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A propos de Robert Hue…

 

par  Danielle Bleitrach

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Inutile de vous dire qu’en apprenant son retrait de la vie politique, j’ai pensé d’abord : quel dommage que ce retrait ne soit pas intervenu il y a une vingtaine d’années. Je me suis souvenue de ce jour où j’étais allée à la tribune du Comité National pour dire que visiblement il se préparait une participation gouvernementale et qu’il fallait en discuter, personnellement j’étais contre. Je tirais cela du fait qu’il y avait eu ce grand mouvement populaire de 1995 et que le parti avait tenu un discours invraisemblable sur le fait qu’il ne « fallait pas corseter le mouvement populaire ». Le plat était trop chaud, il fallait le laisser refroidir pour cette participation gouvernementale déjà décidée et on nous inventait une pseudo participation à la base, l’art de se mettre en rond pour discuter en joyeux feu de camp de la politique financière et économique de la France. Au lieu d’utiliser ce que disait Bourdieu à Juppé qui prétendait que les Français ne comprenaient rien aux réformes : « Ils ont très bien compris, ils n’en veulent pas ». Au lieu d’aider ce peuple rebelle qui refusait le démantèlement des services publics à s’organiser autour de propositions popularisées par le parti et qui aurait effectivement corseté le mouvement populaire, lui aurait donné une colonne vertébrale. Il fallait offrir le pouvoir à un PS qui n’avait pas une autre politique que celle de Juppé. Non sous couvert de démocratie, on cassait les résistances, on « mutait » et on les livrait à une nouvelle mouture de la démission face au PS, à une participation gouvernementale dans des conditions de vassalité absolue. Après mon intervention, que personne n’a reprise à la tribune, il y a eu une pause, tout le monde est venu me voir, me dire que j’avais raison, mais dans le débat collectif ils se taisaient. Robert Hue est venu me voir, c’était un brave homme qui avait besoin d’amitié autant que de flatteries, il m’a dit « mais qu’est-ce que je peux faire Danielle ? ». Je lui ai répondu « Si tu ne sais pas quoi faire prends ta casquette de secrétaire et mets là sur la tête de quelqu’un d’autre ! ».

 

C’était un homme faible, qui s’était retrouvé là par hasard et les factions adorent les hommes faibles.

 

C’est pourquoi hier, après avoir pensé qu’il était dommage qu’il n’ait pas démissionné plus tôt, j’ai réfléchi que si ce n’avait été lui, ça aurait été un autre : les candidats ne manquaient pas. Surtout quand j’ai essayé de mettre en garde mes camarades contre non pas l’individu mais sa politique de « mutation », le fait qu’elle revenait à détruire le parti, le fait qu’elle ne laissait plus en place sous couvert de modernité, ni un cercle de la JC, ni une cellule, que tout devait passer par des « réseaux », qu’avez vous dit dans votre immense majorité ? C’était « Robert », le secrétaire et il avait parlé ; vous m’avez accusée d’être contre le secrétaire bien aimé donc une ennemie du parti. J’ai adhéré en 1956 et j’aurais donc attendu jusqu’en 1996 pour manifester cette dissidence. D’autres qui pensaient comme moi se sont tus et ont préféré se retirer sur la pointe des pieds, non sans avoir été aidés par les nouveaux copropriétaires de Fabien.

 

Je n’étais pas plus douée que les autres d’ailleurs, la preuve j’ai failli me perdre en pratiques groupusculaires, derrière des petits chefs. Puis j’ai quitté tout ça et j’ai commencé mon tour du monde, pour tenter de comprendre ce qui se passait dans mon pays…

 

Alors voyez-vous je n’ai même pas envie d’accabler cet homme face à cette volonté suicidaire générale parce que je sais qu’aujourd’hui encore vous êtes prêts à recommencer, à détruire cette force de dévouement et d’intelligence que vous représentez et dont notre pays, sa classe ouvrière, ses couches populaires, ses intellectuels ont un si urgent besoin, parce qu’il faut appuyer une direction même et surtout si celle-ci apparaît de plus en plus incapable de redresser le parti, si le dernier congrès a été une catastrophe qui nous a mené là où nous en sommes.

 

Ce dernier congrès n’aurait jamais du se séparer sans que soit résolu la question de la candidature communiste ; nous avons perdu du temps beaucoup de temps jusqu’à ce que cette candidature soit impossible à défendre et il en a été de même de toute décision importante, nous n’avons pas fait en conséquence des fêtes de l’Humanité des centres de mobilisation collective, nous nous sommes épuisés en débats stérile, en divisions inutiles. Nous faire perdre du temps, attendre l’arme au pied, est aussi une tactique d’épuisement du parti, ça et notre désir de croire en nos dirigeants.

 

Cette caricature de démocratie et vraie stérilisation est l’utilisation de ce que nos combats avaient fait de nous les plus disciplinés des combattants pour nous conduire à l’autodestruction, et effectivement le nom de Robert Hue restera à jamais attaché à cette dérive, mais il n’est pas le seul et il a simplement comme tant d’autres utilisé le meilleur de ce que nous sommes pour nous détruire.

 

Allons-nous continuer ou aurons-nous la force de mener le débat qui s’impose, non l’année prochaine mais tout de suite ? C’est urgent, il suffit de voir ce à quoi nous sommes confrontés, la cacophonie de la première mobilisation contre la loi travail. Hier avec ma cellule, nous avons distribué des tracts pour appeler à la manifestation du 12 septembre. Nous étions six au métro des Chartreux. Les gens confondaient avec Mélenchon et ne savaient plus quel jour ça avait lieu, ceux qui prenaient de bon cœur nos tracts c’étaient ceux qui revenaient du travail, à la fin je criais simplement : les patrons n’ont pas tous les droits et là j’avais un sourire complice. Combien de cellules vivent encore, pourtant c’est sacrément efficace une cellule, avec des débats de fond, franc, de l’amitié, après nous sommes allés boire une bière sur la place et nous avons refait le monde.

 

Quel que soit l’état de nos dirigeants ai-je pensé, aucun n’aurait osé lancer une manifestation pour le 23 pour brouiller le message de la mobilisation du 12 septembre, alors qu’il n’y a rien de facile d’organiser partout une journée de grève. Non les communistes auraient agi comme nous avons agi hier, ils auraient distribué leurs propres tracts pour appeler à cette manifestation syndicale, ils l’auraient popularisé à leur manière sans rien en attendre pour eux mêmes, sans leaders aux dents longues, ces milliers de cellules partout, des petites mains.

 

Oui c’est un crime pour les salariés, pour notre pays que d’avoir détruit ce parti et ceux qui l’on accompli, l’accomplissent encore, portent une lourde responsabilité, ils ont laissé à l’abandon des couches populaires, désorganisées, désabusées, mais est-ce que nous avons fait nous communistes tout ce qu’il fallait pour l’empêcher ?

 

Alors à la limite, je plains Robert Hue, c’était un homme faible qui n’aurais jamais du être à la place où il était, il ne manquait pas de qualités humaines, de curiosité, d’intérêt pour la culture, je pense qu’il aurait été un excellent militant dans sa cellule, au milieu de ses copains…

 

Danielle Bleitrach

 

Voir en ligne : Sur le blog histoire et société de Danielle Bleitrach