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mardi 20 janvier 2015

Elections en Grèce

Syriza, le système et les masses


Philippe Alcoy

Des élections générales se tiendront le 25 janvier prochain en Grèce et tous les sondages donnent la formation d’Alexis Tsipras, Syriza, en tête. L’hystérie a gagné les marchés. La presse se fait l’écho des déclarations catastrophistes de Samaras et de l’UE. Le FMI, comme on pouvait s’y attendre, a suspendu « l’aide » financière du pays jusqu’à la formation d’un nouveau gouvernement.


Cette attitude scandaleuse des impérialistes n’est qu’une démonstration supplémentaire du niveau de décomposition de la démocratie bourgeoise, notamment en temps de crise. Elle relève essentiellement d’une tactique qui vise à terroriser l’électorat populaire en présentant Syriza comme un parti « radical et antisystème » qui n’apportera que le chaos. Cyniquement, on prévient qu’un gouvernement Syriza gâchera tous les « efforts » faits par la population. Par « efforts » il faut entendre évidemment les souffrances, inouïes en temps de paix, imposées aux masses par des classes dominantes parasitaires !

 

Mais, Syriza est-il vraiment un parti « antisystème » comme l’affirme la presse et, pour d’autres raisons, une partie considérable de « la gauche de la gauche » ? Si par antisystème on entend un parti qui prétend renverser le système capitaliste, la réponse est claire : NON. Et cela est reconnu par les membres de la direction de Syriza eux-mêmes. Leur projet est nonseulement compatible avec le capitalisme mais s’inscrit complètement dans le cadre des institutions de l’UE. Syriza défend un programme de réformes timorées, de renégociation de la dette et l’instauration d’un modèle économique néo-keynésien.

 

Alors, pourquoi parle-t-on de « parti antisystème » ou de « gauche radicale » en évoquant Syriza ? En réalité il s’agit d’un amalgame intéressé, aussi bien de la part de la bourgeoisie que des courants opportunistes de l’extrême gauche ; amalgame entre l’opposition au modèle de capitalisme néolibéral, répandu à l’échelle mondiale depuis au moins 30 ans, au service duquel ont travaillé tant les gouvernements de droite comme « de gauche », d’une part, et la lutte pour le renversement du système capitaliste, quelle que soit la forme conjoncturelle qu’il adopte, d’autre part.

 

C’est précisément dans ce contexte que des partis défendant une orientation anti-néolibérale ou anti-austérité sont présentés comme « antisystème ». Comme affirme un analyste britannique : « les partis de la nouvelle gauche (…) veulent que l’Europe devienne une union fiscale keynésienne avec un Etat providence fort (…) Si vous réfléchissez bien, aussi bien Podemos que Syriza essayent d’apporter le modèle scandinave aux rives de la Mer Egée et à celles de la Méditerranée. Mais ici se trouve le problème : dans un monde néolibéral, même un Etat providence limité peut paraitre révolutionnaire ».

 

Le problème de cette définition sur le caractère « antisystémique » de certains courants politiques c’est que si cela est valable à gauche pour Syriza en Grèce ou Podemos dans l’Etat Espagnol, sur cette même base, à droite, on peut également considérer des partis profondément réactionnaires comme le FN ou Aube Dorée comme des « antisystème ». Tout cela ne fait qu’augmenter la confusion chez les classes populaires, et cela d’autant plus que, pour reprendre une récente analyse de Perry Anderson, en dernière instance, « Podemos et Syriza défendent des positions moins radicales que la droite antisystème ».

 

Une victoire de Syriza constituerait-elle une impulsion pour les luttes sociales ?

 

Beaucoup à « la gauche de la gauche » justifient leur soutien à Syriza en déclarant qu’une victoire de la formation d’Alexis Tsipras donnerait, sans aucun doute, une impulsion aux luttes sociales en Grèce et en Europe. Et certes, on ne peut exclure aucun scénario. Par exemple, une attitude très hostile de la part de la Troïka envers un gouvernement Syriza ou dont Syriza serait la force principale pourrait éventuellement déclencher une vague de mobilisation populaire contre les créanciers du pays et les classes dominantes locales.

 

Cependant, il nous semble que l’argument d’un regain des luttes face à un gouvernement Syriza est avancé souvent de façon unilatérale. En effet, les défenseurs de cette hypothèse en général négligent le fait que l’échec d’un gouvernement Syriza, sur lequel les classes populaires et les masses auraient déposé leurs espoirs, pourrait, à l’inverse, provoquer une vague de désenchantement et de démoralisation. Et cela d’autant plus probablement que, depuis des mois, essentiellement en raison de la politique des directions syndicales, le mouvement de masse a faibli et qu’une grande partie des classes populaires déposent leurs espoirs dans ce que pourrait faire un gouvernement Syriza pour résoudre leurs problèmes structurels et urgents.

 

Même parmi la base militante de Syriza, on est conscient qu’un échec d’un gouvernement dirigé par Tsipras pourrait avoir des conséquences néfastes telles que le renforcement de tendances bonapartistes de droite voire fascisantes. Le problème c’est que le programme de réformes modérées et de conciliation avec l’impérialisme et la bourgeoisie grecque défendu par Tsipras présage plutôt un échec du point de vue des intérêts de la classe ouvrière.

 

Cette question nous permet également d’aborder un déficit fondamental du « phénomène » Syriza (mais aussi de Podemos dans l’Etat Espagnol) : la faiblesse du lien organique qu’elle entretient avec le mouvement ouvrier et les masses en général. Autrement dit, le fait de ne pas avoir une influence directe sur des fédérations syndicales ou des syndicats importants et sur des organisations sociales ne lui permet pas d’aller très au-delà de la simple influence électorale.

 

Dans un article récent les camarades du PTS argentin Juan Dal Maso et Fernando Rosso considéraient que Syriza (et Podemos) partage tous les défauts des partis communistes « socio-démocratisés » ou des populismes latino-américains, qu’elle prétend imiter sans en avoir aucune de leurs « vertus » et notamment pas leur fort ancrage social.Dans leur texte les camarades estiment que c’est ce « vide » qui peut faire que ces partis deviennent un phénomène éphémère et accélérer leur institutionnalisation.

 

Cette question est importante car pour que Syriza soit en capacité de mobiliser sa base électorale dans la rue, les entreprises ou les lieux d’étude, au moins dans le but d’avoir une meilleure position pour négocier avec la Troïka, il lui faut avoir des liens organiques forts avec les organisations ouvrières, de la jeunesse et populaires. Ce qui n’est vraisemblablement pas le cas.

 

D’ailleurs, on devrait dire que pour le moment la mobilisation des masses ne semble nullement être la priorité des dirigeants de Syriza. Leur principale préoccupation, c’est plutôt d’offrir une image de modération et de responsabilité aux investisseurs et créanciers du pays. En ce sens, on ne peut pas exclure non plus des mobilisations populaires contre un gouvernement Syriza si celui-ci se révèle trop en décalage par rapport aux aspirations des masses.

16/1/2015.