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Par John Laughland
John Laughland est directeur des Etudes à l'Institut de la Démocratie et de la Coopération (Paris), philosophe et historien. De nationalité britannique, il est l’auteur de plusieurs ouvrages historiques et géopolitiques traduits en sept langues.

Emmanuel Macron, produit d'une « élection colorée »

 

Emmanuel Macron, produit d'une «élection colorée»

 

L'élection du nouveau président français est la première «révolution colorée» à survenir en Occident, considère l'historien John Laughland.

 

C'était en lisant le brillant ouvrage récent de Lucien Cerise que la réflexion suivante m'est venue à l'esprit : la victoire d'Emmanuel Macron est la première «révolution colorée» déployée en Occident. Ayant eu ensuite le plaisir de faire la connaissance de Lucien Cerise, j'ai été content d'apprendre qu'il parle, lui aussi, d'une «élection colorée» dans le cas du nouveau président de la République.

 

Le terme «révolution colorée» désigne les opérations de changement de régime qui ont été effectuées dans les ex-pays communistes à partir de l'an 2000. Le résultat de toutes ces révolutions a été de ramener les pays en question dans le giron occidental. Des interventions gigantesques de la part de gouvernements occidentaux, en particulier par les Américains, mais aussi de la part d'ONG payées par eux et par les Européens, ont été pratiquées pour garantir le résultat attendu.

 

Les «révolution colorées» de référence sont le renversement du président yougoslave Slobodan Milosevic le 5 octobre 2000 ; la «révolution des roses» en Géorgie en 2003 qui a amené le jeune Mikhaïl Saakachvili au pouvoir en renversant l'ancien ministre soviétique des affaires étrangères, Edouard Chevardnadze ; et la révolution «orange» en Ukraine en 2004. Nombreuses sont les autres révolutions calquées sur celles-ci, financées par les mêmes pays, et qui ont suivi le même modèle.

 

Une «révolution colorée» est caractérisée par les éléments suivants : des mouvements dits de masse (manifestations, affiches, slogans, logos), surtout menés par des jeunes et dirigés contre le président sortant décrié comme un dictateur et un réactionnaire. Ayant personnalisé à outrance le conflit politique pour diaboliser le sortant, la révolution colorée adopte systématiquement le langage – ou plutôt la propagande – du changement et du renouveau.

Tous ces hommes étaient en réalité des tables rases sur lesquelles l'électorat pouvait projeter tous ses espoirs

Pour mener à bien cette propagande, le candidat qui est porté au pouvoir doit être jeune ou inconnu ou les deux à la fois. Ainsi, Slobodan Milosevic, qui avait été d'abord président de la Serbie et ensuite président de la Yougoslavie fédérale, a été remplacé par un professeur inconnu, Vojislav Kostunica, qui pouvait incarner tous les espoirs car il n'en avait déçu aucun, n'ayant exercé aucune fonction politique auparavant. Avec le renversement de Milosevic, la Yougoslavie a immédiatement abandonné sa politique d'opposition au camp occidental et le nouveau président Kostunica fut accueilli, quelques jours après son élection, à un sommet européen en véritable vainqueur de la pensée unique.

 

Il en fut de même en Géorgie, ou Mikheïl Saakashvili n'avait que 36 ans au moment où des manifestations et autres troubles ont renversé le président Chevardnadze. En Ukraine, le bénéficiaire de la révolution orange, Victor Iouchtchenko, qui avait 50 ans en 2004, avait été, il est vrai, Premier ministre pendant deux ans. Mais il s'était effacé devant le président Koutchma pendant son mandat et il était surtout connu pour avoir été gouverneur de la Banque centrale, c'est-à-dire un inconnu.

 

Tous ces hommes étaient en réalité des tables rases sur lesquelles l'électorat pouvait projeter tous ses espoirs. Plus jeunes ou plus neufs ils étaient, mieux il remplissaient cette fonction d'écran vide. Mais leur virginité politique n'était qu'une opération de séduction pour vendre toujours le même produit : intégration dans les structures euro-atlantiques, répétition morne et ad nauseam des mêmes slogans politiquement corrects sur la diversité, progrès et ouverture.

La réalité est que ces soi-disant acteurs, comme les centaines de candidats issus de la société civile qui ont été nommés par le parti de Macron ne sont que les idiots utiles d'un scénario parfaitement chorégraphié

Il faut insister sur la jeunesse et/ou le manque de notoriété car c'est le point clé de la popularité d'Emmanuel Macron. Le nouveau président de la République n'incarne, en définitive, que sa nouveauté – tout comme son modèle, Valéry Giscard d'Estaing, lui aussi un jeune ancien ministre des Finances, l'avait fait en 1974. Plus de 40 ans plus tard et c'est toujours le même baratin : modernité, jeunesse, développement, Europe.

 

L'attraction de Macron, dont le manifeste personnel s'intitulait d'ailleursRévolution, réside uniquement dans le fait qu'il n'est pas son prédécesseur, tout comme les exemple précités en Europe de l'Est. Macron, ce n'est pas l'art pour l'art mais le changement pour le changement.

 

Deuxième élément clé de la révolution colorée : l'accent qui est mis sur la «société civile», c'est-à-dire sur des groupes non intégrés dans les structures de l'Etat ou de la vie politique formelle. Le rôle joué par des organisations non gouvernementales financées ouvertement ou de façon occulte par le gouvernement américain (par le biais du National Endowment for Democracy), ou par les fondations dites de la «société ouverte» de Georges Soros, a été amplement documenté. L'idéologie de la société civile est essentielle car elle veut nous faire croire à un mouvement spontané de citoyens qui a pour vocation d'en finir avec les structures de l'Etat, décriées comme ringardes et rigides. C'est toute la propagande de la dissolution de l'Etat prônée par le marxo-libéralisme. Or, la réalité est que ces soi-disant acteurs, comme les centaines de candidats issus de la société civile qui ont été nommés par le parti de Macron, La République en marche, ne sont en réalité que les idiots utiles d'un scénario parfaitement chorégraphié et écrit à l'avance : plus d'Europe, plus d'occidentalisme, plus de bénéfices pour les banques et plus de dislocation des structures traditionnelles comme la famille et la nation.

 

La technique de Macron, autrement dit, c'est de ne pas faire peur aux gens

 

Troisième élément : la technicité du pouvoir et de son acquisition. Curzio Malaparte avait formulé l'expression «la technique d'un coup d'Etat» et les révolutions colorées se sont inspirées de son exemple. D'autres auteurs, tels que Edward Bernays (Propagande, 1928) ou Gustave le Bon (La Psychologie des foules, 1895), ont également essayé de découvrir le secret de la manipulation des masses. De nos jours, le grand gourou est le politologue américain, Gene Sharp qui, ayant véhiculé une théorie de la résistance non-violente, revendique aujourd'hui aussi la paternité de révolutions violentes comme le printemps arabe ou l'Euromaidan.

 

C'est ici où la comparaison avec Macron est la plus frappante. Le secret de son succès réside dans le fait que les premiers militants d'En Marche! ont en réalité collecté, dans leurs rencontres avec des gens dans la rue, une base de données permettant à un logiciel de reconnaître les phrases clés que l'électorat veut entendre. Il ne s'agit pas, dans le discours d'Emmanuel Macron, de proposer des solutions concrètes mais, au contraire, de prononcer des phrases qui rassurent. Le changement sans les risques du changement, c'est le beurre et l'argent du beurre : il n'est pas étonnant que l'électorat vote pour cela.

 

La technique de Macron, autrement dit, c'est de ne pas faire peur aux gens. C'est tout le contraire de Marine le Pen, qui indépendamment du lourd héritage de son père, fait peur aux gens car elle leur explique que tout va mal et qu'il faut renverser l'échiquier. Macron, lui, a compris que l'électorat français était anxieux et qu'un tel discours suscitait un refus instinctif sur le plan émotionnel. Il a compris ce qu'ont compris ses prédécesseurs François Hollande, Jacques Chirac et François Mitterrand (mais non, pas le frénétique Nicolas Sarkozy), à savoir que l'électorat français voulait être endormi. Endormi, dirais-je, pas pour être euthanasié, mais endormi tout de même, au moins au moment du scrutin. Voilà la clé, aussi triste que banale, de la victoire de cet homme sans qualités, qui, tel le Bel-Ami de Maupassant, est venu de nulle part à la conquête du monde. Il n'est, en définitive, qu'une outre neuve pour un vin si ancien qu'il tournera, comme cela a été le cas pour tous ces prédécesseurs en France comme en Europe de l'Est, très vite au vinaigre.