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Europe 2015

Des néo-nazis élus au parlement slovaque pour la première fois

 

08 Mars 2016
Elections en Slovaquie : comment Bruxelles a favorisé l’euro-scepticisme

Par Romaric Godin  |  07/03/2016, 12:30  |  1948  mots
Le premier ministre slovaque, Robert Fico, a subi une lourde défaite samedi.
Le premier ministre slovaque, Robert Fico, a subi une lourde défaite samedi. (Crédits : Reuters)
Les élections slovaques de samedi 5 mars ont clairement favorisé les partis de droite eurosceptique. Un résultat auquel les politiques européennes ne sont pas étrangères. Et pas seulement sur la question migratoire.

Les élections parlementaires slovaques qui se sont tenues samedi 5 mars sont une nouvelle gifle pour l’Europe telle qu’elle fonctionne actuellement. En Slovaquie, comme en Irlande une semaine plus tôt, le système politique traditionnel a éclaté. Mais alors qu’en Irlande, on a connu un basculement vers la gauche, la Slovaquie a connu un fort basculement vers la droite eurosceptique.

 

La défaite du « centre-gauche »

 

Ainsi, le parti du Premier ministre sortant Robert Fico, le Smer, considéré comme « social-démocrate » (mais à la rhétorique très nationaliste) est passé de 44 % des voix en 2012 à 28 % des voix. Le grand vainqueur du scrutin est le parti Liberté et Solidarité (SaS) qui arrive deuxième en doublant son score avec 12,3 % des voix. SaS est un parti marqué par le libertarisme étatsunien, qui, en 2012, avait fait chuter le gouvernement en votant contre toute « aide » à la Grèce. Il est talonné par un parti assez proche, quoique plus conservateur, Oľano (« gens ordinaires ») qui obtient 11%.

 

La victoire des partis xénophobes

 

Viennent ensuite des partis ouvertement xénophobes. D’abord, le Parti national slovaque (SNS), à 8,5 % (+4,1 points), allié du Smer dans la coalition sortante et de l’UKIP britannique au parlement européen, ouvertement nationaliste. Ensuite, Kotleba-ĽSNS, un parti ouvertement fascisant, allié des néo-nazis allemands du NPD et grecs d’Aube Dorée, qui obtiennent – à la surprise générale – 8 % des voix, plus de 6 points de plus qu’en 2012. Enfin, le parti Sme Rodina, de l’homme d’affaires Boris Kollár, qui entre au parlement avec 6,6 % des voix et qui, lui aussi, a une rhétorique nationaliste.

 

La disparition de la droite pro-européenne

 

Cinq des huit partis du parlement – représentant 80 des 150 sièges du parlement – sont désormais clairement eurosceptiques, à des degrés différents et pour des raisons différentes. Mais la droite pro-européenne membre du Parti populaire européen de Jean-Claude Juncker ou à l’alliance des Libéraux (ALDE) subissent une cuisante défaite. Si le parti de la minorité hongroise, Most-HID, membre du PPE, maintient ses positions en tant que représentants des Magyars de Slovaquie, avec 6,4 % des voix, les Chrétiens-démocrates du KDH, membre du PPE et deuxième parti du pays en 2012, ont obtenu moins des 5 % des voix nécessaires à l’entrée au parlement. Celui qui devait prendre le relais de l’opposition de centre-droit, le parti Sieť (Réseau), membre de l’ALDE, n’a obtenu que 6 % des voix, moins de la moitié que ce que les sondages lui prédisaient.

 

La campagne anti-migrants de Robert Fico, raison première du désastre

 

Comment comprendre ces résultats ? D’abord, c’est le fruit de la campagne de Robert Fico, centrée sur la question des réfugiés et sur son refus de participer aux quotas de redéploiement des migrants en Slovaquie. En focalisant sa campagne sur ce terrain, le Smer a alimenté le nationalisme. Sauf qu’à ce petit jeu, Robert Fico s’est rapidement fait débordé sur sa droite et a clairement ouvert la voie à une extrême-droite qui a pu dénoncer la participation du gouvernement à la gestion de la crise des réfugiés en Europe. Mais la faute de Robert Fico est aussi la faute de l’Europe.

 

Les Européens ont permis la campagne de Fico

 

D’abord parce que les Européens ont laissé la rhétorique anti-migrants de Robert Fico se développer. Le Premier ministre slovaque a pu appuyer son discours sur des réalités : le refus partagé par les autres pays d’Europe centrale (Pologne, République tchèque, Hongrie) de respecter les quotas, mais aussi la décision de l’Autriche de limiter les entrées le 19 février dernier qui a singulièrement rapproché Bratislava et Vienne. Robert Fico a alors pu défendre l’idée d’une Angela Merkel isolée et d’un front « du refus » des quotas dominants en Europe. D’autant que certains pays d’Europe occidentale, à commencer par la France, se sont montrés fort peu pressés d’accepter des réfugiés. Pourquoi Robert Fico aurait-il alors accepté ces quotas et pourquoi n’aurait-il pas fait de ce refus son principal élément de bilan ? Mais, on l’a vu, cette stratégie s’est révélée très périlleuse.

 

L’absence de réaction des Sociaux-démocrates européens

 

En passant, on soulignera la responsabilité de la social-démocratie européenne. Malgré des appels répétés, malgré une alliance du Smer avec le SNS, malgré une rhétorique de plus en plus nationaliste, le parti socialiste européen (PSE) n’a jamais voulu sanctionner le parti de Robert Fico. En octobre dernier, le Smer s’était contenté d’assurer son « engagement avec les valeurs du PSE. » Mais ce manque de vigilance des socialistes européens a été un des éléments qui n’ont pas freiné le premier ministre slovaque. Et qui, partant, ont alimenté son discours anti-migrants. Moyennant quoi, le PSE a subi ce samedi une nouvelle défaite électorale cuisante, une semaine après l’effondrement du Labour irlandais.

 

Quelles « valeurs communes » ?

 

Evidemment, ce désastre électoral slovaque traduit également l’absence de vraie gestion de la crise migratoire. Lorsqu’Angela Merkel a accepté d’ouvrir les frontières en espérant une solidarité européenne, elle a clairement surestimé l’engagement européen des pays d’Europe centrale et sous-estimé leur nationalisme latent. Du coup, l’ouverture des frontières allemandes a conduit à une clôture des frontières de ses pays dont les populations se sont clairement renfermées sur eux-mêmes. Peu importe que ces pays, à la démographie déclinante, figurent parmi ceux qui ont le plus a gagné de l’immigration, peu importe aussi qu’ils sont ceux qui ont le moins d’immigrés sur leur sol : le fait est qu’ils ne semblent pas prêts à accepter des immigrés du Moyen-Orient. Pour les Slovaques, comme pour les Polonais ou les Hongrois, l’accueil des migrants ne fait pas partie des valeurs européennes. Ceci soulève donc une question assez brûlante : celle des « valeurs communes » à l’Europe. Angela Merkel a cru que l’accueil des migrants faisait partie de ces valeurs. Les électeurs slovaques se sont empressés de lui démontrer le contraire.

 

Le refus de la solidarité européenne

 

Avec le recul, il est donc sans doute temps de réfléchir au bilan de cette intégration. Au-delà des chiffres idylliques de croissance, ces élections slovaques, comme les élections polonaises l’automne dernier, viennent prouver que le bilan de l’élargissement de 2004 est en demi-teinte. Les transferts financiers et les délocalisations industrielles vers ces pays n’ont mis fin au nationalisme latent dans ces pays. La crise économique et celle des migrants l’a rapidement réveillé. Certes, l’Europe centrale n’est pas un cas unique : la xénophobie connaît une expansion à l’ouest et au nord du continent. Mais il y a dans cette région un vrai paradoxe : elle a considérablement profité de l’intégration européenne, mais elle recule devant tout acte de solidarité européenne. On peut se contenter de se lamenter sur cette version unilatérale de l’engagement européen de ces pays, qui seraient prêts à recevoir mais pas à donner. Mais il convient aussi de se souvenir de quelques réalités.

 

La croissance ne pourvoit pas à tout

 

D’abord, l’erreur de l’Europe qui a cru que la croissance pourvoirait à tout et assurerait le succès de l’esprit européen. Mais c’est oublier quelques éléments. Cette croissance de 4 % entre 2001 et 2011 a un revers : elle s’est faite aux prix de « réformes » qui ont détruit un peu partout l’Etat social. Ceux qui défendent ces politiques en faisaient d’ailleurs des modèles « d’adaptation » et « d’efforts » qui ont payé. Mais parmi les raisons du rejet du Smer ce 5 mars, les électeurs citaient, outre la question des migrants, le mauvais état des systèmes scolaires et médicaux et des infrastructures. La Slovaquie fière qui donnait des leçons budgétaires à la Grèce en 2015 souffre également d’un sous-investissement public constant. La défaite du Smer est aussi la défaite de la social-démocratie convertie à l’austérité.

 

D’autant que la croissance slovaque est très inégalitaire. Un seul chiffre permettra de le prouver. Au classement régional des PIB par habitant d’Eurostat, la région de Bratislava arrive en sixième position avec un PIB par habitant supérieur à 86 % de la moyenne de l’UE, soit plus que la Bavière et l’Île de France. Mais les trois autres régions slovaques se situent à un niveau inférieur de 28 % à 49 % à cette moyenne. Par ailleurs, malgré la croissance, le chômage reste élevé : 10,8 % de la population active, traduisant le fait qu’une part des actifs, souvent issus des industries traditionnelles « liquidées » par la modernisation, mais aussi des minorités, comme les Roms, ne profitent guère de la croissance.

 

Les dividendes de la crise grecque

 

Le modèle de croissance promu par l’Europe a donc son revers qui de plus en plus insupportable pour les citoyens slovaques qui, rejet logique du communisme oblige, se tourne vers l’extrême-droite pour tenter de trouver des solutions. Et là encore, la responsabilité de l’Europe n’est pas nulle. Lors de la crise de la zone euro, et particulièrement lors de la crise grecque de l’an passé, l’Allemagne, la France et les institutions européennes ont utilisé la Slovaquie comme contre-exemple de la lutte contre Alexis Tsipras. Il s’agissait de mettre en avant le modèle slovaque de réformes et de modernité contre l’archaïsme et la mauvaise volonté grecque, en oubliant l’apport de l’UE dans la croissance slovaque. Le gouvernement slovaque a pris ce rôle – qui le flattait fort – très au sérieux. Son ministre des Finances, Petr Kažimír, a été un des plus violents contre la Grèce. Mais c’était un jeu dangereux : on flattait ainsi le nationalisme slovaque et on encourageait son refus de solidarité.

 

Le jeu dangereux de Berlin en 2015

 

Berlin, qui avait allumé la mèche, vient, ce samedi, de constater les conséquences de ce jeu dangereux. Le deuxième parti du pays, le SaS est un parti qui s’oppose à toute forme de solidarité interne à la zone euro comme il l’a prouvé en 2012 en rejetant l’aide à la Grèce. C’est le parti qui assume pleinement le discours de Petr Kažimír. Les électeurs slovaques se sont montrés logiques : flattés l’an dernier dans leur « supériorité » supposée vis-à-vis du sud de l’Europe, ils ont choisi un parti qui assurera une politique de non solidarité avec cette région. Cet « égoïsme » ne tombe pas du ciel : en 2012, SaS, après son rejet de l’aide à la Grèce, avait perdu 7 points de pourcentage. Il en regagne 6 aujourd’hui.

 

Logiquement : le gouvernement de Robert Fico, avec l’appui de Wolfgang Schäuble, lui a donné raison l’an passé… Lorsque, lors de la crise grecque, on a encouragé le gouvernement slovaque à tenir un discours méprisant pour un autre peuple, égoïste et « supérieur », on ne doit pas s’étonner de voir ce même gouvernement refuser la solidarité sur les migrants (du reste, le gouvernement a continué à accuser la Grèce sur les migrants) et, in fine, l’extrême-droite investir le parlement de Bratislava.

 

Au final, le bilan de ces élections slovaques sont désastreuses. Elles rendent le pays ingouvernable et en font un partenaire très difficile pour les Européens de l’ouest. Mais il convient de ne pas oublier que plusieurs erreurs de l’Europe ont conduit à ce désastre. Angela Merkel va sans doute apprendre à ses dépens que s’appuyer en 2015 sur la Slovaquie contre la Grèce pourrait se révéler avoir été une erreur tactique lourde de conséquences.

 

28 décembre 2015
 

Edgar Silva, candidat soutenu par le PCP pour la présidentielle du 24 janvier, accuse le premier ministre PS Antonio Costa de "continuer la politique du passé".

Edgar Silva, candidat soutenu par le PCP pour la présidentielle du 24 janvier, accuse le premier ministre PS Antonio Costa de "continuer la politique du passé".

Portugal : le gouvernement PS « sauve » la banque BANIF pour 2,3 milliards d’euros. Le PCP vote contre.

 

ML pour Solidarité internationale PCF, 28 décembre 2015

Le candidat aux élections présidentielles du 24 janvier 2016, soutenu par le Parti communiste portugais, Edgar Silva, a vivement critiqué la politique du gouvernement socialiste. Interviewé à Porto à la suite du discours de Noël du nouveau premier ministre PS, Antonio Costa, Edgar Silva lui a reproché de poursuivre des gouvernements précédents, « ce dont le Portugal a le moins besoin, c’est bien de la politique du passé, celle d’avant le 4 octobre ». Rappelons que la droite a perdu la majorité aux élections législatives du 4 octobre et qu’un gouvernement PS, avec un soutien sans participation du PCP et du « Bloc de gauche », a fini par être installé.

L’affaire, le scandale, du renflouement et de la vente de la banque BANIF est dans tous les esprits. Le 23 décembre, le gouvernement Costa a fait passer à l’Assemblée un budget rectificatif spécial prévoyant le versement de 2,25 milliards d’euros, dont 1,8 milliard provenant directement du budget de l’Etat, à la BANIF pour permettre sa vente (l’Etat est actionnaire à 60%) à une banque espagnole pour … 150 millions d’euros. Cette soi-disant « aide » obéit à une injonction de Bruxelles pour compenser des actifs financiers douteux, « expurger les actifs problématiques » de la BANIF et la remettre dans les normes européennes. Cette opération suit un renflouement à hauteur de 1,1 milliard d’euros depuis 2012, pour les mêmes motifs, décidés par l’ancien gouvernement de droite. Ces sommes sont colossales alors que cette banque ne pèse que 3% des dépôts du pays (surtout à Madère et aux Açores).

Le PS a pu faire passer son plan éclair grâce à l’abstention du parti de droite de l’ancien premier ministre Coehlo, tous les autres partis votant contre. Le « Bloc de gauche » a tenté de proposer des amendements que le gouvernement n’a pas acceptés. Pour sa part, le PCP, par la voix de ses députés, a refusé en bloc ce coup de force.

Le PCP n’accepte pas que les travailleurs et les contribuables paient pour les malversations financières. Le PCP n’accepte pas que le pays se plie aux diktats de l’Union européenne. Le PCP refuse toujours de relayer l’illusion de possibles régulation ou supervision publiques des banques privées limitant leurs pratiques spéculatives.

Les Portugais ont déjà payé pour la BANIF.

Malgré Bruxelles, pour le PCP, la seule solution consiste à intégrer la banque dans la sphère publique. « Seule une banque placée entre les mains du peuple ne vole pas le pays » a conclu le député communiste Miguel Tiago.

Le nouveau renflouement de la BANIF représente à lui seul plus de 200 euros par Portugais. L’opération creuse le déficit public de 1% du PIB pour 2016 et accroît la dépendance de l’Etat à la finance d’autant. Aussi les quelques annonces sociales du nouveau gouvernement PS - suspension de prélèvements exceptionnels sur les pensions de retraites et les allocations familiales, rembauche de 600 fonctionnaires qui avaient été mis en disponibilité, paraissent bien modestes et fragiles en comparaison.

Les contradictions du PS au pouvoir, obligé de gouverner en s’appuyant une majorité de gauche mais fidèle à l’UE et aux puissances d’argent, ne peuvent pas ne pas éclater. Le PCP avait dit ce qu’il ferait. Il fait ce qu’il avait dit. Il a refusé le choix du maintien de la droite au pouvoir. Il appuie tout ce qui, sous la pression du mouvement populaire (qui est sa priorité), va dans le sens des intérêts populaires. Mais il combat sans concession la poursuite de la politique au service de l’intérêt du capital même si elle vient du gouvernement PS.

La situation politique portugaise est mouvante. Les élections présidentielles du 24 janvier revêtent une importance inédite.

Publié par Jean Lévy

Espagne. Après les élections, les enjeux sont élevés

Espagne. Après les élections, les enjeux sont élevés

A l'encontre

 

Par Manuel Garí

Le premier point à noter est le grand revers électoral subi, le 20 décembre 2015, par le Parti populaire (PP), conservateur [1], et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), social-libéral. Ces deux partis ont été les deux principaux piliers de la Constitution de 1978 convenue entre les «ex»-franquistes et les forces de la gauche réformiste [PSOE, et alors le PCE], suite à la mort de Franco [20 novembre 1975].

Pendant des décennies, ils ont alternativement dirigé le pays.

Le PP, en 2011, a réuni plus de 10’800’000 suffrages (44,62%) et 186 députés.

Le PSOE,cette même année, a rassemblé près de 7’000’000 de votes (28,73%).

En décembre 2015, le PP a perdu plus de 3’600’000 votes, car il n’a pu rallier que 28,72% des électeurs et électrices, soit 7’215’000 votes. Il en découle qu’il ne dispose plus de la majorité absolue puisqu’il n’obtient que 123 députés [sur un total de 350; la majorité absolue est donc fixée à 176 députés].

Le PSOE, lui, a perdu plus de 1’440’000 de votes, pour obtenir seulement 5’530’000 (soit 22,01% des suffrages exprimés) et reste avec 90 députés. Dans les deux cas, ce sont les pires résultats jamais obtenus. [2]. Ce déclin du PP est amorti par l’émergence de Ciudadanos (C’S), un nouveau parti de droite – malgré son image de parti du centre – qui a obtenu plus de 3’500’000 votes (13,93%) et 40 députés.

Le bipartisme n’est pas mort, mais il est grièvement blessé. Car c’est la première fois qu’ils (PP et PSOE) n’obtiennent que 50,73% des voix et qu’ensemble ils ont perdu plus de 5’000’000 de votes.

Cela n’implique pas la fin du régime issu de la réforme de 1978, mais il ne peut pas continuer comme avant. Se présente un dilemme politique pour le régime qui s’est formé en 1978: ou il réussit à s’autoréformer pour se régénérer «de l’intérieur», ou les forces de changement réussissent à impulser une rupture politique démocratique et nous initions un processus constituant ayant une dimension nationale, en Catalogne, en Euzkadi (Pays Basque) et en Galice, ainsi que dans le reste de l’Etat espagnol. Podemos parie sur cette option et engagent leus forces dans cette perspective.

Le deuxième thème à mettre en relief réside dans l’esssor des forces de changement se situant à gauche du PSOE ainsi que dans la réorganisation de cette gauche. Podemos a obtenu directement plus de 3’000’000 de votes et 42 députés. Il est intéressant de noter que Podemos a été la force la plus votée en Euzkadi débordant la gauche nationaliste radicale (EH-Bildu) qui a connu un recul inattendu [PNV-Parti Nationaliste Basque – bourgeois: 301’585 suffrages; Podemos: 316’441; EH-Bildu: 183’61; le PSE-EE (Socialistes basques) en a réuni 161’466].

Mais le succès est encore plus grand dans les régions où les candidatures ont regroupé d’autres forces de gauche. Le résultat électoral de En Comú en Catalogne qui place cette formation en première position est spectaculaire: près d’un million de voix et 12 sièges. [En Comú a réuni dans la circonscription de Barcelone: 766’889 suffrages; le PSC-PSOE 463’612; ERC-CATSI: 412’540; C’s 377’563; PP: 321’268]

Notez qu’en Catalogne sont majoritaires les voix qui réclament le droit à l’autodétermination du peuple catalan. Dans le Pays Valencien, Compromis-Podemos a obtenu près de 700’000 votes et 9 députés. En Galice, Marea-Anova-EU a conquis un résultat sans précédent pour la gauche de Galice: plus de 400’000 votes et 6 sièges.

Cela signifie que la somme de toutes ces forces de changement a obtenu 69 députés et près de 5’200’000 votes (soit 20,66%), un total de peu inférieur à celui du PSOE. Malheureusement, la Gauche unie (IU dont la fugure publique est Alberto Garzón), malgré l’obtention de 900’000 votes, ne dispose que de deux députés à cause du système électoral, système d’Hondt. Cela implique une perte de 700’000 votes par rapport à 2011, ce qui se traduit par la «disparition» de 9 députés, même si certains des membres d’IU ont été élus comme candidats sur des listes de «confluence».

Le premier point à éclairer est que ces forces de changement font face à un défi majeur qui ouvre sur plusieurs questions.

  • La première, exprimer une résistance et des perspectives alternatives face aux politiques d’austérité du gouvernement qui seront mises en place, face à celles de la Banque centrale européenne (BCE) comme de la Commission européenne, cela en rompant avec la logique du Pacte de Maastricht [Traité sur l’Union européenne signé en février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993] et du Pacte de stabilité et de croissance [datant de 1997 et réglant la politique budgétaire dans l’UE].
  • Or, après la campagne électorale il n’est pas clair quelle orientation sera adoptée et quel sera le degré d’accord entre les différentes composantes.
  • Deuxièmement, ces forces de changement doivent maintenir une position ferme en faveur de la défense du droit à décider des peuples des nationalités. Et, en priorité, une position sans concession – face aux menaces d’ordre juridique [liées à la Constitution de 1978] existantes – pour le droit du peuple catalan à décider de ses relations avec l’Etat espagnol.
  • Troisièmement, ces forces devront décider si elles vont choisir d’entrer dans la logique des petits amendements à la Constitution ou mener un politique de rupture avec le régime de 1978.
  • Enfin, elles devront envisager comment démarrer un processus de réorganisation et de véritable confluence politique afin d’impulser une unité populaire.

Enfin, deux réflexions sont indispensables. Les élections ont changé la configuration politique électorale du pays. Toutefois, les problèmes centraux demeurent: le chômage, la baisse des salaires, la question catalane, les expulsions des logements, etc.

Mais il faut avoir à l’esprit que nous avons une force électorale dont les masses laborieuses ne disposaient pas antérieurement. Ce qui permet de mettre en œuvre des stratégies de luttes, dans la mesure où la majorité des forces de changement s’engage sur le chemin de la lutte et des mobilisations.

A son tour, la nouvelle configuration des partis – prenant en compte que, outre la description générale faite ici, existent des partis nationaux en Catalogne et en Euskadi, à la fois d’orientation conservatrice et progressiste que nous ne pouvons pas analyser dans le cadre de cet article – empêche la formation immédiate et sans prix à payer d’un nouveau gouvernement.

L’instabilité politique sera la tendance générale et il n’est pas à exclure la convocation d’élections anticipées. En ce moment, la discussion dans les cercles de la bourgeoisie et dans ses médias ainsi que les grandes pressions «européennes» [UE], de l’industrie comme de la finance se concentrent sur la stabilité grâce à une coalition PP-PSOE.

Mais cela signifierait un fiasco pour le PSOE.

Au lieu de discuter des problèmes du pays, la controverse se concentre sur les termes classiques de la gouvernance institutionnelle.

Est en vue une formule à «la portugaise» [le Bloco et le PCP soutiennent depuis les rangs du parlement le gouvernement social-démocrate de Costa]. Et les nouvelles forces de changement devront faire face, sous l’angle de l’indépendance de classe, à la question clé des alliances et du gouvernement.

(Ecrit le 21 décembre 2015; traduction A l’Encontre)

_____

[1] Le PP a été créé par Manuel Fraga en 1989. Fraga a été ministre de Franco, entre autres de «l’information» de 1962 à 1969 et ministre de l’Intérieur durant la période décisive de 1975-1976, après l’accession au trône de Juan Carlos. En 1989, s’appuyant sur l’Alliance populaire, créée par des diriegants franquistes pour la période de transition, il change la dénomination du parti – en Parti populaire – et fait converger diverses forces de droite conservatrice et de droite extrême. José Maria Aznar sera le successeur clé. Il occupe le poste de président de l’Etat espagnol de mai 1996 à avril 2004. (Réd. A l’Encontre)

[2] En 1977, le PSOE réunissait 29,32% des suffrages; en 1979: 30,4%; en 1982: 48,11%; en 1986: 44,06; en 1989 : 39,6%; en 1993: 38,78%; en 1996: 37, 63%; en 2000: 34,16% ; en 2004: 42,59%, en 2008: 43,87; en 2011: 28,76% .

Le PP (ou antérieurement les partis qu’il  va assembler dès 1989): 1977: 8,21% ; 1979: 5,89% ; 1982: 23,36 ; 198 : 29,57; 1989: 25,79; 1993: 34,76; 1996: 38,79% ; 2000: 44,52% ; 2004: 37,71; 2008: 39,94% ; 2011:44,63%. (Réd.A l’Encontre)

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Elections en Espagne: ay Carmela, ay Carmela...

PCE le parti des travailleurs

PCE le parti des travailleurs

Les élections législatives viennent d'avoir lieu ce dimanche en Espagne. La droite au pouvoir reste en tête mais chute à 123 sièges (28,72%) et n'a plus la majorité absolue pour gouverner seule. Un autre parti de droite obtient 40 députés (13,93%). Le PS espagnol, qui gouvernait en alternance avec la droite, chute lui aussi à 90 sièges (22,01%). Ce qui fait que les partis des copains et des coquins, qui ont gouverné l'Espagne, représentent encore plus de 64% des suffrages exprimés. A méditer.

Podemos, qui se réclame de la gauche radicale, en voulant demeurer dans la zone euro, l'UE et l'Otan, obtient 20,66% et 69 députés.

L'Unité populaire avec seulement 2 députés et 3,67% perd 9 députés sur la précédente législature. Il s'appelait IU pour Izquierda unida, Fg à l'espagnole dont le PC était la composante majoritaire. Plus de groupe de députés à l'Assemblée nationale.

Les résultats par province pour cette nouvelle formation:

- Andalousie 5,76% (8,27% et 2 députés en 2011)
- Aragon 6,16% (10,53% et 1 député en 2011)
- Asturie 8,45% (13,24% et 1 député en 2011)
- Baléares 2,36% (4,94% en 2011)
- Canaries 3,11% (4,31% en 2011)
- Cantabrias 4,42% (3,59% en 2011)
- Castilla y León 4,56% (5,64% en 2011)
- Castilla - La Mancha 3,59% (5,78 en 2011)
- Comunitat Valenciana 4,17% (6,51% et 1 député en 2011)
- Estrémadure 3,02% (5,70% en 2011)
Madrid 5,26% et 2 députés (8,04% et 3 députés en 2011)
- Murcia 3,13% (5,70% en 2011)
- Navarre 4,11% (5,51% en 2011)
- Pays Basque 2,94% (3,69% en 2011)
- La Rioja 4,19% (4,60% en 2011)
- Ceuta 1,30% (1,81% en 2011)
- Melilla 1,29% (pas de liste en 2011)

40 ans après la mort du dictateur Franco, du Parti communiste d'hier à Unité populaire aujourd'hui, que reste-t-il du Parti des travailleurs: ay Carmela, ay Carmela...

 

 

A mon grand-père maternel, Eudaldo Casas, combattant pour l'Espagne républicaine de 1936 à 1939, à sa belle-famille internée au Baccarès par la République française en 1939 et à tous leurs camarades.

 

 

 

15 décembre 2015
Les communistes d'Andalousie réclament un congrès extraordinaire
 

Publié par Jean Lévy

En Andalousie les communistes se rebiffent contre la direction du PCE

 

 En Andalousie les communistes se rebiffent contre la direction du PCE
 En Andalousie les communistes se rebiffent contre la direction du PCE

Motion émise par 

la Agrupacion Local  du PCE de Grenade

Nous soumettons la présente résolution au Comité provincial du PCE de Grenade et nous exprimons notre préoccupation face à la direction prise par notre Parti. 

Le moment est venu de réorienter le Parti et la seule façon de le faire est de le réunir en congrès extraordinaire. 

Nous avons besoin d'un Parti de classe qui n'ait pas honte d'être l'avant garde de la classe laborieuse, qui lutte pour le socialisme sur tous les fronts, dans la rue, dans l'entreprise, dans le syndicat, dans l'institution si nécessaire. 

Nous avons besoin d'un Parti inspiré par l'esprit de José Díaz et de Dolores Ibárruri. Ce Parti doit se refonder sur le plan idéologique - le marxisme-léninisme- et sur le plan organisationnel - le centralisme démocratique.

Il doit s'éloigner des structures social-démocrates et eurocommunistes et progresser afin d'avoir une capacité de mobilisation comparable à celle du PCP portugais et du KKE de Grèce. Des organisations pour lesquelles la lutte de classes passe avant la quête de quelques voix.  
 
Nous demandons au Comité Provincial du PCE de Grenade de discuter et de voter la présente résolution qui réclame la convocation d'un congrès extraordinaire au cours du premier trimestre de 2016 afin de reconstruire le Parti communiste d'Espagne par et pour la classe ouvrière, pour la construction d'un État socialiste. 

Publié par Michel El Diablo

Projet PHEME : pendant que l’on est occupé à « barrer la route au FN » et dans une quasi indifférence, l’UNION EUROPÉENNE finance un projet informatique de CENSURE GLOBALE !

Projet PHEME : pendant que l’on est occupé à « barrer la route au FN » et dans une quasi indifférence, l’UNION EUROPÉENNE finance un projet informatique de CENSURE GLOBALE !

L'Union Européenne est en train de mettre en place le plus grand logiciel de censure au monde. Un logiciel destiné à trier la "bonne" information de la "mauvaise" information. Ce projet s'appelle "PHEME".

Comment ça marchera ? C'est simple : une information qui n'apparaît pas sur un site officiel ou dans un grand journal sera classée suspecte, et rangée dans l'une de ces quatre catégories : « controverse », « spéculation », « fausse information » ou « désinformation ».

Le résultat de la recherche pourra apparaître sur l’écran de l’utilisateur.

De quoi nous empêcher de sortir des informations gênantes, non estampillées « garantie par le gouvernement », et surtout de les diffuser à grande échelle !

C’est un article du « Parisien »  intitulé « Des chercheurs veulent passer les réseaux sociaux au détecteur de mensonges » qui vend la mèche du dernier gros projet informatique financé par l’Union Européenne.

Ce type d’outil par son ampleur (tout le web) et son fonctionnement en temps réel n’est rien de moins que le plus important logiciel de censure mondial.

Retenez bien : Projet PHEME. Internet ne sera bientôt plus libre, et lorsque vous lirez « COMMUN COMMUNE, El Diablo »  apparaîtra peut-être sur votre navigateur le message : « Attention ce site est suspecté de diffuser de fausses informations ».

SOURCES Le Contrarien – Boulevard Voltaire

Union européenne : ceux qui ont écrasé les Grecs ont frayé la voie au FN

 

 

Pour comprendre les causes profondes de la percée du Front national, nous devons toucher aux politiques appliquées par les partis traditionnels en France et en Europe. Nous devons aussi voir pourquoi l’Union européenne est responsable de la montée du FN et comment la remise en cause fondamentale de la politique de l’UE est aussi la seule manière de contrer le FN.

C’était il y a un an, à la veille du Nouvel An, avant les attentats et la crise des réfugiés. Le célèbre économiste Thomas Piketty signait une tribune « 2015 : quels chocs pour faire bouger l’Europe ? » [1] où il écrivait : « Le plus triste, dans la crise européenne, est l’entêtement des dirigeants en place à présenter leur politique comme la seule possible, et la crainte que leur inspire toute secousse politique susceptible d’altérer cet heureux équilibre. (...) Alors, quels chocs pourraient permettre de faire bouger les lignes en 2015 ? Il y a, en gros, trois possibilités : une nouvelle crise financière ; un choc politique venant de la gauche ; ou bien un choc politique venant de la droite. Les dirigeants européens actuels devraient avoir l’intelligence de reconnaître que la deuxième possibilité est de loin la meilleure : les mouvements politiques qui prospèrent aujourd’hui à la gauche de la gauche, comme Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce, sont fondamentalement internationalistes et pro européens. Plutôt que de les rejeter, il faudrait au contraire travailler avec eux pour formuler les contours d’une refondation démocratique de l’UE. Faute de quoi, on risque fort de se retrouver avec un choc autrement plus inquiétant, venu de la droite : compte tenu du mode de scrutin, il est tout à fait possible que le FN emporte des régions lors des régionales de décembre 2015. » 

 

Un an plus tard, nous connaissons le résultat. L’expérience grecque anti-austérité de gauche a été écrasée avec le diktat du 13 juillet, malgré que le peuple s’était exprimé totalement dans un sens contraire, à la fois lors des élections du 25 janvier et du référendum du 6 juillet. Elle a montré que, dans cette Union européenne, sous la garde de la main de fer de Merkel et des kilos de pactes et de traités qui instituent la politique d’austérité, il n’y a aucune latitude pour plier, ou même adapter prudemment, l’obsession de l’austérité. La volonté des peuples de pouvoir avoir une politique sociale et qui s’attaque aux plus riches pour sortir de la crise a été simplement interdite par l’establishment européen.

 

De Juncker à Merkel, de Dijsselbloem à Hollande, l’unité a été scellée pour prolonger le calvaire grec en imposant un troisième mémorandum encore plus étouffant. Un diktat qui résonnait aussi comme un gigantesque avertissement aux autres peuples d’Europe : « ne sortez pas des clous, sinon nous allons vous écraser ».


Et, en dépit de leurs cris effarouchés d’aujourd’hui sur la montée du Front national en France, tous ces dirigeants sont responsables du choc venu de la droite annoncé par Piketty. Car, en bouchant la voie de l’alternative à gauche, ils ont créé les conditions pour que les gens cherchent à l’extrême droite une solution à leur désespoir. Pire : la politique de l’Union européenne a créé les conditions pour le renouveau du Front national, ce parti fasciste du 21e siècle.

 

21 avril 2002 - décembre 2015 : qu’ont-ils fait en 13 ans contre l’austérité ?

 

Il y a 13 ans, le 21 avril 2002, la France avait déjà vécu un choc : Jean-Marie Le Pen se qualifiait au second tour des élections présidentielles, écartant le candidat du PS Lionel Jospin. Dans les jours qui ont suivi, des centaines de milliers de jeunes sont descendus dans les rues pour faire barrage à l’extrême droite, dans ce qui a été appelé le « nécessaire grand front républicain ». Et le président de droite Chirac a été élu avec un score de 82 %. Beaucoup de promesses ont été faites. On allait lutter contre le chômage, les banlieues pourraient sortir de leur misère, on allait s’attaquer à la « fracture sociale »... Mais rien de tout ça n’est venu. La vague d’austérité, de précarisation de l’emploi (le fameux CPE) et de privatisations a déferlé en France comme ailleurs en Europe, soutenue par toutes les grandes familles traditionnelles européennes, libérales, sociales-démocrates et conservatrices.

 

En 2007, Sarkozy s’est hissé au pouvoir en reprenant une grande partie du discours du FN. L’identité nationale, la France garante des valeurs chrétiennes, le nettoyage des banlieues au karcher ont été les leitmotivs de Sarkozy qui s’est vanté, au soir de sa victoire, d’avoir réduit Le Pen père à 8 %. En « oubliant » qu’il avait amplifié, élargi et banalisé le discours du FN, qu’il a contribué à lui faire gagner la bataille des idées, qu’il a œuvré à la « lepénisation des esprits ».

 

Mais la démagogie de Sarkozy le « moralisateur du capitalisme » de 2008 s’est écrasée sur la réalité sociale. À l’issue de son mandat, en 2012, le chômage était passé de 8 à 9,4 %, bien plus encore chez les jeunes. Et ce, en ayant retardé l’âge de départ en retraite, supprimé des centaines de milliers d’emplois dans la fonction publique, travaillé main dans la main avec Angela Merkel pour faire aboutir le traité d’austérité européen TSCG... Le tout, en diminuant les impôts sur les plus riches. Ce qui lui a valu son surnom de « président des riches ».

 

Hollande : la « dernière chance » qui déçoit

 

Puis est venu Hollande. Pour faire échec à la montée du Front de gauche en 2012, sa rhétorique a viré toujours plus à gauche. Hollande a été jusqu’à promettre dans sa campagne électorale la révision du Pacte de stabilité. Avec son discours « mon ennemi, c’est la finance », une « dernière chance » a été donnée par beaucoup d’électeurs à la sociale-démocratie pour montrer qu’elle ferait les choses autrement que la droite.

 

Or Hollande n’a pas touché à une virgule du Pacte de stabilité et a appliqué les programmes d’austérité européens, reprenant à Sarkozy son rôle dans le duo avec Merkel. Fin 2014, le Premier ministre Manuel Valls confirmait l’objectif de 50 milliards d’euros d’économies à réaliser « en trois ans ». « Tous les acteurs publics sont concernés, » a-t-il déclaré. De cette manière, Hollande continuait la politique antisociale de Nicolas Sarkozy, tout en continuant à transférer de nouveaux cadeaux fiscaux aux plus grandes entreprises.

 

Hollande a même fait rentrer au gouvernement, comme ministre de l’Économie, un haut représentant de la finance (celle qu’il prétendait pourtant combattre) : Emmanuel Macron, ex-banquier d’affaires chez Rothschild & cie. Celui-ci a fait passer la fameuse loi Macron, qui prévoit d’élargir le travail du dimanche, le travail de nuit, facilite les licenciements, affaiblit considérablement les syndicats, prépare la privatisation des transports... La loi s’est aussi attaquée aux petits indépendants (grandes surfaces ouvertes le dimanche, fin des protections pour les taxis, coiffeurs...). Ceux du CAC-40 (les 40 plus grandes sociétés de la Bourse de Paris) et le MEDEF (la FEB française) ont applaudi des deux mains les mesures du gouvernement Valls. Résultat : le chômage a passé la barre des 10 %[2] et les inégalités ont continué à exploser. Il y a ainsi eu plus de 700 000 chômeurs supplémentaires en trois ans.

 

Entre une droite qui court après l’extrême droite et une sociale-démocratie qui se dit de gauche, mais mène une politique de droite, tous les ingrédients sont là pour créer une confusion politique totale. D’abord par une désaffection politique majeure des classes populaires : 50 % n’ont pas voté le 6 décembre, dont 59 % des ouvriers, 65 % des moins de 25 ans et 66 % des inactifs. Ensuite, le FN apparaît, pour beaucoup de ceux qui vont quand même voter, comme la seule alternative qui brise le consensus austéritaire des deux grands partis traditionnels. Cependant, l’analyse doit être plus profonde si on veut aller à la racine des causes du succès du FN.

 

Le mépris du peuple et la démocratie bafouée

 

Autre date clé de l’histoire politique française : le 29 mai 2005. Ce soir-là, les résultats du référendum sur la Constitution européenne s’affichent sur les écrans de télévision : 55 % des Français rejettent un traité qui coule dans le marbre l’austérité néo-libérale. Pourtant, la presque totalité des grands partis traditionnels et une grande partie des médias ont milité pour le « oui ». Les commentaires d’après référendum affichent le mépris d’une élite politique envers un peuple qui « n’a pas compris ». Cela ne provoque aucune remise en cause de la politique de l’Union européenne (la Constitution étant aussi rejetée aux Pays-Bas quatre jours plus tard). Au contraire, deux ans plus tard, le texte à peine modifié revient sous le nom de « Traité de Lisbonne » et est adopté sans débat ni référendum. Une gifle aux millions de Français qui avaient fait entendre leur voix en 2005.

 

Le cas français n’est d’ailleurs pas unique en Europe. Ainsi, en Irlande, le gouvernement va même faire revoter le peuple trois fois jusqu’à ce qu’il réponde « correctement » à la question posée.

 

Et en Grèce, le référendum convoqué le 6 juillet dernier sur les mesures imposées par la Troika européenne est sans appel : 61 % des Grecs votent contre. Pourtant, bien que, selon la Constitution grecque, le résultat d’un référendum ait la même valeur qu’une loi adoptée par le Parlement, le Parlement grec se voit obligé, le mercredi 15 juillet, d’accepter l’essentiel de ces mesures sous la menace du diktat de l’Union européenne de Merkel, Hollande et consorts.

 

Tout cela témoigne de l’autoritarisme d’une Union européenne qui écarte les votes démocratiques qui ne l’arrangent pas, qui prend des décisions essentielles au sein d’organes non élus, comme la Banque centrale européenne ou l’Eurogroupe. La colère latente gronde dans toute l’Europe contre cette Union européenne de l’entre-soi, où la Table ronde des Industriels (regroupant les grandes multinationales) et Business Europe décident en réalité des axes essentiels de la politique. Et, en France, contre les privilégiés du CAC-40, comme les milliardaires Liliane Bettencourt et Bernard Arnault.

 

Comment ne pas s’étonner, devant cette hypocrisie, qu’une partie de la population ne suive pas les appels à défendre les Hollande et Sarkozy de ce monde et tombe dans les griffes d’une Marine Le Pen qui prétend, elle, incarner le peuple ?

 

Comme l’écrit The Guardian ce 9 décembre : « La dynamique commune (en Europe) apparaît comme l’interaction de l’insécurité financière et du détachement des élites gouvernementales de leur population. De Paris à Varsovie, les politiciens du centre technocratique professionnel sont perçus comme une caste à part avec ses privilèges, isolée de l’anxiété provoquée dans leur électorat par les turbulences économiques et les changements démographiques. »[3]

 

La concurrence de l’Union européenne entre les travailleurs, substrat du poison raciste

 

Deux autres éléments essentiels de la politique de l’Union européenne alimentent le substrat du Front national : la concurrence entre travailleurs érigée en principe cardinal et la politique de guerre et de conquête des grandes puissances européennes.

 

En dépit des déclarations, l’Union européenne n’est pas dans son essence un projet coopératif entre les peuples. Au contraire : les politiques économiques des traités européens visent à mettre en concurrence les pays de l’Union entre eux dans une spirale vers le bas. Des tableaux socio-économiques comparatifs sont établis pour inciter voire obliger les États à s’en prendre aux « coûts salariaux » trop élevés (avec, du coup, une baisse du pouvoir d’achat), contre « les rigidités du marché du travail » (lisez ultra-flexibilisation et précarisation du travail), contre « l’intervention des États et le non-respect des principes de concurrence » (lisez libéralisation et privatisation des services publics). Durant des mois, les Allemands ont été montés contre « les Grecs paresseux » qui « profitent de l’Union ». Les Belges, Français et Néerlandais ont eux été sommés de rattraper la locomotive allemande en bloquant leurs salaires et en introduisant leurs « mini-jobs ».

 

D’autre part, avec la directive sur les travailleurs détachés de l’Union européenne, les travailleurs de la construction et du transport routier ici ont vu des travailleurs polonais, roumains et bulgares venir travailler sur les chantiers pour des salaires de misère, sans aucune obligation de leurs patrons de verser des salaires et d’accorder des protections sociales et des conditions de travail égales à celles des travailleurs résidents ici.

 

En posant le tabou qu’on ne peut pas toucher au 1 % le plus riche et en organisant la concurrence, l’Union européenne alimente le substrat sur lequel le poison du racisme et de la division peut se propager.

 

Immigration et réfugiés : toujours plus de guerres et de murs

 

La politique étrangère de grandes puissances européennes comme la France est aussi à remettre en cause. Elle crée toutes les conditions pour alimenter le racisme.

 

D’une part, les guerres menées par les États-Unis, mais aussi par la France, provoquent « à retardement » la venue de centaines de milliers de réfugiés en Europe (voir notre article « Les réfugiés syriens, irakiens ou afghans sont le miroir à retardement de nos guerres »). Mais l’immigration est aussi provoquée par d’autres décisions de l’Union européenne, comme, par exemple, les politiques climatiques décidées à la COP21 à Paris.

 

Le refus obstiné d’avoir un programme réellement ambitieux pour le climat, le refus d’adopter comme objectif une limite maximale d’1,5°C pour le réchauffement et celui de ne pas financer à hauteur suffisante les programmes de soutien au Sud (surtout en matière de transfert de technologies) pour réaliser la transition aux énergies renouvelables est aussi à la base de la venue de dizaines de milliers de réfugiés climatiques aujourd’hui, et surtout demain.

 

D’autre part, l’Union européenne construit des murs toujours plus hauts autour, mais aussi à l’intérieur de l’Europe, comme en Hongrie, Slovénie et même en Autriche, validant en réalité les programmes de l’extrême droite qui désignent l’immigré comme l’ennemi intérieur. Au lieu d’intégrer les populations qui fuient les conséquences des politiques de « nos » gouvernements dans leur pays, les réfugiés sont mis en quarantaine de la société. Dans des camps fermés, voire même dans une « jungle » comme à Calais, où les autorités françaises laissent pourrir une situation inhumaine, au lieu d’offrir un accueil décent à ceux qui fuient une misère indescriptible. Ainsi sont créées les conditions pour des tensions grandissantes avec les habitants voisins.

 

La politique actuelle de l’Union européenne crée toutes les conditions pour le nationalisme

 

Comme nous l’avions écrit dans Comment osent-ils ? La crise, l’euro et le grand hold-up (de Peter Mertens), la continuation de la politique actuelle de l’Union européenne ne peut mener qu’à l’autoritarisme (comme on l’a vu en Grèce) ou au nationalisme (comme on le voit aujourd’hui en France). Et nous assistons aujourd’hui aux deux.


Aussi, on ne peut combattre le nationalisme du Front national de Le Pen en défendant l’autoritarisme de l’Union européenne et en ne s’en prenant pas aux racines de sa politique.

 

Car, si l’on interdit, comme l’Union européenne le fait, des politiques qui touchent les privilèges des plus riches, il ne reste qu’à s’en prendre aux plus faibles. Il n’y a pas de troisième voie. S’il n’y a jamais d’argent pour des nouveaux logements publics, on crée la base pour que ceux d’en bas se battent entre eux pour ceux qui existent. Si l’on coupe dans les budgets de l’enseignement, des services publics et de la vie associative, on crée toutes les conditions pour le repli sur soi et les tensions d’aujourd’hui et de demain.

 

Remettre en cause la politique antisociale, antidémocratique et guerrière de l’Union européenne est une condition indispensable pour la reconquête des classes populaires.

 

Une autre est évidemment de dévoiler la nature profonde du Front national derrière sa démagogie sociale. Et on ne peut le faire que si on rejette réellement le néo-libéralisme, qui se cache aussi dans le programme FN.

 

Le FN : remplacer l’austérité made in Union européenne par une austérité made in France

 

En effet, le FN reprend en paroles des termes propres aux traditions de gauche. Il critique la mainmise des multinationales sur l’économie, les taxes qui étranglent citoyens et petits entrepreneurs, l’Europe qui impose l’austérité à la France...

 

Mais, si l’on examine les mesures proposées dans le programme du FN, autant le vague domine le volet social, autant il est précis quand il s’agit de l’immigration. Pour tout ce qui concerne l’emploi et la réindustrialisation de la France, il n’y a que des formules, aucune proposition concrète (et même, il veut réduire le nombre de fonctionnaires, ce qui est loin d’être une mesure créatrice d’emploi).

 

Par contre, le thème omniprésent est ce que le FN appelle la « priorité nationale ». Celle-ci implique que les citoyens de nationalité française auraient plus droit que les autres à la sécurité sociale et aux services publics, ainsi qu’à l’emploi. Le piège est que, contrairement à l’image que cela veut renvoyer, cette mesure est avant tout une manière de favoriser l’austérité : plutôt que de pointer le manque d’emploi, de logement, de places en crèche, etc., le FN veut en priver une partie de la population, et donc justifier la pénurie. C’est d’autant plus le cas que le FN est très dur vis-à-vis des chômeurs et allocataires sociaux, et compte s’en prendre durement à ceux-ci, Français ou non. D’une part, il fait donc semblant de protéger les « pauvres » français contre les autres, mais, d’autre part, il compte bien traiter tous les défavorisés comme des « parasites » - à l’instar d’un Bart De Wever. Ainsi, dans plusieurs villes dirigées par le FN, les tarifs de cantine scolaire ont explosé pour les familles précaires et les subventions ont diminué – quand elles n’ont pas disparu – pour les associations d’aide aux personnes les plus pauvres.

 

L’immigré comme cible est un moyen d’épargner les banquiers et grands patrons qui ont profité de la crise pour s’enrichir. Le FN reprend ainsi de nombreuses propositions propres à la droite ultralibérale : on parle d’« alléger le coût du travail », de diminuer le pouvoir des syndicats, de réduire le nombre de logements sociaux, d’offrir des cadeaux fiscaux aux entrepreneurs, etc. Et, quand il semble vouloir s’en prendre aux grandes entreprises, « les 50 plus fortes capitalisations boursières, fleurons des entreprises françaises, devront affecter 15 % de leur résultat net en réserve spéciale de réindustrialisation », c’est en réalité pour la forme, car le programme stipule bien que ce sera « sans incidence sur leur rentabilité » et que les sommes seront « restituées » au terme d’une période de 5 ans.

 

Malgré des déclarations qui semblent anti-système, le programme du FN est une version nationaliste du libéralisme. Le discours sur « la France d’abord » vise à rallier les travailleurs et petits indépendants français derrière un programme qui servira le 1 %... français.

 

C’est d’ailleurs dans cette optique que des responsables FN ont mené récemment une opération de séduction vis-à-vis du monde patronal. Ainsi, Christophe Boudot, tête de liste FN en Auvergne-Rhône Alpes, s’est félicité d’une rencontre avec Jean-Dominique Senard, président du groupe Michelin, et a déclaré fièrement que « le FN est l’ami de l’entreprise ».

 

En ce qui concerne la fiscalité, l’ISF, l’impôt sur la fortune, doit passer à la trappe pour le parti de Marine Le Pen qui veut le « fusionner » avec la taxe foncière. Pas étonnant quand on sait que la famille Le Pen est elle-même soumise à l’ISF. La famille tient sa fortune de l’héritage du magnat du béton Hubert Lambert, que Jean-Marie Le Pen a touché en 1985. Les membres de la famille continuent de bénéficier de ce patrimoine à travers de sociétés civiles immobilières. Comme l’a écrit Jean-Marie Le Pen dans la brochure « Droite et démocratie économique » : « Mieux vaut hériter de bons chromosomes conduisant à la richesse, plutôt que de faibles chromosomes qui vous font perdre le magot légué. » 

 

Finalement, le FN ne peut se présenter comme anti-système que parce qu’il trompe sur la nature du système. Il pointe du doigt les immigrés, l’Europe et les pays étrangers. Mais c’est bien l’élite économique française qui a contribué à la construction de cette Europe, ce sont les grands patrons français qui exercent un lobbying acharné pour des traités ultralibéraux qui précarisent les travailleurs, menacent la sécurité sociale et donnent tout le pouvoir aux multinationales. Mais le 1 % des plus riches Français, c’est le grand absent des discours du FN, ce 1 % qui s’enrichit notamment par l’exploitation des travailleurs sans-papiers, dont certaines entreprises bien françaises, comme le géant de la construction Vinci.

 

C’est là que se situe la grande ligne de fracture : entre une élite économique qui s’enrichit toujours plus et la majorité de la population qui craint toujours plus pour son avenir. Et, dans cette situation, le FN n’offre qu’un discours qui divise les gens. Et propose en réalité, à la place d’une austérité made in Union européenne, une austérité made in France.

 

Contre l’Europe de la concurrence et de l’inégalité et contre le FN

 

Nous savons qu’en ces temps de crise, des gens peuvent devenir de plus en plus aigris. Beaucoup voient que le monde ne tourne pas rond, ce qui peut produire le meilleur, dans la recherche d’alternatives, ou le pire, avec des solutions nationalistes et simplistes.

 

La gauche authentique doit pouvoir transformer positivement cette colère. Pas en cherchant un consensus avec ceux, dans l’Union européenne, qui ont frayé la voie au FN, mais, au contraire, en osant désigner les responsables de la crise sociale dans laquelle l’Union européenne s’enfonce depuis sept ans : le 1 % le plus riche. Celui des Arnault, Bettencourt et Albert Frère de ce monde.

 

La gauche ne doit pas s’unir pour se mettre à la remorque de politiques de droite, comme le fait le PS d’Hollande et Valls, mais bien pour avoir une vraie politique de gauche, qui combatte pied à pied la politique actuelle de l’Union européenne.

 

« La concurrence et la chasse au profit sur le libre marché sont la base de l’Union européenne. Elles sont gravées dans les textes de base de l’Union. Elles pourrissent et étouffent tout, écrivions Peter Mertens et moi-même en 2011 dans Comment osent-ils ?. Nous ne devons pas rhabiller de neuf cette construction de la concurrence ni donner une nouvelle couche de peinture aux déséquilibres. Nous avons besoin d’autres fondations. La coopération et la solidarité doivent remplacer la concurrence et l’inégalité. Cela suppose une tout autre Europe. »

 

Ces mots nous semblent plus actuels que jamais. Dans cette Union européenne, il n’y a pas place pour une politique basée sur la coopération, la solidarité, les investissements équilibrés et le développement régional. Si une Europe répondant aux besoins des gens doit grandir, elle ne peut le faire qu’en remettant en cause les fondements de l’Union européenne. Autrement, soit l’Union s’enfoncera dans l’autoritarisme croissant, soit toute l’Union éclatera et les tensions nationalistes du début du XXe siècle referont leur entrée dans ce jeune XXIe siècle. 

 

Comme l’écrivait Antonio Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Faisons en sorte, ensemble, que les monstres soient arrêtés à temps pour aider à construire un nouveau monde.

[1Tribune Libération 29 décembre


[2] Le 3 décembre dernier, on apprenait que le chômage atteignait son plus haut niveau depuis 1997, avec plus de 10 % de la population active concernée.


[3] “ As Le Pen rises Europe’s liberal dream is disappearing in front of our eyes ”, Rafel Behr, The Guardian 9 decembre

»» http://ptb.be/articles/union-europeenne-ceux-qui-ont-ecrase-les-grecs-...

URL de cet article 29721 

L’euro dictature en voie de militarisation

Annonce du Financial Times (FT) : L’UE dévoile une force frontalière permanente qui agira « Même si un gouvernement s’y oppose »

 

vendredi 11 décembre 2015, par Comité Valmy

Voir en ligne : Qu’est-ce qui se cache derrière Eurogendfor et son droit d’occupation ?

 

Les troupes allemandes défilent à Paris (14 juin 1940)

 

Annonce du Financial Times (FT) :

l’UE dévoile une force frontalière permanente 

qui agira "Même si un gouvernement s’y oppose".

 

Le week-end dernier, nous écrivions que, dans sa tentative de maitriser la plus grande crise de réfugiés depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe allait prendre directement le contrôle des frontières du pays qui, au cours de l’été, a perdu sa souveraineté (il a au moins encore l’euro), et qui sert de tremplin à des dizaines de milliers de migrants pour poursuive leur voyage en Allemagne (où, comme signalé plus tôt, ils ne sont plus désirés, puisque le taux d’approbation d’Angela Merkel a plongé suite à leur arrivée).

 

Nous avons ajouté que le déploiement d’agents supplémentaires débutera la semaine prochaine, et nous avons constaté que, comme nos amis de "Keep talking Greece" l’ont écrit :

 

"les masques sont tombés. Main dans la main, l’Union européenne et l’agence Frontex veulent supprimer la souveraineté nationale et prendre en charge le contrôle des frontières sous prétexte de "préserver les frontières de l’espace Schengen". Avec ces revendications controversées, ils utilisent le cas de la Grèce pour créer un exemple de ce qui pourrait bientôt arriver "dans la zone de frontière près de chez vous." Et le plan est entièrement allemand. "

 

Finalement, nous avons demandé si cela était simplement de la paranoïa ...

 

"ou seulement une nouvelle confirmation que la zone euro utilise toute crise marginale, et provoquée, pour cimenter son pouvoir sur la souveraineté des divers états européens et effacer les frontières culturelles et religieuses qui empêchent la fusion de l’Europe en un super-état contrôlé par Bruxelles, Berlin et Francfort ? "

 

Ce n’était pas de la paranoïa, parce que, selon le rapport blockbuster FT publié il y a quelques instants, "Bruxelles va proposer la création d’une force européenne permanente aux frontières qui pourrait prendre le contrôle des frontières extérieures du bloc -. même si un gouvernement s’y opposait"

 

Comme même l’ordinaire pro-UE FT note prudemment, "Cette mesure représenterait sans doute le plus grand transfert de souveraineté depuis la création de la monnaie unique."

 

Nous sommes d’accord, parce que cela est précisément ce que nous avons dit qui se passerait.

 

... La Commission européenne dévoilera la semaine prochaine des plans pour remplacer l’agence des frontières Frontex par une force de frontière permanente et des garde-côtes - déployé avec l’approbation de la commission, selon des responsables de l’UE et des documents vus par le Financial Times.

 

Le plan représente une tentative de dernière chance pour sauver la zone Schengen de voyage sans passeport, en introduisant le genre de police des frontières commune demandé à plusieurs reprises par Paris et Berlin. La Grande-Bretagne et l’Irlande ne participent pas à la politique migratoire de l’UE, et ne seraient pas tenues de prendre part au programme.

 

Naturellement, le premier cobaye va être la Grèce : l’état qui a déjà perdu sa souveraineté en faveur d’un contrôle des capitaux qui va probablement persister éternellement sous une forme ou une autre et qui est le plus en difficulté, donc le moins apte à dire non. Le plan va se propager à partir de là et deviendra rapidement la norme pour un « projet » auquel les apparatchiks européens pensent qu’il est mûr depuis longtemps.

 

En effet, comme l’ajoute le FT, "les dirigeants européens ont discuté d’une force frontalière commune depuis plus de 15 ans, mais ont toujours lutté pour surmonter les objections profondes à céder des compétences nationales pour surveiller ou assurer la sécurité des frontières - l’une des fonctions essentielles d’un Etat souverain. La Grèce, par exemple, n’a décidé que récemment d’accepter la proposition de l’UE d’envoyer des équipes frontalières, après des mois de querelles sur leur mission ".

 

Mais maintenant, dans la foulée des attentats suicides de Paris et des lois "pré-crime", d’urgence indéterminée, instituées en France, l’opinion communément admise à Bruxelles est que le désir des Européens d’échanger la souveraineté (donc la liberté) pour la sécurité (des frontières) est bien plus grand.

 

Le résultat : une perte de souveraineté des frontières, qui ferait effectivement de l’Union douanière un grand super-état contrôlé par Bruxelles :

 

L’un des éléments les plus controversés de la réglementation donnerait à la Commission le pouvoir d’autoriser un déploiement à une frontière, sur la recommandation du conseil de gestion du récemment formé « European Border and Cost Guard ». Ceci serait également applicable aux membres non européens de Schengen, comme la Norvège.

 

Et la clause absolue :

 

Bien que les Etats membres seraient consultés, ils n’auraient pas le pouvoir d’opposer unilatéralement leur veto à un déploiement.

 

Et, juste comme ça, adieu la souveraineté ... tout cela sous prétexte de stopper l’assaut interminable de réfugiés syriens, qui, ironiquement, a été déclenché en premier lieu simplement pour que l’Europe puisse obtenir ses fournitures de gaz naturel du Qatar au lieu de la Russie.

 

L’Europe a une réponse prête, bien sûr, en disant que les Etats individuels sont clairement incapables de se défendre contre les hordes barbares de réfugiés :

 

"Dimitris Avramopoulos, qui est responsable de la politique migratoire de l’UE, a déclaré :"... La crise des réfugiés a montré les limites de l’agence actuelle des frontières de l’UE, Frontex, pour répondre efficacement et remédier à la situation créée par la pression sur les frontières extérieures de l’Europe.

 

Il a dit que l’EBCG serait un moyen de " protéger et renforcer Schengen ".

 

En fait, ce serait une façon de remettre tout contrôle militaire à un corps de bureaucrates non élus. Voici pourquoi :

 

Si le plan est approuvé par les Etats de l’UE, le remplaçant de Frontex aura une flopée de nouveaux pouvoirs, y compris la capacité d’embaucher et de contrôler ses propres gardes-frontières et d’acheter son propre matériel. Il sera également autorisé à opérer dans les pays non UE - comme la Serbie et la Macédoine, qui sont devenus des pays de transit pour les personnes essayant de rejoindre l’Europe du Nord - en cas de demande.

 

On n’a plus besoin d’être encore un membre de l’UE pour devenir un Etat vassal de Bruxelles. Mais l’aspect le plus effrayant est le suivant :

 

La nouvelle agence sera en mesure d’expulser des personnes qui n’ont pas le droit de rester en Europe - un pouvoir que Frontex n’avait pas.

 

Et, juste comme ça, la décision de qui peut ou ne peut pas rester dans un pays européen sera donnée à un bureaucrate sans visage de Bruxelles, contournant toutes les lois souveraines.

 

La nouvelle force sera également en mesure de faire appel à une équipe de gardes-frontières mis en réserve par les Etats membres, en plus de ses propres gardes. Les capitales nationales conserveront le contrôle au jour le jour de leurs frontières, mais la nouvelle agence sera en mesure de surveiller leurs efforts et d’intervenir si elles pensent que la protection offerte est insuffisante.

 

Nous admettrons maintenant qu’une partie de ceci peut être ressenti comme un choc pour certains europhiles naïfs, qui ne réalisent pas encore que tout cela était planifié à l’avance, prévu depuis aussi longtemps que 2008 lorsqu’une présentation interne à l’AIG répondait à la simple question : Que veut l’Europe ? Voici la réponse :

 

Utiliser les problèmes communs comme excuses pour étendre son pouvoir :- questions environnementales : accroître le contrôle sur les pays membres ; idée avancée de la gouvernance mondiale, 


- terrorisme : utiliser cette excuse pour un plus grand contrôle sur la police et les questions judiciaires ; augmenter l’étendue de la surveillance 


- crise financière mondiale : tuer deux oiseaux (le marché libre ; les économies anglo-saxonnes) d’une seule pierre (réglementation à l’échelle européenne ; tentative de gouvernance financière mondiale)
UEM : créer une crise pour forcer l’introduction d’un "gouvernement économique européen"

 

Tout cela a été mis en place, mais même cette vision précise et agressive ne prédisait pas que l’Europe serait assez audacieuse pour prendre effectivement en charge la souveraineté populaire et le contrôle des frontières sur l’ensemble du continent. Elle est sur le point de le faire.

 

Source :
http://www.zerohedge.com

Traduction Comité Valmy
Mise en ligne CV : 11 décembre 2015

Les Danois disent « non » à davantage d’intégration européenne, par Romaric Godin

 

11 Décembre 2015

 

En France, le « débat » est tellement tétanisé autour du « Pour » ou « Contre » le FN que l’on ose même plus poser des questions sur l’Europe, sur la souveraineté, sur le traité Transantlantique, tant on a laissé le monopole de ces questions à l’extrême-droite… aujourd’hui les médias en sont à ignorer l’événement que constitue le refus danois… Pas d’analyse, pas de réflexion, des slogans seulement … La démonstration de l’éradication de la politique à laquelle ont tente de nous contraindre.

(note de Danielle Bleitrach)

 

Source : Romaric Godin, La Tribune, 4/12/2015

 

53,1 % des électeurs danois ont rejeté par référendum un projet de coopération renforcée avec l’UE dans le domaine de la police et de la justice. Un désaveu pour la classe politique danoise.

 

Les Danois ont rejeté par référendum un projet de renforcement de l’intégration de leur pays dans l’Union européenne. 53,1 % des électeurs convoqués jeudi 3 décembre ont voté « nej » (« non ») au projet d’adhésion du pays à Europol, l’agence européenne chargée de la lutte contre le crime organisé, les trafics et le terrorisme qui deviendra en 2016 un organisme supranational chargé de l’ensemble des affaires de police et de justice pour l’UE. Lars Løkke Rasmussen devra désormais négocier un accord « séparé » avec Europol. Une négociation qui s’annonce difficile.

 

Ce « non catégorique », comme l’a décrit le premier ministre libéral Lars Løkke Rasmussen, révèle une nouvelle fois qu’une majorité des Danois reste très sceptique sur le projet européen. Ce référendum avait été décidé par la précédente première ministre Helle Thorning Schmidt en février 2015 après l’attaque d’une librairie à Copenhague. En théorie, les attentats de Paris auraient dû renforcer l’idée d’une coopération européenne plus profonde, d’autant que la très grande majorité des partis politiques danois appelaient à « voter oui. » Mais plusieurs éléments ont joué contre le « oui. »

 

La question de l’immigration

 

D’abord, la campagne menée par le parti du peuple danois (Danske Folkeparti, DF) qui est arrivé deuxième lors des élections de juin dernier avec 21,1 % des voix. Ce parti a agité la crainte d’une arrivée massive de réfugiés dans le pays. Quoique membre du gouvernement de droite depuis les élections de juin dernier, DF a agité la menace de « quotas obligatoires » alors que la Suède est déjà débordée par l’afflux de réfugiés et que le Danemark a accepté dix fois moins de personnes sur son sol que son voisin oriental. Une partie de l’électorat danois est très hostile à l’immigration, comme le montre la poussée de DF qui n’avait obtenu que 12,3 % en 2011. La gestion assez chaotique de la crise des réfugiés par l’UE n’a pas dû aider le « oui » à progresser.

 

La question de la souveraineté

 

Deuxième point sur lequel le « non » a joué : l’idée qu’il existait une « instrumentalisation » des attentats de Paris pour faire accepter davantage d’intégration du pays dans l’UE. Le DF s’y oppose, mais aussi le parti de gauche radicale, la Liste Unique (Enhedslisten), quatrième parti du pays en juin avec 7,8 % des voix, qui a dénoncé un « oui » aux politiques économiques de l’UE. De façon générale, le camp du « oui » a souffert de la mauvaise image de l’UE et de la zone euro. En 1992 et en 2000, les Danois ont rejeté l’entrée de leur pays dans la zone euro, alors que leur monnaie, la couronne, a toujours été étroitement liée au deutsche mark ou à l’euro. Autrement dit, la question de la souveraineté a permis au « non » de l’emporter.

 

Défaite des partis pro-européens

 

Au final, cette défaite est un désaveu pour les pro-européens danois. Le premier ministre avait avancé le scrutin pour empêcher tout impact du référendum britannique, qui devrait se tenir dans les prochains mois. Une manœuvre finalement manquée. La participation de 72 % souligne le désaveu de la classe politique sur les questions européennes. Une grande partie des électeurs traditionnels des partis libéraux (Venstre) et Sociaux-démocrates ont en effet voté « non. » Simon Gade, le président du groupe parlementaire de Venstre, a considéré que les partis danois devaient faire un « examen de conscience » sur la question européenne.

 

Source : Romaric Godin, La Tribune, 4/12/2015

Publié par Jean Lévy

« A force de soumettre la population à la discipline imposée par une Europe guidée par l'esprit de prédation... » C'est « Le Figaro » qui l'écrit...

Un électeur sur deux n'a pas voté...

Un électeur sur deux n'a pas voté...

Raz-de-marée FN :

à force de prendre les électeurs pour des imbéciles...

Une analyse d'un patron, publiée par

FIGAROVOX/TRIBUNE -

Diplômé de l'Ecole normale supérieure et titulaire d'un post-doctorat au MIT, Bertrand Chokrane a été responsable du planning stratégique chez Renault-Nissan puis chez Dassault-Systèmes. Il est actuellement PDG d'une société d'analyse financière spécialisée dans le domaine de l'audit, du conseil et de la prévision de marché. Plus d'informations sur ce site.


A force de prendre les électeurs pour des imbéciles

A force de prendre les électeurs pour des imbéciles, les réalités reviennent comme un boomerang à la figure de ceux qui ont voulu les occulter.

La dégradation manifeste de la situation économique a été systématiquement minimisée, maquillée. Dans la réalité, on décompte aujourd'hui 5,7 millions de chômeurs toutes catégories confondues, dont seulement 3 millions environ reçoivent des indemnisations. Plus de 2,4 millions de personnes touchent le RSA. On évalue à 1,3 millions le nombre de personnes sans travail qui ne touchent aucune aide sociale (que les économistes appellent le halo du chômage). Au total, les personnes victimes du sous-emploi dépassent les 9,4 millions et représentent 32,8% de la population en âge de travailler. Enfin le chômage et le stress qu'il provoque tue chaque année 14000 personnes. Au minimum, 3,5 millions de personnes souffrent du mal logement.

Voici le véritable portrait de la France et de la misère sociale qui s'est progressivement installée au fil de quarante années de chômage de masse qui ronge la société.

Face à un problème aussi grave, nous serions en droit d'attendre une réflexion profonde et collective pour comprendre les raisons de cet échec et repenser ensemble la société que nous souhaitons pour demain. Nous sommes passés d'un monde figé et stable économiquement (les Trente Glorieuses) à un monde en transformation perpétuelle et instable depuis la fin de Breton Woods. Nous vivons des mutations très rapides qu'il est difficile de décrypter en temps réel. il nous faut organiser une discussion collective, une réflexion ouverte pour décider ensemble de quel type de société nous voulons pour demain.

Au lieu de cela, le personnel politique concentre toute son énergie sur les stratégies électorales frivoles et sur les tours de passe-passe communicationnels. A force de dire tout et son contraire, de détourner l'attention du public sur les problèmes insignifiants, à force de trahir leurs électeurs dès qu'ils arrivent aux responsabilités, les personnalités politiques ont perdu le capital le plus précieux, la confiance de la population. Leur parole a-t-elle encore de la valeur?

Des effets d'annonce aux incantations, les professionnels de la politique croient en la force du verbe et misent sur la méthode Coué et les prophéties auto-réalisatrices, sans jamais connaître un seul dossier.

A force de mettre en scène un jeu de dupes, où chacun fait semblant de contrôler la situation, dans des postures factices, à force de faire semblant d'être contre l'austérité tout en l'imposant, à force de jouer un double jeu voire un triple jeu, s'étonnera-t-on si son efficacité disparaît ?

Depuis le début de la construction européenne, les gouvernements successifs, qu'ils soient de droite ou de gauche, ont accepté des contraintes budgétaires et monétaires qui engendrent de grandes souffrances et détruisent le tissu économique et social. Les fondateurs de l'euro ont cru qu'il suffirait d'instaurer une monnaie commune pour forcer les peuples à converger vers un modèle unique, et faire en sorte que les Grecs se comportent comme des Allemands. N'est-ce pas en soi le refus de prendre en considération la diversité culturelle de l'Europe?

A force de soumettre la population à la discipline imposée par une Europe guidée par l'esprit de prédation au lieu de l'esprit de solidarité, dont le seul fil conducteur est le chacun pour soi, au nom d'une concurrence débridée qui conduit au moins disant social et à l'appauvrissement collectif, une Europe qui était censée protéger et qui livre ses habitants à une concurrence sauvage et au dumping social et fiscal, qui jette l'Europe du Sud contre l'Europe du Nord.

Cette Europe qui impose aux peuples des austérités inefficaces et des politiques monétaires expansionnistes qui n'ont pour effet que d'enrichir les plus riches et d'appauvrir les plus pauvres, on ne s'étonnera pas si la population opte pour des partis qui leur proposent autre chose: Syriza, Podemos, Front National etc...

Si les partis qui prônent un changement radical arrivent au pouvoir, il ne faudra pas en vouloir au peuple. Il faudra que le personnel politique qui aura conduit à cette catastrophe, par son incurie prenne ses responsabilités. S'ils ne font pas, les historiens du futur se chargeront de le faire.

Nous arrivons au bout du bout, puisqu'il n'y a plus de croissance. Nous sommes à une période où la zone euro est en passe d'exploser. Comment passer cette terrible crise si les pays européens ne sont pas capables de s'entendre?

Ce dont les gens ont besoin, c'est d'un langage de vérité, pas d'une mascarade permanente. Le vote FN est avant tout un vote de colère. Ses électeurs se moquent bien de son programme économique. La population se sent méprisée, oubliée, niée dans la réalité à laquelle elle doit faire face tous les jours. L'absence de débat, la guerre des petites phrases, l'absence de vision et de réflexion approfondie, la médiocrité intellectuelle et les idées paresseuses créent de la désespérance.

N'est-il pas vain et dérisoire d'appeler au sauvetage d'une démocratie qui n'est plus que l'ombre d'elle-même? Cette démocratie sur laquelle une petite minorité puissante qui a bien trop à perdre pour rendre possible un véritable changement exerce son pouvoir financier. Alors que toute la population mondiale pourrait manger à sa faim et voir ses besoins fondamentaux satisfaits (se nourrir, se soigner, se loger et se chauffer)

Ces élus qui craignent pour la démocratie, qui appellent les électeurs à ne pas voter FN pour éviter le désastre, feraient mieux de se rendre compte que le désastre qu'ils craignent tant est déjà là et qu'ils en sont les seuls responsables.

Le vote FN n'est qu'un symptôme du naufrage, pas le naufrage lui-même.

Publié par Jean Lévy

TAFTA ou TTIP, c'est vos représentants, députés et sénateurs, qui décideront...C'est donc aux citoyens de dicter à leurs représentants leur choix, celui de l'intérêt national !

TAFTA ou TTIP, c'est vos représentants, députés et sénateurs, qui décideront...C'est donc aux citoyens de dicter à leurs représentants leur choix, celui de l'intérêt national !
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"canempechepasnicolas"

 précise les enjeux 

TTIP ou TAFTA, 

IL APPARTIENDRA AUX ELUS DE LA NATION

DE RATIFIER OU NON

LE TRAITE TRANSATLANTIQUE

VISE A 

démanteler les barrières tarifaires et non-tarifaires

afin d'ouvrir nos marchés aux firmes des Etats-Unis

au détriment de notre économie

Si un accord était conclu, il devrait recueillir l'approbation du Parlement européen et sa ratification devrait être autorisée par les 28 parlements nationaux.

L'accord final devra donc répondre aux préoccupations des États membres et de leurs citoyens pour recueillir leur assentiment.

La représentation nationale, ainsi amenée à se prononcer sur le texte final de l'accord, pourra le rejeter s'il contrevient aux intérêts fondamentaux de la France.

Informations officielles sur le déroulement de la procédure d'application du traité qui se discute  dans l'ombre au nom de la France par des "négociateurs" de l'Union européenne ...qui ne sont pas Français...

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Négociations des accords de libre échange avec les États-Unis

Question écrite n° 17621 de M. Roland Courteau 

(Aude - Socialiste et républicain)

publiée dans le JO Sénat du 06/08/2015 - page 1842

M. Roland Courteau attire l'attention de M. le ministre des affaires étrangères et du développement international sur les négociations des accords de libre échange entre l'Union européenne et les pays tiers et, plus particulièrement, sur celles, engagées depuis juillet 2013, entre l'Union européenne et les États-Unis pour un partenariat transatlantique pour le commerce et l'investissement.

Il lui indique que nombre de citoyens, élus, associations, redoutent les conséquences d'un tel accord et doutent qu'il puisse être équilibré et mutuellement bénéfique.

Il lui demande de bien vouloir lui faire connaître la position du Gouvernement par rapport, d'une part aux évolutions de ces négociations et, d'autre part, aux fortes préoccupations exprimées tant en France que dans certains États membres de l'Union européenne.

Réponse du Ministère des affaires étrangères et du développement international

publiée dans le JO Sénat du 03/12/2015 - page 3217

Le projet d'accord transatlantique pour le commerce et l'investissement a pour but de permettre de démanteler les barrières tarifaires et non-tarifaires afin d'ouvrir des marchés restés jusqu'à présent difficiles d'accès pour les entreprises françaises. S'agissant des barrières non-tarifaires, l'Union européenne négocie pour obtenir la réciprocité dans l'accès aux marchés publics américains. Cet accord pourrait en outre lier les deux premières zones économiques mondiales et leur permettre de peser davantage dans la mondialisation. En harmonisant les normes techniques des deux côtés de l'Atlantique sans renoncer à notre niveau d'exigence, non seulement pourraient être ouvertes de nouvelles perspectives pour nos entreprises, mais nous assurer également une place confortée à nos normes, menacées par la compétition internationale.

Dans ce contexte, l'Union européenne a posé ses conditions à la conduite des négociations. D'abord, le mandat de négociation accordé le 14 juin 2013 par les États membres à la Commission européenne, et qui a été rendu public sous l'impulsion de la France, exclut formellement les services audiovisuels, afin de préserver l'exception culturelle.

Par ailleurs, la France a régulièrement signifié à l'Union européenne qu'un effort devait être fait en matière de transparence, préoccupation formulée de façon récurrente par les parlementaires et les citoyens.

Dans cet esprit, le gouvernement s'est engagé à rendre compte de l'avancée des négociations à la représentation nationale et aux parties prenantes, à la suite des sessions de négociations qui ont lieu chaque trimestre. Des réunions de consultation sont menées avec les élus et les représentants de la société civile, sur une base régulière, au ministère des affaires étrangères et du développement international.

À l'issue de la négociation, si un accord était conclu, il devrait recueillir l'approbation du Parlement européen et sa ratification devrait être autorisée par les 28 parlements nationaux. L'accord final devra donc répondre aux préoccupations des États membres et de leurs citoyens pour recueillir leur assentiment. La représentation nationale, ainsi amenée à se prononcer sur le texte final de l'accord, pourra le rejeter s'il contrevient aux intérêts fondamentaux de la France.

Référendum danois: le silence des journaux

 

Jacques SapirPar  · 4 décembre 2015

Le référendum qui s’est tenu au Danemark le jeudi 3 décembre, et qui a vu la victoire du « non » et des eurosceptiques, continue de soulever des interrogations multiples. La première concerne le faible retentissementmédiatique de ce référendum. Assurément, nous sommes en campagne électorale en France. Mais, ce quasi-silence des médias est un objet d’étude à lui tout seul. La seconde interrogation porte sur le sens qu’il convient de donner à ce référendum. On voit bien que, dans les rares commentaires à son sujet on parle de « questions techniques ». Techniques, elles l’étaient assurément. Mais il faut être bien naïf, ou bien de mauvaise fois, pour ne pas se rendre compte que, derrière cette dimension « technique » la véritable question portait sur le processus d’intégration européenne.

 

Le silence des journaux

 

Un simple test le prouve. Une demande de recherche sur Google actualités ne produit que 170 résultats, dont certains ne concernent pas les médias français. Dans une liste d’environ 150 références des médias français, on trouve une très large part d’articles qui ne sont que des reprises, soit in extenso soit partielle de l’article publié le 3 décembre au soir par l’AFP. La différence avec la presse anglo-saxonne ici saute aux yeux.

 

Certes, ce n’est pas la première fois que la presse française se comporte de manière plus que désinvolte vis-à-vis d’événements survenant dans un « petit » pays. Cette arrogance de « grande nation » qui ressort spontanément et en dépit de discours pourtant ouvertement européistes n’est pas la moindre des choses qui m’insupportent dans les comportements des journalistes français. A cet égard, il est intéressant de lire les commentaires dans les journaux belges (Le Soir ou La Libre Belgique) ou dans les quotidiens suisses francophones. Ils sont souvent de meilleures qualités que ce que l’on peut lire dans une presse française qui se révèle à la fois partiale et surfaite. Mais, cette arrogance n’est sans doute pas la cause première de ce silence.

 

Ce relatif silence de la presse française traduit, et trahit, une gêne devant le résultat. Les danois, peuple européens, ont rejeté une proposition de plus grande intégration dans le cadre de l’Union européenne. Ils l’ont rejeté de manière très claire, ce qui a été reconnu par le gouvernement danois. Ils l’ont rejeté aussi dans une alliance entre l’extrême-gauche (et la gauche dite « radicale ») et le parti populiste et souverainiste danois le DPP. On constate une nouvelle fois que, quand peuvent se retrouver sur un terrain commun, des souverainistes de gauche et de droite ont une large majorité. Et ceci gêne sans doute autant, voire plus, les éditorialistes à gages de notre presse nationale. Cela pourrait donner des idées au bon peuple de France. Voici donc une autre raison de ce silence relatif, et il faut le dire bien intéressé. Ce référendum porte en lui une critique de l’européisme. C’est pourquoi il convient de faire silence dessus. Ah, elle est belle la presse libre en France ; elle est belle mais elle est surtout silencieuse quand il convient à ses propriétaires…

 

Une question technique ?

 

Dans les rares articles que les journaux, ou les autres médias français, consacrent aux résultats de ce référendum, on pointe avant tout la nature « technique » de la question posée : fallait-il remettre en cause les clauses dites « d’opting-out » négociées par le Danemark avec l’Union européenne pour permettre une meilleure coopération policière entre ce pays et les instances policières européennes (Europol pour les nommer). Mais, si l’énoncé de la question était assurément technique, il faut beaucoup d’aveuglement, bien de la cécité volontaire, pour ne pas voir que la réponse apportée par les danois fut avant tout politique.

 

Il convient ici de rappeler que ce référendum a connu une forte participation. Près de 72% des électeurs danois se sont déplacés pour voter, ce qui constitue un record dans des référendums portant sur l’Europe pour le Danemark. C’est bien la preuve que les danois ont compris que, derrière une apparencetechnique, la question était bien avant tout politique. D’ailleurs, cette dimension politique ressortait bien de la campagne qui se déroula avant ce référendum. Les questions de la suspension des accords de Schengen, de l’intégration européenne, des coopérations multiples, furent en réalité largement débattues.

 

Cette réponse donc politique que les électeurs danois ont apporté, elle a un sens très net : celui d’un refus de toute nouvelle intégration européenne. Face à des questions essentielles, comme celles concernant la sécurité, les danois ont clairement opté pour le maintien de leur souveraineté et le refus pour une plus grande intégration. Leur réponse traduit le profond désenchantement auquel on assiste quant à la construction européenne. Que ce soit dans le domaine de l’économie ou dans celui de la sécurité, que ce soit sur l’Euro ou les contrôles aux frontières, c’est bien à un échec patent de l’intégration que l’on est confronté. Or, la réponse des européistes à cet échec n’est pas de s’interroger sur ses causes mais de demander, encore et toujours, plus d’intégration. En fait, l’intégration européenne est devenue un dogme, une religion. Et celle-ci n’admet aucune critique, ne souffre aucune contradiction. C’est pourquoi les dirigeants poussent à une surenchère mortelle. Mais, c’est aussi pourquoi les peuples, qui bien souvent ne sont pas dupes d’un discours trop formaté pour être honnête, refusent justement cette surenchère et exigent qu’un bilan honnête et objectif de cette intégration soit fait.

 

L’heure des bilans

 

Ces bilans vont se multiplier, que les dirigeants le veuillent ou non. La Grande-Bretagne votera sur son appartenance à l’Union européenne en 2016 et, n’en doutons pas, on y suit de très près les implications du référendum danois. On votera sans doute sur la question de l’Euro en Finlande, en 2016 ou en 2017. Ce vote aura aussi une importante signification. Mais, surtout, c’est dans sa pratique au jour le jour que l’Union européenne sera confrontée à cette demande de bilan.

 

Car, il est clair que le trop fameux « pragmatisme » européen a engendré des monstres, qu’il s’agisse de l’Eurogroupe, club dépourvu d’existence légale et qui pourtant pèse d’une poids énorme comme on l’a vu lors de la crise grecque de l’été 2015, ou qu’il s’agisse des abus de pouvoir que commet désormais chaque semaine la Commission européenne. On se souvient des déclarations de Jean-Claude Juncker à l’occasion de l’élection grecque de janvier dernier[1]. Leur caractère inouï fut largement débattu. Un autre exemple réside dans la manière dont ces institutions européennes négocient, dans le plus grand secret, le fameux « Traité Transatlantique » ou TAFTA qui aboutira à déshabiller encore plus les Etats et la souveraineté populaire qui s’y exprime. Le comportement de l’Union Européenne tout comme celui des institutions de la zone Euro appellent une réaction d’ensemble parce qu’elles contestent cette liberté qu’est la souveraineté[2].

 

Il est plus que temps de dresser le bilan de ces actes, d’évaluer la politique poursuivie par les institutions européennes et leurs diverses affidés, de gauche comme de droite, en Europe. On peut comprendre, à voir l’importance de l’investissement politique et symbolique qu’ils ont consenti, que les dirigeants européistes voient avec une certaine angoisse s’avancer l’heure où ils devront rendre des comptes. Mais, à recourir à de quasi-censure, à des méthodes ouvertement anti-démocratiques pour en retarder le moment ils risquent bien de finir par voir leurs tête orner le bout d’un pique.

 

Notes

[1] Jean-Jacques Mevel in Le Figaro, le 29 janvier 2015, Jean-Claude Juncker : « la Grèce doit respecter l’Europe ».

http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/28/01003-20150128ARTFIG00490-jean-claude-juncker-la-grece-doit-respecter-l-europe.php 

Ses déclarations sont largement reprises dans l’hebdomadaire Politis, consultable en ligne :http://www.politis.fr/Juncker-dit-non-a-la-Grece-et,29890.html

 

[2] Evans-Pritchards A., « European ‘alliance of national liberation fronts’ emerges to avenge Greek defeat », The Telegraph, 29 juillet 2015,

http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11768134/European-allince-of-national-liberation-fronts-emerges-to-avenge-Greek-defeat.html

Le « Non » danois à l’Europe

 

Jacques SapirPar  · 4 décembre 2015

Le mercredi 3 décembre se tenait, dans la plus grande discrétion de la presse française, un référendum au Danemark portant sur une plus grande intégration à l’Union européenne. Le vote a été sans appel : le « Non » l’a emporté avec 53% des suffrages exprimés[1]. Il faut aussi noter l’importante participation, environ 72% des électeurs ont voté, qui fait de ce référendum le plus important dans l’histoire des différends votes concernant l’UE au Danemark. Le relatif silence de la presse française est à noter ici, mélange de mépris pour ce qui se passe dans un « petit » pays et de gêne quant au résultat qui dérange, et c’est peu dire, les opinions européistes de maints commentateurs.

 

L’objet du référendum était de savoir si les danois acceptaient de renoncer aux différentes exemptions qu’ils avaient obtenues, à la suite de précédentes consultations référendaires, aux règles de l’Union européennes. Dans le langage technique dont raffole la bureaucratie bruxelloise cela s’appelle des clauses « d’opting out ». Le gouvernement libéral qui dirige actuellement le Danemark tout comme l’opposition social-démocrate avaient fait campagne pour le « Oui ». Ils ont donc été désavoués. La campagne du « Non » était portée par une alliance de la gauche radicale et du parti populiste et souverainiste, le DPP[2]. Tout comme lors du référendum de 2005 en France sur le projet de Constitution européenne, c’est cette alliance qui a triomphé.

 

Pourtant, tant le parti au pouvoir que l’opposition européistes n’avaient pas hésiter à jouer de la carte de la peur pour influencer les électeurs, allant jusqu’à prétendre qu’un succès du « non » remettrait en cause remettrait en cause la coopération policière avec les autres pays de l’UE. Cet argument était particulièrement stupide quand on sait que l’UE, et son instrument Europol, collabore avec des pays comme la Suisse et la Norvège qui ne font pas partie de l’UE ! Tout comme en France, la carte de la peur n’a pas joué.

 

Le sens de ce référendum est clair. C’est une nouvelle victoire pour le courant souverainiste er eurosceptique en Europe. Cette victoire témoigne de l’épuisement de l’idée européenne dans les opinions publiques et de la faillite du projet d’intégration renforcée que portent les européistes que ce soit à Bruxelles ou à Paris. Avec le projet de futur référendum sur l’Euro qui pourrait se tenir en Finlande en 2016 ou 2017, c’est aussi le signe très nets que les peuples des pays de l’UE rejettent cette idée d’intégration renforcée et de pseudo-fédéralisme que portent les partisans de l’Euro. Les gouvernements feraient bien d’en tenir compte. Ce référendum, le premier vote qui survient dans un pays de l’UE depuis que la crise des réfugiés a fait exploser les contradictions de la construction européenne, signale très certainement la fin d’une époque. L’intégration européenne ne fait plus rêver. Au contraire, elle fait peur. Les populations constatent que les mécanismes d’intégration, dont ben entendu l’Euro, n’ont jamais produits les effets bénéfiques qui leurs étaient attribués et ont même détérioré l situation.

 

Par ailleurs, c’est aussi une victoire qui aura certainement une influence sur le futur référendum qui doit se tenir en 2016 en Grande-Bretagne sur une possible sortie de ce pays de l’UE. De ce point de vue aussi, ce référendum danois annonce des tournants majeurs dans l’histoire de la construction européenne. Et c’est probablement ce qui gêne tant les divers commentateurs français qui, sauf la reprise du communiqué de l’AFP, se tiennent pour l’heure dans un silence qui en dit long sur ce qu’ils pensent…

 

[1] Milne R., « Danish referendum rejects further EU integration », The Financial Time, 3 décembre 2015, 

http://www.ft.com/intl/cms/s/0/3cfbeb8c-9a05-11e5-9228-87e603d47bdc.html#axzz3tKNccVIJ

 

[2] Orange R., « Denmark delivers snub to Brussels with ‘no’ in EU rules referendum », in The Telegraph, 3 décembre 2015,

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/denmark/1203202-Denmark-delivers-Snub-to-Brussels-withno-to-EU-rules-referendum.html?utm_source=dlvr.it&utm_medium=twitter

Novembre noir en Pologne

 

 

30 Novembre 2015
Par polognexpress dans Accueil le 27 Novembre 2015 à 18:05
 
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L’effigie d’un Juif tenant le drapeau européen brûle au milieu de la ville. Autour du bûcher, un   groupe de manifestants scandent des slogans anti-réfugiés et anti-européens.Ils brandissent des banderoles racistes. Les policiers présents sur les lieux ne bronchent pas et se contenent de regarder. C’est une scène nocturne surréaliste. On se croirait en Allemagne dans les années 30 du 20ème siècle. Mais cette scène se passe en Pologne, à Wroclaw, au milieu du mois de novembre de cette année. Et toute la Pologne a pu la voir sur les différentes chaînes de télévision et sur les réseaux sociaux. Depuis l’arrivée au pouvoir du parti dit conservateur PIS (Droit et Justice) après les élections du 25 octobre 2015, les frustrés de la démocratie polonaise, les aigris, les racistes, les antisémites sortent au grand jour en étalant leur haine. Ils sentent qu’ils ont le feu vert: tout ce que le nouveau gouvernement  a dit ou fait en une semaine à peine au pouvoir va dans leur direction.

 

DRÔLE DE GRACE

 

Sous le nouveau régime, la première décision du président de la République, M. Andrzej Duda, a été de gracier un ancien ministre condamné en première instance et dont la cause est actuellement en appel. M.Mariusz Kaminski, ex chef du Bureau Central Anticorruption a  été condamné au mois de mars de cette année à trois ans de prison et dix ans de non-éligibilité

 

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pour abus de pouvoir dans l’exercice de ses fonctions. Lui accorder la grâce présidentielle alors que sa peine n’est pas encore exécutoire revient à violer la Constitution et constitue une ingérence évidente dans le domaine de la justice. Cela n’a pas l’air de déranger le président polonais: « C’est une mesure qui décharge le tribunal». Cet acte est ressenti comme un véritable camouflet non seulement par le juge qui s’est occupé de ce dossier mais également par ses collègues. Il augure mal de l’avenir de la séparation des pouvoirs en Pologne.

 

Dans la même veine, le parlement s’occupe actuellement du Tribunal constitutionnel. Dans la nuit du 25 novembre, il a annulé les nominations des juges choisis par le parlement précédent. Par ailleurs début novembre, le président du PIS, Jaroslaw Kaczynski a annoncé la refonte du système scolaire. Il entend supprimer les gymnases, c’est-à-dire les écoles intermédiaires entre le primaire et le secondaire, un système réintroduit dans l’éducation polonaise en 1999.Après la réforme, estime-t-il dans une interview au quotidien «Rzeczpospolita», «tous les élèves ne seront pas des génies mais ils seront disciplinés.» Entendez par là, obéissants au pouvoir en place. Car, selon la premier-ministre Beata Szydlo, le PIS entend former une nouvelle génération des Polonais dotée «  d’une identité nationale et patriotique fortes».

 

Premier pas dans cette direction: Mme Szydlo a décidé de supprimer les drapeaux européens lors de toutes les apparitions officielles du gouvernement. Pour elle, rien de plus beau que le blanc et rouge (pour rappel, sous le gouvernement précédent, ces drapeaux alternaient avec les drapeaux polonais).

 

TENTATIVE DE CENSURE

 

Par ailleurs, le nouveau ministre de la culture, M.Piotr Glinski (également vice-premier ministre du nouveau gouvernement) a réclamé l’interdiction du nouveau spectacle au Théâtre Polonais de Wroclaw car, sans l’avoir vu, il le juge pornographique. Il s’agit de la mise en scène d’une pièce de l’Autrichienne Elfriede Jelinek, prix Nobel de littérature 2004.La première de ce spectale vient d’avoir lieu car le maire de Wroclaw ne s’est pas laisse intimider. Mais à l’entrée du théâtre, les spectateurs ont dû affronter un groupe de manifestants (parmi lesquels on reconnaissait les «brûleurs» de Juifs) entonnant des chants religieux et bloquant le passage. Cette fois, la police est intervenue pour rendre le lieu accessible.

 

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Au final, 20 personnes ont été arrêtées, 12 passeront devant le tribunal.

 

LA TV PUBLIQUE EN LIGNE DE MIRE

 

Invité, deux jours après, à la TV polonaise, le ministre Glinski a refusé de répondre aux questions de la journaliste (portant notamment sur les raisons de sa volonté de censure). L’interview s’est mal passée. Manifestement, M.Glinski souhaitait profiter de son passage à l’antenne pour faire ex cathedra une déclaration «orbi et urbi». Mais la journaliste, Karolina Lewicka ne s’est pas laissée faire:  «Lorsqu’un politicien désire faire des déclarations, il convoque une conférence de presse. Ici, c’est une émission de débats, les politiciens connaissent ses règles et ils répondent aux question. » Hors de lui – et toujours en direct -le ministre de la culture a promis de faire de l’ordre à la télévision polonaise. «Cela ne se passera pas comme ça!» A la sortie du studio, une équipe a suivi le ministre au vestiaire. Une journaliste (une autre )l’a bombardé de questions concernant ses compétences dans le domaine de la culture (c’est un technicien). Devant son mutisme, elle a lâché une dernière question: «Vous allez vous taire comme ça pendant les quatre prochaines années?» Cette non  in-interview a fait le tour des réseaux sociaux.

C’est également d’abord par les réseaux sociaux que l’on a appris dès la fin de l’émission, que Karolina Lewicka a été suspendue dans ses fonctions de présentatrice par le directeur de la TV polonaise. Selon lui, elle avait rompu avec «les standards journalistiques». Cette suspension sera cependant examinée le lendemain par la commission éthique. 

 

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Le chef direct de la journaliste a immédiatement pris fait et cause pour sa collaboratrice. Pour lui, c’est le  comportement de l’invité qui a fortement laissé à désirer. La société des rédacteurs s’est également déclaré scandalisée par la décision directoriale. Le lendemain, la commission éthique blanchissait la journaliste en déclarant que celle-ci n’a violé aucune des 16 règles éthiques du métier. Le président de la de TV polonais, en désaccord avec ce constat, vient cependant de la réintégrer dans ses fonctions.

 

Janka Kaempfer

 

Publié par Michel El Diablo

PORTUGAL : Edgar SILVA, un ancien prêtre, candidat communiste à l'élection présidentielle

Député de l’assemblée législative de Madère, le communiste Edgar Silva défend un programme anti-austérité pour les présidentielles. ©Carlos Serra

Député de l’assemblée législative de Madère, le communiste Edgar Silva défend un programme anti-austérité pour les présidentielles. ©Carlos Serra

L’actuel président portugais de droite, Annibal Cavaco Silva, a fini par désigner le socialiste Antonio Costa premier ministre, le 23 novembre 2015. Il se sera efforcé jusqu’au bout de faire obstacle, malgré la Constitution, à la suite des élections législatives du 4 octobre. Costa s’appuie au Parlement sur une majorité de gauche. Les députés de 4 partis, dont le PCP, se sont accordés pour faire tomber le gouvernement de droite minoritaire. Mais il n’y a pas d’accord de gouvernement, de participation du PCP par exemple. Les élections présidentielles du 24 janvier 2016 revêtent une importance politique accrue dans ces circonstances. Il s’agit d’en finir avec le rôle de nuisance exercé par le président actuel. Il s’agit, à gauche, de revoir les rapports de force. Le poids du PCP, relais des luttes les plus conséquentes contre la politique antisociale poursuivie depuis des années, sera déterminant, face à un PS, ultra-réformiste et pro-européen - mais contraint par la situation nationale à se gauchir - à côté d’un « Bloc de gauche » politicien, aux positions changeantes et opportunistes.

Aux présidentielles, le PCP soutient la candidature d’Edgar Silva. Celui-ci vient d’effectuer une tournée en Europe. Il était à Paris le 15 novembre puis à Genève. Le journal progressiste suisse « Gauche Hebdo » a pu l’interviewer. Nous reproduisons l’article de nos amis suisses et les remercions. 

Solidarité Internationale PCF.

Un ancien prêtre candidat communiste

à l'élection présidentielle

Portugal : Edgar Silva, candidat du Parti communiste portugais aux présidentielles de 2016, était de passage à Genève. Le théologien entend promouvoir les valeurs de liberté et de progrès de la révolution des œillets de 1974. GAUCHE HEBDO, 21 novembre 2015, par Joel Depommier dans la rubrique International

Le 10 novembre dernier, la gauche, majoritaire au parlement portugais suite aux élections du 4 octobre, et forte d’un accord entre le Parti socialiste, le Parti communiste portugais (PCP), le parti écologiste et le Bloc de gauche, a fait tomber le gouvernement de droite de Pedro Passos Coelho à travers une motion de censure. Pour l’heure, le président de la république, Anibal Cavaco Silva, opposé à la remise en question de la politique d’austérité de la droite qui sévit depuis 4 ans, continue de faire de la résistance, et l’ancien maire de Lisbonne, le socialiste Antonio Costa, n’a toujours pas été adoubé par l’élu conservateur. Face à ces tergiversations, les élections présidentielles de janvier 2016 prennent donc une importance particulière. Une vingtaine de candidats sont d’ores et déjà en lice. Appuyé par le Parti communiste portugais (PCP), le député de l’assemblée législative de Madère Edgar Silva sera de la partie. Agé de 53 ans, ce licencié en théologie et fondateur du MAC (mouvement d’appui à l’enfance et à une école ouverte) était de passage à Genève pour rencontrer la communauté portugaise, en faisant un petit saut par la rédaction de Gauchebdo. Nous lui avons demandé quelle était aujourd’hui la situation économique du Portugal. «La droite fait beaucoup de propagande, en prétendant que le Portugal est sorti de la crise, en remboursant le prêt de 78 milliards d’euros de la Troïka (UE, FMI, Banque européenne), mais la crise s’est amplifiée. L’endettement s’est accru pour les plus fragiles et les travailleurs ont vu leurs revenus se réduire, alors que les grandes banques et les millionnaires n’ont jamais autant gagné», explique le candidat. «La droite a fermé les services publics, l’école, les tribunaux et attaqué la protection sociale. Le ras-le-bol et le mécontentement des Portugais se sont traduits par une punition pour la droite et l’extrême droite, qui ont perdu 700’000 votes lors des législatives», explique encore cet humaniste, qui fut prêtre pendant quelques années avant de devenir professeur à l’université catholique de Funchal jusqu’en 1992.


«Nous gardons notre droit de critique sur le parti socialiste»


A l’heure actuelle, un gouvernement socialiste est en préparation, sur la base d’un accord entre partis de gauche, qui prévoit la fin du gel des retraites, la fin des coupes dans les salaires des fonctionnaires, des privatisations des transporteurs publics, de la compagnie aérienne TAP et l’augmentation du salaire minimum de 500 à 600 euros. Mais il ne s’agit en aucun cas d’un blanc-seing de la part du PCP aux socialistes.

«La motion de censure contre Pedro Passos Coelho a été le fruit d’un compromis entre quatre partis, mais il ne s’agit pas d’une coalition entre nos forces. Le projet de gouvernement est le fruit d’une initiative des socialistes. Il ne s’agit pas d’un gouvernement patriotique et de gauche comme nous le souhaiterions et nous gardons notre droit de critique. Cependant, pour l’instant nous sommes encore dans l’impasse et Anibal Cavaco Silva doit finalement respecter la constitution et nommer le nouveau gouvernement», précise le membre du PCP. Pour sa campagne, le théologien entend promouvoir les «valeurs d’Avril» de liberté et de progrès social, celles de la révolution des œillets de 1974.

Une campagne avec les salariés et travailleurs


Quid des rapports avec l’UE? «Le PCP défend en priorité l’indépendance du pays et sa souveraineté nationale. Il est aussi primordial de développer une politique de coopération avec les autres peuples aux antipodes de ce qu’est actuellement l’UE», plaide Edgar Silva. Pour l’heure, le marathon électoral d’Edgar Silva, qui estime que «rien n’est décidé pour le scrutin et que c’est le peuple qui fera les élections et non les médias», atteint sa vitesse de croisière.

Depuis le lancement de sa campagne en octobre, le candidat a déjà rencontré des paysans dans les localités de Coimbra et Viseu, présenté les lignes de sa campagne au syndicat de la Confédération générale du travail du Portugal (CGTP-IN), rencontré le corps des pompiers d’Algueirão, la Confédération portugaise des micros, petites et moyennes entreprises (CPMPME) ou le Mouvement démocratique des femmes. On l’a même vu dans le métro de Lisbonne dénoncer les privatisations des transports. Bref, avec le peuple encore et toujours.

Euro dictature et régionalisation - La course au gigantisme territorial 


Comité biterrois de résistance

jeudi 26 novembre 2015, par Comité Valmy

LA COURSE AU GIGANTISME TERRITORIAL

Les réformes territoriales successives n’ont pas seulement fabriqué un millefeuille financièrement ruineux. Elles ont aussi désorganisé le territoire français et déclenché une course au gigantisme dont les conséquences sont désastreuses. Sous prétexte de ne pas être dévoré par Toulouse et Montpellier l’Ouest de l’Hérault doit-il devenir un ogre lui aussi ? Les agglos Béziers Méditerranée, Hérault Méditerranée et les communautés de communes voisines peuvent-elles, grenouilles, devenir aussi grosses que le bœuf ? Que gagnerions-nous d’ailleurs à grossir ? Pour répondre à ces questions, il ne faut pas compter sur l’actuelle campagne électorale : elle donne lieu à de grandes et à de petites manœuvres pour piper les suffrages en brouillant les enjeux. Pour faire la lumière dans les ténèbres des réformes territoriales et dans les enjeux dissimulés de l’élection régionale le Comité Biterrois de Résistance a adopté le bref manifeste qu’on pourra lire ci-dessous.

ELECTIONS REGIONALES

MANIFESTE

La révolution française a inventé et nous a légué une organisation territoriale qui ne comprenait que 3 niveaux : en bas 36.000 communes, à mi-hauteur une centaine de départements et au sommet l’Etat français. Cette organisation simple et efficace a fonctionné pendant 2 siècles à la satisfaction générale. De l’extrême gauche communiste à l’extrême droite pétainiste, aucun parti n’a jamais remis en cause cet héritage de la Révolution française. Les consensus en France sont rarissimes. Quand ils se produisent, ils méritent d’être soulignés. Pourquoi droite et gauche ont-elles entrepris récemment de charcuter notre organisation territoriale ? C’est que la dilution de la France dans l’Union européenne et de l’U.E. dans la mondialisation a déclenché une course au gigantisme. Aucune commune n’est jugée assez grande pour affronter la compétition entre territoires dans l’immense espace européen et mondial. On essaie donc de remplacer les communes par des agglo géantes ou des métropoles démesurées. Les départements sont condamnés à disparaître au profit des régions. Ces dernières, jugées elles aussi trop petites, sont contraintes de fusionner. On essaie de dissoudre la France dans l’empire bruxellois et cet empire, s’estimant lui aussi trop petit, s’élargit sans cesse. On ne voit aucune limite à cette folle course au gigantisme.

UN DOGME ABSURDE

Pour être attractif, compétitif, prospère dans le grand marché européen et dans l’immense marché mondial, les politiciens prétendent qu’il faut être le plus gros possible. Ce dogme est un attrape-nigaud. Les Etats les plus riches du continent européen, ceux qui ont le niveau de vie le plus élevé, ne sont ni la grande Allemagne, ni l’immense Russie, ni la gigantesque Union européenne. Ce sont 2 nains : la Suisse et la Norvège.

 

Si la prospérité d’une région grandissait vraiment avec sa superficie et sa population, il faudrait faire fusionner toutes les régions françaises en une seule qui serait la France. Cette fusion, le P.S. et l’UMP la refusent totalement, contredisant ainsi leur culte du gigantisme. Pourquoi veulent-ils une France morcelée en régions ? Parce que leur but lointain est de détruire les nations et de remplacer l’Europe des nations par un Etat européen fédérant de grandes régions.

 

INCONVENIENTS DU GIGANTISME TERRITORIAL

 

Dans une petite commune les élus sont facilement accessibles et sous contrôle citoyen. Dans une grande région, les élus deviennent injoignables. La participation citoyenne à la gestion devient impossible. La démocratie vit de proximité et meurt d’éloignement. Quand le gigantisme progresse, la souveraineté populaire recule.

 

Le gigantisme c’est aussi des élus qui ne connaissent pas le trop vaste territoire qu’ils gèrent. C’est ainsi qu’on prend des décisions inadaptées et qu’on gaspille l’argent public.

EN CONCLUSION REVENIR AUX FONDAMENTAUX

On a eu tort de démolir la pyramide territoriale bâtie par la Révolution française avec ses 3 niveaux : communes, départements, Etat national. Les nombreux étages supplémentaires introduits dans cette pyramide par les complices de l’empire bruxellois n’ont engendré que confusion des compétences, gestion lointaine à l’aveuglette, recul de la démocratie et gaspillages financiers.

 

Le millefeuille ainsi fabriqué, contraire aux intérêts de la nation, doit être simplifié par retour aux trois étages fondamentaux et suppression de toutes les autres strates. Il faut notamment supprimer les régions. Rappelons qu’en 1969, par référendum, le peuple français a refusé la création des régions. Leur création ultérieure est un viol de la volonté des Français. Les régions n’ont donc aucune légitimité. Exigeons des politiciens qu’ils s’opposent à la réforme territoriale, à la régionalisation et aux euro régions transfrontalières.

 

Comité biterrois de résistance
1 bis rue Auber 34500 Béziers tél : 04 67 76 28 56

La Turquie a détruit l’espoir de la Russie pour une coopération de l’occident 


par Paul Craig Roberts

jeudi 26 novembre 2015, par Comité Valmy

 

La Turquie a détruit l’espoir de la Russie pour une coopération de l’occident

Mise à jour : Un ami, George Abert, a suggéré une raison du pourquoi les Turcs ont descendu le bombardier russe au-dessus de la Syrie. Les Russes ont une technologie de pointe qu’ils ont récemment démontrée contre le plus moderne des croiseurs lance-missiles américains

(NdT : L’incident en Mer Noire en 2014 du passage d’un avion russe près du croiseur USS Cook, équipé du système ultra-sophistiqué AEGIS et qui a été électroniquement anéanti en deux passages, forçant le navire à faire escale à Odessa en Ukraine et son commandant de bord à demander son transfert immédiat..) et contre les avions israéliens de fabrication américaine. Cette technologie éteint tous les sytèmes de communication des forces hostiles, les laissant totalement aveugles. Il se demande si l’appareil n’a pas été abattu pour forcer les Russes à utiliser cette technologie pour protéger leurs appareils à chaque fois qu’ils se trouvent proches de l’aviation de l’OTAN ou d’Israël, ce qui leur permettrait d’étudier le système soit pour le copier, soit pour le neutraliser. Il parie que les Etats-Unis ont tous les spécialistes Raven et ELINT à l‘écoute, prêts à étudier le phénomène.

L’agression non provoquée de la Turquie qui a abattu un avion militaire russe au-dessus de la Syrie pose des questions intéressantes. Il semble fort peu probable que le gouvernement turc commettrait un tel acte de guerre contre un voisin bien plus puissant que lui à moins que Washington ait donné le feu vert à cette attaque. Le gouvernement turc n’est pas très compétent, mais même les incompétents savent éviter de se mettre dans une position qui les verrait faire face à la Russie seul.

 

Si l’attaque a reçu le feu vert de Washington, Obama a t’il alors été doublé par les néo-conservateurs en contrôle de son gouvernement ou Obama est-il lui-même complice de l’acte ? De manière évidente, les neo-cons sont perturbés par l’appel du président français pour une union derrière la Russie contre l’EIIL/Daesh et ils auraient très bien pu utiliser leurs connexions en Turquie pour mettre en scène un évènement que Washington pourrait utiliser pour empêcher une coopération avec la Russie.

 

La complicité de Washington est certainement indiquée, mais il n’est pas complètement hors de question que les Turcs bien placés qui achètent le pétrole de l’EI ait pris leur revanche contre la Russie pour avoir détruit leurs flottes de camions-citernes et leur affaire très lucrative. (NdT : n’oublions pas que ce business est géré par le fils d’Erdogan avec quelques généraux de l’armée turque…) Mais si l’attaque a une origine privée ou semi-privée en connexions avec des gangsters et l’armée, le président turc aurait-il défendu cet abattage d’avion sur de telles bases foireuses de “défense nationale” ? (NdT : possible dans la mesure où son fils est le “parrain” du pétrole volé acheminé en Turquie…) Personne ne peut croire qu’un bombardier russe serait une menace à lui seul pour la sécurité de la Turquie.

 

N’attendez pas que la pressetituée regarde de près ces questions. La pressetituée occidentale comme la branche de la BBC à Moscou et sa correspondante Sarah Rainsford, est déjà en train de pirouetter l’affaire de la perte de l’avion russe et plus tôt, celle de l’avion de ligne au dessus du Sinaï , en disant que cela prouve que la politique de Poutine de raids aériens contre Daesh a complètement été retournée et que les Russes ne sont pas plus en sécurité pour autant.

 

Les réponses à l’attaque sont toutes aussi intéressantes. De ce que j’ai entendu de la conférence de presse d’Obama, sa définition de “rebelles syriens modérés” inclut tous les groupes djihadistes extrémistes comme Al Nosra et l’EIIL, qui sont les cibles des attaques russes. Seul Assad est un extrémiste. Obama, suivant la ligne néo-conservatrice, dit qu’Assad a trop de sang sur les mains pour pouvoir continuer à être le président de la Syrie (NdT : Obama lui par contre, il n’en a pas de sang sur les mains hein ?… Le premier prix Nobel de la Paix va t’en guerre… Qu’est-ce qu’il ne fait pas entendre nom de dieu !).

 

Obama n’est pas spécifique au sujet du “sang sur les mains d’Assad”, mais nous pouvons l’être. Le sang est celui des forces terroristes de l’EIIL/Daesh qui combattent l’armée syrienne. Obama ne réfère pas quant à lui au sang sur les mains de l’EI alors que même la pressetituée nous a montré les horreurs perpétrées par les psychopathes de l’EIIL et du sang qu’ils ont sur les mains ; ces gens avec lesquels Obama nous a allié.

Quand est-il du sang sur les mains d’Obama ? On parle d’une très grande quantité là, le sang de pays entiers, la Libye, l’Afghanistan, le Yémen, la Syrie et le sang que les marionnettes d’Obama à Kiev ont versé des Russes ethniques habitants en Ukraine, sans oublier bien sûr le sang palestinien versé par Israël utilisant des armes américaines.

 

Si le sang sur les mains d’Assad le disqualifie pour la présidence, alors la bien plus grande quantité de sang sur les mains d’Obama le disqualifie d’autant plus, ainsi que Cameron, Hollande, Merkel et Netanyahou.

 

Durant tous les conflits orchestrés par Washington au Moyen-Orient, en Afrique et en Ukraine, le gouvernement russe a parlé de manière plus que raisonnable et a répondu de manière diplomatique à biens des provocations. Le gouvernement russe s’est reposé sur les gouvernements européens réalisant que l’Europe ne tire aucun bénéfice des conflits générés par Washington et devant se séparer d’une politique qui est contre leurs intérêts. Mais l’Europe a prouvé n’être qu’une collection de vassaux américains et non pas des pays indépendants capables de mener des politiques étrangères indépendantes.

 

Dans sa campagne en Syrie contre l’EI/Daesh, le gouvernement russe s’est reposé sur l’accord établi avec les pays de l’OTAN évitant l’engagement dans les airs. Maintenant la Turquie a totalement violé cet accord.

 

Je serais très surpris si maintenant le gouvernement russe place quelque confiance que ce soit dans les mots de l’occident ainsi que d’un espoir dans la diplomatie avec ce même occident. Le gouvernement russe et son peuple ont dû maintenant comprendre que la doctrine Wolfowitz veut dire ce qu’elle énonce et qu’elle est déployée en force contre la Russie.

 

De l’attaque ukrainienne sur les sources d’énergie de la Crimée et les pannes de courant qui affectent toute celle-ci, le gouvernement russe a aussi appris que le gouvernement marionnette de Washington à Kiev a l’intention de faire monter la sauce du conflit avec la Russie.

 

Washington a été clair dès le départ qu’il focalisait sur le renversement d’Assad et non pas celui de l’EIIL/Daesh. Malgré l’attaque imputée à Daesh en France, le ministère des affaires étrangères US en la personne de son porte-parole l’amiral John Kirby, a dit que la Russie ne pouvait pas être membre de la coalition contre Daesh tant que la Russie continuerait à soutenir Assad.

 

Si on veut regarder le bon côté dans cette affaire de l’abattage d’un avion russe, l’incident a donc très sûrement évité au gouvernement russe de faire partie d’une coalition dans laquelle la Russie aurait perdu le contrôle de sa guerre contre l’EIIL et aurait dû accepter la défaite du renversement d’Assad.

 

A chaque étape de tous ces processus le gouvernement russe a gardé de bonnes cartes qu’il n’a pas jouées, faisant plutôt confiance à la diplomatie. Celle-ci est maintenant pour sûr une impasse. Si la Russie ne rejoint pas le véritable jeu et ne commence pas à jouer ses fortes cartes

 

(NdT : les infos qu’elle conserve sur les attentats du 11 septembre 2001 à New York, sur l’attaque du vol d’Air Malaysia MH17 en Ukraine et sur son propre vol au-dessus du Sinaï…), la Russie sera vaincue.

 

Paul Craig Roberts 
24 Novembre 2015

 

traduction : par Résistance 71

Source
Paul Craig Roberts 
Institute for Political Economy 
http://www.almanar.com.lb/french/adetails.php?eid=270070&cid=18&fromval=1&frid=18&seccatid=37&s1=1  

 

Mise en ligne CV : 25 novembre 2015

Comment l’establishment allemand est bénéficiaire de la crise

mardi 24 novembre 2015 


Dans la littérature économique il y a eu une vaste discussion sur la doctrine économique de l’Etat allemand qui soi-disant s’est poursuivie durant toutes ces années-l’ordolibéralisme [1] -, qui est présenté comme l’exemple de son succès. Cette doctrine insiste sur l’importance de l’austérité (déficits publics très réduits voire inexistants), faisant pression pour que cette doctrine soit adoptée au niveau de l’eurozone, indiquant que de la même manière qu’elle a été une réussite en Allemagne (où sont présentés les indices économiques comme très bons), elle le sera dans les autres pays.

Simon Wren-Lewis a écrit un article, German Self-Interest, dans le Social Europe Journal (19.08.15), qui apporte des données et arguments extrêmement intéressants qui réfutent que le gouvernement allemand a appliqué cette doctrine, et que l’élément le plus important pour comprendre le comportement de ce gouvernement n’est pas l’ordolibéralisme, mais la recherche de l’optimisation de ses intérêts sans aucune considération envers les implications de ses actions sur le reste de l’eurozone. Loin d’être une politique solidaire, la politique allemande est d’une rapacité sans freins, ce qui a contribué dans une large mesure à la Grande Récession et au grand retard dans le rattrapage de l’eurozone. Simon Wren-Lewis souligne, par exemple, que les mals dénommés sauvetages de la Grèce (en 2010, en 2012 et en 2015) n’ont pas été pour aider la Grèce, mais pour aider les banques allemandes (entre autres), qui avaient fait de gros bénéfices avec la dette grecque. L’énorme sacrifice qui a été imposé au peuple grec a comme objectif de sauver ces banques.

D’autre part, la grande crise économique et financière des pays périphériques-Espagne, Grèce, Portugal et Irlande (et maintenant aussi Italie)-a aidé énormément l’économie allemande, car il y a eu un flux de capitaux de la périphérie au centre (à savoir l’Allemagne), que Henning Meyer a calculé qu’il s’élève durant la période 2010-2015 à 100.000 millions d’euros, ce qui a permis à l’Etat allemand de n’avoir pas à emprunter cette somme, réduisant ainsi son déficit public d’autant. Comme le dit Meyer, la relativement basse dette publique allemande se base, en partie, sur cette situation. Il n’est pas besoin d’emprunter de l’argent puisqu’il vient abondamment des pays périphériques, qui voient l’Allemagne comme un lieu sûr, loin de la situation instable des pays périphériques, résultat précisément de l’austérité que l’Allemagne leur a imposé.

Cette interprétation de ce qui motive le comportement du gouvernement allemand-uniquement et exclusivement l’optimisation de ses intérêts-s’insère dans un contexte politique qui permet de comprendre que quand on dit Allemagne, on veut dire l’establishment financiéro-économico-politico et médiatico allemand qui contrôle ledit Etat. Une donnée qui continuellement est oubliée est qu’il continue d’y avoir des classes sociales au sein de chaque pays, et par conséquent, aussi en Allemagne. Et quand on dit ou écrit que l’objectif du gouvernement allemand est d’optimiser uniquement et exclusivement ses intérêts, il faut avoir à l’esprit que ces intérêts sont les intérêts de cet establishment, lesquels peuvent ou non coïncider avec les intérêts des classes populaires allemandes.

En réalité, les politiques d’austérité frappent aussi les classes populaires allemandes, de même qu’elles frappent les intérêts des classes populaires de la périphérie de l’eurozone, politiques d’austérité qui sont imposées par l’establishment financiéro-économico-politico et médiatico allemand, avec la collaboration des establishments financieros-économicos-politicos et médiaticos des pays périphériques, y inclus l’Espagne. Nous avons vu à Madrid il y a quelques jours la réunion des représentants de ces establishments, fêtant les politiques d’austérité et présentant le gouvernement du Parti Populaire comme le modèle à suivre. Face à cette alliance des groupes et classes dominants il faut l’alliance des groupes et classes dominés, alliance qui est délibérément rendue difficile par la première alliance, au moyen, non seulement de sa domination sur les principaux médias d’information et de persuasion, mais aussi par les règles et normes qui régissent les institutions qu’elle contrôle. La difficulté qu’implique l’établissement de l’alliance des dominés ne peut, cependant, être un frein pour son établissement, qui doit être établie de manière urgente. Cela est clair.

Vicenç Navarro

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant



L’auteur est professeur de Science Politiques et de Politiques Publiques à l’Université Pompeu Fabra (Barcelone)


[1Ndt L’ordolibéralisme est un courant de pensée libéral apparu en Allemagne dès les années 1930 selon lequel la mission économique de l’Etat est de créer et maintenir un cadre normatif permettant la concurrence libre et non faussée entre les entreprises.

Publié par Jean Lévy

Des milliers de manifestants à Madrid pour la reconnaissance des crimes de Franco, 40 ans après sa mort

Des manifestants réclamant la reconnaissance des crimes de Franco, le 22 novembre 2015 à Madrid (Espagne). (PACO CAMPOS / SIPA / EFE)

Des manifestants réclamant la reconnaissance des crimes de Franco, le 22 novembre 2015 à Madrid (Espagne). (PACO CAMPOS / SIPA / EFE)

Par 

 

Des milliers de personnes ont défilé dans les rues de Madrid dimanche 22 novembre, pour réclamer la reconnaissance des crimes de la dictature de Francisco Franco, mort il y a 40 ans, couverts par une amnistie votée en 1977. En tête de cortège, une banderole proclamait le slogan "L'impunité franquiste, ça suffit !".

Les manifestants réclamaient l'abrogation de la loi d'amnistie de 1977, deux ans après la mort du dictateur, qui empêche les poursuites judiciaires contre les auteurs de d'atteintes aux droits de l'Homme lors de la guerre civile espagnole puis sous le régime dictatorial de Francisco Franco. Au-dessus du cortège flottaient de nombreux drapeaux républicains. Franco avait pris la tête d'un soulèvement militaire contre la république espagnole en 1936 et mené une répression sanglante après sa victoire en 1939, dirigeant seul le pays jusqu'à sa mort le 20 novembre 1975.

Le Parti Populaire ne veut pas "rouvrir les blessures du passé"

Parmi les milliers de participants, beaucoup de personnes âgées arboraient une pancarte portant le nom d'un parent victime du franquisme.Ils demandent l'abrogation de la loi d'amnistie et l'application de la Loi de mémoire historique, votée en 2007 par un gouvernement socialiste, mais restée lettre morte depuis l'arrivée au pouvoir du conservateur Mariano Rajoy en 2011.

La Loi de mémoire historique prévoit, entre autres, la suppression de symboles franquistes encore existants et l'aide aux familles qui souhaitent retrouver les restes de leurs aïeux enterrés dans ses fosses communes. Le Parti Populaire de l'actuel Premier ministre Mariano Rajoy, héritier des partis de droite formés après la dictature, refuse de "rouvrir les blessures du passé" en revenant sur l'amnistie ou en appliquant la loi sur la mémoire historique.

L'anniversaire de la disparition de Franco n'a pas été célébré par les principaux partis politiques. Seuls de petits partis d'extrême droite, espagnols, italien, français, russe, ont réuni dimanche quelque 200 personnes sur une place de Madrid, pour évoquer une période "en comparaison avec laquelle la nôtre parait bien noire", selon les termes de Manuel Canduela, président de Démocratie nationale, qui revendique 3 000 militants en Espagne. Plusieurs autres petites manifestations de nostalgiques du régime ont eu lieu ces derniers jours en Espagne.

22 novembre 2015
Le PTB demande de ne pas octroyer de concession dans le port d'Anvers à l'entreprise saoudienne ERS

21 Novembre 2015

Quand l'investissement de banquiers saoudiens dans le port d'Anvers, à hauteur de plusieurs milliards d'euros, a été officialisé,  la majorité anversoise a applaudi des deux mains. "Combien de temps la N-VA va-t-elle encore protéger les Saoudiens?", se demande le PTB. Le parti veut que l'accord soit annulé.

Cette semaine, on a appris que le projet de milliards d'investissements saoudiens dans le port d'Anvers « avançait bien ». Il s'agit d'un investissement de plusieurs milliards de la richissime famille de banquiers saoudiens Al Issa, qui, via la firme saoudienne Energy Recovery Systems (ERS), veut construire une usine de recyclage de déchets sur le site du dock Delwaide. Cette arrivée de milliards saoudiens a été applaudie avec enthousiasme par la majorité au pouvoir à Anvers. « Cela met encore mieux Anvers sur la carte », a jubilé Bart De Wever. Quant au ministre-président flamand Geert Bourgeois, il a salué une « opportunité unique pour la Flandre », se réjouissant du fait que celle-ci « mette la Flandre sur la carte ». Pour les gros pétro-capitaux, tous les principes semblent devoir s'effacer.

La demande officielle de concession a été introduite par la famille Al Issa ET par le banquier saoudien Saleh Kamel

En mai dernier, ce projet avait déjà suscité de virulentes critiques. Le site internet Apache révélait alors qu'outre la famille Al Issa, le banquier saoudien Saleh Kamel était impliqué dans ces investissements. Apache a publié des preuves des liens entre Saleh Kamel et l'organisation terroriste Al-Qaida : le nom du top-banquier saoudien figure en bonne place sur la fameuse « Golden Chain », une liste de vingt richissimes financiers originels (saoudiens) d'Al-Qaida. En outre, Oussama ben Laden lui-même avait investi 50 millions de dollars dans la Al Shamal Bank, qui appartient à Saleh Kamel. Suite à ces révélations, la direction du port a d'abord tenté de se plier en contorsions, puis a subitement affirmé que Saleh Kamel n'aurait désormais plus rien à voir dans ce projet. En outre, Saleh Kamel aurait été « acquitté » par les Etats-Unis. Hier, Apache a toutefois révélé que Saleh Kamel avait été disculpé de « lien direct dans les attentats du 11-Septembre ». Il n'y a cependant jamais eu de verdict judiciaire sur son financement d'Al-Qaida. Au contraire, le FBI a confirmé la véracité de la liste « Golden Chain ». Quoi qu'il en soit, la demande officielle de concession a été introduite par la famille Al Issa ET par Saleh Kamel.

Mais la direction du port d'Anvers et les autorités politiques anversoises ne semblent pas du tout se soucier de ces critiques. La semaine prochaine devrait se tenir une « ultime réunion » lors de laquelle « le dossier pourrait atterrir ». Tous les acteurs concernés sont : « la famille saoudienne Al Issa, l'entreprise ERS, la direction du Port d'Anvers, l'Agence flamande à l'exportation et la Société d'investissement flamande PMV ». Le journal De Tijd écrit : « Si tout le monde arrive alors à accorder ses violons, la concession pourra officiellement être accordée à ERS ». 

Combien de temps la N-VA1 va-t-elle encore protéger les Saoudiens?

Le PTB, qui plaide déjà depuis janvier dernier pour un embargo sur l'Arabie saoudite, s'oppose vivement à ce projet saoudien. Mardi prochain, au conseil communal, Peter Mertens, président du PTB et conseiller communal à Anvers, interpellera le bourgmestre Bart De Wever et l'échevin du Port Marc Van Peel.

Peter Mertens : « Nous demandons que la concession à ERS ne soit pas approuvée, et que toutes les autres options d'investissements de l'étude de marché pour le dock Delwaide soient donc à nouveau ouvertes. Au lieu de parler un double langage, il est temps de tirer une ligne claire. Il ne s'agit pas seulement de Saleh Kamel. Il s'agit du régime saoudien en tant que tel. Tant que nous continuerons à soutenir le régime saoudien, quelle que soit la famille de banquiers, nous serons également responsables du financement et du soutien apportés aux djihastes salafistes les plus violents. Dans un mémo interne de l'administration d'Hillary Clinton – publié par Wikileaks –, les donateurs saoudiens sont décrits comme "la source la plus importante de soutien financier aux groupes terroristes sunnites dans le monde" (sic). Combien de preuves faut-il encore? Combien de temps la N-VA va-t-elle encore protéger les Saoudiens? Il est temps de décréter un boycott général de l'Arabie saoudite, au lieu de laisser tomber tous les principes devant les milliards du pétrole. C'est pourquoi nous demandons avec insistance de ne pas approuver cette concession. »

1 Le N-VA, "Nouvelle Alliance Flamande", parti politique nationaliste belge. La N-VA est dans le  gouvernement Michel qui regroupe des partis de droite, de centre-droit et de droite extrême.

Publié par Michel El Diablo

TERRORISME : Michel COLLON accuse et lance un appel (vidéo)

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L’exemple grec nous apprend-il quelque chose ?

 

Interview du professeur Eric Toussaint, invité à Ljubljana par les syndicats slovènes pour y participer à une table ronde intitulée : « La publique : Qui doit à qui ? » par Mimi Podkrižnik, journaliste du quotidien slovène Delo.

 

Croyez-vous au projet européen ? Y croyez-vous encore ?

 

Très clairement : non. Le projet européen s’est transformé en une camisole de force pour les peuples. ll n’y a pas de marge de manoeuvre permettant à un gouvernement élu démocratiquement de mettre en œuvre des politiques au service de l’intérêt général et de respecter dans le même temps les règles européennes. En effet, les différents traités et l’architecture institutionnelle dans laquelle ils s’inscrivent – le Parlement européen, la Commission européenne, les gouvernements nationaux et la Banque centrale européenne – posent un cadre extrêmement hiérarchisé et contraignant qui laisse de moins en moins de place à l’exercice de l’autonomie, autrement dit à la démocratie et à la parole des citoyens. Nous venons d’en avoir l’illustration avec la . En janvier 2015, le peuple a porté au pouvoir un gouvernement sur la base d’un programme de rupture avec des politiques qui avaient complètement failli. Ce peuple a réaffirmé son rejet des politiques d’austérité lors du référendum du 5 juillet 2015. Or cela n’a fait qu’exacerber l’obstination des différentes institutions européennes d’empêcher que cette volonté populaire se concrétise. C’était même dit clairement. On a eu des déclarations de Jean-Claude Juncker affirmant qu’il n’y a pas de place pour le référendum. Selon les dirigeants européens, pour se prononcer sur des politiques européennes, la voie est toute tracée par la Commission et l’eurogroupe : il n’y a pas de moyens d’en sortir ou d’en dévier.

 

Pourquoi ? Sommes-nous vraiment dans un cercle vicieux ?

 

La construction même de l’ – c’est-à-dire l’adhésion à des traités et une conception très autocratique du fonctionnement des institutions – vise à restreindre le plus possible le fonctionnement démocratique. Par ailleurs, les grandes entreprises privées exercent un lobby extrêmement puissant sur la Commission et le Parlement pour les inciter à prendre des décisions favorisant leurs intérêts particuliers. À la tête de la BCE, on trouve Mario Draghi qui a été l’un des stratèges de Goldman Sachs pour toute l’. C’est emblématique d’une situation qui voit les grandes entreprises privées européennes placer à des positions de pouvoir des personnes qui sont issues de leur milieu, ou diposer de l’entier soutien de chefs d’Etat et de hauts fonctionnaires pour faire adopter des mesures qui favorisent leurs intérêts. Un tel système s’apparente fortement à un système oligarchique où quelques uns imposent leurs décisions et définissent les politiques au service d’une petite minorité.

 

La gauche, elle aussi, est tombée dans le piège – on voit ce qui se passe en France avec la gauche traditionnelle, les socialistes de François Hollande, ou bien en Grèce avec la gauche radicale, la nouvelle gauche d’Alexis Tsipras.

 

Je distingue la gauche traditionnelle et la gauche radicale, parce que il est clair qu’on ne peut plus parler de la gauche pour François Hollande ou bien pour Tony Blair ou Jeroen Dijsselbloem. Ce dernier est membre du parti socialiste hollandais ce qui ne l’a pas empêché d’être l’un des plus actifs pour poser des obstacles sur le chemin du gouvernement grec issu des élections du 25 janvier 2015. On peut ranger ce type de parti socialiste du côté des forces conservatrices. Appelons-les « néolibérales » ou « social-libérales ». Dans partis, il y a toujours une gauche qui existe et qui essaye de s’exprimer : le Labour party a élu Jeremy Corbyn contre l’avis de Tony Blair et de Gordon Brown. Mais quelle sera la marge de manoeuvre de Jeremy Corbyn ? Attendons de voir ce qui va se passer avec le Labour Party. En tout, cas Corbyn a indiqué clairement que, s’il devenait Premier ministre, il reviendrait sur ce qui a été fait par Margaret Thatcher et Tony Blair. Il parle de renationaliser les chemins de fer et va donc plus loin que ce que Tsipras avait annoncé en janvier 2015… François Hollande, les socialistes hollandais, les socialistes allemands, tous  partis socialistes ont voté en faveur de tous les traités européens avec l’autre grand groupe parlementaire de droite : le Parti populaire. La conclusion est claire :  socialistes-là sont les architectes de tout ce à quoi nous sommes confrontés en ce moment. Un mouvement comme celui d’Alexis Tsipras ou Podemos en Espagne et d’autres initiatives qui peuvent y ressembler n’ont pas participé à la construction de cette architecture.

 

Pas encore …

 

Ils ne sont pas dans des lieux de pouvoir dans l’Union Européenne. Pourquoi sont-ils tombés dans la logique qu’on connaît en Grèce ? Parce qu’ils avaient l’illusion que les structures du pouvoir européen allaient leur donner une marge de manœuvre. Ils pensaient réellement que l’échec des politiques appliquées à la Grèce était évident, puisqu’il est reconnu par tant d’économistes très sérieux …

 

… par des prix Nobel …

 

Oui, ils pensaient qu’en échange de leur sens des responsabilités les dirigeants européens et les dirigeants des autres gouvernements nationaux allaient leur dire : d’accord, on va vous laisser mener votre expérience, réduire radicalement les mesures d’austérité et essayer de relancer l’activité économique de la Grèce. Et ils se sont trompés. Leur calcul était tout à fait erroné. Pour les dirigeants européens il était fondamental de démontrer à tous les peuples d’Europe qu’il n’y a pas de possibilité de sortir des rails de l’austérité, qu’il n’est pas possible de freiner la privatisation. Pour ces dirigeants européens – pour tous, que ce soit Matteo Renzi ou François Hollande, Wolfgang Schäuble ou Jeroen Dijsselbloem – il était essentiel d’empêcher la réussite de l’expérience de Syriza en Grèce. Parmi les plus furieusement décidés à faire échouer Tsipras il y avait bien sûr les premiers ministres Mariano Rajoy en Espagne et Coelho au Portugal. Car ils se disaient : si Tsipras réussit, Podemos viendra au pouvoir tôt au tard en Espagne. Et la même chose vaut pour le Portugal. Aucun gouvernement des 28 autres pays de l’UE n’a réellement donné une chance au gouvernement grec ; ni les institutions européennes ni un seul gouvernement. Or il est clair que Tsipras se disait : le gouvernement de Matteo Renzi et le gouvernement de François Hollande qui veulent eux-mêmes avoir un peu plus de marge en terme de déficit vont me soutenir. Et cela ne s’est pas produit.

 

Au vu des sondages de l’opinion publique, le tort causé à Syriza a affecté Podemos, dont la côte de popularité est tombée de 20% à 14 %…

 

L’objectif des dirigeants européens est de dire au peuple espagnol : « ne votez pas Podemos » et de dire à Podemos : « abandonnez votre volonté de changer réellement les choses. Vous voyez bien que Tsipras accepte de capituler. Même vous, si vous avez une chance de devenir membre d’un gouvernement, vous devrez accepter les règles. »

 

Vous distinguez en Europe les pays du centre des pays périphériques. La  fait partie de la périphérie, évidemment, comme la Grèce et le Portugal. Quand on en parle, on peut apercevoir un discours tout à fait différent. On traite le Portugal de bon élève, pour ce qui est de son programme et de son sauvetage par la troïka, tandis qu’on fustige la Grèce.

 

Comme on parle de bon éleve pour l’Irlande. Mais la situation réelle est extrêmement mauvaise au Portugal, en Irlande comme en Espagne. Il y a une apparence de réussite du point de vue des critères des dirigeants européens, parce que ces trois pays réussisent à rembourser leur dette sans demander la réduction de celle-ci. Mais tout cela est strictement lié à des taux d’intérêt qui sont provisoirement très faibles. Tous les pays européens, y compris la Slovénie, refinancent leur dette publique à un coût très bas pour le moment, mais il n’y a absolument aucune garantie que cela continuera. Au Portugal ou en Espagne, le taux de croissance est très faible ou bien il stagne, le taux de chômage est extrêmement élevé, la situation des banques portugaises, irlandaises, espagnoles est très mauvaise aussi ; il va falloir continuer à les recapitaliser. L’année passée, une des principales banque portugaise Banco Espírito Santo a fait faillite. En fait, les grands médias et le gouvernement européen octroient des satisfecits à certains gouvernements parce qu’il faut dire : « voilà, les Grecs sont des mauvais élèves et cela va mal pour eux. Les autres, ceux qui appliquent bien les réformes, se débrouillent ». Mais tout cela, c’est de la mystification. Le bilan réel est tout à fait différent.

 

On est entré dans la psychologie…

 

En Slovénie, vous êtes dans une situation un peu surréaliste. Si je ne me trompe pas, la majorité de la population slovène, le gouvernement slovène et les grands médias considèrent que vous êtes tellement proche du centre des grandes puissances – notamment de l’Autriche et de l’Allemagne – que vous vous en sortirez toujours. Que vous êtes peut-être dans la péripherie, mais avec un pied déjà dans le centre. Et certains pensent que vous êtes même carrément dans le centre. Or, on va voir si c’est durable. Votre dette publique est en train d’exploser à cause du sauvetage des banques et cela ne va pas s’améliorer à court terme. La Slovénie elle-même n’est pas à l’abri de difficultés dans les deux ou trois ans qui viennent. Et surtout, la grande différence entre la Slovénie, l’Allemagne et l’Autriche, c’est que vous n’êtes pas au centre du pouvoir européen. C’est Berlin, Paris, Londres et à un degré moindre Bruxelles et Amsterdam qui influencent la politique des dirigeants européens, ce n’est pas Ljubljana.

 

Quel regard portez-vous sur le rôle des médias ? On écrit différemment sur le Portugal ou sur la Grèce. Il y a beaucoup de manipulation, d’émotions aussi. On se perd dans le style et on oublie le fond – dans le style de Yanis Varoufakis, par exemple. On se préoccupe de son doigt, voire de ses vêtements.

 

Il est clair qu’on a stigmatisé la Grèce et la population grecque. Des commentateurs qui devraient être sérieux ont dit que la Grèce ne collectaient pas ses impôts depuis des siècles et qu’il s’agissait là d’un héritage de l’Empire ottoman. Il est clair qu’il y a de l’évasion fiscale en Grèce …

 

… et de la corruption. On est dans les Balkans… quand même.

 

Partout en Europe, il y a de la corruption. Partout. A la FIFA, dans tous les organismes … Mais on veut faire croire que c’est limité à quelques pays. Pour cacher la très grande corruption, on met l’accent sur un petit pays que l’on stigmatise. Ce que l’opinion publique slovène ne sait pas, c’est qu’un ministre de la défense grecque, qui vient d’ailleurs du Pasok [Akis Tsohatzopoulos], a été condamné en 2013 à 20 ans de prison ferme pour corruption. Il est en prison avec cinq membres de sa famille. Mais personne n’en parle. Or, combien de ministres en Europe sont en prison ? Je pense que certains ministres ou ex-ministres slovènes auraient leur place en prison, mais ils ne s’y trouvent pas, ils ne sont pas condamnés. En Grèce, il y a des procès pour corruption et des condamnations : il y a un procès en cours contre 69 Grecs impliqués dans une grosse affaire de corruption avec l’entreprise multinationale Siemens et il y aura des condamnations dans les mois qui viennent.


Oui, la Grèce a de graves problèmes en matière de corruption et de collecte d’impôts, mais le problème est largement répandu dans toute l’Europe. Dans toute l’Europe, les grandes entreprises et le pour cent le plus riche de la population européenne ont réussi à obtenir des cadeaux fiscaux. Les Etats pallient à ce manque de recettes fiscales par le recours à l’endettement public. A cela s’ajoute l’évasion fiscale, par exemple l’affaire de la Banque HSBC, ou encore l’affaire Luxleaks qui implique directement Juncker. N’oublions pas que Draghi était directement impliqué dans le scandale du maquillage des comptes publics grecs en 2001 et 2002… On a un grand problème en Europe comme aux Etats-Unis : c’est qu’on a de grandes entreprises, notamment de très grandes banques qui se rendent systématiquement coupables de fraudes ou de corruptions. L’UE ne prend que des mesures extrêmement faibles à leur égard.

 

Personne ne se sent responsable ni coupable.

 

Les institutions européennes, la Commission européenne, les gouvernements des principaux Etats pourraient prendre des mesures fortes pour empêcher l’évasion fiscale – qui est massive et qui porte surtout préjudice aux économies les plus faibles. Les riches des pays de la périphérie européenne placent leur argent dans les pays les plus sûrs, au Luxembourg, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, à la City de Londres. Les responsables européens ont parfaitement les moyens de prendre des mesures, mais ils ne souhaitent pas le faire.

 

Est-il possible qu’un jour quelqu’un soit traduit devant la justice ?

 

Je ne suis pas optimiste, surtout pas à court terme. Je ne crois pas que ces personnages seront traduits devant la justice, ni qu’ils seront condamnés, alors que leur comportement mériterait que la justice s’en occupe activement. Ce qui peut se produire en positif c’est qu’on tire les leçons de ce qui s’est passé avec la Grèce et que les nouvelles forces démocratiques progressistes comprennent quelles doivent être plus fermes, plus que Tsipras ne l’a été, et donc disposées en tant que gouvernements démocratiquements élus à désobéir aux ordres de la Commission européenne et de la BCE, si – comme on l’a vu dans le cas de la Grèce – elles prennent des mesures injustes pour les économies de leurs pays.

 

La vague d’indignation dure déjà depuis un certain temps. Stéphane Hessel a appelé à l’indignation il y a quelque années de cela. On a vu naître le mouvement des Indignés en Espagne et la formation de Podemos, mais rien n’a encore abouti. On se sent un peu face à une impasse.

 

Ces formations sont propulsées par une partie de la population qui veut des réponses radicales. C’est pour cela que Jeremy Corbyn qui n’avait aucun influence institutionnelle sauf dans les syndicats a gagné dans le Labour, et c’est aussi pour cela que Bernie Sanders aux Etats-Unis, qui a très peu de moyens, rencontre un grand soutien de la base dans le parti démocrate alors qu’il est perçu comme un socialiste radical. Il y a vingt ans, ceux qui avaient le vent en poupe, c’étaient Tony Blair et Gordon Brown, Clinton ou Barack Obama… Maintenant ce sont Sanders, Corbyn, Podemos. Pourquoi ? Parce que cela correspond à une volonté d’une partie de la population qui a elle-même tiré comme conclusion qu’il faut des politiques qui traitent le mal à la racine. Dans certains cas, les nouvelles formations politiques comme Syriza ou Podemos sont parfois trop modérées. Même si elles disent qu’il faudrait des solutions radicales, et recueillent pour cela un soutien populaire, elles ont peur de les mettre en pratique. On a besoin d’un gouvernement progressiste qui n’a pas peur de désobéir. L’intérêt des propos que tenait Stéphane Hessel, c’est de dire aux gens : quand ceux qui ont le pouvoir appliquent des politiques foncièrement injustes, il y a un devoir de rébellion, de révolte, de désobéissance. Et il est important que cela vienne de quelqu’un qui a résisté au nazisme, parce que justement ce sont ces gens-là qui ont résisté en France en s’opposant au régime de Vichy, à la police française, et pas simplement aux nazis. Il fallait avoir du courage pour lutter contre la police de son propre pays et contre son propre gouvernement qui collaborait. Aujourd’hui, nous ne sommes pas, bien sûr dans la même situation ; l’Allemagne d’Angela Merkel et de Wolfgang Schäuble n’est pas l’Allemagne nazie. Il y a une énorme différence, mais indéniablement dans le contexte actuel, il n’y a plus suffisamment d’espace pour exercer les droits démocratiques, et donc il faut être prêt à désobéir et à se rebeller. J’espère que ces forces politiques vont le comprendre, sinon on va aller de déception en déception. Ce qui risque d’arriver, c’est l’extrême droite avec…

 

…Marine Le Pen en France…

 

ou Viktor Orbán en Hongrie. Le risque est grand que cette extrême droite finisse par trouver des figures charismatiques et qu’avec une désobéissance violente, dirigée contre les immigrés, elle puisse apparaître comme une alternative crédible pour les populations. Il y a un danger réel en Europe. Il n’est pas immédiat, ce n’est pas pour dans un an ou deux, mais le danger est quand même là.

 

Quel regard portez-vous sur le rôle des syndicats ? On voit bien que, dans le secteur privé, beaucoup d’usines ont fermé les portes. La classe ouvrière est en train de disparaître.

 

C’est un peu exagéré, mais il est clair qu’il y a un affaiblissement structurel des grands secteurs de salariés. Les concentrations de travailleurs salariés se réduisent certainement dans certains pays ou bien dans des régions entières de l’Europe. Le mouvement syndical a perdu de sa force dans toute une série de pays.

 

Le syndicalisme se perd, du moins en Slovénie, dans une certaine nostalgie, mais aussi – il faut le dire – dans la démagogie. Le monde est en pleine mutation, il faut que les syndicats aussi suivent la dynamique.

 

Je compte beaucoup sur la capacité du mouvement syndical de redéfinir une doctrine cohérente dans le nouveau contexte. Un des grands problèmes en Europe c’est qu’on a une Confédération européenne des syndicats avec, si je ne me trompe pas, près de 60 millions de membres. Mais cette Confédération a soutenu tous les traités européens, sauf le dernier, qu’elle a critiqué : le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, le TSCG ou pacte budgétaire européen. Elle s’y est opposée, mais de manière extrêmement molle, sans mobilisation. Malgré cette réduction de grande concentration industrielle on a encore – avec la Confédération européenne des syndicats qui unit presque tous les syndicats – une puissance potentielle tout à fait considérable, mais ce n’est que potentiel. En pratique, elle a tout laissé faire, en croyant que l’Union européenne allait lui permettre comme direction syndicale de vivre tranquillement dans un soi-disant dialogue social. En réalité, les dirigeants européens n’avaient d’autre objectif que de précariser le travail et remettre en cause les conventions collectives. La confédération européenne des syndicats comprend très tardivement ce qui est en train de se passer et elle est incapable de réagir, parce qu’il y a un manque de fonctionnement démocratique dans cette énorme superstructure mais aussi et surtout un refus de la part de sa direction et de certains des grands syndicats qui en sont membres d’affronter les tenants de ces politiques de casse sociale.

 

Quel est le rôle des entreprises d’armes, vu la crise de la dette publique aussi bien que la crise migratoire ?

 

Les industries d’armement jouent sans conteste un rôle important : dans le cas grec, les fournisseurs d’armes à la Grèce sont principalement les entreprises allemandes, françaises et nord-américaines. Elles sont responsables de la corruption. Je viens de vous parler de la condamnation de ce ministre grec ; évidemment il s’est fait corrompre par des entreprises comme Rheinmetall en Allemagne, Thales en France et Lockheed Martin aux Etats-Unis. Il y a des affaires très précises et bien connues où l’on a eu connaissance de pots-de-vin d’un montant considérable pour corrompre des dirigeants politiques. Cela porte sur des centaines de millions d’euros. On note la préoccupation d’une série de pays européens de développer leur industrie d’armement – notamment la Pologne qui vient de réaliser une grande foire internationale de l’armement. Le flux important des réfugiés venant de Syrie est le produit de la politique de l’Europe et des Etats-Unis à l’égard du Moyen-Orient. Je pense à l’intervention militaire en 2003 en Iraq qui a destabilisé la région sans réellement apporter la démocratie, à l’intervention en Libye, enfin à la politique menée à l’égard de la Syrie. Tout cela a généré le renforcement d’Al-Qaïda en Lybie et dans la zone proche du Soudan et du Mali et a favorisé la création de Daesh. On a des fournisseurs d’armes qui approvisionnent les différentes parties en conflit et entretiennent ainsi les guerres. Comme à d’autres moments de l’histoire, il y a effectivement un lien entre la stratégie suivie par les fournisseurs d’armes et le type de politiques menées pour résoudre les problèmes dans d’autres régions du monde. De telles politiques ne correspondent pas à l’intérêt des peuples ; un de leurs effets les plus désastreux est de jeter sur les routes des centaines de milliers de personnes, notamment des enfants et des vieillards, réduits à venir demander l’asile à des Etats qui refusent ou réchignent à les accueillir.

 

Récemment, la maison d’édition slovène CF a mis dans le livre sur la dette publique intitulé Qui doit à qui ? une photographie de soldats allemands hissant le drapeau nazi sur l’Acropole d’Athènes en 1941. Qu’en pensez-vous ?

 

C’était un message très fort qu’a voulu faire passer la maison d’édition. Son intérêt est de faire réfléchir car il ne faut pas oublier l’histoire européenne. Il n’y a pas si longtemps, les troupes de Mussolini, suivies des nazis, ont occupé la Grèce. La Grèce a été l’un des pays européens les plus martyrisés, touchés et détruits pendant la Seconde Guerre mondiale, à côté de l’Union soviétique, de la Pologne et en partie aussi de la Yougoslavie. La Grèce est toujours en droit de demander des réparations de guerre à l’Allemagne. Je la soutiens dans cette perspective-là. Cette photo doit faire réfléchir. Ce n’est pas une caricature, on n’a pas mis en dessous d’un casque la tête de Wolfgang Schäuble ou d’Angela Merkel. Cette photo ne veut pas dire que Angela Merkel se comporte comme les nazis, mais elle doit être considérée comme un rappel de notre histoire.

 

Je pense qu’il faudrait changer de rhétorique dans les médias et ne plus parler du quatrième reich, par exemple. Trop de souvenirs empêchent d’atteindre nos objectifs ; il vaut mieux apaiser le discours.

 

Il est très clair que nous ne sommes pas dans une situation de domination totale, certes pas dans une domination militaire de la part de l’Allemagne sur le reste de l’Europe. Au contraire, beaucoup de gouvernements nationaux sont très contents qu’Angela Merkel et Wolfgang Schäuble apparaissent comme les méchants et les plus durs. Cela arrange quelque part Matteo Renzi ou François Hollande de pouvoir dire « Ce sont eux qui nous empêchent de faire des concessions. »

 

Le problème aujourd’hui en Europe ce n’est pas seulement l’Allemagne, c’est l’architecture européenne. Pour changer tout cela il devient évident – si l’on veut véritablement une Europe démocratique – qu’il faudra abroger toute une série de traités européens. Il faudrait initier au plus vite un processus constituant au niveau européen, un processus démocratique – se traduisant par l’élection d’une assemblée constituante européenne par les différents peuples d’Europe. Dans chaque pays de l’Union européenne, des processus nationaux seraient également lancés afin d’élaborer collectivement et démocratiquement un nouveau projet pour l’Europe. On pourrait ici s’inspirer de l’expérience de la France au XVIIIe siècle où les populations de toutes les contrées du pays avaient rédigé « des cahiers de doléances » exprimant leur ressenti, leurs attentes, leurs exigences… Il est plus que temps de faire un bilan de la construction européenne des soixante dernières années et qu’on dise : « Maintenant on reprend cette construction en la rendant réellement démocratique avec la participation des peuples. » Je crois que toute une série de traités européens ne permet pas cela. Il va donc falloir un grand bouleversement en Europe, un grand mouvement européen permettant de déboucher sur un tel changement. Quand est-ce que cela va avoir lieu ? Cela commencera par quelques pays qui vont désobéir, certains vont sortir de la zone euro, l’Europe va rentrer dans une crise plus grave qu’aujourd’hui. Mais cela peut prendre dix ans ou vingt ans. Le processus sera lent et long. La sortie de l’Ancien régime d’absolutisme royal a été le fruit d’une longue lutte.

 

Sera-t-il possible de le faire paisiblement, vu l’histoire et la crise ?

 

Je crois que la force des structures autoritaires européennes s’appuie sur la soumission et la docilité des peuples ainsi que de leurs représentants politiques. Leur force est notre obéissance résignée. A partir du moment où une indignation devient massive et se transforme en mobilisation, l’Europe sera forcée de changer et cela n’implique pas d’exercer la violence. Il doit être possible de le faire avec fermeté et détermination mais sans violence.

 

Est-il correct de parler de 1% de riches contre 99% de pauvres ?

 

Oui, c’est bien. C’est très schématique, bien sûr, mais cela correspond à la réalité. J’ai étudié cette problématique et les travaux de Thomas Piketty l’ont bien mise en lumière. Le un pour cent le plus riche aux Etats-Unis détient 50 pour cent du patrimoine national. Si vous y ajoutez les neuf pour cent en plus, vous n’obtenez pas beaucoup plus … Parler d’un pour cent permet de dire qu’on peut cibler des mesures sur un secteur minoritaire de la société et qu’on n’a pas besoin de toucher à la classe moyenne. On est repassé à un tel niveau de concentration de la richesse que la formule de un pour cent est beaucoup plus juste qu’il y a trente ans. Il y a trente ans il fallait parler de 10%.

 

Mais en comparaison avec la période avant la Première Guerre mondiale ou après ? Etait-ce la même chose ?

 

On est revenu, au niveau de concentration de la richesse, à la situation d’il y a cent ans. C’est ce que montre Piketty.

 

Source en slovène : http://www.delo.si/sobotna/se-bomo-iz-vsega-kar-se-je-zgodilo-z-grcijo…

 

Le quotidien Delo est le principal quotidien slovène.

 

La traduction du slovène vers le français a été réalisée par Mimi Podkrižnik. La version française a été revue par Patrick Saurin, Damien Millet et Eric Toussaint

 

Voir en ligne : http://www.delo.si/sobotna/se-bomo-iz-vsega-kar-se-je-zgodilo-z-grcijo…

 

« Nous payons les inconséquences de la politique française au Moyen-Orient »

 

vendredi 20 novembre 2015 

 

Comme le dit une camarade parisienne, une tribune qui fait écho à l’expression de Rouge Vif 13

Soyons réalistes, demandons l’impossible, clamaient dans les rues de Paris les utopistes de mai 1968. Etre réaliste aujourd’hui, c’est réclamer à ceux qui gouvernent d’aller aux racines de ce mal qui, le 13 novembre, a tué au moins 129 personnes dans la capitale française. Elles sont multiples, et il n’est pas question d’en faire ici l’inventaire. Nous n’évoquerons ni l’abandon des banlieues, ni l’école, ni la reproduction endogamique d’élites hexagonales incapables de lirela complexité du monde. Nous mesurons la multiplicité des causes de l’expansion de l’islamisme radical.

 

Comme nous savons à quel point l’étroitesse des rapports entretenus dans tout le monde arabe entre les sphères politique et religieuse a pu faciliter son émergence, nous n’avons aucune intention simplificatrice. Mais, aujourd’hui, c’est la politique internationale d’une France blessée, et de l’ensemble du monde occidental, que nous voulons interroger.

 

Sur l’islamisme d’abord. Depuis le début de sa montée en puissance, dans les années 1970, les dirigeants occidentaux se sont convaincus qu’il devenait la force politique dominante du monde arabo-musulman. Addiction au pétrole aidant, ils ont renforcé le pacte faustien les liant aux Etats qui en sont la matrice idéologique, qui l’ont propagé, financé, armé. Ils ont, pour ce faire, inventé l’oxymore d’un « islamisme modéré » avec lequel ils pouvaient faire alliance.

 

LE DJIHADISME EST AVANT TOUT L’ENFANT DES SAOUD ET AUTRES ÉMIRS AUXQUELS ELLE SE FÉLICITE DE VENDRE À TOUR DE BRAS SES ARMEMENTS SOPHISTIQUÉS. ON NE VEUT PAS VOIR QUE LA MÊME IDÉOLOGIE LES ANIME

 

Le soutien apporté ces derniers mois au régime turc de M. Erdogan dont on connaît les accointances avec le djihadisme, et qui n’a pas peu contribué à sa réélection, en est une des preuves les plus récentes. La France, ces dernières années, a resserré à l’extrême ses liens avec le Qatar et l’Arabie saoudite, fermant les yeux sur leur responsabilité dans la mondialisation de l’extrémisme islamiste.

 

Le djihadisme est avant tout l’enfant des Saoud et autres émirs auxquels elle se félicite de vendre à tour de bras ses armements sophistiqués, faisant fi des « valeurs » qu’elle convoque un peu vite en d’autres occasions. Jamais les dirigeants français ne se sont posé la question de savoir ce qui différencie la barbarie de Daesh de celle du royaume saoudien. On ne veut pas voir que la même idéologie les anime.

 

Cécité volontaire

 

Les morts du 13 novembre sont aussi les victimes de cette cécité volontaire. Ce constat s’ajoute à la longue liste des soutiens aux autres sanglants dictateurs moyen-orientaux – qualifiés de laïques quand cela convenait – de Saddam Hussein à la dynastie Assad ou à Khadafi – et courtisés jusqu’à ce qu’ils ne servent plus. La lourde facture de ces tragiques inconséquences est aujourd’hui payée par les citoyens innocents du cynisme à la fois naïf et intéressé de leurs gouvernants.

 

L’autre matrice du délire rationnel des tueurs djihadistes est la question israélo-palestinienne. Depuis des décennies, les mêmes dirigeants occidentaux, tétanisés par la mémoire du judéocide perpétré il y a soixante-dix ans au cœur de l’Europe, se refusent à faire appliquer les résolutions de l’ONU susceptibles de résoudre le problème et se soumettent aux diktats de l’extrême droite israélienne aujourd’hui aupouvoir, qui a fait de la tragédie juive du XXe siècle un fonds de commerce.

 

On ne dira jamais assez à quel point le double standard érigé en principe politique au Moyen-Orient a nourri le ressentiment, instrumentalisé en haine par les entrepreneurs identitaires de tous bords. Alors oui, soyons réalistes, demandons l’impossible. Exigeons que la France mette un terme à ses relations privilégiées avec l’Arabie saoudite et le Qatar, les deux monarchies où l’islam wahhabite est la religion officielle, tant qu’elles n’auront pas coupé tout lien avec leurs épigones djihadistes, tant que leurs lois et leurs pratiques iront à l’encontre d’un minimum décent d’humanité.

 

Exigeons aussi de ce qu’on appelle « la communauté internationale » qu’elle fasse immédiatement appliquer les résolutions des Nations unies concernant l’occupation israélienne et qu’elle entérine sans délai la création trop longtemps différée de l’Etat palestinien par le retour d’Israël dans ses frontières du 4 juin 1967.

 

Ces deux mesures, dont riront les tenants d’une realpolitik dont on ne compte plus les conséquences catastrophiques, n’élimineront pas en un instant la menace djihadiste, aujourd’hui partout enracinée. Mais elles auront l’immense mérite d’en assécher partiellement le terreau. Alors, et alors seulement, les mesures antiterroristes prises aujourd’hui en l’absence de toute vision politique pourraient commencer àdevenir efficaces.

 

Sophie Bessis et Mohamed Harbi (Historiens)



Sophie Bessis est l’auteur de La Double Impasse. L’Universel à l’épreuve des fondamentalismes religieux et marchand (La Découverte, 2014) ; Mohamed Harbi est ancien membre, puis historien du Front de libération nationale algérien (FLN).

Publié par Jean Lévy

La voix de son maître : Bruxelles vise à imposer des salaires aux normes européennes

 

La voix de son maître : Bruxelles  vise à imposer des salaires aux normes européennes

 

 

Bruxelles cherche à "dénationaliser" les négociations salariales  dans chaque pays de l'Union pour imposer des normes européennes les plus basses possible

 

Le Conseil de l’Union européenne (les ministres des États membres) a adopté, le 21 octobre 2015, une recommandation pour la création de conseils nationaux de la compétitivité dans les États de la zone euro. Composés d’experts, ils devraient « contribuer au processus de fixation des salaires au niveau national », et au renforcement de la convergence économique et des « réformes nécessaires ».

 

« ... Il serait beaucoup plus utile de créer des conseils pour le progrès social [...] pour s’attaquer au chômage », a déclaré Veronica Nilsson, secrétaire générale adjointe de la CES (Confédération européenne des syndicats).

Le mythe de la concurrence

 

Par  · 13 novembre 2015

Jacques SapirLes diverses subventions ainsi que les entraves à la concurrence ont fort mauvaise presse aujourd’hui. À droite comme dans la gauche libérale, elles relèvent de l’interdit absolu, du tabou. Le Ministre de l’économie, M. Emmanuel Macron, ne parle que de « libérer » l’économie française, ce qui équivaut à dire qu’il nous faut plus de concurrence. Ce discours est tenu quotidiennement par la commission européenne, et repris, tout aussi quotidiennement par le gouvernement français dit « socialiste ». Il y a ici à l’évidence un point de consensus. Mais ce point est construit sur une évidence auto-proclamée. En effet, l’existence des subventions ne doit rien au hasard et elles sont largement pratiquées, y compris dans les pays qui tiennent le discours le plus libéral, comme les États-Unis. Si certains intérêts particuliers ont voulu se protéger parfois indûment, les processus de concurrence sont en réalité loin d’avoir dans le monde réel tous les attraits qu’un certain discours leur prête. Il y a de solides raisons théoriques à vouloir dans certains cas fausser le jeu de la concurrence “pure”. Les discours prescriptifs qui cherchent au contraire à l’étendre reposent en effet sur des bases normatives extrêmement discutables[1].

 

Une réflexion sur la fragilité de la vision normative de l’équilibre concurrentiel est suggérée par un raisonnement relativement ancien, mais d’une actualité incontestable. Il part d’un problème classique dans le domaine des prix agricoles: le cobweb ou “cycle de la viande de porc”. Ce problème est souvent utilisé en micro-économie pour étudier le théorème dit “de la toile d’araignée”. Il a cependant une pertinence qui dépasse de très loin l’usage pédagogique que l’on en fait. En réalité, comme le démontre une lecture attentive de l’article fondateur écrit par Mordecai Ezekiel en 1938[2], on est en présence d’un problème qui va très au-delà des phénomènes qui ont permis son identification initiale, la fluctuation des prix agricoles. L’analyse des conditions donnant naissance au mécanisme du cobweb montre une faille majeure dans la théorie de l’équilibre concurrentiel. Cette analyse contient une critique radicale du rôle normatif accordé à la concurrence dite “pure et parfaite”. Elle aboutit à redonner une légitimité aux mesures restreignant l’exercice de la concurrence, qu’il s’agisse des subventions ou des limites à l’entrée sur certains marchés à travers la présence de quotas ou de droits de douane. Ce faisant, cette analyse contient aussi les fondements prescriptifs d’une autre politique, qui tournerait le dos aux vieilles lunes du néo-libéralisme de la droite comme de la gauche.

 

L’analyse de Mordecai Ezekiel a représenté un moment important de la pensée économique, même s’il a été occulté par la suite. Ce n’est pas sans raison si les compilateurs d’un ouvrage extrêmement important sur la théorie des cycles économiques introduisirent l’article d’Ezekiel parmi le recueil de textes qu’ils constituaient[3]. Pourtant, alors même que des travaux théoriques menés depuis le début des années 1970 confirment et étendent les conclusions d’Ezekiel quant à une critique radicale de la portée normative du modèle de l’équilibre concurrentiel, on tend à oublier la leçon générale de son travail. Ceci est regrettable, et n’est pas sans soulever quelques questions quant à la pratique contemporaine du raisonnement économique.

 

Un article et son contexte.

 

La question de la présence de cycles récurrents affectant les prix et les volumes de production des produits agricoles a émergé comme un objet de la théorie économique à la fin du XIXè siècle. La première hypothèse retenue fut que les fluctuations étaient engendrées par des phénomènes météorologiques. Une aberration locale et temporaire du climat induisait alors un déséquilibre qui, progressivement, se corrigeait dans une succession de cycles convergents. Pour utiliser un anachronisme, la première réaction des économistes fut d’imaginer ce que l’on appellerait aujourd’hui un “équilibre de bol” soit un processus où, à partir de l’équilibre initial obtenu quand la bille est au fond du bol, tout écart avec la position d’équilibre est progressivement corrigé comme dans les mouvements réguliers et d’amplitude décroissante de la bille lâchée le long des parois du bol qui va ainsi finir par retrouver son point d’équilibre initial.

 

Les fluctuations des prix dans la chaîne de production de la viande de porc ont été celles qui ont attiré le plus l’attention des économistes, car justement elles ne correspondaient pas à ce modèle[4]. On observait au contraire des mouvements divergents, où l’on s’éloigne de manière de plus en plus brutale de la position d’équilibre. Toujours pour utiliser une formulation moderne, et donc anachronique dans ce contexte, on était en présence d’un “point-selle”[5].

 

Les différents travaux mettent en évidence rapidement le lien qui existe entre la virulence et la fréquence des fluctuations et le degré d’élasticité de l’offre et de la demande. L’existence d’un décalage temporel dans le rythme d’ajustement de l’offre et de la demande permet alors d’expliquer l’existence de mouvements convergents ou divergents à partir d’un prix d’équilibre.

 

En fait, si l’offre connaît des ajustements plus lents que ceux de la demande, l’économie peut s’engager spontanément sur des trajectoires où les déséquilibres sont de plus en plus importants.

 

Le terme de cobweb fut proposé par Nicholas Kaldor, qui devait devenir après 1945 un des grands défenseurs de la pensée keynésienne, mais dont on ignore souvent qu’il fut proche de von Hayek avant 1939. Il faut souligner que cet article de Kaldor est particulièrement important car il extrait la dynamique du cobweb de son seul environnement agricole. Kaldor montre que l’on est ici en présence d’un problème général affectant la théorie de l’équilibre concurrentiel dès que l’on est en présence d’une situation où: “...les ajustements sont complètements discontinus“[6].

Une réflexion analogue avait été faite par Wassili Leontief à la même période[7], et on peut penser que Kaldor connaissait les travaux de l’économiste russe qui résidait à l’époque à Berlin. Leontief démontrait l’impossibilité de déterminer un mécanisme spontané d’équilibre des prix et de la production par le jeu de la concurrence “pure” dès que l’on était en présence de courbes d’offre et de demande ne correspondant pas précisément aux spécifications initiales du modèle de Léon Walras[8]. L’équilibre apparaissait alors comme un cas particulier et non un cas général.

 

Le lien entre un phénomène du monde réel et sa conséquence sur la théorie économique, dans les dimensions normatives et prescriptives de cette dernière, avait donc été fait avant la publication en 1938 de l’article de Mordecai Ezekiel. Ce dernier n’était ainsi nullement un météore dans le ciel de la recherche en économie mais s’inscrivait au contraire dans un débat aux contours bien établis, et au sein d’une tradition naissante.

 

L’apport spécifique de Mordecai Ezekiel

 

On part donc d’un résultat bien connu en agriculture, domaine où l’offre est évidemment contrainte pour des raisons naturelles et techniques: le mécanisme spontané de la concurrence peut se révéler profondément destructeur. Mordecai Ezekiel va exploiter ce résultat pour commencer à reformuler la théorie standard du marché et des prix, donnant au modèle du cobweb sa forme désormais classique. Il montre en particulier que l’hypothèse de convergence vers l’équilibre suppose une hypothèse de similitude des élasticités de l’offre et de la demande, et l’absence de contraintes inertielles dans la production. Si les élasticités ne sont pas similaires, alors: “La théorie du cobweb explique des fluctuations violentes de la production et des prix dans des périodes de production successives“[9].

 

Ezekiel montre ainsi que le raisonnement peut être étendu à d’autres productions que celle de la viande de porc, que ce soit dans l’agriculture ou dans d’autres activités. Un point essentiel du raisonnement est que les prix doivent être déterminés par la concurrence. Ainsi détermine-t-il trois conditions qui peuvent conduire à la manifestation de ces cycles divergents:

 

  • Si la production est entièrement déterminée par le “signal-prix” dans une situation de concurrence pure.
  • Quand le temps de la production nécessite au moins une période pleine avant que le plan de production ne puisse être changé.
  • Quand les prix sont totalement déterminés par la demande.

Ces conditions, il faut le souligner, combinent celles de la théorie de l’équilibre concurrentiel (conditions 1 et 3) telle qu’elle sert de base aux prescriptions de l’économie libérale, et une condition technique (la condition 2) que l’on peut rencontrer à l’évidence en agriculture mais aussi dans toute activité économique où le procès de production est suffisamment complexe pour engendrer des effets d’inertie importants. Cette analyse conduit Ezekiel à un premier résultat important qu’il exprime de la manière suivante: “À l’évidence, là où les matières (commodities) voient soit le prix soit la production, déterminés par des décisions administratives (i.e. là où la compétition monopoliste l’emporte) où là ou la production peut répondre immédiatement à des demandes modifiées, on ne peut s’attendre à voir se manifester la réaction du cobweb“[10].

 

Le point est extrêmement important. Si l’on se donne comme objectif d’éviter ou de limiter les fluctuations, parce que ces dernières peuvent avoir des effets négatifs à court et long terme tout autant sur les producteurs que sur les demandeurs (en particulier pour l‘investissement[11]), la conclusion que l’on peut tirer est que des mesures suspendant la concurrence comme des subventions, des quotas ou des droits de douane deviennent alors légitimes. Ezekiel signale que, même dans le cas de certaines productions agricoles, on peut être en présence d’élasticités dans la production qui modèrent les effets du cobweb. Cependant, il insiste sur le fait important que ces élasticités ne s’appliquent que dans un seul sens de variation, soit à la baisse de la production. Elles entraînent alors des irréversibilités à la hausse qui, dans d’autres conditions, vont rendre les effets du cobweb encore plus destructeur.

 

L’économie doit ainsi être artificiellement maintenue dans une position d’équilibre qu’elle ne peut atteindre par le jeu spontané des forces de la concurrence. Ce résultat de Mordecai Ezekiel, convergeant alors avec les travaux antérieurs de Kaldor et Leontief que l’on a cités, est la justification théorique aux atteintes délibérées à la concurrence dans le domaine de l’agriculture. Il constitue en l’état un apport considérable au savoir des économistes. Pourtant, Ezekiel ne s’en tint pas là. La suite de son article est d’une importance encore plus grande, même si elle a été oubliée.

 

Généralisation et actualité du raisonnement: Ezekiel comme fondateur d’une théorie du déséquilibre général.

 

L’importance du théorème du cobweb a été pendant longtemps un point central du raisonnement des économistes qui travaillaient sur les problèmes de l’agriculture. C’est pourquoi, avant la vague idéologique du néolibéralisme, la présence de subventions et d’entraves à la concurrence n’était nullement jugée scandaleuse ni d’un point de vue normatif ni d’un point de vue prescriptif. Ce que l’on avait par contre oublié c’est que pour Ezekiel, le problème n’était pas limité à l’agriculture. Le phénomène d’une asymétrie des élasticités de réaction entre l’offre et la demande ne correspondait pas à une situation exceptionnelle. Il contenait une explication possible aux crises économiques qu’il convient ici de citer largement : « Si les prix et la production ne convergent pas rapidement vers un équilibre, alors chaque industrie peut attirer de manière récurrente plus de travail et d’investissement qu’elle ne peut utiliser de manière avantageuse, et peut laisser cette partie du travail et des équipements inoccupée la plupart du temps. Dans une série d’industries qui, toutes, montreraient la présence de cycles du type du “cobweb”, à chaque instant certaines fonctionneraient au niveau des pleines capacités, voire au-dessus; d’autres opéreraient en dessous du point d’équilibre, en sous capacités; enfin, d’autres encore fonctionneraient au niveau d’équilibre mais en dessous des capacités installées pendant les périodes récurrentes de sur-expansion. Pour l’ensemble combiné des industries considérées, les capacités installées dépasseraient celles qui sont en service à n’importe quel moment; et les travailleurs formés pour travailler dans chaque industrie individuelle et empêchés par des frictions diverses de passer rapidement vers d’autres industries seraient toujours en partie inoccupés. (…) Même dans les conditions d’une concurrence parfaite et d’une demande et d’une offre statiques, il n’y aurait ainsi aucun “mécanisme automatique d’autorégulation” permettant d’aboutir à un plein emploi des ressources. Le chômage, les capacités excédentaires et le gaspillage des ressources pourraient ainsi survenir même si toutes les conditions de la concurrence parfaite étaient réunies ». [12]

 

L’argumentation présentée par M. Ezeckiel est ici particulièrement intéressante, et ce pour plusieurs raisons. La première est évidemment qu’elle ne suppose au départ aucun écart par rapport aux conditions de la concurrence pure et parfaite, contrairement à ce que l’on trouve dans les thèses keynésiennes. Cette argumentation est, ou devrait, être recevable même pour des économistes dont cette hypothèse de concurrence parfaite est le cadre de référence, car la distorsion évoquée par Ezeckiel ne saurait être corrigée par une amélioration des conditions de la concurrence. Le point est d’autant plus important que la notion de concurrence n’est pas uniquement un cadre de référence théorique. Elle est devenue dans les politiques économiques menées au niveau national ou international, une notion normative, aux conséquences prescriptives importantes. Or, c’est justement cette position normative de la concurrence qui est remise en cause par l’extension que propose Ezekiel. Il en découle que les politiques visant à améliorer à tout prix le fonctionnement de la concurrence, par exemple celles préconisées au niveau européen ou dans le cadre de l’OMC, sont ici parfaitement inefficaces, quand les rigidités en cause sont naturelles ou techniques. On peut même supposer que de telles politiques aggraveraient la situation en rendant plus facile et plus pur le mécanisme du cobweb. Au contraire, des accords au niveau des industries considérées, des cartels par exemple, pourraient, à travers la constitution de stocks intermédiaires et la gestion coordonnée des capacités, limiter considérablement l’amplitude du phénomène décrit. Si l’on accepte donc l’idée que les temps d’ajustements puissent ne pas être parfaitement symétriques comme le soutient Ezeckiel, et comme le savent bien les praticiens, c’est la totalité des politiques industrielles menées à Bruxelles depuis les années quatre-vingts qu’il faut révoquer en doute.

 

Une seconde raison réside dans le traitement du marché du travail implicite dans cette argumentation. Il est fait mention de frictions, et il est évident que ces dernières existent, en matière d’habitudes de vie ou d’impossibilité de se déplacer rapidement pour aller vivre auprès d’un nouvel employeur. Mais il y a aussi une référence faite à la formation des travailleurs. Implicitement, Ezeckiel considère que les savoirs ne sont pas immédiatement substituables, ce qui constitue une nouvelle contrainte de nature technique, que des politiques de formation ne pourraient pas réduire, sauf à prétendre qu’elles seraient à même de donner à tous les salariés potentiels tous les savoirs nécessaires aujourd’hui et demain. Il y a donc ici une critique implicite d’une autre politique très en vogue dans les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix, celle qui prétend pouvoir résoudre la question du sous-emploi par la combinaison d’une plus grande flexibilité du marché du travail (soit plus de concurrence) compensée par des efforts de formation. Il n’est pas question d’affirmer ici que ces derniers sont secondaires, mais de rappeler qu’ils ne peuvent en aucun cas constituer la seule, ni même la principale solution.

 

On voit ici que le “théorème du cobweb” n’est pas précisément un point marginal dans la théorie économique, compte tenu de ses possibles implications prescriptives et normatives. Or, la démonstration date des années trente, et n’a jamais été réfutée. Elle a simplement été réduite, dans les programmes d’enseignement, au statut de curiosité, voire de simple sujet d’examen (où l’on fait calculer aux étudiants le processus de divergence sur un nombre donné de périodes…[13]).

 

L’analyse de M. Ezeckiel a d’autres implications. En soulignant l’importance dans les processus d’ajustement de l’économie réelle d’asymétries entre des mouvements à la hausse ou à la baisse, il propose une explication de l’inflation par des facteurs réels et non uniquement par des facteurs monétaires. On est confronté au dilemme suivant. Si le producteur ajuste rapidement ses capacités lors d’une baisse de la demande, il ne peut réaliser un ajustement inverse rapide. S’il veut pouvoir s’ajuster à la hausse rapidement, il doit au contraire conserver des capacités excédentaires, qu’il lui faudra financer. Dans les deux cas, on est en présence de tensions inflationnistes, dans le premier par excès de demande sur l’offre, et dans le second par financement de capacités inemployées. Ainsi, une baisse du niveau de l’activité économique peut être facteur d’inflation. Inversement, la recherche de l’inflation la plus faible possible peut avoir des répercussions désastreuses sur l’économie, ce que confirment d’ailleurs des travaux théoriques récents[14]. La théorie du cobweb telle qu’elle a été formulée par M. Ezeckiel fournit donc aussi le fondement d’une analyse réaliste des mouvements des prix à partir de la formation microéconomique des coûts.

 

Les confirmations modernes de la position de Mordecai Ezekiel.

 

En fait, de nombreux travaux sont venus confirmer les travaux et les intuitions de Mordecai Ezekiel. Les premiers ont porté sur la stabilité de l’équilibre en régime concurrentiel. Les travaux de Sonnenscheim[15], Mantel[16], mais aussi Debreu[17] – le père de la forme moderne de la Théorie de l’Équilibre Général – sont venus remettre en cause la forme habituelle des courbes d’offre et de demande. En fait rien ne prouve que cette forme habituelle ne soit autre chose qu’un cas particulier, choisi justement pour aboutir au résultat normatif que l’on souhaitait démontrer initialement, soit la supériorité de l’équilibre concurrentiel. Or, cette question de la forme des courbes n’est pas sans conséquences. Si l’on ne peut démontrer que les courbes d’offre et de demande doiventlogiquement avoir la forme prédite dans le modèle de l’équilibre général, alors il devient impossible de montrer l’existence de lois générales dans le cadre de ce modèle. En particulier, il devient impossible de montrer que l’on reviendrait spontanément à l’équilibre après un choc exogène, qu’il soit climatique, politique ou financier.

 

Dans leur ouvrage dressant le bilan des recherches théoriques sur les dynamiques de l’équilibre, Gilbert Abraham-Frois et Edmond Berrebi ont ainsi pu montrer que l’introduction de clauses réalistes dans le raisonnement (par exemple en acceptant que l’agent économique a le choix entre non pas deux mais trois options…) conduit à la généralisation de situations de fortes instabilités tant que la concurrence est maintenue[18]. L’économie dite “parfaitement concurrentielle” est donc massivement une économie à “points-selles” et non à “équilibres de bol”.

 

Les travaux menés dans le cadre du paradigme de l’information imparfaite, soit en introduisant une hypothèse réaliste d’une distribution imparfaite de l’information entre les agents – ont abouti à des résultats similaires. Ils ont d’abord invalidé radicalement l’idée que l’action d’arbitragistes concurrentiels puisse être un facteur de stabilisation de l’équilibre[19]. Au contraire, on retrouve le résultat d’Ezekiel, soit des trajectoires divergeant violemment de l’équilibre, dès que l’on renonce à l’hypothèse d’information parfaite. Ces travaux ont aussi montré qu’il ne pouvait y avoir d’équilibre informationnel dans un marché concurrentiel[20]. Cependant, si on admet que les marchés sont incomplets, ce qui semble raisonnable dans la mesure où le nombre de signaux émis excède celui des prix relatifs, alors les possibilités d’équilibre sont extrêmement réduites, et ces équilibres sont instables[21]. On montre par ailleurs que les défauts d’arbitrage, induits inévitablement par le sous-développement des structures informationnelles du marché, engendrent la dispersion des prix dans un univers fortement concurrentiel[22].

 

Il faut où sacrifier l’équilibre où sacrifier la concurrence. En fait, on peut montrer que la situation de concurrence qui régit les marchés financiers engendre un excès de signaux face à une demande des agents. Il y a ici, à nouveau, un phénomène d’asymétrie entre les logiques de l’offre (la production des signaux) et celles de la demande (la capacité de traitement de ces signaux par les agents). La prise en compte des effets pervers de l’excès de signaux produit par des marchés « concurrentiels » comme les marchés financiers constitue un des grands acquis de ces dernières années. Les scandales financiers et comptables dont l’histoire économique récente est si riche[23] ne sont donc pas des accidents individuels mais relèvent d’une pathologie systémique.

 

Il faut enfin prendre en compte ici l’impact des travaux qui ont porté sur la formation des préférences individuelles. Ces travaux ont successivement démontré, à travers des expériences répétées sous protocole standardisé, que les préférences des agents tendaient à se renverser brutalement[24], qu’elles ne respectaient pas l’hypothèse traditionnellement admise de transitivité [25], et enfin que ces préférences étaient disproportionnellement sensibles aux “pics” d’expérience et à leur plus ou moins grande proximité (détruisant ainsi l’hypothèse de monotonie temporelle formulée par la théorie de l’équilibre)[26],

 

Ces résultats sont particulièrement importants car ils montrent que des individus, en présence de fortes fluctuations de leur environnement comme on peut s’y attendre dans le cas d’un cobweb, ne peuvent spontanément retrouver une stabilité décisionnelle. Les fluctuations sont donc ici destructrices du cadre décisionnel, ce qui ajoute un argument fort à la thèse d’Ezekiel. Ce dernier supposait en effet que les variations de prix comme de quantité ne modifiaient pas le comportement des agents économiques. Nous savons désormais que ces variations créent les conditions psychologiques pour que des décisions conduisant à leur amplification se produisent. La thèse du processus de divergence incontrôlable en est considérablement renforcée.

 

Actualité des conclusions de Mordecai Ezekiel

 

L’idée générale que les ajustements à la hausse sont considérablement moins flexibles que ceux à la baisse est un argument très fort pour des politiques visant à garantir pour des périodes plus ou moins longues les débouchés des industries et activités les plus concernées par ces rigidités. On peut trouver d’autres exemples dans l’analyse de la transition dans les anciennes économies de type soviétique, et en particulier dans le cas de la Russie. La chute rapide de la production, entre 1992 et 1997, s’est traduite par une baisse de la productivité et une montée relative des coûts. Une usine qui ne fonctionne qu’à 20% de ses capacités ne consomme pas 20% de l’énergie et des intrants nécessaires si elle était à pleine capacité, mais en réalité une fraction sensiblement supérieure. Inversement, quand suite à la massive dévaluation d’août 1998 consécutive au krach financier, la production interne est redevenue compétitive, la montée rapide en production que l’industrie russe a connu dans l’hiver 1998-1999 s’est traduite par des gains de productivité et une amélioration dans les conditions techniques de formation des coûts. C’est l’une des raisons qui expliquent que la Russie n’a pas basculé dans l’hyperinflation, et que la hausse des prix s’est calmée rapidement une fois digéré le choc de l’inflation importée par la dévaluation.

 

On mesure donc sans peine ce que produit la réintroduction du temps dans l’analyse économique. La parfaite flexibilité de l’offre et de la demande est une condition essentielle à l’existence d’un équilibre de plein emploi. Seulement, pour pouvoir supposer que l’offre puisse s’ajuster à la demande de manière symétrique (à la baisse comme à la hausse), il faut supposer que toutes les décisions soient réversibles. Or, la réversibilité d’une décision est contingente au temps et à la non-spécificité (ou redéployabilité) des actifs, matériels et humains. C’est le problème, bien connu des économistes, de la spécificité des actifs[27]. Assurément, plus on se situe dans un temps long, et plus il est facile de considérer les décisions comme réversibles, et les actifs comme non-spécifiques. Le problème est que les activités humaines inscrivent dans une articulation de temporalités très diverses, allant du temps ultracourt au temps long comme l’a montré Fernand Braudel. Faire l’hypothèse de la complète et totale réversibilité des actions, c’est nier cette articulation des temporalités, c’est prétendre en réalité que l’on puisse effacer le présent. Le réalisme dont on se réclame, et que l’on a défini dans l’introduction, implique de renoncer à l’hypothèse de réversibilité. La dissymétrie des ajustements que l’on peut alors faire apparaître, montre que des positions de pouvoir peuvent s’établir entre les échangistes en raison des contraintes techniques propres aux ressources sur lesquelles leur activité s’établit. Cette dissymétrie dans les ajustements est une des causes de l’incertitude radicale qui imprègne l’économie et qui est d’une grande importance dès que l’on veut comprendre les comportements d’investissement[28].

 

Si l’on revient à la dimension théorique initiale de l’article de Mordecai Ezekiel, il convient alors de tirer toutes les conséquences du “théorème de Sonnenscheim-Mantel-Debreu”. Il est tout à fait possible, sauf à supposer une capacité totale des agents économiques à percer le voile d’obscurité dont le futur est recouvert, qu’une hausse des prix engendre une hausse de la demande. En réalité, fors l’hypothèse irréaliste d’agents économiques, c’est même une hypothèse hautement probable[29]. Comme l’indique un des fondateurs de la présentation moderne du modèle de l’équilibre concurrentiel, Frank Hahn, il est parfaitement possible, et en réalité hautement probable, que si l’on laisse la trop fameuse “main invisible” agir sans limites ni contrôles, elle ne s’affole ou mieux encore s’englue – le mot est de Frank Hahn lui-même – dans des situations désastreuses pour tous les participants du marché[30]. Dès lors, il n’y a plus de bases théoriques à la croyance de nombre d’économistes peuplant les organisations internationales qu’un système parfaitement flexible et concurrentiel tendrait à l’équilibre. Le paradigme de la concurrence est non-scientifique. On peut ici reprendre le jugement porté par l’un des meilleurs connaisseurs français de la théorie de l’équilibre concurrentiel, Bernard Guerrien: “…la relative stabilité que manifeste le monde réel peut aussi être expliquée par la présence de rigidités et de mécanismes d’intervention de tout ordre“[31].

 

Guerrien cite d’ailleurs à la suite de cette remarque l’agriculture comme une des activités où justement la présence de rigidités et de mécanismes d’intervention est nécessaire. On a vu, à travers le texte d’Ezekiel, que nombre de secteurs hors de l’industrie pouvaient aussi relever d’une telle approche.

 

Il y a donc bien une profonde justification théorique aux diverses mesures, subventions,quotas de production ou d’importation, droits de douane, qui ont été utilisées pour fausser délibérément une concurrence dont le jeu “pur” ne pouvait être que profondément destructeur. La confirmation des résultats établis dès les années trente par Kaldor, Leontief et Ezekiel par des travaux plus récents empruntant à plusieurs disciplines, les mathématiques, la psychologie et bien entendu l’économie, montre que nous sommes ici en présence d’une “dureté” scientifique incontestable. Que des résultats aussi soigneusement et scientifiquement établis puissent être niés dans une partie du discours économique actuel soulève bien entendu des interrogations sur sa nature et sur la pénétration d’une idéologie de nature religieuse dans le domaine scientifique. Assurément, le discours économique a charrié depuis sa naissance sa part d’affirmations idéologiques et de thèses sans fondements, mais affirmées à grand son de trompes pour mieux cacher des intérêts particuliers. Mais, que l’effondrement des résultats normatifs censés fonder les discours prescriptifs en faveur d’une abolition des entraves à la concurrence n’ait pas eu un impact sur ces dits discours, tels qu’ils sont tenus dans de nombreuses enceintes internationales, pose aujourd’hui ouvertement le problème de l’instrumentalisation politique d’une certaine parole économique, qui n’a plus de scientifique que l’apparence, par certains États ou certains groupes idéologiques nationaux et trans-nationaux.

 

Notes

[1] Voir J. Sapir, « Retour vers le futur : le protectionnisme est-il notre avenir ? » inL’Economie Politique, n°31, 3ème Trimestre 2006.

[2] M.Ezekiel, “The Cobweb Theorem”, in Quarterly Journal of Economics , vol. LII, n°1, 1937-1938, pp. 255-280.

[3] Voir: Readings in Business Cycle Theory – selected by a committee of The AMERICAN ECONOMIC ASSOCIATION, Londres, George Allen and Unwin, 1950, pp. 422-442.

[4] M. Ezekiel et G.C. Haas, “Factor affecting the Price of Hogs”, US Dept. Agr. Bul., n°1440, 1926, pp. 67-68, Washington, 1926. Voir aussi A. Hannau, Die Prognose des Schweiepreise in Vierteljahrshefte zur Konjunkturforschung, bulletins n°7 et 18, Institutt zur Konjunkturforschung, Berlin, 1928 et 1930; J. Tinbergen, “Bestimmung und Deung von Angebotskurven, Ein Beispiel” in Zeitschrift für Nationalökonomie, Vienne, Vol. 1, n°5, 1930. R.H. Coase et R.F. Fowler, “The Pig-Cycle in Great Britain: an explanation” inEconomica, Vol. IV, n°1, Nouvelle Serie, 1937, pp. 55-82.

[5] L’image est ici celle de la bille posée sur une selle qui, si on la pousse, tombe irrémédiablement sans pouvoir revenir à sa position intiale. Sur l’analyse mathématique des équilibres à point-selle voir G. Abraham-Frois et E. Berrebi, Instabilité, Cycles, Chaos, Economica, Paris, 1995, Ch. 1.

[6] N. Kaldor, “A Classificatory Note on the Determinateness of Equilibrium” in Review of Economic Studies, Vol. 1, février 1934.

[7] Futur Prix Nobel et un des pères de l’économie moderne avec ses tableaux intrants/extrants qui ont été à la base de la comptabilité nationale.

[8] W. Leontief, “Verzögerte Angebotsanpassung und Partielles Gleichgewicht” inZeitschrift für Nationalökonomie, Vienne, Vol. IV, n°5, 1934.

[9] M.Ezekiel, “The Cobweb Theorem”, in Quarterly Journal of Economics , op.cit., pp. 267-68 (p. 432 dans le recueil Readings in Business Cycle Theory ).

[10] M.Ezekiel, “The Cobweb Theorem”, in Quarterly Journal of Economics , op.cit., pp. 272-73 (p. 438 dans le recueil Readings in Business Cycle Theory ). Il faut ici rappeler que la notion de “décision administrative” ne renvoie pas nécessairement à l’intervention de l’État mais à celle de “prix administré” soit de prix non déterminé par la concurrence.

[11] Malinvaud, E, « Profitability and investment facing uncertain demand », Document de travail de l’INSEE, n° 8303, Paris, 1983 ; Idem, « Capital productif, incertitudes et profitabilités », Document de recherche de l’IME, Université de Dijon, n°93, 1986.

[12] M.Ezekiel, “The Cobweb Theorem”, in Quarterly Journal of Economics , op.cit., pp. 279-280.

[13] Le rédacteur de ce texte plaide ici coupable car, lui aussi, quand il était en poste à Paris-X Nanterre dans les années 1982 à 1990, il s’est servi d’Ezekiel comme sujet d’examen…

[14] Voir G.A. Akerlof, W.T. Dickens et G.L. Perry, « The macroeconomics of low inflation », Brookings Papers on Economic Activity, n° 1/1996, p. 1-59 ; et T.M. Andersen, « Can inflation be too low ? », Kyklos, vol. 54, fasc. 4, p. 591-602.

[15] H. Sonnenscheim, “Do Walras Identity and Continuity Characterize the class of Excess Demand Functions?” in Journal of Economic Theoty, vol. 6, 1973, N°2, pp. 345-354.

[16] R. Mantel, “On the characterization of Aggregate Excess Demand” in Journal of Economic Theory, vol. 7, 1974, N°2, pp. 348-353.

[17] G. Debreu, “Excess Demand Functions” in Journal of Mathematical Economics, n°1/1974, pp. 15-23.

[18] G. Abraham-Frois et E. Berrebi, Instabilité, Cycles, Chaos, op.cit., pp. 3-4.

[19] S. Salop, On the Non-Existence of Competitive Equilibrium, St Louis, St Louis Federal Reserve Board, 1976. J. Green, « The non-existence of informational equilibria », Review of Economic Studies, vol. 44, 1977, p. 451-463. S.Salop et J.Stiglitz,”Bargains and Ripoffs: A Model of Monopolistically Competitive Price Dispersion”, in Review of Economic Studies, Vol.44, 1977, pp.493-510.

[20] S. Grossman et J.E. Stiglitz, « Information and competitive price systems », American Economic Review – Papers and Proceedings, juin 1976 .

[21] Voir J.S.Jordan et R.Radner,”Rational Expectations in Microeconomic Models: an Overview”, in Journal of Economic Theory, vol.26, 1982, pp.201-223. Pour une discussion plus générale des conséquences des multiplicités de signaux pour la même information, voir: J. Green,”The Non Existence of Informational Equilibria”, in The Review of Economic Studies, Vol.44, 1977, pp. 451-463.

[22] Voir, sur le rôle de l’arbitrage, S.Grossman et J. Stiglitz, “Information and Competitive Price Systems”, in American Economic Review, Papers and Proceedings, juin 1976.

[23]. Voir par exemple R. Lowenstein, When Genius Failed : The Rise and Fall of Long-Term Capital Management, New York, Random House, 2000 ; et M. Swartz et S. Watkins,Power Failure : The Inside Story of the Collapse of Enron, New York, Doubleday, 2003.

[24] S. Lichtenstein et P. Slovic, “Reponse induced eversals of Preference in Gambling: An Extended Replications in Las Vegas”, Journal of Experimental Psychology, n°101,/1973, p. 16-20.

[25] P. Slovic et S. Lichtenstein, “Preference Reversals : A Broader Perspective”,American Economic Review, vol. 73, n°3/1983, p. 596-605.

[26] D. Kahneman, D.L. Frederickson, C.A. Schreiber, D.A. Redelmeier, “When More Pain is Preferred to Less: Adding a Better End”, Psychological Review , n°4/1993, p. 401-405. D.A. Redelmeier et D. Kahneman, “Memories of Painful Medical Treatments. Realtime and Retrospective Evaluations of Two Minimally Invasive Procedures”, Pain, n°1/1996.

[27] Riordan, M. et Williamson, O., « Asset Specificity and Economic Organization »,International Journal of Industrial Organization, vol. 3, pp. 365-378, 1985. Choate, G., Maser, S., « The Impact of Asset Specificity on Single-Period Contracting », Journal of Economic Behavior and Organization, Vol 18, pp. 373-389, 1992.

[28] Voir, H.P. Minsky, « The essential characteristics of Post-Keynesian Economics », The Levy Institute, working paper, septembre 1993. Voir aussi, Arestis, P., Ana Rosa González et Óscar Dejuán, « Investment, Financial Markets, and Uncertainty », The Levy Economics Institute, Working Paper n° 743, décembre 2012.

[29] B. Guerrien La Théorie Néo-Classique. Bilan et perspective du modèle d’équilibre général, Economica, Paris, 1989.

[30] F. Hahn, “Unsatisfactory Equilibria”, Technical Report, n°247, IMSS, Stanford University, Palo Alto Ca., 1977.

[31] B. Guerrien, L’économie néo-classique, La Découverte, Paris, 1989, p.45.

13 novembre 2015
Maintenant la Finlande. Tous les Etats membres de l'Union Européenne malades de l'euro et des exigences "libérales" décidées à Bruxelles ? Il est temps que les peuples d'Europe se libèrent du carcan européen.

 

Lu sur leséchos.fr

La Finlande, nouvel "homme malade de l'Europe"

 

- Reuters 

La Finlande cherche à sortir de trois ans de récession
Le chômage et la dette augmentent, la population vieillit
La marge de manoeuvre du gouvernement est étroite

 

par Jussi Rosendahl et Anna Ercanbrack

HELSINKI, 12 novembre (Reuters) - La Finlande, qui fut l'un des pays européens les plus critiques à l'encontre de la Grèce durant la crise de la dette, se retrouve aujourd'hui confrontée à de graves difficultés économiques qui ont conduit son ministre des Finances à la qualifier de nouvel "homme malade de l'Europe".

Longtemps considéré comme l'un des bons élèves de la zone euro, le pays tente désormais de sortir de trois ans de récession.  Les tentatives du Premier ministre Juha Sipila pour réduire les congés et les salaires ont provoqué d'importantes manifestations et des mouvements de grève. Une ambitieuse réforme des dépenses de santé a par ailleurs exposé les divergences au sein du gouvernement de coalition, qui a failli éclater la semaine dernière.

Certains parlementaires de la mouvance du chef du gouvernement sont allés jusqu'à demander un débat sur la sortie du pays de la zone euro afin qu'il puisse dévaluer sa monnaie pour relancer les exportations.

La marge de manoeuvre de Juha Sipila est étroite. Il doit convaincre tous les partenaires d'une coalition hétéroclite de la nécessité d'imposer des réformes structurelles pour relancer la croissance tout en ménageant les syndicats pour éviter de nouvelles grèves.::Le chômage et la dette publique augmentent dans un pays freiné par un coût du travail élevé, le déclin de son emblème Nokia dans le domaine de la téléphonie et la récession en Russie, l'un de ses principaux marchés à l'export.

En y ajoutant le vieillissement de la population, la Finlande, qui a déjà perdu son "triple A", vit son ralentissement économique le plus marqué depuis la Seconde Guerre mondiale et se prépare à des lendemains difficiles.

LA NOUVELLE GRÈCE ?

Le Premier ministre, qui a prévenu que la Finlande pourrait connaître un sort similaire à celui de la Grèce, vise 10 milliards d'euros d'économies d'ici à 2030, dont quatre milliards d'ici à 2019.  Pour y parvenir, son gouvernement, en place depuis cinq mois, se prépare à bouleverser la protection sociale, la gouvernance régionale et le marché du travail pour relancer l'emploi et les exportations.  Les appels de Juha Sipila à un "esprit commun de la réforme" ont toutefois du mal à se faire entendre, comme en témoigne le tollé provoqué par ses propositions de réduire les congés des fonctionnaires et les primes au travail dominical.

Une manifestation de 30.000 personnes dans les rues d'Helsinki en septembre et des grèves qui ont bloqué les chemins de fer, les ports et les moulins à papier l'ont contraint à renoncer à ces mesures.

Avec un taux de chômage proche de 10%, de nombreux Finlandais regrettent les temps d'avant l'euro, quand les dévaluations de la monnaie nationale permettaient de relancer les exportations.

La plupart des Finlandais continuent cependant à soutenir l'euro. Ils sont 64% à se prononcer pour le maintien du pays dans l'union monétaire, selon un sondage réalisé la semaine dernière par la Commission européenne.

(Patrick Vignal pour le service français)

Pauvreté : 10 tendances que vous ne connaissez (peut-être) pas sur ce fléau planétaire

 
13 Novembre 2015

© REA

Alerte ! Dans un rapport, la Banque Mondiale s’inquiète d’une possible envolée de la pauvreté un peu partout sur la planète dans les années à venir, en raison du réchauffement climatique. Mais qui sont ces personnes pauvres, où se situent-elles et combien sont-elles ? Voici 10 chiffres clés pour vous y retrouver.

 

100 millions : c’est le nombre de personnes qui pourraient tomber sous le seuil de pauvreté d’ici à 2030 à cause du réchauffement climatique. Mauvaises récoltes dues à la diminution de la pluviosité, flambées des prix alimentaires provoquées par des phénomènes météorologiques extrêmes, accroissement de l’incidence des maladies sous l’effet de vagues de chaleur et d’inondations… autant de risques auxquels sont plus exposés les citoyens pauvres.

 

1,90 dollar par jour : c’est le seuil d’extrême pauvreté fixé par la Banque Mondiale, équivalent à environ 1,78 euro, soit un peu plus de 50 euros par mois. Il vient d’être réévalué, afin de tenir compte de l’augmentation du coût de la vie. Auparavant, il s’élevait à 1,25 dollar par jour. Pour comparaison, le Smic mensuel net en France est d’environ 1.136 euros.

 

702 millions : C’est le nombre de pauvres dans le monde en 2015, selon la Banque Mondiale. Cela représente 9,6% de la population. Cela peut paraître beaucoup, mais il faut rappeler que c’était pire il y a 25 ans : en 1990, on recensait 1,96 milliard de pauvres, soit 37,1% de la population.

 

35,2% : le taux de pauvreté en Afrique subsaharienne est le plus élevé au monde en 2015 d’après la Banque Mondiale. Pourtant, il a diminué par rapport à 1999 où ce taux s’élevait à 58,1%.

 

Une personne pauvre sur 2 réside en Afrique subsaharienne en 2015, à en croire la Banque Mondiale. Cette proportion s’est envolée au cours des dernières décennies : elle était de seulement 15% en 1990. A l’inverse, l’Asie de l’Est, qui concentrait plus de la moitié des pauvres de la planète il y a 25 ans, n’en compte plus que 12% désormais.

 

753 millions : c’est le nombre de personnes sorties de l’extrême pauvreté en Chine entre 1981 et 2011, selon la Banque Mondiale. C’est le pays qui a connu le plus fort déclin de la pauvreté au cours de cette période.

 

2030 : c’est la date limite que s’est fixée la Banque Mondiale pour éradiquer l’extrême pauvreté dans le monde, c’est-à-dire faire redescendre la proportion de personnes pauvres sous 3%.

 

8,6 millions : c’est le nombre de pauvres que comptait la France en 2013, soit environ 14% de la population, selon l’INSEE. Pour le calculer, l’institut de statistiques n’utilise pas les mêmes critères que la Banque Mondiale : il définit un seuil de pauvreté à 60% du niveau de vie médian, soit 1.000 euros par mois pour 2013.

 

3.500 milliards de dollars (environ 3.275 milliards d’euros) : c’est le coût minimum estimé du plan lancé récemment par l’Organisation des nations unies afin d’éradiquer l’extrême pauvreté tout en maîtrisant le réchauffement climatique d’ici 2030. C’est plus que le Produit intérieur brut de la France (2.132 milliards d’euros en 2014).

 

1% de la population détient près de 50% des richesses mondiales : c’est le chiffre choc mis en avant récemment par Oxfam, une ONG spécialisée dans la lutte contre la pauvreté, pour dénoncer les inégalités de richesse. Cette proportion du patrimoine détenue par les « 1% » est passée de 44% en 2009 à 48% en 2014, et pourrait dépasser 50% en 2016, selon l’association.

 

Charlotte Barbaza

 

En savoir plus sur http://www.capital.fr/a-la-une/politique-economique/pauvrete-10-tendances-que-vous-ne-connaissez-peut-etre-pas-sur-ce-fleau-planetaire-1084728#MLkpjIyYHp5dZXSZ.99

Helmut Schmidt, les profits et l’économie


Par Jacques Sapir

vendredi 13 novembre 2015, par Comité Valmy

Helmut Schmidt, les profits et l’économie

 

Par Jacques Sapir

11 novembre 2015

 

La mort d’Helmut Schmidt remet sur la tapis l’une des déclarations les plus utilisées, et aussi les plus mal usées, de ce dernier : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain »[1]. Cette déclaration fut beaucoup citées par Valery Giscard d’Estaing en particulier, à partir de 1976, et élevée à la hauteur d’une « théorème ». C’est pourtant une pure déclaration politique, mais qui se donne une apparence de scientificité économique. Elle fut comprise comme le constat que la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises était trop grande par rapport à celle des profits. C’est bien ce qui fut compris, et les politiques appliquées à partir de la fin des années soixante-dix dans différents pays européens, mais surtout en France à partir de 1983 et du « tournant européen » de François Mitterrand se sont couvertes de sa soi-disant autorité. Si la part des profits a fortement augmentée depuis cette époque, cela n’a eu aucun effet sur les investissements, et encore moins sur l’emploi. D’où l’idée, fortement répandue à gauche, que cette déclaration n’était que politique, et il est devenu de bon ton de brocarder Helmut Schmidt. En réalité, cette déclaration est plus intéressante qu’il n’y paraît. Elle décrit une situation particulière, celle d’une vision de la dynamique économique datant des années 1950 et 1960. Elle met en lumière les conséquences de la financiarisation des économies, processus qui a commencé à se développer justement au début des années 1970. Elle pose la question de l’origine et des sources de l’investissement, ce qui reste aujourd’hui un problème très actuel.

 

L’origine des investissements au début des années 1970

 

A priori, il semble avoir une évidence dans cette déclaration : pour investir, il faut de l’argent, et pour avoir de l’argent il faut des profits. Mais, dire cela implique que l’investissement soit en totalité fournit par ce que l’on appelle l’autofinancement. Hors, au moment ou Helmut Schmidt prononce sa fameuse phrase, ce n’est pas le cas. Suivant les pays, la part de l’autofinancement est plus ou moins élevée. Mais, elle est toujours assez loin de 100%. En fait, le crédit bancaire (avec la possibilité pour les banques de la faire refinancer par la Banque Centrale dans le cas de la France et de l’Italie) a toujours été une des sources importantes de l’investissement. C’est ce que l’on appelle l’économie d’endettement[2] ou encore, à partir de l’expression anglaise d’overdraft economy, une économie à découvert[3].

 

Par ailleurs, on constate qu’en France l’investissement saisi à travers la catégorie comptable de Formation Brute de Capital Fixe ou FBCF connaît une importante croissance de 1950 à 1973, année où il culmine, alors que la part des salaires dans la valeur ajoutée s’accroît dans cette période. En particulier, les 5 années qui vont de 1968 à 1973 sont marquées par une hausse très importante de la FBCF en pourcentage du PIB.

 

Graphique 1

Source : comptes de l’INSEE

 

En fait, la phrase d’Helmut Schmidt ne s’applique qu’aux entreprises qui sont exclues du crédit bancaire. Il y a bien une pertinence, pour ces entreprises, dans le lien entre profits et investissements. Mais, l’impact de ces entreprises sur l’ensemble des investissements est assez faible dans les années 1960 et 1970. Au moment donc ou Helmut Schmidt prononce sa phrase, elle est globalement fausse, sauf pour les entreprises qui ne peuvent avoir recours au crédit bancaire. Mais, si l’on considère non pas le cas d’une entreprise mais celui de toutes les entreprises, la phrase d’Helmut Schmidt devient un peu plus pertinente.

 

Les profits finissent-ils toujours en investissement ?

 

De fait, les banques de dépôts, dans les années 1960 et le début des années 1970, sont contraintes d’accorder des crédits que ce soit aux ménages ou aux entreprises, car elles n’ont pas accès à la plupart des marchés financiers. L’économie en Europe occidentale se caractérise par une réglementation financière très importante et très restrictive. Autrement dit, l’épargne globale qui est déposée dans les banques ne peut s’investir que dans des crédits bancaires dont les ménages et les entreprises bénéficient. De ce point de vue, les profits, quand ils sont épargnés, financent bien l’investissement, même si ce n’est pas nécessairement celui de l’entreprise où ces profits ont été réalisés. Mais, il en va de même avec les salaires. Le lien entre l’épargne, que ce dernier résulte des profits ou des salaires, et l’investissement est donc très fort.

 

Or, en 1973, avec les Accords de la Jamaïque, s’amorce un changement de période. Les taux de change fixés – mais révisables – furent progressivement abandonnés au marché lors de la conférence de la Jamaïque en 1973. Le passage aux taux de change flottants, a induit les très brutales fluctuations que l’on a connues depuis la fin des années 1970 et la nature de plus en plus spéculative du système, et ce jusqu’à la crise actuelle[4]. Les nouveaux produits financiers qui commencent alors à se développer vont devenir une source de profits grandissante pour les opérateurs financiers et les banques. En mettant fin au système de Bretton Woods, on a bien ouvert une porte sur l’inconnu.

 

Ce développement du nombre et de la nature des titres financiers va continuer de plus belle en dépit de cette crise. Dès lors, on assiste à deux phénomènes qui sont étroitement liés. D’une part, le métier de la banque tend à s’éloigner des activités de crédit, qui impliquent une connaissance et un lien réciproques entre le banquier et son client, pour s’orienter de plus en plus vers des activités dites « de marché », c’est-à-dire des activités de spéculation. De l’autre, des « quasi-banques » se forment à partir des fonds d’investissement et des hedge funds ou fonds spécialisés dans les opérations spéculatives. Les grandes entreprises elles-mêmes, dont on a suivi précédemment la « multinationalisation » découvrent à travers la gestion de leur trésorerie la possibilité de réaliser de nouveaux profits. Ainsi une société comme General Electric réalise-t-elle aujourd’hui plus de profits via sa succursale financière que par ses activités industrielles propres. Tout semble alors partir de la finance et y revenir. Outre des profits, les entreprises y gagnent une souplesse considérable qui leur permet de soustraire une large partie de leurs profits aux systèmes fiscaux de leur pays d’origine en profitant des différents « paradis fiscaux » qui existent sur la planète.

 

La déréglementation bancaire et financière a été mise en place à partir de 1980. Au États-Unis, ce mouvement a commencé avec le Depository Institutions Deregulation and Monetary Control Act de 1980 qui a entamé le démantèlement des cadres réglementaires issus de la crise de 1929. Il a culminé avec le Gramm-Leach-Bliley Act de 1999[5] qui a annulé le Glass-Steagall Act de 1933[6] et ouvert la porte à la fusion entre banques et assurances. Il faut ici signaler que ce processus a été largement le produit d’un consensus bipartisan aux États-Unis. La première loi de 1980 avait été préparée durant la présidence Carter (1976-1980) et la deuxième le fut sous le second mandat de Bill Clinton (1996-2000).

 

Un processus analogue eut lieu en Europe, avec la déréglementation de la City de Londres, bientôt imitée en France sous l’impulsion du ministre des Finances socialiste de l’époque, Pierre Bérégovoy, et renforcée en 1993 sous le gouvernement conservateur d’Édouard Balladur. Ces pratiques ont été consolidées à l’échelle européenne par diverses directives et renforcées par les principes adoptés au sein de la zone euro. De 1997 à 2007 on assiste à une complexification constante des produits et des pratiques financières dans un cadre désormais dérégulé. En 2007, les CDS[7] atteignaient l’équivalent de 45 500 milliards de dollars, avec un accroissement de neuf à un pour les trois dernières années[8]. L’explosion de ces instruments dérivés de crédit a été spectaculaire[9]. D’un niveau pratiquement inexistant en 1998, leur niveau a atteint 1 500 milliards en 2002, 8 500 milliards en 2004, 17 000 milliards en 2005 et 34 500 milliards en 2006. On devait atteindre 46 000 milliards en 2007. La complexification des procédures de la « finance structurée » a par ailleurs posé un voile d’opacité sur cette circulation des créances[10].

 

Ceci a entraîné un accroissement très important de la part des profits financiers dans le total des profits. Ces derniers constituaient entre 10 et 15 % des profits dans les profits totaux au cours des années 1950. Ils atteignent, aujourd’hui, de 35 à 40 %. Mais ce mécanisme implique aussi qu’une part croissante de l’épargne est détournée des activités d’investissement et utilisée de plus en plus dans des activités spéculatives. La phrase d’Helmut Schmidt s’avère alors, dans le monde post-1973, une illusion dangereuse. La complexification croissante des nouveaux instruments financiers a entraîné une opacité de plus en plus grande des transactions, sans que l’on puisse démontrer que ceci ait eu un impact positif sur l’investissement et le développement des entreprises non financières[11].

 

Les moteurs de l’investissement

 

Ainsi, la financiarisation actuelle de l’économie tend à détourner l’épargne de l’investissement. Mais, cela pose une autre question. L’investissement est il lié aux variations du profit, ou du taux de profit, ou bien est soumis à l’incertitude concernant la demande ?

 

La question de l’investissement, et l’étude des fonctions d’investissements, a mobilisé l’attention des économistes depuis de nombreuses années[12]. Le problème récurrent est que cette question est généralement abordée dans un cadre probabiliste[13]. On suppose que l’entrepreneur (qu’il s’agisse d’un particulier, ou de l’entrepreneur dit « représentatif » ou agrégé à l’échelle de l’économie) est en mesure de fournir des probabilités concernant le profit d’un futur investissement. Mais, ceci ne prend pas en compte la question de l’incertitude radicale[14]. Or, cette question est d’une importance capitale, en particulier dans la période actuelle. Cette question de l’incertitude radicale et de son impact sur l’investissement fut abordée par Edmond Malinvaud dans les années 1980[15].

 

Les études empiriques[16] ne sont pas parvenues pas à rendre compte d’un quelconque lien négatif entre l’investissement et le coût d’usage du capital ou même entre l’investissement et le taux d’intérêt réel. En effet, le profit courant ne renseigne pas sur les perspectives de profits futurs qui sont les seules susceptibles d’inciter les entreprises à investir.

 

Par ailleurs, la question de l’irréversibilité, partielle ou totale, de l’investissement se pose alors[17]. Depuis l’article de Pyndick, elle a connu un certain nombre de transformations[18]. Ainsi : « L’investissement implique non seulement l’acquisition de capital sur le marché, mais aussi la transformation de ce capital « indéterminé » en un capital spécifique, propre à l’usage de chaque entreprise. C’est précisément ce deuxième coût de spécification du capital qui produit un effet d’ irréversibilité dans la décision d’ investissement, c’est-à-dire qui rend plus coûteux de faire, puis de défaire, que de ne rien faire. Ainsi l’irréversibilité de la décision d’investissement doit être comprise dans le même sens que l’irréversibilité au sens du physicien : un système physique qui a subi une transformation ne peut retourner à l’état initial qu’au prix d’une dépense d’énergie supérieure à celle qui l’avait initialement transformé. [19] ». Les modèles de choix irréversibles en incertitude[20] sont, par ailleurs, compatibles avec le fait, observé empiriquement dans plusieurs pays, que les entreprises connaissent des périodes sans investissement. Ainsi, une étude empirique sur l’économie américaine et menée par Doms et Dunnes[21] montre, à l’échelle de l’entreprise, que des années sans investissement succèdent à des périodes où l’investissement est, au contraire, très important. Un résultat similaire a été trouvé pour la France ; Duhautois et Jamet[22] ont ainsi montré que cette succession de périodes avec et sans investissement se vérifie aussi pour les entreprises françaises. De plus il faut tenir compte du fait que l’accumulation globale implique une accumulation d’actifs hautement spécifiques[23], actifs qui sont les plus vulnérables en cas de retournement imprévu de la conjoncture. En fait, seule l’adoption de la démarche ex ante/ex post est la seule qui permette l’intégration de l’incertitude radicale[24].

 

Enfin, il faut tenir compte de la synergie entre les investissements privés et les investissements publics en infrastructures, qui ont un effet important[25]. Cet effet est d’autant plus fort que ces investissements interviennent sur des infrastructures de transport (routes, chemin de fer, plate-forme portuaire et aéroportuaire), mais aussi sur des infrastructures assurant les consommations collectives de la population (eau et déchet, santé publique, etc…)[26]. Des études récentes ont mis en évidence un effet d’économie d’agglomération[27]. Une estimation de ces effets d’économies d’agglomération a même été faite dans le cas français[28]. Ceci renvoie au très controversé multiplicateur des dépenses publiques (ou fiscal multiplier). Ce « multiplicateur » a été l’objet tant de travaux théoriques, essentiellement dans la lignée de la publication par Keynes de la Théorie Générale… en 1936, que d’importants travaux empiriques[29]. Si sa valeur est élevée, entre 1,5 et 2,5 comme l’indiquent les travaux récents[30], on peut en déduire que les investissements privés seront affectés de manière positive par des dépenses publiques. En fait, il semble bien que la valeur du multiplicateur des dépenses publiques varie fortement suivant que l’économie est éloignée ou au contraire proche de sa frontière technique de plein emploi[31].

 

On le voit, la phrase prononcée en 1974 par Helmut Schmidt n’a donc que peu de rapport avec la réalité. Mais, elle éclaire aussi les liens extrêmement complexes qui existent ente l’investissement, les profits, la demande et la consommation. Et, de ce point de vue on constate que même une phrase fausse peut aider à la progression de la connaissance des mécanismes économiques les plus importants.

 

Notes

 

[1] Dans un discours prononcé le 3 novembre 1974, quelques semaines après qu’il eut succédé à Willy Brandt comme Chancelier de la RFA.

[2] F. Renversez, “De l’économie d’endettement à l’économie de marches financiers” in Regards Croisés sur l’économie, 2008/1, n°3, pp. 54-65

[3] Goux J.F., « Les fondements de l’économie de découvert. A propos de la théorie de la liquidité de Hicks » in Revue Economique, 1990, Volume 41, n°4, pp. 669-686.

[4] Maurice Allais, a identifié les taux de change flottants comme un facteur de risque induisant, par protection, le développement de nouveaux produits financiers, qui conduisit à leur tour à une nouvelle dissémination des risques, et ce jusqu’au risque systémique. Voir Allais M., La Crise mondiale d’aujourd’hui, Clément Juglar, 1999.

[5] Disponible sur le site de la Federal Trade Commission (www.ftc.gov/privacy/privacyiitiatives/financial_rules.html ).

[6] Le Glass-Steagall Act, qui fut voté le 16 juin 1933, organisait le système bancaire américain en distinguant soigneusement les activités de « crédit » des activités de « marchés » en réaction aux désordres financiers qui avaient provoqué la crise de 1929.

[7] Où credit default swap (CDS). Le CDS est un accord entre deux parties pour échanger un risque contre un revenu. L’acheteur d’un CDS paye une prime régulière (annuelle ou mensuelle) en l’échange d’une garantie sur un risque de crédit d’un montant donné.

[8] Voir J. P. Morgan Corporate Quantitative Research, Credit Derivatives Handbook, New York, J. P. Morgan, décembre 2006, p. 6.

[9] Voir J. P. Morgan Corporate Quantitative Research, Credit Derivative : A Primer, New York, J. P. Morgan, janvier 2005.

[10] Voir A. B. Ashcraft, T. Schuermann, « Understanding the Securitization of Subprime Mortgage Credit », FIC Working Paper, vol. 43, n° 07, Wharton Financial Institutions Center, Philadelphia (Pa.), 2007.

[11] Le FMI indique ainsi : « […] certains produits complexes ont peu apporté au système financier. En outre, ils ont probablement aggravé la profondeur et la durée de la crise » Containing Systemic Risks and Restoring Financial Soundness. Global Financial Stability Report, Washington (D. C.), FMI, avril 2008, p. 54.

[12] Voir le numéro spécial de la revue Économie et Statistique, N°341-342 consacré entièrement à cette question, et en particulier l’introduction réalisée par Épaulard, A., « À la recherche des déterminants de l’investissement des entreprises », in Économie et Statistique, N°341-342, 2001, pp. 3-14. Un texte un petit plus ancien fait un bon bilan des nouvelles théories de l’investissement ; voir : Bourdieu J, Benoît Cœuré et Béatrice Sédillot « Investissement, incertitude et irréversibilité », Revue économique, Volume 48, n°1, 1997. pp. 23-53

[13] Jorgenson D.W. (1963), « Capital Theory and Investment Behavior », American Economic Review, vol. 53, n°2, May, pp.247-259.

[14] Malinvaud, E, « Profitability and investment facing uncertain demand », Document de travail de l’INSEE, n° 8303, Paris, 1983

[15] Malinvaud, E., « Capital productif, incertitudes et profitabilités », Document de recherche de l’IME, Université de Dijon, n°93, 1986.

[16] Blanchard O., « Investment, Output, and the Cost of Capital : a Comment », Brookings Papers on Economic Activity, 1, 1986, pp. 153-158.

[17] Pindyck R.,« Irreversible Investment, Capacity Choice and the Value of the Firm », American Economic Review, vol. 78, n°5, 1988, décembre, pp. 969-985.

[18] Bourdieu J, Benoît Cœuré et Béatrice Sédillot « Investissement, incertitude et irréversibilité », Revue économique, op.cit.. Abel A. et Eberly J., « A unified model of investment under uncertainty », in American Economic Review, vol. 84, 1994, n°6, pp. 1369-1384.

[19] Bourdieu J, Benoît Cœuré et Béatrice Sédillot « Investissement, incertitude et irréversibilité », Revue économique, op.cit.. p. 26.

[20] Abel A. et Eberly J., « The Effect of Uncertainty and Irreversibility on Capital Accumulation », NBER Working Paper, n° 5363, NBER, Cambridge, Mass., 1994.

[21] Doms M. et Dunne T., « Capital Adjustment Patterns in Manufacturng Plants », Review of Economics Dynamics, vol. 1, n°2, Avril 1998, pp. 409-429.

[22] Duhautois R. et Jamet S., « Hétérogénéité des comportements d’investissement et fluctuations de l’investissement », Économie et Prévision, 2002, n° 149, pp. 103-115.

[23] Riordan, M. ; Williamson, O., « Asset Specificity and Economic Organization », International Journal of Industrial Organization, vol. 3, pp. 365-378, 1985. Choate, G., Maser, S., « The Impact of Asset Specificity on Single-Period Contracting », Journal of Economic Behavior and Organization, Vol 18, pp. 373-389, 1992.

[24] On utilise ce terme dans son sens Post-Keynesien. Voir, H.P. Minsky, « The essential characteristics of Post-Keynesian Economics », The Levy Institute, working paper, septembre 1993. Voir aussi, Arestis, P., Ana Rosa González et Óscar Dejuán, « Investment, Financial Markets, and Uncertainty », The Levy Economics Institute, Working Paper n° 743, décembre 2012.

[25] On consultera à cet égard D.A. Aschauer, “Is public expenditure productive ?”, in Journal of Monetary Economics, vol. XXIII, n°2, mars, 1989, pp. 177-200. Idem, “Why is Infrastructure Important ?”, in A. H. Munnell, (ed.), Is there a Shortfall in Public Capital Investment, Federal Reserve Bank of Boston, Boston ; et R. Ford & P. Poret, “Infrastructure and Private-Sector productivity”, OCDE, Departement d’économie et statistique, Working paper n°91, OCDE, Paris, 1991.

[26] Hall, Robert E. 2009. “By How Much Does GDP Rise If the Government Buys More Output ?” Brookings Papers on Economic Activity 40 (2), pp. 183–231.

[27] Henderson J.V., « Marshall’s Scale Economies », Journal of Urban Economics, vol. 53, 2003, n° 1, pp. 1-28. Rosenthal S.S. et Strange W.C., « Evidence on the Nature and the Sources of Agglomeration Economies », in Handbook of Urban and Regional Economics, J.V. Henderson et J.-F. Thisse (éds.), vol. 4, Cities and Geography, chap. 49, pp. 2119-2171, North-Holland, Amsterdam, 2004.

[28] Y. Barbesol et A. Briant, « Économies d’agglomération et productivité des entreprises : estimation sur données individuelles françaises », in Économie et Statistique, n° 419-420, août 2009, pp. 31-54.

[29] T Baunsgaard, A. Mineshima, M. Poplawski-Ribeiro, and A. Weber, “Fiscal Multipliers”, in Post-crisis Fiscal Policy, ed. by C. Cottarelli, P. Gerson, and A. Senhadji, Washington : International Monetary Fund, Washington DC, 2012. Spilimbergo, A., Symansky, S., et M. Schindler, 2009, “Fiscal Multipliers,” IMF Staff Position Note, SPN/09/11, Mai 2009, FMI, Washington DC..

[30] Blanchard O., et D. Leigh, « Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers », IMF Working Paper, WP/13/1, FMI, Washington D.C., 2013.

[31] Christiano L., M. Eichenbaum, et S. Rebelo, « When Is the Government Spending Multiplier Large ? », Journal of Political Economy, Vol. 119, No. 1 (Février 2011), pp. 78-121.


Mise en ligne CV : 13 novembre 2013

13 novembre 2015

Déclaration de la Commission politique du Comité central du PCP – 10 novembre 2015

 

Déclaration de la Commission politique du Comité central du PCP – 10 novembre 2015
Le gouvernement de droite minoritaire a été renversé le 10 novembre 2015. Les partis de gauche, dont le PCP, se sont mis d’accord, après discussions et sur la base d’une plate-forme, pour soutenir un gouvernement dirigé par le PS (a priori sans participation du PCP). A l’heure actuelle, le Président de la République tente encore d’utiliser tous les moyens pour y faire obstruction. Dans son communiqué, la direction du PCP explique les conditions et la démarche qui l’ont amené à faire ce choix politique pesé.

A propos de la « position commune du PS et du PCP sur la solution politique »,

10 novembre 2015, traduction MlN pour Solidarité internationale PCF
 
Quatre ans après l'entrée en fonction du gouvernement PSD/CDS, le pays se trouve entraîné dans un cadre de déclin économique, de régression sociale, de dépendance extérieure et d'affaiblissement de la vie démocratique. Voilà ce qui caractérise la réalité nationale telle qu'elle se présente.
 
Les élections du 4 octobre ont traduit une condamnation sans équivoque de la coalition PSD/CDS. Cette condamnation, exprimée dans les urnes, a traduit l'isolement politique et la défaite prévisible, inscrite dans la lutte des travailleurs et du peuple portugais. Il n'y a pas de tradition à invoquer pour effacer la réalité qui s’est révélée: l’ambition du PSD et de CDS de maintenir une majorité absolue a été repoussée ; le PSD et le CDS ne sont plus en position de poursuivre leur politique d’exploitation, d'appauvrissement et d'injustice.
 
Ceux qui décident véritablement après des élections législatives, ce sont les députés que chaque force politique a fait élire, les majorités parlementaires qui se forment à l'Assemblée nationale.

Partant de ce constat, le PCP a pris l'initiative pour tirer les conséquences politiques et institutionnelles, nécessaires, indispensables, des résultats électoraux. 
 
La sanction infligée à la coalition PSD/CDS n’a pas seulement représenté une défaite de son gouvernement, mais aussi de sa politique. Le peuple portugais a donné un signal clair : qu’il voulait absolument se voir débarrassé du gouvernement PSD/CDS et qu’il aspirait à un changement de politique.

A cette exigence de changement de la vie politique nationale, le PCP a répondu en annonçant immédiatement son refus du nouveau gouvernement PSD/CDS mis à l’ordre du jour à l’Assemblée et en affichant sa disponibilité complète en vue de construire des solutions susceptibles d'assurer le développement économique, l’augmentation des revenus et la restauration des droits, la hausse des salaires et des pensions, de promouvoir l'emploi et de lutter contre l'injustice, de restaurer le plein accès à la santé et à l'éducation, de garantir une sécurité sociale solide avec un plus haut niveau de protection.
 
Nous avons travaillé à cet objectif d'une manière sérieuse et engagée. Avec la franchise et la transparence que l’on nous reconnaît. Dans le respect total des positions et options du PS, sans éluder les difficultés, sans dissimuler les divergences, en affirmant notre indépendance et notre identité, sans renoncer à notre programme et notre projet.
 
Nous avons travaillé, animés par notre détermination à tout faire pour vaincre définitivement le PSD et le CDS et les tenir à l’écart du gouvernement et à chercher des solutions qui répondent aux intérêts et aux aspirations des travailleurs et du peuple portugais. Voilà l'objectif que nous avons poursuivi ensemble, au long d'une approche mutuelle [avec le PS], pour identifier les moyens, les étapes et les solutions susceptibles de représenter le signal indispensable de changement.
 
Cette démarche tient compte de la nature distincte des programmes des deux partis et de différents présupposés quant aux aspects structurels de la situation du pays. Elle reconnaît aussi l’exigence majeure d’une ligne politique identifiée qu'un accord de gouvernement et un programme de gouvernement supposent. Malgré le travail réalisé, les différences qui ont subsisté n’ont pas permis de la vérifier.
 
Dès le début, la PCP a donné la priorité à la mise en avant des points de convergence, comme moyens qui pourraient assurer une réponse rapide aux aspirations légitimes du peuple portugais à récupérer leurs salaires et pensions, à voir restitués leurs droits, assurées de meilleures conditions de vie.
 
Ce sont les points de convergence et non ceux de divergence que les deux partis ont choisi de valoriser. Le degré de convergence a permis le niveau de l'engagement que nous assumons et respectons. Nous savons que ce chemin ne se prend pas sans difficultés et sans exigences. C’est l'aspiration profonde du peuple portugais à une vie meilleure qui nous anime, sachant que nous interviendrons et lutterons à chaque moment pour que les accords pour une politique qui répond aux droits et intérêts d'urgence puissent se réaliser et se vérifier.
 
Le Comité central du PCP a confirmé hier les conditions d’une solution gouvernementale empêchant le PSD et le CDS de poursuivre la politique de destruction du pays. Dans les nouvelles conditions parlementaires, il existe une majorité de députés suffisante pour former un gouvernement, à l’initiative du PS, qui puisse présenter son programme, entrer en fonction et adopter une politique assurant une solution durable en vue de la législature.
 
Il existe à l’Assemblée nationale une base institutionnelle qui peut permettre de mettre en œuvre un ensemble de mesures et de solutions qui répondent aux intérêts des travailleurs et du peuple, une base institutionnelle qui, selon la disposition de chaque force politique à la soutenir, ouvre le chemin de la remontée des salaires et des pensions, de la restauration des droits, du renforcement de l'accès à la santé, à l'éducation et à la sécurité sociale, en soutenant les micro, petites et moyennes entreprises, les retraités, les jeunes. Nous sommes à la disposition des objectifs de cette politique et à sa mise en œuvre ; nous y contribuerons avec sérieux, disponibles pour examiner et répondre à l’attente du changement de politique que les problèmes du pays et du peuple exigent.

Beaucoup a été dit à propos de cette période qui a permis la création de la « position commune du PS et du PCP sur la solution politique » et on pourra encore en entendre et en lire beaucoup, presque toujours sans fondement. Nous tenons à réaffirmer que le PCP parle pour le PCP, par sa propre voix et ses propres mots, d’après ses propres positions et avec l'exactitude de leurs formulations.
 

C’est cette obligation que nous réitérons, comme preuve solide que nous honorerons notre parole et nos engagements, avec l’assurance reconnue pour les travailleurs et le peuple que nous n’y manquerons pas en ce moment et que nous ne laisserons passer aucune opportunité susceptible d’assurer la défense et l'affirmation de leurs droits, l'augmentation de leur revenu, la pleine réalisation d'une vie digne.

Publié par El Diablo

PORTUGAL: le Parti communiste (PCP) s'engage à soutenir un gouvernement PS pendant quatre ans

 

PORTUGAL: le Parti communiste (PCP) s'engage à soutenir un gouvernement PS pendant quatre ans

Le Comité central du Parti communiste portugais a approuvé dimanche "de façon unanime" la formation d'un gouvernementsocialiste, soutenu par une union inédite de la gauche, pour "une législature de quatre ans", a annoncé son secrétaire général Jeronimo de Sousa.


"Les conditions sont réunies pour que le PS forme un gouvernement, présente son programme, entre en fonctions et mette en oeuvre une politique" dans le cadre "d'une législature de quatre ans", a-t-il déclaré devant la presse.


Cette position a été "confirmée de façon unanime" par le Comité central, la plus haute instance du parti, a relevé M. de Sousa. "Il ne faut pas gâcher la possibilité qui s'ouvre de répondre aux problèmes les plus urgents des travailleurs et du peuple portugais", a-t-il ajouté.


Cette condition de stabilité était essentielle pour le chef du Parti socialiste Antonio Costa, qui avait affirmé samedi "ne pas vouloir former un gouvernement qui n'ait pas les conditions réelles et crédibles pour gouverner tout au long de la législature".


La Commission politique du PS, instance dirigeante du parti, doit d'ailleurs se réunir dimanche soir pour se prononcer, entre autres, sur les conditions garantissant la stabilité d'un éventuel exécutif socialiste.


La veille, la Commission nationale du parti, sorte de parlement interne, avait approuvé le programme de gouvernement présenté par M. Costa, fruit des accords négociés avec le Parti communiste, le Bloc de gauche (proche de Syriza au pouvoir en Grèce) et les Verts.


Cette union de la gauche, inédite en 40 ans de démocratie portugaise, est déterminée à faire chuter, mardi au Parlement, le gouvernement de droite de Pedro Passos Coelho, qui présente son propre programme de gouvernement.


M. Passos Coelho, vainqueur des législatives le 4 octobre, avait été reconduit à son poste par le président conservateur Anibal Cavaco Silva. Mais privé de majorité absolue, son gouvernement est suspendu au vote de l'alliance de la gauche, qui dispose ensemble de 122 sièges sur 230, plus que la majorité nécessaire pour le faire tomber.

 

SOURCE : Le Parisien.fr