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PCF Vie et débats 2017

L'urgence, Hamon-Mélenchon ? L'impasse de ce weekend confirme

 

Publié le 27 Février 2017 

C'est ailleurs

que cela doit se passer

 

L'urgence, Hamon-Mélenchon ? L'impasse de ce weekend confirme

 

Lettre ouverte à celle ou celui qui ne voit d'avenir que par l'isoloir.

 

Cher(e) Camarade,

 

Contrairement à La Canaille qui devant l'invraisemblable épisode Hue-Jospin et ses dérives, pour affirmer dire vouloir rester communiste s'est vu blacklisté et poussé hors des organisations du PcF, tu as fait partie de ceux qui ont confirmé, la pensant juste, la ligne politique qui a conduit ton organisation là où elle en est à ce jour. Cela y compris parfois en participant à la peu glorieuse mise à l'index de milliers de militants.

 

Bilan, d'une organisation dont chaque communiqué était analysé et faisait peur du côté des maîtres des chiens de garde, la question de ce que pense le P "c "F n'est même plus un sujet de moquerie.

 

Une image grand format s'affiche devant la population française : confirmant une pratique maintenant séculaire, la politique menée par le PS a ouvert un boulevard aux idées de droite et aux fascistes. Action calculée, méthodique qui a conduit au rejet de la politique par un nombre devenant prépondérant de ceux qui pourtant ont intérêt à s'en mêler. Elle a semé désespérance et misère à travers tout le pays.

 

Aujourd'hui, la seule lisibilité de l'organisation dépositaire du sigle PCF est d'afficher sa partie la plus liée aux mandats électifs publiquement s'affronter et s'isoler de ceux qui rejettent le PS, mais lesquels pour cela se rangent derrière un des historiques responsables de la même social-démocratie.

 

Cela à travers d'une focalisation sur un moment politique institutionnel dont en son temps et Canaille le Rouge pense que l'analyse reste la seule pertinente, le PCF avait dénoncé la nocivité.

 

Au moment où ces lignes sont écrites, la ligne de fracture entre Hamon et Mélenchon, filiation direct de l'Héritage Rocard-Jospin n'est que la représentation d'un déchirement interne d'un P"c"F conduit par sa direction à l'agonie. Est-ce pour toi l'horizon indépassable du débat politique, l'achèvement de la transformation sociale ?

 

Crier vive 36 ! vive 44 ! Vénérer quasi religieusement le CNR er ses ordonnances, les ministres communistes et dans le même temps se crêper le chignon entre Mélenchonolâtre et Hamonophile sous votre coupole commune va-t-il ouvrir une perspective ? 

 

A force de nier au nom de la disparition de Billancourt l'existence de ces 50% de la population qui fabriquent quasiment 100% de la richesse, la politique se fait maintenant aux culs des vaches porte de Versailles, même plus sous les ors de la République mais derrière les paravents des lobbyistes de l'UE.

 

Pourquoi et comment en est-on arrivée à devoir rappeler à ceux qui disent assurer la continuité du parti de Vaillant Couturier et Frachon que ce qui fait la force motrice d'une réflexion communiste est l'objectif : la suppression du capitalisme et le moyen de l'atteindre : la primauté du mouvement populaire et sa progression par l'investissement de tous les espaces, dont les élections mais pas que, pour construire du rapport de force ?

 

C'est d'avoir rejeté l'objectif et renoncé aux moyens qui conduit à cette débâcle.

 

Des amis de Canaille le Rouge, certains de ses ex-camarades en sont à jouer les intercesseurs pour faire que les deux adoubés comme têtes de gondole des fausses solutions, responsables de cette situation, se rabibochent à la façon programme commun et son actualisation (pour les plus anciens, souvenez-vous de cette page de l'Huma " ça y est " qui masquait la réalité de ce qui permettrait au PS et son premier secrétaire d'alors d'avancer dans la casse des espoirs populaires avant même qu'il ne parte officiellement tirer des poubelles de l'histoire la droite fasciste et l'amener au niveau de menace d'aujourd'hui.

 

Devant cette situation et pour se donner des moyens d'agir quel que soit l'avenir, l'urgence est-elle de participer à la mascarade qui sert d'engrais à la croissance de l'extrême droite ET permet l'intensification de l'exploitation du monde du travail (le titre des échos de jour " pourquoi le CAC 40 stagne alors que les dividendes s'envolent ? ") ou bien de profiter de tout l'espace calendaire sans se focaliser sur les échéances pour faire monter ce front de la colère d'un mouvement populaire ?

 

Si les plus conscients mesurent qu'il est urgent de bâtir une véritable alternative et non pas des placebos, des recettes charlatanesques voire même éventuellement des remèdes homéopathiques alors que c'est une infection qui est à combattre, est-ce dans une opération de tri sélectif où peu sont à sauver que surgira l'issue ?

 

Au mieux ce sera un sursis de 5 ans avec la même politique, empirée, certainement des conditions toujours aggravées pour le plus grand nombre.

 

Est-ce cela l'urgence ou bien poser les termes sans fard des conditions et buts d'une véritable alternative et donc, pour faire la Révolution se doter d'une organisation révolutionnaire ?

 

Rédigé par Canaille Lerouge

La Commission française des Finances travaille avec les lobbies bancaires. Vidéo

 

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La corporatocratie est une réalité.

 

Le peuple suisse et ses médias ont par exemple pris l’habitude de voir UBS tenir le haut du pavé dans des affaires délictueuses internationales tout en participant à la vie politique, économique et financière de la Suisse. Un mélange des plus détestables mais qui ne fait plus réagir personne.

 

Il n’en va pas de même en France où un Sénateur Eric Bocquet – vidéo ci-dessous-  réagit vivement et fermement à la découverte de la composition de la Commission des finances. Y sont présentes les banques globales internationales, dont l’incontournable UBS en délicatesse avec la justice française…

 

Un lobbying au coeur de la gestion des affaires de l’Etat…

 

La présence détonante de ces représentants de la haute finance vise évidemment la promotion de leurs intérêts personnels.

 

Influencer les représentants de la démocratie, met en exergue les conflits d’intérêts patents auxquels personne ne devrait s’habituer!

 

Bravo M le Sénateur!

 

25 février 2017
Le gauchisme ou le niveau zéro de la compréhension du phénomène national
 
Par Collectif Marxisme et nation

Repris sur Comité Valmy

 

Nature et fonctionnement d’une machine à broyer les peuples

 

Contrairement à la vieille rengaine, l’Europe ne fut jamais celle des peuples et ne tenta jamais de l’être. Elle répond à un besoin précis du patronat européen et mondial, réformer le cadre des structures de décisions politiques pour être mieux à même d’imposer la régression généralisée, la contre-révolution permanente.

 

Le paradigme imprescriptible sur lequel les trotskistes fondent leur doctrine politique est une négation pure et simple de l’existence matérielle de la nation. Pour eux, il n’existe au monde que des classes sociales sans aucune distinction résultant de leur histoire ou de leurs modes de vie.

 

Pour faire simple, on pourrait dire que, pour les gauchistes, le marxisme est une sorte de catéchisme dont ils dégagèrent très vite les textes apocryphes qui n’adhèrent pas à leur utilisation dogmatique. C’est en cela que toute l’expérience acquise par le mouvement communiste au XX siècle leur est tout à fait exotique, préférant le slogan et l’incantation stérile des masses qui les laisse propres de toute erreur ou des sales besognes inhérentes à l’exercice du pouvoir.

 

Ils se trouvent en cela incapables de comprendre que le marxisme est une science expérimentale dans laquelle, mêmes les fondateurs du matérialisme historique, Marx et Engels, peuvent se tromper, soit pour n’avoir pas étudié la question dans sa globalité, soit parce qu’ils ne pouvaient prévoir les bouleversements historiques ultérieurs. Ainsi, le paradigme imprescriptible sur lequel les trotskistes fondent leur doctrine politique, est une négation pure et simple de l’existence matérielle de la nation. Pour eux, il n’existe au monde que des classes sociales sans aucune distinction résultant de leur histoire ou de leurs modes de vie.

 

En conséquence, tout ce qui tend à rapprocher les membres d’une même classe à l’intérieur de la nation (des traditions, des combats communs) leur est parfaitement étranger. Dès lors, leur compréhension de la Révolution française reste fort limitée, incapables qu’ils sont de voir le progrès social qu’elle a engendré, malgré son caractère bourgeois et national.

 

Dans la même logique, s’il n’y a plus de nation, il ne peut y avoir de lutte nationale. Ils seront ainsi totalement incapables de comprendre la spécificité des guerres de décolonisation, comme la nécessité de la lutte contre la « construction » européenne. Les conséquences directes de ce point de vue sont connues, Lutte Ouvrière disant ne pas voir de différence entre l’exploitation par le capital au niveau français ou européen, appela à s’abstenir lors du référendum sur Maastricht, pesant lourd dans une balance qui ne pencha en faveur du Oui que pour seulement 54 000 voix [1].

 

De même, il n’est pas étonnant de trouver en la LCR l’un des meilleurs soutiens à « une autre constitution européenne plus sociale », relégitimant du même coup la machine à broyer les peuples.

 

Il est ainsi de bon ton, chez eux, de rabâcher la phrase bien connue de Marx : « Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur prendre ce qu’ils n’ont pas. » Cependant, ils oublient toujours la seconde partie de cette citation du Manifeste : « Comme le prolétariat doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, se constituer lui-même en nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens où l’entend la bourgeoisie. » [2] En fin de compte, jamais les trotskistes ne seront capables de comprendre que le développement de l’internationalisme suppose au préalable ... l’existence des nations.

 

Notes
[1] A comparer avec les 600 000 voix obtenues par la candidature Laguiller en 1988 et les 1 600 000 voix obtenues en 1995.

[2] K. Marx, Manifeste du Parti communiste, Editions sociales, Paris 1976, p. 54.

 

Mise en ligne CV : mars 2009

Source :
Pour citer cet article, merci d’utiliser ces indications :
Collectif, Le « gauchisme » ou le niveau zéro de la compréhension du phénomène national, L’idéologie européenne (http://www.ideologie-europeenne.fr


http://www.ideologie-europeenne.fr/Le-gauchisme-ou-le-niveau-zero-de.html

Publié par  Le Mantois et Partout ailleurs

Sur les zéros socios, pardon les réseaux sociaux, nombre de hors-sol, pardon nombre de gens, au nom de la paix dans le monde, pour le progrès social et la lutte contre la finance pétitionnent ou écrivent  de se rassembler autour d'un candidat unique de la gauche.

Et ce héros ne serait que Benoît Hamon, le plan H du pouvoir socialiste et candidat adoubé par le Parti socialiste. Celui qui fait la guerre un peu partout dans le monde pour les intérêts du capital. Celui qui a fait voter les lois Rebsamen, Macron et El Khomri ou la destruction de la SNCF. Celui qui n'a rien fait pour augmenter les salaires et les pensions de retraite, mais qui a privilégié le patronat français. Celui qui, par sa politique anti-sociale entreprise depuis mai 2012, a laissé sur le bas-côté les couches populaires et tous les exclus par notre mauvaise société. Celui qui fait progresser l'extrême droite. Celui qui à coups d'état d'urgence supprime nos libertés.

Et il faudrait se rallier à Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste qui adoube pour les législatives de juin 2017 Manuel Valls, Myriam El Khomri ou des députés ayant voté toutes les lois présentées par François Hollande depuis mai 2012?

Je regrette, ce n'est pas ce bulletin de vote que je déposerai dans l'urne."Qu'aurons-nous à gagner à détruire l'aristocratie des nobles si elle est remplacée par celle des riches", prophétisait Marat avant d'être assassiné par une contre-révolutionnaire le 13 juillet 1793.

Il disait aussi: "Les citoyens timides, les heureux du siècle, les sangsues de l'Etat ne redoutent rien tant que les émeutes populaires: elles tendent à détruire leur bonheur en amenant un nouvel ordre des choses." Peut-être Roger, mais c'était lors de la Révolution française. Aujourd'hui, nous sommes dans la patrie des Droits de l'homme et du citoyen. Ah bon, vraiment?

Et une affiche pas si vieille que ça, du parti auquel appartient depuis toujours Benoît Hamon:

Une candidature unique vraiment à gauche autour de Benoît Hamon? Vraiment? Sans blââgue!

Quartiers Populaires et institution policière : une humiliation raciste et sexiste atmosphérique.

 

dimanche 26 février 2017 
par  Said Bouamama 

Après la mort d’Adama Traoré en juillet dernier lors d’une « interpellation » par des gendarmes, les violences, les insultes racistes et le viol de Théo le 2 février par quatre policiers, a une nouvelle fois soulevé la colère des quartiers populaires en général, de leurs composantes issues de l’immigration en particulier. Alors que nous étions encore tous sous le coup de l’émotion et de la colère, le projet de loi assouplissant les règles de légitime défense des policiers était définitivement adopté par les sénateurs et les députés.

La dernière loi du quinquennat Hollande les autorise désormais à tirer après deux sommations dans cinq situations énumérées par le texte de loi. Le texte prévoit en outre un doublement des peines pour le délit « d’outrage à agent » faisant passer la peine possible à 1 an de prison et à 15 000 euros d’amende. La nouvelle loi instaure également l’anonymat des policiers dans les procédures judiciaires, pratique jusque-là réservée aux seuls enquêteurs des affaires de terrorisme.

Un sentiment d’impunité pour les uns voisine désormais un peu plus qu’auparavant avec un sentiment de négation pour les autres. Les deux versants du rapport social entre l’institution policière et les quartiers populaires sont exacerbés dans le sens d’un renforcement de la fabrique d’une humiliation raciste et sexiste atmosphérique.

 

Comme à chaque fois qu’il s’agit des quartiers populaires une série de contre-feux ont rapidement émergés dont la fonction est d’occulter la question première posée par les faits : celle du rapport social entre l’institution policière d’une part et les « noirs et arabes » des quartiers populaires d’autre part.

 

Abordons trois de ces débats écran : la mise en exception des acteurs policiers sous la forme de l’affirmation outragée « toute la police n’est pas raciste » ; la mise en exception de la victime sous la forme de « Théo est un bon garçon » ; la mise en exception des faits sous la forme de la focalisation sur le viol.

 

La mise en exception des acteurs policiers

 

Rappelons avant d’aborder ces trois discours que la « mise en exceptionnalité » est un processus classique des processus et des discours de domination lorsqu’un fait ou une attitude empêche la légitimation habituelle du rapport inégalitaire. Il permet de préserver une structure en dénonçant un « abus », de sauver un système en éliminant une de ses conséquences devenues illégitimes, de reproduire les mécanismes essentiels en supprimant un effet visible trop scandalisant aux yeux de l’opinion publique d’une époque et/ou d’un espace géographique.

 

Les exemples de ce type de processus sont légions : de la dénonciation des « abus coloniaux » pour plaider une « colonisation humaine » à la promotion de quelques enfants d’ouvriers ou d’immigrés pour justifier un système inégalitaire en insistant sur leurs efforts et leurs intelligences exceptionnels, en passant par la fameuses phrases que nous avons tous déjà entendu « oui mais toi c’est pas pareil » pour développer une affirmation raciste.

 

La mise en exception des policiers prend classiquement deux formes : le discours négatif sur la bavure et le discours positif sur la grande majorité des policiers « républicains » qui ne seraient pas « racistes ».

 

Dans les deux cas le résultat est la disparition de l’institution policière du débat et de l’effort de compréhension. La notion galvaudée et récurrente de « bavure » lorsque les faits ne sont plus niables occulte l’ensemble des facteurs constitutif du rapport social entre « noirs et arabes » et institution policière dont une conséquence logique est justement ces fameuses « bavures » : nature des missions confiées à la police, choix de constitution de certains corps policiers spéciaux (Brigade Anti-Criminalité- BAC, Brigades Spécialisés de Terrain- BST), type d’armements (les BST sont par exemple équipés matraques télescopiques et de Lanceurs de Balle de Défense pouvant tirer à 40 mètres-LBD40), discours politiques sur les « territoires de la république à reconquérir », contrôle au faciès répétés, nombre de victimes suite à une confrontation avec la police et nombre de condamnations, etc.

 

Comme le souligne un slogan apparu sur les réseaux sociaux le simple fait que de nombreux jeunes décident de fuir est significatif du sentiment d’insécurité généralisé qu’ils ressentent face aux policiers : « Théo et Adama nous rappellent pourquoi Zyed et Bouna courraient ». De même un slogan jusque-là utilisé par les « sans-papiers » est spontanément réapparut dans les manifestations de ces derniers jours : « Nous ne sommes pas dangereux, nous sommes en danger ».

 

Comme pour Zyed et Bouna les jeunes noirs et arabes de l’ensemble de l’hexagone peuvent par expérience (subie ou vue) s’identifier à Théo. Ce simple fait invalide la notion de « bavure » qui en elle-même oriente vers l’exceptionnalité et la faible récurrence.

 

Le discours sur la « police républicaine » pour sa part déplace le débat. Il s’agit ici de renvoyer à une posture morale binaire du type : « dites-vous que tous les policiers sont racistes ? ». Il s’agit de mettre sur la défensive ceux qui oseraient remettre en cause le fonctionnement de l’institution policière. De trop nombreuses déclarations concernant les violences subies par Théo débutent ainsi par un « éloge à la police républicaine » qu’il ne faudrait pas confondre avec quelques « ripoux » en son sein.

 

La question qui nous est dramatiquement et régulièrement posées n’est pourtant pas celle de la moralité de tel ou tel pourcentage de policiers mais celle des missions qu’on confie à la « police républicaine », des cibles qu’on lui désigne, des passages à l’acte qu’on lui autorise, des impunités dont on la garantie, des armements dont on la dote, etc. La question posée n’est pas morale mais politique. C’est ni plus ni moins celle de l’institution policière.

 

Poser cette dimension systémique ne signifie pas que les agents n’interviennent pas dans le déroulement des faits. La violence systémique s’incarne certes dans des comportements qui varieront d’un agent à l’autre mais elle reste déterminée par le contexte global de l’institution policière. Il ne faut pas par ailleurs sous-estimer l’influence des idéologies d’extrême-droite qui se développent depuis plusieurs décennies dans la police.

 

En témoigne l’étude du CEVIPOF en 2015 qui fait apparaître que 51. 5 % des policiers et militaires ont votés Front National contre 30 % en 2012. En témoigne également les manifestations illégales de policiers légitimées à postériori par l’adoption de la loi assouplissant les règles de la légitime défense.

 

Nous attendons enfin encore les dénonciations des pratiques violentes des « collègues » par les « policiers républicains ». Non seulement elles sont rares mais on a pu entendre alors que les cris de Théo étaient encore récents, un responsable syndical de la police dire sur une antenne que « Bamboula ça reste à peu près convenable ».

 

La mise en exception de la victime

 

Le maire (Les Républicains) d’Aulnay-sous-Bois a pour une fois dénoncé un « détournement de vérité » après que la mise en accusation pour viol ait été requalifiée de « violences volontaires ». On pourrait certes interroger la cohérence de cet élu qui ne questionne pas la responsabilité de son parti dans les évolutions récentes de l’institution policière mais de telles prises de position sont suffisamment rares pour ne pas « cracher dans la soupe ». En revanche à plusieurs reprises il a insisté sur le fait que Théo était un « type bien » rejoignant en cela de nombreuses déclarations et prises de positions rappelant qu’il n’avait pas de casier judiciaire, qu’il était « éducateur », qu’il participait à plusieurs associations de son quartier.

 

Cette mise en exception en apparence positive porte un implicite : l’acceptabilité possible de telles violences pour les jeunes ayant un casier judiciaire ou « connus des services de polices » pour reprendre l’expression consacrée à chaque « bavure policière ». Comme le souligne Frantz Durupt et Balla Fofana dans le billet de libération du 8 février :

 

« A trop souligner les « qualités » de Théo, on prend le risque de le faire passer pour une exception, le gentil noir, et de présenter son cas comme un acte isolé. Insister sur sa « gentillesse », c’est mettre du mascara sur le coquard d’une réalité française : celle des violences policières. Ces agressions aveugles, basées sur des préjugés racistes, ne s’embarrassent pas de savoir si un individu est digne d’un prix Nobel de la paix ou pas. Théo n’a pas besoin de circonstance atténuante et encore moins qu’on l’enferme dans le cliché colonial du bon noir sage, seulement coupable de n’être pas né sous la bonne étoile. Oui, Théo est un type bien. Mais ce n’est pas la question ! »

 

Une autre version de la mise en exception de Théo prend la forme de la louange sur sa réaction qui aurait été « digne » et « responsable ». Ici aussi l’important est ce qui se dit en creux, ce qui se suggère, ce qui se véhicule implicitement : l’invalidation de la colère devant une injustice. Une simple comparaison avec les discours et pratiques tenus à propos des réactions de la famille d’Adama Traoré (plainte de en diffamation de la maire de Beaumont sur Oise, plainte pour diffamation d’une des gendarmes, mises en détention provisoire de deux frères d’Adama, etc.) permet de saisir la fonction de cette mise en exceptionnalité : interdire l’expression d’une colère légitime. « Les violences ne se valent pas selon qui les pratique », tel est le message que porte implicitement la valorisation des « bons comportements ».

 

La mise en exception de la victime contribue ainsi à silencier les victimes et leurs proches, et de ce fait participe de la reproduction des violences policières. Elle contribue également à découpler les manifestations de protestations et les affrontements avec la police de ces dernières semaines des faits dramatiques subies par Théo. Il s’agit ici de nier tous lien entre des violences policières banalisées et impunies d’une part et la colère d’une jeunesse silenciée d’autre part.

 

Le comportement de Théo est mis en opposition à celui des manifestants pour nier les raisons même de la colère. La négation de la cause réelle des affrontements avec les forces de l’ordre permet dès lors d’avancer d’autres causes, stigmatisantes cette fois, pour les habitants des quartiers populaires. Marion Maréchal Le Pen peut dès lors déclarer sur France 2 le mardi 14 février que les jeunes qui se sont confrontés à la police « se fichent pas mal de Théo » pour ensuite avancer son explication : « une haine anti-France latente dans ces quartiers qui est liée vraisemblablement au communautarisme. »

 

Le discours n’est pas nouveau. C’est le même que celui entendu en 2005 à propos de la révolte de 400 quartiers populaires pendant 21 jours suite à la mort de Zyed et Bouna. Il consiste de nouveau à passer sous-silence le processus d’identification à Théo que ressentent de nombreux jeunes suite à leur « expertise d’usage » des contrôles de police. Bien sur d’autres causes existent pour expliquer les explosions de ces dernières semaines et entre autres les pratiques de provocation de certains policiers. Bien entendu certains jeunes voulaient en découdre avec une institution qui leur apparaît injuste et impunie. Si la cause des explosions n’est pas le viol de Théo, celui-ci est indéniablement un déclencheur révélant l’ampleur du passif entre l’institution policière et la jeunesse des quartiers populaires.

 

La mise en exception des faits

 

Il y a indéniablement un seuil qualitatif de passé dans l’ampleur et le type de violences que s’autorisent certains policiers. Nous aurions tort cependant de les considérer comme entièrement nouvelles comme en témoigne les témoignages qui apparaissent depuis la médiatisation des faits. D’autres violences policières à caractère sexuelle ont existées dans le passé, elles étaient simplement tues et/ou n’avaient pas réussies à traverser la frontière des médias. C’est ici un autre aspect du processus de mise sous silence des victimes de violences policières. On ne témoigne pas aisément des atteintes à l’intégrité physique et à l’intimité de sa personne. On ne porte pas facilement plainte pour de telles violences devant d’autres policiers. A tort ou à raison nombreux sont ceux qui tentent « faire avec » dans l’espoir d’oublier ou au moins de continuer à « vivre ».

 

L’insistance frisant parfois l’obscénité sur les détails du viol (nombre de centimètres de la pénétration, détail des blessures, etc.) outre qu’elle ne prenait pas en compte les effets possibles sur Théo, contribue également au processus de mise en exception et même d’une double exception : vis-à-vis de la culture du viol au sein de la police et des passages à l’acte qu’elle suscite d’une part et vis-à-vis des processus d’humiliation dont le viol n’est qu’une des formes d’autre part.

 

Concernant les violences sexuelles par la police rappelons quelques « affaires » qui ont réussis à figurer dans les médias. En 1991 à Bobigny un homme de 49 ans est tabassé au cours de sa garde à vue pour trafic de stupéfiant et porte plainte pour violence et viol. Les 5 policiers seront condamnés de 3 à 4 ans d’emprisonnement mais cette peine est réduite à 12 et 15 mois de sursis avec 3 mois ferme pour le chef.

 

La cour européenne des droits de l’homme condamne la France dans son arrêt du 28 juillet 1999 en précisant que « de tels agissements doivent être regardés comme des actes de torture ». [1] En 2001 un jeune homme de 16 ans est arrêté suite à un contrôle d’identité à Asnières-sur-Seine. Il est emmené au commissariat et tabassé. Deux heures plus tard les médecins de l’hôpital constatent de multiples contusions et une « fracture du testicule droit avec contusions et hématomes ».

 

La cour européenne des droits de l’homme condamne une nouvelle fois la France dans son arrêt du 14 mars 2011. Fin 2015 c’est un jeune homme de 29 ans qui est contrôlé en état d’ivresse à Drancy et violé à l’aide d’une matraque. Le policier reconnaît les faits en soulignant que l’acte était involontaire.

 

Ces quelques faits concernant 3 hommes (« un noir et deux arabes ») ne doivent pas occulter les viols contre des femmes par des agents de l’institution policière. Donnons ici aussi quelques exemples. En mai 2012 une femme placée en cellule de dégrisement à Mantes la jolie est violée par un agent. Il affirme pour sa défense que la victime était consentante et qu’il s’agissait d’un « malentendu sexuel ». [2] 

 

En avril 2014 une touriste canadienne de 34 ans est violée aux 36 quais des orfèvres. Les trois policiers évoquent un « rapport sexuel consenti ». Un non-lieu général est prononcé [3]

 

En décembre 2015 18 adolescents âgés de 14 à 18 ans portent plainte contre une dizaine de policiers pour « violence volontaire, agression sexuelle, séquestration et abus d’autorité ».  [4]

 

Comme pour les violences sexuelles concernant des hommes, il ne s’agit ici que des actes de violence pour lesquels les victimes ont réussies à dépasser les multiples obstacles pour déposer plainte. Ces faits scandaleux ne sont possibles que parce que la culture du viol est une réalité prégnante dans l’institution policière. En témoigne les récits multiples figurants sur la page Facebook intitulée « témoignages de sexisme, culture du viol et culpabilisation des victimes de la part ou au sein de la police  ». [5] La mise en exceptionnalité excessive des violences subies par Théo contribue, volontairement ou non à masquer cette culture du viol et les passages à l’acte qu’elle autorise.

 

La mise en exception des faits contribuent également à une sous-estimation des pratiques d’humiliation qui sont loin dans le rapport de la police aux quartiers populaires de ne se limiter qu’aux violences sexuelles. Du tutoiement généralisé, aux contrôles volontairement répétitifs des mêmes jeunes, en passant par les injures à connotation racistes et sexistes, les palpations, etc., l’humiliation tend à se banaliser dans certains quartiers populaires. Or l’humiliation n’est jamais sans conséquences. Ce n’est pas un hasard que le terme de « dignité » apparaît de plus en plus dans les témoignages et les titres des mobilisations contre les violences policières. L’humiliation est, en effet, ce qui porte atteinte à la dignité de l’être humain.

 

De l’humiliation à la dignité

 

Les jeunes des quartiers populaires ont recyclés le terme arabe « Hogra » pour rendre compte de cette expérience d’humiliation avec l’institution policière mais aussi avec de nombreuses autres institutions. Le terme était présent dans les conversations en bas des immeubles avant que de figurer sur les tracts et affiches associatifs et politiques. Dans un article publié en 2000 nous attirions déjà l’attention sur le réinvestissement de ce terme que nous définissions de la manière suivante : « il signifie à la fois mépris, humiliation, injustice et abus de pouvoir ». [6]

 

Les conséquences de la Hogra sur le sujet qui la subie ne sont pas anodines. Nous ne sommes pas en présence d’une épreuve que l’on peut facilement dépassée. La Hogra en général et l’humiliation en particulier porte atteinte à l’intégrité et à l’intimité du sujet et à l’image qu’il a de lui-même. En me chosifiant la Hogra et l’humiliation porte atteinte à l’envie de vivre elle-même. En me niant comme sujet porteur de droits imprescriptibles, elles m’orientent vers une mort sociale qui peut prendre une multitude de formes sur un spectre allant de l’intériorisation totale à la canalisation de l’énergie vers une action collective.

 

Les comportements d’autodestructions individuels, la hausse des violences sur les miens et sur mes proches, les révoltes des quartiers populaires, l’organisation collective, sont autant de formes d’expression de la réaction à la hogra et à l’humiliation. L’orientation vers telle ou telle forme dépend des canaux de reconnaissances et d’expression de la colère légitime d’une part, de l’état d’isolement d’autre part et de l’état du sentiment de prise sur la transformation du réel pour une troisième part. Cette description sommaire des conséquences de l’humiliation subie était nécessaire pour prendre la mesure de l’inanité de nombreux discours et sommations adressés aux militants des quartiers populaires.

 

Soulignons en deux particulièrement présente aujourd’hui.

 

La première sommation inconsistante est l’exigence d’une condamnation des révoltes violentes des quartiers populaires ou des affrontements avec la police. Nous appelons tous les militants et collectifs à refuser cette injonction et ce quelle que soit leur position à l’égard de la violence comme forme d’action politique. Non seulement cette condamnation est inefficace mais elle contribue à isoler encore plus ceux pour qui la violence agie n’est qu’une réponse à l’humiliation et à la violence subie.

 

L’allégeance à cette sommation quelle que soit son intention contribue à nier la recherche de dignité qu’il y a dans ces sursauts de vie et de dignité. Que l’on considère que ces sursauts doivent prendre d’autres chemins est une autre question. Les désirs de vie et de dignité prennent les formes qu’ils peuvent prendre à un moment donné et dans un contexte donné.

 

La seconde sommation inconsistante est celle de la défense de la « police républicaine » qui serait globalement saine à l’exception de quelques ripoux. Céder à cette injonction c’est renoncer à la compréhension du caractère systémique du rapport entre quartiers populaires et violences policières.

 

C’est renvoyer aux individus policiers ce qui n’est que le résultat de choix sécuritaires globaux. Si l’individu policier peut tenter de sauvegarder son intégrité morale c’est en entrant en contradiction avec les principaux déterminants des choix sécuritaires à l’encontre des quartiers populaires depuis plusieurs décennies.

 

Car l’humiliation est un rapport social qui n’a pas que des effets sur l’humilié. Il en a aussi sur l’humiliant.

 

A être acteur de l’humiliation de l’autre on ne fait pas que le déshumaniser, on se déshumanise également. Voici ce que disait Frantz Fanon à propos d’un inspecteur européen pratiquant la torture pendant la guerre d’Algérie et : « Comme il n’envisageait pas (ce serait un non-sens) d’arrêter de torturer (alors il faudrait démissionner), il me demandait sans ambages de l’aider à torturer les patriotes algériens sans remords de conscience, sans troubles de comportement, avec sérénité. » [7]

 

Prévenons la critique : nous ne disons pas que la situation des quartiers populaires est la même que celle de la colonisation mais que les processus qui s’y déroulent suivent la même logique d’humiliation avec des conséquences de même nature sur la déshumanisation des autres et de soi. Si la colonisation est un état et des pratiques d’exceptions généralisés, chaque situation de mise en exception empruntera ou retrouvera le chemin des pratiques coloniales.

 

L’héritage est bien présent et les processus largement similaires. Comme le souligne pertinemment Olivier Le Cour Grandmaison : « Les origines coloniales des pratiques actuelles des forces de l’ordre ne font aucun doute et ceux qui trouvent que « bamboula » est une expression acceptable en font la démonstration exemplaire. »  [8]

 

Ne pas se tromper de séquence historique

 

Avec les violences subies par Théo nous sommes en présence à la fois d’une invariance et d’une mutation. L’invariance est celle de l’instauration d’une humiliation « atmosphérique » pour paraphraser Frantz Fanon dans les rapports entre l’institution policière et les quartiers populaires depuis de nombreuses décennies. La « mort des frères » et la hogra « atmosphériques » sont inscrits dans l’histoire de nombreux quartiers populaires et dans la vie de nombreux de leurs habitants. Toutes les approches, discours ou programmes qui ne partent pas de cette expérience dans le rapport à la police, est condamnée à l’incompréhension pour le mieux et au rejet brutal pour le pire de la part des habitants des quartiers populaires.

 

Cette invariance ne signifie pas que rien ne bouge. Au contraire tout est en mouvement, autant les « humiliants que les humiliés ». Du côté des humiliants un seuil important a été franchi dans les manifestations policières de la fin de l’année dernière et dans les réponses étatiques qui leur ont été données. Ces manifestations sont à la fois une expression d’une fascisation explicite d’une partie du corps policier et un moyen de développement de cette fascisation. Les réponses étatiques apportées sont de fait une reconnaissance publique de la légitimité de se situer « hors-la loi ». Le vote de la loi sur la légitime défense policière encourage les passages à l’acte, autorise les pratiques humiliantes, renforce le sentiment d’impunité.

 

Du côté des « humiliés » des changements notables sont également repérables. En premier lieu ces changements se reflètent dans des postures quotidiennes de refus de l’indignité au risque de subir des violences dans les interactions avec la police. Ce qui est vécu par les uns comme de l’arrogance, de l’insolence, de la mise en danger, de l’absence de prise en compte du rapport des forces, de l’irrationalité, etc., pourrait bien être simplement le refus de la place assignée, l’exigence du respect d’une dignité, l’affirmation d’une humanité qui refuse d’être niée.

 

Pourquoi ce jeune contrôlé par une dizaine de policiers, insisterait-il autant et aussi fortement sur le refus du tutoiement au risque de voir dégénérer la situation ? Ce type de situation est désormais quotidien dans nos quartiers. Il exprime ce que Martin Luther King soulignait dans un autre contexte : « Mieux vaut souffrir dans la dignité, qu’accepter la ségrégation dans l’humiliation. »  [9]

 

Mais les changements ne sont pas qu’individuels et réactifs. Depuis la révolte des quartiers populaires de 2005, une multitude d’expériences collectives se sont déployées. Fragiles, éparpillées, parcourues de contradictions, elles n’en sont pas moins une recherche d’alternatives au face à face individuel avec l’institution policière.

 

Des collectifs de familles de victimes des violences policières, aux multiples petits regroupements affirmant une volonté d’autonomie et d’auto-organisation, en passant par la multiplication des espaces de débat ou d’éducation populaire, la dignité tente de se donner une forme d’expression publique organisée.

 

De manière significative les analyses et discours présents dans ces expérimentations sont marqués par la radicalité, l’articulation avec l’héritage colonial, la volonté de refuser les approches individuelles et morales au profit d’approches politiques et systémiques, etc. Nous sommes bien en présence d’un « nouveau » qui cherche à émerger.

 

La séquence historique actuelle est bien celle du paradoxe et d’une course de vitesse entre le processus de fascisation et le processus de reconquête de la dignité.

[1Affaire Selmouni Contre France, CEDH, requête 25803/94, 

 http://actu.dalloz-etudiant.fr/fileadmin/actualites/pdfs/NOVEMBRE_2011/AFFAIRE_SELMOUNI_c._FRANCE.pdf, consulté le 20 février à 10 h.

[2http://www.la-croix.com/Actualite/France/10-ans-de-prison-pour-un-ex-policier-accuse-d-un-viol-en-cellule-2014-10-29-1228972, consulté le 20 février à 16 h.

[3http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/07/20/non-lieu-general-dans-l-affaire-des-policiers-de-la-bri-accuses-du-viol-d-une-touriste-canadienne_4972318_1653578.html. Consulté le 20 février à 17 h.

[4http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2015/12/18/espece-de-libanais-de-merde-connards-sales-noirs-des-adolescents-portent-plainte-pour-violences-policieres_4834472_1653578.html , consulté le 20 février à 18 h.

[5https://www.facebook.com/payetapolice/photos/a.600094363513661.1073741828.600090306847400/600096430180121/?type=3&hc_ref=PAGES_TIMELINE, consulté le 20 février à 18 h 15.

[6Said Bouamama, Le sentiment de «  Hogra  » : Discrimination, négation du sujet et violences, Hommes et Migrations, n° 1227, sept-oct 2000, p. 38.

[7Frantz Fanon, Les damnés de la terre, La Découverte, Paris, 2002, p. 258.

[8Olivier Le Cour Grandmaison, Police «  républicaine  » et quartiers populaires : l’état d’exception permanent, 

https://blogs.mediapart.fr/edition/les-mots-en-campagne/article/160217/police-republicaine-et-quartiers-populaires-l-etat-d-exception-permanent, consulté le 21 février à 9 h 30.

[9Martin Luther King, discours à l’université d’Oslo du 11 décembre 1964, Je fais un rêve : les grands textes du pasteur noir, Bayard, Paris, 1998.

23 février 2017

Saïd Bouamama, les bases matérielles de la révolte

« Il ne suffit pas, pense Saïd Bouamama, que les bases matérielles d’une révolte existent pour que celle-ci devienne réalité. La possibilité ne signifie pas automatiquement l’effectivité. Les mêmes conditions matérielles peuvent s’exprimer sous la forme de l’explosion sociale comme en novembre 2005 mais également sous celle de l’implosion c’est-à-dire de la violence retournée contre soi ou dans les rapports sociaux de proximité comme nous le constatons quotidiennement dans nos quartiers populaires. Elles peuvent également conduire à des comportements nihilistes dans une recherche éperdue d’un sens à une existence devenue insupportable. Elles peuvent enfin se traduire par un séparatisme social et politique consistant à « bricoler » son existence sans tenir compte de la société officielle.Il est inutile de rechercher une quelconque homogénéité de comportements en réaction à ces conditions d’existence destructrices. Chacun s’oriente dans telle ou telle direction en fonction de sa trajectoire, des ressources relationnelles qu’elle contient ou non, des offres de canal d’expression de la colère qu’elle croise sur son chemin ou non, de la densité de ses liens sociaux ou de son degré d’isolement, etc... »

Reprenons les considérations de Saïd Bouamama...

Michel Peyret


Le discours des « valeurs de la république » : un nouveau masque de l’idéologie dominante

 

04 Août 2016 - SAÏD BOUAMAMA

Investig’Action vous invite à (re)lire cet article en lien avec l’actualité.


« Crise du civisme » disent certains « chroniqueurs », carence de transmission des « valeurs de la république » répondent en écho des ministres, nécessité urgente d’une reprise en main « citoyenne » de la jeunesse concluent-ils en chœur.

Avec un taux d’abstention s’élevant à 50, 02 % au niveau national lors du second tour des départementales (il était déjà de 49, 83 % lors du premier tour), la France est devenue une « démocratie de l’abstention (1)».

Le profil des abstentionnistes est tout autant significatif : 73 % pour les 18-24 ans et 59% chez les 25-34 ans, 58 % pour les employés, 53 % pour les ouvriers (2). « Crise du civisme » disent certains « chroniqueurs », carence de transmission des « valeurs de la république » répondent en écho des ministres, nécessité urgente d’une reprise en main « citoyenne » de la jeunesse concluent-ils en chœur.

Une nouvelle fois les explications sont idéalistes c’est-à-dire qu’elles évacuent les bases matérielles du comportement des citoyens et de la jeunesse.

Revenir à une approche matérialiste

L’idéalisme est cette approche philosophique qui explique les comportements humains à partir des idées, de « l’esprit », des représentations, des « valeurs ».

Il a comme avantage pour les classes dominantes d’occulter les bases matérielles des comportements humains c’est-à-dire pour notre sujet les injustices, les inégalités sociales, les discriminations sexistes et racistes. Revenir à une approche matérialiste c’est-à-dire expliquer les « idées », les « représentations » et les « valeurs » à partir des faits matériels est donc une nécessité pour comprendre et transformer le monde.

Or dans ce domaine de nombreux faits éclairent l’abstention des classes populaires et plus particulièrement de ses jeunesses. Citons quelques exemples : plus de la moitié des personnes pauvres ont moins de 30 ans (4), plus d’un tiers des 15- 29 ans occupe un emploi précaire (3), 23, 7 % des jeunes est au chômage fin 2014 contre 9,9 % pour l’ensemble des actifs (5), etc.

La dégradation des conditions matérielles est telle que les associations caritatives tirent depuis plusieurs années la sonnette d’alarme :

« plus d’un jeune sur 5 est concerné […] », « ils sont aujourd’hui les plus touchés par la pauvreté, bien plus que les personnes âgées », « les 18-25 ans représentent 12 % des bénéficiaires de l’aide » rappelle le Secours Catholique (6).Inutile de préciser que si ces jeunes sont issus de l’immigration ces chiffres doivent encore être augmentés :

 « Une étude de France Stratégie (le Commissariat général à la stratégie et à la prospective) publiée hier dresse un bilan bien sombre de la politique d’intégration en France. Intitulée Jeunes issus de l’immigration : quels obstacles à leur insertion économique ?, cette étude livre des résultats qui, s’ils ne sont pas surprenants, sont néanmoins inquiétants. Dans tous les domaines – éducation, logement, emploi, citoyenneté, santé… – les jeunes issus de familles immigrées, et singulièrement africaines et maghrébines, sont moins, voire beaucoup moins bien placés que des jeunes « sans ascendance migratoire directe (7)».

C’est dans ce contexte matériel que se forgent les rapports au monde, les idées, les désirs, les sentiments, etc., des nouvelles générations. Nul besoin d’invoquer un « esprit » ou des « valeurs » supposées en crise de transmission pour comprendre les effets de subjectivité d’une telle dégradation des conditions d’existence. Les jeunesses sont tout à la fois dans un rapport pessimiste à l’avenir et dans une colère sociale massive.

Une enquête d’opinion intitulée « Génération Quoi ? » réalisée par sondage avec un échantillon de 210 000 répondants de 18 à 35 ans résume cette subjectivité des jeunesses comme suit : 61 % des interrogés se déclarent prêt à participer « à un mouvement de révolte type Mai 68 demain ou dans les prochains mois » (66% des intérimaires, 63% des chômeurs, 60% des étudiants et même 54% des CDI) (8).

De nombreux manifestants sont, à l’évidence, beaucoup plus matérialistes que nos « chroniqueurs » et ministres en criant le slogan: « qui sème la misère, récolte la colère ».

Explosion, implosion et séparation sociale et politique

Il ne suffit pas que les bases matérielles d’une révolte existent pour que celle-ci devienne réalité. La possibilité ne signifie pas automatiquement l’effectivité. Les mêmes conditions matérielles peuvent s’exprimer sous la forme de l’explosion sociale comme en novembre 2005 mais également sous celle de l’implosion c’est-à-dire de la violence retournée contre soi ou dans les rapports sociaux de proximité comme nous le constatons quotidiennement dans nos quartiers populaires.

Elles peuvent également conduire à des comportements nihilistes dans une recherche éperdue d’un sens à une existence devenue insupportable. Elles peuvent enfin se traduire par un séparatisme social et politique consistant à « bricoler » son existence sans tenir compte de la société officielle.

Il est inutile de rechercher une quelconque homogénéité de comportements en réaction à ces conditions d’existence destructrices. Chacun s’oriente dans telle ou telle direction en fonction de sa trajectoire, des ressources relationnelles qu’elle contient ou non, des offres de canal d’expression de la colère qu’elle croise sur son chemin ou non, de la densité de ses liens sociaux ou de son degré d’isolement, etc.

L’idéologie dominante s’attache par l’outil des médias de masses à séparer les différentes formes d’expression des mêmes causalités.

Elle s’évertue à proposer des causalités individuelles et/ou culturelles en lieu et place des explications sociales et économiques c’est-à-dire à diffuser des grilles idéalistes de lecture. Elle s’efforce de masquer l’historicité de ces différentes formes afin de les faire apparaître comme des surgissements imprévisibles, inattendues, voir inexplicables rationnellement.

 >>Elle nous habitue à inverser l’ordre des causes et des conséquences et ce faisant à construire les victimes de l’inégalité sociale comme des coupables.

>>Elle diffuse de la peur pour unir ceux qui devraient être divisés (les dominants et les dominés blancs et assimilés) et diviser ceux qui devraient être unis (les salariés et les chômeurs, les jeunes et les moins jeunes, les français et les immigrés, les sans-papiers et les autres, les musulmans et les autres, les Rroms et les autres, etc.).

>>Elle diffuse des débats écrans visant à voiler la réalité et à imposer un autre agenda des priorités que celui qui émerge de la vie quotidienne concrète.

Si l’action de l’idéologie dominante décuplée par la puissance de feu des médias de masse est pour l’instant suffisante pour empêcher l’émergence d’une offensive des dominés, elle est cependant insuffisante pour produire une adhésion au système social, à ses prétendus « valeurs », à ses modes de gestion politique.

Nous sommes bien en présence d’une crise de l’hégémonie culturelle des classes dominantes, une partie grandissante de notre société ne se reconnaissant plus dans le « consensus » proposé. C’est à notre sens dans ce rejet direct ou indirect du consensus idéologique dominant qu’il faut rechercher les causes de l’abstention de fractions entières des classes populaires : les jeunes, les citoyens issus de l’immigration, les plus paupérisées des classes populaires blanches.

Gramsci soulignait en son temps que la domination reposait sur deux piliers. Le premier est celui de la force qui agit dans la « société politique » (avec ses institutions : l’armée, la police, la justice).

Le second est le consentement qui agit dans la « société civile » (avec ses institutions que sont l’école, les médias et tous les autres appareils idéologiques d’Etat au sens d’Althusser).

C’est ce second pilier qui est aujourd’hui en crise. Par la révolte ou par le séparatisme social, une partie importante de notre société tend à échapper aux processus de légitimation de l’ordre social. Le besoin de produire de nouveaux processus d’intériorisation de la domination est grandissant pour la classe dominante.

Les « valeurs de la république », la « laïcité », « l’instruction civique et morale », etc., sont autant de tentatives visant à retrouver un consentement minimum des dominés.

Du « Je suis Charlie » aux « valeurs de la République »

Si le « je suis Charlie » s’est conjoncturellement traduit par un « esprit du 11 janvier » qu’il s’agissait de préserver, l’outil de cette opération de sauvegarde est désormais trouvé : la défense et l’inculcation des « valeurs de la république » parles appareils idéologiques d’Etat et en premier lieu l’école.

Les enseignants se voient ainsi ajouter une série de missions par la réunion interministérielle du 6 mars 2015. Le document intitulé « égalité et citoyenneté : la République en actes» (9) présente une série de mesures qui visent àtransformer explicitement les enseignants en outils d’une nouvelle offensive idéologique.

Le document programme commence par un regard lucide sur la réalité :« Pour une majorité de nos concitoyens, la République est devenue souvent une illusion. Etre comme assigné à son lieu de résidence ; se sentir bloqué, entravé dans ses projets ; être condamné à la précarité des petits boulots ; voir l’échec scolaire de son enfant sans pouvoir l’aider ; se dire que son propre destin est joué d’avance : voilà ce que vivent des habitants, dans des quartiers, en périphérie des grandes villes, mais aussi dans les territoires ruraux ou dans les Outre-mer.(10)» .

Ce premier constat permet de saisir la dernière différence entre le gouvernement Sarkozy et le gouvernement Hollande. Le premier nie la réalité. Le second la reconnaît mais sans en citer les causes. Ainsi Valls reconnaissait lors de ses vœux à la presse, le 20 janvier 2015, l’existence d’un « apartheid territorial, social, ethnique » sans en analyser les causes.

Ce premier constat sans causes est immédiatement complété par un second, ledit « malaise démocratique : l’abstention toujours croissante, la crise de confiance entre les Français et leurs institutions, entre les Français et leurs élus. Il y a plus largement une crise de la représentation, qui touche tous les corps intermédiaires. (11)»

Ces deux constats s’ajoutent, dit le document, c’est-à-dire qu’ils sont présentés comme n’ayant aucun lien entre eux. Ne pouvant pas agir sur le premier constat du fait de ses choix économique libéraux, le gouvernement Valls-Hollande mandate les enseignants pour agir sur le second.

Il est ainsi demandé aux enseignants pêle-mêle de « mettre la laïcité et la transmission des valeurs républicaines au cœur de la mobilisation de l’école », de « développer la citoyenneté et la culture de l’engagement » et de « renforcer le sentiment d’appartenance à la République ». Pour ce faire, ils auront à dispenser un « nouvel enseignement moral et civique dans toutes les classes de l’école élémentaire à la classe de Terminale».

Comme si cela ne suffisait pas, les enseignants auront également à « faciliter la compréhension et la célébration des rites et symboles de la République (hymne national, drapeau, devise)» et à emmener leurs élèves en mairie pour assister à des « cérémonies de naturalisation (12)».

Terminons en citant le « rôle et la place » de l’école que formalise le document : «L’École doit être, et sera en première ligne, avec fermeté, discernement et pédagogie, pour répondre au défi républicain, parce que c’est son identité et sa mission profonde (13)».

Le reste du document est tout autant questionnant mais dépasse la seule sphère de l’école : « réaffirmer la laïcité comme une valeur fondamentale de la fonction publique », « faire connaître la laïcité dans le monde de l’entreprise », etc.

Ces quelques citations suffisent à illustrer la volonté de faire de l’école une machine d’inculcation idéologique active de l’idéologie dominante comme au temps béni de la troisième république coloniale et guerrière.

Il s’agit également de faire des enseignants des outils d’une hypocrisieappelant à la fois les nouvelles générations à croire aux « valeurs de la République » et à « avoir envie de devenir milliardaires (14)» selon le mot d’Emmanuel Macron.

L’inflation des discours sur les « valeurs de la république » allant de Marine Le Pen à Hollande, le consensus encore plus large sur la laïcité en danger qu’il faudrait défendre, la quasi-unanimité pour soutenir les nouvelles guerres coloniales, etc., révèlent l’illusion de combattre les effets sans s’attaquer aux causes. Il s’agit d’hypocrisie généralisée qui comme le soulignait Césaire est d’autant plus odieuse qu’elle ne trompe plus :

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper. (15)»

Si les enseignants ne sont pas en mesure de refuser cette injonction à l’endoctrinement idéologique, ils deviendront des otages instrumentalisés d’une classe dominante tentant par tous les moyens hypocrites de ressouder une hégémonie culturelle défaillante.

Comme le souligne un groupe d’enseignants dans Médiapart : « les élèves n’ont pas besoin comme on l’entend un peu partout d’un surcroît d’éducation civique ou cours de « fait religieux » qui ne seront qu’un inutile pansement supplémentaire sur un cadre et des programmes scolaires déjà largement inadaptés.» (16)

L’enjeu est de taille, compte-tenu d’une méfiance réelle déjà existante entre les classes populaires et l’institution scolaire (liée à la sélection, aux inégalités scolaires, aux orientations perçues comme discriminantes, etc.) qui s’est encore renforcée ces dernières années avec les multiples « affaires du foulard ».

Notes:

1) Cécile Braconnier et Jean Yves Dormagen, La démocratie de l’abstention : Aux origines de la démobilisation électorale, Folio Actuel, Paris, 2007.

2) Départementale 2015 : le taux d’abstention a atteint 50,02 %, enquête opinionway, 

http://www.europe1.fr/politique/departementales-c-est-parti-pour-le-second-tour-2412637, consulté le 31 mars 2015 à 10h 30.

3) La pauvreté selon l’âge, 

http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=1630&id_groupe=16&id_mot=107&id_rubrique=96

4) La précarité de l’emploi selon l’âge, consulté le 31 mars à 11 h 20 

http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=461&id_groupe=16&id_mot=106&id_rubrique=96, consulté à 11 h 30.

5) Le chômage est en hausse en France, http://www.challenges.fr/france/20141204.CHA1089/en-france-le-chomage-est-en-hausse-a-9-9-au-troisieme-trimestre.html, consulté le 31 mars à 11 h 45.

6) Pauvreté, La galère des 18-25 ans, http://www.letelegramme.fr/ig/generales/france-monde/france/pauvrete-la-galere-des-18-25-ans-09-11-2011-1492719.php, consulté le 31 mars à 12 h 30.

7) Pierre-Yves Cusset,Hélène Garner, Mohamed Harfi, Frédéric Lainé, David Marguerit, Note d’analyse – Jeunes issus de l’immigration : quels obstacles à leur insertion économique ?, mars 2015,

http://www.strategie.gouv.fr/publications/jeunes-issus-de-limmigration-obstacles-insertion-economique

8) Génération Quoi ? les ambivalences de la jeunesse en France, Consulté le compte rendu de Zineb Dryef, http://rue89.nouvelobs.com/2013/09/12/generation-est-sacrifiee-blasee-perdue-245613, consulté le 31 mars à 13 h 30.

9) http://www.gouvernement.fr/la-solution-c-est-une-republique-en-actes-qui-agit-en-repartant-de-l-essentiel 

consulté le 31 mars à 16 h.

10) Ibid, p. 5.

11) Ibid, p. 5.

12) Ibid, p. 11.

13) Ibid, p.12.

14) Interview au journal 3Les Echos » du 7 janvier 2015.

15) Aimé Césaire, discours sur le colonialisme, Présence Africaine, Paris, 1950.

16) Ce n’est pas des élèves dont nous avons peur, 

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/200115/ce-nest-pas-des-eleves-que-nous-avons-peur, consulté le 31 mars à 16 h 30.

Illustration réalisée par [BAF.F!-> http://fabienfernandes.wix.com/fabien-fernandes-art#!lenfer-du-decor/cepw ]

Source: Investig’Action, 2/4/2015

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La conférence du 11 février de la Sorbonne est disponible ici…

 

25 Février 2017

La conférence de la Sorbonne :  https://vimeo.com/205051942

 

 

« URSS, vingt ans après. Croquis de voyage et retour de l’Ukraine en guerre », par Danielle BLEITRACH et Marianne DUNLOP
 
 
PAR LESFILMSDEL’AN2

Appuyez sur le lien, si vous avez la patience de suivre notre conférence jusqu’au bout vous comprendrez le travail qui est le nôtre. Le blog n’en est qu’un aspect et nous préparons de nombreux rendez-vous nationaux et internationaux sur la célébration de la Révolution d’octobre. Il y a beaucoup à faire, hier je suis allée dans ma librairie habituelle pour prendre le livre de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri: Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler… Il y a eu une conversation entre un client très cultivé et amoureux de la littérature russe, le libraire et moi… La conversation a débuté à propos de Joukov par un ricanement du libraire sur le fait qu’être le héros de l’armée rouge ne lui avait pas rapporté grand chose… Et il a commencé à accuser Staline, l’homme cultivé a renchéri en se proclamant marxiste libertaire, ennemi de toute autorité… Il ne voyait que la disgrâce de Joukov, mais il semblaient ignorer les faits réels, certes Joukov est littéralement harcelé par Staline, mais il est réhabilité par ce dernier et il est sous le stalinisme le premier militaire professionnel à entrer à part entière au Bureau Politique du Parti. Il est ministre de la Défense et c’est lui qui envoie les chars russes à Budapest. Sa véritable disgrâce c’est sous Khrouchtchev dont il a pourtant appuyé la prise de pouvoir et ce en 1957.

 

Ce qui renvoie à la question que posait Fidel à propos du stalinisme, un de ses reproches était la manière dont Staline avait refusé de s’appuyer sur les potentialités de l’armée rouge, ce qui lui aurait permis de mener à bien une œuvre nationale révolutionnaire à moindre coût qu’avec le seul parti. C’est aussi le dilemme d’un Joukov: « jusqu’où l’armée et le parti peuvent-ils se distinguer l’un de l’autre sans s’éloigner l’un de l’autre? En sortant de cette conférence et en préparant celle de Montreuil autour de mon livre sur Brecht et Lang et le nazisme, j’ai eu l’occasion de discuter avec un camarade syndicaliste, ancien de la Gauche prolétarienne et désormais au PCF. Je lui ai dit mes interrogations au sujet de Staline, du pouvoir soviétique et la réflexion des Cubains sur le rôle de l’armée révolutionnaire. Je lui ai expliqué le rôle de l’armée à Cuba dans la formation des cadres révolutionnaires, comment il m’avait semblé que les syndicats jouaient un plus grand rôle dans la période spéciale du moins que le parti qui me paraissait un peu bureaucratisé… le camarade m’a fait remarquer qu’il s’agissait là d’un modèle sud-américain avec la figure (au sens positif) du caudillo. L’Europe se méfiait d’une dictature militaire dont le modèle restait Napoléon et la volonté des bolcheviques avait été de faire jouer ce rôle au parti et exclusivement au parti, pour éviter les aventuriers… Selon lui Staline avait eu raison de ne pas accorder ce rôle à l’armée rouge…

 

Pour revenir à la discussion dans la librairie, nous étions loin de ce genre de réflexion, j’ai eu droit à n’importe quoi. Quand j’ai dit que la Révolution bolchevique avait eu une postérité immense, non seulement la victoire sur le nazisme, non seulement d’autres pays comme la Chine, le Vietnam, Cuba, mais tout un mouvement d’émancipation et y compris des acquis sociaux dans notre pays par la classe ouvrière de peur de la contagion. L’homme cultivé a hurlé: vous n’avez pas honte de vous réjouir des congés au prix de 200 millions de morts du stalinisme et du communisme? Je lui ai demandé d’où il tirait ces chiffres et s’il incluait dans celui-ci la contre-révolution blanche, l’intervention des puissances occidentales, la saignée hitlérienne… Jamais personne n’avait atteint un chiffre pareil… la seule chose qui les a fait taire a été mon origine juive et la manière dont l’armée rouge, le sacrifice soviétique m’avait sauvée… C’était les mythes du siècle qui s’affrontaient, mais ce n’est pas cela qui m’intéresse ou plutôt je veux comprendre pour dépasser les terreurs enfantines, l’incapacité à agir pour retrouver la volonté de transformer, bref le contenu de notre conférence…

 

Vous comprendrez qu’il nous faut du temps pour lire, pour travailler… et il m’en reste peu…

 

Danielle Bleitrach

La politique du vide ou le vide politique

 

PUBLIÉ LE 

 

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Militant, adjoint à la culture de la ville d'Avion et membre de la direction départementale du PCF (62)

 

Pour la première fois depuis longtemps, je ne trouve plus le goût, la force d’alimenter ce blog. Pourtant à deux mois de l’élection présidentielle, je devrais pouvoir en dire des choses. Je devrais pouvoir en analyser des mécanismes. Mais non … Je suis partagé entre amertume, dégoût et pire que tout, renoncement. Renoncer au combat, renoncer à porter l’idée de changement. Plus que jamais le poète, le compositeur génial me sauvent d’un ennui mortel. Neruda me parle si merveilleusement bien d’amour, Camus m’explique avec délice ce qu’est l’absurde, les vieux compositeurs allemands me régalent de leur musicalité aux algorithmes parfaits, Chet Baker calme avec douceur mes crises d’angoisse. Je me consacre à des tâches bien éloignées de ce spectacle électoral lénifiant.

Je me mets souvent à la place du salarié broyé par la fatigue, celui qui se lève tous les matins pour rejoindre une boutique qui vivote dangereusement, celui qui va pointer la tête basse et le regard usé chaque matin à Pôle Emploi, cette aide-soignante au dos ruiné qui voit son service plein à craquer et qui se demande comment il sera possible de continuer à ce rythme dans les semaines à venir. J’imagine ces millions de françaises et de français chaque soir devant la télé en train d’assister à la mascarade électorale. Macron, Fillon, Le Pen, Hamon, Mélenchon. Peut-être avons nous droit aux politiques que l’on mérite. Je le dis tranquillement, sans soucis de la polémique mais depuis quelques temps il m’arrive de penser à rendre ma carte. Cette carte soigneusement rangée dans la poche de celles et ceux qui jusqu’au bout ont tenté de résister au triomphe éclatant du capitalisme. Le rêve socialiste semble évanouit dans un continuum historique qui a fini par assécher le principe même d’idéal.

J’ai pourtant en tête le souvenir des dockers du Havre tapant avec rythme et entrain sur leurs tambours, ouvrant la marche à un immense cortège joyeux criant à l’unisson son rejet de la loi travail. Je me souviens de ces amphithéâtres universitaires bondés où, à la méthode de Socrate, on se partage le savoir, la connaissance. Je me souviens de ces centaines d’autocars qui convergent sur Paris pour colorer les grandes artères haussmaniennes d’un rouge vif, d’un rouge sang, celui de ces cols bleus qui ont donné leurs vies pour que les travailleurs puissent avoir des droits.

Pourtant, aujourd’hui on se bat pour négocier son indemnité de départ, on se bat pour revaloriser le SMIC de 5 euros par jour, pour limiter la pression fiscale si forte sur les petits ménages. L’horizon révolutionnaire prend les traits d’une rêverie austère, desséchée. Aujourd’hui on se dit que Hamon est le moindre mal et que peut-être il faut se ranger derrière lui pour se donner une petite chance de ne pas goûter au pire, comme si le pire n’était pas advenu depuis longtemps. Hamon porte quelques maigres promesses progressistes, suffisantes aux yeux de certains pour bâtir une convergence. Rêve peuple exploité, le soleil brillera. La force est tranquille, très tranquille, surtout pour les puissants. On peut même se permettre de laisser François Ruffin faire son petit speech ému à la cérémonie des césars, déranger la petite bourgeoisie si confortablement installée dans un entre-soi aveugle où le sort d’un ouvrier n’a que peu de valeur. La bourgeoisie aura toujours peur du danger de la révolte mais pour l’heure, elle doit dormir assez tranquillement j’en fais le pari. En tout cas pour une partie d’entre-elle, on se délecte et on se surprend même à frissonner devant une envolée hugolienne. Cela pimente un peu le quotidien …

Pour autant, je sais que cette extinction de foi est passagère. Comme dans le creux d’une vague, il arrive que la tempête nous dresse face à un mur. Il y a quelque part l’idée du répit dans cet instant. Vous êtes à la fois profondément désespérés, et en même temps vous vous en remettez au tragique, à l’inertie, à la force de la nature lorsqu’elle paraît indomptable. Vous sortez un moment de la tétanie qui vous paralyse presque, du poids de la responsabilité que vous vous infligez et vous vous contentez de contempler. Vous contemplez le désastre en vous disant qu’à ce moment précis vous ne pourrez rien y faire. Mais l’instinct de survie reprendra le dessus et vivre c’est agir. Ne pas écrire n’est finalement pas si grave lorsqu’on ne cesse pas de penser. L’imagination pure est la représentation d’un objet absent, mais non encore constitué” nous disait Kant. Il n’y a donc pas de raison de désespérer.

G.S

Unir : Pas de compromis boiteux, mais une alternative à construire

 

23 Février 2017

 

Je suis pleinement d’accord avec cette réflexion de Jack Dion: « Il est des personnes qui se posent une seule question qui revient en boucle: comment battre la droite et l’extrême-droite ? En vertu de quoi ils attendent des compromis boiteux pour qu’il y ait un candidat de gauche qui permettrait de sauver l’honneur, lequel finirait forcément par être celui du PS. Ils oublient juste de se demander comment et pourquoi le FN a explosé en influence électorale alors même que la gauche était au pouvoir (je rappelle qu’elle y est depuis 2012).

 

La bonne question est de savoir comment faire grandir une alternative digne de ce nom, susceptible de regagner le vote populaire, sur lequel le FN a réalisé une OPA qui devrait faire réfléchir afin d’éviter les mêmes erreurs. Si l’on se contente d’appeler au vote dit utile au nom du moindre mal ( qui demeure un mal) on n’évitera pas le pire, cette fois-ci ou la suivante. »

 

Il m’a semblé que l’appel du PCF que j’ai relayé ici même avait justement une autre tonalité, il ne disait pas aux candidats à la présidentielles: unissez-vous derrière J.L.Mélenchon ou derrière B.Hamon, c’est-à-dire de fait comme le souligne Jack Dion un PS, après des querelles entre anciens camarades pour savoir qui sera le meilleur représentant de la gauche, lui et ses supporters aux dents longues lorgnant les sièges y compris ceux des élus communistes ou parachutant des copains qui ont erré longtemps dans les couloirs de Solférino. Cet appel renouait avec l’esprit du Front populaire et il insistait sur un rassemblement avec un contenu entièrement novateur. On peut considérer comme le disent certains que le PCF n’est plus qu’un syndicat d’élus, mais celui-ci s’est bien conduit dans la loi El-Khomery et propose que justement il y ait au parlement une majorité d’élus d’accord pour en finir avec cette loi et bien d’autres initiatives du récent quinquennat. Sans cette majorité, toutes les propositions des deux rivaux issus du PS, l’un par la branche mitterrandienne, l’autre roccardienne seront lettre morte.

 

Il y faut plus encore: des militants dévoués, au-delà des compétitions électorales, pour être l’armature de ce Front populaire. Et il faut dès maintenant tracer cette perspective en dépassant les querelles individuelles et les appétits de petits chefs pour s’entendre sur le fond. Ne pas attendre demain mais unir dès aujourd’hui.

 

Même si tout cela reste à construire ou à reconstruire.  L’appel du PCF, dont on peut regretter la tonalité tardive après un Congrès et des votes qui ont écœuré bien des militants, est le seul qui paraisse offrir sinon une perspective au moins un sens à des efforts qui s’avèrent très difficiles pour empêcher l’accès de l’extrême-droite et de la droite au pouvoir et même dans ce cas pour construire une alternative de résistance. Certes il ne faut pas de compromis boiteux mais il faut à chaque moment faire face à ce qui menace. Comment ne pas mesurer le danger que représente le trio que l’on nous dit de tête, Le Pen, Fillon, Macron ? On ne peut pas reporter à plus tard de le combattre aux présidentielles mais aussi aux législatives même si nous devons avoir présents en mémoire la mise en garde de Jack Dion: toute hégémonie des mêmes accélère la dérive vers l’extrême-droite, détruit un peu plus nos capacités de résistance.

 

Dans le Congrès même je m’étais ralliée au texte « unir les communistes » qui allait dans le même sens que cet appel. Ce texte avait reçu un accueil favorable d’un grand nombre de militants. Il est heureux que la direction nationale ait retrouvé son esprit et sa perspective pour tenter de sortir notre pays de la catastrophe annoncée. Le péril l’exige, mais l’avenir impose une démarche plus fondamentale, un choix politique. La question du renforcement du PCF est plus que jamais d’actualité si l’on veut un rassemblement du peuple de France qui conserve plus que jamais l’idée centrale des communistes: unir notre peuple, ses travailleurs, sa jeunesse autour non de personnalités, de courants opérant des synthèses hâtives pour mieux servir des ambitions, parachutant des arrivistes, des camerillas, inventant des enjeux, mais bien des gens de la base au sommet désintéressés et ayant comme seul objectif servir et non se servir.

 

Toute solution alternative à ce qui se joue depuis tant d’années dans cette alternance politicienne et au profit du capital ne pourra être impulsée par les faillis, il faut pourtant un parti organisé et pas une simple machine électorale, un « mouvement » soumis de fait aux appétits d’un leader et de son groupuscule, je ne vois guère que le PCF quel que soit son état actuel pour remplir ce rôle.

 

Tout dépend de sa capacité à s’autorégénérer pour être toujours plus près du monde du travail, de la classe ouvrière aux intellectuels en passant par tous ceux qui aujourd’hui n’ont pas voix au chapitre. Une organisation capable d’être présente partout à leurs côtés. Parce que le mouvement, le rassemblement lui aussi doit être recréé au delà des élections, de l’adhésion à un homme pour faire respecter un pacte y compris dans l’action, comme pour la loi El-Khomery. Il faudra probablement un Congrès fondateur.

 

Pour le moment, il faut se battre pour tenter d’arracher ce que nous pouvons et le faire en ayant à l’esprit cette alternative à tout ce que la droite et le PS nous ont imposé depuis des années dans le cadre d’une Europe acquise au capital, mais après les élections il faudra bien que les communistes aient la force et le courage de reconstruire le parti dont ils ont besoin, celui qui de 1917 à 1945 en passant par 1936 a toujours lutté contre les fauteurs de guerre, le fascisme et l’exploitation capitaliste pour constituer la colonne vertébrale de ce pacte de toutes les forces de gauche qui rassemblera tout notre peuple dans un espoir retrouvé et puisque nous en sommes à un retour heureux à l’esprit du Front populaire, je propose un mot d’ordre pour ce Congrès: « Que les bouches s’ouvrent, pas de mannequins dans le parti! »

 

Danielle Bleitrach

Un pacte pour une nouvelle majorité de gauche...

Adresse du Parti communiste au peuple de France. 

 

, par  lepcf.fr

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La déclaration du PCF dans une situation politique instable et imprévisible est une bonne chose. L’élection présidentielle n’est jamais facile pour les communistes, mais la situation politique n’a jamais été aussi confuse après les échecs répétés de la gauche gouvernementale, l’absence de candidature communiste, la médiatisation à outrance, la personnalisation, l’absence de débat de fonds entre affaires et candidats sans programme... Il est difficile de faire entendre un point de vue communiste sur le changement de société nécessaire, les conditions du rassemblement populaire nécessaire à ce changement, la place des élections et le lien nécessaire avec le mouvement social...

 

L’adresse du parti communiste au peuple de France est donc bienvenue. Elle fait écho à une adresse au peuple de France il y a 70 ans, celle de Maurice Thorez qui commencait par ses mots

Un vent de détresse souffle sur notre beau pays. Depuis cinq années déjà, la crise économique sévit dans l’industrie, l’agriculture, le commerce et les finances publiques et privées. Les conséquences en sont surtout douloureuses pour les travailleurs des villes et des champs.

que nous pourrions sans doute actualiser...

Un vent de détresse souffle sur notre beau pays. Depuis des décennies, la crise économique sévit dans l’industrie, l’agriculture, le commerce et les finances publiques et privées. Les conséquences en sont surtout douloureuses pour les travailleurs des villes, des banlieues et des campagnes, de l’industrie et des services, du privé et du public.

Cette déclaration porte principalement sur le programme que défendent les communistes, ce qui est un appel d’air dans une campagne médiatique indigne. Elle ouvre le débat sur l’Union Européenne en demandant "la remise en cause du traité budgétaire européen", remise en cause qui ne peut que conduire, soit au reniement à la Tsipras, soit au refus d’appliquer les traités en général, autrement dit, qui conduit à affirmer la souveraineté politique du peuple Français.

 

Oui, ce débat politique est urgent, sur les conditions de la rupture avec l’austérité, de droite comme de gauche, donc sur les conditions de l’affrontement avec les banques, les oligarchies économiques. La déclaration ne parle que de la "Finance". Il est indispensable de dire plus clairement au peuple de France que la finance n’est que la forme "suprême" du capitalisme, qu’on ne peut s’y confronter sans mettre en cause dans l’entreprise le pouvoir absolu du capital, qu’il soit boursier ou pas...

 

C’est d’ailleurs la raison fondamentale pour laquelle François Hollande a immédiatement renié son engagement contre son "ennemi la Finance". Peu importe ce que nous savions être un mensonge, au-delà de la personne, c’est la réalité de l’affrontement contre le "mur de l’argent" [1] qui rend illusoire toute politique progressiste qui ne soit pas fondée sur un puissant mouvement populaire... Comme on le dit dans les manifs avec raison,"c’est pas à l’Elysée, c’est pas à Matignon, c’est pas dans les salons qu’on obtiendra satisfaction, il faut lutter, se syndiquer..."

 

C’est pourquoi cette déclaration contient une énorme illusion, et oublie une question essentielle qui est pourtant posée dans le concret au peuple de France.

 

Elle affirme

« Aujourd’hui, la présence au second tour de l’élection présidentielle d’une candidature porteuse de ces combats et la constitution en juin d’une majorité de gauche et écologiste paraissent à nouveau possibles. C’est ce pourquoi nous nous battons depuis un an : nous n’avons pas présenté de candidat communiste à l’élection présidentielle pour le permettre. »

C’est une double erreur. Personne ne peut croire que notre peuple va résoudre en quelques semaines de campagne électorale les divisions, les confusions, les erreurs mêmes qu’il n’a pu surmonter depuis des années. Quand tant d’ouvriers se sont félicités du bonus sur leur fiche de paie résultante de la défiscalisation des heures sup de Sarkozy, puis se sont mis en colère quand le gouvernement socialiste leur a supprimé [2], on mesure les difficultés pour qu’un peuple debout et uni se batte pour une forte augmentation des salaires et des pensions. Cela impliquerait des bouleversements économiques et politiques qui déchaineraient les forces réactionnaires qui sont dominantes dans les consciences aujourd’hui. Nous sortons de 40 ans de pédagogie du renoncement par le parti socialiste, d’instrumentalisation du racisme et des questions sociétales pour diviser la droite, de cadeaux aux couches aisées pour apparaitre moderne dans les centres urbains, et nous avons mesuré nos forces et celles de nos adversaires dans le mouvement contre la loi El Khomri...

 

Il suffit de comparer les programmes de Mélenchon, Hamon ou Jadot pour comprendre que le chemin de reconstruction d’une issue progressiste sera long tant les contradictions sont nombreuses, par exemple sur la question clé des services publics !

 

Les communistes doivent ouvrir les yeux. l’absence de leur candidature n’a en rien aidé à l’unité du peuple, au contraire ! Elle n’a même pas aidé à l’union de la gauche, c’est Mélenchon qui fixe l’agenda des (non) discussions avec le PS.

 

Nous ne résoudrons pas cette contradiction dans les semaines qui nous séparent des présidentielles, et ce serait mentir aux Français que de faire croire à une énième version d’un "programme commun" qui n’aurait de progressiste que le titre...

 

La déclaration se conclut utilement sur l’enjeu des législatives. Ce sont elles qui diront dans quelles conditions un président, sans doute élu pour mener une politique de droite, ou, grande surprise, élu pour mener une autre politique, dans quelles conditions, quel qu’il soit, il se retrouvera après les législatives...

Nous appelons également tous nos concitoyens à se mêler sans attendre des élections législatives. L’heure est à la mobilisation partout. Là aussi, les communistes et leurs candidats appellent au rassemblement pour garantir les moyens du changement espéré par nos concitoyens.

Mais pour être compris du peuple, il faut répéter que les législatives sont utiles, même avec un président de droite, car un député communiste est un support de la résistance, du mouvement social, des luttes pour l’emploi, le logement, les services publics. Nous voulons des députés communistes car ils ont montré leur utilité contre le gouvernement Fillon-Sarkozy tout comme contre le gouvernement Valls-Hollande. Nous ne voulons pas des députés "de gauche" qui ne peuvent accompagner les luttes et voter la censure quand elle est nécessaire !

 

C’est cette certitude que le parti communiste est utile et donc nécessaire qui manque à cette déclaration. Elle devrait se finir comme celle de Thorez il y a 70 ans par un appel au renforcement du parti communiste !

« Et maintenant nous travaillons à l’union de la nation française contre les 200 familles et leurs mercenaires. Nous travaillons à la véritable réconciliation du peuple de France.

(...)

Nous sommes le Grand Parti communiste, aux militants dévoués et pauvres, dont les noms n’ont jamais été mêlés à aucun scandale et que la corruption ne peut atteindre. Nous sommes les partisans du plus pur et du plus noble idéal que puissent se proposer les hommes.

Pour le bien-être, contre la misère, pour la liberté. Contre l’esclavage, pour la paix, contre la guerre. Nous vous appelons avec confiance à voter communiste. A voter pour la France forte, libre et heureuse que veulent et que feront les communistes ! »

Chaque communiste peut actualiser cette conclusion à sa manière. C’est ce que faisait l’appel Unir les communistes pour être utile au réveil populaire !

Nous appelons les communistes à déjouer le piège d’un nouvel accord électoraliste au prix de l’effacement du PCF et à engager un autre effort militant dans ces présidentielles et législatives, permettant tout à la fois de reconstruire l’organisation communiste malmenée, de commencer à regagner l’engagement populaire autour d’un programme communiste pour résister et construire la première république sociale.

Pour cela, nous mettons à disposition des communistes un programme des 100 premiers jours d’un gouvernement populaire autour de 5 chantiers (une version complète des cinq chantiers est disponible sur le site lepcf)

Voir en ligne : L’adresse sur le site du PCF

 

Discours de Maurice Thorez au peuple de France le 17 avril 1936

 

22 Février 2017

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prononcé le 17 avril 1936

 

Peuple de France,

 

Un vent de détresse souffle sur notre beau pays. Depuis cinq années déjà, la crise économique sévit dans l’industrie, l’agriculture, le commerce et les finances publiques et privées. Les conséquences en sont surtout douloureuses pour les travailleurs des villes et des champs.

 

Les 200 familles responsables de la crise

 

Nous pourrions cependant vivre heureux dans notre France que la nature et l’industrie de ses fils ont pourvue d’abondantes richesses.

 

Sur notre sol fertile lèvent de belles moissons. La production du vignoble français est la première du monde. L’élevage reste une des ressources essentielles de notre agriculture.

 

Pays traditionnel de riches cultures, la France est devenue un grand pays industriel qui dispose de puissantes entreprises ; houillères, centrales hydro-électriques, hauts fourneaux, aciéries, usines de construction mécanique, de produits chimiques ou de textile. La France fut le berceau de l’aviation, ses appareils et ses moteurs restent parmi les plus réputés.

 

L’industrie parisienne, la couture et la mode font apprécier à travers le inonde les qualités et le goût de notre peuple.

 

Mais les usines ferment leurs portes, les machines tournent au ralenti. Les ateliers se vident. La classe ouvrière est condamnée au chômage et le peuple connaît la misère.

 

C’est que les richesses, fruit du travail accumulé de nombreuses générations sont devenues la  propriété d’une minorité parasite qui les exploite à son seul profit.

 

Les ouvriers n’ont pas la possibilité de se procurer les marchandises qu’ils fabriquent.

 

Les paysans ne peuvent obtenir en échange de leurs produits aux prix avilis, les objets manufacturés et les machines que les groupements capitalistes leur imposent au prix fort.

 

Obligation de produire, interdiction de consommer, de cette contradiction résultent la crise, le chômage et la misère généralisée.

 

Oui, les responsables de la crise et des souffrances qu’elle provoque, sont ces « 200 familles qui dominent l’économie et la politique » de la France.

 

Dans un de ses chefs-d’oeuvre « L’île des Pingouins » Anatole France observe ironiquement : « Après s’être soustraite à l’autorité des rois et des empereurs, après avoir proclamé trois fois sa liberté, la France s’est soumise à des compagnies financières qui disposent des richesses du pays et, par le moyen d’une presse achetée, dirigent l’opinion.  »

 

La dictature des banques

 

Les représentants de cette oligarchie financière siègent au conseil de régence de la Banque de France depuis sa fondation par Bonaparte en 1803.

 

La France depuis 130 ans a connu trois révolutions, elle a changé cinq fois de régime politique. A travers ces vicissitudes diverses, ces naufragés et ces bouleversements, seuls les maîtres du pouvoir financier sont demeurés immuables, incarnant la domination constante du capital.

 

La Banque de France, voilà la puissance qui tient en échec le gouvernement légal et lui dicte ses volontés. C’est elle qui renverse les ministères, en violation du suffrage universel. C’est elle qui impose au peuple de  France des gouvernements chargés d’appliquer une politique favorable aux riches, dure aux pauvres et aux travailleurs.

 

On l’a vu à la suite du 06 février 1934. Les gouvernements nés de l’émeute fasciste n’ont pas inquiété les spéculateurs, les profiteurs, les voleurs ! Au mépris des engagements sacrés, ils ont prélevé 13 % sur les pensions des anciens combattants et des victimes de la guerre. A coups de décrets-lois, ils ont réduit les salaires, les traitements, les indemnités des petits fonctionnaires, les allocations aux nécessiteux, aux vieillards, aux infirmes, aux familles des soldats mobilisés. Ils ont réduit les crédits pour les hôpitaux et les laboratoires, les subventions pour les œuvres d’assistance maternelle et la protection de l’enfance.

 

Les conséquences de la crise

 

Les restrictions imposées ont aggravé la crise économique. Les petits commerçants, les artisans, ont vu diminuer un peu plus encore leur chiffre d’affaires. Les boutiques se ferment faute de clients. Certains quartiers de Paris et de nos grandes villes de province offrent le spectacle désolant de leurs magasins fermés et de leurs devantures sur lesquelles on lit :


« A vendre ou à louer »


Les petites gens des classes moyennes, le fonctionnaire licencié, le commerçant en faillite, l’épargnant ruiné, l’ingénieur sans emploi, l’avocat sans cause, le médecin sans clients, l’étudiant sans avenir, toute une jeunesse inquiétée et déprimée. TOUS sont condamnés à une vie de misère et d’humiliation.

 

Nos campagnes sont ravagées par la crise agraire. Le paysan connaît les pires difficultés parce que son grenier regorge de blé et que le vin reste dans sa cave, tandis que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants manquent du plus strict nécessaire.

 

La ruine des paysans

 

Les petits propriétaires, fermiers ou métayers peuvent payer leurs redevances ou leurs impôts. Le paysan ne peut payer les intérêts des sommes qu’il a parfois empruntées pour développer sa modeste exploitation. 11 est grevé de lourdes hypothèques. Il est la victime des usuriers et des grandes compagnies. Ayant obtenu une maigre nourriture pour lui et les siens, il ne peut renouveler son matériel, réparer une grange, drainer un champ, acheter des engrais pour sa terre et lui restituer, quand elle est épuisée, les éléments fertilisants. C’est la dégradation et la ruine de l’agriculture française.

 

Comme on l’a remarqué justement, l’histoire du paysan français est faite de plus de misère et de privations que de profit et de bonheur.

 

Et ce sont ces paysans misérables que M. André Tardieu apostrophait le 23 juin dernier à Blérancourt de la façon suivante :

 

«  Vous ne vous êtes préoccupés que de chiffres et de gros sous. Vous ne pensez qu’à savoir combien vous vendrez, vos veaux, vos cochons, votre blé. Cela n’a aucune importance. Tant que vous croirez que la vie est laite pour cela et que vous ne songerez pas à assurer l’unité spirituelle et morale de la nation, vous perdrez de l’argent et ce sera bien fait. »

 

Tardieu, comme beaucoup d’ennemis du peuple affecte de parler de l’unité spirituelle et morale de la nation.

 

Or, le règne des 200 familles ne provoque pas seulement la ruine de notre pays, la détresse matérielle de notre peuple !

 

Dégradation morale

 

II conduit à une lamentable déchéance. Parallèlement à l’étalage de corruption des classes dominantes, éclaboussées par la boue et le sang de retentissants scandales financiers, la crise et la misère déterminent un fléchissement inquiétant de la moralité. On constate le développement de la prostitution.

 

La criminalité prend des proportions effrayantes. Voila que tendent à s’implanter chez nous les mœurs des gangsters de Chicago y compris cet aspect le plus odieux du banditisme, le rapt des enfants.

 

Mais c’est tout le régime qui délaisse et condamne l’enfance, notre plus doux et notre plus bel espoir. La dénatalité est l’un des fléaux les plus redoutables qui menace l’avenir de notre pays.

 

Ce problème angoissant: retient  l’attention du Parti Communiste qui veille aux intérêts les plus immédiats et les plus modestes des travailleurs et qui a l’ambition de conduire le peuple de France vers de nouvelles et hautes destinées, vers un avenir radieux de prospérité et de bonheur.

 

Les familles nombreuses ne se trouvent d’ailleurs que dans les milieux ouvriers et parmi les paysans les plus pauvres. Mais les papas et les mamans ont beaucoup de peine à nourrir convenablement et à habiller décemment leur petit monde. Il faudrait aider réellement et efficacement les familles nombreuses, donner du travail et des salaires plus élevés aux pères. Il faudrait loger les grandes familles dans des appartements plus grands, mieux aérés et au loyer modeste au lieu de les enterrer dans les ruelles et les cours sans air, sans soleil et sans joie de nos quartiers ouvriers II faudrait veiller à la formation des jeunes apprentis et à l’instruction des enfants mieux doués qui devraient poursuivre leurs études avec la certitude pour eux et leurs parents qu’au sortir de nos grandes écoles et de nos universités ils pourront mettre leurs connaissances et leurs talents au service de la collectivité.

 

Dans le même ordre d’idées, il est urgent de sauver le sport français. Nos équipes n’ont guère brillé dans les dernières compétitions internationales. C’est qu’il n’y a pas une large politique qui tende à favoriser le sport, a donner à nos jeunes gens les moyens de la pratiquer.

 

Décadence culturelle

 

La décadence culturelle s’ajoute à la dégradation morale. La France a été longtemps un centre de rayonnement dans le domaine de la pensée, de la littérature et des arts. Dans le pays qui donné Rabelais, Molière. Voltaire, Balzac, Victor Hugo, Zola, la production littéraire devient d’une platitude désespérante. La pornographie le dispute aux niaiseries. Il en est de même pour le théâtre el le cinéma, sauf rares exceptions. El pourtant les talents ne manquent pas.

 

Ainsi les 200 familles conduisent notre, pays à la ruine et à la catastrophe. Elles prétendent au surplus ravir à notre peuple les libertés qu’il a su conquérir par une lutte ardente et séculaire contre les forces d’oppression et de réaction.

 

De l’affranchissement des communes et des Jacqueries du moyen âge à la grande Révolution, puis aux soulèvements populaires de 1830 et de 1848 et de la Commune de Pans. c’est un même besoin de justice sociale et une même soif de liberté qui ont animé et dressé le peuple de France.

 

Or, pour rejeter tout le poids de la crise sur le peuple laborieux pour assurer leur domination ébranlée, les 200 familles rêvent d’instaurer dans notre pays un régime de dictature terroriste et sanglante dont le 06 février a donné un avant-goût. Les rois de la finance organisent, subventionnent et arment les ligues de guerre civile qui prétendent s’imposer au peuple par la violence et la démagogie. Des ouvriers sont assassinés, des républicains  sont  molestés, blessés grièvement. Les parlementaires honnêtes, les hommes d’Etat oucieux du salut de la République sont bassement outragés et désignés publiquement au « couteau » ou au « revolver » des assassins.

 

Les fascistes diviseurs de Français

 

Le peuple de France est excédé de ces manœuvres de guerre civile qui déforment à l’étranger le clair visage de notre pays,  qui font se détourner de Paris et de nos centres de tourisme les visiteurs qui autrefois affluaient chez nous de toutes parts. Au surplus, le peuple veut pouvoir vivre et travailler en toute tranquillité. Ceux qui divisent le peuple de France prétendent se présenter non sans impudence comme les champions de l’union nationale. Or ils sont profondément divisés entre eux-mêmes, surtout là où leur Comité d’arbitrage intervient en faveur de l’un ou de l’autre. Seules la haine du peuple, la haine de la démocratie établissent un lien entre ces hommes qui prennent modèle sur les dictateurs de Rome et de Berlin.

 

Les dirigeants des ligues factieuses méconnaissent et heurtent le sentiment de notre peuple épris de liberté et fier de son indépendance. Ce n’est ni à Rome, ni à Berlin, ni dans aucune autre capitale étrangère et pas même à Moscou pour laquelle nous ne dissimulons pas notre profond attachement que se déterminera le destin de notre peuple ; c’est à Paris !

 

Le peuple de France répugne à l’esclavage et à la servitude à la discipline du troupeau soumis à la dictature d’un seul qui parle au nom des maîtres capitalistes. Car le fascisme c’est en effet l’avilissement, l’anéantissement de l’individu, c’est l’impossibilité pour le savoir et le talent de donner leur pleine mesure dans le plein épanouissement de la liberté assurée à chacun et à tous, c’est le refoulement de tout .esprit d’initiative et de progrès.

 

Le fascisme, c’est la guerre

 

Le fascisme c’est aussi à l’extérieur, une politique d’aventure et de provocations. Le fascisme, c’est la guerre.

 

Nul honnête homme n’en peut douter. Après l’agression de Mussolini contre le peuple d’Abyssinie, après l’invasion par les militaristes japonais de la Chine du Nord, c’est Hitler qui fait peser une lourde menace sur le monde angoissé.

 

Nous communistes, qui n’avons jamais cessé de dénoncer la politique des dirigeants réactionnaires de notre pays à l’égard du peuple allemand, nous avons d’autant plus le droit de nous dresser avec indignation contre le dernier coup de force de Hitler. La rupture unilatérale du pacte de Locarno, la marche des bataillons hitlériens à travers l’ancienne zone rhénane démilitarisée constituent une grave menace contre la France, contre la Belgique, contre les petits peuples de l’Europe centrale et orientale.

 

C’est la menace contre la paix, le bien le plus précieux de l’humanité. Hitler se refuse à l’organisation de la sécurité collective. Il se prononce contre la paix indivisible. La leçon tragique de i914 doit pourtant suffire. Que la guerre éclate sur un point quelconque de l’Europe et ce sera de nouveau le monde à feu et à sang, ce sera une guerre qui dépasserait en horreurs, eu deuils, en sang versé et en cadavres amoncelés, en dévastations et en ruines ce que nous avons connu de 1914 à 1918.

 

Avec une rare insolence Hitler insulte notre peuple qu’il considère comme un «  peuple abâtardi et négroïde ».

 

Dans ses dernières harangues Hitler prétend nous interdire à nous. Français, fils de plusieurs révolutions, le droit de proclamer notre amitié et notre admiration pour le peuple de l’Union soviétique qui construisent, la nouvelle cité du travail du bonheur et de la paix.

 

Hitler prétend même qu’il doit prendre des précautions contre les changements possibles dans la politique intérieure de notre pays.

 

Eh quoi ! Notre peuple va-t-il demander la permission à M. Hitler pour se donner un gouvernement attaché à la cause de la liberté et de la paix à la cause du travail et de la démocratie ?

 

Hitler veut partager le monde en deux zones, l’une comprenant la race élue qui doit dominer, l’autre où seraient reléguées les races abâtardies et inférieures destinées à subir le joug.

 

En vérité, les Etats apparaissent divisés en deux camps. Dans l’un sont les Etats du fascisme qui veulent déclencher une nouvelle guerre sous prétexte de manquer d’espace. Dans l’autre les Etats où subsistent des institutions parlementaires et démocratiques qui sont en général, et au moins, pour le moment, intéressés au statu quo, opposés à la guerre. Ce deuxième groupe est appuyé par l’Union soviétique. Il trouve aussi des appuis dans la classe ouvrière de tous les pays. Il possède des alliés parmi les populations malheureuses qui gémissent sous la dictature du fascisme.

 

Complices d’Hitler

 

En revanche Hitler peut se flatter du concours de ses agents, les chefs fascistes français.

 

Ne voyons-nous pas à l’œuvre les de La Rocque, les Taittinger, les Henriot et les Maurras ?

 

Nous les avons vus derrière M. Lavai, l’homme des accords de Rome, qui ont préludé au déclenchement de la guerre en Afrique. Nous les avons vus derrière M. Laval, s’élevant contre les décisions cependant toutes platoniques de la Société des Nations. Une telle attitude fut le plus bel encouragement a Hitler, assuré qu’il ne serait pas davantage inquiété que les agresseurs précédents.

 

Nous les avons vus déchaînés contre un pacte qui tend à organiser la sécurité collective et qui place au service de la Nous les voyons ces dignes rejetons des émigrés de Coblentz qui jadis combattaient au service du roi de Prusse contre nos arrières grands-pères, les soldats de la Première République. Nous les voyons ces Nadaillac que nos ancêtres de la Convention eussent condamnés promptement pour intrigue avec l’étranger dirigées contre la sécurité du pays.

 

Nous les voyons les de Wendel, régent de la Banque France et croix de feu n° 13, qui expédie à Hitler le minerai de fer destiné à fondre les canons. Nous les voyons les Neukolm du Comité des Forges, les comtes de Douhet de Villosande, les M. de Chaffray, les Bucard, les Louis Bertrand académicien de son métier qui adressent de dégradants témoignages d’admiration à celui qui parle ouvertement d’anéantir la France.

 

Aussi comprend-on, que nous, communistes, dans notre lutte pour la paix, fidèles à l’esprit des grands Jacobins qui assuraient le salut du pays et de la République en mettant les aristocrates et les ci-devant hors d’état de nuire : fidèles au vers de Pottier « Paix entre nous, guerre aux tyrans » : fidèles à la doctrine de Lénine, admirateur et continuateur des Jacobins : nous combattions à la fois contre Hitler ci contre ses complices dans notre propre pays.

 

Nous réclamons ie désarmement et la dissolution des ligues factieuses, succursales de la Gestapo, agences de propagande et de renseignements de la Wilhelmstrasse

 

Nous combattons pour l’avenir de notre peuple

 

Oui, nous communistes, qui aimons notre pays, nous voulons faire une France forte, libre et heureuse, une France dont le gouvernement ouvrier et paysan sera le plus fort que le pays ait jamais connu, une France qui ne craindra plus les menaces de Hiller, lequel spécule sur les divisions entre Français provoquées et entretenues par les deux cents familles et leurs mercenaires.

 

Oui nous voulons et nous ferons une France, dont les fils unis et libérés du joug du Capital pourront dire « Nous ne convoitons pas un pouce de territoire étranger, mais nous ne laisserons pas toucher à un pouce de notre sol », une France ayant retrouvé dans le monde, par l’effort pacifique de notre peuple, une place digne de son rayonnement au cours des siècles écoulés. Il n’est pas vrai que notre histoire appartienne au passé.

 

Nous combattons pour l’avenir de notre peuple, pour son bonheur et pour sa grandeur matérielle, intellectuelle et morale. Nous croyons que la République française des Conseils ouvriers et paysans assurera à jamais à notre peuple le travail de bien-être, le bonheur, la liberté et la paix.

 

Les riches doivent payer

 

Dans l’immédiat nous voulons que les riches paient afin de soulager la misère des pauvres, de donner du travail et du pain aux chômeurs, de rajuster las salaires ouvriers, de rétablir les traitements et indemnités   des   petits fonctionnaires, les retraites des anciens serviteurs de l’Etat, les pensions des anciens combattants et des victimes de la guerre, afin de venir en aide aux artisans, aux petits commerçants et d’assurer la revalorisation des produits agricoles.

 

Nous sommes résolument pour la défense du franc, contre la dévaluation, méthode hypocrite pour faire payer les pauvres.

 

Pour assurer la défense du franc et protéger l’épargne pour équilibrer le budget de l’Etat il faut également faire payer les riches. Le parti communiste propose un prélèvement extraordinaire et progressif sur les grosses fortunes au-dessus de 500 000 francs, soit :

 

– 3 % de 500 000 à 1 million de francs

– 5 % de 1 a 2 millions

– 7 % de ‘2 à 5 millions

– 9 % de 5 a 10 millions

– 12 % de 10 à 20 millions

– 16 % de 20 à 50 millions

– Et 20 % au-dessus de 50 millions de francs

 

Cette mesure parfaitement réalisable proposée autrefois par M. Louis Marin, n’a pu être jusqu’alors l’objet d’aucune réfutation sérieuse. Le président Doumergue l’avait trouvée trop modeste. En effet ce n’est pas une mesure révolutionnaire qui vise à l’expropriation. Les possédants ne seraient pas mis sur la paille, parce qu’un peu de leur superflu serait attribué aux malheureux. Le peuple de France peut et doit faire payer les riches. Dans ce but comme pour défendre la liberté et la paix, le peuple doit être uni.

 

Unir

 

Le Parti communiste s’honore de n’obéir qu’à une préoccupation exclusive : servir la cause du peuple. Le Parti communiste s’honore de ne connaître qu’un seul mot d’ordre : UNIR.

 

Nous avons travaillé avec passion a l’unité de la classe ouvrière, proposant et faisant heureusement accepter le pacte d’unité d’action qui nous lie à nos frères socialistes et nous conduit au parti unique de la classe ouvrière. Nous avons soutenu les efforts des syndicats et des militants unitaires et confédérés qui ont abouti à la reconstitution d’une seule CGT.

 

Nous avons œuvré à l’unité entre les travailleurs des villes et des champs, entre les travailleurs manuels et intellectuels. Nous sommes heureux d’avoir propagé l’idée du Front populaire du travail de la liberté et de la paix et de collaborer loyalement à une action commune avec les radicaux, les républicains el les démocrates. Nous avons travaillé à l’union de la jeunesse de France.

 

Pour la réconciliation du peuple de France

 

Et maintenant nous travaillons à l’union de la nation française contre les 200 familles et leurs mercenaires. Nous travaillons à la véritable réconciliation du peuple de France.

 

Nous te tendons la main, catholique, ouvrier, employé, artisan, paysan, nous qui sommes des laïques parce que tu es notre frère et que lu es comme nous accablé par les mêmes soucis.

 

Nous te tendons la main, volontaire national, ancien combattant devenu croix de feu parce que tu es un fils de notre peuple que tu souffres comme nous du désordre et de la corruption, parce que tu veux comme nous éviter que le pays ne glisse à la ruine et à la catastrophe.

 

Nous sommes le Grand Parti communiste, aux militants dévoués et pauvres, dont les noms n’ont jamais été mêlés à aucun scandale et que la corruption ne peut atteindre. Nous sommes les partisans du plus pur et du plus noble idéal que puissent se proposer les hommes.

 

Nous communistes, qui avons réconcilié le drapeau tricolore de nos pères et le drapeau rouge de nos espérances, nous vous appelons tous, ouvriers, paysans et intellectuels, jeunes et vieux, hommes et femmes, vous tous, peuple de France, à lutter avec nous et à vous prononcer le 26 avril.

 

Pour le bien-être, contre la misère, pour la liberté. Contre l’esclavage, pour la paix, contre la guerre. Nous vous appelons avec confiance à voter communiste. A voter pour la France forte, libre et heureuse que veulent et que feront les communistes !


Commentaire B.T :

La mise en relation du présent texte et du texte de ce jour Adresse du Parti communiste au peuple de France montre clairement que l'un porte un souple, une grandeur porté par un homme tout droit sortie de la mine, les pieds rivés au sol. L'autre texte produit par des hors sol, est vide, sans soufle ne portant pas de l'avant. L'un est éminemment politique au sens noble du terme, l'autre n'est que politicard et sans intérêt.

Publié par El Diablo

PRÉSIDENTIELLE : André Chassaigne (PCF) veut un accord HAMON-MÉLENCHON pour éviter « une catastrophe »

PRÉSIDENTIELLE : André Chassaigne (PCF) veut un accord HAMON-MÉLENCHON pour éviter « une catastrophe »

Présidentielle : Chassaigne (PCF) exhorte à une seule candidature à gauche pour éviter "une catastrophe"

Le chef de file des députés Front de Gauche, André Chassaigne, a encore exhorté mardi à une seule candidature de "gauche anti-libérale" à la présidentielle, loin du repli sur les egos, pour éviter "une catastrophe" d'un second tour droite-extrême droite.

Insistant sur "une situation historique de risque terrible d'un second tour sans candidat de gauche - je ne place évidemment pas Emmanuel Macron à gauche - mais avec une droite extrême représentée par François Fillon et l'extrême droite", le député communiste a déclaré en conférence de presse "ne pas pouvoir comprendre qu'on ne fasse pas passer l'intérêt général" avant tout.

Alors qu'un accord entre le candidat socialiste Benoît Hamon et celui de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon semble inatteignable, M. Chassaigne a considéré que le "sens de la responsabilité collective devrait balayer tout le reste", mettant en garde "ceux qui se seront repliés sur leurs seuls discours et ego".

Sans union devant "la catastrophe à conjurer", a encore averti cet élu du Puy-de-Dôme, "on regrettera demain si l'histoire s'écrit (...) avec un travail de démolition de toutes les conquêtes sociales et un contexte mondial de montée des populismes".

SOURCE :

Chassaigne (PCF) exhorte à une seule candidature à gauche

http://actu.orange.fr/politique/chassaigne-pcf-exhorte-a-une-seule-candidature-a-gauche-CNT000000Dpy35.html

PRÉSIDENTIELLE : André Chassaigne (PCF) veut un accord HAMON-MÉLENCHON pour éviter « une catastrophe »

Adresse du Parti communiste au peuple de France

Déclaration du PCF : Pour le changement, un pacte pour une nouvelle majorité de gauche.

Vous êtes des millions à vouloir tourner la page d'un système politique réduit à l’impuissance et rongé par les forces de l’argent. Vous êtes des millions à être en colère contre des politiques dures pour les faibles et faibles contre les puissants, contre toutes les discriminations, contre une finance qui détruit tout dans notre pays, de l’emploi aux relations humains les plus précieuses.

LIEN VERS LA SUITE DE LA DÉCLARATION CI-DESSOUS:

Adresse du Parti communiste au peuple de France

 

http://www.humanite.fr/adresse-du-parti-communiste-au-peuple-de-france-6324


Commentaire B.T : 

Bien que membre du PCF je considère cet appel pour le moins dérisoire, Chassaigne appel un des protagonistes à procéder à son suicide politique, mission impossible. Cet appel n'est rien d'autre qu'une invitation à sauver le P.S. Pour le moment ce sera pour moi bulletin blanc aux 2 tours comme unique issue.

 

Cela d'autant plus qu'aucun des candidats ne porte rupture avec le système. Le rassemblement n'est possible que si il est porteur de contenus portés collectivement. JLM, pour moi, c'est impossible car ce n'est pas de rassemblement dont il est question, mais de ralliement au nouveau gourou à l'opposé de ce qu'est une démarche démocratique, ni césar, ni tribun.

 

La catastrophe évoqué par Chassaigne c'est les 5 ans de gouvernance P.S. Les vrais responsables de la montée de la droite et de son extrême sont à rechercher chez TOUS ceux qui se révèlent incapable, ou dénués de volonté de proposer une véritable rupture avec un système, le capitalisme à bout de souffle.

 

De ce point de vue le PCF dans ses "dirigeants" porte aussi sa part de responsabilité. nous cantonner au rôle de suceurs de roue du P.S est sans avenir. 

Un trou au fond du programme.

 

par  Henri Guarinos

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Au fur et à mesure que se développe la campagne présidentielle on peut constater que le tonneau fuit et que la visibilité du parti tend vers zéro. On peut bien sûr incriminer les médias et vérifier qu’une fois de plus toute mise en cause du capitalisme y est neutralisée ou sinon purement et simplement censurée. Ce n’est pas une surprise, mais on peut constater aussi que les contradictions du capitalisme s’exacerbent et génèrent des effets mal maîtrisés par ceux qui pilotaient jusqu’ici avec assez de réussite la fabrique idéologique de la fatale « crise », de l’incontournable « dette », de la drastique « compétitivité », de l’archaïque et « coûteuse » rigidité du travail.

 

Au moment où une dépression creuse au centre du totalitarisme de marché une zone de turbulence dont témoignent les incertitudes de la campagne, aucune des notions phares du marxisme n’est proposé dans la tempête pour donner des repères à tous ceux qui scrutent l’horizon de la fin du capitalisme. Ce lundi 13 Janvier 2017, la revue de presse très idéologiquement filtrante de France Inter faisait état du désarroi des éditocrates "de révérence", Libération, Les Echos, Le Monde… qui disent assister à une campagne « au delà du réel », « sous acide », proche d’une « série politique » qui se vend d’ailleurs bien à l’étranger. Ils ont l’impression que leurs embrayages patinent, tant mieux.

 

Mais, en face, les marxistes donnent l’impression de ne pas reconnaître le temps propice pour placer enfin quelques repères dans le brouillard ; par exemple que les actionnaires ne sont que des parasites sociaux toxiques et qu’il faut aller vers leur suppression, ou encore qu’un emploi pour un employeur n’est pas du travail ; ou encore que la production des dividendes est contradictoire avec la production de la société ; ou encore que les "lois du marché" sont une théorie ad hoc pour justifier le circuit de réalisation du capital ; etc…

 

D’autant que la dépression idéologique génère les faux semblants et les faux frères ; c’est, par exemple le cas de l’aspiration au salaire universel sur la base de la socialisation de la valeur ajoutée par le travail, uniquement envisageable par des marxistes, mais qui a attiré plein de votants PS dans le filet à papillons de Hamon à cause de sa fausse ressemblance avec un prétendu « revenu universel » et vrai RSA au rabais. Quel dommage que le Parti, pourtant encore appelé communiste, n’ait pas rallumé dans le brouillard idéologique le phare construit par A. Croizat pour la Sécu ; il aurait été tout à fait éclairant pour la Sécurité du Travail aussi bien que pour l’investissement non capitaliste. C’est par ce trou au fond du programme du Parti communiste que fuient toutes les aspirations des salariés et des jeunes, en particulier ceux que l’on brime et humilie pour leur couleur de peau ou leur sexe, alors que c’est l’inégalité sociale et la destruction du travail que le capitalisme veut dissimuler.

 

Rappel : 9% de la valeur ajoutée produite par le travail et récupérée dans une caisse de salaire socialisé permettent de verser un salaire de 1500 euros bruts à tous les jeunes de 18 à 27 ans et de reconnaître la qualification personnelle comme unité de valeur sociale. Or si les jeunes, d’abord européens puis au-delà, trouvaient l’idée bonne à défendre et à porter, ce serait 9% de la valeur ajoutée qui pourraient en euros communistes faire la nique à l’euro de Baroso.

 

Mais le programme a une fuite… et il est cruel pour un communiste d’entendre Mélenchon expliquer que les idées de Friot sont les seules cohérentes en matière de salaire universel mais que lui il ne veut pas collectiviser la valeur ajoutée puisqu’il n’est pas communiste ! Dommage en effet que le Parti communiste soit passé de Croizat et Thorez à Keynes ! Dans le trou d’air de la fin de la guerre, il était combattu mais entendu. Dans le trou d’air du monétarisme, il est devenu inaudible.

 

H.G. PCF. OB

LO CAMÈL ROGE, journal de la section PCF de Béziers

Utopie ou perspectives concrètes ?

 

Les propositions de la 11eme circonscription de l’Hérault

 
par  Paul Barbazange
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Face aux enjeux et aux défis actuels, la seule question qui doit être posée est celle du changement de système. Ou l’on agit pour transformer la société ou la crise va continuer à s’aggraver, les salariés actifs et retraités à souffrir, le capital à prospérer, les conquis sociaux remis en cause.

 

Ainsi, quel est le bilan ?

 

En matière industrielle :

 

En France en 2016, I’industrie représente 10% des richesses produites. C’est 16% au niveau de la zone euro. Nous importons 60% de nos produits industriels ! L’emploi industriel a reculé de 25% en quinze ans. Dans la même période, les dividendes versées sont passées aux de 5% de la valeur ajoutée à 25%. Entre 2000 et 2013, l’Allemagne a investi 12 milliards par an en moyenne dans son appareil productif. En France l’investissement reculait de milliards par an. Le « coût » horaire en France est inférieur à celui de I’Allemagne...

 

C’est bien le résultat de choix politiques, économiques et sociaux des gouvernements, successifs. Des choix qu’il faut inverser.

 

Parler d’industrie, c,est parler de réponse aux besoins, de coopération et non de concurrence, d’enjeux environnementaux, de ressources et de biens communs, de services publics, Produire pour satisfaire les besoins sociaux ou produire pour faire du fric, Tel est bien l’enjeu !

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21 février 2017

François Chesnais, capitalisme, contradictions et limites

« La rencontre, nous dit François Chesnais, par le capitalisme de limites qu’il ne peut pas franchir ne signifie en aucune manière la fin de la domination politique et sociale de la bourgeoisie, encore moins sa mort, mais elle ouvre la perspective que celle-ci entraîne l’humanité dans la barbarie. L’enjeu est que celles et ceux qui sont exploités par la bourgeoisie ou qui n’ont pas partie liée avec elle trouvent les moyens de se dégager de son parcours mortifère. Les implications sociales et politiques d’une « stagnation séculaire » bien plus sérieuse dans ses fondements que celle des années 1930 sont difficiles à mesurer mais évidemment immenses, d’autant plus que la situation peut basculer en cas de rupture d’un point de l’écosystème sous l’effet du changement climatique. Une croissance très faible du PIB mondial, et plus encore du PIB per capita, pose déjà de très grands problèmes aux bourgeoisies. Le marché mondial est fait de groupes industriels et bancaires en concurrence brutale et d’oligarchies nationales profondément rivales. La politique de Donald Trump traduit une situation où tous les coups sont désormais permis entre bourgeoisies... »

Reprenons l'argumentation de François Chesnais...

Michel Peyret


Le capitalisme a-t-il rencontré des limites infranchissables

 

vendredi 10 février 2017 

On peut ne pas tout partager de cet article (en particulier dans les derniers paragraphes sur les tâches à entreprendre) de François Chesnais économiste et membre du NPA. Pour autant il a paru à Rouge Midi intéressant de publier l’importante et fouillée analyse économique de la situation actuelle qu’il recèle...Un remue méninges pour les lectrices et lecteurs...

Dans son numéro 631/632 de novembre 2016, la revue Inprecor [1] a publié un texte traduit du castillan de la revue Herramienta, dont l’original était en langue anglaise. Il vient en conclusion d’un livre – Finance Capital Today. Corporations and Banks in the Lasting Global Slump, sorti dans la collection « Historical Materialism Book Series » des Editions Brill (Leiden et Boston) – sur le capital financier et la finance que j’ai écrit à la lumière de la crise de 2007-2008 et des transformations dans les formes mondialisées de l’exploitation des prolétaires.[1] La conclusion du livre comme le texte publié dans Inprecor ont comme horizon les perspectives de la société humaine. Les remarques d’amis qui l’ont lu m’ont convaincu de la nécessité de clarifier certains arguments. De leur côté pas mal d’événements politiques des derniers mois invitent à raccourcir l’horizon de la réflexion.

Beaucoup d’essais ont été publiés depuis deux ou trois ans sur les tensions politiques mondiales, domestiques et internationales, ainsi que sur les malaises sociétaux français et européens. Pas mal d’auteurs rapportent ces questions au néolibéralisme, à la « globalisation » et à leurs conséquences. Ici elles sont rapportées au cours du capitalisme et à son impasse. Des événements au niveau de la « superstructure » mon texte revient à « l’infrastructure », au mouvement de l’accumulation du capital en longue période et aux barrières qu’elle rencontre. La perspective est celle d’une situation où les conséquences politiques et sociales d’une faible croissance et d’une instabilité financière endémique, avec le chaos politique que celles-ci créent, dès aujourd’hui dans certaines parties du monde et potentiellement dans d’autres, sont en train de converger avec l’impact social et politique du changement climatique.

Ce texte a évidemment de fortes implications politiques. Il est l’expression d’un basculement théorique radical personnel puisqu’il y a encore dix ans la revue Carré rouge avait participé à un réseau de discussion sur « l’actualité du communisme » dont des participants ont exprimé des appréciations diverses sur la période.[2] Mais c’est évidemment en 2008 que commence ce basculement qu’on voit déjà dans un texte aussi publié dans Herriamenta puis Inprecor, où je cherchais à articuler crise économique et financière et crise du changement climatique.[3]

La notion de « barrières » ou de « limites » au mode de production

Presque dix ans après le début de la crise économique et financière mondiale, puisqu’elle commence en juillet-août 2007 avant d’exploser en septembre 2008, l’allure du taux de croissance du PIB mondial est la suivante. Les dernières projections du FMI sont de 3% pour 2017 comme pour 2018.[4]

En discussion : savoir si la crise économique et financière mondiale de 2007-2008 peut simplement être vue comme une « très grande crise » d’un capitalisme encore capable de s’ouvrir une nouvelle longue phase de reproduction élargie à l’échelle du « marché mondial enfin constitué » ou au contraire le point de départ du moment historique où le capitalisme rencontrerait des limites qu’il ne pourrait plus repousser. Dans le livre III du Capital Marx argumente que « la production capitaliste tend sans cesse à dépasser les limites qui lui sont immanentes, mais elle n’y parvient qu’en employant les moyens, qui de nouveau, et à une échelle plus imposante, dressent devant elle les mêmes barrières »[5].

La question posée est de savoir si la production capitaliste s’affronte désormais à des barrières qu’elle ne peut plus ou pas dépasser, même temporairement. On serait en présence de deux formes de limites infranchissables ayant de très fortes implications pour la reproduction du capital et la gestion de l’ordre bourgeois, surtout pour la vie civilisée. L’une, attenant aux effets de l’automatisation, remonte au 19esiècle et a un caractère immanent, interne au mouvement du capital sur lequel Marx a fortement insisté. L’autre, attenant à la destruction par la production capitaliste, des équilibres éco-systémiques, notamment de la biosphère, n’a pas été prévue par Marx et a d’abord été définie comme limite externe.

Commençons par la première au sujet de laquelle Ernest Mandel [2] a défendu, dès 1986, la thèse d’un changement qualitatif. La maximisation du profit, elle-même sans limites, repose sur la maximisation du montant de plus-value ou survaleur produite et réalisée. Elle suppose contradictoirement l’emploi du plus grand nombre possible de prolétaires et le recours à la mécanisation, donc le remplacement du travail vivant (celui des salarié·e·s) par le travail mort (les machines), autrement la diminution de la quantité de travail vivant nécessaire pour mettre en valeur un capital déterminé. De ce fait, écrit Marx, « l’extension de la production s’affirme sous un double aspect : elle pousse à l’accroissement du surtravail, c’est-à-dire à la diminution du temps indispensable à la reproduction de la force de travail ; elle restreint le nombre d’ouvriers nécessaires pour mettre en mouvement un capital donné ».[6] C’est là que se trouve la cause de la baisse du taux de profit. La situation du capitalisme étant encore celle d’un système connaissant des technologies bien moins drastiquement « labour saving » qu’aujourd’hui et ayant encore la planète à conquérir, Marx pouvait écrire que si « l’accroissement du capital dépend à la fois de sa masse et du taux du profit », la situation était celle où « le développement de la production capitaliste provoque la baisse du taux du profit, mais comme il comporte la mise en œuvre de capitaux de plus en plus considérables, il en augmente la masse ». L’action de « ces influences contradictoires » s’affirmant « périodiquement par des crises, qui sont des irruptions violentes après lesquelles l’équilibre se rétablit momentanément ».[7]

C’est l’idée d’un changement de la force respective des influences contradictoires que défend Mandel, sous la forme d’une analyse des conséquences de ce qu’il appelait le « robotisme », alors à ses tout débuts. En 1986 dans sa préface à l’édition Penguin Books du Volume III du Capital, Mandel argumente que « l’extension de l’automatisation au-delà d’une certaine limite mène, inévitablement, d’abord à une réduction du volume total de la valeur produite, puis à une réduction du volume de la survaleur réalisée ». Il y voyait une « limite infranchissable » porteuse d’une « tendance du capitalisme à l’effondrement final ».[8] Bien plus récemment le rapport de l’automatisation avec la crise mondiale de 2007-2008 a été exposé en 2011 par un auteur marxiste au parcours très différent, le chef de file du groupe Krisis, Robert Kurz. [3] Kurz parle de « production réelle insuffisante de survaleur » (…) sur fond d’une nouvelle rupture structurelle dans le développement capitaliste, marquée par la troisième révolution industrielle (la microélectronique) et de « ‘limite interne du capital’ qui finit par devenir une limite absolue ».[9]

La seconde barrière a été progressivement cernée théoriquement par les débats, entre autres, au sein de l’écologie politique étatsunienne, notamment entre James O’Connor, John Belamy Foster, Joel Kovel et Jason Moore. Ils ont commencé avec l’article de 1988 de James O’Connor sur la « seconde contradiction » du capitalisme. Dans le cas de l’écologie, les débats sur les « limites absolues », auxquels on revient plus loin, portent, d’une part, sur l’ampleur des effets sur le taux de profit de la diminution des ressources naturelles non-renouvelables et, de l’autre, sur les conséquences autrement sérieuses de l’incapacité du capitalisme de freiner l’avancée du changement climatique, le mode de production capitaliste ayant développé un type de rapport à son environnement qui transforme la biosphère au point de menacer les rapports civilisés.[10]

La question de l’avenir du capitalisme est devenue une question suffisamment pressante pour que Michael Roberts consacre le dernier chapitre de son récent livre à la « possibilité que le capitalisme ait atteint sa date de péremption », alors qu’il l’avait simplement évoquée jusque-là au détour de phrases épisodiques dans des articles sur son blog. Après beaucoup de tergiversations il conclut que « la Longue Dépression n’est pas une espèce de crise finale », qu’il y a « toujours plus d’êtres humains à exploiter » et qu’il y « aura toujours des innovations technologiques pour lancer un nouveau Kondratiev », alors qu’il aligne dans ce même chapitre des éléments qui suggèrent le contraire. Il estime que « le capitalisme récupérera à un moment donné la santé », proposant pour terminer une définition bien particulière de la barbarie, comme « une chute à un niveau de productivité du travail et dans des conditions de vie précapitalistes » qui contraste singulièrement avec celle de Mandel que nous citons ci-après.[11]

Les enjeux politiques

La rencontre par le capitalisme de limites qu’il ne peut pas franchir ne signifie en aucune manière la fin de la domination politique et sociale de la bourgeoisie, encore moins sa mort, mais elle ouvre la perspective que celle-ci entraîne l’humanité dans la barbarie. L’enjeu est que celles et ceux qui sont exploités par la bourgeoisie ou qui n’ont pas partie liée avec elle trouvent les moyens de se dégager de son parcours mortifère. Les implications sociales et politiques d’une « stagnation séculaire » bien plus sérieuse dans ses fondements que celle des années 1930 sont difficiles à mesurer mais évidemment immenses, d’autant plus que la situation peut basculer en cas de rupture d’un point de l’écosystème sous l’effet du changement climatique. Une croissance très faible du PIB mondial, et plus encore du PIB per capita, pose déjà de très grands problèmes aux bourgeoisies. Le marché mondial est fait de groupes industriels et bancaires en concurrence brutale et d’oligarchies nationales profondément rivales. La politique de Donald Trump traduit une situation où tous les coups sont désormais permis entre bourgeoisies. Au plan interne, les inégalités (revenus, patrimoines, accès à l’éducation et à la santé) s’accroissent et leurs conséquences sont toujours plus difficiles à gérer. Mandel parlait en 1986 « des défis croissants de toutes les relations bourgeoises fondamentales et des valeurs de la société dans son ensemble », suite à une « augmentation du chômage de masse et des secteurs marginalisés de la population, du nombre de ceux qui ‘abandonnent’ et de tous ceux que le développement ‘final’ de la technologie capitaliste expulse du processus de production ». Pour celles et ceux « d’en bas » qui vivent dans une société mondialisée dominée par le capitalisme de part en part, les implications sont extrêmement sérieuses au plan quotidien comme à l’horizon historique.

En effet Mandel écrivait que

« la tendance du capitalisme à l’effondrement final (….) n’est pas nécessairement favorable à une forme supérieure d’organisation sociale ou de civilisation. Précisément en fonction de la dégénérescence propre du capitalisme, les phénomènes de décadence culturelle, de régression dans les domaines de l’idéologie et du respect des droits de l’homme se multiplient en accompagnant la suite des crises multiformes avec lesquelles cette dégénérescence nous fera face (nous fait déjà face F.C.). »

Marqué par les formes prises par la barbarie au 20e siècle, Mandel pensait que

« la barbarie, en tant qu’un résultat possible de l’effondrement du système, est une perspective beaucoup plus concrète et précise aujourd’hui qu’elle ne l’a été dans les années 1920 ou 1930. Même les horreurs d’Auschwitz et de Hiroshima apparaîtront minimes par rapport aux horreurs que l’humanité devra affronter dans la décrépitude continue du système. Dans ces circonstances, la lutte pour une issue socialiste prend la signification d’une lutte pour la survie de la civilisation humaine et du genre humain. »[12]

Mandel modérait cette perspective catastrophique avec ce message d’espoir inspiré par l’approche du Programme de transition (de 1938) :

« Le prolétariat, comme Marx l’a montré, unit tous les prérequis pour conduire cette lutte avec succès ; aujourd’hui cela reste plus vrai que jamais. Et il a au moins le potentiel pour acquérir également les prérequis subjectifs pour une victoire du socialisme mondial. La réalisation de ce potentiel dépendra, en dernière analyse, des efforts conscients des marxistes révolutionnaires, s’intégrant aux luttes spontanées périodiques du prolétariat pour réorganiser la société selon les principes socialistes et le conduisant vers des objectifs précis : la conquête du pouvoir d’Etat et la révolution sociale radicale. Je ne vois pas plus de raisons pour être plus pessimiste aujourd’hui sur le résultat de cette entreprise que Marx ne l’était lorsqu’il écrivait le Capital. »[13]

En 1986 pouvait être encore, à la limite, envisagé que l’effondrement de la bureaucratie soviétique dégage la voie à la « révolution politique » en URSS et dans les démocraties populaires ; et alors le mouvement contemporain de mondialisation du capital était à peine lancé. La situation dans laquelle nous sommes est tout autre. Les processus de dépassement du capitalisme et de passage à la société libérée de la propriété privée qui étaient contenus, semblait-il, dans le mouvement même du capital et que les gens de ma génération enseignions aux jeunes militants, ont perdu leur validité, y compris ceux présentés par Marx lui-même.[14] La bifurcation par rapport à la direction actuelle de la route où l’humanité est engagée dépendra exclusivement de la lutte, donc de l’état des rapports politiques de classe entre les travailleurs largo sensu et la bourgeoisie (les « rapports de force »). Or au plan global, ils sont pour l’instant très défavorables aux premiers.

Quelques traits originaux de la crise économique et financière ouverte en 2007-2008

Avant de parler plus en détail de la manière et du degré auxquels les deux barrières sont infranchissables, il faut caractériser la crise économique et financière mondiale commencée en 2007-2008. Il existe entre marxistes travaillant au sein du monde anglophone et des hétérodoxes étatsuniens comme Paul Krugman et Joseph Stiglitz, un consensus, large mais bien sûr très flou, pour dire qu’il s’agit d’une très grande crise, d’une importance analogue à celle de 1929. Certains la caractérisent comme « structurelle » ou « systémique ». Mais même chez ceux-ci, la très grande majorité des économistes critiques ou anticapitalistes attend qu’elle prenne fin, qu’à un moment donné il y ait une reprise de l’accumulation. Chez les économistes de langue française les termes « structurel » et « systémique » renvoient peu ou prou (surtout le premier) à la théorie de la Régulation, dont les tenants sont divisés sur la nature de la crise présente.[15]

Je cherche à éviter ces termes, en particulier « structurel » fortement connoté au fordisme, en prenant appui sur des remarques de Paul Mattick [4] . :

« Si la crise trouve sa raison dernière dans le capitalisme lui-même, chaque crise particulière se distingue de celle qui l’a précédée, précisément à cause des transformations permanentes qui affectent à l’échelle mondiale les relations de marché et la structure du capital. Dans ces conditions, on ne peut déterminer d’avance ni les crises elles-mêmes ni leur durée et gravité, et cela d’autant moins que les symptômes de crise apparaissent postérieurement à la crise elle-même et ne font que la rendre manifeste aux yeux de l’opinion publique. On ne peut pas non plus ramener la crise à des facteurs « purement économiques », quoiqu’elle survienne bel et bien de façon « purement économique », c’est-à-dire prenne sa source dans des rapports sociaux de production travestis en formes économiques. La concurrence internationale, qui se mène également avec des moyens politiques et militaires, réagit sur le développement économique, de même que celui-ci stimule à son tour les diverses formes de concurrence. Aussi ne peut-on comprendre chaque crise concrète que dans le rapport qu’elle entretient avec le développement de la société globale. »[16]

De façon télégraphique on peut retenir les particularités suivantes de la crise de 2007-2008.

1. Elle a éclaté au terme d’une très longue phase, soixante-dix ans donc sans parallèle dans l’histoire du capitalisme, d’accumulation ininterrompue. La crise de 1974-1976 avec son double dip de 1980-1982 a entraîné un changement de rythme dans les pays capitalistes avancés, mais pas entamé la dynamique de reproduction élargie au niveau mondial. A la différence de Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Frédéric Lemaire, Dominique Plihon dans le livre tout récent d’Attac[17] Cette crise qui n’en finit pas… par ici la sortie, je ne pense pas que les trois décennies séparant 1976 et 2007 soient une sorte de crise « structurelle » permanente aux épisodes multiformes. La période qui commence en 1982 voit les bourgeoisies emmenées par Reagan et Thatcher non seulement se lancer contre la classe ouvrière à des rythmes différents selon les pays, mais se tourner vers le marché mondial et en achever la construction complète avec la réintégration de la Chine.

2. Il ne faut jamais perdre de vue que la phase fordiste d’abord et la longue période d’accumulation se sont faites dans les conditions historiques très particulières. Elles ont lieu à la suite de la Grande Dépression des années 1930 avec ses conséquences de fermeture massive de capacités de production et au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec ses destructions à très, très grande échelle. Le terrain pour l’investissement rentable était déblayé. Autre dimension très importante aussi, le capital a pu puiser dans un stock encore peu exploité de technologies créatrices de grands secteurs industriels ainsi dans une réserve de connaissances scientifiques aux potentialités encore peu exploitées. Même l’affaiblissement politique passager de 1945 de la bourgeoisie face à la classe ouvrière a joué en faveur de la relance de l’accumulation. Sans les concessions que le capital a été contraint de faire au prolétariat, il n’y aurait jamais eu de régulation « fordiste ».

3. Le terrain sur lequel la crise s’est jouée depuis 2007-2008 est celle du marché mondial pleinement constitué. La Chine n’a jamais été une « périphérie »[18] du capitalisme mondial, mais un pays de taille continentale de très vieille tradition scientifique fait d’hommes et de femmes éduqués, qui a échappé pendant quarante ans à sa domination. C’est en Chine que le capitalisme a encore trouvé en 2009 des facteurs d’impulsion en réserve (technologie et prolétaires) avant, comme on l’a vu plus haut, que la courbe du taux de croissance du PIB mondial s’infléchisse vers le bas pour devenir presque plate.

4. Les Etats-Unis ont été à l’origine des principales impulsions de la mondialisation contemporaine et les principaux architectes et bénéficiaires du régime institutionnel mondial dont le FMI et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sont les piliers. Mais en combattant la tendance à la baisse du taux de profit chez eux par des délocalisations massives vers la Chine, les Etats-Unis ont aidé un puissant rival à émerger. Dix ans après le début de la crise, la guerre commerciale caractéristique des années 1930 se profile avec les Etats-Unis de Donald Trump prêts à s’y lancer.

5. Dans tous les pays, les classes ouvrières largo sensu ont abordé la crise dans le cadre de rapports économiques et politiques extrêmement favorables au capital. La libéralisation des échanges et des investissements directs a internationalisé le processus de centralisation et concentration du capital et permis la formation d’immenses groupes industriels. Elle a aussi et encore plus gravement permis la mise en concurrence des travailleurs de pays à pays et de continent à continent. Il y a eu une mondialisation de l’armée industrielle de réserve. Chaque bourgeoisie doit en gérer les conséquences comme elle le peut, en plus de celles qui naissent de l’extension de la robotique, mais elle le fait à partir de positions de force très marquées face aux travailleurs.

6. La crise qui a éclaté en 2007-2008 est une crise de suraccumulation et de surproduction de caractère mondial, même si elles sont logées dans des pays, des secteurs et des industries déterminés. Elle est doublée d’une crise de profitabilité que les économistes mesurent à l’aide de différents calculs du taux de profit. Ici je lui donne le sens de Mandel et de Kurz, c’est-à-dire d’une chute du volume total de la valeur produite et du volume de la survaleur ou plus-value réalisée. Les prodromes de la crise de 2007-2008 remontent à la crise asiatique de 1997-1998. Les répercussions financières qu’elle a eues à Wall Street étaient annonciatrices de la crise financière qui y éclatera dix ans plus tard.

7. La suraccumulation de capital productif s’est accompagnée d’une très forte accumulation de capital fictif. Commencée dans les années 1960 et s’accroissant rapidement avec la dette du Tiers Monde dans les années 1980, elle s’est accélérée encore plus après 1998 avec le recours massif à l’endettement par les Etats-Unis pour soutenir la croissance et de façon plus différenciée par des pays en Europe. L’endettement des entreprises et des ménages s’est accompagné à partir de 2005 de celui des banques entre elles. Il se caractérise par un bond dans les techniques de titrisation et s’accompagne de la formation d’un « système bancaire de l’ombre » échappant grâce à la déréglementation financière à tout contrôle.[19]

8. A la différence de la crise des années 1930, en raison du sauvetage des banques et des marchés financiers la destruction de capital fictif a été limitée tandis que celle du capital productif n’a eu lieu que de façon lente et inégale et dans le cas de la Chine pas du tout. La fonction régulatrice des crises, de déblayage du terrain pour une nouvelle phase d’accumulation n’a pas eu lieu.

9. L’analyse de l’économie mondiale comme totalité inclut la dimension des « rapports des hommes à la nature ». Le capitalisme s’est comporté comme si la planète – tant comme ensemble de ressources non-renouvelables et d’espaces terrestres et maritimes à épuiser que comme biosphère commandant la reproduction des sociétés humaines – pouvait supporter indéfiniment l’intensité de l’exploitation à laquelle elle est soumise[20]. La très longue phase de croissance du PIB mondial a aussi été celle des émissions de CO2.

L’informatisation, stagnation séculaire ou limite infranchissable du capital ?

Il faut revenir aux deux barrières. D’abord à celle tenant au mouvement du taux et de la masse du profit, c’est-à-dire de la plus-value produite et réalisée. Michel Husson [5] a publié en juin 2016 une étude intitulée « Stagnation séculaire ou croissance numérique ? ». Je suis d’accord avec l’essentiel de ce qu’il y écrit, d’autant plus que dans le texte publié par Inprecor je renvoie aux mêmes études étatsuniennes, notamment celles de Richard Gordon. Husson parle de l’extrême polarisation du débat étatsunien et il examine les arguments de ceux qui, à l’opposé de Gordon, misent sur la croissance numérique, c’est-à-dire les technologies qui poussent la robotisation toujours plus loin. L’analyse de Husson recourt à des statistiques et des calculs que les économistes néo-classiques ne peuvent pas contester. Les liens statistiques entre rentabilité et productivité établis par Husson montrent que « jusqu’au milieu des années 1980, le ralentissement des gains de productivité se traduit par une baisse tendancielle du taux de profit dans les grandes économies. Ensuite, durant la phase néolibérale, le capitalisme réussit à rétablir le taux de profit malgré un ralentissement des gains de productivité. Mais il n’a pu le faire que sur la base d’une baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée et par la mise en œuvre de divers dispositifs qui n’étaient pas soutenables, et qui l’ont conduit à la crise. »[21]

Aujourd’hui on peut, d’une part, affirmer sans grand risque de se tromper que le capitalisme ne pourra recourir à ces « dispositifs insoutenables » (notamment endettement des PME et des ménages) et constater, d’autre part, que le recours du capital aux technologies d’automatisation accentue encore le processus analysé par Mandel et Kurz de « réduction du volume total de la valeur produite et de la survaleur réalisée » et de « production effective insuffisante de survaleur ». Husson cite les résultats d’une étude postérieure à celle de Gordon.[22] Elle montre que « quand les gains de productivité liés aux nouvelles technologies peuvent être observés, ils résultent ‘d’une baisse de la production relative [du secteur considéré] et d’une baisse encore plus rapide de l’emploi’ ». Il est donc difficile, écrit Husson, de concilier « ces baisses de production avec l’idée que l’informatisation et les nouvelles technologies incorporées dans les nouveaux équipements seraient à l’origine d’une révolution de la productivité ». Telle ou telle entreprise peut bénéficier de gains de productivité dans l’industrie et une partie des services. « Mais, écrit Husson, les innovations nécessitent des investissements, et ceux-ci doivent satisfaire le critère d’une rentabilité élevée. » Une figure dessinée par les économistes de la US Conference Board (l’un des lobbies du patronat étatsunien) et publiée par Michael Roberts sur son blog illustre ce processus cumulatif de baisse combinée de la productivité du travail et de l’investissement. L’investissement dans les TIC ne se comporte pas différemment de celui des autres secteurs.

Parler, à l’instar de Mandel et Kurz, d’une situation de pénurie croissante de plus-value ou survaleur due à la baisse conjointe de l’emploi et de l’investissement facilite le débat plus que ne le fait la problématique des causes et contre-causes de la baisse du taux de profit. Plus exactement, il faudrait faire porter les calculs sur la masse des profits autant que sur son taux et examiner le possible mouvement tendanciellement à la baisse de cette masse sous le double effet de la baisse de l’investissement et de son biais robotique : ce que n’ont pas fait Mandel ou Kurz, ni a fortiori moi. Cela permettrait d’apprécier si à mesure que la pénurie de plus-value s’enracine, devient structurelle, ce qui se présente au départ comme une « limite interne (immanente) du capital » susceptible d’être surmontée temporairement finirait par devenir infranchissable.

Husson laisse implicite la question de la baisse de la masse de plus-value. Mais comme Mandel il pointe vers les difficultés de gestion économique, sociale et politique de l’automatisation par la bourgeoisie : celle-ci « remet en cause la cohérence des sociétés (chômage de masse, polarisation entre emplois qualifiés et petits boulots, etc.) et aggrave une contrainte essentielle, celle de la ‘réalisation’. Il faut en effet que les débouchés existent et on retombe ici sur la contradiction fondamentale de l’automatisation : qui va acheter les marchandises produites par des robots ? »[23] Il renvoie à un article de Mandel[24], où celui-ci évoquait une société duale avec d’un côté « ceux qui continuent à participer au processus de production capitaliste » et de l’autre ceux qui survivent « par tous les moyens autres que la vente de leur force de travail : assistance sociale, augmentation des activités “indépendantes”, paysans parcellaires ou artisans, retour au travail domestique, communautés “ludiques ». »

Le caractère immanent de l’infranchissable barrière écologique et climatique

Si je mettais un point d’interrogation à la fin de l’intertitre précédent, je n’en mets pas ici. Il est possible que Roberts et d’autres aient raison de penser que la barrière de la baisse du profit en taux et en masse puisse encore être repoussée par le capital avant de se dresser de nouveau très vite devant lui. Il suffit de consulter l’entrée Climate Change sur Wikipédia pour qu’il n’en soit pas de même lorsque les processus rétroactifs non datables, mais prévisibles, se produiront. La notion de barbarie, associée par Mandel aux deux guerres mondiales et à l’Holocauste s’appliquera alors aux conséquences sociales du changement climatique. L’un des premiers à soulever de façon générale cette hypothèse à propos des questions environnementales a été Mészáros :

« Dans une certaine mesure, Marx était déjà conscient du “problème écologique”, c’est-à-dire des problèmes de l’écologie sous la domination du capital et des dangers implicites que cela provoque pour la survie humaine. En fait, il était le premier à le conceptualiser. Il a parlé de la pollution et a insisté que la logique du capital – qui doit poursuivre le profit, conformément à l’auto-expansion et à l’accumulation – ne peut prendre en considération les valeurs humaines ni même la survie de l’humanité (…). Ce que vous ne pouvez pas trouver chez Marx, évidemment, c’est une explication de la gravité extrême de la situation à laquelle nous faisons face. Pour nous, la survie de l’humanité est une question urgente. »[25]

Par survie de l’humanité il faut entendre, bien sûr, survie de la « vie civilisée » telle que nous l’entendons encore de façon générale et donc vague à partir des résultats (les « acquis » de la lutte des classes en Europe). Les humains survivront, mais si le capitalisme n’est pas renversé, ils vivront au niveau mondial dans une société du type de celle décrite par Jack London dans son grand roman « dystopique » (contre-utopique), Le Talon de fer (1908).

La réflexion de Mészáros bénéficie des débats et des recherches théoriques menés aux Etats-Unis, suivis plus tard dans les pays de langue française, à partir de la thèse de la seconde contradiction développée par O’Connor. Pour O’Connor la première contradiction, interne, serait la suraccumulation et la surproduction présentées de façon « marxo-keynésienne » et la seconde, externe, la baisse du taux de profit et du taux d’accumulation induits par le coût croissant des matières premières (partie « capital circulant » du capital constant) qui pourrait aller jusqu’à provoquer un phénomène de « sous-production ». Dans la section 6 de son article novateur (qui lance la revue dont il sera rédacteur en chef) – « Capitalism, Nature, Socialism : A Theoretical Introduction », Capitalism, Nature, Socialism, 1 (1) : 11-38, 1988 – il défend l’idée que même si les questions environnementales ne trouveront de solution que dans le socialisme et qu’elles doivent faire partie du programme socialiste (éco-socialiste), le capital serait capable de reconnaître son mouvement destructeur et l’Etat de mettre en place des mécanismes de régulation. Il fait même des questions environnementales le terrain de possibles compromis de classe.[26] O’Connor a été attaqué, à juste titre sur le premier point. Et c’est le livre de 2002 de Joel Kovel, L’Ennemi de la nature : la fin du capitalisme ou la fin du monde ? qui est devenu le livre de référence de l’éco-socialisme en langue anglaise.

C’est sur l’opposition entre « contradiction interne » et « contradiction externe » et sur l’impossibilité pour le capitalisme de modifier ses rapports à l’environnement qu’il faut porter la critique d’O’Connor.[27] L’observation méthodologique générale la plus ramassée de Marx sur les rapports des hommes à la nature vient d’un texte peu lu aujourd’hui : « Pour produire, les hommes entrent en relations et en rapports déterminés les uns avec les autres, et ce n’est que dans les limites de ces rapports sociaux que s’établit leur action sur la nature ».[28] Dire que les « rapports sociaux » dans le cadre duquel la société mondiale contemporaine dominée de part en part par le capital « établit son action sur la nature », sont ceux qui opposent le capital et le travail, c’est procéder à une simplification à laquelle Marx ne s’est pas livré et qui ne suffit pas à une compréhension des enjeux actuels.

La définition pertinente est celle de rapports sociaux commandés par la valorisation sans fin de l’argent devenu capital dans un mouvement marqué par la réduction du travail concret au travail abstrait et la production et vente de marchandises, également sans fin. Dans les Manuscrits de 1857-58, Marx écrit que « le capital en tant qu’il représente la forme universelle de la richesse – l’argent – est la tendance sans borne et sans mesure de dépasser sa propre limite. Sinon il cesserait d’être capital, l’argent en tant qu’il se produit lui-même »[29]. Il lui faut donc puiser sans limites dans les réserves terrestres de matières premières, de ressources du sol et du sous-sol, en attendant à un moment donné de porter atteinte toujours plus gravement à la biosphère et à des écosystèmes très fragiles qui lui sont liés. L’exploitation sans limites de la force de travail achetée et l’exploitation sans limites et jusqu’à épuisement des ressources naturelles – accompagnées à partir du milieu du 20e siècle par des modes de produire et de consommer provoquant la croissance exponentielle des émissions de gaz à effets de serre – vont ensemble. Elles sont contenues dans la notion de capital et dans celle qui lui est inséparable de production de marchandises, dont une part aujourd’hui massive est socialement inutile et pour ce qui est de sa production matérielle, dévoreuse de ressources non ou difficilement renouvelables, et fortement émettrices de gaz à effets de serre.

Le mécanisme qui aboutit à la « société de consommation » et son gaspillage insensé est le suivant. Pour que l’autoreproduction du capital soit effective, il faut que le cycle de valorisation se referme avec « succès », donc que les marchandises fabriquées, la force de travail achetée sur le « marché du travail » et utilisée de façon discrétionnaire par les entreprises sur les sites de production, soient vendues. Pour que les actionnaires soient satisfaits, il faut qu’une vaste quantité de marchandises qui cristallisent le travail abstrait contenu dans la valeur soit déversée sur le marché. Pour le capital, il est absolument indifférent que ces marchandises représentent réellement des « choses utiles » ou qu’elles en aient simplement l’apparence. Pour le capital, la seule « utilité » est celle qui permet de dégager des profits et de poursuivre le processus de valorisation sans fin, de sorte que les entreprises sont passées maître avec la publicité dans l’art de démontrer à ceux qui ont réellement ou fictivement (le crédit) du pouvoir d’achat que les marchandises qu’elles leur proposent sont « utiles ».

Les multiples dimensions de la catastrophe silencieuse de l’ère « capitalocène »

Daniel Tanuro a utilisé l’expression de « catastrophe silencieuse en marche » avant de décrire la multiplicité des effets du changement climatique et des innombrables dégradations écologiques en cours depuis la période remontant aux années 1960.[30] Les effets économiques et sociaux de ces processus se produisent de façon inégale et différenciée dans l’espace mondial, posant ainsi une difficulté politique majeure. Depuis un certain temps déjà la question climatique est « sociale », dans le sens basique et radical de la destruction des conditions éco-systémiques de la reproduction dans un nombre croissant de parties du monde.[31] Les effets du changement climatique sont déjà désastreux entre autres pour les habitants autochtones de l’Arctique, du Groenland et de l’Himalaya, pour les pasteurs de l’Est africain, les insulaires des petits Etats du Pacifique, pour les populations rurales du Delta du Gange. Les premiers menacés sont celles et ceux qui sont les plus éloignés et les moins « bénéficiaires » des mécanismes de gaspillage de la « société de consommation ».

Dans les pays du centre du système capitaliste mondial les menaces semblent encore lointaines, mais il y a des phénomènes qui y frappent l’imaginaire social, au moins un peu. Les dégradations écologiques en cours incluent ce que les scientifiques nomment la sixième grande extinction des espèces. L’éditorial du journal Le Monde du vendredi 20 janvier 2017 a tenu un langage inusité à propos de la disparition des singes. Il commence par rappeler que « les primates sont nos plus proches cousins » et d’enchaîner « mais l’appétit de l’homme pour les biens de la planète est sans limites ». L’éditorialiste écrit en conclusion que « les scientifiques recommandent d’établir une gouvernance équitable des ressources (…), mais surtout de mieux produire et de consommer plus raisonnablement. Les humains peuvent encore ignorer le message des scientifiques, mais alors ils risquent de faire partie des espèces qui disparaissent. » Ce n’est pas « l’homme » dont l’appétit pour les biens de la planète est sans limites, mais le capitalisme. Jason Moore, que je cite dans le texte publié dans Inprecor, a des arguments pour soutenir que le terme « capitalocène » devrait être utilisé plutôt que celui d’anthropocène pour désigner la nouvelle ère géologique, celle où l’homme est devenu une force géophysique se mettant à transformer la biosphère à un tel point que la capacité de la planète à accueillir la vie est menacée.[32]

Quelques implications politiques telles que je les comprends

« Seule la vérité est révolutionnaire », écrivait Gramsci dans les années 1930 : cela dans un contexte très, très différent du nôtre puisque malgré le fascisme et l’emprise accomplie de Staline en URSS, la voie vers la révolution était encore ouverte et le mot socialisme gardait tout son sens. Ce n’est plus le cas. La bifurcation par rapport à la direction actuelle de la route où le capital entraîne l’humanité dépendra exclusivement de la lutte, donc de l’état des rapports politiques de classe entre les travailleurs largo sensu et la bourgeoisie (les « rapports de force »). Or au plan global, ils sont pour l’instant très défavorables aux premiers, mais moins au plan local où des victoires au moins temporaires sont possibles.

Ce qu’on doit aux militants, c’est de leur expliquer la situation historique, dont la plupart ont bien conscience, et leur dire que dans l’immédiat ils ne peuvent que se fier aux paroles de Marx citées à la fin de mon livre et dans l’article publié dans Inprecor, comme quoi la seule certitude est celle de la nécessité de lutter. Ensuite de les informer de façon qu’ils sachent mettre en avant la question de la propriété, entendue comme possession des moyens de décider et d’agir, en lien avec toutes les questions où le mouvement anticapitaliste est engagé. Enfin, de même, les avertir de façon qu’ils sachent défendre l’auto-organisation dans les luttes y compris si l’organisation du travail – la fragmentation dont on a parlé plus haut – rend des formes comme le comité de grève élu encore plus difficiles à mettre en œuvre. Dans la jeunesse il est manifeste que les réflexes internationalistes sont forts et qu’il faut aider à ce qu’ils puissent s’exprimer. Il y a une soif de connaissance sur les luttes ailleurs, leurs buts et leurs méthodes. Mais c’est la lutte contre le racisme d’Etat qui est le front le plus essentiel et principiel.

Sur le terrain écologique Tanuro a ouvert les bonnes pistes qui se désengagent de l’écosocialisme. D’abord « expliquer sans relâche et partout la gravité de la situation et sa cause. Parler, c’est déjà agir, c’est semer les germes de la grande colère indispensable ». Ensuite « se battre partout contre les grands projets d’investissement : les nouveaux aéroports, les nouveaux pipelines, les nouvelles autoroutes, les nouveaux forages, les nouvelles mines, la nouvelle folie du gaz de schiste, les nouvelles lubies des géo-ingénieurs qui rêvent de doter la Terre d’un thermostat… dont ils auraient le contrôle. Les mobilisations comme celles de Notre-Dame des Landes, ou du pipeline Keystone XL, ou du parc Yasuni, sont comme des verrous qui lui barrent la route ». » De même « soutenir y compris toutes les initiatives alternatives collectives, sociales et démocratiques qui font avancer la notion du commun, ne pas regarder de les groupements d’achat de produits locaux de l’agriculture organique et autres initiatives qui tendent à la souveraineté alimentaire, par exemple. (Elles) peuvent être des leviers de conscientisation, en particulier quand elles organisent le dialogue et cassent par conséquent la séparation – généralisée par le capital – entre producteurs et consommateurs, ou quand elles impliquent le mouvement syndical ».

Les mesures préconisées par Michel Husson à la fin de son étude sur la stagnation, notamment le partage des heures de travail, sont frappées du coin du bon sens. La question est de savoir qui les mettra en œuvre et comment seront arrachés les moyens de décider et d’agir en désignant les formes de propriété et de pouvoir qui en assureraient la concrétisation. Ce qui reste de propriété publique doit évidemment être défendu bec et ongles. Dans le même mouvement, au cours de multiples mobilisations auxquelles allusion a été faite, s’affirme concrètement une expertise sociale et politique collective. Cette dernière peut nourrir le dessein d’une démocratie effective, socialisée qui invalide, de facto, les simulations d’une « démocratie participative » qui coexistent avec le pouvoir destructif et étouffant de la propriété privée stratégique.

Semer les germes de la colère – pour autant qu’elle soit dirigée contre le capitalisme réellement existant – et la soutenir quand elle éclate sur les nombreux terrains où les inégalités suscitent l’indignation est, en attendant que l’horizon se dégage, une tâche politique quotidienne.

Autrefois je n’aurais jamais pensé terminer un article politique de cette manière, mais c’est là où nous en sommes. (28 janvier 2017)

François Chesnais le 4 - février - 2017
Transmis par Linsay

A l’encontre

[1] François Chesnais, Finance Capital Today. Corporations and Banks in the Lasting Global Slump, Historical Material Book Series, Brill, Leiden and Boston, 2016.

[2] Pendant plus de deux ans des militants appartenant aux collectifs publiant A Contre-Courant, Carré Rouge et L’Emancipation sociale, ou regroupés autour de la revue A l’Encontre se sont rencontrés à intervalle assez régulier pour travailler sur la question de l’actualité du communisme. Un projet de texte « manifeste » Penser le socialisme, penser le communisme aujourd’hui, a été diffusé entre eux à la veille de la réunion tenue en mai 2006 à Nyon en Suisse. http://www.carre-rouge.org/spip.php?rubrique22 On trouvera aussi un échange entre Alain Bihr et moi-même.

[3] Français Chesnais, La crise climatique va se combiner avec la crise du capital, Inprecor n° 541/542 septembre-octobre 2008, http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2017/update/01/www.labreche.com/catalog/product_info.php ?products_id=1943

[4] http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2017/update/01/

[5] Marx, Le Capital, livre III, tome 6, Editions Sociales, Paris, 1957, page 263.

[6] Ibid., page 260.

[7] Ibid., page 262.

[8] Ernest Mandel, Introduction, dans Karl Marx, Capital, Livre III (Penguin, 1981), p. 78.

[9] Robert Kurz, « Théorie de Marx, crise et dépassement du capitalisme », 2011, extrait de l’entretien réalisé en guise de présentation du livre de Kurz, « Vies et mort du capitalisme. Chroniques de la crise » (Lignes, 2011) et publié dans le magazine Archipel (Longo Maï), n° 203, mai 2012. Kurz avait présenté une première formulation de ses thèses dès 1991 dans un livre non traduit en français, L’effondrement de la modernisation.

[10] John Bellamy Foster, « The Epochal Crisis – The Combined Capitalist Economic and Planetary Ecological Crises », Monthly Review n° 65/5 (octobre 2013), p. 1.

[11] Michael Roberts, The Long Depression. How it Happened, Why it Happened and What Happens Next, Haymarket Books, Chicago, Illinois, November 2016, p. 235 et p. 270.

[12] Ibid. Mandel, p. 89.

[13] Ibid. Mandel, pp. 89–90.

[14] Je pense notamment au processus présenté par Marx dans la chapitre XXXII du livre premier du Capital : « Cette expropriation s’accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux. Corrélativement à cette centralisation, à l’expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se développent sur une échelle toujours croissante l’application de la science à la technique, l’exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l’outil en instruments puissants seulement par l’usage commun, partant l’économie des moyens de production, l’entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel, d’où le caractère international imprimé au régime capitaliste. A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d’évolution sociale, s’accroissent la misère, l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste. Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste. Cette enveloppe se brise en éclats. L’heure de la propriété capitaliste a sonné. Les expropriateurs sont à leur tour expropriés. »

[15] Dans son dernier livre (Economie politique des capitalismes : Théorie de la régulation et des crises, La Découverte, 2016,) Robert Boyer ne se prononce pas sur la « Grande récession » étatsunienne de 2008 et son extension internationale. La lecture de son livre, notamment des pages 86-105, suggère qu’il s’agit de l’étape la plus récente de la crise du régime d’accumulation et de la régulation fordiste commencée en 1974-1976, la finance s’attaquant à plusieurs de ses formes institutionnelles essentielles. Pour lui le régime de croissance financiarisé a été tout au plus un « successeur potentiel au modèle de développement fordiste ». En revanche un autre livre régulationiste de Jacques Mazier, Mickaël Clevenot et Vincent Duwicquet ( Quand les crises reviennent…, Economica, 2016) identifie la formation à la faveur de libéralisation financière d’un régime de croissance financiarisée, dont il présente les traits, notamment un bouclage macroéconomique reposant sur un recours croissant à l’endettement et un mode de régulation tout à fait singulier fait d’une succession de petites crises financières et d’intervention des banques centrales. Cela conduit les auteurs à analyser soigneusement la crise de 2007-2008 sous ses aspects de crise financière. Cependant ils hésitent quant à savoir « s’il d’une ‘grande crise’ marquant l’épuisement du mode de régulation par les crises », ou malgré son ampleur encore d’une « petite crise », puisque « la finance comme acteur dominant du régime de croissance n’a pas été remise en cause ».

[16] Paul Mattick, Crises et théories des crises, Editions Champ Libre, Paris, 1976 pour la traduction française, p. 48. Il prend appui lui-même sur des remarques d’Engels.

[17] Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Esther Jeffers, Frédéric Lemaire, Dominique Plihon, « Cette crise qui n’en finit pas… par ici la sortie », Editions Les Liens qui Libèrent, 2017.

[18] C’est le terme utilisé par les auteurs de Cette crise qui n’en finit pas… par ici la sortie pour parler des pays dits « émergents ».

[19] Esther Jeffers et Dominique Plihon, Le shadow banking system et la crise financière, La documentation française. Cahiers français, no. 375, Juin 2013.

[20] Cela vaut pour « socialisme réel » pendant les soixante ans de son existence. Voir François Chesnais et Claude Serfati, « Les conditions physiques de la reproduction sociale », in J-M. Harribey et Michael Löwy (coord.), Capital contre nature, Actuel Marx Confrontation, Presses Universitaires de France, Paris, 2003.

[21] Michel Husson, Stagnation séculaire ou croissance numérique, Analyses et Documents Économiques n°122, juin 2016

[22] Daron Acemoglu, David Autor, David Dorn, Gordon H. Hanson, and Brendan Price (2014), « Return of the Solow Paradox ? », American Economic Review, vol. 104, n° 5. http://www.ddorn.net/papers/AADHP-SolowParadox.pdf

[23] Michel Husson, Ibid, 2016.

[24] Ernest Mandel (1986), « Marx, la crise actuelle et l’avenir du travail humain », Revue Quatrième Internationale, n° 20, mai.

[25] Istvan Mészáros, The Alternative to Capital’s Social Order – From the “American Century” to the Crossroads Socialism or Barbarism, Monthly Review Press, New York 2001, p. 99.

[26] James O’Connor, “Capitalism, Nature, Socialism : A Theoretical Introduction”, Capitalism, Nature, Socialism, 1 (1) : 11-38, 1988 http://www.columbia.edu/~lnp3/second_contradiction.htm

[27] Jean-Marie Harribey a parlé de cette contradiction comme n’étant pas « logique : le capitalisme développe les deux contradictions conjointement – elles sont donc internes à lui-même », « Marxisme écologique ou écologie politique marxienne » Bidet J., Kouvélakis E. (sous la dir. de), Dictionnaire Marx contemporain, Paris, PUF, Actuel Marx Confrontation, 2001, p. 183-200. http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/soutenabilite/marxisme-ecologique.pdf

[28] Marx, Travail salarié et capital, Editions sociales, Paris, 1952, page 31. Je reprends ici une analyse que j’ai développée dans mon chapitre du livre coordonné par Vincent Gay, Pistes pour un anticapitalisme vert, Syllepse 2010.

[29] Marx, Manuscrits de 1857-58, Editions Sociales, Paris, 1980, volume I, p. 273.

[30] http://www.inprecor.fr/article-CLIMAT-Face%20%C3%A0%20l’urgence%20%C3%A9cologique?id=1795

[31] Voir François Chesnais et Claude Serfati, « Les conditions physiques de la reproduction sociale », cité à la note 19. Dans son travail d’anthropologue Maurice Godelier avait fait bien plus tôt « des conditions de reproduction (et de non-reproduction) des systèmes sociaux, sous la double contrainte de leurs structures internes et de leur environnement écologique », l’un de ses champs de recherche, utilisant même le terme alors peu usité d’écosystème. Voir Maurice Godelier, Reproduction des écosystèmes et transformation des systèmes sociaux, Economie rurale, 1978, n°124.

[32] Jason W. Moore, Capitalism in the Web of Life, Ecology and the Accumulation of Capital, Verso New York 2015,

[1] revue de la IV Internationale, trotskiste NDR

[2] Ernest Mandel 1923 - 1995 économiste belge, fut l’un des dirigeants trotskistes les plus en vue de la seconde moitié du XXᵉ siècle. NDR

[3] Robert Kurz (1943 - 2012) théoricien allemand participant à une réinterprétation de l’œuvre de Marx au sein du courant appelé en Allemagne la «  Wertkritik  » (la critique de la valeur). Sa critique de Marx fait douter la rédaction de Rouge Midi sur le bien fondé de sa classification comme marxiste comme le fait François Chesnais NDR

[4] Paul Mattick, 1904 - 1981, théoricien marxiste du courant appelé "communisme de conseils" courantanti léniniste NDR

[5] autre économiste du NPA NDR

Posté par Michel Peyret 

Publié par  El Diablo

Pour nos RETRAITES, merci Fillon, Macron et Hamon !

Pour nos RETRAITES, merci Fillon, Macron et Hamon !

par Bernard Teper (ReSPUBLICA) 

La DREES a publié une étude sur les effets des réformes des retraites entre 2010 et 2015. Nous savions déjà que le mouvement réformateur néolibéral avait fait perdre à terme 20 points de retraite à cause de la réforme Balladur de 1993. Merci Fillon d’avoir soutenu Balladur ! Nous savions très bien que la réforme Fillon (déjà lui !) avait fait baisser les retraites des fonctionnaires et des régimes spéciaux, respectivement en 2003 et 2008. Merci Fillon ! Maintenant, nous savons que le PS et ses élus ont aussi mis la main à la pâte pour faire baisser les retraites.

Les augures nous avaient déjà prévenus : le capitalisme, aujourd’hui et contrairement à la période précédente, ne peut survivre qu’en baissant la masse des salaires, tant directs que socialisés. Donc les néolibéraux, ou si vous voulez mieux les défenseurs du capitalisme, qu’ils se disent de gauche ou de droite, sont contraints d’aller en ce sens.

Déjà, la note de la DREES nous dit que ces réformes de 2010 à 2015 (donc dues entre autres à Fillon, Macron et Hamon !) ont en même temps fait baisser, non seulement nos retraites, mais aussi leur part dans le PIB. La part des retraites dans le PIB est aujourd’hui de 12,2 %, soit près d’un point de moins (plus de 20 milliards !) par rapport à ce dont les retraités auraient bénéficié sans les réformes. J’espère que l’oligarchie a remercié tous ceux qui ont œuvré à cela, ou l’ont accepté.
En tous cas, trois de ceux-là sont à concourir pour la présidence de la République.

Rappelons que la réforme de 2010 (merci Fillon !) a relevé l’âge de l’ouverture des droits à la retraite de 60 à 62 ans et l’âge d’annulation de la décote de 65 à 67 ans. Conséquence : un an et demi de moins de retraite! Merci Fillon !

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

Pour nos retraites, merci Fillon, Macron et Hamon !

Pour nos retraites, merci Fillon, Macron et Hamon !

La DREES a publié une étude sur les effets des réformes des retraites entre 2010 et 2015

((http://drees.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er985.pdf)). Nous savions déjà que le mouvement réformateu...

 

http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/pour-no

11éme circonscription du Pas de Calais : une campagne communiste pour rassembler et battre le Front national !

 

par  communistes

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Les communistes de la 11e circonscription du Pas-de-Calais sont en campagne pour les élections présidentielles et législatives. Mobilisés derrière Jean-Luc Mélenchon pour les élections présidentielles, nous sommes déjà en campagne pour les élections législatives derrière Hervé Poly et Roger Bastien. Suppléant de Jean-Luc Mélenchon en 2012, Hervé Poly n’a jamais déserté le terrain. Vendredi soir, à l’occasion d’une conférence de presse, le candidat du PCF a exposé les propositions du Parti communiste pour en finir avec l’austérité et le dogme de la baisse des dépenses publiques, mais aussi pour la défense de l’industrie et du système de santé dans notre région. Pour combler notre retard sanitaire, il faut investir pour l’hôpital public : l’hôpital de Lens doit devenir un CHU attirant les meilleurs praticiens et les étudiants. A Rouvroy, à Hénin-Beaumont comme sur l’ensemble de notre circonscription, ce sont les communistes qui ont la légitimité du terrain. Face au FN, nous ne lâcherons rien !

 

Après le mariage pour tous, voici la campagne pour que des socialistes se pacsent !

lundi 20 février 2017 
par  Alain Chancogne 


Oyez, Oyez, camarades « on vous invite dans la presse et dans certains partis à vous rassembler pour scander : UNIONUNION, sinon la Gauche ne sera pas en FINALE de la Coupe de France des locataires de l’ÉLYSEE»

Cela commence à m’énerver qu’on m’explique bientôt que si c’est Macron qui devient premier grand commis du Capital, ce sera ma faute... vu que je ne m’implique pas dans ces appels qui sentent la bonne vieille tambouille électoraliste, et pas celle de celui qui prétendait n’avoir qu’un ennemi, la FINANCE, ou de l’autre qui « aimait l’ENTREPRISE » au point de traiter de voyous mes camarades d’AIR FRANCE !

Je devrais donc parcourir les cages d’escaliers des HLM de ma ville pour faire signer des pétitions appelant Hamon et Mélenchon, les enfants de Mitterrand et de Rocard à se pacser !

Tant pis si je passe encore une fois pour un méchant sectaire, je ne marche pas !

J’exprime régulièrement sur les réseaux sociaux mon point de vue sur cette « affaire » qui semble devenir le grand sujet du monde politico médiatique.

J’écrivais récemment, on pardonnera le style

Camarades, SVP...

À quoi riment ces débats sur union ou pas Hamon-Jadot d’un côté et JLM de l’autre ?

Pourquoi faire croire que cette question est à l’ordre du jour !

Ce n’est pas s’en prendre ad hominem aux candidats que de constater que rien, absolument RIEN, ni une pétition de trois millions de signataires, ni tels ou tels sondages, ne peut faire bouger les lignes.

On est dans des stratégies de la "décomposition -recomposition" de de ce qui a été la représentation des forces populaires depuis......des siècles !

Si d’ailleurs on veut être cohérent, quand on en écoute certains il faudrait donc dire qu’en 2002 le PCF par exemple aurait dû retirer son candidat pour éviter le 21 Avril !!!

Que ce soit JLM ou Hamon, les deux s’inscrivent dans une concurrence, beaucoup plus sur la stratégie que sur les mesures annoncées !

Hamon joue une place de reconstructeur d’un genre de PARTI DÉMOCRATE un brin "gauchisant" avec des alliés marginalisés qui s’enfermeraient dans la notion de “gauche plurielle" bis.

JLM entend devenir le recours des forces dites "indignées", "insoumises" ou du genre "grilliste" 5 étoiles en Italie.

Depuis que le modèle SYRISA a montré ses "limites"..en tant que leurre, celui qui s’effacerait devant l’autre (JLM ou Hamon) est MORT politiquement !

Ces gens-là aiment la vie, mes camarades !

C’est sur la base de ce constat qui me semble cohérent que je ne pense pas qu’un travailleur, un chômeur, un jeune précarisé, un retraité exsangue a quelque chose à voir dans cette compétition !

C’est pour cela que je dis que boycotter ce théâtre de politiciens racoleurs, c’est agir en révolutionnaire, en communiste, en porteur d’espoir, en opposant déterminé à tous ces petites manœuvres qui sont très loin de nos souffrances.

Dit avec franchise, respect d’autres points de vue et après mure réflexion de militant.

Or un ami girondin, Segundo Cimbron, comme moi ex dirigeant du PC33, et en campagne pour la candidature JLM, me titille en commentant : Dit avec autant de franchise et d’amitiés, Alain : L’abstention n’a jamais fait bougé une quelconque ligne politique dominante.

Sinon les USA seraient révolutionnaires depuis belle lurette !

Ce qui me conduit à répondre : Amigo, contrairement à Jacques Duclos... (dont j’ai pourtant suivi les “consignes”. :) je ne m’abstiens pas. Ni de participer avec d’autres communistes au nécessaire travail collectif pour redonner couleurs et visibilité au Processus Communiste. Ni de critiquer sans langue de bois le "mouvementisme" mélenchonien et ses buts, selon moi, car c’est seulement ainsi qu’un jour futur, luttes et votes seront un "tout" ou la démocratie sera instaurée enfin.

Tu cites les States : mais le Bipartisme des urnes sans que les intérêts de CLASSE soient d’un quelconque enjeu, c’est justement cela qui explique l’abstention de rejet, contrairement au boycott d’engagement politique.

Ces échanges ne pouvaient que conduire un autre camarade à rajouter

« Refus du dialogue, Hamon fait le lit de Macron… !!! stratégie du PS ?? »

Ma réponse résume mon point de vue sur ces « luttes fratricides » entre rocardo-mitterrandiens et mon refus de me soumettre à ce chantage qui consiste à dire « boycotter ou ne pas supplier Hamon et JLM de s’entendre pour qu’un des deux se retire, c’est faire le lit de Macron et de Marine le Pen»

Pardon de me re-citer

 Ce "je t’aime moi non plus" par médias interposés que nous joue Hamon et JLM - à savoir qu’ils se refusent à un retrait de l’un au profit de l’autre - ce n’est pas cela d’après moi qui fait le lit de la droite et un vote inquiétant prévisible pour le FN.

On ne combat pas la politique du CAPITAL en cherchant à éviter d’être hors-jeu en finale !

On est hors-jeu quand on refuse d’unir le mouvement populaire sur des bases anticapitalistes en permanence. Quand on ne démontre pas, en actes qu’on est du camp de ceux qui "trinquent", quand on n’ose pas dire la vérité aux travailleurs : c’est à dire qu’aucun "programme", qu’aucune "entente" d’états-majors n’est utile aux masses si on ne se fixe pas un cap clair : S’APPROPRIER ce qui PERMET DE DECIDER ! C’est à dire, pardon de rester marxiste les OUTLS DE PRODUCTION et le SYSTEME FINANCIER.

Or Hamon est un ex ministre de celui qui a choisi les Patrons contre notre camp. Quant à l’autre socialiste JLM, il déclare aux "Assises du produire en France" à un parterre de patrons "je vous demanderais le moment venu de vous rendre utile à la patrie » (SIC). C’est quoi ce langage souverainiste, ce rappel des thèmes d’association capital-travail de la bourgeoisie ?

Dans le stand du parti de gauche, ossature de sa future F.I, JLM balance : « Moi je vous réponds à vous les patrons, mais aussi à vous les salariés et je vous réponds à tous en partant de l’intérêt général. Il faut que nous arc-boutions nos forces pour faire tourner le système productif français, que nous lui fassions la transition écologique » « Le capital nous allons le soumettre à la loi de l’intérêt général ».

Désolé, on ne "soumet" pas le Capital, en faisant croire qu’on peut le convaincre de devenir utile, on ne l’entraine pas, avec des grands mots tricolores, à assumer une responsabilité de progrès humain, ou mieux dit, si on croit à ce genre de possible "changement", - ce qui est un droit absolu - on n’est pas plus utile électoralement qu’un Macron !

Désolé si ce que j’affirme, pour reprendre une expression de Hollande, "ressemble à un tract du PC des années 70 ».

Les propos de Hamon et de Mélenchon sont de la même "veine" que tous les discours de ceux qui militent pour une "moralisation du Capitalisme".

Leurs voix ne portent pas mes espoirs ?

Alors tant pis pour eux, ils n’auront pas la mienne !

20 février 2017

Yvon Quiniou, l'émancipation contre les aliénations

« Je passe, indique Yvon Quiniou, aussi un peu vite sur l’émancipation sociale, bien qu’elle soit fondamentale. Car sa définition est facile à comprendre : il s’agit de l’obtention de tous ces droits concrets en faveur des travailleurs qui ne figuraient pas dans la Déclaration de 1789, laquelle ne favorisait que la propriété bourgeoise. Leur absence empêchait l’homme au travail d’épanouir sa personnalité – ce qui définit une forme d’aliénation, j’y reviendrai – et ils ont été conquis par la lutte de classe syndicale et politique à partir du 19ème siècle, y compris dans les régimes dirigés par la social-démocratie et avec, souvent, l’appui des partis communistes : réduction du temps de travail, syndicalisation, congés payés, droit à l’instruction, etc. Il suffit de comparer la Déclaration de 1789 à celles qui ont suivi, en France en 1946, puis la Déclaration universelle de 1948, pour voir la richesse incroyable de ces conquêtes, avec leur poids anthropologique fort.. »

Reprenons l'exposé de Yvon Quiniou...

Michel Peyret


Les chemins difficiles de l’émancipation

Par Yvon Quiniou

Ce texte reprend un exposé fait aux Rencontres d’Espaces Marx de Bordeaux le 30 novembre 2016. Il s’inspire d’un livre portant le même, titre, Les chemins difficiles de l’émancipation, qui paraît aux éditions Kimé en 2017.

La notion d’émancipation est inséparable du projet communiste et elle refait surface à « la gauche de la gauche ». Mais dans les textes politiques qui s’en réclament, c’est souvent d’une manière emphatique ou incantatoire, qui fait fi de la rigueur et, du coup, des difficultés que sa réalisation peut rencontrer. Je voudrais donc vous en présenter une conception à la fois intransigeante et lucide.

D’abord la rigueur en rappelant que « s’émanciper » n’est pas un verbe intransitif : on s’émancipe toujours de quelque chose qui nous opprime et, plus précisément, d’une aliénation préalable. Penser l’émancipation suppose donc de distinguer les diverses aliénations qui sont en jeu, leurs champs respectifs, quitte à en enrichir la compréhension, et de faire un bilan réaliste de ce qu’il en est aujourd’hui. Je distinguerai cinq aliénations dans cinq champs différents donc : l’aliénation politique, l’aliénation sociale, l’aliénation économique liée à l’exploitation, l’aliénation individuelle et l’aliénation dans le rapport à l’histoire. Je serai rapide sur les deux premières, qui ne posent pas de problèmes conceptuels, mais dont la réalité ou pas doit être appréciée à sa juste mesure, sous peine de verser dans un catastrophisme irréaliste.

L’émancipation politique est assez largement réalisée sur son plan propre, à savoir juridique, grâce à tout ce qui s’est passé depuis 1789, les luttes politiques aidant, et l’on peut dire que dans les pays développés la liberté politique a été acquise – ce que même Jaurès admettait alors qu’elle n’était pas complète en son temps ! Et je tiens à rappeler, contre la doxa anti-marxiste, que Marx n’a jamais sous-estimé sa valeur intrinsèque sous la forme de la démocratie politique, donc de la liberté des citoyens [1]. Dans La question juive sa critique de la Déclaration de 1789 ne porte que sur les droits de l’homme bourgeois et non sur les droits démocratiques, dont il pensait au contraire que leur conquête constituait un « intermédiaire nécessaire » dans le chemin d’une émancipation complète et « assurément un grand progrès » ! Par contre, il ne faut pas oublier la critique extrinsèque qu’il en fait et qui reste toujours valable : elle n’est que partielle – ce n’est pas le tout de l’émancipation humaine et si l’ouvrier et le patron sont égaux dans le vote, ils restent fondamentalement inégaux quand ils sortent du bureau de vote ; par ailleurs, elle génère des illusions sur la liberté et l’égalité, nous faisant croire qu’elles sont pleines et entières, ce qui n’est pas le cas ; enfin, il ne faut pas oublier que l’exercice effectif de la liberté citoyenne dépend de conditions socio-culturelles extérieures au champ politique lui-même, en particulier l’accès de tous à l’information et à la culture qui conditionnent la liberté de choix à travers la liberté du jugement. C’est en ce sens que la démocratie seulement politique doit être dite formelle, dépourvue de substance concrète importante – ce qui ne signifie pas, comme un certain marxisme a pu le soutenir : « irréelle », avec l’idée dangereuse que, pour réaliser la démocratie véritable ou réelle, on pourrait s’en passer ! C’est pourquoi il faut la reconnaître, la défendre contre les attaques dont elle peut être l’objet (voir des pays comme la Hongrie ou la Pologne ou le FN en France), voire l’enrichir encore concrètement, en se souvenant que pour Marx la révolution communiste ne pouvait avoir lieu que sous une forme politique démocratique – le concept de « dictature du prolétariat » ayant fait écran ici !

Je passe aussi un peu vite sur l’émancipation sociale, bien qu’elle soit fondamentale. Car sa définition est facile à comprendre : il s’agit de l’obtention de tous ces droits concrets en faveur des travailleurs qui ne figuraient pas dans la Déclaration de 1789, laquelle ne favorisait que la propriété bourgeoise. Leur absence empêchait l’homme au travail d’épanouir sa personnalité – ce qui définit une forme d’aliénation, j’y reviendrai – et ils ont été conquis par la lutte de classe syndicale et politique à partir du 19ème siècle, y compris dans les régimes dirigés par la social-démocratie et avec, souvent, l’appui des partis communistes : réduction du temps de travail, syndicalisation, congés payés, droit à l’instruction, etc. Il suffit de comparer la Déclaration de 1789 à celles qui ont suivi, en France en 1946, puis la Déclaration universelle de 1948, pour voir la richesse incroyable de ces conquêtes, avec leur poids anthropologique fort : droit à la santé, à l’éducation, à la culture, aux loisirs, etc., et même à une « personnalité épanouie » ! Par rapport à tout cela, il faut à nouveau être lucide et vigilant, tout à la fois : lucide en reconnaissant là une forme incontestable d’émancipation des dominés – ce qu’un certain dogmatisme militant niait par aveuglement ; mais aussi vigilant à nouveau car ce progrès social multiforme non seulement est en panne, mais surtout est menacé de régression un peu partout depuis la chute du système soviétique, pour deux raisons. Même mythifié, ce système représentait une menace pour le capitalisme et il obligeait les bourgeoisies nationales à faire des concessions à leurs classes ouvrières respectives pour préserver la paix sociale, en leur redistribuant une partie de la plus-value produite. Sa disparition a libéré toutes les potentialités rétrogrades de ce système et l’a incité à s’en prendre à ces acquis. A quoi s’ajoute une autre raison, idéologico-politique : la trahison des partis socialistes ou sociaux-démocrates qui se sont convertis au libéralisme économique un peu partout, sur la base au minimum d’un contresens majeur : celui-ci a reposé sur l’idée que le marxisme (de Marx), identifié à tort à ce qui s’est fait en son nom à l’Est, avec ses solutions violentes ou bureaucratiques spécifiques, était obsolète, alors que l’expérience soviétique en était, à beaucoup de points de vue, un contre-exemple. D’où, depuis la chute du mur, des régressions économiques et sociales insupportables en Europe, dont le gouvernement de F. Hollande en a été malheureusement l’exemple, aggravant l’aliénation sociale du monde du travail dans de nombreux secteurs concrets.

L’aliénation économique est bien entendu la plus importante en termes de causalité. Liée intrinsèquement à l’exploitation du travail, dont Marx a fait l’analyse critique indépassable à mon sens dans Le Capital, on pourrait estimer que le concept d’exploitation suffit pour en parler – c’était le point de vue d’Althusser, critique à l’égard du concept d’aliénation. Pourtant, si l’on s’appuie sur les analyses des Manuscrits de 1844, c’est bien d’aliénation qu’il s’agit au cœur même de l’exploitation, dans le cadre théorique de ce qu’on pourrait appeler une phénoménologie critique du travail exploité, mais qui n’explique pas encore l’exploitation :

1 L’ouvrier est étranger à ses moyens de production, puisqu’il n’en est pas le propriétaire, alors que c’est bien lui qui les active.

2 Le produit de sa production lui échappe : Marx le démontrera plus tard en révélant le mécanisme de la plus-value, qui signifie que seule une partie de la valeur qu’il produit lui revient, correspondant au prix des moyens lui permettant de reproduire sa force de travail, le reste consistant en une plus-value que le propriétaire capitaliste s’approprie. Donc l’extériorisation (Entaüsserung) de l’activité dans une richesse produite se transforme en une aliénation du produit, en un devenir-étranger (Entfremdung) de celui-ci par rapport à son producteur, qui est une forme de vol et avec des effets négatifs sur lui.

3 Enfin, le procès de travail produit des altérations graves de l’humanité du travailleur, réduit à un facteur de production qui aliène sa nature d’homme, la rend autre que ce qu’elle pourrait être : Marx ne cesse, dans ces mêmes Manuscrits, de dénoncer, sur un mode qui n’est pas seulement descriptif mais normatif et moral, l’inhumanité que le travail salarié, en régime capitaliste, impose à l’homme et qui prend la forme d’un vrai malheur quotidien. Je ne développe pas, même si la charge est grande et impeccable… et ce qui se passe dans les entreprises capitalistes aujourd’hui, avec la souffrance au travail et même les suicides liés à celle-ci, ne fait que confirmer cette analyse, plus d’un siècle après. Une grande partie de la sociologie du travail actuelle, avec les travaux de Christophe Desjours en tête, le démontre amplement [2]

Enfin, il y a l’aliénation individuelle, proprement anthropologique, qui s’ensuit, et à laquelle on n’est pas assez sensible théoriquement selon moi, surtout si l’on oublie les facteurs proprement psychologiques qui y contribuent et rendent son dépassement plus difficile qu’on ne le croit. Je voudrais y insister et enrichir sa définition habituelle, avant de conclure. Définition préalable et fondamentale, ici, et qui était seulement en pointillé avant : est aliéné un être humain qui, du fait de sa position de dominé ou d’exploité, est autre que ce qu’il pourrait être dans d’autres conditions sociales, en l’occurrence moins ou pire : ses capacités sont sous-utilisées, atrophiées et nombre de ses besoins – ceux que Tony Andréani appelle des besoins générique, présents potentiellement chez tous les hommes – ne sont pas satisfaits : pensons au besoin de se cultiver et d’exercer son intelligence, au besoin esthétique, au besoin de loisirs, etc., et plus largement, pour reprendre Marx, au besoin d’une « vie riche en besoins » [3].

Il mène donc une existence rabougrie, pauvre, qui l’abrutit (on pourrait multiplier les notations tirées des Manuscrits de 1844)), non conforme à sa nature humaine. Je sais que disant cela je suppose une « nature humaine » et Lucien Sève me le reproche au nom du poids de l’histoire sur l’homme. Mais je ne la conçois pas comme un donné mais comme un ensemble de potentialités, elles naturelles, car l’homme n’est pas une création ex nihilo de l’histoire, équivalentes chez tous les hommes (ce qui ne veut pas dire identiques), mais qui sont bien soumises à cette histoire quant à leur actualisation. C’est en ce sens qu’il y a aliénation : l’individu devient étranger à lui-même, aux possibles existentiels qui sont en lui. A quoi s’ajoute un aspect intellectuel qui est essentiel : l’être aliéné ne sait pas qu’il l’est la plupart du temps, voire le désire tant il peut vivre sa situation comme un destin dont l’idéologie dominante ou son conditionnement familial lui apportent une justification naturaliste : « Tu es fait pour être un manuel » lui dit-on par exemple. Dans ce cas, l’aliénation se boucle intellectuellement sur elle-même et parvient alors à son comble. Peuvent jouer dans cette genèse des facteurs proprement psychologiques tels que Freud les éclaire, comme l’identification inconsciente aux modèles parentaux (et que Sève sous-estime largement) [4].

Deux conséquence importantes s’ensuivent : 1 L’aliénation n’est pas identique au malheur puisqu’elle est inconsciente : on ne souffre pas d’une possibilité de vie dont on n’a pas conscience, le malheur supposant un manque conscient, donc la conscience d’un manque. Songeons à ce qu’a été le statut de la femme longtemps, y compris dans les milieux aisés : elle pouvait vivre dans une prison dorée… mais c’était bien une prison, une aliénation ! Songeons aussi, et j’y tiens vu l’actualité religieuse qui m’accable, au port du voile chez les femmes musulmanes. Contrairement à ce que disent certains courants gauchistes ou féministes, sa revendication n’est en rien choisie sur le fond : elle résulte d’un conditionnement multiple – culturel, social familial – et elle constitue donc une aliénation telle que je l’ai analysée. Et, contrairement à ce que j’ai pu lire, par exemple dans le journal Le Monde, on ne s’aliène pas librement !

Cette proposition est ahurissante et constitue un oxymore absolu. La formuler témoigne d’un recul désolant de l’intelligence critique et contribue un peu plus à enfoncer les femmes musulmanes dans leur aliénation, précisément. 2 D’où la difficulté de la tâche d’émancipation, qui est plus complexe qu’on ne le croit. D’abord, l’aliénation étant inconsciente d’elle-même, elle peut difficilement être le moteur de sa propre suppression, contrairement au malheur qui entraîne facilement à la révolte. Elle peut même résister à l’émancipation, voyant en elle une atteinte à l’identité subjective : voir la question du voile, à nouveau. D’où la nécessité du débat intellectuel – plus : de la lutte idéologique que le camp communiste a tendance à déserter, spécialement dans le domaine religieux. Ensuite, il faut avoir conscience de son caractère multifactoriel et, comme je l’ai dit, prendre en compte les facteurs psychologiques, liés à la biographie, qui empêchent de la souhaiter. Un milieu socio-culturel favorisé ne suffit pas à garantir l’épanouissement complet de celui qui en a bénéficié !

Je laisserai de côté des considérations anthropologiques plus larges qui tendraient à en rendre l’idée problématique et qu’il convient d’affronter lucidement. Il faut songer ici à des penseurs, pourtant d’envergure, comme Hobbes, Kant, Nietzsche, Freud, Girard, qui affirment tous l’existence d’une nature humaine en quelque sorte « mauvaise » (violence, insociabilité, volonté de puissance, agressivité, rivalité) susceptible de s’opposer à l’émancipation, d’en limiter la portée, voire de la rendre impossible. Et je rappelle que l’aliénation est liée, en dernière analyse, à l’exploitation économique des hommes, car elle en est, ultimement, l’effet. C’est alors la question de la possibilité d’un autre mode de production, de type communiste, qui est posée.

Enfin, il y a la question de l’aliénation de l’homme dans son rapport à l’histoire, en relation aux propos précédents : c’est le devenir-étranger ou le devenir-passivité de l’activité humaine dans son ensemble, le fait que cette histoire que les hommes font, pourtant, leur échappe finalement – ce qui se traduit par un sentiment d’impuissance collective de plus en plus fort, hélas, dans le cadre de la mondialisation capitaliste actuelle qui défait la souveraineté des peuples. Or, la fois elle est la base de toutes les autres aliénations – si l’humanité dominait sa propre histoire les autre aliénations pourraient être supprimées – et elle en est la conséquence. Il y a là un cercle de la causalité, mais qu’on peut briser si l’on sait jouer intelligemment et lucidement sur ses différents chaînons.

Notes :

[1] Voir à l’opposé les analyses foncièrement inexactes et hostiles à Marx de B. Barret-Kriegel dans Les droits de l’homme et le droit naturel ou encore, récemment, d’A. Senik dans Marx, les Juifs et les droits de l’homme.

[2] Voir son article dans le dossier « Nouvelles aliénations » de la revue Actuel Marx, n° 39, 2006. On y trouvera aussi un article de moi, « Pour une actualisation du concept d’aliénation » , actualisation auquel ce présent texte procède aussi.

[3] Pour Marx un homme désaliéné ou émancipé, au sens où je l’entends, n’est pas seulement un homme qui mène une vie « riche en besoins », mais celui qui « éprouve le besoin » d’une pareille vie ! Propos d’une subtilité rare car il montre que la conscience a été libérée des entraves qui pesaient sur elle ! J’ajoute cependant, pour répondre à une juste remarque qui m’a été faite dans le débat qui a suivi, que l’aliénation telle que je l’analyse vaut aussi pour les membres des classes dominantes, quoique sous une autre forme : le mode de vie qui est le leur, avec les valeurs qui les soutiennent, est celui d’une vie médiocre (quoique aisée), centrée sur l’accumulation des richesses, motivée souvent par la cupidité, l’esprit de concurrence, le mépris des autres, etc. D’eux aussi on peut dire qu’ils sont sinon moins, en tout cas pire qualitativement que ce qu’ils pourraient être sur le plan humain !

[4] Il faut lire à ce propos les travaux formidablement éclairants du psychanalyste Winnicott concernant le poids, souvent négatif, de la toute petite enfance sur le devenir pleinement humain de l’homme, indépendamment des circonstances sociales..

Posté par Michel Peyret
20 février 2017

Bernard Frederick, Le PCF et les surréalistes

« Longtemps, nous dit Bernard Frederick, de son côté, le PCF refusa de reconnaître qu’il puisse y avoir, dans la pensée comme dans l’art se réclamant du communisme, quelqu’école qui soit. C’est à la réunion de son Comité central, en mars 1966 à Argenteuil, que le tournant s’opère. La résolution qui y est adoptée souligne : « L’on ne saurait limiter à aucun moment le droit qu’ont les créateurs à la recherche […] La création artistique ne se conçoit pas […] sans recherches, sans courants, sans écoles diverses et sans confrontations entre elles ». Présenté par Aragon lui même ce texte est marqué de son empreinte... »

Reprenons le texte de Bernard Frederick...

Michel Peyret


Lafauteadiderot.net http://lafauteadiderot.net/Janvier-1927-cinq-poetes 

Janvier 1927, cinq poètes surréalistes adhèrent au PCF. Rimbaud et Marx

 

Tout a commencé avec la guerre du Rif.

Par Bernard Frederick

Depuis 1906, la France et l’Espagne se partagent le Maroc. La première contrôle le centre du pays, la région la plus fertile, sous la forme d’un protectorat (1912) que chapeaute le général Lyautey, commissaire résident-général. La seconde tient, au sud, le Sahara et au nord, le Rif. C’est là qu’un jeune juge qui avait étudié le Droit à l’Université de Salamanque, Abd El Krim, rompant avec la puissance coloniale, soulève contre elle les tribus qu’il a réussi à unifier. Après avoir écrasé les Espagnols à la bataille d’Anoual, au nord du Maroc (1921), Abd El Krim, fonde une « République du Rif » en février 1923.

La France y voit une menace pour ses colonies du Maghreb. Au pouvoir depuis 1924, le Cartel des gauches (Radicaux et Républicains) décide d’intervenir militairement. Il dépêche sur place Philippe Pétain à la tête de 350 000 hommes. S’en suit une véritable boucherie au cours de laquelle sont même employés des gaz moutarde.

En France, cette guerre suscite une opposition courageuse, essentiellement sous l’égide du PCF qui crée, en mai 1925, un Comité d’action avec à sa tête Maurice Thorez. Ce comité prend l’initiative d’une « grande journée de mobilisation » le lundi 12 octobre 1925. Quatre jours plus tard, un groupe de poètes qui se réclament du « surréalisme » signe avec les communistes un appel commun « Aux soldats et aux marins » que publie l’Humanité : _ « On vous envoie mourir au Maroc pour permettre à des banquiers de mettre la main sur les riches gisements de la République du Rif, pour engraisser une poignée de capitalistes (…). Vous ne serez pas les valets de la banque. (…). Fraternisez avec les rifains. Arrêtez la guerre du Maroc ».

C’est le premier acte d’une histoire peu ordinaire, celle des relations mouvementées entre un parti politique révolutionnaire et un mouvement littéraire plutôt d’essence libertaire, ou « la première génération rimbaldienne », comme l’écrivit Aragon, dans un manuscrit rédigé en 1943 et publié qu’après sa mort sous le titre « Pour expliquer ce que j’étais » (Gallimard 1989).

Une génération rimbaldienne ? « Transformer le monde a dit Marx ; changer la vie a dit Rimbaud : ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un », affirmait André Breton, le « pape » du surréalisme. Et encore Rimbaud, dans le manuscrit d’Aragon : « ..j’avais du communisme une ignorance fort rimbaldienne. Et une sympathie rimbaldienne envers lui ».

Tel était l’état d’esprit des cinq jeunes poètes qui donnèrent en janvier 1927 leur adhésion « collective » au Parti communiste français : Louis Aragon, Jacques Baron 22, André Breton, Paul Éluard, Benjamin Péret et Pierre Unik. Ce dernier avait 18 ans ; Baron 22 ; les autres avaient la trentaine.

Les plus vieux avaient connu les tranchées, la boue et la mort. Ils en étaient sortis avec un dégoût profond non seulement de la guerre elle-même mais de ses attributs : les décorations ; la gloire ; la discipline et même, la patrie. « Nous étions un groupe de jeunes gens que réunissait essentiellement le goût de l’excès en tout », confie Aragon.

En 1924 paraît le premier « Manifeste du surréalisme » Breton et ses amis fondent en même temps un « Bureau de recherches surréalistes » et une revue appelée « La Révolution surréaliste ».

« Durant les premières années, la révolte surréaliste se rattache à la tradition anarchisante des milieux littéraires de la fin du XIXe siècle, écrit Carole Reynaud-Paligot dans son « Histoire politique du mouvement surréaliste. (…) Désirant se joindre au mouvement révolutionnaire, leur sensibilité libertaire aurait pu les entraîner du côté du mouvement anarchiste (...). Pourtant, c’est vers le Parti communiste qu’ils se tournent (…). Le tout jeune Parti communiste leur apparaît comme porteur des valeurs dont ils se réclament : l’antimilitarisme, l’internationalisme, l’anticolonialisme » (Cahiers du centre de recherches historiques 1994).

Pour Guillaume Bridet (Tensions entre les avant-gardes : le surréalisme et le Parti communiste. Revue Itinéraires, 2011), « Ce qu’ont en commun communistes et surréalistes, c’est leur ennemi : la bourgeoisie, ses institutions et ses valeurs ; et la même volonté de produire et diffuser une pensée critique, ainsi que de mener des actions qui ébranlent l’ordre en place ».

Pour autant, l’adhésion au PCF de ces jeunes intellectuels ne se faisait pas« comme on va à la fontaine » (Picasso) et les communistes, de leur côté, restaient dubitatifs. Si un article de l’Humanité du 21 septembre 1925 saluait des jeunes gens « d’extraction bourgeoise pour la plupart, […] venus d’instinct à la Révolution », il n’en rappelait pas moins que « la foi révolutionnaire doit être raisonnée, systématique, elle doit s’étayer sur les lois économiques généralement formulées par Marx et par Lénine »« Je suis partisan d’adhérer au PC sans conditions, en poursuivant néanmoins mon activité actuelle en dépit de tout, poursuivant à la fois l’activité communiste et l’activité surréaliste, quitte à être exclu du Parti… », prévenait André Breton 23 novembre 1926, lors d’une réunion entre surréalistes et communistes. Comme l’écrit Aragon dans son manuscrit de 1943, « Il est vrai que l’esthétique l’emportait pour nous sur toutes considérations… » et que lui et ses compagnons étaient « dépourvus » de« toute idéologie cohérente ». Ainsi, c’est sans soucier du parti auquel ils viennent d’adhérer que ces intellectuels « communistes » en attaque un autre, Barbusse, dont la revue, Monde, essuie ce qu’il faut bien appeler des insultes de la part d’Aragon en novembre 1927, onze mois après son adhésion : « une ordure confusionnelle, qui associe à toute propagande prosoviétique dosée tout un peuple de chiens, de traîtres et de littérateurs ».

Le PCF n’avait pas l’habitude de recevoir des adhésions collectives, celles de groupes constitués avec leurs règles, leur doctrine. D’un certain point de vue le groupe des surréalistes pratiquait un violent sectarisme. Leur intransigeance à l’égard de tout ce qui n’était pas dans leur ligne, ou plutôt dans leurs canons, était quelque chose comme leur marque de fabrique.

Au contraire d’un parti politique forcément ancré dans les réalités du quotidien et, de plus, pour le PCF, se réclamant d’une philosophe « scientifique », les surréalistes tendaient vers un certain nihilisme. « Le concret, c’est indescriptible : à savoir que la terre est ronde, que voulez-vous que ça me fasse ? », écrivait Aragon dans « Le Paysan de Paris » (1926). « La beauté sera convulsive ou ne sera pas », affirmait Breton dans « Nadja » (1928). « Plus encore que le patriotisme qui est une hystérie comme une autre, mais plus creuse et plus mortelle qu’une autre, ce qui nous répugne c’est l’idée de Patrie qui est vraiment le concept le plus bestial, le moins philosophique dans lequel on essaie de faire entrer notre esprit », écrivaient Breton, Aragon et leurs camarades dans tract manifeste, « La Révolution d’abord et toujours ! » (1925).

Dans ces conditions, l’adhésion des cinq de janvier 1927 relève du paradoxe. Pour eux comme pour le PCF. « Lorsqu’ils se rapprochent du Parti communiste, écrit Carole Reynaud-Paligot, l’objectif des surréalistes est le suivant : ils entendent prendre une part active dans l’élaboration de la ligne culturelle du parti ; s’estimant les uniques détenteurs de l’art révolutionnaire ». Pour les communistes l’arrivée de ces jeunes poètes représente un élargissement de leur sphère d’influence au milieu intellectuel. Or, paradoxalement, le Parti, qui à cette époque n’est pas dans ses meilleurs jours et s’apprête à aggraver son isolement avec la ligne « classe contre classe », suivant les directives du Komintern, concentre son activité sur les entreprises. Les cellules de « rues » sont, officiellement, supprimées (en fait beaucoup continuent d’exister) au profit de cellules d’usine. Au reste c’est à l’une d’entre elles qu’est affectée Breton : « On me demandait de faire à la cellule “du gaz” un rapport sur la situation italienne en spécifiant que je n’eusse à m’appuyer que sur des faits statistiques (production de l’acier, etc.) et surtout pas d’idéologie. Je n’ai pas pu » (La Revue Surréaliste, décembre 1929).

Au fond, en tant qu’institutions, le PCF et les surréalistes appartiennent à deux mondes différents ou, plus exactement, s’investissent dans des champs différents. Pour l’un, c’est la politique, pour l’autre la littérature ; pour l’un c’est la dure loi du combat, pour les autres, l’ivresse de la vie.

« Gagner à la révolution les forces de l’ivresse, c’est à quoi tend le surréalisme dans tous ses livres et dans toutes ses entreprises ? C’est ce qu’il est en droit d’appeler sa tâche la plus spécifique », écrivait Walter Benjamin dans son ouvrage « Le surréalisme, le dernier instantané de l’intelligentsia européenne »(1929). Mais, il prévenait : « Pour y arriver, il ne suffit pas que tout acte révolutionnaire comporte, comme nous le savons, une part d’ivresse. Mais y insister de façon exclusive serait négliger entièrement la préparation méthodique et disciplinée de la révolution au profit d’une pratique qui oscille entre l’exercice et la célébration anticipée ».

Après la mort de Lénine en 1924, le PC russe se divisa avant que Staline n’impose sa loi totalement en 1937. Naquit alors des oppositions, dont celle de Trotski, qui se répercutèrent au plan international. La France n’y échappa pas. Dès lors, les jeunes gens de 1927 choisirent des voix différentes. Aragon demeura au PCF ; Breton et quelques autres se tournèrent vers Trotski. Aucun, cependant, ne se reniât, tout à fait quand bien même les déchirures furent grandes, « irrémédiables » dit Aragon, et les mots des uns et des autres d’une grande violence. Le rimbaldisme des jeunes surréalistes, « ce n’est pas une philosophie. C’est un ciel. Chacun s’en arrange, il n’a qu’à lever les yeux pour en être ébloui » (Aragon 1943).

Longtemps, de son côté, le PCF refusa de reconnaître qu’il puisse y avoir, dans la pensée comme dans l’art se réclamant du communisme, quelqu’école qui soit. C’est à la réunion de son Comité central, en mars 1966 à Argenteuil, que le tournant s’opère. La résolution qui y est adoptée souligne : « L’on ne saurait limiter à aucun moment le droit qu’ont les créateurs à la recherche […] La création artistique ne se conçoit pas […] sans recherches, sans courants, sans écoles diverses et sans confrontations entre elles ». Présenté par Aragon lui même ce texte est marqué de son empreinte.

Article paru dans l’Humanité-Dimanche. Janvier 2017

Posté par Michel Peyret

Brève de comptoir

 

Publié le 19 Février 2017

De la buvette de l'assemblée nationale

 

La presse de ce 19 février:

 

Benoît Hamon veut « une nouvelle loi Travail » et non plus son abrogation

 

Le candidat socialiste à l'élection présidentielle est revenu sur sa promesse d'abroger la loi El Khomri s'il était élu à l'Elysée.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par El Diablo

ARGUMENTS décisifs contre le REVENU de BASE, outil du CAPITAL [par Bernard FRIOT]

photo : l'Humanité - Patrick Nussbaum

photo : l'Humanité - Patrick Nussbaum

 

Bernard Friot « Un capitalisme rentier qui n’assume plus d’être employeur »

Interview à l'Humanité de mars 2016 qui revêt une brûlante actualité

Création du compte personnel d’activité, développement de l’auto-entrepreneuriat, revenu de base…L’économiste et sociologue Bernard Friot met ces éléments nouveaux en perspective et interroge leur rôle dans l’économie capitaliste. Animateur du Réseau Salariat, association d’éducation populaire, il avance l’idée d’un « salaire à vie » à l’image du droit de vote comme un droit politique.

Interview de Bernard Friot à l’Humanité de mars 2016 qui revêt une brûlante actualité et qui explique pourquoi le revenu universel est une mauvaise idée qui fera encore baisser le coût du travail et monter le coût du capital !


Création du compte personnel d’activité, développement de l’auto-entrepreneuriat, revenu de base…L’économiste et sociologue Bernard Friot met ces éléments nouveaux en perspective et interroge leur rôle dans l’économie capitaliste. Animateur du Réseau Salariat, association d’éducation populaire, il avance l’idée d’un « salaire à vie » à l’image du droit de vote comme un droit politique.

 

Vous insistez dans votre analyse économique sur la nécessité de droits salariaux attachés à la ­personne, que voulez-vous dire ?

Bernard Friot Que le salaire, comme le droit de vote, doit ­devenir un droit politique. Notre travail est reconnu de trois façons : par un employeur si nous allons sur le marché du travail et sommes employés ; par la vente du produit de notre travail sur le marché des biens et services si nous sommes indépendants ; par le salaire à vie si nous sommes fonctionnaires ou retraités. Or les employés et les indépendants sont soumis à des aléas sur lesquels, individuellement ou collectivement, ils n’ont aucune prise. Les capitalistes les exploitent sans retenue. Le marché du travail, des biens et services ne peuvent plus être le fondement de la reconnaissance du travail. Il faut généraliser le salaire à vie, c’est-à-dire une reconnaissance du travail attachée à la personne et non pas à un emploi ou à la vente d’un produit. Le droit politique de suffrage doit se doubler du droit politique de salaire : chacun, à 18 ans, a droit à vie au salaire correspondant au premier niveau de qualification, et passe au cours de sa carrière (qu’il soit indépendant, dans une entreprise ou fonctionnaire) des épreuves de qualification qui lui permettent de passer à des niveaux supérieurs, chaque progrès en qualification étant acquis à vie.

Le compte personnel d’activité est-il un progrès en ce sens ?

Bernard Friot Sûrement pas, c’est au contraire une régression. Un compte personnel, à commencer par le plus ancien d’entre eux, le compte personnel de retraite Arrco-Agirc, construit contre le régime général, asservit les travailleurs au marché du travail puisque c’est la performance dans l’emploi qui alimente le compte. Plus j’ai d’emplois, et de bons emplois, plus j’additionne des droits à des jours de repos ou de chômage, à la formation, à la retraite, à la complémentaire santé, etc. Ainsi, alors que le régime général permet de prolonger dans la pension les meilleurs salaires, le compte personnel tient compte de toute la carrière, y compris les années très mal payées. Le CPA n’est donc pas attaché à la personne, mais à son parcours professionnel, ce qui n’a rien à voir.

Pouvez-vous préciser en quoi cela n’a rien à voir ?

Bernard Friot La pension dans la fonction publique est la poursuite à vie du meilleur salaire et non pas la contrepartie des cotisations de carrière. Elle est donc bien un droit dépendant non pas de la mesure du parcours professionnel telle que l’opère l’addition de points dans un compte, mais de la qualification de la personne, qualification qui lui est attachée à vie. Alors que la pension Arrco-Agirc est du revenu différé qui dépend étroitement de la performance sur le marché du travail pendant 42 ans, la pension de fonction publique prolonge à vie le salaire atteint en fin de carrière.

Dire qu’un « droit est attaché à la personne » serait donc un abus de langage ?

Bernard Friot Évidemment. Le CPA fait étroitement dépendre les droits de l’emploi. Sauf que l’emploi, tel qu’il est vu par les capitalistes, ce n’est plus « l’emploi poste », mais « l’emploi parcours ». Le capitalisme financiarisé ne veut plus s’engluer dans la stabilité de postes de travail, et donc lier des droits au poste de travail : il s’efforce d’obtenir des salariés les plus mobiles possible et donc il lie les droits au parcours professionnel. Qu’on me démontre que le parcours professionnel est davantage maîtrisé par le salarié que son poste de travail ! En fait il ne maîtrise ni l’un ni l’autre. Et passer de droits attachés au poste à des droits attachés au parcours, ce n’est en aucun cas passer à des droits attachés à la personne. Pour qu’un travailleur soit titulaire de droits attachés à sa personne, il faut que ces droits le libèrent de l’aléa du marché du travail et du marché des biens et services.

Le CPA est lié à l’emploi. Or personne (salariés et patrons) ne se déclare contre l’emploi. La notion d’emploi est sans doute mal définie…

Bernard Friot Elle est le fruit de la lutte de classes. L’invocation de l’emploi sert essentiellement au patronat et au gouvernement, au nom du « sauvetage de l’emploi », à s’attaquer aux droits des salariés. Pour les patrons, un emploi a toujours été réduit à un poste de travail, ou aujourd’hui à un parcours d’un poste à l’autre. Autant « l’emploi » a été un mot du vocabulaire syndical parce qu’il a été construit dans la lutte comme obligation de respect de la qualification du poste et de versement de cotisations sociales, autant aujourd’hui l’emploi tend à redevenir le poste tout nu ou le parcours entre des postes tout nus. Et donc c’est finalement la définition patronale de l’emploi qui aujourd’hui l’emporte.

On en arrive à l’hégémonie du vocabulaire de la classe dominante. Hégémonie traduite dans les faits…

Bernard Friot C’est là qu’il faut sortir de la dépendance vis-à-vis de l’agenda des patrons. Cela veut-il dire promouvoir le « vrai emploi » face aux « faux emplois » patronaux ? Non. C’est une bataille perdue depuis quarante ans. Faire de la bataille pour le « vrai emploi » le cœur de l’action syndicale me paraît une faute stratégique majeure. Les droits liés aux postes ou aux parcours sur le marché du travail restent maîtrisés par les propriétaires de l’outil de travail, qui décident des postes et des parcours. Fonder des droits sur quelque chose sur lequel les salariés ont si peu de prise n’a plus de sens. Il n’y a plus une seule entreprise ou une seule branche qui fonctionne avec ce qu’on appelait un marché interne, c’est-à-dire qu’on y faisait sa carrière sans jamais passer par le marché du travail. C’est fini. Même si l’emploi a été une victoire syndicale et a été, en cas de marché interne, le support de parcours professionnels libérés des aléas du marché du travail – à condition de rester dans la même entreprise à vie : on peut aussi ne pas avoir cela comme projet –, aujourd’hui cela ne peut, en aucun cas, être le fondement d’une stratégie syndicale. Une chose est de requalifier en emploi des situations d’infra-emploi, au cas par cas, auprès des prud’hommes : c’est indispensable et il faut se battre contre les réformes qui rendent cette requalification toujours plus difficile. Tout autre chose est de faire de « vrais emplois » un projet stratégique.

Un point sur la définition de l’« infra-emploi » ?

Bernard Friot L’infra-emploi qualifie deux types de situations. D’une part celles dans lesquelles on dépend d’un employeur en étant en stage, bénévole, volontaire, en service civique, en formation, et d’une façon générale toutes ces situations d’emploi dans lesquelles le poste n’est pas reconnu comme porteur de qualification. D’autre part celles dans lesquelles on est faussement indépendant comme l’autoentrepreneuriat. Faussement parce qu’en réalité, on dépend entièrement du même client, ou du même fournisseur (de données numériques par exemple dans l’économie prétendument collaborative)… Sauf que lui ne cotise à rien, que le travailleur n’a pas de droit au chômage, que les règles horaires ou de sécurité liées à l’emploi sont inexistantes, etc.

L’autoentrepreneuriat est peut-être le reflet de l’aspiration de la jeunesse à ne plus dépendre de l’employeur. Les capitalistes ont-ils un train d’avance ?

Bernard Friot Je ne peux que saluer la maturité politique de tous ceux qui, chez les jeunes, ne veulent pas se soumettre à des employeurs et entendent bien maîtriser leur travail en refusant de produire des choses dont ils savent qu’elles sont nocives ou inutiles. Cela dit, tout dépend comment est institué ce travail indépendant. Il peut être enti

Création du compte personnel d’activité, développement de l’autoentrepreneuriat, revenu de base…L’économiste et sociologue Bernard Friot met ces éléments nouveaux en perspective et interroge leur rôle dans l’économie capitaliste. Animateur du Réseau Salariat, association d’éducation populaire, il avance l’idée d’un « salaire à vie » à l’image du droit de vote comme un droit politique.

Vous insistez dans votre analyse économique sur la nécessité de droits salariaux attachés à la ­personne, que voulez-vous dire ?

Bernard Friot Que le salaire, comme le droit de vote, doit ­devenir un droit politique. Notre travail est reconnu de trois façons : par un employeur si nous allons sur le marché du travail et sommes employés ; par la vente du produit de notre travail sur le marché des biens et services si nous sommes indépendants ; par le salaire à vie si nous sommes fonctionnaires ou retraités. Or les employés et les indépendants sont soumis à des aléas sur lesquels, individuellement ou collectivement, ils n’ont aucune prise. Les capitalistes les exploitent sans retenue. Le marché du travail, des biens et services ne peuvent plus être le fondement de la reconnaissance du travail. Il faut généraliser le salaire à vie, c’est-à-dire une reconnaissance du travail attachée à la personne et non pas à un emploi ou à la vente d’un produit. Le droit politique de suffrage doit se doubler du droit politique de salaire : chacun, à 18 ans, a droit à vie au salaire correspondant au premier niveau de qualification, et passe au cours de sa carrière (qu’il soit indépendant, dans une entreprise ou fonctionnaire) des épreuves de qualification qui lui permettent de passer à des niveaux supérieurs, chaque progrès en qualification étant acquis à vie.

Le compte personnel d’activité est-il un progrès en ce sens ?

Bernard Friot Sûrement pas, c’est au contraire une régression. Un compte personnel, à commencer par le plus ancien d’entre eux, le compte personnel de retraite Arrco-Agirc, construit contre le régime général, asservit les travailleurs au marché du travail puisque c’est la performance dans l’emploi qui alimente le compte. Plus j’ai d’emplois, et de bons emplois, plus j’additionne des droits à des jours de repos ou de chômage, à la formation, à la retraite, à la complémentaire santé, etc. Ainsi, alors que le régime général permet de prolonger dans la pension les meilleurs salaires, le compte personnel tient compte de toute la carrière, y compris les années très mal payées. Le CPA n’est donc pas attaché à la personne, mais à son parcours professionnel, ce qui n’a rien à voir.

Pouvez-vous préciser en quoi cela n’a rien à voir ?

Bernard Friot La pension dans la fonction publique est la poursuite à vie du meilleur salaire et non pas la contrepartie des cotisations de carrière. Elle est donc bien un droit dépendant non pas de la mesure du parcours professionnel telle que l’opère l’addition de points dans un compte, mais de la qualification de la personne, qualification qui lui est attachée à vie. Alors que la pension Arrco-Agirc est du revenu différé qui dépend étroitement de la performance sur le marché du travail pendant 42 ans, la pension de fonction publique prolonge à vie le salaire atteint en fin de carrière.

Dire qu’un « droit est attaché à la personne » serait donc un abus de langage ?

Bernard Friot Évidemment. Le CPA fait étroitement dépendre les droits de l’emploi. Sauf que l’emploi, tel qu’il est vu par les capitalistes, ce n’est plus « l’emploi poste », mais « l’emploi parcours ». Le capitalisme financiarisé ne veut plus s’engluer dans la stabilité de postes de travail, et donc lier des droits au poste de travail : il s’efforce d’obtenir des salariés les plus mobiles possible et donc il lie les droits au parcours professionnel. Qu’on me démontre que le parcours professionnel est davantage maîtrisé par le salarié que son poste de travail ! En fait il ne maîtrise ni l’un ni l’autre. Et passer de droits attachés au poste à des droits attachés au parcours, ce n’est en aucun cas passer à des droits attachés à la personne. Pour qu’un travailleur soit titulaire de droits attachés à sa personne, il faut que ces droits le libèrent de l’aléa du marché du travail et du marché des biens et services.

Le CPA est lié à l’emploi. Or personne (salariés et patrons) ne se déclare contre l’emploi. La notion d’emploi est sans doute mal définie…

Bernard Friot Elle est le fruit de la lutte de classes. L’invocation de l’emploi sert essentiellement au patronat et au gouvernement, au nom du « sauvetage de l’emploi », à s’attaquer aux droits des salariés. Pour les patrons, un emploi a toujours été réduit à un poste de travail, ou aujourd’hui à un parcours d’un poste à l’autre. Autant « l’emploi » a été un mot du vocabulaire syndical parce qu’il a été construit dans la lutte comme obligation de respect de la qualification du poste et de versement de cotisations sociales, autant aujourd’hui l’emploi tend à redevenir le poste tout nu ou le parcours entre des postes tout nus. Et donc c’est finalement la définition patronale de l’emploi qui aujourd’hui l’emporte.

On en arrive à l’hégémonie du vocabulaire de la classe dominante. Hégémonie traduite dans les faits…

Bernard Friot C’est là qu’il faut sortir de la dépendance vis-à-vis de l’agenda des patrons. Cela veut-il dire promouvoir le « vrai emploi » face aux « faux emplois » patronaux ? Non. C’est une bataille perdue depuis quarante ans. Faire de la bataille pour le « vrai emploi » le cœur de l’action syndicale me paraît une faute stratégique majeure. Les droits liés aux postes ou aux parcours sur le marché du travail restent maîtrisés par les propriétaires de l’outil de travail, qui décident des postes et des parcours. Fonder des droits sur quelque chose sur lequel les salariés ont si peu de prise n’a plus de sens. Il n’y a plus une seule entreprise ou une seule branche qui fonctionne avec ce qu’on appelait un marché interne, c’est-à-dire qu’on y faisait sa carrière sans jamais passer par le marché du travail. C’est fini. Même si l’emploi a été une victoire syndicale et a été, en cas de marché interne, le support de parcours professionnels libérés des aléas du marché du travail – à condition de rester dans la même entreprise à vie : on peut aussi ne pas avoir cela comme projet –, aujourd’hui cela ne peut, en aucun cas, être le fondement d’une stratégie syndicale. Une chose est de requalifier en emploi des situations d’infra-emploi, au cas par cas, auprès des prud’hommes : c’est indispensable et il faut se battre contre les réformes qui rendent cette requalification toujours plus difficile. Tout autre chose est de faire de « vrais emplois » un projet stratégique.

Un point sur la définition de l’« infra-emploi » ?

Bernard Friot L’infra-emploi qualifie deux types de situations. D’une part celles dans lesquelles on dépend d’un employeur en étant en stage, bénévole, volontaire, en service civique, en formation, et d’une façon générale toutes ces situations d’emploi dans lesquelles le poste n’est pas reconnu comme porteur de qualification. D’autre part celles dans lesquelles on est faussement indépendant comme l’autoentrepreneuriat. Faussement parce qu’en réalité, on dépend entièrement du même client, ou du même fournisseur (de données numériques par exemple dans l’économie prétendument collaborative)… Sauf que lui ne cotise à rien, que le travailleur n’a pas de droit au chômage, que les règles horaires ou de sécurité liées à l’emploi sont inexistantes, etc.

L’autoentrepreneuriat est peut-être le reflet de l’aspiration de la jeunesse à ne plus dépendre de l’employeur. Les capitalistes ont-ils un train d’avance ?

Bernard Friot Je ne peux que saluer la maturité politique de tous ceux qui, chez les jeunes, ne veulent pas se soumettre à des employeurs et entendent bien maîtriser leur travail en refusant de produire des choses dont ils savent qu’elles sont nocives ou inutiles. Cela dit, tout dépend comment est institué ce travail indépendant. Il peut être entièrement récupéré par le capital à travers des dispositifs dans lesquels les jeunes en question sont autonomes dans leur travail, collaborent sans hiérarchie, dans un dispositif horizontal… tout en alimentant par un travail gratuit, par exemple dans le logiciel libre, le profit des ­propriétaires de Google. Se développe un capitalisme rentier qui n’assume plus les responsabilités de l’employeur, qui renvoie les travailleurs à la valorisation de leur travail sur le marché des services : il faut vendre 150 km de covoiturage, une semaine de son appartement, avec l’effarante marchandisation du quotidien que cela représente. Tout comme les employés sont sous le joug des aléas du marché du travail, ces indépendants sont sous le joug du marché des biens et services tout en alimentant la rente de propriétaires de bases de données affranchis de leur responsabilité dans la conduite du travail.

Il y a donc une volonté des capitalistes de se ­dédouaner de leur rôle d’employeur ?

Bernard Friot Oui, ils ne veulent plus lier le profit au fait d’assumer sur le long terme des salaires, des cotisations sociales, le fonctionnement d’un comité d’hygiène et de sécurité, les droits des CE, etc. C’est pour cela qu’ils construisent avec tant de continuité depuis 1992, avec la CFDT, une « sécurisation des parcours » qui renverse la logique de responsabilité. Ce ne sont plus les employeurs, mais les intermédiaires du marché du travail, qui sont le « pôle emploi » ! Et les droits des salariés sont renvoyés à leur capacité à alimenter un CPA au prorata de leur performance sur des marchés, qu’ils soient du travail ou des biens, sur lesquels ils n’ont aucune prise. Car un des points de la loi travail, très insuffisamment souligné, est l’extension du CPA aux indépendants. Vont donc se trouver fongibles des droits nés dans l’emploi et dans l’indépendance : inutile de dire que celle-ci va être massivement instrumentée.

En parallèle à cette production de valeur qui est faite hors du contrat de travail se développe aussi l’idée d’un revenu de base…

Bernard Friot Ça va tout à fait ensemble. Le filet de sécurité que va offrir un revenu de base est la condition du recul de la sécurité qu’offre le Code du travail. Si le capital n’est absolument plus déterminé à assumer la sécurité d’emploi, en revanche cela ne lui pose aucun problème d’assumer la sécurité d’un minimum de ressources qui lui permettra, non seulement de baisser les salaires puisqu’il invoquera l’existence de ces ressources pour ne pas pratiquer des salaires normaux, mais aussi de récupérer la valeur produite par ces personnes en dehors de l’emploi, dès lors que la propriété lucrative n’est pas supprimée. Car le revenu de base ne supprime pas la propriété lucrative, et les capitalistes seront en capacité de récupérer la valeur produite. Et ce ne sont pas eux qui paieront, puisque c’est l’impôt qui financera le revenu de base. Bref ils ont tout intérêt à ce qu’un revenu de base vienne, à côté d’un CPA étendu aux indépendants, étayer l’autoentrepreneuriat.

Quelle alternative proposez-vous ?

Bernard Friot Le salaire à vie, qui est inséparable de la copropriété d’usage de tous les outils de travail par les travailleurs et donc de la maîtrise par eux de l’investissement, tant il est vrai que la propriété lucrative, au cœur du capitalisme de rente, doit être supprimée. Il s’agit d’actualiser la bataille qui a conduit à la mise en place à la Libération du régime général comme caisse unique à gestion ouvrière, et du statut de la fonction publique. Le régime général a fait la preuve jusqu’aux années 1970 que nous pouvons produire la santé avec des travailleurs payés à vie, qu’ils soient fonctionnaires ou indépendants conventionnés, sans mettre en valeur aucun capital actionnaire ou prêteur : l’investissement hospitalier des années 1960 a été largement subventionné grâce à la hausse du taux de cotisation maladie. Nous pouvons tout produire sans emploi et sans capital. Ce n’est pas 45 % du salaire qui doit aller aux caisses de Sécurité sociale comme aujourd’hui, mais 100 % (et au seul régime général, qui, à nouveau géré par les seuls travailleurs, sera chargé de payer les salaires à vie). Le reste de la valeur ajoutée pourrait se partager entre autofinancement de l’outil de travail décidé par les travailleurs copropriétaires des entreprises, et cotisation économique allant à des caisses, elles aussi gérées par les seuls travailleurs, chargées de subventionner le reste de l’investissement (y compris par création monétaire sans crédit) et d’assurer les ­dépenses de fonctionnement courantes des services publics. Je vous renvoie aux travaux que mène sur toutes ces questions Réseau Salariat.

De la socialisation du salaire. Auteur d’une thèse d’État portant sur la construction de la sécurité sociale, Bernard Friot axe son travail en défendant « le caractère anticapitaliste des institutions de socialisation du salaire ». Dans son dernier ouvrage, Émanciper le travail : entretiens avec Patrick Zech, paru aux éditions La Dispute et au sein de l’association Réseau Salariat, il développe l’idée de « salaire à vie » et de la « copropriété d’usage des moyens de production ».

SOURCE :

Bernard Friot " Un capitalisme rentier qui n'assume plus d'être employeur "

http://www.humanite.fr/bernard-friot-un-capitalisme-rentier-qui-nassume-plus-de

Emmanuel Macron et la colonisation

 

Par  · 

La déclaration de M. Emmanuel Macron sur le « Crime contre l’humanité » qu’aurait représenté la colonisation a suscité de très nombreuses réactions. Au-delà de ces dernières il faut constater l’immaturité politique de cette personne qui entend briguer les suffrages des français à l’élection présidentielle. Cette immaturité se démontre dans le fait qu’il ne semble pas comprendre que le « crime contre l’humanité » n’est pas un qualificatif mais une notion de droit, et donc dotée d’une définition précise, qu’il a commis une faute en l’employant, faute qu’il a redoublée par le fait qu’il donna sa déclaration à un média étranger et lors d’une visite à l’étranger, et enfin par le fait qu’il touchait là à un point extrêmement sensible dans les représentations françaises. Cette immaturité permet de douter des compétences en matières internationales du candidat Emmanuel Macron.

 

La notion de crime contre l’humanité

 

Le terme de « crime contre l’humanité » n’est pas un simple vocable indiquant que ce « crime » est pire qu’un autre. C’est une notion juridique précise, qui a été établie lors du tribunal militaire de Nuremberg. Rappelons alors ce qu’elle signifie : « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un individu ou d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux »[1]. Ceci fut rapidement étendu Une résolution des Nations unies, votée en 1948, déclarait : « …confirmant les principes du droit international reconnus par le statut de la cour de Nuremberg et par l’arrêt de cette cour ». Le point est ainsi important. La définition du « crime contre l’humanité » peut varier au grès des jugements des tribunaux. On l’a vu en particulier avec la création, controversée, de la Cour Pénale Internationale ou CPI. Rappelons ici que les Etats-Unis, qui avaient été à l’instigation de la CPI, ne l’ont toujours pas ratifiée. Cela aboutit, comme le montre le pénaliste Jean-François Roulot, à l’éclatement de cette notion[2]. Il y a là un véritable problème d’ordre juridique car l’éclatement de la notion peut finir par rendre caduque la notion elle-même. Néanmoins, le Statut de Rome, qui définit les crimes internationaux sur lesquels la Cour a un pouvoir juridictionnel, précise, dans son article 7 qu’il convient d’avoir à l’esprit l’intentionnalité de l’acte, et que cette intentionnalité doit être étatique. Ainsi ne sont considérés comme relevant d’un crime contre l’humanité que les actes commis : « …dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre toute population civile et en connaissance de l’attaque »[3]. Si on rapproche cela de la déclaration initiale du tribunal militaire de Nuremberg, qui dit précisément que cette attaque doit être « d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux » on précise et définit la notion d’intentionnalité. Pour qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité » il faudrait démontrer l’existence d’un projet étatique motivé par des principes politiques, philosophiques, raciaux ou religieux alors que, dans ce cas, seul le motif d’opportunité ainsi que des motifs économiques, peuvent être invoqués.

 

La longue histoire de la colonisation

 

La question de la colonisation en Algérie ne peut, à l’évidence, tomber dans cette catégorie. Un peu d’Histoire est ici nécessaire. Depuis le temps que des relations unissent les deux rives de la Méditerranée, tout le monde a colonisé tout le monde. Rappelons ici que les berbères (et kabyles) connus sous le nom de « numides » furent colonisés par les romains (après avoir été en contact avec les phéniciens), puis le peuplement romano-numides (qui était en partie christianisé, comme on le voit avec Augustin, un des « pères » de l’église ou Cyprien de Carthage) subit la colonisation des vandales, puis celle des arabes, etc…Ces différentes colonisations ont toutes entrainées des massacres, la réduction de populations en esclavage, voir la traite des esclaves sur grande échelle. On renverra ici aux magnifiques travaux de Pétré-Grenouilleau sur cette question[4]. Et il est de ce point de vue non seulement immature mais de plus irresponsable qu’Emmanuel Macron soit venu ajouter, indirectement, son grain de sel à l’odieuse campagne dont fut victime cet historien[5].+

 

Cela ne signifie nullement que des crimes n’aient pas été commis dans ce que l’on peut appeler la vague de colonisation de la fin du XIXème siècle, vague qui a succédé à d’autres vagues dont certaines n’ont pas été le fait de puissances européennes. Cette colonisation a été rendue d’autant plus cruelle et dévastatrice qu’elle est le fait de puissances capitalistes dont les moyens militaires, techniques et humains désarticulent les pays colonisés. Cela se voit dans le double processus de déshumanisation qui affecte tant le colonisé que le colonisateur, et que décrit admirablement Joseph Conrad dans son court roman « Au cœur des Ténèbres » qui reste un magnifique témoignage sur la colonisation[6].

Les crimes de la colonisation sont indubitables, qu’il s’agisse de la colonisation récente (celle du XIXè siècle) ou de celle plus ancienne, commise au travers des âges par diverses sociétés et diverses puissances. Mais, ces crimes concernent plus l’Afrique sub-sahélienne, ce que l’on appelait autrefois l’Afrique Noire, qui fut victime de traites esclavagistes multiples, dont certaines d’ailleurs organisées par des royaumes africains, qu’ils ne concernent les pays du Maghreb.

 

L’erreur de M. Macron

 

Il était donc doublement faux de faire référence au « crime contre l’humanité » à propos de l’Algérie, même si des « crimes de guerre » ont pu y être commis et doivent être poursuivis. Le crime le plus grave, celui qui eut les conséquences les plus lourdes dans le temps, fut la destruction des structures étatiques ou proto-étatiques, qui ont empêché ces pays de se constituer en Etats, et qui ont « forcé » la constitution de ces même Etats après la décolonisation dans le cadre hérité des anciens empires coloniaux. On trouve là l’une des raison de la fragilité de ces Etats nouvellement apparus, dans le fait que souvent ils ne correspondent pas à un « peuple » compris comme réalité politique (et non ethnique ou religieuse). La fragilité, voire l’absence, des communautés politiques empêche le processus de constitution du « bien commun », dont il faut rappeler qu’il ne saurait préexister à l’espace de débats dont il est issu[7]. Cette fragilité a largement obéré le processus de développement que ces pays ont connu. A l’inverse, en Asie, où la colonisation du XIXè siècle s’est aussi exercée, des pays comme la Corée, comme la Malaisie, comme le Vietnam ; voire comme l’Inde (pour ne pas parler de la Chine, largement dépecée par les puissances occidentales et le Japon), ont pu connaître une toute autre trajectoire parce qu’ils ont réussis à maintenir, à l’intérieur du cadre colonial, une structure étatique et que cette dernière a correspondu avec une réalité politique préexistante.

 

Mais, pour comprendre cela, il faut être capable de comprendre l’importance de la construction nationale dans un projet de développement, et donc ne pas croire que seule la concurrence, donc le libre-échange, est le moteur du développement. C’est parce qu’il ne peut concevoir cette réalité qu’Emmanuel Macron renvoie à des crimes contre l’humanité qui sont imaginaires sans voir les véritables crimes, ainsi que leurs conséquences actuelles. De ce point de vue, la bévue qu’a représentée la déclaration d’Emmanuel Macron est particulièrement révélatrice de son imaginaire, de ce qu’il pense et surtout de ce qu’il ne peut pas penser. Elle nous instruit sur sa vision des relations internationales qui est construite en des termes avant tout moraux et non politiques.

 

Dépasser l’histoire de la colonisation

 

La question de la colonisation est centrale pour l’imaginaire tant du colonisateur que du colonisé. Il est profondément malsain de vouloir polluer cet imaginaire par des déclarations stupides. Par contre, il serait bien plus utile de construire un véritable projet politique de communauté entre pays de l’Europe et pays d’Afrique, pour réaliser enfin ce grand développement attendu par des centaines de millions de personnes, et dont l’absence, et la misère qui en résulte, pousse à l’émigration. Mais, bien peu nombreux sont les candidats qui en parlent et qui font de ce thème l’un des axes de la campagne présidentielle. A ma connaissance seul Jean-Luc Mélenchon a cherché à articuler économiquement et politiquement un projet de développement dans un cadre dit « euro-méditerranéen », projet qui permettrait de mettre fin aux flux migratoires dont on ne dira jamais assez à quel point ils sont destructeurs en réalité pour les pays d’origines, les privant bien souvent de la partie la plus entreprenante de leurs populations. L’histoire de la colonisation du XIXè siècle est une histoire tragique, mais une histoire aujourd’hui révolue. Un projet de co-développement est aujourd’hui une impérieuse nécessité, et l’on attend de TOUS les candidats qu’ils se prononcent sur cette question.

 

Notes

[1] Feldman J-P, « Crime contre l’humanité », in Alland D. et Rials S. (dir.), Dictionnaire de la culture juridique, Paris, éd. PUF, 2003

[2] Roulot J-F., « Le crime contre l’humanité devant les juridictions répressives françaises », Revue française de criminologie et de droit pénal, vol. 4,‎ avril 2015, pp. 41-70.

[3] https://www.icc-cpi.int/NR/rdonlyres/6A7E88C1-8A44-42F2-896F-D68BB3B2D54F/0/Rome_Statute_French.pdf

[4] Pétré-Grenouilleau O, Les traites négrières. Essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des Histoires », Paris, 2004, 468 p.

[5] https://www.clionautes.org/spip.php?article925

[6] Ce texte fut publié en feuilleton dans la presse britannique en 1899. Conrad J, Au coeur des ténèbres, GF Flammarion 1989, (Heart of darknesss). Traduction et longue préface de J.-J. Mayoux, 214 p. ( 120 p. pour la nouvelle ).

[7] Ce que je pense avoir démontré dans Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, ed. Michalon, 2016.

Unir les communistes pour être utile au réveil populaire !

 

par  lepcf.fr

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Chaque jour qui passe confirme les très grandes difficultés dans lesquelles se débattent les communistes, divisés dans le choix de leur candidat, puis dans leur stratégie d’union pour les législatives, révélant leur difficulté à porter clairement un projet communiste tirant les leçons du siècle dernier, du socialisme, de l’union de la gauche, de la mondialisation et de l’union européenne.

 

Il apparaît de plus en plus clairement que le choix de Jean-Luc Mélenchon n’était pour Pierre Laurent et son équipe que le meilleur moyen d’éviter une candidature issue du PCF et d’attendre le résultat de la primaire du parti socialiste. L’objectif affiché par la direction du PCF lors du dernier congrès, de la reconstruction de la gauche se confirme avec l’appel à un accord Hamon, Mélenchon, Jadot... pour "sauver la gauche", c’est à dire le PS, toujours dans une conception de sommet qui ignore le rassemblement et l’intervention populaire. Jean-Luc Mélenchon ne fait guère cas de notre soutien et gère lui-même la discussion avec Benoit Hamon !

 

Nous n’avions déjà pas de candidat communiste. Aujourd’hui,nous risquons de ne plus avoir de candidat du tout, entraîné dans un "MélencHamon" paralysant alors que Gattaz et le patronat avancent leurs pions avec Le Pen, Fillon et Macron.

 

Des camarades s’appuient sur cette situation et sur les résultats de la primaire du PS pour tenter d’imposer ce qui a toujours été leur choix, le soutien à un candidat socialiste présentable à leurs yeux au prétexte qu’il n’a pas participé à la dernière partie du quinquennat de François Hollande.

 

De très nombreux communistes n’acceptent pas ce retour en arrière vers un modèle de l’Union de la gauche dépassé et en faillite, cette resucée de la gauche plurielle qui s’est clôturée par la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002.

 

Derrière cet appel à l’unité de la gauche, c’est la division et l’émiettement des communistes qui s’aggravent, favorisant un nouvel effacement du PCF, fondu dans Mélenchon puis dissous dans Hamon jusqu’au législatives puisque les discussions ont déjà commencé. Qui peut croire que JLM ou BH aurait besoin de permettre un groupe communiste à l’assemblée, quand ils sont chacun dans une bataille difficile pour sauver ou créer leur parti ? Chacun peut voir que l’absence d’un candidat communiste nous marginalise, nous rend invisible, handicape lourdement la mobilisation militante, et laisse la main à tous ceux qui espèrent nous voir disparaitre.

 

Une telle posture n’offre aucune perspective pour au moins 4 raisons : 

 

- Elle n’apporte aucune réponse au discrédit de la gauche que nous pourrions appeler aussi pédagogie du renoncement et qui s’amorce dès 1983 avec le tournant de la rigueur de Miterrand. 


- Sa "plate-forme commune pour lutter contre les marchés financiers" tourne le dos à la bataille communiste nécessaire autour d’un programme de rupture avec le capital, capable de créer espoir et engagement chez les exploités. 


- Elle renonce à mener dans le cadre des présidentielles la bataille pour le renforcement de l’organisation, des idées et de l’influence communistes sans lesquelles aucun changement politique n’est possible en France. 


- Elle lie notre sort à celui du Parti socialiste pour les législatives. Ce n’est surement pas la meilleure manière de conserver un groupe à l’Assemblée nationale.

 

Nous appelons les communistes à déjouer le piège d’un nouvel accord électoraliste au prix de l’effacement du PCF et à engager un autre effort militant dans ces présidentielles et législatives, permettant tout à la fois de reconstruire l’organisation communiste malmenée, de commencer à regagner l’engagement populaire autour d’un programme communiste pour résister et construire la première république sociale.

 

Pour cela, nous mettons à disposition des communistes un programme des 100 premiers jours d’un gouvernement populaire autour de 5 chantiers (une version complète des cinq chantiers est disponible sur le site lepcf)

 

Caroline Andreani, Danielle Trannoy, Gilles Gourlot, Jean-Pierre Meyer, Jean-Jacques Karman, Paul Barbazange, Anne Manauthon, Marie-Christine Burricand, Michaele Lafontant, membres du Conseil National et Hervé Poly, secrétaire départemental du Pas-De-Calais.


 

Pour un emploi digne et utile pour tous, reconquérir la souveraineté populaire, donner le pouvoir aux travailleurs !

 

On ne peut rien changer pour l’emploi sans enlever le pouvoir à la grande bourgeoisie et donner à ceux qui travaillent le pouvoir de décision sur l’économie. Ils sont les seuls à pouvoir orienter l’argent vers la satisfaction des besoins humains.

 

Dès les 100 premiers jours : 


- Interdiction des licenciements. 


- Augmentation du SMIC et des minimums sociaux de 50%. 


- Création d’un revenu maximum avec une tranche d’impôt à 100%. 


- Nationalisation des groupes financiers et industriels stratégiques avec indemnisations plafonnées des seuls actionnaires individuels. 


- Nationalisation des sociétés d’intérim, transformation des interims en CDI. 


- Création de commissions de contrôle économiques par bassin d’emplois élues lors d’élections professionnelles générales. Les tribunaux de commerce sont placées sous leur contrôle.

 

Pour le droit au logement et à la santé, sortir de la marchandisation !

 

On ne peut pas répondre aux besoins sociaux sans sortir les ressources nécessaires de la marchandisation et donc sans inventer de nouveaux modes de gestion publics des besoins sociaux par les usagers eux-mêmes, fondés sur la gratuité et la péréquation tarifaire.

 

Dès les 100 premiers jours : 


- Interdiction des expulsions pour dette sans relogement préalable. 


- Création de comités locaux du logement avec les associations, collectivités et offices chargé de traiter les situations d’urgence (SDF notamment). 


- Suppression des allégements de charges patronales. 


- Prise en charge à 100% par la Sécu des dépenses de santé.

 

Pour la paix, sortir du néo-colonialisme et des affrontements impérialistes.

 

On ne peut changer de société en France sans changer de rapport au monde, sans sortir des rapports de domination économique ou militaire. Ce sont les rapports humains, notamment issus des immigrations successives qui sont l’outil essentiel de nouvelles coopérations internationalistes.

 

Dès les 100 premiers jours : 


- Sortie immédiate de l’OTAN et rappel des armées françaises à l’étranger négocié avec les pays concernés. 


- Ouverture de toutes les archives militaires. Organisation d’une conférence avec les pays colonisés par la France pour établir les conséquences de la colonisation. 


- Annulation de la dette des pays pauvres. 


- Retour à la primauté des lois nationales sur les traités européens dans la constitution. 


- Proposition d’une conférence internationale pour la sortie du capitalisme, la création d’une devise mondiale d’échange indépendante du dollar et de l’euro. 


- Création de centre d’hébergement d’urgence pour tous les réfugiés.

 

Pour une démocratie autogestionnaire, sortir du rôle répressif de l’état.

 

On ne peut changer de société sans rompre avec les traditions séculaires de domination politique, corporatiste ou policière, sans inventer une construction autogérée de pouvoirs débarrassés des intérêts privés, des pratiques répressives et de propagande.

 

Dès les 100 premiers jours : 


- Loi de transparence obligatoire de l’état avec publicité de tous les documents non individualisés, publication de toutes les archives secrètes. 


- Audit des services secrets par une commission conjointe des parlementaires et du conseil économique et social. 


- Création de commissions citoyennes locales de contrôles des institutions. 


- Droit de votes des immigrés à toutes les élections. 


- Fin du financement des partis politiques par l’état.

 

Sortir de la violence par la culture et la démocratie

 

On ne peut gagner d’intervention majoritaire pour une autre société sans soigner les immenses souffrances léguées par la violence capitaliste, sans reconstruire une parole individuelle et collective libérée, sans un immense bouillonnement culturel et idéologique.

 

Dès les 100 premiers jours : 


- Recrutement de 100.000 éducateurs formés en alternance dans les quartiers et lieux de travail. 


- Recrutement de 100.000 enseignants et création d’une structure nationale de recherche appliquée sur la pédagogie dans les quartiers populaires 


- Rétablissement du statut des intermittents du spectacle, hors grandes entreprises et institutions, et création de comité locaux d’initiatives culturelles 


- Taxation forte de la publicité contribuant au financement public de médias indépendants. 


- Nationalisation de TF1 et rupture des contrats des médias avec les sociétés privées de production. 


- Organisation d’un forum télévisé quotidien du changement par un collectif associant les associations, syndicats et partis politiques, complété par un journal quotidien et un site internet.

 

Oui, la révolution !

 

Le capitalisme ne peut répondre aux besoins humains. Ses contradictions internes, ses dérives militaristes rappellent les pires heures du 19ème siècle. La révolution est nécessaire ! Elle ne ressemblera ni à celle de 1789, ni à celle de 1917, mais elle en sera la suite historique.

 

Elle ne peut compter sur les seules voies électorales, elle impliquera à la fois de grands mouvements sociaux et des situations subversives pour l’état et les institutions actuelles, pour déborder la capacité de répression et de manipulation que l’état donne à la bourgeoisie.

 

Le mouvement populaire décidera. Il a besoin d’un effort de conscience et de connaissance, d’un programme politique pour la mobilisation et le rassemblement de tous ceux qui souffrent du capitalisme, il a besoin d’un parti communiste.

 

Publié par   El Diablo

MÉLENCHON ou pas MÉLENCHON : grandes MANŒUVRES en cours au sein au PCF

Siège du PCF Place du Colonel-Fabien à Paris (source: Le Moniteur)

Siège du PCF Place du Colonel-Fabien à Paris (source: Le Moniteur)

Des élus et des dirigeants communistes contre Mélenchon

Par Alain Beuve-Méry

Le 16 février 2017

Les grandes manœuvres sont reparties place du Colonel-Fabien. Depuis le mardi 14 février, un appel intitulé « PCF : sortons de l’immobilisme » qui a recueilli plus de 600 signatures en quarante-huit heures, se répand de manière virale, auprès des cadres et des militants du Parti communiste. Il a notamment été signé par quatre parlementaires (les députés André Chassaigne, Patrice Carvalho, Gaby Charroux et la sénatrice Evelyne Didier), mais aussi par trois membres du comité national exécutif et par plus d’une trentaine de secrétaires départementaux qui étaient réunis, mercredi au siège du PC, à Paris. Les signataires de ce texte plaident pour « une candidature commune pour la présidentielle ». « Ne pas relever ce défi serait prendre la responsabilité de laisserla voie libre à la droite et à l’extrême droite (…). Il faut sortir du blocage actuel à gauche (…). Il est encore temps de prendre une initiative marquante. Pour cela le PCF doit sortir de l’attentisme », est-il écrit.

Le rassemblement est original, car il regroupe un très large spectre des composantes actuelles du PCF. Sur le plan politique, il rassemble des membres de l’actuelle direction, des membres de la gauche unitaire, des novateurs communistes, des ex-huistes, des anciens proches de Georges Marchais, des rouges vifs traditionnels, mais il comprend aussi des syndicalistes (Didier Le Reste, ex-secrétaire général des cheminots CGT), des économistes et des intellectuels (Arnaud Spire) et des journalistes de L’Humanité, anciens et actuels.

« On ne veut pas de la politique du pire », résume Frédéric Boccara, économiste. Ce membre de la direction du PC met en cause « la stratégie du tout ou rien de Jean-Luc Mélenchon » et récuse le thème des deux gauches irréconciliables.

Une seconde tribune intitulée « Les communistes qui soutiennent Mélenchon se mobilisent » a aussitôt vu le jour, mercredi 15 février, dans lequel il est écrit que « Benoît Hamon sait qu’il ne peut être le président élu en 2017 » et qui souligne que« La France insoumise n’est pas un parti de plus. C’est un mouvement », mais elle ne comprend pour l’instant que six signataires, dont Francis Parny, ex-membre de la direction du PC, et Christian Audoin, rédacteur en chef de L’Echo du Centre.

Porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles salue la nouvelle donne politique que constitue la désignation de Benoît Hamon, comme candidat des socialistes à l’élection présidentielle et rappelle que « le PCF ne tuera jamais l’idée de l’espoir à gauche, dans ce pays ». Sans remettre en cause le soutien apporté par les communistes à Jean-Luc Mélenchon, le parti entend œuvrer à un rassemblement des forces de gauche. C’est pourquoi le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, devrait proposer dans les jours prochains « un pacte majoritaire à gauche ».

SOURCE:

Des élus et des dirigeants communistes contre Mélenchon

http://mobile.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/02/16/des-elus-et-des-dirigeants-communistes-contre-melenchon_5080648_4854003.html

MÉLENCHON ou pas MÉLENCHON : grandes MANŒUVRES en cours au sein au PCF

Appel PCF : SORTONS DE L'IMMOBILISME

En choisissant de ne pas présenter de candidat(e) issu(e) de ses rangs à l’élection présidentielle, le PCF a, dans le même temps, décidé par une résolution adoptée à 94% « de continuer d’agir jusqu’au bout pour parvenir à une telle candidature commune et empêcher la victoire de la droite et de l’extrême droite. » Les communistes ont mandaté « la direction nationale et le secrétaire national du PCF pour poursuivre ces efforts… », et ont décidé que le choix « de s’engager sans attendre autour d’une candidature » (en l’occurrence celle de JL.Mélenchon) « [n’était] pas le terme de [leurs] efforts de rassemblement. »Deux événements politiques considérables, le discrédit de la candidature Fillon et, surtout, le résultat de la primaire socialiste avec la défaite de Valls et le succès de Benoît Hamon, créent une situation tout à fait nouvelle.

Cela relance le défi et la possibilité d’un rassemblement de la gauche et des écologistes pour battre la droite et l’extrême-droite, rompre avec le social-libéralisme et sortir de l’austérité avec une candidature commune à la présidentielle, un contrat majoritaire pour les législatives et une dynamique de luttes populaires.

Lâcher l'exigence d'une candidature commune pour la présidentielle rendrait impossible un succès de la gauche pour cette échéance et donc peu crédible l'idée de majorité de gauche pour les législatives. Ne pas relever ce défi serait prendre la responsabilité de laisser la voie libre à la droite et à l'extrême-droite.

Face à une situation aussi lourde de conséquences, l'immobilisme n'est plus de mise. Il faut sortir du blocage actuel à gauche et cesser d'opposer réalisme, efficacité et radicalité, de privilégier les éléments de division au détriment des possibilités de convergence. Le Parti Communiste peut beaucoup y aider : il avance en effet des propositions précises fortes d'une cohérence associant l’énoncé d’objectifs sociaux audacieux à la conquête de pouvoirs par les salariés et les citoyens sur l’utilisation de l’argent des entreprises, des banques, de l’État et même de l’Union européenne.

Il est encore temps de prendre une initiative marquante. Pour cela le PCF doit sortir de l'attentisme. Nous demandons que Pierre Laurent et le Comité Exécutif National réunissent d'urgence le Conseil national du PCF. Celui-ci pourrait décider d'appeler à une rencontre des candidats et des forces politiques de la gauche anti-austérité, et lancer une pétition nationale unitaire pour que soit construite, autour de quelques grands axes, une plate-forme commune pour lutter contre les marchés financiers et répondre aux attentes populaires. Cela concernerait particulièrement l'emploi, le travail, les salaires, l'écologie, la protection sociale et les services publics, la démocratie, l'entreprise, les banques et l'Europe.

Les 430 premiers signataires  (contact pour signer : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) :

Albéro Florïnda 75, Allain Joël 67, Ancona Albert 66 , Angelini Claire, Assante Pierre 13, Auckenthaler Isabel 91, Averty Claude 49, Baché Alain 40, Bailanger Stéphane 33, Balensi Rodolphe 92, Bardos Jean-Louis 92, Barrier Michel 76, Basset Jean-Pierre 26, Bassino Dante 75, Bastide Daniel 07, Battais Boris 49, Bauer Stéphane 95, Bavencove Pascal 62, Beaupin Patrice 89, Bédrines Evelyne 75, Bédrines Julie 94, Bellal Amar 75, Belot Monique 78, Ben Dominique 59, Benoist Lydie 91, Berland Claude 13, Bernard Gilbert 17, Bernard-Cordomi Françoise 31, Bernardi Jean-Marie 83, Bertu Patrick 44, Beuvain Laurent 80, Bézard Jacques 17, Bianco Michel 13, Bidart Hélène 75, Bidault Jean-Paul 03, Billard Claude 45, Bize Thibault 25, Blanstier Véronique 31, Blasco Dany 47, Boccara Frédéric 92, Boccara Paul 94, Bolla Alain 83, Bonneau Béatrice 75, Bonnet Christian 44, Bontemps Gilles 44, Borchini André 02, Borelly Dominique 92, Bouchez Alain 47, Boudet Pierre 35, Boulet Claire 58, Bourdellon Jean-Baptiste 54, Bourgeois René 54, Boussinot Annette 47, Bouvier Alain 92, Bouvier Françoise 92, Bouvier Guy 49, Bouy Claude 83, Bréchard Maurice 86, Brenon Patricia 29, Brones Alexis, Brugerolles Julien 63, Bulcourt Michel 30, Buteau Alexandre 91, Caillaud Jean-Jacques 36, Cailloux Gisèle 92, Cailloux Jean-Louis 92, Canezin François 31, Carpels Yves 92, Carretero Jean-Michel 13, Carvalho Patrice 02, Caugant Franck 94, Cauvin Jean-Claude 04, Ceruti Michel 47, Chaffaud Gisèle 94, Chaffaud Guy 94, Chalk Stephen 04, Chambon Jean 69, Chapet Claude 93, Charfe Claudine 92, Charles Corinne 94, Charroux Gaby 13, Chassaigne André 63, Chavanat Ana 37, Chazottes Jena-Claude 31, Cheikh Fethi 10, Chenau Auguste 44, Cheneau Yannick 44, Chenuet Gérard 92, Cialdella Maurice 68, Cirera Daniel 93, Clet Emile 83, Clootens Bernard 77, Contant Brigitte 94, Cossange Nicolas 34, Couvez Eric 44, Couvez Florence 44, Cresta Anne 94, Cukierman Georges 94, Dammerey JeanClaude 52, Daspre Pierre 83, Daudin Vincent 78, De Andrade Roger 56, Debû Raphael 69, Delbos Gilles 94, Delécolle Alain 49, Dème Danielle, Denis Philippe 44, Depoil Jean-Claude 03, Deschamps Lucien 94, Desloges Roland 94, Didier Evelyne 54, Dieudonné Jean-Michel 54, Digny Sylvie 07, Dimicoli Yves 75, Dissès Jean-Claude 64, Donnat Yvan 13, Dirringer Jean-François 77, Doulaud Thierry 91, Dubourgnoux Eric 63, Ducarouge Gilbert 43, Duclos Dan 75, Durand Daniel 42, Durand Denis 75, Durand Jean-Louis 86, Durand Jean-Marc 26, Durand-Drouhin Marianne 75, Durdux Jean-Claude 51, Durieux Victorien 54, Duterte Jean 51, Ernoult Daniel 72, Ernoult Gilles 49, Ernoult Michèle 72, Ernoux Alain 92, Escanès Claudine 51, Faccini Alain 35, Fagault Alexandre, Fagault Julien, Fargier Bruno 07, Farré Roland 74, Faucon Pierre 87, Feix Claude (Sénégal), Filhol Barbara 94, Forest Pierrette 13, Fornaciari Bruno 79, Fort José 20 A , Fort Martine 20A, Fortin Dimitri 94, Foulard-Regnart Monique 51, Fourmy Daniel 31, Frajerman Laurent 75, Franco Jean-Robert 75, Frau Gérard 13, Fredon René 83, Gabay Pascal 75, Galano Jean-Michel 75, Galaup Jean-Pierre 91, Gama Jean-Michel 91, Garcia Benoit 33, Gardes Richard 26, Garzon Pierre 94, Gaulon Alain 94, Georjon Louis 43, Gérardin Yves 54, Gillet-Colard Claude 94, Giraudou Jean-Louis 94, Glaudel Annie 92, Glaudel Sylviane 92, Glemet Alain 83, Gobert Marie-Jeanne 14, Goby Nelly 21, Gosselin Bertrand 54, Goulmot Cédric 92, Gourmelen C. 57, Grand Jacky 63, Gras Richard 43, Gratigny Christian 76, Grégoire Jean-Christophe 30, Grevoul Roger 30, Grosgeorge Gilles 94, Grosgeorge Odile 94, Grzyb Monique 30, Gueye Mireille 92, Guezenec Mireille 22 , Guiard Jacques 17, Guichard Daniel 77, Guichet Nathalie 66, Guignon-Cauvin Odile 04, Guilbert Alain 19, Guionie Jean-Claude 19, Guyard Stéphane 14, Guyomarch Danielle 94, Guyomarch Pierre 94, Guyon Thierry 47, Hager Jean 94, Hapiot Jean-Paul 59, Hardy Dominique 76, Hart Yvan 77, Hassomeris Georges 69, Hatzig Patrick 54, Havraneck Jack 77, Heams Thomas 75, Hénin Jacky 80, Huet Yvon 75, Hurpeau Claudine 92, Hussein-Zaidi Navid 78, Huttl Paul 83, Ivorra Pierre 83, Jacquart François 07, Jan Colette 91, Janvier Alain 77, Jlalji Brahim 17, Joly Pascal 94, Josse Dominique 51, Josse Yann 51, Kaczmarek Marie Stéphanie 80, Kahane Jean-Pierre 91, Kamenka Patrick 75, Kermainguie Nathalie 38, Khayi Nadine 31, Kissous Robert 34, Kotlicki Marie-Jo, Kouchner Jean 34, Lacaze Pierre 31, Lacombe Eliane 92, Lacombe Jean 92, Lafaurie Anne 94, Laïdi Michel 44, Lambert Xavier 31, Lambrechts Alain 13, Lamirand Bernard 60, Langlais JeanMarc 17, Langlois Dominique 76, Lanta Paule 64, Latché-Henrion Johanna 54, Latinus Roger 91, Lattuada Cédric 51, Laveron Jean-Claude 11, Le Bournault Elisabeth 07, Lebreton Pascale 92, Le Duff Jean 35, Lefebvre Fabienne 94, Lejeune Sylviane 91, Lelarge Brigitte 94, Lelarge Jacky 94, Lelièvre Isabelle 49, Lemesle Michèle 29, Le Reste Didier 75, Leroux Jean-Pierre 75, Le Roux Bernard 94, Le Roux Jocelyne 94, Levi-Cyferman Annie 54, Lucas Yvette 66, Maaza Lionel 77, Magniadas Jean 75, Maia Pédro 44, Mairal Jean-Claude 03, Malaval Gisèle 10, Malberg Henri 75, Maly Roger 59, Mansouri Guilani Nasser 75, Mansouri Mitra 75, Marchand Claude 45, Marchand Gérard 27, Marchand Laurent 13, Marchand Nicolas 94, Marchand Sylvie 27, Marconis Monique 31, Marmorat Bernadette 51, Marques Morlot Frédéric 75, Martin-Darmon Michèle 24, Mati Georges 75, Mati Juliette 75, Mattera Gérard 52, Maurice André 44, Maurice Bernard 54, Michel Michel 55, Michel Sandrine 34, Millien Serge 91, Mills Catherine 75, Miquel Pierre 63, Mirande Jean-Jacques 47, Mirande Monique 47, Miron Romain 54, Misslin Dominique 94, Misto Umberto 54, Mitrovic Gordana 51, Moal Anne 93, Moinet Jérôme 75, Monnini Eric 54, Monteil Raymond 95, Moreau Philippe 29, Moreigne Marc 75, Moretto Richard 09, Morin Alain 91, Morin Geneviève 91, Morisseau Mireille 91, Morvan Gregory 91, Morvan Jean-Pierre 91, Muller Luc 93, Muret Sylvie 92, Musset Maryvonne 54, Nardot Marie-France 47, Nalewajek Philippe 59, Nassiet JeanMarc (Mayotte), Nicolaon Florence 92, Niéto Didier 30, Odent Bruno 75, Olivier Hervé 77, Pagano Alain 49, Pallières Augustin 75, Parmentier Aline 68, Pasquier Nicole 94, Patis Laurence 51, Périllat-Bottonet Franck 94, Perrier Roland 91, Perrin Morand 54, Petit Jean-Claude 92, Pettex Camille 75, Pettex Nora 75, Piazza Violette 75, Picart Sophie 84, Picquet Christian 31, Pierné Thierry 55,Piganiol Christian 15, Pinero Maïté 93, Ploteau Georges 35, Poirson Christian 54, Poivey Thierry 94, Polidor Didier 76, Ponticaccia Eugène 34, Porcheron Jean-Jacques 94, Poulain Nadine 33, Pourre Fabienne 94, Prat Sébastien 15, Primet Jean-Paul 94, Primet Raphaelle 75, Pytkowicz Pauline 75, Quiles Renaud 34, Quiniou Yvon 85, Quintin Yvon 59, Raach Jean-Louis 58, Raf Zou 78, Rainero Piero 29, Rauch Frédéric 47, Raymond Jean 06, Rech Céline 49, Recoquillon Denis 94, Regnart Claude 02, Renard Denis 92, Réolid Vincent 92, Reverte Philippe 91, Richard Pascale, Riou Claire 92, Rioux Pierre 44, Rivoalan Jacquy 35, Robineau Catherine 92, Romian Hélène 93, Roume Jean-Pierre 15, Roussel Dominique 13, Rovei Gisèle 11, Rovei Jacques 11, Salecroix Robin 44, Saliba Evelyne 75, Saliba Roger 75, Salkowsky Gérard 77, Salomon JeanClaude 44, Salomon Jocelyne 44, Salomon Nicolas, Salles Maurice 32, Sancéré Mélanie 94, Sancéré Pascal 34, Sanchez Marie-Françoise 66, Sanchez Richard 66, Santamaria Michèle 20 A, Satgé Dominique 31, Sauvage Marie 64, Schiavi Claude 89, Sciandra Jean-Luc 77, Sciandra MarieAnge 77, Scibor Frédéric 64, Schmaus Guy 92, Servant Jean-Pierre 94, Simon Martine 02, Sinteff Marie-Christine 57, Smague Daniel 59, Somdecoste-Lespoune Nelly 64, Sommeiller Liliane 03, Soret Martine 78, Spire Arnaud 75, Spizak Pierrick 54, Sturaro Michel 92, Tartivel Laurette 94, Téaldi Jean-François 06, Ternant Evelyne 25, Thin Georges 03, Thomas Jacques 94, Thoré Reine 35, Thuillier Maximilien 51,, Tilmont Nina 44, Tirlicien Robert 54, Tord Franca 34, Touil Yvon 94, Tournebise Alain 75, Touvron Denise 17, Touvron Thierry 17, Triché Joë 10, Trillaud Francis 38, Troadec Rémi 44, Tupin Michel 94, Tupin René 95, Turmeau Jérôme 44, Valeyre-Pernet Francine 38, Vandenweghe Jean-Paul 59, Vatel Dominique 51, Venel Gérard 13, Veste Roger 62, Vialle Frédéric 87, Vieu-Charier Catherine 75, Villalba Pascal 40, Villemont Philippe 76, Villemont Sandrine 76, Vinet Serge 94, Virlouvet Francis 75, Vuillaume Michel 74, Wagnez Michel 34, Wannepain Maurice 59, Witt Lauranne 54, Yanelli Danielle 03, Yilmaz Bora 54, Zaidner Jeannine 94, Zaidner Marcel 94, Zajdner Françoise 30

SOURCE:

regards.fr - La fabrique de la politique

http://www.regards.fr/

MÉLENCHON ou pas MÉLENCHON : grandes MANŒUVRES en cours au sein au PCF

TRIBUNE : Les communistes qui soutiennent Mélenchon se mobilisent

Plusieurs cadres du Parti communiste signent une tribune pour réaffirmer leur soutien à Jean-Luc Mélenchon.

A trois mois des élections présidentielles tout indique que Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat qui porte les espoirs de celles et ceux qui veulent rompre avec le "système" et les politiques suivies depuis dix ans.

Le programme "l’avenir en commun" répond à la crise dans laquelle s’enfonce notre pays. Il propose de mettre fin aux diktats des logiques financières au profit de l’humain. Il place l’éducation comme un enjeu prioritaire assurant à chacun et chacune les moyens de son émancipation. Il s’appuie sur les évolutions sans précédents de l’innovation et du savoir pour dynamiser un développement créateur d’emplois et respectueux de notre planète.

Ses priorités sont claires. L’urgence écologique nécessite une planification exigeante de nos efforts pour changer notre mode de production et de consommation. La création d’emplois nouveaux, la réduction du temps de travail, la retraite à 60 ans, la gratuité des soins et des médicaments, la baisse du coût du logement et des transports, le développement des services publics… constituent ensemble le préalable à l’égalité. Le projet culturel est indissociable d’une conception de l’identité française fondée sur des valeurs universelles, sur la création, dans le respect des autres et de leurs différences avec la certitude que celles-ci enrichissent notre culture commune. La volonté de sortir de toutes les discriminations et notamment de cette société patriarcale qui inhibe tant d’énergies positives et empêche le plein épanouissement des femmes. La certitude que l’accomplissement de toutes ces mesures ne peut se faire dans le cadre des traités européens qu’il faut renégocier ou ne pas respecter. La volonté d’une France non alignée, sortie de l’OTAN, porteuse d’objectifs de paix, de désarmement et de soutien aux peuples sans territoire, sans reconnaissance, à tous les réfugiés économiques, politiques ou victimes des dérèglements climatiques

Pour nous ce contenu est essentiel car la raison d’être de notre engagement c’est de changer l’ordre des choses. En politique aujourd’hui il y a les représentants de la "caste" qui veulent maintenir l’ordre actuel et celles et ceux – le plus grand nombre - qui veulent changer cet ordre injuste, immoral et tout simplement impossible à vivre.

Et bien nous ne sommes pas des résignés. Nous sommes du côté de la révolution citoyenne. Nous ne pouvons pas vivre heureux dans une société qui génère tant de malheurs. Pour nous l’horizon de ce capitalisme dans sa forme la plus absolue, ultra-libérale, n’est pas indépassable.

Les élections présidentielles sont l’occasion de juger des projets et des objectifs de chaque candidat. François Fillon est le représentant le plus réactionnaire de la droite libérale. Mais sa faillite morale créé des conditions nouvelles d’accès au deuxième tour. Emmanuel Macron tarde toujours à présenter un projet global. Mais son activité de ministre dessine assez bien ce que sera son programme.

Benoit Hamon sait qu’il ne peut être le président élu en 2017 à cause du bilan calamiteux des gouvernements socialistes, de François Hollande et des incohérences du rassemblement autour de lui. Son objectif n’est pas de gagner la présidentielle mais de s’imposer dans le futur congrès du parti socialiste qui suivra la débâcle de 2017.

D’autres partis enfin, qui n’ont pas de candidat, essayent de négocier des postes de parlementaires dans des alliances à l’ancienne sans se soucier du résultat de la présidentielle.

Des objectifs dans lesquels l’intérêt général est absent. Les citoyen-ne-s en ont pourtant assez de toutes ces politicailleries centrées sur le seul intérêt de leur parti et d’eux-mêmes.

La France insoumise ne porte pas seulement un programme elle porte une ambition. Ce n’est pas un parti de plus. C’est un mouvement. Et notre présence dans ce mouvement avec d’autres, témoigne de sa diversité tout comme les 53 % de candidat-e-s qu’il a investi et qui ne sont pas membres d’un parti politique. La France insoumise est une réponse à la crise de la politique, à la crise des partis, en mettant en place une force Transpartis largement ouverte à la société civile.

Nous souhaitons que Jean-Luc Mélenchon soit président de la République. Nous ferons tout pour cela. Mais aucune personne providentielle ne peut changer à elle seule l’ordre existant. Le mouvement populaire dans sa mobilisation et son action sera décisif pour mettre en œuvre les propositions de "l’avenir en commun". C’est pour cela que "La France insoumise" est constituée de 2500 "groupes d’appui" citoyens, décentralisés et largement ouverts qui sont des outils indispensables à la victoire populaire et à la transformation de notre société.

C’est pour cela, comme communiste, que nous avons décidé d’en être et que nous appelons toutes et tous les communistes quel qu’ait pu être leur position auparavant à faire de même.

Les signataires :

Christian AUDOIN, rédacteur en chef de l'Echo du Centre

Bernard BANDELIER, Professeur des universités

Brigitte DIONNET, ancienne membre du conseil national du PCF

Francis PARNY, démissionnaire de l’exécutif national du PCF

David PELLICER, ancien secrétaire départemental de la fédération du Tarn-et-Garonne du PCF

Françoise QUAINQUARD, co-animatrice d’assemblée citoyenne du FDG en Région Parisienne

SOURCE:

TRIBUNE. Les communistes qui soutiennent Mélenchon se mobilisent - leJDD.fr

http://www.lejdd.fr/Politique/TRIBUNE-Les-communistes-qui-soutiennent-Melench

La porte est fermée ?

 

Publié le 16 Février 2017

Cassons les murs

La porte est fermée ?

 

Petit message à une ou un camarade qui fut qui même peut-être est toujours lié(e) de façon passionnée à l'idée de Révolution, ou arrivé(e) plus récemment sur le terrain de la colère, veut passer de l'indignation à l'urgence de changer la société.

Les crocs en jambe, fauchages et coups pris derrière la tête ou au creux de l'estomac font mal. Au point que certains se recroquevillent. Si l'on peut l'entendre, alors que tout montre que l'absence d'alternative réelle libère des espaces à toutes les démagogies, peut-on admettre que toute référence à l'intervention massive de notre peuple pour changer la donne est travestie d'un nom caricaturale de populisme, qu'au nom de la Liberté, qui serait alors menacée, sa souveraineté constitutionnelle lui est déniée ? 

 

Des mots qui portent sens sont pervertis pour qu'à la façon d'une novlangue orwellienne, leur sens se torde pour en évider le contenu.

 

Il en est ainsi de celui de socialisme assassiné par le parti qui en a fait une défroque imprésentable, de celui de d’anti-système où tous ceux qui battent les estrades devant les caméras et micros sont surtout d'abord remontés contre ceux qui veulent subvertir cette organisation de l'humanité.

 

Une société où le pillage des richesses créées par le plus grand nombre est institutionnalisé comme modèle indépassable et où ceux qui veulent s'en affranchir sont au mieux des malades le plus souvent considérés comme des délinquants et de plus en plus présentés comme des criminels. De Goodyear à Air France la liste ne fait depuis que s'allonger.

 

Les pratiques fascisantes policières dans les banlieues, banalisées (et tolérées quand elles ne sont pas encouragées) par le pouvoir, participent de cette campagne et convergent avec la traque anti-syndicale patronale aidée des outils répressifs de l'état.

 

Aujourd'hui, dans l'incapacité de contenir l'onde de colère produite par leurs méthodes utilisées pour contraindre, faire plier, faire renoncer par l'usage de violences, négation même de la personnalité humaine, une violence de défense s'installe. Elle va conduire à ce que ceux qui subissent la violence institutionnelle usent des pratiques qu'ils subissent. C'est la logique même de Résistance.

 

Quand une police peut tirer à balles réelles dans une citée à 5km de la Place de la République, c'est que la République est chancelante, ébranlée par ceux là même qui ont mission de la garantir.

 

C'est dans ce cadre en train de craquer qu'il faut d'urgence qu'une alternative réelle trace sont chemin, à partir d'orientations partagées, exigeant -disons le clairement - des mesures contraignantes pour calmer les ardeurs des instigateurs de la répression.

 

La stigmatisation d'un groupe social, la haine raciste, la traque des jeunes doivent être dénoncées avec la plus grande rigueur, et les acteurs, les ordonnateurs, mais aussi ses théoriciens et justificateurs sanctionnés.

 

Mais cela suffira-t-il pour calmer ? Désinfecter les plaies ne rend pas le corps vaillant. Les causes des ulcères restent : la domination d'un système d'exploitation la mise à son service de l'appareil d'état pour maintenir par TOUS les moyens sa domination, voilà le fond du problème.

 

Plus aucune force sur l'échiquier politique qui osent l'affirmer clairement et mette en débat les solutions à construire pour changer le cap.

 

Il s'agit d'appeler un chat un chat et de qualifier clairement contre qui on appelle à combattre : un système et ceux qui veulent à tout prix le conserver : le capitalisme.

 

Réaffirmer haut et fort l'urgence d'une autre humanité que celle où l'homme nanti exploite l'homme démuni et ou le nanti l'est que parce qu’existe la masse des exclus et des démunis.

 

Il n'y a pas de moyens termes.

 

L'idée communiste travestie pour la dénigrer de toutes ses caricatures et références des déviations graves qu'elle a subies, reste pourtant depuis Babeuf en 1793 totalement d'actualité : le projet de la conjuration des égaux prévoyait la suppression de l’héritage et, formule générique d'une société préindustrielle, , « la jouissance collective immédiate des biens communaux ». 

 

De quelle société avons-nous besoin ? 

 

De quels outils politiques pour la mettre en chantier dans les mains de qui ?

 

Plutôt que de renvoyer par un vocabulaire séduisant héritier des principes assassinés de la Révolution française, plutôt qu'une 6e République bâtit sur le sable institutionnel hors du champ de la maîtrise économique ; c'est à partir de là où se trouve la force sociale motrice, celle qui produit la richesse qu'il faut construire.

 

D'où la panique du capital de voir la conscience grandir dans les lieux de production, la traque des syndicalistes comme organisateurs de cette résistance pouvant conduire à construire une issue.

 

D'où le quadrillage pour maintenir l’interdiction de la citoyenneté dans l'entreprise au nom de la neutralité du lieu qui comme l'église la voit garantie par l'exclusivité du pasteur exploiteur d’occuper la chaire et le troupeau- producteur l'obligation de venir l'entendre et de verser à la quête.

 

C'est de cette organisation politique qu'il est question : faire que les salariés, ces 90 % des actifs de ce pays débattent des conditions de s'affranchir du parasitisme économique de la rente et de l'accumulation et usent des richesses crées pour répondre immédiatement à l'ensemble des besoins sociaux.

 

Comme chacun peut le mesurer cet espace de citoyenneté réel pour devenir dominant doit s'affranchir des madragues institutionnelles qui enserrent et tirent vers les abysses tout espoir d'aller vers les lumières de l'émancipation.

 

La responsabilité particulière des militants d'entreprises, bien sûr les syndicalistes est première pour construire ce rapport de force. C'est d'autant plus important que cette construction là, son lieu d'expression et ses formes éloignent et rendent plus facile à combattre toute forme de notabilité, de constitution de camarillas des hors-sols dont on mesure les dégâts à l'aune de leur éloignement des réalités concrètes.

 

C'est d'abord sur cette absence d'horizon liée au corsetage institutionnel des discussions que buttent les luttes sociales enfermées dans l'impasse du capital et de son marché comme indépassable. 

 

C'est ce sinistre suaire, linceul du progrès qu'il faut déchirer. Tant que cette question viendra après les préoccupations de mandat et d'élection, les bénéficiaires du système n'auront pas de soucis à se faire.

 

Rendons-les tous soucieux, mettons-leur la panique ; bref réapprenons à devenir subversifs.

La porte est fermée ?

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Le pouvoir au peuple... (Epinal)

Les riches doivent aussi bosser.

 

par  pierre-olivier.poyard,

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Acceptez-vous que les riches ne payent pas leurs impôts (80 milliards de fraude par an) ? Qu’ils s’en mettent plein les poches (300 milliards de charges financières) ? Qu’ils reçoivent des subventions de l’Etat (110 milliards d’aides publiques aux entreprises) ?


Acceptez-vous que l’Etat finance les millionnaires ?

 

Nous, nous le refusons : c’est aux millionnaires de payer pour l’Etat, pas l’inverse !


Nous voulons supprimer la dette publique illégitime qui engraisse les banques privées ! Déve-lopper les banques publiques qui financent l’économie, les services publics !

...

Le tract à télécharger...

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Le vocabulaire des bouffons

 

, par  auteurs à lire
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Les communicants de l’équipe MACRON ont labellisé HAMPERS les supporters du « jeune leader » (version française du Young leader pro étasunien dument accepté outre-Atlantique pour servir les maitres de Washington (Maison Blanche, Pentagone, FED, FMI , Banque mondiale, Goldman Sachs et autres)

 

Ironie du verbe !

 

En anglais le verbe TO HAMPER veut dire : déranger, empêcher, faire obstacle à une théorie.

 

Il s’agit donc de faire croire que le jeune leader dérange quoi que ce soit. Fadaises et billevesées ! Tout au plus va-t-il déranger les candidats besogneux à la primaire du PS.

 

Ex associé gérant de la banque ROTHSCHILD ,c’est-à-dire partageant les bénéfices de l’entreprise, il ne dérangera pas « la finance » (lire le capitalisme contemporain) dont il est un représentant au plus haut niveau et le fourbe Hollande , souvenez-vous, « mon ennemi c’est la finance ! » l’a choisi chez ROTHSCHILD comme secrétaire général adjoint de l’Elysée avant d’en faire un ministre c’est à dire avant de le mettre en circulation comme gadget nouveau sur le marché politique, nouvelle tête de gondole de la foire aux mensonges.

 

La soumission de François II le Fourbe à la politique étasunienne, visible dans toute son action, l’a conduit dans un premier temps à faire adouber le jeune leader par la puissance dominante. Ce fut fait dès 2013 quand Macron fut accueilli par l’UNION INTERALLIEE, club franco-étasunien très chic (adhésion annuelle entre 25000 et 50000 €) installé à quelques pas de l’Elysée dans l’ancien hôtel Henri de Rothschild pour y « exposer la politique de la France » selon les propres termes de l’invitation. Etrange république où le président délègue un de ses mignons pour se prosterner devant les maitres …*

 

Passé ce premier grand oral, l’impétrant est passé l’année suivante devant le jury plus large et plus transnational du club de Bilderberg. Validé ! Après pareil parcours il ne manquait plus au jeune poulain qu’un bref galop ministériel avant d’aborder le grand prix de l’Elysée. Nous y voilà !

 

Avis aux HAMPERS macroniens : vous n’empêcherez rien ! Votre rôle est au contraire de pérenniser la vassalisation de la France dans l’empire militaro-capitaliste étasunien.

 

Et puisque votre gourou vous invite à parler anglais, vérifiez ! HAMPER, substantif, veut aussi dire « panier à linge sale » !

 

Voir en ligne : sur le blog de comaguer

 

http://www.prixinterallie.org 


Voir sur ce lien une étonnante intervention en 1964 de Georges Pompidou lui aussi pur produit de l’écurie Rothschild devant le même cercle de l’Union Interalliée qui laisse entrevoir sa candidature à la présidentielle et la fin des « excentricités » gaullistes anti étasuniennes.

 

14 février 2017
Etienne Balibar, Lénine et la philosophie

 

« En réalité, indique Etienne Balibar, au travers de cette expérience très brève, c’est le rapport même de Lénine au discours philosophique qui s’est complètement transformé. En ce sens le moment philosophique déterminé par la conjoncture de la guerre est sans lendemain, bien qu’il soit loin on va le voir de rester sans effets. C’est ce que, évidemment, l’idéologie « léniniste » dans ses différentes variantes a totalement méconnu. Pour constituer la figure d’une philosophie-de-Lénine, elle devra recourir massivement aux œuvres de l’avant-guerre (en particulier Matérialisme et Empiriocriticisme). Lorsqu’elle se référera aux « cahiers philosophiques », en les faisant passer du statut de notes privées à celui de fragments d’une œuvre, ou d’écrits aphoristiques, elle devra en faire une lecture sélective et biaisée, déniant en pratique leur statut essentiellement instable. Cela vaut aussi, et même particulièrement, pour la tendance « dialectique », « hégélienne » (Déborine, Lukačs, Henri Lefebvre) qui cherchera dans ces Cahiers, au risque de les fétichiser, les instruments d’une alternative au dogmatisme officiel, contre le « mécanisme » de Matérialisme et Empiriocriticisme... »

Reprenons la lecture de la pensée de Etienne Balibar...

Michel Peyret


Le moment philosophique déterminé par la guerre dans la politique : Lénine 1914-1916

Étienne Balibar

La question de savoir s’il existe quelque chose comme une « philosophie de Lénine » a toujours été une question politique. En 1968, Althusser en avait déplacé les termes en soulevant le problème du rapport entre Lénine et la philosophie. Vingt ans plus tard, Étienne Balibar introduisait une autre option : il y a chez Lénine un « moment philosophique », déclenché par la Première Guerre mondiale et qui constitue un tournant décisif dans sa pensée. Rompant avec toute conception évolutionniste de l’histoire, Lénine inscrit la perspective révolutionnaire dans une temporalité gouvernée par la complexité des conjonctures. Se voit radicalement remise en question l’identité du sujet révolutionnaire « prolétariat » qui n’est plus donnée a priori mais est l’effet d’une construction politique jamais achevée. Ce tournant se produit sous le coup d’une lecture de Hegel et Clausewitz qui conduit Lénine à avancer une conception dialectique de la guerre (et guerrière de la dialectique) s’exprimant dans le mot d’ordre de « transformation de la guerre civile en guerre révolutionnaire ». Pensant la guerre non comme une catastrophe, mais comme un processus, Lénine, à la veille de la révolution de 1917, montre que l’analyse de ce qu’est une « situation révolutionnaire » est une tâche qui doit perpétuellement être reprise.

Je choisis ce titre compliqué – et restrictif – pour marquer ce qui singularise la place de Lénine dans cette confrontation des philosophes « devant la guerre ». N’étant manifestement pas un professionnel de la philosophie, il n’a pu se découvrir ou s’assigner de « mission » à ce titre (pas même celle de « préparer la révolution »). On ne saurait, pour autant, considérer comme pertinente la catégorie de l’« amateur ». Car il y va, dans son rapport à la guerre et à la philosophie, de l’essence même de la politique à laquelle il se consacre. C’est ce qui m’a paru, à la réflexion, très significatif : au sens fort du terme, il n’y a qu’un moment philosophique chez Lénine, et c’est précisément la guerre, avec ses enjeux et ses conséquences immédiates, qui le détermine. Ce pourrait être important pour la philosophie, s’il est vrai que son objet n’est pas isolable de celui de la politique. Ce l’est certainement, en tout cas, pour comprendre la position de Lénine dans l’histoire, y compris dans l’histoire du mouvement social qui en est venu à se désigner comme « léninisme ». On peut en effet supposer – par principe – que cette étiquette recouvre plutôt une contradiction qu’une continuité sans problème.

La différence entre le « Lénine » d’avant 1914 et celui d’après 1917-18 est en un sens un lieu commun. Beaucoup l’ont d’emblée relevée et en ont, à leur façon, décrit les effets1. Toutefois elle reste difficile à interpréter, car les repères ne sont pas demeurés fixes de part et d’autre de la grande coupure qu’ont marquée la guerre et la révolution. Précisément, pour les contemporains, ces deux événements – entre lesquels Lénine a proclamé lui-même l’existence d’un lien nécéssaire – ont formé aussitôt un bloc. Le « nouveau Lénine »– celui qui apparaît comme l’inspirateur de la IIIInternationale, celui que salue Sorel dans la réédition des Réflexions sur la violence, voire celui qui inspire la philosophie « décisionniste » d’un C. Schmitt ou d’un Keynes (dans le camp d’en face) – est le Lénine d’Octobre, perçu sur le fond des désastres de la guerre dans lesquels un monde a sombré, et dont il émerge comme un défi ou comme un prophète. C’est autour de la figure ainsi constituée que s’organisera le « léninisme ».

Ne peut-on, cependant, procéder à une analyse plus fine ? Pour ce qui nous concerne la période qui apparaît pertinente est celle qui va d’août 1914 aux premiers mois de 1917 : en termes d’écrits, depuis la Faillite de la IIe internationale (Œuvres, tome 21)2jusqu’aux Thèses d’Avril (Œuvres, tome 24). C’est au cours de cette période que la philosophie entre en jeu, mais pour disparaître aussitôt. Disons mieux : tout se passe comme si, dans le contexte de la guerre et de son urgence, Lénine avait à son tour parcouru les étapes d’une « fin de la philosophie », qui se réalise en dehors d’elle-même mais qui, pour cela, doit d’abord émerger pour elle-même, dans un travail spécifique qui s’efforce d’en saisir l’essence et d’en pratiquer l’écriture.

Remarquons qu’avant 1015-1915 Lénine a écrit des livres et des articles philosophiques (sans compter l’usage qu’il a fait de concepts philosophiques marxistes dans l’ensemble de ses écrits). Ce sont en particulier l’étude de 1894, Ce que sont les amis du peuple…3, qui développe une épistémologie du matérialisme historique fondée sur la double critique de l’« objectivisme » et du « subjectivisme » ; et celle de 1908, Matérialisme et Empiriocriticisme4, dirigée contre la philosophie bogdanovienne, dont la technicité conceptuelle est tout à fait honorable et qui repose sur une vaste enquête auprès des philosophes (Berkeley, Diderot, Kant, Mach, etc.). Je soutiendrai pourtant que, dans ces études, Lénine n’est pas philosophe au sens fort du terme. Ce qu’il produit, à sa façon, ce sont des arguments idéologiques dans un débat philosophique préexistant, en venant occuper l’une des positions possibles dans le champ des variantes de la « philosophie marxiste » qui forme le ciment de la social-démocratie.

Tandis que, dans les « cahiers philosophiques » de 1914-1915 – simples notes de lecture, esquisses de définition de la dialectique, rédigées à des fins « privées », en même temps que d’autres notes préparatoires aux études sur l’impérialisme, la question nationale, etc. – nous voyons paradoxalement (mais sans équivoque) la question des « fondements » de la métaphysique occidentale, ou du sens de ses catégories constitutives, affrontée pour elle-même. Mais cet exercice de lecture critique (Aristote, Hegel) ne débouche pas, et ne saurait déboucher, sur un discours philosophique. Au contraire, après 1915, Lénine n’écrira plus jamais, en fait, d’ouvrage philosophique5.

En réalité, au travers de cette expérience très brève, c’est le rapport même de Lénine au discours philosophique qui s’est complètement transformé. En ce sens le moment philosophique déterminé par la conjoncture de la guerre est sans lendemain, bien qu’il soit loin on va le voir de rester sans effets. C’est ce que, évidemment, l’idéologie « léniniste » dans ses différentes variantes a totalement méconnu. Pour constituer la figure d’une philosophie-de-Lénine, elle devra recourir massivement aux œuvres de l’avant-guerre (en particulier Matérialisme et Empiriocriticisme). Lorsqu’elle se référera aux « cahiers philosophiques », en les faisant passer du statut de notes privées à celui de fragments d’une œuvre, ou d’écrits aphoristiques, elle devra en faire une lecture sélective et biaisée, déniant en pratique leur statut essentiellement instable6. Cela vaut aussi, et même particulièrement, pour la tendance « dialectique », « hégélienne » (Déborine, Lukačs, Henri Lefebvre) qui cherchera dans ces Cahiers, au risque de les fétichiser, les instruments d’une alternative au dogmatisme officiel, contre le « mécanisme » de Matérialisme et Empiriocriticisme7.

C’est l’existence même de ce « moment » unique qui doit d’abord solliciter notre interrogation. Une chronologie précise en soulignera toute l’étrangeté :

1. – Août 1914 : c’est la guerre européenne et, dans les différents pays belligérants, la réalisation en quelques semaines voire en quelques jours de l’« Union sacrée », qui brise l’unité du socialisme européen et anéantit tous ses projets de résister à la guerre « impérialiste », voire d’« utiliser (…) la crise économique et politique créée par la guerre pour (…) précipiter la chute de la domination capitaliste », conformément aux résolutions de Stuttgart (1907) et de Bâle (1912). Comme d’autres réfractaires (une poignée, on le sait) à ce qui lui apparaît comme un reniement désastreux, Lénine est alors totalement isolé en Suisse. La guerre l’exclut : d’elle-même et de la politique.

2. – Que fait Lénine dans ces conditions ? À la fin 1914, il participe à quelques réunions de réfugiés hostiles au « social-patriotisme », achève la rédaction d’un article encyclopédique sur Marx et, avant toute autre chose, se met à lire les métaphysiciens. C’est aussi le moment où, pour la première fois, il propose d’abandonner pour le parti révolutionnaire le nom de « socialiste » et de revenir à celui de « communiste ».

3. – En 1915-1916, nous le voyons au contraire débordant d’activité aussi bien politique que théorique. Ce sont les conférences de Zimmerwald (sept. 1915) et de Kienthal (avril 1916), préparées par la série des textes sur la « faillite de la IIe internationale » et la formulation du mot d’ordre de « transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire », qui n’implique pas seulement une polémique contre les « social-chauvins », mais aussi contre le courant pacifiste. C’est la rédaction de L’impérialisme stade suprême du capitalisme (publié seulement en avril 1917)8. Et c’est le débat sur le « droit des nations à disposer d’elles-mêmes ».

4. – À la fin de 1916 et au début de 1917, une nouvelle série de textes (avant tout l’extraordinaire étude « Une caricature du marxisme et à propos de l’ ‘’économisme impérialiste’’ », publié en 1924 après sa mort, et « le programme militaire de la révolution prolétarienne » (Œuvres, tome 23)) infléchit l’analyse de l’impérialisme : dirigés cette fois contre le radicalisme « de gauche » qui voit dans la guerre mondiale l’annonce d’un effacement définitif du problème national au profit de l’antagonisme de classes. Critiquant cette idée, et montrant la nécessité de distinguer, du point de vue des causes et des effets, entre le nationalisme démocratique des peuples opprimés (en Europe et hors d’Europe) et celui des puissances qui s’affrontent pour le « partage du monde », Lénine débouche sur l’idée que toute révolution est « impure », combinant à la fois des mouvements de classe et des revendications politiques nationales. Cette analyse fait corps avec la dénonciation du « pacifisme bourgeois » à la Wilson : la « paix impérialiste » qui se profile à l’horizon des négociations secrètes et qui s’imposera par-delà la défaite des Empires centraux est dénoncée par avance comme une « continuation de la guerre impérialiste par d’autres moyens9 ».

Cette chronologie nous permet de repérer un tournant fondamental dans la pensée politique de Lénine, mais qui se produit à retardement : l’évolutionnisme économique – fondé sur l’extrapolation de « tendances » historiques – qui avait dominé la pensée socialiste de la IIe Internationale (et qui ne tarderait pas à faire retour dans celle de la IIIe Internationale), soit sous forme progressive, soit sous forme catastrophique (transformation graduelle ou écroulement du capitalisme) inspire encore, pour l’essentiel, les textes de 1915-1916 (y compris le stade suprême), bien qu’il soit de moins en moins cohérent avec la « tactique » définie par Lénine. Avec les analyses de la fin 1916 et du début 1917, précédant immédiatement le moment révolutionnaire, cet évolutionnisme est profondément rectifié. Non seulement tout développement historique est pensé comme « inégal », mais la complexité du champ politique apparaît définitivement irréductible à une logique des « tendances ». C’est ce qu’avec Althusser nous pouvons appeler la découverte – dans le champ théorique et stratégique – de la surdétermination intrinsèque des antagonismes de classes.

La comparaison avec la pensée de Rosa Luxemburg est ici particulièrement significative. En 1914, placés de façon semblable devant la « faillite » du socialisme institutionnel, Lénine et R. Luxemburg ont partagé le sentiment que la guerre constituait une « épreuve de vérité », dissipant les apparences d’évolution pacifique du capitalisme et les illusions du parlementarisme, plaçant ainsi le socialisme au pied du mur et réalisant une « autocritique » en acte de sa tendance au réformisme. R. Luxemburg s’était alors écriée : nous voici revenus à la situation décrite naguère par Marx dans le Manifeste communiste, celle d’une crise finale, n’ayant d’autre issue que la révolution, par la simplification radicale des données de la lutte des classes10. De cette vision apocalyptique, au sens propre, Lénine cependant va se séparer de plus en plus nettement, pour inscrire la perspective révolutionnaire dans l’élément de la durée et de la complexité des conjonctures. Sans doute l’a priori d’une philosophie de l’histoire (tel que l’exprime en particulier l’horizon constamment maintenu d’une révolution communiste mondiale) ne disparaît jamais. Mais, au prix d’une tension extrême, il coexiste et tente de s’articuler avec un « empirisme » stratégique, une « analyse des situations concrètes » qui suppose d’incorporer au concept même de la révolution, avec la multiplicité des forces sociales impliquées dans le processus révolutionnaire, la pluralité des formes de lutte politique prolétarienne (« pacifique » et « violente ») et le passage d’une forme dans une autre (d’où la durée propre, les contradictions successives de la transition révolutionnaire).

Il est impossible de ne pas mettre cette évolution intellectuelle en rapport immédiat avec le « moment philosophique » de 1914-1915, car les thèmes dialectiques qui émergent ainsi sont exactement ceux dont nous découvrons l’insistance dans les Cahiers, par un étonnant court-circuit. Sans doute il ne s’agit pas de « déduire » ou de « refléter » l’un de ces aspects à partir de l’autre. Mais d’abord tout simplement de décrire la conjonction d’efforts par lesquels Lénine, simultanément, a tenté d’entrer dans la matière de la philosophie et dans celle de la guerre, au bénéfice d’une nouvelle politique.

Il est impossible aussi de ne pas souligner la coïncidence entre cette évolution et le changement de style qui, de fait, caractérise le Lénine d’après-guerre par rapport à celui d’avant-guerre. S’il n’est pas un « dogmatique », le Lénine d’avant 1914 n’en est pas moins l’homme d’une doctrine et d’une position philosophiques stables, même après les « leçons » de 1905 (qui apparaissent surtout comme la confirmation de la position radicale prise dans les débats internes de la social-démocratie). Il y a fondamentalement continuité, à cet égard, entre le « Développement du capitalisme en Russie » et les « Thèses sur la question nationale » de 1913 ou même les analyses de la « Faillite », pour désigner le prolétariat comme la force homogène, potentiellement hégémonique, qui doit assurer à la fois les tâches de la « révolution bourgeoise » dans la Russie arriérée et celles de la Révolution socialiste11. Après 1915, et plus encore au cours des trois révolutions successives (celles de février et d’octobre 1917, plus tard celle de la N.E.P.) dans lesquelles il est impliqué – pour ne pas dire ballotté – nous voyons au contraire que Lénine n’a cessé de changer, non seulement de « tactique », mais de définitions et d’analyses concernant le rôle du prolétariat et du parti – et concernant leur composition même – et par conséquent, en dernière analyse, concernant l’identité du « sujet révolutionnaire ». Celle-ci n’a plus cessé de faire problème, apparaissant comme le résultat d’une construction politique complexe, au lieu de constituer un présupposé socio-économique acquis (y compris sous la forme de la « prise de conscience », de la « traduction » de la classe en soi en classe pour soi). En fait on peut considérer, me semble-t-il, que cette interrogation permanente, qui débouchera finalement (de façon dramatique) sur la question d’une « disparition du prolétariat » au sens classique12, commence à travailler la pensée de Lénine au cours de la guerre, sous l’effet des questions qu’elle pose, mais aussi sous l’effet de la remise en question philosophique qu’elle suscite immédiatement. En termes philosophiques, on dira que c’est le rapport d’applicationentre « théorie » et « pratique » qui se trouve récusé, au profit d’un rapport de constitution réciproque non prédéterminé.

Un bref rappel du contenu des « Cahiers philosophiques » est ici nécessaire, d’autant qu’il soulève une intéressante question d’historiographie (ou, comme on dit aujourd’hui plus savamment, de « réception »). Ceux qui ont pratiqué le volume officiel (Œuvres, tome 38) savent qu’on y trouve : – un résumé de la Logique de Hegel ; – des notes sur l’Histoire de la philosophie de Hegel, limitées à la philosophie grecque ; – un résumé de l’introduction à la Philosophie de l’histoire (pour le reste du livre, Lénine estime qu’il ne contient rien de très important, sauf « l’idée de l’histoire universelle », passée en fait dans la science marxiste) ; – un résumé du livre de Lassalle sur Héraclite (dont Lénine critique à longueur de page les présupposés hégéliens) ; – un bref résumé de la Métaphysique d’Aristote (« les curés ont tué dans Aristote ce qui était vivant et éternisé ce qui était mort ») ; – un résumé du livre de Feuerbach sur Leibniz ; – enfin une esquisse de 5 pages « sur la question de la dialectique ». On le voit, l’essentiel tourne autour d’une question, celle de la contradiction, et autour d’un rapport historique (ou d’un cycle), celui qui relie les formulations « logiques » de Hegel (sur l’identité des contraires, l’essence et l’apparence, la nécessité et le changement, ou l’absolu et le relatif, l’universel et le singulier) aux débats internes de la philosophie grecque (avant tout, l’opposition entre Aristote et Héraclite, la philosophie d’Épicure telle que Hegel la présente faisant également l’objet d’un intérêt particulier).

Mais cette édition comporte une lacune étonnante : elle ne retient pas les notes exactement contemporaines de Lénine sur le Vom Kriege de Clausewitz (qu’on ne trouvera pas non plus dans les autres tomes), alors que, dans les écrits de la période suivante, les références explicites ou allusives à Hegel et à Clausewitz vont presque toujours de pair. Pourquoi alors cette dissociation, pourquoi cette inégalité de traitement de la part de l’éditeur ? Peut-être à cause d’une censure idéologique : il y en a d’autres dans la constitution du « corpus » léniniste. À coup sûr par une incompréhension totale, et du sens des réflexions de Lénine sur le « fond de la dialectique », qui s’énoncent au fil de la lecture sélective des philosophes eux-mêmes « fondamentaux », et de l’usage que Lénine en fait dans la suite13.

Que cherche en effet Lénine dans la lecture de Hegel. Bien que la critique immédiatement contemporaine de l’« ultra-impérialisme » kautskyen et celle du pacifisme qui la prolonge renvoient l’une et l’autre à une réfutation du cosmopolitisme kantien (Kant est la cible numéro 1 des attaques de Lénine dans les Cahiers), le Hegel qui lui importe avant tout n’est pas celui du « Weltgeschichte ist Weltgericht ». La place que Hegel lui-même a pu assigner à la guerre dans l’histoire, en rapport avec sa philosophie de l’État, ne joue pas de rôle décisif. C’est pourquoi, en particulier, aucune rencontre même verbale ne s’effectue ici avec l’hégélianisme dont s’est réclamé l’historicisme allemand (et que les critiques français du « pangermanisme philosophique », précurseurs de la théorie du totalitarisme, ont voulu réfuter)14. Et ce n’est pas non plus – comme le montre bien R. Aron dans son livre sur Clausewitz – dans le sens d’une théorie de la « guerre totale », dont la lutte des classes serait une réalisation, que Lénine a esquissé la combinaison de formules hégéliennes et clausewitziennes15. Cette combinaison est en effet l’essentiel (Lénine la projette rétrospectivement dans l’histoire en soutenant à différentes reprises cette opinion matériellement fausse que Clausewitz aurait été un « disciple de Hegel »16). Mais elle a en fait le sens d’une double réification : de la spéculation hégélienne (ou de la raison, « Vernunft ») par le pragmatisme clausewitzien, et de celui-ci (en tant qu’application d’un entendement analytique : « Verstand ») par la dialectique hégélienne.

Ce que Lénine corrige chez Clausewitz, c’est l’idée d’une stratégie ou d’une technique militaires comme instruments d’une « politique » d’État substantiellement invariante, ou qui reste autonome dans son appréciation de la conjoncture. La guerre (ou plutôt les guerres, dont les caractéristiques changent avec les époques historiques) sont des formes dans lesquelles passe l’essence de la politique, et qui deviennent ainsi la forme même de sa réalisation, conformément à la dialectique de la « genèse immanente des différences » et de l’« objectivité de l’apparence ». En continuant la politique « par d’autres moyens », selon la formule célèbre, la guerre ne fait donc pas que l’exprimer : elle en transforme aussi le cours, les conditions, les acteurs.

Ce que, symétriquement, Lénine corrige chez Hegel, c’est l’idée d’une contradiction dialectique qui permettrait d’inscrire « l’absolu dans le relatif » indépendamment des conjonctures, et de la forme « contingente » qu’y assume la mobilisation des masses elles-mêmes : ainsi la traduction pratique de la dialectique historique n’implique pas seulement de lire Hegel à travers Marx, mais aussi à travers Clausewitz17. Ce qu’on pourrait énoncer, en coupant au plus court, de la façon suivante : non seulement il y a primat de la politique sur la guerre dans la guerre elle-même (ce qui veut dire que la lutte des classes ne cesse pas d’y produire ses effets, bien que « par d’autres moyens », « sous d’autres formes »), non seulement par conséquent la complexité de la lutte des classes excède toujours la « simplification » qu’impose le moment militaire, mais elle excède toujours aussi une représentation simplifiée, « duelle », de la lutte des classes elle-même. Penser la conjoncture (pour y intervenir), c’est récuser une double simplification du procès historique : celle qu’impose la guerre (ou plutôt celle qu’elle semble réaliser) en « écrasant » momentanément la politique de classe, et celle que lui opposent idéalement les marxistes « orthodoxes » (y compris ceux qui, telle Rosa Luxemburg, n’ont pas trahi leur camp) en se proposant simplement de substituer à nouveau la guerre de classes à la guerre nationale.

On peut observer la mise en œuvre de cette dialectique dans les textes de 1914-1915. La première « application » que fait Lénine de la formule clausewitzienne consiste à rattacher la scission du socialisme européen déterminée par la guerre (entre « chauvins », partisans de l’Union sacrée, et internationalistes) aux tendances préexistantes de la politique socialiste : c’est-à-dire à en faire une continuation du conflit entre l’aile réformiste et l’aile révolutionnaire du marxisme (indépendamment des questions de personnes)18. Cette « explication » constitue en fait une rationalisation rétrospective, comme si l’Union sacrée avait été prévisible. En ce sens elle reste évolutionniste. Elle va de pair avec l’idée que la « trahison » signale la présence dans le mouvement ouvrier d’un « corps étranger » inféodé à la bourgeoisie, et avec la théorie des « miettes » de l’exploitation impérialiste qui servent à corrompre l’aristocratie ouvrière. Elle présuppose donc implicitement qu’il existe une masse prolétarienne « pure », intrinsèquement hostile à la guerre, bien que le retournement des directions politiques et syndicales et les contraintes de la mobilisation l’aient momentanément atomisée et réduite à l’impuissance.

Avec l’élaboration systématique du mot d’ordre de « transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire », un argument sensiblement différent se fait jour. Bien loin qu’il s’agisse là d’un pis-aller19, nous y verrons plutôt l’application rigoureuse de l’idée fondamentale que la guerre n’est pas une catastrophe, mais un processus, dont il importe d’analyser les contradictions spécifiques20. La comparaison avec Marx ou Engels est instructive : Lénine ne s’est pas intéressé (comme l’avaient fait ses prédécesseurs) au détail des opérations militaires, mais au fait que les masses sont dans la guerre. De l’idée d’une « guerre totale » ou « populaire », il retient que la guerre est le fait d’une société, et ne peut être réduite à l’affrontement des États. Ce qui permet d’affirmer que la guerre comporte d’emblée un double caractère : affrontement entre puissances impérialistes, mais aussi « utilisation » par chaque belligérant des forces de l’adversaire pour mater « son » propre prolétariat. Or ces forces sont elles-mêmes constituées en dernière analyse de masses prolétariennes ou prolétarisées. La durée de la guerre est un facteur décisif, qui entraîne non seulement l’aggravation des souffrances, mais la transformation des données objectives et subjectives du conflit. Si, comme dans toute guerre, le conflit exacerbe les haines nationales, il se produit dans une période de « maturité » du capitalisme. La guerre aura donc un double résultat : impliquer les masses dans la guerre, non pas comme un simple « objet » manipulable, mais comme une puissance qui va s’avérer incontrôlable à la longue. La contrainte militaire et l’impuissance des stratégies d’anéantissement rapide susciteront par contrecoup une formidable aspiration démocratique de masse, qui rendra impossible le rétablissement pur et simple de la « discipline » sociale et bourgeoise. Mais, dans le même temps, la tendance de l’impérialisme à se transformer en « capitalisme d’État », par la centralisation et la militarisation de la production, franchira le seuil décisif. Notons que s’introduisent ainsi les deux aspects qui constitueront l’unité de contraires de la dictature du prolétariat telle que Lénine la redéfinira dans les années 1917-192321. Notons également que c’est, en dernière instance, cette analyse de la « productivité » historique de la guerre en termes de forces sociales et de conflits sociaux qui justifie la conviction de Lénine qu’il est possible de faire pratiquement la guerre à la guerre, d’avoir sur elle une prise (et, pour ce qui le concerne personnellement, d’y « entrer » comme un facteur de perturbation de sa logique purement militaire), alors même que l’idéologie pacifiste (ou la version pacifiste de l’internationalisme) a fait la preuve de son impuissance.

Si l’on revient alors à l’angoissante question : comment la guerre pourrait-elle « produire » le socialisme, puisque le socialisme a été incapable d’empêcher la guerre ? On voit qu’elle comporte une réponse ouverte. Socialisation des économies et révolte latente des masses du front ou de l’arrière ne déterminent qu’une situation révolutionnaire, qui peut évoluer ou non dans le sens d’une rupture. C’est ici que devient capital le fait que la guerre a une histoire. Pour savoir quel type de « conscience de classe » la guerre peut susciter à partir de son contraire, il faut une analyse différentielle des divisions internes du prolétariat et de la façon dont elles évoluent. Il faut aussi prendre en compte les effets ambivalents du « sentiment national » en Europe. La position de principe (démocratique) en faveur du « droit des nations à disposer d’elles-mêmes » (dont l’appel à démanteler, au moins provisoirement, les empires multi-nationaux qui reposent sur les privilèges de caste d’une nation dominante) apparaît comme un moment politiquement incontournable de la transformation de la situation révolutionnaire en guerre civile anticapitaliste22.

Pour déterminer s’il y a ici chez Lénine autre chose qu’une dénégation du nationalisme comme phénomène de masse, on ne peut donc se contenter de relever sa critique brutalement réductrice du « patriotisme » (présenté comme le masque idéologique des intérêts impérialistes) et son refus d’entrer dans la casuistique des « agresseurs » et des « agressés » ; il faut suivre de près la transformation progressive du concept d’impérialisme lui-même. En particulier dans la discussion avec les tenants des thèses pacifistes et des projets de désarmement surgis au cours même de la guerre. À l’évidence, l’objection majeure de Lénine contre ces projets repose sur leur « partialité » européo-centriste. Laquelle se manifeste en pleine lumière dans les mots d’ordre wilsoniens. Les États-Unis d’Europe, montre Lénine, sont dans le moment actuel « ou bien impossibles ou bien réactionnaires », c’est-à-dire qu’ils représentent l’idée d’une transformation de la guerre impérialiste en « paix impérialiste »23, ou d’un nouveau partage du monde : continuation du processus engagé, sous l’apparence (qu’il dit « métaphysique ») d’une antithèse absolue entre paix et guerre. En fait la guerre européenne n’est pas purement « européenne », mais déterminée par une structure totale, ou mondiale, qui différencie irréversiblement les nationalismes. En Europe même on peut, de ce point de vue, identifier des situations de type colonial (témoin la révolution irlandaise de 1916).

Il est vrai toutefois que c’est seulement une fois rentré en Russie (après la révolution de Février) que Lénine a tenté réellement une « analyse de classe » du nationalisme de masse – en particulier du nationalisme paysan en Russie – c’est-à-dire du rapport de dépendance qui s’institue entre les masses et l’État national dans une situation de détresse. Encore ne l’a-t-il pas fait d’un point de vue « psychologique » – sans doute faute de concepts permettant de briser le face-à-face symétrique des idéologies de la « race » ou du « caractère national », et de celles de la « conscience de classe » – mais uniquement, de façon aporétique, en termes de composition sociale du bloc paysan ou petit-bourgeois. C’est pourquoi la question n’a finalement reçu aucune solution théorique, mais seulement des solutions tactiques successives (à commencer par celle que Lénine applique en 1917, face aux tenants du « jusqu’auboutisme révolutionnaire » et à ceux du « coup d’État » prolétarien24).

En conclusion, il apparaît que la guerre a profondément transformé la notion même de situation révolutionnaire. Elle n’est plus un postulat, lié à l’idée d’une « maturité » du capitalisme (et dont la guerre serait le symptôme), mais le résultat d’une analyse des effets de la guerre elle-même sur une structure mondiale différenciée, dans laquelle les pays « avancés » et « arriérés » coexistent et s’interpénètrent (ce qui est singulièrement le cas en Russie). C’est pourquoi, dans le même temps, Lénine a constamment maintenu la thèse d’une révolution mondiale, tenté de concevoir l’utilisation d’une « paix séparée » unilatéralement décrétée par le pays dans lequel les contradictions avaient atteint le point de rupture, comme un moyen d’agir sur l’ensemble des rapports de forces ; et cependant il n’a jamais admis, pour autant, l’idée du « socialisme dans un seul pays ». Qui plus est, il a cessé d’identifier la révolution, dans ces conditions, avec « l’instauration du socialisme ». La révolution en tant qu’elle résultait du fait de la guerre, était en un sens moins que le socialisme (expression de la révolte démocratique de masse, mouvement national, voire prolongement du capitalisme d’État), en un autre sens plus: immédiatement liée au projet communiste (même sous la forme d’un « communisme de guerre »). Bref : rupture historiquement surdéterminée, et point de départ d’une nouvelle dialectique, ce qui concorde avec la leçon tirée d’une lecture « pratique » de Hegel et Clausewitz.

Il faut cependant admettre que cette mutation intellectuelle n’est qu’une tendance, qui ne va pas sans mouvements contraires. Il n’est, pour s’en convaincre, que de relire dans cette perspective L’État et la Révolution25 par exemple : tentative pour réinscrire la singularité de la révolution russe dans une logique de l’universel, dont on peut considérer cependant comme symptomatique qu’elle demeure inachevée, non seulement à cause des circonstances et de leur urgence (« mieux vaut faire les révolutions que les théoriser »), mais peut-être aussi par suite de l’impossibilité interne du projet. Lénine « philosophe » avance, dès 1914, sur Lénine révolutionnaire, mais Lénine « théoricien » de la révolution ne cesse pas pour autant de retarder sur sa propre pratique.

Article initialement publié dans Les Philosophes et la Guerre de 14 (dir. Philippe Soulez), Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1988, p. 105-120. Reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

1.      Cf., en dernier lieu, la contribution de Moshe LEWIN (« Léninisme et bolchévisme à l’épreuve de l’histoire et du pouvoir ») au volume collectif Les aventures du marxisme, sous la direction de René Galissot, éd. Syros, Paris 1984. L’étude de Georges Haupt, « Guerre et révolution chez Lénine », à laquelle j’emprunterai des éléments essentiels, note d’emblée qu’un « clivage s’établit dans la pensée de Lénine avant et après 1914 » (aujourd’hui rééditée in G. HAUPT, L’historien et le mouvement social, Maspero, Paris 1980, p. 237-266). []

2.      Je citerai les Œuvres de Lénine d’après la traduction française courante : Éditions Sociales, Paris – Éditions en langues étrangères, Moscou, 1958 à 1976, 45 tomes plus deux volumes d’index. []

3.      Œuvres, tome 1. []

4.      Œuvres, tome 14. []

5.      Je ne considère pas comme tels les articles écrits par Lénine après la révolution pour susciter l’étude de la dialectique et du matérialisme, en prenant position dans les débats liés au Proletkult, aux ultimes soubresauts du conflit menchéviks-bolcheviks, aux premiers épisodes de la discussion sur la science et la technique, qui ont joué un rôle dans la formation de la philosophie soviétique. Cf. le livre anthologie de René ZAPATA, Luttes philosophiques en U.R.S.S., 1922-1931, P.U.F., 1983. []

6.      Cf. la préface de l’Institut du Marxisme-Léninisme près le Comité Central du P.C.U.S. pour le tome des Œuvres (contenant les « Cahiers philosophiques » de 1914-1915), p. 12 : « Autant qu’on peut en juger, les matériaux de travail des Carnets de philosophie attestent que Lénine avait l’intention d’écrire un ouvrage spécial sur la dialectique matérialiste, mais il n’a pu réaliser son dessein (…) L’étude de ce grand ouvrage (sic) est d’une haute importance pour bien assimiler la philosophie marxiste-léniniste, base théorique du communisme scientifique ». []

7.      Cf. l’importante Introduction (datée de 1935) de H. LEFEBVRE et N. GUTERMAN à leur édition des Cahiers sur la dialectique de Hegel, rééd. Gallimard 1967 (coll. « Idées »), dont les thèmes sont repris dans H. LEFEBVRE, Pour connaître la pensée de Lénine, Bordas, Paris 1957. Il semble que H. L. ignore l’existence des notes sur Clausewitz. []

8.      Œuvres, tome 22. []

9.      « À propos du mot d’ordre de désarmement » ; « Pacifisme bourgeois et pacifisme socialiste » ; « Un tournant dans la politique mondiale », Œuvres, tome 23. []

10.    Cf. la « brochure de Junius » : Rosa LUXEMBURG, Die Krise der Sozialdemokratie, 1916, in Gesammelte Werke, Dietz Verlag Berlin 1974, Band 4, p. 49 sv. (tr. fr. R.L., La crise de la social-démocratie, Editions La Taupe, Bruxelles 1970). Comparer avec Lénine, « La situation et les tâches de l’Internationale socialiste », Œuvres, tome 21, p. 29 sv. La critique de Lénine à Rosa Luxemburg, « À propos de la brochure de Junius », figure dans Œuvres, tome 22. []

11.    Le Développement du capitalisme en Russie, 1899, Œuvres, tome 3 ; Thèses sur la question nationale, 1913, Œuvres, tome 19 ; La faillite de la IIe Internationale, 1915, Œuvres, tome 21. []

12.    Cf. mon commentaire dans E. BALIBAR, Sur la dictature du prolétariat, Maspero, Paris 1976, p. 131 sv., et surtout celui de Robert LINHART, Lénine, les paysans, Taylor, Ed. du Seuil, Paris 1976. []

13.    Les notes de Lénine sur Clausewitz ont été publiées en 1930 dans le Leninskij sbornik (Recueil Lénine), tome 12. Editions allemande par Otto BRAUN (ancien délégué du Komintern en Chine pendant la Longue Marche) : W.I. LENIN, Clausewitz’ Werk « Vom Kriege », Verlag des Mnisteriums für Nationale Verteidigung, Berlin 1957. Raymond ARON (Penser la guerre, Clausewitz, Gallimard 1976, tome 2, p. 62 sv.) cite une traduction française que je n’ai pu me procurer : dans Berthold C. FRIEDL, Les Fondements théoriques de la guerre et de la paix en U.R.S.S., Paris, Ed. Médicis, 1945). []

14.    Cf. Charles ANDLER, Le Pangermanisme philosophique, Paris 1913. []

15.    Dans son commentaire (ouvr. Vit. P. 61 sv., 213 sv., 330 sv.) Raymond Aron note le lien étroit des annotations de Lénine sur Clausewitz avec une réflexion sur la dialectique, mais il en restreint lui-même la portée en considérant que la « fusion » opérée par Lénine de thèmes marxistes et clausewitziens revient à faire de la guerre l’instrument de la révolution, auquel s’applique une « souplesse » d’utilisation tactique. La lecture que je propose est différente. Ceci dit R. Aron soulève à juste titre la question des limites de l’analyse léniniste du nationalisme. Et il réfute en toute clarté les assimilations de l’interprétation de Clausewitz par Lénine et par les précurseurs du national-socialisme, en particulier Ludendorff, sottise toujours développée sous de plus ou moins savants atours (Cf. Ch. ROIG, La grammaire politique de Lénine, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1980). []

16.    « Appliquée aux guerres, la thèse fondamentale de la dialectique (…) c’est que « la guerre est un simple prolongement de la politique par d’autres moyens » (plus précisément, par la violence). Telle est la formule de Clausewitz, l’un des plus grands historiens militaires, dont les idées furent fécondées par Hegel. Et tel a toujours été le point de vue de Marx et d’Engels, qui considéraient toute guerre comme le prolongement de la politique des puissances – et des diverses classes à l’intérieur de ces dernières – qui s’y trouvaient intéressées à un moment donné » (LENINE, La Faillite de la IIe InternationaleŒuvres, tome 21, p. 222-223). On trouvera d’autres références explicites à Clausewitz dans Œuvres, tome 21, p. 314 ; tome 24, p. 408-409, p. 412 (La guerre et la révolution, mai 1917). []

17.    Cf. Bertolt BRECHT, Mè Ti, Livre des retournements (tr. fr. Paris 1978) p. 53 : « En s’appuyant sur la grande méthode qu’ont enseignée les maîtres Hü Yeh et Ka Meh, on parle trop du caractère périssable de toutes choses », disait Mè Ti en soupirant. « Beaucoup considèrent ce langage comme déjà très subversif. Ce caractère périssable des choses est dans leur bouche une menace à l’adresse des gouvernants. Mais c’est mal appliquer la grande méthode. Elle exige que l’on parle de la manière dont certaines choses peuvent être amenées à périr. » []

18.    Cf. La Faillite de la IIe Internationale, cit., p. 243 sv. ; L’opportunisme et la faillite de la IIe InternationaleŒuvres, tome 22, p. 115 sv. []

19.    C’est, entre autres, l’interprétation de Marc Ferro : « Lénine, ne pouvant s’opposer au courant (= patriotique) propose (sic) la transformation de la guerre européenne en guerre civile » (article Première Guerre Mondiale, Encyclopaedia Universalis). On préférera l’analyse minutieuse par Georges Haupt (art. cité p. 251 sv.) de la genèse de ce mot d’ordre fondé sur la double analyse de la conjoncture et des transformations structurelles de l’impérialisme dans la guerre. []

20.    Je résume ici le sens des analyses contenues dans le tome 23 des Œuvres, notamment p. 20 sv ; p. 84 sv. ; p. 150 sv. ; p. 193 sv. ; p. 226 sv. ; p. 288 sv. On ne peut que remarquer à quel point, dans l’utilisation « dialectique » qu’il fait du Vom Kriege (ou plutôt de sa fameuse « formule ») Lénine est ici plus réellement clausewitzien que les stratèges (Foch, Schlieffen) qui s’en réclament (cf. R Aron, ouvr. Cit., p. 28 sv.). []

21.    Cf. mon livre cité, Sur la dictature du prolétariat, et pour une mise au point récente mon article « Dictature du prolétariat » dans le Dictionnaire critique du marxisme, dir. G. Labica et G. Bensussan, P.U.F., 2e édition, 1985. []

22.    Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes (1916), Œuvres, tome 22, p. 344 sv. []

23.    Cf. Oeuvres, tome 21, p. 351 sv. (À propos du mot d’ordre des États-Unis d’Europe) ; tome 23, p. 212 (Pacifisme bourgeois et pacifisme socialiste). []

24    Cette double critique est au cœur des « thèses d’avril » (cf. Œuvres, tome 24, p. 9 sv., et p. 47 sv. : Les tâches du prolétariat dans notre révolution ; ainsi que p. 156 sv. : projet de résolution sur la guerre.). []

25.    Œuvres, tome 25. []

Étienne Balibar

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Posté par Michel Peyret 

Publié par  El Diablo

« La SÉCURITÉ SOCIALE vous appartient » [par Michel Cialdella, ex-administrateur de la Sécurité Sociale]

« La SÉCURITÉ SOCIALE vous appartient »[par Michel Cialdella, ex-administrateur de la Sécurité Sociale]

« La Sécurité sociale vous appartient ».

A chaque occasion, il faut rappeler que L’Histoire ne sert pas à célébrer le passé, mais à écrire l’avenir.

La sécurité sociale est née de la volonté du Conseil National de la Résistance dont le programme doit beaucoup au Parti communiste français et à la CGT. Sait-on assez que le principal rédacteur de ce programme est le communiste Pierre Villon, résistant de la première heure ? Programme qu’il a élaboré en liaison avec Jacques Duclos et Benoît Frachon.

Ce programme a été adopté à l’unanimité le 15 mars 1944. Ce qui pourrait laisser penser qu’il y a eu un consensus, mais c’est oublier un peu vite, que certains espéraient que ce programme ne se réaliserait pas.

Qui peut croire que la droite et le patronat étaient pour :

- l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie.
- le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, ..., des compagnies d’assurances et des grandes banques.
- la participation des travailleurs à la direction de l’économie.
- un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs ....
 (1)

Ce programme prévoyait : « Un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ». Il restait à construire l’organisme qui comprend 4 branches : Maladie, Accidents du travail et Maladies professionnelles, Vieillesse et Famille. Le 8 août 1946 à l’Assemblée nationale constituante, Ambroise Croizat rappelle que l’ordonnance du 4 octobre 1945 a été le produit d’une année de travail de la commission sociale qu’il présidait. Le projet d’ordonnance organisant la sécurité sociale est issu d’un rapport présenté par Georges Buisson de la CGT, le 31 juillet 1945. Il est adopté par l’assemblée consultative provisoire par 194 voix pour, et une voix contre, celle de Joseph Denais (droite), mais il y a 84 abstentions pour la plupart des députés MRP, la CFTC et quelques radicaux. Ce qui invalide la thèse de l’unanimité.

De Gaulle, à qui certains attribuent un peu vite la Sécu, ne signera pas les ordonnances. Il est à Moscou ce jour-là.

Le 21 octobre 1945, à élection de l’assemblée constituante (2), la gauche est majoritaire avec 60% des voix. Le PCF obtient 26,2 % et 159 députés, devenant ainsi le premier parti de France. Le 10 novembre 1946 pour l’élection de la première Assemblée nationale de la IVe République il obtiendra 28,6 % des suffrages et 183 députés. (2) De 1945 à 1947, la CGT voit le nombre de ses adhérents passer de 4 à 6 millions (3).

Au-delà des chiffres, cette dynamique crée un rapport de force favorable aux travailleurs. Il est utile de le rappeler au moment où d’aucuns tentent de nous faire oublier, l’utilité des luttes sociales et criminalisent l’action syndicale.

C’est dans ce contexte que le 22 novembre 1945, soit 32 jours après la publication des ordonnances, Ambroise Croizat devient ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Il est chargé de mettre en place ce grand organisme (4). Pour cela, il organisera des centaines de réunions avec les gens concernés (5).

La droite ne renonce pas.

Le 22 décembre 1945, 79 jours après la publication des ordonnances, le MRP présente une proposition de loi (6), qui a pour objet de modifier l’ordonnance du 4 octobre 1945. On devine dans quel sens. Le 20 janvier 1946, De Gaulle démissionne du gouvernement (68 jours après son élection comme chef du gouvernement) ce qui le met dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit pour la Sécurité sociale. Pire, dès mars 1948, dans son discours de Compiègne, de Gaulle met l’accent, sur la nécessité de réduire les dépenses sociales, « de manière durable et effective ; cela comporte, en effet, la suppression de services entiers, la mise en ordre radical des entreprises nationalisées, la réforme profonde du fonctionnement des assurances sociales… » (7) . Voilà, pour l’apport de Gaulle à la Sécu, qu’il appellera toujours « les assurances sociales ».

Le patronat ne renonce pas non plus.

La Confédération Générale du Patronat Français, qui avait collaboré avec le régime de Pétain et l’Allemagne nazie, change de nom. L’organisation patronale devient C.N.P.F le 21 décembre 1945, et tente de se refaire une virginité en allant chercher pour la présidence un certain Georges Villiers, dirigeant de PME, estampillé résistant, bien que maire de Lyon de 1941 à 1943, sur proposition de François Darlan, chef du gouvernement de Vichy. Dès 1948, le CNPF soutient que « la Sécurité sociale met en danger l’économie du pays ».

Le 10 novembre 1948, la chambre de commerce de Paris prétend que : « La Sécurité sociale est devenue pour l’économie, une charge considérable. » Dans la foulée, elle fustige les salariés qui selon elle « ont profité de traitements dont ils n’avaient peut-être pas un besoin certain, la moindre maladie a été le prétexte de repos. L’absentéisme s’est développé ». 70 ans plus tard, ils ont du mal à se renouveler.

En 1949, Paul Reynaud, président du conseil, dénonce : « la charge excessive des cotisations sociales qui rend notre situation économique intenable ». Incompétence ou mauvaise foi ? Sans doute les deux car nous avons eu ont ensuite, ce qu’ils ont eux-mêmes appelé les « Trente glorieuses ».

Non content de voler l’histoire ouvrière, la classe dominante cherche à masquer l’enjeu de classe.

En 2013, dans un livre publié à la documentation française, Benjamin Ferras inspecteur des affaires sociales prétend que les entreprises ont accepté de contribuer au système d’assurances sociales. (8). Pour la sociologue Colette Bec, « le programme du CNR est emblématique d’un consensus, et au-delà, le signe d’une unanimité nationale. ». (9). Celle là il fallait l’oser !

Les gouvernements ainsi que les grands médias font de Pierre Laroque le père de la Sécurité sociale. Ce qui est extraordinaire, car c’est la seule réforme qui porte le nom d’un directeur de cabinet alors que toutes les réformes même les plus rétrogrades portent le nom du ministre, par exemple : La loi Veil (bien que votée grâce à la gauche, elle porte le nom de la ministre), Balladur, Juppé, Fillon, Douste-Blazy.

Je ne conteste pas le rôle important de Pierre Laroque qui a mis en forme juridique les longs travaux de la commission sociale, mais, ainsi que l’indique le chercheur américain Henry C. Galant : « les défenseurs les plus actifs du nouveau plan de sécurité sociale et de son application étaient les communistes et la CGT... » (6).

La mise en valeur de Pierre Laroque sert à masquer les luttes sociales. Pour que la Sécurité sociale fonctionne à partir du 1er juillet 1946, le gouvernement reçu « l’appui efficace des dirigeants communistes comme d’ailleurs des éléments non communistes de la CGT.... » « ... c’est grâce aux efforts de la CGT que les caisses furent prêtes à fonctionner à la date prévue ». Relève encore Henry C. Galant. Et cela dans une France dévasté par 4 années de guerre.

Tout au long de ces 70 années, les attaques contre la Sécurité sociale n’ont pas cessé. Au prétexte d’un déficit que gouvernement et patronat ont eux-mêmes organisé, en gelant les taux de cotisations : en 1979 pour la retraite et en 1984 pour la maladie. Nous avons, non pas un déficit, terme impropre, mais un besoin de financement.

La Sécu n’est pas un commerce, mais un formidable moyen de permettre l’accès de tous aux soins de qualité, à la retraite, et aux allocations familiales qui ne sont pas une aide aux pauvres, mais un salaire socialisé qui reconnait le travail de la famille auprès des enfants. En 1945, Croizat fait passer la cotisation de 16 à 32 %. Il triple les allocations, les indexe sur les salaires. Elles représentent alors la moitié du salaire des familles populaires. Il augmente les retraites de 130%. Et personne n’en est mort ! Les agitateurs du trou abyssal comptent pour peu de choses les millions de personnes qui ont pu, grâce à la Sécurité sociale, être soignées, avoir la vie sauve, et puissent finir leur vie dans la dignité. Même si je suis conscient qu’il reste beaucoup à faire dans le domaine des retraites.

La gestion.

Pendant les 15 premières années, les travailleurs, et notamment les ouvriers avec la CGT majoritaire, qui disposaient des 3/4 des sièges, ont géré complètement les caisses de Sécurité sociale. Montrant ainsi la capacité de la classe ouvrière à gérer un budget supérieur à celui de l’Etat. Ce qui est insupportable aux classes dirigeantes. En conséquence, le 12 mai 1960, le gouvernement De Gaulle organise par décret, la mainmise de l’État, renforçant les pouvoirs du directeur au détriment des conseils d’administration élus. (Décret du 12 mai 1960) (11).

À chaque réforme c’est un peu moins de pouvoir pour les conseils d’administration. En 1967 la réforme De Gaulle / Jeanneney vise entre autres à marginaliser la CGT et à donner le pouvoir réel au patronat. Il suffit à celui-ci de trouver un syndicaliste jaune, pour avoir la majorité. Cette réforme met fin (momentanément je l’espère) aux élections des conseils d’administration. Le paritarisme à la sauce capital est instauré. Avec une brève interruption en 1983.

En 2004, c’est la loi dite Douste-Blazy qui supprime carrément les conseils d’administration pour y substituer des conseils d’orientation sans pouvoir. Cette loi qui donne les quasi pleins pouvoirs au directeur Général de la CNAMTS, fait entrer les complémentaires (assurances privées et mutuelles) dans une union nationale des caisses complémentaires d’assurance-maladie. (UNOCAM), où elles disposent du pouvoir de peser sur les remboursements. Cette loi d’essence libérale, ouvre la voie à la privatisation.

Aujourd’hui, Fillon, mais pas seulement voudrait, je cite : « focaliser l’assurance publique universelle sur des affections graves ou de longue durée, et l’assurance privée sur le reste ». Ce qui porterait un coup fatal à notre Sécu.

La propriété.

Pierre Laroque, s’il n’est pas le père de la Sécurité sociale, avait bien compris l’objectif des bâtisseurs et rappelait en 1946 : « Nous voulons que demain, les travailleurs considèrent que les institutions de Sécurité sociale sont des institutions à eux, gérées par eux, et où ils sont chez eux ».

La Sécurité sociale française est un organisme de droit privé exerçant une mission de service public. Elle n’a ni actionnaires ni PDG. Elle est une propriété sociale. Ambroise Croizat rappelait en 1946 que : « La sécurité sociale, pour assurer son efficacité, ..., doit être confiée aux Français et aux Françaises... ».

La Sécurité sociale est également la démonstration que nous pouvons nous passer des patrons et du crédit. Les gouvernements qui doivent exercer une garantie et un contrôle a posteriori n’ont aucune légitimité pour la détruire.

Nous avons le devoir de transmettre aux futures générations, une Sécurité sociale encore plus performante que celle que nos anciens nous ont léguée. Loin d’être dépassée, avec la cotisation sociale, salaire socialisé, indirect, elle est d’une grande modernité comme l’est le programme du Conseil National de la Résistance. Cela devrait nous inciter à continuer l’œuvre de ses fondateurs, en faisant plus et mieux dans une France immensément plus riche. Songez que de 1949 à 2014 le PIB en valeur 2010, a été multiplié par 7,54, selon l’INSEE.

Parlant des libéraux de son temps, Robespierre disait : « ils ont plus disserté sur le commerce des grains que la subsistance du peuple…ils ont compté pour beaucoup les profits des négociants ou des propriétaires, la vie des hommes à peu près pour rien ».

N’oublions jamais : Ni pacte républicain, ni État-providence, la Sécurité sociale est une conquête. Seule la lutte consciente des salariés permettra de la conserver et de l’améliorer. Dans cette lutte, le Parti Communiste Français doit jouer un rôle de premier plan.

Le 5 février 2017

Michel Cialdella

NOTES :

(1) Ambroise Croizat ou l’invention sociale. Michel Etiévent. Editions GAP - 2012

(2) L’archipel communiste - Une histoire électorale du PCF - Roger Martelli - Editions sociales - 2008. (3) La CGT de la Libération à la scission de 1944 à 1947 - Annie Lacroix-Riz - Editions sociales - 1983.

(4) Un siècle de réformes sociales. Une histoire du ministère du Travail. 1906-2006. La documentation française. Octobre 2006.

(5) Pierre Villon, résistant de la première heure. Pierre Villon, membre fondateur du conseil national de la résistance s’entretient avec Claude Willard. Éditions sociales. 1983.

(6) Histoires politiques de la sécurité sociale française. 1945-1952. Henry C. Galant. Comité d’histoire de la sécurité sociale. Édition 2005.

(7) Traité de Sécurité Sociale : le droit de la Sécurité sociale. Yves Saint-Jours ; L.G.D.J. 1984

(8) La protection sociale en France. Sixième édition. Sous la direction de Marc de Montalembert. La documentation française. 2013.

(9) La sécurités sociales. Une institution de la démocratie. Par Colette Bec (sociologue). 2014.

(10) Le Droit Ouvrier d’octobre 1995

(11) Décret n° 60-452 du 12 mai 1960 relatif à l’organisation et au fonctionnement de la Sécurité sociale.

Ce texte est celui du discours de Michel Cialdella, ex-administrateur de la Sécurité Sociale prononcé lors d’un meeting du PCF le dimanche 5 février 2017 à Saint-Martin d’Hères (Isère)

SOURCE :

Intervention de Michel Cialdella, ex-administrateur de la Sécurité Sociale à notre meeting du dimanche 5 février 2017

 

http://www.pcf-smh.fr/Intervention-de-Michel-Cialdella.html