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Le blog de descartes

 

Publié le  par Descartes

Décomposition et recomposition

 

On en parlait depuis de longues années, elle a fini par arriver. Je parle bien entendu de la fameuse « recomposition politique » que tout le monde – du moins si on croit les commentateurs, ce qui n’est pas forcément une bonne idée – attendait avec impatience. Et qui dont le mérite revient selon les mêmes commentateurs – mais pouvait-il en aller autrement dans le climat de macronmanie ambiant – à notre jeune et nouveau président de la République.
 
En fait, si notre système politique s’est effondré sur lui-même, cela doit fort peu à Macron. L’édifice était vermoulu depuis fort longtemps, mais il tenait. Il a fallu le quinquennat désastreux de François Hollande pour vraiment en saper les fondations. C’est l’occasion qui fait les grands hommes en politique. Les jeunes « recomposeurs » du passé – et il n’en a pas manqué pour s’attaquer au système – ont tous échoué parce qu’ils affrontaient un système qui restait trop solide pour eux. Macron ne serait rien sans la démolition systématique de nos institutions à laquelle a procédé François Hollande.
 
Nous assistons à la fin d’un processus qui a commencé dans les années 1970, et qui a dégradé progressivement le fonctionnement du système politique tel qu’il s’établit déjà dans les années 1930, celui où les partis politiques assument la représentation des intérêts d’une catégorie sociale. Car il faut comprendre que pendant un demi-siècle, c’est la question sociale qui structure fondamentalement le champ politique. L’affrontement fondamental, qui structure le reste, c’est celui du capital et du travail. C’est un temps ou l’on soutien Hitler de peur de voir le Front Populaire prendre le pouvoir. Cet affrontement, très violent dans les années 1930-40 se pacifie à la fin des années 1950 sur la base de ce qu’on peut appeler le « gaullo-communisme », qui aboutit à un pacte de fait qui réserve à la droite le gouvernement et à la gauche la rue, la dialectique entre ces deux pouvoirs permettant de dégager des politiques progressistes prenant en compte les intérêts des uns et des autres.
 
La révolution qui aboutit à une mondialisation du capitalisme et le surgissement d’une puissante « classe moyenne » affaiblira ce modèle. Le rapport de forces devient très défavorable au travail et permet d’exclure les couches populaires du champ politique, d’autant plus que les « classes moyennes » ont tout intérêt à former un bloc avec la bourgeoisie. Le « tournant de la rigueur » que François Mitterrand amorce en 1983 en complément de sa politique d’affaiblissement systématique du PCF constitue probablement le signe le plus visible de la nouvelle donne politique. Vers le milieu des années 1980, les couches populaires n’ont plus de représentation politique. Et cela permet aux partis dits « de gouvernement » de commencer une lente convergence tant sur la composition de leur électorat que dans leurs références, qui les mènera de plus en plus à poursuivre, en dehors de quelques différences cosmétiques, les mêmes politiques. C'est-à-dire, ceux du bloc dominant composé de la bourgeoisie et des « classes moyennes ».
 
C’est donc la structuration du combat politique qui change. Le conflit de fond entre les intérêts des différentes classes sociales a été remplacé par des conflits de carrières. Le PS et LR représentent les mêmes intérêts, les mêmes groupes sociaux. Le conflit entre le PS et LR n’est donc finalement qu’une question de savoir quelle équipe aura droit à la voiture avec chauffeur et l’appartement de fonction. Qu’un Jean-Pierre Jouyet puisse être ministre sous Sarkozy puis secrétaire général de l’Elysée sous Hollande, montre bien que la fonction politique n’est plus qu’une affaire de gestion alors que les objectifs sont partagés. L’opposition entre le PS et LR est de même nature que celle entre Carrefour et Auchan : leur objectif n’est pas de défendre une conception différente du commerce, mais de gagner la première place. Et personne ne trouvera scandaleux que le directeur du marketing d’une chaîne aille travailler chez le concurrent si le salaire est meilleur.
 
Les partis de gouvernement ont d’ailleurs trouvé dans un premier moment un magnifique « modus vivendi » pour se partager le gâteau. On l’a appelé « alternance ». En pratique, cela voulait dire que chaque parti accéderait aux voitures de fonction une fois sur deux, sans pour autant perturber la parfaite continuité des politiques : les privatisations de gauche on succédé aux privatisations de droite, les traités européens de droite ont succédé aux traités de gauche, tous allant dans la même direction. Mais le temps passant, il est devenu chaque fois plus difficile d’occulter la nature de cet arrangement. Jospin avait réussi en gardant quelques « marqueurs » de gauche comme les 35 heures, qui pouvaient encore maintenir l’illusion devant le monde du travail que « gauche et droite, ce n’est pas la même chose ». Avec Hollande, l’illusion n’est plus possible. Et la dangereuse montée du Front National, devenu l’exutoire de la colère d’une France populaire privée de représentation politique le montre.
 
Et un jour, un jeune politicien – qui, ce n’est pas une coïncidence, appartenait au camp dont le tour s’achevait – s’est dit : pourquoi continuer à alterner au le pouvoir, alors qu’en se mettant tous ensemble – et c’est possible, puisque nous sommes d’accord sur l’essentiel – nous pouvons être au pouvoir tout le temps ? Un peu comme si Auchan et Carrefour décidaient qu’au lieu de se battre pour être numéro un sur le marché, mieux valait fusionner et dominer le marché ensemble. Voilà le secret de la réussite de Macron : ce message d’union des « gens raisonnables » pour faire des « politiques raisonnables » - c'est-à-dire, celles des « classes moyennes » - qui a toujours buté sur les différences réelles entre les grands partis politiques fonctionne aujourd’hui parce que ces différences sont devenues pratiquement invisibles. Il n’y a d’ailleurs qu’à voir les arguments de la campagne législative. Du coté de chez LR, on n’a que l’augmentation de la CSG à se mettre sous la dent. Et du coté du PS, on se contente de dire qu’il ne faut pas donner tout le pouvoir à Macron. Où sont les différences de fond ? Où sont les désaccords sur les questions fondamentales ? L’avenir de la France se jouerait-il à deux points de CSG versus deux points de TVA ?
 
La victoire de Macron – et celle annoncée de son mouvement dans l’élection législative – tout comme la sympathie dont il bénéficie dans l’ensemble des médias marque ce fait essentiel : aujourd’hui, les « classes moyennes » qui sont les grands prescripteurs d’opinion ne voient plus ce qui différentie le PS de LR, ne comprennent plus pourquoi un Le Maire, un Collomb et un Bayrou ne pourraient conduire la même politique. C’est la logique de la « pensée unique » portée à son ultime conséquence : il n’y a qu’une politique « raisonnable », la preuve, elle réunit gauche et droite autour d’elle. La meilleure illustration se trouve dans la manière dont le Front National est aujourd’hui harcelé médiatiquement sur la question de l’Euro. Le message de « l’establishment » est clair : on est prêt a accepter le FN dédiabolisé dans la grande famille des partis « comme il faut » si seulement celui-ci consentait à abandonner ce petit détail de rien du tout qu’est la sortie de l’Euro et ce qui va avec.
 
Le triomphe de l’égo-politique
 
Les partis politiques dans leur majorité ont fini par fonctionner comme des enseignes de grande distribution : leur but n’est pas la défense d’une conception particulière de la cité et encore moins de porter les intérêts de leurs militants ou leurs électeurs. Leur seul but est la conquête d’un marché au bénéfice de leurs actionnaires-dirigeants. C’est vrai depuis longtemps, mais il a fallu le cynisme du quinquennat Hollande pour que la vérité apparaisse nue. On comprend dans ces conditions qu’être soutenu par un parti politique devienne un handicap plutôt qu’un avantage. Le temps des égo-politiques comme Macron ou Mélenchon a donc sonné. Les partis politiques sont remplacés par des « mouvements » n’ayant ni statuts, ni structures démocratiques, ni procédures de débat interne et de décision collective. Ces mouvements sont au service exclusif d’un homme, l’égo-politicien, qui non seulement a tout pouvoir, mais qui ne supporte même pas la contradiction. On trouve au PS, au PCF, à LR, au FN des gens pour dire qu’ils ne sont pas d’accord avec la ligne du parti ou de tel ou tel dirigeant. Rien de tel à « En marche » ou chez les « Insoumis ». En un an de campagne personne parmi les personnalités de ces mouvements n’a jamais exprimé le moindre désaccord avec le gourou. Mélenchon a même théorisé ce fait dans un billet publié sur son site le 28 mai dernier, et dont la lecture vaut vraiment la peine (1) :
 
« J’ai déjà montré ici, sur ce blog, à de nombreuses reprises, pourquoi et comment le mouvement n’est pas et ne sera jamais un parti politique. Il est un lieu de rassemblement où chaque personne décide individuellement et au coup par coup du niveau de son engagement et de sa participation effective aux diverses tâches et campagnes qui sont proposées. »
 
Fort bien : « chacun décide individuellement » de s’engager ou non dans les « tâches et campagnes qui sont proposées ». Mais par qui sont proposées ces « tâches et campagnes » ? Qui décide des « tâches » à accomplir et des « campagnes » à mener ? Sur ce point, Mélenchon est muet. La chose est dite d’une façon encore plus explicite dans un autre paragraphe :
 
« De la même manière, les processus de « démocratie interne » sont également à l’œuvre. Mais dans le mouvement, on s’efforce de ne jamais en faire un sujet de conflictualité interne. Il n’y a donc pas de « majorité », de « minorités », pas de plateformes concurrentes, pas d’orientation générale opposée les unes aux autres. Autrement dit : le mouvement se soucie d’abord d’être inclusif et collectif davantage que formellement « démocratique », sachant à quelles violences et dérives conduisent les soi-disant pratiques « démocratiques » organisées par les règlements intérieur des partis traditionnels. Le mouvement n’a qu’une référence idéologique commune a tous ses membres : le programme ».
 
Mais là encore, ce « programme » qui sert de référence unique et commune à tous les membres, d’où vient-il ? Qui l’élabore ? Qui le sanctionne ? Tout le discours de Mélenchon cherche à noircir les procédures « formellement démocratiques », accusées de manière sibylline d’on ne sait quelles dérives. Mais quelle est l’alternative ? Comment, dans un mouvement ou aucune « conflictualité interne » n’est tolérée, on pourrait confronter les différentes opinions ? Comment construit-on un processus « démocratique » sans que différentes orientations générales « s’opposent les unes aux autres » ?
 
La réponse est simple, et Mélenchon la donne au paragraphe suivant : « De la sorte, le contenu de ce programme détermine le mode d’existence de cette organisation et son unique objet : l’action ». En d’autres termes, l’organisation ne délibère pas, n’élabore pas, ne pense pas. Elle ne fait qu’agir. Si l’on peut évacuer la concurrence entre différentes visions, le conflit entre différentes opinions, c’est parce que le « programme », référence commune de tous les membres du mouvement, vient de l’extérieur – autrement dit, de la tête du gourou tout-puissant. La « démocratie interne » dont parle Mélenchon ne concerne que l’action, pas les buts de celle-ci. Les militants peuvent choisir à quelle heure ils distribueront les tracts, mais pas leur contenu.
 
Cette pensée n’est pas seulement celle de Mélenchon, même s’il a le mérite au moins de la théoriser. Macron n’agit pas autrement. La déliquescence des partis politiques a ouvert la voie aux « hommes providentiels », les seuls qui apparaissent en mesure d’élaborer un projet.
 
Quel avenir pour les partis politiques ?
 
Disons le tout net : la victorie de Macron, si elle est confirmée aux législatives, sonnera le glas des partis politiques conçues comme des écuries électorales. Les techniques modernes qui permettent de faire campagne avec un minimum de militants, le financement public des campagnes électorales les rend inutiles.
 
Mais cela n’implique pas que les partis politiques soient chose du passé. Si les égo-politiciens comme Macron ou Mélenchon ont réussi à créer des dynamiques, ce fut le cas aussi du Front National, parti qui continue pourtant à fonctionner « à l’ancienne ». Peut-être parce que contrairement aux autres partis le FN a réussi à se faire le porte-voix d’une catégorie sociale, et qu’en cela il apparaît nettement différentié des autres. Mais aussi parce que, aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un parti en apparence aussi bonapartiste, il reste que des désaccords peuvent s’exprimer en son sein, que des débats ont lieu comme le montre l’affaire de l’Euro.
 
C’est là à mon avis que la question se joue. Un parti politique n’a de sens aujourd’hui que s’il peut porter les intérêts d’un groupe social, ce qui implique une idéologie et un projet. S’il se limite à porter des ambitions – quitte à marier la carpe et le lapin – pour faire la même politique que son voisin, il ne sert pas à grande chose. Et les partis reviendront car si l’égo-politique permet de créer une machine de guerre au service d’un candidat, le fonctionnement vertical risque d’être beaucoup plus difficile à maintenir lorsqu’il s’agira d’exercer le pouvoir, et donc de choisir parmi plusieurs options.
 
Car choisir, c’est déplaire…
 
Descartes