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Bydgoszcs: Pologne, fille chérie de l’Eglise et de l’OTAN (1)

 

29 Juillet 2016
 

La conférence doit avoir lieu à Bydgoszcz, à mi chemin de Varsovie et Gdansk, elle regroupe quelques « progressistes » autour de l’étude du manifeste du 22 juillet 1944, acte de naissance de la Pologne populaire… Dès le lendemain, Marianne part à Bratislava, au Congrès d’esperanto pour y présenter notre livre sur l’Ukraine  qui a été traduit dans cette langue et moi je reste avec Monika, une amie polonaise pour affronter  ce pays dans lequel je n’ai jamais mis les pieds, bien qu’une part de ma famille en soit originaire. Nous découvrirons même Monika, Béa la jeune dirigeante su  du parti communiste Polonais et moi, que nous sommes de la même région du sud,  celle de Tarnow et que nous étions toutes les trois soumises à la famille féodale des Tarnowski. Ma grand mère est même née à Przcworksk, ce qui lui permettait de vanter François Joseph, un bon empereur pour les juifs. Quand je parle de la Galicie, Monika proteste que ça c’est le nom donné par les Autrichiens et pas par eux les Polonais… me voilà privé du patronage tutélaire du bon empereur…

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Voila notre « berceau commun à Monika, Béa, la jeune dirigeante du parti communiste polonais et moi, sur une carte très ancienne. »

 

Ce qui ne me met pas le moins du monde en confiance vu que si je crois être totalement dénuée de racisme, je m’obstine à avoir toutes les préventions du monde contre les Polonais. Bien convaincue que tant qu’il y aura un Polonais, il y aura un antisémite… Depuis notre départ, je maugrée qu’ils vont me jeter dans la Vistule comme les Allemands ont jeté Rosa Luxambourg dans la Spree. Monika n’en a cure… Elle contemple le paysage de la vitre baissée du train et crie de bonheur: « J’en ai marre de ces films en noir et blanc sur la Pologne. regardez comme cette campagne est belle, la richesse des coloris! » En signe de bonne volonté je veux bien m’extasier sur les forêts de bouleaux aux troncs argentés et au feuillage frileux. Marianne nous traduit les nouvelles lues sur internet en russe. Ayrault, notre ministre de l’intérieur aurait dit: « il faudra que l’on sache qui de l’Ukraine ou de la Russie a raison. Parfois j’ai des doutes! » Manière élégante de botter en touche en ce qui dans l’affaire relève des Etats-Unis ou de l’Europe… puis il est question des attentats en Allemagne, des silences de Merkel.

 

Bydgosccz et l’alerte à la bombe

 

Bydgoszcz, Marianne et Monica sont convaincue que je mets de la mauvaise volonté à me souvenir de ce nom. Elles parlent toutes les deux un nombre incalculable de langues et je comprends à les entendre que ce hérissement de consonnes du polonais est simplement destiné à traduire un idiome slave en évitant soigneusement l’alphabet cyrillique du grand voisin  russe détesté. Tout à fait caractéristique de la Pologne qui multiplie les particularismes improbables pour se dégager de l’étreinte de ses voisins tout en se débrouillant de s’y soumettre à cause de la rapacité à courte vue des ses « élites ». Tout démarre au Moyen-âge  avec le choix de la monarchie élective au bénéfice de ses féodaux pratiquant le servage. Alors que toute l’Europe s’unifiait derrière ses rois, la Pologne se donnait périodiquement à un souverain étranger… Je ne peux m’empêcher d’établir un parallélisme avec  le rôle de l’Eglise à la chute du communisme, mais nous y reviendrons… 

 

.. Bydgoszcz est au coeur d’une zone agricole riche et convoitée par les voisins allemands cette fois, entre Varsovie et Gdansk. Elle avait 110.000 habitants avant la deuxième guerre mondiale (dont 40% d’Allemands), 420.000 à son apogée sous la Pologne populaire et aujourd’hui elle n’en conserve que 300.000 après avoir subi comme toutes les villes du pays: désindustrialisation, privatisations, chômage et immigration. Avec le brexitt, aujourd’hui, peut-être certains immigrés vont-ils revenir?, il a même été question de pogrom de Polonais en Grande Bretagne.  Bydgoszcs se situe sur un trajet ferroviaire qui jadis menait l’été les employés, ouvriers, les enfants de colonies de vacances vers la mer Baltique. Finies les colos, les gamins hurlant de joie, les plages ont été privatisées. Ce 22 jullet 2016, les wagons sont quasi-déserts comme les gares pourtant pimpantes. Monika me glisse : « Si les gares sont neuves c’est parce qu’elles ont été refaites avec l’argent de tes impôts alloué par la généreuse Europe, mais avec un mode d’emploi…

 

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Marianne et moi en train de franchir les voies de chemin de fer pour fuir l’alerte à la bombe..

 

Quand le train s’arrête pour que nous descendions à Bydgoszcs, la sortie nous est interdite. Alerte à la bombe, un paquet suspect. Nous sommes détournées vers les voies de chemin de fer. Le chemin n’est pas très praticable surtout pour moi qui me traîne avec ma canne. De hauts murets avec quelques pierres branlantes comme marches. Un flic gras et arrogant me laisse me débattre sans le moindre geste. Il faudra la protestation  de Monika et d’autres voyageuses pour qu’il daigne tendre la main. Ce n’est pas digne de son statut. On se moque de ces personnages inbus de leur personne et on les appelle des taureaux. Les Cheminnots, mal payés m’explique Monika, sont en revanche serviables mais faméliques. La classe ouvrière a perdu ses colonies de vacances et son rôle dirigeant et un salaire digne de ce nom. 

 

De bénévoles, des femmes avec des gilets fluorescents nous guident vers une station de taxis. En fait tous ces bénévoles sont la à cause des Journées mondiales de la jeunesse… Ce pieux tourisme  déferle sur la Pologne, croix et drapeaux de toutes sortes en tête et ils chantent à perdre haleine… Mais la police est sur les dents et craint des attentats. Les journées mondiales de la jeunesse sont directement organisées par le Vatican, elles ont lieu tous les deux ans , cette année c’est en Pologne.

 

On ne badine pas avec l’église polonaise

 

Ce choix de convoquer  les JMJ en Pologne n’a rien d'innocent… Cela  fait partie -dit-on- de la tentative du pape François de réformer son église. L'Eglise  catholique, ce modèle de survie institutionnelle, est aussi en crise. L'opacité qu’a révélé la gestion catastrophiques des scandales s’appuie sur des forteresses étanches dans lesquelles le crime donne lieu à des promotions. Il y a ces  évêques jouissant de pouvoirs considérables sans être tenus de rendre des comptes. Cette impunité vaticane au plus haut niveau est une sorte de féodalité, et plus féodale que l’Eglise polonaise, il est difficile de trouver. Ce dès l’origine, mais ça s’est amplifié avec sa victoire politique sur le communisme. Adversaire déclarée comme Jean Paul II lui-même, non seulement de la Théologie de la libération mais de Vatican II, elle s’est montrée peu apte à toute pratique démocratique aussi bien en Pologne qu’au travers de son pontife, devenu héros national et dont les statues fleurissent. L’Eglise polonaise à la fin de la Pologne populaire a cru bon de peser de tout son poids sur la démocratie promise et jamais obtenue. Ses prêtres et ses organisations ont  pratiqué les consignes de votes, les interventions en chaires, les pressions directes contre toute libéralisation des moeurs en particulier l’avortement. Cela se poursuit aujourd’hui contre les réformes que veut imposer le pape François et il n’est pas rare que des curés les dénoncent en chaire comme s’il s’agissait d’une quelconque intervention en faveur d’un vote pour un parti, ou une pression pour que le gouvernement élu adopte des moeurs les plus rétrogrades. Dans tous les cas, il est dit aux ouailles « Tais-toi, prie et fais ce qu’on te dis! »

 

Pour donner un exemple, l’assassinat du prêtre français à la fin de mon séjour,  certes a été déploré comme partout, mais c’est en Pologne que l’on a entendu des voix venues de l’Eglise pour attribuer un tel crime au relâchement des moeurs en Europe et en particulier au mariage gay. Ceux qui ont vu dans cet acte de Daech une concordance entre les journées mondiales de la jeunesse et ce crime contre  un prêtre ne mesurent pas à quel point les éléments ultraconservateurs du clergé polonais et au-delà ceux dont Jean Paul II et Benoit XVI ont truffé la hiérarchie vaticane peuvent effectivement en profiter pour tenter de raidir un peu plus leur refus de toute transformation. Derrière toutes les dérives de l’Eglise, mais aussi celles d’un église polonaise n’ayant aucune propension à la démocratie, il y a l’impunité  et le sentiment de ne devoir des comptes à personne du haut de la hiérarchie.

 

Monika qui pourtant a été parmi les rares polonaises durant la Pologne populaire a recevoir une éducation catholique nous décrit la manière dont la dite église a reconquis la jeunesse. Ce qu’elle nous décrit tient  des manoeuvres occultes  des Jésuites chez Eugène Sue et des joies du patronage dans « la vie est un long fleuve tranquille » avec un abbé beau gosse, chanteur et joueur de guitare qui baise ses paroissiennes adolescentes. Je me demande si elle n’exagère pas parfois dans l’anticléricalisme, mais comme beaucoup de féministes, elle ne supporte pas la manière dont l’Eglise polonaise a pesé sur l’interdiction de l’avortement, dont elle rend la condition féminine de plus en plus rétrograde et elle n’est pas loin de penser que les évêques polonais sont prêts à faire la peau de François (comme ils ont eu Jean Paul premier dit-elle). Ces journées mondiales de la jeunesse en Pologne étaient selon elle, une manière pour le pontife de montrer à l’Eglise polonaise qui était le mâitre. L’assassinat du prêtre français tombe mal. Après cette discussion avec elle, je commence à noter le nombre pléthorique de bonne soeurs avec coiffes, vêtues de gris qui traversent le paysage. Monila commente: « Quand tu as une parente encombrante,  une fille célibataire au chômage, dont tu ne sais pas quoi faire, tu la transforme en bonne soeur »… Il faut voir qu’il n’y a pratiquement plus de services sociaux, des gens profitent des malades, des séniles, leur font signer des papiers, l’église offre un brin de solidarité à cette débâcle des services publics…

 

A cette stratégie tout terrain de l’Eglise catholique répond celle du gouvernement polonais. Dans ce monde multipolaire dans lequel l’empire se décompose tandis que d’autres puissances cherchent à naître, les pôles identitaires sont précieux pour soi-même où pour le grand allié Etatsunien. La Pologne avec son Eglise sortie victorieuse du communisme joue la chrétienté, le catholicisme, mais veut-être aussi le lieu de ralliement d’autres religions menacées, des lieux de confrontation, d’interpénétration face au grand ennemi russe.

 

Le paradoxe le plus étonnant  si l’on considère à quel point non seulement l’église catholique polonaise a joué l’antisémitisme et surtout la manière dont elle s’est donné un leader très antisémite comme Walesa, c’est la manière dont elle a reçu l’appui d’intellectuels juifs ultra-libéraux et les relations privilégiées qui se sont nouées entre eux pour en finir avec le communisme (1). L’alliance s’est nouée au moment de la guerre des 6 jours et la réaction très violente du gouvernement communiste de l’époque, Gromulka et son ministre de l’intérieur, le général Moczca qui orchestre la campagne dans les médias dénonçant la communauté juive comme une 5e colonne. Aujourd’hui encore, le journal qui correspond au Monde et à Libération représente cette alliance et dans chacun de ses numéros s’attaque à la Russie est Gazeta Wyborsza, le nom d’un grand intellectuel Adam Mitchnik est attaché à cette opération dont le fond est le soutien sans faille aux Etats-Unis.

 

Ce lien entre l’ultralibéralisme sous un style intellectuel malgré ses liens avec l’Eglise catholique conforte un antisémitisme en train de croître.

le journal neoliberal de Adam Michnik (1)

Le chauffeur de Taxi et l’OTAN

 

Mais revenons à notre arrivée ) Bydgoszcz, nous nous sommes installées dans un taxi qui nous a conduit dans le lieu où se tenait la conférence, un bâtiment universitaire; Le chauffeur nous a aussitôt déclaré que tout « ça » (il parlait de l’alerte à la bombe), « c’est une provocation pour faire peur. Il n’y a pas de bombe! » Il nous rapporte une rumeur qui s’est récemment répandue à travers la ville. Des femmes racontaient qu’elles avaient trouvé un porte-feuille et l’avaient rendu à leur propriétaire, un noir (en fait tout individu basané est considéré comme « un noir »). Donc le noir pour les remercier les a prévenu qu’un attentat allait avoir lieu dans la ville.

 

Je le presse de questions que Monika traduit « D’où vient la rumeur? » Il l’ignore mais ce sont des femmes crédules et bavardes qui la propagent. Il commente le fait qu’il y a beaucoup d’étrangers… Et au moment où nous voyons en lui un raciste xénophobe, il complète son  propos: « Ici c’est un quartier général de l’OTAN. Il y a beaucoup d’étrangers liés à cette présence. C’est très dangereux! » Les « basanés » sont des soldats d’armées étrangères qui sont cantonnés ici et formés à des missions. A la demande expresse de Monika, il précise: « Oui il y a des Ukrainiens.Ils veulent faire la guerre à la Russie et c’est nous Polonais, habitants de Bydgoszcz que l’on met en première ligne et qui allons prendre! »

 

(1) fascinant de découvrir les traces de l’histoire là où les attend le moins. C’est à Varsovie, au musée des juifs polonais que je vais découvrir que non seulement les premiers dirigeants de la Pologne socialiste étaient le plus souvent juifs, mais qu’il y avait parmi eux le père de notre ultra-libéral Alain Minc: Joseph Minc.