Recherche


Qui est en ligne

Nous avons 997 invités et aucun membre en ligne

Flux RSS

Copyright Joomla

Copyright © 2017 PCF Bassin Arcachon - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public

Histoire 2017

 

par David Pestieau, Herwig Lerouge (PTB)

 

, par  communistes
pdf | 
 
En 1917, il y a cent ans, deux révolutions se succèdent en Russie : une en février, l’autre en octobre. La première mène à l’abdication du tsar, monarque absolu, à la séparation de l’Église et de l’État et au suffrage universel. La deuxième, portée par le peuple au son du slogan « du pain, la paix et la terre », conduit à la prise de pouvoir par les communistes (qu’on appelle les bolcheviks). Elle est portée par la volonté de renverser l’ordre établi, capitaliste – et en Russie encore largement féodal, incapable de sortir la population de la misère et de la guerre –, et par le but de construire une autre société. C’est le début d’une première tentative dans le monde de construire le socialisme, faite de réalisations mais aussi de sérieuses erreurs, qui va marquer l’histoire du 20e siècle. Dans quel contexte a pris place cette révolution ? Est-elle un phénomène russe ou international ? Comment s’est-elle déroulée ? Quelle a été son influence chez nous et dans le reste du monde ? Survol de ce processus qui fit trembler le monde sur ses fondations.
 
Des troupes britanniques près de Ypres.

 

Une guerre mondiale meurtrière mène à une vague internationale de révoltes

 

Pour comprendre la révolution d’Octobre 1917, il est indispensable de se pencher sur le contexte international de l’époque, celui de la Première Guerre mondiale déclenchée en 1914, sur la crise profonde qu’elle provoque dans toute l’Europe et sur la succession de révoltes et de révolutions sur tout le continent qui vont mener à la fin de la guerre.
 
En août 1914, la guerre commence comme un gigantesque affrontement entre deux blocs : d’un côté, le bloc de l’Empire britannique, de la France et du tsarisme russe ; de l’autre, le bloc de l’Allemagne du Kaiser, de l’empire austro-hongrois et de l’empire ottoman (turc).
 
Avant 1914, pour les socialistes de l’époque, réunis dans la Deuxième Internationale, la guerre mondiale qui se préparait était une guerre voulue entre grandes puissances rivales pour le contrôle des marchés sur les continents. Tous refusaient la guerre et affirmaient qu’ils ne voteraient jamais les crédits pour la mener.
 
Certains se limitaient à dire qu’il ne fallait pas y participer, qu’il fallait défendre la paix. C’était le cas des socialistes allemands, belges, français, britanniques et une partie des socialistes russes, appelés mencheviks.
 
Une autre partie des socialistes russes, appelés bolcheviks, sous la direction de Lénine, allaient plus loin. Selon eux, la seule façon de mettre fin à la guerre mondiale était de préparer le renversement du système capitaliste, responsable des guerres. Si la guerre éclatait, il fallait, d’après eux, appeler les soldats et les travailleurs à tourner les armes contre leur propre gouvernement et non pas contre les travailleurs des autres pays, dits « pays ennemis ».
 
Mais, quand la guerre éclata en 1914, l’immense majorité des dirigeants socialistes votèrent quand même les crédits de guerre et appelèrent les travailleurs à s’engager aux côtés de leurs gouvernements contre les travailleurs des pays ennemis. Seul le parti de Lénine – le parti bolchevik – et des courants minoritaires dans les autres partis s’opposèrent à la guerre.
 
Trois ans plus tard, les pronostics d’une fin rapide de cette guerre sont démentis. Après des dizaines de millions de morts et de blessés dans la boucherie des tranchées, la volonté des peuples des pays belligérants est de mettre fin au carnage et à la famine provoqués par la guerre. Mais cette volonté se heurte au refus ou à l’incapacité des dirigeants politiques de l’époque. Pire, la guerre s’enlise et l’absence de percées amène les généraux à redoubler de violence, de barbarie et de brutalité pour espérer une victoire.
 
Dans les troupes françaises, les 200 000 morts de l’offensive du chemin des Dames au printemps 1917, les conditions de vie effroyables dans le froid et la boue, … provoquent des mutineries tout le long du front.
 
De nombreux soldats se mutilent pour pouvoir quitter le front. Certains refusent de participer à de nouvelles attaques. Le slogan le plus répandu devient « À bas la guerre ». Les privations en tout genre et la faim poussent également la population civile au soulèvement.
 
Des mouvements similaires se développent parmi d’autres armées européennes, y compris à l’intérieur de l’armée allemande où un adage est très populaire : « Nous ne combattons pas pour la patrie, nous ne combattons pas pour Dieu. Nous combattons pour les riches. Les pauvres, on les abat ». Partout, ceux d’en bas n’en peuvent plus et ceux d’en haut commencent à ne plus savoir comment en sortir.
 
Une vague révolutionnaire internationale
 
Ce déchaînement de violence conduit à la mise en cause de l’union sacrée entre l’establishment et des larges couches de population des pays en conflit.
 
En 1917, face au refus ou à l’incapacité des partis au pouvoir à arrêter ces massacres, un mouvement révolutionnaire se déclenche parmi les soldats au front, dans les syndicats ouvriers et les partis de gauche dans plusieurs pays. Et c’est cette vague révolutionnaire qui va mettre fin à la guerre.
 
La vague commence en Grande-Bretagne, avec la grève sauvage des ouvriers de la Clyde (près de Glasgow) puis de Liverpool.
 
En Italie surgissent de nombreux mouvements sociaux et politiques ; en Russie, il y a une grève générale des ouvriers de Petrograd en 1916 (prélude aux révolutions de 1917) ; la contagion des grèves d’avril 1917 en Allemagne ; la grève ouvrière de mai 1917 en France.
 
Le 30 octobre 1918, à Kiel, en Allemagne, après une mutinerie de la flotte de guerre, l’agitation se répand comme une traînée de poudre. Le 8 novembre, des conseils ouvriers apparaissent dans toutes les grandes villes du pays. Le 9 novembre, c’est la révolution à Berlin et l’abdication du Kaiser Guillaume. Le social-démocrate Friedrich Ebert forme le nouveau gouvernement mais il se met en rapport avec l’état-major afin de lutter contre le "bolchévisme". La décision est prise de signer l’armistice du 11 novembre 1918 pour désamorcer le mouvement révolutionnaire. Entre-temps, un comité d’action révolutionnaire a été mis sur pied dans le but de créer une République soviétique en Allemagne. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg dirigent l’insurrection. Le gouvernement social-démocrate engage alors des "Corps francs", milice paramilitaire contre-révolutionnaire, pour écraser dans l’œuf la révolution, tuant des centaines de gens, dont Luxemburg et Liebknecht.
 
En 1919 et 1920, l’Italie est secouée par une véritable crise révolutionnaire. L’agitation sociale touche particulièrement les campagnes. Dans de nombreuses entreprises naissent des conseils d’usine, à l’image des soviets. Ce mouvement n’aboutit pas mais, prise de peur, la grande bourgeoisie décide de financer les fascistes, ouvrant ainsi la voie à la prise du pouvoir par Mussolini deux ans plus tard.
 
Dans l’empire austro-hongrois, c’est aussi un grand mouvement de grève qui mène à l’abdication de l’empereur Charles 1er. Par la suite, la Hongrie connaît, du 21 mars au 6 août 1919, une république soviétique, dirigée par le communiste Béla Kun. Mais celle-ci est écrasée dans le sang par les forces réactionnaires. C’est dans un contexte de révoltes et de révolutions sur tout le continent que se déroule la révolution d’Octobre en Russie.
 
Les troupes allemandes passent par Blankenberge pour rejoindre le front de l’Yser.
 

Février 1917 | La révolution de février renverse le tsarisme

 

En Russie, le tsarisme est un pouvoir féodal, médiéval, absolu, régnant sur une population essentiellement paysanne et analphabète. Début 1917, le carnage de la guerre s’ajoute à la misère sociale la plus effroyable.
 
Au début du siècle, les paysans russes vivent dans des conditions similaires aux paysans belges ou français du 14e siècle. Sous le tsarisme, monarchie absolue représentée par Nicolas II, la classe dominante est la noblesse terrienne : 30.000 propriétaires terriens possèdent autant de terres que 10 millions de familles paysannes. Plusieurs centaines de révoltes paysannes éclatent déjà au début du 20e siècle. La police et l’armée du tsar écrasent ces luttes sans pitié, et la classe ouvrière est exploitée de façon féroce.
 
Mais la situation sociale en Russie empire encore avec la guerre. 2,5 millions de Russes y laissent la vie. A partir de 1916, des mutineries éclatent, et le nombre de déserteurs atteint 1 million. À l’arrière du front, les grèves éclatent.
 
En février 1917, à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg, capitale de la Russie à l’époque), un mouvement part de l’usine d’armement Poutilov (la plus grande entreprise de la ville), en rupture d’approvisionnement et contrainte de fermer. Des milliers d’ouvriers sont au chômage technique et se retrouvent dans les rues. Le 23 février (le 8 mars selon notre calendrier), plusieurs cortèges de femmes manifestent pour réclamer du pain, exaspérées de faire la queue devant les boulangeries1. Les exigences économiques – « Du pain, du travail ! » – sont le déclencheur d’un mouvement revendicatif qui, au départ, n’a rien de révolutionnaire. Mais le lendemain, le mouvement de protestation s’étend. Les manifestants s’arment en pillant les postes de police. Le 25 février 1917, la grève est générale. Les slogans sont de plus en plus repris et de plus en plus radicaux : « À bas la guerre ! », « À bas l’autocratie ! ». Les confrontations avec les forces de l’ordre provoquent des morts et des blessés des deux côtés. Le 26 février, la foule envahit la ville. Vers midi, les junkers (élèves officiers) tirent, faisant 150 morts. Le tsar proclame l’état de siège mais, dans la nuit du 26 au 27 février, des régiments d’élite, traumatisés d’avoir tiré sur leurs "frères ouvriers", se révoltent. Le 3 mars 1917, l’Ancien Régime russe s’écroule comme un château de cartes. C’est la fin du tsarisme.1 Lénine, en hommage à cette manifestation, proclame, en 1921, le 8 mars, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, journée reconnue par l’ONU en 1977.
 
Soulèvement de Petrograd (actuellement Saint-Petersbourg) en février 1917.

 

Février 1917-Octobre 1917 | Le double pouvoir : les soviets et le gouvernement provisoire

 

La période qui s’ouvre à partir de février 1917 est caractérisé par un double pouvoir : les soviets ("conseils" en russe) d’une part, le gouvernement provisoire, de l’autre.
 
Les soviets sont des assemblées de travailleurs, de paysans, de soldats ou d’habitants qui prennent des décisions directement. Ils sont apparus au cours de la première révolution russe, celle de 1905 (qui a échoué). Dans les soviets, les classes populaires se réunissent pour discuter, mais aussi pour autogérer toute une partie de la vie locale. Le soviet est l’expression organisée de la défiance des travailleurs, des paysans et des soldats à l’égard de tous ceux qui les avaient opprimés.
 
Le soviet de Petrograd, dont les ouvriers et les soldats de la garnison ont élu leurs représentants, agit tout de suite comme un pouvoir gouvernemental. Il décide de faire occuper immédiatement la Banque d’Empire, la Trésorerie, la Monnaie et les services de fabrication des billets. Les ouvriers, les soldats et bientôt les paysans ne s’adresseront plus désormais qu’au soviet, l’incarnation même de la révolution.
 
Les ouvriers élisent des socialistes, c’est-à-dire ceux qui étaient non seulement contre la monarchie, mais aussi, du moins en paroles, contre la bourgeoisie. Ils ne font presque aucune différence entre les trois partis dits socialistes : les socialistes-révolutionnaires (surtout influents dans la paysannerie), les mencheviks (sociaux-démocrates) et les bolcheviks. Dans un premier temps, les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires ont une nette prépondérance.
 
Mais les anciennes institutions existent encore : le Parlement (la Douma), inféodé au tsar, les conseils municipaux... Ces organes traditionnels sont dominés par les partis de la bourgeoisie et des paysans les plus riches. Parallèlement et à la constitution du soviet de Petrograd, un gouvernement provisoire est alors formé autour du prince Lvov, membre du Parti constitutionnel démocratique (les cadets), le principal parti de la bourgeoisie. Les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks, sociaux-démocrates, décident d’en faire partie aussi. Le gouvernement maintient la participation à la guerre, ne lance pas de réforme agraire... Beaucoup de ces socialistes justifient ainsi la poursuite de la guerre au « nom de la révolution ». Dès le début, Lénine, dirigeant des bolcheviks, dénonce cette orientation.
 
Il y a donc une situation de double pouvoir, même si le soviet de Petrograd, présidé par un social-démocrate menchevik, donne sa confiance au gouvernement provisoire en attendant la convocation d’une Assemblée constituante.
 
Lénine voit dans les soviets l’instrument central de la révolution. Il défend le mot d’ordre : « Tout le pouvoir aux soviets ! ». Selon lui, le pouvoir des travailleurs n’est pas le gouvernement provisoire, mais le pouvoir des soviets. Pour lui, l’objectif principal de la révolution est de faire passer le pouvoir du gouvernement provisoire vers les soviets.
 
Les promesses non tenues du gouvernement provisoire
 
Le gouvernement provisoire ne veut prendre aucune mesure trop radicale, pas même la proclamation de la République. Il refuse les revendications des soviets comme l’arrêt de la guerre, la distribution des terres des grands propriétaires fonciers aux paysans, la journée de 8 heures ... Il renvoie ces questions à une future Assemblée constituante, tout en affirmant qu’il est impossible de la convoquer tant que des millions d’électeurs sont au front.
 
Mais l’impopularité de la guerre et du gouvernement provisoire fait passer de plus en plus d’ouvriers du côté des bolcheviks. Début juin, ils sont majoritaires dans le soviet ouvrier de Petrograd. L’armée se décompose, les soldats refusent de monter en première ligne, les désertions se multiplient. Les soldats et les ouvriers manifestent pour exiger des dirigeants du soviet de la ville qu’il prenne le pouvoir.
 
Les bolcheviks soutiennent les manifestants. La répression frappe alors le parti bolchevik, qu’on accuse d’être à la solde des Allemands. Les régiments qui ont soutenu la révolution sont envoyés au front par petits détachements, les ouvriers sont désarmés. La peine de mort, abolie en février, est rétablie.
 
Le gouvernement est en crise. Certains ministres et des forces tsaristes croient le moment venu de rétablir l’ordre tsariste.
 
Le 9 septembre, le chef d’état-major pro-tsariste Kornilov, nommé par le Premier ministre social-démocrate Kerenski, se prépare à écraser les soviets et les organisations ouvrières. Kerenski n’est pas capable de l’en empêcher, ce sont les soviets qui infligent à Kornilov une défaite majeure et renversent la situation. Les bolcheviks sont en première ligne contre Kornilov et ils sortent renforcés de ces combats. Les soviets de Petrograd et de Moscou deviennent à majorité bolcheviks.
 
Manifestation de femmes pour le pain et la paix.

 

Le pain, la terre, la paix : les aspirations d’Octobre 1917

 

Lors de l’automne 1917, les campagnes se soulèvent aussi. Les paysans s’emparent des terres des grands propriétaires. Apprenant que les terres sont partagées, les soldats, essentiellement d’origine paysanne, désertent en masse afin de pouvoir participer à temps à la redistribution des terres. C’est alors que les travailleurs de Petrograd décident que, pour réellement mettre un terme à la guerre, donner la terre aux paysans et arracher la journée des huit heures, il faut renverser le gouvernement de Kerenski. C’est le début de la révolution d’Octobre.
 
Dans la nuit du 24 au 25 octobre 1917, des détachements de soldats sortent des casernes. Des ouvriers armés quittent les usines. Ils marchent vers les centres névralgiques de la ville : ponts, gares, banque centrale, centrales postale et téléphonique.
 
Ils ne rencontrent qu’une faible résistance. A part quelques bataillons d’élèves officiers, plus personne dans les troupes de la capitale ne soutient le gouvernement provisoire du Premier ministre Kerenski.
 
Cette insurrection avait été préparée par le parti bolchevik. Le 10 octobre, la direction du parti était arrivée à la conclusion que la situation nationale et internationale était en train de basculer. L’insurrection éclatait dans la flotte allemande et dans toute l’Europe, des mouvements révolutionnaires démarraient contre la guerre. En Russie, le danger était réel que le gouvernement en place capitule et livre Petrograd aux Allemands. Au sein même du pays, les paysans se soulevaient en masse et tant les ouvriers que les paysans passaient du côté des bolcheviks. La droite tsariste préparait une offensive pour reprendre le pouvoir, comme elle l’avait déjà essayé avec le général tsariste Kornilov.
 
Le pouvoir de l’état passe aux Soviets
 
Le deuxième Congrès des soviets se réunit le 25 octobre au soir. Les bolcheviks y possèdent désormais une grande majorité. En trente-trois heures sont prises des mesures que le gouvernement provisoire n’avait pas prises en huit mois d’existence. Dans la nuit du 26 octobre, le Congrès des soviets adopte le décret sur la paix. Il invite les pays belligérants à conclure sur le champ un armistice d’au moins trois mois pour engager des pourparlers de paix (l’armistice sera finalement signée en mars 2018 avec l’Allemagne).
 
La même nuit, il adopte un décret pour que la terre appartienne à ceux qui la cultivent, et le « droit de propriété des grands propriétaires fonciers sur la terre est aboli immédiatement, sans aucune indemnité ».
 
Toutes les richesses du sous-sol (pétrole, charbon, minerais...), les forêts et les eaux deviennent propriété du peuple.
 
Un autre décret instaure le contrôle ouvrier dans les usines et la journée de 8 heures. Le congrès des Soviets constitue un gouvernement : le Conseil des commissaires du peuple (ministres). Lénine en devient le président.
 
D’octobre 1917 à février 1918, la révolution s’étend au pays entier. En même temps, de nombreuses autres réformes sont lancées : l’annulation de la dette publique russe et la nationalisation des banques et des grandes industries ; la fin de toute discrimination sur base de la nationalité et le droit à l’autodétermination des nations qui composent l’empire russe1 ; l’égalité complète des droits pour les femmes et l’affirmation de l’égalité des salaires, la légalisation de l’avortement en 1920 et des mesures volontaristes pour alphabétiser la population, favoriser l’éducation et supprimer des frais universitaires.
 
Une guerre civile terrible
 
Mais, dès le tout premier jour de son existence, la jeune Union soviétique (le nom que se donne le pays après la révolution) est confrontée à l’interventionnisme, au blocus économique, à l’encerclement politique et militaire. Les anciennes forces tsaristes, soutenues par les puissances occidentales, tentent de la renverser. En 1918, les armées britannique, française, japonaise, italienne et américaine débarquent et soutiennent les troupes tsaristes qui opèrent sur l’ensemble du territoire. De 1918 à 1921, cette guerre civile va faire des millions de morts, essentiellement victimes de la famine due aux interventions militaires étrangères et au blocus organisé par les puissances occidentales.Au cours des années suivantes, cinq États indépendants sont créés, et au sein de la fédération russe, 17 républiques autonomes et régions sont établies.
 
Troyes, France, 17 septembre 1919 : grève générale dans l’industrie textile.
 

Ce Premier ministre qui avait « une peur bleue d’une révolution aussi en Belgique »

 

« Fin 1920, le Premier ministre conservateur catholique Henri Carton de Wiart était paniqué à l’idée que la Belgique connaisse également une révolution selon le modèle bolchevique », écrit l’historien et journaliste Marc Reynebeau dans De Standaard (2 janvier 2017). Suite à la révolution d’Octobre en Russie, des réformes sociales et politiques sont rapidement introduites dans toute l’Europe. La peur de la contagion révolutionnaire gagne à l’époque tout l’establishment, comme l’illustre Carton de Wiart. Si le mouvement ouvrier a pu arracher des droits sociaux, il le doit à ses propres combats durs et héroïques, mais aussi à l’existence de l’Union soviétique.
 
En Union soviétique, au lendemain de la révolution de 1917 se construit un véritable système de protection sociale qui inspirera de nombreux acteurs du mouvement ouvrier partout dans le monde. Dès le 30 octobre 1917, l’URSS instaure une protection sociale complète comprenant l’incapacité temporaire de travail (maladie et accident), l’assistance médicale, le congé de maternité (pour une période prolongée), le chômage, l’invalidité permanente… Les travailleurs qui étaient blessés ou tombaient malades avaient leur emploi et leur salaire garantis. Ces principes constituent un cadre de protection générale du travail unique au monde à l’époque. Ce sont ces principes qui constitueront le cœur des revendications du mouvement ouvrier dans les pays occidentaux dans les décennies suivantes. Si, aujourd’hui, par droits fondamentaux, nous entendons aussi les droits économiques et sociaux, c’est-à-dire le droit à la santé, le droit à l’éducation… c’est aussi le résultat de 1917. L’économiste Friedrich Hayek, principal inspirateur du tournant néolibéral de Reagan et Thatcher, écrira d’ailleurs : « Les droits économiques et sociaux sont l’invention ruineuse de la révolution marxiste ».
 
En Belgique, il a fallu une nouvelle grève générale en 1919, mais surtout la peur de la contagion révolutionnaire pour qu’en 1921 soient introduites la journée des 8 heures et la semaine des 48 heures.
 
Il en va de même du suffrage universel, qui est accordé (seulement aux hommes) en 1919 (après aussi trois grèves générales en 1893, 1902 et 1913).
 
C’est aussi la Révolution russe qui établit, pour la première fois, le principe que les femmes doivent accéder aux droits politiques, ce qui n’avait jusque là pas été reconnu par les libéraux. En Belgique, les femmes devront attendre 1948 pour obtenir ce droit.
 
L’émancipation coloniale
 
Mais la révolution d’Octobre va aussi inspirer la lutte pour la libération nationale et contre la discrimination raciale. Toute la planète est alors la propriété privée des grandes puissances impériales et impérialistes. Lénine appelle alors à « la lutte contre l’oppression des nations dépendantes et des colonies, de même que la reconnaissance de leur droit à la sécession ». La Russie soviétique révèle au monde les traités secrets entre puissances coloniales, comme le traité Sykes-Picot au Moyen-Orient. Le soutien qu’elle apportera ensuite au mouvement anticolonial constituera un élément majeur du développement des mouvements de libération nationale dans le tiers-monde.
 
Aux États-Unis, les Noirs ne peuvent pas voter. Mais, en 1952, le ministre de la Justice des États-Unis écrit à la Cour suprême : « Vous devez absolument déclarer l’inconstitutionnalité des lois qui établissent la ségrégation contre les Noirs, sinon cela va profiter à l’Union soviétique et au mouvement communiste dans le tiers-monde et dans le monde colonial ».
 
 
Pour en savoir plus : Dix jours qui ébranlèrent le monde
 
Le journaliste américa John Reed (1887-1920) est issu d’une famille aisée, mais il est un socialiste convaincu. En Russie, il assiste à l’embrasement de la révolution d’Octobre et relate les événements dans son livre, Ten Days that Shook the World (Dix jours qui ébranlèrent le monde), qui paraît en 1919 à New York et connaît un grand succès. Il est réédité en français (éditions Delga, disponible au ptb.shop).
Protestation des marins de la base navale allemande de Wilhelmshaven.

 

Une histoire de calendrier : La révolution d’octobre a eu lieu… en novembre

 

En 1917, les calendriers utilisés en Europe occidentale et celui utilisé en Russie sont différents. Le russe est resté traditionnel, et est appelé calendrier julien (de Jules César) et ne tient pas compte de manière précise de la rotation annuelle de la Terre autour du soleil. Soit une erreur cumulée de 8 jours par millénaire.
 
Le calendrier grégorien (en référence au pape Grégoire XIII), en vigueur depuis le 16e siècle en Europe occidentale, est donc le calendrier modernisé.
 
Résultat : alors que la révolution a lieu le 25 octobre 1917 selon le calendrier julien, elle a lieu en réalité le 7 novembre 1917. C’est pour cela que la révolution d’Octobre a eu lieu en réalité en... novembre.
 
 
Voir en ligne : Sur le site solidaire du PTB (Belgique)

Conclusion du livre : 1917-2017, Staline tyran sanguinaire ou héros national ?

 

par  Danielle Bleitrach
pdf | 
 
La conclusion ne tire pas de conclusion mais appelle à une véritable réflexion collective, politique... sur une stratégie révolutionnaire.
Première constatation : ce dialogue entre un jeune journaliste et une sociologue moins jeune, entre deux personnes qui n’ont pas la même histoire, qui ne parlent pas la même langue, qui a priori n’adhèrent pas aux mêmes convictions, qu’est-ce qui l’a rendu possible, mis à part le talent de Marianne qui est une virtuose de l’interprétation ? Sans doute une certaine bienveillance et une vive curiosité l’un à l’égard de l’autre.
 
Le fait que nous ayons pu, lui et moi avoir un dialogue, que ce dialogue ait pu être retranscrit sans contresens est un encouragement à poursuivre la réflexion. Nous posons plus de questions, le lecteur l’aura compris, que nous n’apportons de réponses. Nous avons tenté tout au long de ce texte de dégager des pistes de recherche à approfondir pour mesurer cent ans après la véritable postérité de l’Union soviétique. Y compris en l’abordant à partir de ce qui est utilisé pour la déconsidérer et pour nier son apport réel au plan international comme à celui du pays où cette expérience extraordinaire est apparue.
 
Après des années, voir des décennies durant lesquelles l’Histoire de l’époque dite stalinienne, celle de l’URSS, a été recouverte par un véritable négationnisme historique, j’ai tenté de retrouver l’atmosphère qui était celle de mon adhésion au parti communiste français. La « déstalinisation », la publication du rapport Khrouchtchev avait eu lieu, mais si on noircissait déjà le personnage de Staline, selon cette logique, c’était pour mieux sauver le communisme. Il suffit de relire ce qu’écrivait en 1960, Emmanuel d’Astier dans un livre intitulé Sur Staline ou l’on voit se mettre en place une noire légende : « Staline, personnage shakespearien est à la fois Bolingbroke, Richard II et Macbeth. Mais l’atrocité des rois, -du Roi Jean au Roi Richard III- ne débouche sur rien et n’a d’objet que l’exercice et la satisfaction du pouvoir. L’atrocité stalinienne garde pour objet le communisme. Elle laisse en place un système qui, débarrassé de sa cruauté et de son schématisme, de l’idolâtrie et des dogmes, de leur contrainte, pourrait élever la condition humaine plus certainement que ne l’a fait un siècle de capitalisme, marqué par les grandes guerres, le désordre économique, un accroissement de la multitude sous développée sur une terre enrichie par les progrès de la science et de la technique » [1].
 
Peut-être ce texte explique-t-il les raisons pour lesquelles comme la plupart des communistes de ma génération, je n’avais pas à être stalinienne, au contraire, le rapport Khrouchtchev nous avait fabriqué un héros shakespearien qui représentait tout ce dont nous devions nous débarrasser pour aller vers l’idéal communiste. C’était moins évident pour la génération issue de la résistance, mon mari en représentait bien les ambiguïtés. Il me racontait comment à Dachau, où il avait été déporté après avoir été torturé par la Gestapo, après avoir organisé la révolte de la centrale d’Eysses, la manière dont les soldats soviétiques pendus par les nazis du camp se jetaient eux-mêmes dans le licol en criant « Vive Staline », alors que dans le même temps, toujours discipliné et sincèrement démocrate, il s’indignait devant la moindre répression dans le camp socialiste.
 
La question du stalinisme n’a commencé à me préoccuper qu’à la chute de l’Union soviétique et j’ai entamé mes pérégrinations autour du monde. Cuba fut le lieu où je retrouvais les raisons de mon adhésion. Là, l’attitude de Khrouchtchev, son fameux rapport, donnait lieu à d’autres débats et ce dès le début de la Révolution. Fidel et le Che quand ils se rencontrèrent dans l’exil mexicain ne cessaient d’en parler et de s’interroger sur le bien fondé des critiques. Je sortais de la mythologie du héros shakespearien pour aborder la complexité de l’instauration du socialisme dans un monde dominé par l’impérialisme des États-Unis et de ses alliés. Ici pas de plan Marshall mais la torture du blocus. Je découvrais En Amérique latine, des dictatures sanglantes imposées sous couvert de défendre la démocratie, celles qui m’avaient fait pleurer à la mort d’Allende. Mais demeurait en moi l’idée d’un système soviétique qui n’avait pas trouvé un seul défenseur lors de son effondrement. Quand mes amis cubains disaient de Gorbatchev : « hijo de puta », je leur rétorquais : « il est bien faible le communisme qu’un hijo de puta peut détruire ! ». Ce fut tardivement, en 2008, avec la crise en Géorgie et en Ossétie que je découvris que loin d’avoir accepté l’instauration du capitalisme, les soviétiques s’étaient révoltés, avaient beaucoup souffert, en particulier dans mon cher Tadjikistan. Ce fut à ce moment-là que je rencontrais Marianne et que celle-ci m’aida à connaître une autre réalité. Celle qui aujourd’hui me permet de dialoguer avec le jeune rédacteur en chef de cette revue, tout en n’étant pas en capacité d’aller plus loin dans mon analyse.Pourtant certains lecteurs, toujours les mêmes seront convaincus que j’ai apporté pour ne pas dire imposé mes "réponses", mes convictions. Sans doute les questions les dérangent-ils. Alors, quoi de plus simple pour ne pas lire que de caricaturer : « Danielle Bleitrach est une incorrigible stalinienne ». Soit à conclure : « Vous savez donc d’avance ce qu’elle dit, inutile d’aller plus loin et de vous creuser la tête ». Ainsi aujourd’hui encore, prétendre seulement parler du stalinisme en s’interrogeant sur la nature de ce moment de l’URSS, c’est s’exposer à toutes les accusations, à toutes les stigmatisations.
 
Pourtant le stalinisme n’est pas perçu de la même manière à Kazan qu’à Paris. Que dire alors des zones du pays où les communistes demeurent fortement implantés ?
 
Les réponses que nous avons eues à nos questions le prouvent : les Russes, les peuples soviétiques et ceux des pays dits de l’Est n’ont pas la même opinion que nous.
 
Ce qui fait la différence entre eux et nous c’est que cette Révolution est leur œuvre, elle participe de leur histoire, de leur identité d’aujourd’hui. Et il est clair que la contre révolution, le retour à l’ordre capitaliste ou plutôt les désordres de l’oligarchie ont créé les conditions d’une nouvelle popularité de Lénine et surtout de Staline perçus l’un et l’autre comme des hommes capables de renverser les possédants et de mettre un terme à leurs injustices. Mais la référence à l’Union soviétique et singulièrement à Staline est aussi référence à une continuité d’une nation multiethnique, d’hommes et de femmes qui ont combattu, ensemble pour leur survie face à l’envahisseur, gage paradoxal de stabilité. Et c’est peut-être cette aspiration à la stabilité après les désordres et les profondes déstabilisations de la fin de l’Union soviétique qui explique la popularité de Staline, qui, essentiellement à travers la grande guerre patriotique, est le fondateur de la nation. A ce titre le contexte actuel, l’affaire de la Crimée qui a eu un grand écho parce que les Russes ont découvert l’OTAN à leur porte et la menace à nouveau de guerre mondiale, explique le fait que Staline est pour une grande partie d’entre eux le plus grand homme de tous les temps, et que sa répression soit minorée. Enfin c’est une hypothèse à approfondir.Cette unité profonde entre les peuples soviétiques, alors unis, et Staline a été décrite par De Gaulle dans ses Mémoires : « Sa chance fut qu’il ait trouvé un peuple à ce point vivant et patient que la pire des servitudes ne le paralysait pas, une terre pleine de ressources que les plus affreux gaspillages ne pouvait pas les tarir, des alliés sans lesquels il n’eut pas vaincu l’adversaire mais qui, sans lui, ne l’eussent point abattu.
 

Pendant les quinze heures que durèrent au total mes entretiens avec Staline, j’aperçus sa politique, grandiose et dissimulée. Communiste habillé en maréchal, dictateur tapi dans sa ruse, conquérant à l’air bonhomme, il s’appliquait à donner le change. Mais, si âpre était sa passion qu’elle transparaissait souvent, non sans une sorte de charme ténébreux ».
 
De Gaulle est un homme de droite et son combat contre Hitler ne doit pas nous faire oublier son anticommunisme foncier, fait prisonnier lors de la première guerre mondiale, puis porte plume de Pétain, son premier poste de combat fut celui d’un organisateur de soutien aux blancs dans la guerre civile. Il sait apprécier les hommes mais tout l’oppose à Staline, pourtant cet homme épris de grandeur nationale ressent la force de ce lien d’un dirigeant avec son peuple, une histoire.
 
Tous ceux qui à cette époque jugent Staline, certes notent à quel point il n’a pas le brillant et l’art de convaincre les masses de Trotski, mais on est loin du portrait d’un individu brutal et stupide, il a une pensée qui se traduit en actes. Chaque action renforce son influence sur tous et il sait constituer des équipes soudées, comme il parait savoir à chaque moment où en est son pays. A la fin de la guerre dont il ressort auréolé et malheureusement idolâtré, alors qu’il y a eu 26 millions de morts qui s’ajoutent aux 11 millions de la guerre civile, que le pays est aux deux tiers dévasté, la menace d’une nouvelle croisade des pays impérialistes ne peut pas être évacuée, est ce que l’Union soviétique, son peuple a la force d’accélérer encore pour reconstruire, se développer et le faire en éliminant « la contamination idéologique » ? Il faut encore écrire une page d’histoire terrible, celle de ce glacis de peuples à qui le socialisme a été imposé comme un châtiment, tandis que les États-Unis et leurs alliés soutiennent les trônes branlants quand ce ne sont pas les anciens alliés des nazis qui sont reconvertis en porte-voix de la liberté. Toutes cette histoire reste à réécrire et l’on ne saurait pour conforter les manœuvres actuelles de l’OTAN se contenter de celle qui nous est contée par nos médias, jour après jour.
 
Les travaux des chercheurs, en particulier ceux des Anglo-saxons remettent également en cause la caricature du stalinisme qui est l’aliment ordinaire de nos médias et de notre monde politique. C’est en fait toute une conception de la Révolution qui nous a été imposée pour des raisons exclusivement politiciennes. Nous avons montré combien un ouvrage qui instruit à charge comme La cour du tsar rouge de Simon Sebag Montefiore ne dit pas toujours la doxa et par exemple met à mal l’idée que le stalinisme serait le triomphe d’une nouvelle bourgeoisie, d’une « bureaucratie » contrerévolutionnaire qui aurait freiné l’élan de 1917. La Révolution peut toujours être décrite comme une lutte de factions, transformées en une nouvelle "cour". Il n’en demeure pas moins que sous le stalinisme, une nouvelle classe de possédants n’est pas apparue et que celle-ci pour commencer son accumulation a eu besoin de la destruction de l’appareil d’Etat soviétique entamée par Gorbatchev et surtout Eltsine son successeur et que ce gangstérisme local a pris toute son ampleur d’accumulation capitaliste par l’intervention directe des monopoles financiarisés et de leurs gouvernements occidentaux, à commencer par leurs bras armés, l’OTAN, la CIA et les États-Unis. Les conditions de cette décomposition du socialisme doivent être étudiées et on sait que la Chine y consacre beaucoup de moyens.
 
Ces luttes de factions peuvent être un temps dominé par un homme fort qui est aussi un incorruptible représentant la forme la plus poussée de refus de compromission avec l’ancien régime. C’est ce qui s’est produit avec la Révolution française où Robespierre, qui a su créer autour de lui un pouvoir collectif refusant tout accommodement avec la féodalité, l’incorruptible en est présenté comme l’expression tyrannique.
 
Mais l’important est aussi que dans la Révolution française, Robespierre marque le point de non retour. Il pourra être décapité. Les rois pourront revenir, la contre-révolution paraîtra triompher, mais dans les faits à travers lui la féodalité est morte. Metternich ne s’y trompera pas qui verra en Napoléon comme il le dit : « Robespierre plus la grande armée ». Robespierre est celui qui maîtrise le mieux les luttes de faction jusqu’à ce qu’il succombe et qu’il ait gagné parce qu’il est celui qui s’est montré le plus résolu dans son refus de l’ancien régime et dans sa manière de défendre dans l’ordre bourgeois qui s’instaure la revendication égalitaire qui en est le dépassement. Il est non seulement le symbole d’un franchissement, d’un dépassement de l’ordre ancien, mais bien du fait que celui-ci est collectif et que c’est tout un peuple, des générations qui accèdent à une dynamique sociale qui leur donne des opportunités, des droite dans un cadre national créé de toute pièce et dont nous sommes toujours les héritiers. Si l’on reprend la thèse quasi messianique de Walter Benjamin sur l’ange de l’histoire qui avance à reculons poussé par le vent qui enfle ses ailes et tentant de ramasser les vaincus, il y a là un sens de l’histoire inconnu au moins partiellement de ceux qui prétendent la faire. Alors même que l’inspiration marxiste se veut analyse scientifique. Mais il n’y a pas là y compris chez Marx une véritable opposition dont les deux références sont Spartacus, la révolte des esclaves et Kepler, l’astronome qui découvrit le mouvement des étoiles. L’allégorie de Benjamin revient à affirmer que la révolution à venir est grosse des aspirations qui n’ont pu être réalisées. Cette remarque nous confronte avec la dernière caractéristique de ce type de pouvoir. Cet héritage des aspirations non assouvies accompagne le refus de tout accommodement avec l’ordre ancien, la fondation d’une nation, une dynamique sociale irrésistible dont la société est toujours l’héritière même en cas de contre-révolution, ce qui est stabilité alors même que le principe espérance est là, une dialectique toujours en devenir.
 
Staline demeure-t-il, en particulier pour les Russes, une des figures qui manifestent la fin de l’ordre tsariste et le passage nécessaire donc possible à une autre société ? L’histoire de ces personnages paraît se dérouler dans un temps très court et dans le même temps celui de toute une génération, celui d’un paroxysme, une terreur des petits sur les possédants, et on peut à ce propos reprendre la démonstration que le Professeur Luciano Canfora de l’Université de Bari a fait dans une conférence à propos de Spartacus tel que l’analysent Mommsen et Marx, ce dernier le comparant à Garibaldi pour lequel il a du mépris.
 
« Marx suit Mommsen avec beaucoup de curiosité, bien plus que ce qu’il voudrait montrer ; je crois que, malgré les critiques qu’il lui destine dans le Ier livre du Capital, il l’estimait beaucoup. Il y a une autre lettre à Engels, où il écrivait : « as-tu entendu parler de la nouvelle Histoire romaine de Mommsen ? Il paraît que c’est un excellent livre ; apporte-le moi ». Engels le lui procura, et cette lecture a évidemment influencé Marx. « Spartacus – écrit-il donc – a été vraiment un grand général (pas comme Garibaldi) ». Je crois que ce jugement est dû à l’antipathie envers Garibaldi que Marx nourrissait. Lorsque Garibaldi alla à Londres, il se passa des choses extravagantes, la reine Victoria dit que le peuple anglais était devenu fou, Marx dit qu’il y avait eu une scène de folie collective. Il n’avait aucune sympathie pour lui, cela est sûr ; mais il y a peut-être un élément en plus, à savoir la manière de conduire la campagne des Mille, qui sont eux aussi des irréguliers, qui ensuite se constituent en armée, mais à la fin ils s’offrent au pouvoir de l’Etat. C’est exactement le contraire de ce que fait Spartacus. Par conséquent pour Marx, Garibaldi est un chef de guérilla raté, tandis que Spartacus est un grand chef de guérilla. »
 
Les pseudos anti-staliniens et vrais censeurs de toutes obédiences tentent d’empêcher que soit menée la réflexion collective, ils l’ont appauvrie jusqu’à la sclérose dans le conformisme. Dans le fond, ils ont agi envers ceux qui posaient la question du pouvoir révolutionnaire, avec toute la bigoterie du monde, exactement selon le programme que Mussolini définissait par rapport à Gramsci : « l’empêcher de penser ». Parce ce qui était en cause était une autre idée de la révolution, celle des formidables opportunités qu’elle offre non seulement aux classes dominées mais à des talents individuels qui ne demandent qu’à s’épanouir. C’est toujours vrai… Mais faute d’avoir défendu cette vision, ils ont produit une jeunesse sans espérance ou avec des illusions mortifère sur la nature de l’adversaire.
 
En outre, ils ont interdit de comprendre ce qu’avait été l’histoire de l’URSS, la manière dont le stalinisme n’en constitue qu’un moment limité dans le temps, même s’il est celui de ce dépassement, de ce non retour en arrière à marche forcée. La totalité de ceux dont nous avons recueilli les avis n’ont jamais vécu cette période révolutionnaire exceptionnelle, elle est pour eux de l’ordre de l’Histoire. Leur mémoire est marquée par les épisodes qu’ils ont connus de la vie en Union soviétique, peut-être y aurait-il dans la considération de cette périodisation l’intérêt d’une meilleure compréhension de ceux qui ont cru voir dans la chute de l’Union soviétique, en général une jeunesse aisée, l’occasion d’une révolution qui serait la leur, une sorte de vision soixante-huitarde qui a aussi pesé sur ceux de ma génération et consacré pour un temps le triomphe de la social démocratie libérale libertaire.
 
Ce temps est révolu.
 
(2) Organisé par l’Istituto italiano di cultura en collaboration avec l’Université de Luxembourg et le CCR en juin 2017.
 
[1Emmanuel D’astier, Sur Staline, 10/18, 1960.
 
 

Einstein après les accords de Munich : je n’ai plus d’espoir pour l’Europe

 

24 Août 2017
«Je n’ai plus d’espoir pour l’Europe»: la lettre d’Albert Einstein dans laquelle il met en garde contre la montée d’Hitler, en 1938,  10 jours après que Chamberlain ait pratiqué une «politique d’apaisement», pourrait atteindre 25 000 $ aux enchères.
 
Lettre d’Albert Einstein critiquant Neville Chamberlain qui pour apaiser l’Allemagne nazie lui cède, mise aux enchères
 
Einstein a écrit à son ami, l’ingénieur Michele Besso qu’il n’avait plus d’espoir pour l’Europe en raison de l’agression d’Hitler
 
Einstein a également déclaré que M. Chamberlain voulait que Hitler se tourne contre la Russie et batte le communisme en Europe
 
La lettre a été écrite en 1938 quelques jours après la signature des Accord de Munich qui ont permis l’annexion d’une partie de la Tchécoslovaquie 

Par Joseph Curtis Pour Mailenline

 

PUBLIÉ: 20:12 BST, 21 août 2017 MIS À JOUR: 05:03 BST, 22 août 2017

Une lettre écrite par Albert Einstein en 1938 critiquant  le premier ministre britannique Neville Chamberlain pour sa politique d’apaisement envers l’Allemagne nazie a été mise aux enchères.

 

Elle a été écrite par le célèbre physicien en 1938, à peine 10 jours après la signature de l’accord de Munich en septembre, permettant à Adolf Hitler d’annexer une partie de la Tchécoslovaquie connue sous le nom de terre des Sudètes.

 

La lettre, dont prévoit qu’elle pourra aller jusqu’à 25 000 $ à l’enchère de Los Angeles, a été envoyée à son meilleur ami Michele Besso, un ingénieur suisse / italien,  et porte sur l’avenir de l’Europe et le leadership de M. Chamberlain.

 

Le discours  de M. Chamberlain sur «La paix pour notre temps» pour caractériser les Accords de Munich, a été prononcé quelques heures seulement après la conférence, à laquelle ont participé les dirigeants du Royaume-Uni, d’Allemagne, de France et d’Italie.

 

M. Chamberlain a déclaré que l’accord avec l’Allemagne «symbolisait le désir de nos deux peuples de ne plus s’affronter », mais cela ne servait qu’à aider Hitler à se développer en Europe.

Une lettre écrite par le physicien allemand Albert Einstein écrit des jours après l'accord de Munich de 1938 est en hausse aux enchères à Los Angeles et devrait débourser 25 000 $. Dans la lettre, Einstein critique la direction du premier ministre britannique Neville Chamberlain, en particulier sur sa politique d'apaisement vis-à-vis de l'invasion d'Adolf Hitler dans certaines parties de la Tchécoslovaquie. Einstein, qui avait déménagé aux États-Unis par ce point, a également écrit qu'il n'avait «aucun espoir pour l'Europe» face à l'agression d'Hitler

Einstein, qui avait déménagé aux États-Unis, a également écrit qu’il n’avait «aucun espoir pour l’Europe» face à l’agression d’Hitler

 

La lettre a été envoyée au meilleur ami d'Einstein, Michele Besso, un ingénieur suisse / italien qui a vécu en Suisse. Einstein a déclaré à M. Besso qu'il était «naïf» pour avoir confiance en M. Chamberlain et a déclaré que le leader britannique «espérait que Hitler allait s'effondrer en attaquant la Russie». Dans la lettre, il a également accusé le Premier ministre de "trahir" la Tchécoslovaquie et d'être «trompeur» en convainquant les Français de faire la même chose

Einstein a déclaré à M. Besso qu’il était «naïf» d’avoir confiance en M. Chamberlain et il a déclaré que le leader britannique «espérait qu’Hitler allait s’effondrer en attaquant la Russie». Dans la lettre, il a également accusé le Premier ministre de « trahir » la Tchécoslovaquie et d’être « trompeur » en convainquant les Français de faire de même.

 

Albert Einstein, retrouvé, a affirmé que Chamberlain avait «sauvé Hitler» en convainquant les Français pour permettre l'annexion de la Tchécoslovaquie

      

M. Chamberlain, représenté, a été critiqué de façon marquée sur sa politique d'apaisement bien que certains historiens aient justifié ses actions en affirmant que le public ne voulait pas une guerre avec l'Allemagne en 1938

                                     

Einstein, à gauche, a écrit que M. Chamberlain soutenait ceux qui croyaient «qu’Hitler valait mieux que les Rouges», en se référant aux communistes. De nombreux historiens ont également critiqué M. Chamberlain pour ne pas s’opposer plus tôt à l’expansion allemande, ce qui a conduit Hitler à reprendre le reste de la Tchécoslovaquie en mars 1939 avant d’envahir la Pologne en septembre de la même année, provoquant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale

 

Le gouvernement tchécoslovaque ne l’a pas approuvé et l’accord critiqué a été rebaptisé la trahison de Munich dans le pays.

 

Einstein était aussi critique et a déclaré que M. Chamberlain essayait simplement de se «sauver» en convainquant d’autres pouvoirs pour suivre sa politique d’apaisement.

 

Il a également dit à M. Besso qu’il croyait que le Premier ministre espérait qu’Hitler porterait son attention sur la Russie et lutterait contre le communisme.

 

Einstein, qui a quitté l’Allemagne pour le New Jersey après la prise de pouvoir par Hitler en 1933, a écrit: «Vous avez confiance en la chambre britannique et même Chamberlain? O sancta simplicitas …! [Oh, sainte innocence]

 

‘[Il est] En espérant que Hitler pourrait s’effondrer en attaquant la Russie, il sacrifie l’Europe de l’Est.

L'accord de Munich a été célèbre, suivi du discours de M. Chamberlain sur «La paix pour notre temps», dans lequel il a déclaré que l'accord avait montré que le Royaume-Uni et l'Allemagne «n'ont jamais voulu aller à la guerre de nouveau». Cependant, cela n'a servi qu'à donner à Hitler la confiance nécessaire pour être plus agressif et cela lui a permis de croire que le Royaume-Uni et la France ne risquaient pas la guerre en s'opposant à lui et nbsp;

L'héritage de Chamberlain a été défendu par certains, avec les acclamations et les applaudissements qu'il a reçus lors du discours, imaginé, utilisé comme preuve que le pays ne voulait pas aller en guerre et n'était pas préoccupé par l'invasion de la Tchécoslovaquie. Chamberlain est représenté sur le maintien de l'accord signé qu'il croyait que la guerre serait évitée

L’héritage de Chamberlain a été défendu par certains, en faisant état des acclamations et des applaudissements qui ont accueilli son discours, ils en ont fait la preuve que le pays ne voulait pas aller en guerre et n’était pas préoccupé par l’invasion de la Tchécoslovaquie. Chamberlain avec l’accord signé croyait que la guerre serait évitée.

 

Einstein dit au contraire:

 

« Mais nous allons voir qu’une fois de plus que la perspicacité ne gagne pas à long terme.

 

«En France, il a aidé à faire taire la gauche et, en France, cela a favorisé ces personnes dont la devise est «  Hitler vaut mieux que les rouges ».

 

« La politique d’extermination contre l’Espagne l’a déjà montré clairement. Maintenant, il sauve Hitler, lui donne du temps en le couronnant avec la couronne d’amour de la paix et incitant la France à trahir les Tchèques.

 

«Il a fait tout cela d’une manière si intelligente qu’il a trompé la plupart des gens, même vous (malheureusement). Sa seule peur, qui l’a poussé à ses renoncements humiliants, était l’inquiétude qu’Hitler puisse perdre du terrain.

 

«Je n’ai plus d’espoir pour l’avenir de l’Europe».

 

L’ACCORD DE MUNICH DE 1938

 

Lors de l’accord de Munich en septembre 1938,  les dirigeants du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la France et de l’Italie se sont réunis pour discuter de l’expansion d’Hitler dans des parties de la Tchécoslovaquie occidentale connues sous le nom de Sudètes.

 

Le gouvernement tchèque n’a pas été invité à la conférence à Munich, ce qui a causé l’indignation, et les grandes puissances ont finalement accepté de permettre à l’Allemagne d’annexer la région sans opposition.

 

Mais cette signature est devenu infâme dans le cadre de la politique d’apaisement du Premier ministre britannique Neville Chamberlain, le leader revenant au Royaume-Uni promettant «la paix pour notre temps».

 

Il a également déclaré que l’accord était la preuve que le Royaume-Uni et l’Allemagne «n’iraient jamais à la guerre l’un contre l’autre», bien que les historiens affirment que cela ne donnait à Hitler qu’une plus grande confiance qu’il pouvait envahir d’autres régions d’Europe sans crainte de représailles.

 

Au début de 1939, Hitler a annexé le reste de la Tchécoslovaquie sans opposition, et ce n’est qu’en septembre de la même année que la France et le Royaume-Uni ont finalement déclaré la guerre après que l’Allemagne ait envahi la Pologne.

L’accord a permis à l’Allemagne de prendre en charge une grande partie de la frontière occidentale du pays, où vivaient plusieurs locuteurs de langue allemande.

 

Le gouvernement de M. Chamberlain a estimé que l’apaisement d’Hitler et de l’Allemagne était la bonne marche à suivre suite au traitement sévère que cette dernière avait reçu après la Première Guerre mondiale.

 

En vertu du Traité de Versailles, l’Allemagne a été convaincue d’être responsable et de devoir  payer des réparations énormes de 22 milliards de livres sterling.

 

Le pays a également vu ses forces armées bloquées, ce qui a limité son armée à 100 000 hommes et la marine à seulement six cuirassés, tout en interdisant toute sa force aérienne.

 

Certaines parties de l’Allemagne ont également été remises à la France et à la Pologne, en créant d’énormes amputations à ses frontières.

 

Beaucoup d’historiens croient que cela a provoqué un ressentiment parmi les Allemands qui ont été exploités par Hitler lors de son émergence au pouvoir.

 

Le leader nazi avait déjà bafoué l’un des termes du traité en réunissant l’Allemagne et l’Autriche par l’Anschluss en mars 1938, sans aucune résistance des puissances occidentales.

 

D’autres ont essayé de justifier les décisions de M. Chamberlain, affirmant qu’il ne voulait pas perdre des millions de vies britanniques dans un autre conflit, juste 20 ans après la Première Guerre mondiale.

 

L’apaisement a seulement stimulé les ambitions d’Hitler, mais le Royaume-Uni et la France ne s’y sont pas opposés, il a envahi le reste de la Tchécoslovaquie en mars 1939 et n’a encore subi  aucune rétorsion de l’ouest.

 

Cela l’a rendu plus confiant et a conduit à l’invasion de la Pologne en septembre 1939, la France et la Grande-Bretagne déclarant enfin la guerre après avoir accepté de protéger la Pologne.

 

M. Chamberlain ne resterait au pouvoir que pendant quelques mois après que l’opinion publique se soit retournée contre lui et qu’il ait été remplacé par Winston Churchill.

 

Sa politique d’apaisement a été discutée par les historiens depuis lors, et bien qu’il y ait eu  consensus, il a pris de mauvaises décisions, les rapports suggèrent que le public britannique n’était pas préoccupé par le sort de la Tchécoslovaquie.

 

Les foules délirantes qui ont salué le discours de M. Chamberlain sur «La paix pour notre temps» avec des acclamations et des applaudissements démontrent  également qu’il y avait peu d’appétit pour aller en guerre avec l’Allemagne sur l’Europe centrale en 1938.

Publié par El Diablo

Dans le chaos de l’après-guerre : Quand les AMÉRICAINS voulaient gouverner la FRANCE [Annie Lacroix-Riz]

Billets libellés en francs imprimés aux États-Unis, de février à mai 1944, par le Bureau of Engraving and PrintingBillets libellés en francs imprimés aux États-Unis, de février à mai 1944, par le Bureau of Engraving and Printing

Billets libellés en francs imprimés aux États-Unis, de février à mai 1944, par le Bureau of Engraving and Printing

C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale : dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France - comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon - un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

A en croire certains historiens américains, ce projet tenait à la haine qu’éprouvait Franklin D. Roosevelt pour Charles de Gaulle,« apprenti dictateur » qu’il eût voulu épargner à la France de l’après-Pétain. Cette thèse d’un président américain soucieux d’établir la démocratie universelle est séduisante, mais erronée (1).

Un « Vichy sans Vichy »

A l’époque, les Etats-Unis redoutaient surtout que la France, bien qu’affaiblie par la défaite de juin 1940, s’oppose à leurs vues sur deux points, du moins si de Gaulle, qui prétendait lui rendre sa souveraineté, la dirigeait. D’une part, ayant lutté après 1918-1919 contre la politique allemande de Washington, Paris userait de son éventuel pouvoir de nuisance pour l’entraver à nouveau. D’autre part, la France répugnerait à lâcher son empire, riche en matières premières et en bases stratégiques, alors que les Américains avaient dès 1899 exigé - pour leurs marchandises et leurs capitaux - le bénéfice de la « porte ouverte » dans tous les empires coloniaux (2).

C’est pourquoi les Etats-Unis pratiquèrent à la fois le veto contre de Gaulle, surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance, et une certaine complaisance mêlée de rigueur envers Vichy. A l’instar des régimes latino-américains chers à Washington, ce régime honni aurait, à ses yeux, l’échine plus souple qu’un gouvernement à forte assise populaire.

Ainsi chemina un « Vichy sans Vichy » américain, qu’appuyèrent, dans ses formes successives, les élites françaises, accrochées à l’Etat qui leur avait rendu les privilèges entamés par l’« ancien régime » républicain et soucieuses de négocier sans dommage le passage de l’ère allemande à la pax americana.

Préparant depuis décembre 1940, bien avant leur entrée en guerre (décembre 1941), leur débarquement au Maroc et en Algérie avec Robert Murphy, représentant spécial du président Roosevelt en Afrique du Nord et futur premier conseiller du gouverneur militaire de la zone d’occupation américaine en Allemagne - bête noire des gaullistes -, les Etats-Unis tentèrent un regroupement autour d’un symbole de la défaite, le général Maxime Weygand, délégué général de Vichy pour l’Afrique jusqu’en novembre 1941.

L’affaire échouant, ils se tournèrent, juste avant leur débarquement du 8 novembre 1942, vers le général Henri Giraud. Vint ensuite le tour de l’amiral François Darlan, alors à Alger : ce héraut de la collaboration d’Etat à la tête du gouvernement de Vichy, de février 1941 à avril 1942, était resté auprès de Pétain après le retour au pouvoir de Pierre Laval (3).

Le 22 novembre 1942, le général américain Mark W. Clark fit signer à l’amiral « retourné » « un accord singulier »mettant« l’Afrique du Nord à la disposition des Américains » et faisant de la France « un pays vassal soumis à des « capitulations » ». Les Américains « s’arrogeaient des droits exorbitants » sur le « prolongement territorial de la France » : déplacement des troupes françaises, contrôle et commandement des ports, aérodromes, fortifications, arsenaux, télécommunications, marine marchande ; liberté de réquisitions ; exemption fiscale ; droit d’exterritorialité ; « administration des zones militaires fixées par eux » ; certaines activités seraient confiées à des « commissions mixtes » (maintien de l’ordre, administration courante, économie et censure) (4).

Laval lui-même préparait son avenir américain tout en proclamant« souhaiter la victoire de l’Allemagne » (22 juin 1942) : secondé par son gendre, René de Chambrun, avocat d’affaires collaborationniste doté de la nationalité américaine et française, il se croyait promis par Washington à un rôle éminent au lendemain d’une « paix séparée » germano-anglo-américaine contre les Soviets (5). Mais soutenir Laval était aussi incompatible avec le rapport de forces hexagonal que ladite « paix » avec la contribution de l’Armée rouge à l’écrasement de la Wehrmacht.

Une « belle et bonne alliance »

Après l’assassinat, le 24 décembre 1942, de Darlan, auquel furent mêlés les gaullistes, Washington revint vers Giraud, fugace second de De Gaulle au Comité français de libération nationale (CFLN) fondé le 3 juin 1943. Au général vichyste s’étaient ralliés, surtout depuis Stalingrad, hauts fonctionnaires (tel Maurice Couve de Murville, directeur des finances extérieures et des changes de Vichy) et industriels (tel l’ancien cagoulard Lemaigre-Dubreuil, des huiles Lesieur et du Printemps, qui jouait depuis 1941 sur les tableaux allemand et américain) et banquiers collaborateurs (tel Alfred Pose, directeur général de la Banque nationale pour le commerce et l’industrie, féal de Darlan).

C’est cette option américaine qu’incarnait Pierre Pucheu en rejoignant alors Alger et Giraud : quel symbole du maintien de Vichy que ce ministre de la production industrielle, puis de l’intérieur de Darlan, délégué de la banque Worms et du Comité des Forges, ancien dirigeant et bailleur de fonds du Parti populaire français de Jacques Doriot, champion de la collaboration économique et de la répression anticommuniste au service de l’occupant (désignation des otages de Châteaubriant, création des sections spéciales, etc.).

Lâché par Giraud et emprisonné en mai 1943, il fut jugé, condamné à mort et exécuté à Alger en mars 1944. Pas seulement pour plaire aux communistes, que Pucheu avait martyrisés : de Gaulle lançait ainsi un avertissement aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne. Il sema l’effroi chez ceux qui attendaient que le sauvetage américain succédât au « rempart » allemand : « Le bourgeois français, ricanait un policier en février 1943, [a] toujours considéré le soldat américain ou britannique comme devant être à son service au cas d’une victoire bolchevique (6). »

Peignant de Gaulle à la fois en dictateur de droite et en pantin du Parti communiste français et de l’URSS, Washington dut pourtant renoncer à imposer le dollar dans les « territoires libérés » et (avec Londres) reconnaître, le 23 octobre 1944, son Gouvernement provisoire de la République française : deux ans et demi après la reconnaissance soviétique du « gouvernement de la vraie France », un an et demi après celle, immédiate, du CFLN, deux mois après la libération de Paris et peu avant que de Gaulle ne signât avec Moscou, le 10 décembre, pour contrebalancer l’hégémonie américaine, un « traité d’alliance et d’assistance mutuelle » qu’il qualifia de « belle et bonne alliance (7) ».

Ecartée de Yalta en février 1945, dépendante des Etats-Unis, la France s’intégra pleinement dans leur sphère d’influence. La vigueur de sa résistance intérieure et extérieure l’avait cependant soustraite à leur protectorat.

Annie Lacroix-Riz

Professeur d’histoire contemporaine, université Paris-VII, auteure des essais Le Vatican, l’Europe et le Reich 1914-1944 et Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930,Armand Colin, Paris, 1996 et 2006

--------

(1) Costigliola Frank, France and the United States. The Cold Alliance since World War II, Twayne Publishers, New York, 1992.

(2) William A. Williams, The Tragedy of American Diplomacy, Dell Publishing, New York, 1972 (première édition, 1959).

(3) Robert O. Paxton, La France de Vichy, Seuil, Paris, 1974.

(4) Jean-Baptiste Duroselle, L’Abîme, 1939-1945, Imprimerie nationale, Paris, 1982, et Annie Lacroix-Riz, Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Armand Colin, Paris, 1999.

(5) Leitmotiv depuis 1942 de Pierre Nicolle, Journal dactylographié, 1940-1944, PJ 39 (Haute Cour de justice), archives de la préfecture de police, plus net que l’imprimé tronqué, Cinquante mois d’armistice, André Bonne, Paris, 1947, 2 vol.

(6) Lettre n° 740 du commissaire de police au préfet de Melun, 13 février 1943, F7 14904, Archives nationales ; voir Richard Vinen, The politics of French business, 1936-1945, Cambridge University Press, Cambridge, 1991.

(7) Note du directeur adjoint des affaires politiques, Paris, 25 octobre 1944, et traité en huit articles Europe-URSS, 1944-1948, vol. 51, archives du ministère des affaires étrangères.

SOURCE :

Quand les Américains voulaient gouverner la France

 

http://www.monde-diplomatique.fr/2003/05/LACROIX_RIZ/10168

Publié par El Diablo

Il y a 78 ans : Le PACTE germano-soviétique

 le 23 août 1939, Molotov pour l'Union soviétique et Ribbentrop pour l'Allemagne nazie signaient le pacte germano-soviétique de non-agression

le 23 août 1939, Molotov pour l'Union soviétique et Ribbentrop pour l'Allemagne nazie signaient le pacte germano-soviétique de non-agression

Le pacte germano-soviétique

Le pacte germano-soviétique (ou Pacte Molotov-Ribbentrop) est un traité de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne, comportant des closes territoriales et économiques . Une clause secrète prévoit le partage de la Pologne en zones d'influence allemande et soviétique, la limite passant par les fleuves Narew, Vistule et San. Le pacte fut signé le 23 août 1939 au Kremlin.

APPROCHE HISTORIQUE:

 

Grâce à  certains ouvrages, rédigés entre autres par des soviétiques, mais aussi par des auteurs contemporains, on peut penser que l'Allemagne nazie aurait eu la possibilité d'occuper tout le territoire polonais, et éventuellement d'obtenir un droit de passage sur les pays baltes et la Finlande. Un assaut contre l'Union Soviétique aurait alors permis la prise de Moscou et de Leningrad en quelques semaines, l'Europe serait alors tombée beaucoup plus aisément entre les mains des pays fascistes.
 

Les négociations avec la France et le Royaume Uni pour pousser la Pologne à accepter l'aide soviétique fut un échec, embourbée par la diplomatie française. De plus, en 1937 l'URSS, ruinée par la Révolution (non pas que la Révolution ait ruiné la Russie mais plutôt que les combats que durent mener les bolchéviks contre la bourgeoisie et les féodaux furent assez éprouvants), par des conditions climatiques défavorables et par les guerres contre les blancs et les forces françaises et anglaises, avec une armée affaiblie.

par les troubles politiques est très loin de disposer d'un arsenal suffisamment puissant pour repousser Hitler. Dans l'éventualité d'une guerre avec l'Allemagne, l'aide française et anglaise aurait été probablement inexistante, comme l'a montré l'absence de réaction à la remilitarisation de la Rhénanie et à l'invasion de la Pologne par l'Allemagne. Les craintes de Staline furent confirmées par la conférence de Munich, qui vit l'annexion de la Tchécoslovaquie, démocratie bourgeoise, forte d'un potentiel industriel et militaire non négligeable. Seuls 75 députés votent contre les accords de Munich. Parce que le PCF dénonça Munich, certains hommes politiques voulurent l'interdire. N'oublions pas non plus qu'en 1920 la Pologne annexa une petite partie de la Russie, à  l'aide de militaires français comme Weygand. C'est exactement cette partie de la Pologne qui sera reprise par la Russie soviétique.

Le 23 août 1939 Staline annonce au politburo son intention de signer un pacte de non-agression avec l'Allemagne. Trois jours plus tard le pacte est signé au Kremlin, pour une durée de dix ans, par les ministres des affaires étrangères Joachim von Ribbentrop (Allemagne) et  Molotov (URSS).

« Les hautes parties contractantes s'engagent à s'abstenir de tout acte de violence, de toute agression, de toute attaque l'une contre l'autre, soit individuellement, soit conjointement avec d'autres puissances ».

Le pacte permit donc à l'URSS de gagner du temps pour construire une armée puissante en convertissant rapidement l'industrie lourde en une industrie de guerre et d'améliorer sa position stratégique sur l'Allemagne nazie. Staline profita du front unique pour attaquer la Finlande, annexer les pays baltes et envahir la Roumanie. De plus, on peut penser que la chute rapide de la France, considérée jusqu'alors comme la première puissance militaire, fut totalement inattendue, et qu'une résistance puissante aurait permis d'améliorer encore les dispositifs militaires, mais aussi de combattre une Allemagne d'avantage affaiblie.

DES LECTURES SUR LE SUJET:

  • Lettre ouverte à Léon Blum, par André Marty, publié dans les cahiers du bolchevisme second semestre 39 - Janvier 40. Position du PCF entre septembre 39 et janvier 40

  • Un article de D. Ramez, On reste perplexe.

  • Le livre de Gacon (and co.) La vérité sur 1939.

  • Les fils de la Nuit d'Ouzoulias, pour la version P"C"F des années 70.

  • Travail d'Annie Lacroix-Riz (par exemple son article publié dans le Monde Diplomatique). Notamment deux ouvrages :Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, Paris, Armand Collin, 2006, 671 p.De Munich à Vichy, l'assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Collin, 2008, 408 p.

  • Paul Marie de la Gorce, 39-45 une guerre inconnue.

SOURCE:

Dans les pays de l' Euro-dictature capitaliste ...

http://eurodictature.blogspot.fr/2009/10/le-pacte-germano-sovietique.html

L'Humanité du 25 août 1936 - source : Gallica BNF

L'Humanité du 25 août 1936 - source : Gallica BNF

EN PDF:

VOIR ÉGALEMENT LE LIEN CI-DESSOUS:

Il y a 78 ans, le pacte de non-agression germano-soviétique a sauvé l'Europe et la France de la domination allemande, par Jean LEVY - Ça n'empêche pas Nicolas

Il y a 78 ans, le pacte de non-agression germano-soviétique a sauvé l'Europe et la France de la domination allemande, par Jean LEVY - Ça n'empêche pas Nicolas

Le 23 août 1939, l'Union soviétique et l"Allemagne signent un pacte de non-agression. L'événement fait l'effet d'une bombe : l'accord entre Hitler et Staline est présenté dans le monde occide...

 

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/2017

22 août 2017

Montpellier, l'université de médecine et ses enseignants arabes

« L’université de médecine, nous dit la présentation, est l’une des facultés les plus anciennes d’Europe, créée en 1220, c’est même la plus vieille faculté en exercice au monde, ce que l’on oublie trop souvent de dire c’est que l’enseignement dispensé à cette époque vient de Bagdad, de Damas et du Caire. Les médecins arabes qui enseignent dans cette université sont nombreux, ils sont d’une grande importance car ce sont les seuls à pouvoir traduire les livres des plus illustres médecins Hippocrate, Galien, Aristoste mais aussi ceux d’ Al-Tabari, Ibn Rush ou encore Rhazes! Ils seraient aussi à l’origine du jardin de plantes médicinales à l’intérieur de l’université bien avant que celui-ci soit transformé en jardin botanique sous Louis XIII. Aujourd’hui encore Montpellier cultive ces liens historiques : les centres hospitaliers universitaires Hassan-II de Fès, au Maroc et Montpellier ont signé une convention de coopération en matière de santé. Les deux villes sont d’ailleurs jumelées depuis 2003... »

Reprenons la lecture de cette présentation de l'université de médecine...

Michel Peyret


Montpellier et son patrimoine arabo-musulman

Montpellier et son patrimoine arabo-musulman

 

Auteur :Redaction Dans ActualitésIslam et Occident 15/09/2012

Journées du patrimoine : aujourd’hui et demain les portes des musées, châteaux et autres lieux culturels vous sont grandes ouvertes! Et si c’était l’occasion pour nous, de revisiter le patrimoine musulman en France. Oui, il existe, il est bien là et depuis longtemps ! Un peu de culture et de douceur… Nous vous invitons aujourd’hui à découvrir Montpellier, capitale du Languedoc, ville étudiante par excellence. Elle regorge de richesses et possède surtout un patrimoine arabo-musulman précieux.

Montpellier et les musulmans d’hier

Pour retrouver la trace des premiers musulmans, il faut remonter au Moyen-Âge ! Le sud de la France était une terre d’échanges et de commerces pour une communauté musulmane qui illuminait alors le monde. Ces marchands-pionniers, originaires d’Andalousie ou d’Afrique du Nord se sont peu à peu installés et ont participé à vie sociale et économique de Montpellier mais aussi d’autres villes comme Marguerittes, Carcassonne et Narbonne où l’on a retrouvé les vestiges d’une mosquée datant du VIIIe siècle !                                                                                                                                                                                                                                                                        

Dans le centre-ville de Montpellier, rue Jacques Coeur, sont exposées au musée de Société d’archéologie deux fragments de stèles funéraires sur lesquelles on découvre des inscriptions coufiques (anciens caractères arabes employés à Koufa, en Irak). Il s’agit de la tombe d’un jeune homme appelé Ibn Ayyûb, étudiant en science des traditions et leur interprétation selon le rite malékite. La stèle datant du XIe siècle contient aussi quelques vers écrits à la mémoire de ce jeune tâlib. Ibn Ayyûb, aurait-il été l’un des premiers étudiants arabe de Montpellier? 

Montpellier, la ville des étudiants d’ici et d’ailleurs 

L’université de médecine est l’une des facultés les plus anciennes d’Europe, créée en 1220, c’est même la plus vieille faculté en exercice au monde, ce que l’on oublie trop souvent de dire c’est que l’enseignement dispensé à cette époque vient de Bagdad, de Damas et du Caire. Les médecins arabes qui enseignent dans cette université sont nombreux, ils sont d’une grande importance car ce sont les seuls à pouvoir traduire les livres des plus illustres médecins Hippocrate, Galien, Aristoste mais aussi ceux d’ Al-Tabari, Ibn Rush ou encore Rhazes! Ils seraient aussi à l’origine du jardin de plantes médicinales à l’intérieur de l’université bien avant que celui-ci soit transformé en jardin botanique sous Louis XIII. Aujourd’hui encore Montpellier cultive ces liens historiques : les centres hospitaliers universitaires Hassan-II de Fès, au Maroc et Montpellier ont signé une convention de coopération en matière de santé. Les deux villes sont d’ailleurs jumelées depuis 2003.

Montpellier et les musulmans aujourd’hui

La communauté musulmane est beaucoup plus importante aujourd’hui et même si tous ne suivent pas une formation à la faculté de médecine, ils sont nombreux à marquer la ville de façon exemplaire. A l’image de  Lhoussine Tahiri, responsable de l’Association des Franco-Marocains et de Mohammed Khattabi, imam de la mosquée de La Paillade. Tous deux ont contribué à faire de la plus grande salle de prière de Montpellier, la mosquée Ibn Rush « Averroès »

 

Depuis le mois de juillet de cette année, la mosquée n’est plus une salle de prière prêtée par l’agglomération de Montpellier mais bien la propriété des fidèles musulmans. Une bonne nouvelle que la communauté a accueilli avec joie alors qu’on entrait dans les premiers jours de Ramadan. Très fréquentée, c’est un modèle à la fois de fraternité, de tolérance et de modernité, la prière de l’Aid al-fitr a réuni plus de 15000 personnes

 

 

 

 

 

 

 

 

La mosquée Averroès est une des rares à Montpellier où le prêche du vendredi est traduit en français, elle est ouverte aux établissements scolaires désireux de faire le lien entre les cultures musulmane et occidentale. Et, c’est peut-être lié, le nombre de conversions dans cette mosquée est stupéfiant ! Dans son désir de répandre et propager le savoir, la mosquée propose par ailleurs des cours de sciences islamiques pour tout public. Elle est aussi une école d’arabe, les fins de semaine, pour les plus jeunes.

Montpellier rayonne en partie grâce à cet apport culturel des musulmans d’hier et d’aujourd’hui, c’est une ville où il fait encore bon vivre  son islam

Posté par Michel Peyret 
14 août 2017
Le massacre de Katyn fut perpétré par l'Allemagne nazie

 

Les mensonges de l'Histoire

 

La controverse concernant le massacre de Katyn dès le printemps 1943, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale. A cette date, les Allemands (qui avaient envahi l'URSS pendant l'opération Barbarossa, à l'été 1941), révélèrent à la presse internationale qu'ils avaient trouvé plusieurs charniers dans la forêt de Katyn (à 25 kilomètres de Smolensk), contenant les restes de 4 500 officiers polonais. 

 

Très rapidement, la faute fut rejetée sur l'URSS, qui protesta, accusant au contraire l'Allemagne nazie de ce massacre. Toutefois, comme l'Union soviétique, sortit grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale, les démocratie occidentales décidèrent de ne pas contester les affirmations de Moscou.

 

Cependant, la diffusion de certaines archives russes, depuis le début des années 1990, nous permettent d'y voir un peu plus clair dans cette affaire. Ainsi, l'on peut donc se demander qui, de l'Allemagne nazie ou de l'URSS, fut donc responsable de ce massacre.

 

Mémorial de Katyn, Jersey City, Etats-Unis.

 

Au cours des années 1930, le Troisième Reich avait réussi à étendre sa sphère d'influence : remilitarisation de la Rhénanie[1] (mars 1936) ; annexion de l'Autriche (mars 1938) ; satellisation de la Tchécoslovaquie (mars 1939) ; signature du pacte germano-soviétique (août 1939) ; création de l'Axe Berlin-Rome-Tokyo (septembre 1940) ;  etc.[2]

 

Adolf Hitler[3], chancelier du Reich, constatant l'impavidité des démocratie occidentales, décida alors d'envahir la Pologne, le 1er septembre 1939. Staline, dirigeant de l'Union soviétique, fit de même à compter du 17 septembre, conformément aux clauses secrètes du pacte germano-soviétique[4]. Attaqués sur deux fronts, les Polonais ne tardèrent pas à déposer les armes, et Varsovie, la capitale, fut contrainte d'ouvrir ses portes à l'ennemi à la fin du mois de septembre.

 

En parallèle de la conquête de la Pologne, plusieurs dizaines de milliers de civils, de policiers, de soldats et d'officiers polonais furent arrêtés et emprisonnés par le NKVD[5]. En l'espace de quelques mois, les soldats furent relâchés, mais les officiers et les sous-officiers furent déportés vers l'URSS en février 1940. Les prisonniers polonais furent alors répartis sur trois camps de concentrations : Ostachkov, à 350 kilomètres au nord-ouest de Moscou (6 200 prisonniers) ; Kozelsk, à 200 kilomètres à l'est de Smolensk (4 500 prisonniers) ; et Starobilsk, à 200 kilomètres à l'est de Kharkov (4 000 prisonniers).

 

Au mois de mars 1940, décision fut prise par Staline ne liquider les officiers polonais. Ainsi, entre mars et avril, les prisonniers furent transportés vers plusieurs sites d'exécution : d'Ostachkov à Kalinine (aujourd'hui Tver) ; de Kozelsk à Katyn ; et de Starobilsk à Kharkov. Le transport vers les sites d'exécution se faisait par petits groupes (environ cent personnes par trajet). Les prisonniers, ligotés, étaient ensuite tués d'une balle dans la tête. A noter que les bourreaux utilisaient des pistolets Walter PP (abréviation de Polizei Pistole), armes de fabrication allemande mais qui avaient été couramment importées en URSS, notamment pendant les années 1920.

 

Walter PP, modèle 1921.

 

Ainsi, en plus des 4 500 victimes de Katyn, l'on peut rajouter celles des camps d'Ostachkov et de Starobilsk, sans compter les résistants polonais exécutés eux aussi sans procès (soit un total d'environ 20 000 personnes).

 

En juin 1941, Hitler fit volte-face, et se retourna contre Staline, son allié d'autrefois, déclenchant l'opération Barbarossa. Suite à l'invasion du territoire soviétique, les Allemands découvrirent un premier charnier dans la forêt de Katyn, à environ 25 kilomètres à l'ouest de Smolensk. Ce dernier contenait les corps d'une centaine d'officiers polonais. Puis, à compter de l'hiver 1942, d'autres fosses communes furent découvertes par les Allemands, qui mirent au jour environ les cadavres des 4 500 officiers polonais exécutés à Katyn.

 

L'opération Barbarossa.

 

Au printemps 1943, l'affaire fut largement reprise dans les médias allemands, qui accusèrent l'URSS du massacre (d'autant que l'Union soviétique, contrairement au Troisième Reich, n'avait pas signé la convention de Genève, garantissant le bon traitement des soldats prisonniers de guerre). De son côté, Staline rejeta la faute sur la Wehrmacht[6], expliquant les officiers polonais ayant été tués par des armes allemandes, la faute en incombait donc au Troisième Reich.

 

Suite à la découverte des corps, la Croix-Rouge fut invitée par les autorités allemandes à mener une enquête sur les lieux du crime. Après plusieurs jours d'investigations, les experts arrivèrent à la conclusion que le massacre avait été perpétré au printemps 1940 par les Soviétiques ; toutefois, le compte-rendu ne fut pas rendu public afin de ne pas donner de crédit à l'Allemagne nazie. Transmis peu après au gouvernement britannique, il ne fut divulgué qu'en 1989.

 

Exhumation des victimes de Katyn, 1943.

 

Suite à la reconquête de la zone de Smolensk par les troupes Soviétiques, à l'automne 1943, Staline ordonna la mise en place d'une commission d'enquête, chargée d'enquêter sur le massacre de Katyn. Les enquêteurs attribuèrent donc la responsabilité de ces exactions à Wehrmacht, insistant sur le fait que les officiers polonais avaient été exécutés à l'aide de pistolets allemands, au cours de l'été 1941 (c'est-à-dire au moment de l'opération Barbarossa, soit un an plus tard qu'en réalité).

 

Plus tard, pendant le procès de Nuremberg[7], les Soviétiques profitèrent de l'évènement pour accréditer la thèse selon laquelle le massacre avait été commis par le Troisième Reich. Toutefois, en l'absence de preuves formelles, les membres du tribunal ne purent incriminer aucun des dignitaires nazis jugés à Nuremberg (à noter que selon certains journalistes présents lors du procès analysèrent l'absence de mention de Katyn dans le jugement comme un aveu tacite de la culpabilité soviétique).

 

Le procès de Nuremberg.

 

Par la suite, la zone de Katyn fut donc déclarée interdite par les autorités, qui refusèrent de procéder à de nouvelles enquêtes. A noter par ailleurs que la version officielle de l'URSS reçut l'aval des démocratie occidentales, qui ne souhaitaient pas se brouiller avec le gouvernement soviétique. Ainsi, les rapports britanniques ou américains incriminant l'URSS dans cette affaire furent rapidement « enterrés. »

 

Plus tard, pendant la Guerre froide, les autorités soviétiques cherchèrent entretinrent un amalgame entre Katyn et le massacre de Khatyn, dans lequel la responsabilité allemande ne faisait pas de doutes (il s'agissait d'un petit village, situé au centre de l'actuelle Biélorussie, décimé en mars 1943 par les SS[8]).

 

Ce n'est qu'à la fin des années 1980 que Mikhaïl Gorbatchev, dirigeant de l'URSS, autorisa une commission d'enquête polono-soviétique à travailler sur le massacre de Katyn. En l'espace de quelques semaines, et bien que n'ayant pas pu consulter un certain nombres d'archives restées secrètes, les membres de la commission statuèrent sur la responsabilité de l'Union soviétique.

 

Gorbatchev, en octobre 1990, présenta alors ses excuses au peuple polonais, lors d'une cérémonie organisée au Kremlin. Cet aveu fut confirmé suite à la dissolution de l'URSS, par le président russe Boris Eltsine. Toutefois, en 2005, la Russie annonça que le massacre des officiers polonais ne relevait ni du génocide, ni du crime contre l'humanité. Ainsi, comme les faits bénéficiant de la proscription (étant antérieurs à 50 ans), l'affaire fut considérée comme close.

 

Quelques années plus tard, le 7 avril 2010, Vladimir Poutine, alors premier ministre, se rendit à Katyn en compagnie de son homologue polonais Donald Tusk. Il prononça alors un discours, reconnaissant la responsabilité de l'URSS, mais sans nommer formellement Staline. A noter que peu de temps auparavant, Poutine avait annoncé dans les médias que le massacre de Katyn avait été sans doute organisé en représailles de la guerre russo-polonaise de 1920, au cours de laquelle les prisonniers soviétiques retenus en Pologne avaient souffert de mauvais traitements.

 

Vladimir Poutine et Donald Tusk au mémorial de Katyn, 2010.

 

Ironie de l'Histoire, la délégation polonaise se rendant aux commémorations de Katyn trouva la mort dans un accident d'avion sur l'aéroport de Smolensk, le 10 avril 2010. Parmi les victimes, l'on comptait le président de la république polonaise, plusieurs ministres, des députés et des membres du sénat, des généraux, des représentants de l'Eglise catholique, des personnalités médiatiques, ainsi que des descendants des officiers morts à Katyn. 

 

Posté par Michel Peyret

Un livre, comme un pavé dans la mare aux idées reçues…

 

15 Août 2017
 

Résultat de recherche d'images pour "le pavé arme du prolétariat"

 

« Le Pavé, arme du prolétariat » est une statue d’Ivan Shadr, présentée pour la première fois à l’Exposition nationale consacrée au dixième anniversaire de la Révolution en 1928.

 

Après une lecture de Marianne, quelques avis attendus d’amis qui ont en lecture le manuscrit, le livre intitulé pour le moment « 1917-2017, Staline un tyran sanguinaire ou un héros national? »(1) part pour l’imprimerie… Il sera prêt pour la célébration d’Octobre. Si vous êtes intéressé par son achat ou pour toutes autres activités autour de ce livre, veuillez me le signaler.

 

Au moment où on devrait célébrer cette Révolution d’octobre, le moins que l’on puisse dire c’est que le silence s’organise. Comme tout est fait pour dénaturer la signification de cet événement qui a changé la face du monde, il m’a paru essentiel d’en aborder l’aspect par lequel on prétend le dénaturer: le stalinisme. Voire même on en arrive à pousser le négationnisme historique jusqu’à identifier communisme et nazisme sous le faux concept de totalitarisme. Et ce négationnisme sous cette monstrueuse équivalence est d’autant plus indéfendable qu’il revient comme on le voit en Ukraine à cautionner ces nouveaux alliés de l’occident et de l’OTAN que sont de véritables néo-nazis, tout en nous préparant à la guerre. Il ne s’agit donc pas seulement de hier.

 

C’est cette « négation » de l’Histoire contre laquelle ce livre s’élève, en ce qui concerne Staline et le stalinisme il pose seulement des questions.

 

Il ne s’agit pas de trancher sur Staline et le stalinisme mais de poser à ce propos quelques questions incontournables et montrer qu’elles impliquent la réouverture du dossier.

 

Et surtout comment expliquer la différence entre l’évaluation non seulement de l’ensemble de l’URSS (dont le temps a largement excédé celui de la direction de Staline), mais de la période dite stalinienne, par les médias occidentaux et le peuple russe. Pourquoi une telle méconnaissance de ce qui se débat aujourd’hui compris en matière de recherches historiques? Pourquoi l’absence de traduction de textes qui travaillent sur cette période.

 

Et surtout pourquoi ignorer l’estimation des peuples qui ont vécu le socialisme.

 

Je signale qu’il ne s’agit pas d’une apologie du stalinisme, mais bien de pièces versées au dossier pour réouverture d’une enquête sur la question.

 

Si je devais revendiquer une filiation ce serait plutôt le livre lu il y a bien longtemps et sur lequel je n’arrive pas à remettre la main : « A l’ombre des deux T, (Thorez et Togliatti) ».

 

Je me demande si l’omerta habituelle va continuer à jouer son rôle ou si on osera le débat autour d’un livre qui lui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses et qui à ce titre ouvre un débat indispensable?

 

Danielle Bleitrach

 

(1) à paraître aux éditions Delga en octobre.

Publié par El Diablo

« LE FIL ROUGE » roman historique de Gilda Landini-Guibert (avec la participation de Léon Landini) -VIDÉO

« LE FIL ROUGE » roman historique de Gilda Landini-Guibert (avec la participation de Léon Landini) -VIDÉO

 

Premier mai 1904, Aristide Landini, qui n’a pas encore quatorze ans, manifeste contre le comte de Torniella en Toscane. Celui-ci veut accaparer les terres communales indispensables aux paysans. Arrêté, l’adolescent est enfermé dans la sinistre prison de Roccastrada.

C’est ce refus de l’oppression qui fera à tout jamais de lui un révolutionnaire.


Antimilitariste, déserteur de la Première Guerre mondiale (« cette guerre est celle des marchands de canon »), il est condamné en tant que tel au bagne, puis finalement amnistié en 1919 comme des milliers d’autres déserteurs italiens. Pourchassé alors par les hordes fascistes en raison de son engagement politique trop rouge, il doit fuir vers la France avec sa femme et ses enfants.


Les chemins de l’exil les portent en Provence, où ils retrouvent d’autres trans- fuges toscans et partagent avec eux une vie de solidarité et de fraternité. Durant les années trente, leur maison est celle de tous les réfugiés, italiens, allemands ou espagnols. La table de la « mamma » est celle de tous les clandestins. Entre rires et chansons, ils se lancent tous avec optimisme et générosité dans tous les combats : Le Front populaire, les accords de Munich, la guerre d’Espagne, et enfin en point d’orgue, comme une évidence, dès 1940, dans la Résistance. Aristide et ses fils Roger et Léo survivront-ils aux griffes sanglantes des polices française, italienne et allemande ?


Fantastique saga familiale, qui couvre plus d’un siècle d’histoire, ce récit, empli d’humour et de sensibilité, revisite tous les événements de la première moitié du XXe siècle à travers le quotidien d’une modeste famille d’origine étrangère, venue chercher refuge dans le seul pays au monde où les mots « Liberté, Égalité, Fraternité » sont inscrits au fronton des édifices publics et pour lesquels ces immigrés étaient prêts à faire le sacrifice de leur vie.

« LE FIL ROUGE » roman historique de Gilda Landini-Guibert (avec la participation de Léon Landini) -VIDÉO

Gilda Landini-Guibert

http://editionsdelga.fr/portfolio/gilda-landini-guibert/

12 août 2017

Sven Heymanns, Allemagne, les universitaires et la guerre

 

« À l'Université Humboldt à Berlin, nous dit Sven Heymanns, l’IYSSE (International Youth and Students for Social Equality, Etudiants et jeunes Internationalistes pour l’Egalité sociale) a démontré que les professeurs Herfried Münkler et Jörg Baberowski minimisent et justifient les crimes commis par l'impérialisme allemand durant les deux guerres mondiales. Tous deux entretiennent d’étroits liens avec les hauts dirigeants politiques et militaires. La chronique de Rotte démontre que ce processus ne se limite pas à l'Université Humboldt ; il s’étend à tout le milieu universitaire. Comme avant la Première et la Seconde Guerre mondiale, les professeurs allemands jouent à nouveau un rôle décisif dans la justification idéologique des guerres... »

 

Reprenons la lecture des révélations de Sven Heymanns...

 

Michel Peyret


 

Le 3 août, un étonnant commentaire du politologue Ralph Rotte apparaissait dans le journal conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung. Sous le titre « [Baron von] Richthofen au lieu de Rommel, » le titulaire de la chaire des relations internationales à l'Université RWTH d’Aix-la-Chapelle plaide pour que les soi-disant héros de guerre de la Reichswehr allemande (Forces armées impériales) de la Première Guerre mondiale serve de modèle à l’actuelle Bundeswehr (armée allemande).

 

Le point de départ de la chronique est le scandale qui entoure le premier lieutenant d’extrême-droite, Franco A., membre d'un réseau néo-nazi au sein de l'armée qui a planifié des attentats terroristes contre des politiciens de haut rang. Il voulait faire porter la responsabilité des attentats aux réfugiés. Quand la ministre de la Défense Ursula von der Leyen a déclaré que la Wehrmacht (l’armée de Hitler) ne pouvait servir de modèle à la Bundeswehr, elle devint la cible de critiques sévères de la part de hauts gradés de la Bundeswehr et des médias.

 

La chronique de Rotte souligne le véritable enjeu de ce « débat sur les traditions » au sein de la classe dirigeante. Plus de 70 ans après la fin du régime nazi qui a réduit l'Europe et la moitié du monde en cendres en tuant d'innombrables millions de gens, la bourgeoisie tente à nouveau de créer les conditions nécessaires au retour à une politique mondiale indépendante. La promotion de supposés héros de guerre du passé sert à la fois à banaliser les crimes impérialistes antérieurs et à préparer l’opinion publique à de nouvelles atrocités.

 

D’après Rotte, le problème principal est que depuis des décennies, on a présenté une image faussée de la Bundeswehr à l’opinion, qui a également marqué durablement les soldats. « L'image du soldat dans la République fédérale [d'Allemagne] a été systématiquement coupée du phénomène de la guerre, » se désole le professeur. La perception de la Bundeswehr dans l’opinion « ne se concentrait pas sur sa capacité de combattre, mais sur ses fonctions sociales, humanitaires et économiquement pertinentes. » Rotte qualifie d’« étape fatidique » le fait que « peu à peu le risque de blessures et de décès, ainsi que la possibilité d’avoir à combattre et à tuer ait disparu de la mémoire collective. »

 

L'argument de Rotte est clair: pour ses futures guerres, la Bundeswehr a besoin de modèles historiques pour combattre, tuer et mourir. Comparé à l’historien militaire de Potsdam, Sönke Neitzel, Rotte s'intéresse moins à invoquer les traditions de la Wehrmacht, « problématiques » du fait de la nature criminelle de la Seconde Guerre mondiale. Il préfère glorifier l'armée allemande qui a causé des pertes innombrables pendant la Première Guerre mondiale.

 

Rotte cite le major général Max Hoffmann, « qui a poursuivi des buts de guerre relativement modérés en tant que chef d'état-major du Commandement suprême de l’armée de l'est de 1914 à 1918 et qui a servi brillamment le tristement célèbre duo de Hindenburg et Ludendorff. »

 

Si l'on examine de plus près le rôle joué par Hoffmann, l'intention du Professeur Rotte se précise: le professeur cherche à réhabiliter l’un des plus grands criminels ayant été au service du militarisme allemand au courant de la Première Guerre mondiale.

 

Hoffmann est considéré comme le véritable initiateur de nombreux combats sur le front de l'Est, dont la propagande officielle attribuait les succès aux deux chefs du Commandement suprême de l'armée (OHL). Il s'agit des batailles de Gumbinnen (plus de 30 000 victimes des deux côtés), Tannenberg (environ 35 000 victimes et 95 000 prisonniers de guerre russes) et des lacs de Mazurie (environ 165 000 morts et blessés au total). Dans ses mémoires, Hoffmann écrit avec mépris à propos de Hindenburg: « Ce type est un camarade trop triste, ce grand seigneur de guerre et idole du peuple. [...] Jamais un homme n’était devenu aussi célèbre en fournissant si peu d’efforts intellectuels et physiques. »

 

Hoffmann quant à lui avait fait des efforts considérables pour projeter l'impérialisme allemand vers l'est. Sa stratégie prétendument « modérée » consistait à élargir la sphère d'influence du Reich allemand en Europe de l'est non pas principalement par des annexions ouvertes, mais par la création d'Etats satellites censés être totalement tributaires de Berlin.

 

Lors des pourparlers de paix à Brest-Litovsk début 1918, il a farouchement affirmé que la délégation soviétique d'Adolph Joffe et de Léon Trotsky n'avait aucun droit de vote sur le sort des territoires où étaient stationnées les troupes allemandes. En février 1918, les troupes allemandes ont envahi l’Ukraine et enlevé au jeune gouvernement soviétique les plus importantes sources de charbon et de céréales.

 

Mais Hoffmann voulait aller bien plus loin. Il voulait que le Reich annexe directement la Crimée – qu'il appelait la « Côte d'azur allemande » - qui servirait de base pour projeter l’influence allemande de la mer Noire jusqu'au Caucase et au Moyen-Orient. Dans les années 1920, il développa, en collaboration avec l'industriel Arnold Rechberg, le soi-disant « Plan Hoffmann » qui prévoyait une attaque allemande contre l'Union soviétique en association avec la Grande-Bretagne et la France, pour renverser les bolcheviks.

 

Ceci fait surgir deux questions: si de nos jours, un professeur allemand qualifie ces objectifs de « modérés, » que seraient des objectifs « ambitieux » ? Et si un général qui a réclamé l'expansion du Reich jusqu'au Caucase et au Moyen-Orient doit servir de modèle, quelles sont alors les perspectives militaires actuelles de l'armée? Le naturel avec lequel Rotte propose que Hoffmann serve de modèle à la Bundeswehr laisse entrevoir quels genres de projets militaires effrayant sont d’ores et déjà en discussion dans les milieux dirigeants.

 

Le major général Hoffmann n'est pas le seul soldat de la Première Guerre mondiale dont Rotte veut faire un modèle pour la Bundeswehr. Outre le vice-amiral Maximilian Reichsgraf von Spee, qui avait mené une bataille vaine contre des unités britanniques au large des îles Malouines et qui fit naufrage en trouvant la mort avec plus de 2.200 autres marins allemands, Rotte donne aussi en exemple le « baron rouge » Manfred von Richthofen. Le pilote de chasse a abattu le plus grand nombre d’avions ennemis de tous les États belligérants.

 

La contribution de Rotte au débat sur les traditions de la Bundeswehr est un avertissement très sérieux. Elle montre que les professeurs allemands perçoivent la banalisation et la glorification des crimes allemands commis lors des deux guerres mondiales comme chose acquise.

 

À l'Université Humboldt à Berlin, l’IYSSE (International Youth and Students for Social Equality, Etudiants et jeunes Internationalistes pour l’Egalité sociale) a démontré que les professeurs Herfried Münkler et Jörg Baberowski minimisent et justifient les crimes commis par l'impérialisme allemand durant les deux guerres mondiales. Tous deux entretiennent d’étroits liens avec les hauts dirigeants politiques et militaires. La chronique de Rotte démontre que ce processus ne se limite pas à l'Université Humboldt ; il s’étend à tout le milieu universitaire. Comme avant la Première et la Seconde Guerre mondiale, les professeurs allemands jouent à nouveau un rôle décisif dans la justification idéologique des guerres.

 

(Article original paru le 9 août 2017)

Posté par Michel Peyret

10 août 1944 - 10 août 2017

 

Publié le 10 Août 2017

10 août 1944 - 10 août 2017

 

Pour des raisons impératives, Canaille le Rouge ne sera pas ce soir à l'Arc de Triomphe.

 

Cela n'empêche pas du fond du phare ouest de commémorer ce qui à partir du tremplin des manifestations populaires du 14 juillet 1944 conduir au 10 aout qui reste dans l'Histoire le moment où la classe ouvrière déclenche l'insurrection parisienne qui vite va s'étendre.

 

10 août 1944 - 10 août 2017

 

Le 10 août, comme chaque année, la fédération CGT des cheminots commémore le déclenchement de la grève insurrectionnelle des cheminots.

 

Cette grève qui sera contestée par certains comme ayant été le déclencheur de l’insurrection. Les documents et archives maintenant rendent les faits incontestables.

 

Quinze jours après son démarrage, dans le Paris des barricades , celui des Républicains espagnol de la Nueve au sein de cette 2ème DB qui va épauler avec force l'insurrection rendue ainsi victorieuse, elle conduira à la reddition de Von Scholtitz. 

 

Une reddition reçu par Le Général Leclerc et Le colonel Rol Tanguy, Chef d’état major des FFI d’Île de France.

 

Chaque 10 août, cette commémoration est marquée par une cérémonie à l’arc de triomphe à 18H00. C’est la seule commémoration en ce lieu où le mouvement ouvrier et le syndicalisme sont reconnus dans sa globalité et sa singularité.

Cette année sera son 70 ème anniversaire. 

 

Canaille le Rouge qui est tout sauf militariste s’y rend depuis des années pour la mémoire et la fierté de sa profession, de ses camarades dont il a eu la chance de cotoyer les acteurs de ce moment, certains comme Jean Fumeaux ou Mimile Pruneau ayant été ses formateurs à l'activité militante.

 

Il y va aussi pour le plaisir de voir parfois de façon aigrie voire provocatrice les corps constitués en uniforme devoir saluer sa profession et sa fédération CGT.

 

Les retraités cheminots CGT ont publié dans leur bulletin de cet été 2014 un article sur le déroulement historiques des faits. Canaille le Rouge vous le propose. Il aide ainsi à montrer la place prise par une profession toujours à la pointe des luttes et qui tient lié en permanence l’intérêt général, la Liberté, le service public ses luttes pour ses revendications.

 

Cet évènement est public. Quiconque partage cette mémoire y sera le bienvenue.

 

1944 : l'été de la liberté reconquise.

 

Le Comité Parisien de la Libération  présidé par André Tollet secrétaire de l'UD CGT de la Seine tient réunion (clandestine) à Argenteuil  le 14 aout 44 après midi. Léo Hamon membre du C.P.L. rapporte la rencontre avec Robert Hernio dirigeant du comité de grève des cheminots :

 

"Un excellent militant nous a rendu [compte] de la grève des cheminots et demandé notre appui.

 

En rentrant dans Paris, j'apprends que l'ordre de grève a été donné à la Police. C'est bien vers l'insurrection que l'on va."

 

Robert Aron aussi membre du C.P.L. indique:

 

"Les cheminots sont en grève depuis le 12 août. Depuis le 14, les trains ne circulent plus. Le mouvement s'étend à toute la région parisienne, d'où aucun train ne part : pour briser cette grève, les Allemands ont procédé à quelques arrestations, mais sans résultat sur le déroulement de l'action qui se poursuit dans des conditions difficiles et dangereuses. Le représentant des Cheminots réclame :

 

1- le soutien moral de la Résistance

2- des armes

3- des fonds

 

Le CPL soutiendra la grève." (fin de citation)

 

Comment en sommes-nous arrivés à cette phase aiguë qui explosera dans l'insurrection parisienne et la libération ? Cela ne s'est pas déclenché sur un coup de sifflet.

 

Février 1944, les cheminots de Vitry conduits par Georges Pruneau dit Mimile (Marat dans la clandestinité), viennent fermement perturber le congrès de la fédération des cheminots officielle. Le 7 mars, les mêmes font 2h00 de grève en mémoire de Pierre Sémard (dès juin 40, l'occupant placarde partout que la grève est passible de la peine de mort). Le 1er mai voit des actions, prises de parole et sabotages dans tout le pays. Le 1er mai au soir la direction clandestine installe le comité central de grève des cheminots qui regroupe 8 grands centres de la RP. Dirigé par Robert Hernio, Mimile est son adjoint pour l'Ile de France.

 

Après le débarquement en Normandie et les avancées de l'armée rouge à l'est, l'espoir grandit et la tension monte. Le C.P.L. propose de faire du 14 juillet 1944 une grande journée de manifestation patriotique. Le Comité Populaire clandestin des cheminots de Vitry les appelle à se rendre à la statue de Rouget de L'Isle à Choisy.  A. Tollet note : "ceux de Masséna, Ivry, Vitry et Villeneuve venant en Renfort". 600 cheminots se rassemblent derrière une Citroën noire volée à la préfecture, pavoisée d'un drapeau tricolore et partent en chantant la Marseillaise. Un détachement allemand tente de les stopper et tire. Il y aura des blessés et des arrestations.  

 

Parmi les arrêtés ,7 cheminots de Vitry. Le 15, les gars de l'atelier refusent de prendre le travail. Pareil à Villeneuve et à La Plaine. Comité central de grève et comités populaires estiment que le moment est arrivé d'envisager la grève générale des cheminots. Fin juillet se tient une rencontre entre la direction de l'UD de la Seine  avec la direction clandestine. Il en sort un cahier revendicatif qui vaut ultimatum où la libération des emprisonnés est le premier point. Ce cahier sera déposé le 6 aout aux chefs  des 8 grands établissements avec exigence d'une réponse positive avant le 10 aout.

 

La date du 10 aout n'est pas choisie au hasard. Elle renvoie à la Révolution de française qui scande toute les initiatives patriotiques durant l'occupation (et souvent les pseudos des militants clandestin –Marat- Hoche, les détachements de FTP –Valmy, Carmagnole), le 10 aout 1792, le jour où le peuple de Paris et ses faubourgs déferle sur les Tuileries et s'en empare (journée alors  coordonnées par la "commune insurrectionnelle des sections). Pour faire libérer les arrêtés du 14 juillet et menacer d'une grève générale, la date est bien choisie.

 

Robert Hernio écrira qu'il rencontra l'état-major des résistants de la région sud de Paris pour assurer la protection du dirigeant clandestin qui prendrait la parole à Vitry.  Un FTP d'alors a raconté récemment à l'auteur de ces lignes comment le 9 aout  au soir son détachement installé dans une forêt de Seine et Marne reçut l'ordre de faire route vers le sud de Paris.

 

Il fallait que tous les centres partent en même temps mais des emprisonnés étant vitriots et la manif partie de l'atelier, il fallait que la grève parte de Vitry.

 

10 aout à 7h30 du matin. Dans une petite maison à côté des ateliers R. Hernio est pris en charge par un détachement de FTP armés et habillé de bleus. 8h30 Treins de la direction clandestine monte sur un établi au côté de Charles Heller dirigeant du Syndicat (il sera fusillé quelques jours plus tard avec plusieurs de ses camarades près du pont qui porte maintenant le nom de pont des fusillés). Après la prise de parole de Treins,  Ch.Heller  propose un vote à main levée pour la grève. Les bras se lèveront par centaines. Aucun contre,  pas d'abstention. La grève qui allait devenir insurrectionnelle était lancée.

 

Le 10 aout à midi, Hernio rencontre Tournemaine, Crapier, Barbet et Lucien Jean. Devant le succès du débrayage ils rédigent l'appel à la grève à tous les cheminots. Au soir, la direction clandestine fait le point : autour de Vitry dans la journée la grève s'étend  à Masséna et  Juvisy  Villeneuve SG. La présence importante de troupes allemandes à Ivry rend la situation plus complexe. Montrouge et Chatillon atelier et dépôt sont en grève. Au soir du 10 aout, 25 établissements de la SNCF ont débrayé.

 

Restait à arrêter tout le trafic. Pour cette seconde phase. Tournemaine est chargé de lancer l'opération avec les  cheminots de Batignolles en gare de Pont Cardinet. Dès le premier train stoppé en pleine voie les conducteurs de St Lazare emboitent le pas.

 

Le 11 au soir le trafic sur la rive gauche (invalides) est paralysé. Pendant ce temps les rails sont déboulonnés à VSG, des dérives de locomotives à la Villette bloquent le dépôt, le 14 aout ne circulent que quelques trains conduits par une minorité d'ingénieurs. Il faudra leur faire entendre raison, le Comité central de grève édite un tract intitulé "mort à ceux qui conduisent les trains".

 

La place manque pour dire ce que furent les journées suivantes : l'épisode du train bourré d'explosifs évacué par les cheminots de Tolbiac sur les Ardoines, les combats au dépôt d'Ivry repris plusieurs fois, ceux de Montrouge. La place des cheminots pour garder l'outil de travail tout en  participant aux combats qui chassèrent l'occupant, arrêtèrent les traitres et organisèrent ensuite la reprise de l'activité.

 

Les cheminots dont ceux de notre région venaient d'entamer l'écriture d'une immense page de notre histoire.

 

Un des cheminots de Vitry, arrêté le 14 juillet lors de la manifestation vers Choisy  et déporté  profite d'une retraite amplement méritée, notre camarade Vignole. Que cette évocation lui soit dédiée.

 

Guy Hervy

Rédigé par Canaille Lerouge

Izieu Quand les héritiers des assassins retournent sur le lieu de leur crime.

 

Publié le 9 Août 2017

En toute quiétude

 

Izieu Quand les héritiers des assassins retournent sur le lieu de leur crime.

 

Crime d'ordre rituel d'une secte malfaisante, les Nazis Rhône alpins ont pu une fois de plus agir en toute quiétude et venir 30 ans après la condamnation de Klaus Barbie, acte symbolique briser la stèle à la mémoire des enfants d'Izieu.

 

Une stèle qui en ajoute au symbole installé dans un lieu misérablement abandonné des autorités, à proximité du Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon*, l'ancien lieu de torture et d'internement de Gestapo et la milice Lyonnaise.

 

Ex-chef de la Gestapo Lyonnaise, Barbie a été jugé en 1987 pour la rafle de ces enfants juifs et de leurs encadrants dans la "colonie" d’Izieu en avril 1944 et pour l’organisation d’un convoi de Lyon à Auschwitz le 11 août 1944. Barbie comparaissait aussi pour la rafle de 86 juifs rue Sainte-Catherine, au siège lyonnais de l’Union générale des israélites de France (Ugif), en février 1943. Il a été condamné le 4 juillet 1987 à la réclusion criminelle à perpétuité. Il mourra en prison en 1991.

 

La nature de l'acte et sa date signent la volonté de leurs auteurs.

 

Après les déclarations de protestations officielles et l'engagement à traquer déférer devant la justice les responsable de ce crime, reste une question.

 

Lyon qui est le centre premier du négationnisme en France voit les nazillons tenter de faire la pluie et le beau temps depuis l'université  Lyon III jusque dans certains quartiers de Lyon.

 

Arrogants, provocateurs, violents, organisant descentes musclées depuis la fac de droit dans les quartiers, jouissant d'une impunité manifeste.

 

Lyon, c'est la Fac qui a gardé comme professeur Faurisson parmi ses enseignants, celui qui nie l’existence des chambre à gaz Et sert toujours de référence "spirituelle" à une partie plus que conséquente de la direction du F-Haine.

 

Fac Lyon III mais aussi rectorat, police, justice, qui acceptent de voir une garde prétorienne l'encadrer et le protéger au grand jour lui ses disciples et invités et les laisser s'exercer en toute quiétude à la violence urbaine sans nasse ni  autres contrôles sans interdit sélectifs préventifs en directions des meneurs, ces dispositifs dont les ministres de l'intérieur sont si friands pour museler le mouvement social.

 

L'actuel ministre de l’intérieur – ex maire de Lyon – ne s'est jamais manifesté comme un vigoureux traqueur des nazis dans sa ville. La droite lyonnaise depuis 1946 sait s'en accommoder. Préfets et autorité de l’État (police, rectorat, parquet) ne se sont jamais fait repérer pour un zèle excessif pour mettre les nazis qui sévissent entre Saône et Rhône hors d'état de nuire. Les parlementaire du département élus en juin, ex socialiste ou ex de droite non socialiste sont (11 /14 estampillés Touthenmakronistes) s'y ajoute 2 LR et un Modem.

 

Canaille le Rouge est curieux de savoir comment le ministre de l’intérieur appliquant les ordre du Pharaon va sanctionner les auteurs et surtout les inspirateurs et complices de cet acte qui n'est pas qu'une profanation mais une revendication de continuité de l'antisémitisme du fascisme sur le sol français et qui  à ce titre doit être sanctionné avec la plus grande fermeté.

 

Il serait surprenant que la DGSE n'en sache pas un bon bout sur la question les porosités permettant à bien des égards de garder à jour les fiches et notes.

 

On attend. 

 

*Lorsque que les Allemands envahissent la zone dite libre, le 11 novembre 1942, ses troupes investissent tous les établissements militaires, dont l’ESSM aujourd’hui siège du CHRD. En mars 1943, les bureaux du Sipo-SD s’installent avenue Berthelot. La section IV, connue sous le nom de Gestapo, est dirigée par le lieutenant Klaus Barbie. Elle est chargée de la lutte contre la Résistance et de la traque des populations juives. L’ESSM devient alors le centre d’interrogatoire des résistants et des Juifs arrêtés par la police allemande. Incarcérés à la prison de Montluc, les détenus sont conduits au siège de la Gestapo où ils subissent souvent avec la présence active de Barbie des interrogatoires d'une cruauté inouïe. Jean Moulin, arrêté le 21 juin 1943 à Caluire, y est torturé pendant plusieurs jours.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Jeanne : Commentaire par Walter Benjamin sur l’antisémitisme. A propos du poème de Bertold Brecht : Manuel pour habitant des villes.

 

07 Août 2017
 

Résultat de recherche d'images pour "walter benjamin"

 

L’expulsion des juifs hors d’Allemagne (jusqu’aux pogromes de 1938) fut réalisée à la manière décrite dans ce poème. Les juifs ne furent pas abattus là où on les trouva. On les traita plutôt selon la phrase :


Nous ne voulons pas démolir ton poêle

Nous voulons y poser la casserole
Maison poêle et casserole peuvent rester en place
Toi tu dois disparaître comme dans le ciel la fumée

Que personne ne retient


Le poème de Brecht devient instructif pour le lecteur actuel. Il montre avec une extrême précision pourquoi le national-socialisme a besoin de l’anti-sémitisme ; Il en a besoin comme d’une parodie. L’attitude à l’égard des Juifs , artificiellement provoquée par les dominants, est celle là même qui serait naturelle de la part de la classe opprimée à l’égard des dominants. Selon la volonté de Hitler, le juif doit être traité comme on aurait dû traiter le grand exploiteur. Et, précisément comme l’attitude à l’égard du juif n’est pas vraiment sérieuse, parce qu’il s’agit là de la caricature d’une démarche authentiquement révolutionnaire, on mêle le sadisme à ce jeu. La parodie ne peut s’en passer, elle dont le but est de railler son modèle historique, à savoir l’expropriation des expropriateurs.

 

Nous ne voulons pas quitter la maison
Nous ne voulons pas démolir ton poêle
Nous voulons y poser la casserole
Maison poêle et casserole peuvent rester en place
Toi tu dois disparaître comme dans le ciel la fumée
Que personne ne retient
Si tu veux t’accrocher à nous, nous partirons
Si ta femme pleure, nous enfoncerons nos chapeaux sous les yeux
Mais s’ils viennent te chercher nous te montrerons du doigt
En disant : ce doit être lui
Nous ne savons pas ce qui peut venir et n’avons rien de mieux devant nous
Mais nous ne voulons plus de toi
Tant que tu n’es pas parti
Laisse nous clore les rideaux afin que l’aube ne paraisse
Permis aux villes de changer
Mais toi, ça ne t’es pas permis
Nous voulons agir sur les pierres
Mais toi nous voulons te tuer
Il ne faut pas que tu vives
Quelques mensonges qu’on nous force à croire
Toi, tu ne dois pas avoir existé


(Voilà, comment nous parlons à nos pères)

Jeanne : les limites de la lucidité face au nazisme…

 

06 Août 2017
 
Résultat de recherche d'images pour "viktor klemperer lti"
 

Après le coup d’Etat proprement dit du 3 Août 1934 où Hitler s’est  arrogé (après le décès de Hindenburg le 2 Août) à la fois le statut de  Chancelier et celui de Président du Reich, on commence à appeler  officiellement Hitler de cette seule épithète « Mein Führer » (VK Fait  remarquer perfidement « à la française  » comme on dit « mon général » )

 

Le coup d’Etat qui a quelque chose de « rampant » comme on disait du mois  de Mai 1968 en Italie, se prolonge par un plébiscite . Ce plébiscite a été plus qu' »encadré », manipulé,  sous surveillance, la peur règne, Viktor Klemperer pourtant calviniste  de confession, mais juif d’origine et sa femme Eva, lui grand universitaire, philologue, spécialiste des langues latines et des littératures écrites en ces langues (on dit en allemand qu’il est  « romaniste ») réagissent à chaud : Voici la page 141 de la traduction en français des réflexions de Viktor Klemperer et sa femme, des gens que l’on peut considérer comme « lucides » sur la dictature d’Hitler, mais qui ne voient néanmoins que la pointe de l’iceberg, parce que, comme le note Brecht, celui qui ne voit pas que le nazisme est la forme la plus perverse du capitalisme et ne le combat pas en tant que capitalisme, le laisse prospérer.

 

Le plébiscite date du 19 Août, la réaction de VK est datée du : 21 août, mardi

 

Les cinq millions de « non » et de bulletins nuls le 19 août contre les 38  millions de « oui, signifient infiniment plus du point de vue éthique  qu’un simple neuvième du total.

 

Il y a fallu du courage et de la détermination. On a intimidé tous les  électeurs, on les a soûlés de slogans et de bruits de fête. Un tiers a  dit « oui » par peur, un tiers par ivresse, un tiers par peur et par ivresse.

 

Quant à Eva et moi, nous n’avons coché le « non » que par un certain  désespoir,et non sans peur.

 

Et pourtant, en dépit de la déroute morale, Hitler est le triomphateur  incontesté,et la fin n’est pas en vue.

 

J’ai été frappé par la brièveté du feu roulant de la propagande. Il a  été mis en oeuvre quelques jours seulement avant le 19,mais alors dans  quelle orgie de drapeaux, de proclamations, d’allocutions radiophoniques.

 

On spécule toujours sur la bêtise et la primitivité. On recouvre de  vacarme l’histoire d’hier, la révolte de Röhm, l’assassinat de  Dolfuss,etc.,etc., et le pays laisse faire. On ne peut provoquer une  telle anesthésie que juste avant l’opération  —

 

— Mais  combien de temps cette psychose va-t-elle durer, et sur qui  agit-elle ? Le 19 Hitler a tenu son grand discours électoral à Hambourg, et c’est là que se trouvait l’épicentre des jubilations prescrites. Et  c’est précisément à Hambourg qu’il a obtenu le plus de « non », 21% des  suffrages exprimés.

 

Aujourd’hui j’ai entendu d’Ellen Wengler [une de leurs amies] la même  chose que ce que Khün affirmait récemment: Hitler a donné des garanties  à la Reichwehr, il n’est plus libre, c’est en vérité la dictature de la  Reichwehr.

 

Peut-on en tirer un espoir pour la chute d’Hitler? je suis vraiment sans  espoir en ce moment.

 

A noter, le comportement en matière d’interdiction et d’autorisation des journaux étrangers. On ne peut plus verrouiller le lointain, il y a trop  de gens qui écoutent les radios étrangères. On affecte donc le plus possible de ne pas craindre la presse de l’étranger, dans l’espoir que  la masse, de toutes façons ne la lira pas. Ce n’est que dans les cas  extrêmes qu’on interdit. Mais naturellement: la presse étrangère de  langue allemande (autrichienne ,suisse) est tenue à l’écart. »

 

Quelques remarques que je me fais dit jeanne :

 

1-Victor et Eva Klemperer sont allés voter et ont osé voter « non ». Leur  vote « naturel » certes, mais en même temps pas le vote de leur milieu qui  s’est laissé griser (les « oui » par ivresse »). Il l’ont fait avec la peur au ventre  mais comme cinq millions de personnes pour un vote « étique » . Ce vote  « non » on peut le penser comme  celui des communistes de 2017 n’a pas été qu’un « vote éthique », il a aussi été un vote « de combat » et  un vote « de classe ». Souvenons nous qu’un million d’Allemands étaient en  camp de concentration en …1939. VK ne peut le voir encore à cette époque.

 

Il faudra la guerre, l’extermination, la persécution, le travail forcé  pour qu’il comprenne alors ce qu’il s’est joué en 1933.

 

2- La propagande a été courte et violente, en outre cela a été une  propagande avec des « coups », des assassinats, des morts « naturelles » (Hindenbourg) instrumentalisées par leur « panthéonisation » (si j’ose  dire !!!), qui ont anesthésié (pré-médication) le peuple. On a « prescrit des  jubilations » obligatoires: intronisation, » pyramidisation » du guide ,  « mon guide » « tout en un : Président et Chef de gouvernement » et le pays  a laissé faire…

 

3- Les amis de VK, du même milieu pensent à ce moment là qu’Hitler va  être le jouet de l’armée, qu’il s’agit d’un putch militaire masqué et  qu’il a fait long feu, VK ne souscrit pas à cela car il est abattu, déprimé;

 

Je pense que tout ce milieu n’a pas su comprendre qu’Hitler est « la »  solution pour tous ces gens qui pourtant le méprisent, car il est « la »  solution du grand capital allemand, celui qui l’a adoubé avant les  élections de Janvier 1933 dans la Ruhr, c’est Hitler qui a la main, il a gagné ,y compris contre ceux qui l’ont fait chancelier (Rhöm) , il est « le » guide. Le coup d’Etat est effectif.

 

4- Danielle Bleitrach a raison de remarquer, de répéter ,de s’élever  contre cette idée prégnante: Hitler n’est pas arrivé au pouvoir  démocratiquement. Il y a eu « coup d’Etat ».

 

Ce coup d’Etat s’est étendu de Janvier 1933 à Août 1934, HItler a progressivement mis la main (pas été seulement le « jouet de », bien que  ce soit dialectique bien sûr! ) sur la direction économique de l’Etat,  sur les milieux universitaires et scientifiques, sur l’armée.

 

Le corps électoral a réagi, mais bien sûr, ce n’était pas au niveau  électoral que cela se jouait « pour de vrai », la lutte violente,  répressive, la lutte de classe contre les individus et les organisations  ouvrières politiques et syndicales ont permis cela, les manipulations de  l’opinion, les entraves à la liberté successives et homéopathiques,  suivies de rafles forcenées…

 

Que ce soit « lucidement » ou avec « ses lunettes idéologiques » le journal  de Victor Klemperer nous montre les réactions « à chaud », de l’intérieur, au jour le jour, de quelqu’un qui contrairement à nous ne sait pas « la fin », nous aussi sommes « dedans  » quelque chose, Je me dis qu’on aurait  intérêt à lire, interpréter, comprendre et tirer des enseignements de tout ceci…

 

Hitler : extrait du journal de Viktor Klemperer daté du « 4 Août 1934, samedi dans la matinée. »

03 Août 2017

En guise de commentaire : extrait du journal de Viktor Klemperer daté du « 4 Août 1934, samedi dans la matinée. »
 
Résultat de recherche d'images pour "hitler prend le pouvoir"
Dans un premier temps, ces événements nous ont remplis Eva [son épouse “aryenne”] presque encore plus que moi, de la plus extrême amertume, pour ne pas dire de désespoir. Hindenburg meurt le 2 Août à neuf heures, une heure plus tard paraît une ” loi ” du gouvernement du Reich datée du 1er août : les fonctions de président et de chancelier seront réunies en la personne d’Hitler, la Wermacht lui prêtera aussitôt ; et à six heures et demie du soir les troupes de Dresde prêtent serment, et tout reste parfaitement calme, notre boucher dit d’un ton indifférent: “Pourquoi même voter? ça coûte seulement un tas d’argent pour rien
 
C’est à peine si le peuple prend note du coup d’Etat parfait, tout se joue en silence, couvert par les hymnes à la mémoire de feu Hindenburg. Je jugerais que des millions et des millions de gens ne se doutent pas de la monstruosité qui vient de se produire. — Eva dit: “Et dire qu’on fait partie de cette bande d’esclaves.” Le soi, au moment où un pneu d’automobile explose,avec mépris “Ce n’est pas un coup de feu.” — Nous avions toujours porté nos espoir sur la Rechswehr ; Johannes Köhler [ un de leurs amis anti-nazi] nous avait depuis longtemps confié comme une rumeur de source sûre, que la Reichswehr n’attendait que la mort imminente de Heindenburg. Et maintenant la voici qui prête tranquillement serment au nouveau “commandant en chef de la Wechmacht”. 
 
Mais hier, lettre d’Hitler au ministre du Reich : il a été chargé de ses fonctions “conformément à la Constitution” mais tout le vrai pouvoir doit venir du peuple, il faut donc organiser un plébiscite — Depuis quand se soucie-t’il de constitutionnalité? Depuis quand fait -on d’abord prêter serment à l’armée pour se faire élire “ensuite”? Etait-ce son intention première? Tout a bien marché? Et que va-t-il se passer le 19 Août? L’atmosphère de novembre n’est plus là, et Hindenburg est mort. Vox populi : je dis à l’épicier qu’on est bien obligé de voter pour lui, que même si on ne le faisait pas qui compterait les voix ? Lui : “On peut toujours voter blanc,et même s’il ne vont pas le chanter sur les toits, ils s’en apercevront bien.” — Quoi qu’il en soit: un espoir ressort malgré tout de l’effondrement; tout n’est plus définitivement perdu.”
 
Je trouve plusieurs choses très importantes à relever dans ce texte, la conscience forte de ce couple d’anti- nazis (bourgeois universitaires de la grande Université allemande vivant à Dresde) qu’il s’agit là d’un coup d’Etat et de quelque chose de totalement anticonstitutionnel dans l’esprit et la lettre, mais qu’en même temps tout est fait pour que cela paraisse totalement légal et même légitime : organisation du plébiscite du 19 Août . Ce coup d’ Etat s’appuie sur l’armée et son “serment anticipé”, ce qui va être à la fois la justification et la cause de la réaction du peuple.
 
Eva et Viktor Klemperer voient très bien que la peur d’une part et l’indifférence d’autre part “tout reste parfaitement calme”, pas de coup de feu mais un simple pneu qui éclate, se sont emparés de l’opinion publique: peur de l’armée, et “pourquoi voter cela ne sert à rien et coûte cher”.
 
Tentation du vote blanc :”ils seront obligés d’en tenir compte” ,une belle illusion à mon avis car (comme pour Macron élu avec à peine 20% des inscrits il n’en tiennent jamais compte) mais surtout c’est le masque du coup d’Etat qui se pare des plumes de la démocratie, si j’ose dire.
 
Enfin ce que Klemperer appelle la “vox populi”, ce qu’il entend ici et là dans le peuple et qu’il consignera dans son journal tout au long des années hitlériennes et au milieu des persécutions est essentiellement contradictoire, ici : “on ne peut rien faire” et en même temps : il suffit que quelqu’un dise “on va voter blanc ils seront obligés d’en tenir compte” pour que l’espoir renaisse et que dans l’effondrement on se dise “tout n’est pas définitivement perdu”.
 
C’est cette lucidité de VK en même temps que son aveuglement, tout comme celle de la vox populi (qui n’est pas forcément en phase avec la pensée de VK , c’est un euphémisme) qui m’intéresse dans ce journal de toutes les années 1933 -1945, autant que le destin tragique des juifs de Dresde dont seul le bombardement allié monstrueux le sauvera.
 
Si j’ai le courage et pas trop mal au dos je te recopierais la page du journal du 20 Août et quelques commentaires de mon crû , page où il témoigne du plébiscite et de ses propres réactions et analyses.

3 Août 1934, Hitler devient président du Reich

 
03 Août 2017
Publié le 02/08/2017
Auteur: 
Romain Bedel
 
Portrait de Hitler ; Robert Sennecke Internationaler Illustrations Verlag ; 1932 ; Source : BnF
 
Le 2 août 1934, le maréchal et président du Reich Paul Von Hindenburg meurt. Le lendemain Adolf Hitler, déjà chancelier, lui succède.
 
Paris-Soir du 3 août 1934 :

« C’est Adolf Hitler lui-même qui prend le pouvoir. Il cumule entre ses mains la présidence et la chancellerie du Reich. C’est la fin de tout contrôle, de tout contrepoids. La caste héréditaire et traditionnelle qui symbolisait l’Allemagne capitule devant le parti révolutionnaire triomphant. Il n’y a plus de modérateur, plus d’arbitre, plus d’appel. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/paris-soir/03-aout-1934/131/107817/1?fit=1119.2030.336.368

 

Le Matin du 3 août 1934 :

« Hindenburg était l’eau de l’Allemagne, si Hitler en est le vin. Désormais, Hindenburg mort, nous allons avoir le vin pur, la liqueur forte qui risque de faire du cœur le maître du cerveau. […] Sur un fond de faits vrais, s’organise la fresque officielle que M. Goebbels, ministre de la propagande, veut belle comme une légende. Ce matin, dès 10 heures, quand on achevait à peine de répandre la nouvelle de la mort du président, le mécanisme de la construction politique préparée pour sa succession se déroula avec la régularité d’un mouvement d’horlogerie ou d’une attaque montée par Ludendorff. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-matin/03-aout-1934/66/149105/3?fit=0.130.2244.946

 

La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque du 3 août 1934 :

« À l’issue du Conseil des ministres, qui s’est tenu jeudi soir, M. Hitler a remis à M. Fritsch, ministre de l’intérieur, une lettre dans laquelle il déclare renoncer au titre de Président du Reich et ne garder que le titre de Führer du peuple et de chancelier du Reich allemand. […] Un représentant du journal anglais « Star » s’est entretenu téléphoniquement avec un haut fonctionnaire du gouvernement allemand. Il lui a demandé d’abord quelle serait la politique du nouveau président Hitler dans le domaine des affaires internationales. Ce haut fonctionnaire a répondu textuellement : « Vous pouvez dire au peuple de Grande-Bretagne, que Hitler, en tant que président et chancelier de la République allemande, poursuivra une politique de paix, de paix absolue. » »

https://www.retronews.fr/embed-journal/gazette-de-bayonne-de-biarritz-et-du-pays-basque/03-aout-1934/343/1218581/1?fit=879.256.1136.1168

 

L’Humanité du 3 août 1934 :

« Renforçons donc notre solidarité envers le prolétariat allemand, envers Thaelmann, dont la vie est de plus en plus menacée. Encore une fois, n’oublions pas que seule l’action de front unique des travailleurs contre notre propre bourgeoisie peut empêcher un nouveau massacre. »

Le journal relaie un tract communiste distribué à Berlin :

« « Hindenburg est à l’agonie ! La lutte pour sa succession a commencé. Pourtant que ce soit Hitler qui l’emporte ou la dictature militaire, c’est Krupp et Thyssen qui continueront de régner dans la coulisse. N’oubliez pas les assassinés, les emprisonnés, les persécutés et les affamés !… Voulez-vous d’un assassin pour président ? » »

https://www.retronews.fr/embed-journal/l-humanite/03-aout-1934/40/281483/1?fit=1335.431.1032.2052 

 

L’Action française du 3 août 1934 :

« Le 2 août 1934, Hitler est proclamé le chef suprême du Reich, à la fois président et chancelier, avec plus de pouvoirs que n’en eurent jamais les Hohenzollern. Est-ce pour un tel résultat que des millions de jeunes Français ont pris les armes le 2 août 1914 ?  Quinze cent mille d’entre eux sont-ils tombés en vain ? […] Maintenant, c’est fait. Hitler a pris et réuni tous les pouvoirs entre ses mains à la date qui fut celle de la mobilisation. Rappelez-vous seulement que, de 1930 à 1933, on refusait, en France, de croire à la victoire des nazis et que, pour leur barrer la route, on faisait confiance à Hindenburg. Tant d’erreurs ne peuvent avoir bonne fin. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/l-action-francaise/03-aout-1934/4/507535/1?fit=436.2250.793.1189

 

Dunkerque de C. Nolan et la vérité sur les combats de mai-juin 1940

 

Jacques SapirPar  · 

 

Le film « Dunkerque » (Dunkirk) qui vient de sortir dur les écrans dans différents pays[1], dont la France, relance le mythe d’une armée française qui ne se serait pas battue lors des tragiques semaines de mai et de juin. De fait, ce film mélange un point de vue allemand et un point de vue (non professionnel) américains[2]. La réalité fut tout autre. Non que l’armée française n’ait été battue. Mais, cette défaite est avant tout à mettre sur le compte d’une stratégie inadaptée, et, surtout, la défaite française de 1940 doit bien plus à des causes politiques qu’à des causes militaires. S’il y a eu effondrement de la France, il fut d’abord politique.

 

La réalité des combats de mai et juin 1940

Ces combats ont été extrêmement violents, provoquant 92 000 morts français et sans doute 100 000 morts allemands. En fait, la violence de ces combats contraignit le régime hitlérien à décaler dans le temps la « révélation » du nombre de victimes.

La manœuvre dite « coup de faux » conduite par Guderian est connue[3]. Mais l’histoire des batailles qu’elle entraîna, et en particulier à Gembloux et à Stonne (du 13 au 17 mai 1940), si elle est bien détaillée par les historiens américains, anglais et allemands, reste – sauf des témoignages – assez peu connue du public français[4]. De fait, à Gembloux, les unités françaises, et en particulier la 3ème DIM, infligea des pertes très sévères aux forces blindées allemandes, mettant hors de combat en deux jours plus de 200 blindés allemands. Stonne, petit village des Ardennes, fut pris et repris 17 fois, est coûta très cher aux allemands, qui vérifièrent alors que leur armement n’était pas réellement supérieur à celui des français.

L’armement français

David Lehmann

A – 01 – 1940 French Armament 

On connaît l’anecdote du char B1bis du futur général Billotte, massacrant une compagnie de chars allemands, dans ce qui apparaît comme une préfiguration de l’embuscade de Villers-Bocage en juin 1944, ou celle du B1bis du commandant Domercque, provoquant une panique dans l’infanterie allemande. Des anecdotes similaires existent lors de la bataille de Montcornet (où la 4ème DCR du Colonel de Gaulle enfonça le flanc de Guderian) ou devant Abbeville.

L’issue de combats de mai fut, bien entendu, l’évacuation d’une large partie du BEF britannique à Dunkerque (thème du film cité en introduction). Mais, cette évacuation fut rendue possible par la vaillance des soldats français[5]. De fait, cette campagne fut utilisée à des fins de propagande par la machine hitlérienne pour construire un « mythe » de la Blitzkrieg, mais, dans la réalité, elle dévoila surtout les limites et les faiblesses de la Werhmacht[6].

De même, dans les batailles du moi de mai et de juin 1940, la sauvagerie de l’armée allemande (et non pas de la SS qui n’existait pas encore réellement comme force combattante) se révéla face aux soldats sénégalais se battant dans les unités françaises[7]. Tout ceci doit nous interroger tant sur les raisons de la perpétuation de mythes (les soldats français ne se sont pas battus, les soldats allemands n’ont pas commis de crimes, seule la SS fut responsable), que sur la réalité, maintenant bien établie d’un incompétence systémique allemande, ou plus précisément, dérivant de la manière dont le régime Nazi avait organisé tant la guerre que son outil militaire.

L’incompétence systémique allemande

On est en présence des bases de ce que l’on pourrait appeler une « incompétence systémique » allemande qui se manifeste à plusieurs niveaux, dès que l’on sort des éléments tactiques les plus étroits. De manière intéressante, ce sont les Italiens, au contact permanent des élites nazies, qui ont donné les meilleures descriptions de cette « incompétence systémique » ou « désordre structurel » de la prise de décision[8]. Le « Journal de Ciano », notes prises par C. Ciano et publiées après-guerre, montre d’ailleurs très bien comment un observateur, qui est pour le moins ambivalent vis-à-vis d’Hitler, observe la succession de décisions qui ne sont cohérentes que sur un espace limité et qui sont incohérentes entre elles.

Une incohérence stratégique se manifeste clairement dès 1939. L’appareil militaire allemand n’est pas prêt à une guerre contre la France et la Grande-Bretagne à cette époque. D’ailleurs, Hitler affirme – pour calmer ses généraux – que la France et la Grande-Bretagne ne se battront pas pour la Pologne. Le triste et révoltant éditorial de Marcel Déat (le célèbre Mourir pour Dantzig ?) l’a certainement conforté dans son opinion. Néanmoins, et la diplomatie allemande et la diplomatie italienne attirent son attention sur le fait que la détermination franco-britannique est cette fois solide. Dans ce contexte, la recherche d’un compromis aurait été logique, d’autant plus qu’Hitler avait indiqué 1942/43 comme date de la guerre qu’il voulait. Tous les plans de réarmement allemands, air, terre et mer inclus, étaient conçus en fonction de cette date et non d’une guerre en 1939. Pourtant Hitler attaque la Pologne car il « veut » la guerre, au-delà du gain qu’il attend de cette dernière. Il prend alors le risque d’une rupture avec Mussolini[9].

En 1940, l’opération contre la Norvège est un désastre du point de vue des moyens navals. La faisabilité de l’opération « Lion de Mer », l’invasion de la Grande-Bretagne, a été compromise par les pertes en navires subies à ce moment. Or, du point de vue stratégique, une victoire sur la Grande-Bretagne était plus importante que la conquête de la Norvège. Pour Hitler, cependant, « agir avant l’adversaire » est plus important que tout. On imagine la situation diplomatique inextricable des Alliés, si Hitler avait attendu que Churchill impose son idée d’invasion d’un pays neutre (la Norvège). Le dictateur aurait pu se couvrir du manteau de protecteur de la neutralité et aurait certainement obtenu un soutien suédois. Sa décision d’envahir la Norvège a été, d’un point de vue stratégique, une bénédiction pour les Alliés. De la même manière, fin 1941, la décision d’Hitler de déclarer la guerre aux États-Unis après Pearl Harbor n’était nullement justifiée, car le Pacte Tripartite n’avait plus d’existence réelle depuis longtemps et le Japon s’était abstenu de soutenir l’Allemagne contre l’URSS. Roosevelt aurait certainement eu quelques difficultés à faire passer très rapidement une déclaration de guerre si l’Allemagne avait proclamé sa non-belligérance dans le conflit entre le Japon et les États-Unis. Cependant, pour Hitler, il était essentiel d’être celui qui prend la décision suprême. On voit bien, de par ses discours, que la dimension pathologique de ses représentations du monde l’emporte. La puissance industrielle américaine ne l’effraye pas car le pays est « mi-enjuivé, mi-négrifié »[10].

Ce ne sont pas les seuls exemples d’une cohérence idéologique conduisant à une incohérence stratégique de la part d’Hitler, et cela nous conduit à la situation en juin 1940.

La logistique de l’Armée allemande n’est pas en mesure de mener une offensive prolongée, les généraux le font savoir à Hitler. Le degré de motorisation de l’Armée est relativement faible, même si les moyens ont été concentrés dans les divisions blindées et de cavalerie (les divisions « légères »). La « Blitzkrieg » est un mythe de propagande et non une réalité doctrinale ou opérationnelle[11]. Après six semaines de combats très violents, dont nous savons aujourd’hui qu’ils ont provoqué des pertes en hommes qui sont au moins égales et probablement supérieures aux pertes des Franco-Britanniques en termes de morts et blessés, avec des lignes de communications très étendues et une usure considérable du matériel, l’Armée allemande a besoin d’une pause. On retrouvera d’ailleurs le même problème lors de Barbarossa, quand l’avance allemande devra s’arrêter fin juillet 1941, offrant aux Soviétiques un répit pour se reprendre. Toutes les archives militaires allemandes convergent vers ce constat.

Quand Pétain offre la victoire à Hitler

On comprend alors pourquoi, en juin 1940, Hitler se jette littéralement sur l’offre d’armistice de Pétain. Il faut ici soigneusement lire l’ouvrage de William L. Shirer[12]. Shirer était en 1940, journaliste accrédité à Berlin et il a accompagné les dirigeants nazis. Il était présent lors de la signature de l’armistice à Compiègne. Son ouvrage s’appuie aussi sur les mémoires laissés par les principaux acteurs (Halder, Ciano, mais aussi les interrogatoires de Jodl et Keitel). Il note qu’Hitler refuse à Mussolini la plupart de ses exigences, car il craint qu’elles ne poussent les Français à refuser l’armistice et continuer la guerre. Cette crainte indique bien que si l’avance allemande a été spectaculaire, elle est fragile. Shirer va plus loin, et la citation suivante, provenant d’un auteur qui a été un témoin direct des événements et qui a pu vérifier ses informations aux meilleures sources, est pour nous essentielle :

« Finalement, Hitler laissa au gouvernement français une zone non occupée au sud et au sud-est. C’était un tour astucieux. Non seulement il divisait ainsi la France géographiquement et administrativement, mais il rendait difficile, sinon impossible, la formation d’un gouvernement français en exil et empêchait des hommes politiques de Bordeaux de transporter le siège du gouvernement en Afrique du Nord française – projet qui fut près de réussir, ruiné au dernier moment non par les Allemands, mais par les défaitistes français : Pétain, Weygand, Laval et leurs partisans. »[13]

Hitler sait que ses troupes ne peuvent pas continuer longtemps leur offensive en France. La demande française d’armistice est pain béni pour lui, car il est convaincu que la Grande-Bretagne va elle aussi faire une demande similaire en voyant que la France sort de la guerre. Pour lui, la guerre à l’ouest est terminée. Seulement, contre toutes ses représentations mentales qui lui disent que des Aryens ne peuvent se battre durablement contre des Aryens[14], la Grande-Bretagne refuse de signer une paix « honorable ». Or, l’Allemagne n’a pas les moyens d’envahir la Grande-Bretagne en septembre 40. L’aviation allemande, du fait des décisions (par ailleurs probablement justifiées par l’état de l’industrie allemande) d’Udet et de Jeschonnek, est essentiellement une force d’usage tactique, manquant de rayon d’action. Les moyens amphibies sont pratiquement inexistants (en dépit d’improvisations ingénieuses) et la Kriegsmarine ne s’est pas encore remise des pertes subies en Norvège.

Il convient ici de savoir que l’opération « Lion de Mer » a été « jouée » en Grande-Bretagne dans les années 1960 (à peu près au moment où était tourné le film La Bataille d’Angleterre) avec pas moins de quarante joueurs incluant les officiers supérieurs survivants des deux camps (Galland, Portal, etc.). Le résultat, dûment vérifié par des spécialistes (l’équipe des professeurs de l’Académie militaire de Sandhurst était présente), fut un massacre épouvantable pour les forces allemandes[15].Une attitude « raisonnable » aurait donc été de reporter l’opération au printemps 1941, même si, bien entendu, les forces britanniques se seraient considérablement renforcées entre temps. Pourtant, au lieu de tenter de finir le travail, Hitler prépare dès juillet 1940 l’attaque contre l’URSS. Quand les Italiens apprendront sa décision, ils seront horrifiés, mais n’auront pas leur mot à dire.

Incompétence opérationnelle

De manière caricaturale, une certaine historiographie occidentale reprend les thèses des généraux allemands qui, dans leurs mémoires, font porter la responsabilité de leurs défaites soit sur la « folie » de Hitler (certes, bien réelle), soit sur les Italiens. Cependant, une analyse réaliste des éléments factuels montre que ces mêmes généraux sont responsables de leurs défaites en dépit et même à cause de leurs succès tactiques. Ce fait a bien été établi par M. Geyer qui montre que, dès 1937/38, la pensée stratégique allemande se dissout dans la tactique[16]Guderian conçoit le « Coup de Faucille » de 1940 pour pousser la Grande-Bretagne à sortir de la guerre. Il croit que la destruction du groupe d’armées britannique en France sera pour cela suffisante. C’est à croire qu’il n’a jamais rien lu sur la stratégie britannique depuis le XVIe siècle.

Bien entendu, Guderian a eu la tâche facilitée par les concepts stratégiques ineptes de l’Armée française. Mais, le comportement des unités françaises, que ce soit à Gembloux ou à Stonne (dans les Ardennes) montre à chaque fois l’extrême fragilité du plan allemand. Notons par ailleurs que Guderian ne réussit pas à détruire le corps d’armée britannique, qui sera évacué à Dunkerque, grâce à l’ingéniosité des britanniques, mais aussi grâce, et il faut le dire et le répéter, au sacrifice des soldats français qui arrêtèrent les armées allemandes pendant près de trois jours.

Le comportement de Rommel en 1941 et 1942 porte les signes de la même pathologie. Lors des combats de « Crusader » (en novembre 1941), son attaque vers l’Égypte (le « Raid ») aurait pu se terminer en un véritable désastre, et l’Afrika Korps (AK) n’a dû son salut qu’à la lenteur britannique et à une tempête de sable. Le 27 novembre 1941, Rommel aurait bien pu perdre la totalité de la 15e Panzer à Bir el Chleta, et avec elle tout l’Afrika Korps[17]. Que penser d’un général qui met son armée en si grand péril qu’il n’est sauvé que par un accident météo et la lenteur de ses adversaires…

L’attaque de juin 1942 (Gazala) est tactiquement brillante. Mais elle n’est possible que par l’attribution à l’AK des moyens qui auraient été nécessaires à la prise de Malte. Ici encore, on a un pari, qui aboutit à une suite de brillants succès tactiques mais laisse l’AK épuisée sur un théâtre d’opérations immense, et avec une logistique fragilisée. Notons qu’il a suffi de la brillante résistance des forces françaises libres du Général Koenig à Bir-Hakeim pour sauver une grande partie de la VIIIème armée britannique. Dès le 29 mai 1942 (la bataille a commencé le 26), l’AK est à court d’essence et de munitions. Ici encore, la chance joue pour Rommel, qui trouve un passage non couvert par le feu de l’artillerie britannique, pour apporter le carburant et les munitions nécessaires.

Tous ce faits doivent être rappelés. Encore une fois, ils n’exonèrent pas le haut commandement français, confits dans des conceptions stratégiques archaïques, la bureaucratie tant civile que militaires dont le poids se fit lourdement sentir dans la conception des matériels, ni les responsabilités proprement politiques d’une élite qui, dans sa majorité, préférait « Hitler au Front Populaire ». Mais, ces faits éclairent ce que fut le sacrifice des soldats français de mai et juin 1940, et surtout l’immense responsabilité de la demande d’armistice par Pétain. Ces faits éclairent aussi que les guerres qui sont vraiment perdues sont celles que l’on s’est refusé à mener. Et c’est une leçon qui pourrait bien se révéler d’actualité.

Notes

[1] Dunkirk de Christopher Nolan, http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=240850.html

[2] Maurice Vaïsse (dir.), Mai-juin 1940. Défaite française, victoire allemande sous l’œil des historiens étrangers, Postface de Laurent Henninger, Paris, Éditions Autrement, 2010.

[3] Karl-Heinz Frieser, Ardennen – Sedan, Militärhistorischer Führer durch eine europäische Schicksalslandschaft, Francfort sur-le-Main, Report, 2000.

[4] Voir, Jeffery A. Gunsburg, « The Battle of Gembloux. 14–15 May 1940 : The Blitzkrieg Checked. », in Journal of Military History 64 (2000), pp. 97-140. Dominique Lormier, La bataille de Stonne, Ardennes, mai 1940, Paris, le Grand livre du mois, 2010.

[5] Dominique Lormier, La bataille de Dunkerque. 26 mai-4 juin 1940. Comment l’armée française a sauvé l’Angleterre, Paris, Tallandier, 2011

[6] Jean Solchany, « La lente dissipation d’une légende, la ‹ Wehrmacht › sous le regard de l’histoire », in Revue d’histoire moderne et contemporaine 47 (2000), pp. 323-353.

[7] Raffael Scheck, Hitler’s African Victims : the German Army Massacres of Black French Soldiers in 1940, Cambridge, Cambridge University Press, 2008 ; Raffael Scheck, « They Are Just Savages : German Massacres of Black Soldiers from the French Army in 1940 », in The Journal of Modern History 77 (2005), pp. 325-344.

[8] J. Sadkovich, “German Military Incompetence Through Italian Eyes”, War in History, vol. 1, n°1, Mars 1994, pp. 39-62 ; du même auteur, “Of Myths and Men: Rommel and the Italians in North Africa”, International History Review, 1991, n°3.

[9] Max Gallo, « L’Italie de Mussolini », Marabout Université, Verviers, 1966, pp. 302-06.

[10] W. Sheridan Allen, “The Collapse of Nationalism in Nazi Germany”, in J. Breuilly (ed), The State of Germany, Londres, 1992

[11] Karl-Heinz Frieser, Le Mythe de la guerre éclair, Paris, Belin, 2003

[12] W.L. Shirer, « Le Troisième Reich – Des origines à la chute », vol. 2, Stock, Paris, 1961, traduction de l’ouvrage américain de 1959.

[13] W. Shirer, « Le Troisième Reich », vol. 2, p. 129, op.cit.

[14] M. Burleigh et W. Wippermann, “The Racial State – Germany 1933-1945”, Cambridge University Press, 1991.

[15] F-K von Plehwe, “Operation Sea Lion 1940”, Journal of the Royal United Services Institution, March, 1973.

[16] M.Geyer, “German Strategy in the Age of Machine Warfare”, 1914-1945, in P.Paret (ed.) Makers of Modern Strategy, Princeton University Press, Princeton, N.J., 1986.

[17] Brig.Gen. H.B.C.Watkins, “Only Movement Brings Victory – The Achievements of German Armour”, in D. Crow (ed.), Armoured Fighting Vehicles of Germany -World War II, Barrie & Jenkins, London, 1978.

Robespierre, le grand mensonge

 

02 Aout 2017

Jean-Clément Martin ©Charles Crié/CCAS

 

Selon l’interprétation traditionnelle, Robespierre reste l’incarnation sanglante, redoutable et redoutée de la Révolution française. Dans « Robespierre, la fabrication d’un monstre », Jean-Clément Martin, ancien directeur de l’Institut d’histoire de la Révolution française, professeur émérite à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, démolit l’image caricaturale du tyran, savamment façonnée, selon lui, immédiatement après sa mort. L’historien y dévoile un personnage plus nuancé, discret, complexe et souvent indécis, en proie à une situation politique chaotique à laquelle il s’adapte plus qu’il ne la provoque.

 

Qui était le jeune Maximilien ?

 

Maximilien est un enfant de son temps. Issu d’une famille de la petite bourgeoisie de droit et de commerce, il perd sa mère très tôt et son père quitte rapidement le foyer. Cet épisode est toujours mentionné concernant Robespierre ; or c’est le lot de nombreux enfants à cette époque. Malgré tout, le jeune Maximilien bénéficie d’un bon encadrement familial et surtout d’un soutien clérical important : l’évêque d’Arras l’envoie étudier au lycée Louis-le-Grand, à Paris. C’est certes la reconnaissance de ses qualités intellectuelles mais cela n’a rien d’exceptionnel. Chaque année, 200 à 300 enfants – les plus doués – sont sélectionnés dans toute la France puis aidés pour faire leurs études.

 

Élève studieux, Robespierre devient avocat à 21 ans. Il retourne à Arras prendre la succession de son père. Il y mène une carrière académique de jeune roturier. Sa jeunesse n’a sans doute pas été facile mais pas aussi dramatique que beaucoup l’ont affirmé. Il n’y a donc pas à chercher dans son enfance une quelconque revanche à prendre.

 

Quelle est la ligne politique de Robespierre ?

 

Dès 1790, Robespierre apparaît à l’Assemblée constituante comme le représentant du peuple parce qu’il y défend le droit de vote au suffrage universel. Il acquiert une réelle notoriété, une vraie reconnaissance en juillet 1791. Contrairement à la majorité des députés, il soutient la grande manifestation populaire parisienne réclamant la destitution du roi après sa fuite. Robespierre rompt alors avec les Jacobins (qui deviendront les Feuillants), entre en dissidence et crée le club des Jacobins. Les faits lui donneront raison : le testament du roi, prouvant qu’il était hostile à la révolution, est retrouvé trois mois plus tard.

Robespierre vise à établir une société dans laquelle les citoyens, égaux et responsables, auraient le droit de se rebeller contre un État despote. C’est indiscutablement sa marque.

À l’Assemblée, Maximilien s’impose comme un fervent opposant à la royauté, proche des sans-culottes parisiens. Si cette position affirmée lui assure sa popularité, elle ne lui donne pas pour autant une fonction centrale, ni un rôle politique important. Élu à la Convention en août 1792, il défend la réduction des inégalités, prend position contre la traite des Noirs, mais refuse en revanche de soutenir les citoyennes révolutionnaires républicaines qui revendiquent l’égalité femme-homme. Robespierre est extrêmement attaché à la justice et à la loi. C’est une priorité absolue car il estime que c’est par elles que la société pourra être changée, politiquement, moralement et économiquement.

 

Il se consacre à la réforme des lois en 1793 et rédige les bases de la Constitution dite montagnarde, adoptée en juin 1793. Il considère que le salut de l’État, de la révolution est supérieur aux intérêts des groupes. Robespierre vise à établir une société dans laquelle les citoyens, égaux et responsables, auraient le droit de se rebeller contre un État despote. C’est indiscutablement sa marque.

 

Maximilien Robespierre : buste en terre cuite de Claude-André Deseine, 1971. Exposé au château de Vizille (Isère). ©Wikimedia commons

 

Quelles sont les circonstances qui l’ont fait chuter ?

 

C’est la crainte de sa puissance, réelle ou fantasmée, de la concentration des pouvoirs de police et de justice autour de lui. Au printemps 1794, Robespierre est très populaire dans Paris. Se distinguant des autres révolutionnaires, il donne clairement une unité à cette révolution morale et vertueuse. Il apparaît alors comme le garant de la liberté des cultes. Mais certains députés athées le perçoivent comme un danger. D’une part, tous les pouvoirs parisiens sont dans les mains de ses proches (la mairie, la commune, la Garde nationale…). D’autre part, sa loi du 22 Prairial, une réforme du tribunal révolutionnaire qui en accélère les procédures (en sélectionnant au préalable les accusés), est très controversée et mal interprétée. À l’époque, près de 300 000 personnes sont emprisonnées (sur 27 millions d’habitants). Avec la loi du 22 prairial, seuls les accusés sur lesquels pèsent des présomptions extrêmement graves sont jugés par le tribunal révolutionnaire : c’est l’acquittement ou la mort.

Dès juin-juillet 1794, certains conventionnels conspirent, manipulant clairement l’opinion publique contre lui.

Là encore, contrairement à ce qu’on affirme – il ne faut pas l’oublier – Robespierre vide progressivement les prisons à ce moment-là. Mais les députés redoutent que les comités opérant les sélections préalables soient sous son contrôle. C’est pourquoi, dès juin-juillet 1794, certains conventionnels conspirent, manipulant clairement l’opinion publique contre lui ; ils fomentent des révoltes dans les prisons ; des prisonniers sont envoyés à l’échafaud, et en imputent la responsabilité à Robespierre. Une partie des députés (de la droite à l’extrême gauche) craignent un coup d’État de Robespierre le 10 thermidor (28 juillet), à l’occasion de la grande fête populaire, estimant qu’il a mené la France dans un gouvernement personnel dangereux pour eux. Dès lors, l’opposition se met en place : ils se liguent contre lui. Robespierre est arrêté le 9 thermidor.

 

Comment la légende du tyran sanguinaire s’est-elle installée ? Et pourquoi a-t-elle perduré ?

 

Le lendemain de sa mort, le 11 thermidor, tout le monde affirme que Robespierre est un tyran. Un mois après, on l’accuse de tous les maux : traîtrise, répression et surtout instauration ce qu’on va appeler la Terreur. On a bien affaire là à cette invention d’un Robespierre tyran, instigateur de la Terreur, rumeur lancée par Tallien. Lequel Tallien a incontestablement été mêlé aux massacres de septembre 1792. Ça arrange donc tout le monde ! Cela permet à tous ces gens de s’exonérer de leurs propres responsabilités dans les massacres et crimes qu’ils ont réellement commis.

Ce ne sont pas les idées qui gouvernent à ce moment-là, mais les alliances, les tactiques, les compromissions : c’est embêtant ! L’image de la Révolution en prend un coup ; elle est un peu plus grisâtre.

Je l’écris, et le maintiens : selon moi, Robespierre a servi de fusible et de bouc émissaire. On n’en avait plus besoin ! La Révolution française ne peut se comprendre que si l’on admet que ce sont les luttes de clans, de factions et de groupes politiques qui dominent. Entrer dans cette vision fait redescendre tout le monde du piédestal. Ce ne sont pas les idées qui gouvernent à ce moment-là, mais les alliances, les tactiques, les compromissions : c’est embêtant !

 

L’image de la Révolution en prend un coup ; elle est un peu plus grisâtre. Or, tout le monde a intérêt à prétendre que la Révolution est unifiée, que la faute incombe au seul Robespierre parce qu’ainsi on jette un voile pudique sur les responsabilités de tous. En l’accusant de tous les maux, de la Terreur notamment, cela permet de dire qu’un petit courant a entraîné la révolution là où elle ne devait pas aller, dans des excès qui sont regrettables. On peut ainsi sauver l’esprit révolutionnaire et le principe de la République.

 

 

 

Caricature de Robespierre qui, n’ayant plus personne à exécuter, guillotine le bourreau. (18è siècle) ©Wikimedia commons

 

Si, ainsi que vous le démontrez, Robespierre n’a pas été le monstre que l’historiographie a voulu voir en lui, qui était-il alors ?

 

Robespierre n’est pas l’un des meneurs les plus déterminants de l’Assemblée. Il n’est pas au premier plan. Il prononce des discours toujours percutants avec des argumentations théoriques précises très fortes. Il exerce une sorte de magistère moral et juridique ; c’est une référence en matière de droit et de justice. Mais, s’il est porteur d’une parole forte qui marque les esprits, il est rarement suivi par les députés. Prenons l’exemple du procès du roi que Robespierre refuse, considérant que ce dernier s’étant placé lui-même au-dessus des lois il n’a donc pas à être jugé. La grande majorité des députés votera pour la tenue d’un procès. On ne le voit pas intervenir de façon évidente – c’est l’une de ses caractéristiques – mais son rôle politique est tactique. On ne le dira jamais assez : il a par exemple protégé les Girondins et sauvé 73 d’entre eux de la guillotine. Très présent en coulisse dans les relations politiciennes, Robespierre se positionne continuellement dans un jeu d’alliances que l’on ne découvre qu’a posteriori. Ses positions complexes sont en partie liées aux difficultés de l’exercice du pouvoir et aux circonstances.

C’est incontestablement l’un des arbitres essentiels de la Révolution dont la position est à la fois exemplaire et marginale.

Il faut bien comprendre que tous les députés jouent leur tête en permanence. Ils s’adaptent aux conditions qui changent radicalement sans arrêt, et avec des alliances à remodeler en permanence. C’est par la parole et la radicalité de ses démonstrations que Robespierre est écouté. C’est incontestablement l’un des arbitres essentiels de la Révolution dont la position est à la fois exemplaire et marginale. En décembre 1793-janvier 1794, il apparaît comme le seul capable de concilier deux courants opposés : les sans-culottes, partisans de la violence et d’une répression très forte, et les Indulgents (Danton et Desmoulins). Il abandonne les sans-culottes dont il a toujours été proche, au nom du salut de l’État. Il considère en effet que le salut de la Révolution est supérieur à l’intérêt des groupes. Dès lors, Robespierre change de posture et prend réellement la stature d’un homme d’Etat.

 

 

« Robespierre, la fabrication d’un monstre »,
de Jean-Clément Martin, éd. Pe

29 juillet 2017

Michel Collon, Robert Charvin et la guerre 39-45

"Pourtant, rappelle Michel Collon, les faits sont indiscutables. Hitler a engagé, et perdu, ses meilleures troupes devant Moscou et Stalingrad. Il utilisait dans cette offensive l’énorme appareil de production volé en France et en Belgique, il mobilisait de nombreuses forces étrangères, il bénéficiait de l’étrange passivité des Etats-Unis. Lesquels, des années durant, refusèrent d’ouvrir un second front à l’Ouest et ne débarquèrent qu’en juin 44, à la dernière minute. L’essentiel de l’Europe était déjà libéré ou en passe de l’être. «Voler au secours de la victoire» est l’expression qui convient.D’ailleurs, dans cette guerre antifasciste, l’URSS a perdu vingt-sept millions de morts, les Etats-Unis quatre cents mille (dont 184 000 sur le front européen). Les journalistes et intellectuels occidentaux qui aujourd’hui minimisent ou discréditent le rôle de l’URSS sont bien ingrats : sans ces horribles Slaves, peut-être parleraient-ils allemand aujourd’hui dans une quelconque section de la Propaganda Abteilung ?..."

 

Reprenons la lecture des réflexions de Michel ,Collon qui préface le livre de Robert Charvin...

Michel Peyret


Faut-il détester la Russie ou faut-il réfléchir ?

 

Comprendre comment nous en sommes arrivés là, comprendre les «règles du jeu» entre grandes puissances est essentiel pour que chaque citoyen puisse répondre à la question «Guerre ou Paix» aujourd’hui !

En 1945, les Français savaient. En 2015, ils ne savent plus.
 
En mai 1945, à la question 
« Qui a le plus contribué à la défaite allemande ? », 57% des Français répondaient : l’Union soviétique. 20% seulement répondaient les Etats-Unis et 12% la Grande-Bretagne.

Mais cinquante ans plus tard, tout a basculé : en 1994, à l’occasion du cinquantième anniversaire du débarquement allié en Normandie, 49% des Français citent les Etats-Unis, 25% l’URSS et 16% la Grande-Bretagne. En 2004, la tendance s’accentue : 58% pour les Etats-Unis, 20% seulement pour l’URSS. En 2015, le sondeur britannique ICM obtient des résultats pires encore en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne.

Pourtant, les faits sont indiscutables. Hitler a engagé, et perdu, ses meilleures troupes devant Moscou et Stalingrad. Il utilisait dans cette offensive l’énorme appareil de production volé en France et en Belgique, il mobilisait de nombreuses forces étrangères, il bénéficiait de l’étrange passivité des Etats-Unis. Lesquels, des années durant, refusèrent d’ouvrir un second front à l’Ouest et ne débarquèrent qu’en juin 44, à la dernière minute. L’essentiel de l’Europe était déjà libéré ou en passe de l’être. «Voler au secours de la victoire» est l’expression qui convient.

D’ailleurs, dans cette guerre antifasciste, l’URSS a perdu vingt-sept millions de morts, les Etats-Unis quatre cents mille (dont 184 000 sur le front européen). Les journalistes et intellectuels occidentaux qui aujourd’hui minimisent ou discréditent le rôle de l’URSS sont bien ingrats : sans ces horribles Slaves, peut-être parleraient-ils allemand aujourd’hui dans une quelconque section de la Propaganda Abteilung ?

Le vol de l’Histoire

 

Comment peut-on poser la même question – non sur des préférences personnelles, mais sur des faits historiques – et obtenir un résultat assez juste et puis un résultat complètement faux ? En réalité, ce résultat faux n’est pas spontané, il a été fabriqué. Par un conditionnement de l’opinion occidentale : avec un battage publicitaire sur les «Etats-Unis, nos libérateurs» et une diabolisation sur «l’URSS, complice d’Hitler».

Est-ce grave, cette ignorance ? Ne s’agit-il pas d’une question du passé, à réserver aux historiens ? Non, il ne s’agit pas seulement de notre passé. Connaître l’Histoire est crucial. Comprendre comment nous en sommes arrivés là, comprendre les «règles du jeu» entre grandes puissances est essentiel pour que chaque citoyen puisse répondre à la question «Guerre ou Paix» aujourd’hui !

Voilà pourquoi le nouveau livre de Robert Charvinx« Faut-il détester la Russie ? »* est précieux, mieux : indispensable. Il nous met en garde contre ce qu’il appelle le «vol de l’Histoire». Nous montrant que celle-ci n’est jamais dépassée, surtout lorsqu’on la déforme et manipule au service d’ambitions inavouables.

 
«Vol de l’Histoire»! L’expression n’est-elle pas trop forte? Non. En s’appuyant sur des faits précis et des sources incontestables, Charvin nous fait comprendre combien sont artificielles les présentations de certains intellectuels et journalistes occidentaux. En fait, ils fabriquent de fausses évidences simplistes, ou ils y adhèrent sans réfléchir.

L’enjeu est énorme, il s’agit de questions fondamentales : avons-nous, ici en France et en Europe occidentale, compris les véritables causes de la guerre de 14-18 ? Non. Avons-nous compris en quoi cette Première Guerre mondiale a entraîné la Seconde ? Non. Avons-nous compris ce qu’on a appelé le «Pacte Hitler – Staline» ? Non. Avons-nous compris la véritable stratégie des Etats-Unis entre 40 – 45 ? Non.

Mais peut-être s’agit-il de simples oublis, d’une mémoire qui s’estompe ou d’erreurs de jugements ? Non, c’est bien plus grave, accuse Charvin : «Les pouvoirs publics occidentaux travaillent avec persévérance sur les mêmes bases falsifiées, afin que la mémoire soit orientée conformément aux besoins politiques du moment.»

On réécrirait l’Histoire pour nous manipuler ? Accusation grave. Mais il faut reconnaître qu’elle s’appuie sur quatre dossiers que Charvin éclaire remarquablement.

Quatre silences coupables

En fait, Charvin accuse l’information et l’historiographie occidentale de négationnisme et de révisionnisme.

1. La réhabilitation du fascisme en Lettonie. Pourquoi aucun média occidental ne signale-t-il qu’en Lettonie, notre cher nouvel allié et membre de l’Union européenne, on diabolise la résistance antinazie et on réhabilite discrètement les fascistes collabos de la Seconde Guerre mondiale ? L’appareil judiciaire de ce pays s’est acharné contre un héros de la résistance lettonne, allant jusqu’à le jeter en prison à l’âge de 75 ans, mais cela a été entièrement passé sous silence. Pourquoi ?

2. L’utilisation par l’Ouest de pronazis antisémites en Ukraine. Pourquoi notre nouvelle alliée réhabilite-t-elle les anciens collabos d’Hitler ? Pire : pourquoi les introduit-elle dans l’administration issue du coup d’Etat et à des postes clés ? Toujours dans le silence des médias qui les rebaptisent simples «nationalistes».

3. La négation du génocide tenté par Hitler contre l’URSS. Le programme était pourtant clair, dans les textes même des nazis : les Slaves étant des «sous-hommes», le «Plan Ost» prévoyait d’exterminer 40% des Russes, pour faire place à l’envoi de dix millions de colons allemands et germanisés. Programme qui fut mis en pratique, mais aussi mis en échec par la résistance de tout un peuple. Pourquoi, aujourd’hui, présente-t-on la Seconde Guerre mondiale comme une affaire entre Hitler et les Juifs alors qu’il y eut plusieurs génocides ?

4. La dévalorisation des vrais vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Cela commence par la falsification de l’avant-guerre : l’URSS est accusée d’avoir été complice d’Hitler ! Alors qu’elle n’avait cessé de proposer aux Occidentaux de s’allier pour barrer la route au nazisme, mais cette alliance fut refusée par Londres et Paris qui pactisèrent avec Hitler à Munich, approuvèrent son alliance avec la Pologne et lui cédèrent la Tchécoslovaquie, l’encourageant ainsi à attaquer à l’Est, ayant les mains libres à l’Ouest. Quelle inversion des responsabilités !

Cela continue par le négationnisme sur les victimes : qui en Occident rappelle que l’URSS perdit vingt-sept millions de citoyens, la Chine vingt millions et que les pertes britanniques représentent 1,8% du total, les pertes françaises 1,4% et les pertes US 1,3% ? Et cela se conclut par la mise en valeur ethnocentrique et trompeuse du débarquement en Normandie présentée comme l’événement décisif alors qu’Hitler avait déjà perdu la guerre en 1941 lorsqu’il échoua à prendre Moscou et s’enlisa dans le piège soviétique, ce que confirma la défaite de Stalingrad durant l’hiver 42-43 !

Extrait de la préface de Michel Collon du livre “Faut-il détester la Russie?” *

Robert Charvin, “Faut-il détester la Russie?”, Investig’Action, Bruxelles, avril 2016, 15 euros 


Retrouvez le livre de Robert Charvin,
Faut-il détester la Russie?
sur notre boutique

faut-il-detester-la-russie-

Quels intérêts sert la campagne actuelle de diabolisation de la Russie ?


D’où vient ce courant de 
révisionnisme historique qui minimise la contribution de l’URSS à la victoire des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale et qui tend à assimiler le communisme au nazisme ? 


Ce livre original nous met en garde : une certaine propagande médiatique peut nous mener tout droit vers une nouvelle guerre froide. Pas si froide ?

Source: Investig’Action

 
Posté par Michel Peyret

Bir Hakeim, le Vel’ d’Hiv’ et Emmanuel Macron

 

Jacques SapirPar  · publication  · mis à jour 

Le discours d’Emmanuel Macron lors du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv’ continue de soulever la polémique. En attribuant à la France la responsabilité de cet acte atroce choque et scandalise, il va à l’encontre de ce que dit le droit constitutionnel sur ce sujet. Les critiques faites ont été nombreuses. J’y ai contribué[1], mais je voudrais ici signaler le texte que Bertrand Renouvin a publié sur son blog[2]. Cependant, on peut considérer maintenant que le scandale du discours d’Emmanuel Macron va bien plus loin que ce que l’on pensait.

 

Un Président ignorant du droit

 

Ce discours d’Emmanuel Macron est bien entendu particulièrement malencontreux non seulement par ce qu’il foule aux pieds le droit constitutionnel, un droit dont le Président devrait être le premier garant[3]. Mais, il va même à l’encontre de la Convention de La Haye de 1907 sur le droit de la guerre, une convention dont tout féru de mémoire que soit Emmanuel Macron, il semble ignorer le texte. Ce dernier, en effet, stipule que les forces de police sont placées sous l’autorité de la puissance occupante dans le cas d’une occupation. Cette convention précisen en effet dans sa section III « DE L’AUTORITE MILITAIRE SUR LE TERRITOIRE DE L’ETAT ENNEMI. » à l’article 43[4] : « L’autorité́ du pouvoir légal ayant passé de fait entre les mains de l’occupant, celui-ci prendra toutes les mesures qui dépendent de lui en vue de rétablir et d’assurer, autant qu’il est possible, l’ordre et la vie publics en respectant, sauf empêchement absolu, les lois en vigueur dans le pays. » On peut donc en déduire que la responsabilité des actes commis par l’Etat Français de Vichy dans la « zone occupée » renvoie directement à la responsabilité de l’occupant, c’est à dire de l’Allemagne nazie. L’Etat Français de Vichy ne jouissait d’aucune liberté, si ce n’est celle d’aller au-devant des demandes de l’occupant. Mais, cela signifie que les demandes de l’occupant déterminaient, de manière directe ou indirecte, les décisions de l’Etat Français de Vichy. Ce dernier ne devant être ici considéré que comme une dépendance, pour les territoires occupés, de l’Allemagne nazie.

 

On doit ici, de plus, relever une autre faute d’Emmanuel Macron, une faute qui éclaire justement l’idéologie dont il est porteur. Il aurait pu, et on peut considérer qu’il aurait même dû, commémorer le 75ème anniversaire des combats de Bir Hakeim, et dire qu’à ce moment de l’histoire des français se battaient, et que la France Libre y gagnait la reconnaissance des britanniques. Ces combats qui se sont déroulés du 26 mai au 11 juin 1942[5] ont été particulièrement symboliques car, aux yeux des Alliés comme aux yeux de l’ennemi, ils témoignaient que la France Libre était bien présente sur le champ de bataille.

 

Bir Hakeim, ou l’anti-Vel d’Hiv’

 

Ces combats font partie de la bataille de Gazala qui opposa les forces Germano-Italiennes, sous le commandement du Général Erwin Rommel aux forces du Commonwealth sous le commandement du Général Ritchie puis du Général Auchinlek. La position de Bir Hakeim se trouve à l’extrême sud du dispositif de la 8ème armée britannique. Le plan suivi par Rommel consiste justement à passer par le sud pour envelopper et détruire les unités de la 8ème armée. Si les unités mobiles peuvent contourner Bir Hakeim, il n’en va pas de même pour la logistique de l’Afrikakorps. C’est pourquoi Bir Hakeim occupe une position stratégique.

 

La bataille de GAZALA (mai-juin 1942)

 

Les forces françaises libres, sous le commandement du Général Koenig, et comprenant des personnalités charismatiques comme le Lt-Colonel Amilakvari, Pierre Messmer ou le capitaine de corvette Amyot d’Inville, se composent de 3700 hommes, dont les origines très diverses, troupes de la Légion Etrangères (dont de nombreux républicains espagnoles), troupes coloniales, bataillon juif et bataillon du Pacifique apparaissent comme « …une étonnante synthèse de la France et de son empire »[6]. Constamment attaqués par les forces Germano-Italiennes, les Français Libres tiendront bien plus longtemps que ce que le commandement avait demandé, infligeant des pertes très lourdes à l’ennemi mais surtout bloquant sa logistique pendant une quinzaine de jour et fournissant un répit précieux à la 8ème armée pour se remettre du coup porté par Rommel, et pour reconstituer ses défenses à El Alamein ou Rommel sera définitivement arrêté. C’est pourquoi la bataille de Bir Hakeim, opposant 3700 hommes, encerclés, sans vivres ni eau, à une grande partie de l’Afrikakorps est tellement importante.

 

Le bilan des combats parle par lui-même. Pour les forces de l’Axes, on comptera 3 300 hommes ont été tués, blessés ou ont disparu, 272 ont été fait prisonniers (149 Italiens, 123 Allemands), 52 chars et 11 automitrailleuses, ainsi que plusieurs dizaines de camions ont été détruits, et probablement une cinquantaine de chars endommagés, qui seront réparés dans les semaines suivantes. Pour les Français Libres, cette bataille d’une violence extraordinaire se soldera par 99 tués et 109 blessés, pendant le siège, et 41 tués, 21 blessés et 763 disparus (dont 600 prisonniers), lors de la sortie.

 

Signification militaire et signification politique de Bir Hakeim

 

Si la signification militaire de cette bataille ne fait aucun doute, ses répercussions politiques sont encore plus importantes. Le maréchal Claude Auchinleck va ainsi déclarer le 12 juin 1942, à propos de Bir Hakeim : « Les Nations unies se doivent d’être remplies d’admiration et de reconnaissance, à l’égard de ces troupes françaises et de leur vaillant général Koenig »[7]. Winston Churchill rendra lui aussi hommage aux combattants de Bir Hakeim, et à la signification stratégique de leur combat.

 

Il est d’ailleurs significatif qu’Hitler lui-même en prendra acte[8], et que l’Allemagne cessera de considérer les combattants français libres comme des « francs tireurs » pour leur reconnaître l’application de la convention de Genève sur les prisonniers de guerre. Or, cette convention lie des Etats. De fait, la France Libre est reconnue comme la représentante de la France à partir de ce moment là, y compris par l’Allemagne et l’Italie (qui elle aussi étendra le bénéfice de la convention de Genève aux Français Libres prisonniers). André Malraux dira au sujet de cette bataille : « Nous ne tenons pas Bir Hakeim pour Austerlitz. Mais, comme le premier combat de Jeanne d’Arc à Orléans, Bir Hakeim a été la preuve que la France n’était pas morte ».

 

Seuls, les Etats-Unis persisteront dans la politique consistant à voir dans les autorités de Vichy, la représentation légitime de la France, ce qui conduira aux difficultés que l’on sait à la suite de l’opération Torch. Ils n’abandonneront définitivement cette politique qu’à la veille du débarquement en Normandie du 6 juin 1944.

 

Et c’est ici que se révèle, implicitement, l’idéologie d’Emmanuel Macron.

 

Un Président engoncé dans l’idéologie américaine

 

En effet, notre Président semble avoir fait sienne ce qui était la politique de Roosevelt, qui ne reconnut la France Libre que contraint et forcé. L’idéologie américaine est celle d’une culpabilité générale des pays occupé. Elle se fonde d’une part sur l’ignorance des mécanismes d’occupation et de résistance, mécanismes tant psychologiques que militaires qui restent parfaitement étrangers aux américains, mais d’autre part sur la volonté absolue d’avoir avec la Grande-Bretagne le monopole du « camp du bien ». Elle réduit la seconde guerre mondiale à un combat entre les Etats-Unis et les forces de l’Axe, et va jusqu’à passer sous silence la contribution de l’URSS, oubliant que de 1941 à fin 1943, près de 75% des forces allemandes se battaient contre l’Armée Rouge (la RKKA). Cette idéologie est foncièrement a-politique même si elle sert – à l’évidence – des objectifs politiques, et la France avait constamment lutté contre elle, et les dérives qu’elle impliquait, en particulier au moment de l’invasion de l’Irak en 2003.

 

Par sa déclaration, notre Président montre qu’il se situe non pas dans la pensée française, et au-delà continentale, mais bien dans la pensée américaine. Il est probable que lui-même ne mesure pas ce que cela implique, et où cela le conduira. Mais, les conséquences en seront des plus pernicieuses, et probablement des plus dramatiques.

 

Notes

[1] Voir https://russeurope.hypotheses.org/6148

[2] Voir Renouvin B., Emmanuel Macron, le Vel d’Hiv, la mémoire et l’histoire – Chronique 140 

http://www.bertrand-renouvin.fr/emmanuel-macron-le-vel-dhiv-la-memoire-et-lhistoire-chronique-140/

[3] Berlia G, « La loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 », Revue de Droit Public, 1944 ; G. Liet-Veaux, « La fraude à la Constitution », RDP, 1943 ; Nguyen Quoc Dinh, « La loi constitutionnelle du 2 novembre 1945 portant organisation provisoire des pouvoirs publics », RDP, 1946

[4] http://www.western-armenia.eu/WANC/Armenie-Occidentale/CNA/Convention/Convention-de-la-Haye-1907.pdf

[5] Voir Bernard Saint-Hillier, « La bataille de Bir-Hakeim », Revue de la France libre, n° 259, 3e trimestre 1987, http://www.france-libre.net/temoignages-documents/temoignages/bataille-bir-hakeim-st-hillier.php

[6] Yves Gras, La 1 DFL – Les Français libres au combat, Presses de la Cité, 1983.

[7] Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, édition La Pléiade, p. 260.

[8] http://books.google.fr/books?id=HBHi6KEfSRkC&pg=PT111&lpg=PT111&dq=Vous+entendez,+messieurs,+ce+que+raco

Vel d'hiv, les rafles de l'Etat français

 

Publié le 17 Juillet 2017

Les chemins du déshonneur.

Et ceux qui le tracèrent

ou (et)

l'empruntèrent.

 

Image associée

Le Vel d'hiv durant la rafle de juillet 42

 

Pourquoi cet empoignade permanente sur le niveau et la forme des responsabilités sur les pratiques de persécution d'un Etat moralement illégitime mais institutionnellement légal ? 

 

Et pourquoi cette recrudescence dans ce moment particulier du débat politique de 2017, 75 ans après la xième conséquence de la trahison de classe du capital et des élites à son service en France ayant conduit à l'ignominie des rafles dont celle du Vel d'hiv ?.

 

Pour rappel, il faut revenir, pour les lire avec le regard d'hier mais aussi la réalité d'aujourd'hui  sur les travaux d'Annie Lacroix-Riz. Ils éclairent sans fard la façon dont le patronat français lié au grand capital a joué la carte Hitler contre le front populaire pour ses profits et surtout pour mater la classe ouvrière.

 

Ne pas oublier que le premier ayant été très vite débarqué par le gouvernement, le président de la SNCF nommé par Vichy utilisait ses "temps de loisirs" entre deux répressions de cheminots à organiser "l'aryanisation" des biens des juifs spoliés qui seront pour grand nombre via Pithiviers, Drancy ou Beaune la Rolande envoyés dans les camps d'extermination d'outre Vosges.

 

Mais aussi ne pas faire d'impasses et rappeler les responsabilités politiques d'avant le 10 juillet 40 qui sont aussi à ne pas perdre de vue ; 1938-1940 expliquant 40-44.

 

L'essentiel se noue lors du vote des pleins pouvoir à Pétain alors que le fascisme de sa pensée, son amitié avec Franco, ses liens avec l'extrême droite raciste et antisémite de l'Action Française de Daudet &C° sont de notoriétés publiques.

 

Pétain n'est pas un Ovni débarqué d'une soucoupe volante peinte en vert de gris.  Il est le produit d'une logique de classe et de caste où ceux qui aujourd'hui veulent faire oublier que son ascension était résistible pour peu qu'il y eut résistance et non pas connivence...politique et économique.

 

Les conditions de la légalité du pouvoir de Vichy et de ses actes sont donc directement liées au conditions de sa mise en places et la nature connue du personnel politique installé.

 

Il ne faut pas chercher à blanchir ce qui ne peut l'être sous prétexte que l'extrême droite tente des opérations politicardes de réhabilitation de son histoire. 

 

Elle le tente parce qu'elle sait que le terrain ne lui est pas défavorable et pour preuve : 

 

De même que c'est le gouvernement mis en place par la chambre élue en 1936 qui décidera des mesures de répression de l'automne 38 suivant la suppression des avancées imposées par les grèves de 36, c'est ce parlement qui validera les décrets Sérol prévoyant la peine de mort contre les communistes (et ce piteux scandaleux répugnant article de Blum dans le Populaire du 27 septembre 1939 " « Si des communistes sont personnellement convaincus de trahison, qu’on les poursuive et qu’on les fusille comme tous les traîtres. " ). Sérol s'abstiendra dans le vote du 10 juillet.

 

Ce sont les mêmes députés, SFIO en tête qui en 1938 trahiront les engagements internationaux de la France en ratifiant à l'unanimité les accords de Munich (voir la dénonciation de Munich par De Gaulle dans une célèbre lettre à sa femme) seuls les Communistes et un député de droite (De Kerilis) voteront contre. 

 

De même la constitution de la 3e république fait que le gouvernement qui mettra d'abord Pétain (ramené de son ambassade auprès de Franco) vice président du conseil (plus haut qu'un actuel ministre d’État) sera validé par la chambre. 

 

Sur le nombre d'élus ayant voté les pleins pouvoirs parmi ceux dit de gauche  : 


Mettons de côté les sénateurs pour n'en rester qu'à la chambre élues en 36.


60 députés communistes ne pourront siéger (internés ou clandestin suite à l'interdiction du PCF par le gouvernement voté par la chambre des député munichois à l'UNANIMITE de ses membres).

 

Dans cette chambre élus de " gauche " :

 

SFIO 149,

 

PRS 110.


Si 36 députés SFIO ont voté contre, plus la pincée qui se sont abstenus, même en tenant compte des embarqués à bord du Massilia, cela fait plus qu'une confortable majorité (90/149) qui voteront les pleins pouvoirs à Pétain après l'avoir accepté comme vice président du Conseil le 17 mai 40 alors que celui ci refuse de faire une guerre considérée par lui comme perdue à cause du statut républicain du régime politique de la France (reprenant dans une note du 26 mai adressée à Paul Reynaud la litanie l'action française et des ligues factieuse de la Gueuse à abattre, dont Weygand appelle à l'anéantissement depuis l'armée du Levant à Damas chargée d'attaquer l'URSS sur les puits de pétrole de Bakou).

 

Pour couper court à une légende tendant à disculper P Raynaud de ses responsabilités, ce n'est pas Lebrun président de la République qui choisi Pétain mais bien Paul Raynaud qui propose Pétain à Lebrun (toutes les archives officielles ou privées le confirment).

 

Pour ce premier gouvernement Pétain les archives confirment aussi qu'il obtient par ailleurs la participation de la SFIO en reconduisant Albert Rivière et André Février avec l'accord de Léon Blum. 

 

C'est donc, circonstance aggravante, en toute connaissance de cause que ces 90/149 introniseront le liquidateur de la République.

 

CQFD.

 

Il faut donc cesser d'écrire l'histoire à sa façon et, à partir des faits contenus dans des archives incontestables, les minutes des procès dont ceux de Pétain et Laval, les assumer dans toutes leur complexité et (ou) clarté.

 

Les faits sont les faits et ils sont têtus.

Pour rappel lors de la réunion votant les PP , Sénateurs et députés présents (sources Wikipédia) :

 

Sur 649 suffrages exprimés  :

 

80 parlementaires (57 députés et 23 sénateurs) votent « non » ;

 

569 approuvent (357 députés et 212 sénateurs) (soit 87,67 % des suffrages exprimés) ;

 

20 autres parlementaires s'abstiennent (12 députés et 8 sénateurs dont 3 après une demande de rectification de leur vote).

 

Les 649 suffrages exprimés représentent 71,55 % des 907 parlementaires que comptaient les deux Chambres au début de 1940 et les voix « pour » représentent 62,73 %.

Rédigé par Canaille Lerouge

VIDEO, PHOTOS: Le jour où des milliers de nazis ont défilé dans Moscou

17 Juillet 2017
Publié le 16 Juillet, 2017 21:10 GMT
Moscou, il  y a 73 ans, a été témoin de l’opération Grande Valse, il s’agit d’un événement décidé par Staline dans le plus grand secret et qui a encadré  l’une de l’offensive clé de l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. En effet dans un article récent, nous avons montré comment les journaux de la collaboration en France faisaient tout pour minimiser l’importance de l’échec des armées nazies sur le Front de l’Est. Staline par ce défilé dans le centre de Moscou disait clairement aux Allemands qu’ils ne rentreraient dans Moscou que comme des vaincus. Mais il disait également aux alliés ce que Staline pensait, à savoir qu’il fallait compter avec le rapport des forces que l’armée soviétique avait créé en Europe. Notez que c’est la police politique et non l’armée qui organise cet étrange défilé et qu’elle veille à ce qu’il se passe dans le silence et sans le moindre débordement des moscovites. Cet épisode confirme ce que toutes les archives démontrent et y compris les mémoires de Joukov, à savoir le rôle déterminant de Staline dans la conduite de la guerre 

(note de Danielle Bleitrach)


VIDEO, PHOTOS: Le jour où des milliers de nazis ont défilé dans Moscou

Le 17 Juillet 1944, dans le  centre-ville de Moscou a eu lieu l’un des épisodes les plus symboliques et les plus marquants de la Seconde Guerre mondiale ou Grande Guerre patriotique (comme on l’appelle dans les anciennes républiques soviétiques) : les soldats allemands ont défilé à la stupéfaction de beaucoup de moscovites, pas en conquérants, mais comme des vaincus.

 

Le ‘D-Day’ soviétique

 

À la mi-Juin 1944, l’armée soviétique a mené l’une des offensives les plus puissantes de la Seconde Guerre mondiale contre l’ armée nazie, baptisée Opération Bagration. A cette époque, la répartition des forces dans le front de la guerre était assez compliquée pour l’Armée rouge, les nazis avaient des renforts préparés et les troupes qui assuraient la sécurité à l’avant étaient préparées à mener la bataille contre une offensive soviétique. 

Cependant, à la grande surprise de l’ennemi, Staline a décidé d’attaquer le centre de l’armée nazie en Biélorussie, en lançant à l’assaut la force la plus puissante de lutte contre les nazis, qui avaient non seulement un grand nombre de troupes d’élite, mais se trouvaient dans un lieu très privilégié pour leur défense.

 

Le 23 juin, a commencé l’offensive soviétique qui a été très réussie. L’Armée rouge a attaqué dans les villes de Minsk, Babruisk et Vitebsk, en réussissant à libérer ce territoire et à détruire la force nazie la plus opérationnelle, l’armée du Centre, la même qui lors de l’hiver 1941 devait  prendre Moscou. Lors de l’avance soviétique, plus de 150.000 soldats du Troisième Reich ont été fait prisonniers..

 

Opération Grande Valse

 

Le succès de l’opération militaire de l’Armée rouge contre les nazis a témoigné qu’il s’agissait d’un tournant dans le conflit et les dirigeants soviétiques voulaient montrer leur victoire, non seulement au peuple soviétique, mais aussi aux journalistes étrangers vivant à Moscou. Ce défilé massif de prisonniers a convaincu tout le monde, même ceux qui croyait le moins au succès de l’offensive soviétique.

 

 

Cet événement hautement symbolique a été organisé dans le plus grand secret par le NKVD (services secrets soviétiques) et a été nommé Opération Grande Valse.

 

Pour 16 juillet 1944, 19 généraux nazis prisonniers de guerre ont été transférés à Moscou à la tête pour être à la tête du défilé, annoncé à la radio le matin du 17 juillet. Dans le message délivré par le chef de la police de Moscou, il a été rapporté qu’à 11 heures dans le centre de la ville serait amenés en convoi 57.600 soldats et officiers du Troisième Reich et pour cette raison, les rues de la ville seraient fermées.

 

 

rarehistoricalphotos.com

 

Le 17 juillet, le défilé, avec à sa tête des généraux et officiers supérieurs, suivis par le reste des troupes dans les grandes colonnes. La grande majorité de la population a reçu les nazis avec un silence assourdissant, rompu seulement par quelques personnes qui tentaient de jeter des pierres, mais étaient aussitôt arrêtées par les forces de sécurité.

 

Cette marche des vaincus était un événement qui non seulement a montré aux  alliés et à la communauté internationale le grand succès de l’opération Bagration, mais elle était un signal aux nazis que l’équilibre de la guerre n’était pas en leur faveur. Plusieurs des généraux qui ont pris part à cet événement ont fini par être des collaborateurs du Kremlin, d’autres ont été envoyés en prison.

 

 

rarehistoricalphotos.com

 

Prévert

 

Publié le 15 Juillet 2017

Dans l'actualité

du temps d'hier

et

celui d'aujourd'hui

 

Prévert

 

Trois ans avant les grèves menée par la CGT qui imposeront la semaine de 40h et les congés payés (dont profitent toujours ceux qui déploient plus d'activité à combattre le syndicalisme de classe que le patronat).

 

Le Macron de l'époque se nommait Daladier (déjà), spécialiste des attaques anti ouvrières (déjà-bis).

 

Prévert se payait Citroen, un des phares avec Renault et Peugeot du CGPF (MEDEF de l'époque).

 

Trois ans plus tard, la déferlante ouvrière submergeait le patronat qui trouvera sa revanche en 38 avec Daladier,  toujours Macron de l'époque, puis sa vengeance avec Pétain Pucheu dans la collaboration...

 

Mais, mais, mais ... il y aura 44, 68... et toujours (avec à l'époque un PCF sans guillemets encadrant le C) une CGT qui arrachera d'autres avancées dont profitent toujours ..."ceux qui déploient plus d'activité à combattre le syndicalisme de classe que le patronat" (encore, bis).

 

Que Gulliver se réveille s'étire et se lève !

 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

[16-07] La rafle du Vel d’Hiv : le crime administratif

 

17 Juillet 2017

En ce jour anniversaire, voici quelques rappels sur le crime administratif qu’a représenté la Rafle du Vel d’Hiv.
 

Vous pourrez aussi lire ce billet comprenant des témoignages de victimes.oui la rafle du Vel d’hiv est un crime français et un chef de gouvernement étranger  ne devrait pas y être invité, ce qui est dénier la nationalité française aux juifs français.Et plus encore quand  la politique de ce dirigeant est décriée parce qu’il ne respecte pas les directives de l’ONU,  et parce qu’il est universellement considéré comme  un voyou infréquentable. Il devrait être clair que l’extermination des juifs ne doit pas être mêlée à la politique de ce dirigeant, clair pour tous y compris ceux qui soutiennent l’Etat d’Israël. Monsieur Macron une fois de plus montre à quel point il est le simple agent des forces capitalistes et fait fi des peuples, de leur histoire comme de leurs vie.Cet homme est le mépris politicien incarné. Cet article emprunté au site les Crises témoigne du caractère bureaucratique et du rôle de l’administration française. Cette affaire devrait être considérée également en fonction de ceux qui à l’époque résistèrent aux occupants et au gouvernement de Vichy, les communistes en particulier. L’appel à un dirigeant étranger a permis une fois de plus d’occulter cette réalité historique et de lui substituer des racolages communautaristes des racolages destinées uniquement à diviser la société française sur des bases qui conviennent au Capital

 

(note de Danielle Bleirtrach)


 

I. La rafle du Vel d’Hiv

 

La rafle du Vélodrome d’Hiver, souvent appelée « rafle du Vél’d’Hiv » est la plus grande arrestation massive de Juifs réalisée en France pendant la Seconde Guerre mondiale.Effectuées à la demande du Troisième Reich — qui, dans le cadre de sa politique d’extermination des populations juives d’Europe, organise, en juillet 1942, une rafle à grande échelle de Juifs dans plusieurs pays européens, l’« opération Vent printanier » —, ces arrestations ont été menées par 7 000 policiers et gendarmes français, assistés de 300 militants du Parti populaire français de Jacques Doriot, sur ordre du gouvernement de Vichy, après des négociations avec l’occupant menées par René Bousquet, secrétaire général de la Police nationale.À la suite de ces négociations, initiées par Pierre Laval, les Juifs de nationalité française ont été exclus de cette rafle qui concerna donc essentiellement les Juifs, étrangers ou apatrides, réfugiés en France, y compris plus de quatre mille enfants souvent français nés de parents étrangers.Pour cette rafle, plus de 9 000 fonctionnaires français ont été mobilisés. 27 000 fiches de Juifs ont été extraites d’un fichier de la préfecture de police (le fichier “Tulard” ; depuis une ordonnance allemande du 27 septembre 1940 tous les Juifs français et étrangers en zone occupée devaient se faire enregistrer dans les commissariats de police à Paris et les sous-préfectures en province entre le 3 et le 20 octobre 1940 et sur cette base fut constitué un volumineux fichier juif). Elles ont ensuite été distribuées aux équipes policières chargées des arrestations.Les Allemands, qui espéraient donc arrêter plus de 27 000 Juifs, n’en auront finalement « que » 13 152 : 3 118 hommes, 5 919 femmes, et 4 115 enfants, arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 à Paris et en banlieue. En effet, certains policiers ont averti des familles la veille de la rafle.Les adultes sans enfants sont rapidement envoyés vers Drancy. Les familles sont parquées pendant 3 à 5 jours dans des conditions d’hygiène dramatiques (manque d’eau, de nourriture, de sanitaires, de matelas, bruits continuels) avant d’être déportées vers les camps de Drancy, Pithiviers et Beaune-la-Rolande.Leurs noms figurent dans les 38 convois à destination d’Auschwitz qui quittent la France entre le 17 juillet et le 11 novembre 1942.

 

Page Wikipedia de la Rafle

« La hiérarchie collaborait, mais la base tiquait » [Rapport du commissaire Gicquel]

 

II. Bilan des déportations durant la guerre

 

Au total, durant la guerre, 76 000 Juifs sur 330 000 ont été déportés de France. Parmi ces personnes, 11 500 enfants dont un peu moins de cent reviendront des camps. Environ 8 000 d’entre eux sont étrangers ou nés de parents étrangers. 6 000 enfants, soit plus de la moitié, ont été arrêtés par des policiers ou des gendarmes français avant d’être livrés aux nazis. Ainsi, 75% des Juifs de France ont survécu aux persécutions ; en comparaison, c’est le cas de 60% des Juifs de Belgique et de moins de 25% des Juifs de Hollande.35 à 38 % des 135 000 Juifs étrangers (y compris les enfants nés de parents étrangers) ne sont pas revenus des camps contre 8 % des 195 000 Juifs français.La très grande majorité des victimes françaises ont été déportées après l’été 1943, date de l’arrivée à Paris d’Aloïs Brunner, un adjoint d’Adolf Eichmann très engagé dans la mise en œuvre de la Solution finale qui ne va avoir de cesse de brusquer les autorités et d’intensifier la déportation des Juifs de France, de tous les Juifs.

 

III. Polémique sur les chiffres

 

Ces chiffres font l’objet de polémiques quant au traitement par Vichy des Juifs français, en particulier entre les historiens Robert Paxton et Alain Michel, ce dernier (fiche wikipedia) ayant déclaré :

 

“Depuis le début des années 1980, il est très difficile d’exprimer des idées sur le plan historique qui vont à contre-sens de la pensée de Paxton. Certains chercheurs ont arrêté de travailler sur le sujet, car le poids de cette doxa les empêchait de travailler librement. C’est un problème sur le plan de la recherche historique. On peut être en désaccord sur ce que j’écris dans mon livre – considérer que la vérité est plus du côté de Paxton ou Klarsfeld – mais le débat historique doit être libre. Il ne l’est pas aujourd’hui en France. […]

Je déteste les dirigeants de Vichy et n’ait aucune sympathie pour ces gens-là, mais je suis historien et nous ne faisons pas un travail d’avocat à charge. Nous devons déterminer le cours des événements et ce qu’a été la vérité historique. […] 

contrairement à ce qu’affirme Serge Klarsfeld, je ne pense pas que l’on puisse attribuer ces chiffres à la seule action des “Justes parmi les nations”, mais principalement à la politique appliquée par le gouvernement de Vichy, qui a freiné l’application de la solution finale en France. […] 

 

Cette politique – approuvée par Pétain – a été essentiellement menée par Pierre Laval, secondé par René Bousquet. Pétain était quelqu’un qui avait un vrai fond d’antisémitisme, qui n’existait pas, à mon sens, chez Laval et Bousquet. […]

Le statut des juifs était antisémite, mais n’avait aucune volonté d’extermination. Il y avait en revanche une forte xénophobie vis-à-vis des juifs étrangers, et en répondant aux demandes allemandes pour livrer ces gens-là, Vichy s’est rendu complice de leur extermination. […]

Le gouvernement de Vichy avait bien sûr beaucoup de torts, était antisémite, mais je pense qu’il faut rééquilibrer la question et cesser de faire un récit en noir et blanc, qui diabolise Vichy et innocente les Français. […]

Je pense que ce qui caractérise cette période, c’est avant tout l’indifférence totale des Français. Les gens n’avaient rien à faire du sort des juifs, cela ne les dérangeait pas trop, parce qu’il existait une ambiance antisémite en France et en Europe depuis les années 1930 environ.”

(Source)

 

Lire aussi cet article de synthèse d’Herodote.P.S. les historiens en débattant encore, on n’ouvrira pas ce débat en commentaires svp…

 

III. La préparation de la rafle

 

Instruction des Allemands du 4 juillet 1942 :

 

 

Voici la circulaire n°173-42 du 13 juillet 1942 préparant la rafle :

 

Les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombres de Juifs étrangers. 

 

I – PRINCIPES

 

1 – A qui s’applique cette mesure ?

 

a ) Catégories : La mesure dont il s’agit, ne concerne que les Juifs des nationalités suivantes :

 

  • Allemands
  • Autrichiens
  • Polonais
  • Tchécoslovaques
  • Russes ( réfugiés ou soviétiques, c’est à dire “blancs” ou “rouges”)
  • Apatrides, c’est-à-dire de nationalité indéterminée.

b) Age et sexe : Elle concerne tous les Juifs des nationalités ci-dessus, quel que soit leur sexe, pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans ( les femmes de 16 à 55 ans).Les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents.


Dérogations : Ne tombent pas sous le coup de la mesure :

 

  • les femmes enceintes dont l’accouchement serait proche
  • les femmes nourrissant au sein leur bébé
  • les femmes ayant un enfant de moins de 2 ans, c’est-à-dire né après le 1er Juillet 1940
  • les femmes de prisonniers de guerre
  • les veuves ou veufs ayant été mariés à un non-juif
  • les juifs ou juives mariés à des non juifs, et faisant la preuve, d’une part de leurs liens légitimes, et d’autre part, de la qualité de non-juif de leur conjoint.
  • les juifs et juives porteurs de la carte de légitimation de l’Union Générale des Israélites de France, carte qui est de couleur bulle ou jaune clair.
  • les juifs ou juives dont l’époux légitime est d’une nationalité non visée au paragraphe
  • a) les parents dont l’un au moins des enfants n’est pas juif.

 

Dans le cas où un membre de la famille bénéficie de la dérogation, les enfants ne sont pas emmenés, à moins qu’ils ne soient juifs et âgés de 16 ans et plus Exécution :Chaque israélite (homme et femme) à arrêter fait l’objet d’une fiche. Ces fiches sont classées par arrondissement et par ordre alphabétique. Vous constituerez des équipes d’arrestation. Chaque équipe sera composée d’un gardien en tenue et d’un gardien en civil ou d’un inspecteur des Renseignements Généraux ou de la Police Judiciaire. Chaque équipe devra recevoir plusieurs fiches. A cet effet, l’ensemble des fiches d’un arrondissements ou d’une circonscription sera remis par ma Direction ce jour à 21 heures. Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l’arrestation, le bien-fondé ou le mal-fondé de celle-ci n’a pas à être discuté. C’est vous qui serez responsables des arrestations et examinerez les cas litigieux qui devront être signalés. Vous instituerez, dans chacun de vos arrondissements ou circonscription, un ou plusieurs ”centres primaires de rassemblement”, que ferez garder. C’est dans ce ou ces centres que seront examinés par vous les cas douteux. Si vous ne pouvez trancher la question, les intéressés subiront momentanément le sort des autres. Des autobus dont le nombre est indiqué plus lion, seront mis à votre disposition. Lorsque vous aurez un contingent suffisant pour remplir un autobus, vous dirigerez :

 

  1. sur le Camp de Drancy les individus ou familles n’ayant pas d’enfant de moins

  2. sur le Vélodrome d’Hiver : les autres. 

En ce qui concerne le camp de Drancy, le contingent prévu doit être de 6 000. En conséquence, chaque fois que vous ferez un départ pour Drancy, vous ferez connaître le nombre de personnes transportées dans ce camp à l’État-Major qui vous préviendra lorsque le maximum sera atteint. Vous dirigerez alors les autobus sur le Vélodrome d’Hiver. Vous affecterez à chaque autobus une escorte suffisante. Les glaces de la voiture devront demeurer fermées et la plate-forme sera réservée au bagages. Vous rappellerez aux équipes spéciales d’arrestation, en leur donnant lecture, les instructions contenues dans les consignes que vous remettrez à chacune d’elle avant de procéder aux opérations. 

Vous leur indiquerez également, d’une façon nette, les renseignements qu’ils devront, après chaque arrestation, porter au verso de la fiche afférente à la personne arrêtée. Vous ne transmettrez que le 18 au matin :

  1. Les fiches des personnes dont l’arrestation aura été opérée

  2. Les fiches des personnes disparues.

  3. Les fiches des personnes ayant changé d’adresse, et dont la nouvelle résidence est connue à moins que cette dernière ne se trouve dans votre arrondissement.

Enfin, vous conserverez pour être exécutées ultérieurement les fiches des personnes momentanément absentes lors de la première tentative d’arrestation.Pour que ma Direction soit informée de la marche des opérations, vous tiendrez au fur et à mesure, à votre Bureau, une comptabilité conforme au classement ci-dessus.Des appels généraux vous seront fréquemment adressés pour la communication de ces renseignements.Parmi les personnes arrêtées, vous distinguerez le nombre de celles conduites à Drancy de celles conduites au Vélodrome d’Hiver.Pour faciliter le contrôle, vous ferez porter au dos de la fiche, par un de vos secrétaires, la mention « Drancy   ou Vélodrome d’Hiver », selon le cas.

 

II. Effectifs et matériel

 

A. Dispositions générales

 

Les permissions seront suspendues du 15 courant à 18 heures au 17 courant à 23 heures et tous les cours supprimés jusqu’à la reprise des permissions.Le service de garde des Établissements allemands ne sera pas assuré, sauf celui des parcs de stationnement et des garages installés dans les passages souterrains, du 15 courant à 21 heures 30 au 17 courant à 21 heures 30, sauf quelques rares exceptions dont vous serez seuls juges.En conséquence, les renforts fournis habituellement pour ce service spécial ne vous seront pas envoyés.De cette situation, il résulte que chaque arrondissement peut sans difficulté affecter à la constitution des « équipes spéciales » 10 gardiens par brigade de roulement et la brigade D au complet, sans que le service normal de l’arrondissement en soit affecté, assuré qu’il sera par le reste de la brigade de roulement (dont l’effectif, du fait de la suppression des permissions, correspond au moins à son effectif habituel).Les gardiens désignés pour constituer les équipes spéciales seront exemptés de leur service normal d’arrondissement à partir du 15 courant à 16 h. ils assureront à nouveau leur service habituel à partir du 17 courant à 23 heures.Ceux qui prendront la surveillance des établissements allemands le 17 courant à 21 h.30 devront être libérés de tout service dans l’après-midi du même jour.

 

B. Équipes spéciales d’arrestation

 

I. Renforts les 16 et 17 juillet

 

Les services détachant les effectifs ci-dessous indiqués devront prévoir l’encadrement normal, les chiffres donnés n’indiquant que le nombre des gardiens. Les gradés n’interviendront pas dans les arrestations, mais seront employés selon vos instructions au contrôle et à la surveillance nécessaire.

 

 

2 – Horaire de travail des équipes spéciales. Les inspecteurs et gardiens constituant les équipes spéciales d’arrestation prendront leur service au Central d’Arrondissement désigné, le 16 courant à 4 heures du matin. Ils effectueront leur service : 

 

1°- le 16 : de 4 heures à 9 heures 30, et de 12 heures à 15 heures 30

 

2°- le 17 : de 4 heures à 13 heures. 

 

C – Garde des centres primaires de rassemblement et accompagnement des autobus 

 

1 – Renforts des 16 et 17 Juillet :Pour leur permettre d’assurer la garde de leurs centres primaires de rassemblement et l’accompagnement des détenus dans les autobus, les arrondissements les plus chargés recevront, en outre, les 16 et 17 Juillet les renforts suivants :

 

2 – Horaire : Les renforts destinés à la garde des centres primaires de rassemblement et à l’accompagnement des autobus prendront leur service au Central d’Arrondissement désigne le 16 courant à 5 heures du matin. Ils assureront leur service les 16 et 17 Juillet : 

 

Équipe n° 1 de 5 heures à 12 heures

 

Équipe n° 2 de 12 heures à fin de service
En ce qui concerne les effectifs de la Garde de Paris, la relève aura lieu au gré du commandement.
 
D – Circonscriptions de Banlieue.
 
Toutes les circonscriptions de banlieue, sauf celles des Lilas, de Montreuil, Saint-Ouen et Vincennes, constitueront leurs équipes spéciales d’arrestation, assureront la garde de leurs centres primaires de rassemblement et d’accompagnement, à l’aide de leurs propres effectifs.
En ce qui concerne le matériel, celui-ci vous sera envoyé après communications des chiffres aux appels généraux, de manière à organiser des itinéraires de transférement.
Suivant l’horaire et les dates fixées pour Paris, chapitre B, paragraphe 2, les renforts suivants seront fournis :
 
      • SAINT-OUEN : 20 gardiens en tenue et 12 gardiens en civil fournis par le 2ème Division sur ses effectifs de banlieue.

      • LES LILAS : 20 gendarmes et 14 gardiens en civil de l’Ecole Pratique

      • MONTREUIL : 25 gendarmes et 18 gardiens en civil de l’Ecole Pratique

      • VINCENNES : 15 gendarmes et 9 gardiens en civil de l’Ecole Pratique.

Dans les Circonscriptions des Lilas, Montreuil et Vincennes, les Commissaires commenceront les opération dès 4 heures du matin avec leurs propres effectifs et les gendarmes, et recevront les gardiens en civil de l’École Pratique par le premier métro : c’est à dire aux environs de 6 heures 15.
 
E – Matériel :
 
La Compagnie du Métropolitain, réseau de surface, enverra directement les 16 et 17 Juillet à 5 heures aux Centraux d’Arrondissement où ils resteront à votre disposition jusqu’à fin de service :
 

 

A la préfecture de Police (Caserne de la Cité) : 6 autobus.Lorsque vous n’aurez plus besoin des autobus, vous en aviserez d’urgence l’État Major P.M.; et, de toute façon vous ne les renverrez qu’avec son accord.  En outre la Direction des Services Techniques tiendra à la disposition de l’État-Major de ma Direction, au garage, à partir du 16 juillet à 8 heures : 10 grands cars. Les Arrondissements conserveront jusqu’à nouvel ordre les voiturettes mises à leur disposition pour le service spécial du 14 juillet, contrairement aux instructions de ma Circulaire n° 170-42 du 13 juillet.De plus, de 6 heures à 18 heures, les 16 et 17 juillet, un motocycliste sera mis, à la disposition de chacun des : 9ème, 10ème, 1-ème, 18ème, 19ème et 20ème Arrdts. 

 

F – Garde du Vélodrome d’Hiver 

 

La garde du Vélodrome d’Hiver sera assurée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur par la Gendarmerie d . la Région Parisienne et sous sa responsabilité.
 

G – Tableau récapitulatif des fiches d’arrestations :

 

 
Le Directeur de la Police Municipale               HENNEQUIN(Source de la transcription : Maitre Eolas)

IV. Les archives policières

En 2012, une exposition exceptionnelle a été organisée avec des documents d’archives de la police présentes pour la première fois au public :
La plupart des pièces présentées ici sont exceptionnelles par leur rareté. En fait, elles ne devraient plus exister. Au tournant de l’année 1947, le ministre de l’Intérieur ordonnait aux préfectures de détruire les archives marquant une discrimination à l’égard des Juifs constituées sous Vichy et l’occupation, exception faite de celles permettant d’établir des droits en faveur des familles de déportés ou de servir la justice.
 
C’est ainsi que dans le ressort de la préfecture de police de Paris, la plupart des archives de la persécution furent pilonnées. Plus rien ne devait rester dans les commissariats de quartier, y compris, précisait une circulaire, « les registres de recensement des israélites »…

Pour une raison que l’on ignore, les « archives raciales » du commissariat de police des quartiers des Enfants-Rouges et des Arts-et-Métiers, situé rue de Bretagne (Paris-3e), ont, en partie, échappé à la destruction – à commencer par le fameux « registre de recensement ».
Certains documents sont plus particulièrement accablants. Ainsi, cette copie d’une lettre du commissaire de police des Enfants-Rouges et des Arts-et-Métiers adressée, le 6 mars 1941, au service administratif des Affaires juives (dit le « service spécial », basé à la Caserne de la Cité) : le policier fait savoir qu’il se démène pour débusquer les entreprises juives en appartement, qui abondent dans sa circonscription, mais ce travail, dont il s’est chargé en personne « par goût de la nouveauté », lui pose bien des difficultés…

En voici quelques-uns :


Et l’affreux :
 
Voici le document relatant l’exposition, qui en contient d’autres :
Bien sûr, le Vel d’Hiv ne fut qu’un début. Voici une circulaire d’octobre 1942 organisant l’arrestation de Juifs dans les Deux-Sèvres
(Source) :

Nous terminons en vous recommandant ce document : “Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi”

=======================================
La rafle du Vel d’Hiv :

“Le Vel d’Hiv est évacué. Il restait 50 Juifs malades et des objets perdus, le tout a été transféré à Drancy.” [Note de police du 22 juillet 1942]
Nous vous recommandons ce billet comprenant des témoignages de victimes.

Retour sur la manifestation du 14 juillet 1953.

 

15 Juillet 1953
 

14 juillet 1953 à Paris : un massacre oublié ! Ce jour là, la police tire à balles réelles sur le cortège du Parti communiste auquel participent des militants anticolonialistes algériens : 7 manifestants sont tués !

 

Aucun texte alternatif disponible.

 

https://archives.seine-saint-denis.fr/Un-massacre-oublie.ht…

 

Affiche à la mémoire des sept victimes du 14 juillet 1953. Paris (75), place des Fêtes, 19 juillet 1953. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 35).

Les défilés républicains du parti communiste, de la CGT et des organisations progressistes : vue générale du défilé à Paris le 1<sup class="typo_exposants">er</sup> Mai 1937. Auteur non identifié. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/28 367). {JPEG}

 

Les défilés républicains du parti communiste, de la CGT et des organisations progressistes : vue générale du défilé à Paris le 1er Mai 1937. Auteur non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/28 367).

 

Le 14 juillet 1953, comme chaque année depuis 1936, le Parti communiste français (PCF), la Confédération générale du travail (CGT) et de nombreuses organisations progressistes organisent à Paris un défilé qui se veut une célébration des valeurs de la République. Cette tradition rappelle celle des manifestations du 1er Mai.

 

Ce 14 juillet, le cortège défile de la place de la Bastille à la Nation. Rendez-vous est donné dès 14 heures aux militants afin de se constituer en cortèges dont l’ordre a été décidé au préalable. Comme chaque année depuis le début des années 1950 les messalistes, militants indépendantistes du mouvement pour les libertés démocratiques en Algérie (MTLD) dirigé par Messali Hadj, prennent part au défilé malgré leurs divergences – le PCF n’est, à l’époque, pas favorable à l’indépendance de l’Algérie. Ils sont encadrés par leur propre service d’ordre que l’on reconnaît à son brassard vert.

 

Cette année le contexte est particulièrement tendu : les manifestations du 1er Mai ont été marquées par des violences policières ; celles de mai 1952 contre la venue en France du général américain Ridgway accusé d’utiliser des armes bactériologiques en Corée se sont soldées notamment par la mort de l’ouvrier communiste Hocine Bélaïd.

 

Le cortège du MTLD le 14 juillet 1953. Paris (75), 14 juillet 1953. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 15). {JPEG}

 

Le cortège du MTLD le 14 juillet 1953. Paris (75), 14 juillet 1953. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 15).

 

À 15 heures, le cortège s’ébranle en direction de la place de la Nation avec à sa tête une banderole proclamant l’« Union pour la défense des libertés républicaines ». L’on entonne une première Marseillaise, l’on exige la libération des militants communistes emprisonnés. Quoi que la presse ne s’en fasse pas l’écho par la suite, l’on scande aussi du côté des messalistes des slogans favorables à une Algérie indépendante.

 

Du côté de la rue Jacques-Cœur surgissent quelques parachutistes, de retour d’Indochine, qui provoquent et agressent les manifestants. Sporadiquement, ces « bérets rouges » qui le matin même défilaient sur les Champs-Élysées agressent les manifestants. Exfiltrés par les policiers, ils ne sont pas arrêtés.

 

Vers 15 heures 30, une première averse estivale, violente et soudaine, sème un peu le trouble mais le cortège parvient tout de même aux alentours de 16 heures en bon ordre à la Nation où la manifestation doit se disloquer. Depuis la tribune où il prend place, le comité d’organisation salue les différents cortèges.

 

Tandis qu’une seconde averse, encore plus drue, s’abat sur la place de la Nation, la journée vire au cauchemar. Après son passage devant la tribune officielle, le cortège des messalistes se presse en direction de l’avenue du Trône où un camion attend les militants pour recueillir les drapeaux algériens et les portraits de Messali Hadj qu’ils portaient fièrement durant le défilé. Des rues adjacentes, des policiers fondent sur eux. Ces derniers s’acharnent à piétiner les portraits du leader indépendantiste. Éclate alors une première bagarre sous la pluie torrentielle. Surprises par la réaction belliqueuse des messalistes qui refluent malgré tout vers la place, les forces de l’ordre suppléées de gardes mobiles retournent à la charge tandis que la tribune est évacuée.

 

Un blessé des affrontements du 14 juillet à Paris, le 14 juillet 1953. Auteur non identifié. Publié (recadré) le 15 juillet 1953 en Une de l’Humanité. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/92 18). {JPEG}

 

Un blessé des affrontements du 14 juillet à Paris, le 14 juillet 1953. Auteur non identifié. Publié (recadré) le 15 juillet 1953 en Une de l’Humanité. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/92 18).

 

Soudain, sans sommation, des coups de feu claquent. « L’horloge monumentale, brisée à l’entrée du carrefour, est arrêtée à 17h20, heure où le premier coup de feu fut tiré », selon France Soir le 16 juillet. Dans la panique générale qui s’en suit, sous une pluie battante, les premiers blessés sont évacués vers les cafés où se réfugient aussi les manifestants effarés qui, comme les clients des cafés, se font frapper par la police. On appelle les ambulances pour transporter les blessés tandis que des médecins donnent les premiers soins. Avenue du Trône, un premier car de police est renversé et enflammé. Deux autres seront brûlés et une vingtaine endommagés. Bien que la traque des manifestants se poursuive jusque dans les cours d’immeubles et sur les quais du métro où les manifestants Algériens – ou qualifiés comme tel – cherchent refuge, un calme relatif revient à peine trente minutes après les premières échauffourées qui furent d’une violence inouïe.

 

Sept manifestants sont tombés sous les balles de la police, six Algériens et un Français : Amar Tabjadi, 26 ans, décédé à l’hôpital Saint-Louis ; Abdallah Bacha, 25 ans, décédé à l’Hôtel-Dieu des suites d’une balle reçue dans la gorge ; Larbi Daoui, 27 ans, tué d’une balle dans le cœur ; Abdelkader Dranis, 31 ans, décédé à l’hôpital Saint-Louis ; Mohammed Isidore Illoul, 20 ans, décédé à l’hôpital Saint-Louis ; Medjen Tahar, blessé par deux balles, décédé à l’hôpital Tenon et enfin Maurice Lurot, 40 ans, mort à l’hôpital Saint-Louis d’une balle dans le cœur.

 

D’après le bilan officiel de la Préfecture de police, une soixantaine de policiers furent blessés à divers degrés. Le journal Combat indique le chiffre de quatre-vingt policiers blessés ; du côté des manifestants, outre les sept morts, le même journal recense quarante-quatre blessés. Mais le décompte officiel de la Préfecture – quarante blessés par balles et sept morts – est certainement à réévaluer : de nombreux blessés, de peur d’être incarcérés, ne se rendent pas dans les hôpitaux et certains médecins ne les signalent pas.

 

Les corps des victimes du 14 juillet 1953 exposés à la Maison des Métallos. Paris (75), 22 juillet 1953. Auteur non identifié. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 21). {JPEG}

 

Les corps des victimes du 14 juillet 1953 exposés à la Maison des Métallos. Paris (75), 22 juillet 1953. Auteur non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/759 21).

 

Dans les jours qui suivent, l’émotion est intense ; la presse s’indigne, comme par exemple l’Humanité, ou au contraire voue aux gémonies les Algériens agresseurs des forces de l’ordre : le Figaro du 15 juillet dénonce les communistes et les Algériens respectivement responsables et initiateurs des affrontements. Le PCF, tout en taisant les revendications indépendantistes des messalistes, invite à un meeting le 21 juillet au Cirque d’Hiver qui remporte un franc succès.

 

Le même jour, les corps des victimes algériennes sont transportés à la mosquée de Paris pour une cérémonie religieuse tandis que rue Duhesme, au local de la section du PCF à laquelle appartenait Maurice Lurot, une chapelle ardente est dressée en hommage aux sept victimes de la répression policière. Le lendemain, leurs corps sont exposés à la Maison des Métallos avant l’enterrement de Maurice Lurot au cimetière du Père-Lachaise et le transfèrement des corps des Algériens vers l’Algérie.

 

Mais les brimades ne sont pas encore terminées : les corps de Larbi Daoui et Mohammed Isidore Illoul ne peuvent être rapatriés en Algérie pour des raisons administratives. Ils seront enterrés dans le carré musulman du cimetière de Bobigny. Quant à Amar Tabjadi, si sa dépouille est bien parvenue en Algérie, l’Humanité du 26 juillet rapporte que son corps a été subtilisé à sa famille par des militaires français et enterré « à l’esbroufe ». Tahar Madjeb sera inhumé à Guergour, Abdallah Bacha à Bahalil et Abdelkader Dranis à Nedrouma.

 

Rassemblement du 1<sup class="typo_exposants">er</sup> mai 1954. S.l., 1<sup class="typo_exposants">er</sup> mai 1954. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés - Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/15 59). {JPEG}

 

Rassemblement du 1er mai 1954. S.l., 1er mai 1954. Correspondant l’Humanité non identifié. Droits réservés – Mémoires d’Humanité/Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (83Fi/15 59).

 

Malgré quelques commémorations, le massacre du 14 juillet 1953 sera vite occulté dans les années qui suivent par ceux d’octobre 1961 et de février 1962.

 

Le 21 septembre 1995, le fils de Maurice Lurot écrivait dans le courrier des lecteurs de l’Humanité-Dimanche : « chaque année, alors que chacun danse, c’est les larmes aux yeux que je cherche un mot qui réchauffe dans l’HD [l’Humanité-Dimanche]. Chaque année, mon père est de nouveau assassiné par les camarades, par leur oubli ».

 

Maxime Courban
 
Juillet 2013

Bibliographie sélective

  • Emmanuel BLANCHARD, La Police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, Nouveau Monde éditions, 447 p.
  • Emmanuel BLANCHARD, « Police judiciaire et pratiques d’exception pendant la guerre d’Algérie », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 2006/2 no 90, p. 61-72. Disponible sur : http://www.cairn.info/revue-vingtie….
  • Emmanuel BLANCHARD, « La dissolution des Brigades nord-africaines de la Préfecture de police : la fin d’une police d’exception pour les Algériens de Paris (1944-1958) ? », Bulletin de l’IHTP, 1er semestre 2004, p. 70-82.
  • Emmanuel BLANCHARD, « La Goutte d’Or, 30 juillet 1955 : une émeute au cœur de la métropole coloniale », Actes de la recherche en sciences sociales, 2012/5 n° 195, p. 98-111. Disponible sur : http://www.cairn.info/revue-actes-d…
  • Jacques JURQUET, Algérie, 1945-1954. Des élections à la lutte armée, Éditions du Centenaire, 1984, 443 p.
  • Maurice RAJSFUS, 1953, un 14 juillet sanglant, Agnès Viénot éditions, 2003, 237 p. (coll. Moisson rouge).
  • Danielle TARTAKOWSKI, Les Manifestations de rues en France, 1918-1968, Publications de la Sorbonne, 1997, 869 p.

Il y a cent ans, la révolution russe | Ces jours qui ébranlèrent le monde

 

15 Juillet 2017

Discours de Lénine du 20 mars 1920 sur la place du théâtre du Bolchoï à Moscou. Discours de Lénine du 20 mars 1920 sur la place du théâtre du Bolchoï à Moscou.
 
13 Juillet 2017
 
David PestieauHerwig Lerouge
 
En 1917, il y a cent ans, deux révolutions se succèdent en Russie : une en février, l’autre en octobre. La première mène à l’abdication du tsar, monarque absolu, à la séparation de l’Église et de l’État et au suffrage universel. La deuxième, portée par le peuple au son du slogan « du pain, la paix et la terre », conduit à la prise de pouvoir par les communistes (qu’on appelle les bolcheviks). Elle est portée par la volonté de renverser l’ordre établi, capitaliste – et en Russie encore largement féodal, incapable de sortir la population de la misère et de la guerre –, et par le but de construire une autre société. C’est le début d’une première tentative dans le monde de construire le socialisme, faite de réalisations mais aussi de sérieuses erreurs, qui va marquer l’histoire du 20e siècle. Dans quel contexte a pris place cette révolution ? Est-elle un phénomène russe ou international ? Comment s’est-elle déroulée ? Quelle a été son influence chez nous et dans le reste du monde ? Survol de ce processus qui fit trembler le monde sur ses fondations.

Des troupes britaniques près de Ypres.

 

Une guerre mondiale meurtrière mène à une vague internationale de révoltes

 

Pour comprendre la révolution d’Octobre 1917, il est indispensable de se pencher sur le contexte international de l’époque, celui de la Première Guerre mondiale déclenchée en 1914, sur la crise profonde qu’elle provoque dans toute l’Europe et sur la succession de révoltes et de révolutions sur tout le continent qui vont mener à la fin de la guerre.

 

En août 1914, la guerre commence comme un gigantesque affrontement entre deux blocs : d’un côté, le bloc de l’Empire britannique, de la France et du tsarisme russe ; de l’autre, le bloc de l’Allemagne du Kaiser, de l’empire austro-hongrois et de l’empire ottoman (turc).

 

Avant 1914, pour les socialistes de l’époque, réunis dans la Deuxième Internationale, la guerre mondiale qui se préparait était une guerre voulue entre grandes puissances rivales pour le contrôle des marchés sur les continents. Tous refusaient la guerre et affirmaient qu’ils ne voteraient jamais les crédits pour la mener. 

 

Certains se limitaient à dire qu’il ne fallait pas y participer, qu’il fallait défendre la paix. C’était le cas des socialistes allemands, belges, français, britanniques et une partie des socialistes russes, appelés mencheviks. 

 

Une autre partie des socialistes russes, appelés bolcheviks, sous la direction de Lénine, allaient plus loin. Selon eux, la seule façon de mettre fin à la guerre mondiale était de préparer le renversement du système capitaliste, responsable des guerres. Si la guerre éclatait, il fallait, d’après eux, appeler les soldats et les travailleurs à tourner les armes contre leur propre gouvernement et non pas contre les travailleurs des autres pays, dits « pays ennemis ».

 

Mais, quand la guerre éclata en 1914, l’immense majorité des dirigeants socialistes votèrent quand même les crédits de guerre et appelèrent les travailleurs à s’engager aux côtés de leurs gouvernements contre les travailleurs des pays ennemis. Seul le parti de Lénine – le parti bolchevik – et des courants minoritaires dans les autres partis s’opposèrent à la guerre.

 

Trois ans plus tard, les pronostics d’une fin rapide de cette guerre sont démentis. Après des dizaines de millions de morts et de blessés dans la boucherie des tranchées, la volonté des peuples des pays belligérants est de mettre fin au carnage et à la famine provoqués par la guerre. Mais cette volonté se heurte au refus ou à l’incapacité des dirigeants politiques de l’époque. Pire, la guerre s’enlise et l’absence de percées amène les généraux à redoubler de violence, de barbarie et de brutalité pour espérer une victoire.

 

Dans les troupes françaises, les 200 000 morts de l’offensive du chemin des Dames au printemps 1917, les conditions de vie effroyables dans le froid et la boue, … provoquent des mutineries tout le long du front.

 

De nombreux soldats se mutilent pour pouvoir quitter le front. Certains refusent de participer à de nouvelles attaques. Le slogan le plus répandu devient « À bas la guerre ». Les privations en tout genre et la faim poussent également la population civile au soulèvement.

 

Des mouvements similaires se développent parmi d’autres armées européennes, y compris à l’intérieur de l’armée allemande où un adage est très populaire : « Nous ne combattons pas pour la patrie, nous ne combattons pas pour Dieu. Nous combattons pour les riches. Les pauvres, on les abat. » Partout, ceux d’en bas n’en peuvent plus et ceux d’en haut commencent à ne plus savoir comment en sortir.

 

Une vague révolutionnaire internationale

 

Ce déchaînement de violence conduit à la mise en cause de l’union sacrée entre l’establishment et des larges couches de population des pays en conflit.
 
En 1917, face au refus ou à l’incapacité des partis au pouvoir à arrêter ces massacres, un mouvement révolutionnaire se déclenche parmi les soldats au front, dans les syndicats ouvriers et les partis de gauche dans plusieurs pays. Et c’est cette vague révolutionnaire qui va mettre fin à la guerre.
 
La vague commence en Grande-Bretagne, avec la grève sauvage des ouvriers de la Clyde (près de Glasgow) puis de Liverpool.
 
En Italie surgissent de nombreux mouvements sociaux et politiques ; en Russie, il y a une grève générale des ouvriers de Petrograd en 1916 (prélude aux révolutions de 1917) ; la contagion des grèves d’avril 1917 en Allemagne ; la grève ouvrière de mai 1917 en France.
 
Le 30 octobre 1918, à Kiel, en Allemagne, après une mutinerie de la flotte de guerre, l’agitation se répand comme une traînée de poudre. Le 8 novembre, des conseils ouvriers apparaissent dans toutes les grandes villes du pays. Le 9 novembre, c’est la révolution à Berlin et l’abdication du Kaiser Guillaume. Le social-démocrate Friedrich Ebert forme le nouveau gouvernement mais il se met en rapport avec l’état-major afin de lutter contre le « bolchévisme ». La décision est prise de signer l’armistice du 11 novembre 1918 pour désamorcer le mouvement révolutionnaire. Entre-temps, un comité d’action révolutionnaire a été mis sur pied dans le but de créer une République soviétique en Allemagne. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg dirigent l’insurrection. Le gouvernement social-démocrate engage alors des « Corps francs », milice paramilitaire contre-révolutionnaire, pour écraser dans l’œuf la révolution, tuant des centaines de gens, dont Luxemburg et Liebknecht.
 
En 1919 et 1920, l’Italie est secouée par une véritable crise révolutionnaire. L’agitation sociale touche particulièrement les campagnes. Dans de nombreuses entreprises naissent des conseils d’usine, à l’image des soviets. Ce mouvement n’aboutit pas mais, prise de peur, la grande bourgeoisie décide de financer les fascistes, ouvrant ainsi la voie à la prise du pouvoir par Mussolini deux ans plus tard.
 
Dans l’empire austro-hongrois, c’est aussi un grand mouvement de grève qui mène à l’abdication de l’empereur Charles 1er. Par la suite, la Hongrie connaît, du 21 mars au 6 août 1919, une république soviétique, dirigée par le communiste Béla Kun. Mais celle-ci est écrasée dans le sang par les forces réactionnaires. C’est dans un contexte de révoltes et de révolutions sur tout le continent que se déroule la révolution d’Octobre en Russie.

Les troupes allemandes passent par Blankenberge pour rejoindre le front de l’Yser.

 

Février 1917 | La révolution de février renverse le tsarisme

 

En Russie, le tsarisme est un pouvoir féodal, médiéval, absolu, régnant  sur une population essentiellement paysanne et analphabète. Début 1917, le carnage de la guerre s’ajoute à la misère sociale la plus effroyable.

 

Au début du siècle, les paysans russes vivent dans des conditions similaires aux paysans belges ou français du 14e siècle. Sous le tsarisme, monarchie absolue représentée par Nicolas II, la classe dominante est la noblesse terrienne : 30 000 propriétaires terriens possèdent autant de terres que 10 millions de familles paysannes. Plusieurs centaines de révoltes paysannes éclatent déjà au début du 20e siècle. La police et l’armée du tsar écrasent ces luttes sans pitié, et la classe ouvrière est exploitée de façon féroce.
 
Mais la situation sociale en Russie empire encore avec la guerre. 2,5 millions de Russes y laissent la vie. A partir de 1916, des mutineries éclatent, et le nombre de déserteurs atteint 1 million. À l’arrière du front, les grèves éclatent.
 
En février 1917, à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg, capitale de la Russie à l’époque), un mouvement part de l’usine d’armement Poutilov (la plus grande entreprise de la ville), en rupture d’approvisionnement et contrainte de fermer. Des milliers d’ouvriers sont au chômage technique et se retrouvent dans les rues. Le 23 février (le 8 mars selon notre calendrier), plusieurs cortèges de femmes manifestent pour réclamer du pain, exaspérées de faire la queue devant les boulangeries1. Les exigences économiques – « Du pain, du travail ! » – sont le déclencheur d’un mouvement revendicatif qui, au départ, n’a rien de révolutionnaire. Mais le lendemain, le mouvement de protestation s’étend. Les manifestants s’arment en pillant les postes de police. Le 25 février 1917, la grève est générale. Les slogans sont de plus en plus repris et de plus en plus radicaux : « À bas la guerre ! », « À bas l’autocratie ! ». Les confrontations avec les forces de l’ordre provoquent des morts et des blessés des deux côtés. Le 26 février, la foule envahit la ville. Vers midi, les junkers (élèves officiers) tirent, faisant 150 morts. Le tsar proclame l’état de siège mais, dans la nuit du 26 au 27 février, des régiments d’élite, traumatisés d’avoir tiré sur leurs « frères ouvriers », se révoltent. Le 3 mars 1917, l’Ancien Régime russe s’écroule comme un château de cartes. C’est la fin du tsarisme.
 
1 Lénine, en hommage à cette manifestation, proclame, en 1921, le 8 mars, la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, journée reconnue par l’ONU en 1977.

Soulèvement de Petrograd (actuellement Saint-Petersbourg) en février 1917.

 

Février 1917-Octobre 1917 | Le double pouvoir : les soviets et le gouvernement provisoire

 

La période qui s’ouvre à partir de février 1917 est caractérisé par un double pouvoir : les soviets (« conseils » en russe) d’une part, le gouvernement provisoire, de l’autre.

 

Les soviets sont des assemblées de travailleurs, de paysans, de soldats ou d’habitants qui prennent des décisions directement. Ils sont apparus au cours de la première révolution russe, celle de 1905 (qui a échoué). Dans les soviets, les classes populaires se réunissent pour discuter, mais aussi pour autogérer toute une partie de la vie locale. Le soviet est l’expression organisée de la défiance des travailleurs, des paysans et des soldats à l’égard de tous ceux qui les avaient opprimés.
 
Le soviet de Petrograd, dont les ouvriers et les soldats de la garnison ont élu leurs représentants, agit tout de suite comme un pouvoir gouvernemental. Il décide de faire occuper immédiatement la Banque d’Empire, la Trésorerie, la Monnaie et les services de fabrication des billets. Les ouvriers, les soldats et bientôt les paysans ne s’adresseront plus désormais qu’au soviet, l’incarnation même de la révolution.
 
Les ouvriers élisent des socialistes, c’est-à-dire ceux qui étaient non seulement contre la monarchie, mais aussi, du moins en paroles, contre la bourgeoisie. Ils ne font presque aucune différence entre les trois partis dits socialistes : les socialistes-révolutionnaires (surtout influents dans la paysannerie), les mencheviks (sociaux-démocrates) et les bolcheviks. Dans un premier temps,  les mencheviks et les socialistes-révolutionnaires ont une nette prépondérance.
 
Mais les anciennes institutions existent encore : le Parlement (la Douma), inféodé au tsar, les conseils municipaux… Ces organes traditionnels sont dominés par les partis de la bourgeoisie et des paysans les plus riches. Parallèlement et à la constitution du soviet de Petrograd, un gouvernement provisoire est alors formé autour du prince Lvov, membre du Parti constitutionnel démocratique (les cadets), le principal parti de la bourgeoisie. Les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks, sociaux-démocrates, décident d’en faire partie aussi. Le gouvernement maintient la participation à la guerre, ne lance pas de réforme agraire… Beaucoup de ces socialistes justifient ainsi la poursuite de la guerre au « nom de la révolution ». Dès le début, Lénine, dirigeant des bolcheviks, dénonce cette orientation.
 
Il y a donc une situation de double pouvoir, même si le soviet de Petrograd, présidé par un social-démocrate menchevik, donne sa confiance au gouvernement provisoire en attendant la convocation d’une Assemblée constituante. 
 
Lénine voit dans les soviets l’instrument central de la révolution. Il défend le mot d’ordre : « Tout le pouvoir aux soviets ! ». Selon lui, le pouvoir des travailleurs n’est pas le gouvernement provisoire, mais le pouvoir des soviets. Pour lui, l’objectif principal de la révolution est de faire passer le pouvoir du gouvernement provisoire vers les soviets.
 
Les promesses non tenues du gouvernement provisoire

Le gouvernement provisoire ne veut prendre aucune mesure trop radicale, pas même la proclamation de la République. Il refuse les revendications des soviets comme l’arrêt de la guerre, la distribution des terres des grands propriétaires fonciers  aux paysans, la journée de 8 heures … Il renvoie ces questions à une future Assemblée constituante, tout en affirmant qu’il est impossible de la convoquer tant que des millions d’électeurs sont au front.
 
Mais l’impopularité de la guerre et du gouvernement provisoire fait passer de plus en plus d’ouvriers du côté des bolcheviks. Début juin, ils sont majoritaires dans le soviet ouvrier de Petrograd. L’armée se décompose, les soldats refusent de monter en première ligne, les désertions se multiplient. Les soldats et les ouvriers manifestent pour exiger des dirigeants du soviet de la ville qu’il prenne le pouvoir.
 
Les bolcheviks soutiennent les manifestants. La répression frappe alors le parti bolchevik, qu’on accuse d’être à la solde des Allemands. Les régiments qui ont soutenu la révolution sont envoyés au front par petits détachements, les ouvriers sont désarmés. La peine de mort, abolie en février, est rétablie
 
Le gouvernement est en crise. Certains ministres et des forces tsaristes croient le moment venu de rétablir l’ordre tsariste.
 
Le 9 septembre, le chef d’état-major pro-tsariste Kornilov, nommé par le Premier ministre social-démocrate Kerenski, se prépare à écraser les soviets et les organisations ouvrières. Kerenski n’est pas capable de l’en empêcher, ce sont les soviets qui infligent à Kornilov une défaite majeure et renversent la situation. Les bolcheviks sont en première ligne contre Kornilov et ils sortent renforcés de ces combats. Les soviets de Petrograd et de Moscou deviennent à majorité bolcheviks.

Manifestation de femmes pour le pain et la paix.

 

Le pain, la terre, la paix : les aspirations d’Octobre 1917

 

Lors de l’automne 1917, les campagnes se soulèvent aussi. Les paysans s’emparent des terres des grands propriétaires. Apprenant que les terres sont partagées, les soldats, essentiellement d’origine paysanne, désertent en masse afin de pouvoir participer à temps à la redistribution des terres. C’est alors que les travailleurs de Petrograd décident que, pour réellement mettre un terme à la guerre, donner la terre aux paysans et arracher la journée des huit heures, il faut renverser le gouvernement de Kerenski.  C’est le début de la révolution d’Octobre.

 

Dans la nuit du 24 au 25 octobre 1917, des détachements de soldats sortent des casernes. Des ouvriers armés quittent les usines. Ils marchent vers les centres névralgiques de la ville : ponts, gares, banque centrale, centrales postale et téléphonique.
 
Ils ne rencontrent qu’une faible résistance. A part quelques bataillons d’élèves officiers, plus personne dans les troupes de la capitale ne soutient le gouvernement provisoire du Premier ministre Kerenski.
 
Cette insurrection avait été préparée par le parti bolchevik. Le 10 octobre, la direction du parti était arrivée à la conclusion que la situation nationale et internationale était en train de basculer. L’insurrection éclatait dans la flotte allemande et dans toute l’Europe, des mouvements révolutionnaires démarraient contre la guerre. En Russie, le danger était réel que le gouvernement en place capitule et livre Petrograd aux Allemands. Au sein même du pays, les paysans se soulevaient en masse et tant les ouvriers que les paysans passaient du côté des bolcheviks. La droite tsariste préparait une offensive pour reprendre le pouvoir, comme elle l’avait déjà essayé avec le général tsariste Kornilov.
 
Le pouvoir de l’état passe aux Soviets

Le deuxième Congrès des soviets se réunit le 25 octobre au soir. Les bolcheviks y possèdent désormais une grande majorité. En trente-trois heures sont prises des mesures que le gouvernement provisoire n’avait pas prises en huit mois d’existence. Dans la nuit du 26 octobre, le Congrès des soviets adopte le décret sur la paix. Il invite les pays belligérants à conclure sur le champ un armistice d’au moins trois mois pour engager des pourparlers de paix (l’armistice sera finalement signée en mars 2018 avec l’Allemagne).
 
La même nuit, il adopte un décret pour que la terre appartienne à ceux qui la cultivent, et le « droit de propriété des grands propriétaires fonciers sur la terre est aboli immédiatement, sans aucune indemnité ».
 
Toutes les richesses du sous-sol (pétrole, charbon, minerais…), les forêts et les eaux deviennent propriété du peuple.
 
Un autre décret instaure le contrôle ouvrier dans les usines et la journée de 8 heures. Le congrès des Soviets constitue un gouvernement : le Conseil des commissaires du peuple (ministres). Lénine en devient le président.
 
D’octobre 1917 à février 1918, la  révolution s’étend au pays entier. En même temps, de nombreuses autres réformes sont lancées : l’annulation de la dette publique russe et la nationalisation des banques et des grandes industries ; la fin de toute discrimination sur base de la nationalité et le droit à l’autodétermination des nations qui composent l’empire russe1 ; l’égalité complète des droits pour les femmes et l’affirmation de l’égalité des salaires, la légalisation de l’avortement en 1920 et des mesures volontaristes pour alphabétiser la population, favoriser l’éducation et supprimer des frais universitaires.
 
Une guerre civile terrible

Mais, dès le tout premier jour de son existence, la jeune Union soviétique (le nom que se donne le pays après la révolution) est confrontée à l’interventionnisme, au blocus économique, à l’encerclement politique et militaire. Les anciennes forces tsaristes, soutenues par les puissances occidentales, tentent de la renverser. En 1918, les armées britannique, française, japonaise, italienne et américaine débarquent et soutiennent les troupes tsaristes qui opèrent sur l’ensemble du territoire. De 1918 à 1921, cette guerre civile va faire des millions de morts, essentiellement victimes de la famine due aux interventions militaires étrangères et au blocus organisé par les puissances occidentales.
 
1 Au cours des années suivantes, cinq États indépendants sont créés, et au sein de la fédération russe 17 républiques autonomes et régions sont établies.

Troyes, France, 17 septembre 1919 : grève générale dans l’industrie textile

 

Ce Premier ministre qui avait « une peur bleue d’une révolution aussi en Belgique »

 

« Fin 1920, le Premier ministre conservateur catholique Henri Carton de Wiart était paniqué à l’idée que la Belgique connaisse également une révolution selon le modèle bolchevique », écrit l’historien et journaliste Marc Reynebeau dans De Standaard (2 janvier 2017). Suite à la révolution d’Octobre en Russie, des réformes sociales et politiques sont rapidement introduites dans toute l’Europe. La peur de la contagion révolutionnaire gagne à l’époque tout l’establishment, comme l’illustre Carton de Wiart. Si le mouvement ouvrier a pu arracher des droits sociaux, il le doit à ses propres combats durs et héroïques, mais aussi à l’existence de l’Union soviétique.

 

En Union soviétique, au lendemain de la révolution de 1917 se construit un véritable système de protection sociale qui inspirera de nombreux acteurs du mouvement ouvrier partout dans le monde. Dès le 30 octobre 1917, l’URSS instaure une protection sociale complète comprenant l’incapacité temporaire de travail (maladie et accident), l’assistance médicale, le congé de maternité (pour une période prolongée), le chômage, l’invalidité permanente… Les travailleurs qui étaient blessés ou tombaient malades avaient leur emploi et leur salaire garantis. Ces principes constituent un cadre de protection générale du travail unique au monde à l’époque. Ce sont ces principes qui constitueront le cœur des revendications du mouvement ouvrier dans les pays occidentaux dans les décennies suivantes. Si, aujourd’hui, par droits fondamentaux, nous entendons aussi les droits économiques et sociaux, c’est-à-dire le droit à la santé, le droit à l’éducation, … c’est aussi le résultat de 1917. L’économiste Friedrich Hayek, principal inspirateur du tournant néolibéral de Reagan et Thatcher, écrira d’ailleurs : « Les droits économiques et sociaux sont l’invention ruineuse de la révolution marxiste. »
 
En Belgique, il a fallu une nouvelle grève générale en 1919, mais surtout la peur de la contagion révolutionnaire pour qu’en 1921 soient introduites la journée des 8 heures et la semaine des 48 heures.
 
Il en va de même du suffrage universel, qui est accordé (seulement aux hommes) en 1919 (après aussi trois grèves générales en 1893, 1902 et 1913).
 
C’est aussi la Révolution russe qui établit, pour la première fois, le principe que les femmes doivent accéder aux droits politiques, ce qui n’avait jusque là pas été reconnu par les libéraux. En Belgique, les femmes devront attendre 1948 pour obtenir ce droit.
 
L’émancipation coloniale

Mais la révolution d’Octobre va aussi inspirer la lutte pour la libération nationale et contre la discrimination raciale. Toute la planète est alors la propriété privée des grandes puissances impériales et impérialistes. Lénine appelle alors à « la lutte contre l’oppression des nations dépendantes et des colonies, de même que la reconnaissance de leur droit à la sécession ». La Russie soviétique révèle au monde les traités secrets entre puissances coloniales, comme le traité Sykes-Picot au Moyen-Orient. Le soutien qu’elle apportera ensuite au mouvement anticolonial constituera un élément majeur du développement des mouvements de libération nationale dans le tiers-monde.
 
Aux Etats-Unis, les Noirs ne peuvent pas voter. Mais, en 1952, le ministre de la Justice des Etats-Unis écrit à la Cour suprême : « Vous devez absolument déclarer l’inconstitutionnalité des lois qui établissent la ségrégation contre les Noirs, sinon cela va profiter à l’Union soviétique et au mouvement communiste dans le tiers-monde et dans le monde colonial. »
 

 

Pour en savoir plus : Dix jours qui ébranlèrent le monde

 

Le journaliste américain John Reed (1887-1920) est issu d’une famille aisée, mais il est un socialiste convaincu. En Russie, il assiste à l’embrasement de la révolution d’Octobre et relate les événements dans son livre, Ten Days that Shook the World (Dix jours qui ébranlèrent le monde), qui paraît en 1919 à New York et connaît un grand succès. Il est réédité en français (éditions Delga, disponible au ptb.shop).

Protestation des marins de la base navale allemande de Wilhelmshaven

 

Une histoire de calendrier : La révolution d’octobre a eu lieu… en novembre

 

En 1917, les calendriers utilisés en Europe occidentale et celui utilisé en Russie sont différents. Le russe est resté traditionnel, et est appelé calendrier julien (de Jules César) et ne tient pas compte de manière précise de la rotation annuelle de la Terre autour du soleil. Soit une erreur cumulée de 8 jours par millénaire.
 
Le calendrier grégorien (en référence au pape Grégoire XIII), en vigueur depuis le 16e siècle en Europe occidentale, est donc le calendrier modernisé.
 
Résultat : alors que la révolution a lieu le 25 octobre 1917 selon le calendrier julien, elle a lieu en réalité le 7 novembre 1917. C’est pour cela que la révolution d’Octobre a eu lieu en réalité en… novembre.
 
08 juillet 2017

Guerre d'Algérie, Paris, 14 juillet 1953

« En ce jour du 14 juillet 1953, nous dit l'article, 14 mois donc avant le 1er novembre 1954, à l’appel du PPA-MTLD, et pour la troisième année consécutive, ils étaient plusieurs milliers d’Algériens à avoir pris part à la traditionnelle manifestation organisée par le Parti communiste français (PCF), la CGT et les organisations de jeunesse liées au PCF, sur le trajet allant de la place de la Bastille à la place de laNation, manifestation célébrant les valeurs progressistes de la République, donc différente de celle organisée le même jour par l’Etat français sur les Champs-Elysées. Une tradition qui remontait au Front populaire de 1936... »

Reprenons la lecture de l'article...

Michel Peyret


Les balles du 14 juillet 1953

vendredi 7 juillet 2017 
par  
Hassane Zerrouky

« Pas de mémoire sans porteur de mémoire », l’expression est de l’historien français Emmanuel Blanchard, entendu dans le remarquable documentaire de Daniel Kupferstein Les balles du 14 juillet 1953.

Quel rapport avec l’inauguration ce jeudi 6 juillet, place de la Nation à Paris, d’une plaque en hommage aux six Algériens et un militant communiste français tués par balles ce 14 juillet 1953 ?

Tout simplement parce que cet acte de reconnaissance d’un évènement complètement occulté, en présence de nombreux témoins de l’époque encore vivants, ces porteurs de mémoire, est constitutif de l’histoire et de la mémoire de la ville de Paris. Et parce que rien n’est plus terrible, voire criminel, que la culture de l’oubli et que peu savent en Algérie que des Algériens ont été tués à Paris ce 14 juillet 1953.

De la part de la mairie de Paris, il s’agit donc d’un geste fort, réparant une injustice, 16 ans après la reconnaissance des massacres du 17 Octobre 1961 : une plaque commémorative avait été inaugurée en octobre 2001 par le maire de Paris de l’époque, Bertrand Delanoë, sur le pont Neuf, là où des dizaines d’Algériens avaient été balancés dans les eaux froides de la Seine.

En ce jour du 14 juillet 1953, 14 mois donc avant le 1er novembre 1954, à l’appel du PPA-MTLD, et pour la troisième année consécutive, ils étaient plusieurs milliers d’Algériens à avoir pris part à la traditionnelle manifestation organisée par le Parti communiste français (PCF), la CGT et les organisations de jeunesse liées au PCF, sur le trajet allant de la place de la Bastille à la place de laNation, manifestation célébrant les valeurs progressistes de la République, donc différente de celle organisée le même jour par l’Etat français sur les Champs-Elysées. Une tradition qui remontait au Front populaire de 1936.

Les Algériens étaient en fin de cortège, avec leurs propres mots d’ordre pour l’indépendance de l’Algérie, brandissant l’emblème national, avec en tête du cortège Djanina Messali (15 ans à l’époque) la fille de Messali Hadj, alors en prison. Et sur le trajet menant vers la place de la Nation, on le voit bien sur les images du documentaire cité plus haut, les Algériens en costume-cravate, un portrait de Messali Hadj en forme de badge accroché à la veste, marchant en rangs serrés, étaient applaudis par les Parisiens.

A l’arrivée place de la Nation, après avoir subi quelques provocations de la part de parachutistes de retour d’Indochine, au moment où ils commençaient à se disperser, des policiers, après avoir tenté de leur arracher l’emblème national, épisode qui rappelle le 8 Mai 1945, tirent dans le tas, sans sommation.

Bien évidemment, comme le montrent les images et d’après de nombreux témoins français, les Algériens ne se sont pas laissés faire et ont affronté les policiers. Des cars et des voitures de police sont incendiés. Au final, six Algériens âgés de 20 à 30 ans sont tués. Un militant communiste et membre de la CGT, Maurice Lurot (40 ans), qui avait voulu s’interposer entre les policiers et les Algériens est tué d’une balle en plein cœur tirée à bout portant par un policier. Un photographe du journal communiste l’Humanité, qui prenait des photos, est touché de deux balles dans le ventre. Sur la cinquantaine de blessés, 44 Algériens.

A la maison des Métallos, siège du syndicat CGT de la Métallurgie, un dernier hommage avait été rendu aux sept manifestants avant que leurs corps ne soient rapatriés au pays pour y être inhumés dans leur région natale. A leur arrivée à Alger, le 26 juillet 1953, les 3 000 dockers d’Alger, qui avaient arrêté le travail en signe de protestation, avaient pris l’initiative de débarquer du navire les six cercueils. Dehors, plusieurs milliers de personnes, rassemblées à l’appel du MTLD-PPA et du PCA (Parti communiste algérien), avaient rendu un dernier hommage aux six jeunes manifestants avant qu’ils ne prennent la route de leurs régions respectives. Quatre d’entre eux ont été enterrés en Kabylie, les deux autres, l’un à Nedroma et l’autre à Aïn Séfra, en présence de milliers de personnes.

Ironie de l’histoire, après cet évènement dont plus personne ne reparlera ni n’évoquera, parce que sans doute les victimes sont mortes avant le 1er Novembre 1954, les familles de ces jeunes n’ont pu obtenir des autorités qu’elles leur délivrent le titre de « chahid » auquel elles ont naturellement droit. Pourtant, avec ceux tombés le 8 Mai 1945, ces jeunes Algériens sont tombés pour la cause nationale. Quant aux survivants de ce 14 juillet 1953 interviewés dans le documentaire cité, et que l’ENTV devrait diffuser si ce n’est déjà fait, ils étaient alors membres du PPA-MTLD et ont tous rejoint par la suite le FLN.

 
Posté par Michel Peyret 

Publié par El Diablo

Commémorations du VEL D'HIV : le PCF proteste contre la venue de Netanyahou en France

Commémorations du VEL D'HIV : le PCF proteste contre la venue de Netanyahou en France
Plaque commémorative de la rafle de 1942, apposée au no 8 du boulevard de Grenelle dans le jardin du souvenir, à l’ancien emplacement du vélodrome. (source: wikipédia)

Plaque commémorative de la rafle de 1942, apposée au no 8 du boulevard de Grenelle dans le jardin du souvenir, à l’ancien emplacement du vélodrome. (source: wikipédia)

Le Parti communiste Français a déploré la venue du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, aux commémorations du 75e anniversaire de la Rafle du Vel d'Hiv, estimant qu'il n'était pas l'homme du «message fort de paix» qui devrait être envoyé.

La commémoration de la rafle du Vel d'Hiv, le 16 juillet, «doit envoyer un message fort de paix et Benjamin Netanyahou n'est pas l'homme de ce message», écrit le Parti communiste français (PCF) dans un communiqué. On peut également y lire : «ce n'est pas faire honneur aux 13 152 juifs, parmi lesquels plus de 4 000 enfants, que la police de Pétain rafla dans la région parisienne pour les envoyer à la mort et complaire à l'Occupant allemand.» 

(...)

LIEN VERS LA SUITE DE L'ARTICLE CI-DESSOUS:

Commémorations du Vel d'Hiv : le PCF proteste contre la venue de Netanyahou en France

 

 

Commémorations du Vel d'Hiv : le PCF proteste contre la venue de Netanyahou en France

Le Parti communiste a déploré la venue du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, aux commémorations du 75e anniversaire de la Rafle du Vel d'Hiv, estimant qu'il n'était pas l'homme d...

 

https://francais.rt.com/france/40737-commemorations-vel-dhiv-pcf-proteste-venue-netanyahou-france

Le communiqué du PCF :

75e anniversaire de la Rafle du Vél d'Hiv : "La commémoration doit envoyer un message fort de paix, et Benjamin Netanyahu n'est pas l'homme de ce message "

L'Elysée a confirmé la venue, le 16 juillet prochain, du premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, aux commémorations du 75e anniversaire de la Rafle du Vél d'Hiv par la police française du régime de Vichy. Ce n'est pas faire honneur aux 13 152 juifs, parmi lesquels plus de 4 000 enfants, que la police de Pétain rafla dans la région parisienne pour les envoyer à la mort et complaire à l'Occupant allemand dont la « solution finale » était une des pierres angulaires de son idéologie dévastatrice.

La commémoration de la Rafle du Vél d'Hiv se doit de porter un message fort de paix, de lutte déterminée contre l'antisémitisme, contre toutes les formes de racisme et de haine dont étaient porteurs le régime nazi et ses collaborateurs français

Benjamin Netanyahu n'est pas l'homme de ce message. Nul n'a oublié qu'en octobre 2015, le dirigeant israélien avait provoqué une indignation unanime, jusqu'au gouvernement allemand, en affirmant, au mépris de la réalité historique et des faits, qu' « Hitler n'(avait) pas souhaité exterminer les juifs »

Le premier ministre israélien dont l'obédience d'extrême droite n'est plus un secret pour personne est un homme de guerres et de violences qui, chaque jour, fait obstacle à la construction d'un processus de paix, juste et durable, entre Israéliens et Palestiniens. Il n'est pas le bienvenu à ces cérémonies qui doivent rassembler notre pays tout entier dans l'hommage aux martyrs du Vél d'Hiv, aux 42 000 juifs de notre pays et 6 millions de morts de la Shoah exterminés méthodiquement par les Nazis et les régimes, comme celui de Vichy, qui en furent les complices.

Le Parti communiste français réprouve l'invitation faite à Benjamin Netanyahu par le président Emmanuel Macron et récuse toute instrumentalisation de ce douloureux 75e anniversaire de la Rafle du Vél d'Hiv.

Le combat contre le révisionnisme historique est un combat quotidien qui appelle à la plus grande vigilance et qui n'autorise aucun petit calcul politicien.

Le Parti communiste français

Le 8 juillet 2017

Aussaresses a eu l’aval de Giscard d’Estaing pour faire assassiner Henri Curiel (Alain Gresh)

 

08 Juillet 2017
Quelle bande de fripouilles!
 

HuffPost Algérie  |  Par 

n: 07/07/2017 12h06 CEST Mis à jour: Il y a 1 heure

VALERYGISCARDDESTAING1

 

Paul Aussarresses, l’assassin de Larbi M’Hidi, est le commanditaire du meurtre d’Henri Curiel. L’accusation lancée par Philippe Aghion la semaine dernière à Alger est partagée dans la famille. Alain Gresh, le fils d’Henri Curiel, souligne qu’Aussaresses ne peut avoir agi qu’avec l’aval du président Giscard d’Estaing.

 

De passage à Alger la semaine dernière, le professeur Philipe Aghion a fait sensation en évoquant l’implication du colonel Paul Aussaresses, l’assassin de Larbi Ben M’Hidi, dans le meurtre du grand militant anticolonialiste Henri Curiel, le 4 mai 1978, à Paris.

Une conviction largement partagée dans la famille Curiel, dont son fils, Alain Gresh met en cause également l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing.

En 1978, l’assassinat avait été revendiqué par un « groupe Delta » (qui fait clairement référence aux sinistres sicaires de l’OAS) mais tous les éléments d’une opération « omo » décidée au sein du pouvoir français ont été peu à peu réunis à travers les témoignages et des révélations.

 

En 2015, la publication du livre de Christian Rol, Le roman d’un fasciste français, consacré à au barbouze Rene Resciniti de Says (un ancien para membre du SAC – service d’action civique) confirme que la revendication au nom du Groupe Delta avait été « adressée à l’Agence France-Presse depuis la préfecture de police. Elle mentionnait un certain groupe « Delta ». « Pour brouiller les pistes, bien sûr ».

 

Autre lien avec l’Algérie, les experts de la police française ont établi que l’arme qui a servi à l’assassinat du porteur de valise -un pistolet de calibre 11,43- a été utilisée dans l’assassinat le 2 décembre 1977 Laïd Sabaï, gardien à l’Amicale des Algériens en Europe. C’est également un « commando Delta » qui avait accompli le forfait.

Interrogé par le HuffPost Algérie, le journaliste Alain Gresh, le fils d’Henri Curiel, se dit « persuadé que Aussaresses est impliqué dans l’assassinat ». Il souligne également l’implication du pouvoir français dans ce meurtre. « Aussaresses n’aurait pu « agir à l’époque sans l’aval du président Valéry Giscard d’Estaing. C’est mon intime conviction »,dit-il.

Alain Gresh rappelle à cet effet qu’Aussaresses avait-lui-même admis sa responsabilité dans l’entretien qu’il avait accordé à la journaliste française Emilie Raffoul pour son documentaire sur Curiel.

 

« L’entretien qu’Aussaresses avait donné à Emilie Raffoul pour son documentaire sur Curiel le confirme ; Il avait avoué devant caméra sa responsabilité avant de se dédire (il était avec son avocat Gilbert Collard, aujourd’hui député du Front National) et donc cet aveu n’a pu être diffusé sur les ondes ».

 

La responsabilité directe des autorités françaises dans l’assassinat de Curiel est aussi l’intime conviction de Sylvie Braibant, la fille de Guy Braibant, cousin germain de Curiel. Elle l’a dit dans son blog sur le site du TV5 monde.

 

« Au sommet de l’Etat giscardien régnaient d’anciens militants de l’Algérie française qui n’avaient pas fait leur deuil de cette guerre-là », rappelle-t-elle.

 

Le général Aussaresses regrettait lors de la sortie de ses mémoires en 2001 ne pas avoir fait tuer des porteurs de valise au temps de la guerre d’Algérie. Plus tard il admettra ne pas être étranger à l’assassinat de cet « Homme à part (titre du beau livre de Gilles Perrault) (ndlr Henri Curiel) qui empêchait tellement de torturer en paix les dirigeants sud-africains et sud-américains…. »

 

La famille avait exigé en octobre 2015 la réouverture de l’enquête sur l’assassinat d’Henri Curiel. Une plainte avec constitution de partie civile avait été déposée alors auprès du doyen des juges d’instruction du Tribunal de grande instance de Paris par l’avocat des proches d’Henri Curiel, Me William Bourdon.

Été 1943 : La Bataille de Koursk

 

 

07 Juillet 2017
Il est toujours bon dans les temps où la presse française choisit l’intoxication tant au plan international qu’à celui des événements nationaux de retrouver les grands classiques de la collaboration et la manière dont la presse parisienne nous présentait une armée nazie invaincue alors que sur le front russe la situation était en train de se renverser
 
(note de Danielle Bleitrach)

 

 


Publié le 03/07/2017
Illustration : Dans le Donetz, nouvelle percée russe au sud-ouest de Vorochilovgrad – L’Echo d’Alger du 24 Août 1943 – Source Retronews Bnf
 
L’hiver 1943 a porté un coup d’arrêt à l’offensive orientale allemande, la bataille de koursk mettra un terme définitif aux ambitions du reich. En france métropolitaine l’occupant veille à ce que le récit des médias ne laisse rien percevoir de cette défaite.
 

Sa sixième armée anéantie à Stalingrad, l’armée allemande décide de lancer la quasi intégralité de ses forces dans la bataille : c’est l’opération « Zitadelle ». La presse française de la zone occupée va de la discrétion au triomphalisme. L’Echo d’Alger donne lui un autre écho à l’opération militaire : tout en reconnaissant les avancées allemandes des débuts il n’occulte pas le caractère décisif de la contre-offensive de l’Armée Rouge.

 

Dans la rubrique  « La Grande Réserve de la propagande Allemande », l’Echo d’Alger du 9 juillet 1943 met en lumière le changement de ton de Radio Paris : pas de triomphalisme, l’ennemi est présenté comme une  « forte nation militaire » qui malgré les nombreux revers sacrifie tout pour la guerre. L’Echo d’Alger interprète ainsi les propos de la radio collaboratrice :

 « Le ton employé notamment par la presse parisienne, donne à croire qu’elle a reçu pour consigne de préparer l’opinion à un échec possible. »

https://www.retronews.fr/embed-journal/l-echo-d-alger/09-juillet-1943/30/1293937/2?fit=368.1086.394.458

Dans ce même numéro, le journal dévoile de manière bien moins partisane que le reste de la presse les premières mais fragiles percées de l’offensive allemande ainsi que l’ampleur de l’implication des forces blindées.

« Un des plus rudes combats de tanks de la guerre se déroule aujourd’hui sur les étendues plates qui entourent Koursk et où les Allemands s’efforcent d’élargir de petites brêches creusées dans les lignes soviétiques ».

L’Echo d’Alger donne également à comparer les communiqués russe et allemand : celui du futur vainqueur est bien plus étoffé que la courte dépêche diffusée par l’Axe.

 

https://www.retronews.fr/embed-journal/l-echo-d-alger/09-juillet-1943/30/1293937/1

 

Le Journal des Débats Politiques et Littéraires du 9 juillet 1943 n’hésite pas à relayer la propagande de la Wermacht, sa restitution des faits oscille entre incertitudes et inexactitudes.

« A Berlin, on demeure très discret sur la portée de cette percée et l’on estime que des détails ne pourront pas être donnés à ce sujet avant deux ou trois jours ».

Le journal insiste ostensiblement sur les pertes de l’Armée Rouge et relègue au rang de fantaisies les chiffres publiés par Moscou. Sur le plan stratégique, le rédacteur suit la ligne de l’armée allemande : ce sont les Russes qui ont attaqué.

« Quant à l’origine même de cette bataille, les soviets continuent d’affirmer qu’elle doit être attribuée à une initiative offensive des Allemands ».

https://www.retronews.fr/embed-journal/journal-des-debats-politiques-et-litteraires/09-juillet-1943/134/1466445/2

 

Selon le Petit Parisien du 10 Juillet 1943 : l’Allemagne triomphe. Tout en évoquant la grande violence des combats la une du journal annonce « une percée de 60 kilomètres », l’importance des combats de chars n’a pas non plus échappé au Petit Parisien, seulement il ne relate que les pertes soviétiques.

« Dans ces actions, l’ennemi a perdu, outre un nombre d’hommes élevés, 420 chars de plus ».

https://www.retronews.fr/embed-journal/le-petit-parisien/10-juillet-1943/2/62062/1

 

Plus d'articles...

  1. 1934 : La nuit des longs couteaux
  2. Légalisation de l’avortement. 26 novembre 1974 : intervention, au nom des députés du PCF, de Gisèle Moreau
  3. Qui a voté la loi sur l'avortement à l'Assemblée nationale, le 26 novembre 1974, présentée par Simone Veil ministre de la Santé?
  4. L’opération « Impensable » : le plan de Churchill pour la Troisième Guerre mondiale, par Jonathan Walker
  5. Les hommes préfèrent les blondes: la séquence censurée en France pour cause de guerre d’Algérie
  6. 17 juin 1940: l'Appel à la résistance du communiste Charles Tillon
  7. Immigration italienne : le débat dans la presse des années 20
  8. Il y a 76 ans - la RÉSISTANCE COMMUNISTE pendant l'Occupation
  9. Le décret qui instaura la Grande Terreur
  10. Nations-Unies, publication des archives sur les crimes de guerre nazis
  11. Pologne, Georges Mink, le débat des historiens et la science historique
  12. Samedi 3 juin 2017: HOMMAGE SOLENNEL aux FUSILLES du MONT VALERIEN et à toute la RESISTANCE
  13. La liste des morts du colonialisme ne se clos pas à Charonne
  14. La Guadeloupe assassinée en mai 1967
  15. Michael-Scott Christofferson, Les intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1968-1981) par Jérome Lamy
  16. Le 5 mai 1947, les ministres communistes sont chassés du gouvernement
  17. ERRATUM à « Un texte historique : ce que disait le Parti Communiste Français de l'élection présidentielle en 1962. »
  18. 13 mai 1958, le début d'un coup d'état permanent
  19. DEUX huit MAI 45 !
  20. Cent ans après octobre 1917, l’historien Nicolas Werth fait le point dans un Que sais-je ?