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Humanité 2015

Publié par Michel El Diablo

Le PS et la « gauche » en voie de liquidation ? HOLLANDE et VALLS veulent passer à autre chose...

Mélenchon, Tsipras et Laurent ...Avant la capitulation de la Grèce face au diktat d'Angela Merkel et de l'Union Européenne

Mélenchon, Tsipras et Laurent ...Avant la capitulation de la Grèce face au diktat d'Angela Merkel et de l'Union Européenne

Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon ont dénoncé « l’enterrement »

 

«On voit bien que ce que fait le président de la République et ce qu’annonce une partie du Parti socialiste, Manuel Valls, c’est de vouloir enterrer la gauche dans son ensemble »

« On voit bien que ce que fait le président de la République et ce qu’annonce une partie du Parti socialiste, Manuel Valls, c’est de vouloir enterrer la gauche dans son ensemble », a pointé sur la Chaîne parlementaire (LCP) le premier secrétaire du PCF, se disant « prêt à travailler avec Cécile Duflot à une coalition de gauche ». Au lendemain des régionales, Pierre Laurent avait déjà appelé à s’« interroger » dans son camp : « Il s’agit de nous adresser maintenant à l’ensemble de ceux qui veulent continuer, (...) nous ne sommes pas capables avec le Front de gauche d’incarner une alternative assez forte. » De son côté, Jean-Luc Mélenchon, fondateur du PG, a stigmatisé vendredi sur BFMTV un rapprochement de François Hollande avec la droite, avant d’affirmer que le président de la République souhaitait en fait « liquider le mouvement socialiste et passer à autre chose, comme c’est le cas par exemple en Italie ».

SOURCE : L'Humanité.fr 


Commentaire de B.T : Nos compères en se refusant d'affronter véritablement le capital, en faisant de l'Euro leur nouveau veau d'or, en faisant de l'U.E un horizon indépassable, ne font que proposer leurs services dans un nouveau mouvement de substitution néo social-démocrate. Nos compères accompagnent de fait le dit mouvement, comme l'on fait les "communistes" italiens.

 

Quel plaisir de lire José Fort !


Je pose le livre sur mon bureau. Je ferme les yeux. Je viens de l’avaler d’une traite. Comme je le trouve trop court, je décide de le relire. Même à la seconde lecture, il est captivant. Cette fois, j’imagine ce qu’aurait été ce bouquin illustré par son compère Georges Wolinski comme c’était prévu. Ç’aurait été tout simplement génial. Des tarés fanatiques ne l’ont pas permis. La bêtise a fait la peau de l’intelligence et de l’élégance.

De l’élégance, José Fort n’en manque pas. D’abord son style : celui d’un journaliste brillant, fin observateur, qui rend compte avec une écriture concise, précise, sans fioritures, du trait de caractère, de la personnalité de certains grands de ce monde, de ceux qui ont fait l’Histoire meilleure. Mais José Fort ne fait pas que regarder. Ce n’est pas une caméra plantée dans un décor. Ses cinq sens ainsi que sa conscience politique sont en éveil. Il voit, entend, écoute, respire, goûte et ressent. Comme un félin à l’affût, il capte l’atmosphère, se saisit d’un détail, se repaît de ses rencontres, puis nous en restitue la quintessence. Pas un gramme de gras ! Ses textes sont décrassés jusqu’à l’os... avec le tour de force de ne jamais manquer ni d’humanité ni d’humour. Du cousu main...de maître !

 

Présenté comme des nouvelles, le livre permet de voyager d’un personnage à l’autre, d’un évènement à l’autre, au gré de nos envies. Quelques fois rocambolesques, parfois surprenantes et drôles, souvent émouvantes, ses histoires vécues nous remémorent des faits, des situations internationales menaçantes, évoquent des hommes et des femmes exceptionnels, des combattants, des justes, des amis plus que des confrères, qu’il admire et respecte infiniment et qu’il nous révèle sous un aspect insolite (Fidel Castro, Nelson Mandela, Ben Bella, Henri Alleg, Yasser Arafat, Dolorès Ibarruri, Marcelino Camacho, Dubcek, Lise London ou Yves Moreau pour ne citer que ceux-là). Dans ce livre, les pages sans doute les plus émouvantes, les plus douloureuses que José Fort a écrites, tout en pudeur, rappellent l’engagement des combattants volontaires des Brigades Internationales auprès de la jeune République espagnole en 1936. Le Commandant Gabriel, son père, volontaire dès la première heure est gravement blessé lors de la plus grande offensive républicaine en Castille dans les environs de Madrid. Il resta aveugle le reste de sa vie.

 

José Fort ne s’apitoie pas, mais il sera digne de son père dans le combat militant pour la liberté, l’égalité, la fraternité, la paix et la justice. José a parcouru le monde, en témoin engagé. Ses rencontres jamais banales font apparaître sous le cuir du journaliste professionnel aguerri, celui qui souvent, eut le privilège de vivre l’Histoire en première ligne, un homme passionné de l’autre, un communiste en éveil qui a su, dans le bruit et la fureur des cinquante dernières années, comprendre qu’il n’y a pas de modèle à son idéal et que celui-ci ne prendra corps que dans le respect de la diversité des cultures et des peuples et dans la fraternité entre les hommes.

 

Ce que José n’a pas eu le temps de nous dire hier, aujourd’hui, il le dit si bien, si Fort, que l’on attend la suite avec impatience.

 

Michel Taupin

 

José Fort  : "30 ans d’Humanité, ce que je n’ai pas eu le temps de vous dire", éditions Arcane 17.

URL de cet article 29159 

Après le « non », encore des concessions grecques pour arracher un accord

 

Rosa Moussaoui
VENDREDI, 10 JUILLET, 2015
HUMANITE.FR
Photo : Thanassis Stavrakis/AP
« Nous n’avons pas pour mandat de sortir le pays de la zone euro », a lancé Alexis Tsipras, vendredi matin, lors de la session parlementaire avec son parti Syriza.
 
Photo : Thanassis Stavrakis/AP
 
Sur les plans fiscal et social, les mesures auxquelles Athènes se résout sont sévères et reprennent la plupart des exigences des créanciers. Avec, en balance, une demande « d’ajustement » de la dette.
 

Athènes, envoyée spéciale. 

 

Le gouvernement grec a fait un pas de plus en direction des créanciers, dans la nuit du 9 au 10 juillet, avec sa proposition de compromis déposée auprès des institutions européennes, en vue du Conseil européen du 12 juillet, décisif pour l’avenir du pays. Cette offre grecque reprend, après le « non » sans appel du référendum, l’essentiel des mesures, parfois douloureuses, consenties avant la rupture des négociations, le 27 juin, le FMI, la BCE et la Commission ayant renvoyé à Tsipras une copie raturée de rouge. Présentée au Mécanisme européen de stabilité, ce plan de réformes, lié à un programme de financement de 50 milliards d’euros sur trois ans, couvrirait les besoins liés aux lourdes échéances dues par Athènes entre le 1er juillet 2015 et le 30 juin 2018. Il comprend un volet sur « l’ajustement » de la dette, ainsi qu’un plan de développement de 35 milliards d’euros correspondant au déblocage des fonds européens dont la Grèce est jusqu’ici privée pour des motifs politiques.  Il inclut, enfin, une trajectoire budgétaire escarpée, avec l’objectif de dégager des excédents budgétaires primaires (hors service de la dette) de 1, 2, 3 et 3,5% du PIB en 2015, 2016, 217 et 2018, à réviser en fonction de la conjoncture économique.

 

Sur les plans fiscal et social, les mesures auxquelles Athènes se résout sont sévères et reprennent la plupart des exigences des créanciers. Au cœur du désaccord avec les créanciers, le taux de la TVA est fixé à 23%,  restauration incluse, mais Athènes maintient, malgré l’hostilité des « partenaires », un taux réduit à 13% pour les produits alimentaires de base, l'énergie, les hôtels et l'eau, à 6% pour les médicaments, les livres et les représentations théâtrales. La TVA réduite dont bénéficient les îles serait maintenue, mais seulement jusqu'à la fin de l’année 2016, les îles aux revenus élevés et les destinations touristiques les plus fréquentées étant, elle, immédiatement soumises au taux normal de TVA. Les agriculteurs, eux, verraient leurs avantages fiscaux progressivement supprimés, avec une réduction de la subvention au diesel. Athènes maintient sa volonté de porter l’impôt sur les sociétés de 26% à 28%, s’engage à revenir sur privilèges fiscaux des armateurs et à augmenter la TVA sur les produits de luxe et les bateaux de plaisance. Mais les mesures de justice fiscale portant sur la hausse des impôts des plus riches sont abandonnées. Ces mesures sont assorties d’un plan de lutte contre la corruption, d’une réforme de l’administration fiscale et d’un programme de lutte contre la fraude et l’évasion, assorti d’une demande de coopération aux Etats membres de l’UE dont les banques sont destinataires de fonds grecs douteux.

 

Autre sujet d’affrontement, les retraites font elles aussi l’objet de lourdes concessions, avec une réforme incluant la hausse des cotisations et la suppression progressive, d’ici 2020, de l’allocation de solidarité sociale aux retraités (EKAS), en commençant par les plus grosses pensions. Retraites complémentaires et départs anticipés font également l’objet de reculs, avec, pour horizon, l’âge de départ effectif fixé à 67 ans.

 

Le gouvernement Tsipras consent, enfin, à procéder aux privatisations demandées par les créanciers. Elles concernent les aéroports régionaux, le rail, les ports de Thessalonique et du Pirée, ainsi que les terrains côtiers de l’ancien aéroport d’Hellenicon, que l’ancien gouvernement était prêt à brader, dans des conditions troubles, à l’oligarque Spiro Latsis, la plus grande fortune de Grèce. Sur ce point, le rapport préliminaire du FMI qui juge insoutenable la dette grecque déplore l’attitude de Syriza, dont les conditionnalités sociales, écologiques et les exigences en termes d’investissement entravent, selon l’institution de Washington, la réalisation du plan de ventes d’actifs publics attendu d’Athènes.

 

Tsipras table sur un accord durable

 

Cible d’un coup d’Etat financier auquel le « non » du 5 juillet n’a pas mis fin, Tsipras espère, avec ces nouvelles concessions, éviter l’étranglement financier, l’effondrement du système bancaire et conjurer le scénario du Grexit, qui entraînerait le pays en terra incognita. « Nous n’avons pas pour mandat de sortir le pays de la zone euro », a-t-il lancé, vendredi matin, aux députés de Syriza, en les exhortant à soutenir sa proposition aux institutions et aux Vingt-sept. Avec la perspective d’un plan sur trois ans, le Premier ministre grec espère aussi gagner du temps, sortir des accords de court-terme qui paralysent, depuis six mois, l’économie grecque, déjà exsangue, et mettre à profit les fonds structurels auxquels la Grèce peut prétendre pour engager, en partie, la politique de relance défendue par Syriza durant la campagne des élections législatives. Il table, surtout, sur un accord durable qui permettrait de desserrer enfin le nœud coulant d’une dette jugée insoutenable jusque dans les cénacles les plus libéraux, FMI et gouvernement allemand compris.

 

« Nous sommes devant des décisions difficiles, car nous voulons un compromis viable, qui ne trahisse pas notre mandat, explique le ministre de la Fonction publique, Giorgos Katrougalos. Nous avons toujours dit que nous étions prêts à accepter des mesures fiscales dures, à conditions qu’elles ne pèsent pas sur les plus pauvres, qu’elles soit assorties d’un accord sur la restructuration de la dette et d’un plan de développement économique ».

 

A Athènes, vendredi matin, la proposition de compromis suscitait déjà de houleux débats, certains, à gauche et jusque dans les rangs de Syriza, reprochant à Tsipras de vouloir transformer le « non » des urnes en « oui » à un troisième mémorandum. Au sein du groupe parlementaire Syriza, des députés exigent « une référence claire à l’allègement de la dette » pour appuyer cette proposition de compromis. Laquelle devait être examinée par la Vouli dans la soirée… En même temps que la manifestation prévue place Syntagma pour défendre le verdict populaire du 5 juillet.

 

Commentaire de B.T : Cet article de qualité montre bien que la Grèce n'est plu un pays souverain et sans souveraineté pas de démocratie possible. Sortir de cette Europe et de cette Euro est une question de santé publique.

Article de l'Humanité : le Parti Communiste japonais

 

21 Mars 2015 , Rédigé par Réveil Communiste

 

Article de l'Humanité

Article de l'Humanité

Dimanche 25 janvier 2015

Sur quels terreaux, le terrorisme se développe-t-il ?

Accueil

Crise économique et sociale, enjeux géopolitiques, etc.

 
JEUDI, 15 JANVIER, 2015
 
L'HUMANITÉ 
 
Par Arezki Metref, journaliste algérien, Adda Bekkouche, enseignant à l’université Paris-I Panthéon- Sorbonne et Christian de Montlibert, sociologue, Champ libre aux sciences sociales.
 
  • C’était un temps où nous essayions d’expliquer par Arezki Metref, journaliste algérien 

292063 Image 0Après l’assassinat quasi en direct des dessinateurs deCharlie Hebdo, je cède à l’hébétude. Une sidération aux airs de déjà-vu me paralyse le corps. Franchement, c’est tellement énorme que je ne sais plus quoi en penser. Je ne sais plus quoi dire ! Et ça tombe sur qui ? Cabu, Wolinski, Tignous et les autres, tous amis notoires des défavorisés, des déshérités, des jeunes de banlieues. Des types qui se battent depuis toujours contre les forces du racisme qui rejettent des gens comme leurs assassins. Avec leur irrévérence à l’égard de tout mais leur humanisme à l’endroit de la souffrance !…

 

Et puis s’ajoutent les images du passé ! Celles de ce moment – il y a une vingtaine d’années – où les journalistes algériens étaient soumis à un véritable génocide dans le huis clos d’un conflit dont une partie de l’opinion occidentale se dédouanait en criant à la « sale guerre ». Vous savez, après tout, on ne sait pas qui tue les journalistes ? Même si ce sont les islamistes, n’ont-ils pas raison de le faire, vu que « vous » – entendre les journalistes « éradicateurs » – leur avez confisqué leur victoire électorale ? Vieux et douloureux souvenirs ! Et voilà que des rafales de kalachnikovs tirées dans une salle de rédaction aujourd’hui réveillent tout cela, la douleur d’enterrer les siens et celle de s’enterrer dans le silence. Et j’entends ressurgir, amplifiés par la foule et la solidarité internationale, des idées, des cris, des je-ne-sais-quoi qu’on proférait hier, un peu ingénument, du genre, « contre leurs armes nos stylos ».

 

Je me souviendrai toujours de l’acharnement que mettait un certain Robert Ménard, alors patron de Reporters sans frontières, à faire dire à des journalistes algériens sur lesquels il voulait exercer un tutorat manipulatoire que ce n’était pas les islamistes qui tuaient les journalistes en Algérie. Cette étrange exonération des islamistes apparaît, au regard de son évolution ultérieure vers la droite extrême, comme justifiée par un seul impératif : accabler le pouvoir algérien !

 

On aura entendu, des années durant, que non seulement les islamistes ne tuaient pas, et mieux et pire, que derrière chacun d’eux il y avait un flic ou un militaire… L’essentiel était que les victimes que nous étions passent pour les bourreaux des pauvres islamistes ! C’était avant les attentats du 11 septembre 2001. C’était en ces temps bénis par les Américains où Anouar Haddam, représentant du Front islamique du salut (FIS) aux États-Unis et approbateur zélé de l’attentat à la voiture piégée du boulevard Amirouche, se rendait à Rome pour signer la plate-forme de Sant’Egidio dans un avion officiel américain.

 

C’était ce temps trouble où la diplomatie de Mitterrand s’accommodait de l’idée d’une prise de pouvoir des islamistes en Algérie. C’était ce sale temps où les démocrates algériens, qu’on ne cessait de railler parce qu’ils étaient anti-islamistes, n’avaient pas droit au refuge en France, lequel refuge était généreusement octroyé aux islamistes dont certains, venus d’Algérie, ont été – et sont potentiellement encore – les idéologues et peut-être les sergents recruteurs des djihadistes.

 

C’était un temps où nous essayions d’expliquer, parce que nous croyions avoir quelque peu compris dans la souffrance et la mort ce qui nous arrivait en Algérie, qu’il fallait faire une distinction radicale entre islam, religion, et islamisme, doctrine politique basée sur la violence et la manipulation du sentiment religieux à des fins de totalitarisme. Temps gris. Incompréhension. Mépris, même. Dès que tu sortais tes convictions anti-islamistes, c’était comme si tu exhibais une plaque de flic ou un matricule de militaire. Mais encore une fois, c’était avant le 11 septembre et les attentats de Londres et de Madrid…

 

Puis, l’Occident commença à faire dans l’excès inverse. Les islamistes, non seulement jadis choyés comme les enfants gâtés des États-Unis mais aussi formés par eux contre les Soviétiques en Afghanistan, sont devenus l’ennemi public numéro 1. L’excès inverse advint donc : après avoir blanchi des criminels dans leurs pays, on s’en prit alors à tout musulman, même s’il n’avait rien à voir avec sa religion.

 

On a essayé, chacun où il était, de prévenir. Mieux valait cesser sa complaisance vis-à-vis des islamistes tout simplement en s’en tenant à la laïcité plutôt que de devoir le payer demain lorsque l’intégrisme religieux aura exploité la question sociale des jeunes de banlieue. On est en plein dedans, tout cela naturellement, il ne faut pas être dupe, compliqué et opacifié par toutes les manipulations des officines diverses et variées et les enjeux géostratégiques insondables. Al-Qaida, Daesh, etc. ?

 

Je suis d’autant plus ému par l’attaque contre Charlie Hebdo que j’ai appris, en le payant avec mes concitoyens et mes confrères, que chaque fois qu’on tue un journaliste, on tue un combattant de la liberté d’expression et un innocent.

 

23 janvier 2015

La Fonction publique du XXI° siècle – l’Humanité, le 23 janvier 2015

L’Humanité : «Les fonctionnaires répondent aux besoins d'avenir»

 

Anicet Le Pors - Gérard Aschieri

Anicet le porsPhoto_Aschieri

A l’heure où la loi du marché s’impose dans les discours et que les moyens des services publics sont rognés, pourquoi vous a-t-il paru important de remettre en perspective l’histoire de la fonction publique ?

 

Anicet Le Pors - C’est impératif aujourd’hui de faire cette mise au point et c’est un devoir de mémoire. L’histoire de la fonction publique porte sur plusieurs siècles. Jusqu’à la Libération, elle a été caractérisée par le principe hiérarchique, l’autorité. Quand, à la Libération, dans l’esprit du Conseil national de la résistance, des hommes comme Michel Debré et Maurice Thorez entreprennent l’élaboration du « statut de 1946 », ils réalisent un contre-pied total à l’état d’esprit qui prévalait jusque-là. Avant, les syndicats étaient hostiles à un statut des fonctionnaires. Ils considéraient que c’était un instrument d’autoritarisme, ils parlaient de « statut carcan ». Les hommes de la Libération ont retourné l’instrument contre l’autoritarisme, pour en faire un statut fondateur, démocratique et efficace. C’est sur cette base que nous avons vécu jusqu’à maintenant. En 1981, le projet a été d’en approfondir les principes et de le moderniser. A la Libération, il y avait un million de fonctionnaires, deux millions en 1981 mais tous fonctionnaires de l’Etat. Aujourd’hui les 5,4 millions d’agents appartiennent à la fonction publique de l’Etat, la fonction publique territoriale, et à la fonction publique hospitalière.

 

Gérard Aschieri - Ce devoir de mémoire n’est pas qu’un devoir de mémoire. C’est aussi une manière de se projeter dans l’avenir à partir de la connaissance du passé. Il y a une histoire longue de la fonction publique dont nous pensons qu’elle n’est pas un archaïsme, ni une pièce d’histoire, mais un objet en devenir, dans l’intérêt général.

 

En quoi le statut des fonctionnaires, fixé par la loi et non le contrat, donne un sens particulier au travail de ces 5,4 millions d’agents publics?

 

Anicet Le Pors - Les fonctionnaires sont régis par loi et non le contrat pour une raison simple : ils sont au service de l’intérêt général. Pour cette raison, leur indépendance doit être assurée vis-à-vis des pressions politiques, des pressions économiques, voir de l’arbitraire administratif. Elle ne peut l’être que par la loi, qui est l’expression de la volonté générale au terme de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

 

En 1946, Maurice Thorez disait que le fonctionnaire était désormais un citoyen et non plus «  le rouage impersonnel de la machine administrative ». C’est le principe du fonctionnaire-citoyen. Le statut est protecteur et garantit la neutralité du service public. Mais l’agent public est aussi responsable et doit rendre compte de sa mission à la société. Un ensemble de principes républicains (égalité, indépendance, responsabilité) constituent les fondements de notre conception française de la fonction publique. Parce qu’elle est fondée sur des principes, nous pensons qu’elle peut se projeter dans l’avenir. Non seulement le libéralisme n’est pas l’horizon indépassable de notre société en crise de civilisation aujourd’hui, mais au contraire c’est la perspective d’une société plus globale, ayant une conscience forte de l’unité de son destin, qui aura selon nous de plus en plus besoin de services publics nationaux, continentaux, internationaux, mondiaux. La mondialisation n’est pas seulement la mondialisation du capital.

 

Gérard Aschieri

 

La généralisation du statut aux trois versants de la fonction publique a apporté l’unité. L’action publique ce n’est pas seulement l’action de l’Etat. C’est l’action des collectivités territoriales. C’est l’action des établissements hospitaliers. Le fait d’unifier tous ces personnels autour de mêmes règles permet d’une certaine manière d’avoir une grande fonction collective au service de l’intérêt général. Ca devrait permettre la mobilité, une mobilité utile aux personnels et à l’efficacité générale du service public. Je trouve qu’aujourd’hui, avec les lois de décentralisation successives, on donne de plus en plus de pouvoirs aux collectivités territoriales. Par exemple, l’Etat transfère un certain nombre de ses missions aux collectivités : cette question de l’unité de la fonction publique, du renforcement de son unité et donc des garanties des fonctionnaires est une question qui devrait être traitée. Et qui ne l’est pas assez aujourd’hui.

 

Par ailleurs, le statut est la garantie pour les usagers eux-mêmes du respect d’un certain nombre de principes. La fameuse garantie de l’emploi des fonctionnaires, donc la distinction entre la carrière et l’emploi, permet d’assurer partout la présence du service public, la continuité et la pérennité de l’action publique. Elle permet d’assurer l’indépendance. Et, ce qui n’est pas négligeable, l’intégrité. On peut dire tout ce qu’on veut, dans notre pays, il y a peu de scandales qui touchent les fonctionnaires. Globalement, on a une fonction publique intègre. C’est extrêmement important et c’est lié à la loi. Le statut, parce qu’il assure à chacun une carrière, ne met pas les gens en concurrence. Il leur permet de travailler ensemble. Un des problèmes que nous avons aujourd’hui dans les dérives de la gestion du personnel, c’est qu’on développe la mise en concurrence, alors que le travail moderne et efficace doit reposer sur plus de collectif.

 

3/ Les syndicats de la fonction publique s’inquiètent du traitement qui lui est fait : gel du point d’indice depuis 2010, baisse du pouvoir d’achat… Ils s’inquiètent de la continuité de la politique sarkozyste bien que François Hollande ne remette pas en cause le statut. Qu’en est-il réellement de la réflexion politique aujourd’hui sur la fonction publique ?

 

Gérard Aschieri

 

Il y a un discours plutôt positif. Simplement, nous sommes toujours dans une vision gestionnaire et budgétaire prédominante. Il y a beaucoup de dialogue social, de négociations, de concertations. Sauf qu’il n’y a pas de réflexion sur un vrai projet et sur du long terme. On gère au jour le jour avec le regard non pas rivé sur ligne bleue des Vosges mais sur les déficits budgétaires. On négocie, mais on ne négocie pas sur les questions centrales que se pose tout le monde : le pouvoir d’achat et la valeur du point d’indice. Il y a cette contradiction entre un discours qu’on ne peut qu’approuver, et l’absence d’un projet qui aboutit à ne pas reconnaître l’utilité des fonctionnaires, et donc à ne pas les payer, et à ne pas prendre les mesures politiques de recrutement, de prévision des besoins. On ne le fait pas, parce qu’on a décrété a priori qu’il ne faut pas augmenter les fonctionnaires.

 

Les politiques sont incapables de penser en terme d’investissement dans l’avenir. C’est très frappant : quand on parle d’investissement, on ne parle jamais des personnes. Les personnes sont considérées comme un coût. Or, quand on regarde les besoins auxquels répondent les fonctionnaires ce sont fondamentalement des besoins d’avenir : l’éducation, la sécurité. Avec les évènements récents que nous avons connus, les gens aux premières lignes sont des policiers, des personnels hospitaliers, des enseignants : ce sont tous des fonctionnaires. Et personne n’en demande la réduction. On a fait comme si les fonctionnaires étaient un corps à l’époque de Courteline. Or la fonction publique répond à des besoins concrets d’accès aux droits, de cohésion sociale, d’éducation, de sécurité. Le gouvernement le dit, d’une certaine manière, mais n’en tire pas de vraies conséquences. Et ça peut être dangereux. A un moment donné, les fonctionnaires peuvent avoir le sentiment qu’ils ne comptent pour rien. Si on veut de l’efficacité, il faut jouer sur le sens du service public. Il faut jouer sur l’attachement aux missions. Si les fonctionnaires ont le sentiment que les responsables politiques ne tiennent pas compte de cet engagement, de ce sens des responsabilités, de l’attachement aux services publics, ils diront basta. Et là ce sera une menace pour l’avenir.

 

Anicet Le Pors

 

Il faut donner acte au gouvernement d’un discours dont la tonalité tranche avec les discours précédents. Le gouvernement parle beaucoup de dialogue social. Mon expérience me permet de penser que l’on parle d’autant plus de dialogue social qu’il n’y a pas grand-chose à négocier. Alors on dialogue socialement sur le dialogue social lui-même. Ce qui ne fait rien progresser. Il y aurait des choses simples pourtant à faire. On pourrait assainir la situation en revenant sur les décisions prises par les gouvernements de droite et en les annulant. Il serait très facile d’abroger les dispositions de la loi Galland (1). Et ça ne coûterait rien. Le gouvernement pourrait revenir aussi sur l’amendement Lamassoure qui a abrogé la loi du 19 octobre 1982 qui établissait une certaine proportionnalité, entre les durées de grève et les prélèvements pour faits de grève (2). C’est comme ça dans le privé. Il pourrait aussi y avoir une vision plus rigoureuse concernant le recrutement de contractuels. Le statut a toujours prévu qu’il existe des recrutements contractuels pour certains types d’activités en nombre restreint. Les emplois publics permanents doivent être pourvus par des fonctionnaires. Il y a toute une série de mesures comme cela qui ne coûteraient rien. Quand un gouvernement de droite succède à un gouvernement de gauche, il n’hésite pas à revenir sur des dispositions prises. Quand un gouvernement de gauche prend la suite d’un gouvernement de droite, on a l’impression qu’il y a une sorte d’inhibition. En économie, on appelle ça un «  effet de cliquet ». Comme une sorte d’irréversibilité qui s’est créée. C’est comme ça, donc on ne revient pas en arrière.

 

La fonction publique devrait permettre des multi carrières dans le cadre d’une véritable gestion prévisionnelle des effectifs et des compétences à moyen et long terme, avec des formations continues associées. Un fonctionnaire pourrait avoir 3 ou 4 métiers dans sa vie professionnelle. Ce serait pour lui une source d’enrichissement et un moyen d’efficacité très grand pour la société. Je suis attaché au domaine de l’égalité homme femme dans l’accès aux fonctions supérieures de la fonction publique. Beaucoup d’emplois supérieurs sont à la disposition du gouvernement. Pourquoi ne veille-t-il pas, progressivement, à une parité ?

 

4/ A travers la question des services publics et de la fonction publique, se pose celle de la conception de notre société. Quel rôle social peut incarner la fonction publique ?

 

Anicet Le Pors

 

Au cours des trente dernières années marquées par un ultralibéralisme, on nous a proposé l’entreprise et le management comme référence absolue. On enjoignait à la fonction publique de se comporter comme des patrons. J’ai rencontré des hauts fonctionnaires qui se prenaient pour des capitaines d’industrie. Ridicule. Tout au contraire, la fonction publique a vocation à être une grande référence sociale parce qu’elle est au service de l’intérêt général. Très longtemps, la politique salariale de la fonction publique a été la référence, y compris dans une large fraction du secteur privé. L’ancêtre du Smic a été créé dans le statut de 1946 ! Il faut rappeler qu’au moment de la crise de 2008, nombre d’observateurs ont considéré que le service public en France, par son étendue et son organisation, a joué un rôle d’ « amortisseur social ». Même François Fillon l’a dit !

 

Les fonctionnaires font partie de la société, une société en crise, que je caractérise depuis longtemps comme une société en décomposition sociale. Elle a quitté un siècle prométhéen, le Xxe s., et se situe maintenant entre deux siècles, dans une période de transition. Nous sommes dans un passage d’une civilisation à une autre dont nous ignorons le sens. C’est une situation ingrate. Edgar Morin parle aujourd’hui de « métamorphose ». J’ai écrit, il y a une vingtaine d’années, un livre « Pendant la mue, le serpent est aveugle », une phrase d’Ernst Jünger qui m’apparaît pertinente aujourd’hui. Passer d’un état à un autre est nécessaire pour grandir, pour aller de l’avant, mais on passe inévitablement par une phase de transition où on est particulièrement vulnérable. Et aujourd’hui nous sommes dans cette situation. Le serpent est aveugle.

 

Gérard Aschieri

 

Aujourd’hui, il y a un discours sur le vivre ensemble, sur la laïcité. Pourquoi est-ce qu’on n’engage pas une discussion, une concertation sur ce que signifie pour la Fonction publique la mise en œuvre d’une société du vivre ensemble. Quel rôle pour la fonction publique, quel apport des fonctionnaires ? Cet apport serait décisif. Et ce serait une occasion en or de s’adresser aux fonctionnaires et de débattre avec eux. S’il faut réaffirmer le principe de laïcité dans la fonction publique, qui est fondamental, il faut en même temps réfléchir sur le principe de laïcité. Qu’est-ce que c’est ? pourquoi il y a laïcité ? Comment on fait concrètement pour mettre en œuvre cette laïcité ? Pour beaucoup de fonctionnaires, comme dans la société, la laïcité est apparue comme quelque chose de formel. On a besoin de lui redonner du sens. Ca implique une vraie formation, des débats professionnels. Quand on est devant une classe par exemple comment fait-on ? Si les fonctionnaires sont laïcs, c’est parce qu’ils sont neutres par rapport à toutes les opinions et toutes les sensibilités. Cette nécessité est consubstantielle à la fonction publique. En même temps, elle doit être intelligente, faire l’objet de réflexions, notamment sur ses pratiques.

 

5/ Plus particulièrement, quelle place l’éducation doit-elle prendre ?

 

Gérard Aschieri

 

C’est une banalité de dire que le rôle de l’éducation est central. La vraie question c’est comment mettre en œuvre ce rôle central qu’est l’éducation ? Ça renvoie à l’appréciation que l’on porte sur l’école aujourd’hui, sur son fonctionnement. Je pense que la question centrale de l’éducation aujourd’hui, c’est celle des inégalités. Et cette question surdétermine tout le reste y compris la façon dont on peut traiter de la laïcité, de l’enseignement moral et civique. On peut tenir un discours aux enfants sur ce qu’il faut faire et ne pas faire, sur la laïcité, sur le respect des autres, sur l’égalité. Mais si l’école, dans leur vécu, leur apparaît comme ne mettant pas en œuvre ces principes, ce discours passera par-dessus leur tête. Il ne faut pas s’étonner de ce qui se dit, des incidents avec les élèves qui refusent la minute de silence après les attentats à Charlie hebdo. Dans une école qui, dans certains secteurs, est extrêmement inégalitaire, extrêmement ghettoïsée, le travail éducatif est rendu extrêmement difficile. La priorité, aujourd’hui, à l’école doit être la lutte contre les inégalités.

 

Il n’y a que la fonction publique qui puisse assurer ça. Or on ne doit avoir une conception du service public qui serait d’arriver à l’égalité par l’uniformité, mais cela nécessite d’avoir une réflexion pour donner plus à ceux qui ont moins. Il faut aussi traiter les questions des contenus d’enseignement, de l’encadrement des élèves. Ce n’est pas seulement une question de moyens, mais aussi de méthode et donc de formation des personnels. Mais l’école ne peut pas faire tout, toute seule. Dans des cités ghettoïsées, l’école l’est aussi. Elle ne peut compenser totalement les inégalités sociales. Mais elle peut se donner l’objectif de le faire et faire bouger des choses.

 

6/ Pour vous, le service public est aujourd’hui au cœur d’un débat de civilisation, au niveau national mais aussi au niveau mondial. Vous proposez même de réfléchir à un service public à l’échelle de la planète autour d’un intérêt général globalisé…

 

Gérard Aschieri

 

Attention, nous ne disons pas : il suffit de transposer ce qu’on fait en France au niveau mondial et ce sera réglé. En revanche, il y a un certain nombre de principes qui pourraient être actés au niveau mondial comme la neutralité, l’égalité, un intérêt général indépendant des intérêts particuliers. Ils pourraient être sanctionnés par des accords, par des instances mondiales. Et ensuite servir de base à des constructions de services publics ou à des collaborations avec des services publics qui existent. Nous pouvons tout imaginer.

 

Anicet Le Pors

 

Il existe déjà une organisation mondiale de la santé, une organisation météorologique mondiale, une organisation internationale du travail. Elles sont plus ou moins opérationnelles. Il existe des fonctionnaires européens, des Nations Unies. On imagine mal que ce soit la main invisible du marché qui détermine les couloirs de la navigation aérienne. Internet est déjà la matérialisation de la communication. Les échanges culturels sont déjà mondialisés. La convention de Genève de 1951 sur le droit d’asile est déjà un texte référence qui oblige 150 pays sur 193 ! Les prémisses sont déjà en place. On peut avancer des idées de bon sens qui apparaissent comme utopiques… On a quand même réussi à créditer l’idée d’un service public de l’eau qui aurait un caractère mondial. Pourquoi ne pas faire le même raisonnement pour les ressources du sol et du sous-sol. La terre a produit du charbon, du fioul, du gaz : pourquoi cela appartient-il aux gens qui, à la faveur de contingences historiques particulières, occupent le sol et s’approprient le sous-sol ? Ça se discute ! Il faudrait le discuter de plus en plus. De manière à ce que ces biens communs soient vraiment communs.

 

Je partage l’avis de Marcel Gauchet dans son livre « Le désenchantement du monde ». Je crois qu’on peut beaucoup expliquer ce qui se passe aujourd’hui par le fait que, sur plusieurs siècles, l’évolution des sociétés est caractérisée par la sortie de la religion. Cela pose des problèmes de décalage entre les peuples en fonction des contingences de l’histoire récente. Cela peut expliquer aussi les violences à caractère religieux qui ont lieu et qui, d’une certaine façon, traduisent une volonté de survie et une inadaptation à la modernisation, au sens le meilleur qu’on puisse imaginer. C’est pour ça que la liberté d’expression a autant d’importance, parce qu’elle heurte l’idée d’une loi naturelle, d’une transcendance qui dirait le vrai plus que ce que les hommes sont capables de dire entre eux.

- la loi Galland du 13 juillet 1987 a porté atteinte au principe de parité des fonctions publiques

- dans la fonction publique d’Etat, tout arrêt de travail inférieur à la journée, quelque soit sa durée, entraine une retenue sur salaire d’une journée.

Jeudi 15 janvier 2015

Religions : la confusion totale

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HUMA.fr

Malek Chebel : « Nous sommes dans la confusion totale sur les religions »

 

Entretien réalisé par 
Pierre Chaillan

Vendredi, 9 Janvier, 2015

Humanité Quotidienne

Photo : Baltel/Sipa
Photo : Baltel/Sipa

L’auteur, spécialiste de l’islam, en appelle au dialogue et au sursaut citoyen face à l’horreur et lance un cri d’alerte aux dirigeants politiques afin d’engager un travail sur la place des religions.
 

Comment réagissez-vous à l’actualité tragique de ces dernières heures ?

Malek Chebel Je tiens d’abord à exprimer ma compassion aux familles face à la douleur et condamne tout acte horrible et inhumain accompli par des individus qui n’ont pas de règles et pas de lois, et qu’ils ne confèrent à personne qu’à Dieu. Après ce premier niveau émotionnel, il faut faire l’analyse d’une situation complexe. Nous vivons une déréglementation des mœurs et des valeurs en Orient et en Occident. La raison n’est plus beaucoup écoutée. Je suis terrifié que des individus puissent tuer d’autres personnes alors que le Coran interdit la mort de civils et d’innocents.

 

Que pensez-vous de l’appel aux musulmans à prendre clairement position face à ces actes terroristes exécutés au nom de la religion ?

Malek Chebel Depuis de nombreuses années, avec quelques-uns, nous demandons aux musulmans de clarifier leur position par rapport au fondamentalisme religieux et à l’intégrisme de bandes de criminels très minoritaires en islam, qui sont d’ailleurs réprouvés par le Coran et la morale islamique. D’un autre côté, il faut faire attention à ne pas jouer avec l’émotion des gens. Il y a un milliard huit cents millions de musulmans qui se sentent insultés quand il y a des caricatures trop agressives. Pour un musulman, c’est choquant. Évidemment, en aucun cas la mort ne doit en être la conséquence. Il faut dialoguer. Les autorités françaises ne prennent pas suffisamment la mesure du danger de l’idéologie salafiste et intégriste. Ils veulent régler les problèmes par le biais de la sécurité alors qu’il faut prendre le taureau par les cornes. Il faut travailler en amont en mettant en place une plate-forme de réflexion et d’éducation, d’anticipation des crises et de détection des personnes qui passent à l’acte. On le dit à chaque drame, il faut rémunérer sur les deniers publics des personnalités pour réfléchir sur la place des religions dans l’espace public. Par exemple, il est anormal de faire sortir un imam de sa mosquée alors qu’il n’a pas vocation à aller prêcher sur la place publique. Laissons les imams dans les mosquées et donnons aux politiques le rôle régalien et magistral de gérer la collectivité d’une manière neutre et souveraine. De nombreux repères ont sauté. L’imam investit le champ politique et le politique joue au religieux. C’est quelque chose de dérangeant.

 

Vous parlez d’une plate-forme mais, au regard de la situation d’urgence, des risques de divisions et face à ceux qui multiplient les amalgames et mettent de l’huile sur le feu, comment élargir le sursaut citoyen et prendre les décisions politiques à la hauteur ?

Malek Chebel Je propose l’organisation d’une grande table ronde ouverte afin de définir le rôle exact des religions dans le cadre de la laïcité et de la République. Il ne faut pas flancher et être juste. Quand les valeurs sont attaquées, il faut le dire. Les responsables politiques doivent prendre conscience que la religion et les sensibilités sont aussi une masse influente importante. Je ne suis pas du tout religieux. Je suis un spécialiste de l’islam, une personne modérée et laïque. À ce titre, je mets en garde. On s’occupe beaucoup de l’économie avec des organismes et des experts qui anticipent les crises. Il existe des autorités censées réguler ce système. On s’occupe de la guerre. En revanche, on donne l’impression que la religion représente une valeur neutre ou nulle qui n’agit pas sur les consciences des gens. Tous ces crimes qui se commettent au nom de Dieu illustrent pourtant à mon sens que nous n’avons pas pris la mesure du danger à nous laisser dicter notre marche à suivre par les religieux. Depuis le 11 septembre 2001, tout le logiciel collectif est géré par les fondamentalistes. On a eu la burqa, le voile, la viande halal, etc. Ce ne pas normal d’être victime de cet agenda. Il faut faire jouer la carte citoyenne, entendre les femmes et ce que disent les jeunes dans les banlieues. Il faut revenir à la raison, refaire de la politique, rétablir le dialogue, écouter les associations, les syndicats, les partis politiques, les corps intermédiaires. Il est temps de retisser le lien social. La Fête de l’Humanité pourrait, par exemple, organiser un débat sur la place de la religion dans la cité postmoderne. Nous sommes dans la confusion totale sur les religions et cela dans un postmodernisme où une société privée comme Google possède l’équivalent des richesses de trois pays. Les choses ont changé d’échelle et de nature. On ne peut plus se laisser conduire par les forces de l’argent. C’est une honte pour les gens conscients, les libres-penseurs et les humanistes.

 

Êtes-vous confiant ? Comment la société peut-elle trouver des réponses ?

Malek Chebel Je suis confiant dans l’avenir en général. Mais, dans l’immédiat, le camp humaniste, tolérant, ouvert et respectueux des valeurs des uns et des autres, nous ne pouvons pas laisser des tueurs nous diviser et semer la haine. Nous sommes face à un drame avec douze morts. Un seul mort serait de trop. Mais tout ce travail de mise en lumière de perspectives, de rencontres fraternelles n’est pas perdu. Tous ensemble, citoyens, y compris les musulmans, il faut être solidaires de la nation française face à cette horreur absolue. Il s’agit de défendre l’islam lui-même ! Parce que tout ça, c’est mettre l’islam sur le banc des accusés en permanence. En réalité, il s’agit de quelques individus, des brebis galeuses. À long terme, je ne pense pas que cela puisse diviser les Français. Mais on voit avec la montée de Le Pen et des idées racistes que le travail souterrain est quand même là. Je crains que, dans le laisser-aller et dans le vide, il n’y ait des groupes de pression obscurantistes qui se réclament du Front national ou autres et qu’ils ne prennent la place des humanistes que nous sommes. C’est le danger ! Il faut donc tous être solidaires contre la barbarie islamiste et contre les criminels.

 

Malek Chebel, auteur 
de l’Inconscient de l’islam 
(éd. CNRS)

Mercredi 7 janvier 2015

                                                                      HUMA.fr

René Vautier « Les attardés du colonialisme me poursuivent encore de leur vindicte »

 
Lundi, 4 Mai, 2009
L'Humanité
Entretien réalisé en 2009 avec René Vautier par Rosa Moussaoui. À quatre-vingt-un ans, le cinéaste René Vautier reste plus que jamais fidèle à ses convictions et à son combat anticolonialiste.

 

Comment expliquer que des films comme Afrique 50 et Avoir vingt ans dans les Aurès soient encore aujourd'hui la cible de violentes attaques des tenants de l'idéologie colonialiste ?

René Vautier. J'ai fait Afrique 50 à l'âge de vingt et un ans. Mon seul but était de montrer la vérité sur le quotidien des paysans noirs en Afrique occidentale française. J'ai simplement filmé ce que je voyais. On a alors tenté de m'empêcher de filmer. Les choses se sont très mal passées avec les colons. Ce film, auquel la Cinémathèque française a rendu il y a quelques années un élogieux hommage, m'a valu, à l'époque, de sérieux ennuis. Avoir vingt ans dans les Aurès a reçu, en 1972, le prix de la critique internationale au Festival de Cannes. En dépit de cette récompense, le film a dû attendre douze ans avant d'être diffusé sur une chaîne de télévision française. Certains y voyaient une insupportable mise en cause des prétendus bienfaits de la présence française dans les colonies. Ces films continuent d'être diffusés, cités, ce qui nourrit le ressentiment des attardés du colonialisme.

Comment expliquer le regain d'activisme des nostalgiques de la colonisation, du vote d'une loi exaltant « les aspects positifs » de la colonisation à la construction de stèles et de monuments glorifiant les criminels de l'OAS ?

René Vautier. Le député UMP Christian Vanneste (l'un des plus fervents défenseurs de la loi du 23 février 2005 sur la colonisation « positive » - NDLR) a tenté, il y a quelque temps, de faire interdire Avoir vingt ans dans les Aurès dans une salle de la banlieue lilloise. Des jeunes ont protesté. Du coup, il n'y a pas eu une, mais dix projections, qui ont rencontré un franc succès auprès du public. Ces nostalgiques, liés à la droite ou au Front national, me poursuivent encore aujourd'hui de leur vindicte, perturbant les manifestations auxquelles je participe.

Ces gens vous accusent d'être un ennemi de la « blanchitude » et de la « France française ». Comment le résistant juge-t-il de tels propos ?

René Vautier. C'est à 200 mètres du palais de justice de Quimper (où s'est tenu le procès - NDLR) que j'ai été décoré de la Croix de guerre à l'âge de seize ans pour faits de résistance. J'appartenais à un groupe d'Éclaireurs de France qui se sont battus contre les occupants allemands. J'ai continué, après la guerre, à me battre pour les mêmes idées : l'égalité des peuples, la lutte contre le fascisme, quel qu'il soit.

L'idéologie coloniale reste-t-elle, selon vous, enracinée en France ?

René Vautier. Certains milieux refusent catégoriquement tout regard lucide sur le passé colonial. Or les jeunes générations doivent être instruites de ce qui fut fait au nom de la France dans les colonies. J'espère que mes films peuvent continuer à y contribuer.

Jeudi 1 janvier 2015

                                                              HUMA.fr

 

Surveillance des internautes : « un décret qui sent le sapin »

 

Dimanche, 28 Décembre, 2014

Matignon a publié, le soir de Noel, le décret d'application du très contesté article 20 de la loi de programmation militaire (LPM) qui prévoit un accès très vaste des services de l'État aux télécommunications (téléphone, SMS, Internet, etc.) des Français, et à toutes les informations qui transitent par les réseaux nationaux.

La mesure de surveillance, pudiquement nommée "accès administratif aux données de connexion", avait été votée fin 2013 et entrera en vigueur le 1er janvier 2015. Un décryptage du texte a été effectué par nos confrères Xavier Berne de nextinpact et Guerric Poncet duPoint.fr

 

Les "opérateurs" mis à contribution

 

Le décret du 24 décembre (voir texte joint) précise que "le groupement interministériel de contrôle [...], un service du Premier ministre est chargé des interceptions de sécurité et de l'accès administratif aux données de connexion". Ce groupement est chargé de centraliser les demandes des agents et de les transmettre aux opérateurs concernés, en les épurant de toute information sensible. 

En effet, si les services de l'État doivent justifier leurs requêtes auprès du Premier ministre (qui nomme une "personnalité qualifiée"), il est hors de question de transmettre ces explications aux opérateurs. Les fournisseurs d'accès ne sauront même pas de quel service ou ministère émane une demande, ni à quelle date elle a été formulée.

"Les coûts supportés par les opérateurs pour la transmission des informations ou des documents font l'objet d'un remboursement par l'État", précise le décret. Pas un mot sur la grille tarifaire qui sera appliquée, car ils seront définis par les ministères concernés.

 
Quelles données sont concernées ?
 
Peuvent donc être interceptés les "informations ou documents traités ou conservés par les réseaux ou services de communications électroniques, y compris les données techniques relatives à l'identification des numéros d'abonnement ou de connexion à des services de communications électroniques, au recensement de l'ensemble des numéros d'abonnement ou de connexion d'une personne désignée, à la localisation des équipements terminaux utilisés ainsi qu'aux communications d'un abonné portant sur la liste des numéros appelés et appelants, la durée et la date des communications". 
Concrêtement : no limit !
 
Qui peut demander les informations ?
 
Trois ministères sont habilités à émettre des demandes. Le décret détaille le nombre impressionnant de services pour lesquels les vannes du Web français sont ouvertes : 
 
Au ministère de l'Intérieur : la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), la Direction générale de la police nationale (unité de coordination de la lutte antiterroriste, Direction centrale de la police judiciaire, Direction centrale de la sécurité publique, Direction centrale de la police aux frontières), la Direction générale de la gendarmerie nationale (sous-direction de la police judiciaire ; sous-direction de l'anticipation opérationnelle ; service technique de recherches judiciaires et de documentation ; sections de recherches), la préfecture de police (Direction du renseignement ; direction régionale de la police judiciaire ; service transversal d'agglomération des événements ; cellule de suivi du plan de lutte contre les bandes ; sûreté régionale des transports ; sûretés territoriales).
 
Au ministère de la Défense : la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), la Direction de la protection et de la sécurité de la défense, la Direction du renseignement militaire.
 
- Au ministère des Finances et des Comptes publics : la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières, le service de traitement du renseignement et d'action contre les circuits financiers clandestins.
Dans tous ces services, seuls les agents et officiers "dûment habilités" par leur directeur pourront réclamer des informations, assure le décret.

 

Le respect de la vie privée ?

 

Face aux critiques sur l'intrusion dans la vie privée, le gouvernement invoque la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité (CNCIS), un organe très joli sur le papier mais qui n'a jusqu'à présent pas été doté d'un réel pouvoir. Cette commission "dispose d'un accès permanent aux traitements automatisés", et "l'autorité ayant approuvé une demande de recueil d'informations ou de documents fournit à la commission tous les éclaircissements que celle-ci sollicite", promet le décret, plein de bons sentiments. 

Néanmoins, la CNCIS n'a toujours pas le pouvoir de sanction et ne peut même pas alerter la justice en cas de manquement sur un dossier couvert par le secret de la défense nationale.

 

Par ailleurs, le gouvernement se protège en supprimant ses archives en un temps record. Si l'on peut saluer la suppression des informations et des fichiers recueillis au bout de trois ans, on ne peut être que surpris par le fait que les registres mentionnant qui a autorisé telle ou telle surveillance soient eux aussi "automatiquement effacés" après trois ans. Le seul contrôle démocratique possible lorsqu'on jongle avec le secret défense, celui qui s'effectue a posteriori, est donc rendu impossible, pour la CNCIS comme pour la justice, faute de preuves !

 

Savamment entretenu depuis quelques semaines, le spectre terroriste permet au gouvernement de faire passer des mesures très floues et de tirer pleinement parti des systèmes d'information de plus en plus performants afin de surveiller la population. Ce système de surveillance instauré par le gouvernement valls de la population est une arme qui pourrait se révèler extrement dangereuse pour les libertés et pour la démocratie...