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Histoire 2017

Cent ans après octobre 1917, l’historien Nicolas Werth fait le point dans un Que sais-je ?
 
Valère Staraselski a lu "Les révolutions russes"

Un mot d’abord sur l’auteur de Les Révolutions russes. Nicolas Werth est le fils d’Alexandre Werth auteur d’un incontournable et inoubliable témoignage : la Russie en guerre (1941-1945) paru en deux tomes, chez Taillandier dans la collection Texto. Entré au CNRS en 1989, Nicolas Werth, dont le russe est la langue maternelle, s’est consacré à l’histoire soviétique. Rappelons que sa fiche Wikipedia stipule : « Auteur de la partie du livre noir du communisme (1997) relative à la Russie soviétique et à L’URSS, il s’est publiquement démarqué de l’idée contenue dans la préface de Stéphane Courtois selon laquelle le communisme serait par essence criminogène. Il a également dénoncé, concernant cet ouvrage, des chiffres faux et « une dérive de l’histoire exclusivement policière ». Sur le sujet, je ne saurais trop recommander la lecture de La fin de l’homme rouge (2013) de Svetlana Aleksievitch qui permet, me semble-t-il, de comprendre en pro-fondeur l’expérience soviétique…

 

Pour en revenir à l’ouvrage de Werth, Les Révolutions russes, celui-ci couvre les huit mois de l’année 1917 qui vont de l’abdication du tsar à la prise du pouvoir par les bolcheviks le 25 octobre. Citons d’emblée Pierre Pascal, jeune intellectuel français en mission à Petrograd de 1916 à 1929. Dans Mon journal de Russie (1916-1918) paru en 1975, il écrit sur la Révolution russe qui, tout ce livre le montre, ne relève nullement d’un accident de l’histoire : « Eux, les bolcheviks, sont les théoriciens, mais le peuple russe, qui n’est ni socialiste, ni bolchevik, les suit, parce que lui aussi vit dans l’avenir. Il veut la cessation de l’injustice et du malheur présents sur terre. Maladroitement, tristement, en souffrant, il crée cependant cet avenir. La révolution russe, quelle que soit la réaction qui pourra suivre, aura une aussi énorme répercussion que celle de 1789, et même bien plus grande : ce n’est pas un accident, c’est une époque, et Bossuet commencerait là un chapitre de son Histoire universelle ».

 

Avec la Révolution russe, il y a toujours des problèmes de dates. Le 8 mars, 23 février dans le calendrier julien de l’Eglise orthodoxe, des milliers d’ouvrières du textile convergent vers le centre de Petrograd (Saint-Pétersbourg) : journée internationale du droit des femmes mais surtout colère contre un pouvoir, le tsar Nicolas II, incapable de mettre fin à la pénurie de pain. Dans un contexte de guerre, la Russie a perdu en 1915 les régions économiquement les plus dynamiques, Pologne et Pays baltes, de crise économique, le fossé ne cesse de se creuser entre le peuple et les élites. Les pertes civiles et militaires s’élèveront à plus de trois millions trois cent mille morts et les blessés seront cinq millions. A noter que Lénine est en exil depuis 10 ans ( il rentrera en Russie le 16 avril) et Staline est déporté en Sibérie ( il rentrera en février). Les Cosaques, chargés du maintien de l’ordre, laissent passer les manifestantes. Le régime est discrédité. Manifestations, grève générale, insurrection : le 3 mars, les Romanov, tsars depuis trois siècles, abdiquent. La soif de démocratie s’exprime au grand jour. Et Nicolas Werth d’expliquer que depuis mars jusqu’au fameux octobre 1917, la situation politique russe se complique à nouveau : « les gouvernements provisoires qui se succèdent ne parviennent pas à mettre en place de nouvelles structures étatiques d’encadrement pour contrer l’action des institutions « alternatives » émanant de la société en révolution soviets, comités de quartier et d’usine, comités de sol-dats, milices ouvrières, syndicatsqui proposent et mettent en oeuvre une approche radica-lement nouvelle, locale et décentralisée, de la politique ».

 

Par ailleurs, on est frappé non par la ressemblance du contexte qui est radicalement différent, mais par celle de l’imaginaire avec la Révolution française : « La plus grande « fête de la liberté » se déroule, le 23 mars 1917, sur le champ de Mars, à Petrograd, à l’occasion des funérailles solennelles des victimes de la révolution, promues au rang de « héros de la liberté ». Des centaines de milliers de personnes assistent à cette cérémonie grandiose. Ailleurs, les « fêtes de la liberté » sont l’occasion d’enterrer symboliquement l’ancien régime : on défile, drapeaux rouges en tête et aux sons de la Marseillaise sponta-nément adoptée comme le nouvel hymne révolutionnaire russe, portant le cercueil noir de l’autocratie. Pour de nombreux intellectuels et hommes politiques, la révolution est pro-messe de renaissance spirituelle de la Russie. Le grand écrivain symboliste Dimitri Merej-kovski, proche des socialistes-révolutionnaires, affirme qu’elle est « l’acte le plus chrétien de l’histoire du monde depuis les premiers temps des martyrs ». Et l’auteur ajoute : « Cette « renaissance » n’exclut pas pour autant la violence. Les aigles impériaux qui ornaient tous les bâtiments publics, sont systématiquement détruits ; les statues des tsars (à l’exemption notable de celle d’Alexandre II, le « tsar libérateur » qui a aboli le servage en 1861) déboulonnées ; les portraits du tsar et de la famille impériale démonstrativement détruits, y compris dans les garnisons ».

 

La violence, à commencer par celle inouïe exercée sur les classes d’en bas par les classes d’en haut, leur mépris absolu, celle inhérente à toute guerre qui ne laisse au-cune place à l’espoir, conditionnera durablement l’existence du pays de la révolution socialiste, l’Union soviétique.

 

Rappelons que devant les dirigeants bolcheviks et une assemblée de différents courants socialistes, Lénine présente les thèses d’avril (rédigées lors de son long voyage en train). Ses propos choquent, y compris au sein du parti bolchevik, lorsqu’il pro-pose de rompre tout soutien au gouvernement provisoire, notamment en refusant tout appui à la politique de guerre. Selon lui, la dualité du pouvoir implique que seuls les soviets, forme émergente d’un nouvel Etat, soient soutenus. Pour Lénine, la révolution, loin d’être terminée, passe de l’étape bourgeoise à celle de la révolution sociale. Rappelons encore une fois que son point de vue et largement minoritaire au sein même du parti bolchevik, dont la plupart des cadres ne veulent pas couper les ponts avec les autres courants socialistes, ni même avec le gouvernement.

Lorsque les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks entrent dans le second gouvernement provisoire en mai, ceux-ci laissent désormais l’initiative de la contestation à la rue et aux bolcheviks qui refusent toute politique de collaboration de classe. Fait majeur, l’inspiration à la paix gagne les combattants, d’autant que l’échec de la dernière offensive russe discrédite davantage le régime, incapable de susciter un sur-saut national et patriotique.

 

Et puis, fin mai, la conférence des comités d’usine de Petrograd (397 entreprises) vote pour le contrôle ouvrier et non d’Etat sur les entreprises : « Pour la première fois, les bolcheviks obtiennent une majorité dans une assemblée représentative d’une institution créée par la classe populaire elle-même ».

 

Début juillet, lors d’émeutes, la direction bolchevique « débordée par ses propres partisans » se voit pourchassée, ses journaux interdits. Lénine s’enfuit en Finlande. Chef suprême des forces armées, Kornilov tente un putsch qui avorte. « Sans le putsch de Kornilov, dira plus tard le chef du gouvernement provisoire, Kerenski, il n’y aurait pas eu Lénine ».

 

Pour Werth, « les deux mois qui séparent l’échec du putsch de Korlinov de la prise du pou-voir par les bolcheviks voient s’accélérer, dans un contexte de crise économique de plus en plus aiguë, la radicalisation des masses populaires, soldats, paysans, ouvriers. Cette radicalisation, qui ne signifie pas nécessairement bolchevisation, gagne la plupart des soviets et des comités populaires apparus au lendemain de la révolution de février, tandis que les institutions traditionnelles de l’Etat- gouvernement, administration, armée- perdent le con-trôle de la situation ».

 

La décision de prise du pouvoir par les bolcheviks devra tout à la détermination hors-norme, certains disent fanatique d’autres géniale, de Lénine qui finira par imposer ses vues aux dirigeants bolcheviks, à l ‘exception de Zinoviev et Kamenev. Le 25 octobre, la déclaration annonçant la destitution du gouvernement provisoire est rédigée de la main même de Lénine. Le 26, durant la prise du palais d’Hiver se tient le IIe congrès des soviets. Werth écrit : « La stratégie de Lénine se relève juste : mis devant le fait accompli- la prise du pouvoir par une instance qui ne dépend d’aucune manière du Congrès des soviets- les délégués socialistes (SR, mencheviks et la plupart des sans-parti) dénoncent « la conspiration militaire organisée derrière le dos des soviets » et quittent la salle. Leur départ réduit à l’impuissance Martov et ses partisans, qui espéraient un compromis et proposaient la constitution d’un gouvernement d’union regroupant bolcheviks, SR de gauche et mencheviks-internationaliste. Apres le départ de Martov, les bolcheviks font ratifier leur coup de force par le reste du Congrès (outre les bolcheviks, seuls les SR de gauche et quelques sans-parti sont restés) qui vote un texte rédigé par Lénine attribuant « tout le pouvoir aux soviets ». Cette résolution purement formelle permet aux bolcheviks d’accréditer une fiction qui abusera des générations de crédules : ils gouvernent au nom du peuple dans le « pays des soviets ».

 

Ce que montre Werth dans son ouvrage, un autre historien , Marc Ferro, le résume à sa façon en avançant que : « la Révolution d’Octobre avait pu être à la fois un mouvement de masse et que seul un parti y avait participé ». Ce qui, somme toute, est le propre de toute révolution connue.

 

Loin des délires ultra-réactionnaires de nos pseudo-intellectuels pour et par les médias, en rappelant les événements dans leur complexité, en rapportant les éléments essentiels du contexte historique, à savoir le fractionnement des forces et le rôle de l’initiative des milieux populaires, ce petit livre de Nicolas Werth est d’une grande utilité quant à la connaissance de ce qui a fondé la Révolution d’Octobre.

 

Les Révolutions Russes- Nicolas Werth- Que sais-je ? 126 pages. 9€

Laure Laufer: à propos du film « le procès du siècle » sur le négationnisme

 

 
25 Avril 2017

A propos du film Le procès du siècle qui sort demain et l’affaire Lipstadt -Irving un extrait de mon texte pour La Presse nouvelle où je suis revenue sur le rappel de ce procès qui a condamné David IRVING négationniste notoire, engagé en réalité dans l’IRH et lié à Faurisson… Je recommande toujours la lecture de du texte de Pierre Vidal Naquet en ANTIDOTE ABSOLUE au REVISIONNISME hérité de Paul Rassinier, Faurisson et leurs amis .


« Le film Denial (Déni, négationnisme) de Mick Jackson sort le 26 avril. Pompeusement baptisé Le procès du siècle, il est décevant en ce qu’il ne founit aucun éclairage politique sur l’affaire. De quoi s’agit- il ? Du procès en diffamation intenté par le Britannique David Irving contre l’universitaire américaine, Deborah Lipstadt qu’il accuse de le présenter à tort comme un négationniste dans le livre Denying the Holocaust (Négationnisme de l’Holocauste) qu’elle a publié en 1993.


Le film a beau comporter une séquence de visite commentée à Auschwitz, à titre de preuve documentaire, il n’en joue pas moins la facilité en cherchant la sensation plutôt que la réflexion. Rachel Weisz figure plus qu’elle n’interprète Deborah Lipstadt avec force de séquences de jogging et – c’est à la mode, mais inutile pour le propos – et Timothy Spall dans le rôle de Irving est caricatural même si selon Raul Hilberg , Irving s’est toujours – comme Le Pen – comporté en provocateur. Seul Tom Wilkinson se montre convaincant dans le rôle de l’avocat de la défense. Au total, et malgré un prologue informant le public que l’histoire s’inspire de la réalité, nous avons droit à un succédané du Reader’s digest, où poncifs et clichés donnent une faible image du sujet.


L’affaire en elle-même est pourtant intéressante. L’Américaine Lispstadt, dont la vision est essentiellement mémorielle, voulait prouver la réalité de l’extermination en produisant les témoignages de survivants des camps , une démarche heureusement refusée par ses avocats lesquels choisirent de démontrer qu’Irving avait falsifié l’histoire, parce qu’il était d’extrême droite et antisémite.


Le procès s’est déroulé à Londres du 11 janvier au 11 avril 2000. Il s’est conclu par un verdict favorable à Lipstadt et à son éditeur. Le juge Charles Gray chargé de l’affaire estima qu’Irving avait délibérément manipulé les faits historiques à des fins idéologiques personnelles. Les avocats de Lipstadt prouvèrent qu’Irving était proche de l’IHR (l’Institute for Historical Review) que Pierre Vidal-Naquet décrit comme « la principale officine négationniste au monde (…) véritable “centre d’une Internationale révisionniste” ». Il fut prouvé qu’Irving collaborait au torchon négationniste de l’IHR et qu’il avait défendu Ernst Stundel, un nazi qui finança « l’expertise » commandée au pseudo ingénieur Leuchter pour prouver que, chimiquement et physiquement, il avait été impossible aux nazis d’effectuer des gazages. Leuchter était d’ailleurs un proche de Faurisson avant même d’avoir réalisé son expertise !


Le film ne réussit pas à montrer la nature fasciste et l’objectif politique du négationnisme, même s’il cite un extrait on ne peut plus clair du jugement prononcé par le juge Gray le 11 avril 2000 : « [Irving est] un négationniste actif ; c’est un antisémite et un raciste ; il s’associe avec des extrémistes de droite qui font la promotion du néonazisme […]. Le contenu de ses discours et de ses interviews démontre une tendance clairement pronazie et antijuive. Il fait, à propos du régime nazi, de surprenantes affirmations, souvent infondées, qui tendent à exonérer les nazis des atrocités épouvantables qu’ils ont infligées aux Juifs. […] De mon point de vue, la défense a établi qu’Irving avait un objectif politique. Un objectif qui, ainsi qu’il est légitime de l’inférer, le dispose, lorsqu’il le trouve nécessaire, à manipuler les données historiques de façon à les rendre conformes à ses convictions idéologiques. »

 

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« Liberté, égalité, fraternité » : naissance d’une devise

 

19 Aril 2017 

A propos de Louis Blanc en 1848, je rappelle ce que disait Marx dans les luttes de classe en France: « tandis qu’aux Luxembourg, ils cherchaient la pierre philosophale, à l’Hôtel de ville, ils battaient déjà la monnaie ». Soulignons également non seulement le réalisme de Marx, mais l’égalité homme-femme que Marx et Engels défendent et pas seulement dans les termes mais dans les faits et la manière dont sur ce point comme d’autres ils s’opposent à Proudhon et à d’autres révolutionnaires de l’époqie.

 

(note de Danielle Bleitrach)


Publié le 18/04/2017

Liberté, égalité, fraternité, estampe de C. Maurice ; 1848 – source Gallica BnF

Ces trois mots apparaissent pour la première fois sur un document officiel le 27 février 1848, à l’issue de la révolution.
 

Si la formule est plus ancienne, les trois mots « Liberté, égalité, fraternité » apparaissent côte à côte pour la première fois en tête d’un document « officiel » le dimanche 27 février 1848. Ce jour-là, Le Moniteur universel, organe du gouvernement français, publie un communiqué du gouvernement provisoire, formé suite à la révolution qui a eu lieu à Paris du 22 au 25 février et a abouti à la proclamation de la Deuxième République, où figure la devise. 

 

« Citoyens,

La royauté, sous quelque forme qu’elle soit, est abolie. […] La République est proclamée. Le peuple est uni. […] Conservons ce vieux drapeau républicain dont les trois couleurs ont fait avec nos pères le tour du monde. Montrons que ce symbole de liberté, d’égalité, de fraternité, est en même temps le symbole de l’ordre, et de l’ordre le plus réel, le plus durable, puisque la justice en est la base et le peuple entier l’instrument. »

 

Dans cette proclamation, où figurent aussi un certain nombre de mesures que le gouvernement provisoire entend présenter à l’Assemblée (abolition de la peine de mort, suffrage universel masculin…), la devise nationale est en effet directement reliée aux couleurs du drapeau de la France :

 

« Le Gouvernement provisoire déclare que le drapeau national est le drapeau tricolore, dont les couleurs seront rétablies dans l’ordre qu’avait adopté la République française ; sur ce drapeau sont écrits ces mots : République française, Liberté, Égalité, Fraternité, trois mots qui expliquent le sens le plus étendu des doctrines démocratiques, dont ce drapeau est le symbole, en même temps que ses couleurs en continuent les traditions. »

 

C’est Louis Blanc, membre du gouvernement, qui a décidé de l’adoption de la formule. Lors de la rédaction de la Constitution, le 4 novembre 1848, elle sera définie comme un principe de la République.

 

La liberté et l’égalité avaient été posées comme principe dans l’article 1er de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 (« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits »). En 1793, la Commune de Paris inscrivit sur les édifices publics de la ville la formule « La République une et indivisible – Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort ».

 

Telle quelle, la devise nationale n’apparaîtra que le 14 juillet 1880 sur le fronton de toutes les institutions publiques.

Ce que vont nous apprendre les archives de l’ONU sur l’Holocauste

 

 19 Avril 2017 

Ce que vont nous apprendre les archives de l’ONU sur l’Holocauste
Des déportés lors de la libération du camp d’Auschwitz en 1945. (Elizaveta Svilova / AFP)

Les archives de l’ONU utilisées pour poursuivre les nazis seront rendues publiques cette semaine. Ces dernières révèlent des détails sur les camps de la mort et la Shoah, une façon de lutter contre le négationnisme.

 

Pour la première fois, les archives de la Commission des crimes de guerre des Nations unies, datant de 1943, vont être rendues publiques par la Wiener Library de Londres, rapporte le « Guardian », ce mardi 18 avril. Un catalogue pourra être consulté en ligne. Cette bibliothèque a été fondée en 1934 par le Docteur Alfred Wiener pour surveiller l’antisémitisme nazi. A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, il a expédié sa collection à Londres et a travaillé avec le gouvernement britannique pour fournir des preuves pour les procès de Nuremberg.

 

Les archives en question avaient été classées et ont cessé d’être utilisées, sous l’impulsion des Etats-Unis, lorsque l’Allemagne de l’Ouest est devenue un allié au début de la guerre froide. Le président Harry Truman, mais aussi des responsables britanniques, avaient à cette époque estimé que le combat contre le communisme était prioritaire, ce qui aurait freiné les poursuites contre les nazis.

 

Les Alliés au courant des massacres dès 1942

 

L’annonce de la publication de ces archives intervient peu de temps après la sortie du livre « Human Rights After Hitler: The Lost History of Prosecuting Axis War Crimes » de Dan Plesch, directeur du Centre des études internationales et diplomatique de Londres, qui a eu accès à ces documents depuis une décennie.

 

Selon cet ouvrage, les puissances alliées étaient au courant des massacres de Juifs dès 1942.

« Les grandes puissances ont émis des commentaires sur le meurtre de masse des Juifs deux ans et demi plus tôt que ce qui était généralement supposé. On pensait qu’ils l’avaient appris quand ils ont découvert les camps de concentration, mais ces commentaires datent de décembre 1942 « , a expliqué le chercheur au quotidien britannique « The Independent », le 18 avril.

 

Un autre document, de mars 1943, cite l’un des ministres membres du cabinet de guerre de Winston Churchill, le vicomte Cranborne. Il a déclaré que les Juifs ne devaient pas être considérés comme « un cas particulier » et que le Royaume-Uni accueillait déjà trop de réfugiés.

 

La justice d’abord réclamée par les pays envahis

 

Les fichiers sur le point d’être rendus publics, que Dan Plesch a étudiés pour son ouvrage, révèlent des informations importantes sur les camps de la mort, les crimes de guerre nazis et l’Holocauste. On y apprend notamment que les premiers à avoir demandé que justice soit faite sont des pays qui ont été envahis comme la Pologne ou la Chine, avant même que la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ou la Russie lancent les procès de Nuremberg, en novembre 1945.

 

Toujours selon le « Guardian », les documents dévoilent également que le viol ou la prostitution forcée ont été poursuivis comme crimes de guerre dans des tribunaux de pays plus éloignés comme la Grèce, les Philippines ou la Pologne à la fin des années 1940. Jusqu’alors, la reconnaissance de ce type de crimes de guerre était considérée comme une avancée légale des années 1990 après le conflit bosnien.

 

Des détails sur les camps d’Auschwitz et Treblinka  

 

Le gouvernement polonais en exil a également pu fournir des descriptions détaillées des camps de concentration d’Auschwitz et Treblinka où des millions de Juifs ont été gazés. Une archive d’avril 1944 explique notamment que les victimes étaient forcées d’enlever leurs vêtements et comment « les sols des chambres en terre cuite… devenaient très glissants quand ils étaient mouillés ».

 

D’autre part, certains des plus anciens fichiers collectés accusent directement Adolf Hitler pour son rôle dans la coordination et le contrôle des unités nazies de Tchécoslovaquie. Là-encore la majorité des documents ont été rapportés par le gouvernement de ce pays, alors en exil. Plus de 300 pages détaillent ses ordres et ses responsabilités. Le Führer avait été accusé en secret par une réunion de la Commission des crimes de guerre fin 1944.

 

 

 

Un document de la Commission des crimes de guerre des Nations unies de décembre 1944 accusait Adolf Hitler de crimes de guerre. (Capture d’écran « The Independent »)

 

« Une ressource pour combattre le négationnisme »

 

Alors que ces archives ne pouvaient être consultées qu’avec l’accord du gouvernement et du secrétaire général de l’ONU, le chercheur Dan Plesch a aidé à convaincre Samantha Powers, l’ambassadrice américaine à l’ONU de les rendre accessibles. Ce qu’elle a fini par accepter. Pour lui, « c’est une importante ressource pour combattre le négationnisme de l’Holocauste ».

 

L’archiviste de la Wiener Library a également déclaré au « Guardian » :

 

« Nous anticipons un fort intérêt. Certain des fichiers PDF contiennent plus de 2.000 pages. […] Il se pourrait bien que les gens soient en mesure de réécrire des chapitres cruciaux de l’histoire à l’aide de ces nouveaux éléments de preuve. »

 

Marlène Thomas

Publié par  Le Mantois et Partout ailleurs

16 avril 1917: l'offensive française meurtrière du Chemin des Dames et la Chanson de Craonne

16 avril 1917: l'offensive française meurtrière du Chemin des Dames et la Chanson de Craonne

Lors de la conférence interalliée de Chantilly, le 16 novembre 1916, le général Nivelle assure que son offensive sera la"rupture" décisive tant attendue grâce à une préparation massive de l'artillerie qui dévastera les tranchées ennemies."Je renoncerai si la rupture n'est pas obtenue en quarante-huit heures" , promet-il. Mais au bout de 24 h, c'est un échec sanglant et le général perdure à envoyer les soldats français au massacre.

Lors de ces attaques, plus de 20 000 soldats tombent. Le désespoir est immense chez les poilus et ils ne supportent plus ces sacrifices inutiles ni les mensonges de l'état-major. Des mutineries éclatent, sans qu'une arme ne soit braquée sur un gradé ou qu'une compagnie n'ait déserté. Les mutineries interviennent à l'arrière dans les troupes mies en repos après cette offensive des plus meurtrières, le général Nivelle ordonnant qu'elles remontent au front.

Celui n'est limogé que le 15 mai 1917. Pétain le remplace, mais les mutineries perdurent durant tout ce printemps 1917. L'historien Jean-Baptiste Duroselle évalue à 250 le total des mutineries sur le front français. Sous les ordres de Pétain, les tribunaux militaires prononcent3 427 condamnations dont 554 à mort ; à sept reprises, Pétain refuse de transmettre les dossiers de recours en grâce et une soixantaine de soldats sont passés par les armes. Les autres sont condamnés aux travaux forcés.

Le nom de Craonne, situé au cœur de la bataille du Chemin des Dames, a été popularisé par La Chanson de Craonne qui reste associée aux mutins de 1917 de la Première Guerre mondiale et fut interdite sur les antennes jusqu'en 1974.

 

 

Hô Chi Minh, journaliste à « l’Humanité »

 

Publié le 10/04/2017

L’Humanité du 1er juin 1922 ; source RetroNews BnF

Au début des années 20, le futur président de la république démocratique du viêt nam publia des articles anticolonialistes dans le journal communiste.
 

Entre 1920 et 1923, on trouve en bas de plusieurs articles de L’Humanité la même signature : Nguyen Ai Quac. Ce pseudonyme, qui signifie « Nguyen le Patriote » en vietnamien, est celui d’un journaliste et militant communiste du nom de Nguyễn Sinh Cung. Des années plus tard, celui-ci sera connu dans le monde entier sous celui de Hô Chi Minh.

 

Né en 1890 dans le nord de l’Annam, province de l’Indochine française, il vit en France depuis 1918. Lié à la gauche française (il adhère à la SFIO en 1918, puis au Parti communiste en 1920), il y publie un livre, Le Procès de la colonisation française, et rédige de nombreux articles dans lesquels il rapporte les injustices vécues par ses compatriotes et dissèque l’actualité coloniale. Certains paraissent dans le journal qu’il a créé, Le Paria, d’autres dans la rubrique « L’Humanité aux colonies » du quotidien communiste.

 

Le jeune militant prône une complémentarité, au sein du Parti communiste, entre la lutte ouvrière et la lutte anticoloniale. Dans un article paru le 25 mai 1922, il écrit ainsi :

 

« Le parti français ne peut, comme les Ire et IIe Internationales, se contenter de manifestations purement sentimentales et sans suites ; mais il doit avoir un plan d’action précis, une politique effective et réaliste. »

 

Le 1er juin 1922, il dénonce avec virulence la situation dans les colonies :

 

« Pour masquer la laideur de son régime d’exploitation, le capitalisme colonial décore toujours son blason pourri avec la devise idéaliste Fraternité, Égalité, etc. Or voici comment ce champion d’égalité entend la mettre en pratique. Dans le même atelier et pour le même travail, l’ouvrier blanc est plusieurs fois mieux payé que son frère de couleur. Dans les administrations, les indigènes, malgré la durée de service et malgré l’aptitude reconnue, touchent un salaire de famine, tandis qu’un blanc nouvellement pistonné reçoit des appointements supérieurs en faisant moins de travail. »

 

Le 24 juin et le 20 août, il publie deux contes amers sur l’Indochine, « Les Lamentations de Trung-Trac » et « L’Enfumé »Le 28 septembre, il s’en prend à la censure postale qui frappe les habitants des colonies :

 

« Alors qu’on tue et qu’on vole impunément les indigènes, ceux-ci n’ont même pas le droit le plus élémentaire, celui de correspondre. Cette atteinte à la liberté individuelle vient ajouter un autre diadème sur la couronne de l’ignoble politique de mouchardage et d’abus qui règne dans nos colonies. »

 

Le 8 janvier 1923, épluchant le budget des Colonies, il ironise sur la « mission civilisatrice » de la France :

 

« Si nous ajoutons que, rien que pour l’Indochine, les dépenses militaires dépassent, en millions 600 000 fr., alors que le budget pour l’Instruction publique n’atteint pas mille piastres, et celui pour les services sanitaires 55 mille piastres, on voit toute la beauté du régime colonial de la débonnaire et désarmée République française. »

 

À cette époque, L’Humanité était le seul quotidien à grand tirage ouvertement anticolonialiste.

 

En mai 1923, Nguyễn Sinh Cung est convié à Moscou, où il est formé par le Komintern, qui l’envoie en Chine construire les bases d’une organisation révolutionnaire indochinoise. Fondateur en 1930 avec Mao du Parti communiste indochinois, il mènera la lutte contre les colonisateurs français, puis l’occupant japonais à la tête du Viêt-minh, jusqu’à la révolution d’Août, en 1945. Celle-ci aboutira, le 2 septembre, à l’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam.

 

Devenu président en 1954, à la suite des accords de Genève, celui qu’on appelle désormais Hô Chi Minh meurt le 2 septembre 1969, vingt-quatre ans exactement après la proclamation d’indépendance.

 

Vel d’hiv encore: Une chanson inconnue qui dit bien ma rage et ma revendication de l’éternité contre les bourreaux

 

11 Avril 2017

Le Vel d’hiv, nous qui en sommes revenus, comment peut-on survivre à une telle expérience ? Mon mari qui avait été déporté communiste à Dachau, emporté dans le train de la mort me disait « si l’on veut survivre dans de telles conditions, il faut s’oublier… je l’ai cru et c’est pour ça que je suis devenue communiste : pour transformer mes peurs enfantine en part d’éternité…

 

Mais cette chanson de Bécaud criée par Anny Cordy dit bien la colère qui reste pour toujours au fond de mon coeur et que tout racisme, toute injustice envers les pauvres réveille.

 

Danielle Bleitrach

 

Il y a eu le Vel d'Hiv, ses 13 000 raflés et déportés...et ceux qui l'ont organisé.

 

Publié le 10 Avril 2017

Certains d'entre eux

prendront en catastrophe

le chemin de Sigmaringen.

D'autres réussiront

de spectaculaires reconversions.

On comprend pourquoi

ils préfèrent

ne pas trop s'attarder sur la période 

 

Il y a eu le Vel d'Hiv, ses 13 000 raflés et déportés...et ceux qui l'ont organisé.

 

Pour  comprendre pourquoi le Vel d'Hiv, pourquoi Drancy, pourquoi les convois des 31000 et 45000 et d'autres, pourquoi N&N (en français "nuit et brouillard") qui ne correspondaient pas à une définition unique mais dont les traits communs fondent une politiques, il faut revenir à ce qui fait la litière gorgée de purin de l'extrême droite française.

 

L'antisémitisme se conjugue avec la haine du peuple surtout s'il brandit un drapeau rouge. (la haine du "juif Marx" est en cela générique)

 

Ce qui fera les lois antisémites d'octobre 40, annotées de la main de Pétain pour les rendre plus virulentes, remonte à l'affaire Dreyfus et l'ultra réaction catholique prégnante au sein de l'état major. Déjà hors des casernes un vaste réseau émergera avec Daudet (Alphonse l'ordure financeur, puis Léon son fils lié à Drumond et l'Action française). Ce sera le creuset de la haine anti front populaire. une putréfaction financée sans limite par la partie la plus réac puis fascisante du patronat.

 

Quand les plus de 600 députés et sénateurs autorisent Pétain à mettre à bas la République,il ne seront que peu inquiété à la libération au regard de leur responsabilité,  Weygand (futur académicien sous la 5e) depuis la Syrie où il piaffe d'impatience pour "casser les reins aux soviets et s'emparer des puis de pétrole de Bakou"  dira "c'est déjà ça de gagné". 

 

Dans ces conditions, dire que le veld'hiv c'est de la responsabilité de la France revient à dire à juste titre que tous les francisqués (de Pinay à Mitterrand), tout ceux qui prendront le maquis en septembre 44 voir ceux qui quitteront vichy pour rejoindre Alger ou Londres en 1943 sont coresponsables de ce crime sans  précédent dans l'histoire du pays (même le "tuez les tous dieu reconnaîtra les siens" contre les cathares avaient fait moins de victimes).

 

Et surtout tâche indélébile à l'infamie alors que ni Oberg à Paris ni Berlin ne demandaient au titre de la conférence de Wansee que la France leur livre les enfants, c'est Laval avec l'accord de Pétain qui, si on ose le dire ainsi ici, a poussé les feux avec l'active mobilisation de Bousquet le pote et protégé de Mitterrand.

 

A ce propos il serait bon de rappeler largement que la führerin du f-haine dirige une organisation fondée par les résidus de cette collaboration à l'image d'un de ceux qui avec son père a porté son parti sur les fonds baptismaux :Tixier Vignancourt. Celui-ci sera l'avocat de Celine le nazi et de Salan de l'OAS. Le Pen père sera le directeur de campagne lors de la présidentielle de 1965. Il a été des très antisémites  camelots du roi, membre des Volontaires nationaux liés aux Croix-de-feu puis du Parti populaire français de Doriot, il est secrétaire général adjoint à l’Information de l’État français du gouvernement de Vichy de 1940 à 1941 au moment ou Petain inscrit l'histoire de l'infamie de l'état français et tiendra une tribune antisémite sur les ondes qui concurrencera la haine d'un Hérold Paquis.

 

Oui, Vichy n'est pas une parenthèse mais bien la continuité ignoble d'un processus construit sous la République par une part importante de ses "élites" pour la détruire. Arrivant à ses fins par les trahisons en cascade (de l'Espagne 36 à la capitulation été 40  en passant par Munich 38) ces "élites" renoueront au grand jour avec les traditions bestiales du pogrom qui depuis Louis N°9 de chez Capet (et pour cela aussi sera sanctifié par l'église) que la Révolution Française (que pour cela aussi ils haïssaient) avaient condamné en instaurant le droit du sol opposé au droit du sang que le F-haine veut réinstaurer. Tout se tient.

 

L'opération de la patronne du f-haine en cela n'est que la continuité des diversions pour effacer des mémoires la convergence de la haine de classe, la haine raciale, la haine sociale ; la haine de l'autre tout simplement. 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

L’accueil des réfugiés en France au XIXe siècle

 

09 Avril 2017

 

 

Espagnols, allemands, polonais, italiens… ils sont nombreux à avoir cherché asile en france au cours du xixe siècle. L’historienne Delphine Diaz, spécialiste de l’histoire des exilés et réfugiés politiques, revient sur les réactions que leur arrivée a suscitées.

 

Alors que la crise de l’asile occupe aujourd’hui les unes des journaux européens et s’impose comme un sujet politique et médiatique de premier ordre, le détour par la presse du XIXe siècle montre que l’accueil de réfugiés étrangers n’est pas sans avoir suscité l’intérêt des journaux de l’époque.

 

La France a accueilli entre le printemps 1813 et la fin de l’année 1814 plus de 10 000 réfugiés espagnols, ceux qu’on appelait les « joséphins » en référence à leur engagement en faveur du régime de Joseph Bonaparte. Ils ont reçu à leur arrivée en France des secours qui ont été distribués pour la première fois à l’été 1813. Il en est fait mention dans le Journal des débats et des décrets du 11 octobre 1814 :

« (…) il sera donné aux réfugiés espagnols non militaires, y compris les femmes et les enfants, des secours comme aux Espagnols militaires réfugiés. Pour les obtenir, ils sont tenus de se faire inscrire chez les commandants d’armes des lieux où ils habitent, ou chez le commandant qui est le plus à proximité de leur résidence. »

Mais l’attribution de cette aide financière a rapidement fait l’objet de critiques sous le régime de la Restauration, comme le montrent les débats à la Chambre des députés retranscrits dans le Journal des débats politiques et littéraires en 1817.

« M. Cornet d’Incourt : Je me suis servi de l’expression de traitement d’inactivité, parce qu’il résulte des discussions qui ont eu lieu, que les réfugiés espagnols ne reçoivent pas uniquement des secours alimentaires, mais des traitements ou des pensions (comme vous voudrez les appeler) proportionnés à leurs grades et aux emplois qu’ils occupaient dans le gouvernement de Joseph Buonaparte. »

Massification et diversification

 

Au cours des années 1820, l’accueil d’exilés politiques s’est poursuivi, rythmé par l’arrivée aux frontières d’exilés espagnols, italiens et portugais engagés en faveur du libéralisme. Mais à partir de la monarchie de Juillet, la France a dû faire face tout à la fois à une massification et à une diversification géographique des émigrations politiques.

 

Si le « soleil de Juillet » dont parlait Heinrich Heine a exercé son attrait sur les patriotes allemands, italiens et espagnols, les plus nombreux à arriver en France à partir de l’hiver 1831-1832 sont les Polonais de la « Grande Émigration », dont plus de 4 000 d’entre eux ont reçu des secours de l’État dès leur arrivée et ont suscité des manifestations de solidarité au sein de la société civile, comme on peut le lire dans Le Constitutionnel du 28 janvier 1832 :

« - Les élèves du collège royal d’Orléans ont ouvert entr’eux une souscription au profit des réfugiés polonais. […]


- Le premier convoi des colonnes de Polonais qui arrivent en France par Forbach, a dû faire son entrée le 25 à Metz, il est composé d’environ 70 officiers […]. »

« La réunion était embellie par un grand nombre de dames qui ont fait une quête pour les Polonais réfugiés. La collecte a produit une somme assez considérable, qui sera versée au comité central, présidé par le général Lafayette. »

Au cours de cette décennie, les étrangers accueillis en France pour des motifs politiques n’étaient cependant pas tous inspirés par le libéralisme comme les Polonais, ceux qu’on appelait alors les « Français du Nord ». La première guerre carliste espagnole (1833-1839) s’est soldée par l’exil de milliers de partisans légitimistes du prétendant Don Carlos vers la France.

 

Les révolutions de 1848-1849 et les phénomènes de répression qui les ont accompagnées ont incité de nouveaux opposants européens, libéraux et démocrates, à prendre le chemin de l’exil jusqu’à la France, qu’ils fussent Lombards ou Vénitiens, Allemands ou Hongrois.

 

En mai 1848, Le Constitutionnel relate le passage à Strasbourg de colonnes d’Allemands qui « doivent être traités comme réfugiés politiques » et se voient disséminés dans les départements français.

« Nous lisons dans le Courrier du Bas-Rhin : « Une décision ministérielle parvenue à Strasbourg porte que les Allemands qui peuvent se trouver réunis sur le territoire français seront internés dans différents départements, parmi lesquels seront désignés à leur choix ceux du Doubs, du Jura, de la Haute-Saône, des Ardennes, etc. Ils doivent être traités comme réfugiés politiques et recevront des passeports avec secours de route.

 

Une première colonne d’une soixantaine d’hommes est revenue du Haut-Rhin à Strasbourg dans la journée de vendredi ; une seconde colonne est arrivée samedi. Les citoyens de Strasbourg ont continué, avec un généreux empressement, à pourvoir à la subsistance de ces réfugiés. Si la politique adoptée par le Gouvernement français l’oblige à s’opposer au séjour prolongé de ces étrangers dans les départements du Rhin, la sympathie de la population de Strasbourg pour ces défenseurs de la cause républicaine en Allemagne ne conserve pas le moins le droit d’adoucir, autant que possible, la pénible position dans laquelle ils se trouvent en ce moment. » »

La construction du « réfugié »

 

C’est aussi au cours de la première moitié du XIXe siècle, époque où les migrations politiques vers la France se sont intensifiées, que s’est parallèlement construite, de manière à la fois juridique et empirique, la catégorie administrative du « réfugié ». Elle est circonscrite dans de nouvelles lois qui adoptent ce terme dans leur intitulé, en premier lieu celle du 21 avril 1832, précédée de débats houleux à la Chambre dont se fait l’écho Le Figaro du 10 avril 1832.

 

« Pareille loi, on le comprend d’avance, ne pouvait passer sans qu’elle soulevât une chaude et opiniâtre opposition. Ainsi il en a été.

 

Nous avons eu des discours comme aux plus beaux temps de la ferveur parlementaire. Nous avons eu, comme alors, des interruptions et des cris, des attaques violentes et des rappels à l’ordre. Le drame avec toutes ses scènes a été complet.

 

M. Lafayette, généreux avocat de tous les patriotes du genre humain, vénérable citoyen cosmopolite des deux-mondes, a plaidé avec cette onction qu’on lui sait la cause des étrangers victimes des malheurs politiques de leur patrie, et surtout la victorieuse tyrannie de l’autocrate. »

Grâce à cet appareil législatif, grâce à la réglementation et aux expérimentations qui l’ont accompagné et précisé, les réfugiés ont été progressivement définis comme des individus coupés de tout lien avec leur pays d’origine, venus en France pour des motifs exclusivement politiques, et devant compter sur l’aide du gouvernement pour subsister.

 

Néanmoins, après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851, l’exil n’est plus seulement un phénomène auquel l’opinion de gauche française assiste avec sympathie, tandis que l’administration renâcle pour des raisons à la fois économiques et politiques ; il devient aussi un triste article d’exportation. Les proscrits républicains français, qui ont sans doute représenté un effectif de plus de 10 000 personnes, se sont dispersés dans plusieurs pays d’accueil tels que la Belgique et la Grande-Bretagne.

 

Dans le même temps, c’est le statut à la fois administratif et symbolique d’une France terre d’asile qui s’est trouvé compromis par un régime suspicieux à l’égard des exilés étrangers, ne manifestant plus de compassion pour ceux qui étaient considérés comme des fauteurs de troubles et des ennemis politiques en puissance.

 

Delphine Diaz, historienne, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Reims Champagne-Ardenne


Publié le 15/11/2016

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

La Rafle du Vel' D'hiv et la préférence nationale des bleu blanc brun: cela semble en indisposer certains du côté de la pensée unique

 

 

La Rafle du Vel' D'hiv et la préférence nationale des bleu blanc brun: cela semble en indisposer certains du côté de la pensée unique

 

La candidate de l'extrême droite à la présidence de la République française - rien que ça- a nié publiquement hier la responsabilité de la France dans la rafle antisémite du Vel' d'Hiv, perpétrée les 16 et 17 juillet 1942 dans Paris et sa banlieue. Ce n'est pas la première fois que le parti d'extrême droite révise ainsi les années noires de l'Histoire de France, sous l'Etat français de Philippe Pétain collaborant avec l'Allemagne nazie. Nombre  de français dits de souche, ayant collaborés avec le Reich Hitlérien, se sont retrouvés en 1972 comme dirigeants du FN.

 

Ainsi il en est de Léon Gaultier

La Rafle du Vel' D'hiv et la préférence nationale des bleu blanc brun: cela semble en indisposer certains du côté de la pensée unique

Né en 1915, il entre en 1941 au Cabinet de Paul MARION fondateur du Parti populaire français d'inspiration fasciste et futur ministre de Philippe Pétain. Léon Gaultier fonde la Milice, organisation para-militaire créée pour traquer les Juifs et la Résistance et armée par l'Allemagne nazie. En 1943, Léon Gaultier est sous-lieutenant de la SS et combat contre l'Armée rouge.

Arrêté à la Libération, il est condamné à 10 ans de réclusion, Mais libéré en Juin 1948, après que le PCF ait été chassé du gouvernement de la France, il devient Directeur des relations publiques pour l’Agence Havas jusqu’en 1958. Il avait été chroniqueur à Radio Vichy durant la guerre. Il quitte Havas pour être Directeur du Syndicat des grossistes en produits alimentaires. 

 

Par la suite, il cofonde avec Jean-Marie Le Pen la Société d’études et de relations publiques spécialisée dans l’édition de discours politiques et chants militaires, notamment nazis. En 1972, il compte parmi les membres fondateurs du conseil national du Fn.

 

Le  a lieu l'élection du premier bureau politique du FN, avec pour président Jean-Marie Le Pen. Le vice-président est François Brigneau, engagé dans la Milice après le débarquement des Alliés en Normandie en juin 1944. Le trésorier est Pierre Bousquet ancien caporal de la 33e division de grenadiers SS Charlemagne. il fait partie des 300 Français qui combattront les Russes en avril 1945 dans Berlin.

 

Pourquoi la candidate de l'extrême droite renierait-elle ceux qui collaborèrent sous le régime Vichy avec l'Allemagne nazie et fondèrent le parti de son père, celui-ci ayant été aidé financièrement comme héritier de la fortune du cimentier Lambert en 1976?

4 avril, brève dans l'histoire

 

Publié le 4 Avril 2017

Au pays de la liberté...

d'entreprise,

celle d'exploiter.

 

4 avril, brève dans l'histoire

Quand le Napalm de ses B52 ravageaient  le Vietnam et aspergeaient les populations par des rideaux de napalm de Monsanto.

 

Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné à Memphis - La Contre-Histoire

Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné à Memphis - La Contre-Histoire

 

Le 4 avril 1968, Martin Luther King est assassiné à Memphis, Tennessee, sur le balcon du Lorraine Motel. " Les barricades sont les voix de ceux qu'on n'entend pas. " Martin Luther King. Le pasteu...

http://lacontrehistoire.over-blog.com/le-4-avril-1968-martin-luther-king-est-assassin%C3%A9-%C3%A0-memphis

 

Version étatsunienne de "la rose et le Réséda", dans le même temps, Paul Robeson était interdit de sortie des USA harcelé par le FBI pour user de sa notoriété d'artiste pour mener son combat de citoyen américain progressiste, engagé, pacifiste, opposé aux guerres impérialistes, soutien à celles de libération, l'unissant avec celui qui croyait au ciel, M Luther King, lui qui n'y croyait pas. 

 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par  El Diablo

Il y a 65 ans, le 30 mars 1952, l’exécution de Níkos Beloyánnis, communiste, chef de la résistance grecque pendant la Seconde Guerre mondiale

Níkos Beloyánnis, l'homme à l'œillet rouge

Níkos Beloyánnis, l'homme à l'œillet rouge

Il est né à Amaliada (Péloponnèse) en 1915. Il est issu d’une famille aisée et étudie le droit à Athènes. Dans les années 1930, il est arrêté et incarcéré à la prison Akronauplia (Nauplie) par le régime de Métaxas. Il reste entre les mains des Allemands après l’occupation nazie du pays (1941). Il s’évade en 1943 et rejoint Armée populaire de libération nationale (ELAS) dans le Péloponnèse avec Áris Velouchiótis. Il devient commissaire politique de l’Armée démocratique de Grèce (DSE) au cours de la Guerre civile grecque ; il est un des derniers à quitter le pays en 1949 après la défaite des communistes.

En juin 1950, Beloyánnis retourne en Grèce afin de réorganiser le Parti communiste (KKE) déclaré illégal. Il est arrêté le 20 décembre 1950 et accusé de transmettre des informations à l’Union soviétique et enfermé jusqu’au procès en cellule éclairée en permanence. Sa compagne Hélli Iôannídou arrêtée avec lui, était enceinte. Elle accouchera de leur fils Nikólaos en août.

le portrait de Níkos Beloyánnis par Picasso

le portrait de Níkos Beloyánnis par Picasso

Le procès, qui concerne 94 accusés, débute à Athènes le 19 octobre 1951. L’un des trois membres de la cour martiale est Geórgios Papadópoulos, qui devint plus tard le chef de la dictature militaire de 1967-1974.

Beloyánnis nie toutes les accusations et insiste sur le caractère patriotique de ses actions pendant la résistance anti-nazie (1941-1944), l’intervention britannique (1944-1946) et la guerre civile grecque (1946-1949).

La cour martiale le condamne à mort le 16 novembre ainsi qu’onze de ses camarades

Un deuxième procès se déroula le 15 Fevrier 1952, devant le Tribunal permanent des forces armées, avec 28 accusés, dont Hélli Iôannídou. Elle apprendra sa condamnation à mort, deux semaines plus tard, lors de son accouchement. Les nouvelles accusations étaient l’espionnage, suite à la découverte (vraie ou fausse) le 14 novembre de radios clandestines au Phalère.

Hélli Iôannídou, jeune mère, ne fut pas exécutée.

En dépit des appels nationaux et internationaux à la clémence, Le 1er mars 1952, à Athènes, le Tribunal militaire permanent condamne à mort Níkos Béloyánnis, 37 ans,

Béloyánnis tenait un œillet rouge durant le procès.Image et symbole qui se répandirent dans le monde entier.

Béloyánnis fut exécuté, au matin blême, à 4 h 10, dimanche 30 mars 1952, avec Dimítris Bátsis, Níkos Kaloúménos et Ilías Argyriádis, au camp de Goudí. Certains pensent que l’heure très matinale, et le dimanche (où on n’exécutait pas) étaient un moyen d’éviter l’arrivée de la grâce, de créer le fait accompli devant l’indignation de nombreuses nations.

Picasso fit un portrait de  » l’Homme à l’œillet »

Les derniers mots de Béloyánnis pour elle étaient : « Vis, pour l’enfant et la vengeance ».Les poètes Yánnis Rítsos et Manólis Anagnôstákis firent mémoire de cette exécution.L’ambassadeur de Grèce en France était Raphaël Raphaël. Des manifestants protestèrent rue Auguste Vacquerie, jetant des pierres sur l’ambassade, protégée par la police.

Il y a 65 ans, le 30 mars 1952, l’exécution de Níkos Beloyánnis, communiste, chef de la résistance grecque pendant la Seconde Guerre mondiale

En France Pierre Courtade et Claude Roy publièrent « Meurtres à Athènes », préface de Paul Eluard et portrait par Picasso.

En 1980 Nikos Tzimas fit le film « O anthrôpos mé to garyphalo » (L’homme à l’œillet), musique de Théodôrakis. Béloyannis eut sa statue à Berlin-Est.C’est un des faits dramatiques qui s’intègrent dans la Guerre froide.

Beloyánnis est devenu un héros de la résistance grecque, et une victime symbolique de la guerre froide. Son nom a été donné au village de Beloiannisz, construit en Hongrie pour héberger les réfugiés politiques grecs qui vivaient en exil depuis la fin de la guerre civile (1949) jusqu’au rétablissement de la démocratie en Grèce (1974).

SOURCES:

Hommage à un Communiste, Nikos Béloyánnis l'homme a l'œillet rouge,

 

https://syrizaparis.wordpress.com/2014/03/29/hommage-a-un-communiste-nikos-beloyannis-lhomme-a-loeillet-rouge/

 

BELOYANNIS, L'HOMME A L'OEILLET ROUGE, COMME JEAN NICOLI - Ça n'empêche pas Nicolas

 

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-beloyannis-l-homme-a-l-oeillet-r

28 mars 2017

Aymeric Monville, histoire de l'URSS et Grover Furr

 

 

« Aujourd’hui, indique Aymeric Monville, il faut – et c’est le militant qui parle, pas seulement l’éditeur -, sortir par le haut de ces querelles. L’anti-stalinisme de système prôné par Khrouchtchev a été un piège où l’URSS s’est perdue et qui contribue à empêcher une renaissance communiste. Mais faire comme si l’horloge s’était arrêtée en 1953 en restaurant une sorte de culte approuvant a priori tout ce qui s’est passé n’est pas non plus une solution : par ex. il est évident que l’addition du monolithisme systématique dans le parti additionné à la dérive révisionniste engagée sous Khrouchtchev et parachevée par Gorbatchev, a grandement facilité par la suite l’autodestruction sous influence du PCUS et de l’URSS : quand tout le parti est habitué à considérer le mot « opposant » comme synonyme de « traître », quand en France même, ceux qui se sont opposés à la « mutation » réformiste sont traités en anticommunistes, quand, par crainte des dissidences et des divisions, la « vérité de parti » tend à dicter ce qui est scientifique et ce qui ne l’est pas, ce qui est artistique ou pas, il faut évidemment en revenir à la juste dialectique léniniste entre la discipline de parti (une fois les débats conduits à leur terme) et la démocratie interne dans les organes populaires et a fortiori, aux discussions sans préjugés aucuns dans les milieux scientifiques et artistiques... »

 

Reprenons la présentation de l'histoire de l'URSS...

 

Michel Peyret


Histoire de l’URSS : où en est l’historiographie ?

Echange avec A Monville éditeur de G Furr en France

 

 

2017 est l’année du centenaire de la révolution d’Octobre. Le moment évidemment de se poser la question de ce qu’a été l’histoire réelle de l’URSS, loin des éléments de propagande anticommuniste directement copié collé de 70 ans de guerre froide. Initiative Communiste a interviewé Aymeric Monville, éditeur de l’historien anglais Grover Furr en France : ce dernier dans son ouvrage « Kroutchev a menti » a réexaminé minutieusement le rapport Krouchtchev à l’aune des recherches les plus récentes s’appuyant sur les archives ouvertes depuis la chute de l’URSS.

 

Dans de prochains articles, la rédaction d’Initiative Communiste qui s’est penchée sur les publications internationales reconnues, reviendra sur les chiffres, sans rien éluder de leur dimension tragique et de la réflexion critique qu’ils doivent inspirer aux communistes. Mais démontrant une réalité factuelle bien loin des éléments de propagandes habituels (les 100 millions de mort…).

 


L’universitaire et historien américain, Grover Furr, élabore une œuvre originale, iconoclaste, depuis quelques années, en travaillant sur de nombreuses archives. La recherche et la production universitaires américaine sont beaucoup plus dynamiques et créatrices, dans le champ historique qu’il travaille, à savoir l’Histoire de l’Union Soviétique au XXe siècle. Le fait que l’URSS ait vécu un duo/duel avec les USA pendant plusieurs décennies a conduit de nombreux américains à étudier leur « ennemi ». Dans un premier ouvrage traduit et publié par les Editions Delga, Furr a totalement remis en cause le fameux rapport Khrouchtchev de 1956, rapport sur et contre Staline, rapport « secret » qui a rapidement fuité à l’Ouest, et dont depuis beaucoup se servent pour systématiquement pilonner le stalinisme. Pour Furr, on peut le dire, ce rapport est un gigantesque « faux », qui cumule des faux, et usages de. Quels sont les premiers et fondamentaux arguments de Furr pour en venir à une telle conclusion ?

 

Aymeric Monville : Tout d’abord de simples réfutations factuelles: par exemple Khrouchtchev fut le premier à avoir accusé Staline d’avoir « déporté » de nombreux peuples. Il s’agit en réalité, et cela est confirmé par les spécialistes russes, non communistes de ces questions (Bougaï, Gomov, Zemskov…), d’évacuations de populations majoritairement collaboratrices des nazis pendant la guerre car on ne pouvait les laisser sur les arrières de l’Armée rouge. Le déplacement en masse était donc une nécessité militaire mais aussi mesure de clémence. Car s’il l’on avait appliqué les lois de la guerre (qu’on les considère comme excessives ou pas), une bonne partie de la population masculine aurait été passée par les armes pour trahison, ce qui aurait compromis la pérennité même des nationalités en question, nationalités dont la protection était une question de principes en URSS.

 

C’est donc aussi simple à comprendre que de réfuter la propagande qui consiste actuellement à faire passer, à la faveur d’un flou juridique sur les termes, le chiffre des interpellations à Cuba pour des arrestations pures et simples de prisonniers politiques (ce fait a été confirmé par un ancien ambassadeur français à La Havane dans une réunion publique récente à la maison de l’Amérique latine).


Pour la question, beaucoup plus complexe, des « grandes purges », je pense qu’il faut un peu plus de recul.

 

En effet, il est utile d’évoquer le contexte général de l’historiographie soviétique aux Etats-Unis, qui travaille souvent dans l’indifférence, ce qui préserve une certaine sérénité.

 

L’intérêt pour une soviétologie de qualité aux Etats-Unis remonte également à la fin de la guerre du Vietnam, quand la dérouillée que la bourgeoisie impérialiste avait subie lui a fait prendre conscience qu’elle avait sous-estimé son adversaire et qu’elle était en quelque sorte devenue la victime de sa propre propagande.

 

Donc pour diverses raisons, bonnes ou mauvaises, vous avez des recherches intéressantes aux Etats-Unis. Les noms de John A. Getty, Robert W. Thurston (qui a apporté son soutien à Grover Furr) ont marqué les esprits.

 

Donc Furr s’inscrit dans ces travaux antérieurs qui replacent les grandes purges dans un contexte de guerre civile au sein du Parti-Etat. Thèse en réalité beaucoup plus solide que la version dite « totalitaire » qui n’explique pas la contradiction logique suivante : si Staline avait les pleins pouvoirs, pourquoi déclencher une répression massive et notamment des procès spectaculaires dont un seul seulement est à huis clos?

 

Sinon, Furr prend le parti que la plupart des réhabilitations du rapport Pospelov (nommé par Khrouchtchev) n’ont motivé leurs conclusions par aucune ouverture d’archives, ni sous Khrouchtchev ni même sous ses successeurs, notamment Gorbatchev ou Eltsine et que donc, en absence de preuves il faut s’en tenir à la chose jugée.

 

Bien entendu, on oppose à ces principes la thèse selon laquelle les aveux auraient été extorqués, thèse qui se heurte pourtant au fait qu’à ce niveau d’enjeux (il en va de la survie d’un Etat et de tout un peuple face à l’invasion fasciste qui se préparait), il y avait nécessité pour les responsables du Parti de démasquer une opposition séditieuse réelle et non fantasmée. Même les trotskistes sérieux reconnaissent que la thèse de la « paranoïa » de Staline ne tient plus (voir question suivante). Les notes de Staline, comme le montre Furr, montrent que dans l’instruction des procès, il cherche à comprendre ce qui se passe, non à condamner a priori.

 

Bien évidemment, il reste des zones d’ombre. Si je compare avec ce que dit Molotov, celui-ci, dans ses entretiens avec Tchouïev dans les années 70-80, parle de graves erreurs à propos de la période des grandes purges, de personnes innocemment condamnées, de manque de contrôle des services secrets par le Parti, ce qui d’ailleurs avait été implicitement reconnu par la réalité même des procès de Iagoda puis Ejov.

 

Molotov ajoute que décision avait été prise d’éliminer préventivement toute cinquième colonne, ce qui implique une sévérité extrême quant aux critères de fidélité (qui fait penser aux lois de prairial). Molotov conclut qu’en absence d’une reconnaissance aussi tragique de la situation (dont nous savons aujourd’hui qu’elle a coûté 700 000 à 800 000 morts), l’URSS aurait tout de même gagné la guerre mais aurait perdu des millions de vies supplémentaires à devoir lutter également contre un ennemi intérieur, bref pas seulement Vlassov mais une véritable Vendée.

 

Molotov en appelle donc implicitement au tribunal de l’histoire.

 

Quoi qu’on en pense, chacun comprend qu’il fallait un jour ou l’autre en finir avec ces méthodes de guerre et le climat intellectuel qui va avec, un certain dogmatisme et encore le fameux « culte de la personnalité », dont Furr montre néanmoins en quoi Staline a lui-même tenté de s’y opposer.

 

Le rapport Khrouchtchev aurait pu être cela, en portant une véritable autocritique marxiste, faisant la part des erreurs et des excès, non négatrice des efforts surhumains de tout un peuple. De même que la critique des excès, dérapages et autres règlements de comptes auxquels a donné lieu la Terreur en France aurait pu se faire – et Robespierre en esquisse les termes, très maladroitement il est vrai, dans son ultime discours à la Convention – sans donner lieu à la période thermidorienne de déni et de destruction des conquêtes jacobines, qui n’ont conduit, comme on le sait, qu’à la dictature napoléonienne, puis à la Restauration monarchique. Le rapport aurait pu être cela, et l’on aurait ainsi évité le séisme qu’il a créé au sein du Mouvement Communiste International. Il a été autre chose. Aujourd’hui, il faut – et c’est le militant qui parle, pas seulement l’éditeur -, sortir par le haut de ces querelles. L’anti-stalinisme de système prôné par Khrouchtchev a été un piège où l’URSS s’est perdue et qui contribue à empêcher une renaissance communiste. Mais faire comme si l’horloge s’était arrêtée en 1953 en restaurant une sorte de culte approuvant a priori tout ce qui s’est passé n’est pas non plus une solution : par ex. il est évident que l’addition du monolithisme systématique dans le parti additionné à la dérive révisionniste engagée sous Khrouchtchev et parachevée par Gorbatchev, a grandement facilité par la suite l’autodestruction sous influence du PCUS et de l’URSS : quand tout le parti est habitué à considérer le mot « opposant » comme synonyme de « traître », quand en France même, ceux qui se sont opposés à la « mutation » réformiste sont traités en anticommunistes, quand, par crainte des dissidences et des divisions, la « vérité de parti » tend à dicter ce qui est scientifique et ce qui ne l’est pas, ce qui est artistique ou pas, il faut évidemment en revenir à la juste dialectique léniniste entre la discipline de parti (une fois les débats conduits à leur terme) et la démocratie interne dans les organes populaires et a fortiori, aux discussions sans préjugés aucuns dans les milieux scientifiques et artistiques. Rien à voir, comme le dit G. Gastaud, avec la pratique d’une « déstalinisation conçue comme une dé-salinisation », comme une édulcoration culpabilisante des positions révolutionnaires. Il faut être marxiste-léniniste « dans le moment actuel » et ne pas oublier que c’est la vérité qui est révolutionnaire et non les intérêts à court terme de la révolution qui définit la vérité, comme on a prétendu le faire avec l’absurde théorie dite des « deux sciences », prolétarienne ou bourgeoises. Bref, nous n’avons rien à cacher, et plutôt de nouveaux éléments à apporter, donc débattons et, surtout, laissons faire la recherche historique.

 

 

Dans la foulée de ce travail, Furr a publié un ouvrage sur Trotsky, que vous avez également publié sous le titre « Les amalgames de Trotsky ». Nous qui avons été habitués à tant d’ouvrages sur Staline et le stalinisme, c’est presque une surprise de découvrir un travail critique sur la personne et les actions de Trotsky. Dans ce rapport Staline/Trotsky qui dépasse largement leurs deux personnes, c’est une affaire et une tragédie pour l’Internationale Communiste (celle de fait, pas l’organisation) qui se sont nouées et dénouées en trois décennies. Après son expulsion d’URSS, une question majeure se pose : est-ce que, de ses différents lieux d’exil, Trotsky a t-il dirigé ou contribué à, un « complot » contre l’URSS ? Sur ce qui s’appelle un « bloc d’oppositions », longtemps nié, est-ce que Fürr apporte des révélations ?

 

AM : Ce qui est précieux, c’est d’avoir rendu compte des recherches effectuées depuis l’ouverture des Archives Trotsky en 1980. Je me contenterai d’une citation, qui reflète bien les enjeux actuels, à propos du « Bloc des oppositions de 1932 », réalité qui a émergé des archives Trotsky malgré une censure minutieuse (il reste toujours des traces, même dans des archives expurgées) et qui  atteste de ce que Trotsky avait toujours nié : la réalité d’une opposition intérieure séditieuse. La voici :

 

« On pourrait faire les mêmes remarques à propos du bloc des oppositions de 1932 que d’autres chercheurs ont aperçu sans le reconnaître, faute d’un outil chronologique suffisant ou du fait de préjugés solides et d’idées préconçues. Comment expliquer la difficulté à donner à cette découverte la publicité qu’elle méritait ? Le premier écho à l’article de 1980 où je mentionnais le bloc et reproduisais les documents qui l’attestent est de l’Américain Arch J. Getty et date de 1985.


L’affaire du bloc des oppositions a déjà commencé pourtant à commander une révision des histoires classiques de la Russie soviétique. Elle modifie passablement en effet l’image pathologique de Staline comme clé du développement et nous ramène aux difficultés économiques, aux conflits sociaux et politiques, à la lutte pour le pouvoir, au lieu de la seule soif de sang du « tyran » ».

 

Je viens de citer Pierre Broué, historien trotskyste mondialement reconnu (dans son « Trotsky », 1988, Fayard, chap. 48). A notre connaissance, jusqu’au présent livre de Grover Furr, le silence sur le « bloc des oppositions » ou encore la lettre à l’encre sympathique de Sedov à Trotsky pour annoncer la formation d’une conjuration a perduré, y compris chez les biographes de Trotsky (Robert Service, J.-J. Marie etc.), qui n’ont pas le même sérieux dans la recherche archivistique, vraisemblablement. Isaac Deutscher, bien qu’ayant eu accès aux archives avant leur ouverture, n’en avait pas non plus parlé. Bref, rappelons-nous la méthode socratique qui consiste à mettre les sophistes devant leurs propres contradictions et non à les persuader uniquement par des arguments pro domo.

 

Les procès de Moscou occupent une place importante dans ce travail. L’historiographie dominante prétend que les accusés étaient forcément et tous des innocents. Pourtant, on sait que des diplomates qui ont suivi ces procès ont constaté qu’il existe des preuves tout à fait crédibles, sérieuses, et graves. Est-ce que l’œuvre de Furr apporte vraiment des éléments nouveaux et sérieux sur ce sujet ?

 

AM : Oui, vous faites bien de rappeler les positions de John Davies, l’ambassadeur des Etats-Unis à Moscou. Plus près de nous, et dans le camp des historiens, rappelons qu’Annie Lacroix-Riz (cf. Le Choix de la défaite), forte de sa connaissance des archives occidentales, a bien montré que les chancelleries étaient au courant des échanges à Londres entre Putna et Toukhatchevski et tenaient ces procès pour légitimes. Grover Furr explique pourquoi les archives concernant Toukhatchevski, par exemple, sont toujours fermées. Il montre comment l’un des descendants des victimes de ce procès, lequel, à ce titre, a eu droit à une dérogation pour regarder les archives, a changé complètement d’avis sur le procès des généraux, en laissant entendre qu’il y avait un danger mortel à l’époque comme aujourd’hui (n’oublions pas que l’enjeu des tractations était l’Ukraine). Pour le procès sur les sabotages dans l’industrie, c’était déjà attesté par Littlepage, ingénieur américain en mission en URSS, mais absolument pas communiste. On pourrait multiplier les exemples. Bref, il faut en finir avec le dogme selon lequel tout est faux dans les procès de Moscou. C’est une pétition de principes qui n’a pas lieu d’être. Cela ne signifie pas pour autant, dans un climat international de montée des fascismes en Europe et au Japon, qu’il n’y ait pas eu aussi maints dérapages dans les accusations visant les « ennemis du peuple » ou dans la conduite des procédures, le respect minimal des droits de la défense, etc.

 

Finalement, qu’il s’agisse d’accusations, d’occultations dissimulées derrière des couches de répétitions, le récit « officiel », mondialisé, de cette Histoire, est truffé de « faux ». Comment des communistes peuvent s’organiser efficacement contre – par exemple, contre un Wikipédia qui diffuse des pages anti-communistes multiples ?

 

AM : Ce sera très long, et nous n’aurons jamais un débat équitable sur ces questions, cela fait partie de l’âpreté du combat de classe. Nous ne pourrons gagner que par imprégnation progressive de l’opinion, en créant par nous-mêmes les conditions d’un débat sous critères académiques formels, même si l’université actuelle est incapable de fournir un cadre décent de confrontation.


Mais j’insiste, sur certains sujets, il ne faut pas partir perdants. Par exemple, partons de la propagande post-chute du Mur. Le Livre noir du communisme, et à mon avis cela n’a pas été assez souligné, quant au sujet de l’Union soviétique, était en fait à l’époque (1997) déjà sur la défensive, notamment depuis l’ouverture partielle des archives russes. Car après que Soljenitsyne eut annoncé 110 millions de morts du stalinisme et après qu’un Michel Onfray, toujours aussi incompétent, continue à parler des « 20 millions de morts du goulag », devoir annoncer que les victimes du goulag ne s’élèvent pour l’ensemble des années trente qu’à 300 000, c’est en fait un véritable désaveu de la thèse sacro-sainte Staline = Hitler. D’où la nécessité de passer à autre chose et d’insister sur la famine dite génocidaire en Ukraine, ce que Nicolas Werth, à l’époque, n’osait pas encore faire explicitement (il se contentait à l’époque d’expédients grossiers comme de parler de la guerre civile sans mentionner les interventions étrangères). Néanmoins, aujourd’hui, même avec le climat délétère créé par l’Ukraine néofasciste d’aujourd’hui, Werth est toujours obligé de préciser que la thèse « intentionnelle » est loin de faire l’unanimité. Nous nous apprêtons à publier Mark Tauger, professeur à l’université de Virgine occidentale, sur la question. Il est aussi l’auteur d’une histoire mondiale de l’agriculture, bref un homme difficile à réfuter. Je peux donc vous assurer que de la thèse de la famine génocidaire, il ne reste rien : la famine touchait de nombreuses régions en dehors de l’Ukraine, même l’armée, dès qu’elle a été comprise les prélèvements ont fortement diminué, l’exportation de céréales a cessé etc. Cela n’exonère pas le gouvernement soviétique de ses responsabilités, mais n’en fait pas un gouvernement génocidaire pour autant. Ajoutons que, mis à part les conséquences de la grande guerre patriotique, la famine de 1932-1933 est la dernière d’une histoire tragique (150 famines en mille ans d’histoire russe). Et ce sont les communistes et la collectivisation qui y ont mis fin, alors que des problèmes aigus de malnutrition, de Russes mourant de faim et de froid ont ressurgi avec la restauration du capitalisme et la « thérapie de choc » engagée par Eltsine et par ses conseillers occidentaux (cf le livre d’Henri Alleg « Le grand bond en arrière »). Aujourd’hui, alors qu’il règne quasi sans partage, le capitalisme, lui, a-t-il mis fin à la famine? Pourquoi pointe-t-on la situation de l’Ukraine et pas la famine équivalente au Niger, alors sous la responsabilité des Français? etc. etc.
Vous voyez que s’ils viennent nous chercher sur ces questions, on peut même complètement retourner leurs accusations. Même les « discussions » internes à wikipedia (puisque vous en parliez) montrent que les tenants de cette thèse sont en fait sur la défensive.

 

Jusqu’à son décès, que dit Furr sur les échanges entre Trotsky et des forces impérialistes ?

 

AM : Il faudra attendre le deuxième tome (en préparation) pour avoir des précisions. Mais étant donné les rapports de forces internes à l’URSS, n’est-il pas concevable que tout complot contre l’Etat soviétique avait objectivement intérêt à prendre appui sur des puissances étrangères ? Après tout, en France, FO n’a pas hésité à se faire financer par le pire du pire après la guerre, la CIA et aujourd’hui même, des gens qui concourent pour l’élection présidentielle française, comme Macron, sont des « Young Leaders » dont la formation et la promotion est très ouvertement soutenue par les Etats-Unis d’Amérique. Comment par exemple s’étonner si de tels individus regardent d’un bon œil la promotion fulgurante du tout-anglais en France en violation de l’article II de la Constitution ?  

 

Néanmoins, je n’oublie pas que certains militants trotskystes peuvent être de bonne foi, abusés, tout en gardant un certain léninisme de principe. Bref, il ne faut pas toujours les heurter de front sur ces thèmes. Ce que je dis concerne le débat historique. Au plan politique, j’invite les camarades à se montrer souples et « socratiques » comme je le disais, sachant que c’est avant tout sur nos positions actuelles que nous gagnerons et serons la force organisationnelle dont notre pays a besoin.

 

A lire sur le même sujet :

 

Posté par Michel Peyret

La chute de Robespierre dans la presse

 

22 Mars 2017

Le 9 thermidor an II, Robespierre est arrêté. Pour ses opposants, l’incorruptible s’est mué en tyran. La convention le fait guillotiner le 10 thermidor, aux côtés de Saint-Just, Couthon, Hanriot, Payan… la presse parisienne, foisonnante depuis le début de la révolution, ne couvre pas l’événement.
 

En partenariat avec L’Histoire, retrouvez une sélection d’archives de presse issues des collections de la BnF sur la chute de Robespierre, le 9 Thermidor 1794.

 

Dans les jours qui suivent la mort de celui qui deviendra l’incarnation de la Terreur, le silence prudent de la presse se déchire, dévoilant les complots, relayant les accusations contre les robespierristes, fabriquant ce qui deviendra un symbole de libération de la presse. Le Cri des victimes de la tyrannie, Le Patriote révolutionnaire, Insurrection en faveur des droits du peuple souverain, mais aussi Journal de la liberté de la presse de Gracchus Babeuf, autant de titres qui paraissent et s’attachent à clore et à dénoncer la séquence historique précédente.

 

Comme l’écrit Jean-Clément Martin sur cette couverture par la presse de la chute de Robespierre, « vrai et faux se mêlèrent si bien qu’il demeure toujours impossible de faire un bilan des noyades et que la confiance dans les publications ne peut que demeurer incertaine. C’est donc avec ces précautions qu’il faut aborder les témoignages de ce moment particulièrement chahuté. Ces sources demeurent indispensables ; elles rendent compte de ce qui fut vécu, si l’on veut bien les mettre dans cette perspective ».

 

Revue de presse de quelques publications conservées à la Bibliothèque nationale de France.

 

Bulletin des armées du Nord, de Sambre et Meuse – N° 558 – 14 Thermidor 1794.

 

Retranscription de la séance de la Convention nationale du 13 Thermidor, où David, accusé, doit se défendre de son soutien à Robespierre.

 

« David entre dans la salle, on demande qu’il soit entendu. Je ne connais pas, dit-il, les dénonciations qui sont faites contre moi. » […] « Goupilleau interpèle David de déclarer si, après que Robespierre eu prononcé ses discours ou plutôt ses actes d’accusations, il n’a pas été l’embrasser en descendant de la tribune et s’il ne lui a pas dit : si tu bois la ciguë, je la boirai avec toi. »​

 

Source BnF

 

Le Patriote révolutionnaire – N°1 – Fructidor 1794 – Journal signé Gilliberd.

 

« Je ne suis point orateur, je suis un patriote ferme et zélé, abhorrant le sang, et implacable contre les ennemis du Peuple […] La Convention a toujours été inébranlable, elle a déjoué les ruses et leurs menées […] sa fermeté s’est déployée pour terrasser ces anthropophages et ne faire que le bien public. Les Lafayette, Brissot, Dumouriez, Hébert, Danton et Robespierre, ont été les victimes de leurs propres forfaits. »

 

Et de décrire la suite de la Révolution en ces termes :

 

« Nous avons un alphabet, suivons-le jusqu’à la fin. »

Source BnF

 

Le Cri des victimes de la tyrannie – N°1 – Fructidor 1794 – Journal signé Boulay.

 

Cette publication est symptomatique de ce « cri » de libération qui semble suivre Thermidor et que l’on retrouve dans d’autres publications aux titres évocateurs de Journal des amis de la paix ou Insurrection en faveur des droits du peuple souverain.

 

« Depuis l’époque à jamais mémorable du 9 Thermidor, les amis de l’ordre et de la paix ont commencé à respirer. La terreur qui comprimait toutes les âmes, a fait place à la douce espérance. Le vaisseau de la Liberté, échappé aux écueils de l’anarchie, aux brisants du despotisme, parait enfin voguer à pleine voile vers le port. Les lois, l’humanité, la justice, trop longtemps exilées de cette terre, y seront désormais respectées. »​

 

Journal de la liberté de la presse – N°1 – 17 Fructidor – Signé par Gracchus Babeuf.

 

Gracchus Babeuf livre dans ces lignes un portrait double de Robespierre et un plaidoyer unique pour la continuation de l’œuvre révolutionnaire liée à la liberté de la presse. Le journal change de titre dès le 5 octobre 1794 devenant Le Tribun du peuple, ou le Défenseur des droits de l’homme.

 

« J’ouvre ma tribune pour plaider les droits de la liberté de la presse. Je fixe un point pour lui rallier un bataillon de défenseurs. […] Robespierre, dont la mémoire est aujourd’hui si justement abhorrée, Robespierre dans lequel il semble qu’on doive distinguer deux personnes, c’est-à-dire Robespierre sincèrement patriote et ami des principes de 1793, et Robespierre ambitieux, tyran et le plus profond des scélérats depuis cette époque ; ce Robespierre, dis-je, alors qu’il fut citoyen, est peut-être la meilleure source où il faille chercher les grandes vérités et les fortes preuves des droits à la presse. C’est avec les armes qu’il a laissées que je commencerai le combat de sophismes contre les raisonneurs du jour. »

 

Pour aller plus loin, découvrez parmi les ouvrages de BnF collection ebooks et de Collection XIX :

 

La Vie de Maximilien Robespierre de Liévin-Bonaventure Proyart
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

 

Histoire politique de la Révolution française d’Alphonse Aulard
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

 

Mémoires et souvenirs sur la Révolution et l’Empire de Georges Lenôtre
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

 

La Corruption parlementaire sous la Terreur d’Albert Mathiez
Téléchargez sur iTunes / Amazon / Google Play / leslibraires.fr / Kobo

 

Gracchus Babeuf et la Conjuration des Égaux de Philippe Buonarroti
Téléchargez sur iTunes

 

Un épisode du temps de la Terreur d’Augustine-Éléonore de Pons
Téléchargez sur iTunes

Pour vous: Premiers films sur la Commune

 

Publié le 19 Mars 2017

Entre autre,une séquence

réalisée par une cinéaste,

la première première réalisatrice

de l'histoire du cinéma. 

A diffuser largement

 

Résultat de recherche d'images pour "Commune de paris"

Une chronique mise en ligne sur les pages d'Histoire Populaire, sur facebook,

 

(https://www.facebook.com/zephcamelinat/?fref=nf) par Oncle Karl.

 

Les premier pas d'une cinématographie consacrée à la Commune.

 

Le court métrage muet de 4 mn daté de 1906 L’émeute sur la barricade. Il faut l’indiquer car il s’agit, sauf erreur de ma part, de la toute première oeuvre cinématographique ayant pour sujet la Commune, réalisée, en outre, par Alice Guy (1873 – 1968), première réalisatrice de l'histoire du cinéma.

 

Le film est court, il n’y a pas beaucoup de moyens et il faut donc aller à l’essentiel, à savoir filmer une barricade et les combats de part et d’autre. La barricade est un des objets emblématiques de la Commune dont le cinéma s’emparera allègrement par la suite. "

 

Le cinéma et l'histoire de la Commune

Le cinéma et l'histoire de la Commune

 

Au printemps 1871, à Paris, les Communards refusent de capituler contre les Prussiens et se révoltent contre le gouvernement de Thiers qui s'enfuit à Versailles. C'est la naissance de la Commune...

 

http://www.henriguillemin.org/evenements/4825/

 

 

 

Rédigé par Canaille Lerouge

19 mars 2017

18 mars 1871 - Premier jour de la Commune de Paris – «  ... Le Capital ! dit-on avec un respect craintif, ... on parle de détruire le capital ! Hein ? ». (Louise Michel)

 

18 mars 1871 - Premier jour de la Commune de Paris -  " ... Le Capital ! dit-on avec un respect craintif, ... on parle de détruire le capital ! hein ? ..". ( Louise Michel )

Extrait de "L'ère nouvelle" - poésie écrite par Louise Michel - Chapitre III

-- Le Capital ! dit-on avec un respect craintif, -- on parle de détruire le capital ! Hein ? ...

 

Ah ! Il y a longtemps que la raison, que la logique en a fait justice du Capital : est-il d'essence supérieure au travail et à la science ?

 

Supposez des Rothschilds quelconques, possédant toutes les mines d'or et de diamants de la terre, qu'en feraient-ils sans les mineurs ? Qui donc extrairait l'or du sable, le diamant de la gemme ?

 

Donnez aux exploiteurs des carrières de marbre sans personne pour en tailler, pour en arracher les blocs...

 

Que ces gens-là le sachent, ils sont incapables de tirer parti de rien sans les travailleurs : mangeront-ils la terre si personne ne la fait produire ?

 

Allez, allez ! il y a longtemps que la Bastille capitaliste ne compte plus pour l'avenir.

 

Et, du reste, cette portion de biens qu'ils détiennent au détriment de la foule des déshérités est infime en regard des prodigieuses richesses que nous donnera la science !

 

Ce n'est pas pour le reconstituer sur la terre qu'on a détruit l'enfer d'outre-vie ; détruit, le jour où l'on a eu conscience qu'il serait monstrueux, ce Dieu éternellement bourreau, qui, pouvant mettre partout la justice, laisserait le monde se débattre à jamais dans tous les désespoirs, dans toutes les horreurs ; et en même temps que l'enfer des religions s'écroulent les enfers terrestres avec les amorces de récompenses égoïstes qui n'engendrent que corruption.

 

C'est avec ces récompenses corruptrices qu'on a fait patienter si longtemps les uns que leur patience est usée, et si bien persuadé aux autres que tout doit se passer ainsi de par l' injustice séculaire, qu'ils ont la conscience ankylosée et commettent ou subissent le crime.

 

Cela est fini : les voiles de tous les tabernacles se déchirent.

 

Finis les trônes, finies les chamarreries de dignités illusoire, finis les grelots humains.

 

Toute chose à laquelle on ne croit plus est morte.

 

On commence à s'apercevoir que les oiseaux, les fourmis, les abeilles se groupent librement, pour faire ensemble le travail et résister au danger qui pourrait surgir ; et que les animaux donnent aux hommes l'exemple de la sociabilité.

 

Comment tombera la geôle du passé que frappent de toutes parts les tempêtes populaires ?

 

Nul ne le sait.

 

Croulera-t-elle dans les désastres ?

 

Les privilégiés, acculés par le malheur commun, feront-ils une immense nuit du 4 Août ?

 

La marée populaire couvrira-t-elle le monde ?...

 

Ce qui est sûr, c'est que le siècle ne se couchera pas sans que se lève enfin l'astre de la Révolution : l'homme, comme tout être, veut vivre, et nul -- pas même l'exploiteur -- ne pourra bientôt plus vivre si le droit ne remplace la force.

 

Prolétaires, employés, petits commerçants, petits propriétaires, tous sentent que d'un bout à l'autre de la société, chacun, dans son âpre lutte pour l'existence, est, à la fois, dévorant et dévoré.

 

Le grand propriétaire, le grand capitaliste, pèse sur le petit de la même manière que les petits boutiquiers pèsent sur les travailleurs, lesquels travailleurs s'infligent entre eux les mêmes lois fatales de la concurrence et ont de plus à supporter tout le poids des grands et petits exploiteurs ; aussi, comme le grain sous la meule, sont-ils finalement broyés.

 

On s'aperçoit, d'autre part, que le soleil, l'air, appartenant à tous ( parce qu'on n'a pas pu les affermer au profit de quelques-uns ), n'en continuent pas moins à vivifier la nature au bénéfice de tous ; qu'en prenant le chemin de fer, aucun voyageur n'empêche les autres de parvenir à destination ; que les lettres ou télégrammes reçus par les uns n'entravent nullement l'arrivée des lettres ou télégrammes au profit des autres.

 

Au contraire, plus les communications s'universalisent et mieux cela vaut pour chacun.

 

On n'a que faire, pour toutes ces choses, de gouvernement qui entrave, taxe, impose, en gros et en détail, on même qui gaspille, mais on a besoin de travail, d'intelligence, de libre essor qui vivifient.

 

En somme, le principe de tout pour tous se simplifie, se formule clairement dans les esprits.

 

On pourrait dire, cependant, que le soleil et l'air n'appartiennent pas également à tout le monde, puisque les uns ont mille fois plus d'espace et de lumière qu'il ne leur en faut, et que les autres en ont mille fois moins ; mais la faute en étant aux inégalités sociales, doit disparaître avec elles.

 

L'ignorance qui les engendre, quelle calamité !

 

L'ignorance des premières notions d'hygiène est cause que tant de citadins -- qui succombent faute d'air -- diminuent encore cette quantité d'air.

 

Comme si la santé -- le premier des biens -- n'exigeait pas qu'on balayât, par la ventilation, les miasmes du bouge où l'on nous entasse, de l'usine où l'on nous dépouille !

 

Comme si pour assainir, l'air pur n'était pas le complément du feu !

 

" Courants d'air ! courants d'air ! " quelle sempiternelle rengaine déchire l'oreille de ceux dont l'enfance s'est épanouie aux douces senteurs des champs, dont les poumons se sont trempés dans l'atmosphère rustique de la belle Nature !

Heureux le riche !

 

Il est de fait que la naissance et la mort, ces grandes égalitaires, ne se présentent pas de la même façon pour le riche que pour le pauvre. Étant donné nos lois iniques, il n'en peut être autrement.

 

Mais ces lois iniques disparaîtront avec le reste : il faut bien arracher le chaume et retourner la terre pour semer le blé nouveau.

19 mars 1962

 

Publié le 19 Mars 2017

Fin d'une tragédie

sur fond de colonialisme exacerbé

et d'un racisme toujours présent

 

Aucun texte alternatif disponible.

Le 19 mars 1962, à midi, un cessez-le-feu met fin à huit ans de guerre en Algérie.

 

Le 8 avril, un référendum avait ratifié à plus de 90% l'accord du peuple français pour qu' enfin l'Algérie puisse construire son indépendance.

La veille, à Évian, le gouvernement français a cédé au GPRA (gouvernement provisoire de la république algérienne) ses pouvoirs sur l'Algérie et le Sahara..

 

Des centaines de milliers d'algériens tués (la fourchette basse dit 250 000 et monte jusqu'à 600 000 selon les critères et dates retenus... )

 

La France annonce 27 500 militaires tués et un millier de disparus coté pouvoir colonial.

 

Des relations qui aurait du être d'amitiés et de reconciliation durablement affectées jusqu'à aujourd'hui par l'extrême droite et son organisation fasciste l'OAS.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par  El Diablo

IVRY BANLIEUE ROUGE : un ouvrage de l’historien Emmanuel Bellanger (Éditions CREAPHIS)

IVRY BANLIEUE ROUGE : un ouvrage de l’historien Emmanuel Bellanger  (Éditions CREAPHIS)

IVRYBANLIEUE ROUGE 

En partenariat avec les Archives municipales, l’historien Emmanuel Bellanger publie « Ivry banlieue rouge. Capitale du communisme français - XXe siècle ».

Spécialiste de l’histoire des banlieues, du Grand Paris et des politiques urbaines, Emmanuel Bellanger chercheur au CNRS (Centre d’histoire sociale du XXe siècle de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne) publie un ouvrage sur l’histoire politique et sociale d’Ivry-sur-Seine.

S’appuyant sur de nombreux fonds d’archives jusque-là peu exploités, il livre une recherche inédite et suggestive qui éclaire la place singulière qu’occupe Ivry dans la banlieue et la France rouge au XXe siècle. L’ouvrage est édité par les Éditions Créaphis, maison d’édition spécialisée dans la publication de recherches urbaines.

550 pages/150 documents en couleur/Prix de vente : 35 euros

http://www.editions-creaphis.com

EN LIEN PDF CI-DESSOUS LE DOSSIER DE PRESSE:

 

[pdf] IVRY-BANLIEUE-ROUGE-DOSSIER-DE-PRESSE-

Publié par  Le Mantois et Partout ailleurs

16 mars 1937, Clichy, la police tire sur une manifestation anti-fasciste: 6 morts et plus de 300 blessés

16 mars 1937, Clichy, la police tire sur une manifestation anti-fasciste: 6 morts et plus de 300 blessés

C'est le début de la fin pour le Front populaire qui regroupe le Parti radical, le parti socialiste et le parti communiste, celui-ci ne participant pas au gouvernement. Neuf mois que le gouvernement du socialiste Léon Blum est en fonction. Neuf mois que la Chambre des députés légifère sur les droits conquis par les travailleurs en grève: congés payés, semaine de 40h de travail, droit syndical, augmentations salariales... Mais le 13 février 1937, Léon Blum annonce une "pause sociale"dans le programme du Front populaire: ajournement de la retraite pour les vieux travailleurs et des allocations chômage, réduction drastique des grands travaux. Et puis, il y a la "non-intervention" française depuis août 1936 dans la défense de l'Espagne de Front populaire contre un coup d'état militaire fascisant.

En juin 1936, certes, les ligues d'extrême droite françaises ont été dissoutes par le gouvernement. Mais elles ont fondé des partis fascisants à la place: le Parti social français ou le Parti populaire français. Ils relèvent la tête, encouragés par la victoire des nazis en Allemagne, du fascisme en Italie, de la dictature au Portugal. Le PCF alerte les travailleurs: "Les hommes du fascisme voudraient rayer d'un trait de plume toutes les conquêtes sociales, ramener notre pays aux jours les plus sombres de la réaction." Mais l'élan populaire s'essouffle. Le 4 décembre 1936, les députés communistes ne votent pas la confiance au gouvernement Blum. Ils s'abstiennent, espérant que le mouvement social pèse en faveur d'une reprise des réformes progressistes et démocratiques.

Le Parti social français veut tenir un meeting à Clichy, bastion ouvrier de la couronne parisienne. Le député et le conseiller général communiste pressent le ministre de l'intérieur, le socialiste Max Dormoy, d'interdire ce rassemblement factieux. Celui-ci refuse.

Une contre-manifestation est alors organisée devant la mairie de Clichy,  pour le 16 mars à 19h. Police et gardes mobiles protègent le cinéma où doit se réunir le Parti social français. Et quelques 1 800 policiers et gardes mobiles bouclent la place de la mairie. 8 barrages sont installés plus loin dans les rues, pour empêcher les manifestants de se rassembler plus encore.

21h 45, des premiers coups de feu. QQui a tiré? L'enquête n'aboutira pas. A 22 h, charge de la police. "On a tiré sur le front populaire", titrel'Humanité du 17 mars 1937.

Le 21 juin 1937, Léon Blum démissionne. Le radical Camille Chautemps le remplace. Mais Léon Blum reste vice-président du gouvernement et des ministres socialistes siègent avec lui, du 29 juin 1937 au 14 janvier 1938. Le Front populaire est déjà agonisant et le gouvernement cède plus encore aux pressions du patronat.

Les députés communistes votent la défiance le 14 janvier 1938. Camille Chautemps démissionne, mais le président de la République le charge de former un nouveau gouvernement. Le PCF croit que ses appels à l'unité autour du Front populaire ont été pris en compte. La confiance est accordé au gouvernement par 501 députés contre un seul, le 19 janvier 1938.

Cela ne dure pas et Edouard Daladier devient chef du gouvernement le 12 avril 1938. Mais les députés communistes ne lui font pas défaut, espérant toujours renverser le cours des choses, sans un mouvement populaire à leurs côtés.

En juillet 1938, Daladier publie pas moins de 182 décrets-lois, dont ceux de novembre contre les lois du Front populaire. Le 29 septembre 1938, c'était déjà les accords de Munich entre la France, la Grande-Bretagne, l'Italie fasciste et l'Allemagne hitlérienne. La Tchécoslovaquie, seul pays démocratique en cette Europe centrale, va tomber dans l'escarcelle du 3eReich nazi.

La suite, vous la connaissez.

Contribution : Karl Marx en séjour en Algérie (du 20 février au 2 mai 1882) : Extraits de lettres

 

19 Mars 2017

L’auteur de l’article veut absolument nous convaincre que Marx était raciste. C’est une imbécilité, y compris dans les extraits de lettres publiés ici. On y voit un Marx capable dans le même temps de moquer les archaïsmes, les aliénations, les poches d’autarcie qui lui font dire que « la première révolution qu’ait connue l’Inde est l’arrivée des Anglais » ou voir dans l’exploitation des femmes et des enfants dans les usines européennes un pas vers l’émancipation, et pourtant attentif à tout ce qui peut être un ferment de révolution. Ici il note la surexploitation des ouvriers « indigènes », la quinine distribuée comme salaire mais aussi la revendication égalitaire entre ceux qui sont bien habillés et ceux qui sont en guenilles. Il est aussi attentif aux êtres humains qu’aux paysages et au travail humain. Décidément, il est difficile de faire comprendre à un esprit étroit et encombré d’une vision petite bourgeoise du relativisme culturel, ce qu’est la perception de Karl Marx et son côté prométhéen

 

(note de Danielle Bleitrach)


 Oct 23, 2014 Généralités 2

 

http://www.babzman.com/contribution-karl-marx-en-sejour-en-algerie-du-20fevrier-au-2-mai-1882-extraits-de-lettres/


 

Sur la liste des passagers de première classe arrivés à Alger le 20 février 1882 à trois heures et demie du matin par le steamer Le Saïd figure Karl Marx. Atteint de bronchite chronique, il est venu comme tant d’autres touristes, passer la saison d’hiver à Alger.

 

Hélas pour lui, la météo ne sera pas de la partie: « le mois de décembre a été épouvantable à Alger, en janvier il a fait beau, en février le temps a été froid, humide aussi, je suis tombé sur les trois jours les plus froids de ce mois : les 20, 21, 22 février ».

 

Ses gendres, Paul Lafargue et Charles Longuet, ont chargé un de leurs amis de prendre en charge Karl Marx à son arrivée à Alger. C’est Albert Fermé, juge au tribunal d’Alger, qui attend donc Karl Marx sur les quais de la pêcherie pour le conduire au Grand Hôtel d’Orient où il ne passera que 2 nuits, le temps de repérer un hôtel qui lui convienne mieux. « Comme d’ailleurs l’après-midi du 22 février, le thermomètre annonçait un temps favorable et que dès le jour de mon arrivée, j’avais repéré, en compagnie du bon juge Fermé, l’Hôtel Pension Victoria, je quittai le Grand Hôtel d’Orient avec mes bagages pour une des collines en dehors de la fortification du côté de l’est de la ville ».

 

La pension Victoria se trouve dans Mustapha Supérieur, en haut du boulevard Bon Accueil.

 

« Que signifie Mustapha supérieur ? Mustapha est un prénom comme John. Quand on quitte Alger par la rue d’Isly, on voit devant soi une longue rue ; d’un côté se dressent, au pied de la colline, des villas mauresques, entourées de jardins, (une de ces villas c’est l’Hôtel Victoria) ; de l’autre côté, la route est bordée d’immeubles disposés en terrasses jusqu’au bas de la pente. Et le tout ensemble s’appelle Mustapha Supérieur. Le Mustapha inférieur commence au flanc du Mustapha supérieur et s’étend jusqu’à la mer.

 

Ici, situation magnifique, devant ma chambre la baie de la mer Méditerranée, le port d’Alger, des villas disposées en amphithéâtre escaladant les collines (des ravines au dessous des collines, d’autres collines au dessus) ; plus loin, des montagnes visibles entre autres les sommets neigeux derrière Matifou, sur les montagnes de Kabylie, des points culminants du Djurdjura (tous ces monts, comme les dites collines, sont calcaires). Le matin, à 8 heures il n’est rien de plus enchanteur que le panorama ; l’air, la végétation, merveilleux mélange européo-africain

 

Les deux Mustapha constituent une commune (Mustapha) dont le maire (ce monsieur n’a pas un nom arabe, ni français, mais un nom allemand) fait à ses administrés, de temps en temps, à l’aide d’affiches officielles, toutes sortes de communications. Vous voyez donc que le régime en vigueur ici est très doux. A Mustapha Supérieur on bâtit sans arrêt de nouvelles maisons, on démolit les anciennes, etc., et pourtant, bien que les ouvriers qu’on emploie à ces travaux soient des gens d’ici, ils sont pris de fièvres. Aussi une partie de leur salaire consiste-t-elle en une dose quotidienne de quinine, qui leur est fournie par les entrepreneurs. On peut observer le même usage en diverses régions d’Amérique du sud

 

Hier à une heure de l’après-midi nous sommes descendus à Mustapha inférieur d’où le tramway nous a amenés au Jardin Hamma ou Jardin d’Essai qui sert de Promenade publique, avec à l’occasion des concerts de musique militaire, et qui est utilisé comme  pépinière, pour faire pousser et propager des végétaux indigènes, enfin pour des expériences botaniques scientifiques et comme jardin d’acclimatation. Le tout occupe un très vaste terrain, dont une partie est accidentée, tandis que l’autre est en plaine. Pour observer tout en détail, il faudrait au moins un jour entier et le faire en outre avec un connaisseur, par exemple l’ami de Fermé, l’ex-fouriériste M. Durando, professeur de botanique, chef d’une section du Club alpin français dont il dirige régulièrement les excursions dominicales. (J’ai beaucoup regretté que mon état physique et l’interdiction formelle du Dr Stephann ne m’aient pas jusqu’ici permis de participer à ces excursions auxquelles j’ai été invité à trois reprises.)

 

Je me permets de noter que c’est précisément à ce Hamma qu’eut lieu, le 23 octobre 1541, le débarquement de 24 000 soldats sous les ordres de l’empereur Charles-Quint (ou Carlos 1er, comme l’appellent les Espagnols) ; 8 jours plus tard, il dut rembarquer les beaux restes de son armée détruite, sur les vaisseaux échappés à la tempête du 26 et ralliés à grand peine par Doria à Matifou…

 

Avant de pénétrer dans le Jardin d’Essai, nous bûmes du café, en plein air naturellement, dans un café maure. Le Maure en prépare d’excellent, nous étions assis sur des tabourets. Sur une table de bois brut, une douzaine de clients maures, le buste penché en avant, les jambes croisées, savouraient leurs petites cafetières (chacun a la sienne) tout en jouant aux cartes (une victoire que la civilisation a remportée sur eux). Le spectacle était très impressionnant : certains de ces Maures étaient habillés avec recherche et même richement, d’autres portaient ce que j’oserais appeler des blouses, qui étaient autrefois de laine blanche, à présent en lambeaux et en loques mais aux yeux d’un vrai musulman de telles contingences, la chance ou la malchance, ne sauraient établir une différence entre fils de Mahomet. Cela n’influe pas sur l’égalité absolue qu’ils manifestent dans leurs relations sociales. Ce n’est que lorsqu’ils sont démoralisés qu’ils prennent conscience de ces différences ; en ce qui concerne la haine envers les chrétiens et l’espoir de remporter finalement la victoire sur ces infidèles, leurs hommes politiques considèrent à juste titre ce sentiment et la pratique de l’égalité absolue (non du confort ou de la position sociale, mais de la personnalité) comme quelque chose qui les incite à maintenir vivante la première et ne pas renoncer au second.

 

« Les inconditionnels du Père du Marxisme en seront peut-être choqués mais dans la lettre à Laura Lafargue du 13 avril, Marx montre son petit côté raciste en écrivant : Fermé n’aime pas Alger : le climat ne lui convient pas, pas plus qu’à sa famille bien que tous les membres de celle-ci soient « des indigènes » à commencer par Madame l’épouse. Marx ne peut pourtant pas ignorer que, si elle est née à Constantine, l’épouse du juge Fermé est d’origine allemande puisqu’il s’entretient parfois avec elle dans cette langue. Le mot indigène prend toute sa valeur quand on sait que, bien qu’étant d’origine allemande, madame l’épouse et sa famille étaient juifs. Et je suis bien placé pour le savoir puisque le juge Fermé et madame l’épouse sont mes arrière grands parents maternels.


Karl Marx est reparti le 2 mai 1882 pour Marseille par le paquebot Péluse, en première classe comme à l’aller.

 

En 1943, à la libération de la Tunisie où il résidait, mon grand père, inquiet de l’arrivée des Américains hostiles au marxisme, a détruit les courriers que Karl Marx avait envoyés à son père après son départ d’Algérie. » *

 

(Tous les textes en italiques sont extraits des lettres de Karl Marx à sa famille ou ses amis)

 

* Commentaire de Bertrand, arrière petit-fils du juge Fermé

Chronique du blédard : Relire la révolution de Février

 

19 Mars 2017

Merci Nicole Amphoux pour cette intéressante contribution algérienne à l’analyse des Révolutions et parmi elles la Révolution de 1905 et le répit qu’elle accorde au pouvoir tsariste. Mais comment les élites qui l’ont fomentée pour conserver leur privilèges ne peuvent que trahir les aspirations populaires. Suffit-il d’en finir avec l’autocratie si l’on se contente de lui substituer l’autocratie d’un gouvernement provisoire qui dans le fond n’a pas d’autre programme que celui qu’elle vient de renverser? De plus en plus ce blog devient le fruit de collaborations qui me désignent des textes. On peut s’en réjouir

 

(note de Danielle Bleitrach pour histoire et société).


Le Quotidien d’Oran, jeudi 02 mars 2017

Akram Belkaïd, Paris

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Quelles leçons peut-on encore tirer des deux révolutions russes de 1917, celle de Février et celle d’Octobre ?

 

Dans un entretien publié par le magazine hebdomadaire russe Expert et dont plusieurs extraits ont été repris par l’hebdomadaire français Courrier international (numéro du 23 février 2017), l’historien Alexandre Choubine livre une analyse qui éclaire ces événements majeurs du début du XXème siècle mais qui permet aussi de réfléchir à des bouleversements plus récents. On pense notamment à la période immédiate qui a suivi la chute du régime du président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, en janvier 2011, avec les tentatives de certaines élites de confisquer le pouvoir en évitant (en vain) l’élection d’une Assemblée constituante au prétexte que les « masses populaires » n’étaient pas prêtes pour la démocratie.

 

Pour commencer, Choubine relève que, contrairement à ce que disait Marx, les révolutions ne sont pas « les locomotives de l’Histoire » mais ses « béliers ». « Lorsque le développement d’une société se heurte à des obstacles systémiques, la révolution n’agit pas comme une locomotive qui tire les wagons, mais comme un bélier qui casse le mur empêchant d’avancer. » Ces lignes expliquent aussi le déclenchement de la Guerre de libération algérienne en 1954 dans un contexte de blocage total et de refus systématiques des réformes par les lobbies coloniaux qui « tenaient » le pays.

 

L’historien revient ensuite sur la Révolution russe de 1905 pour rappeler qu’elle fut, avant les protestations menées par Gandhi, « le premier mouvement de désobéissance civile de l’Histoire. » A l’époque, la grève qui paralyse la Russie pousse le pouvoir tsariste à faire des concessions qui, paradoxalement, lui sauvent la mise. « C’est justement parce que le pouvoir [personnalisé par le Serge Witte, ministre puis chef du gouvernement sous Nicolas II] a cédé en octobre que, en décembre 1905, les révolutionnaires n’ont pas pu rassembler une masse critique. Parce qu’une grande partie de la population s’est dit : ça suffit, nous avons déjà obtenu beaucoup. » Cette question des concessions est fondamentale. Décidées trop tard, elles ne servent à rien. Formulées alors que la société est encore sous le choc de la révolution, elles peuvent offrir une échappatoire à l’ancien régime ou bien alors permettre son maintien sous d’autres formes. Exemple : en octobre 1988, la société algérienne a refusé d’aller à l’affrontement avec le pouvoir parce qu’elle estimait que les réformes proposées (fin du parti unique, pluralisme de la presse) étaient suffisantes et que le sang ne devait plus couler.

 

Mais souvent, ces concessions ne ciblent pas l’essentiel et passent à côté des attentes des classes populaires. Ainsi, dans la Russie de 1905, relève Alexandre Choubine, la question sociale a été négligée et c’est ce qui, entre autres, a mené à la révolution de février 1917. « La révolution de Février a été orchestrée par une partie de l’élite qui a organisé un coup d’Etat et renversé le tsar (…) Et une fois de plus la question sociale a été ignorée. Erreur fatale, car la révolution de 1917 n’a pas éclaté comme une suite de celle de 1905, elle en a été l’approfondissement. » On retrouve-là une donnée souvent ignorée dans ce genre de bouleversements majeurs. Le rôle-clé des élites qui, pour une raison ou une autre, lâchent le pouvoir en place (tsar, Ben Ali, etc.) parce que l’immobilisme de ce dernier a fini par les pénaliser (et à mettre en danger leurs privilèges).

 

C’est cet approfondissement de la révolution de 1905 que les élites libérales russes vont tenter de monopoliser quitte à renier leurs convictions et à s’aliéner le reste de la population. C’est ce qu’explique Alexandre Choubine : « Le libéralisme, victorieux en février 1917, a été immédiatement fortement affaibli parce qu’il avait entrepris d’agir contre ses principes (…) Quelle était sa revendication durant la période précédant la révolution ? Un Etat responsable. C’est-à-dire un Etat dépendant du Parlement. Or, toute en promettant de faire élire à échéance indéterminée une assemblée constituante, ils ont pratiqué liquidé l’ancienne Douma [créée en 1905] et concentré tous les pouvoirs entre les mains du gouvernement provisoire, y compris le pouvoir législatif. En d’autres termes, ils ont installé une autocratie, l’autocratie du gouvernement provisoire. »

 

Un blocage qui va mener à la révolution d’Octobre 1917 et à la victoire des bolchéviques menés par Lénine. « Une fois que la révolution a commencé, il devient impossible de l’arrêter, il faut donc mener les réformes sociales au profit des masses révolutionnaires. Dans l’idéal, il vaut mieux le faire avant que la révolution n’ait commencé (…) Au final, les bolchéviques, en s’appuyant sur les franges les plus désespérées, les plus dynamiques et les plus militarisées de la population, ont pris le pouvoir et ont entamé en solitaire des réformes radicales. Contre tous les autres. »

 

Bien entendu, comparaison n’est jamais raison surtout quand il s’agit d’histoire. Mais l’exemple russe mériterait d’être médité en Tunisie. En 2011, les premiers gouvernements de transition ayant suivi la chute de Ben Ali ont tenté, de manière plus ou moins affirmée, d’empêcher l’élection d’une Assemblée constituante. Aujourd’hui, et alors que le pouvoir tunisien est la convergence de diverses forces de droite, la question sociale demeure préoccupante. Cela à l’heure où les fonctionnaires du Fonds monétaire international (FMI) ont repris le chemin de Tunis. En Russie, 1905 a préparé 1917. Faut-il penser qu’en Tunisie, une autre révolution fera écho, tôt ou tard, à celle de 2011 ?

C'était un 15 mars.

 

Publié le 15 Mars 2017

Celui de 1944

 

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Le Conseil National de la Résistance publiait son programme pour libérer le pays et engager sa reconstruction.

 

Parmi les mesures adoptées à l'unanimité par le CNR , sans attendre la fin de la guerre mais à mettre en oeuvre au fur et à mesure de la libération du pays (les premières ordonnances seront prise dès la fin 44 et le premier trimestre 1945) :

 

Sur le plan économique :

- l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ;

 

- une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'image des États fascistes ;

 

- l'intensification de la production nationale selon les lignes d'un plan arrêté par l'État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;

 

- le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques ;le développement et le soutien des coopératives de production, d'achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

 

- le droit d'accès, dans le cadre de l'entreprise, aux fonctions de direction et d'administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l'économie.

 

b) Sur le plan social :

 

- le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l'amélioration du régime contractuel du travail ;

 

- un rajustement important des salaires et la garantie d'un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine ;

 

- la garantie du pouvoir d'achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;

 

- la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l'organisation de la vie économique et sociale ;

 

- un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'État ;

 

- la sécurité de l'emploi, la réglementation des conditions d'embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d'atelier ;

 

- l'élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l'expérience de l'Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu'aux salariés de l'industrie, par un système d'assurance contre les calamités agricoles, par l'établissement d'un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d'accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d'un plan d'équipement rural ;

 

- une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

 

- le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

 

c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

 

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction et d'accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

 

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l'efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation. Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l'action gouvernementale.

 

Dit comme cela en passant et pour montrer à combien d'année lumière d'un pays ravagés et se relevant d'alors se trouve le débat aujourd'hui dans la 5e puissance économique du monde.

 

La différence ? un mouvement populaire à l'initiative pour ses droits, imposant ses solutions, contrôlant ses organisations et ne déléguant pas à des affairistes pour un bail non révisable ou révocable de 5 ans la direction du pays.

 

Cela s'appelle la démocratie au travers de la souveraineté populaire. 



Rédigé par Canaille Lerouge

De la conversion des mythes…

 

15 Mars 2017

 
« Le Vrai Einstein » : le documentaire de Françoise Wolff et Tristan Bourlard est à voir sur le site de Sciences et Avenir.
 
SCIENCES ET AVENIR.FR
Si vous avez une ou deux heures inutiles, regardez ces vidéos sur Einstein, elles en valent la peine… Cela évitera de dire beaucoup de bêtises et perdre quelques heures en sa compagnie est précieux. Mon petit fils me dit qu’aux Beaumettes (la prison marseillaise) quelques vérités paraissent bien établies: Christophe Colomb, Einstein et le capitaine Cook se sont convertis à l’Islam. Les nouveaux dévots y croient durs comme fer… J’ignore tout du capitaine cook et je me demande ce qui lui vaut cette promotion…

Engels: Discours sur la tombe de Karl Marx

 

15 Mars 2017

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Le 14 mars, à trois heures moins un quart de l’après-midi, le plus grand des penseurs vivants a cessé de penser. Laissé seul deux minutes à peine, nous l’avons retrouvé, en entrant, paisiblement endormi dans son fauteuil, mais pour toujours.

 

Ce qu’a perdu le prolétariat militant d’Europe et d’Amérique, ce qu’a perdu la science historique en cet homme, on ne saurait le mesurer. Le vide laissé par la mort de ce titan ne tardera pas à se faire sentir.

 

De même que Darwin a découvert la loi du développement de la nature organique, de même Marx a découvert la loi du développement de l’histoire humaine, c’est-à-dire ce fait élémentaire voilé auparavant sous un fatras idéologique que les hommes, avant de pouvoir s’occuper de politique, de science, d’art, de religion, etc., doivent tout d’abord manger, boire, se loger et se vêtir : que, par suite, la production des moyens matériels élémentaires d’existence et, partant, chaque degré de développement économique d’un peuple ou d’une époque forment la base d’où se sont développés les institutions d’Etat, les conceptions juridiques, l’art et même les idées religieuses des hommes en question et que, par conséquent, c’est en partant de cette base qu’il faut les expliquer et non inversement comme on le faisait jusqu’à présent.

 

Mais ce n’est pas tout. Marx a également découvert la loi particulière du mouvement du mode de production capitaliste actuel et de la société bourgeoise qui en est issue. La découverte de la plus-value a, du coup, fait ici la lumière, alors que toutes les recherches antérieures aussi bien des économistes bourgeois que des critiques socialistes s’étaient perdues dans les ténèbres.

 

Deux découvertes de ce genre devraient suffire pour une vie entière. Heureux déjà celui auquel il est donné d’en faire une seule semblable ! Mais dans chaque domaine que Marx a soumis à ses recherches (et ces domaines sont très nombreux et pas un seul ne fut l’objet d’études superficielles), même dans celui des mathématiques, il a fait des découvertes originales.

 

Tel fut l’homme de science. Mais, ce n’était point là, chez lui, l’essentiel de son activité. La science était pour Marx une force qui actionnait l’histoire, une force révolutionnaire. Si pure que fut la joie qu’il pouvait avoir à une découverte dans une science théorique quelconque dont il est peut-être impossible d’envisager l’application pratique, sa joie était tout autre lorsqu’il s’agissait d’une découverte d’une portée révolutionnaire immédiate pour l’industrie ou, en général, pour le développement historique. Ainsi Marx suivait très attentivement le progrès des découvertes dans le domaine de l’électricité et, tout dernièrement encore, les travaux de Marcel Deprez.

 

Car Marx était avant tout un révolutionnaire. Contribuer, d’une façon ou d’une autre, au renversement de la société capitaliste et des institutions d’Etat qu’elle a créées, collaborer à l’affranchissement du prolétariat moderne, auquel il avait donné le premier la conscience de sa propre situation et de ses besoins, la conscience des conditions de son émancipation, telle était sa véritable vocation. La lutte était son élément. Et il a lutté avec une passion, une opiniâtreté et un succès rares. Collaboration à la première Gazette rhénane en 1842, au Vorwärts de Paris en 1844,48 à la Deutsche Zeitung de Bruxelles en 1847, à la Nouvelle Gazette rhénane en 1848-1849, à la New York Tribune de 1852 à 1861, en outre, publication d’une foule de brochures de combat, travail à Paris, Bruxelles et Londres jusqu’à la constitution de la grande Association internationale des travailleurs, couronnement de toute son œuvre, voilà des résultats dont l’auteur aurait pu être fier, même s’il n’avait rien fait d’autre.

 

Voilà pourquoi Marx a été l’homme le plus exécré et le plus calomnié de son temps. Gouvernements, absolus aussi bien que républicains, l’expulsèrent ; bourgeois conservateurs et démocrates extrémistes le couvraient à qui mieux mieux de calomnies et de malédictions. Il écartait tout cela de son chemin comme des toiles d’araignée, sans y faire aucune attention et il ne répondait qu’en cas de nécessité extrême. Il est mort, vénéré, aimé et pleuré par des millions de militants révolutionnaires du monde entier, dispersés à travers l’Europe, et l’Amérique, depuis les mines de la Sibérie jusqu’en Californie.

 

Et, je puis le dire hardiment : il pouvait voir encore plus d’un adversaire, mais il n’avait guère d’ennemi personnel.

 

Son nom vivra à travers les siècles et son œuvre aussi !

14 mars 2017

Fanny Caroff, le monde musulman dans les enluminures du Moyen Age

« La problématique générale de l’ouvrage, précise Fanny Caroff, peut se résumer ainsi : en quoi les productions artistiques du Moyen Age occidental – en particulier les enluminures consacrées aux croisades – permettent-elles d’appréhender les perceptions envers le monde musulman ? J’ai ainsi enquêté sur les mises en scène des épisodes historiques où sont figurés des personnages musulmans, avec en filigrane l’idée d’une propagande favorable aux croisades, sur l’attribution de figures et d’emblèmes, sur les portraits physiques, les descriptions vestimentaires et sur l’évolution « orientale » des représentations des musulmans... »

Reprenons l'entretien avec Fanny Caroff...

Michel Peyret


Entretien avec Fanny Caroff à l’occasion de la parution de son ouvrage, L’Ost des Sarrasins.

Les Musulmans dans l’iconographie médiévale 

 

Article publié le 07/03/2017 – Les Clés du Moyen Orient


Fanny Caroff est docteur en Histoire. Elle a soutenu sa thèse en 2002 à Paris I sur l’iconographie des croisades et du monde musulman dans les manuscrits enluminés du Moyen Age occidental.

Spécialisée dans les recherches iconographiques, elle a notamment travaillé à la Bibliothèque Mazarine de Paris, pour l’Institut de Recherches et d’Histoire des Textes.

Après avoir vécu et enseigné sur le continent africain pendant plusieurs années, elle travaille actuellement en France auprès de centres de documentation et poursuit ses travaux de recherche.

Elle a publié L’Ost des Sarrasins. Les Musulmans dans l’iconographie médiévale (France - Flandre XIIIe- XVe siècle), aux Editions du Léopard d’or (novembre 2016), et a également participé au dictionnaire Les Barbares, dirigé par B. Dumézil, pour les notices "Mahomet" et "Musulman" (PUF, septembre 2016).

Quel est l’objectif de votre ouvrage ?

Cet ouvrage, L’Ost des Sarrasins. Les Musulmans dans l’iconographie médiévale (France - Flandre XIIIe- XVe siècle), publié aux Editions du Léopard d’or (novembre 2016) est la synthèse du doctorat que j’ai soutenu en 2002 à la Sorbonne. A l’issue de la soutenance, Michel Pastoureau (l’un de mes deux directeurs de thèse avec Michel Balard) m’a encouragée à transformer le volumineux ouvrage universitaire en un livre plus accessible. J’ai attendu une dizaine d’années pour entreprendre ce travail de relecture, de réécriture, au milieu de bien d’autres activités professionnelles. En outre, il a fallu que je poursuive l’investigation bibliographique. Je dois dire que les divers développements de l’actualité internationale ont stimulé mon envie de publier ce travail sur l’altérité. Et ma passion pour le sujet est bien entendu intacte !

La problématique générale de l’ouvrage peut se résumer ainsi : en quoi les productions artistiques du Moyen Age occidental – en particulier les enluminures consacrées aux croisades – permettent-elles d’appréhender les perceptions envers le monde musulman ? J’ai ainsi enquêté sur les mises en scène des épisodes historiques où sont figurés des personnages musulmans, avec en filigrane l’idée d’une propagande favorable aux croisades, sur l’attribution de figures et d’emblèmes, sur les portraits physiques, les descriptions vestimentaires et sur l’évolution « orientale » des représentations des musulmans.

L’un des objectifs méthodologiques de ce livre est bien sûr de valoriser la richesse documentaire d’une source, l’enluminure, encore trop souvent sous-exploitée. Il s’agit bien d’une enquête iconographique : l’image est utilisée comme un document d’histoire.

Quel corpus utilisez-vous dans votre analyse ?

La constitution d’un corpus documentaire cohérent est effectivement un point essentiel pour asseoir la validité de l’analyse.

J’ai procédé, dans le cadre de ma thèse et donc pour ce livre, à un dépouillement systématique : recueillir toutes les enluminures mettant en scène des personnages musulmans dans le contexte historique des croisades, extraites de textes historiques réalisés dans une même aire culturelle : la France et la Flandre.

Le corpus s’est ainsi construit à partir d’environ 600 enluminures, ce qui constitue une très belle « moisson », à laquelle on peut ajouter des images « secondaires » pour assurer mes comparaisons (images de croisade sans musulmans, manuscrits espagnols, italiens, germaniques… ou encore récits de voyage). J’ai travaillé aussi bien dans les fonds parisiens, qu’européens…

Ayant été formée ou accompagnée par des chercheurs de la BnF et de l’IRHT (Marie-Thérèse Gousset ou Claudia Rabel), j’ai réalisé pour chacun des manuscrits des études codicologiques, textuelles, stylistiques… Toutes les œuvres rassemblées sont donc bien datées et documentées. J’ai beaucoup investi cette phase du travail afin de pouvoir justifier le caractère « iconographique » de mon enquête.

Sur quels critères avez-vous choisi vos illustrations pour le catalogue ?

Pour la publication de ce livre aux éditions du Léopard d’or, j’ai eu la chance de pouvoir intégrer un généreux catalogue d’images en couleur. J’ai dû choisir 70 enluminures sur les 600 qui m’ont permis de construire mon travail.

J’ai sélectionné des représentations pouvant « illustrer » chacun des points de mon enquête et qui soient représentatives de la variété de la production historique française et flamande, entre le XIIIe et le XVe siècles, période au cours de laquelle ce genre littéraire est florissant. Les premières images du corpus datent des croisades de saint Louis, vers 1250, alors que les dernières sont contemporaines de la prise d’Otrante par les Turcs en 1480.

Ce qui a été très heureux, c’est que la maison d’édition a accepté que je propose un catalogue d’enluminures commentées : j’ai pu restituer une « unité » aux images (texte, contexte, mise en scène, style…) et donc une parole aux enlumineurs, producteurs médiévaux de ces représentations de musulmans. Ce souci porté aux conditions de travail des artistes, modestes ou virtuoses, connus ou anonymes, explique en partie le choix du titre de ce livre. « L’ost des sarrasins » : c’est une indication marginale que reçoivent certains artistes pour mettre en scène des musulmans, comme sur l’enluminure en grisaille que j’ai choisi comme couverture…

Pouvez-vous dresser un tableau des relations entre musulmans et chrétiens au Moyen Age ?

Répondre à cette question est évidemment délicat en quelques lignes. On se demande souvent si l’on connaît mieux les musulmans au cours du Moyen Age et si les images proposées sont plus positives…

On ne peut pas avancer de réponses simplistes. L’expression de l’adversité et de l’altérité évolue au cours du Moyen Age. De manière synthétique, on peut dire, d’une part que les musulmans sont toujours représentés comme des adversaires : c’est-à-dire qu’ils sont toujours différents des chrétiens, les héros figurés dans les images. Toutefois la valeur « pédagogique » des images de croisade évolue entre le XIIIe et le XVe siècle et avec elle l’estimation de la dangerosité de l’adversaire car la rivalité des combattants s’aggrave essentiellement à la fin du Moyen Age, à l’heure de l’avancée ottomane : les artistes réactualisent les épisodes de croisade pour nourrir de nouveaux projets.

La récupération idéologique des récits illustrés est évidente… Mais attention : l’adversité religieuse ne doit pas être surévaluée. D’autre part, la notion d’altérité évolue également en fonction des savoirs et des intentions des enlumineurs : tous ne profitent pas des mêmes modèles et n’attachent pas la même importance à la caractérisation des personnages musulmans ! Le vocabulaire iconographique qui formule l’altérité évolue, notamment à travers l’image de l’Arabe puis du Turc ottoman.

L’inflexion majeure se produit dans le courant du XVe siècle quand le musulman est décrit comme plus opulent, sous l’influence conjointe des modes ottomanes, du goût croissant pour l’Orient et de la création d’un exotisme de mode dans les cours princières : le musulman est donc bien « orientalisé » à la fin du Moyen Age et devient le « modèle » de l’altérité pour toutes les représentations d’étranger.

Ce processus est passionnant à étudier. Notons, pour conclure, qu’il n’y a aucune amélioration significative à l’égard des personnages musulmans, contrairement à une idée répandue. En effet, la représentation du monde musulman oscille entre des appréciations apparemment contradictoires : elle corrobore, en tout cas, une perception assez moderne de la relation à l’Autre : la reconnaissance de son esthétique et la séduction de sa dimension exotique ne signifie pas son acceptation ! On comprend aisément que ce sujet de recherche, passionnant, épouse souvent des problématiques de notre actualité…

En outre, il m’a semblé indispensable de situer la représentation des musulmans par rapport à deux autres « étrangers » de l’Occident chrétien, à savoir les juifs et les Africains.

Fanny Caroff, L’Ost des Sarrasins. Les Musulmans dans l’iconographie médiévale (France - Flandre XIIIe- XVe siècle), Editions du Léopard d’or, novembre 2016.

Posté par Michel Peyret
11 mars 2017

HERODOTE.NET: An Mil, villages et civilisation européenne

« Dans les trois siècles qui suivent l'An Mil, indique le texte, au cours du «beau Moyen-Âge», un léger réchauffement climatique améliore les récoltes et favorise la croissance de la population. Suivant l'exemple donné par Cluny, les moines bénédictins, en quête de solitude, implantent de nouveaux monastères au coeur des forêts encore vierges. Les paysans, assoiffés de terres et de liberté, s'engouffrent dans ces brèches. Ils essartent et mettent en culture les friches, attirés par les exemptions fiscales promises par les seigneurs locaux. Le servage disparaît presque totalement dès la fin du XIIIe siècle au profit d'une relation de gré à gré entre propriétaires et exploitants. Dans les régions méridionales, l'Église encourage l'établissement des déshérités dans les terres en friches en sanctuarisant des espaces de libertés autour de certaines églises. Il s'ensuit la création de villages appelés «sauvetés», selon un modèle circulaire que l'on rencontre par exemple dans le Languedoc (Bram ouAlan)... »

Reprenons le texte de Herodote...

Michel Peyret


An Mil

Naissance et grandeur du village médiéval

Les villages sont l'ossature sur laquelle s'est greffée la civilisation européenne, si nombreux que «monté sur l'un des 130.000 clochers de la chrétienté latine, on en voit 5 ou 6 à l'horizon» (Pierre Chaunu).

Martres-Tolosane, village circulaire de la vallée de la Garonne, près de la villa de Chiragan (DR)

Une première vague apparaît au terme des Grandes Invasions, sur les ruines du monde antique ; une deuxième surgit après l'An Mil, à la faveur des grands défrichements.

Dans une chrétienté occidentale dépourvue de villes, ces villages vont engendrer une société nouvelle fondée sur le travail de la terre et le droit coutumier.

Le village médiéval : une création originale

Avec la fin de la «paix romaine» et les invasions barbares du Ve siècle, les paysans livrés à eux-mêmes se regroupent autour des anciennes villae gallo-romaines (grandes exploitations agricoles) ou, mieux encore, trouvent protection à l'ombre des premiers châteaux forts, constructions rustiques en bois qui servent de refuge à un seigneur et à ses hommes (les châteaux en pierreapparaissent seulement vers l'An Mil).

Ces châteaux poussent un peu partout grâce à la montée en puissance de ces seigneurs qui suppléent au IXe siècle à l'incurie des rois carolingiens face aux attaques des Vikings, Sarrazins et autres pillards. Dans les régions montagneuses ou vallonnées, ils sont érigés sur les crêtes et les éperons rocheux ; dans les plaines, sur des mottes artificielles ou «mottes castrales».

Du fait de la quasi-disparition des villes antiques, toute la vie économique en vient à se concentrer autour de ces châteaux.

Cartulaire de la seigneurie du couvent de Billette, près de Paris, vers 1520-1530 (BNF)

Vilains et serfs :

Les paysans sont généralement appelés «vilains» (du latin villanus, qui désigne un habitant de la campagne et dérive de villa, exploitation gallo-romaine)... Le mot a pris une connotation péjorative dans le langage des citadins et des nobles, de même que le mot «manant» (du latin manererésider), qui désigne tout simplement l'exploitant d'un manse, autrement dit d'une exploitation familiale, avec sa maison, ses dépendances, ses droits d'usage et ses champs.

Une partie des vilains parvient à conserver sa liberté et la pleine propriétés d'une partie au moins de ses terres. Ces terres libres de tout lien féodal sont dites«alleux» (du latin allodium). En Normandie, on les surnomme aussi «fiefs du soleil» pour signifier qu'elles n'ont d'autre suzerain que le soleil !

Mais la majorité des paysans doivent s'en remettre à la «protection» du seigneur local, en lui abandonnant la propriété nominale de la terre et une partie substantielle de leurs revenus au titre des droits féodaux.

En marge de cette paysannerie plus ou moins libre, une minorité de vilains vit dans la dépendance complète du seigneur (châtelain, abbaye ou autre). Ils souffrent d'une forme inédite d'esclavage, le «servage» (du latin servus,esclave). Ces serfs ou hommes de corps travaillent sur le domaine du seigneur, la réserve, à moins que celui-ci ne préfère leur louer une terre. Ces serfs sont alors dits «chasés».

Privés de liberté et obligés même d'obtenir le consentement de leur maître pour se marier, les serfs sont attachés à titre héréditaire à la seigneurie. Ils n'ont pas le droit de la quitter. Mais réciproquement, le seigneur ne peut les en chasser.

Les serfs et autres vilains vivent dans des conditions précaires, sous la menace permanente des disettes. Néanmoins, ils sont en général beaucoup moins pressurés par le seigneur local que pouvaient l'être leurs aïeux par les métropoles antiques, qu'elles aient nom Athènes, Rome, Carthage, beaucoup moins également que leurs contemporains soumis à l'autorité de Bagdad ou Constantinople.

À la différence des notables de ces métropoles vouées à la consommation et au luxe, les seigneurs partagent le destin de leurs paysans. Leur intérêt est de les protéger et de les soutenir car leur revenu dépend tout entier de leurs récoltes.

Cette solidarité forcée permet l'aménagement rationnel des campagnes : plantations de haies, drainage et assainissement, marnage (ajout de calcaire et argile aux sols), construction de moulins, défrichements etc. Elle est à la source du décollage économique de l'Europe occidentale.

Ager et saltus :

Les premiers villages médiévaux sont structurés autour de deux lieux majeurs : le château et l'église paroissiale. Ils ne bénéficient pas de plan d'urbanisme, ce qui explique les plans routiers parfois tortueux contre lesquels il nous arrive de maugréer, mais ils tirent leur harmonie d'une judicieuse adaptation à la topographie, au climat local et aux techniques agricoles.

L'espace rural est scindé en deux parties : d'une part l'ager, qui réunit les champs cultivés sur les terres les plus fertiles ; d'autre part le saltus ou«incultum» (forêts et prés communaux).

La partie cultivée est répartie entre les tenures ou manses exploitées par les paysans et la réserve exploitée en direct par les domestiques du seigneur.

Pour préserver la fertilité des sols, les villageois organisent l'ager selon les principes de l'assolement biennal ou triennal : l'ager est divisé en deux ou trois «soles» et chaque famille dispose d'une tenure sur chacune d'elles avec obligation de respecter l'ordre des cultures (une année consacrée aux céréales d'hiver, une autre aux céréales de printemps, la dernière au repos - jachère - et à la pâture du bétail).

Le saltus n'est pas moins important pour les villageois. Il fournit du bois de chauffage, des baies... Les paysans y conduisent les porcs afin qu'ils se nourrissent de glands. C'est la glandée. Quant au seigneur, il y pratique la chasse, son loisir favori et son privilège.

L'appel de la liberté

Dans les trois siècles qui suivent l'An Mil, au cours du «beau Moyen-Âge», un léger réchauffement climatique améliore les récoltes et favorise la croissance de la population.

Suivant l'exemple donné par Cluny, les moines bénédictins, en quête de solitude, implantent de nouveaux monastères au coeur des forêts encore vierges.

Les paysans, assoiffés de terres et de liberté, s'engouffrent dans ces brèches. Ilsessartent et mettent en culture les friches, attirés par les exemptions fiscales promises par les seigneurs locaux. Le servage disparaît presque totalement dès la fin du XIIIe siècle au profit d'une relation de gré à gré entre propriétaires et exploitants.

Dans les régions méridionales, l'Église encourage l'établissement des déshérités dans les terres en friches en sanctuarisant des espaces de libertés autour de certaines églises. Il s'ensuit la création de villages appelés «sauvetés», selon un modèle circulaire que l'on rencontre par exemple dans le Languedoc (Bram ouAlan).

La guerre de Cent ans, à la fin du Moyen Âge, donne lieu en Aquitaine, à la création d'un nouveau type de village, la «bastide» à vocation militaire, avec un aménagement en damier, autour de la place d'armes.

Aux alentours de 1300, le maillage rural de la chrétienté occidentale est à peu près achevé, proche de celui que nous connaissons aujourd'hui.

À chacun son histoire

Les villages d'Europe occidentale ont des structures qui reflètent leur histoire. On a vu le cas des bastides et des sauvetés. Il y a aussi les villages perchés qui témoignent de la peur des pirates, sur les côtes méditerranéennes.

Les villages regroupés (en allemand, «haufendorf») prédominent  dans les plaines aux sols lourds, où l'assolement triennal impose une discipline collective : chaque famille a des tenures dispersées dans les différentes soles. Lorsque les menaces extérieures l'exigent, les maisons se regroupent à l'intérieur d'une enceinte plus ou moins circulaire, comme à Martres-Tolosane, dans la haute Garonne (photo ci-dessus).

Dans les régions insalubres de landes ou de marécages, on a au contraire un habitat dispersé : chaque famille s'établit au plus près des rares champs fertiles.

Enfin, dans les régions d'essartage tardif, on observe des villages-rues (en allemand, «strassendorf») : les fermes s'alignent le long de la route principale et leur tenure se déroulent d'un seul tenant à l'arrière, perpendiculairement à la route. Ce schéma se retrouve aussi au Québec, défriché selon les mêmes principes qu'en Europe.

Dès le XIe siècle, dans un élan général, les campagnes se hérissent de clochers, qui sont autant de marqueurs de l'enracinement des hommes dans leur territoire : «C'était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, ait revêtu de toutes parts une blanche robe d'église» (Raoul Glaber). Les églises de cette époque, aux formes robustes caractéristiques de l'art roman, témoignent encore aujourd'hui de la vitalité des campagnes médiévales.

Chaque village forme une communauté de fidèles soudée autour de son curé, de son église et de son cimetière : la paroisse. Le village est à la fois le lieu de la vie économique et de la vie affective, où l'on travaille, paie les impôts, se marie et baptise les enfants.

La messe dominicale, dans l'église, est une occasion de rencontre durant laquelle on s'exprime à grand bruit entre calembours, jeux d'osselets ou encore transactions entre particuliers (ce n'est qu'à partir du concile de Trenteque l'église devient un sanctuaire silencieux).

À leur mort, les habitants sont inhumés autour de l'église, voire à l'intérieur, sous le dallage, en ce qui concerne les notables. Le cimetière est un lieu de sociabilité jusqu'au début de l'époque moderne : on s'y réunit pour les fêtes, danser, jouer...

La paroisse est administrée par l'assemblée des chefs de famille, sous l'autorité lointaine du seigneur ou du représentant du roi : le bailli dans les régions septentrionales, le sénéchal dans le Midi. À l'assemblée revient en particulier l'entretien de l'église et de l'enclos paroissial, dans lequel sont rassemblées les tombes des disparus, depuis que les vivants n'ont plus peur des morts.

Bénéficiant d'une exceptionnelle stabilité démographique (l'Europe, des Pyrénées au Danube, est la seule région du monde à n'avoir connu aucune immigration pendant le dernier millénaire), ces villages entretiennent et fortifient leurs traditions.

Transmis de génération en génération, les coutumes et les droits d'usage acquièrent force de loi. Cette jurisprudence fait même obstacle à la volonté du seigneur ou du souverain. Les Anglais l'appellent fort justement «common law»(la loi commune) pour la distinguer de la loi dictée par le sommet. Elle est à l'origine de la plus belle invention qui soit : l'État de droit.


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La forêt, conquête des hommes

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Publié ou mis à jour le : 2013-05-22 08:11:41

 
Posté par Michel Peyret 

7 mars 2017

En Russie, la « révolution de Février » puise ses origines dans un profond malaise social et politique que la guerre catalyse 

 

En Russie, du 8 mars au 13 mars 1917, la « révolution de Février »

 

Serge Wolikow Historien

Vendredi, 24 Février, 2017

L'Humanité

Manifestation aux chantiers Putilov à Petrograd, février 1917. Rue des archives/BCA
Manifestation aux chantiers Putilov à Petrograd, février 1917. Rue des archives/BCA
 

Le processus révolutionnaire qui, au cours de l’année 1917, met à bas l’Empire russe et l’ordre politique et social ancien, commence au début de l’année du calendrier julien par des journées révolutionnaires qui se déroulent à Petrograd.

 

Les cinq jours qui inaugurent la vague révolutionnaire russe sont décisifs car ils révèlent une dynamique et un déroulement qui surprennent les acteurs eux-mêmes. Cette première phase révolutionnaire a longtemps été reléguée au second plan au motif qu’elle inaugurait une révolution bourgeoise au terme de laquelle les acteurs de la geste révolutionnaire auraient été dépossédés du pouvoir avant de le récupérer à la fin de l’année. En fait, les premiers jours de la révolution sont fondateurs d’une situation politique nouvelle dont la soudaineté a surpris les contemporains par son rythme, son ampleur et ses modalités.

 

La fin de l’Empire russe est scellée en quelques jours dans un espace réduit puisque les événements se passent pour l’essentiel dans la capitale. Les principaux acteurs, les ouvrières et les ouvriers des grandes usines, les soldats de la garnison, les militants clandestins comme les hommes politiques de l’assemblée, la Douma, sont les uns et les autres confrontés à une situation engendrée par la guerre. L’annonce des mesures de rationnement qui déclenche les premières protestations et manifestations de masse comme ensuite le basculement des soldats du côté des manifestants est indissociable des effets produits par la guerre dans laquelle le pays est plongé depuis l’été 1914.

 

Si l’événement révolutionnaire surgit de façon inattendue au début de 1917, il puise ses origines dans un profond malaise social et politique que la guerre catalyse. Le régime autocratique russe entré dans la guerre avec l’ambition de renforcer son assise va au contraire se révéler rapidement incapable de faire face. La guerre fait apparaître les faiblesses de l’économie russe tant du côté de l’industrie que des transports. La raréfaction des produits de consommation jointe à l’énorme ponction faite par la mobilisation sur la paysannerie entraîne des pénuries alimentaires et des problèmes de ravitaillement. Les défaites militaires dès 1915, aggravées par la perte massive de territoires en 1916, sapent le prestige d’une monarchie dont la figure du tsar et de sa famille se dégrade. L’armée est traversée par des divisions profondes, d’un côté l’état-major et le corps des officiers, pour l’essentiel appartenant à la noblesse, de l’autre les soldats issus du monde paysan. Entre eux le fossé s’aggrave à l’occasion des défaites, du manque d’armement, des pertes massives que subissent les armées russes. L’opposition politique est fortement divisée, les forces libérales qui dominent la Douma et critiquent justement le régime impérial pour son incurie et l’incapacité de la cour à faire face aux problèmes suscités par la prolongation de la guerre sont en même temps méfiantes et hostiles aux partis socialistes, eux-mêmes divisés sur l’attitude à l’égard de la guerre et la manière de lutter contre un pouvoir dont les forces de répression constituées par la police et les troupes spéciales, les cosaques, inspirent une crainte fondée sur les actions meurtrières qu’elles ont menées depuis 1905.

 

Les régiments mutinés font allégeance au soviet, qui a la réalité du pouvoir

 

Au début de 1917, les difficultés du réseau ferroviaire, aggravées par le froid intense, pèsent sur le ravitaillement alimentaire de Petrograd, les usines tournent au ralenti. Les premières manifestations sont celles des femmes, en résonance avec la Journée internationale du mouvement socialiste, le 23 février. Portées par l’exaspération des interminables queues devant les boulangeries, elles sont des milliers à se rendre dans le centre de la ville. Les jours suivants, contre toute attente, les manifestations gagnent en ampleur, les ouvriers dans la plupart des usines ont voté la grève et convergent vers le cœur de Petrograd, franchissant à pied la Neva gelée en déjouant les barrages de la police et les cosaques. En quelques jours, la situation bascule, face à la population ouvrière, aux étudiants qui manifestent bientôt par dizaines puis centaines de milliers, les soldats reçoivent des ordres contradictoires. Le tsar, éloigné de la capitale, transmet à l’état-major sa décision de ramener l’ordre en faisant donner la troupe. Ici ou là les officiers ordonnent à leurs soldats de tirer sur la foule, il y a des dizaines de morts.

 

Bientôt, cependant, une partie des soldats refusent d’obéir à ces consignes, d’autant que la foule les appelle à se joindre aux manifestants. Les casernes de la garnison, le 28, se sont retournées contre les officiers, dont bon nombre subissent un châtiment expéditif. Contrairement à une légende forgée par les libéraux quelques mois plus tard, la révolution de Février a été marquée par la violence de la répression mais aussi celle des soldats insurgés. Dès le 28 février, se forme un comité de soldats et d’ouvriers (soviet) où les militants des différents courants socialistes s’affirment. Les régiments mutinés font allégeance au soviet, qui a la réalité du pouvoir. Pour autant, paradoxe de cette révolution populaire d’ouvriers et de soldats, c’est un comité constitué par les députés de la Douma qui se transforme en gouvernement provisoire. Ces députés libéraux des partis bourgeois progressistes, qui avaient jusqu’au 1er mars hésité à s’élever contre l’autorité du tsar, vont se rallier à la République lorsque Nicolas II abdique et que la revendication républicaine est portée par le mouvement populaire. Le soviet de Petrograd, par son appel du 1er mars, met à bas l’armée tsariste et affirme le droit des soldats.

 

L’effondrement du régime, de ses symboles comme de ses institutions s’effectue en quelques jours, à travers toute la Russie. Partie des villes, la révolution gagne les campagnes et balaye l’ancien système. En France, l’Humanité, après plusieurs jours d’expectative, titre, le 15 mars : « La révolution triomphe en Russie, l’ancien régime s’écroule sous la poussée de toutes les forces nationales ». Le gouvernement provisoire annonce le développement des libertés et des réformes, l’élection d’une Assemblée constituante. Mais l’existence d’un système de deux pouvoirs, la remise à plus tard de la question de la guerre et de la terre à la base des aspirations populaires expriment les contradictions qui traversent un processus révolutionnaire inachevé qui rebondira les mois suivants.

 

Quelques livres pour aller plus loin : les Révolutions russes, de Nicolas Werth. Éditions PUF, « Que sais-je ? ». La Révolution russe, t. 1, d’Orlando Figes. Éditions Gallimard, « Folio Histoire ». La Révolution russe de 1917, de Marc Ferro. Éditions Flammarion.

Il y a 75 ans ce 7 mars

 

Publié le 5 Mars 2017

le patronat français et la droite pétainiste

faisait exécuter Pierre Semard

par les nazis

 

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Le 07 mars 1942, Pierre Semard tombait sous les balles des nazis à l’âge de 55 ans.

 

Comme le rappelle la fédération CGT des cheminots dont il étaient le secrétaire Général

 

"La vie trop brève de ce militant d’exception fut d’une intensité remarquable, traversant des moments très forts de l’histoire sociale et politique de la première partie du 20ème siècle. Il reste le symbole de la résistance des cheminots à l’Occupation.

 

Fils d’un père cantonnier du chemin de fer et d’une mère garde-barrière, Pierre Semard naît à Bragny-sur-Saône (Saône-et-Loire) le 15 février 1887. Il entre aux chemins de fer à Valence en 1912, après avoir occupé divers emplois notamment à Paris. C’est au contact du monde cheminot que Pierre Semard rejoint l’action syndicale qui marquera le début d’un engagement syndical et politique pour la justice sociale et la paix, qu’il mènera tout au long de sa vie.

 

Plusieurs fois révoqué par la compagnie des chemins de fer ou par la SNCF entre 1920 et 1939, il fut incarcéré par la police française dans la même période. Artisan de la paix, il fut emprisonné deux fois en raison de son engagement, contre l’occupation de la Ruhr et contre la guerre du Maroc puis pour sa lutte contre les dictatures et le fascisme. Il était aussi un partisan farouche de l’indépendance du syndicat vis-à-vis du politique et de la spécificité des luttes dans chaque pays.

 

Précisons aussi que militant du PCF depuis sa fondation,  il fut comme secrétaire général le premier ouvrier dirigeant d'un grand parti politique. Refusant les luttes d'apparteil et le sectarisme qui mine le jeune PCF de l'intérieur il retourne dans l'activité syndicale 

 

Il est le Secrétaire Général de la Fédération CGT des Cheminots réunifiée lorsqu'en 1936 pour "le pain la paix et la liberté" face à la menace fasciste triomphe le Front populaire.

 

1936, sans avoir besoin de faire grève tant la peur de voir l'économie paralysée, le gouvernement Blum s'engagera à ce que soit accordés les  21 jours de congés payés et la semaine de 40 heures dans les compagnies de chemins de fer.

 

Le 1er janvier 1938, lors de la création de la SNCF, seule nationalisation du Front Populaire, il devient l’un des 4 administrateurs salariés.

 

11 mois plus tard il sera révoqué de son poste en décembre 1938 pour avoir appelé à la grève contre les décrets_ lois Daladier de novembre 1938.

 

Pour s'en débarrasser le gouvernement au prix de provocations, cabales et diffamations engage une phase supplémentaire de répression.

 

Ce gouvernement, issue de la même majorité qu'en 36,  pour servir ce qui sera la bourgeoisie collaboratrice française emprisonne Pierre Semard le 20 octobre 1939.

 

Après deux ans et demi de prison, le gouvernement de Pétain le livre à l’occupant nazi. 

 

Le 07 mars 1942, à Evreux, Pierre Semard tombe sous les balles d’un peloton d’exécution.

 

La fédération CGT poursuit ainsi dans son communiqué : 

 

Cet acte, qui visait à museler et soumettre au joug des nazis la corporation et la fédération clandestine, va à l’inverse renforcer les cheminots dans leur résistance, leur combat revendicatif jusqu’à la grève générale et l’insurrection en 1944.

 

Un engagement précieux

 

L’idéal de progrès social et sociétal de Pierre Semard s’illustra par son action contre la remise en cause des acquis sociaux, la détérioration du Service Public, la fermeture de lignes, en recherchant l’implication des citoyens dans la démarche.

 

Son combat et son engagement pour la classe ouvrière, portés par la CGT et le PCF alors interdits, se retrouveront dans le programme du Conseil National de la Résistance baptisé « Les jours heureux » qui, à la Libération, met en place sur plusieurs années la nationalisation du gaz et de l’électricité, la création des Comités d’Entreprise, de la Sécurité Sociale, la retraite par répartition, le droit de vote des femmes, la 4ème semaine de congés payés, le SMIG, les ASSEDIC, le statut de la fonction publique…

 

Ces acquis constituent toujours un socle social révolutionnaire et ce n’est pas un hasard si le patronat et les politiques qui l’accompagnent oeuvrent depuis pour le détruire. C’est pourtant ce modèle social solidaire qui, parmi toutes les nations capitalistes touchées par la crise, a le mieux amorti ses effets sur les travailleurs.

 

Un combat toujours d’actualité

 

Unis par leur statut depuis 1938, les cheminots sont porteurs d’esprit de solidarité et de lutte, valeurs qui, dès l’Occupation, structurent de manière prépondérante une conscience de résistance reconnue historiquement et politiquement. Rappelons que notre corporation paya un lourd tribut à la paix, à l’indépendance et à la liberté puisque 8938 cheminots y laissèrent leur vie, 15977 ont été blessés pour faits de Résistance et 1157 sont morts en déportation.

 

Le devoir de mémoire et de transmission de la connaissance des faits est indispensable pour lutter contre l’oubli et les révisions de l’Histoire.

 

A l’heure où l’extrême droite avance ses idées de haine et de xénophobie, divise les peuples, tout en ne contestant pas les causes politiques et le capitalisme qui ont conduit à la situation économique et sociale désastreuse, les valeurs de solidarité, de paix et de justice sociale portées par la CGT doivent être diffusées et partagées avec le plus grand nombre de salariés.

 

Elles sont l’héritage des idées et des combats de Pierre Semard, homme d’exception. Sachons affirmer notre fierté d’être guidés par son courage et ses convictions.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

L’Humanité : Les vingt jours de la Commune de Shanghai

 

05 Mars 2017
LINA SANKARI
VENDREDI, 3 FÉVRIER, 2017
L’HUMANITÉ
Shanghai, 1967. Livres, images, disques. Toutes Suvres jugées capitalistes sont brûlées. akg-images/RIA Nowosti
Shanghai, 1967. Livres, images, disques. Toutes Suvres jugées capitalistes sont brûlées. akg-images/RIA Nowosti

En février 1967, la Révolution culturelle accouche d’une commune populaire dans la plus grande ville industrielle chinoise. Inspirée de l’expérience parisienne, et instrumentalisée par Mao dans un premier temps, la rébellion échappe rapidement au pouvoir central.

 

En janvier 1967, Shanghai est en ébullition. La Révolution culturelle a été lancée quelques mois plus tôt, lorsque le président Mao a dressé les caractéristiques d’une nouvelle structure politique émancipée des bureaucrates, cette nouvelle classe privilégiée pointée du doigt pour son conservatisme. L’idée est de reprendre le pouvoir central au courant liu-denguiste (celui de Liu Shaoqi et Deng Xiaoping). Pour ce faire, il théorise l’abolition des disparités entre travaux manuel et intellectuel, agricole et industriel et la construction d’un État sur le modèle de la Commune de Paris de 1871. À Shanghai, travailleurs et étudiants se saisissent de ces directives jusqu’à déclencher la « tempête de janvier » qui, à la suite de grèves massives, aboutira au renversement de l’administration locale.

 

Dans les usines textiles, des mouvements rebelles surnommés « Toujours loyaux à la pensée de Mao Zedong » ou « comités de défense de la pensée de Mao Zedong », appuyés par les gardes rouges étudiants, avaient préparé le terrain à la prise de pouvoir à l’échelle municipale. « Toute la lie de la société de Shanghai », selon les termes du maire de Shanghai, Cao Diqiu. Côté rebelle, on réclame la tête des « vieux routiers capitalistes dans le parti » et des « révisionnistes khrouchtchéviens ». Le mépris du premier magistrat de la ville exacerbe les tensions et aboutit à la paralysie des usines, des transports ferroviaires et du port. Le Wenhui Daily et Libération sont aux mains des rebelles en janvier. À ce stade, Mao Zedong applaudit. « C’est une classe qui en abat une autre. C’est une grande révolution. À mon sens, beaucoup de journaux devraient être fermés. Mais il faut bien des journaux. La question est de savoir par qui ils sont dirigés. » Le président s’inquiète néanmoins des grèves – « Nous ne devons pas faire la révolution en nous isolant de la production » – et de la destitution de l’ensemble des cadres. Après la prise de pouvoir, dans leur manifeste, qui reprend les principes de la Commune de Paris, les rebelles, emmenés par Zhang Chunqiao, précisent qu’ils peuvent être destitués à tout instant. « Ce que Mao condamne aussitôt en disant qu’il faut “un noyau permanent” à tout mouvement », précise le sinologue Alain Roux. En outre, une milice ouvrière remplace en partie l’armée et des milliers de comités de médiation populaires exercent à la place des tribunaux.

 

Pour ses instigateurs, la Commune populaire de Shanghai constitue « la continuation et le développement de la révolution d’octobre dans de nouvelles conditions historiques », explique l’un des rédacteurs du manifeste, Xu Jingxian. Pour le nouveau pouvoir local, la Commune est un épisode transitoire avant l’organisation d’élections. Est-ce pour autant une remise en cause du fonctionnement de la République populaire de Chine (RPC) sous la houlette du Parti communiste chinois (PCC) ? « Personne parmi les rebelles n’a proposé d’abolir le parti dans son ensemble, même si beaucoup manifestaient de l’hostilité ou de l’indifférence à l’idée d’incorporer les anciens cadres locaux du parti. Même dans l’ordre du 8 février, ceux qui prônaient l’abolition du système hiérarchique montraient qu’ils continuaient à suivre la règle du parti maoïste », juge le chercheur néomaoïste Hongsheng Jiang. Le mouvement de Shanghai doit néanmoins faire face à l’hostilité des ouvriers et des cadres dits « conservateurs ».

 

Bouleverser la vision du monde des masses et des cadres

 

Pour Mao, l’horizon de la Révolution culturelle n’était pas de renverser l’ensemble des cadres anciens afin de les remplacer par la rébellion, mais bien d’initier un mouvement d’éducation destiné à bouleverser la vision du monde des masses et des cadres et de forger une conscience de classe. Aux yeux de Mao encore, les divisions qui se sont fait jour au sein même de la Commune sur le rôle du parti illustraient le « manque de maturité de la conscience de classe des ouvriers chinois. Dans ces conditions, Mao pensait que le moment n’était pas venu d’instituer à Shanghai un organe de pouvoir fondé sur des élections générales », explique Hongsheng Jiang. À la mi-février, la Commune de Shanghai fait l’unanimité contre elle parmi les cadres de l’armée à Pékin et ceux du parti. Par crainte que l’armée ne le lâche, Mao se désolidarise totalement de la Commune et les étudiants lancés contre la vieille bureaucratie sont désavoués. Si la peur d’une décentralisation excessive et d’une menace à l’unité de la nation ne saurait faire reposer sur les épaules de Mao le changement de nom de la Commune en « comité révolutionnaire », il est certain que cette illustration de la Révolution culturelle que constitue la Commune de Shanghai échappe déjà à Mao. D’autant que la Commune de Shanghai, qui dura une vingtaine de jours, eût le temps d’essaimer dans le reste du pays. La répression est sans appel et tous ses leaders finiront en prison.

 

Quand un jeune traducteur observait la Commune
 

Un jeune traducteur, Zhang Deyi, fut le témoin de la Commune de Paris et s’efforça de décrire jour après jour l’avancée du peuple parisien. Il assiste ainsi à l’insurrection et rend compte du rôle des femmes. Il observe également l’entrée des troupes versaillaises dans Paris. Son aversion pour l’impérialisme occidental fait ressortir une sympathie pour les combattants de la Commune. Pourtant, « c’est lorsque les révolutionnaires chinois apprirent que la Russie des soviets s’inspirait de la Commune de Paris qu’ils commencèrent à étudier ses principes et sa signification », note le chercheur Hongsheng Jiang. Les notes du jeune traducteur n’ont été publiées qu’en 1982 et n’ont par conséquent exercé aucune influence majeure en Chine. Ce sont surtout les intellectuels communistes exilés en France qui permettront, dès les années 1920, de faire connaître les fondements de la Commune de Paris en Chine.

 

Repères

 

16 mai 1966 Circulaire  du 16 mai, considérée comme le lancement de la Révolution culturelle 12 juin Des ouvriers de l’usine textile n° 17 accusent les dirigeants de prendre la voie capitaliste 5 février 1967 Un million de personnes acclament les rebelles qui ont pris le pouvoir sur la place du Peuple de Shanghai 24 février La Commune est remplacée par le comité révolutionnaire 
 

Le carillon d’octobre

 
Par Bernard Frederick

Petrograd, le mardi 24 octobre, 20h10. [1] Tout au nord de la ville, dans le quartier ouvrier de Vyborg, deux hommes sortent d’une citée populaire.

 

De petite taille et plutôt svelte, enveloppé dans un manteau sombre, le premier marche en tête. Une large casquette à la mode russe coiffe des cheveux clairs. Son visage est à moitié masqué par une écharpe, on le distingue mal. Il se tient la mâchoire comme s’il avait une rage de dent. En partant, il a laissé sur la table de sa logeuse, Margarita Fofanova, un petit mot tracé d’une écriture nerveuse : « Je vais là où vous ne voulez pas que j’aille ».

 

Son compagnon se tient en arrière. Plus grand, plus imposant. Ses mains s’enfoncent dans les poches de sa veste de cuir noir. Elles serrent chacune la crosse d’un Lahti, célèbre pistolet finnois.

 

Les deux hommes pressent le pas. La rue est sombre, bordée d’usines. Ils longent Renault –aviation, installé là depuis 1914. Un passant les interpelle : « Où allez-vous ? » 


« Faire la révolution ! » marmonne le petit.

 

Un tramway arrive, pratiquement vide, les deux compères sautent dedans. L’homme à la rage de dent engage la conversation avec la conductrice. La discussion semble vive. L’homme en oublie son mal et fait de grands gestes. Il paraît nerveux, excité, impatient…

 

Passée la gare de Finlande et la Neva traversée, les deux silhouettes reprennent leur marche à pied le long des quais embrumés. Une patrouille les arrête : « Dokumenti ! ». Les papiers du citoyen Konstantine Ivanov semblent en règle. Il peut poursuivre son chemin.

 

Il est minuit, lorsque Ivanov et son compagnon arrivent devant un long bâtiment massif qui brillent de toutes ses lumières : Smolny, un ancien collège pour les jeunes filles de la noblesse, maintenant siège des soviets. Une foule compacte fume et débat sur le perron. Des hommes en armes, en civile ou en uniforme, se tiennent là, par petits groupes. On se bouscule pour entrer. Nos marcheurs en profitent pour s’y engouffrer, faussant la politesse à la garde. Le petit tient sa tête penchée, de nouveau dissimulée par l’écharpe. Le grand le quitte un moment puis s’en revient avec un gaillard brun, moustachu, un caucasien dirait-on, qui se penche pour entendre son interlocuteur. Celui-ci semble s’enquérir de ce qui se passe. Puis il s’installe sur une chaise, dans un coin, la casquette enfoncée sur la tête, la figure protégée par un linge. Il paraît si malingre, qu’un voisin lui tend un bouterbrot – un sandwich. Soudain, ce bienfaiteur se lève, recule comme frappé d’effroi. Fiodor Dan, dirigeant menchevique, membre du Comité central exécutif pan-russe des soviets (Tsik) vient de reconnaître Vladimir Ilitch Oulianov : Lénine.

 

Nous sommes déjà le 25 octobre. Depuis des jours, plutôt des semaines, Ilitch bouillonne. Avant de quitter sa « planque » de Vyborg, en compagnie d’Eïno Rakhia son fidèle garde du corps [2], il y a quelques heures, il a adressé aux membres du Comité central de son parti une lettre pressante : 

 

« Camarades, J’écris ces lignes dans la soirée du 24, la situation est critique au dernier point. Il est clair comme le jour que maintenant retarder l’insurrection, c’est la mort. 

 

Je veux de toutes mes forces convaincre les camarades qu’aujourd’hui tout tient à un cheveu, qu’à l’ordre du jour se posent des questions que ne peuvent trancher ni conférences, ni congrès (quand bien même ce seraient des congrès des Soviets), mais uniquement les peuples, la masse, la lutte des masses en armes » 

 

Et il insiste : « On ne peut pas attendre ! ! On risque de tout perdre ! ! ». Et il ordonne : « Il faut que toutes les régions, tous les régiments, toutes les forces se mobilisent sur l’heure et envoient sans attendre des délégations au Comité révolutionnaire militaire, au Comité central bolchevik, et exigent impérieusement qu’en aucun cas le pouvoir ne soit laissé entre les mains de Kerenski et Cie jusqu’au 25, sous aucun prétexte ; il faut à tout prix régler cette affaire ce soir ou cette nuit (…). Attendre pour agir, c’est la mort » [3].

 

Tout à l’heure, en début d’après midi, s’ouvrira le congrès pan russe des soviets. Celui-ci rassemble des centaines de délégués de toute la Russie élus par des millions d’ouvriers, de paysans, de soldats.

 

Lénine sait que l’écrasante majorité de ce peuple ne veut plus du gouvernement provisoire formé au lendemain de la chute du Tsar en février 1917. Huit mois d’hésitations et de trahisons ont discrédité les coalitions successives des Kadets de droite ou des Mencheviks dont le chef du gouvernement, Kerenski, est issu. Et, cette nuit là, au Palais d’Hiver, l’ancienne demeure impériale, Kerenski et quelques uns de ses ministres ne sont entourés que d’un bataillon de militaires professionnels, les Junkers, et d’une escouade de volontaires féminines.

 

Huit mois que le gouvernement provisoire poursuit la guerre quand les soldats n’y voulaient plus y laisser la vie ; quand les ouvriers, les paysans, avec eux, exigeaient une paix immédiate. La guerre, c’était la mort, la mutilation dans les tranchées, c’était aussi la faim dans les campagnes privées de bras et les villes sans nourritures. C’était encore les usines fermées, faute de matières premières et les salaires non payés ; ou à l’inverse, une exploitation des ouvriers aussi violente que le servage, abolit depuis à peine cinquante ans. Ilitch savait tout cela. Il savait aussi ses propres camarades hésitants, indécis et divisés. Déjà, quand la première révolution, celle de février, avait éclaté, de Suisse où il vivait en émigration, il s’était inquiété des échos qui lui parvenaient de Petrograd. Il avait indiqué dès 1914, que la « guerre impérialiste » allait conduire à la révolution en Europe. Maintenant, elle éclatait en Russie. Spontanément. Sans qu’aucun parti ne la dirige ni qu’aucun leader n’en prenne la tête. Le peuple, rien que le peuple ! Mais ce peuple allait-il se voir confisqué le pouvoir dont il s’était doté, comme en 1905 [4], avec les soviets, ces conseils de soldats, d’ouvriers, de paysans ? Serait-il amadoué par la promesse d’élections à une Assemblée constituante ? Allait-il céder aux sirènes de ceux qui lui promettaient tout, la démocratie et le pain, dans une république, après que lui, le peuple, ait écrasé l’ennemi venu de l’ouest ? Ces paysans analphabètes ne délègueraient-ils pas aux bourgeois élégants, aux intellectuels beaux parleurs, un pouvoir qu’ils semblaient avoir déjà conquis ?

 

Huit mois prouvaient le contraire. Une nouvelle révolution devenait nécessaire. Mieux, elle était en marche, au front, dans les usines, dans les campagnes secouées par les Jacqueries. Mais la politique comme la guerre suppose le mouvement.

 

Après la révolution de février, entre le gouvernement constitué de parlementaires représentants de la bourgeoisie et les soviets de députés ouvriers élus dans les usines et les quartiers des villes, s’était de fait instauré un double pouvoir. Les Mencheviks, sociaux-démocrates, affirmaient que seule la bourgeoisie pouvait prendre la succession du tsarisme et que les soviets – où ils étaient majoritaires - n’étaient qu’un instrument de la révolution démocratique bourgeoise. La confusion n’était pas moins grande du côté des bolcheviks, des amis de Lénine. On vit même Staline, rentré de déportation, et Kamenev assurer que les révolutionnaires russes devaient poursuivre la guerre afin de défendre leurs récentes conquêtes démocratiques contre l’agression de l’impérialisme allemand. C’était la position des mencheviks. La colère de Lénine éclata à son retour en Russie, le 3 avril, après avoir traversé l’Allemagne dans un wagon plombé. Bismarck avait dû penser accroître à son bénéfice l’anarchie qui régnait en Russie. Mauvais calcul !

 

A son arrivée la gare de Finlande, Ilitch, s’adressant à la foule des ouvriers et des soldats venus l’acclamer, prit le contre-pied de la ligne défendue par ses camarades. Il salua « la révolution russe victorieuse, l’avant-garde de la révolution prolétarienne mondiale ». De longues semaines durant, il aura encore à lutter pour que les Bolcheviks prennent conscience de ce qui montait « d’en bas » et contribuent à l’insurrection, à ses yeux, inévitable. Car ça poussait, en bas ! Tellement qu’en juillet, le parti et les soviets avaient été débordés. Les cosaques avaient réprimé dans le sang une manifestation. Les journaux bolcheviks avaient été fermés. Lénine avait dû s’enfuir. De ses cachettes successives, il n’avait cessé de lutter contre ses opposants, de l’intérieur du parti comme de l’extérieur, soit parce qu’ils hésitaient à faire preuve d’audace – il leur avait rappelé Danton !– soit qu’ils entendaient mettre un terme à la révolution.

 

Il avait reçu l’aide de Trotski qui, après s’être acoquiné avec les sociaux-démocrates, avait fini par rejoindre les bolcheviks et qui, comme en 1905, présidait le soviet de Petrograd. Tous deux avaient joint leurs forces pour convaincre leurs camarades qu’avant l’heure ce n’est l’heure et qu’après l’heure ce n’est plus l’heure. Ils avaient réussi. Mais, ils n’avaient pu le faire que parce que dans tout le pays montait la vague irrésistible de la Révolution. « La paix, la terre aux paysans, les usines aux ouvriers ». C’était clair pour le peuple comme les longues nuits d’été sur la Neva. Et grâce à ce peuple miséreux mais fier, tout à l’heure, ce 25 octobre, les bolcheviks auraient la majorité au congrès des soviets.

 

Mais au cas où ils ne l’auraient pas ? Ilitch voulait presser l’assaut. Toute la ville était aux mains des gardes rouges, des soldats et des marins insurgés. Seul le Palais d’Hiver leur échappait. Alors le « Vieux », comme on l’appelait familièrement- il avait 47 ans ! - tempêtait. Il anticipa. Il prit une feuille de papier et écrivit : _ « Le Gouvernement provisoire est destitué. Le pouvoir de l’État est passé aux mains de l’organe du Soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd, le Comité révolutionnaire militaire qui est à la tête du prolétariat et de la garnison de Petrograd. 

 

La cause pour laquelle le peuple a lutté : proposition immédiate de paix démocratique, abolition du droit de propriété sur la terre des propriétaires fonciers, contrôle ouvrier de la production, création d’un gouvernement des Soviets, cette cause est assurée. Vive la révolution des ouvriers, des soldats et des paysans ! » 

 

Il signa : « Comité révolutionnaire militaire auprès du Soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd » et data « 25 octobre 1917, 10 heures du matin ». En fait, dès l’aube, le communiqué était dans toutes les mains. Le journaliste américain John Reed, le lut sur un tract qu’il ramassa dans la rue au petit matin. [5]

 

Ce même soir, à 22h 30, le congrès des soviets donna cependant la majorité aux amis de Lénine. A la même heure, le croiseur Avrora – Aurore – tira ses salves à blanc : le carillon d’octobre.

 

A 2h 10, le Palais d’hiver était pris. Pratiquement sans résistance.

 

Nous emprunterons notre conclusion aux vaincus. Le 19 novembre, onze dirigeants mencheviks « internationalistes », dont Martov, écrivent une adresse « aux membres du parti » - à leur parti. 

 

« Le parti se trouve confronté à une grande défaite politique. Il a été vaincu le 25 octobre, en tant que parti sur lequel s’appuyait le Gouvernement Provisoire, renversé par le coup d’État bolchevique ; il a été vaincu en tant que parti prolétarien qui a essuyé des échecs successifs aux élections politiques de toute sorte dans les plus grands centres, il a subi des défaites successives lors des nouvelles élections aux soviets et aux comités de l’armée… » Et Martov expliquera plus tard, : « Les événements de cette sorte ne sont en aucun cas un hasard historique,(…) ils sont le produit de ce qui les a précédés, ils sont prédéterminés par toute la marche du développement social. C’est pourquoi il est impossible d’arrêter ou de prévenir la marche du développement, d’influer sur le rapport des forces de classe qui s’est développé au cours du stade précédent de la Révolution russe ». [6]

Notes :

[1] Saint-Pétersbourg, alors capitale de la Russie et de son empire, fut « russisée » en Petrograd au début de la seconde guerre mondiale. Les dates données dans cet article sont celle du calendrier Julien en cours en Russie jusqu’à l’adoption par le nouveau pouvoir, le 14 février 1918, du calendrier grégorien utilisé dans le reste de l’Europe. Entre les deux, il y a 13 jours de différence ainsi le 25 octobre correspond à notre 7 novembre.

[2] Rakhia, finnois tôt rallié aux bolcheviks, fut victime de la répression stalinienne en 1937.

[3] Œuvres t. 26

[4] Le premier soviet est apparu à Ivanovo-Voznessensk, le « Manchester russe », dans les usines textiles pendant la révolution de 1905, réprimée dans le sang .

[5] John Reed, Dix jours qui ébranlèrent le monde, Éditions sociales, Paris 1958

[6] In Jean-Paul Depretto, Un menchevik face à la défaite et la Révolution d’octobre, Revue d’Histoire moderne et contemporaine 2003 n°2