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Histoire 2017

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

17 juin 1940: l'Appel à la résistance du communiste Charles Tillon

Charles Tillon, membre du Comité central du PCF depuis 1932 et organisateur de la résistance communiste à travers les FTP, lance un appel à la résistance depuis Gradignan, le 17 juin 1940

Cet appel a été lancé depuis le territoire national et invite à la résistance sur le sol français tous ceux qui refusent le « fascisme hitlérien », dans le droit fil de la stratégie du Front populaire pour laquelle le PCF s'était battu.

Il se distingue des deux autres appels connus à ce jour.

Il se différencie de l'appel de Thorez et Duclos daté du 10 juillet 1940, qui est conforme à la ligne de la IIIème Internationale. Celui-ci réduisait la guerre en cours à un affrontement inter-impérialiste et ne permettait pas de cerner la spécificité du phénomène fasciste.

Il est également différent de celui du général de Gaulle, qui lance son appel depuis Londres et qui demande aux Français présents en Angleterre de se rassembler autour de lui, et aux autres de le rejoindre.

Il faut rappeler que cet appel a fait l'objet d'une triple négation.

D'abord, de l'Etat français, qui préfère privilégier l'appel de De Gaulle, du 18 juin 1940. Du PCF lui-même, car si cet appel était reconnu, il « annulerait » celui de Duclos et Thorez. Et enfin de tous les anticommunistes qui affirment que les communistes ne sont entrés en résistance qu'en juin 1941, lorsque le pacte germano-soviétique est rompu.

Mais derrière ce genre d'accusations, c'est le rapport même des communistes au peuple français de l'époque qui est questionné et de leur engagement contre la montée du fascisme dans les années 30 et pour l'Espagne républicaine. L'appel de Charles Tillon permet de lever toute ambiguïté. Il prouve que l'engagement des communistes s'est fait indépendamment des directives de la IIIème Internationale. Il faut souligner que cet appel a rencontré un certain écho. Les kiosquiers de Bordeaux l'insèrent clandestinement dans les journaux locaux et parvient même jusqu'aux Chantiers navals de Saint-Nazaire.

L'appel de Charles Tillon:
Les gouvernements bourgeois ont livré à Hitler et à Mussolini : l’Espagne, l’Autriche, l’Albanie et la Tchécoslovaquie... Et maintenant, ils livrent la France.
Ils ont tout trahi.
Après avoir livré les armées du Nord et de l’Est, après avoir livré Paris, ses usines, ses ouvriers, ils jugent pouvoir, avec le concours de Hitler, livrer le pays entier au fascisme.
Mais le peuple français ne veut pas de la misère de l’esclavage du fascisme.
Pas plus qu’il n’a voulu de la guerre des capitalistes.
Il est le nombre : uni, il sera la force.
Pour l’arrestation immédiate des traîtres
Pour un gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s’entendant avec l’URSS pour une paix équitable, luttant pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes.
Peuple des usines, des champs, des magasins, des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins, aviateurs encore sous les armes, UNISSEZ VOUS DANS L’ACTION!

Charles Tillon, Gradignan, 17 juin 1940.


Antoine Porcu présente le texte de cet appel et en explique le sens dansL’Humanité  du 4 mars 2006:

L’appel de Charles Tillon est un appel à la résistance sur le territoire national, tandis que celui du général de Gaulle s’adresse d’abord aux français présents en Angleterre pour leur demander de se rassembler autour de lui. Par ailleurs, l’appel de Charles Tillon est explicitement lancé au nom de la lutte contre le fascisme.


Cela le différencie également de l’appel de Thorez et Duclos du 10 juillet 1940, conforme à la ligne de la IIIe Internationale. Celle-ci réduisait la guerre en cours à un affrontement anti-impérialiste. Cela ne permettait pas de cerner la spécificité du phénomène fasciste. À l’inverse, Charles Tillon en appelle au rassemblement du peuple dans l’action contre le « fascisme hitlérien », dans le droit fil de la stratégie du Front Populaire pour laquelle Maurice Thorez s’était lui-même battu.


Depuis la Libération, la propagande anticommuniste affirme que les communistes ne sont entrés en résistance qu’en juin 1941, lorsque l’Union soviétique est attaquée par les nazis. C’est une parfaite falsification. D’ailleurs, l’importance de ce texte a été appréciée par la direction clandestine du Parti Communiste, laquelle intègre Charles Tillon, à la demande de Benoît Frachon. Mais derrière ce genre d ‘accusation, c’est le rapport même des communistes au peuple français de l’époque qui est questionné. L’appel de Charles Tillon permet de lever toute ambiguïté. Il prouve que l’engagement des communistes s’est fait indépendamment des directives de la IIIe Internationale.


Car cet appel n’est pas une initiative purement personnelle. Lorsqu’il le rédige, Charles Tillon est mandaté par le Comité central pour réorganiser le parti communiste dans tout le Sud-Ouest de la France. Son appel y rencontre un certain écho. Les kiosquiers de Bordeaux l’insèrent dans les journaux. Il parvient même jusqu’aux chantiers navals de Saint-Nazaire. Le Parti communiste français a été traversé par de nombreuses et dramatiques contradictions. Mais il a toujours été avant tout un collectif de femmes et d’hommes mobilisés pour l’émancipation humaine. Le combat pour cette reconnaissance est crucial dans un contexte où la droite la plus réactionnaire reprend le flambeau de la virulente campagne anticommuniste d’après-guerre dans le but de briser tout espoir de transformation sociale.

Pris sur le Blog le Chiffon rouge Morlaix

17 juin 1940: l'Appel à la résistance du communiste Charles Tillon

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Immigration italienne : le débat dans la presse des années 20

 

20 Juin 2017
 

Publié le 26/04/2017
Auteur:
Marina Bellot
 
 
Le Croix, journal du 16 février 1929 – Source RetroNews BnF
Dans l’entre-deux-guerres, la forte immigration italienne, incitée par le patronat et les pouvoirs publics pour reconstruire le pays, effraie une partie de l’opinion et de la presse.
 

« Si vous voulez faire fortune, conservez avec soin un Français. Dans cinquante ans, vous pourrez le montrer dans toute la Gascogne comme un exemplaire unique d’une race disparue. » 

 

Cette plaisanterie qui circule à la fin des années 20 dans le Sud Ouest (rapportée en 1929 par L’Echo de Paris) exprime bien les peurs nées de l’immigration italienne soutenue que connaît la France de l’entre-deux-guerres. Le pays est alors exsangue : aux pertes matérielles et au retard éconmique s’ajoute un bilan démographique dramatique (1 325 000 de morts au front, 1 100 000 blessés et mutilés).

 

Pour faire face à la pénurie de main d’oeuvre, les appels politiques à l’immigration de travail se multiplient dans les années 20 et le patronat favorise l’introduction en France de travailleurs agricoles italiens. La forte immigration italienne qui en résulte suscite parmi une partie de la presse et de l’opinion des réactions de peur voire d’hostilité.

 

En 1925, Le Journal appelle les pouvoirs publics à réglementer cette immigration :

« À certains égards, ils nous rendent service, en venant cultiver des terres que nous laissions à l’abandon. À maintes reprises, nous avons fait appel sans dommage à leur concours ouvrier et, volontiers, nous le considérerions encore comme le bienvenu.

 

Mais cette fois, il s’agit d’une entreprise de dépossession, puissante et durable. Les immigrants italiens poursuivent de vastes desseins. Les sacrifices consentis, leurs grandes dépenses de premier établissement, les projets à longue échéance qu’ils ne dissimulent pas montrent qu’il s’agit, pour eux, d’une œuvre de longue haleine. […]

 

Bref, ils emménagent chez nous définitivement. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-journal/21-juin-1925/129/656553/1

 

Dans un pays largement rural, c’est la maîtrise des terres agricoles qui préoccupe particulièrement :

« C’est la première fois, depuis des siècles, qu’un peuple étranger prend, en corps, possession de notre sol. […]

 

Or, tandis que l’Italie nous submerge dans le sud, les Anglais, les Américains, les Suisses, les Tchèques, les Polonais, que sais-je encore, vingt peuples nous envahissent à la fois. Dans l’état actuel de notre change, qui peut empêcher les Allemands d’acheter nos champs et nos usines par départements entiers ? Déjà, nous ne sommes plus les maîtres à Paris, dans le Nord, en Normandie, dans l’Yonne, sur, la côte d’Azur et sur la côte basque. La race française était foncièrement terrienne. Qu’adviendra-t-il d’elle quand elle se sera laissé déraciner ? »

En 1928, le journal conservateur Le Matin se penche sur les causes de l’émigration des Italiens en France :

« Pays déjà surpeuplé avant la guerre, l’Italie est le seul belligérant qui soit sorti du conflit mondial avec un excédent de population. La France, au contraire, se dépeuple ; aux pertes que lui a causées la grande guerre s’ajoute une dénatalité, hélas toujours croissante, de telle sorte que l’étendue de territoire excède ses possibilités de culture. D’un côté, trop de bras et pas assez de terre de l’autre, trop de terre et pas assez de bras. Nos voisins devaient fatalement chercher à déverser chez nous le trop-plein de leur population. »

Pourquoi l’immigration italienne fait-elle plus peur qu’une autre ? L’Homme Libre répond ainsi :

« […] il est un produit qu’il nous faut, à nous Français, importer à tout prix si nous voulons que la France vive : ce produit, c’est le travailleur agricole, c’est l’immigrant, et il n’y a que deux nations en Europe qui puissent nous fournir cet afflux de sang nouveau et régénérateur : la Pologne et l’Italie.

 

Mais M. Mussolini ne se contente pas de limiter autant que possible l’émigration italienne : il prétend constituer, grâce à elle, en France, des îlots italiens rebelles à toute assimilation. Comment, pour cette raison et pour beaucoup d’autres, la France ne préférerait-elle pas l’immigration polonaise à l’immigration italienne ? »

L’Humanité de son côté dénonce régulièrement les conditions d’accueil et de vie de ceux que l’on a pourtant incités à venir. « Ainsi la France bourgeoise traite-t-elle les esclaves qu’elle a racolés » , regrette le quotidien communiste en 1927.

 

La crise des années 30 met un frein à l’immigration italienne, que la guerre achèvera de stopper.

 

Publié par El Diablo

Il y a 76 ans - la RÉSISTANCE COMMUNISTE pendant l'Occupation - Du 27 mai au 9 juin 1941 : 100 000 mineurs en grève dans le Bassin minier, un mois avant l'agression allemande contre l'Union Soviétique...

Il y a 76 ans - la RÉSISTANCE COMMUNISTE pendant l'Occupation - Du 27 mai au 9 juin 1941 : 100 000 mineurs en grève dans le Bassin minier, un mois avant l'agression allemande contre l'Union Soviétique...
pour agrandir le texte, lien ci-dessous:

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[jpg] VO-08JUIN1941

Un mécontentement grandissant

Le charbon du bassin minier du Pas-de-Calais est, dès le début de l’Occupation, l’objet d’enjeux économiques considérables. Appartenant à la zone interdite, le département est rattaché comme celui du Nord au commandement militaire de Bruxelles ; placées sous tutelle de l’Oberfeldkommandantur 670 de Lille, les compagnies minières doivent accroître à tout prix leur production au profit de l’Allemagne, au mépris des conditions de travail et de sécurité des ouvriers. Les acquis sociaux obtenus sous le Front populaire sont clairement remis en cause. L’hiver de 1940-1941 est particulièrement rude pour les populations. La misère, la disette, le froid et les conditions de travail qui se dégradent créent chez les mineurs un fort climat de mécontentement. Lorsque, le 1er janvier 1941, l’occupant allemand décide d’allonger d’une demi-heure la journée de travail sans augmentation de salaire, l’exaspération est à son comble et entraîne la multiplication des grèves perlées. À cette grogne sociale s’ajoute un profond dégoût envers la politique de collaboration menée par les compagnies. Les conditions de vie des mineurs et de leurs familles, rendues pénibles par les difficultés de ravitaillement et la mise en place des cartes de rationnement (rations manifestement insuffisantes et qui ne sont même pas respectées à la distribution), ainsi que le fort sentiment national provoqué par l’Occupation, forment dès lors un terreau favorable au Parti communiste français clandestin qui crée un "Front national" ouvert à tous les courants politiques.

Dès le 1er mai 1941, des mouvements sociaux s’organisent autour des comités d’unité syndicale et d’action (CUSA). Drapeaux rouges et tricolores sont suspendus aux fils électriques, des milliers de tracts sont distribués, des cahiers de revendications sont rédigés dans tout le bassin minier. L’agitation s’étend même jusqu’en Belgique et touche les sidérurgistes et l’industrie textile. Mais une action d’une plus grande ampleur se prépare. La colère est à son paroxysme lorsque les compagnies tentent d’imposer la réintroduction du paiement des mineurs à l’abatage par équipe. La grève éclate à la fosse 7 des mines de Dourges, dite du Dahomey, le matin du 27 mai, à l’instigation du délégué mineur Michel Brulé et d’Auguste Lecœur, puis s’étend rapidement aux fosses voisines, les autorités n’en ayant pas mesuré l’ampleur.

Plus de 80 % de grévistes

Le 3 juin, l’ensemble du bassin minier est touché. Sur les 143 000 mineurs recensés, 100 000 ont cessé le travail, soit près de 80 %. La grève générale est très largement encouragée par les femmes, qui organisent des cortèges à l’entrée des fosses pour en bloquer l’accès, et exhortent les non grévistes à rejoindre leurs camarades. Elles manifestent devant les bureaux des compagnies minières avec à leur tête Émilienne Mopty, une femme de mineur et militante communiste.

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

VOIR ÉGALEMENT LE LIEN CI-DESSOUS:

Le décret qui instaura la Grande Terreur

 
10 Juin 2017
Dictature de la bourgoisie que Marx évoque pour parler de la nécessité d’une dictature du prolétariat. Il pense même que c’est son apport principal, à lui Marx, par rapport à la conception des classes sociales. Notons qu’il s’agit d’un gouvernement parfaitement légal en période d’exception et de danger. Sa définition est empruntée à Rome. Quelle est son utilité et surtout ses méthodes pour imposer une nouvelle société aux possédants qui ne veulent pas lâcher leurs privilèges?…
 
(note de Danielle Bleitrach)


Publié le 08/06/2017
La guillotine à Paris, estampe hollandaise ; 1795 ; source Gallica BnF
La loi de Prairial, instaurée par le Comité de salut public en juin 1794, prive les accusés du droit de défense et de recours. Elle marque le début de la Grande Terreur.
 

Depuis septembre 1793, la Terreur règne en France. Mais la Révolution reste l’objet de plusieurs menaces sérieuses de la part des opposants royalistes, des catholiques et des puissances étrangères… Robespierre, qui préside le Comité de Salut public, va convaincre les députés réticents de voter une nouvelle loi pour y faire face.

 

Rédigée par Georges Couthon, le décret du 22 prairial an II (10 juin 1794) va réformer le Tribunal révolutionnaire, réduisant les procès à une simple formalité : désormais, les accusés, déférés devant une cour de juges et de « patriotes » nommés, n’ont plus droit à aucune défense. Et les jurés n’ont plus le choix qu’entre l’acquittement… ou la mort.

 

Le 12 juin, un long texte de Couthon paraît dans le Mercure universel pour expliquer les objectifs politiques de la « loi de Prairial » :

« La faction immortelle des indulgents, qui se confond avec toutes les autres, qui en est la patronne et le soutien, n’a cessé de prendre sous sa sauvegarde les maximes protectrices des traîtres ; et l’activité de la justice, sans proportion avec celle des ennemis de la patrie et avec leur multitude innombrable, a toujours laissé flottantes les destinées de la République. […] Le régime du despotisme avait créé une vérité judiciaire qui n’était point la vérité morale et naturelle, qui lui était même opposée, et qui cependant décidait seule, avec les passions, du sort de l’innocence et du crime ; l’évidence n’avait pas le droit de convaincre sans témoins ni sans écrits ; et le mensonge, environné de ce cortège, avait celui de dicter les arrêts de la justice. »

Une phrase résume l’esprit du décret :

« Le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître : il s’agit moins de les punir que de les anéantir. »

Il n’y a plus de « suspects », mais des « ennemis de la patrie » à la définition vague : les critères sont désormais moraux et non plus politiques. La délation devient un devoir public. Couthon poursuit :

« Une révolution comme la nôtre n’est qu’une succession rapide de conspirations, parce qu’elle est la guerre de la tyrannie contre la liberté, du crime contre la vertu. Il n’est pas question de donner quelques exemples, mais d’exterminer les implacables satellites de la tyrannie, ou de périr avec la République. L’indulgence envers eux est atroce, la clémence est parricide. […] La République attaquée dans sa naissance par des ennemis aussi perfides que nombreux, doit les frapper avec la rapidité de la foudre, en prenant les précautions nécessaires pour sauver les patriotes calomniés. Ce n’est qu’en remettant l’exercice de la justice nationale à des mains pures et républicaines, qu’elle peut remplir ce double objet. »

Avec ce décret, c’est le début de la Grande Terreur. À Paris et en province, les représentants en missions répriment sauvagement les « ennemis du peuple ». Le nombre des condamnations explose. C’est une hécatombe : dans la capitale, pendant l’été 1794, 200 exécutions capitales ont lieu chaque semaine.

 

Fin juillet, les députés, qui se sentent menacés par le régime institué par Robespierre, se coalisent pour y mettre fin. Couthon et Robespierre sont guillotinés le 28 juillet, place de la Révolution (à présent place de la Concorde), à Paris.

07 juin 2017

Nations-Unies, publication des archives sur les crimes de guerre nazis

 

"Sans exclure le facteur cité ci-dessus, nous dit la publication,l’insouciance raciste des Occidentaux, il y a un deuxième facteur bien plus troublant : les gouvernements d’Occident, au moins certaines factions puissantes, refusaient d’entraver l’effort de guerre nazi contre l’Union Soviétique. Et cela, bien que l’Union Soviétique ait été nominalement une « alliée » de l’Occident dans la guerre contre l’Allemagne nazie.Cette perspective suggère une conception de la Deuxième Guerre mondiale radicalement différente de celles que proposent les versions officielles occidentales. Dans ce compte-rendu historique alternatif, la montée du Troisième Reich a été délibérément encouragée par les leaders américains et britanniques comme rempart contre l’expansion du communisme. L’antisémitisme enragé d’Adolf Hitler n’était égalé que par sa haine du marxisme et des peuples slaves de l’Union Soviétique. Dans l’idéologie nazie, c’était tous des «Untermenschen» (des « sous-hommes ») à exterminer dans une « solution finale »..."

 

Reprenons la lecture de la Publication...

 

Michel Peyret


Les dessous inavouables de la Guerre froide perpétuelle des USA et de la Grande-Bretagne contre la Russie

 

par Admin · Publication 16 mai 2017 · Mis à jour 17 mai 2017

Par Finian Cunningham


Publié sur Strategic Culture Foundation sous le titre The Deep History of US, Britain’s Never-Ending Cold War On Russia

 

Avec des décennies de retard, les Nations Unies ont finalement publié des archives de la commission sur les crimes de guerre qui enquêtait sur l’holocauste nazi de la Deuxième Guerre mondiale. Les sources de ces archives sur les crimes nazis étaient des gouvernements occidentaux, y compris des gouvernements en exil pendant la guerre, comme le gouvernement belge, polonais ou tchécoslovaque. La période couverte va de 1943 à 1949. Washington et Londres tentaient d’en empêcher la publication depuis longtemps. Pourquoi ?

 

A noter : la publication décisive de ces dossiers, le mois dernier, n’a reçu que très peu d’attention de la part des médias occidentaux, peut-être parce que l’histoire qui peut émerger des documents raconte une version cachée de la Deuxième Guerre mondiale, celle d’une collusion systématique entre les gouvernements américain et britannique et le Troisième Reich nazi.

 

Comme l’a remarqué un rapport du Deutsche Welle sur les archives publiées, « les dossiers prouvent qu’avant la fin de la guerre, les Alliés [occidentaux] en savaient plus sur les camps de concentration nazis qu’on ne le pensait. »

 

Cette révélation se réfère à bien pire qu’une simple « connaissance » des crimes nazis par les Alliés occidentaux, elle indique une collusion. Cela explique aussi pourquoi Washington et Londres ont été si réticents à publier les dossiers des crimes de guerre de l’ONU.

 

Il y a longtemps eu une controverse entre pays occidentaux sur les raisons pour lesquelles les USA, et le Royaume-Uni en particulier, n’ont pas bombardé les infrastructures nazies des camps de concentration ou les voies ferrées qui y menaient. Washington et Londres ont expliqué qu’ils n’avaient pas eu connaissance de l’étendue de l’horreur perpétrée par les nazis avant la toute fin de la guerre, quand des camps comme Auschwitz et Treblinka ont été libérés – par l’Armée rouge soviétique, doit-on également noter.

 

Malgré tout, ce que démontrent les dernières publications des dossiers de l’ONU sur l’holocauste est que Washington et Londres étaient bien conscients de la « solution finale » des nazis, dans laquelle des millions de juifs d’Europe et de personnes slaves étaient systématiquement exterminées dans des chambres à gaz ou devaient travailler à mort. La question demeure donc : pourquoi les USA et les Britanniques n’ont pas dirigé davantage de leurs bombardements contre des infrastructures nazies ?

 

Une réponse possible est que ces alliés occidentaux n’avaient aucune considération envers les victimes du nazisme. Les décideurs de Washington et Londres ont eux-mêmes été accusés d’entretenir des sentiments antisémites, comme on avait pu le constater quand ces deux gouvernements avaient refusé des milliers de réfugiés juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale, avec pour effet d’envoyer nombre d’entre eux à la mort sous le régime nazi.

 

Sans exclure le facteur cité ci-dessus, l’insouciance raciste des Occidentaux, il y a un deuxième facteur bien plus troublant : les gouvernements d’Occident, au moins certaines factions puissantes, refusaient d’entraver l’effort de guerre nazi contre l’Union Soviétique. Et cela, bien que l’Union Soviétique ait été nominalement une « alliée » de l’Occident dans la guerre contre l’Allemagne nazie.

 

Cette perspective suggère une conception de la Deuxième Guerre mondiale radicalement différente de celles que proposent les versions officielles occidentales. Dans ce compte-rendu historique alternatif, la montée du Troisième Reich a été délibérément encouragée par les leaders américains et britanniques comme rempart contre l’expansion du communisme. L’antisémitisme enragé d’Adolf Hitler n’était égalé que par sa haine du marxisme et des peuples slaves de l’Union Soviétique. Dans l’idéologie nazie, c’était tous des «Untermenschen» (des « sous-hommes ») à exterminer dans une « solution finale ».

 

Ainsi, quand l’Allemagne nazie était en train d’attaquer l’Union Soviétique et de mener à terme sa « solution finale », de juin 1941 jusqu’à fin 44, il n’est pas étonnant que les USA et la Grande-Bretagne ait démontré une aussi curieuse répugnance à l’idée d’engager leurs forces militaires sur un front ouest. Les Alliés occidentaux étaient de toute évidence satisfaits de voir la machine de guerre nazie faire ce qu’elle avait été conçue pour faire : détruire le premier ennemi du capitalisme occidental, l’Union Soviétique. Cela ne signifie pas que tous les leaders politiques américains et britanniques aient partagé, ou aient même été conscients de cette vision stratégique tacite. Des leaders comme le président Franklin Roosevelt et le Premier ministre Winston Churchill semblent avoir été sincèrement engagés contre l’Allemagne nazie. [1] Malgré tout, leurs opinions individuelles doivent être vues dans le contexte d’une collusion systématique entre des puissances d’argent occidentales et l’Allemagne nazie.

 

Comme l’a documenté l’auteur américain David Talbot dans son livre The Devil’s Chessboard: Allen Dulles, the CIA and the Rise of America’s Secret Government(2015), il y avait des liens financiers très étendus entre Wall Street et le Troisième Reich, qui avaient débuté plusieurs années avant le début de la Deuxième Guerre mondiale. [2]

 

Allen Dulles, qui avait travaillé pour la firme de Wall Street Sullivan and Cromwell avant de prendre la tête de la CIA, était un des acteurs-clés de ces liens entre le capital américain et l’industrie de guerre allemande. Des géants de l’industrie américaine comme Ford, GM, ITT et Du Pont étaient lourdement investies dans leurs homologues de l’industrie allemande, comme IG Farben (producteur du Zyklon B, le gaz utilisé dans l’holocauste), Krupp et Daimler. Le capital américain, aussi bien que britannique, avait ainsi été intégré à la machine de guerre nazie.

 

Cela expliquerait pourquoi les Alliés occidentaux ont fait aussi peu d’efforts pour détruire les infrastructures nazies, malgré leurs formidables capacités de bombardement. Bien pire qu’une simple inertie ou qu’une indifférence causée par des préjugés racialistes à l’encontre des victimes des nazis, ce qui émerge est que l’élite capitaliste américaine et britannique étaient investie dans le Troisième Reich, surtout dans le but d’éliminer l’Union Soviétique et n’importe quel mouvement authentiquement socialiste. Bombarder les infrastructures nazies aurait été assimilé à une destruction de biens occidentaux.

 

A cette fin, alors que la guerre approchait de son terme et que l’Union Soviétique semblait proche de remporter la victoire contre le Troisième Reich à elle toute seule, les Américains et les Britanniques se sont décidés à intensifier leur effort de guerre à l’Ouest et au Sud de l’Europe. Le but était de préserver les biens occidentaux qui restaient entre les mains du régime nazi. Allen Dulles, le futur directeur de la CIA (qui allait se former un peu plus tard, en 1947), avait protégé des officiels nazis de haut rang, avec leur or pillé en Europe, dans le cadre d’accords secrets connus sous le nom d’Operation Sunrise. Le service de renseignements militaires britannique, le MI6, faisait également partie du réseau clandestin organisé par les Américains pour sauver des biens nazis. La mauvaise foi exhibée par les « alliés » des Soviétiques annonçait la Guerre froide qui a immédiatement suivi la Deuxième Guerre mondiale. [3]

 

Un témoignage significatif et accablant de ce qui se passait a été récemment donné dans une interview à la BBC accordée par Ben Ferencz, le doyen des procureurs américains survivants des Procès de Nuremberg. A 98 ans, Ferencz était encore capable de se rappeler très clairement comment de nombreux criminels de guerre nazis avaient été tirés d’affaire par les autorités américaines et britanniques. Ferencz a cité le général américain George Patton, qui avait remarqué, juste avant la capitulation allemande de mai 1945, « nous nous battons contre le mauvais ennemi ». L’aveu franc d’une animosité pire contre l’Union Soviétique que contre l’Allemagne nazie par Patton s’inscrivait logiquement dans l’entente des classes dirigeantes américaines et britanniques avec le Troisième Reich d’Hitler. C’était une guerre géostratégique contre l’Union Soviétique et les mouvements ouvriers socialistes qui montaient en Europe et en Amérique.

 

En d’autres termes, la Guerre froide dans laquelle les USA et la Grande-Bretagne se sont embarqués après 1945 a représenté la continuation d’une politique hostile envers Moscou qui était déjà bien en place avant 1939 et la Deuxième Guerre mondiale. Pour diverses raisons, il était ensuite devenu plus efficace de liquider la machine de guerre nazie avec l’Union Soviétique. [4] Mais, comme on peut le voir, les ressources occidentales de la machine de guerre nazie ont été recyclées dans la Guerre froide américaine et britannique contre l’Union Soviétique. C’est un héritage accablant : les services de renseignements militaires des Américains et de Britanniques ont été financés et consolidés par des crimes nazis.

 

La publication récente des dossiers de l’ONU sur l’holocauste – malgré les obstructions des Américains et des Britanniques – ajoute encore plus de preuves à l’analyse historique selon laquelle ces puissances occidentales étaient profondément complices des crimes monumentaux du Troisième Reich. Ils savaient tout sur ces crimes parce qu’ils avaient aidé à les perpétrer. Et la complicité prenait sa source dans l’hostilité occidentale envers la Russie perçue comme un adversaire géopolitique.

 

Ceci n’est pas seulement un exercice historique pour universitaires. La complicité des Occidentaux avec l’Allemagne nazie trouve également son corollaire dans l’hostilité permanente actuelle de Washington, de la Grande-Bretagne et de leurs alliés de l’OTAN envers Moscou. La constante accumulation de forces armées de l’OTAN aux frontières de la Russie, la russophobie perpétuelle de la propagande des médias occidentaux, le blocus économique imposé sous la forme de sanctions fondées sur des accusations douteuses, sont tous profondément enracinés dans l’histoire.


La Guerre froide occidentale contre Moscou a précédé la Deuxième Guerre mondiale, [5] perduré après la défaite de l’Allemagne nazie et persiste à ce jour, même si l’URSS n’existe plus. Pourquoi ? Parce que la Russie est perçue comme rivale de l’hégémonie capitaliste anglo-américaine, tout comme la Chine ou toute autre puissance émergente qui menacerait l’hégémonie unipolaire souhaitée.

 

La collusion américano-britannique avec l’Allemagne nazie trouve sa manifestation actuelle dans la collusion de l’OTAN avec le régime néo-nazi d’Ukraine et les groupes terroristes djihadistes déployés dans des guerres par procuration contre des intérêts russes, en Syrie ou ailleurs. Les acteurs peuvent changer selon les époques, mais la pathologie de base est le capitalisme anglo-américain et son addiction à l’hégémonie.

 

La Guerre froide perpétuelle finira seulement quand le capitalisme anglo-américain sera finalement vaincu et remplacé par un système plus authentiquement démocratique.

 

Traduction Entelekheia

 

Notes de la traduction :

 

[1] Ce n’est pas l’avis de l’historien Jacques R. Pauwels. Dans son indispensable ouvrage Le Mythe de la bonne guerre, il expose longuement la façon dont les idées et initiatives de Churchill, et dans une moindre mesure de Roosevelt, visaient à soutenir – parfois même explicitement – l’Allemagne nazie contre l’Union Soviétique, dont il souhaitait très clairement la destruction (et un épuisement de l’armée allemande suffisant pour lui garantir une victoire facile quand il choisirait d’envoyer ses troupes contre elle, après l’effondrement soviétique qu’il espérait).

 

[2] Plusieurs livres traitent de la question. En français, nous avons Big Business avec Hitler de Jacques R. Pauwels et Wall Street et l’ascension de Hitler, d’Antony C. Sutton.

 

[3] Voir ‘Juste après la Seconde Guerre mondiale, les Anglo-américains ont planifié des frappes nucléaires de masse contre l’URSS’


http://www.entelekheia.fr/apres-seconde-guerre-mondiale-anglo-americains-ont-planifie-frappes-nucleaires-de-masse-contre-lurss/

 

[4] Selon Le Mythe de la bonne guerre, les Américains et les Britanniques s’étaient tardivement décidés à ouvrir un front occidental en Normandieuniquement parce que l’Armée rouge avançait si vite vers l’ouest, à ce moment de la guerre, qu’elle menaçait de prendre non plus seulement Berlin, mais toute l’Europe. De ce fait, le débarquement de Normandie aurait été décidé non pas réellement contre Hitler, mais pour contrer Staline et « sauver les meubles ».

 

[5] Les investissements américains dans la machine de guerre allemande ont commencé à affluer dès la fin de la Première Guerre mondiale – avant mêmel’arrivée d’Adolf Hitler sur l’arène politique.


Voir par exemple, ‘Comment le grand-père de Bush a aidé Hitler à accéder au pouvoir’, le Guardian


https://www.theguardian.com/world/2004/sep/25/usa.secondworldwar

 

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Posté par Michel Peyret 

07 juin 2017
Pologne, Georges Mink, le débat des historiens et la science historique

 

"Ce débat, nous dit Georges Mink, montre la profondeur des clivages qui traversent aujourd’hui le milieu des historiens, débats qui ont leurs prolongements dans l’asymétrie des financements publics avantageant une seule option politique, celle du Parti gouvernemental. La tentative de renverser les récits historiques en vigueur jusqu’en 2015 en créant une vision hégémonique de l’histoire du XXet XXIe siècles, c’est le projet du leader du parti PIS, Jarosław Kaczyński, et de sa base. Il n’est pas étonnant que l’opposition libérale polonaise exprime ses craintes quant aux répercussions dans la manière de raconter l’histoire dans les manuels scolaires ou dans les représentations muséales. Plus généralement, les historiens polonais sont confrontés à la lancinante question « où se trouve la frontière entre l’interprétation des faits historiques et leur manipulation ? » (Marcin Kula, 2004)..."

 

Reprenons la lecture de l'histoire de l'histoire de la Pologne...

 

Michel Peyret


Les historiens polonais face à l’expérience de la « démocratie illibérale »

 

Georges Mink

 

En Pologne les historiens occupent une place singulière dans le champ des sciences sociales pour plusieurs raisons. Le statut élevé de la science historique tient aux vicissitudes de l’histoire des Polonais. Dans les périodes de perte de souveraineté (1792-1918 et 1939-1989) certains historiens ont participé aux débats historiques à l’intérieur des courants de résistance et des oppositions. Après 1989, il y a eu un exceptionnel essor des travaux en histoire accompagné de la naissance des nouvelles institutions et instruments d’action publique en histoire (l’Institut de la mémoire nationale en 1999, divers musées, refonte des manuels scolaires, etc,). Depuis les années 2000, on assiste à une radicalisation politique des enjeux autour des narrations contradictoires de l’histoire moderne et du rôle des acteurs significatifs de cette histoire.

 

En Pologne, les historiens occupent une place singulière dans le champ des sciences sociales et humaines, pour plusieurs raisons. Le statut de l’histoire en tant que discipline « reine » tient aux vicissitudes de l’histoire des Polonais. L’histoire de la discipline est profondément marquée par les déficits du récit national creusés pendant des longues années en raison de la rupture de la continuité étatique entre 1792 et 1918 (avec quelques rares et exceptionnels épisodes tels que la Principauté de Varsovie établie par la volonté de Napoléon). Enfin, la souveraineté « limitée » imposée par Staline et par ses successeurs s’accompagna d’un discours légitimant la domination soviétique (1945-1989), ce qui revenait à priver des secteurs entiers de la population de « leur » histoire.

 

Opérant par la falsification des faits ou par l’omission d’événements capitaux pour la Nation, les communistes ont encore aiguisé l’appétence pour la reconstruction du récit national. L’intérêt que l’histoire rencontre dans la population tient à ces lacunes et à ces déformations de l’écriture de leur histoire. Les Polonais ont même donné un nom à ce phénomène :les « tâches blanches » (białe plamy) de leur histoire. Les historiens ont pris une place de choix lors des périodes de perte de souveraineté à l’intérieur des courants de résistance et des oppositions. Qu’il suffise ici de mentionner les Universités volantes (semi-clandestines) organisées dans les années 1970-1980 sous le régime de type soviétique, pour enseigner hors censure l’histoire polonaise ou mondiale et, notamment, pour combler les « pages blanches » des manuels officiels.  

 

Aujourd’hui, la demande de récits historiques est telle que les librairies débordent d’ouvrages épais, de plus ou moins bonne qualité, sans que l’on n’ait l’impression que cette inflation éditoriale sature la demande. Dans la mesure où cette demande ne pose que très rarement, et dans des cercles restreints de lecteurs, l’exigence de la conformité aux règles et aux normes de la production académique, une grande partie de cette offre éditoriale se contente de répondre aux attentes préalables du public. Ces attentes sont suscitées par les usages politiques de l’histoire.

 

La tradition de l’historien engagé

 

Depuis longtemps les historiens polonais sont sortis de leur tour d’ivoire académique pour descendre dans l’arène des débats publics (Rafał Starobiecki, 2014). Ce phénomène s’est déjà manifesté pendant l’entre-deux-guerres (1918-1939), période au cours de laquelle la renaissance de l’État polonais s’est traduite par l’émancipation des écoles historiques et par le soutien de la puissance publique à la discipline académique. Quasi simultanément sont apparus des conflits d’interprétation de l’histoire portés sur la place publique par les différentes écoles (pour ne pas dire chapelles) rattachées autant aux clivages académiques qu’aux options politiques.

 

Les querelles autour de la date inaugurale du rétablissement de l’État indépendant polonais en témoignent. Le 11 novembre 1918 a été institué comme la date symbolique du recouvrement de l’indépendance. Pourtant la date de naissance de la Pologne restaurée a fait, et fait encore, l’objet de controverses. À partir de 1937, un décret désignait le 11 novembre comme fête nationale et jour chômé, il consacrait la légende héroïque de Józef Piłsudski par la formule suivante : « (il s’agit) d’un jour lié pour l’éternité au nom de Józef Pilsudski, chef invincible de La Nation dans les combats pour la liberté de la Patrie ». Tout au long de la période 1918-1939, les historiens regroupés autour de l’Institut de recherche sur l’histoire contemporaine, créé en 1924, imposent la légende de Piłsudski, exaltant la grandeur du Maréchal et de l’action militaire en vantant l’irrédentisme polonais.

 

Tous les ouvrages émanant de ces historiens sont à la gloire de Pilsudski et justifient ainsi le régime autoritaire qu’il instaure après 1926 en réduisant la démocratie et le multipartisme[1]. Pour que la fabrication de ce culte soit plus efficace encore, il fallait bien dénigrer les adversaires de Piłsudski, et notamment Roman Dmowski[2]. L’argument utilisé était le suivant : durant les années de la Grande Guerre, Dmowski a subi une défaite idéologique totale. Miser sur la Russie s’était avéré un pari perdu. L’indépendance de la Pologne ne devait rien aux suppliques dans les vestibules des diplomates des pays étrangers, mais elle a été obtenue par le sabre et l’effort surhumain de Piłsudski et de ses fidèles. Les historiens proches de Dmowski expliquaient qu’il fallait déconnecter la date du 11 novembre des soi-disant mérites exclusifs de Pilsudski et proposer une autre césure dans le calendrier. On avança le 28 juin 1919, jour de la signature du traité de Versailles, auquel Dmowski avait contribué par son action diplomatique en tant que représentant de la Pologne (Georges Mink, 2015).

 

Sous le régime politique communiste (1948-1989), il y a eu plusieurs périodes plus ou moins favorables à l’exercice libre du métier d’historien. Lors de l’apogée de la soviétisation (1948-1956), les controverses d’historiens ont été refoulées cédant place à une version unique de l’histoire tandis que la diversité des écoles, des approches et des interprétations a été étouffée. Dans le cursus scolaire et universitaire, le pouvoir politique a imposé l’unicité des manuels d’histoire. Avec le « dégel » de 1956, les clivages sont réapparus et des débats se sont intensifiés. Certains historiens se sont réfugiés dans les temps très anciens comme s’il s’agissait d’une stratégie d’évitement. Cela a eu des effets bénéfiques pour la qualité exceptionnelle de l’école médiéviste polonaise, liée à l’École des Annales en France.

 

Par ces travaux sur une période éloignée, certains historiens exprimaient aussi leur attitude au présent. Ce fut le cas, entre autres, de Karol Modzelewski ou de Witold Kula sur l’économie féodale, et de Bronisław Geremek sur la pauvreté au Moyen Âge en France. Les années 1960 voient apparaître un clivage construit par Zbigniew Załuski (1928-1978), colonel de l’armée communiste polonaise et historien. Il plaidera pour une narration patriotique communiste, contre les analyses critiques (Zbigniew Załuski, 1962). Lié au courant politique national communiste et antisémite du général Moczar, il anticipe un autre clivage, survenu après 1989, entre une version de l’histoire polonaise critique et une version patriotique acritique[3]. Mais dans les années 1960, prospère aussi l’approche réaliste de l’histoire polonaise. Le succès populaire de Paweł Jasienica qui relate l’histoire des dynasties de Piast et de Jagellon témoigne de l’appétence des Polonais pour une vision de l’histoire nationale qui fait fi du matérialisme historique imposé par le régime.

 

Ce sont surtout les années 1970 et 1980 qui voient les historiens prendre des positions de plus en plus critiques vis-à-vis des versions officielles de l’histoire. Certains ouvrages auront de l’influence sur l’évolution de l’opposition démocratique, comme celui de Bogdan Cywiński, Génération des insoumis, paru en 1971. Cet ouvrage décrit la prolifération des activités oppositionnelles sous l’occupation tsariste de la Pologne au XIXe siècle, montrant qu’une stratégie des petits pas réformistes dans un contexte d’oppression et d’occupation peut être efficace. Il suggère ainsi l’analogie avec les ressources du temps présent. Un autre ouvrage, L’Histoire nouvelle de la Pologne 1918-1980, que Wojciech Roszkowski fait paraître dans les circuits clandestins sous le pseudonyme d’Andrzej Albert, fut emblématique du besoin de rectifier le récit national en y incluant les faits et les gestes que la censure communiste éliminait systématiquement des manuels[4]

 

Parmi d’autres entreprises historiennes significatives de la période du communisme tardif, se trouve celle de l’historienne Krystyna Kersten qui entreprend le renouvellement de l’approche des premières années suivant la Seconde Guerre mondiale sous un titre évocateur Entre la libération et la soumission, la Pologne 1944-1956. L’auteur constate que de larges secteurs de la population adhèrent au nouveau régime à l’apogée de la soviétisation, constat que l’opinion publique et la doxa anticommuniste ont du mal à admettre[5].

 

Après 1989, date de la fin du régime communiste, les travaux en histoire connaissent un exceptionnel essor qui s’accompagne de la naissance des nouvelles institutions et d’instruments d’action publique en histoire (par exemple l’Institut de la mémoire nationale en 1999, divers musées, refonte des manuels scolaires, etc.). Mais, c’est surtout depuis les années 2000 que l’on assiste à une extrême radicalisation des enjeux politiques autour des interprétations contradictoires des événements et du rôle des acteurs significatifs de ces événements (Lech M. Nijakowski, 2008, p. 7).

 

Dès lors, on observe une mise en concurrence de deux versions différentes du socle de légitimité historique sur lequel s’appuie l’actuel régime politique polonais. Concrètement, depuis la victoire en 2015 du parti Droit et Justice (PIS), dirigé par Jarosław Kaczyński, l’histoire devient la principale composante idéologique du projet politique dont l’objectif est de construire un certain type de démocratie où les contre-pouvoirs sont neutralisés, laissant la minorité politique sans voix ni recours[6]. D’aucuns appellent un tel système la « démocratie illibérale[7] ». Pour consolider sa réalisation, les élites politiques victorieuses aux élections démocratiques ont besoin de modifier le récit historique et la composition du Panthéon héroïque polonais[8]. Les historiens sont fatalement entraînés dans cette compétition et pour certains, il s’agit même de se placer en première ligne de ce front idéologique (Robert Traba, 2009).

 

Les historiens face à l’étatisation de l’histoire

 

L’historien Antoni Dudek, situé plutôt du côté des partisans de la révision du discours historique en vigueur avant 2015, dit que « la légende du mouvement ‘Solidarność’ gardera son importance mais certaines personnalités seront marginalisées, d’autres mises en valeur. C’est une fatalité car, si les historiens peuvent mesurer les mérites respectifs des acteurs historiques sur la base des sources et des faits, les politiciens ne sont pas obligés de le faire. Les politiciens choisissent leurs héros et leurs anti-héros, mettant en valeur les uns, condamnant au purgatoire les autres[9] ».

 

La « politique historique », autrement dit l’étatisation de l’histoire, n’est certes pas l’apanage du pouvoir conservateur polonais (Sławomir M. Nowinowski et alli, 2008). Par exemple, le pouvoir russe a également décidé de ne point abandonner à ses historiens le domaine de l’histoire, afin de surveiller de près l’image du pays à l’étranger et de contrecarrer les tentatives de la dégrader. Le 19 mai 2009, le Président de la Fédération de Russie d’alors, Dimitri Medvedev, répond aux initiatives symboliques de l’UE et du Conseil de l’Europe de placer le stalinisme (voire le communisme) sur le même plan que le nazisme[10] en érigeant l’histoire à la hauteur d’un attribut de la « souveraineté » nationale. À l’occasion du 70e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale que l’Europe s’apprêtait à commémorer, le Président russe déclare : « Il ne faut pas appeler noir ce qui est blanc, traiter d’agresseur celui qui se défendait… » Ces propos s’accompagnent de la signature d’un décret sur la création d’une Commission présidentielle de lutte contre les falsifications de l’histoire. Nombre d’historiens russes protestent alors contre la pression probable de cette instance de surveillance qui sous prétexte de « traquer et contrer les interprétations erronées de l’histoire à l’étranger » officialise l’arbitraire de la censure politique[11].

 

Un des premiers actes de Andrzej Duda, élu Président de la Pologne en mai 2015, fut de réunir autour de lui ses partisans académiques en un Conseil national de développement (Narodowa Rada Rozwoju). Sa première réunion en février 2016, où ont également été invitées des personnalités non liées au courant PIS, témoigne de l’importance que les nouveaux gouvernants attachent à imposer leur interprétation des événements du passé.

 

Elle a pour thème « La politique historique : contextes, propositions, réalisations[12] ». « Il est de notre devoir de créer le cadre d’action de l’État – au sens institutionnel et didactique… » « La politique historique devrait être réalisée en tant que pièce maîtresse de notre position dans l’espace international, il est nécessaire de conduire une politique historique offensive, une vraie politique historique » dit le nouveau Président. Il a fait comprendre aux personnalités présentes que le parti Droit et Justice mettra tout en œuvre pour contrer la conception de l’histoire dite critique que le leader du parti PIS, Jarosław Kaczyński, nomme « la propagande de la honte », pour y substituer l’histoire digne de la Pologne, l’histoire décrivant le passé héroïque et douloureux de la Nation polonaise.

 

Désormais, on ne tolérera plus les « insinuations » de la presse étrangère qui appelle les camps de concentration nazis situés sur le territoire polonais les « camps polonais », ni la version de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui s’attarde sur la participation de certains Polonais à l’Holocauste. Un historien d’origine polonaise, Jan Tomasz Gross, professeur à l’Université de Princeton, devient la bête noire du nouveau pouvoir[13]. Il a lancé le débat sur les pogromes des Juifs menés par certains habitants des localités situées sur la façade orientale de la Pologne, après le retrait des Soviétiques, qui s’y trouvaient en vertu du pacte Ribbentrop-Molotov, et pendant l’arrivée des Allemands qui rompent le pacte et attaquent la Russie soviétique en 1941. Parmi les historiens qui ont la charge d’inspirer cette nouvelle politique historique, le Président nomme le professeur Andrzej Nowak, excellent spécialiste de la Russie, qui se distingue par son option national-conservatrice.

 

Pendant la même réunion, ce dernier a qualifié le gouvernement du parti libéral, la Plateforme civique (PO) au pouvoir en Pologne de 2007 à 2015, de « libéral totalitaire ». Un des historiens propulsés sur le devant de la scène est le professeur Jan Żaryn, ardent défenseur du courant nationaliste et antisémite de « Endecja », dont il se fait le propagateur, en même temps qu’il poursuit une croisade contre le légendaire leader de « Solidarność », Lech Walesa, en exhibant des documents, vrais ou faux, qui indiqueraient que ce dernier aurait collaboré lorsqu’il était jeune ouvrier, avec la police politique communiste.

 

Débat entre les historiens sur l’appropriation de l’histoire par les politiciens

 

En décembre 2016, les historiens ont convoqué un Forum des spécialistes de l’histoire contemporaine. Dans le propos introductif, le professeur Marcin Zaremba a souligné qu’il n’y a jamais eu auparavant une telle réunion qui aurait regroupé plus de deux cents chercheurs et enseignants spécialisés dans l’étude de l’histoire du temps présent venus de toute la Pologne,. « Nous sommes réunis en raison de nos émotions : l’amour pour l’histoire mais aussi l’inquiétude et l’irritation provoquées par le fait que l’histoire est aujourd’hui instrumentalisée[14]. » Ce Forum a été parrainé par les plus importantes institutions de la corporation, l’Association polonaise de l’histoire et le Comité des sciences historiques de l’Académie des Sciences. Les exposés ont été prononcés par deux historiens opposés à la « politique historique » (Andrzej Frieszke et Pawel Machcewicz) et deux historiens qui en sont partisans (HenrykGlebocki et l’ancien euro-député sur la liste du PIS, Wojciech Roszkowski). Ils ont tenu à cette occasion des propos contradictoires, dont les extraits suivent :

 

Prof. A. Frieszke : « Certains journalistes ne cachent même pas que l’histoire doit servir à la stigmatisation de telle ou telle personnalité politique. Lorsque le Président polonais prétend que nous (…) ne disions pas la vérité pendant les années 90, je suis indigné. Il y a longtemps que je n’ai pas lu de telles insinuations, la dernière fois ce fut au temps de la Pologne communiste. Rappelons les débats sur la période communiste ou sur le pogrom de Jedwabne. C’est aujourd’hui [que l’on déforme l’histoire… note de l’auteur] en mettant en doute le leadership pendant la période de sortie du communisme des personnages aussi centraux qu’étaient Tadeusz Mazowiecki, Jacek Kuron ou Bronisław Geremek. Qu’est ce qui se passe aujourd’hui ? Le mensonge, la calomnie, la dénonciation dominent. Tous nos acquis ont été détruits… »

 

Les historiens proches du pouvoir actuel ont polémiqué. Voici l’argumentaire du professeur Głębocki :

 

« Il y avait une profonde résistance à ouvrir les archives sur le passé communiste. (…) On s’opposait à la naissance d’un Institut de la mémoire nationale [Andrzej Czyzewski et alii, 2012] et on contestait sa dénomination. Cela découlait d’une fausse vision de la manière dont nous sommes sortis du communisme mais aussi de l’absence de volonté de discuter de notre interprétation du régime communiste et de notre responsabilité dans ce régime. Rappelez-vous des véritables campagnes de haine dirigées contre ceux qui s’interrogeaient sur la collaboration de Lech Walesa avec la police communiste » [Piotr Gontarczyk, 2008]. « Rappelez-vous la résistance du milieu des historiens à la loi sur la lustration »[15].

 

Le professeur Pawel Machcewicz, directeur du musée de la Seconde Guerre mondiale, s’est ému des pressions exercées par les politiciens du PIS sur la narration de son musée :

 

« Ils s’octroient le droit de décréter ce qui est ou ce qui n’est pas le point de vue digne des Polonais. Ils s’approprient le monopole de la polonité et du patriotisme. Ils visent ainsi non seulement l’autonomie académique mais aussi le principe du pluralisme. La politique mémorielle doit tenir compte des voix plurielles indispensables à l’ordre démocratique. »

 

Ce débat montre la profondeur des clivages qui traversent aujourd’hui le milieu des historiens, débats qui ont leurs prolongements dans l’asymétrie des financements publics avantageant une seule option politique, celle du Parti gouvernemental. La tentative de renverser les récits historiques en vigueur jusqu’en 2015 en créant une vision hégémonique de l’histoire du XXet XXIe siècles, c’est le projet du leader du parti PIS, Jarosław Kaczyński, et de sa base. Il n’est pas étonnant que l’opposition libérale polonaise exprime ses craintes quant aux répercussions dans la manière de raconter l’histoire dans les manuels scolaires ou dans les représentations muséales[16]. Plus généralement, les historiens polonais sont confrontés à la lancinante question « où se trouve la frontière entre l’interprétation des faits historiques et leur manipulation ? » (Marcin Kula, 2004).

 

Bibliographie

 

Bohgdan Cywiński Pokolenie niepokornych (Génération des insoumis), Varsovie, 1971.

 

Andrzej Czyźewski et alii, Bez taryfy ulgowej (Sans le tarif réduit), Lodz, IPN, 2012.

 

Piotr Gontarczyk, Nowe kłopoty z historia (Nouveaux problèmes avec l’histoire), Varsovie, Prohibita, 2008.

 

Krystyna Kersten, Miedzy wyzwoleniem a zniewoleniem, Polska 1944-1956(Entre la libération et la soumission, la Pologne 1944-1956), Londres, « Aneks », 1993.

 

Marcin Kula, Krótki raport o użytkowaniu historii (Un court rapport sur les usages de l’histoire), Varsovie, PWN, 2004.

 

Jan Józef Lipski, Dwie ojczyzny – dwa patriotyzmy. Uwagi o megalomanii narodowej i ksenofobii Polaków (Deux patries - deux patriotismes, remarques sur la mégalomanie et la xénophobie des Polonais), Maisons-Lafitte, „Kultura”, 1981, n° 10/409,

 

Georges Mink, La Pologne au cœur de l’Europe. De 1914 à nos jours. Histoire politique et conflits de mémoire, Paris, Buchet-Chastel, 2015.

 

Georges Mink, « L’Europe centrale à l’épreuve de l’autoritarisme », Politique étrangère, Paris, IFRI, été 2016, pp. 89-103.

 

Lech M. Nijakowski, Polska polityka pamięci, esej socjologiczny (La politique mémorielle polonaise. Essai sociologique), Varsovie, 2008.

 

Slawomir M. Nowinowski et alii, Pamięć i Polityka historyczna (Mémoire et politique historique), Lodz, IPN, 2008.

 

Wojciech Roszkowski, Najnowsza Historia Polski 1918-1980 (Nouvelle Histoire de la Pologne, 1918-1980), éditeur clandestin « Krag », 1984.

 

Rafal Starobiecki, Historycy Polscy wobec Wyzwań XX wieku (Historiens polonais face aux défis du XXe siècle), Poznan,WNI, 2014.

 

Robert Traba, Przeszlość w teraźniejśzosci, Polskie spory o historię na początku XXI wieku (Le passé dans le présent. Les querelles polonaises autour de l’histoire au début du XXIe siècle), Poznan, Wydawnictwo Poznanskie, 2009.

 

Zbigniew Załuski, Siedem polskich grzechów głównych (Sept pêchés principaux polonais), Varsovie, Czytelnik, 1962.

 

Pour citer cet article : Georges Mink, « Les historiens polonais face à l’expérience de la "démocratie illibérale" », Histoire@Politique, n° 31, janvier-avril 2017 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

 

Notes :

[1]Joseph Piłsudski (1867-1935), d’abord membre du Parti socialiste chef militaire (nommé Maréchal en 1922). Il a joué le rôle central dans la lutte pour l’indépendance de la Pologne et dans la construction de l’État polonais occupant plusieurs fonctions suprêmes comme commandant en chef des armées et chef de l’État. Le 26 mai 1926, il dirige un putsch militaire à la faveur d’un régime autoritaire dit de la « Sanacja (Assainissement) ». 

 

[2] Homme politique, diplomate et écrivain, Roman Dmowski (1864-1939) est le fondateur du Parti national-démocrate – Narodowa Demokracja (appelé couramment « Endecja »), il a d’abord joué la carte russe pour faciliter l’accession de la Pologne à plus d’autonomie, puis a joué un rôle majeur dans la délégation polonaise à la conférence de la Paix à Paris. Partisan de la pureté ethnique de la Pologne, il prône l’assimilation des minorités à l’exception des Juifs. Le courant « Endecja » s’inspire de ses théories pour propager l’antisémitisme, lui-même étant attiré par des régimes fascisants d’avant-guerre comme celui de Mussolini en Italie.  

 

[3]En effet, après la chute du communisme, deux camps s’affrontent autour des interprétations et des récits historiques : celui qui réduit délibérément les actes répréhensibles commis par certains secteurs de la population polonaise au profit de la représentation hégémonique des actes des courages ou de la martyrologie de la Nation polonaise et celui qui optent pour un examen critique des événements historiques. Voir plus loin dans le texte. On se réfère dans ce débat à un autre ouvrage publié hors censure de Jan Józef Lipski : Dwie ojczyzny – dwa patriotyzmy. Uwagi o megalomanii narodowej i ksenofobii Polaków (Deux patries- deux patriotismes, remarques sur la mégalomanie et la xénophobie des Polonais) ; publié d’abord dans la revue des émigrés Kultura, 1981 nr 10/409, puis publié, la même année en Pologne, aux éditions clandestines NOWA.

 

[4]W. Roszkowski, Najnowsza Historia Polski 1918-1980 (Nouvelle Histoire de la Pologne, 1918-1980), éditeur clandestin « Krag », 1984.

 

[5]Publié par les éditions del’émigration « Aneks » à Londres en 1993.

 

[6] Ce parti a déjà gouverné entre 2005 et 2007 en inventant et en appliquant la notion de « politique historique » conçue comme une véritable action publique avec ses objectifs et ses instruments (le réseau des représentations patriotiques muséales, dont le vaisseau amiral était le musée de l’Insurrection de Varsovie, judiciarisation des responsabilités sous le communisme, dénigrement des adversaires politiques ayant joué un rôle historique, etc.)

 

[7]Cette dénomination est revendiquée par ses acteurs politiques comme Victor Orbán en Hongrie. Le concept a été théorisé par Fareed Zakaria dans « The Rise of Illiberal Democracy », Foreign Affairs, 1997, voir aussi mon article « L’Europe centrale à l’épreuve de l’autoritarisme », Politique étrangère, IFRI, été 2016.

 

[8]Concernant la tentative de modifier la composition du Panthéon polonais, c’est comme si, toute proportion étant égale par ailleurs, aujourd’hui en France, on disait que de Gaulle n’a rien fait ou même aurait trahi la Nation française en pactisant avec les Alliés. Évidemment, Lech Walesa n’est pas de Gaulle. Cette comparaison sert juste à montrer l’échelle du révisionnisme historique en cours en Pologne où, à la place historiquement attestée des artisans de la sortie du communisme, on cherche à substituer le Président défunt Lech Kaczyński, et des soutiens fidèles de la ligne du PIS (à la place de Lech Walesa, on propulseAnna Walentynowicz, incontestable héroïne de la grève fondatrice du mouvement « Solidarność » mais n’ayant pas le rôle de leader comparable, à la place de Jacek Kuroń ou de Adam Michnik, intellectuels à sensibilité de gauche, on substitue Antoni Macierewicz, nationaliste et conservateur, pour ne citer que ces deux exemples).

 

[9] Cité dans l’article de Mariusz Janicki et Wiesław Wladyka, « Władcy historii (Les gouvernants de l’histoire) », Polityka, n° 39, 23 septembre 2015, p. 25

 

[10] Le Parlement Européen avait décrété en 2009 que le 23 août (date anniversaire du pacte Ribbentrop-Molotov) deviendrait la Journée de la mémoire des victimes du stalinisme et du nazisme.

 

[11] Voir l’Appel de l’Association indépendante « Mémorial », en français, anglais et russe, sur le site du Centre d’études des mondes russes, caucasien et centre-européen (EHESS)

 

[12]Gazeta Wyborcza et Rzeczpospolita, 16 février 2016

 

[13] Les nouveaux gouvernants iront jusqu’à le poursuivre en justice pour avoir imprudemment affirmé dans un journal allemand que les Polonais ont tué pendant cette guerre plus des Juifs que des Allemands

 

[14]Article de Adam Leszczynski, Gazeta Wyborcza, 10 décembre 2016.

 

[15] La loi de lustration oblige tout prétendant à un poste publique de déclarer si oui ou non il a fait partie des services spéciaux du régime communiste. 

 

[16]Voir le débat dans le supplément du week-end du journal Rzeczpospolita, Plus, Minus, « Nowe muzea : jedna pamięć, wiele pamięci » (Nouveaux musées : une mémoire plusieurs mémoires), 15 juillet 2016.

 

Georges Mink

Georges Mink est directeur de recherche émérite au CNRS (ISP) et président du International Council for Central and East European Studies (ICCEES). Il est également Permanent Professor au College d’Europe (Natolin Campus). Il a récemment publié : Le passé au présent, actions d’historicisation et gisements mémoriels en Europe centrale et orientale (en co-direction avec P. Bonnard, Houdiard Éditeur, 2010) ; History, Memory and Politics in Central and Eastern Europe, Memory Games (co-eds with L. Neumayer, Palgrave, 2013) ;La Pologne au cœur de l'Europe, de 1914 à ces jours, Histoire politique et conflits de mémoire (Paris, Buchet Chastel, 2015).

Posté par Michel Peyret

Publié par El Diablo

Samedi 3 juin 2017: HOMMAGE SOLENNEL aux FUSILLES du MONT VALERIEN et à toute la RESISTANCE

Le fort du Mont Valérien, construit à partir de 1841, est situé à Suresnes, en région parisienne, d'où il domine le Bois de Boulogne. (source: pascalconvert.fr)

Le fort du Mont Valérien, construit à partir de 1841, est situé à Suresnes, en région parisienne, d'où il domine le Bois de Boulogne. (source: pascalconvert.fr)

Communiqué de l’UJRE :

L'HOMMAGE SOLENNEL AUX FUSILLES DU MONT VALÉRIEN

ET À TOUTE LA RÉSISTANCE,

organisé par l’Association pour le Souvenir des Fusillés du Mont Valérien et de l'Ile de France

SAMEDI 3 JUIN 2017 AU MONT VALÉRIEN

NOUS VOUS INVITONS À PARTICIPER LARGEMENT À CETTE CÉRÉMONIE

Cérémonie en mémoire de ceux à qui nous devons la liberté et la vie

UJRE (Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide)

Ceux qui vivent sont ceux qui luttent

VICTOR HUGO

Dès le début 1941 et jusqu'à fin 1945, Français et étrangers, résistants de toutes conditions sociales, d'idées politiques, religieuses, philosophiques diverses, se sont engagés et unis dans la Résistance pour combattre l'occupation de notre pays par les nazis et défendre nos valeurs de Liberté, d'Égalité et de Solidarité. Dès 1940, le gouvernement collaborationniste de Pétain a traqué et livré ces résistants à l'occupant nazi qui a fait pratiquer de nombreuses exécutions en ce lieu devenu symbolique, le Mont Valérien.

SOYONS DIGNES DE CES COMBATS D'HIER À PROLONGER AUJOURD'HUI

Voir l’invitation en pièce jointe :

 

[pdf] UJRE 2017 HOMMAGE AUX FUSILLÉS DU MONT VALÉRIEN PROGRAMM

 

La liste des morts du colonialisme ne se clos pas à Charonne

 

Publié le 31 Mai 2017

Guadeloupe 1967 vous connaissez ? 
 
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Ce texte de 2013 rappelle dans leur brutalité ce que le pouvoir d'alors, 6 ans après octobre 61, 5 ans après février 62, savait faire pour imposer la force coloniale.
 
Pour rappel, durant l'Elyséade précédente : 
 
Pointe-à-Pitre. Samedi 7 septembre 2013. CCN.
 
Le LKP a adressé à François Hollande, un courrier relatif aux massacres perpétrés en Guadeloupe en Mai 1802 et Mai 1967
"Monsieur le Président de la République Française, 

En réponse à notre courrier du 18 Mai 2012 relatif aux victimes de la guerre de 1802 et des massacres des 26 et 27 Mai 1967 en Guadeloupe, vous nous informiez avoir pris connaissance de nos demandes et les avoir transmis au Ministre de l’intérieur. Plus d’un an après, aucune réponse. 

Aussi, par la présente, nous revenons vers vous afin d’obtenir des réponses au moment même où vous commémorez l’odieux massacre d’Ouradour-sur-Glane. 

Vous le savez, en mai 1802, les troupes de Napoléon Bonaparte, futur Empereur des français débarquent en Guadeloupe dans le but de rétablir l’esclavage. Après 18 jours de combat : plus de 10000 victimes guadeloupéennes (tués au combat, condamnés à mort, exécutés, emprisonnés ou déportés notamment en Corse où ils moururent tous comme esclaves). Des milliers d’hommes de couleur libres seront dès lors, obligés de justifier de leur statut sous peine de redevenir esclave. Les victimes vont donc payées pour un acte aujourd’hui reconnu comme crime contre l’humanité. 

Cette page de l’histoire de France n’est pas enseignée, l’Etat français préférant se revêtir de l’habit d’abolitionniste plutôt que de celui d’esclavagiste. Nicolas Sarkozy nous invitait même à « digérer notre histoire ». 

Qui sont ces hommes et ces femmes qui ont donné leur vie pour défendre la liberté ? 

Qui étaient ces milliers de prisonniers déportés ? 

Ne serait-ce pas plutôt ceux là qu’il faut honorer ? 

A maintes reprises, le sang des Guadeloupéens coula sous les balles des militaires français comme en mai 1967. 

En effet, les 26 et 27 mai 1967, à Pointe à Pitre, à l’occasion d’une grève d’ouvriers du bâtiment, les CRS, Gendarmes mobiles (Képis Rouges) perpétrèrent un véritable massacre contre les travailleurs et le Peuple de Guadeloupe. 

« Le massacre commença le 26 mai 1967 au début de la matinée et dura jusqu’au lendemain soir. 

Pointe-à-Pitre martyrisé. Ces morts ne furent pas les victimes accidentelles d’un combat sans merci. 

Ces êtres furent assassinés de sang froid avec méthodes. Ce crime fut décidé, organisé, planifié dans le cadre d’une politique de terreur. » (Source : extrait version Mé 67 du discours de Nicolas Sarkozy commémorant le massacre de Maillé le 25 août 1944). 

Le Préfet Pierre Bolotte, inhumé le 27 mai 2008 (41 ans jour pour jour après le massacre des Guadeloupéens), commandeur de la légion d’honneur, demanda de faire usage de toutes les armes contre tous ceux qui bougeaient, qui étaient noirs ou tiraient leur origine de cette couleur. Plusieurs centaines de Guadeloupéens furent traqués, blessés ou tués par balles. L’armée française tirait sur les ambulances et même lors de la veillée mortuaire d’une des premières victimes. 

L’hôpital débordait de cadavres et de blessés. Des exécutions sommaires ont été perpétrées aussi bien à la gendarmerie du Morne Miquel qu’à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre où des dizaines de corps jonchaient le sol. 

Depuis plusieurs années, des démarches sont entreprises auprès de l’Etat français pour qu’une enquête soit diligentée sur les tueries de mai 1967. Jusqu’ici, aucune réponse. 

Nos investigations se sont poursuivies directement sur le terrain même, en Guadeloupe, et ont permis de rencontrer des témoins, des parents et amis de victimes, des blessés, des emprisonnés…

Selon M. Lemoine, ancien ministre des DOM, il y eut 87 morts et des centaines de blessés. Mais, entre le nombre réel de morts et celui qui a été comptabilisé par les services officiels, il y a, à n’en pas douter, une différence de l’ordre de plusieurs dizaines. 

Descendants de tous ces honorables combattants de la liberté, nous exigeons du gouvernement de la France, des réponses claires et précises sur toutes les tueries perpétrées contre les Guadeloupéens, notamment ceux de mai 1802 et mai 1967. 

Au nom de la liberté, de la mémoire, du respect et de la dignité, nous exigeons la vérité, la reconnaissance de ces crimes coloniaux, la justice, le jugement et la condamnation de tous les coupables, la réhabilitation des victimes et emprisonnés, la réparation des préjudices, l’accès aux archives et dossiers de l’époque".
 
Occasion d'un clin d'oeil à un des professeurs de Canaille le Rouge, muté disciplinaire du Lycée Baimbridge  en "métropole", (comme dise les colonialistes), Communiste guadeloupéen, "agitateur révolutionnaire" en fait militant anticolonialiste. Artiste, poète, historien capable de se distancier en présentant Marx en Latin pour "faire sérieux si l'inspecteur arrive" qui déclamait en grec classique les textes des philosophes athéniens et faisait la colle des affiches en faisant découvrir le Ti Punch. Alors qu'il était secrétaire de la cellule des personnels du Lycée il fut le premier que La Canaille vit affronter publiquement Juquin (qui d'huile du BP du PCF d'alors échouera comme eau grasse de la sociale démocratie)  le qualifiant, avec arguments étayés, d'autoritariste (1969) Les actions menées contraindront trois ans plus tard le pouvoir gaulliste à lever cette transplantations forcée.Même si tu n'est plus là , salut à toi Laurent Farrugia
 

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

La Guadeloupe assassinée en mai 1967

Après une première vague de débrayages en mars 1967, le 24 mai soit deux mois après, les ouvriers du bâtiment entrent en grève et “réclament 2% d’augmentation et la parité en matière de droits sociaux comme en métropole”.

Le 26 mai 1967, à Pointe-à-Pitre, à la Chambre de Commerce, se tiennent les négociations. Le patronat, représenté par M. Brizzard, refuse toute augmentation : "Quand les nègres auront faim, ils reprendront le travail !", déclare t-il. La colère des manifestants monte. Les forces de l’ordre menée par les CRS “Képis rouges” de l’escadron de gendarmerie mobile de Bapaum (Pas-de-Calais) envoyés par le gouvernement de Charles De Gaulle s’apprêtent. Puis c’est l’Affrontement !

Il s’ensuit une répression sanglante dans les rues de Pointe-à-Pitre menée par les “Képis rouges”. Un premier bilan officiel fera état de 8 morts. Mais en 1985, Georges Lemoine, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, chargé des Départements et des Territoires d’Outre-Mer du gouvernement de Laurent Fabius, déclarait que la répression des événements de mai 1967 avait coûté la vie à 87 personnes.

Tandis que lors d’une interview dans l’émission "Parlons net" du 20 février 2009, Madame Christiane Taubira, députée de Guyane, évoque « 100 morts ». Tout comme le peuple Guadeloupéen ne cessera d’évoquer un nombre bien au delà, de pertes de vies humaines .

Quelque soit le nombre de vies perdues, aujourd’hui, les Guadeloupéens veulent faire toute la lumière sur cette affaire. Par le biais de la commémoration de ce cinquantenaire, en Guadeloupe comme dans l’hexagone, la voix des Guadeloupéens s’élève pour réclamer “la Vérité, la Justice et les Réparations liées à ce crime d’Etat”. Ils se mobiliseront aussi pour réclamer que cesse le harcèlement et les poursuites judiciaires contre les syndicalistes guadeloupéens, alors que le 31 mai Elie Domota, secrétaire général de l’UGTG et porte parole du LKP passera en procès à Pointe à Pitre.

C’est dans ce cadre mémoriel que le “Kolèktif Doubout Pou Mé 67”, en alliance avec les partenaires signataires de cette commémoration, lancent cet appel :

Pour la Reconnaissance de ce crime colonial,

  • L’ouverture totale des Archives,
  • La Vérité et Justice pour les Victimes et leurs familles,
  • Les Réparations liées aux préjudices,
  • La Condamnation de l’État responsable.

Le Kolèktif

Pris dans Paris-luttes-infos en lien

La Guadeloupe assassinée en mai 1967

Massacres de mai 67 en Guadeloupe : Marche pour la vérité, la justice et les réparations

 

https://paris-luttes.info/massacres-de-mai-67-en-guadeloupe-8197

Michael-Scott Christofferson, Les intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981) par Jérome Lamy

 

16 Mai 2017

Un excellent résumé de ce livre indispensable pour comprendre aujourd’hui. A propos de la manière dont Lefort et Glucksman vont avoir à coeur de rendre « potable » Alexandre Soljenitsyne, je suis stupéfaite de l’omerta que les médias français ont organisé autour de la publication du livre que ce dernier a consacré aux juifs et qui témoigne de l’antisémitisme viscéral de cet écrivain fondamentalement réactionnaire dont on a voulu faire un héraut de la liberté

 

(note de Danielle Bleitrach).


https://chrhc.revues.org/2328


 

Michael-Scott Christofferson offre une étude originale et documentée des enjeux de l’antitotalitarisme en France dans les années 1970. L’ouvrage, qui constitue la version publiée de sa thèse de doctorat soutenue sous la direction de Robert Paxton, s’ouvre sur les conditions de réception du concept de totalitarisme en France. Le poids politique et intellectuel du Parti communiste français (PCF) ainsi que sa relation maintenue avec l’URSS ont configuré le débat antitotalitaire dans des formes spécifiques, ceci d’autant plus que la montée en puissance de la gauche, tout au long des années 1970, et son alliance avec le PCF, suscitent des craintes et des réprobations à droite et au sein de la gauche anticommuniste.

 

Le premier chapitre de l’ouvrage dresse un panorama contrasté du « projet révolutionnaire » pendant la période 1947-1974. L’aura du PCF est immense au sortir de la guerre, mais son durcissement progressif interdit un ralliement massif des intellectuels. Les événements de Hongrie et la guerre d’Algérie accroissent plus encore la distance entre les clercs et le parti. Les positions électorales du PCF sont moins stables dès la fin des années 1950. Parallèlement, les forces intellectuelles se recomposent autour des questions politiques. Des intellectuels non communistes entreprennent d’interroger les notions de liberté et de démocratie ; ils revisitent les fondements du projet révolutionnaire et font émerger les valeurs de l’autogestion. Quelques structures éditoriales organisent, encore confusément, cette réflexion réformiste et anticommuniste : Esprit, les Annales, L’Express. L’apathie politique gagne la gauche intellectuelle avant mai 68. Le mois de révolte fait émerger un ensemble de questions inchoatives : l’autonomie, la démocratie directe, l’avant-garde constituent autant de pratiques politiques qui innervent les comités de lutte. Certains intellectuels non communistes (comme Gorz, Morin, Lefort ou Castoriadis) imputent au PCF l’échec de mai 68. Un double mouvement se dessine donc à l’aube des années 1970 : d’une part, un reflux des structures communistes et de leur influence dans le champ intellectuel et, d’autre part, l’émergence, via les mouvements gauchistes d’un réservoir de concepts politiques encore peu usités (autogestion, démocratie directe). La Gauche Prolétarienne joue un rôle crucial dans l’ouverture de ce nouvel espace politique et intellectuel. Le courant maoïste capte une partie des clercs qui s’étaient éloignés ou avaient rompu avec le PCF (Sartre et Foucault notamment).

 

Dans le second chapitre de son livre, Michael-Scott Christofferson décrit minutieusement la réception française de l’ouvrage d’Alexandre Soljenitsyne, L’Archipel du Goulag. Il saisit le texte du dissident soviétique comme un prisme révélateur des enjeux politiques et intellectuels français. Le prétendu « effet goulag », sorte de révélation transcendante sur la réalité des crimes commis en URSS, permet surtout à des intellectuels anticommunistes comme Lefort et Glucksmann d’imposer la thèse de « l’aveuglement de la gauche » et de pointer une improbable « tentation totalitaire » si jamais la gauche arrivait au pouvoir. Christofferson souligne que la réception de L’Archipel du Goulag est très contrastée en Angleterre et aux États-Unis où ses positions réactionnaires choquent la gauche. Le PCF tente de mener une campagne contre Soljenitsyne ; elle échoue et marginalise encore un peu plus le parti. Les réactions à l’endroit du livre de Soljenitsyne sont relativement modérées : plusieurs critiques notent que l’ouvrage n’apporte rien de nouveau (les intellectuels français étaient au courant de la réalité des camps soviétiques) et ses positions rétrogrades sont soulignées. Glucksmann et Lefort font tout pour « acclimater » Soljenitsyne à la situation française : ils créent de toute pièce le mythe de l’aveuglement français sur le goulag et engagent une politique éditoriale de propagation. Leurs ouvrages (respectivement, La cuisinière et le mangeur d’hommes paru en 1975 et L’homme en trop, édité l’année suivante) font « entrer de force » Soljenitsyne dans le paysage français et obligent à une reconfiguration de la gauche. En instaurant (à tort) L’Archipel du Goulag en évènement princeps d’une conscience antitotalitaire, Glucksmann et Lefort stérilisent les horizons politiques et tentent de se débarrasser à bon compte d’un marxisme encore puissant.

 

Le troisième chapitre décrit la « naissance de l’antitotalitarisme » en tant que tel. L’Union de la Gauche, qui scelle l’alliance politique entre le Parti socialiste (PS) et le PCF, est vertement critiquée par les instigateurs de « l’effet goulag ». C’est à ce point précis de son livre que Christofferson déploie, avec une grande précision, l’essentiel de sa thèse : l’antitotalitarisme français répond à des considérations de stricte politique intérieure (i.e. la crainte de voir le PCF accéder au pouvoir avec le PS). Mitterrand essaie, depuis 1972, de maintenir un équilibre entre le PCF et les tentatives de recentrement du mouvement socialiste. Parallèlement, le champ intellectuel a dû faire face à la quasi-disparition du gauchisme au début des années 1970. Le courant antitotalitaire (au sein duquel la revue Esprit et le Nouvel Observateur jouent un rôle moteur) critique l’Union de la Gauche et tentent de faire avancer les idées réchappées du naufrage gauchiste (autogestion et démocratie directe principalement). Globalement, l’antitotalitarisme s’impose en antienne destinée à cadrer la gauche et à surveiller (sinon à détruire) l’alliance entre communistes et socialistes. Le livre de Jean-François Revel, La tentation totalitaire, paru en 1976, constitue le modèle caricatural de cette stratégie : souhaitant voir triompher la social-démocratie, il invalide toutes les autres solutions politiques. Le stalinisme serait, selon lui, déjà présent dans l’argumentaire politique du PS en raison de sa subordination au PCF.

 

Christofferson ne se contente pas de cerner la matrice politico-intellectuelle de l’antitotalitarisme, il met également en exergue, dans le quatrième chapitre, ses linéaments plus ou moins directs. L’avènement de la figure du dissident, comme élément de théorie politique, participe ainsi du remuement général de l’espace intellectuel des années 1970. Si la défense des dissidents et des exilés politiques a toujours constitué une pierre d’angle dans les mobilisations des clercs, l’après-68 est marqué par l’émergence de la thématique des droits de l’homme, comme axe transversal des comités de soutien.

 

Le cinquième chapitre de l’ouvrage de Michael-Scott Christofferson envisage le « triomphe de l’antitotalitarisme » à travers la constitution médiatique des « nouveaux philosophes ». Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann sont les deux principaux meneurs de ce courant, dont on a peine à le qualifier d’intellectuel et plus encore de philosophique (sauf à faire de la philosophie un produit médiatique de faible surface réflexive). Ils usent des médias en stratèges politiques et visent ainsi à transformer le champ intellectuel en le ralliant à leur cause antitotalitaire. Glucksmann défend une position anti-intellectualiste et Bernard-Henri Lévy défend l’idée d’un positionnement moral plutôt que politique. Leurs attaques se concentrent, assez grossièrement, sur le progressisme de gauche et l’idée révolutionnaire. La « campagne promotionnelle » dont ils font l’objet se déploie sur le front de l’édition (Lévy y occupe une position influente) et des revues comme Tel Quel. Leurs critiques (notamment Claude Mauriac et Jean Elleinstein), pourtant fort solides, sont isolés. Les clercs antitotalitaires sont partagés et, s’ils saisissent bien la superficialité intellectuelle du mouvement, hésitent à disqualifier a priori de potentiels alliés.

 

L’ultime chapitre du livre restitue la trajectoire politique et intellectuelle de François Furet. L’historien s’est efforcé de toujours interpréter son engagement au sein du PCF dans les années 1950 comme un « vaccin » contre les illusions communistes. La réécriture qu’il opère de sa propre biographie et le lien grossier qu’il tente de conceptualiser entre la politique révolutionnaire et le totalitarisme témoignent assez de l’importance du contexte antitotalitaire des années 1970. Matrice des positions les plus réactionnaires, fondé sur un anticommunisme viscéral et porté par un puissant vecteur médiatique, l’antitotalitarisme s’est dissipé à l’aube des années 1980. Le livre de Christofferson, dont il faut souligner ici la profonde originalité, ouvre des perspectives historiographiques passionnantes. Sa thèse d’une genèse de l’antitotalitarisme français guidée par des considérations de politiques intérieures convainc et pose la question de l’intrication des champs politique et intellectuel. Le vaste mouvement à droite qui a emporté la gauche intellectuelle des années 1970 n’est pas achevé. La tectonique mise au jour par Christofferson est encore active et appelle des travaux historiques aussi stimulants que le sien sur la période récente.

 

Référence électronique

 

Jérôme Lamy, « Michael-Scott Christofferson, Les intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981) », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 115 | 2011, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 16 mai 2017. URL : http://chrhc.revues.org/2328

Auteur

Jérôme Lamy


Claire Judde de Larivière, La révolte des boules de neige. Murano face à Venise, 1511 [Texte intégral]
Paris, Fayard, coll. « L’épreuve de l’histoire », 2014, 355 p., 22 €.
Paru dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 133 | 2016
Erwin Panofsky, Galilée critique d’art, suivi de Attitude esthétique et pensée scientifique [Texte intégral]
Paris, Les Impressions Nouvelles, 2016, 109 p.
Paru dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 133 | 2016
Confession d’une sorcière. L’affaire de Louviers (1642-1647) [Texte intégral]
Cahors, La Louve Éditions, 2015, 172 p.
Paru dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 132 | 2016
Olivier Ihl, La barricade renversée. Histoire d’une photographie, Paris 1848 [Texte intégral]
Paris, 2016, Éditions du Croquant, coll. « Champ social », 148 p.
Paru dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 132 | 2016
Arnault Skornicki, La grande soif de l’État. Michel Foucault avec les sciences sociales [Texte intégral]
Paris, Les Prairies ordinaires, 2015, coll. « Essais », 280 p.
Paru dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 132 | 2016
Richard Grove, Les Îles du Paradis. L’invention de l’écologie aux colonies 1660-1854 [Texte intégral]
Paris, La Découverte, 2013, coll. « Futurs antérieurs », 164 p.
Paru dans Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 131 | 2016

 

Droits d’auteur

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Publié par  Le Mantois et Partout ailleurs

Le 5 mai 1947, les ministres communistes sont chassés du gouvernement

Ils sont cinq à être évincés par le président du Conseil Paul Ramadier : François Billoux à la Défense nationale, Ambroise Croizat au Travail et à la Sécurité sociale, Georges Marrane à la Santé publique, Maurice Thorez, ministre d’État et Charles Tillon à la Reconstruction et à l’Urbanisme.

En mai 1947, le PCF est le premier parti de France, il a remporté les élections législatives du 10 novembre 1946 avec 5,5 millions de suffrages et 28,8%. Fort de cela, Maurice Thorez, dirigeant national du Pcf et vice-président du Conseil depuis 1946, revendique le poste de président du Conseil, le premier ministre actuel, sauf qu'à cette époque il dirige seul les affaires du pays. Les députés socialistes ont décidé de voter pour lui, mais 29 s'abstiennent. De ce fait, Maurice Thorez n'est pas investi par le Parlement.

Le socialiste Léon Blum forme un gouvernement homogène de décembre 1946 à janvier 1947. Il est remplacé par Paul Ramadier (démocrate chrétien) et 5 communistes entrent au gouvernement.Mais les relations sont tendues entre communistes et socialistes depuis l'échec de Maurice Thorez. Surtout, socialistes et démocrates chrétiens lorgnent du côté de la libre Amérique qui demande que les ministres communistes soient chassés de tous les gouvernements européens auxquels ils participent depuis la fin de la guerre. Ensuite, il y a la guerre coloniale en Indochine et à Madagascar, pays luttant pour leur indépendance, que le Pcf soutient. Enfin, les mouvements sociaux se développent en France à l'initiative de la CGT.

Le 18 mars, les députés communistes se sont abstenus dans le vote de confiance au gouvernement. Le 30 avril, les ministres communistes apportent leur soutien aux grévistes de Renault nationalisé à la Libération, partis en grève illimitée.

Le dimanche 4 mai 1947, à 21h, Paul Ramadier réunit son gouvernement. Il lui expose son programme: poursuite de la guerre en Indochine et à Madagascar et aucune prise en compte des revendications salariales. Les ministres socialistes et démocrates-chrétiens lui apportent leur soutien.

«J’aimerais savoir ce que pensent nos collègues communistes du programme que je viens d’esquisser », demande Paul Ramadier. Et Maurice Thorez a répondu : « Nous soutiendrons les revendications de la classe ouvrière ». (...) Maurice Thorez rejette la théorie du « cycle infernal » entre les salaires et les prix invoquée par Ramadier. Sur quoi Ramadier a dit : « Je constate que nos collègues communistes ne sont pas d’accord avec le président du gouvernement ni avec la majorité du Conseil, et je demande quelles conséquences ils pensent en tirer ». Maurice Thorez a déclaré : « Je n’ai jamais démissionné de ma vie ».  Là-dessus, Ramadier a sorti de son tiroir une petite brochure -c’était la Constitution- a invoqué je ne sais plus trop quel article de cette Constitution qui lui donnait le droit de retirer aux ministres communistes les délégations qu’il leur avait données, car quand on est ministre on ne l’est que par délégation, les ministres communistes se sont levés, sont sortis ; il n’y avait plus de ministres communistes. Voilà ! Ça a été extrêmement rapide et absolument simple1. »

Un gouvernement dit de Troisième force est alors constitué en s'ouvrant plus sur la droite. De recomposition en décomposition, le général de Gaulle prend le pouvoir en 1958 avec l'aval de Guy Mollet, dirigeant national du Ps de l'époque.

La 5République démarre sous la Constitution monarchique voulue par de Gaulle: articles 49-3 et passage par ordonnances compris. Guy Mollet devient ministre du premier gouvernement de droite de la 5eRépublique.

1 Marcel-Edmond Naegelen, ministre socialiste de l’Education nationale, Mémoires de notre temps

Le 5 mai 1947, les ministres communistes sont chassés du gouvernement

Assemblée générale des grévistes de Renault Place Nationale 28 avril 1947

ERRATUM à « Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962. »

 

Publié le 14 Mai 2017

Avec les bonnes pages

remises dans le bon ordre 

Canaille le Rouge

vous présente ses excuses

pour ce malencontreux mastic

Analyse de la constitution de 1958

et des conséquences prévisibles

du référendum de 62 ; 

d'où sont appel à voter NON

En oubliant pas comme le disait Etienne Fajon, que "l'Union est un combat "

 

En oubliant pas comme le disait Etienne Fajon, que " l'Union est un combat "

 

La question des institutions de la Ve République, devant leur obsolescence, arrivent en débat et de partout pointe une exigence de réforme constitutionnelle.

 

Réforme ou écriture d'une nouvelle ?

 

Si le préambule de celle de 1946 reprenant les principes fondateurs de la constitution issue de la Révolution Française reste d'une éblouissante actualité, il n'est pas inutile de rafraîchir la mémoire des uns, donner à connaitre aux plus jeunes ce que fut d'entrée la réflexion du PCF en 1962 pour appeler à dire non au référendum plébiscite mettant en place la présidentialisation du régime.

 

A cette époque, le PCF n'avait de boussole que le combat anticapitaliste, anti colonial, et anti-impérialiste, la volonté de construire une réelle société socialiste pour aller au communisme qu'il définira au fil de sa réflexion comme devant être aux couleurs de la France .

 

Mais comme dirait Aznavour ♫ je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre"♫ . Même si aujourd'hui les peuples crient famine et les libertés sont violemment mises à nues pour les restreindre et humilier. 

 

Le texte qui suit est l'éditorial des "Cahiers du communisme" qui était alors la revue théorique du PCF. Il est signé Roland Leroy au nom du bureau politique. 

 

Ce texte d'une brûlante lucidité dans son actualité montre la réalité de la démarche d'un gaullisme qui a rompu avec son histoire résistante pour permettre au grand capital d'asseoir sa domination institutionnelle.

 

A partir de la réflexion, la direction du PCF d'alors trace des pistes d'analyses qui se confirment encore de nos jours et que le P"c"F d'aujourd'hui a volontairement décidé d'éluder, il en paie le prix fort et laisse le pays désarmé devant une montée des fascismes analysée dès 1962.

 

C'est ce texte qui ouvrira  la réflexion et les travaux sur le capitalisme monopoliste d'état, les raisons de la crise structurelle et systémiques du capital, comment la constitution et la présidentialisation permettre au capital de se prémunir des colères populaires prévisible voire travaillera à les détourner. 

 

Canaille le Rouge pense que la réédition de ce texte dans de bonne condition de lecture est plus que jamais nécessaire. Pour en juger, il vous en passe une copie qu'il a tenté de rendre le plus lisible possible.

 

C'est certes un texte long. les pratiques de lectures militantes de l'époque le permettait. Son importance le justifiait et le justifie encore aujourd'hui.

 

Comme le disait l'Humanité clandestine, "lisez et faites circuler" 

ERRATUM à  "Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962."
ERRATUM à  "Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962."
ERRATUM à  "Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962."
ERRATUM à  "Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962."
ERRATUM à  "Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962."
ERRATUM à  "Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962."
ERRATUM à  "Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962."
ERRATUM à  "Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962."
ERRATUM à  "Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962."

 

Rédigé par Canaille Lerouge

13 mai, vous avez dit 13 mai

 

Publié le 13 Mai 2017

13 mai 1958,

le début d'un coup d'état permanent

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C'est ce coup d'état ainsi qualifié par l'Humanité qui va donner naissance aux institutions de Ve République.

 

Il ne faudrait pas l'oublier et mesurer,  munis de plus d'un demi siècle de douloureuse expérience, de quel cadre il faut s'extirper... Et rappeler ceux qui jouent aux gardiens du temple la nécessité d'un grand mouvement populaire pour, comme d'autres peuples y travaillent, rendre les institutions de la République plus démocratiques et soucieuses des intérets populaires en s'en prenant à l'argent et au capital dominant qui servent de fil d'or à cette légitimité d'aujourd'hui à en permanence contester pour en changer.

 

Le quadrillage de l'espace historique par les militants de la liberté et de la démocratie a cela de bon , c'est que l'apport de chacun mutualisé par tous permet de ne pas trop oublier de dates et moments.

 

Il est bon de rappeler l'Histoire dans ce moments de renouvellement où de locataire de l'Elysée à concierge du temple du CAC à rente, la fonction suit le chemin tracé par la logique des institutions.

 

Le papier de Roger tombe à point, Canaille le Rouge vous le livre in extenso.

 

13 mai 1958: un coup d'Etat ce jour-là en France. - Le blog de Roger Colombier

 

 

13 mai 1958: un coup d'Etat ce jour-là en France. - Le blog de Roger Colombier

Il va induire la prise du pouvoir par le général de Gaulle et l'adoption par référendum de notre très monarchique cinquième constitution de la République. Pour l'heure, encore sous la 4e Ré...

 

http://www.le-blog-de-roger-colombier.com/2017/05/13-mai-1958-il-y-a-bien-eu-un-coup-d-etat-ce-jour-la-en-france.html?utm_source=_ob_reader_admin&utm_medium=_ob_reader_admin_fr

 

Rédigé par Canaille Lerouge

DEUX huit MAI 45 !

 

lundi 8 mai 2017 
par  Alain Chancogne 

 

EN MAI, fais ce qu’il te plait dit le dicton

 

Certainement que BFM TV et toutes les rédactions de service public aussi, vont se faire un devoir de rafraichir la MEMOIRECOLLECTIVE

 

Car il faut parler net :

 

Si les mots ont un sens, je ne vois aucune DIFFERENCE entre ORADOUR sur GLANE de JUIN 44 et SETIF-GUELMA 1945

 

Pour moi le Gruppenführerund Generalleutnant der Waffen-SS LEMMERDING qui mourut tranquillement CHEZ LUI, en RFA et coordonna le massacre d’ORADOUR


.. et les SALAUDS qui, comme le préfet Lestrade-Carbonnel, ordonna aux forces de police : « Faites tirer sur tous ceux qui arborent le drapeau algérien. » - et organisèrent des massacres de masse qu’on chiffre selon les sources de 15000 à 45000 qui s’étalèrent sur plusieurs jours, sont des SERIALKILLERS qui ordonnèrent, couvrirent ou perpétrèrent des CRIMES CONTRE L’HUMANITE


Là-dessus je partage les paroles de MACRON

 

Puisque les fais sont têtus, comme le disait LENINE, et même si « comparaison n’est pas raison »

 

RAPPELONS-NOUS :

 

ORADOUR  :

 

La troupe Waffen SS arrive devant le bourg qu’elle encercle. Elle rassemble la population. Elle sépare les hommes, des femmes et des enfants. Elle exécute les hommes dans des locaux repérés. Elle tue au hasard des rues et des maisons pour qu’il n’y ait pas de témoin. Elle pille puis elle incendie. Elle massacre femmes et enfants dans l’église qu’elle tente de détruire avec des explosifs.


Puis elle procède systématiquement à l’élimination des cadavres par le feu et la fosse commune pour empêcher leur identification.
Elle accroît ainsi la terreur par l’impossibilité de reconnaître les morts, tout en laissant en évidence les traces du massacre.

 

SETIF

 

Légionnaires, tirailleurs sénégalais et même des prisonniers allemands et italiens sont engagés pour réprimer la révolte : manifestants fusillés sommairement par centaines, femmes violées... L’aviation mitraille et bombarde les villages de montagne. Le croiseur Duguay-Troin qui se trouvait dans la baie de Bougie bombarde les douars de la montagne kabyle. À Périgotville, près de Guelma, on fusille tous ceux qui savent lire et écrire. À Chevreuil, Petite Kabylie, c’est par groupes de vingt que des Algériens sont passés par des armes. Des prisonniers fusillés sont jetés dans les gorges de Kherrata. Parmi eux, Rabah Hanouz, membre de la Ligue des droits de l’homme, et ses trois enfants. À son frère Lounis, juste démobilisé à son retour de France, qui faisait partie du Comité pour l’amnistie des prisonniers, le ministre de l’Intérieur, »

 

Voir dossier de l’Humanité

 

Amis et camarades,

 

Notre Histoire, tout comme hier ces plus de 10 MILLIONS de votes le PEN, les assauts que prépare la bourgeoisie avec ce jeune président aux manettes, doivent nous faire prendre au sérieux ce qu’écrivait ARAGON

 

« Rien n’est jamais acquis à l’homme. Ni sa force 
Ni sa faiblesse ni son coeur. Et quand il croit 
Ouvrir ses bras, son ombre est celle d’une croix 
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie 
Sa vie est un étrange et douloureux divorce. »

 

Cent ans après octobre 1917, l’historien Nicolas Werth fait le point dans un Que sais-je ?
 
Valère Staraselski a lu "Les révolutions russes"

Un mot d’abord sur l’auteur de Les Révolutions russes. Nicolas Werth est le fils d’Alexandre Werth auteur d’un incontournable et inoubliable témoignage : la Russie en guerre (1941-1945) paru en deux tomes, chez Taillandier dans la collection Texto. Entré au CNRS en 1989, Nicolas Werth, dont le russe est la langue maternelle, s’est consacré à l’histoire soviétique. Rappelons que sa fiche Wikipedia stipule : « Auteur de la partie du livre noir du communisme (1997) relative à la Russie soviétique et à L’URSS, il s’est publiquement démarqué de l’idée contenue dans la préface de Stéphane Courtois selon laquelle le communisme serait par essence criminogène. Il a également dénoncé, concernant cet ouvrage, des chiffres faux et « une dérive de l’histoire exclusivement policière ». Sur le sujet, je ne saurais trop recommander la lecture de La fin de l’homme rouge (2013) de Svetlana Aleksievitch qui permet, me semble-t-il, de comprendre en pro-fondeur l’expérience soviétique…

 

Pour en revenir à l’ouvrage de Werth, Les Révolutions russes, celui-ci couvre les huit mois de l’année 1917 qui vont de l’abdication du tsar à la prise du pouvoir par les bolcheviks le 25 octobre. Citons d’emblée Pierre Pascal, jeune intellectuel français en mission à Petrograd de 1916 à 1929. Dans Mon journal de Russie (1916-1918) paru en 1975, il écrit sur la Révolution russe qui, tout ce livre le montre, ne relève nullement d’un accident de l’histoire : « Eux, les bolcheviks, sont les théoriciens, mais le peuple russe, qui n’est ni socialiste, ni bolchevik, les suit, parce que lui aussi vit dans l’avenir. Il veut la cessation de l’injustice et du malheur présents sur terre. Maladroitement, tristement, en souffrant, il crée cependant cet avenir. La révolution russe, quelle que soit la réaction qui pourra suivre, aura une aussi énorme répercussion que celle de 1789, et même bien plus grande : ce n’est pas un accident, c’est une époque, et Bossuet commencerait là un chapitre de son Histoire universelle ».

 

Avec la Révolution russe, il y a toujours des problèmes de dates. Le 8 mars, 23 février dans le calendrier julien de l’Eglise orthodoxe, des milliers d’ouvrières du textile convergent vers le centre de Petrograd (Saint-Pétersbourg) : journée internationale du droit des femmes mais surtout colère contre un pouvoir, le tsar Nicolas II, incapable de mettre fin à la pénurie de pain. Dans un contexte de guerre, la Russie a perdu en 1915 les régions économiquement les plus dynamiques, Pologne et Pays baltes, de crise économique, le fossé ne cesse de se creuser entre le peuple et les élites. Les pertes civiles et militaires s’élèveront à plus de trois millions trois cent mille morts et les blessés seront cinq millions. A noter que Lénine est en exil depuis 10 ans ( il rentrera en Russie le 16 avril) et Staline est déporté en Sibérie ( il rentrera en février). Les Cosaques, chargés du maintien de l’ordre, laissent passer les manifestantes. Le régime est discrédité. Manifestations, grève générale, insurrection : le 3 mars, les Romanov, tsars depuis trois siècles, abdiquent. La soif de démocratie s’exprime au grand jour. Et Nicolas Werth d’expliquer que depuis mars jusqu’au fameux octobre 1917, la situation politique russe se complique à nouveau : « les gouvernements provisoires qui se succèdent ne parviennent pas à mettre en place de nouvelles structures étatiques d’encadrement pour contrer l’action des institutions « alternatives » émanant de la société en révolution soviets, comités de quartier et d’usine, comités de sol-dats, milices ouvrières, syndicatsqui proposent et mettent en oeuvre une approche radica-lement nouvelle, locale et décentralisée, de la politique ».

 

Par ailleurs, on est frappé non par la ressemblance du contexte qui est radicalement différent, mais par celle de l’imaginaire avec la Révolution française : « La plus grande « fête de la liberté » se déroule, le 23 mars 1917, sur le champ de Mars, à Petrograd, à l’occasion des funérailles solennelles des victimes de la révolution, promues au rang de « héros de la liberté ». Des centaines de milliers de personnes assistent à cette cérémonie grandiose. Ailleurs, les « fêtes de la liberté » sont l’occasion d’enterrer symboliquement l’ancien régime : on défile, drapeaux rouges en tête et aux sons de la Marseillaise sponta-nément adoptée comme le nouvel hymne révolutionnaire russe, portant le cercueil noir de l’autocratie. Pour de nombreux intellectuels et hommes politiques, la révolution est pro-messe de renaissance spirituelle de la Russie. Le grand écrivain symboliste Dimitri Merej-kovski, proche des socialistes-révolutionnaires, affirme qu’elle est « l’acte le plus chrétien de l’histoire du monde depuis les premiers temps des martyrs ». Et l’auteur ajoute : « Cette « renaissance » n’exclut pas pour autant la violence. Les aigles impériaux qui ornaient tous les bâtiments publics, sont systématiquement détruits ; les statues des tsars (à l’exemption notable de celle d’Alexandre II, le « tsar libérateur » qui a aboli le servage en 1861) déboulonnées ; les portraits du tsar et de la famille impériale démonstrativement détruits, y compris dans les garnisons ».

 

La violence, à commencer par celle inouïe exercée sur les classes d’en bas par les classes d’en haut, leur mépris absolu, celle inhérente à toute guerre qui ne laisse au-cune place à l’espoir, conditionnera durablement l’existence du pays de la révolution socialiste, l’Union soviétique.

 

Rappelons que devant les dirigeants bolcheviks et une assemblée de différents courants socialistes, Lénine présente les thèses d’avril (rédigées lors de son long voyage en train). Ses propos choquent, y compris au sein du parti bolchevik, lorsqu’il pro-pose de rompre tout soutien au gouvernement provisoire, notamment en refusant tout appui à la politique de guerre. Selon lui, la dualité du pouvoir implique que seuls les soviets, forme émergente d’un nouvel Etat, soient soutenus. Pour Lénine, la révolution, loin d’être terminée, passe de l’étape bourgeoise à celle de la révolution sociale. Rappelons encore une fois que son point de vue et largement minoritaire au sein même du parti bolchevik, dont la plupart des cadres ne veulent pas couper les ponts avec les autres courants socialistes, ni même avec le gouvernement.

Lorsque les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks entrent dans le second gouvernement provisoire en mai, ceux-ci laissent désormais l’initiative de la contestation à la rue et aux bolcheviks qui refusent toute politique de collaboration de classe. Fait majeur, l’inspiration à la paix gagne les combattants, d’autant que l’échec de la dernière offensive russe discrédite davantage le régime, incapable de susciter un sur-saut national et patriotique.

 

Et puis, fin mai, la conférence des comités d’usine de Petrograd (397 entreprises) vote pour le contrôle ouvrier et non d’Etat sur les entreprises : « Pour la première fois, les bolcheviks obtiennent une majorité dans une assemblée représentative d’une institution créée par la classe populaire elle-même ».

 

Début juillet, lors d’émeutes, la direction bolchevique « débordée par ses propres partisans » se voit pourchassée, ses journaux interdits. Lénine s’enfuit en Finlande. Chef suprême des forces armées, Kornilov tente un putsch qui avorte. « Sans le putsch de Kornilov, dira plus tard le chef du gouvernement provisoire, Kerenski, il n’y aurait pas eu Lénine ».

 

Pour Werth, « les deux mois qui séparent l’échec du putsch de Korlinov de la prise du pou-voir par les bolcheviks voient s’accélérer, dans un contexte de crise économique de plus en plus aiguë, la radicalisation des masses populaires, soldats, paysans, ouvriers. Cette radicalisation, qui ne signifie pas nécessairement bolchevisation, gagne la plupart des soviets et des comités populaires apparus au lendemain de la révolution de février, tandis que les institutions traditionnelles de l’Etat- gouvernement, administration, armée- perdent le con-trôle de la situation ».

 

La décision de prise du pouvoir par les bolcheviks devra tout à la détermination hors-norme, certains disent fanatique d’autres géniale, de Lénine qui finira par imposer ses vues aux dirigeants bolcheviks, à l ‘exception de Zinoviev et Kamenev. Le 25 octobre, la déclaration annonçant la destitution du gouvernement provisoire est rédigée de la main même de Lénine. Le 26, durant la prise du palais d’Hiver se tient le IIe congrès des soviets. Werth écrit : « La stratégie de Lénine se relève juste : mis devant le fait accompli- la prise du pouvoir par une instance qui ne dépend d’aucune manière du Congrès des soviets- les délégués socialistes (SR, mencheviks et la plupart des sans-parti) dénoncent « la conspiration militaire organisée derrière le dos des soviets » et quittent la salle. Leur départ réduit à l’impuissance Martov et ses partisans, qui espéraient un compromis et proposaient la constitution d’un gouvernement d’union regroupant bolcheviks, SR de gauche et mencheviks-internationaliste. Apres le départ de Martov, les bolcheviks font ratifier leur coup de force par le reste du Congrès (outre les bolcheviks, seuls les SR de gauche et quelques sans-parti sont restés) qui vote un texte rédigé par Lénine attribuant « tout le pouvoir aux soviets ». Cette résolution purement formelle permet aux bolcheviks d’accréditer une fiction qui abusera des générations de crédules : ils gouvernent au nom du peuple dans le « pays des soviets ».

 

Ce que montre Werth dans son ouvrage, un autre historien , Marc Ferro, le résume à sa façon en avançant que : « la Révolution d’Octobre avait pu être à la fois un mouvement de masse et que seul un parti y avait participé ». Ce qui, somme toute, est le propre de toute révolution connue.

 

Loin des délires ultra-réactionnaires de nos pseudo-intellectuels pour et par les médias, en rappelant les événements dans leur complexité, en rapportant les éléments essentiels du contexte historique, à savoir le fractionnement des forces et le rôle de l’initiative des milieux populaires, ce petit livre de Nicolas Werth est d’une grande utilité quant à la connaissance de ce qui a fondé la Révolution d’Octobre.

 

Les Révolutions Russes- Nicolas Werth- Que sais-je ? 126 pages. 9€

Laure Laufer: à propos du film « le procès du siècle » sur le négationnisme

 

 
25 Avril 2017

A propos du film Le procès du siècle qui sort demain et l’affaire Lipstadt -Irving un extrait de mon texte pour La Presse nouvelle où je suis revenue sur le rappel de ce procès qui a condamné David IRVING négationniste notoire, engagé en réalité dans l’IRH et lié à Faurisson… Je recommande toujours la lecture de du texte de Pierre Vidal Naquet en ANTIDOTE ABSOLUE au REVISIONNISME hérité de Paul Rassinier, Faurisson et leurs amis .


« Le film Denial (Déni, négationnisme) de Mick Jackson sort le 26 avril. Pompeusement baptisé Le procès du siècle, il est décevant en ce qu’il ne founit aucun éclairage politique sur l’affaire. De quoi s’agit- il ? Du procès en diffamation intenté par le Britannique David Irving contre l’universitaire américaine, Deborah Lipstadt qu’il accuse de le présenter à tort comme un négationniste dans le livre Denying the Holocaust (Négationnisme de l’Holocauste) qu’elle a publié en 1993.


Le film a beau comporter une séquence de visite commentée à Auschwitz, à titre de preuve documentaire, il n’en joue pas moins la facilité en cherchant la sensation plutôt que la réflexion. Rachel Weisz figure plus qu’elle n’interprète Deborah Lipstadt avec force de séquences de jogging et – c’est à la mode, mais inutile pour le propos – et Timothy Spall dans le rôle de Irving est caricatural même si selon Raul Hilberg , Irving s’est toujours – comme Le Pen – comporté en provocateur. Seul Tom Wilkinson se montre convaincant dans le rôle de l’avocat de la défense. Au total, et malgré un prologue informant le public que l’histoire s’inspire de la réalité, nous avons droit à un succédané du Reader’s digest, où poncifs et clichés donnent une faible image du sujet.


L’affaire en elle-même est pourtant intéressante. L’Américaine Lispstadt, dont la vision est essentiellement mémorielle, voulait prouver la réalité de l’extermination en produisant les témoignages de survivants des camps , une démarche heureusement refusée par ses avocats lesquels choisirent de démontrer qu’Irving avait falsifié l’histoire, parce qu’il était d’extrême droite et antisémite.


Le procès s’est déroulé à Londres du 11 janvier au 11 avril 2000. Il s’est conclu par un verdict favorable à Lipstadt et à son éditeur. Le juge Charles Gray chargé de l’affaire estima qu’Irving avait délibérément manipulé les faits historiques à des fins idéologiques personnelles. Les avocats de Lipstadt prouvèrent qu’Irving était proche de l’IHR (l’Institute for Historical Review) que Pierre Vidal-Naquet décrit comme « la principale officine négationniste au monde (…) véritable “centre d’une Internationale révisionniste” ». Il fut prouvé qu’Irving collaborait au torchon négationniste de l’IHR et qu’il avait défendu Ernst Stundel, un nazi qui finança « l’expertise » commandée au pseudo ingénieur Leuchter pour prouver que, chimiquement et physiquement, il avait été impossible aux nazis d’effectuer des gazages. Leuchter était d’ailleurs un proche de Faurisson avant même d’avoir réalisé son expertise !


Le film ne réussit pas à montrer la nature fasciste et l’objectif politique du négationnisme, même s’il cite un extrait on ne peut plus clair du jugement prononcé par le juge Gray le 11 avril 2000 : « [Irving est] un négationniste actif ; c’est un antisémite et un raciste ; il s’associe avec des extrémistes de droite qui font la promotion du néonazisme […]. Le contenu de ses discours et de ses interviews démontre une tendance clairement pronazie et antijuive. Il fait, à propos du régime nazi, de surprenantes affirmations, souvent infondées, qui tendent à exonérer les nazis des atrocités épouvantables qu’ils ont infligées aux Juifs. […] De mon point de vue, la défense a établi qu’Irving avait un objectif politique. Un objectif qui, ainsi qu’il est légitime de l’inférer, le dispose, lorsqu’il le trouve nécessaire, à manipuler les données historiques de façon à les rendre conformes à ses convictions idéologiques. »

 

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« Liberté, égalité, fraternité » : naissance d’une devise

 

19 Aril 2017 

A propos de Louis Blanc en 1848, je rappelle ce que disait Marx dans les luttes de classe en France: « tandis qu’aux Luxembourg, ils cherchaient la pierre philosophale, à l’Hôtel de ville, ils battaient déjà la monnaie ». Soulignons également non seulement le réalisme de Marx, mais l’égalité homme-femme que Marx et Engels défendent et pas seulement dans les termes mais dans les faits et la manière dont sur ce point comme d’autres ils s’opposent à Proudhon et à d’autres révolutionnaires de l’époqie.

 

(note de Danielle Bleitrach)


Publié le 18/04/2017

Liberté, égalité, fraternité, estampe de C. Maurice ; 1848 – source Gallica BnF

Ces trois mots apparaissent pour la première fois sur un document officiel le 27 février 1848, à l’issue de la révolution.
 

Si la formule est plus ancienne, les trois mots « Liberté, égalité, fraternité » apparaissent côte à côte pour la première fois en tête d’un document « officiel » le dimanche 27 février 1848. Ce jour-là, Le Moniteur universel, organe du gouvernement français, publie un communiqué du gouvernement provisoire, formé suite à la révolution qui a eu lieu à Paris du 22 au 25 février et a abouti à la proclamation de la Deuxième République, où figure la devise. 

 

« Citoyens,

La royauté, sous quelque forme qu’elle soit, est abolie. […] La République est proclamée. Le peuple est uni. […] Conservons ce vieux drapeau républicain dont les trois couleurs ont fait avec nos pères le tour du monde. Montrons que ce symbole de liberté, d’égalité, de fraternité, est en même temps le symbole de l’ordre, et de l’ordre le plus réel, le plus durable, puisque la justice en est la base et le peuple entier l’instrument. »

 

Dans cette proclamation, où figurent aussi un certain nombre de mesures que le gouvernement provisoire entend présenter à l’Assemblée (abolition de la peine de mort, suffrage universel masculin…), la devise nationale est en effet directement reliée aux couleurs du drapeau de la France :

 

« Le Gouvernement provisoire déclare que le drapeau national est le drapeau tricolore, dont les couleurs seront rétablies dans l’ordre qu’avait adopté la République française ; sur ce drapeau sont écrits ces mots : République française, Liberté, Égalité, Fraternité, trois mots qui expliquent le sens le plus étendu des doctrines démocratiques, dont ce drapeau est le symbole, en même temps que ses couleurs en continuent les traditions. »

 

C’est Louis Blanc, membre du gouvernement, qui a décidé de l’adoption de la formule. Lors de la rédaction de la Constitution, le 4 novembre 1848, elle sera définie comme un principe de la République.

 

La liberté et l’égalité avaient été posées comme principe dans l’article 1er de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits »). En 1793, la Commune de Paris inscrivit sur les édifices publics de la ville la formule « La République une et indivisible – Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort ».

 

Telle quelle, la devise nationale n’apparaîtra que le 14 juillet 1880 sur le fronton de toutes les institutions publiques.

Ce que vont nous apprendre les archives de l’ONU sur l’Holocauste

 

 19 Avril 2017 

Ce que vont nous apprendre les archives de l’ONU sur l’Holocauste
Des déportés lors de la libération du camp d’Auschwitz en 1945. (Elizaveta Svilova / AFP)

Les archives de l’ONU utilisées pour poursuivre les nazis seront rendues publiques cette semaine. Ces dernières révèlent des détails sur les camps de la mort et la Shoah, une façon de lutter contre le négationnisme.

 

Pour la première fois, les archives de la Commission des crimes de guerre des Nations unies, datant de 1943, vont être rendues publiques par la Wiener Library de Londres, rapporte le « Guardian », ce mardi 18 avril. Un catalogue pourra être consulté en ligne. Cette bibliothèque a été fondée en 1934 par le Docteur Alfred Wiener pour surveiller l’antisémitisme nazi. A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, il a expédié sa collection à Londres et a travaillé avec le gouvernement britannique pour fournir des preuves pour les procès de Nuremberg.

 

Les archives en question avaient été classées et ont cessé d’être utilisées, sous l’impulsion des Etats-Unis, lorsque l’Allemagne de l’Ouest est devenue un allié au début de la guerre froide. Le président Harry Truman, mais aussi des responsables britanniques, avaient à cette époque estimé que le combat contre le communisme était prioritaire, ce qui aurait freiné les poursuites contre les nazis.

 

Les Alliés au courant des massacres dès 1942

 

L’annonce de la publication de ces archives intervient peu de temps après la sortie du livre « Human Rights After Hitler: The Lost History of Prosecuting Axis War Crimes » de Dan Plesch, directeur du Centre des études internationales et diplomatique de Londres, qui a eu accès à ces documents depuis une décennie.

 

Selon cet ouvrage, les puissances alliées étaient au courant des massacres de Juifs dès 1942.

« Les grandes puissances ont émis des commentaires sur le meurtre de masse des Juifs deux ans et demi plus tôt que ce qui était généralement supposé. On pensait qu’ils l’avaient appris quand ils ont découvert les camps de concentration, mais ces commentaires datent de décembre 1942 « , a expliqué le chercheur au quotidien britannique « The Independent », le 18 avril.

 

Un autre document, de mars 1943, cite l’un des ministres membres du cabinet de guerre de Winston Churchill, le vicomte Cranborne. Il a déclaré que les Juifs ne devaient pas être considérés comme « un cas particulier » et que le Royaume-Uni accueillait déjà trop de réfugiés.

 

La justice d’abord réclamée par les pays envahis

 

Les fichiers sur le point d’être rendus publics, que Dan Plesch a étudiés pour son ouvrage, révèlent des informations importantes sur les camps de la mort, les crimes de guerre nazis et l’Holocauste. On y apprend notamment que les premiers à avoir demandé que justice soit faite sont des pays qui ont été envahis comme la Pologne ou la Chine, avant même que la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou la Russie lancent les procès de Nuremberg, en novembre 1945.

 

Toujours selon le « Guardian », les documents dévoilent également que le viol ou la prostitution forcée ont été poursuivis comme crimes de guerre dans des tribunaux de pays plus éloignés comme la Grèce, les Philippines ou la Pologne à la fin des années 1940. Jusqu’alors, la reconnaissance de ce type de crimes de guerre était considérée comme une avancée légale des années 1990 après le conflit bosnien.

 

Des détails sur les camps d’Auschwitz et Treblinka  

 

Le gouvernement polonais en exil a également pu fournir des descriptions détaillées des camps de concentration d’Auschwitz et Treblinka où des millions de Juifs ont été gazés. Une archive d’avril 1944 explique notamment que les victimes étaient forcées d’enlever leurs vêtements et comment « les sols des chambres en terre cuite… devenaient très glissants quand ils étaient mouillés ».

 

D’autre part, certains des plus anciens fichiers collectés accusent directement Adolf Hitler pour son rôle dans la coordination et le contrôle des unités nazies de Tchécoslovaquie. Là-encore la majorité des documents ont été rapportés par le gouvernement de ce pays, alors en exil. Plus de 300 pages détaillent ses ordres et ses responsabilités. Le Führer avait été accusé en secret par une réunion de la Commission des crimes de guerre fin 1944.

 

 

 

Un document de la Commission des crimes de guerre des Nations unies de décembre 1944 accusait Adolf Hitler de crimes de guerre. (Capture d’écran « The Independent »)

 

« Une ressource pour combattre le négationnisme »

 

Alors que ces archives ne pouvaient être consultées qu’avec l’accord du gouvernement et du secrétaire général de l’ONU, le chercheur Dan Plesch a aidé à convaincre Samantha Powers, l’ambassadrice américaine à l’ONU de les rendre accessibles. Ce qu’elle a fini par accepter. Pour lui, « c’est une importante ressource pour combattre le négationnisme de l’Holocauste ».

 

L’archiviste de la Wiener Library a également déclaré au « Guardian » :

 

« Nous anticipons un fort intérêt. Certain des fichiers PDF contiennent plus de 2.000 pages. […] Il se pourrait bien que les gens soient en mesure de réécrire des chapitres cruciaux de l’histoire à l’aide de ces nouveaux éléments de preuve. »

 

Marlène Thomas

Publié par  Le Mantois et Partout ailleurs

16 avril 1917: l'offensive française meurtrière du Chemin des Dames et la Chanson de Craonne

16 avril 1917: l'offensive française meurtrière du Chemin des Dames et la Chanson de Craonne

Lors de la conférence interalliée de Chantilly, le 16 novembre 1916, le général Nivelle assure que son offensive sera la"rupture" décisive tant attendue grâce à une préparation massive de l'artillerie qui dévastera les tranchées ennemies."Je renoncerai si la rupture n'est pas obtenue en quarante-huit heures" , promet-il. Mais au bout de 24 h, c'est un échec sanglant et le général perdure à envoyer les soldats français au massacre.

Lors de ces attaques, plus de 20 000 soldats tombent. Le désespoir est immense chez les poilus et ils ne supportent plus ces sacrifices inutiles ni les mensonges de l'état-major. Des mutineries éclatent, sans qu'une arme ne soit braquée sur un gradé ou qu'une compagnie n'ait déserté. Les mutineries interviennent à l'arrière dans les troupes mies en repos après cette offensive des plus meurtrières, le général Nivelle ordonnant qu'elles remontent au front.

Celui n'est limogé que le 15 mai 1917. Pétain le remplace, mais les mutineries perdurent durant tout ce printemps 1917. L'historien Jean-Baptiste Duroselle évalue à 250 le total des mutineries sur le front français. Sous les ordres de Pétain, les tribunaux militaires prononcent3 427 condamnations dont 554 à mort ; à sept reprises, Pétain refuse de transmettre les dossiers de recours en grâce et une soixantaine de soldats sont passés par les armes. Les autres sont condamnés aux travaux forcés.

Le nom de Craonne, situé au cœur de la bataille du Chemin des Dames, a été popularisé par La Chanson de Craonne qui reste associée aux mutins de 1917 de la Première Guerre mondiale et fut interdite sur les antennes jusqu'en 1974.

 

 

Hô Chi Minh, journaliste à « l’Humanité »

 

Publié le 10/04/2017

L’Humanité du 1er juin 1922 ; source RetroNews BnF

Au début des années 20, le futur président de la république démocratique du viêt nam publia des articles anticolonialistes dans le journal communiste.
 

Entre 1920 et 1923, on trouve en bas de plusieurs articles de L’Humanité la même signature : Nguyen Ai Quac. Ce pseudonyme, qui signifie « Nguyen le Patriote » en vietnamien, est celui d’un journaliste et militant communiste du nom de Nguyễn Sinh Cung. Des années plus tard, celui-ci sera connu dans le monde entier sous celui de Hô Chi Minh.

 

Né en 1890 dans le nord de l’Annam, province de l’Indochine française, il vit en France depuis 1918. Lié à la gauche française (il adhère à la SFIO en 1918, puis au Parti communiste en 1920), il y publie un livre, Le Procès de la colonisation française, et rédige de nombreux articles dans lesquels il rapporte les injustices vécues par ses compatriotes et dissèque l’actualité coloniale. Certains paraissent dans le journal qu’il a créé, Le Paria, d’autres dans la rubrique « L’Humanité aux colonies » du quotidien communiste.

 

Le jeune militant prône une complémentarité, au sein du Parti communiste, entre la lutte ouvrière et la lutte anticoloniale. Dans un article paru le 25 mai 1922, il écrit ainsi :

 

« Le parti français ne peut, comme les Ire et IIe Internationales, se contenter de manifestations purement sentimentales et sans suites ; mais il doit avoir un plan d’action précis, une politique effective et réaliste. »

 

Le 1er juin 1922, il dénonce avec virulence la situation dans les colonies :

 

« Pour masquer la laideur de son régime d’exploitation, le capitalisme colonial décore toujours son blason pourri avec la devise idéaliste Fraternité, Égalité, etc. Or voici comment ce champion d’égalité entend la mettre en pratique. Dans le même atelier et pour le même travail, l’ouvrier blanc est plusieurs fois mieux payé que son frère de couleur. Dans les administrations, les indigènes, malgré la durée de service et malgré l’aptitude reconnue, touchent un salaire de famine, tandis qu’un blanc nouvellement pistonné reçoit des appointements supérieurs en faisant moins de travail. »

 

Le 24 juin et le 20 août, il publie deux contes amers sur l’Indochine, « Les Lamentations de Trung-Trac » et « L’Enfumé »Le 28 septembre, il s’en prend à la censure postale qui frappe les habitants des colonies :

 

« Alors qu’on tue et qu’on vole impunément les indigènes, ceux-ci n’ont même pas le droit le plus élémentaire, celui de correspondre. Cette atteinte à la liberté individuelle vient ajouter un autre diadème sur la couronne de l’ignoble politique de mouchardage et d’abus qui règne dans nos colonies. »

 

Le 8 janvier 1923, épluchant le budget des Colonies, il ironise sur la « mission civilisatrice » de la France :

 

« Si nous ajoutons que, rien que pour l’Indochine, les dépenses militaires dépassent, en millions 600 000 fr., alors que le budget pour l’Instruction publique n’atteint pas mille piastres, et celui pour les services sanitaires 55 mille piastres, on voit toute la beauté du régime colonial de la débonnaire et désarmée République française. »

 

À cette époque, L’Humanité était le seul quotidien à grand tirage ouvertement anticolonialiste.

 

En mai 1923, Nguyễn Sinh Cung est convié à Moscou, où il est formé par le Komintern, qui l’envoie en Chine construire les bases d’une organisation révolutionnaire indochinoise. Fondateur en 1930 avec Mao du Parti communiste indochinois, il mènera la lutte contre les colonisateurs français, puis l’occupant japonais à la tête du Viêt-minh, jusqu’à la révolution d’Août, en 1945. Celle-ci aboutira, le 2 septembre, à l’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam.

 

Devenu président en 1954, à la suite des accords de Genève, celui qu’on appelle désormais Hô Chi Minh meurt le 2 septembre 1969, vingt-quatre ans exactement après la proclamation d’indépendance.

 

Vel d’hiv encore: Une chanson inconnue qui dit bien ma rage et ma revendication de l’éternité contre les bourreaux

 

11 Avril 2017

Le Vel d’hiv, nous qui en sommes revenus, comment peut-on survivre à une telle expérience ? Mon mari qui avait été déporté communiste à Dachau, emporté dans le train de la mort me disait « si l’on veut survivre dans de telles conditions, il faut s’oublier… je l’ai cru et c’est pour ça que je suis devenue communiste : pour transformer mes peurs enfantine en part d’éternité…

 

Mais cette chanson de Bécaud criée par Anny Cordy dit bien la colère qui reste pour toujours au fond de mon coeur et que tout racisme, toute injustice envers les pauvres réveille.

 

Danielle Bleitrach

 

Il y a eu le Vel d'Hiv, ses 13 000 raflés et déportés...et ceux qui l'ont organisé.

 

Publié le 10 Avril 2017

Certains d'entre eux

prendront en catastrophe

le chemin de Sigmaringen.

D'autres réussiront

de spectaculaires reconversions.

On comprend pourquoi

ils préfèrent

ne pas trop s'attarder sur la période 

 

Il y a eu le Vel d'Hiv, ses 13 000 raflés et déportés...et ceux qui l'ont organisé.

 

Pour  comprendre pourquoi le Vel d'Hiv, pourquoi Drancy, pourquoi les convois des 31000 et 45000 et d'autres, pourquoi N&N (en français "nuit et brouillard") qui ne correspondaient pas à une définition unique mais dont les traits communs fondent une politiques, il faut revenir à ce qui fait la litière gorgée de purin de l'extrême droite française.

 

L'antisémitisme se conjugue avec la haine du peuple surtout s'il brandit un drapeau rouge. (la haine du "juif Marx" est en cela générique)

 

Ce qui fera les lois antisémites d'octobre 40, annotées de la main de Pétain pour les rendre plus virulentes, remonte à l'affaire Dreyfus et l'ultra réaction catholique prégnante au sein de l'état major. Déjà hors des casernes un vaste réseau émergera avec Daudet (Alphonse l'ordure financeur, puis Léon son fils lié à Drumond et l'Action française). Ce sera le creuset de la haine anti front populaire. une putréfaction financée sans limite par la partie la plus réac puis fascisante du patronat.

 

Quand les plus de 600 députés et sénateurs autorisent Pétain à mettre à bas la République,il ne seront que peu inquiété à la libération au regard de leur responsabilité,  Weygand (futur académicien sous la 5e) depuis la Syrie où il piaffe d'impatience pour "casser les reins aux soviets et s'emparer des puis de pétrole de Bakou"  dira "c'est déjà ça de gagné". 

 

Dans ces conditions, dire que le veld'hiv c'est de la responsabilité de la France revient à dire à juste titre que tous les francisqués (de Pinay à Mitterrand), tout ceux qui prendront le maquis en septembre 44 voir ceux qui quitteront vichy pour rejoindre Alger ou Londres en 1943 sont coresponsables de ce crime sans  précédent dans l'histoire du pays (même le "tuez les tous dieu reconnaîtra les siens" contre les cathares avaient fait moins de victimes).

 

Et surtout tâche indélébile à l'infamie alors que ni Oberg à Paris ni Berlin ne demandaient au titre de la conférence de Wansee que la France leur livre les enfants, c'est Laval avec l'accord de Pétain qui, si on ose le dire ainsi ici, a poussé les feux avec l'active mobilisation de Bousquet le pote et protégé de Mitterrand.

 

A ce propos il serait bon de rappeler largement que la führerin du f-haine dirige une organisation fondée par les résidus de cette collaboration à l'image d'un de ceux qui avec son père a porté son parti sur les fonds baptismaux :Tixier Vignancourt. Celui-ci sera l'avocat de Celine le nazi et de Salan de l'OAS. Le Pen père sera le directeur de campagne lors de la présidentielle de 1965. Il a été des très antisémites  camelots du roi, membre des Volontaires nationaux liés aux Croix-de-feu puis du Parti populaire français de Doriot, il est secrétaire général adjoint à l’Information de l’État français du gouvernement de Vichy de 1940 à 1941 au moment ou Petain inscrit l'histoire de l'infamie de l'état français et tiendra une tribune antisémite sur les ondes qui concurrencera la haine d'un Hérold Paquis.

 

Oui, Vichy n'est pas une parenthèse mais bien la continuité ignoble d'un processus construit sous la République par une part importante de ses "élites" pour la détruire. Arrivant à ses fins par les trahisons en cascade (de l'Espagne 36 à la capitulation été 40  en passant par Munich 38) ces "élites" renoueront au grand jour avec les traditions bestiales du pogrom qui depuis Louis N°9 de chez Capet (et pour cela aussi sera sanctifié par l'église) que la Révolution Française (que pour cela aussi ils haïssaient) avaient condamné en instaurant le droit du sol opposé au droit du sang que le F-haine veut réinstaurer. Tout se tient.

 

L'opération de la patronne du f-haine en cela n'est que la continuité des diversions pour effacer des mémoires la convergence de la haine de classe, la haine raciale, la haine sociale ; la haine de l'autre tout simplement. 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

L’accueil des réfugiés en France au XIXe siècle

 

09 Avril 2017

 

 

Espagnols, allemands, polonais, italiens… ils sont nombreux à avoir cherché asile en france au cours du xixe siècle. L’historienne Delphine Diaz, spécialiste de l’histoire des exilés et réfugiés politiques, revient sur les réactions que leur arrivée a suscitées.

 

Alors que la crise de l’asile occupe aujourd’hui les unes des journaux européens et s’impose comme un sujet politique et médiatique de premier ordre, le détour par la presse du XIXe siècle montre que l’accueil de réfugiés étrangers n’est pas sans avoir suscité l’intérêt des journaux de l’époque.

 

La France a accueilli entre le printemps 1813 et la fin de l’année 1814 plus de 10 000 réfugiés espagnols, ceux qu’on appelait les « joséphins » en référence à leur engagement en faveur du régime de Joseph Bonaparte. Ils ont reçu à leur arrivée en France des secours qui ont été distribués pour la première fois à l’été 1813. Il en est fait mention dans le Journal des débats et des décrets du 11 octobre 1814 :

« (…) il sera donné aux réfugiés espagnols non militaires, y compris les femmes et les enfants, des secours comme aux Espagnols militaires réfugiés. Pour les obtenir, ils sont tenus de se faire inscrire chez les commandants d’armes des lieux où ils habitent, ou chez le commandant qui est le plus à proximité de leur résidence. »

Mais l’attribution de cette aide financière a rapidement fait l’objet de critiques sous le régime de la Restauration, comme le montrent les débats à la Chambre des députés retranscrits dans le Journal des débats politiques et littéraires en 1817.

« M. Cornet d’Incourt : Je me suis servi de l’expression de traitement d’inactivité, parce qu’il résulte des discussions qui ont eu lieu, que les réfugiés espagnols ne reçoivent pas uniquement des secours alimentaires, mais des traitements ou des pensions (comme vous voudrez les appeler) proportionnés à leurs grades et aux emplois qu’ils occupaient dans le gouvernement de Joseph Buonaparte. »

Massification et diversification

 

Au cours des années 1820, l’accueil d’exilés politiques s’est poursuivi, rythmé par l’arrivée aux frontières d’exilés espagnols, italiens et portugais engagés en faveur du libéralisme. Mais à partir de la monarchie de Juillet, la France a dû faire face tout à la fois à une massification et à une diversification géographique des émigrations politiques.

 

Si le « soleil de Juillet » dont parlait Heinrich Heine a exercé son attrait sur les patriotes allemands, italiens et espagnols, les plus nombreux à arriver en France à partir de l’hiver 1831-1832 sont les Polonais de la « Grande Émigration », dont plus de 4 000 d’entre eux ont reçu des secours de l’État dès leur arrivée et ont suscité des manifestations de solidarité au sein de la société civile, comme on peut le lire dans Le Constitutionnel du 28 janvier 1832 :

« - Les élèves du collège royal d’Orléans ont ouvert entr’eux une souscription au profit des réfugiés polonais. […]


- Le premier convoi des colonnes de Polonais qui arrivent en France par Forbach, a dû faire son entrée le 25 à Metz, il est composé d’environ 70 officiers […]. »

« La réunion était embellie par un grand nombre de dames qui ont fait une quête pour les Polonais réfugiés. La collecte a produit une somme assez considérable, qui sera versée au comité central, présidé par le général Lafayette. »

Au cours de cette décennie, les étrangers accueillis en France pour des motifs politiques n’étaient cependant pas tous inspirés par le libéralisme comme les Polonais, ceux qu’on appelait alors les « Français du Nord ». La première guerre carliste espagnole (1833-1839) s’est soldée par l’exil de milliers de partisans légitimistes du prétendant Don Carlos vers la France.

 

Les révolutions de 1848-1849 et les phénomènes de répression qui les ont accompagnées ont incité de nouveaux opposants européens, libéraux et démocrates, à prendre le chemin de l’exil jusqu’à la France, qu’ils fussent Lombards ou Vénitiens, Allemands ou Hongrois.

 

En mai 1848, Le Constitutionnel relate le passage à Strasbourg de colonnes d’Allemands qui « doivent être traités comme réfugiés politiques » et se voient disséminés dans les départements français.

« Nous lisons dans le Courrier du Bas-Rhin : « Une décision ministérielle parvenue à Strasbourg porte que les Allemands qui peuvent se trouver réunis sur le territoire français seront internés dans différents départements, parmi lesquels seront désignés à leur choix ceux du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône, des Ardennes, etc. Ils doivent être traités comme réfugiés politiques et recevront des passeports avec secours de route.

 

Une première colonne d’une soixantaine d’hommes est revenue du Haut-Rhin à Strasbourg dans la journée de vendredi ; une seconde colonne est arrivée samedi. Les citoyens de Strasbourg ont continué, avec un généreux empressement, à pourvoir à la subsistance de ces réfugiés. Si la politique adoptée par le Gouvernement français l’oblige à s’opposer au séjour prolongé de ces étrangers dans les départements du Rhin, la sympathie de la population de Strasbourg pour ces défenseurs de la cause républicaine en Allemagne ne conserve pas le moins le droit d’adoucir, autant que possible, la pénible position dans laquelle ils se trouvent en ce moment. » »

La construction du « réfugié »

 

C’est aussi au cours de la première moitié du XIXe siècle, époque où les migrations politiques vers la France se sont intensifiées, que s’est parallèlement construite, de manière à la fois juridique et empirique, la catégorie administrative du « réfugié ». Elle est circonscrite dans de nouvelles lois qui adoptent ce terme dans leur intitulé, en premier lieu celle du 21 avril 1832, précédée de débats houleux à la Chambre dont se fait l’écho Le Figaro du 10 avril 1832.

 

« Pareille loi, on le comprend d’avance, ne pouvait passer sans qu’elle soulevât une chaude et opiniâtre opposition. Ainsi il en a été.

 

Nous avons eu des discours comme aux plus beaux temps de la ferveur parlementaire. Nous avons eu, comme alors, des interruptions et des cris, des attaques violentes et des rappels à l’ordre. Le drame avec toutes ses scènes a été complet.

 

M. Lafayette, généreux avocat de tous les patriotes du genre humain, vénérable citoyen cosmopolite des deux-mondes, a plaidé avec cette onction qu’on lui sait la cause des étrangers victimes des malheurs politiques de leur patrie, et surtout la victorieuse tyrannie de l’autocrate. »

Grâce à cet appareil législatif, grâce à la réglementation et aux expérimentations qui l’ont accompagné et précisé, les réfugiés ont été progressivement définis comme des individus coupés de tout lien avec leur pays d’origine, venus en France pour des motifs exclusivement politiques, et devant compter sur l’aide du gouvernement pour subsister.

 

Néanmoins, après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, l’exil n’est plus seulement un phénomène auquel l’opinion de gauche française assiste avec sympathie, tandis que l’administration renâcle pour des raisons à la fois économiques et politiques ; il devient aussi un triste article d’exportation. Les proscrits républicains français, qui ont sans doute représenté un effectif de plus de 10 000 personnes, se sont dispersés dans plusieurs pays d’accueil tels que la Belgique et la Grande-Bretagne.

 

Dans le même temps, c’est le statut à la fois administratif et symbolique d’une France terre d’asile qui s’est trouvé compromis par un régime suspicieux à l’égard des exilés étrangers, ne manifestant plus de compassion pour ceux qui étaient considérés comme des fauteurs de troubles et des ennemis politiques en puissance.

 

Delphine Diaz, historienne, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Reims Champagne-Ardenne


Publié le 15/11/2016

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

La Rafle du Vel' D'hiv et la préférence nationale des bleu blanc brun: cela semble en indisposer certains du côté de la pensée unique

 

 

La Rafle du Vel' D'hiv et la préférence nationale des bleu blanc brun: cela semble en indisposer certains du côté de la pensée unique

 

La candidate de l'extrême droite à la présidence de la République française - rien que ça- a nié publiquement hier la responsabilité de la France dans la rafle antisémite du Vel' d'Hiv, perpétrée les 16 et 17 juillet 1942 dans Paris et sa banlieue. Ce n'est pas la première fois que le parti d'extrême droite révise ainsi les années noires de l'Histoire de France, sous l'Etat français de Philippe Pétain collaborant avec l'Allemagne nazie. Nombre  de français dits de souche, ayant collaborés avec le Reich Hitlérien, se sont retrouvés en 1972 comme dirigeants du FN.

 

Ainsi il en est de Léon Gaultier

La Rafle du Vel' D'hiv et la préférence nationale des bleu blanc brun: cela semble en indisposer certains du côté de la pensée unique

Né en 1915, il entre en 1941 au Cabinet de Paul MARION fondateur du Parti populaire français d'inspiration fasciste et futur ministre de Philippe Pétain. Léon Gaultier fonde la Milice, organisation para-militaire créée pour traquer les Juifs et la Résistance et armée par l'Allemagne nazie. En 1943, Léon Gaultier est sous-lieutenant de la SS et combat contre l'Armée rouge.

Arrêté à la Libération, il est condamné à 10 ans de réclusion, Mais libéré en Juin 1948, après que le PCF ait été chassé du gouvernement de la France, il devient Directeur des relations publiques pour l’Agence Havas jusqu’en 1958. Il avait été chroniqueur à Radio Vichy durant la guerre. Il quitte Havas pour être Directeur du Syndicat des grossistes en produits alimentaires. 

 

Par la suite, il cofonde avec Jean-Marie Le Pen la Société d’études et de relations publiques spécialisée dans l’édition de discours politiques et chants militaires, notamment nazis. En 1972, il compte parmi les membres fondateurs du conseil national du Fn.

 

Le  a lieu l'élection du premier bureau politique du FN, avec pour président Jean-Marie Le Pen. Le vice-président est François Brigneau, engagé dans la Milice après le débarquement des Alliés en Normandie en juin 1944. Le trésorier est Pierre Bousquet ancien caporal de la 33e division de grenadiers SS Charlemagne. il fait partie des 300 Français qui combattront les Russes en avril 1945 dans Berlin.

 

Pourquoi la candidate de l'extrême droite renierait-elle ceux qui collaborèrent sous le régime Vichy avec l'Allemagne nazie et fondèrent le parti de son père, celui-ci ayant été aidé financièrement comme héritier de la fortune du cimentier Lambert en 1976?

4 avril, brève dans l'histoire

 

Publié le 4 Avril 2017

Au pays de la liberté...

d'entreprise,

celle d'exploiter.

 

4 avril, brève dans l'histoire

Quand le Napalm de ses B52 ravageaient  le Vietnam et aspergeaient les populations par des rideaux de napalm de Monsanto.

 

Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné à Memphis - La Contre-Histoire

Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné à Memphis - La Contre-Histoire

 

Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné à Memphis, Tennessee, sur le balcon du Lorraine Motel. " Les barricades sont les voix de ceux qu'on n'entend pas. " Martin Luther King. Le pasteu...

http://lacontrehistoire.over-blog.com/le-4-avril-1968-martin-luther-king-est-assassin%C3%A9-%C3%A0-memphis

 

Version étatsunienne de "la rose et le Réséda", dans le même temps, Paul Robeson était interdit de sortie des USA harcelé par le FBI pour user de sa notoriété d'artiste pour mener son combat de citoyen américain progressiste, engagé, pacifiste, opposé aux guerres impérialistes, soutien à celles de libération, l'unissant avec celui qui croyait au ciel, M Luther King, lui qui n'y croyait pas. 

 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par  El Diablo

Il y a 65 ans, le 30 mars 1952, l’exécution de Níkos Beloyánnis, communiste, chef de la résistance grecque pendant la Seconde Guerre mondiale

Níkos Beloyánnis, l'homme à l'œillet rouge

Níkos Beloyánnis, l'homme à l'œillet rouge

Il est né à Amaliada (Péloponnèse) en 1915. Il est issu d’une famille aisée et étudie le droit à Athènes. Dans les années 1930, il est arrêté et incarcéré à la prison Akronauplia (Nauplie) par le régime de Métaxas. Il reste entre les mains des Allemands après l’occupation nazie du pays (1941). Il s’évade en 1943 et rejoint Armée populaire de libération nationale (ELAS) dans le Péloponnèse avec Áris Velouchiótis. Il devient commissaire politique de l’Armée démocratique de Grèce (DSE) au cours de la Guerre civile grecque ; il est un des derniers à quitter le pays en 1949 après la défaite des communistes.

En juin 1950, Beloyánnis retourne en Grèce afin de réorganiser le Parti communiste (KKE) déclaré illégal. Il est arrêté le 20 décembre 1950 et accusé de transmettre des informations à l’Union soviétique et enfermé jusqu’au procès en cellule éclairée en permanence. Sa compagne Hélli Iôannídou arrêtée avec lui, était enceinte. Elle accouchera de leur fils Nikólaos en août.

le portrait de Níkos Beloyánnis par Picasso

le portrait de Níkos Beloyánnis par Picasso

Le procès, qui concerne 94 accusés, débute à Athènes le 19 octobre 1951. L’un des trois membres de la cour martiale est Geórgios Papadópoulos, qui devint plus tard le chef de la dictature militaire de 1967-1974.

Beloyánnis nie toutes les accusations et insiste sur le caractère patriotique de ses actions pendant la résistance anti-nazie (1941-1944), l’intervention britannique (1944-1946) et la guerre civile grecque (1946-1949).

La cour martiale le condamne à mort le 16 novembre ainsi qu’onze de ses camarades

Un deuxième procès se déroula le 15 Fevrier 1952, devant le Tribunal permanent des forces armées, avec 28 accusés, dont Hélli Iôannídou. Elle apprendra sa condamnation à mort, deux semaines plus tard, lors de son accouchement. Les nouvelles accusations étaient l’espionnage, suite à la découverte (vraie ou fausse) le 14 novembre de radios clandestines au Phalère.

Hélli Iôannídou, jeune mère, ne fut pas exécutée.

En dépit des appels nationaux et internationaux à la clémence, Le 1er mars 1952, à Athènes, le Tribunal militaire permanent condamne à mort Níkos Béloyánnis, 37 ans,

Béloyánnis tenait un œillet rouge durant le procès.Image et symbole qui se répandirent dans le monde entier.

Béloyánnis fut exécuté, au matin blême, à 4 h 10, dimanche 30 mars 1952, avec Dimítris Bátsis, Níkos Kaloúménos et Ilías Argyriádis, au camp de Goudí. Certains pensent que l’heure très matinale, et le dimanche (où on n’exécutait pas) étaient un moyen d’éviter l’arrivée de la grâce, de créer le fait accompli devant l’indignation de nombreuses nations.

Picasso fit un portrait de  » l’Homme à l’œillet »

Les derniers mots de Béloyánnis pour elle étaient : « Vis, pour l’enfant et la vengeance ».Les poètes Yánnis Rítsos et Manólis Anagnôstákis firent mémoire de cette exécution.L’ambassadeur de Grèce en France était Raphaël Raphaël. Des manifestants protestèrent rue Auguste Vacquerie, jetant des pierres sur l’ambassade, protégée par la police.

Il y a 65 ans, le 30 mars 1952, l’exécution de Níkos Beloyánnis, communiste, chef de la résistance grecque pendant la Seconde Guerre mondiale

En France Pierre Courtade et Claude Roy publièrent « Meurtres à Athènes », préface de Paul Eluard et portrait par Picasso.

En 1980 Nikos Tzimas fit le film « O anthrôpos mé to garyphalo » (L’homme à l’œillet), musique de Théodôrakis. Béloyannis eut sa statue à Berlin-Est.C’est un des faits dramatiques qui s’intègrent dans la Guerre froide.

Beloyánnis est devenu un héros de la résistance grecque, et une victime symbolique de la guerre froide. Son nom a été donné au village de Beloiannisz, construit en Hongrie pour héberger les réfugiés politiques grecs qui vivaient en exil depuis la fin de la guerre civile (1949) jusqu’au rétablissement de la démocratie en Grèce (1974).

SOURCES:

Hommage à un Communiste, Nikos Béloyánnis l'homme a l'œillet rouge,

 

https://syrizaparis.wordpress.com/2014/03/29/hommage-a-un-communiste-nikos-beloyannis-lhomme-a-loeillet-rouge/

 

BELOYANNIS, L'HOMME A L'OEILLET ROUGE, COMME JEAN NICOLI - Ça n'empêche pas Nicolas

 

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-beloyannis-l-homme-a-l-oeillet-r

28 mars 2017

Aymeric Monville, histoire de l'URSS et Grover Furr

 

 

« Aujourd’hui, indique Aymeric Monville, il faut – et c’est le militant qui parle, pas seulement l’éditeur -, sortir par le haut de ces querelles. L’anti-stalinisme de système prôné par Khrouchtchev a été un piège où l’URSS s’est perdue et qui contribue à empêcher une renaissance communiste. Mais faire comme si l’horloge s’était arrêtée en 1953 en restaurant une sorte de culte approuvant a priori tout ce qui s’est passé n’est pas non plus une solution : par ex. il est évident que l’addition du monolithisme systématique dans le parti additionné à la dérive révisionniste engagée sous Khrouchtchev et parachevée par Gorbatchev, a grandement facilité par la suite l’autodestruction sous influence du PCUS et de l’URSS : quand tout le parti est habitué à considérer le mot « opposant » comme synonyme de « traître », quand en France même, ceux qui se sont opposés à la « mutation » réformiste sont traités en anticommunistes, quand, par crainte des dissidences et des divisions, la « vérité de parti » tend à dicter ce qui est scientifique et ce qui ne l’est pas, ce qui est artistique ou pas, il faut évidemment en revenir à la juste dialectique léniniste entre la discipline de parti (une fois les débats conduits à leur terme) et la démocratie interne dans les organes populaires et a fortiori, aux discussions sans préjugés aucuns dans les milieux scientifiques et artistiques... »

 

Reprenons la présentation de l'histoire de l'URSS...

 

Michel Peyret


Histoire de l’URSS : où en est l’historiographie ?

Echange avec A Monville éditeur de G Furr en France

 

 

2017 est l’année du centenaire de la révolution d’Octobre. Le moment évidemment de se poser la question de ce qu’a été l’histoire réelle de l’URSS, loin des éléments de propagande anticommuniste directement copié collé de 70 ans de guerre froide. Initiative Communiste a interviewé Aymeric Monville, éditeur de l’historien anglais Grover Furr en France : ce dernier dans son ouvrage « Kroutchev a menti » a réexaminé minutieusement le rapport Krouchtchev à l’aune des recherches les plus récentes s’appuyant sur les archives ouvertes depuis la chute de l’URSS.

 

Dans de prochains articles, la rédaction d’Initiative Communiste qui s’est penchée sur les publications internationales reconnues, reviendra sur les chiffres, sans rien éluder de leur dimension tragique et de la réflexion critique qu’ils doivent inspirer aux communistes. Mais démontrant une réalité factuelle bien loin des éléments de propagandes habituels (les 100 millions de mort…).

 


L’universitaire et historien américain, Grover Furr, élabore une œuvre originale, iconoclaste, depuis quelques années, en travaillant sur de nombreuses archives. La recherche et la production universitaires américaine sont beaucoup plus dynamiques et créatrices, dans le champ historique qu’il travaille, à savoir l’Histoire de l’Union Soviétique au XXe siècle. Le fait que l’URSS ait vécu un duo/duel avec les USA pendant plusieurs décennies a conduit de nombreux américains à étudier leur « ennemi ». Dans un premier ouvrage traduit et publié par les Editions Delga, Furr a totalement remis en cause le fameux rapport Khrouchtchev de 1956, rapport sur et contre Staline, rapport « secret » qui a rapidement fuité à l’Ouest, et dont depuis beaucoup se servent pour systématiquement pilonner le stalinisme. Pour Furr, on peut le dire, ce rapport est un gigantesque « faux », qui cumule des faux, et usages de. Quels sont les premiers et fondamentaux arguments de Furr pour en venir à une telle conclusion ?

 

Aymeric Monville : Tout d’abord de simples réfutations factuelles: par exemple Khrouchtchev fut le premier à avoir accusé Staline d’avoir « déporté » de nombreux peuples. Il s’agit en réalité, et cela est confirmé par les spécialistes russes, non communistes de ces questions (Bougaï, Gomov, Zemskov…), d’évacuations de populations majoritairement collaboratrices des nazis pendant la guerre car on ne pouvait les laisser sur les arrières de l’Armée rouge. Le déplacement en masse était donc une nécessité militaire mais aussi mesure de clémence. Car s’il l’on avait appliqué les lois de la guerre (qu’on les considère comme excessives ou pas), une bonne partie de la population masculine aurait été passée par les armes pour trahison, ce qui aurait compromis la pérennité même des nationalités en question, nationalités dont la protection était une question de principes en URSS.

 

C’est donc aussi simple à comprendre que de réfuter la propagande qui consiste actuellement à faire passer, à la faveur d’un flou juridique sur les termes, le chiffre des interpellations à Cuba pour des arrestations pures et simples de prisonniers politiques (ce fait a été confirmé par un ancien ambassadeur français à La Havane dans une réunion publique récente à la maison de l’Amérique latine).


Pour la question, beaucoup plus complexe, des « grandes purges », je pense qu’il faut un peu plus de recul.

 

En effet, il est utile d’évoquer le contexte général de l’historiographie soviétique aux Etats-Unis, qui travaille souvent dans l’indifférence, ce qui préserve une certaine sérénité.

 

L’intérêt pour une soviétologie de qualité aux Etats-Unis remonte également à la fin de la guerre du Vietnam, quand la dérouillée que la bourgeoisie impérialiste avait subie lui a fait prendre conscience qu’elle avait sous-estimé son adversaire et qu’elle était en quelque sorte devenue la victime de sa propre propagande.

 

Donc pour diverses raisons, bonnes ou mauvaises, vous avez des recherches intéressantes aux Etats-Unis. Les noms de John A. Getty, Robert W. Thurston (qui a apporté son soutien à Grover Furr) ont marqué les esprits.

 

Donc Furr s’inscrit dans ces travaux antérieurs qui replacent les grandes purges dans un contexte de guerre civile au sein du Parti-Etat. Thèse en réalité beaucoup plus solide que la version dite « totalitaire » qui n’explique pas la contradiction logique suivante : si Staline avait les pleins pouvoirs, pourquoi déclencher une répression massive et notamment des procès spectaculaires dont un seul seulement est à huis clos?

 

Sinon, Furr prend le parti que la plupart des réhabilitations du rapport Pospelov (nommé par Khrouchtchev) n’ont motivé leurs conclusions par aucune ouverture d’archives, ni sous Khrouchtchev ni même sous ses successeurs, notamment Gorbatchev ou Eltsine et que donc, en absence de preuves il faut s’en tenir à la chose jugée.

 

Bien entendu, on oppose à ces principes la thèse selon laquelle les aveux auraient été extorqués, thèse qui se heurte pourtant au fait qu’à ce niveau d’enjeux (il en va de la survie d’un Etat et de tout un peuple face à l’invasion fasciste qui se préparait), il y avait nécessité pour les responsables du Parti de démasquer une opposition séditieuse réelle et non fantasmée. Même les trotskistes sérieux reconnaissent que la thèse de la « paranoïa » de Staline ne tient plus (voir question suivante). Les notes de Staline, comme le montre Furr, montrent que dans l’instruction des procès, il cherche à comprendre ce qui se passe, non à condamner a priori.

 

Bien évidemment, il reste des zones d’ombre. Si je compare avec ce que dit Molotov, celui-ci, dans ses entretiens avec Tchouïev dans les années 70-80, parle de graves erreurs à propos de la période des grandes purges, de personnes innocemment condamnées, de manque de contrôle des services secrets par le Parti, ce qui d’ailleurs avait été implicitement reconnu par la réalité même des procès de Iagoda puis Ejov.

 

Molotov ajoute que décision avait été prise d’éliminer préventivement toute cinquième colonne, ce qui implique une sévérité extrême quant aux critères de fidélité (qui fait penser aux lois de prairial). Molotov conclut qu’en absence d’une reconnaissance aussi tragique de la situation (dont nous savons aujourd’hui qu’elle a coûté 700 000 à 800 000 morts), l’URSS aurait tout de même gagné la guerre mais aurait perdu des millions de vies supplémentaires à devoir lutter également contre un ennemi intérieur, bref pas seulement Vlassov mais une véritable Vendée.

 

Molotov en appelle donc implicitement au tribunal de l’histoire.

 

Quoi qu’on en pense, chacun comprend qu’il fallait un jour ou l’autre en finir avec ces méthodes de guerre et le climat intellectuel qui va avec, un certain dogmatisme et encore le fameux « culte de la personnalité », dont Furr montre néanmoins en quoi Staline a lui-même tenté de s’y opposer.

 

Le rapport Khrouchtchev aurait pu être cela, en portant une véritable autocritique marxiste, faisant la part des erreurs et des excès, non négatrice des efforts surhumains de tout un peuple. De même que la critique des excès, dérapages et autres règlements de comptes auxquels a donné lieu la Terreur en France aurait pu se faire – et Robespierre en esquisse les termes, très maladroitement il est vrai, dans son ultime discours à la Convention – sans donner lieu à la période thermidorienne de déni et de destruction des conquêtes jacobines, qui n’ont conduit, comme on le sait, qu’à la dictature napoléonienne, puis à la Restauration monarchique. Le rapport aurait pu être cela, et l’on aurait ainsi évité le séisme qu’il a créé au sein du Mouvement Communiste International. Il a été autre chose. Aujourd’hui, il faut – et c’est le militant qui parle, pas seulement l’éditeur -, sortir par le haut de ces querelles. L’anti-stalinisme de système prôné par Khrouchtchev a été un piège où l’URSS s’est perdue et qui contribue à empêcher une renaissance communiste. Mais faire comme si l’horloge s’était arrêtée en 1953 en restaurant une sorte de culte approuvant a priori tout ce qui s’est passé n’est pas non plus une solution : par ex. il est évident que l’addition du monolithisme systématique dans le parti additionné à la dérive révisionniste engagée sous Khrouchtchev et parachevée par Gorbatchev, a grandement facilité par la suite l’autodestruction sous influence du PCUS et de l’URSS : quand tout le parti est habitué à considérer le mot « opposant » comme synonyme de « traître », quand en France même, ceux qui se sont opposés à la « mutation » réformiste sont traités en anticommunistes, quand, par crainte des dissidences et des divisions, la « vérité de parti » tend à dicter ce qui est scientifique et ce qui ne l’est pas, ce qui est artistique ou pas, il faut évidemment en revenir à la juste dialectique léniniste entre la discipline de parti (une fois les débats conduits à leur terme) et la démocratie interne dans les organes populaires et a fortiori, aux discussions sans préjugés aucuns dans les milieux scientifiques et artistiques. Rien à voir, comme le dit G. Gastaud, avec la pratique d’une « déstalinisation conçue comme une dé-salinisation », comme une édulcoration culpabilisante des positions révolutionnaires. Il faut être marxiste-léniniste « dans le moment actuel » et ne pas oublier que c’est la vérité qui est révolutionnaire et non les intérêts à court terme de la révolution qui définit la vérité, comme on a prétendu le faire avec l’absurde théorie dite des « deux sciences », prolétarienne ou bourgeoises. Bref, nous n’avons rien à cacher, et plutôt de nouveaux éléments à apporter, donc débattons et, surtout, laissons faire la recherche historique.

 

 

Dans la foulée de ce travail, Furr a publié un ouvrage sur Trotsky, que vous avez également publié sous le titre « Les amalgames de Trotsky ». Nous qui avons été habitués à tant d’ouvrages sur Staline et le stalinisme, c’est presque une surprise de découvrir un travail critique sur la personne et les actions de Trotsky. Dans ce rapport Staline/Trotsky qui dépasse largement leurs deux personnes, c’est une affaire et une tragédie pour l’Internationale Communiste (celle de fait, pas l’organisation) qui se sont nouées et dénouées en trois décennies. Après son expulsion d’URSS, une question majeure se pose : est-ce que, de ses différents lieux d’exil, Trotsky a t-il dirigé ou contribué à, un « complot » contre l’URSS ? Sur ce qui s’appelle un « bloc d’oppositions », longtemps nié, est-ce que Fürr apporte des révélations ?

 

AM : Ce qui est précieux, c’est d’avoir rendu compte des recherches effectuées depuis l’ouverture des Archives Trotsky en 1980. Je me contenterai d’une citation, qui reflète bien les enjeux actuels, à propos du « Bloc des oppositions de 1932 », réalité qui a émergé des archives Trotsky malgré une censure minutieuse (il reste toujours des traces, même dans des archives expurgées) et qui  atteste de ce que Trotsky avait toujours nié : la réalité d’une opposition intérieure séditieuse. La voici :

 

« On pourrait faire les mêmes remarques à propos du bloc des oppositions de 1932 que d’autres chercheurs ont aperçu sans le reconnaître, faute d’un outil chronologique suffisant ou du fait de préjugés solides et d’idées préconçues. Comment expliquer la difficulté à donner à cette découverte la publicité qu’elle méritait ? Le premier écho à l’article de 1980 où je mentionnais le bloc et reproduisais les documents qui l’attestent est de l’Américain Arch J. Getty et date de 1985.


L’affaire du bloc des oppositions a déjà commencé pourtant à commander une révision des histoires classiques de la Russie soviétique. Elle modifie passablement en effet l’image pathologique de Staline comme clé du développement et nous ramène aux difficultés économiques, aux conflits sociaux et politiques, à la lutte pour le pouvoir, au lieu de la seule soif de sang du « tyran » ».

 

Je viens de citer Pierre Broué, historien trotskyste mondialement reconnu (dans son « Trotsky », 1988, Fayard, chap. 48). A notre connaissance, jusqu’au présent livre de Grover Furr, le silence sur le « bloc des oppositions » ou encore la lettre à l’encre sympathique de Sedov à Trotsky pour annoncer la formation d’une conjuration a perduré, y compris chez les biographes de Trotsky (Robert Service, J.-J. Marie etc.), qui n’ont pas le même sérieux dans la recherche archivistique, vraisemblablement. Isaac Deutscher, bien qu’ayant eu accès aux archives avant leur ouverture, n’en avait pas non plus parlé. Bref, rappelons-nous la méthode socratique qui consiste à mettre les sophistes devant leurs propres contradictions et non à les persuader uniquement par des arguments pro domo.

 

Les procès de Moscou occupent une place importante dans ce travail. L’historiographie dominante prétend que les accusés étaient forcément et tous des innocents. Pourtant, on sait que des diplomates qui ont suivi ces procès ont constaté qu’il existe des preuves tout à fait crédibles, sérieuses, et graves. Est-ce que l’œuvre de Furr apporte vraiment des éléments nouveaux et sérieux sur ce sujet ?

 

AM : Oui, vous faites bien de rappeler les positions de John Davies, l’ambassadeur des Etats-Unis à Moscou. Plus près de nous, et dans le camp des historiens, rappelons qu’Annie Lacroix-Riz (cf. Le Choix de la défaite), forte de sa connaissance des archives occidentales, a bien montré que les chancelleries étaient au courant des échanges à Londres entre Putna et Toukhatchevski et tenaient ces procès pour légitimes. Grover Furr explique pourquoi les archives concernant Toukhatchevski, par exemple, sont toujours fermées. Il montre comment l’un des descendants des victimes de ce procès, lequel, à ce titre, a eu droit à une dérogation pour regarder les archives, a changé complètement d’avis sur le procès des généraux, en laissant entendre qu’il y avait un danger mortel à l’époque comme aujourd’hui (n’oublions pas que l’enjeu des tractations était l’Ukraine). Pour le procès sur les sabotages dans l’industrie, c’était déjà attesté par Littlepage, ingénieur américain en mission en URSS, mais absolument pas communiste. On pourrait multiplier les exemples. Bref, il faut en finir avec le dogme selon lequel tout est faux dans les procès de Moscou. C’est une pétition de principes qui n’a pas lieu d’être. Cela ne signifie pas pour autant, dans un climat international de montée des fascismes en Europe et au Japon, qu’il n’y ait pas eu aussi maints dérapages dans les accusations visant les « ennemis du peuple » ou dans la conduite des procédures, le respect minimal des droits de la défense, etc.

 

Finalement, qu’il s’agisse d’accusations, d’occultations dissimulées derrière des couches de répétitions, le récit « officiel », mondialisé, de cette Histoire, est truffé de « faux ». Comment des communistes peuvent s’organiser efficacement contre – par exemple, contre un Wikipédia qui diffuse des pages anti-communistes multiples ?

 

AM : Ce sera très long, et nous n’aurons jamais un débat équitable sur ces questions, cela fait partie de l’âpreté du combat de classe. Nous ne pourrons gagner que par imprégnation progressive de l’opinion, en créant par nous-mêmes les conditions d’un débat sous critères académiques formels, même si l’université actuelle est incapable de fournir un cadre décent de confrontation.


Mais j’insiste, sur certains sujets, il ne faut pas partir perdants. Par exemple, partons de la propagande post-chute du Mur. Le Livre noir du communisme, et à mon avis cela n’a pas été assez souligné, quant au sujet de l’Union soviétique, était en fait à l’époque (1997) déjà sur la défensive, notamment depuis l’ouverture partielle des archives russes. Car après que Soljenitsyne eut annoncé 110 millions de morts du stalinisme et après qu’un Michel Onfray, toujours aussi incompétent, continue à parler des « 20 millions de morts du goulag », devoir annoncer que les victimes du goulag ne s’élèvent pour l’ensemble des années trente qu’à 300 000, c’est en fait un véritable désaveu de la thèse sacro-sainte Staline = Hitler. D’où la nécessité de passer à autre chose et d’insister sur la famine dite génocidaire en Ukraine, ce que Nicolas Werth, à l’époque, n’osait pas encore faire explicitement (il se contentait à l’époque d’expédients grossiers comme de parler de la guerre civile sans mentionner les interventions étrangères). Néanmoins, aujourd’hui, même avec le climat délétère créé par l’Ukraine néofasciste d’aujourd’hui, Werth est toujours obligé de préciser que la thèse « intentionnelle » est loin de faire l’unanimité. Nous nous apprêtons à publier Mark Tauger, professeur à l’université de Virgine occidentale, sur la question. Il est aussi l’auteur d’une histoire mondiale de l’agriculture, bref un homme difficile à réfuter. Je peux donc vous assurer que de la thèse de la famine génocidaire, il ne reste rien : la famine touchait de nombreuses régions en dehors de l’Ukraine, même l’armée, dès qu’elle a été comprise les prélèvements ont fortement diminué, l’exportation de céréales a cessé etc. Cela n’exonère pas le gouvernement soviétique de ses responsabilités, mais n’en fait pas un gouvernement génocidaire pour autant. Ajoutons que, mis à part les conséquences de la grande guerre patriotique, la famine de 1932-1933 est la dernière d’une histoire tragique (150 famines en mille ans d’histoire russe). Et ce sont les communistes et la collectivisation qui y ont mis fin, alors que des problèmes aigus de malnutrition, de Russes mourant de faim et de froid ont ressurgi avec la restauration du capitalisme et la « thérapie de choc » engagée par Eltsine et par ses conseillers occidentaux (cf le livre d’Henri Alleg « Le grand bond en arrière »). Aujourd’hui, alors qu’il règne quasi sans partage, le capitalisme, lui, a-t-il mis fin à la famine? Pourquoi pointe-t-on la situation de l’Ukraine et pas la famine équivalente au Niger, alors sous la responsabilité des Français? etc. etc.
Vous voyez que s’ils viennent nous chercher sur ces questions, on peut même complètement retourner leurs accusations. Même les « discussions » internes à wikipedia (puisque vous en parliez) montrent que les tenants de cette thèse sont en fait sur la défensive.

 

Jusqu’à son décès, que dit Furr sur les échanges entre Trotsky et des forces impérialistes ?

 

AM : Il faudra attendre le deuxième tome (en préparation) pour avoir des précisions. Mais étant donné les rapports de forces internes à l’URSS, n’est-il pas concevable que tout complot contre l’Etat soviétique avait objectivement intérêt à prendre appui sur des puissances étrangères ? Après tout, en France, FO n’a pas hésité à se faire financer par le pire du pire après la guerre, la CIA et aujourd’hui même, des gens qui concourent pour l’élection présidentielle française, comme Macron, sont des « Young Leaders » dont la formation et la promotion est très ouvertement soutenue par les Etats-Unis d’Amérique. Comment par exemple s’étonner si de tels individus regardent d’un bon œil la promotion fulgurante du tout-anglais en France en violation de l’article II de la Constitution ?  

 

Néanmoins, je n’oublie pas que certains militants trotskystes peuvent être de bonne foi, abusés, tout en gardant un certain léninisme de principe. Bref, il ne faut pas toujours les heurter de front sur ces thèmes. Ce que je dis concerne le débat historique. Au plan politique, j’invite les camarades à se montrer souples et « socratiques » comme je le disais, sachant que c’est avant tout sur nos positions actuelles que nous gagnerons et serons la force organisationnelle dont notre pays a besoin.

 

A lire sur le même sujet :

 

Posté par Michel Peyret

La chute de Robespierre dans la presse

 

22 Mars 2017

Le 9 thermidor an II, Robespierre est arrêté. Pour ses opposants, l’incorruptible s’est mué en tyran. La convention le fait guillotiner le 10 thermidor, aux côtés de Saint-Just, Couthon, Hanriot, Payan… la presse parisienne, foisonnante depuis le début de la révolution, ne couvre pas l’événement.
 

En partenariat avec L’Histoire, retrouvez une sélection d’archives de presse issues des collections de la BnF sur la chute de Robespierre, le 9 Thermidor 1794.

 

Dans les jours qui suivent la mort de celui qui deviendra l’incarnation de la Terreur, le silence prudent de la presse se déchire, dévoilant les complots, relayant les accusations contre les robespierristes, fabriquant ce qui deviendra un symbole de libération de la presse. Le Cri des victimes de la tyrannie, Le Patriote révolutionnaire, Insurrection en faveur des droits du peuple souverain, mais aussi Journal de la liberté de la presse de Gracchus Babeuf, autant de titres qui paraissent et s’attachent à clore et à dénoncer la séquence historique précédente.

 

Comme l’écrit Jean-Clément Martin sur cette couverture par la presse de la chute de Robespierre, « vrai et faux se mêlèrent si bien qu’il demeure toujours impossible de faire un bilan des noyades et que la confiance dans les publications ne peut que demeurer incertaine. C’est donc avec ces précautions qu’il faut aborder les témoignages de ce moment particulièrement chahuté. Ces sources demeurent indispensables ; elles rendent compte de ce qui fut vécu, si l’on veut bien les mettre dans cette perspective ».

 

Revue de presse de quelques publications conservées à la Bibliothèque nationale de France.

 

Bulletin des armées du Nord, de Sambre et Meuse – N° 558 – 14 Thermidor 1794.

 

Retranscription de la séance de la Convention nationale du 13 Thermidor, où David, accusé, doit se défendre de son soutien à Robespierre.

 

« David entre dans la salle, on demande qu’il soit entendu. Je ne connais pas, dit-il, les dénonciations qui sont faites contre moi. » […] « Goupilleau interpèle David de déclarer si, après que Robespierre eu prononcé ses discours ou plutôt ses actes d’accusations, il n’a pas été l’embrasser en descendant de la tribune et s’il ne lui a pas dit : si tu bois la ciguë, je la boirai avec toi. »​

 

Source BnF

 

Le Patriote révolutionnaire – N°1 – Fructidor 1794 – Journal signé Gilliberd.

 

« Je ne suis point orateur, je suis un patriote ferme et zélé, abhorrant le sang, et implacable contre les ennemis du Peuple […] La Convention a toujours été inébranlable, elle a déjoué les ruses et leurs menées […] sa fermeté s’est déployée pour terrasser ces anthropophages et ne faire que le bien public. Les Lafayette, Brissot, Dumouriez, Hébert, Danton et Robespierre, ont été les victimes de leurs propres forfaits. »

 

Et de décrire la suite de la Révolution en ces termes :

 

« Nous avons un alphabet, suivons-le jusqu’à la fin. »

Source BnF

 

Le Cri des victimes de la tyrannie – N°1 – Fructidor 1794 – Journal signé Boulay.

 

Cette publication est symptomatique de ce « cri » de libération qui semble suivre Thermidor et que l’on retrouve dans d’autres publications aux titres évocateurs de Journal des amis de la paix ou Insurrection en faveur des droits du peuple souverain.

 

« Depuis l’époque à jamais mémorable du 9 Thermidor, les amis de l’ordre et de la paix ont commencé à respirer. La terreur qui comprimait toutes les âmes, a fait place à la douce espérance. Le vaisseau de la Liberté, échappé aux écueils de l’anarchie, aux brisants du despotisme, parait enfin voguer à pleine voile vers le port. Les lois, l’humanité, la justice, trop longtemps exilées de cette terre, y seront désormais respectées. »​

 

Journal de la liberté de la presse – N°1 – 17 Fructidor – Signé par Gracchus Babeuf.

 

Gracchus Babeuf livre dans ces lignes un portrait double de Robespierre et un plaidoyer unique pour la continuation de l’œuvre révolutionnaire liée à la liberté de la presse. Le journal change de titre dès le 5 octobre 1794 devenant Le Tribun du peuple, ou le Défenseur des droits de l’homme.

 

« J’ouvre ma tribune pour plaider les droits de la liberté de la presse. Je fixe un point pour lui rallier un bataillon de défenseurs. […] Robespierre, dont la mémoire est aujourd’hui si justement abhorrée, Robespierre dans lequel il semble qu’on doive distinguer deux personnes, c’est-à-dire Robespierre sincèrement patriote et ami des principes de 1793, et Robespierre ambitieux, tyran et le plus profond des scélérats depuis cette époque ; ce Robespierre, dis-je, alors qu’il fut citoyen, est peut-être la meilleure source où il faille chercher les grandes vérités et les fortes preuves des droits à la presse. C’est avec les armes qu’il a laissées que je commencerai le combat de sophismes contre les raisonneurs du jour. »

 

Pour aller plus loin, découvrez parmi les ouvrages de BnF collection ebooks et de Collection XIX :

 

La Vie de Maximilien Robespierre de Liévin-Bonaventure Proyart
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

 

Histoire politique de la Révolution française d’Alphonse Aulard
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

 

Mémoires et souvenirs sur la Révolution et l’Empire de Georges Lenôtre
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

 

La Corruption parlementaire sous la Terreur d’Albert Mathiez
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

 

Gracchus Babeuf et la Conjuration des Égaux de Philippe Buonarroti
Téléchargez sur iTunes

 

Un épisode du temps de la Terreur d’Augustine-Éléonore de Pons
Téléchargez sur iTunes

Pour vous: Premiers films sur la Commune

 

Publié le 19 Mars 2017

Entre autre,une séquence

réalisée par une cinéaste,

la première première réalisatrice

de l'histoire du cinéma. 

A diffuser largement

 

Résultat de recherche d'images pour "Commune de paris"

Une chronique mise en ligne sur les pages d'Histoire Populaire, sur facebook,

 

(https://www.facebook.com/zephcamelinat/?fref=nf) par Oncle Karl.

 

Les premier pas d'une cinématographie consacrée à la Commune.

 

Le court métrage muet de 4 mn daté de 1906 L’émeute sur la barricade. Il faut l’indiquer car il s’agit, sauf erreur de ma part, de la toute première oeuvre cinématographique ayant pour sujet la Commune, réalisée, en outre, par Alice Guy (1873 – 1968), première réalisatrice de l'histoire du cinéma.

 

Le film est court, il n’y a pas beaucoup de moyens et il faut donc aller à l’essentiel, à savoir filmer une barricade et les combats de part et d’autre. La barricade est un des objets emblématiques de la Commune dont le cinéma s’emparera allègrement par la suite. "

 

Le cinéma et l'histoire de la Commune

Le cinéma et l'histoire de la Commune

 

Au printemps 1871, à Paris, les Communards refusent de capituler contre les Prussiens et se révoltent contre le gouvernement de Thiers qui s'enfuit à Versailles. C'est la naissance de la Commune...

 

http://www.henriguillemin.org/evenements/4825/

 

 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

19 mars 2017

18 mars 1871 - Premier jour de la Commune de Paris – «  ... Le Capital ! dit-on avec un respect craintif, ... on parle de détruire le capital ! Hein ? ». (Louise Michel)

 

18 mars 1871 - Premier jour de la Commune de Paris -  " ... Le Capital ! dit-on avec un respect craintif, ... on parle de détruire le capital ! hein ? ..". ( Louise Michel )

Extrait de "L'ère nouvelle" - poésie écrite par Louise Michel - Chapitre III

-- Le Capital ! dit-on avec un respect craintif, -- on parle de détruire le capital ! Hein ? ...

 

Ah ! Il y a longtemps que la raison, que la logique en a fait justice du Capital : est-il d'essence supérieure au travail et à la science ?

 

Supposez des Rothschilds quelconques, possédant toutes les mines d'or et de diamants de la terre, qu'en feraient-ils sans les mineurs ? Qui donc extrairait l'or du sable, le diamant de la gemme ?

 

Donnez aux exploiteurs des carrières de marbre sans personne pour en tailler, pour en arracher les blocs...

 

Que ces gens-là le sachent, ils sont incapables de tirer parti de rien sans les travailleurs : mangeront-ils la terre si personne ne la fait produire ?

 

Allez, allez ! il y a longtemps que la Bastille capitaliste ne compte plus pour l'avenir.

 

Et, du reste, cette portion de biens qu'ils détiennent au détriment de la foule des déshérités est infime en regard des prodigieuses richesses que nous donnera la science !

 

Ce n'est pas pour le reconstituer sur la terre qu'on a détruit l'enfer d'outre-vie ; détruit, le jour où l'on a eu conscience qu'il serait monstrueux, ce Dieu éternellement bourreau, qui, pouvant mettre partout la justice, laisserait le monde se débattre à jamais dans tous les désespoirs, dans toutes les horreurs ; et en même temps que l'enfer des religions s'écroulent les enfers terrestres avec les amorces de récompenses égoïstes qui n'engendrent que corruption.

 

C'est avec ces récompenses corruptrices qu'on a fait patienter si longtemps les uns que leur patience est usée, et si bien persuadé aux autres que tout doit se passer ainsi de par l' injustice séculaire, qu'ils ont la conscience ankylosée et commettent ou subissent le crime.

 

Cela est fini : les voiles de tous les tabernacles se déchirent.

 

Finis les trônes, finies les chamarreries de dignités illusoire, finis les grelots humains.

 

Toute chose à laquelle on ne croit plus est morte.

 

On commence à s'apercevoir que les oiseaux, les fourmis, les abeilles se groupent librement, pour faire ensemble le travail et résister au danger qui pourrait surgir ; et que les animaux donnent aux hommes l'exemple de la sociabilité.

 

Comment tombera la geôle du passé que frappent de toutes parts les tempêtes populaires ?

 

Nul ne le sait.

 

Croulera-t-elle dans les désastres ?

 

Les privilégiés, acculés par le malheur commun, feront-ils une immense nuit du 4 Août ?

 

La marée populaire couvrira-t-elle le monde ?...

 

Ce qui est sûr, c'est que le siècle ne se couchera pas sans que se lève enfin l'astre de la Révolution : l'homme, comme tout être, veut vivre, et nul -- pas même l'exploiteur -- ne pourra bientôt plus vivre si le droit ne remplace la force.

 

Prolétaires, employés, petits commerçants, petits propriétaires, tous sentent que d'un bout à l'autre de la société, chacun, dans son âpre lutte pour l'existence, est, à la fois, dévorant et dévoré.

 

Le grand propriétaire, le grand capitaliste, pèse sur le petit de la même manière que les petits boutiquiers pèsent sur les travailleurs, lesquels travailleurs s'infligent entre eux les mêmes lois fatales de la concurrence et ont de plus à supporter tout le poids des grands et petits exploiteurs ; aussi, comme le grain sous la meule, sont-ils finalement broyés.

 

On s'aperçoit, d'autre part, que le soleil, l'air, appartenant à tous ( parce qu'on n'a pas pu les affermer au profit de quelques-uns ), n'en continuent pas moins à vivifier la nature au bénéfice de tous ; qu'en prenant le chemin de fer, aucun voyageur n'empêche les autres de parvenir à destination ; que les lettres ou télégrammes reçus par les uns n'entravent nullement l'arrivée des lettres ou télégrammes au profit des autres.

 

Au contraire, plus les communications s'universalisent et mieux cela vaut pour chacun.

 

On n'a que faire, pour toutes ces choses, de gouvernement qui entrave, taxe, impose, en gros et en détail, on même qui gaspille, mais on a besoin de travail, d'intelligence, de libre essor qui vivifient.

 

En somme, le principe de tout pour tous se simplifie, se formule clairement dans les esprits.

 

On pourrait dire, cependant, que le soleil et l'air n'appartiennent pas également à tout le monde, puisque les uns ont mille fois plus d'espace et de lumière qu'il ne leur en faut, et que les autres en ont mille fois moins ; mais la faute en étant aux inégalités sociales, doit disparaître avec elles.

 

L'ignorance qui les engendre, quelle calamité !

 

L'ignorance des premières notions d'hygiène est cause que tant de citadins -- qui succombent faute d'air -- diminuent encore cette quantité d'air.

 

Comme si la santé -- le premier des biens -- n'exigeait pas qu'on balayât, par la ventilation, les miasmes du bouge où l'on nous entasse, de l'usine où l'on nous dépouille !

 

Comme si pour assainir, l'air pur n'était pas le complément du feu !

 

" Courants d'air ! courants d'air ! " quelle sempiternelle rengaine déchire l'oreille de ceux dont l'enfance s'est épanouie aux douces senteurs des champs, dont les poumons se sont trempés dans l'atmosphère rustique de la belle Nature !

Heureux le riche !

 

Il est de fait que la naissance et la mort, ces grandes égalitaires, ne se présentent pas de la même façon pour le riche que pour le pauvre. Étant donné nos lois iniques, il n'en peut être autrement.

 

Mais ces lois iniques disparaîtront avec le reste : il faut bien arracher le chaume et retourner la terre pour semer le blé nouveau.