeanne ce matin nous avait laissé ceci et nous en avons été ravies.

 

Ce soir 11 député-e-s communistes sont élus à l’Assemblée nationale Dimanche 18 Juin 2017

 

Il ne restait que 7 député.e.s communistes élus en 2012 (10 en incluant les député.e.s apparentés du Front de gauche). Voici la liste des député.e.s communistes élus en 2017

 

Ce soir 11 député-e-s communistes sont élus à l’Assemblée nationale


3 circonscriptions perdues en 2012 ont été reprises

3 circonscriptions nouvelles ont été conquises par le PCF
2 circonscriptions ont été perdues (1 dans l’Oise au premier tour et 1 dans le Cher au second tour)
5 circonscriptions ont été conservées par le PCF (avec 3 renouvellements)

 

La liste des 11 député.e.s PCF élu.e.s :

Stéphane Peu (PCF) élu député de la 2ème circonscription de Seine-Saint-Denis (reconquête)
Marie-George Buffet (PCF) réélue députée de la 4ème circonscription de Seine-Saint-Denis
Elsa Faucillon (PCF) élue députée de la 1ère circonscription des Hauts-de-Seine (reconquête)
Jean-Paul Dufrègne (PCF) élu député de la 1ère circonscription de l’Allier (conquête)
Alain Bruneel (PCF) élu député de la 16ème circonscription du Nord
Fabien Roussel (PCF) élu député de la 20ème circonscription du Nord
Hubert Wulfranc (PCF) élu député de la 3ème circonscription de la Seine-Maritime (conquête)
Sébastien Jumel (PCF) élu député de la 6ème circonscription de la Seine-Maritime (conquête)
Jean-Paul Lecoq (PCF) retrouve son siège de député de la 8ème circonscription de Seine-Maritime (reconquête)
André Chassaigne (PCF) réélu député de la 5ème circonscription du Puy-de-Dôme
Pierre Dharréville (PCF) élu député de la 13ème circonscription des Bouches-du-Rhône

 

Chez les apparentés et les candidat.e.s soutenus par le PCF :

 

1 circonscription reprise (celle de Ruffin qui fut aussi celle de Maxime Gremetz)
1 circonscription perdue au 1er tour (Nanterre-Surennes)
2 circonscriptions conservées (avec un renouvellement)

 

Huguette Bello (PLR) réélue députée de la 2ème circonscription de La Réunion


François Ruffin élu député dans 1ère circonscription de la Somme (reconquête)

 

Clémentine Autain (Ensemble!) élue députée de 11ème circonscription de Seine-Saint-Denis

 

J’ajouterai les 16 candidats de la France insoumise dont J.L.Mélenchon a déjà annoncé – c’est bien de lui – qu’il formeraient un groupe autonome.

 

Cela dit une législature c’est long il y a des combats et il est probable qu’une grande recomposition à gauche va être mise en route. Mais surtout il y a l’urgence y compris celle de l’été où ce gouvernement va probablement commencer son sale travail contre nos droits et nos acquis. On peut espérer que dans le pays comme dans l’assemblée les forces s’uniront pour le combattre.

 

Le fait est que cette majorité présidentielle ne correspond pas à ce que veulent les Français, on ne parle pas d’abstention dans ce cas mais de véritable grève des urnes. Et je suis sur ce plan d’accord avec Mélenchon, c’est un grand potentiel pour ceux qui veulent combattre ce gouvernement, mais cette entente ne doit pas être une union des chefs mais bien être portée à la base. C’est pour cela que les communistes doivent avoir un débat au fond sur l’utilité du parti, pas seulement à l’assemblée nationale où leur rôle a toujours été exemplaire en particulier dans la loi sur le code du travail. Ce que reconnait ce résultat.

 

Les militants communistes doivent se réorganiser et le parti doit avoir un grand débat sur la manière dont il pourra être utile à ces combats, au rassemblement des Français partout sur les lieux de travail, dans les cités populaires et pas seulement dans un contexte électoral. C’est ce que nous disent ces résultats, à la fois l’élection de nos camarades, ceux de la FI et certains autres socialistes qui auront sans doute beaucoup de mal à cohabiter avec d’autres qui se considèrent déjà dans la majorité présidentielle. Mais l’abstention massive, le rejet dont elle témoigne des conditions de ces élections, l’urgence face aux mauvis coups qu se préparent montre à quel point nous avons besoin d’un Parti communiste uni et conscient de son rôle irremplaçable dans le rassemblement de l’unité populaire.

 

Félicitations aux élus et à tous ceux qui se sont battus et bien battus quel qu’en soit le résultats ils n’ont pas démérité, rien n’était joué, ils ont fait face. Ils ont sauvé l’existence d’un parti communiste, il reste à poursuivre leur œuvre, non pour nous mais pour le combat contre cette oligarchie minoritaire, qui prétend s’emparer de tous les leviers pour nous rendre la vie impossible.

 

Danielle et Marianne

 

De Kazan mais nous rentrons le 23 après un bref séjour à Moscou.

 

La principale idée que nous retirons de ce voyage (mais il y en a bien d’autres) c’est que ceux qui souffrent et n’en peuvent plus de cette société injuste ne nous demandent pas d’être beaux, avec de grands sentiments, et des proclamations généreuses, ils réclament notre efficacité pour les sortir des problèmes auxquels ils sont confrontés. Ce qui n’exclut pas au contraire les valeurs auxquelles nous tenons et sont effectivement humanistes.

Publié par El Diablo

CSG : Macron et la CFDT continuent la contre-révolution rocardienne (par Bernard Friot)

Bernard Friot

Bernard Friot

Par Bernard Friot est professeur émérite à l’Université Paris Nanterre, IDHES

Le président de la République veut substituer l'impôt aux cotisations salariales. L'économiste Bernard Friot éclaire dans cette tribune la régression que ce mouvement occasionnerait.

Sans négliger la question du pouvoir d’achat que le remplacement de la cotisation par la CSG modifie à la marge à la hausse ou à la baisse, l’enjeu est ailleurs : Macron assume, plus délibérément encore que Jospin, la contre-révolution rocardienne. Qu’est-ce à dire ? Il faut revenir à la création de la CSG en 1990. Elle est inséparable des autres mesures du gouvernement Rocard : le RMI, le contrat emploi-solidarité (CES), la loi Évin sur le marché de l‘assurance maladie complémentaire, le Livre blanc sur les retraites. Il s’agit d’en finir avec la dynamique du salaire à la qualification et du régime général de sécurité sociale, deux débuts de généralisation du salaire à vie parce que lié à la personne, et de les remplacer par les deux « piliers de ressources » préconisés par l’Union européenne.

La CSG, le RMI et le CES relèvent du « premier pilier », dit « non contributif » et financé par un impôt de solidarité. La CSG est créée contre le salaire pour les parents, tel que l’avait créé la loi Croizat d’août 1946 sur les allocations familiales : les parents n’ont pas droit au salaire, mais à de la solidarité. Même chose pour le RMI, qui entérine le désastreux accord Unédic de 1984 qui a multiplié les chômeurs non indemnisés en renforçant le lien entre durée de cotisation et durée de prestations : les chômeurs « en fin de droit » (imaginez des malades ou des retraités en fin de droit…) n’ont pas droit au salaire, mais à une allocation de solidarité spécifique ou à un revenu minimum. Même chose pour le CES et les emplois aidés : c’est à la solidarité (pas aux employeurs) de payer des jeunes non reconnus à leur qualification et que depuis 1977 les « mesures jeunes » condamnent au travail gratuit ou payé (le plus souvent par l’impôt) sans aucune référence à la qualification. Dans la foulée de Rocard, les gouvernements successifs vont renforcer ce premier pilier de ressources, à la fois négateur du droit au salaire et fiscalisé :

– Le smic remplace systématiquement le salaire à la qualification pour les premières embauches et de nombreuses carrières ; il est largement fiscalisé avec le RSA-activité et surtout les exonérations Aubry-Fillon de cotisations patronales.

– L’assurance vieillesse et l’assurance maladie sont fiscalisées par la CSG, pour le « fonds de solidarité vieillesse » (FSV) et pour le panier de soins de base.

Le projet de généraliser une indemnisation forfaitaire du chômage sans doute financée par la CSG (avec suppression dans un premier temps de la cotisation salarié) et gérée par l’État s’inscrit dans la même logique de premier pilier et ressemble fort au revenu de base universel que la classe dirigeante vante comme cerise sur le gâteau de la négation du droit au salaire pour les 800 ou 1 000 premiers euros de ressources.

Ce premier pilier est inséparable du second, fait des droits très contributifs et qui trouve ses premières expressions dans la loi Évin de 1989 et le Livre blanc des retraites de 1991. Le modèle est le compte individuel de cotisations-retraite dans l’Arrco-Agirc : le « j’ai cotisé, j’ai droit » s’impose dans la réforme des pensions qui les calcule sur les 25 et non les 10 meilleures années et allonge la durée de la carrière complète. Le projet Macron d’unifier le régime de retraite poursuit cette entreprise : il supprimera le régime général et ne fera reposer les pensions que sur des comptes individuels (sauf un plancher de sécurité financé par la CSG du FSV).

Le panier de soins fiscalisé est complété par des mutuelles ou institutions paritaires qui, depuis l’obligation de tels régimes dans l’ANI de 2013, ont vocation à assurer à l’avenir l’essentiel des prestations de santé, toujours sur la base du « j’ai cotisé, j’ai droit » (il y a aujourd’hui 80 taux de cotisations et quatre menus à la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, pour prendre ce seul exemple).

Quant à l’indemnisation du chômage au-delà du forfait de base fiscalisé, elle sera considérablement rendue plus contributive (aujourd’hui déjà le nombre de jours prestés dépend du nombre de jours cotisés) avec sanction des refus d’emploi. Le droit à la formation, déjà lui aussi quantifié dans un compte individuel étroitement lié aux performances du travailleur, se jouera sur un marché des organismes de formation dont la normalisation prévue va accélérer la concentration dans des entreprises à but lucratif.

Les ressources assurées jusqu’ici par le salaire direct à la qualification seront assurées par des alternances de contrats de projet ou de mission et de travail indépendant, comme c’est déjà largement le fait de branches comme le BTP, une situation que Macron entend généraliser à tout l’appareil productif, services publics compris avec mise en cause du salaire à vie des fonctionnaires, remplacé par des contrats de cinq ou six ans.

Le salaire à la qualification, surtout s’il est attaché à la personne et donc à vie, est une révolution. Sur les 50 millions de plus de 18 ans, 17 à 18 ont déjà un salaire à vie : 5,5 millions de fonctionnaires, la moitié la mieux payée des 15 millions de retraités, les 3 à 4 millions de salariés des entreprises à statut et des branches (comme la métallurgie, la chimie, la banque) où les syndicats ont été en mesure d’imposer un droit à carrière. La lutte pour la généralisation du salaire à la qualification à vie pour tous les plus de 18 ans (par exemple dans une fourchette allant de 1 500 à 6 000 euros nets par mois, avec attribution automatique du premier niveau à 18 ans) est la seule réponse à la contre-révolution Rocard-Macron. Oui, le salaire doit devenir un droit de la personne !

SOURCE:

CSG : Macron et la CFDT continuent la contre-révolution rocardienne

https://www.politis.fr/articles/2017/06/csg-macron-et-la-cfdt-continuent-la-contre-

Chronique d’un espoir déchu ou le triomphe de la maladie infantile

 

PUBLIÉ LE 
 

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Comme je suis heureux de retrouver ce blog, la plume après cette longue séquence électorale. Naviguant sur d’autres océans numériques le tant de la campagne législative, je n’avais plus le temps de l’alimenter. Ce blog, il est une toile où j’épanche égoïstement mes colères ou mes espérances. Pour autant, je sais que vous êtes quelques camarades à le lire avec attention. J’en profite pour vous remercier pour vos messages réguliers d’encouragement. Il y a un compteur avec des lignes de chiffres froides, abstraites. Je sais donc que je suis lu mais par qui, pourquoi. Alors vos retours sont toujours d’une saveur unique. Merci.

 

Ceci étant dit, comme vous vous y attendez logiquement, je veux revenir sur les événements récents. L’élection d’Emmanuel Macron, les élections législatives et la gauche en lambeaux … Alors que des espoirs fleurissaient de nouveau contre toute attente, il y a un an de cela nous avions tous la certitude d’un retour fracassant de la droite au pouvoir, Mélenchon entre temps réussissant à mobiliser un électorat que nous n’attendions pas dans un contexte propice à sa candidature, tout cela se pulvérisa avec violence sur le mur du gauchisme crétin, vicieux, dangereux.

 

10 à 15 députés vraiment à gauche, une phalange au ventre mou de survivants socialistes, un modeste groupe de députés de droite, 5 à 10 députés fascistes et une lourde, écrasante, désespérante majorité toute acquise au jeune président-banquier.

 

La bourgeoisie a réussi le grand chelem avec, il faut le reconnaître, une très grande aisance. Un boulevard dépeuplé au milieu du désert. La démocratie n’est plus qu’une affreuse poupée poussiéreuse oubliée dans les dédales du temps. La chose publique ne fait plus rêver que les petits parasites chèrement parfumés et vêtus des écoles de commerce.

 

Le business, l’horrible dictature des chiffres, du tout consommable détruit avec systématisme. Quand des mythes se sont faits sur une main providentielle changeant l’acier en or, le libéralisme lui pourrit tout ce qu’il touche. Le capitalisme plus globalement, disons-le. Un capitalisme et sa classe qui n’a jamais pris Marx tant au sérieux. Car oui, n’en doutons pas, nous vivons un épisode historique de lutte des classes. Seulement et comme vous le savez, notre classe, celle des exploités (oui je parle moi d’exploités quand d’autres balancent par calcul électoral un horrible « les gens »), n’est pas celle qui mène le combat. Rarement le rapport de force a été si vertigineusement déséquilibré qu’en ce moment. Le syndicalisme survit, la gauche est liquéfiée, le parti communiste est dangereusement menacé, la France Insoumise réanime vigoureusement le cadavre fou de la social-démocratie rose pâle. Mélenchon la teinte néanmoins d’un drôle de bleu, le résultat étant une sorte de synthèse artificielle entre un patriotisme gloubli-boulga (une frange non négligeable d’Insoumis capable de passer du vote Mélenchon au vote Le Pen) et de l’interventionnisme keynésien aux couleurs de l’écologie.

 

Je veux ici dire ou plutôt redire mon opposition radicale à l’entreprise politique de Mélenchon. Non pas pour alimenter à mon tour la bataille rangée et délirante entre communistes et insoumis, notamment sur les réseaux sociaux, royaume de l’insoumis soldat, mais pour rappeler à certains, aux camarades désœuvrés, l’importance des mots et des concepts. Mélenchon a réussi avec un talent que je lui reconnais sans hésitation, à créer un imaginaire capable de dépasser les clivages traditionnels, les clivages de classe même. Une opposition binaire et simplifiée entre une élite très large, sorte de monolithe à pensée unique composé de tout ce qui n’est pas labellisé insoumis ou presque, et « le peuple », sorte d’ovni politique dont on ne sait finalement pas grand chose. C’est le bon peuple qui n’est ni journaliste, ni banquier, ni socialiste, ni encarté …

 

Mélenchon fait de la science appliquée et du mimétisme. Tout cela, c’est le travail de la sociologue Chantal Mouffe, dont il n’est pas toujours simple de comprendre le positionnement politique, et une déclinaison tricolore du Podemos espagnol. Ce que d’autres ont conceptualisé comme le populisme de gauche. Ce chemin est à mes yeux un leurre, une erreur. Cette entreprise de substitution de la lutte des classes ne nous mènera qu’au désastre. Il est indéniable que cette stratégie paye électoralement. Encore qu’elle ne mène qu’à la seconde ou troisième marche du podium. Mais elle trompe les travailleurs qui d’ailleurs, pour une part importante et c’est heureux finalement, continuent de bouder tout de même les urnes. Un tel discours choquera nombre de mes camarades communistes tant ils ont oublié par nos pratiques récentes , combien le combat politique ne se gagnera pas dans les hémicycles. Pas pour sa grande part en tout cas ! Ce qu’il manque cruellement aujourd’hui, c’est un grand parti organisé et son frère syndicaliste. Le mouvementisme est l’ennemi de la révolution. Il me semble que Podemos et la France Insoumise font plus de dégâts qu’il ne pansent de plaies. Je reviendrais peut-être dans un prochain billet plus en détails sur ce point.

 

La présidentielle a donc été une aventure unique. Du départ, je ne soutenais pas la candidature de Mélenchon. Minoritaire dans ma section, dans mon parti suite à la consultation interne, je respectai néanmoins le choix souverain des communistes mais je ne fis ni meeting, ni publicité de la candidature. J’ai néanmoins glissé le bulletin dans l’urne, à regret aujourd’hui. 7 millions de voix dont beaucoup de jeunes se sont portées sur ce même nom. C’était, il faut bien le dire, d’un point de vue de la stratégie électorale, une belle assise pour dynamiter le projet Macron. Avec un tel score le soir du premier tour, il y avait là matière à lancer une dynamique intéressante pour la suite des événements. Alors que nous aurions du voir apparaître un candidat souriant, victorieux, appelant à ratatiner l’extrême-droite, à bâtir un beau et combatif premier mai, à investir au plus vite avec intelligence et rassemblement les circonscriptions pour aller chercher 100 à 200 députés voire plus qui mèneraient la résistance à l’Assemblée, est apparu un Mélenchon au teint blafard, ne reconnaissant pas sa défaite, renvoyant le centre-droit et l’extrême-droite à l’idée d’un péril similaire,faisant preuve d’un sectarisme abscons. Je suis resté estomaqué devant la scène. C’est donc à cet homme qu’il faudrait confier la conduite de notre ligne de front.

 

C’est à la suite de cela, que les législatives sont devenues ce qu’elles sont. Une déroute sans nom. La gauche va pratiquement disparaître et la représentation nationale ne va jamais prendre autant les traits ce dimanche qu’un entre-soi de classe radicalement affirmé. Un quinquennat d’une très grande violence sociale est à redouter alors même que le scénario pouvait finalement ne pas être si évident. Combien de circonscriptions bêtement perdues, dommages collatéraux de la folie insoumise. Combien de mains tendues pour finalement essuyer des crachats arrogants et d’une désespérante stupidité. Ici chez moi, à Lens, nous devions gagner la circonscription. Il n’en sera rien pour 221 voix. Pis, nous aurons peut-être un vieux fasciste aigri de 73 ans comme député. Comment ne pas enrager, comment ne pas se promettre de tout faire pour faire tomber le cavalier JLM de sa monture diabolique. La colère n’est pas tant nourrie par esprit de parti que par l’idée de ces concitoyens croisés tous les jours qui n’auront pas demain ce parlementaire de combat et de conviction qu’aurait été mon camarade maire d’Avion, Jean-Marc Tellier. Quel immense gâchis !

 

Mais il serait beaucoup trop simple de jeter la pierre à l’unique France Insoumise. Le PCF porte lui aussi une telle responsabilité. Il est cette coquille vide, portée à bout de bras par des hommes et des femmes exceptionnels sur le terrain mais dévastée par une succession de dirigeants qui finissent par faire honte à son histoire. Dénaturé, vidé de toute substance, de toute dynamique, compromis dans le ronronnement institutionnel, il n’apparaît plus, ne vend plus aucune forme d’espérance. Bien sur ici ou là il a encore du sens, il est reconnu et estimé parce qu’il lutte avec humilité et constance. C’est là où dimanche dernier il arrive encore à aller chercher quelques voix, mais le voilà pratiquement aphone, muet. Nous avons pourtant tant besoin de lui.

 

Au diable les procès, les vieux démons, l’improbable idée de l’obsolescence de sa matrice quand on se sait un peu philosophe. Le communisme est une idée neuve. Des jeunes de plus en plus nombreux s’intéressent à lui, les faits lui donnent plus que jamais raison. Alors pourquoi nous-mêmes continuerions nous donc à en douter ? Si nous tendons un peu l’oreille, un cri puissant s’envole des quartiers populaires, des chaînes de production, de ces retraités aux pensions de misère. Offrons-leur une voie, une perspective, le tableau rayonnant des jours heureux. Je suis prêt, de toutes mes forces, à redorer ces trois lettres, paradigme d’un autre monde, celui du triomphe collectif. Et toi, camarade ?

 

Guillaume Sayon

Comment construire une perspective politique: on ne fait pas de la politique avec de l’amertume

 

14 Juin 2017

Un Lénine original retrouvé à la National galerie de Kazan,puisque nous en sommes aux questions stratégiques.

 

A un ami insoumis qui répond à l’article de nos camarades algériens dans les termes suivants, j’apporte une réponse qui prétend s’interroger non seulement sur les élections, mais sur l’avenir d’une opposition disons de gauche faute de mieux.

 

L’ami dit : Avez vous bien lu JLM??? Dans l’ »L’ére du peuple » page 132 : nous combattons donc les 2 moteurs du système actuel : le capitalisme et le productivisme….. page 133 …. ce constat nous oblige à définir un nouveau modèle de progrès en rupture avec le capitalisme ….etc …. donc travaillons sur ce futur, échangeons au lieu de guetter le mot, l’attitude qui nous fait oublier qui est notre ennemi et faisons fonctionner notre esprit critique face la décervélation par l’idéologie des aitres du monde financier via les medias !


amitiés J.


Je lui réponds :

 

Mon premier réflexe est de faire preuve d’amertume et de vous dire que j’ai lu bien d’autres choses de JLM  et elles vont toutes dans le même sens: l’insulte et la volonté d’affaiblir le PCF, et ses actes appuient disons ce dévoiement. Ce qui prouve  quel « ennemi » il privilégie et combien le capital est le cadet de ses soucis.  En ce qui concerne les paroles, il a été abondamment relayé dans les réseaux sociaux par une bande d’irresponsables qui se permettent de nous faire la leçon et font le tri entre ce qu’ils appellent les dirigeants du PCF et les militants, ce qui est mal connaître les communistes qui veulent être maitres chez eux. Comprenez que pour nous l’utilité d’un parti révolutionnaire est une condition de lutte indispensable et que l’on soit dans le parti ou dehors, nous en sommes convaincus et nos efforts vont dans ce sens et pas celui d’un mouvement derrière un « chef » avec pour seule vocation les élections. Si nous sommes logiques avec nous mêmes, cela devra être notre première tâche et pas celle du type d’union.

 

Au niveau encore des actes, non contents d’avoir exigé que les communistes passent par les fourches caudines de « la charte des insoumis », ils ont présenté partout des députés contre nous qui étions leurs alliés et qui avions voté pour eux. Les cas sont multiples non seulement de la perte d’un député communiste, mais d’un autre auquel il a manqué 200 voix à cause de cela. Croyez moi l’élection d’une Clémentie Autain et même d’une MGB que je ne considère pas ou plus comme des communistes (à tort ou  à raison mais c’est comme ça) ne récupère pas ce gâchis dont la France insoumise est en tain de faire les frais. Je ne pardonne pas non plus les positions en retrait sur l’Europe à la fin de campagne, voir même sur l’Amérique latine, je n’ai aucune confiance en tout cela…

 

Mais je pourrais continuer longtemps sur le même ton et cela ne nous mènerait pas loin, ni vous ni nous, donc comme votre ton change de celui que l’on trouve dans les réseaux sociaux, et qu’on ne fait pas de la politique avec de l’amertume mais en privilégiant une perspective, je ne suis pas éloignée de votre position: oui il faut sauver ce qui peut l’être et tirer bilan de nos insuffisances et de nos idioties à tous si faire se peut. Mais il faut être bien conscient que cette perspective ne saurait se limiter au deuxième tour des législatives ou nous sommes réellement « foutus » …

 

Je résumerai le fond de ma pensée en citant pour finir un « ami » et néanmoins camarade Franck Marsal. Il a le mérite d’insister non seulement sur l’idée de sauver les meubles électoralement, ce qui n’est pas négligeable, ne serait-ce que parce que cela nous confronte aux errances stratégiques « parlementaristes » de nos dirigeants, mais se contenter de cette seule et désastreuse perspective serait une ânerie de plus parce que le terrain sur lequel nous allons devoir nous battre sera plus vaste et l'« ennemi » est en train d’y conquérir des positions.

 

« Qu’est ce qu’on peut entendre comme conneries parlementaristes en ce moment. Entre les macronistes, qui vantent le « renouvellement », et tous les autres qui se répandent sur « il faut des voix d’opposition au sein du parlement ».

 

Pendant ce temps, entre ordonnances, transformation de l’état d’urgence en régime liberticide permanent, prise de contrôle sur les services secrets, Macron prend directement le pouvoir entre ses mains, sous le contrôle discret mais efficace de tout ce que la bourgeoisie compte de lobbies et de réseaux de pouvoir.

 

Tout à fait d’accord avec Franck. parce qu’il faudra bien que vous teniez compte de notre position à nous communistes et qui est justement ou devait être celle de nos camarades d’Alger républicain. C’est une lutte à mort qui s’est engagée avec le capital et on ne peut pas l’améliorer. Cette illusion est terminée, depuis que la chute de l’Union soviétique a rendu impossible les pseudos-réformes de la social démocratie, l’illusion parlementaire, le combat est partout et doit désigner son véritable adversaire.

 

Je dirai également mon accord avec la remarque d’un autre ami J.P. Revery sous l’article des echos qui dit en titre « comment l’abstention a servi Macron (et en fait démontre le contraire): « Les électeurs ne s’abstiennent pas pour « servir Macron » mais pour boycotter un système entièrement contrôlé par l’oligarchie. »

 

Bon tout cela étant dit, me voilà soulagée parce que la balle est dans votre camp à tous, alors quand est-ce qu’on  commence,  sur des bases de respect mutuel en laissant chacun faire le ménage sur lui.

 

Danielle Bleitrch

Le vote ou le fusil, par Alain Garrigou

 

14 Juin 2017

 

Date de publication : Janvier 2005
 
 
En février 1848, la révolution parisienne surprenait tout le monde et, avec la fuite rapide du roi Louis-Philippe, laissait bien dépourvus les nouveaux dirigeants improvisés. Quoique portés au pouvoir par l’insurrection, les hommes du Gouvernement provisoire craignaient d’abord la pression armée d’une foule parisienne d’autant plus exigeante qu’elle avait eu facilement raison de la monarchie censitaire. Devant des ouvriers en armes et échauffés, l’éloquence de Lamartine n’avait pas été de trop, pas plus que sa promesse lancée dans la salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville d’instituer le suffrage universel. Celui-ci n’était proposé par aucun programme politique, même si quelques rares républicains en évoquaient l’avènement dans un avenir indéfini. L’urgence l’imposa. Le suffrage universel consacrait l’inévitable abandon du système électoral censitaire car il était devenu impossible de se contenter d’un simple élargissement du cens électoral, comme le réclamait la campagne des Banquets, ce qui serait revenu à exclure les insurgés du corps électoral. Le décret du 5 mars 1848 avait d’abord vocation à ramener le calme.
 
Analyse des images
 
Identifié par son vêtement, un ouvrier abandonne son fusil pour déposer un bulletin de vote. Dans cette scène allégorique, le suffrage universel est symbolisé par une urne antique dont le modèle est assez éloigné des urnes réelles mais qui rattache la procédure aux sources les plus anciennes. L’allégorie présente encore la nouvelle institution comme une conquête populaire qui justifie d’autant plus que l’on dépose les armes. Ce n’était peut-être pas l’objectif de tous les insurgés, ni même de la plupart d’entre eux, mais l’idée s’en imposa. Au-delà de cette sorte d’interprétation immédiate de la révolution de février 1848 proposée par les républicains, l’abandon des armes pour le vote a valeur d’exhortation : la violence révolutionnaire menaçait toujours, de nombreuses armes étaient aux mains de la population parisienne, et le succès du suffrage universel restait incertain. L’insurrection populaire de juin 1848 confirma ces craintes, tout en donnant l’occasion aux forces de l’ordre de désarmer la population parisienne.
 
Interprétation
 
Au-delà d’un moment historique daté de la révolution de 1848, la substitution du bulletin de vote au fusil visait un sens de portée générale et universelle ; le rejet démocratique de la violence politique. Les promoteurs du suffrage universel avaient partiellement convaincu les partisans de l’ordre en réussissant à organiser les premières élections d’avril 1848 et à démontrer aussi que le vote populaire n’était pas révolutionnaire par essence, qu’il pouvait même se révéler conservateur. Dans un pays et un siècle agités par le cours incessant et ruineux des révolutions, le suffrage universel devint, non sans difficultés et à la suite d’une longue série d’élections régulières, ce qu’un homme de la IIIe République appelait de ses vœux : le « souffle régulier de la démocratie ». Quelle pouvait être la légitimité du recours à la violence quand le peuple devenait souverain par son bulletin de vote ? Si cette institution ne put empêcher immédiatement des insurrections comme la Commune de 1871, les justifications des révolutions furent désormais contestées au nom du suffrage universel, et des gouvernements opposèrent le suffrage universel en principe ou en actes, comme en 1968, aux « mouvements de la rue ».
 
Bibliographie
 
Vincent DUCLERT et Christophe PROCHASSON (dir.)Dictionnaire critique de la RépubliqueParis, Flammarion, 2002.
Alain GARRIGOUHistoire sociale du suffrage universel en France, 1848-2000 Paris, Le Seuil, coll. « Points Histoire », 2002.
Maurice AGULHON1848 ou l’Apprentissage de la RépubliqueParis, Le Seuil coll. « Points Histoire », nouv. éd. 2002.
Pascal PERRINEAU et Dominique REYNIÉ (dir.)Dictionnaire du voteParis, Presses universitaires de France, 2001.
Pierre ROSANVALLONLe Sacre du citoyen. Histoire du suffrage universel en France Paris, Gallimard, 1992.
 
Pour citer cet article
 
Alain GARRIGOU, « Le vote ou le fusil », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 13 Juin 2017.

 Un regard algérien sur l’élection présidentielle en France

 

13 juin 2017
Pleinement d’accord avec cette analyse sur le fond. Merci michel deschamp qui l’a inscrite sur son blog.
 
(note de danielle bleitrach)

 

Macron vainqueur par défaut au second tour de l’élection présidentielle

 

par Alger republicain, 11/06/2017

 

Avec 20,7 millions de suffrages contre 10,6 à Marine Le Pen, sa victoire est en apparence écrasante. Mais dans ce nombre, 9 millions d’électeurs ont voté contre Le Pen et non pour son programme. 16 autres millions se sont abstenus ou ont voté nul. Son élection est le fruit d’un « viol des foules ». Le système électoral mis en place par la Constitution de 1958 piège le vote populaire. Il lui impose au second tour de choisir le « moindre mal » qui s’avère ensuite le pire. Les deux candidats qui se disputent la tête de l’exécutif sont systématiquement des représentants des classes dominantes ou des courants réformistes convaincus que le sauvetage du système capitaliste passe par la redistribution de miettes aux travailleurs.

 

Les grands moyens d’information appartiennent à la bourgeoisie. Ce sont ses idées et ses choix politiques qui dominent et façonnent la majeure partie de l’opinion (« Les idées dominantes sont celles de la classe dominante »). Jamais la loi mise en lumière par Marx, n’avait été confirmée d’une manière aussi caricaturale qu’avec le lancement de la candidature de Macron et le battage incessant orchestré depuis l’été 2016 autour de sa personne par les 9 milliardaires qui détiennent 95% des médias. Macron est la créature des hommes de la haute finance, des gros actionnaires du CAC 40, propriétaires de l’essentiel des richesses de la France, entreprises économiques, médias et aussi … instituts de sondage dont la fonction est d’orienter savamment les choix des électeurs. Ces instituts ont participé à la dramatisation du climat politique orchestré par des « éditocrates » grassement rémunérés sous le thème « s’abstenir c’est voter pour le fascisme ». Marine Le Pen a assumé à merveille le rôle d’épouvantail programmé pour inciter la majorité des électeurs à opter pour le « moins pire ».

 

Depuis la défaite cuisante en 2002 de Le Pen père, la bourgeoisie française s’est employée avec constance à dédiaboliser le Front national. Buts de la promotion de ce parti xénophobe : évacuer des débats politiques les questions liées à l’antagonisme de classe opposant les travailleurs, majorité écrasante des actifs, à une petite minorité d’oligarques. Ces questions formaient la ligne de clivage essentielle à travers laquelle le niveau de conscience idéologique des travailleurs distinguait la France d’autres pays capitalistes. Avec le traitement de faveur accordé par les médias à Marine Le Pen, l’attention a été sciemment détournée sur les questions identitaires, sur les immigrés, arabes et africains notamment pour diviser le camp des exploités, torpiller leur unité contre leurs exploiteurs.

 

Le FN c’est aussi la force fasciste de réserve de la bourgeoisie. Son encadrement est composé de nervis, de gros bras et d’émules de l’OAS. Elle n’hésitera pas à la lancer contre le mouvement populaire lorsqu’il menacera sérieusement sa domination économique et politique.

 

La bourgeoisie a choisi Macron parce qu’elle a éprouvé le besoin politique de dépasser les clivages partisans gauche-droite qui lui paraissent anachroniques.

 

Il fut un temps où, sous la pression d’un PCF dirigeant avec détermination les luttes de la classe ouvrière pour renverser la domination de la bourgeoisie, et dans un contexte international où l’existence de l’URSS obligeait les capitalistes à faire des concessions, le PS tentait d’atténuer les antagonismes de classe par des réformes sociales qui amélioraient la condition des travailleurs. Au pouvoir ou dans l’opposition il oeuvrait ainsi à émousser la combativité anticapitaliste de la classe ouvrière pour perpétuer le système. Aujourd’hui la situation est différente. Résultat de l’évolution socio-politique de la social-démocratie française de ces dernières décennies, surtout sous Hollande, l’action du PS ne se distingue de celle de la droite que sur des questions de méthode. Il ne s’agit plus pour lui de forcer la main de la bourgeoisie pour qu’elle accepte une redistribution du revenu national qui adoucisse le sort des travailleurs et permette de juguler la révolution, mais de satisfaire les exigences sans limites du Capital. Il s’agit de l’accompagner aimablement dans sa course à l’échelle mondiale pour des taux de profits élevés. Détricotage des conquête sociales et alignement de la condition des ouvriers sur les niveaux les plus bas dans le monde, sur celui du Bangladesh comme le résument si bien les syndicalistes, le contraire de ce qui a été fait depuis le front populaire, tel est aujourd’hui le programme du PS.

 

Les courants réformistes de l’aristocratie ouvrière ne forment plus le groupe prépondérant de sa base sociale. Ce sont les représentants des couches intermédiaires qui ont pris le dessus. Leurs activités et leurs intérêts sont liés à la gestion du capitalisme, à son internationalisation, à la diffusion de l’idéologie bourgeoise. Droite et parti socialiste se sont succédé depuis Rocard et Fabius dans une fausse alternance pour satisfaire les désirs du grand Capital. Ils se relayent à tour de rôle dans ce travail de démolition sociale. Mais cette « alternance » bénéfique pour le Capital s’effectue dans le climat polémique alimenté par les rivalités partisanes gouvernement-opposition alors qu’au fond les deux acteurs de la bipolarisation sont complices.

 

C’est à ce climat de fausses querelles que la grande bourgeoisie a décidé de mettre fin. Elle y voit la condition pour accélérer le rythme d’exécution du plan de destruction de ce que l’on qualifie de « modèle social français ». Elle tente de mettre en place une nouvelle formation politique issue de la synthèse de la droite et de l’ex- « parti ouvrier » de la bourgeoisie dans le PS. Pour avoir refusé de s’inscrire dans cette nouvelle feuille de route, Fillon a été mis hors jeu.

 

Avec Macron, la bourgeoisie est sur le pied de guerre. Elle va mener avec une vigueur décuplée l’offensive générale contre la classe ouvrière et les travailleurs. Elle compte achever la destruction du Code du travail. Macron c’est aussi le porte-parole de ses fractions les plus belliqueuses, celles qui poussent à la guerre contre la Russie, qui veulent intensifier leurs interventions militaires en Syrie, au Moyen Orient, en Afrique du nord, au Sahel, renverser les régimes pas trop dociles à leurs goûts. Le zèle belliqueux de Macron s’est illustré par sa violente diatribe contre le régime syrien et son allié russe à propos de la dernière attaque chimique d’Idlib alors que de toute évidence elle avait été montée par des islamistes défaits pour donner le prétexte à une intervention militaire étrangère. De même au Mali où il a osé accuser l’Algérie d’entretenir la nuisance des groupes islamistes feignant d’oublier que c’est l’intervention criminelle de la France en Libye qui a déstabilisé toute la région du Sahel.

 

Les enjeux politiques français ne peuvent être correctement appréciés que sous l’angle de la profonde crise économique et sociale. Elle met en avant pour les forces politiques les plus révolutionnaires les tâches de la préparation des conditions idéologiques et politiques de la révolution socialiste.

 

De ce point de vue, aucun candidat ne répondait au choix des travailleurs qui aspirent à renverser le capitalisme. Mélenchon a pris la tête des réformistes qui ne cherchent pas à se débarrasser du capitalisme mais croient toujours qu’il est possible de « l’humaniser ». Son but est de reconstituer sous un nouveau nom un parti socialiste version 2, épuré de ses personnalités les plus discréditées, à l’image de Valls, pour leur zèle à appliquer les injonctions du MEDEF. Pas un mot chez lui pour appeler à l’abolition du capitalisme, pas même pour remettre à l’ordre du jour la nationalisation des grands groupes industriels et financiers. Seulement des déclamations et des effets de manche qui font illusion. Relancer l’activité économique en appliquant les préceptes keynésiens de la stimulation de la demande et donc de la relance de l’emploi, grâce à l’action étatique et à la hausse des salaires, sans s’attaquer aux bases du capitalisme, tel est le cœur de son programme. Mélenchon détourne le potentiel de rupture avec le capitalisme qui s’accumule au sein de la classe ouvrière, de l’ensemble des travailleurs et de la jeunesse. Il fait partie de cette « gauche » qui n’a pas compris que la crise a pour origine une surproduction des capitaux dont la profondeur rend inopérantes les recettes keynésiennes.

 

La nature de cette crise pose comme alternative : ou la liquidation des conquêtes sociales des travailleurs ou la révolution socialiste et la socialisation de la propriété des grands moyens de production et d’échange.

 

Zoheir BESSA, directeur.

Nous sommes loin de France et près de vous… méditation sur les incohérences stratégiques

 

13 Juin 2017

Un tableau soviétique de la galerie nationale de Kazan (cliquez dessus pour mieux le voir)…

 

Nous sommes à Kazan toujours et sommes en train d’accumuler plein de croquis et de compte-rendus d’interview, que je pense mette en forme en milieu de semaine, mais bien sûr la situation française nous préoccupe. Nous répondons à nos interlocuteurs qui nous interrogent, nous donnent aussi leur opinion sur « Macron », en général cela débute par un poli: « avec le nouveau président, nous espérons que la Russie pourra lier des relations positives ». Pas un mot sur Hollande qui paraît oublié de tous même si au début du séjour le premier habitant de Kazan avec lequel nous avions discuté nous avait expliqué que « le nouveau président a été créé par l’ancien ».

 

Marianne pense très fort à ses camarades du Pas de Calais, aux candidates d’Arras, mais moi je n’ai aucune raison affective pour ressentir le même élan pour les candidats marseillais, j’avais laissé dans mon vote par procuration une consigne: ne voter que communiste pour le premier comme pour le second tour. Et désormais il n’y a plus le choix, ni même d’hésitation possible. C’est dire si je me sens dans une sorte de distance par rapport à l’immédiat. j’imagine que c’est le cas de beaucoup d’entre vous. Une sorte d’écœurement, le désir que tout ce cirque s’arrête, avec un président qui avec 15% des voix des inscrits obtient 75% et plus des sièges après avoir été lui-même, par un quart seulement des « exprimés », élu par haine de son adversaire créé de toute pièce pour nous conduire à ce rejet.

 

ILLEGITIMITE OUI MAIS LEGALITE DE L’OPPRESSION. QUELLE REPONSE?

 

Un ami français qui se trouve à Kazan nous dit que c’est là la seule consolation, savoir que ce président est illégitime. Je lui réponds qu’il ne doit pas se faire d’illusions: nos institutions et en particulier notre mode d’élection est tel qu’il est justement fait pour légaliser l’illégitime et l’imposer sans états d’âme. Et ce cynisme dans la manière de nous infliger une minorité élitiste, caricaturale, fait partie du jeu, tant que nous ne serons pas en mesure de changer les règles du jeu. Nous aurons les représentants que nous méritons. Cette course aux postes pour leur intérêts personnels ne s’arrêtera pas là, on imagine aisément qu’un certain nombre de députés LR et PS fraîchement élus vont s’empresser de rejoindre Macron. Nous allons avoir la plus étonnante des représentations nationales, une sorte de caricature de l’art d’éliminer les ouvriers, les employés, les vieux, les pas beaux et les petites gens de la compétition républicaine. Les Institutions plus le poids du capital sur l’uniformité médiatique crée un nouveau suffrage censitaire et son mépris de classe pour tous ceux qui à cinquante ans auront raté leur vie pour ne pas être en mesure de s’acheter une rolex… Et leur faire payer mesures après mesures, ordonnances après ordonnances, lois après lois, l’enrichissement des vainqueurs.

 

Ce sera ça la légalité donc la légitimité. La seule chance que nous avons de la leur contester est de prouver leur caractère minoritaire non dans les mots, mais dans les actes, dans la perspective politique que nous serons capables de tracer pour rassembler cette majorité désormais inerte, désunie, écœurée et qui en l’état n’est plus que refus. Là encore, il faut réfléchir un minimum à la cohérence, soit on se situe dans une élection dont on accepte les règles, on agite des petits drapeaux bleu, blanc et rouge, on revendique le consensus républicain et on prétend prendre la place du PS, tout en se proclamant insoumis, ce qu ne mange pas de pain, à ce moment là, il faut tenir des élections telles qu’elles sont et envisager les alliances indispensables. Soit on sort les drapeaux rouges, on va s’emparer des armes à la forteresse Pierre et Paul et on prend d’assaut le palais d’Hiver, la majorité est celle des masses et non des urnes. J’ajouterai que cela exige également un parti discipliné capable de chevaucher les masses en situation insurrectionnelle, d’en prendre la tête partout dans leurs assauts comme dans la création des soviets. Quelques échappés de Solferino et des groupuscules gauchistes n’y suffisent pas.  Il y a des radicalités qui interrogent du point de vue stratégique. On peut tabler comme l’envisageait le PCF du temps de Georges Marchais sur une articulation des deux moments, celui des urnes et celui des luttes, mais cela exige une mise en cohérence sans faille dans le rassemblement et la définition de ses buts. C’est une voie abominablement difficile et qui n’a pas encore fait ses preuves.

 

Certes vous me direz que certains théoriciens de Podemos ont tablé sur la violence du rejet et sur la possibilité donc de prendre à la source ce rejet, y compris en matière électorale, mais quand il s’agit d’utiliser la désorganisation des masses, la capital sera toujours plus rapide que nous. Et Macron vint, pour ne changer rien en paraissant tout changer… Podemos en revient et reconsidère les alliances communistes.

 

UN PAS TARDIF VERS LA COHERENCE STRATEGIQUE

 

Ce matin aux aurores, selon mon habitude, je découvre que la porte-parole de la France Insoumise appelle à voter pour les candidats communistes et ceux des socialistes qui ont voté contre la loi travail, c’est la voix de la sagesse parce qu’ils se sont enfin rendu compte de l’évidence: sans alliés, non seulement ils ne créeront pas à eux tout seuls une majorité présidentielle concurrente de celle de Macron, mais ils ne pourront même pas franchir le second tour et donc avoir un groupe à l’Assemblée nationale. Dans un article récent, j’avais souligné que quelque soit l’art de prendre sa vessie pour une lanterne, Mélenchon et ses lieutenants ne pouvaient pas imaginer atteindre le but proclamé, ils privilégiaient donc la destruction des partis traditionnels pour achever sur les ruines d’inscrire leur propre parti. Quitte à ce que disparaisse pour un temps déterminé et peut-être pour toujours toutes solution de gauche de la représentativité parlementaire et celle des élections qui suivront. En aidant le pays à aller vers une solution à l’américaine où une sorte d’anarchie impuissante à l’italienne.

 

IL N’Y A PAS QUE LES INSOUMIS QUI DOIVENT REPENSER LEUR COHERENCE STRATEGIQUE

 

Entendons nous bien, Mélenchon et le dégagisme de son équipe ne sont pas seuls en cause et les partis de gauche traditionnels y compris le parti communiste ont largement contribué à ce qu’il en soit ainsi. Il n’y aura pas d’espoir de survie pour eux sans un examen profond de leurs responsabilités en la matière.

 

Il semble qu’une vision réaliste des conditions des élections législatives ait donc ramené à la raison les dirigeants de la France insoumise, mieux vaut tard que jamais, mais que de temps perdu, l’élan brisé et les risques de voir l’électorat se détourner de cette proposition de sagesse qui a si longtemps été piétinée comme une « manœuvre d’appareil. » Que l’on se rassure, là encore s’il va être difficile de pousser dans cette voix ceux qui se sont reconnus dans les insoumis, cela va être pire pour les socialistes, et pour les communistes. J’en parle en connaissance de cause en ayant un haut le coeur à l’idée de voter non seulement pour ceux avec lesquels je n’ai cessé de ferrailler ces derniers temps, mais plus encore peut-être pour des communistes qui se sont ralliés à eux et qui pour moi sont désormais tout sauf des communistes.

 

Il n’y a pas d’autre solution, il faut pour s’en convaincre simplement considérer ce qui nous attend et la nécessité d’ériger en tous lieux des barricades institutionnelles contre l’assaut macronien, ce capitalisme décomplexé.

 

Une des leçons à tirer de toute cette histoire de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf ou le peuple qui prétend être plus fort que le capital dans la désunion, c’est que tout cela n’a aucun sens, ni les « alliés » que l’on combat et que l’on veut mettre à genoux, et faire passer sous les fourches caudines d’une illusoire puissance, ni le « dégagisme » qui laisse un pays, une classe ouvrière, des salariés, des anciens, une jeunesse désemparés.

 

A méditer pour se reprendre, c’était prévu et prévisible non seulement au vu de cette campagne invraisemblable mais quand l’on part à la bataille sans stratégie et en ne cessant de désorienter ses propres troupes, et là je ne parle pas de Mélenchon et de la France insoumise.

 

Certains parmi les plus anciens des communistes se souviendront sans doute de cette phrase que nous répétions moitié convaincus, moitié goguenards : « quand la ligne est tracée, les cadres et l’organisation font tout » (en fait le terme exact était « décident de tout », mais la traduction du russe n’est pas la bonne, la phrase originale  insiste sur le faire). Nous n’avons plus de ligne ou celle-ci n’est plus qu’une suite de segments erratiques brisés, plus de cadres et plus d’organisation. Une autre connaissance que nous avions dans notre besace était qu’en matière d’élections il ne fallait jamais changer de ligne dans le parcours parce que nous perdions alors sur tous les bords à la fois.

 

Danielle Bleitrach

Deux ou trois idées pour poser les débats

 

Publié le 12 Juin 2017

Le paysage : 

la droite a un projet

Macron est la partie avancée

de la droite en 2017. 

Deux ou trois idées pour poser les débats

 

Que le capital se donne les moyens pour défendre ses intérêts est dans la nature des choses. Lui reprocher d'avoir gagné les élections qu'avec des institutions à sa main il sait organiser est inutile.

 

Ce qu'il faut voir c'est pourquoi minoritaire en nombre la droite peut se renforcer en influence politique au point de laminer le courant progressiste.

 

Face au capital, aucun projet hormis un programme qui ne l'attaque pas.

 

Rien pour contrer la droite qui déploie le sien sans contrainte.

 

Conséquence ; une abstention massive dans les milieux populaires (qui n'ont pas voté f'haine -7% des inscrits à comparer aux 51% d'abstention sans compter les B&N - nous y reviendrons)

 

Les raisons de ce paysage ne sont-elles pas essentiellement à chercher là ?

 

Commençons par ce qui pourrait être un gag. 

 

Un extrait savoureux de l'édito de l'huma de ce jour ou comment jouer les extra lucides en puisant dans le grimoire des vieilles recettes :

 

"...Le PS aujourd’hui a pratiquement tout perdu, entraînant une large partie des électeurs de gauche dans sa chute et les menant au désarroi. Dans ces conditions, les scores de la France Insoumise et du PCF, si les tensions apparues dans la dernière période entre les deux peuvent être surmontées, constituent probablement un socle pour reconstruire à gauche une force nouvelle et constituer à l’assemblée un groupe d’opposition..."

 

Rien dans l'article sur le processus politique qui a conduit à la pourtant résistible ascension de Touthenmakron.

 

Les mots "finance" "capital" "salariés", "social", "crise", dans l'édito l'Humanité du lendemain d'un tel événement sont absents de la réflexion, juste la calculette à strapontin.

 

Si tous le monde s'accorde à dire qu'il y a une dimension médiatique et donc idéologique à la marche triomphale de la macroncratie, cet édito est en soit une partie de l'explication du paysage. 

 

Autre espace de réflexion brièvement abordé plus haut, le niveau, la nature et les lieux d'implantation du vote f'haine :

 

7% des inscrits  ont confirmé le choix de la haine et de la violence politique. Attention d'autres forces ont drainé une part du score (le vote utile à droite) mais avec ce niveau, l'image de "premier parti de France", premier parti populaire est plus que sérieusement écornée. Seule une pratique de masse sur des valeurs progressistes pourra le submerger définitivement mais déjà le champ du combat est mesurable. 

 

Troisième idée : avec des complicités actives de l'intérieur, la social démocratie a réussi son objectif défini dès décembre 1920 : faire la peau au courant révolutionnaire dans notre pays.

 

Blum, Mollet, Roccard, Mitterdand agissant pour cela en permanence, puis ceux-là passés, cela a été le rôle dédié à la pépinière trotskiste choyée par les précédents (voir le rôle de l'UNEF dans le mécano politique) et depuis Jospin portée à la tête de la social démocratie.

 

Un courant historiquement présent dans sa façon de mener l'action dès les grandes heures de la SFIO, consolidé en 1972 avec l'avènement d'un PS.  courant présenté alors comme extérieur aux premiers ou prétendant montrer une rupture d'avec la SFIO à l'image de Mélenchon ... dès 1985.

 

Toute cette alchimie politicarde distillée avec l'aide en interne dans la direction du P"c"F autour de l'ANECR tenue par R Hue lui même en laisse d'abord par Mitterrand puis ses succésseurs par l'accès aux mandats permettant de manger.

 

Dans cette direction, tous n'étaient pas forcément compromis mais pour ne pas avoir voulu mesurer les transformations liées à l'élévation globale du niveau des forces productive de la société française, s'être arc-bouté sur un schéma électoraliste de la prise de pouvoir, le PCF a déserté le monde du travail, sa base sociale, a fourni les armes à ceux qui travaillent à sa destruction, a gardé à sa tête les complices internes de ceux qui ne visent que celle-ci et  donc ne pouvait que donner ce résultats. 

 

L'opération Melenchon FI vient en point d'orgue de ce parcours.

 

Mais au bilan il ne suffit pas d'être insoumis pour être insurgé.

 

Dans l'histoire du mouvement social français, à partir du même rejet du pouvoir en place, le plus souvent alors que les insurgés combattaient , les insoumis désertaient.

 

Les mots ayant un sens et l'histoire pesant dans ces définitions, le choix des mots reliés au constat ci dessus expliquent bien des choses.

 

Cela conduit à ce qui ne peut être qu'une étape et pas une conclusion, et dans des termes familiers aux lecteurs de Canaille le rouge, ce dont il s'agit, c'est de s'attaquer au capital dont sa représentation politique, mais d'identifier ce capital dans tous ses espaces de nuisances et pas seulement que dans cet espace politique dont les enceintes parlementaires dédiées.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Plus de 50% de lucides

 

Publié le 11 Juin 2017
51% d'abstentionsans à ce moment
comptabliser les votes blancs ou nuls
La conscience politique
progresse de nouveau
dans notre pays
 
mis en ligne le 11 juin 22017 à 22h00
 
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Peut-être, souhaitons-le, que ce moment va permettre à ceux qui se réfèrent toujours à la primauté du mouvement populaire de voir à quoi et où conduit le fait de ne garder que la stratégie électorale sans la conforter et l'adosser à une pratique de luttes sociales pour construire la transformation.
 
Pas de sortie de l'impasse sans cette indispensable réflexion.
 
Cette question, au soir de ce premier tour, même si les réponses ne sont pas encore largement en débat, est en train de s'afficher au premier plan des préoccupations de ceux qui ne veulent pas s'inscrire dans la régression ou la gestion de la crise.
 
La difficulté, maintenant, c'est de convaincre ceux qui pensent disposer d'un arsenal de réponses (et Canaille le Rouge est aussi à mettre parmi ceux là) que celles-ci ne seront pertinentes et efficaces que si elles ne sont pas élaborées par un cénacle d'experts plus ou moins auto-proclamés mais pensées et construites par ceux là et celles là  même qui doivent agir et convaincre pour construire cette alternative.
 
Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Avec 51,33% d'abstention et 1,87% de blancs et nuls, le pouvoir ultra-réactionnaire est d'ores et déjà censuré par les citoyens

Les médias de la pensée unique, celle du grand capital, ont beau glorifier les 32% de suffrages obtenus par les candidats du nouveau pouvoir, celui-ci reste minoritaire dans l'opinion publique. Ce n'est pas à l'Elysée, ce n'est pas à Matignon et encore moins à l'Assemblée nationale que le peuple obtiendra satisfaction pour une politique de progrès et de justice sociale.

Et quel déni de démocratie que la composition de la prochaine Assemblée nationale: avec 32% des voix, le parti d'Emmanuel Macron va obtenir une ultra-majorité absolue de plus de 400 députés sur 577 sièges à pourvoir. La mauvaise 5e République ne cesse de mourir, mais les hors-sol de la politique politicienne la maintiennent en vie pour les plus grands profits des forces de l'argent.

Et il n'en reste pas moins que les droites et leur extrême ont obtenu une majorité de suffrages: Macronistes:  32%; Droite: 21,2%; Extrême droite: 13,9%. Si l'on y ajoute les futurs députés étiquetés socialistes, tout en étant soutenus par le pouvoir réactionnaire, genre Manuel Valls,..

A gauche de la drauche, la France insoumise ne retrouve pas le score obtenu par Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. Il n'est pas de sauveur suprême. Le Pcf de Pierre Laurent obtient 3,3% des suffrages avec sa politique politicienne: un coup je te vois Mélenchon, un coup je te renie Mélenchon, etc, etc. En 1924, le Parti communiste, fondé en décembre 1920, obtenait 9,82% à la première élection législative où il participait dans la France entière et 26 députés. L'Humanité en espère 2 à 3 lors du deuxième tour de dimanche prochain.

En sa Une de ce jour, le journal titre: "La gauche doit se rassembler dimanche prochain. "

Mais quelle gauche? Celle de la gauche plurielle avec Lionel Jospin premier ministre socialiste et des ministres communistes pour faire une politique de droite? Celle d'une union avec des candidats socialistes du Parti socialiste au pouvoir depuis 2012? Celle de l'ex-Front de gauche dont ne se réclame que le seul Pcf?

Oui, une nouvelle mobilisation d'ampleur est indispensable. Mais c'est dans la cité et dans les entreprises, à l'école et dans les campagnes, sur un programme anti-capitaliste et non avec des tactiques politiciennes qu'elle doit se former. Pour des lendemains qui chantent. Vraiment.

Jean-Paul Marat, assassiné à Paris le 13 juillet 1793, écrivait:"Qu'aurons-nous gagné à détruire l'aristocratie des nobles si elle est remplacée par celle des riches?"

Avec 51,33% d'abstention et 1,87% de blancs et nuls, le pouvoir ultra-réactionnaire est d'ores et déjà censuré par les citoyens

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Paul Eluard, Karl Marx et Antoine de Saint-Exupéry pour réfléchir... peut-être...

I

Beau monde des masures
De la nuit et des champs

II

Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups

III

Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple

IV

La mort cœur renversé

V

Ils vous ont fait payer le pain
Le ciel la terre l'eau le sommeil
Et la misère
De votre vie

VI

Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s'accablaient de politesses

VII

Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

VIII

Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs

IX

Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent

X

Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang

XI

La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile

XII

Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché

XIII

Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l'espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir

XIV

Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.

Paul Eluard La victoire de Guernica Cours naturel. 1938. 
 
"Un roi n'est roi parce que d'autres hommes se considèrent comme ses sujet et agissent comme tels". 
 
Karl Marx Le Capital. 1867.
Paul Eluard, Karl Marx et Antoine de Saint-Exupéry pour réfléchir... peut-être...
09 juin 2017

Elections, vers la réhabilitation des maîtres de droit divin?

"Le scrutin législatif, nous dit Habib Abba-Sidick, doit être en adéquation avec les pronostics des instituts d’études. Dans ces conditions, il n’est nullement besoin de se hâter, chaque chose surviendra après les législatives et vous maudirez le jour où vous avez célébré ce président que le monde nous envie.Vos illusions seront dissoutes par la brutalité de la réalité, vos droits auront été remisés aux cabinets des curiosités, aucun ouvrage ne vous en relatera la teneur, car tout doit disparaître, l’ordre facho-libéral n’accepte aucune rivalité excepté celle des fabliaux berçant les peuples médusés par les artifices de la juvénilité dissimulant son empressement à vous tourmenter. Ce gouvernement s’apprête à réhabiliter les maîtres de droit divin, vous subirez non pas la loi mais leurs lois. Chaque entreprise aura sa gouvernance régentée par son propriétaire et elle vous sera appliquée..."

Reprenons la lecture des prédictions de Habib Abba-Sidick...

Michel Peyret


La séduction des prédateurs

Par Habib ABBA-SIDICK

Par Colère et Espoir60 le 8 juin 2017, 14:12

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Le président de la république peut être satisfait, les haruspices lui prédisent une large majorité, la désagrégation du code du travail que son programme préconise est déjà largement accomplie et fort opportunément Daesch s’est manifestée à quelques jours du scrutin, permettant fort obligeamment de détourner l’attention des électeurs lesquels avaient eu accès à quelques bribes, peu enclines à entretenir un devenir plus engageant qu’à l’accoutumé, des conséquences de la mouture gouvernementale du code du travail.

Les " spins doctors " de l’entourage du président de la république, avec quelques précautions en pareil usage, nous ont informé que les récentes publications divulguant les lignes de désespérance du prochain code du travail, revisité par la commission européenne depuis plusieurs années, n’avaient que peu de rapport avec celles que présentera l’occupant de l’Élysée, après que ce merveilleux peuple en béatitude l’ait plébiscité.

Aucune raison de s’alarmer, les organisations syndicales recevront l’ensemble des propositions, elles auront même la possibilité de les amender. Le maniement des ordonnances est un processus normal en démocratie, elles sont mêmes approuvées par la constitution. Nous sommes en pleine licité.

Le scrutin législatif doit être en adéquation avec les pronostics des instituts d’études. Dans ces conditions, il n’est nullement besoin de se hâter, chaque chose surviendra après les législatives et vous maudirez le jour où vous avez célébré ce président que le monde nous envie.

Vos illusions seront dissoutes par la brutalité de la réalité, vos droits auront été remisés aux cabinets des curiosités, aucun ouvrage ne vous en relatera la teneur, car tout doit disparaître, l’ordre facho-libéral n’accepte aucune rivalité excepté celle des fabliaux berçant les peuples médusés par les artifices de la juvénilité dissimulant son empressement à vous tourmenter.

Ce gouvernement s’apprête à réhabiliter les maîtres de droit divin, vous subirez non pas la loi mais leurs lois. Chaque entreprise aura sa gouvernance régentée par son propriétaire et elle vous sera appliquée.

Pourtant, nous vous avertissions du péril, évidemment il était difficile de se soustraire aux risettes de celui que vous aduliez, vous ne pouviez pas vous en éloigner tans votre proximité vous ramenez à sa personne que vos médias préférés vous suggérez et puis les histoires sont toujours peuplées de vils personnages et celle-ci en exhibait une, comme à chaque fois elle se mit à vociférer, à s’appesantir sur la férocité d’antan parée et bottée et se déplaçant au pas cadencé. Vous ne pouviez que succomber à cette envoûtante séduction, car même nos vaillants défenseurs de " la veuve et de l’orphelin " vous le susurraient.

Le 18 juin 2017, vous parviendrez au terme de cette aventure, une autre lui succédera, sûrement différente, selon que le charme opérera encore ou que vous l’aurez dissipé en l’éconduisant.

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Posté par Michel Peyret
09 juin 2017

Vers une vraie révolution – libérale – de notre droit du travail ?

"Issus, nous dit l'article de Libération, de la Direction générale du travail et datés du 31 mai, ces trois textes listent, au moins pour le plus important d’entre eux, les «réformes demandées par le cabinet», sous-entendu celui de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et sur lesquelles l’administration doit plancher. Il ne s’agit donc que de pistes. Et rien n’indique que le gouvernement, à l’issue de la période de concertation avec les partenaires sociaux, retiendra l’ensemble de ces orientations. Reste que ces textes en disent long sur les intentions de la nouvelle majorité. Et contredisent quelque peu le Premier ministre qui, mardi, affirmait n’avoir «trompé personne sur le champ des discussions que nous voulons mener». Tour de table des mesures qui, si elles sont réellement mises en œuvre, conduiraient à une vraie révolution - libérale- de notre droit du travail..."

Reprenons l'article de Libération...

Michel Peyret


Info Libé

Code du travail : ce que prépare vraiment le gouvernement

 

Par Luc Peillon et Alexia Eychenne — 6 juin 2017 à 21:06

Edouard Philippe à Matignon, mardi.
Edouard Philippe à Matignon, mardi. Photo Laurent Troude pour Libération

 

«Libération» s’est procuré des documents du ministère du Travail qui détaillent les pistes auxquelles l’exécutif réfléchit. Bien plus inquiétant que la présentation livrée par le gouvernement mardi.

  • Code du travail : ce que prépare vraiment le gouvernement

Vous avez détesté - ou aimé - la loi travail ? Vous allez haïr - ou adorer - sa petite sœur. Alors que le gouvernement a présenté, mardi, les lignes très générales de la future réforme du code du travail (lire par ailleurs), Libérations’est procuré des documents qui détaillent les projets de l’exécutif sur le sujet. Et c’est peu dire que la loi El Khomri, en comparaison, paraîtra bien fade aux acteurs du dossier.

Issus de la Direction générale du travail et datés du 31 mai, ces trois textes listent, au moins pour le plus important d’entre eux, les «réformes demandées par le cabinet», sous-entendu celui de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et sur lesquelles l’administration doit plancher. Il ne s’agit donc que de pistes. Et rien n’indique que le gouvernement, à l’issue de la période de concertation avec les partenaires sociaux, retiendra l’ensemble de ces orientations. Reste que ces textes en disent long sur les intentions de la nouvelle majorité. Et contredisent quelque peu le Premier ministre qui, mardi, affirmait n’avoir «trompé personne sur le champ des discussions que nous voulons mener». Tour de table des mesures qui, si elles sont réellement mises en œuvre, conduiraient à une vraie révolution - libérale- de notre droit du travail.

Négociation du motif du licenciement, des indemnités…

Depuis la loi El Khomri, une entreprise peut déjà enclencher des licenciements économiques dès lors que ses commandes ou son chiffre d’affaires commencent à piquer du nez. Seule exigence, temporelle : cette baisse doit être observable sur un trimestre pour une entreprise de moins de 11 salariés, jusqu’à quatre trimestres consécutifs pour les plus de 300. Le juge n’a plus le pouvoir de jauger le motif économique, mais ce dernier reste encadré par la loi.

La proposition du gouvernement irait donc encore plus loin. Et concrétiserait un vieux rêve du patronat : pouvoir négocier, en amont, et à l’échelle de l’entreprise, le motif du licenciement. Et là, tout devient possible : prévoir d’autres critères, encore moins exigeants, que ceux prévus par la loi El Khomri, mais aussi en inventer de nouveaux. Et les personnaliser au niveau de la boîte. En définissant, par exemple, un niveau de ventes pour les commerciaux ou de production pour les ouvriers. En cas de non-respect de ces objectifs, le licenciement deviendrait alors automatique, et sans possibilité de recours. De la même manière, pourraient être négociés le niveau des indemnités légales de licenciement (et non pas prud’homales, accordées par le juge en cas de licenciement illicite, lire page 5), la durée de la période d’essai, le préavis et les congés familiaux.

Négociation des critères encadrant le recours aux CDD

Pour les CDD, seraient aussi négociables, au niveau de l’entreprise, le motif du recours à ce type de contrat, leur durée maximale, le nombre de renouvellements, la période de carence, les cas de rupture… Un vrai open-bar pour les employeurs.

Recentrage de l’accord de branche sur quelques domaines

Les accords de branche ne primeraient plus que dans un nombre restreint de domaines : la mutualisation des fonds professionnels, les minima salariaux, les classifications, la prévoyance, l’égalité professionnelle et «éventuellement la pénibilité en fonction de la solution d’atterrissage à inventer dans les jours ou semaines qui viennent»,dit le document. 

Même les secteurs «exhaustivement énumérés où une branche aurait la possibilité de verrouiller, mais à la majorité qualifiée [le document cite en exemple la période d’essai, le préavis, les indemnités de licenciement, ndlr], un accord d’entreprise pourrait malgré tout déroger». Dans «tous les autres domaines du code du travail», l’accord d’entreprise prime sur la branche.

Primauté de l’accord d’entreprise sur le contrat de travail

Aujourd’hui, à l’exception de quelques situations précises, les modifications du contrat de travail découlant d’un accord d’entreprise doivent être acceptées par le salarié, qui doit signer un avenant à son contrat. Le gouvernement propose d’y mettre fin, en prévoyant «un principe général de primauté de l’accord d’entreprise sur le contrat de travail».

Un référendum organisé par l’employeur, même sans accord minoritaire

Pendant la campagne, Emmanuel Macron n’avait pas caché sa volonté d’étendre à l’employeur la possibilité de soumettre au vote des salariés un accord signé par des syndicats représentants au moins 30 % des voix aux élections professionnelles. Seules les organisations syndicales ont aujourd’hui la possibilité de déclencher ce référendum, instauré par la loi travail. Elles négocient avec la direction la question posée et l’organisation du scrutin.

Cette fois, le gouvernement veut aller bien plus loin. Un patron pourrait solliciter un référendum si «un accord a été soumis à la négociation, mais n’a pas été conclu». Autrement dit, sans le soutien d’aucun syndicat. Seul garde-fou : un contrôle purement formel des Direccte, les services déconcentrés du ministère du Travail, sur la procédure. En cas d’avis favorable, l’employeur aurait les mains libres pour lancer le vote.

Un barème obligatoire des indemnités en cas de licenciement abusif

Le plafonnement des dommages et intérêts versés par les prud’hommes aux salariés en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse est, on le sait, au programme (lire page 5). Les seuils envisagés par le nouveau gouvernement ne sont pas encore connus. Mais le cabinet de Muriel Pénicaud se dit déjà prêt à baisser le plancher de six mois de salaire, octroyé aujourd’hui aux salariés de plus de deux ans d’ancienneté injustement licenciés par des entreprises de plus de 11 salariés.

Un nouveau périmètre du licenciement économique

La redéfinition du périmètre géographique pris en compte en matière de licenciement économique revient sur la table. Figure dans le document de la Direction générale du travail une réforme du «périmètre d’appréciation des difficultés économiques» à l’échelle nationale lorsque l’entreprise appartient à un groupe mondial.

Concrètement, une entreprise pourrait réduire ses effectifs dans sa filiale française malgré des résultats florissants à l’échelle internationale. Cette possibilité figurait dans une première version de la loi travail, avant que le gouvernement ne fasse marche arrière sous la pression des syndicats (CFDT comprise) et des frondeurs socialistes.

Un délai réduit pour saisir les prud’hommes

La rue de Grenelle souhaite aussi réduire les délais de recours devant les prud’hommes des salariés licenciés pour motif économique. Ils disposent aujourd’hui de douze mois pour saisir la justice s’ils considèrent, par exemple, que leur employeur n’est pas en difficulté ou qu’un plan de sauvegarde de l’emploi aurait dû être mis en place. Le cabinet suggère de réduire ce délai à deux mois seulement.

Un seuil de déclenchement du PSE revu à la hausse

Une entreprise de plus de 50 salariés a l’obligation de mettre en place un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) lorsqu’il envisage de licencier au moins 10 salariés dans une période de 30 jours. Le cabinet de la ministre réfléchit à «augmenter le seuil de déclenchement du PSE». Les entreprises auraient ainsi la possibilité de licencier un plus grand nombre de salariés pour motif économique dans une courte période, tout en s’affranchissant des contraintes d’un PSE : obligation de reclassement, formation, éventuelles primes de départ volontaire…

La procédure de reclassement serait par ailleurs très allégée. Aujourd’hui, l’entreprise doit proposer à chaque salarié des propositions de poste adaptées à son profil et à ses compétences. Il ne peut pas se contenter d’informer collectivement tous les employés. Le cabinet de Muriel Pénicaud envisage que l’employeur n’ait plus qu’à «proposer une seule fois à tous les salariés toutes les offres disponibles», par exemple en les publiant sur l’intranet de l’entreprise. A charge alors pour chaque salarié de «se positionner». 

Luc Peillon Alexia Eychenne 

 
Posté par Michel Peyret

08 juin 2017

Saïd Bouamama, En finir avec le capitalisme par les élections ?

 

"Si l’action de l’idéologie dominante, nous dit Saïd Bouamama, décuplée par la puissance de feu des médias de masse est pour l’instant suffisante pour empêcher l’émergence d’une offensive des dominés, elle est cependant insuffisante pour produire une adhésion au système social, à ses prétendus « valeurs », à ses modes de gestion politique. Nous sommes bien en présence d’une crise de l’hégémonie culturelle des classes dominantes, une partie grandissante de notre société ne se reconnaissant plus dans le « consensus » proposé. C’est à notre sens dans ce rejet direct ou indirect du consensus idéologique dominant qu’il faut rechercher les causes de l’abstention de fractions entières des classes populaires : les jeunes, les citoyens issus de l’immigration, les plus paupérisées des classes populaires blanches.Gramsci soulignait en son temps que la domination reposait sur deux piliers. Le premier est celui de la force qui agit dans la « société politique » (avec ses institutions : l’armée, la police, la justice). Le second est le consentement qui agit dans la « société civile » (avec ses institutions que sont l’école, les médias et tous les autres appareils idéologiques d’Etat au sens d’Althusser)..."

 

Reprenons les réflexions de Saïd Bouamama...

 

Michel Peyret


Le discours des « valeurs de la république » : un nouveau masque de l’idéologie dominante

 

Investig’Action vous invite à (re)lire cet article en lien avec l’actualité.


« Crise du civisme » disent certains « chroniqueurs », carence de transmission des « valeurs de la république » répondent en écho des ministres, nécessité urgente d’une reprise en main « citoyenne » de la jeunesse concluent-ils en chœur.

 

Avec un taux d’abstention s’élevant à 50, 02 % au niveau national lors du second tour des départementales (il était déjà de 49, 83 % lors du premier tour), la France est devenue une « démocratie de l’abstention (1)».

 

Le profil des abstentionnistes est tout autant significatif : 73 % pour les 18-24 ans et 59% chez les 25-34 ans, 58 % pour les employés, 53 % pour les ouvriers (2). « Crise du civisme » disent certains « chroniqueurs », carence de transmission des « valeurs de la république » répondent en écho des ministres, nécessité urgente d’une reprise en main « citoyenne » de la jeunesse concluent-ils en chœur.

 

Une nouvelle fois les explications sont idéalistes c’est-à-dire qu’elles évacuent les bases matérielles du comportement des citoyens et de la jeunesse.

 

Revenir à une approche matérialiste

 

L’idéalisme est cette approche philosophique qui explique les comportements humains à partir des idées, de « l’esprit », des représentations, des « valeurs ».

Il a comme avantage pour les classes dominantes d’occulter les bases matérielles des comportements humains c’est-à-dire pour notre sujet les injustices, les inégalités sociales, les discriminations sexistes et racistes. Revenir à une approche matérialiste c’est-à-dire expliquer les « idées », les « représentations » et les « valeurs » à partir des faits matériels est donc une nécessité pour comprendre et transformer le monde.

 

Or dans ce domaine de nombreux faits éclairent l’abstention des classes populaires et plus particulièrement de ses jeunesses. Citons quelques exemples : plus de la moitié des personnes pauvres ont moins de 30 ans (4), plus d’un tiers des 15- 29 ans occupe un emploi précaire (3), 23, 7 % des jeunes est au chômage fin 2014 contre 9,9 % pour l’ensemble des actifs (5), etc.

 

La dégradation des conditions matérielles est telle que les associations caritatives tirent depuis plusieurs années la sonnette d’alarme :« plus d’un jeune sur 5 est concerné […] », « ils sont aujourd’hui les plus touchés par la pauvreté, bien plus que les personnes âgées », « les 18-25 ans représentent 12 % des bénéficiaires de l’aide » rappelle le Secours Catholique (6).

 

Inutile de préciser que si ces jeunes sont issus de l’immigration ces chiffres doivent encore être augmentés :« Une étude de France Stratégie (le Commissariat général à la stratégie et à la prospective) publiée hier dresse un bilan bien sombre de la politique d’intégration en France. Intitulée Jeunes issus de l’immigration : quels obstacles à leur insertion économique ?, cette étude livre des résultats qui, s’ils ne sont pas surprenants, sont néanmoins inquiétants. Dans tous les domaines – éducation, logement, emploi, citoyenneté, santé… – les jeunes issus de familles immigrées, et singulièrement africaines et maghrébines, sont moins, voire beaucoup moins bien placés que des jeunes « sans ascendance migratoire directe (7)».

 

C’est dans ce contexte matériel que se forgent les rapports au monde, les idées, les désirs, les sentiments, etc., des nouvelles générations. Nul besoin d’invoquer un « esprit » ou des « valeurs » supposées en crise de transmission pour comprendre les effets de subjectivité d’une telle dégradation des conditions d’existence. Les jeunesses sont tout à la fois dans un rapport pessimiste à l’avenir et dans une colère sociale massive.

 

Une enquête d’opinion intitulée « Génération Quoi ? » réalisée par sondage avec un échantillon de 210 000 répondants de 18 à 35 ans résume cette subjectivité des jeunesses comme suit : 61 % des interrogés se déclarent prêt à participer « à un mouvement de révolte type Mai 68 demain ou dans les prochains mois » (66% des intérimaires, 63% des chômeurs, 60% des étudiants et même 54% des CDI) (8).

 

De nombreux manifestants sont, à l’évidence, beaucoup plus matérialistes que nos « chroniqueurs » et ministres en criant le slogan: « qui sème la misère, récolte la colère ».

 

Explosion, implosion et séparation sociale et politique

 

Il ne suffit pas que les bases matérielles d’une révolte existent pour que celle-ci devienne réalité. La possibilité ne signifie pas automatiquement l’effectivité. Les mêmes conditions matérielles peuvent s’exprimer sous la forme de l’explosion sociale comme en novembre 2005 mais également sous celle de l’implosion c’est-à-dire de la violence retournée contre soi ou dans les rapports sociaux de proximité comme nous le constatons quotidiennement dans nos quartiers populaires.

 

Elles peuvent également conduire à des comportements nihilistes dans une recherche éperdue d’un sens à une existence devenue insupportable. Elles peuvent enfin se traduire par un séparatisme social et politique consistant à « bricoler » son existence sans tenir compte de la société officielle.

 

Il est inutile de rechercher une quelconque homogénéité de comportements en réaction à ces conditions d’existence destructrices. Chacun s’oriente dans telle ou telle direction en fonction de sa trajectoire, des ressources relationnelles qu’elle contient ou non, des offres de canal d’expression de la colère qu’elle croise sur son chemin ou non, de la densité de ses liens sociaux ou de son degré d’isolement, etc.

 

L’idéologie dominante s’attache par l’outil des médias de masses à séparer les différentes formes d’expression des mêmes causalités. Elle s’évertue à proposer des causalités individuelles et/ou culturelles en lieu et place des explications sociales et économiques c’est-à-dire à diffuser des grilles idéalistes de lecture. Elle s’efforce de masquer l’historicité de ces différentes formes afin de les faire apparaître comme des surgissements imprévisibles, inattendues, voir inexplicables rationnellement.

 

Elle nous habitue à inverser l’ordre des causes et des conséquences et ce faisant à construire les victimes de l’inégalité sociale comme des coupables. Elle diffuse de la peur pour unir ceux qui devraient être divisés (les dominants et les dominés blancs et assimilés) et diviser ceux qui devraient être unis (les salariés et les chômeurs, les jeunes et les moins jeunes, les français et les immigrés, les sans-papiers et les autres, les musulmans et les autres, les Rroms et les autres, etc.).

 

Elle diffuse des débats écrans visant à voiler la réalité et à imposer un autre agenda des priorités que celui qui émerge de la vie quotidienne concrète.

 

Si l’action de l’idéologie dominante décuplée par la puissance de feu des médias de masse est pour l’instant suffisante pour empêcher l’émergence d’une offensive des dominés, elle est cependant insuffisante pour produire une adhésion au système social, à ses prétendus « valeurs », à ses modes de gestion politique.

 

Nous sommes bien en présence d’une crise de l’hégémonie culturelle des classes dominantes, une partie grandissante de notre société ne se reconnaissant plus dans le « consensus » proposé. C’est à notre sens dans ce rejet direct ou indirect du consensus idéologique dominant qu’il faut rechercher les causes de l’abstention de fractions entières des classes populaires : les jeunes, les citoyens issus de l’immigration, les plus paupérisées des classes populaires blanches.

 

Gramsci soulignait en son temps que la domination reposait sur deux piliers. Le premier est celui de la force qui agit dans la « société politique » (avec ses institutions : l’armée, la police, la justice). Le second est le consentement qui agit dans la « société civile » (avec ses institutions que sont l’école, les médias et tous les autres appareils idéologiques d’Etat au sens d’Althusser).

 

C’est ce second pilier qui est aujourd’hui en crise. Par la révolte ou par le séparatisme social, une partie importante de notre société tend à échapper aux processus de légitimation de l’ordre social. Le besoin de produire de nouveaux processus d’intériorisation de la domination est grandissant pour la classe dominante.

 

Les « valeurs de la république », la « laïcité », « l’instruction civique et morale », etc., sont autant de tentatives visant à retrouver un consentement minimum des dominés.

 

Du « Je suis Charlie » aux « valeurs de la République »

 

Si le « je suis Charlie » s’est conjoncturellement traduit par un « esprit du 11 janvier » qu’il s’agissait de préserver, l’outil de cette opération de sauvegarde est désormais trouvé : la défense et l’inculcation des « valeurs de la république » par les appareils idéologiques d’Etat et en premier lieu l’école. Les enseignants se voient ainsi ajouter une série de missions par la réunion interministérielle du 6 mars 2015. Le document intitulé « égalité et citoyenneté : la République en actes» (9) présente une série de mesures qui visent à transformer explicitement les enseignants en outils d’une nouvelle offensive idéologique.

 

Le document programme commence par un regard lucide sur la réalité :

 

« Pour une majorité de nos concitoyens, la République est devenue souvent une illusion. Etre comme assigné à son lieu de résidence ; se sentir bloqué, entravé dans ses projets ; être condamné à la précarité des petits boulots ; voir l’échec scolaire de son enfant sans pouvoir l’aider ; se dire que son propre destin est joué d’avance : voilà ce que vivent des habitants, dans des quartiers, en périphérie des grandes villes, mais aussi dans les territoires ruraux ou dans les Outre-mer.(10)» .

 

Ce premier constat permet de saisir la dernière différence entre le gouvernement Sarkozy et le gouvernement Hollande. Le premier nie la réalité. Le second la reconnaît mais sans en citer les causes. Ainsi Valls reconnaissait lors de ses vœux à la presse, le 20 janvier 2015, l’existence d’un « apartheid territorial, social, ethnique » sans en analyser les causes.

 

Ce premier constat sans causes est immédiatement complété par un second, ledit« malaise démocratique : « l’abstention toujours croissante, la crise de confiance entre les Français et leurs institutions, entre les Français et leurs élus. Il y a plus largement une crise de la représentation, qui touche tous les corps intermédiaires. (11)»

 

Ces deux constats s’ajoutent, dit le document, c’est-à-dire qu’ils sont présentés comme n’ayant aucun lien entre eux. Ne pouvant pas agir sur le premier constat du fait de ses choix économique libéraux, le gouvernement Valls-Hollande mandate les enseignants pour agir sur le second.

 

Il est ainsi demandé aux enseignants pêle-mêle de « mettre la laïcité et la transmission des valeurs républicaines au cœur de la mobilisation de l’école », de « développer la citoyenneté et la culture de l’engagement » et de « renforcer le sentiment d’appartenance à la République ». Pour ce faire, ils auront à dispenser un « nouvel enseignement moral et civique dans toutes les classes de l’école élémentaire à la classe de Terminale ».

 

Comme si cela ne suffisait pas, les enseignants auront également à « faciliter la compréhension et la célébration des rites et symboles de la République (hymne national, drapeau, devise)» et à emmener leurs élèves en mairie pour assister à des « cérémonies de naturalisation (12)».

 

Terminons en citant le « rôle et la place » de l’école que formalise le document : «L’École doit être, et sera en première ligne, avec fermeté, discernement et pédagogie, pour répondre au défi républicain, parce que c’est son identité et sa mission profonde (13)».

 

Le reste du document est tout autant questionnant mais dépasse la seule sphère de l’école : « réaffirmer la laïcité comme une valeur fondamentale de la fonction publique », « faire connaître la laïcité dans le monde de l’entreprise », etc.

 

Ces quelques citations suffisent à illustrer la volonté de faire de l’école une machine d’inculcation idéologique active de l’idéologie dominante comme au temps béni de la troisième république coloniale et guerrière. Il s’agit également de faire des enseignants des outils d’une hypocrisie appelant à la fois les nouvelles générations à croire aux « valeurs de la République » et à « avoir envie de devenir milliardaires (14)» selon le mot d’Emmanuel Macron.

 

L’inflation des discours sur les « valeurs de la république » allant de Marine Le Pen à Hollande, le consensus encore plus large sur la laïcité en danger qu’il faudrait défendre, la quasi-unanimité pour soutenir les nouvelles guerres coloniales, etc., révèlent l’illusion de combattre les effets sans s’attaquer aux causes. Il s’agit d’hypocrisie généralisée qui comme le soulignait Césaire est d’autant plus odieuse qu’elle ne trompe plus :

 

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper. (15)»

 

Si les enseignants ne sont pas en mesure de refuser cette injonction à l’endoctrinement idéologique, ils deviendront des otages instrumentalisés d’une classe dominante tentant par tous les moyens hypocrites de ressouder une hégémonie culturelle défaillante.

 

Comme le souligne un groupe d’enseignants dans Médiapart : « les élèves n’ont pas besoin comme on l’entend un peu partout d’un surcroît d’éducation civique ou cours de « fait religieux » qui ne seront qu’un inutile pansement supplémentaire sur un cadre et des programmes scolaires déjà largement inadaptés.» (16)

 

L’enjeu est de taille, compte-tenu d’une méfiance réelle déjà existante entre les classes populaires et l’institution scolaire (liée à la sélection, aux inégalités scolaires, aux orientations perçues comme discriminantes, etc.) qui s’est encore renforcée ces dernières années avec les multiples « affaires du foulard ».

 

Notes:

1) Cécile Braconnier et Jean Yves Dormagen, La démocratie de l’abstention : Aux origines de la démobilisation électorale, Folio Actuel, Paris, 2007.

2) Départementale 2015 : le taux d’abstention a atteint 50,02 %, enquête opinionway, http://www.europe1.fr/politique/departementales-c-est-parti-pour-le-second-tour-2412637, consulté le 31 mars 2015 à 10h 30.

3) La pauvreté selon l’âge, http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=1630&id_groupe=16&id_mot=107&id_rubrique=96

4) La précarité de l’emploi selon l’âge, consulté le 31 mars à 11 h 20 http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=461&id_groupe=16&id_mot=106&id_rubrique=96, consulté à 11 h 30.

5) Le chômage est en hausse en France, http://www.challenges.fr/france/20141204.CHA1089/en-france-le-chomage-est-en-hausse-a-9-9-au-troisieme-trimestre.html, consulté le 31 mars à 11 h 45.

6) Pauvreté, La galère des 18-25 ans, http://www.letelegramme.fr/ig/generales/france-monde/france/pauvrete-la-galere-des-18-25-ans-09-11-2011-1492719.php, consulté le 31 mars à 12 h 30.

7) Pierre-Yves Cusset,Hélène Garner, Mohamed Harfi, Frédéric Lainé, David Marguerit, Note d’analyse – Jeunes issus de l’immigration : quels obstacles à leur insertion économique ?, mars 2015, http://www.strategie.gouv.fr/publications/jeunes-issus-de-limmigration-obstacles-insertion-economique,

8) Génération Quoi ? les ambivalences de la jeunesse en France, Consulté le compte rendu de Zineb Dryef, http://rue89.nouvelobs.com/2013/09/12/generation-est-sacrifiee-blasee-perdue-245613, consulté le 31 mars à 13 h 30.

9) http://www.gouvernement.fr/la-solution-c-est-une-republique-en-actes-qui-agit-en-repartant-de-l-essentiel, consulté le 31 mars à 16 h.

10) Ibid, p. 5.

11) Ibid, p. 5.

12) Ibid, p. 11.

13) Ibid, p.12.

14) Interview au journal 3Les Echos » du 7 janvier 2015.

15) Aimé Césaire, discours sur le colonialisme, Présence Africaine, Paris, 1950.

16) Ce n’est pas des élèves dont nous avons peur, http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/200115/ce-nest-pas-des-eleves-que-nous-avons-peur, consulté le 31 mars à 16 h 30.

 

Illustration réalisée par [BAF.F!->http://fabienfernandes.wix.com/fabien-fernandes-art#!lenfer-du-decor/cepw]

 

Source: Investig’Action, 2/4/2015

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Posté par Michel Peyret 

Analyse comparative de l’Ukraine et de la Bulgarie par Mitko Hitov

 

09 Juin 2017

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Mitko Hitov est un économiste bulgare que nous avons rencontré au colloque de Saint Petersbourg, la qualité de sa communication que Marianne a traduit pour Histoire et sociéte lui a valu les seuls applaudissement unanimes de l’assistance. Il s’agit d’un des textes importants que nous voudrions que vous lisiez et qui devrait nous permettre une réflexion. Nous allons tout mettre en oeuvre pour le faire inviter en France dont il parle la langue. Je vous conseille en particuier d’être attentifs au rôle qu’il attribue à la querelle sino-soviétique sur le plan économique et dans la chute de l’URSS. C’est une idée que je partage et qui me fait dire que le rapport khrouchtchev est une nullité sur le plan du fond et criminel quant à ses conséquences. Ce qui je le répète une fois de plus n’implique pas chez moi une adhésion au stalinisme.  Ce texte et celui de Vladimir C publié ici me paraissent les deux plus intéressant de ce colloque.

 

(note de Danielle Bleitrach)


Une analyse comparative de ces pays d’Europe de l’Est est à l’heure actuelle tout ce qu’il y a de plus nécessaire, car dans les conditions de la crise économique mondiale qui va en s’approfondissant, ce sont deux pays qui continuent de chercher leur place dans le cadre des structures géopolitiques globales. Ce processus se déroule parallèlement dans les deux pays, avec une seule distinction, c’est qu’en Ukraine il a lieu avec un retard d’environ 15-20 ans par rapport aux mesures analogues en Bulgarie. En ce sens, l’expérience de notre pays dans ses efforts pour se trouver une nouvelle place dans le monde globalisé est extrêmement utile pour l’Ukraine.

 

Jusqu’au début des années 90, les deux pays faisaient partie de la division du  travail du système soviétique. L’Ukraine, comme la Bulgarie, développait une puissante industrie lourde, l’agriculture et le tourisme balnéaire. Environ jusqu’au début des années 90, la Bulgarie contrôlait 40% de l’industrie informatique dans le cadre du Comecon, exportait des produits pharmaceutiques, du matériel militaire, des produits de l’industrie chimique et alimentaire, développait une agriculture industrielle sur une large échelle dont elle était l’un des premiers exportateurs mondiaux. Pour le niveau de vie de la population au début des années 20 du XX siècle, notre pays se trouvait dans le top 20 des pays les plus développés au monde (aujourd’hui selon les indicateurs comparables environ à la 90e place).

 

A l’époque l’Ukraine, une des républiques au sein de l’URSS, était spécialisée dans le développement de l’industrie spatiale et aéronautique, l’industrie lourde et la métallurgie, et des dizaines de millions d’ingénieurs, d’économistes, de savants, de dirigeants politiques et chefs d’industrie, qui ont réalisé leur potentiel dans l’espace de toute l’Union soviétique.

 

De nombreux faits nous permettent d’affirmer que les régions de l’Ukraine centrale et orientale étaient le cœur industriel de la deuxième économie mondiale.

 

C’est pourquoi la chute de l’URSS a eu les conséquences les plus désastreuses sur ces régions qui jusqu’alors travaillaient pour un marché intérieur unique comptant plusieurs centaines de millions de personnes. Le même destin a frappé la Bulgarie. Notre pays dont l’industrie était entièrement orientée vers les marchés gigantesques, à ce qu’il nous semblait, de l’Union soviétique, s’est retrouvé soudainement à la fin des années 80 coupée de tout lien avec elle, et des capacités productives colossales se sont retrouvées sans utilité dans les nouvelles conditions de navigation libre sur l’océan du marché libre global. Le problème de notre industrie est qu’elle reposait entièrement sur des technologies soviétiques qui au début des années 90 accusaient un grand retard par rapport au reste du monde.

 

Déjà à son époque Adam Smith a démontré dans des conditions égales, que  l’efficacité du fonctionnement d’un système économique dépend des dimensions du marché. De là dépend également la possibilité de fabriquer une plus grande diversité de marchandises de haute qualité, grâce à la spécialisation et la concentration. Il est évident pour tous que dans les petits villages, par exemple, la possibilité de produire une diversité de marchandises et de services est bien inférieure à celles des mégapoles. Et il en a été ainsi durant toutes l’histoire du développement de l’humanité, plus les dimensions d’un système économique sont étendues, plus grande est la division du travail. Avant l’effondrement du système socialiste de partage du travail, Les économies tant bulgare qu’ukrainienne faisaient partie d’un segment relativement peu important de l’économie mondiale. Si les capacités productives du reste du monde étaient intégrées au sein d’un marché comptant quelques milliards de producteurs et consommateurs potentiels, pour le bloc soviétique ces chiffres n’atteignaient guère plus que 400 millions.

 

La conséquence en a été un retard croissant de la part des pays socialistes, qui a pris des proportions catastrophiques après la perte de la Chine et son rattachement progressif au système occidental de division du travail.

 

Après la dissolution des liens économiques entre les pays membres du Comecon opérée par les dirigeants soviétiques de la pérestroïka, la Bulgarie a commencé peu à peu à se chercher une nouvelle place dans l’économie mondiale. Pour une économie nationale orientée vers une production destinée à environ 20 millions de consommateurs extérieurs (et ayant soi-même une population d’environ 9 millions d’habitants), cela a engendré de brutales disproportions dans tous les domaines !

 

Il apparut soudainement qu’une quantité importante de la population était devenue inutile sur le marché du travail, dans la mesure où les produits élaborés par les entreprises bulgares, dans lesquelles la division du travail était plus basse que dans l’économie globale, ne trouvaient plus d’acquéreur sur les marchés mondiaux. Dans les années 90, environ un million de citoyens bulgares émigrèrent vers la Turquie, donnant un coup de fouet puissant à la croissance de notre voisin du sud, qui à l’époque avait un niveau de développement semi-féodal. Encore un million et un peu plus quittèrent le pays pour d’autres pays d’Europe occidentale et pour les Etats-Unis, ce qui d’un côté allégeait la pression sur le marché du travail, mais de l’autre causait une désertification de la majeure partie du pays, conduisant à une grave crise démographique. Chez nous aujourd’hui, pour une personne qui travaille il y en a deux qui soit est au chômage soit n’est pas en capacité de travailler.

 

A l’heure qu’il est, tout jeune bulgare éduqué fait l’impossible pour quitter son pays à la recherche d’une réussite personnelle en Occident, ou, pour parler autrement, cherche à se réaliser professionnellement et individuellement dans un système de division du travail plus étendu, et par conséquent plus efficace et plus riche.

 

Avec un retard d’environ deux décennies, les mêmes processus démographiques ont commencé à s’observer également en Ukraine. Si la situation reproduit entièrement le scénario bulgare, dans dix-quinze ans la population de l’Ukraine aura réduit d’un tiers. Cela conduira à une forte élévation de l’âge moyen de la population, et à l’impossibilité à terme de conduire quelque activité économique que ce soit exigeant l’utilisation de technologies avancées, faute de travailleurs qualifiés en âge de travailler. En outre, la population se concentrera dans 5-6 grandes agglomérations urbaines, ce qui conduira à la dépopulation de régions entières du pays.

 

Aujourd’hui la Bulgarie se spécialise dans la production de cultures vivrières et dans le tourisme, une spécialisation qui continue de créer une population excédentaire sur le territoire de tout le pays. Compte tenu de la pression grandissante sur les marchés du travail dans les pays développés de l’UE, où la crise économique ne fait que grandir, cela pose beaucoup de problèmes, car il n’y a rien à proposer à ces personnes inutiles.

 

Parmi tous les pays occidentaux intéressés d’une manière ou d’une autre par les ressources humaines de l’Ukraine, seule la Pologne est capable d’accueillir une quantité substantielle d’Ukrainiens capables de travailler, dans la mesure où la Pologne a perdu au cours de la dernière décennie des millions de ses citoyens.

 

Cependant, tant chez nous qu’en Ukraine existe un problème de déclassement générationnel. Autrement dit, si les parents étaient ingénieurs, économistes ou savants, leurs enfants, malgré le fait qu’ils aient reçu une instruction supérieure, devront se résoudre à accepter des postes subalternes dans les pays riches d’Europe occidentale et aux Etats-Unis. C’est là l’une des circonstances qui font des Bulgares l’un des peuples les plus malheureux de la planète, malgré l’augmentation visible de la diversité des produits consommés par la population qui travaille.

 

Un autre facteur digne d’être mentionné est le conseil monétaire qui fonctionne dans notre pays. Pendant le Maïdan bulgare de 1997, quand des forces pro occidentales se sont emparées du pouvoir, nous avons eu chez nous une brutale dévaluation de la monnaie bulgare qui a conduit à la dépréciation de tous les investissements réalisés avant cela par de « mauvais » investisseurs, ainsi qu’à une amélioration dans les premiers temps de la production bulgare face à la concurrence. Cependant le lev bulgare s’est trouvé de plus en plus surévalué, et après 18 ans sans aucune dévaluation est devenu l’une des devises les plus fortes du monde. Etant donné le fonctionnement peu concurrentiel de notre économie nationale, ce fait rend pratiquement impossible le développement d’une production de haute technologie quelle qu’elle soit et transforme le pays en un appendice périphérique des pays développés.

 

Tous les indicateurs extérieurs montrent que l’Ukraine est destinée à suivre la même voie de développement dans le cadre de l’interaction multiculturelle entre pays développés et en voie de développement, et à l’avenir le pays se spécialisera progressivement pour devenir le fermier de l’Europe, fournissant au vieux continent des produits diversifiés. En liaison avec ce choix, il faudra recycler des dizaines de millions de personnes et changer leur statut social. Ce genre de régression s’est déjà produite de nombreuses fois dans l’histoire humaine, et le destin de la Bulgarie de ces deux dernières décennies en est un exemple. Nous, les Bulgares, nous trouvons déjà en terre « promise ». Nous attendons avec impatience nos frères ukrainiens.

 

Traduit par MD pour H&S

Le colloque suite : Interprétation marxiste et libérale de la Révolution d’Octobre : débat scientifique ou antagonisme idéologique ? Par Vladimir Chevtchenko

 

07 Juin 2017

 

C’est un texte incontestablement plus difficile que celui de Boris Kagarlitsky que nous présentons aujourd’hui, mais il donne plus à réfléchir, il va moins « dans le sens du poil » de l’époque, mais je vous recommande en particulier son analyse sur ce que la CHine nous enseigne par rapport à la Révolution d’octobre. je vous invite donc de le lire en remerciant Marianne de l’énorme travail qu’elle a fourni et qu’elle va poursuivre, puisque Vladimir Chetchenko a bien voulu nous confier une trentaine de pages d’analyse qu’il a tenté sur le stalinisme.

 

(traduction de Marianne Dunlop, et note de Danielle bleitrach)


Tenter de rendre compte des discussions et de la lutte idéologique autour de la Révolution d’Octobre et du socialisme soviétique dans la pensée postsoviétique est une tâche extrêmement difficile dans la mesure où le pluralisme apparu à l’époque de la pérestroïka a engendré confusion et chaos dans la tête non seulement de l’homme de la rue, mais aussi des politiciens, des chercheurs, des idéologues et des journalistes. Et cela concerne en premier lieu le regard porté sur la Révolution d’Octobre.

 

Il faut reconnaître que l’analyse marxiste de la Révolution d’Octobre qui s’était imposée à l’époque soviétique a vieilli sous bien des aspects, mais pas dans un sens où elle devrait maintenant céder la place à une autre vision plus moderne, libérale de l’histoire de notre pays. Mais en ce sens qu’il existe un besoin énorme de réinterprétation de la portée historique universelle de la Révolution d’Octobre et du socialisme soviétique, prenant en compte l’évolution de l’histoire mondiale au XXIe siècle. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une conception philosophico-historique fondamentalement nouvelle du développement de la Russie et du monde qui s’appuierait sur les principes de base du marxisme classique. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation inédite. Le modèle de monde global unipolaire qui a montré toute son inconsistance d’une part, et de l’autre les succès incontestables de la Chine engagée sur la voie du socialisme, posent une question incontournable qui n’est pas de savoir si le socialisme a un avenir. La question est autre aujourd’hui : quel doit être et quel peut être le socialisme de l’avenir, le socialisme du XXIe siècle.

 

On pourrait dire, avec quelques réserves, que le débat entre marxistes et libéraux dans le domaine de l’interprétation de l’histoire russe, y compris au XXe siècle, a été, et reste partiellement un débat scientifique. Cependant, il revêt un caractère bien spécifique dans la mesure où ce débat ne se déroule pas essentiellement à l’intérieur d’une même science, mais entre des partisans de deux sciences différentes, de deux théories, libérale et marxiste. Des chercheurs qui occupent sur le plan idéologique des positions diamétralement opposées peuvent difficilement espérer un dialogue productif, comme le montrent les conclusions auxquelles parviennent les uns et les autres. Sans parler de l’idéologie libérale qui par elle-même n’est guère disposée à prendre au sérieux des sujets dont l’époque, selon ces idéologues, est à tout jamais révolue.

 

La société russe est fatiguée des confrontations brutales, et un consensus sur les valeurs fondamentales est indispensable pour que le pays puisse se développer de manière stable et dynamique. Il est possible que ce consensus ne soit pas atteint dans un avenir proche, mais au moins la volonté clairement exprimée de parvenir à une compréhension mutuelle est aussi importante. Mais avant de parler de la possibilité d’atteindre un consensus, il convient de faire un exposé plus détaillé du point de vue libéral, l’analyser, ce que font rarement les travaux d’orientation marxiste. La polémique idéologique n’est pas ici d’un grand secours.


Bref exposé du point de vue libéral

 

Egor Gaïdar, l’un des théoriciens des réformes économiques des années 90 du siècle passé, bien qu’il ne soit pas historien, a dressé un tableau assez réussi des recherches de la pensée libérale russe de l’époque. Dans son ouvrage « L’Etat et l’évolution » (1995), Gaïdar expose en détails l’expérience de lutte théorique des libéraux occidentalistes contre le système soviétique à l’époque de la pérestroïka. Il propose une espèce de matrice philosophique de l’histoire russe, écrite à partir des positions libérales, qui par la suite deviendra hégémonique, aussi bien dans les travaux politiques qu’historiques. Il voit la Russie comme faisant partie de la civilisation moderne occidentale, d’où elle avait été coupée après octobre 1917.


Il est intéressant d’observer comment s’établit progressivement cette mainmise du libéralisme. Par exemple, à la fin des années 90, dans un ouvrage collectif d’historiens « 1917 dans le destin de la Russie et du monde », il est affirmé que « on observe une tendance à considérer les révolutions d’Octobre et de Février, ainsi que la Guerre Civile, comme des parties indissolublement liées de la Grande Révolution russe de 1917-1922 » (1). Voyons maintenant ce que donne aujourd’hui cette tendance, dans la mesure où a été menée au cours des dernières décennies une politique délibérée pour introduire dans la pensée russe des interprétations radicalement libérales de l’histoire russe et d’Octobre 1917.

 

A l’époque actuelle a été rédigé à l’intention des enseignants de l’enseignement général (collèges et lycées) un manuel pédagogique, une espèce de règlement historico-culturel dans lequel est résumée sous une forme condensée l’interprétation libérale de la Révolution russe de 1917. Ce manuel s’appelle « La Grande Révolution russe de 1917. Questions en débat » (2). Nous ne traiterons que de la partie de cette interprétation qui est en rapport avec le « nouveau regard » sur la Révolution d’Octobre 1917. Le sens général de ce « nouveau regard », élaboré pour les professeurs d’histoire, et naturellement pas pour eux seuls, consiste dans les points suivants :

 

1. En 1917 a été accomplie la Grande Révolution russe, dans laquelle il convient de distinguer deux étapes : la révolution de Février et la révolution d’Octobre (le coup d’Etat).


2. La révolution de Février est le chaînon central et principal de la Révolution russe. Elle représente le point culminant de la révolution. Février est le symbole du retour de la Russie sur la voie du développement et de la civilisation.


3. L’essence et la fonction du coup d’Etat d’Octobre était d’empêcher des élections libres à l’Assemblée constituante, qui auraient pu fonder la légitimité du nouvel Etat.


4. La prise violente du pouvoir par les bolchéviques a conditionné toute la suite de l’histoire du pays. Le parti de Lénine, ayant dispersé l’Assemblée constituante et refusé de transmettre le pouvoir du Gouvernement provisoire ouvrier et paysan au gouvernement dirigé par les SR, soutenus par la majorité du peuple aux élections, a condamné le pays à sombrer dans la guerre civile, la Terreur et le Goulag.


5. La révolution d’Octobre a été le point de départ de l’abandon d’une évolution naturelle du pays pour un modèle contraignant, l’étape socialiste de développement.


6. Le coup d’Etat d’Octobre incarne la retombée du processus révolutionnaire, c’est-à-dire une contre-révolution, selon l’expression de l’idéologue de la pérestroïka Yakovlev, qui a posé les bases d’un Etat totalitaire. Le coup d’Etat d’Octobre est un pas en arrière. La dictature bolchévique a réduit à néant les chances de développement vers la démocratie. A cet égard, Octobre 1917 a signifié avant tout une rupture avec Février. Améliorer la démocratie, se battre pour le progrès social dans le cadre de la légalité, par les moyens parlementaires était possible dans des conditions d’absolue liberté dès Février.


7. Octobre a donné naissance à une forme barbare du progrès social. Octobre a été une forme catastrophique de modernisation de la Russie, une forme barbare du progrès aux conséquences désastreuses.

 

Ayant exposé brièvement le point de vue libéral, posons-nous la question : comment pourrions-nous mener une polémique scientifique avec les représentants de ce point de vue, comment rechercher dans un premier temps une compréhension mutuelle élémentaire? Deux possibilités s’offrent à nous.

 

La première, pour chaque question concrète donner une analyse marxiste et une critique de la position libérale exprimée.


Par exemple, si la révolution de Février est le sommet de la Révolution russe, alors pourquoi le pouvoir actuel ne célèbre-t-il pas la victoire de Février comme les Français fêtent la prise de la Bastille ? En effet, le tsar Nicolas II, suite à l’action des putschistes ou des conspirateurs emmenés par Goutchkov, le leader du parti de droite libéral conservateur « Union du 17 octobre » a été renversé par la force, et le peuple a ainsi reçu une liberté absolue à laquelle il aspirait depuis longtemps. Ce jour de conquête de la liberté doit être largement célébré à travers tout le pays. Ce devrait être la première fête et la plus importante de notre pays. Mais voilà, il n’y a aucune célébration depuis déjà 25 ans, et que devrions-nous célébrer si le pays était engagé dans une guerre terrible, longue, et que Nicolas II était le Chef des Armées. Après sa destitution l’armée a commencé à se désagréger et le pays avec. La catastrophe était inévitable.

 

Bien sûr, on ne peut se limiter à une confrontation des interprétations marxiste et libérale des différents événements concrets de l’époque. Il faut un autre niveau de l’analyse, plus profond, pour montrer l’inconsistance de l’idée d’une unique révolution russe de 1917.


La Révolution de Février comme prologue à la Révolution d’Octobre

 

Dans la réalité, il y a eu une seule révolution populaire, dans laquelle on peut distinguer deux étapes. « La particularité du moment actuel en Russie consiste dans le passage de la première étape de la révolution, qui a donné le pouvoir à la bourgeoisie, faute d’une conscience et d’une organisation suffisante du prolétariat, à une deuxième étape, qui doit donner le pouvoir au prolétariat et aux couches les plus pauvres de la paysannerie ». Lénine dans l’ensemble partage la conviction d’une seule révolution, mais dans un sens tout à fait différent de celui des libéraux actuels.

 

Le sommet de la révolution sociale a été la révolution d’Octobre, donnant un nouveau vecteur de développement au pays et en même temps montrant, définissant l’essence de ce bloc révolutionnaire. « La révolution ouvrière et paysanne, dont les bolchéviques ont toujours proclamé la nécessité, s’est accomplie. La signification de ce coup d’Etat est que nous aurons un gouvernement des soviets, … nous aurons un nouvel appareil de direction constitué par les organisations soviétiques. …A partir d’aujourd’hui s’ouvre une nouvelle page dans l’histoire de la Russie, et cette révolution, la troisième révolution russe doit au bout du compte amener à la victoire du socialisme ». De ce fait, la révolution d’Octobre a proclamé le choix socialiste fait par la nouvelle Russie.

 

Le caractère contradictoire de la position de Lénine est frappant. Vraisemblablement, il s’agit ici de différents niveaux de l’analyse, et on peut alors admettre différentes interprétations. Mais l’essentiel est qu’on a ici affaire à une révolution tout à fait inhabituelle, qui se distingue radicalement de toutes les révolutions connues jusqu’alors, et pour l’analyse de laquelle jusqu’à aujourd’hui ne sont pas applicables les modèles connus d’explication.

 

La révolution de Février éclate spontanément, grâce à l’interaction de deux forces révolutionnaires très dissemblables. « … en conséquence d’une situation historique extrêmement originale ont conflué, et interagi de manière remarquablement « harmonieuse » des courants complètement différents, des intérêts de classe complètement hétéroclites, des aspirations politiques et sociales complètement antagonistes. A savoir : le complot des impérialistes anglo-français, qui ont poussé Milioukov et Goutchkov & Co à la prise du pouvoir dans l’intérêt de la poursuite de la guerre impérialiste… Et d’autre part un profond mouvement prolétarien et des masses populaires (toute la population miséreuse des villes et des campagnes) de nature révolutionnaire, pour le pain, la paix, pour une vraie liberté ». Février, c’est une révolution populaire pour ce qui est des forces qui la portent. Elle commence avec un soulèvement révolutionnaire spontané « par en bas » des ouvriers et soldats, citadins et paysans. Leurs mots d’ordre : à bas l’autocratie, paix, pain, terre, liberté et, quelque temps plus tard, contrôle ouvrier. Immédiatement après ce soulèvement révolutionnaire a été récupéré par en haut, par les comploteurs, par la bourgeoisie. Il est important de le souligner.

 

Si l’on n’est pas capable d’arrêter un mouvement révolutionnaire, alors il faut en prendre la tête et l’engager dans la direction voulue. La bourgeoisie a pris le pouvoir par la force. La révolution sociale des ouvriers, soldats et paysans s’arrête sur cette première étape. « Il faut le reconnaître : la force matérielle est aux mains du prolétariat, mais la bourgeoisie a été plus consciente et mieux préparée. C’est un fait extraordinaire, mais il est indispensable de l’admettre ouvertement et franchement et de déclarer au peuple que nous n’avons pas pris le pouvoir parce que nous étions désorganisés et inconscients ». La bourgeoisie et le prolétariat ne représentent pas une force révolutionnaire homogène. Dès le début de la révolution ils sont antagonistes. Avec l’accord du Conseil des députés ouvriers et soldats de Pétrograd est formé le Gouvernement provisoire. Le double pouvoir (dvoevlastie) est né.

 

La révolution de Février par ses résultats est une révolution démocratique bourgeoise. Le principal mérite du Gouvernement provisoire, c’est-à-dire de ceux qui ont pris le pouvoir dans le pays, c’est la destruction de l’ancien appareil d’Etat. La révolution a apporté d’incroyables libertés sur l plan politique. Des décisions ont été prises sur la dissolution de la police et la formation d’une milice populaire, la destitution de tous les généraux-gouverneurs et vice-gouverneurs, au nom de la liberté a été détruit tout le système du Ministère de l’Intérieur de Russie. Mais que cela a-t-il apporté dans la perspective des mois suivants ?


Le principe de l’indétermination de la forme du futur appareil d’Etat, que seule était en droit de fixer l’Assemblée constituante, signifiait un effondrement immédiat de l’Etat qui de mois en mois ne faisait que s’accélérer et menait à la catastrophe. Aucune belle parole ne pouvait masquer ce processus. Une des premières à avancer des exigences fut l’Ukraine. La Verkhovna Rada créée en mars a annoncé en juin de façon unilatérale l’indépendance de l’Ukraine. Des dizaines de régions, villes, localités rurales proclament leur indépendance. Il faut de plus tenir compte du fait que la guerre continuait, et qu’une partie du territoire de l’ancien empire s’était détachée ou était occupée par l’ennemi.

 

Les principales exigences des forces révolutionnaires étaient restées non satisfaites. Un mouvement rebelle anarchiste déferlait sur le pays. Dès avant la révolution d’Octobre, les bolchéviques avaient réussi dans une certaine mesure à « canaliser » l’énergie d’énormes masses de la population pour la réalisation de leurs besoins et intérêts populaires véritables, ils contribuaient à une meilleure organisation et conscientisation des masses. Un point charnière dans le développement du mouvement révolutionnaire par en bas fut l’arrivée de Lénine à Pétrograd et la publication de ses Thèses d’avril. Au lieu de pression sur le Gouvernement provisoire pour qu’il remplisse les exigences des masses populaires, qu’il n’avait pas l’intention de remplir, fut lancé un autre slogan : aucune confiance au Gouvernement provisoire. Seuls les Soviets pouvaient commencer à satisfaire les exigences des masses révolutionnaires. Ce n’est pas seulement une distanciation avec le Gouvernement provisoire. On assiste au retour des mots d’ordre des premiers jours de la révolution, il y a une prise de conscience de ce que le Gouvernement provisoire dès le début parvient à prendre le pouvoir d’Etat pendant que les masses populaires font la révolution dans les rues et sur les places, et conduit le mouvement révolutionnaire sur une voie de garage, devenant par conséquent l’obstacle principal sur la voie de la poursuite de la révolution populaire. Le Gouvernement provisoire n’était plus capable ni de domestiquer ni de continuer à diriger le processus révolutionnaire. Suite à quoi commence un processus de formation de sa ligne ascendante, qui sera plus tard appelé la révolution d’Octobre, laquelle n’est pas une révolution indépendante par rapport à la révolution de Février.


Est entrepris un travail de définition des objectifs et tâches des conseils d’ouvriers et soldats. Les Conseils (Soviets) de députés sont une nouvelle forme de pouvoir. « Pas une république parlementaire – y revenir après les Soviets serait un pas en arrière – mais une République des Soviets de députés ouvriers, travailleurs agricoles et paysans à travers tout le pays, du bas vers le haut ». Au fur et à mesure du renforcement de l’influence du parti bolchévique au sein des Soviets est lancé un nouveau slogan : tous le pouvoir aux Soviets » ; un immense travail de bolchévisation des Soviets est mené, conduisant directement et immédiatement, par rapport aux buts et aux forces en mouvement, à la révolution socialiste.


La révolution d’Octobre était une nécessité absolue pour sauver la Russie en tant que pays de la catastrophe. Sur le plan de l’histoire mondiale elle a été capable de réaliser une rupture complète du système capitaliste mondial en son point le plus faible. Elle a abouti à la création du premier Etat ouvrier et paysan dans le monde. C’était la première rupture autonome spontanée, après quoi a commencé toute une série de mouvements socialistes et de libération nationale, grâce en grande partie à l’aide de la Russie soviétique, puis de l’Union soviétique.

 

L’importance de l’expérience chinoise pour une compréhension complète, plus large de la révolution d’Octobre

 

Enfin, le troisième niveau, c’est la mise en avant de toute une conception philosophico-historique, qui inclurait une vision moderne de l’avenir de la Russie. L’avenir du pays, selon notre conviction la plus profonde, ne sera assuré qu’en s’engageant sur la voie de l’édification d’un nouveau socialisme, un socialisme du XXIe siècle, autrement dit un socialisme aux caractéristiques russes. En même temps cela signifiera une compréhension nouvelle, plus large de la portée historique d’Octobre et du socialisme soviétique. La recherche de cette conception marxiste globalisante est handicapée par une conjoncture dont les effets sont loin d’être négligeables. Comme cela a déjà été remarqué, le pluralisme des années 80-90 du siècle dernier glisse peu à peu vers une domination totale du libéralisme dans les milieux intellectuels. Le libéralisme, bien sûr, n’a pas réussi à faire disparaître le marxisme dans notre pays, mais il a obligé de nombreux marxistes désormais ex-soviétiques à adopter les positions de l’euromarxisme, lequel rappelle beaucoup dans sa variante russe les « marxistes légaux ». Le socialisme européen, c’est le socialisme postcapitaliste. « S’engager sur la voie du socialisme dans un pays sans en avoir créé les prémisses indispensables, c’est condamner la révolution à la défaite », cette opinion des euromarxistes russes concernant Octobre 1917 équivaut à une condamnation sans appel. Il faut d’abord construire un capitalisme développé, il faut passer par le stade du « bain capitaliste », et seulement après chercher une voie vers le socialisme. Ce genre de marxisme est parfaitement inoffensif et sert même les intérêts des capitalistes russes d’aujourd’hui. Et cela est dit à une époque où le capitalisme global comme nouvelle forme de l’impérialisme mondial a complètement puisé ses possibilités. L’aggravation de la situation mondiale ces dernières années, l’agressivité des pays occidentaux en sont les symptômes flagrants.


Les grandes réussites de la Chine socialiste amènent de plus en plus la pensée théorique marxiste à placer au centre de son attention la problématique d’une voie non capitaliste de développement, qui pourrait être considérée comme la voie magistrale de l’édification dans les pays non occidentaux d’une société socialiste moderne, le socialisme du XXIe siècle. L’interprétation du socialisme authentique, véritable, uniquement comme un socialisme postcapitaliste, c’est-à-dire d’un socialisme qui naît sur la base d’un capitalisme occidental hautement développé est encore largement répandue de nos jours parmi les marxistes, y compris en Russie. Aujourd’hui cette interprétation du marxisme et du socialisme, j’en suis profondément convaincu, est largement battue en brèche par l’expérience chinoise.

 

Durant une grande partie du XX siècle, les chercheurs ont analysé les questions du passage des structures précapitalistes des pays non occidentaux, en premier lieu des pays d’Orient à des relations sociales capitalistes. La principale difficulté dans les transformations de ce type résidait dans la solidité exceptionnelle des structures précapitalistes, qui constituait toujours dans ce processus un obstacle insurmontable. Maintenant cette problématique apparaît sous un jour quelque peu différent. On peut dire sans crainte de se tromper que pour les grands pays-civilisations non occidentaux, les structures précapitalistes qui s’y sont conservées dans une grande mesure deviennent et sont déjà devenues une base historique, des racines historiques pour la formation et le développement d’un socialisme non capitaliste (ou : non postcapitaliste).

 

Sur la base de l’analyse de l’expérience chinoise de construction du socialisme, on peut et on doit réévaluer la portée et le sens non seulement de la grande révolution socialiste d’Octobre, mais aussi du socialisme soviétique, y compris la conception du socialisme développé. En quoi consiste la conclusion la plus importante à tirer de l’analyse de la période soviétique ?

 

Concrètement, il peut s’agir de la réalisation pratique de trois tâches, que l’on voit reflétées dans l’idéologie pragmatique de la Chine socialiste. Premièrement, il y a la volonté d’en finir avec le rejet du passé historique et le retour complet des traditions. Dans chaque pays le socialisme, à mesure qu’il s’installe, doit s’enraciner de plus en plus dans l’histoire. Deuxièmement, c’est la remise en cause de la vision, non seulement du passé historique, mais aussi du capitalisme occidental, du système financier et bancaire, des mécanismes de l’économie de marché. Cela a conduit à une élévation substantielle du niveau d’activité sociale de tout le peuple chinois, à la transition vers un socialisme civilisationnel qui a réalisé un gigantesque bond en avant. Enfin troisièmement, c’est l’importance accrue accordée à la vie quotidienne des gens, quand des changements substantiels dans la vie concrète aujourd’hui, dans le présent, leur donne l’assurance de la réalisation des objectifs ambitieux de l’avenir.

 

Ces trois composantes constituent dans la société une mosaïque complexe d’us et coutumes, de valeurs et de buts, d’idéaux individuels et collectifs. Mais pour ne pas perdre la juste orientation du mouvement dans cette diversité, il faut une boussole idéologique, que seul dans ls conditions de la Chine peut assurer le Parti communiste. La Chine socialiste moderne donne un exemple pratique de la manière dont doit être résolue cette triple tâche. Elle a donné naissance à une idéologie pragmatique efficace dont on n’a pas encore mesuré la nature dans toute sa profondeur et sa portée historique. Cette idéologie a su lier dans un bloc unique la résolution de trois questions essentielles et étroitement liées : celle du regard porté sur la tradition historique, celle du rapport aux succès du capitalisme contemporain et celle du rôle de la vie quotidienne dans la construction du socialisme. Cette idéologie a su rassembler en un tout la tradition historique et les objectifs du socialisme scientifique, a rempli la vie traditionnelle quotidienne des citoyens chinois avec des valeurs et des objectifs socialistes, a déterminé l’importance et en même temps le caractère limité des valeurs et conceptions bourgeoises, fondées sur la propriété privée, dans la vie individuelle et de groupe des citoyens du pays. Bien sûr, il n’y a pas encore ici d’unité organique durable. Et c’est pourquoi les gens qui critiquent la Chine, opposant les différents aspects de l’idéologie les uns aux autres, commencent à parler soit du glissement de la Chine vers un nouveau Moyen-Age, soit du triomphe du capitalisme et de la consommation, soit de la domination du marxisme orthodoxe sur le plan de la théorie et d’un régime autoritaire pragmatique sur le plan de la pratique.

 

Par conséquent, lorsque l’on veut porter un jugement sur les transformations des années 30 du XX siècle dans notre pays, il est indispensable de répondre d’abord à la question de savoir si dans cette période s’est conservée une trame idéologique reliant les idéaux d’Octobre et le vecteur socialiste de développement du pays. Malgré toutes les graves erreurs de l’époque, qui doivent faire l’objet d’une discussion à part, on peut affirmer que oui. Premièrement, si l’on parle du rapport à la tradition historique, Staline a commencé à la restaurer à partir du milieu des années 30, dès que se sont dessinés les contours du système socialiste dans le pays. Deuxièmement, s’il est vrai que Staline détestait le capitalisme dès les débuts de son activité révolutionnaire dans le Caucase, ce n’était pas une position purement personnelle. C’était l’expression d’un trait spécifique de l’identité russe [au sens « russien », de toute la Russie, NdT], son aversion pour la bourgeoisie, qui rejette le capitalisme comme système social. Staline, en politicien pragmatique, a créé une économie planifiée efficace de type « mobilisationnel », dans laquelle les rapports marchands et la loi de la valeur jouaient un rôle limité. L’analyse de l’économie stalinienne et des tentatives pour la réformer et l’un des problèmes sur lesquels il y a le plus de débats dans le pays. Il convient toutefois de dire que les expérimentations de Khrouchtchev et les réformes de Kossyguine, toutes discutables qu’elles soient, peuvent difficilement être considérées comme une pure démolition ou destruction de l’économie stalinienne. Le fait que les politiciens aussi bien que les chercheurs n’aient pas trouvé à l’époque les solutions optimales et opportunes nécessaires au pays est une autre affaire.

 

Troisièmement, l’élan vers l’avenir a engendré, à première vue, un mépris pour la vie quotidienne de chaque individu concret, bien que, si l’on tient compte de la richesse spirituelle et de l’enthousiasme des Soviétiques, il convient ici également de s’abstenir de jugements simplistes sur la période soviétique.

 

L’incompréhension de toute la complexité du passage à la construction du socialisme aux caractéristiques russes, c’est-à-dire à un socialisme civilisationnel comme ce qu’a réalisé la Chine au début des années 80, a plongé l’Union soviétique dans une crise redoutable. Bien sûr, il aurait été possible de la surmonter sans quitter la voie socialiste. Aujourd’hui, quand on a en vue l’expérience de la construction socialiste de la Chine, on comprend mieux à quel point les objectifs et les promesses des « architectes » de la pérestroïka étaient faibles sur le plan théorique.

 

Gorbatchev disait que la révolution d’Octobre se poursuivait. Mais c’est justement lui qui nous a privés de tous les acquis de cette révolution.

 

Par rapport à la Chine, la Russie moderne se trouve dans une situation complètement différente. La voie socialiste en principe était possible pour la Russie de la pérestroïka. Cela suscitait des débats houleux dans le pays à la fin des années 80. Mais la perte du socialisme au début des années 90 a fait que ce problème ne se posait plus que sur un plan purement théorique. Aujourd’hui la Russie ne s’approche pas du socialisme non capitaliste, mais au contraire s’en éloigne. Ce qui se passe dans l’économie du pays non seulement ne nous donne pas de certitude sur son avenir, mais nous enfonce de plus en plus dans une impasse semblable à celle d’il y a cent ans, celle d’un capitalisme périphérique, c’est-à-dire dépendant et arriéré. D’ailleurs, le capitalisme n’est pas le destin historique de la Russie, de nombreux signes le montrent aujourd’hui.

 

Mais sur un plan plus fondamental on voit apparaître de plus en plus clairement les conclusions que l’on peut tirer de l’expérience chinoise pour la théorie du socialisme de notre pays. Cela signifie avant tout une nouvelle vision de ce socialisme comme d’un socialisme aux caractéristiques russes, conforme aux traits essentiels de la civilisation russe [au sens large], à la mentalité de l’homme russe. Il s’agit en particulier de la reconnaissance du rôle historique important de l’orthodoxie dans la formation et le développement de l’Etat russe, de la vie morale, en un mot, du retour à une prise en compte plus complète des traditions historiques séculaires, spirituelles, familiales, culturelles, civilisationnelles. La Russie n’est pas seulement un Etat multinational, c’est tout un pays-civilisation au même titre que d’autres civilisations. L’assimilation de la Russie à la civilisation occidentale, comme d’ailleurs l’imitation de n’importe quelle autre, amèneront inévitablement à la perte de l’identité, à la crise et à l’effondrement.


Mais il y a aussi un grand espoir en ce que l’idéologie ultralibérale qui domine aujourd’hui dans la société et qui est déjà discrédité laissera graduellement la place à une idéologie social-conservatrice que l’on peut considérer comme une étape sur la voie du retour à une idéologie socialiste sous une forme nouvelle, spécifique pour la Russie moderne. La Russie, possiblement, reviendra sur la voie du socialisme, un socialisme du XXIe siècle.

 

Ainsi, le débat idéologique entre le libéralisme et le marxisme revient sans cesse à ce problème « éternel » : le capitalisme avec tous ses attributs est-il une composante naturelle de toute l’humanité, et par conséquent toute tentative de s’en échapper ne sont aujourd’hui que pure idéologie, sans aucun rapport avec la science véritable. Ou bien le socialisme, héritant de tous les succès historiquement significatifs du capitalisme ouvre devant l’humanité une nouvelle page de son histoire. La discussion d’aujourd’hui sur la révolution d’Octobre et le socialisme soviétique n’est qu’un épisode de la confrontation entre le marxisme et le libéralisme. Chacun d’entre eux a sa vérité, sa mission historique. Mais quelles que soient les divergences entre les adversaires idéologiques au cours du débat, le souci de conserver la civilisation, l’espèce humaine, de préserver notre pays est une base qui nous oblige à rechercher des compromis et un accord entre adversaires idéologiques, qui exige de passer de l’hostilité au débat scientifique, à la présentation de nouveaux arguments et démonstrations scientifiques étayant les points de vue de chacun.

 

Notes :
1. L’année 1917 dans le destin de la Russie et du monde. La révolution d’Octobre : des nouvelles sources à une nouvelle pensée. Moscou 1998, p. 5
2. Chestakov V.L. La Grande Révolution russe de 1917. Questions en débat. Manuel pour les enseignants des établissements d’enseignement général. Moscou 2015
3. Lenine, œuvres complètes, tome 31, p. 114
4. Ibidem, tome 35, p. 2
5. Ibidem, tome 31, pp. 16-17
6. Ibidem, p. 106
7. Ibidem, p. 108
8. Chevtchenko, V.N. L’importance de l’expérience historique de la Chine pour la Russie et les autres Etats-civilisation//Sciences philosophiques. 2016. N° 8. Pp 17-33
9. Katasonov V.I. L’économie de Staline, Moscou 2014, p. 407. Dans cet ouvrage récent, l’auteur donne une appréciation tout à fait positive de l’économie de Staline, à laquelle il confère une portée universelle, métahistorique.
10. Cf. Spiridonova V.I., Sokolova R.I., Chevtchenko V.N. La Russie en tant qu’Etat-civilisation : analyse philosophico-politique. Moscou 2016. Pp. 31-40

Le colloque de Saint Péterbourg: Les tensions sociales en Russie vont aller en grandissant, par Boris Kagarlitski

 

07 Juin 2017

Dans nos précédents compte-rendus du colloque de Saint Petersbourg, nous avons fait état de l’intervention de Boris Kagarlitsky, et aussi de notre désaccord sur son interprétation de la Révolution cubaine (sans parler de son mélenchonnisme un peu échevelé), mais nonobstant ces désaccords, je pense que vous lirez avec plaisir cette vision russe et son point de vue sur l’aspect inexorable de la Révolution

 

(note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop pour Histoireetsociete)


Les tensions sociales en Russie vont aller en grandissant


Les autorités de notre pays ne souhaitent pas de changements. Par conséquent, la révolution est inévitable

 

L’attaque du Palais d’Hiver. Tableau. (Photo: TASS)


https://svpressa.ru/society/article/167064/


Le monde qui nous entoure est en train de changer de façon spectaculaire, les anciens cadres et règles géopolitiques s’effondrent, plongeant à nouveau notre pays dans de dures épreuves. La Russie sera-t-elle cette fois-ci capable d’y faire face? Quel prix devra-t-elle payer pour cela? A ces questions d’actualité brûlante répond le sociologue, docteur en sciences politiques, directeur de l’Institut de la mondialisation et des mouvements sociaux (IGSO) Boris Kagarlitsky.

 

« SP »: – Pour ce troisième anniversaire « Maidan » de Kiev, du « Printemps de Crimée », du « printemps russe » au Donbass je voudrais vous demander: que s’est-il réellement passé – était-ce le produit de technologies politiques, une bataille d’idées, un élan spontané des masses?

 

– Sans aucun doute, le «Maidan» a commencé avec l’apparence d’un mouvement de masse. Mais à un moment donné, il a pu former sa propre base sociale. Le problème est que sa base était très étroite – la jeunesse déclassée des régions de l’Ouest, et le sentiment nationaliste intelligentsia Kiévienne. Ceci, bien sûr, peut être un support pour un projet politique, même pour un coup d’Etat. Mais cette base ne suffit pas pour changer vraiment le pays. Donc tout naturellement tout cela s’est terminé en règlements de comptes inter oligarchiques successifs.

 

Dans le cas de la Crimée c’est une autre histoire, avec le Donbass – une troisième. En Crimée, un mouvement de masse a commencé à se former, mais a été immédiatement intercepté par les élites locales. Et une partie importante de la population s’en est arrangé, parce que c’était plus tranquille et plus sûr.

 

Un mouvement populaire en Donbass s’est vraiment déployé, et à un certain moment la république populaire ressemblait à un Etat révolutionnaire. Ce fut une révolte des classes inférieures, clairement anti-oligarchique et même anti-bourgeoise. Il y avait une lutte pour un État social, pour le pouvoir populaire. Il suffit de voir quels étaient les slogans, qui étaient l’épine dorsale des rebelles.

 

Mais voilà le hic: pour survivre cette insurrection devait faire alliance avec la Russie officielle. Parfaitement bourgeoise et oligarchique. Et cela l’a condamnée à perte de son impulsion libératrice initiale.

 

En outre, il manquait de leaders ayant une vraie formation politique. Des gens comme Alexis Mozgovoï étaient des combattants très sincères et dévoués, mais des politiciens médiocres. Il n’y avait aucune organisation.

 

En bref, nous pouvons parler d’une Révolution ukrainienne ratée, avec un « Maidan », parodie de Février 1917 et le soulèvement dans le Sud-Est du pays – une révolution d’Octobre manquée sans bolcheviks et sans Lénine.

 

« SP »: – Comment notre pays, notre peuple ont-ils changé après les événements de 2014 en Ukraine?

 

– En Russie, les changements sont beaucoup plus grands que beaucoup de gens pensent. Mais ils ne sont que partiellement liés aux événements de la Crimée, de l’Ukraine et de Novorossia. Beaucoup plus important est que le mécanisme économique et social, qui assurerait la stabilité politique, est détruit.

 

Sa base était les prix élevés du pétrole. Avec non seulement une augmentation constante de la consommation, mais aussi la possibilité pour les autorités de maintenir un équilibre entre les élites et la société, de satisfaire tout le monde. Cette situation ne sera plus. Et pas seulement à cause du fait que les prix du pétrole ont chuté. L’économie mondiale est en train de changer de manière irréversible au cours de la crise actuelle. L’économie et la société russe ont également changé. Il y a de nouveaux intérêts, de nouveaux problèmes, de nouveaux conflits.

 

Cependant, il y a un fait important: ni les dirigeants ni les classes inférieures de la société, ni la classe moyenne n’ont pas encore réalisé qu’ils vivent dans un monde qui a changé. En fait, la société russe est endormie et voit en rêve la stabilité, se voit vivre de retour dans la dernière décennie, « Oui, il y a une crise. Mais elle va finir! Et puis tout sera comme avant.  »

 

Hélas, cela ne sera pas. Et la crise ne finira pas tant qu’il n’y aura pas de changement radical. À un certain moment, les gens vont commencer à se réveiller. Ce ne sera pas un réveil très agréable, mais la chose importante est que tous les groupes sociaux ne se réveilleront pas en même temps. Certains se réveilleront plus tôt, conscients qu’il est nécessaire de vivre et agir différemment. Et leurs actions, consciemment ou non, réveilleront les autres.

 

Quant à l’Ukraine, qui fait également partie de notre ancienne patrie commune, elle connaît une désintégration progressive de l’état. Et commence à réaliser que le salut ne viendra pas de l’Occident. L’Occident tel que le voyaient non seulement les masses partisanes du « Maidan », mais aussi les oligarques ukrainiens n’existe plus. Il est en train de changer, de façon beaucoup plus radicale et dramatique que nous ne le faisons. Dans de telles circonstances, l’Ukraine a objectivement besoin de la Russie. Mais dans combien de temps et sous quelle forme aura lieu la prise de conscience?


« SP »: – Vous ne pensez pas que de plus en plus de gens sont déçus par les changements qui se sont produits?

 

– Les changements que réclamaient les gens en 2014 ont été bloqués. Ils ne se sont jamais produits. Mais la particularité de la mentalité russe moderne est l’attente d’un changement par le haut. Du genre, on va tout faire pour nous. On va nous offrir le changement. Mais les élites ne veulent pas de changements. Aucun. Absolument. Leur idéal est le monde immobile modèle 2007. Mais il est parti, et ne reviendra plus. Malgré tous leurs efforts, il faut reconnaître …

 

Le changement viendra quand les gens cesseront d’attendre et de demander mais commenceront à exiger et à combattre.


« SP »: – Je me risquerais à dire que des deux côtés de la barricade au Donbass on espérait une issue rapide, en Crimée, mais tout a tourné différemment

 

– L’avenir de l’Ukraine et de Novorossia, en fin de compte, dépend de la façon dont les choses se passeront en Russie. En 2014, il y a eu un moment où semblait possible l’option inverse : Novorossia changerait la Russie. Cela n’a pas eu lieu, malheureusement. Bien que la possibilité existât, mais elle était faible. Mais maintenant, il est possible de prédire la croissance des conflits en Russie. Et la tentative d’une partie de la société, y compris les grands groupes de la bureaucratie, d’obtenir des autorités qu’elles remplissent leurs propres promesses, cette ligne politique qu’elles avaient proclamée. Parce que des slogans comme le développement de la production nationale comme substitut à l’importation, la modernisation, la ré-industrialisation, tout cela est bien beau, mais le gouvernement actuel par sa nature même, sa structure, est incompatible avec la réalisation de ces objectifs. Si ce n’était pas ainsi, tout cela aurait depuis longtemps été mis en œuvre dès 2006-2008.

 

C’est comme plan d’électrification GOELRO, les fondations techniques en avaient été réalisées par les ingénieurs sous le Tsar. Seul le renversement de la monarchie a permis la mise en œuvre du plan. Il n’y avait pas de conditions politiques, et sans elles, aucune technique ne fonctionne.

 

Au niveau de la politique concrète, la question bien sûr est de savoir si Poutine se représentera en 2018.

 

Dans tous les cas, il existe un besoin objectif d’une restructuration radicale de la société et de l’économie. Il est nécessaire de restaurer l’état social, une nationalisation à grande échelle, la confiscation de la propriété oligarchique, y compris les sociétés dites appartenant à l’Etat, qui servent effectivement les intérêts privés. Si cela ne se fait pas, il sera impossible de concentrer les ressources sur les priorités.

 

Nous avons besoin d’une refonte radicale des relations entre le centre et les régions, la mise en place d’infrastructures complètement nouvelles, pas limitées à Moscou, nous avons besoin d’une nouvelle réforme de l’éducation, diamétralement opposée à celle qui a été réalisée en 2013-2016. Ces mesures impliquent une structure et une composition du gouvernement qualitativement différentes. En général, des changements à grande échelle sont inéluctables.

 

Et ils ne pourront advenir sans des événements politiques.


« SP »: – Et qui va faire cela?

 

– La question est, comment les gens vont se comporter quand le temps de la passivité sera terminé. Certains vont répéter les erreurs « ukrainiennes », tandis que d’autres – non. Mais il est évident que nous avons besoin d’une organisation politique et de volonté politique.

 

Très probablement, ils ne s’exprimeront pas sous la forme de partis. Au moins – au début. Construire un parti sur le modèle bolchevik est se préparer à la dernière guerre. En outre, comme modèle on ne prend pas le vrai bolchevisme, mais les idées à ce sujet formées par l’histoire soviétique du parti dans les années 1930-1950. Cette représentation est simplifiée et fausse. En fait, il y aura une certaine forme de coalitions politiques, des alliances. Il est très important qu’il y ait dedans un noyau politique, capable de réaliser les tâches qui attendent le pays et prendre des mesures décisives.

« SP »: – Peut-il y avoir des révolutions sociales au XXIe siècle?

 

– Vous savez, c’est comme dans la blague Odessite: «Si je tourne le coin de la rue, il y aura l’Opéra? » – « Il sera là, même si vous ne tournez pas ». Les révolutions accompagnent toute l’histoire du capitalisme. Elles cesseront lorsque le capitalisme n’existera plus. Qui se soucie de ce que je dis ou pense de leur utilité ou inutilité? Elles auront lieu de toute façon.

 

Si vous avez raté l’occasion de résoudre certains problèmes, éliminer les contradictions accumulées grâce à la réforme, la voie sera révolutionnaire. Une autre question est quelles formes peut prendre la révolution. Notre société n’est pas la même que celle de 1917. On peut espérer une forme plus civilisée de lutte et de transformation. Bien que, si vous regardez l’Ukraine d’aujourd’hui, l’optimisme à cet égard est mince.

 

« SP »: – Et La révolution d’Octobre, c’était une révolution ou un coup d’Etat?

 

– Ce qui s’est passé le 7 novembre 1917 (Nouveau style -. Ed) était un coup d’Etat. Cela, même les bolcheviks ne le nient pas. Mais en général dans le pays, une révolution avait lieu. Une des plus grandes, peut-être jusqu’à aujourd’hui – la plus grande dans l’histoire mondiale. Elle n’a pas abouti à la victoire du socialisme, le capitalisme, comme nous l’avons vu, a été restauré. La transition du capitalisme vers une nouvelle société post-capitaliste vient de commencer. Mais la première impulsion a été donnée par les événements de 1917 en Russie. En cela réside la portée mondiale de la révolution russe.

 

« SP »: – Il y a cent ans, les gens les plus exaltés et les plus décidés se rangeaient à gauche avec les bolcheviks. Aujourd’hui le centre des forces s’est décalé vers la droite – dans les milieux nationalistes on trouve les personnes les plus idéologiques, entraînées, fortes et agressives, prêtes à tout mettre en jeu: la vie et la liberté. Tandis que des communistes aujourd’hui, par exemple, à quelques exceptions près, il ne reste que le nom. Êtes-vous d’ accord avec ce jugement?

 

– Les gens de gauche sont coupables eux-mêmes d’avoir perdu l’initiative. Au lieu de la lutte des classes – ils manifestent pour les droits des animaux. J’aime les chats, mais cela n’a rien à voir avec l’ordre du jour politique. Cependant, l’idéologie est très conventionnelle. Regardez le Front National en France. Qui écrit ses documents de programme? Les gens qui viennent des partis socialiste et communiste. Et qu’écrivent-ils dans ces documents? La même chose qu’il y a 20 ans. Simplement leurs propres partis ont renoncé à ces idées et ce programme. Soi-disant que cela ne fonctionne pas. Et Marine Le Pen les a récupérés. Non seulement les personnes, mais aussi les idées, l’ordre du jour. En fait, ça marche.

 

Et c’est là, comme on disait dans les années 1920, qu’est le nœud du problème. Qui a le plus d’énergie, de colère – n’est pas si important. L’essentiel est qu’une stratégie adéquate pour le changement social ne peut être formulée que sur la base d’un programme de gauche classique. Ce n’est pas le problème que ça plaise ou que ça ne plaise pas. Simplement, personne en dehors de la gauche n’a formulé, ou même essayé de formuler un programme de sortie constructive du néo-libéralisme. Les slogans ne suffisent pas. Qu’est-ce un ordre du jour de gauche en fait – c’est un programme constructif pour surmonter le néolibéralisme, et à l’avenir le capitalisme. Le programme ne repose pas sur des valeurs abstraites et pleurnicheries pour réclamer la justice, mais sur l’analyse des contradictions objectives de la société capitaliste et, par conséquent, le développement des moyens de les surmonter. Il est un moyen d’exprimer les exigences objectives du développement social pour la majorité des gens. Personne, sauf la gauche ne s’occupe de ça et ne s’en occupera jamais.


« SP »: – Mais le problème est que beaucoup de gens de gauche aujourd’hui ne s’occupent plus de ça?

 

– Ils font comme à droite – ils prononcent des slogans vides, se passionnent pour des idées abstraites. La majorité de la gauche moderne devrait tout simplement être ignorée. En fait, c’est ce qui se passe. A juste titre. En cas de changement, ils resteront inévitablement sur la touche et commenceront à geindre – comme nous l’avons vu dans le cas du Donbass – que le changement n’est pas le bon. La classe ouvrière pas comme elle devrait être. Bref, rien ne leur va.

 

Heureusement, il y a d’autres gens qui sont prêts à se battre, et à travailler avec la réalité imparfaite telle qu’elle est. C’est ce que l’on appelle faire de la politique. Et le plus drôle est que, comme j’en suis certain, les deux tiers des personnes qui se considèrent comme de gauche maintenant ne prendront aucune part dans la politique quand les choses deviendront sérieuses. Les choses seront faites pour les deux tiers par des gens qui aujourd’hui ne réalisent même pas qu’ils sont en réalité par leurs objectifs, leurs idées, leurs valeurs – des gens de gauche. En outre, beaucoup d’entre eux, aujourd’hui encore, ne réalisent pas encore que demain ils seront impliqués dans la politique.

« SP »: – Qu’en sera-t- il du contenu idéologique?

 

– Un problème commun à la plupart des tactiques proposées par les gauches modernes n’est même pas l’absence d’une stratégie, mais l’incompréhension ou le refus de comprendre deux faits fondamentaux : la destruction de l’ordre capitaliste néolibéral est un processus naturel et irréversible et aucun retour à l’ordre d’avant la crise ne peut avoir lieu. Quels que soient les choix politiques faits par tel ou tel groupe.

 

Et d’autre part, il y a un retour à la politique de confrontation de classe. Cependant, les classes elles-mêmes engagées dans la lutte sont en grande partie décomposées, désorganisées et ont perdu leur structure organisationnelle et politique habituelle, leur fondement idéologique. Non seulement la classe ouvrière et la masse des salariés, mais dans une large mesure également la bourgeoisie, à l’exception de l’élite oligarchique, est dans cette situation, plutôt une «classe en soi» qu’une «classe pour soi. »

 

La construction idéologique et organisationnelle se produira à nouveau. Dans les conditions nouvelles, les formes politiques et organisationnelles héritées du passé, non seulement ne favorisent pas ce processus mais contribuent à l’entraver.

« SP »: – Au cours des dernières années, a commencé à croître l’idée d’une restauration monarchique en Russie. À votre avis, est-ce une bonne chose que l’on essaye de nous faire revenir aux sources, ou non?

 

– Le pays est culturellement dégradé et le sentiment monarchiste est le produit normal de ce déclin culturel. Les gens ne croient pas en eux-mêmes, ne connaissent pas et ne comprennent pas l’histoire, ont peur de l’avenir, ne sont pas conscients de la valeur des organisations politiques, ne comprennent pas la nature de classe de l’Etat et de la société. Mais s’ils commencent à agir, cela passera.

 

« SP »: – Monarchie et antisoviétisme sont quasiment synonymes. Est-il possible de voir se former un projet réussi de développement blanc rouge en Russie, en unissant les deux parties?

 

– Mais c’est quoi le projet des Blancs? Laisser tout comme en 1913? Il n’y a pas de projet blanc. Et il n’y en a jamais eu. La contre-révolution n’était pas un projet. C’était essentiellement un anti-projet. Elle est hostile à l’idée même de l’avenir comme quelque chose de fondamentalement différent du présent et du passé. C’est pourquoi elle a été défaite. Toujours. En Angleterre sous Cromwell et en France en 1793, et chez nous en 1918-1920.

 

Mais un projet rouge et blanc – oui, cela existe. Comme je l’ai dit, c’est un produit de la crise morale, spirituelle et culturelle de la société post-soviétique. Quand il n’y a rien sur quoi s’appuyer, quand on n’a pas le courage ni d’accepter la désagréable, tragique vérité sur l’URSS des camps, des répressions, et ainsi de suite, ni de condamner l’antisoviétisme, parce que l’Union soviétique avec tous ses camps et la répression est encore la meilleure chose qui soit arrivée à l’humanité au XXe siècle.

 

Traduction MD pour H&S

Marianne et Danielle suite, le colloque: mais qu’est-ce donc que l’URSS ?

 

06 Juin 2017

photographie de Vladimir Chevtchenko, le troisième en partant de la gauche.

 

A propos de la Révolution d’octobre et de la logique formelle ou de la logique dialectique

 

Pendant trois jours notre vie tournera autour de cette salle au charme désuet des grandes bibliothèques dans lesquelles j’ai passé mon enfance et mon adolescence, un lieu où je me sentais protégée et en même temps déjà en voyage dans le temps et l’espace, enfermée dans des bulles de temps et de l’inconnu familier. Les interventions posent plus de questions qu’elles ne prétendent en résoudre, cela me va. Le réel est la synthèse de nombreuses déterminations et je me souviens de la leçon que Lénine donnait sur l’opposition entre logique formelle et logique dialectique. La logique formelle consiste à prendre un aspect des choses, de ce verre, disait-il ou de l’analyse du rôle des syndicats dans la construction du socialisme. Il s’agissait de la querelle théorique qui l’opposait à Trotski sur cette question et d’une intervention de Boukharine qui avait prétendu clôre le débat entre eux en disant Trotski dit ça et Lénine dit ça sur ce verre, ils ont tous les deux raisons parce que ce verre est à la fois profond et lourd. Il en de même de la définition des syndicats. Lénine s’était levé, excédé par la superficialité du propos et avait dit « Boukharine nous donne une leçon de logique formelle, ce verre est à la fois ceci et cela, mais voilà quelle est la logique dialectique. Il faut prendre si possible TOUS les aspects du verre, il est non seulement profond et lourd, mais il est transparent, non ébréché, ce verre a de multiples aspects, mais il faut en choisir l’aspect principal en logique dialectique, celui qui donne le mouvement du verre, en l’occurrence l’usage que j’en ai, si je veux boire il faut qu’il ne soit pas ébréché, si je veux en faire un presse papier ou un projectile sa qualité principale est autre. En ce moment deux Chinois discutent en Chine sur la guerre, l’un dit la guerre est un art, l’autre répond c’est la lutte des classes, ils ont tous les deux raisons, mais pour nous c’est d’abord la lutte des classes au moment où elle en est dans notre Révolution.  » Je repense à cette analyse de Lénine et je me demande quels sont les aspects principaux de l’analyse que nous faisons de ce sujet aujourd’hui, quelle est notre tâche. Est-elle seulement mémorielle ? Certainement pas en tous les cas pas pour l’adversaire qui s’acharne à en donner une interprétation.


Ce qui fait consensus et ce qui provoque le débat

 

Un autre sujet que celui des méfaits du capitalisme fait consensus et donnera lieu à de nombreuses interventions, il s’agit de l’excellence de la culture dans l’ex-URSS. La matinée du deuxième jour est consacrée à cette question et comme c’est la coutume dans les colloques universitaires, chacun traite de sa de thèse ou de ses recherches, ce qui nous balade de l’intelligentsia d’avant la Révolution et son influence sur l’évolution de la société soviétique pendant la NEP du docteur en histoire, madame Yerochkina à la politique éducative et culturelle de l’Etat dans les années 20 et 30 et son influence sur le développement des petits peuples du Nord, de la Sibérie et de l’extrême orient par le docteur Nabok de Saint Pétersbourg, en passant par l’influence de la révolution de 1917 sur l’éducation et les sciences pédagogiques ou l’art russe à l’époque du communisme de guerre par Panoutin, un autre historien.

 

Le consensus est plein et entier sur la grande réussite qu’a été la politique culturelle et de l’éducation en Union soviétique, mais le débat se passionne à nouveau sur une question qui a été abordée hier dès la deuxième intervention d’une manière très convaincante par le docteur en philosophe Vladimir Chevtchenko dans une communication qui porte le titre: « interprétation marxiste et libérale: débat d’experts ou confrontation idéologique. » En fait ce dernier dont nous allons vous faire connaître les textes grâce aux traductions de Marianne témoigne sur ou plutôt contre la doxa qui tend à s’imposer sur le bilan de la Révolution d’octobre, ce qu’on enseigne aux étudiants, aux écoliers sous couvert de vérité scientifique et qui n’est que propagande idéologique. A l’autre bout du spectre, il y aura l’intervention de la vedette du colloque, le sociologue Boris Kagarlitski auquel nous allons nous opposer et dont nous ferons également connaître un texte. Celui qu’il présente au colloque sous le titre « l’énigme d’un parti révolutionnaire » n’en étant qu’une redite abrégée.Lisez donc son interview traduit par Marianne et que nous allons publier ici, il en vaut la peine c’est roboratif.

 

Entre ces deux spécialistes en sciences politique se joue l’équivalent de la querelle entre logique formelle et logique dialectique à propos non seulement de l’interprétation de ce qu’a été l’URSS, la révolution bolchevique avec au centre le rôle du parti hier et aujourd’hui, pour la mère de toutes les Révolution et sa postérité. Le dialogue n’est pas direct entre eux, ce sera paradoxalement à propos de notre propre exposé sur la « déstalinisation ratée » qu’il apparaîtra avec la question que pose Vladimir Chevtchenko : est ce que la déstalinisation est un concept socialiste ou libéral?

 

Avec ces deux positions, nous avons non seulement deux manières « révolutionnaires » de traiter de la postérité de la Révolution d’octobre, mais deux projets de société concernant l’avenir avec l’idée centrale que les choses ne peuvent pas rester en l’état, quels sont les aspects principaux de la situation de hier comme d’aujourd’hui et sur quoi les analyses s’opposent-elles?

 

Le réveil de la réflexion russe sur l’URSS

 

Ce que reflète le colloque y compris les interrogations sur l’URSS c’est d’abord le choc de 1991, suivi de l’histoire d’un anéantissement de la réflexion sur leur propre expérience. Ces universitaires ont passé dix ans dans le coma complet devant l’incompréhensible chute de l’Union soviétique, dix ans à s’en remettre et cela fait 5 ans qu’ils commencent à réfléchir à ce qui est réellement advenu. Durant ces 5 ans ils ont passé plus de temps à réfléchir au choc des années quatre vingt dix, qu’à se demander ce qu’avait été l’URSS. Ils commencent à peine à le faire et la célébration de 1917 les y incite. Elle a été précédée d’un autre réveil douloureux, la crise ukrainienne et la conscience de l’hostilité de l’Occident, des Etats-Unis mais aussi de l’Europe. Tous les jours on leur déverse à la télévision des « louches » d’antistalinisme et de dénonciation de la terreur bolchevique et ce n’est pas gratuit. Boris Kagarlitski affirme, » qu’on le veuille ou non l’idée d’une stabilité est illusoire », chacun le sait donc la pression sur l’histoire, la manière dont on privilégie la révolution libérale par rapport à celle d’octobre n’a rien d’innocent, c’est le fruit de cette tension qui monte dans le pays face aux injustices et à la dégradation de la vie de la majorité ». Il est rejoint dans ce constat par le docteur Chevtchenko qui interroge la Révolution d’octobre à partir des problèmes de l’heure et même de ce qu’a réalisé la révolution chinoise.

 

Le constat de cette situation qui veut que l’historiographie d’un événement révolutionnaire est encore un enjeu dans les tentatives pour étouffer les luttes d’aujourd’hui est proche de celui que dresse Annie Lacroix Riz à propos des travaux de l’historien irlandais Geoffroy Roberts « la teneur de ces travaux tranche avec l’effroyable portrait de l’URSS « stalinienne » dressée par l’historiographie française à l’ère Courtois-Furet-Werth du livre noir du communisme et popularisé par la grande presse. Car le dossier soviétique ne relève pas en France de l’étude historique mais de la lutte idéologique ou de la propagande politique. Pour empêcher le public de s’informer, rien ne vaut le barrage linguistique, censure scientifique insurmontable » (1). Si la barrière linguistique est réelle entre la France et les travaux édités en anglais, que dire des Russes et de leurs réflexions. Celle d’une presse qui fait silence sur les travaux existants dont les nôtres parce qu’il faut ne jamais laisser filtrer la manière dont des peuples entiers regrettent le socialisme. Le monde scientifique lui-même subit une véritable terreur dont le point central a fini par concerner notre propre révolution selon l’évangile de Furet qui veut que les révolutionnaires, depuis « les débuts français de l’ère maudite des révolutions, auraient, afin de justifier leur ‘système de pensée extrêmement violent’ instrumentalisé l’ennemi contre-révoltionnaire sur une base largement voire exclusivement fantasmagorique (2).


La permanence de l’URSS dans la Russie d’aujourd’hui

 

Oui, mais cette opération est plus difficile à mener dans l’ex-URSS, en Russie en particulier qui reste l’épicentre du mouvement. Le sociologue Boris Kagarlitski ne manque pas de verve et il reprend l’interrogation d’un grand nombre de Russes: « nous n’avons plus de masses, plus de parti, plus de leader », à laquelle il répond: « Il y a un fait important: ni les dirigeants, ni les classes inférieures de la société, ni la classe moyenne n’ont encore réalisé qu’ils vivent dans un monde qui a changé. En fait la société russe est endormie et voit en rêve la stabilité, se voit vivre un retour à la stabilité et se dit « Oui, il y a une crise. mais elle va finir! Puis tout sera comme avant« . Il dénonce cette illusion et d’une part affirme qu’aujourd’hui heureusement un certain nombre de gens sont prêts à se battre avec cette réalité imparfaite « cela s’appelle faire de la politique », mais également sa conviction que les deux tiers des personnes qui se considèrent comme de gauche maintenant ne prendront aucune part dans la politique quand les choses deviendront sérieuses.  »

 

Il n’a pas tort, la Russie s’est endormie, elle est en train de se réveiller étonnée de ce qu’elle voit et qui lui déplait, rien ne correspond à ce qu’elle avait espéré, parce qu’il n’y a effectivement aucun espoir à voir dans ce monde là… ses rêves sont peuplés de cauchemars incompréhensibles. Tout à changé, des gens se sont mis à prendre en main ce monde-là mais le fond reste aussi le même. D’ailleurs est-ce que quelque chose a réellement changé? A Kazan, comme ailleurs, il y a toujours une avenue Karl Marx et la statue de Lénine bras tendu vers l’avenir veille sur la place centrale, la gare est toujours décorée de faucilles et de marteaux. Quand Marianne veut aller voir derrière l’étal les fruits et les légumes, elle se fait rabrouer: « Femme, c’est interdit de passer par là! » Elle s’excuse et proteste qu’il faudrait un écriteau. Là c’est l’indignation: parce qu’en plus il vous faudrait un écriteau ». Après le côté presque obséquieux des serveurs de Saint Pétersbourg habitués aux touristes, nous voici à nouveau en Union soviétique avec ses rudes matrones qui refusent de vous servir parce qu’elles sont fatiguées et qu’elles ont accompli leur temps moyen nécessaire pour la collectivité et qu’elles ne céderont pas à votre consumérisme excessif… Nous rions avec Marianne de ce retour vers l’URSS de jadis, cette mini application de la dictature du prolétariat que chaque personnel de service se croyait en droit de vous imposer. Le seul changement c’est qu’avant on vous interpellait avec des « citoyennes », « camarades », aujourd’hui c’est avec le terme « femme » (женщина), madame eut été trop céder à l’adversaire de classe, et il fallait tenir compte des changements. Il n’y a pas qu’en province, à Kazan en particulier, où la référence à l’Union soviétique permet de tenir ensemble cette moitié de population tatare et l’autre moitié russe, parce que l’Union soviétique a développé l’amitié entre les peuples. Chaque personne rencontrée, le chauffeur de taxi, le praticien de l’espéranto que contacte Marianne nous décrit la fusion opérée entre tatares et russes… Oui mais il y a au cœur du Kremlin local magnifique une mosquée assez hideuse récemment construite, avec les crédits saoudiens dont notre chauffeur Alexandre nous dit la laideur, en affirmant ce qui est inexact que toutes les mosquées sont hideuses sauf Sainte Sophie (parce que ce fut une église), cette irritation palpable y compris chez certains tatares devant l’enseignement obligatoire du tatare.

 

A Saint Pétersbourg quand l’avion arrive, il s’agit de la compagnie Rossia, l’hôtesse annonce : « Leningrad, la ville héros » et au-dessus des bâtiments de l’aéroport, il y a bien en lettres énormes Leningrad. Quand nous avons quitté la ville en taxi pour nous rendre à la gare, nous avons demandé au jeune chauffeur, un arménien qui a reçu une formation d’ingénieur et qui pour vivre pratique deux métiers, chauffeur et architecte d’intérieur sans arriver à s’en sortir comment il appelle la ville. Il nous répond « par son petit nom Piter » et il ajoute mais si nous parlons d’elle, nous l’appelons Leningrad. » Le passé résiste, est-ce qu’il meurt au milieu de nous, se décompose ou au contraire est-il le terreau sur lequel chacun prend conscience du caractère insupportable de la situation actuelle? les deux peut-être avec des temps différents pour les groupes sociaux affirme Boris Kagarlitski.

 

Et tout est à l’avenant, en fait ne pas toucher trop au passé fait partie de cette recherche de stabilité, de ce besoin de croire que tout cela va passer.

 

C’est pourquoi identifier la situation russe à le situation française serait inexact. Les Libéraux tiennent des positions, par exemple les programmes du ministère de l’éducation nationale sur la présentation scolaire de la Révolution d’octobre dont nous parle Vladimir Chevtchenko, et ils contrôlent une partie des émissions de télévisions, en France il n’y a plus le moindre espace de contestation de la doxa officielle sur « le livre noir du communisme ». Cela s’est accompli avec l’intellectuel médiatisé qui a remplacé le modèle républicain meritocratique » de l’Universitaire issu du peuple et faisant une longue thèse et des travaux argumentés. En Russie, il existe quelque chose de cet ordre et les différences entre Vladimir Chevtchenko et Boris Kagarlitski sur le rôle du parti léniniste dans la Révolution, relèvent aussi semble-t-il de cette différence de statut entre un intellectuel médiatisé avec des contacts en Europe et le travail universitaire, on peut se le demander?  Mais ce qui crée la différence entre la Russie et la France c’est comment au nom de la stabilité on n’ose pas encore trop toucher à la mémoire populaire… Ainsi en a-t-il été de la proposition de fermer le tombeau de Lénine y compris ceux qui disent que son épouse Kroupskaia ne voulait pas d’un tel embaumement. Il n’en est pas question, cela diviserait inutilement la société. C’est sans doute encore plus vrai si l ‘on considère la question des nationalités avec le partage des Républiques entre tatares musulmans et russes orthodoxes dans le Tartastan. La référence à l’Union soviétique demeure le ciment dans une situation qui pourrait devenir périlleuse, l’équilibre lié à l’Union soviétique doit être préservé.


La stratégie du Parti communiste de la fédération de Russie et un certain gauchisme universitaire : de la guerre de mouvement à celle de position?

 

Mais là dessus je vous renvoie à l’excellent article que Marianne est en train de traduire de Vladimir Chevtchenko et qui sera suivi ultérieurement d’un article du même auteur sur le stalinisme. Cette approche théorique permet de mieux éclairer la stratégie du Parti communiste de la fédération de Russie et celle de son leader Ziouganov tant dans ses relations avec la Chine que dans la stratégie suivie à propos de la Russie elle-même qui donne lieu à de nombreux débats et critiques dans ce colloque.

 

Quand dans le colloque, j’ai fait remarquer que les premiers travaux du monde académique regroupés par le parti de la fédération de Russie avaient remis en cause l’abandon de la dictature du prolétariat, un de mes interlocuteurs communiste opposé au parti de la fédération de Russie me répond: « Mais Ziouganov n’y croit pas lui même à la dictature du prolétariat! ». Et là on m’a ressorti l’éternel reproche adressé à ce dirigeant: quand il avait gagné les élections et que Poutine les avait trafiquées en 1996, il n’a même pas eu la volonté de s’emparer de force du pouvoir. Ce à quoi Ziouganov répond qu’il a voulu éviter une guerre civile et ses adversaires ont beau jeu de lui rétorquer que Staline et Lénine n’auraient pas hésité. Autre reproche adressé à Ziouganov, il serait un nationaliste. Bref non seulement ce seraient les communistes dont Ziouganov porte l’héritage qui auraient vendu l’Union soviétique, mais il aurait été incapable de reprendre le pouvoir à l’oligarchie qui avait tronqué les votes.

 

En écoutant Vladimir Chevtchenko, et nous espérons Marianne et moi que celle-ci vous inspirera autant de réflexion, on pense à une autre stratégie du dirigeant du KPRF. J’ai du mal à imaginer Ziouganov en lecteur de Gramsci, mais pourtant sa stratégie peut faire irrésistiblement songer à ces concepts gramsciens sur la manière dont la Révolution française passe de la guerre de mouvement à la guerre de position et de la dictature de la bourgeoisie à l’hégémonie radicale sous la troisième République. A partir de la guerre de mouvement comme l’a montré la première guerre mondiale, la guerre devient toujours plus une guerre de position. Celle-ci rappelle les réflexions de Gramsci dans les Cahiers de prison sur les deux moments de la révolution française. Le moment jacobin, avec Robespierre qui mène contre l’aristocratie et la féodalité « une guerre de mouvement », puis malgré le retour des rois cette autre étape de la guerre dite guerre de position ou de tranchées. Les radicaux comme Jules Ferry et d’autres vont inscrire dans le territoire à travers l’école laïque entre autres la réalisation pas à pas des objectifs de la révolution française dans la lutte contre la féodalité. Le bloc de la Révolution bourgeoise en France excède non seulement l’opposition traditionnelle entre 1789 et 1793 et sa terreur, mais également se déploie sur tout le XIXe siècle, alors même qu’en son sein monte un nouvel acteur, le prolétariat. En fait les radicaux, malgré le retour des rois, ont pu mener un tout autre type de guerre pour faire triompher les buts de la révolution française et ils ont pu le faire parce qu’il y avait de fait un consensus sur le modèle républicain inauguré par la Terreur et poursuivi à sa manière par Napoléon. La société russe témoigne d’un large consensus autour de la Révolution et de l’URSS, il n’est pas besoin d’une nouvelle guerre civile ou terreur. Il en sera de même puisque 1917 a eu lieu avec sa terreur, de la guerre de position pour l’hégémonie que doit mener le prolétariat mondial . « il se passe dans l’art politique ce qui se passe dans l’art militaire : la guerre de mouvement devient toujours davantage une guerre de position »8, celle-ci est « imposée par les rapports généraux des forces qui s’affrontent » dit Gramsci et peut-être pense Ziouganov, l’hégémonie est une guerre de position qui implique la stabilité du front, sa dimension nationale sans doute et qui paraît requérir une certaine stabilité. En écoutant Vladimir Chevtchenko nous parler de cette lutte menée pied à pied entre libéraux et communistes autour de l’interprétation de la Révolution d’octobre et de ce que fut l’URSS dans le contexte de la Russie d’aujourd’hui qui rêve de stabilité tout en étant la proie de l’idée que c’était mieux en ce temps-là et surtout que les Américains veulent la guerre, c’est de cette lutte pour l’hégémonie dans une guerre de position qui s’est imposée et qui est rendue possible par l’existence de celui que Gramsci désigne comme le « prince  » des temps modernes, le Parti.

 

Quant au nationalisme prêté à Ziouganov c’est un paradoxe pour celui qui fait tout pour renouer les liens avec la révolution chinoise, retissant des liens que Khrouchtchev avait distendus. Là encore ce qui est pris en compte c’est la globalité de la Révolution bolchevique dans le temps et dans l’espace, cette révolution qui a rendu possible toutes les autres, mais que le devenir des autres éclaire aussi parce que le prolétariat y a fait la preuve qu’il était capable de prendre le pouvoir d’en exercer y compris la dictature. .

 

Sur l’interprétation de la Révolution cubaine

 

Boris Kagarlitski croit-il en revanche à une nouvelle guerre de mouvement déclenchée par des masses pures de tout compromis avec l’ordre existant et qui balayerait ceux qui ont accepté d’exercer le compromis politique durant nos temps obscurs? C’est séduisant mais je ne peux m’empêcher « à force de vouloir avoir les mains propres, ces gens là n’ont plu de mains du tout »… Nous écoutons sa démonstration dont le fin du fin est de démontrer que la Révolution aura lieu qu’on le veuille ou non et qu’on n’a pas besoin pour cela d’un parti. Ainsi péremptoire, il dit avec des traits rapides et percutants ce qui selon lui s’est passé et est actuellement déjà en train de se passer dans ce monde qui ne peut plus rester en état… non seulement Mélenchon est son nouvel héros mais il affirme que jamais les Français ne pardonneront au PCF et à Pierre Laurent d’avoir appelé à voter Macron. Si nous ne sommes pas Marianne et moi des fans du secrétaire du PCF, nous trouvons le jugement un peu rapide ne serait-ce qu’à cause de tout un prolétariat issu de l’immigration qui avait réellement peur de ce que représentait Marine Le Pen mais même sans se référer à ce prolétariat, il est clair qu’il y une masse de prolétaires, d’ouvriers, y compris dans les territoires qu vivent délocalisation et désindustrialisation, mise en concurrence des forces de travail, qu’il faut impérativement arracher au fascisme et à son désespoir. Dans la situation des présidentielles françaises entre les deux tours, n’y avait pas de bon choix et il fallait surtout empêcher de s’opposer sur ces questions. Le problème que pose la direction du PCF est bien antérieur à ce moment et justement pose la question du parti, de son utilité. Je trouve que Boris Kagarlitski en prend à son aise avec la complexité de la société française. Mais là où mon désaccord devient plein et entier c’est quand dans le cadre de sa problématique visant sur le fond à nier l’importance d’un parti révolutionnaire, il explique que le vieux parti communiste cubain s’est montré totalement hostile à Fidel Castro.

 

Je lui demande d’où il tire cette conviction. Il me répond que son épouse faisait une recherche sur Mikoyan et l’art de la cuisine et qu’en consultant sa correspondance, elle avait par hasard trouvé une lettre de deux Cubains appartenant à l’ancien parti communiste cubain qui dénonçaient « l’aventurier Fidel Castro ». Je trouve la référence un peu courte et sa conclusion trop rapide. Qu’il y ait eu des éléments hostiles dans les partis communistes traditionnels à la guérilla castriste puis guévariste est une réalité qui va s’accentuant dans la période de division entre la Chine et l’URSS, mais il est faux de ne pas envisager les racines multiples de la Révolution castriste, sur quoi s’ancre la résistance dont elle a fait preuve y compris à la chute de l’URSS.

 

je lui demande s’il sait que Raoul Castro était lui membre de ce parti y compris quand il participe à l’assaut de la Moncada ? Que Fidel qui était marxiste depuis longtemps l’y avait encouragé. J’explique que mon ami Jorge Risquet, qui avait été le plus jeune membre de la jeunesse communiste cubaine, à 13 ans, était depuis toujours à ses côtés. Se contenter de cette lettre dans les papiers de Mikoyan alors que le sujet de la recherche est tout autre est pour le moins léger. Il y manque l’analyse de ce qu’était cet ancien parti communiste, son implantation dans le port de la Havane mais aussi dans le syndicalisme africain des coupeurs de canne et des ouvriers du sucre, autant que dans l’industrie du tabac, chez les étudiants, tout cela est irresponsable. Ce parti fondé par Julio Antonio Mella qui était aussi marxiste-martiste que les frères Castro et Risquet, mérite une autre analyse, s’en priver c’est ne pas comprendre toute une part des racines de la révolution cubaine. En revanche plus intéressant serait de voir le rôle joué par l’armée révolutionnaire dans la prise du pouvoir mais aussi dans la période spéciale, celle où Cuba, à la chute de l’Union soviétique, sans l’aide du COMECON, à une encablure des Etats-Unis son pire ennemi a résisté et a entraîné et soutenu l’élan qui s’annonçait en Amérique latine. Cette armée a joué un rôle essentiel, s’est autofinancée, a fourni les cadres y compris sous l’impulsion de Raoul Castro dans la résistance à l’impérialisme.

 

Boris Kagarlitski ignore visiblement tout cela, il essaye de se débarrasser de moi et de mon intervention intempestive en déclarant « Intéressant, je ne savais pas que les Castristes avaient ainsi pratiqué l’entrisme dans le vieux parti communiste! » Là je suis accablée, j’imagine la tête de mon vieux camarade stalinien qu’a été toute sa vie Jorge Risquet en train de se faire accuser d’entrisme trotskiste dans le parti communiste cubain, alors que sa famille des ouvriers du tabac habitant dans les Solares cubains, ces bidonvilles autour du port de la Havane poussaient si loin l’engagement communiste que sa sœur née le jour de l’assassinat de Mella n’avait jamais vu fêter un si funeste anniversaire… lui qui avait dirigé les contingents cubains en Afrique sous les ordres de Fidel et aimait tant l’URSS, mais affirmait que l’intervention cubaine dans ce continent qui avait aidé à la libération de Mendela et à la libération de l’Afrique du sud de l’apartheid et « était repartie seulement avec les os de ses soldats morts », n’avait jamais agi sur ordre de l’URSS dans ce continent… Cet amour de l’URSS, de sa révolution passait chez les Cubains de l’exigence du respect, le respect du mode révolutionnaire cubain… Je crois le connaissant qu’il aurait été capable de gifler celui qui l’aurait à ses yeux insulté en travestissant l’Histoire, leur histoire. .

 

Mais nous reviendrons sur ces passionnants débats demain à propos du stalinisme.

 

(1) Geoffroy roberts, les guerre de Staline, de la guerre mondiale à la guerre froide 1939-1953, préface d’Annie Lacroix-Riz. Editions Delga. Paris 2015, p. préface page II.
(2) idem page IV.