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PCF Vie et débats 2015

A propos des deux commandements du Messie du Medef

 

Publié le 8 Novembre 2015

Comment déchirer la tunique
qui chemise l'hypocrisie majeure
en construction ?
Comment rompre
avec l'aveuglement ?
 
A propos des deux commandements du Messie du Medef
Un jour Manuel Valls réuni ses apôtres et acolytes, brancha les haut-parleurs, fournit calames, stylets, papyrus et tablettes à ses scribes et leur dit :
 
"ce serait un drame que le FN gagne une région"
 
Précisant dans la foulée d'un de ses coups de menton dont il a le secret en direction de toute la médiacratie mobilisée pour l'occasion : 
 
"Hors de question de laisser le Front national gagner une région, donc tout devra être fait pour l'empêcher".
 
Les deux commandements demandent à être examinés séparément pour en tirer toute la quintessence. (d'entrée, notons que si le discours est là, il reste pour le moins discret sur la méthode...et pour cause ).
 
Un drame ? À coup sûr ! Voir triompher les idées de la haine mises en scène et valorisées depuis le début du pontificat élyséen de François l'Initiale dit le francisqué de 40 jusqu'à François deux qui œuvrait avec dame Ségolène au château quand le francisqué adoubait le facho et sa gerbe milicienne, pour un démocrate, c'est intolérable.
 
Mais le messie du Medef, et son concierge des marchands du temple oublient de nous dire pourquoi cette nouvelle plaie qui n'est pas d'Egypte, nous menace. Elle n'est pas d'essence divine, d'une de ces générations spontanées dont Pasteur a démontré en son temps qu'elle n'existe pas. En toute science et matière, et la politique n'y échappe pas, les effets ont des causes. Psalmodier cantiques et incantations n'y change rien.
 
Si la haine est aux portes de la cité, c'est bien que quelqu'un les a laissé croitre à en enlaidir le paysage, instruire des troupes, assurer leur intendances et la solde et s'approcher des remparts. Et là, la responsabilité du prédicateur estival de Jouy-en-Josas est totale. par ses choix et pratiques,  il est mouillé jusqu'au cou. La colère qu'il sème est telle que les gens se détournent de lui et de ceux qu'il accueille ou invite à sa table.
 
Si les gens ne vont plus voter pour faire barrage ou pire pour une partie jouent les Ducatel* C'est que celui qui se prend pour Clemenceau est dans le sillage de son maître à penser et a rejoint Versailles.
 
La deuxième proposition, qui découle de la première et sans quitter les Saintes Écritures saute les siècles pour rejoindre la geste contre-révolutionnaire et prendre pied autour de la tombe de Jaurès en ce sinistre août 14 : il nous prépare le coup de l'union sacrée, l'annonçant, jouant les Jouhaux, unissant avec son Berger les brebis égarées contre un péril brun réel dont on vient de voir que la solférinocratie l'a instillé.
 
Fédérer contre un ennemi calibré par soi-même pour ne pas avoir à s'expliquer sur la nature de la chaîne de fortins qu'il érige d'abord pour mater les victimes appelées à résister.
 
C'est le désert des Tartares. Enfin, désert. Pas tout à fait. Plutôt des territoires recalibrés pour vider ce qui fédère les moyens de souveraineté au plan social, économique, politique, pour interdire aux peuples de s'organiser et résister à l'exigence des droites de tout calibres pour permettre aux marchands du temple d'exercer leur mortelle hégémonie.
 
Mais où cela se corse, c'est quand on regarde dans cette partie de go en multicolore qui sont les alliés contre le péril : à dextre, les passerelles avec l'ennemie officiellement établie, à sinistre senestre ceux qui à marée basse disent (à juste titre, mais ne font que dire) pis que pendre du capitaine prédicateur et ses assistants et qui dès que la mer monte embarquent sur sa nef escomptant bien ne pas subir la fureur du ressac annoncé.
 
Valls annonçant ce dimanche que de toutes façons possibles, pour ne pas voir sa créature le vampiriser, il va se lier avec ceux qui partagent la curée des idées brunes et font surenchère, le même en appelant à cette union sacrée dans laquelle les prétendus héritiers de la partie lucide de Tours annoncent vouloir le rejoindre au nom du péril ci avant évoqué.
 
Qui au bout du compte va trinquer ? La haine ou bien ceux qui par les politiques successives depuis un quart de siècle sont méprisés, bafoués, poussés dans la misère ou le gène, dépossédés de leur citoyenneté ?
 
Comment rompre ?
 
Déjà en se sortant du piège et en dénonçant les piégeurs. En s'écartant de ceux qui acceptent de servir d'appas parce que le velours des sièges de la cage est doux à leur postérieur, et de bien montrer que la trappe n'est pas ouverte pour capter la haine, mais pour encager ses victimes et que l'art du piégeur est de masquer le mécanisme. Donc quitter le terrain de la battue au besoin en échemisant les chiens, en laissant les sonneurs s'époumoner. Prendre le maquis politique le temps de reconstruire une vraie force Républicaine progressiste calée sur les valeurs qui de 89, 48,71 à 45 qui on fait que ceux de 68 voulait construire un autre monde.
 
Ensuite, ça rassembler pour aller vers d'autres espaces, en se dotant d'outil pour rejeter chasseurs cages, chiens, et leurres, les contenir en leur laissant en viatique la haine, leur géhenne et autres outils d'illusion et de coercission, les réduire par la construction d'une alternative.
 
Cela ne se fera pas en sept jours, mais déjà, en décidant de se débarrasser de tous ces apôtres , faux prophètes ulémas, pasteurs et autres gardiens en la foi de l'argent roi et leur sacrés livre de comptes on aura fait un sacré progrès nous évitant le piège tendu par les repus Répu, la haine, la solférinocratie, laissant ceux qui cèdent à l'appel de leur sirènes les rejoindre.
 
Cela s'appelle construire une politique alternative citoyenne pour partager autrement les richesses et souverainement décider de comment s'organiser.
 
Canaille le rouge s'interroge : plutôt que de secouer le sablier pour mesurer le temps qui nous sépare d'une catastrophe annoncée, et si on secouait le cocotier des fabriquants de catastrophes et de leur fournisseurs de matières premières ?
 
*Ducatel : Le 21 mai 1871, grâce à Jules Ducatel, piqueur des Ponts et Chaussées, qui est monté sur le bastion no 64 pour avertir les Versaillais que la place n'est plus gardée, l'armée régulière pénètre dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Commence alors la Semaine sanglante. Le directeur du Figaro lancera en sa faveur le lancement d'une souscription publique qui rapporte à l'intéressé 125 000 francs-or
 

Rédigé par Canaille Lerouge

Ce que signifie le socialisme, par Chris Hedges

 

09 Novembre 2015

Article original publié en anglais sur le site de truthdig.com, le 20 septembre 2015.

 

Christopher Lynn Hedges (né le 18 septembre 1956 à Saint-Johnsbury, au Vermont) est un journaliste et auteur américain. Récipiendaire d’un prix Pulitzer, Chris Hedges fut correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans. Reconnu pour ses articles d’analyse sociale et politique de la situation américaine, ses écrits paraissent maintenant dans la presse indépendante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a également enseigné aux universités Columbia et Princeton. Il est éditorialiste du lundi pour le site Truthdig.com.


Nous vivons une époque révolutionnaire. L’expérience politique et économique qui a tenté d’organiser le comportement humain autour des diktats du marché mondial a échoué. La prospérité promise qui devait élever les niveaux de vie des travailleurs grâce aux retombées économiques, s’avère être un mensonge. Une toute petite poignée d’oligarques disséminés à travers la planète ont amassé une fortune obscène, tandis que la machine d’un capitalisme corporatif débridé pille les ressources, exploite une main-d’œuvre désorganisée et bon marché et crée des gouvernements corrompus et malléables qui abandonnent le bien commun au nom du profit corporatiste. L’implacable course au profit de l’industrie des énergies fossiles détruit l’écosystème, menaçant la viabilité de l’espèce humaine. Et il n’existe plus au sein des structures de pouvoir aucun mécanisme pouvant enclencher une véritable réforme ou mettre un terme à l’attaque corporatiste. Ces structures ont capitulé devant le contrôle corporatiste. Les citoyens ont perdu leur raison d’être. Ils ou elles peuvent participer à des élections lourdement mises en scène, mais les exigences des corporations et des banques sont prépondérantes.

 

L’histoire a prouvé dans une large mesure que la prise de pouvoir par une toute petite cabale, qu’il s’agisse d’un parti politique ou d’une clique oligarchique, mène au despotisme. Les gouvernements qui servent exclusivement un groupe d’intérêt restreint et poussent l’appareil étatique à favoriser les intérêts de ce groupe ne sont plus en mesure de réagir de façon rationnelle en temps de crise. Servant aveuglément leurs maîtres, ils approuvent le pillage des trésors de l’état servant à renflouer des sociétés financières et des banques corrompues tout en ignorant le chômage et le sous-emploi chroniques, ainsi que la stagnation ou la baisse des salaires, la servitude écrasante des dettes, l’effondrement des infrastructures, et les millions de personnes qui se retrouvent démunies et souvent sans-abri, victimes de saisies et d’emprunts immobiliers illusoires.

 

Une classe libérale décadente, prônant des valeurs qu’elle ne fait rien pour défendre, se discrédite elle-même ainsi que les prétendues valeurs libérales d’une démocratie citoyenne en se voyant rejetée avec ces mêmes valeurs. A ce moment-là, une catastrophe politique, économique ou naturelle — en un mot une crise — déclenchera des troubles, mènera à l’instabilité et verra l’état mettre en place des formes de répression draconiennes pour maintenir « l’ordre ». Voilà ce qui nous attend.

 

Comme l’a écrit Friedrich Engels, nous nous dirigerons soit vers le socialisme soit vers la barbarie. Si nous ne démantelons pas le capitalisme nous tomberons dans le chaos hobbesien des états défaillants, des migrations de masse — auxquelles nous assistons déjà — et de guerre sans fin. Les populations, particulièrement dans les pays du Sud, subiront la misère et un taux de mortalité élevé dû à l’effondrement des écosystèmes et des infrastructures, à une échelle qui n’a pas été atteinte depuis peut-être la peste noire. Aucun arrangement n’est possible avec le capitalisme mondial. Si nous ne renversons pas ce système il nous broiera. Et en ces temps de crise nous devons nous souvenir de ce que signifie être socialiste et de ce que cela ne signifie pas.

 

En tout premier lieu, tous les socialistes sont sans équivoque antimilitaristes et anti impérialistes. Ils savent qu’aucune réforme sociale, politique, économique ou culturelle n’est possible tant que les militaristes et leurs alliés corporatistes de l’industrie de guerre continueront de piller le budget de l’état, provoquant la faim chez les pauvres, la détresse des travailleurs, l’effondrement des infrastructures, le sabrage des services sociaux au nom de l’austérité. La psychose de la guerre permanente, qui a corrompu la classe politique après la première guerre mondiale avec la guerre interne et externe contre le communisme, et qui s’est muée aujourd’hui en guerre contre le terrorisme, est utilisée par l’état pour nous dépouiller de nos libertés civiques, réorienter nos ressources vers la machine de guerre et criminaliser la contestation démocratique. Nous avons dilapidé des billions de dollars et de ressources en guerres futiles et interminables, du Vietnam au Moyen-Orient, à une époque de crise écologique et financière. La folie de la guerre sans fin est un des signes d’une civilisation mourante. Un avion de combat F-22 Raptor coûte 350 millions de dollars. Nous en possédons 187. Un missile de croisière Tomahawk coûte 1,41 millions de dollars. Nous en avons lancé 161 lorsque nous avons attaqué la Libye. Cette seule attaque de la Libye nous a coûté un quart de milliard de dollars. Nous dépensons un total estimé à 1,7 billions de dollars par an pour l’effort de guerre, bien plus que les 54% officiels de dépenses discrétionnaires, soit environ 600 milliards de dollars. Aucun profond changement n’est possible sans démanteler la machine de guerre.

 

Nous sommes en guerre de manière quasi ininterrompue depuis la première guerre du Golfe en 1991, suivie par la Somalie en 1992, Haïti en 1994, la Bosnie en 1995, la Serbie et le Kosovo en 1999, l’Afghanistan en 2001, où nous nous battons depuis 14 ans, et l’Irak en 2003.  Et nous pouvons y rajouter le Yémen, la Libye, le Pakistan et la Syrie, ainsi que la guerre par procuration menée par Israël contre le peuple palestinien.

 

Le coût humain est épouvantable. Plus d’un million de morts en Irak. Sans compter les millions de déplacés ou de réfugiés. L’Irak ne sera plus jamais un état unifié. Et c’est notre industrie militaire qui a créé cette pagaille. Nous avons attaqué un pays qui ne nous avait pas menacés, et n’avait nullement l’intention de menacer ses voisins, et nous avons détruit une des infrastructures les plus modernes du Moyen-Orient. Nous y avons amené non seulement la terreur et la mort — dont les escadrons de la mort Shiite que nous avons armés et entraînés — mais aussi des pannes de courant, des pénuries alimentaires et l’effondrement des services les plus élémentaires, du ramassage des ordures jusqu’au traitement de l’eau et des eaux usées. Nous avons démantelé les institutions irakiennes, dissous leurs forces de sécurité, provoqué la crise de leur service de santé et généré une pauvreté et un chômage massifs. Et de ce chaos ont surgi des rebelles, des gangsters, des réseaux de kidnapping, des djihadistes et des groupes paramilitaires voyous — dont les mercenaires que nous avons engagés, comme l’actuelle armée en Irak. Gary Leupp dans un article de Counterpunch titrant « Comment George Bush a détruit le temple de Baal » ne s’est pas trompé en écrivant :

« Bush a détruit la loi et l’ordre qui avaient permis aux filles de se rendre à l’école, tête nue et vêtues à la mode occidentale. Il a détruit la liberté des médecins et autres professionnels de faire leur travail et a poussé un nombre considérable d’entre eux à quitter leur pays. Il a détruit des quartiers entiers obligeant les habitants à fuir pour sauver leur vie. Il a détruit la communauté chrétienne, qui est tombée de 1,5 millions en 2001 à peut-être 200 000 dix ans plus tard. Il a détruit le sécularisme, idéologie qui était largement répandue, inaugurant une ère de sectarisme âprement contesté. Il a détruit le droit de diffuser du rock’n’ roll ou de vendre de l’alcool et des DVD.

 

Il a détruit la stabilité de la province d’Anbar en semant le chaos qui a permis à Abou Moussab al-Zarqawi d’établir — pour la première fois — une branche d’Al-Qaïda en Irak.

 

Il a détruit la stabilité de la Syrie lorsque  » Al-Qaïda en Mésopotamie » (que nous appelons maintenant ISIS) s’est repliée dans ce pays voisin au cours du « soulèvement » de 2007. En créant des vacances de pouvoir et en générant de nouvelles branches d’al-Qaïda, il a détruit la communauté Yazidi qui avait jusque-là échappé au génocide et à l’esclavage. En facilitant l’apparition de ISIS, il a détruit la perspective d’un « printemps arabe » paisible en Syrie, trois ans après la fin de son mandat.

 

L’ouvrage le plus complet de ce joyau splendide dans un site antique et préservé, mélangeant des influences artistiques romaine, syrienne et égyptienne, n’est plus qu’un tas de ruines. »

Les champs de bataille à l’étranger servent de laboratoires aux architectes du massacre industriel. Ils perfectionnent les instruments du contrôle et de l’annihilation sur les stigmatisés et les indigents. Mais ces instruments finissent par regagner le cœur de l’empire. Alors que les corporatistes et les militaristes étripent la nation, transformant nos sites industriels en déserts et abandonnant nos citoyens à la pauvreté et au désespoir, les méthodes d’assujettissement familières à ceux qui se trouvent à l’autre bout du monde reviennent vers nous — surveillance généralisée, usage inconsidéré de la force meurtrière dans les rues de nos villes contre des citoyens non armés, privation de libertés civiques, dysfonctionnement du système judiciaire, drones, arrestations arbitraires, détentions et incarcérations de masse. L’empire finit par s’imposer à lui-même la tyrannie qu’il impose aux autres, nous rappelle Thucydide. Ceux qui tuent en notre nom à l’étranger tuent bientôt en notre nom sur le sol national. La démocratie est anéantie. Comme le déclarait le socialiste allemand Karl Liebknecht lors de la première guerre mondiale : « L’ennemi principal est dans notre pays ». Si nous ne détruisons pas les machines de la guerre sans fin et ne neutralisons pas ceux qui en tirent profit, nous en serons les prochaines victimes ; de fait, nombre de ceux qui appartiennent à nos communautés marginales le sont déjà.

 

Vous ne pouvez pas être socialiste et impérialiste. Vous ne pouvez pas, ainsi que Bernie Sanders l’a fait, soutenir les guerres de l’administration Obama en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Pakistan, en Somalie et au Yémen et être socialiste. Vous ne pouvez pas, ainsi que Sanders l’a fait, voter pour tous les budgets alloués à la défense, y compris des projets de loi et des résolutions habilitant et autorisant Israël à se livrer au lent génocide du peuple palestinien, et être socialiste. Et vous ne pouvez pas glorifier les entrepreneurs militaires, ainsi que Sanders l’a fait, sous prétexte qu’ils génèrent des emplois dans votre État. Il est possible que Sanders possède parfaitement la rhétorique de l’inégalité, mais il est membre à part entière du Caucus démocrate, qui s’agenouille devant l’industrie de guerre et ses lobbyistes. Et aucun mouvement populaire authentique ne naîtra jamais dans les entrailles du Parti démocrate qui tente actuellement de faire taire Sanders afin de s’assurer que son favori accède à l’investiture. Aucun élu n’ose défier aucun système d’armement même s’il est coûteux et superflu. Et Sanders qui vote avec les démocrates à 98 %, évite de se confronter au maître de la guerre.

 

Sanders, bien entendu, comme tous les élus, profite de ce pacte faustien. La direction du Parti démocrate du Vermont, en échange de sa soumission, n’a appuyé la candidature d’aucun candidat contre Sanders depuis 1990. Sanders soutient des candidats démocrates quelle que soit la dose de néolibéralisme qu’ils tentent de nous imposer, y compris Bill Clinton et Barack Obama. Et Sanders, de mèche avec les démocrates, est le premier obstacle à l’édification d’un troisième parti dans le Vermont.

 

Il existe une raison pour laquelle aucun membre de la classe politique dominante, Sanders inclus, n’ose dire un mot contre l’industrie de la guerre. Si vous le faites, vous finissez comme Ralph Nader, rejeté dans un désert politique. Nader n’avait pas peur de dire la vérité. Et je crains que ce ne soit dans le désert que résident en ce moment les vrais socialistes. Les socialistes comprennent que si nous ne démantelons pas l’industrie de la guerre, rien, absolument rien, ne changera ; en effet, les choses ne feront qu’empirer.

 

La guerre n’est qu’un business. Les guerres impérialistes s’emparent des ressources naturelles pour le compte des corporations et garantissent les profits de l’industrie des armes. Ceci est aussi vrai pour l’Irak que ce le fut lors de nos campagnes de génocide contre les Indiens. Et, ainsi que l’avait déclaré A. Philip Randolph, c’est seulement lorsqu’il est impossible de tirer profit de la guerre que les guerres sont considérablement écourtées, lorsqu’elles ne sont pas complètement arrêtées. Aucun de ceux qui siègent au conseil d’administration de General Dynamics n’espère la paix au Moyen-Orient. Personne au Pentagone, particulièrement les généraux qui construisent leurs carrières en livrant et en dirigeant des guerres, ne prie pour une cessation des hostilités.

 

La guerre, camouflée par le langage hypocrite du nationalisme et par l’euphorie qui accompagne la célébration fanatique de la puissance et de la violence, est utilisée par les élites au pouvoir pour contrecarrer et détruire les aspirations des hommes et des femmes qui travaillent et pour détourner notre attention de notre aliénation.

 

« A travers l’histoire, les guerres ont toujours été menées pour la conquête et le pillage… Voilà en quoi consiste la guerre, en un mot », déclarait pendant la première guerre mondiale le socialiste Eugene V. Debs (cinq fois candidat à l’élection présidentielle). Les maîtres ont toujours déclaré les guerres ; les classes asservies les ont toujours menées.

 

Debs, qui avait obtenu un million de voix en 1912, a été condamné à 10 ans de prison pour cette déclaration. Le juge qui le condamna dénonça « ceux qui tentent d’arracher l’épée des mains de leur nation alors qu’elle est en train de se défendre contre une puissance étrangère et brutale. »

 

« J’ai été accusé de faire obstruction à la guerre », déclara Debs au tribunal. « Je le reconnais. J’abhorre la guerre. Je m’opposerais à la guerre même si je devais être le seul à le faire ».

 

Debs, qui devait passer 32 mois en prison, jusqu’en 1921, a aussi prononcé un credo socialiste au moment de sa condamnation après avoir été reconnu coupable de violation de l’ « Espionage Act. »

« Votre honneur, il y a des années de cela, j’ai reconnu mon affinité avec tous les êtres vivants, et je fus convaincu que je n’étais pas meilleur d’un iota du plus misérable sur Terre. Je dis alors, et je le dis maintenant, que tant qu’il y aura une classe inférieure, j’en suis, et tant qu’il y aura un élément criminel, j’en suis, et tant qu’il y aura une âme en prison, je ne serai pas libre ».

La classe capitaliste et ses semblables dans l’establishment militaire a réalisé ce que John Ralston Saul nomme un coup d’état au ralenti. Les élites utilisent la guerre, ainsi qu’elles l’ont toujours fait, comme soupape de sécurité en cas de lutte de classes. La guerre, d’après W.E.B Du Bois, crée entre les oligarques et les pauvres une communauté artificielle d’intérêt qui détourne ces derniers de leurs centres d’intérêts naturels. La réorientation des émotions et des frustrations d’ordre national vers la lutte contre un ennemi commun, le jargon du patriotisme, le racisme endémique qui alimente toutes les idéologies qui soutiennent la guerre, les liens fallacieux noués par le sens de la camaraderie, tout cela séduit ceux qui se situent en marge de la société. En temps de guerre, ils éprouvent un sentiment d’appartenance. Ils ont l’impression de posséder un endroit à eux. On leur offre la possibilité de devenir des héros. Et les voilà partis, comme des moutons menés à l’abattoir. Le temps qu’ils comprennent, il est trop tard.

 

« Le totalitarisme moderne peut intégrer les masses dans la structure politique d’une manière si complète, à travers la terreur et la propagande, qu’elles deviennent les architectes de leur propre asservissement », écrivait Dwight Macdonald. « Cela n’amoindrit pas l’esclavage mais l’accentue bien au contraire — un paradoxe qu’il serait trop long de développer ici. Le collectivisme bureaucratique, et non le capitalisme, est l’ennemi futur le plus dangereux du socialisme. »

 

« La guerre », ainsi que l’écrivait Randolph Bourne, « est la santé de l’état ». Elle autorise l’état à s’arroger un pouvoir et des ressources qu’une population ne permettrait jamais en temps de paix. C’est la raison pour laquelle l’état de guerre doit s’assurer que nous ayons toujours peur. Seule la violence constante produite par la machine de guerre, nous affirme-t-on, peut assurer notre sécurité. La moindre tentative de mettre un frein aux dépenses et à l’extension du pouvoir profitera à l’ennemi.

 

Ce sont les militaristes et les capitalistes qui, à la fin de la deuxième guerre mondiale, ont comploté pour réduire les acquis de la population active sous le New Deal. Ils ont recouru à la rhétorique de la guerre froide pour mettre en place une économie axée sur la guerre totale, même en temps de paix. Cela a permis à l’industrie de l’armement de continuer à fabriquer des armes, avec des profits garantis par l’état, et cela a permis aux généraux de continuer à régner sur leurs fiefs. Grâce aux relations incestueuses entre les corporatistes et les militaristes, des généraux et des officiers à la retraite se sont vus proposer des postes lucratifs dans l’industrie de guerre.

 

Aujourd’hui, la principale activité de l’état consiste à fabriquer des systèmes d’armement et à livrer des guerres. Cette activité n’est plus un moyen parmi d’autres de promouvoir l’intérêt national, comme l’a souligné Simone Weil, mais est devenue le seul et unique intérêt national.

 

Ces corporatistes et ces militaristes sont les ennemis des socialistes. Ils ont financé et mis sur pied des mouvements, au début du XXe siècle, qui exigeaient la mise en œuvre de réformes au sein même de ces structures capitalistes — et qui s’exprimaient avec le langage de la « politique du productivisme » en éludant le langage de la lutte des classes et en ne parlant que de croissance économique et de partenariat avec la classe capitaliste. La NAACP, par exemple, a été créée pour éloigner les Afro-Américains du parti communiste, la seule organisation radicale au début du XXe siècle qui ne pratiquait pas de discrimination. L’AFL-CIO (American Federation of Labour and Congress of Industrial Organizations) [ le principal regroupement syndical des Etats-unis] a été achetée (plus tard) par la CIA pour pousser à écraser et à supplanter les syndicats radicaux au plan national et international. L’AFL-CIO est aujourd’hui, comme la NAACP, victime de sa propre corruption et de sa sénilité bureaucratique. Ses leaders touchent des salaires mirobolants tandis que sa base qui s’amenuise est dépouillée de ses avantages et de toute protection. Les capitalistes n’ont plus besoin de ce qu’on qualifiait autrefois de syndicalisme « responsable » —  ce qui revenait à dire syndicalisme malléable. Et après que les capitalistes et les militaristes aient éliminé les mouvements radicaux et les syndicats, ils ont achevé ceux qui les avaient naïvement aidés à le faire. C’est pour cette raison que moins de 12 % de la population active de notre pays sont syndiqués et que nous avons des disparités de revenu si considérables et une situation de chômage et de sous-emploi chroniques. L’excédent de main-d’œuvre cherchant désespérément du travail et peu disposée à s’opposer aux patrons pour conserver un emploi est le rempart du capitalisme.

 

Les radicaux, tels que le syndicat « Industrial Workers of the World » (IWW), ou Wobblies, fondé en 1905 par Mother Jones et Big Bill Haywood, ont été détruit par l’état. Des agents mandatés par le ministère de la Justice ont effectué des descentes simultanées à travers le pays sur 48 lieux où se réunissaient des IWW et ont procédé à l’arrestation de 165 leaders syndicaux de l’IWW. Cent un d’entre eux ont été traduits en justice, dont Big Bill Haywood, et ont témoigné pendant trois jours. L’un des leaders s’est adressé à la cour en ces termes :

« Vous me demandez pourquoi l’IWW ne fait pas preuve de patriotisme envers les Etats-unis. Si vous étiez un clochard sans couverture, si vous aviez quitté votre femme et vos gosses pour aller chercher du boulot dans l’Ouest et que vous n’aviez jamais retrouvé leur trace; si votre boulot n’avais jamais duré suffisamment de temps pour que vous soyez habilité à voter; si vous dormiez dans une taudis infecte et peu accueillant, et que vous arriviez à vous en sortir en mangeant la nourriture la plus infâme qui soit;  si des shérifs criblaient de balles vos boîtes de conserves et renversaient votre bouffe par terre; si les patrons baissaient votre salaire à chaque fois qu’ils pensaient vous avoir soumis; si il y avait une loi pour Ford, Suhr et Mooney et une autre pour Harry Thaw; si chaque représentant de la loi, de l’ordre et de la nation vous tabassait, vous expédiait en prison, et que les bons chrétiens applaudissaient et les encourageaient, comment pourriez-vous imaginer qu’un homme subissant tout cela puisse faire preuve de patriotisme?

 

Cette guerre est une guerre de businessman et nous ne voyons pas pourquoi nous irions nous faire descendre dans le but de sauvegarder la charmante situation dont nous jouissons actuellement. »

Il fut un temps où les Wobblies organisaient des grèves réunissant des centaines de milliers de travailleurs et où ils prêchaient une doctrine de lutte des classes sans compromis. Il ne reste rien de tout cela. En 1912, le parti socialiste comptait 126 000 membres, 1200 postes administratifs dans 340 municipalités, 29 hebdomadaires en anglais et 22 dans d’autres langues ainsi que trois quotidiens en anglais et six dans d’autres langues. Dans ses rangs, on trouvait des métayers, des employés de l’industrie vestimentaire, des cheminots, des mineurs, des personnes travaillant dans l’hôtellerie, des dockers et des bûcherons. Lui aussi a été liquidé par l’état. Les leaders socialistes ont été emprisonnés ou expulsés. Les publications socialistes telles que « The Masses » et « Appeal to reason » furent interdites. L’assaut, renforcé plus tard par le Maccarthysme, nous a dessaisis du vocabulaire dont nous avons besoin pour comprendre cette réalité qui est la nôtre, pour décrire la guerre des classes que mènent contre nous nos oligarques corporatistes.

 

Nous renouerons avec ce militantisme, cet engagement sans faille envers le socialisme, sinon, le système que le philosophe politique Sheldon Wolin nomme « totalitarisme inversé » établira l’état sécuritaire et de surveillance le plus efficace de l’histoire de l’humanité, une sorte de néo-féodalisme. Nous devons cesser de dépenser notre énergie dans les campagnes de la politique dominante. Le jeu est truqué. Nous reconstruirons nos mouvements radicaux ou nous deviendrons les otages des capitalistes et des industries de guerre. La peur est le seul langage que comprend l’élite au pouvoir. Il en est ainsi de la sombre réalité de la nature humaine. C’est pourquoi Richard Nixon fut notre dernier président libéral. Nixon n’était pas un libéral [personnellement]. Il était dénué d’empathie et dépourvu de conscience. Mais il avait peur des mouvements. On n’effraie pas l’ennemi en se vendant. On effraie l’ennemi en refusant de se soumettre, en se battant pour sa vision et en s’organisant. Il ne nous appartient pas de prendre le pouvoir. Il nous appartient de construire des mouvements pour contrôler l’exercice du pouvoir. Sans ces mouvements, rien n’est possible.

 

« Vous obtiendrez la liberté en faisant savoir à votre ennemi que vous feriez tout ce qui est en votre pouvoir pour obtenir votre liberté; ce n’est qu’alors que vous l’obtiendrez », disait Malcom X. « Si vous agissez ainsi, ils vous traiteront de « Negro enragé » ou plutôt de « Noir enragé », car ils ne disent plus « Negro ». Ou bien ils vous qualifieront d’extrémiste ou de révolutionnaire ou de traître ou de rouge ou de radical. Mais si vous êtes suffisamment nombreux et que vous restez radicaux suffisamment longtemps, vous obtiendrez votre liberté. Ne cherchez donc pas à vous faire les amis de ceux qui vous privent de vos droits. Ce ne sont pas vos amis, non, ce sont vos ennemis. Traitez-les comme tels et combattez-les, et vous obtiendrez votre liberté ; et quand vous aurez obtenu votre liberté, votre ennemi vous respectera. Et je dis cela sans haine. Il n’y a pas de haine en moi. Je n’ai pas la moindre haine pour qui que ce soit. Mais j’ai du bon sens. Et je ne laisserai pas un homme qui me hait me dire de l’aimer ».

 

Le New Deal qui, selon les dires de Franklin Delano Roosevelt, membre fondateur de la classe oligarchique, a sauvé le capitalisme, a été mis en place en raison de la menace sérieuse que représentaient les socialistes qui étaient alors puissants. Les oligarques avaient compris qu’avec la chute du capitalisme — un état de fait que nous connaitrons, je le pense, de notre vivant — une révolution socialiste était vraiment possible. Ils étaient terrifiés à l’idée de perdre leur richesse et leur pouvoir. Roosevelt, dans une lettre à un ami en 1930, avait déclaré qu’il n’y avait « aucun doute pour moi qu’il soit temps que dans ce pays nous devenions plutôt radicaux pour au moins une génération. L’histoire montre que lorsqu’un tel phénomène se produit, les nations échappent aux révolutions ».

 

En d’autres termes, Roosevelt est allé voir ses amis oligarques et leur a demandé de lui remettre un peu de leur argent s’ils ne voulaient pas perdre tout leur argent dans une révolution. Et ses amis capitalistes se sont exécutés. Et c’est ainsi que le gouvernement a créé 15 millions d’emplois, la sécurité sociale, les allocations chômage et les projets de travaux publics.

 

George Bernard Shaw l’avait bien compris dans sa pièce « Major Barbara ». Le plus grand des crimes c’est la pauvreté. C’est le crime que tout socialiste est en devoir d’éradiquer. Ainsi qu’écrivait Shaw :

« Tous les autres crimes sont des vertus en comparaison ; tous les autres déshonneurs ne sont que galanterie à côté. La pauvreté ravage toutes les villes, répand de terribles pestilences, foudroie l’âme même de quiconque s’en approche de suffisamment près pour la voir, l’entendre et la sentir. Ce que vous appelez crime n’est rien : un meurtre par ci et un larcin par-là, un coup par ci et une malédiction par là. Quelle importance ont-ils? Ce ne sont là que des accidents et des troubles courants de l’existence ; Il n’y a pas cinquante véritables criminels à Londres. Mais il existe des millions de gens pauvres, de gens pitoyables, de gens sales, mal nourris et mal vêtus. Ils nous empoisonnent moralement et physiquement ; ils tuent le bonheur de la société ; ils nous contraignent à supprimer nos propres libertés et à élaborer des cruautés contre nature de peur qu’ils ne se soulèvent contre nous et qu’ils ne nous entraînent au fond de leur abîme. Seuls les idiots craignent le crime ; nous craignons tous la pauvreté ».

Nous devons cesser de compter pour notre salut sur des dirigeants forts. Les gens forts, comme l’a dit Ella Baker, n’ont pas besoin de dirigeants forts. Les hommes politiques, même les bons, jouent le jeu du compromis et sont trop souvent séduits par les privilèges du pouvoir. Sanders, autant que je sache, a débuté sa vie politique en tant que socialiste dans les années 60, alors que cela constituait à peine une position politique audacieuse, mais s’est rapidement aperçu qu’il n’allait pas bénéficier d’un siège s’il demeurait socialiste. Il veut son ancienneté au Sénat. Il veut sa présidence du comité. Il veut pouvoir conserver son siège sans être contesté. C’était un calcul judicieux sur le plan politique. Mais ce faisant, il nous a sacrifiés.

 

Jeremy Corbyn, le nouveau chef du parti travailliste [britannique], nous offre exemple différent. Il a été marginalisé au sein de son propre parti pendant trois décennies parce qu’il est resté fidèle aux principes centraux du socialisme. Et tandis que le mensonge du néolibéralisme, défendu par les deux partis dirigeants, devenait apparent, les gens ont su à qui ils pouvaient accorder leur confiance. Corbyn n’a jamais manoeuvré pour faire évoluer sa carrière. Et c’est pourquoi l’establishment a si peur de lui. Ils savent qu’il ne leur est pas possible de suborner Corbyn, pas plus qu’il n’était possible de suborner Mother Jones ou Big Bill Haywood. L’intégrité et le courage sont des armes puissantes. Nous devons apprendre à les utiliser. Nous devons défendre ce en quoi nous croyons. Et nous devons accepter les risques voire le ridicule qui accompagnent cette prise de position. Nous ne nous imposerons d’aucune autre manière.

 

En tant que socialiste je ne me préoccupe pas de ce qui est opportun et de ce qui est populaire. Je me préoccupe de ce qui est juste. Je me préoccupe de rester fidèle aux idéaux fondamentaux du socialisme, ne serait-ce que pour préserver la pérennité de cette option pour les générations futures. Et ces idéaux sont les seuls qui rendront possible l’avènement d’un monde meilleur.

 

Si vous n’appelez pas à un embargo sur les armes ainsi qu’au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre Israël, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’exigez pas le démantèlement de notre establishment militaire, qui orchestre la surveillance systématique par le gouvernement de chaque citoyen et stocke toutes nos données personnelles à perpétuité dans les banques informatiques du gouvernement, et si vous n’abolissez pas l’industrie de l’armement tournée vers le profit, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’appelez pas à la poursuite judiciaire de ces leaders, y compris George W. Bush et Barack Obama, qui s’engagent dans des actes agressifs de guerre préventive, ce qui constitue un acte criminel au regard des lois de Nuremberg, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne vous tenez pas aux côtés des opprimés à travers le monde vous n’êtes pas socialiste. Les socialistes ne trient pas sur le volet qui, parmi les opprimés, il est de bon ton de soutenir. Les socialistes comprennent que vous devez vous tenir aux côtés de tous les opprimés ou d’aucun d’eux, qu’il s’agit là d’un combat à l’échelle mondiale pour la survie contre une tyrannie corporatiste à l’échelle mondiale. Nous vaincrons lorsque nous serons unis, que nous percevrons le combat des travailleurs de Grèce, d’Espagne et d’Égypte comme étant notre propre combat.

 

Si vous n’exigez pas le plein emploi et la syndicalisation des milieux professionnels vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’exigez pas un système de transports collectifs peu coûteux, particulièrement dans les quartiers pauvres, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’exigez pas un système de santé universel à payeur unique et l’interdiction des corporations de soins de santé à but lucratif, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne portez pas le salaire minimum à 15 dollars de l’heure vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’êtes pas disposé à accorder un revenu hebdomadaire de 600 dollars aux chômeurs, aux handicapés, aux parents au foyer, aux personnes âgées et à ceux qui ne sont pas en mesure de travailler vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’abrogez pas les lois anti-syndicales, comme le « Taft-Hartley Act »(loi de 1947 qui régit les relations entre syndicat et patronat), et les accords de libre-échange internationaux comme le TAFTA, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne garantissez pas une pension de retraite à tous les américains, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’appuyez pas l’octroi d’un congé maternité de deux ans, ainsi que la réduction de la semaine de travail sans perte de salaire et d’avantages sociaux, vous n’êtes pas socialiste.

 

Si vous ne supprimez pas le « Patriot Act » et la section 1021 du « National Defense Authorization Act » (loi sur l’autorisation de défense nationale) ainsi que l’espionnage des citoyens par le gouvernement et l’incarcération de masse, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne mettez pas en place des lois interdisant toute forme de violence masculine contre les femmes et qui criminaliseraient le proxénétisme et la traite des prostituées sans criminaliser les victimes exploitées, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’êtes pas pour le droit des femmes de contrôler leur propre corps, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’êtes pas pour l’égalité totale de notre communauté LGBT, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne déclarez pas que le réchauffement climatique est une urgence nationale et mondiale et que pour sauver la planète, il faudra réinvestir dans les énergies renouvelables à travers des investissements publics et mettre un terme à notre dépendance aux énergies fossiles, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne nationalisez pas les services publics, dont les chemins de fer, les compagnies énergétiques et les banques, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne soutenez pas des aides financières gouvernementales pour les arts et la radiodiffusion publique en vue de créer des lieux où la créativité, l’expression libre et les voix dissidentes puissent être vues et entendues, vous n’êtes pas socialiste.

 

Si vous n’annulez pas notre programme d’armement nucléaire pour construire un monde sans nucléaire, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne démilitarisez pas notre police, c’est-à-dire que la police ne portera plus d’armes lorsqu’elle patrouillera dans nos rues mais dépendra d’unités spéciales armées qui n’interviendront qu’au cas par cas, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne soutenez pas des programmes de formation et de réhabilitation gouvernementaux destinés aux pauvres et aux prisonniers, ainsi que l’abolition de la peine de mort, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’accordez pas la pleine citoyenneté aux travailleurs sans papiers, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne décidez pas un moratoire sur les saisies immobilières, vous n’êtes pas socialiste. Si vous n’offrez pas la gratuité scolaire de la petite enfance à l’université et que vous n’effacez pas toutes la dette étudiante, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne fournissez pas de soins psychiatriques gratuits et gérés par l’état, particulièrement à ceux qui sont enfermés dans nos prisons, vous n’êtes pas socialiste. Si vous ne démantelez pas notre empire et que vous ne rapatriez pas nos soldats et nos Marines, vous n’êtes pas socialiste.

 

Les socialistes ne sacrifient pas les faibles et les vulnérables, surtout les enfants, sur l’autel du profit.  Et la mesure d’une société prospère pour un socialiste ne se fait pas en fonction du PNB ou des hausses de la Bourse mais du droit de chacun, surtout des enfants, de ne jamais se coucher le ventre vide, de vivre en sécurité, d’être nourri et instruit et de grandir pour s’épanouir.

 

Le travail n’est pas uniquement une question de salaire. C’est aussi une question de dignité et d’estime de soi.

 

Je ne fais pas preuve de naïveté quant aux forces déployées contre nous. Je connais la difficulté de notre lutte. Mais nous ne réussirons jamais si nous tentons de composer avec les structures du pouvoir actuelles. Notre force réside dans notre fermeté et notre intégrité. Elle réside dans notre aptitude à nous tenir à nos idéaux ainsi qu’à notre détermination à nous dévouer pour ces idéaux. Nous devons refuser de coopérer. Nous devons marcher au son d’une musique différente. Nous devons nous rebeller. Et nous devons comprendre que la rébellion ne s’effectue pas pour ce qu’elle accomplit mais pour qui elle nous permet de devenir. La rébellion, dans cette sombre époque, nourrit l’espoir et la capacité d’aimer. La rébellion doit devenir notre vocation.

 

« Vous ne devenez pas « dissident » uniquement parce que vous avez un beau jour décidé de vous engager dans cette voie fort insolite », disait Vaclav Havel quand il combattait le régime communiste en Tchécoslovaquie. Vous y êtes amené par votre sens des responsabilités conjugué à un ensemble complexe de circonstances extérieures. Vous êtes banni des structures existantes et placé dans une position de conflit vis-à-vis de ces mêmes structures. Cela commence par une tentative de faire votre travail correctement et puis vous finissez par être considéré comme un ennemi de la société. …Le dissident ne joue absolument aucun rôle dans le domaine du pouvoir proprement dit. Il ne recherche pas le pouvoir. Il n’a nullement l’intention de briguer un poste et de recueillir des voix. Il ne cherche pas à séduire le public. Il n’offre rien et ne promet rien. Il peut offrir — à tout le moins — sa propre peau et cela uniquement parce qu’il ne dispose pas d’un autre moyen de faire entendre la vérité qu’il défend. Ses actions ne font qu’articuler sa dignité en tant que citoyen, quel que soit le prix à payer. »

 

Ces forces néolibérales sont en train de détruite la terre à toute vitesse. Les calottes polaires et les glaciers fondent. Les températures et le niveau des mers s’élèvent. Des espèces disparaissent. Des inondations, des ouragans monstrueux, des méga-sécheresses et des incendies de forêts ont commencé à dévorer la planète. Les grandes migrations de masse prévues par les scientifiques ont commencé. Et même si nous mettions fin à toutes les émissions de CO2 aujourd’hui, nous subirions quand même les conséquences catastrophiques du changement climatique. Et surgissant de ce monde en désintégration, apparaît la violence nihiliste caractéristique des sociétés qui s’effondrent — des tueries de masse sur notre sol et des persécutions religieuses, des décapitations et des exécutions commises par des individus que le néolibéralisme et la mondialisation ont diabolisés, attaqués et réduits à l’état de déchets humains.

 

Je ne peux vous promettre que nous allons gagner. Je ne peux même pas vous promettre que nous allons survivre en tant qu’espèce. Mais je peux vous promettre que défier ouvertement et de manière constante le capitalisme mondial et les marchands de la mort, tout en construisant un mouvement socialiste, constitue notre seul espoir. Je suis parent, comme beaucoup d’entre vous. Nous avons trahi nos enfants. Nous avons gâché leur avenir. Et si nous nous soulevons, même si nous échouons, les générations futures, particulièrement ceux qui nous sont chers, pourront dire que nous avons essayé, que nous nous sommes dressés et que nous nous sommes battus pour leur survie. L’appel à la résistance, qui ne se fera pas sans désobéissance civile et sans emprisonnement, est finalement un appel à la moralité. La résistance ne réside pas dans ce que nous accomplissons mais dans ce qu’elle nous permet de devenir. Finalement, je ne combats pas les fascistes parce que je vais les vaincre. Je combats les fascistes parce que ce sont des fascistes.

 

Chris Hedges


Traduction: Héléna Delaunay

 

Source : Chris Hedges,  Le Partage, 03/10/2015

98 ans

 

Publié le 7 Novembre 2015

oui, il y a 98 ans,
le 07 novembre 1917
98 ans
 
Le peuple Russe s'engageait dans une nouvelle voie.
 
Ouvert par les femmes révolutionnaires à partir du 08 mars d'ici (février de là-bas) le chemin, parsemé d'embûches en tous genres, de chausse-trappes, de trahisons d'embuscades blanches et d'agressions des forces impérialistes (dont la France en tête de colonne) puis fascistes, construira une autre société qui durant des années parviendra à hisser les peuples de Russie rassemblés en une URSS où "S" n'était pas "solférinocratie"  mais le mot "socialisme" et "soviétiques" comme marque des "conseils" lieux voulus du pouvoir populaire.
 
Un espoir réalisé qui s'effondrera faute d'avoir su conserver actif ses principes fondateurs, et qui dans une fuite autocratique a tourné le dos à l'exigence de contrôle permanent par le peuple du choix de ses dirigeants, des orientations et objectifs.
 
Hors des messes en actions de grâce télévisuelles, des réjouissances des vaincus de 17 vainqueurs à coup sur temporaire d'aujourd'hui, souhaitons contre vents et marées un bon annivresaire à l'espoir que 17 a concrétisé. Hommage aux peuples soviétiques unis à leur Armée Rouge qui sera l'élément majeur de la défaite nazie, hommage aux communistes fidèles au choix de Lenine en gare de pétrograd de février et de la prise du palais d'hiver en novembre.
 
Comme le disait un plus que frère de combat de Canaille le Rouge, "la braise reste rouge sous les cendres".
 
Soufflons le feu de notre forge pour remettre le fer à rouge.
 
Pour marquer l'évènement, Canaille le Rouge vous offre un quart d'heure d'"Octobre" de SM Eisenstein
 
 

Rédigé par Canaille Lerouge

Il nous faudrait plus d’Europe ? Sans blague !

 

7 novembre 2015 by 

Il nous faudrait plus d’Europe ? Sans blague !Problèmes de démocratie ? « Il faut plus d’Europe ». Problèmes d’intégration ? « Il faut plus d’Europe ». Problèmes économiques ? « Il faut plus d’Europe ». Problèmes sociaux ? « Il faut plus d’Europe ». Le mot Europe est devenu un vrai joker. Lorsqu’on manque de quelque chose, il suffit d’ajouter le mot Europe et le discours devient subitement cohérent.

Chacun d’entre nous peut donner le sens qu’il souhaite au mot Europe. De toute manière, aucun dictionnaire ne peut en donner une signification exacte si ce n’est la définition géographique.

Qu’est-ce que l’Europe ? Évitons, faute de temps, de retracer les derniers millénaires d’histoire et limitons-nous uniquement au XXème siècle et aux premières années de ce XXIème siècle.

Dans la seule première moitié du XXème siècle, l’Europe du capital a déclenché les deux pires guerres que notre planète n’ait jamais connues : la Première et la Seconde Guerre mondiale. Au cours des années suivantes, sans nous arrêter sur les politiques coloniales menées et encore appliquées par certains pays européens, l’Europe a été le terrain d’affrontements entre deux pays non européens, les États-Unis et l’Union soviétique. Les États-Unis ont lancé le plan Marshall puis la machine militaire de l’OTAN pour placer l’Europe de l’ouest dans leur sphère d’influence, obligeant l’URSS (qui souhaitait à l’origine une zone-tampon constituée d’États neutres et démilitarisés entre elle et la France) à créer un glacis de pays socialistes, puis le pacte de Varsovie.

Avec la chute de l’Union Soviétique, l’Union européenne a pris un malin plaisir à faire exploser un des États européens les plus complexes, la Yougoslavie. Les bombardements et les massacres commis avec l’assentiment voire la collaboration active de nos « amis étasuniens » ont créé les bases culturelles d’une Europe qui se rapproche de celle du XXIème siècle.

La déstabilisation concomitante de toute une région a engendré le processus de balkanisation de toute une région et attisé les haines, ethnique et religieuse. Une « victoire » à mettre au crédit de l’Europe du capital…

Derniers exemples en date : la Libye et les bombardements qui ont mis fin aux progrès économiques initiés par la Jamahiriya, la tentative de déstabilisation de la Syrie (à des fins humanitaires, cela va de soi…) ou encore l’appui des nazis et des fascistes ukrainiens qui massacrent leur propres concitoyens dans l’est du pays pour rendre service à quelques fanatiques occidentaux.

Dans les moments de grande difficulté interne, le comportement européen est encore plus embarrassant. Un pays (par exemple la Grèce) souffre économiquement ? Ce sera le moment de se présenter sur place en position de force et de le contraindre à brader son propre patrimoine. Un pays est en difficulté face à l’afflux de migrants qui fuient « l’arrivée de la démocratie » apportée par les États-Unis et l’Union européenne ? Laissons-le se débrouiller. Et, depuis une quelconque conférence de presse dans un quelconque palais de verre à Strasbourg ou Bruxelles, nous l’accuserons de nazisme et de fascisme puisqu’il doit affronter seul un problème plus grand que lui.

Honnêtement, quelle Europe souhaitons-nous maintenant ? Une Union Européenne supranationale « sociale » qui n’existe pas à l’évidence, ou une construction internationaliste qui laisse à chaque Nation sa souveraineté (comme le fait l’ALBA en Amérique Latine !) en poursuivant l’œuvre des  humanistes, du refus de la guerre impérialiste porté par Jaurès et les bolchéviks, de la Révolution russe (que Lénine lui-même présentait comme une sortie de l’Asie, à l’époque totalement arriérée, et une entrée dans l’Europe  des Lumières), de la résistance antifasciste et de l’anticolonialisme.

Imaginez si un Australien se réveillait demain avec l’idée saugrenue qu’il faille plus d’Océanie… Tout le monde se demanderait à quoi cela servirait. Il serait peut-être temps, lorsqu’on entend la fameuse ritournelle selon laquelle « il faudrait plus d’Europe », de se demander de quelle Europe il s’agit au juste.

Capitaine Martin

La réflexion du jour, octobre rouge en novembre… jamais je n’oublierai que je vous dois ce que fut ma vie…

06 Novembre 2015
 

Jamais je n’oublierai que c’est au sacrifice de vos 26 millions de morts que je dois d’avoir vécu. Alors que mon sort était de finir avec ces milliers d’enfants juifs dans les camps de la mort… Je vous dois cette vie qui fut magnifique parce que consciente de la nécessité du combat contre toutes les exploitations, les injustices…

 

Cette vie qui arrive à son épilogue je vous la dois de multiple façon, d’abord parce que sans vous je n’aurais pas survécu, mais aussi parce que vous m’avez enseigné la lutte, la résistance, le refus de me mettre à genoux… Et enfin parce que vous et les travailleurs qui partout vous battiez pour un monde meilleur, vous avez créé les conditions de la peur des capitalistes et cela s’est traduit par la santé, l’éducation, tout ce dont ceux de ma génération ont bénéficié… Ils ont eu peur et ils nous ont accordé un peu de répit…

 

Oui mais voilà il est peut-être temps de s’inspirer de votre exemple et de refuser le fascisme, l’exploitation, l’injustice, le racisme, tous les racismes… Nous sommes tous condamnés à mort, mais le vrai sens de notre mort comme de la votre est ce que nous aurons fait de notre vie.

 

Danielle Bleitrach

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Publié par Jean Lévy

« Marx au XXIe siècle, l’esprit et la lettre » samedi 7 novembre à la Sorbonne

 "Marx au XXIe siècle, l’esprit et la lettre" samedi 7 novembre à la Sorbonne
 "Marx au XXIe siècle, l’esprit et la lettre" samedi 7 novembre à la Sorbonne

Séminaire hebdomadaire sous la responsabilité de Jean Salem,

co-organisé par Anne Durand, Rémy Herrera et Aymeric Monville

Les 175 membres du Comité de parrainage du séminaire ‘Marx au XXIe siècle

samedi 7 Novembre 2015,

de 14h à 16h

par Christine LÉVY

Maîtresse de conférences en études japonaises à l’Université Bordeaux-Montaigne

Marxisme et féminisme au Japon

à la Sorbonne

amphithéâtre Lefebvre

entrée conseillée : 14, rue Cujas,

Galerie Jean-Baptiste Dumas,

escalier R, 1er étage

10 années d’Archives audio et vidéo du Séminaire ‘Marx au XXIe siècle’ (2005-2015) disponibles à l‘adresse suivante :

http://jeansalem.fr/fr_FR/seminaires/marx-au-xxie-siecle/

Elections régionales décembre 2015

Nous n’en serons pas ! Point de vue de la section de l’ouest-biterrois

 

par  Christian Harquel 

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Plus le parti communiste perd le soutien populaire plus sa direction l’enlise dans la recherche d’accords aux sommets entre organisations politiques très peu représentatives, plus il s’éloigne de son électorat traditionnel.

 

De l’union de la gauche à la gauche plurielle, des CUAL au front de gauche, du front de gauche à la gauche…élargie, le parti communiste ne semble pas avoir tiré les leçons de ses échecs, pas plus de ceux en Europe, dont les belles promesses se sont fracassées, tel Syriza, sur la réalité de la lutte de classe.

 

Mais quel besoin le parti communiste a-t-il de se saborder ?

 

Nous voilà repartis en Languedoc-Roussillon-Midi Pyrénées dans une énième mouture de ces rassemblements de formations politiques groupusculaires, à vocation essentiellement électorale qui conduisent soit à l’isolement à la gauche de la gauche soit au ralliement à la social-démocratie, à coup sûr à la liquidation du parti communiste et à l’éloignement de l’alternative révolutionnaire qu’il a vocation à porter.

 

Et pourtant la France n’a jamais été autant infectée par le capitalisme. Un capitalisme mondialisé dont les convulsions entrainent notre pays dans une irréversible crise globale.

 

Un capitalisme qui irradie toutes les sphères de l’activité humaine même les plus intimes jusqu’au sommet de l’Etat.


Sur ce terreau là, peuvent naître les pires aventures si n’est pas portée avec urgence la nécessité d’une alternative à ce système.


Or le capitalisme est un système de classe. Les rapports sociaux y sont régentés par des rapports d’exploitation et de domination.

 

Tout projet à visées émancipatrices qui occulterait cette réalité est voué à l’échec. 

(voir ici : pour une nouvelle république populaire et sociale)


Construire des rassemblements en dehors ou à côté de ces rapports de classe ne peut déboucher que sur de nouvelles déceptions. 

(voir ici : quel rassemblement pour quoi faire ?)

 

Avec l’épisode des chemises d’Air-France la lutte de classe a ressurgi et les masques sont tombés. Chacun a pris sa place : la droite, le FN et le parti socialiste du côté du patronat, le parti communiste du côté des travailleurs. Et la même chose sur le plan syndical.

 

La lutte de classe doit être au cœur du rassemblement que les communistes doivent initier. Les communistes doivent mettre toutes leurs forces à aider à rassembler le salariat sur ses intérêts de classe pour mener avec lui la lutte politique jusqu’à son terme.


Au contraire s’enfermer dans une opposition droite/gauche c’est porter essentiellement la bataille politique sur le terrain électoral où la bourgeoisie a déjà tout verrouillé, c’est se couper d’une partie importante du monde du travail qui ne s’y reconnait plus, c’est passer à côté de la réalité des rapports sociaux et ne pas permettre des rassemblements à la hauteur des enjeux.


Quant à l’opposition aux politiques dites d’austérité dont on veut faire le cœur du rassemblement, elle souffre de plusieurs ambigüités : d’abord celle de ne pas dire ce que l’on fera à la place, celle de laisser croire qu’il suffirait de changer de majorité parlementaire pour régler la situation mais surtout celle de qualifier « politique d’austérité » ce qui n’est que soutien à l’accumulation capitaliste et donc d’occulter l’affrontement de classe qu’elles portent.

 

Projeter les espoirs de changements prioritairement sur le terrain électoral dans une « démocratie » complètement verrouillée peut devenir une erreur tragique dont les Grecs mais aussi les Français et tout récemment les Portugais ont fait l’expérience.


Quand les votes sont bafoués et les peuples méprisés chaque fois que le résultat du scrutin met en cause les intérêts des puissances d’argent n’est-ce pas cautionner un simulacre de démocratie que de jouer le jeu électoral ? Alors que l’on sait que le résultat qui en sortira produira toujours les mêmes politiques au service des mêmes intérêts.

 

Ce n’est pas vrai pour les élections locales ? 

 

Eh bien la réforme des collectivités territoriales se charge d’y remédier. Déjà le cadre, les compétences et les moyens financiers ont été mis en place par le pouvoir socialiste pour mieux répondre aux besoins d’accumulation capitalistes. (Attractivité des territoires comme ils disent). Il ne reste plus qu’à décider de la couleur des murs. On peut faire confiance au mode de scrutin pour qu’il n’y ait pas de faute de gout.

 

Ainsi se met en place un réaménagement de nos territoires pour les livrer aux appétits des banques et des multinationales et les soumettre à concurrence dans une Europe où le capitalisme fait la loi. Après la nation, c’est tout le tissus des collectivités de proximité : communes, départements et maintenant régions qui échappent aux décisions des citoyens.


Alors faut-il accepter de concourir à ceux qui seront les meilleurs gérants d’une telle situation ? Ou faire croire à la possibilité de changer les choses de l’intérieur ?

 

Il est temps d’arrêter les hypocrisies. Il est temps de dire clairement la vérité aux citoyens.

 

Beaucoup de nos électeurs ont déjà compris cela qui ont déserté le chemin des urnes. 

Faut-il abandonner le combat électoral ? Non mais le subvertir. Des exemples ne manquent pas comme celui des candidats communistes aux cantonales de 2011 à Capestang !

Publié par Michel El Diablo

STALINIEN, MOI NON PLUS : à propos du documentaire de Costelle et Clarke (une tribune libre de Jérôme Leroy)

STALINIEN , MOI NON PLUS : à propos du documentaire de Costelle et Clarke (une tribune libre de Jérôme Leroy)

Il faudrait donc avoir honte d’être communiste. Le monumental opus de Daniel Costelle et Isabelle Clarke sur Staline devrait, sur le champ, faire rentrer sous terre tous ceux qui n’y sont pas déjà et croient encore à l’horizon radieux de la société sans classe ou se répètent cette phrase du Manifeste que je continue à trouver la plus belle qui soit pour résumer l’idéal communiste : « Une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». Ou, pour dire les choses autrement : « On ne pourra jamais être heureux tout seul. »

Eh bien, je n’ai pas honte. Le stalinisme est un effroyable moment historique. Il a tout de même permis, au passage, de vaincre le nazisme mais cela ne suffit pas, c’est entendu, à dédouaner celui qui est présenté, à juste titre dans le documentaire, comme un des plus grands criminels de masse du vingtième siècle.  Seulement, voilà, j’ai du mal à faire le lien entre ce que je connais de l’engagement communiste, des camarades que je côtoie et le Petit Père des Peuples. Après tout, je suis né pile un mois après la mort de Thorez et je n’avais pas 12 ans quand le PCF a abandonné la dictature du prolétariat au XXIIe congrès, en 1976.

Il ne s’agit pas, encore une fois, de minorer l’horreur stalinienne mais de se demander en quoi elle concernerait spécifiquement les communistes français ou européens des années 70, 80, 90 et 2000. J’ai bien dit « spécifiquement ». Je m’explique : nul besoin d’être communiste pour être stalinien aujourd’hui, ou avoir des comportements de type stalinien. Dans son livre de 2007, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, Badiou définissait un « transcendantal pétainiste », c’est-à-dire un corpus d’idées, de comportements qui se sont particulièrement incarnées dans Pétain mais qui ont existé avant lui et après lui.

Il y a de même, à mon avis, un « transcendantal stalinien » qui s’est incarné dans Staline et le stalinisme mais qui, hélas, ne se limite pas à eux. Si l’on entend par stalinisme, comme le montre le documentaire de Costelle et Clarke, une vision totalitaire du monde, le désir de créer un homme nouveau pour l’adapter à ce monde – le tout servi par des mécanismes intellectuels qui interdisent toute pensée dissidente et même l’expression audible de cette pensée dissidente –, alors je ne peux que constater que le libéralisme, dans ses phases aiguës, emprunte à l’occasion au stalinisme.

Il se présente comme sans réplique et comme horizon indépassable de l’humanité, et je ne connais pas de phrase plus stalinienne, par exemple, que le TINA de Margaret Thatcher, « There is no alternative », pour justifier la mutation à marche forcée du Royaume-Uni vers la fin du Welfare State.

Tout récemment encore, l’épisode grec nous a appris ce qu’il en coûtait de vouloir sortir du modèle austéritaire. Quoi que dise ou répète le peuple dans les urnes, l’UE lui opposait que ce ne serait pas possible. Et si analogie historique il y a pour parler de la manière dont les banques ont fait rentrer Tsipras dans le rang, il me semble que la plus pertinente est justement celle de l’URSS envahissant « les pays frères » qui montraient des velléités de changement. Par exemple la Tchécoslovaquie en 68, dont le « stalinien » Aragon, précisons-le au passage, a dit que c’était un « Biafra de l’esprit » : Dubcek avait eu l’arrogance d’opposer aux hiérarques de Moscou l’idée d’un communisme à visage humain comme Tsipras a eu l’arrogance de prétendre à une Europe sociale quand cette dernière se veut avant tout libérale.

Différence de degré dans la violence, évidemment. De nature cela reste à prouver, sinon comment expliquer que 1984 d’Orwell, à l’origine fable antistalinienne, nous donne chaque jour un peu plus l’impression que c’est de notre monde, ici et maintenant, qu’il est question.

Jérôme LEROY

écrivain

SOURCE : Causeur.fr

 

B.T : Le concept d'homme nouveau cher aux staliniens n'est pas très étranger à cet homme européen que l'on veut faire émerger aux forceps faisant fi des réalités de longue durée que sont la nation, l'histoire, les mentalités, la culture, en un mot notre référentiel forgé en commun.

 

Le libéralisme, c’est le renard libre dans le poulailler libre

La nation française est-elle née le 14 juillet 1789 ? par Georges Gastaud

 

04 Novembre 2015

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Par Georges Gastaud, auteur de Patriotisme et internationalisme

 

De divers côtés, y compris chez certains intellectuels progressistes engagés dans la lutte patriotique contre l’UE, on voit ressurgir l’antienne selon laquelle la nation française n’aurait véritablement émergé qu’avec la Révolution française. Bien entendu, il n’est pas faux de considérer que, sous sa forme éminente et pleinement « constituée » (pour reprendre un adjectif célèbre de l’Abbé Grégoire), la France n’est devenue une véritable communauté nationale qu’avec l’engagement des « Patriotes » contre l’Ancien Régime ; il n’est que trop clair en effet que la prise de conscience nationale du peuple français n’a pris toute sa portée universaliste que sur le champ de bataille de Valmy où « l’armée des savetiers et des avocats » a terrassé l’armée professionnelle des rois européens coalisés au cri mille fois répété de « Vive la Nation ! ».

 

Bien entendu, il est bon face aux Le Pen et autres Sarkozy de clamer cette vérité que la véritable constitutionde l’Etat-nation s’est faite dans la dynamique antimonarchique, anticléricale et antiseigneuriale de la Révolution bourgeoise démocratique de 1789/1795. Pourtant, l’idée que la nation française commencerait vraiment… à la fin du 18ème siècle, ne résiste pas à l’analyse historique. Pire, elle comporte de sérieux dangers politiques qui risquent paradoxalement, à contre-courant de leurs intentions « radicales », de faire dévier vers la droite « républicaine » les progressistes. Rabattre la conception marxiste, matérialiste et prolétarienne de la nation, sur la conception formaliste et bourgeoise, dite « républicaine », de la nation, c’est ce qui ne peut en effet manquer d’arriver à ceux qui, croyant faire acte d’antinationalisme radical, refusent de prendre en compte le processus pluriséculaire, si ce n’est millénaire, de gestation de la nation bourgeoise ; et a fortiori de ceux qui voudraient ignorer la formation en longue durée de la nation populaire s’extrayant peu à peu de la première jusqu’à finir par s’opposer à elle à mesure que la grande bourgeoisie « française », entretemps devenue impérialiste et réactionnaire, dissout la nation française dans le bain d’acide de l’Union euro-atlantique pour obtenir, en contrepartie de cette décomposition nationale, une place au soleil dans la mondialisation néolibérale.

 

I – Non la nation française n’est pas née le 14 juillet 1789 !

 

Certains amis et camarades qui confondent l’ETAT-nation avec la nation elle-même ou qui tirent une conclusion erronée de l’idée que la genèse des nations est intrinsèquement liée à la montée en puissance du capitalisme et de la bourgeoisie en viennent à considérer que 1789 est le moment où la nation, non pas se constitue en Etat-nation fondée (du moins en principe) sur la souveraineté nationale et populaire, mais en « nation tout court ».

 

Faisons-leur observer qu’un Etat-nation légitime, c’est-à-dire démocratiquement constitué, présuppose une nation déjà existante, ou du moins « en formation », et non pas l’inverse et que c’est beaucoup trop accorder aux Etats bourgeois que de leur concéder le titre de créateurs de leurs nations respectives.

 

Par ex. il n’y a pas actuellement d’Etat palestinien de plein exercice (chacun voit que Gaza et Ramallah sont sous tutelle étroite de l’ennemi israélien et que tout l’enjeu est d’unifier l’Etat et de lui conférer unité territoriale et pleine souveraineté territoriales). Pourtant qui ne voit, si ce n’est Netanyahou et ses colons, que, même dépourvue d’un Etat véritable, la nation palestinienne existe depuis belle lurette ? Et l’on pourrait en dire autant des Kurdes, dispersés en trois Etats qui les oppriment à des degrés inégaux, des Russes, qui se sentaient tels bien avant que la Crimée (ou le Donbass russophone ?) ne soi(en)t démocratiquement détachée(s) de l’Ukraine à laquelle l’(les) avait artificiellement rattachée(s) Khrouchtchev, ou encore des nations coréenne ou vietnamienne, qui vivaient l’une et l’autre coupées en deux dans des structures étatiques que tout oppose ou opposait, sans parler des Chinois du continent ou de Hong-Kong, Taïwan et Macao, etc. dont les éléments patriotiques aspirent tous à se regrouper dans la République populaire de Chine. Si l’hypothèse inverse était vraie, si l’Etat-nation et la nation coïncidaient, il suffirait de détruire l’Etat pour détruire la nation qui lui correspondait et au final, il n’y aurait aucune raison de protester puisqu’il serait aberrant dans cette occurrence de vouloir rendre un Etat à une nation qui aurait cessé d’exister ! Bref, la notion même d’oppression nationale deviendrait impensable !

 

En outre, l’idée marxiste et bien fondée que la formation des nations proprement dites[1] accompagne l’émergence de la bourgeoisie et du capitalisme ne peut en aucune façon justifier l’idée que la nation française « commence » en 1789. La première grande émergence historique de la bourgeoisie – alors progressiste et assez largement liée au peuple travailleur des villes – s’opère en France dès le 11ème siècle avec l’apparition ô combien révolutionnaire, tumultueuse, antiseigneuriale et bien souvent anticléricale – des « jurées-Communes » médiévales, surtout en Picardie, notamment à Laon et Beauvais. Si l’on ne confond pas naïvement la construction monarchique de la France avec la féodalité seigneuriale, si l’on se rappelle que les rois capétiens centralisateurs[2] se sont constamment appuyés sur les bourgeoisies urbaine et rurale pour tenir en laisse les grands féodaux et leurs appuis étrangers (notamment anglais), alors on comprend que la bourgeoisie et la monarchie – de manière certes très discontinue – ont souvent eu partie liée et que la construction de la France monarchique, l’extension constante du « domaine royal » au détriment des grands vassaux grondant contre « Paris », est d’emblée porteuse d’un contenu partiellement bourgeois[3] et par ce biais, partiellement… national. Je l’ai montré par ailleurs dans un article de Marxisme et universalismeconsacré à la signification nationale de la bataille de Bouvines (1214), cette première manifestation d’un patriotisme populaire où se mêlent encore inextricablement, comme c’était inévitable, l’allégeance à la dynastie capétienne et un début, si confus soit-il, de sentiment national. N’oublions pas qu’à Bouvines, où Philippe-Auguste dut affronter à la fois l’Anglais Jean Sans-Terre, l’Empereur germanique Otton, le Comte de Flandres et certains grands féodaux « français » révoltés, c’est l’alliance du roi parisien et des milices communales bourgeoises qui sauveront la France capétienne aux cris de « Commune, Commune ! » : ce qui devrait a prioriintéresser des communistes capables de dégager ce fil bleu, blanc, rouge de notre histoire qui mène, de manière aussi chaotique et interrompue que l’on voudra, des Communes médiévales protégées par le roi (et le protégeant), à la première Révolution bourgeoise – confinée à Paris – d’Etienne Marcel (1358, invention du « chaperon rouge » comme signe de reconnaissance des révolutionnaires !) mollement alliée à la Grande Jacquerie du Nord[4] jusqu’à la Commune insurrectionnelle de 1793 qui sera l’ultime refuge de Robespierre…

 

Bref, il faut distinguer entre les formes achevées de la nation française, qui ne prend pleinement conscience d’elle-même qu’en 1789[5], et les formes balbutiantes, inconséquentes, encore entachées d’esprit féodal, de religiosité[6] et d’esprit dynastique, qui ont accompagné la montée multiséculaire de la bourgeoisie pendant les longs siècles de la centralisation monarchique ? En tout cas, il faut entendre ce qu’en disait le médiévisteMarcelin Defourneau[7] :

 

« L’idée d’une France supérieure à ses divisions féodales et régionales était bien vivante déjà quand Turold écrivait ou récitait les vers de la Chanson de Roland. Mais le sentiment patriotique se confondait alors pour une large part avec l’attachement au souverain et la fidélité au « naturel seigneur ». La Guerre de Cent Ans, ses vicissitudes et ses misères ont donné au sentiment national une vigueur et, peut-on dire, une physionomie nouvelles. Née comme un conflit dynastique et féodal, la guerre a pris, du fait surtout de l’occupation étrangères (N.D.G.G. : par les troupes anglaises du Duc de Bedford allié à la faction féodale des Bourguignons) un caractère de plus en plus national ; elle a cessé d’être la querelle de deux rois entraînant derrière eux leurs vassaux, auxquels les engagements souvent contradictoires du lien féodal pouvaient laisser une certaine liberté de choix. Par ses arrêts, le Parlement de Paris affirme que toute la nation est engagée dans la lutte – et non pas seulement ceux qui combattent sur les champs de bataille. La nationalité impose par elle-même des devoirs impérieux, supérieurs même à ceux qui naissent de la foi religieuse. Il n’y a pas de neutralité possible et les convenances personnelles, fussent-elles justifiées par les raisons morales les plus fortes, ne peuvent prévaloir contre l’intérêt de la nation ».

 

Ne pas voir que la nation française s’enracine dans des processus historiques très antérieurs à 1789 a des conséquences politiques redoutables. D’abord on va abandonner des figures populaires-nationales (pour parler comme Gramsci) essentielles à l’ennemi de classe, y compris aux fascistes.

 

Ainsi de Jeanne d’Arc. Alors que la Pucelle (que l’occupant anglais traitait de « Putain des Armagnac ») a joué un rôle central dans la relégitimation national-populaire de la dynastie capétienne et dans l’émergence d’une guerre de partisans contre l’occupant, alors que c’est l’Eglise de France, collaboratrice du Duc de Bedford qui a envoyé Jeanne au bûcher en maquillant cette condamnation politique en un délit d’hérésie, trop de gens de gauche ignorants et goguenards continuent de moquer cette fervente catholique de 19 ans morte héroïquement pour libérer notre pays. Alors que Georges Dimitrov (le secrétaire général de l’Internationale communiste) appelait les communistes français en 1935 (VIIème Congrès du Komintern) à revendiquer cette figure héroïque, à surtout ne pas l’abandonner aux fascistes, monarchistes et autres cléricaux, alors que le PCF de Thorez-Duclos a pendant longtemps organisé des rassemblements populaires devant la statue équestre de Jeanne, quelle pitié, quelle honte que de voir aujourd’hui la totalité de la gauche ou presque abandonner Jeanne à Le Pen, c’est-à-dire aux héritiers antinationaux de Versailles, de Vichy, de l’O.A.S. et des éléments les plus intégristes de la hiérarchie catholique qui firent griller la grande combattante populaire en la traitant de « sorcière » !

 

Et au-delà de Jeanne, comment ne pas voir qu’il est politiquement et syndicalement grave, par ignorance crasse de notre histoire nationale[8], de sous-estimer lourdement l’ampleur du démontage national que met en œuvre le Parti Maastrichtien Unique (PS, UDI, ex-UMP, une bonne partie d’Europe-Ecologie) dans le cadre du glissement aux « Etats-Unis d’Europe », au Pacte Transatlantique, à l’euro-länderisation du territoire, etc. Ce ne sont pas seulement en effet les conquêtes du CNR et du Front populaire que démantèlent les Sarkozy, Hollande et Cie sous la haute supervision de Bruxelles, de la Banque de Francfort, du MEDEF et de l’OMC ; certes, l’intégration européenne – synonyme de désintégration de la nation populaire – s’attaque d’abord à des conquêtes ouvrières et démocratiques obtenues depuis 1945 (Sécurité sociale, statuts publics, conventions collectives, nationalisations, retraites par répartition, Code du travail, CNRS, tout cela dû aux ministres communistes Croizat, Thorez, Paul, Tillon, etc.), depuis 1936 (limitation légale nationalement fixée du temps de travail, nationalisation de la SNCF…), depuis 1905 et 1901 (séparation de l’Etat et des Eglises, loi démocratique sur les associations et les mutuelles…), depuis 1793 (République une et indivisible, Communes, départements, unicité de la loi sur tout le territoire), depuis 1789 (souveraineté nationale, secret de la correspondance …) ; mais elle s’attaque aussi de plus en plus violemment à des acquis civilisationnels antérieurs à 1789 :

 

  • par ex., que devient la tradition colbertienne (en France, c’est l’Etat monarchique qui a créé l’industrie et non les industriels privés) à l’heure du néolibéralisme européen et transatlantique qui interdit de fait les nationalisations et qui privatise jusqu’aux autoroutes, à la poste, aux aéroports, voire à la perception de certaines taxes (écotaxe) ?
  • Par ex., que devient le ministère de l’Equipement, créé sous une forme évidemment embryonnaire par…Sully (« Grand Voyer de France »), est désossé quand, pour « rembourser la dette » et « sauver l’euro », l’Etat ne remplace plus 6 fonctionnaires sur 7 dans ce ministère en pleine rétraction ?
  • Par ex. que devient le « français, langue de la République » (art. II de l’actuelle Constitution), qu’avait officialisée – contre le latin alors compris des seuls « clercs » – l’Ordonnance prise en 1539 par François 1er à Villers-Cotterêts à l’heure du tout-anglais transatlantique et de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires qui découpe notre territoire en 79 groupes de langues en réintroduisant la notion antirépublicaine –, grossièrement ethniciste et antinationale ! – de « minorités linguistiques » ?
  • Par ex. que devient la construction du territoire national[9] à l’heure des « euro-régions transfrontalières » et de l’irrédentisme des féodal-capitaliste des grands notables catalans, de la mafia corse séparatiste, des grands spéculateurs du Comté de Nice jaloux de leurs milliards, des milieux indépendantistes (riches !) savoisiens, du tropisme germanique de la haute bourgeoisie strasbourgeoise, de l’indépendantisme flamand réactionnaire persécutant les Wallons et revendiquant Lille et Dunkerque, des pseudo-Bonnets rouges[10]bretons maudissant « Paris » sous l’égide d’un MEDEF breton satellisant les éléments les moins conscients du prolétariat breton : qui ne voit que la contre-révolution maastrichtienne[11] déroule à l’envers le film de la construction nationale française, non seulement jusqu’à 1945, non seulement jusqu’à 1789, mais jusqu’à Bouvines et au compromis historique passé entre les Communes révolutionnaires et la monarchie capétienne alors partiellement progressiste ?
  • Faut-il également évoquer la perspective terriblement destructrice que représenterait, toujours sous l’égide de la « construction » euro-atlantique, la déconstruction, non seulement de la loi laïco-républicaine de 1905 (dans laquelle Jaurès joua un rôle crucial), mais la sournoise remise en cause de l’Edit de Nantes de 1610 par lequel Henri IV et le parti humaniste dit « des Politiques » (soutenu par Montaigne), mirent fin aux mortifères Guerres de religion entre « papistes » et « huguenots ». Cet Edit salvateur soulignait en effet que la qualité POLITIQUE de sujet du roi de France (aujourd’hui, de « citoyen », et demain de « citoyen-travailleur ») devrait désormais primer absolument sur l’appartenance religieuse à telle ou telle confession. C’est pourtant aux guerres de religion intercommunautaires et interethniques que l’on reviendrait en France si devaient triompher parallèlement les frères ennemis du communautarisme religieux et du nationalisme ethniciste représenté par le FN et par les « républi-Pen » de Sarkozy. La France a failli mourir de la Guerre de Cent Ans, puis des Guerres de religion du 16ème siècle. Défendre et approfondir la loi laïque séparant l’Etat des Eglises, et pour ce faire, défendre le statut de la fonction publique qui garantit l’indépendance du fonctionnaire d’Etat par rapport aux pouvoirs politiques, religieux et patronaux, défendre l’unité territoriale, les services publics et d’Etat, l’officialité administrative de la seule langue nationale sur tout le territoire, la collation des grades par l’Education nationale et par l’Université laïque et par elles seules, est donc proprement vital si l’on veut éviter que notre pays ne plonge tôt ou tard dans le chaos et le déshonneur en se déconsidérant et en se déconstituant à jamais aux yeux de tous les peuples. C’est pourtant à quoi le condamnerait assez vite l’avènement du front « national » et de ses alliés de la futur « U.M.’ Pen » : car cet avènement substituerait à l’affrontement potentiellement émancipateur entre les classes sociales la division sanglante et sans issue des Français selon leurs « origines » ethnico-religieuses réelles ou fantasmées.

Comprendre cela, ce n’est en rien « mettre de l’eau dans son vin », abjurer le marxisme et la révolution, c’est l’inverse : c’est comprendre que la défaite subie en 1989 par les héritiers de la Révolution d’Octobre ne pouvait qu’entraîner la remise en cause des acquis progressistes de la Révolution démocratique bourgeoise de 1789 et pire encore, que la contre-révolution en URSS et dans les pays socialistes d’Europe permettrait une offensive générale contre l’héritage des Lumières, du rationalisme cartésien, de l’humanisme renaissant bref, de l’héritage progressiste dont notre langue porte encore en elle la mémoire vive. La grande bourgeoisie oligarchique, devenue « réactionnaire sur toute la ligne » (dixit Lénineparlant du capitalisme parvenu au stade impérialiste) qu’elle menace désormais tous les acquis civilisationnels, et cela bien au-delà des frontières françaises. Il n’est que de voir comment la civilisation gréco-athénienne, née dans la lutte contre l’esclavage pour dettes (réformes de Solon et de Clisthène) et dans le refus de l’Empire perse, est actuellement foulée aux pieds par une Europe allemande qui vient précisément de rétablir l’esclavage pour dette, non pour tel ou tel individu, mais pour toute une nation, sans parler de la manière dont l’UE et l’OTAN soutiennent partout, dès lors qu’il s’agit de combattre des Rouges ou d’abattre un mouvement de libération national, les forces les plus obscurantistes, des néonazis au pouvoir à Kiev aux talibans utilisés comme « force-bélier » pour faire chuter le régime progressiste afghan et ses alliées soviétiques ! Il n’est que de voir aussi comment le combat le plus emblématique de Voltaire et des Lumières – la remise en cause de la torture – est battu en brèche à Guantanamo ou dans les prisons israéliennes, où l’on s’accorde le « droit » de torturer au nom de la « défense de la civilisation »…

 

A l’inverse, comprendre la portée multiséculaire de l’actuelle régression nationale, c’est montrer que le prolétariat marxiste, c’est-à-dire le mouvement pour le communisme né de Babeuf et porté au niveau scientifique grâce au marxisme (Varlin, Lafargue et Guesde) et au léninisme (Congrès de Tours) peut seul, dans les conditions modernes, relever la bourgeoisie faillie et « devenir la nation » (dixit Le manifeste du parti communiste) tout en cultivant l’internationalisme prolétarien.

 

II – Petit retour marxiste sur la question « qu’est-ce qu’une nation ? ».

 

Dans mon livre de 2011 intitulé Patriotisme et internationalisme (repris dans Marxisme et Universalisme, Delga 2015), j’ai montré de manière détaillée que la conception marxiste, c’est-à-dire marxiste et prolétarienne, de la nation s’oppose frontalement à la conception ethnique (dite « allemande ») de la nation comme communauté d’origine, « voix du sang », mais aussi – de manière moins frontale il est vrai – à la conception dite « républicaine » (ou « française », héritière à la fois de Rousseau et de Renan) de la nation. Ne perdons pas notre temps à démontrer que la nation n’est en rien une communauté raciale : le philosophe communiste Georges Politzer a suffisamment démontré dans le texte déjà cité que le racisme, y compris le racisme « national »-socialiste, est l’ennemi de la nation, y compris de la nation allemande dont les juifs étaient une composante culturellement très importante avant 1933. En revanche, étant donné le fait que les communistes français sont tout naturellement les alliés des républicains progressistes non marxistes, il importe de rappeler que la conception selon laquelle la nation n’est rien d’autre que la volonté de « faire nation » ensemble, qu’elle résulte, par exemple, d’un contrat social par lequel chacun s’affirme français, italien, turc, etc., n’a en réalité rien de marxiste ni même de matérialiste malgré toute la grandeur historique et théorique de Rousseau et de son exécuteur testamentaire, Maximilien Robespierre. Cette volonté de « faire nation » ensemble qu’affirmèrent chacun pour son compte Rousseau ou Ernest Renan, n’est pas niable et elle a l’immense mérite de s’opposer démocratiquement à l’idée d’une appartenance nationale inconsciente, sourde, « génétique », que n’importe quel impérialisme pourrait invoquer pour conquérir et annexer le territoire de son choix. Mais réduite à elle-même, la conception dite « républicaine » n’a rien de matérialiste puisqu’elle fait de la nation un sentiment ou une volonté purement subjectifs (qui dès lors pourraient apparaître ou disparaître arbitrairement), elle ne rend nullement compte de la pluralité des nations, de leurs frontières, du fait que tel « nous » national émerge ici et maintenant, et tel autre là et à un autre moment, etc. : ce qui bien entendu ne peut s’expliquer qu’en référence avec l’histoire et avec la géographie. Toute la tradition marxiste, et notamment celle de la Troisième Internationale, de Staline à Castro en passant par Dimitrov, Politzer, Ho Chi Minh, Mao, Thorez…, montre que ce « nous » du sentiment national s’enracine dans des données objectives que les processus d’émergence bourgeoise, puis d’émergence prolétarienne et paysanne, accompagnent et finissent par porter à la conscience tout en produisant l’aspiration irrésistible, « national-populaire »,à un Etat national uni[12]. Et ces données objectives sont incontournables : historico-géographiques, le territoire, économique (l’unité des processus productifs et échangistes, en particulier l’unification progressive des marchés nationaux), linguistique (la langue intériorise les territoires d’échange et en retour, elle les unifie, fait d’eux un « pays » et porte puissamment le sentiment d’appartenance collective), et bien entendu historique (nous partageons la même histoire, si conflictuelles qu’en soient les interprétations), culturel (modes de vie, de pensée, cuisine, héritages divers etc.[13]) et même psychique (les « mentalités »).

 

Ces données objectives, bien entendu variable et d’importance historique variable selon les conjonctures, n’écartent nullement les données politiques et subjectives, elles les fondent matériellement et historiquement et elle permettent de comprendre, puisqu’elles sont réelles, donc indépendantes de la conscience qu’on en a, comment il se fait que la conscience nationale est plus vive ou plus éteinte, plus juste ou plus aliénée chez tel ou tel individu ou dans tel ou tel groupe social. Elles peuvent aussi permettre de comprendre pourquoi le patriotisme populaire – qui ne demande guère que le droit de vivre, de travailler, d’étudier, de se soigner au pays et dans la langue du pays – est spontanément pacifique, parfaitement conciliable en principe avec l’inter-nationalisme et pourquoi, à l’inverse, le « patriotisme » des classes privilégiées ne demande qu’à dégénérer en nationalisme, en supranationalisme, en impérialisme, en colonialisme, etc. Par ex. il est facile de comprendre pourquoi la classe ouvrière industrielle de France, qui dépend vitalement de la présence du « produire en France » et que « tuent » les délocalisations, est nécessairement « patriote » en sa majorité, alors que l’oligarchie du CAC-40, qui est totalement interpénétrée avec le grand capital américain, qui s’enrichit des délocalisations et des dénationalisations, qui vit largement à New-York et qui parle anglais à ses héritiers ne peut que mépriser son pays « moisi », « franchouillard », « franco-français », « has been » et pour tout dire « hexagonal » dans lequel subsistent encore tant d’acquis sociaux et démocratiques que « nos amis les Anglo-Saxons » (ou « l’Allemagne honneur de l’Europe », pour parler comme M. Bernard Guetta sur France-Inter) ont déjà kärcherisés depuis longtemps… Si bien que si un parti politique – au hasard le PCF – renonce à défendre l’indépendance nationale et en vient même à prôner « l’Europe sociale » (alors que l’UE et l’euro sont des machines à casser l’industrie et l’agriculture nationale, DONC la classe ouvrière industrielle et la paysannerie laborieuse !), ce parti ne peut objectivement que se couper des ouvriers et des paysans tout en ouvrant un boulevard au FN… pour peu que celui-ci ait assez de ruse pour « ouvriériser » son discours…

 

Prendre conscience de tout cela ne revient pas à jeter aux orties l’approche républicaine-rousseauiste de la nation. Oui, l’Etat-nation pleinement constitué passe par une forme de « Contrat social » par lequel les individus acceptent implicitement de se plier à la volonté générale sous le contrôle du suffrage populaire édictant la loi. Encore faut-il, pour que la chose ne soit pas illusoire, que la société ne soit pas organisée en classes opposées, comme l’avait d’ailleurs compris Rousseau et c’est bien pourquoi la nation véritable ne peut pleinement exister que sous l’autorité d’un prolétariat construisant la société sans classes alors que la nation et « l’union nationale » sont toujours largement inachevées, illusoires, mensongères sous les gouvernements bourgeois. Mais encore une fois, pour que les individus VEUILLENT faire nation, il faut qu’ils constatent qu’ils ont objectivement quelque chose en commun : « Français, défendez votre terre, vous qui la cultivez », déclarent Anna Seghers et Bertolt Brecht dans la phrase qui conclut leur pièce intitulée Le procès de Jeanne d’Arc…

 

Facile à vérifier : si, comme on veut nous le faire croire, la nation se réduisait à l’acceptation des « droits de l’homme » (de préférence sous l’hypocrite forme que leur donne la bourgeoisie), l’UE et les USA acceptant « en principe » lesdits « human rights », bonjour non pas à la fondation ou à la refondation laïque et social-républicaine de la France, mais à sa dissolution « volontaire » dans l’Union transatlantique en construction, dans le tout-anglais patronal, dans la gouvernance mondiale de l’OMC, du FMI et de l’OTAN, dans le « dialogue interreligieux » empreint de cléricalisme que pratiquent les pays anglo-saxons et la « République de Berlin »… Les seuls « adversaires » exclus par cette nouvelle « Grande Nation » (en réalité, par ce méga-Empire totalitaire) seraient alors très officiellement les Arabo-Musulmans – tout au moins ceux qui sont issus des classes populaires –, mais aussi les « Rouges », les Jaunes et autres Asiates dans le cadre d’une chasse aux sorcières continentale contre les communistes et contre les syndicalistes de classe. Ainsi se mettraient en place – se mettent ? – les conditions d’un « Choc des civilisations » exterminateur opposant et réunissant à la fois contre le prolétariat et contre les nations souveraines et historiquement constituées les frères ennemis de la Croisade occidentale et du Djihad intégriste[14]

 

CONCLUSIONS

 

Il est donc indispensable que les communistes, que les marxistes, que les syndicalistes de lutte, que les authentiques républicains patriotes, se réapproprient à temps la conception marxiste, matérialiste, de la nation : sans cela, livrée à elle-même et à ses impasses théorico-pratiques, la « conception républicaine » de la nation dérivera toujours nécessairement vers son contraire et elle justifiera pour finir cela même qu’elle voulait combattre : la conception racialiste, religieuse, mystique de la nation, ce tombeau sanglant des peuples qui pourrait bien alors devenir le tombeau exterministe de l’humanité tout entière.

 

Il n’est pas moins indispensable que, résistant à l’idéologie dominante euro-libérale et social-libérale, les militants ouvriers et que les intellectuels progressistes se réapproprient l’histoire de la nation. Non pour la mythifier et nier les contradictions même dont elle se nourrit, mais pour saisir le sens général des processus politiques et culturels en cours, pour prendre appui en les dépassant sur les continuités progressistes de notre histoire et aussi et surtout, pour démasquer les régressions contre-révolutionnaires qui voudraient se présenter comme autant de « modernisations politiques ».

 

[1] Je n’ai pas dit des patries : qui nierait le patriotisme héroïque, souligné par César lui-même, des insurgés gaulois conduits par Vercingétorix ? Pourtant la Gaule chevelue n’était assurément pas une nation même si déjà certains historiens, à commencer par César, soulignent la forte composante plébéienne de l’insurrection gauloise et insistent symétriquement sur l’ancrage aristocratique des chefs gaulois ralliés à César (qui, tout en faisant étrangler le jeune chef arverne, fit « sénateurs romains » ceux qui avaient trahi Vercingétorix).

 

[2] La monarchie capétienne, la première vraiment basée à Paris et de langue française, marque un seuil qualitatif évident dans la construction de la France. Sous les Mérovingiens, de langue francique (germanique) la tendance constante est à l’émiettement tribal. Sous les Carolingiens, eux aussi de langue germanique, la tendance est à la fois à la mise en place d’un Empire (non national) et à l’émiettement local. Mettant en place l’institution du sacre du premier-né qui hérite de tout le territoire paternel, les Capétiens et leurs épigones vont, lentement mais sûrement, unifier peu à peu le territoire en rejetant à la fois l’Empire et l’émiettement féodal. Pour cela ils s’appuieront sur la langue française et sur l’alliance avec la bourgeoisie parisienne. Quand cette alliance commencera à se rompre (symptôme majeur, après la Fronde, la construction de Versailles), les jours de la monarchie seront comptés.

 

[3] Y compris sous le roi apparemment le plus « solaire » et le moins bourgeois, Louis XIV, auquel Saint-Simon reprochera vertement dans ses Mémoires, un « règne de basse roture ». Et en effet, Colbert avait alors plus de poids politique que les Ducs de France, réduits au rôle de courtisans, voire de figurants du spectacle versaillais.

 

[4] Il est bien triste que les communistes modernes ignorent tout de la grande figure de Guillaume Carle, le chef paysan picard que captura par ruse et que martyrisa Charles le Mauvais avant de massacrer vingt milles paysans révoltés !

 

[5] Et plus encore, sous une forme prolétarienne bien moins trompeuse, avec le patriotisme prolétarien et paysan du Front populaire et des FTP qu’a si bien explicité Politzer dans Race, peuple et nation.

 

[6] Jeanne d’Arc pouvait-elle entendre autrement la « voix du peuple » autrement que comme des « voix de Dieu » ? C’est ce que son historienne mondialement connue Colette Beaune appelle le « prophétisme féminin », alors l’unique voie d’accès au politique des femmes de milieu populaire (Jeanne était fille de laboureur, son patronyme Darc, ou Darco, nullement nobiliaire, signifie Dupont en français lorrain). Les drôles de marxistes qui rient d’elle en prenant à leur insu le parti de Cauchon, feraient mieux de lire la magnifique pièce de Brecht et de la communiste est-allemande Anna Seghers Le procès de Jeanne d’Arc. Ils verraient de près ce qu’est une analyse marxiste non dogmatique !

 

[7]Journal de la France, T. II, p. 715, article Occupation et résistance portant sur la fin de la Guerre de Cent Ans, notamment sur l’épopée de la Bonne Lorraine ; cf l’analyse que propose M. Defourneau des arrêts que les juristes – principalement bourgeois – du Parlement de Paris portèrent sur certaines situations « transnationales » délicates survenues au moment où Charles VII, le roi sacré par Jeanne, avait reconquis son trône et « bouté l’Anglais » (pas le travailleur immigré anglais, alors inexistant, mais l’OCCUPANT MILITAIRE, le « Godon », ce que ne saisissent toujours pas les gauchistes).

 

[8] Rappelons que l’Education « nationale » actuelle n’enseigne plus l’histoire de France, si ringarde, et qu’elle invente une sorte d’histoire européenne purement fictionnelle. On veut en quelque sorte remplacer le naïf « nos ancêtres les Gaulois », dont se moquait plaisamment Boris Vian, par l’encore plus inepte « notre ancêtre commun Charlemagne, père de l’Europe et de la Françallemagne »…

 

[9] En gros, c’est sous le machiavélique Louis XI, et au prix d’une Réalpolitik d’une rare habileté, que le domaine royal va presque coïncider avec les limites du Royaume.

 

[10] Les Bonnets rouges bretons du 17ème siècle étaient objectivement antiféodaux. Le Bonnet rouge arboré par le MEDEF breton est donc une usurpation.

 

[11] …dont l’arrière-plan est la restauration capitaliste en Russie, le phagocytage de la RDA par la RFA et la recolonisation occidentale de l’ex-Europe socialiste

 

[12] En France, la centralisation monarchique, puis la République une et indivisible de la bourgeoisie progressiste, puis la « République sociale » de la Commune de Paris, etc.

 

[13] Faut-il le dire, cet héritage n’est pas figé et il s’est constamment ouvert des apports « régionaux » ou étrangers, notamment ceux de l’immigration de travail, l’essentiel étant que ces mélanges successifs ne débouchent pas sur des fixations communautaristes négatrices de la nation mais sur un PARTAGE national. Ainsi faut-il considérer les langues régionales non pas comme des drapeaux séparatistes mais comme le patrimoine commun de toute la nation. Ainsi serait-il magnifique – et économiquement « porteur » – qu’un maximum de jeunes Français de toutes origines apprennent l’arabe, cette langue hautement multinationale. Tout cela dans un cadre laïque, mixte, public et républicain.

 

[14] Cf à ce sujet le suggestif Edit de Caracalla, plaidoyer pour les Etats-Unis d’Occident, par Xavier de C., préfacé par Régis Debray (Fayard).

Races et racisme, Axel Kahn*

 

jeudi 5 novembre 2015, par Comité Valmy

 

 

Races et racisme, Axel Kahn*

 

Revenir aux fondements des idées racistes : mieux les comprendre pour mieux les combattre. Axel Kahn nous aide à poser un regard historique et scientifique sur le racisme.

 

L’homme moderne semble avoir colonisé peu à peu la planète à partir d’un petit groupe qui a commencé de quitter l’Afrique il y a moins d’une centaine de milliers d’années. Ces hommes, établis en différentes régions du globe, ont parfois été confrontés à des populations autochtones antérieures (par exemple les néandertaliens en Europe). Localement, ils se sont, au cours du temps, plus ou moins différencié les uns des autres, formant des groupes physiquement reconnaissables, des ethnies… on devait dire, un jour, « des races ».

 

LES FONDEMENTS DU RACISME

 

Décembre 1492, Christophe Colomb débarque à Hispaniola (Haïti). C’est le début d’une catastrophe pour le continent américain, dont la population passera, en l’espace de 80 ans, de 80 millions d’habitants à 8 millions. (Gravure de Théodore de Bry, XVle siècle.)

 

Race et racisme sont deux mots de même origine. On appelle « race » l’ensemble des individus d’une même espèce qui sont réunis par des caractères communs héréditaires. Le racisme est la théorie de la hiérarchie des races humaines, théorie qui établit en général la nécessité de préserver la pureté d’une race supérieure de tout croisement, et qui conclut à son droit de dominer les autres. Si on s’en tient à ces définitions, tout semble clair et facile. Puisque le racisme est défini par les races, il suffit de démontrer que les races n’existent pas pour ôter toute substance au racisme. Cependant, les choses sont loin d’être aussi simples. En effet, le racisme s’est structuré en idéologie à partir de la fin du XVIIIe siècle, c’est-à-dire, pour paraphraser Georges Canguilhem, en une croyance lorgnant du côté d’une science pour s’en arroger le prestige. Le racisme possède un fondement qui n’est pas issu des progrès de la biologie. Tout débute par des préjugés, et lorsque le racisme aura été débarrassé de ses oripeaux scientifiques on peut craindre que ceux-ci ne persistent. Or ils sont autrement difficiles à combattre.

 

Les races humaines n’existent pas, au sens que l’on donne au mot « race » lorsque l’on parle de races animales. Un épagneul breton et un berger allemand appartiennent, par exemple, à deux races différentes qui obéissent peu ou prou aux mêmes caractéristiques, à l’instar des variétés végétales : distinction, homogénéité, stabilité. En l’absence de croisement entre ces races, les similitudes intraraciales l’emportent de loin sur les ressemblances entre deux individus de races différentes. Rien de tout cela ne s’applique aux populations humaines. Ainsi, on constate du nord au sud une augmentation continue de la pigmentation cutanée : les peaux très blanches en Scandinavie foncent graduellement pour en arriver à la couleur la plus sombre en zones équatoriales et subéquatoriales.

 

Certains ont proposé que la sélection des peaux claires dans les régions les moins ensoleillées ait permis d’améliorer la synthèse cutanée de la vitamine D, facteur antirachitique essentiel, normalement stimulée par la lumière. À l’inverse, la richesse cutanée en mélanine a été sélectionnée dans les pays soumis à l’ardeur du soleil car elle protège des brûlures et des cancers cutanés.

 

CE QUI EST RACISTE ET CE QUI NE L’EST PAS

 

Un préjugé raciste peut être défini comme la tendance à attribuer un ensemble de caractéristiques péjoratives, transmises héréditairement, à un groupe d’individus. Des affirmations telles que « tous les Juifs sont avares, tous les Irlandais sont violents, tous les Corses sont paresseux » sont des exemples typiques d’affirmations racistes. En revanche, toute indication d’une différence physique, physiologique entre populations n’a évidemment rien de raciste : dire que les Suédois sont plus grands que les Pygmées ou que les Africains noirs pourraient avoir des dons particuliers pour la course à pied sont des remarques dénuées de toute connotation négative et qui reflètent la réelle diversité humaine. Il se trouve parfois dans la presse des discours irréfléchis où est taxée de raciste une étude notant que le chiffre normal des globules rouges et la durée de la grossesse sont légèrement différents entre des populations d’origine africaine et, par exemple, européenne. Ces paramètres ne préjugeant en rien des capacités les plus spécifiquement humaines, de l’ordre de la créativité et de la dignité, leur étude ne peut d’aucune manière être diabolisée comme étant d’essence raciste.

 

HISTOIRE DU RACISME

 

Des discours racistes apparaissent dès l’Antiquité, y compris chez Aristote. Ce dernier établit des différences intrinsèques de comportement et de qualités entre les peuples ; selon lui, les Européens sont courageux mais un peu sots, les Asiatiques très intelligents mais manquent de courage, et les Hellènes, placés géographiquement au milieu, combinent les avantages des uns et des autres : ils sont intelligents et courageux. Le philosophe ajoute que les esclaves sont des « choses animées », et il introduit la notion d’esclaves par nature. Cependant, et là réside l’ambiguïté qui empêche de ranger définitivement les Grecs dans le camp des protoracistes, les esclaves peuvent être affranchis… et accèdent alors de plein droit à l’humanité.

 

À Rome, le discours change. Cicéron écrit : « Il n’est de race qui, guidée par la raison, ne puisse parvenir à la vertu. » Dans la foulée de l’impérialisme romain, les premiers siècles de la chrétienté sont exempts de racisme, car s’y trouvent combinés l’universalisme du messianisme chrétien s’exprimant dans la parole de saint Paul et le souvenir de l’Empire romain, creuset de peuples et d’ethnies différents.

 

Manifestation en 1958 contre l’intégration d’élèves noirs dans une école aux États-Unis

 

Dans l’Occident chrétien, le racisme réapparaît et se développe plusieurs siècles avant l’apparition du concept scientifique de race, à partir de l’an 1000, autour des cristallisations religieuses, l’anti-islamisme et, surtout, l’antijudaïsme. Au XIIesiècle, en pleine querelle des Investitures, Anaclet II, l’antipape élu, a un ancêtre juif. La campagne virulente du camp romain contre cet antipape s’appuie sur ses origines « maudites » souillant tout son lignage. L’antijudaïsme virulent de Saint Louis flirte avec l’antisémitisme. Dans l’Espagne chrétienne, c’est un antisémitisme cette fois structuré qui se manifeste, puisque les juifs convertis sont interdits d’accès aux fonctions publiques, au métier des armes, etc. Il est décrété que ces individus doivent être écartés parce que l’infamie de leur père les accompagnera toujours. La notion d’hérédité d’une infériorité, d’un opprobre, qui constitue une base essentielle du racisme, est donc ici manifeste.

 

C’est dans ce contexte que prend place un épisode décisif, souvent présenté comme un succès de la civilisation alors qu’il s’agit d’un drame effroyable : la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. À cette occasion s’accomplit l’un des premiers génocides de l’histoire du monde. En 1492, Christophe Colomb débarque à Hispaniola (Haïti, Saint-Domingue), une île alors peuplée de 3 millions de Taïnos. Trois ans après, il ne reste déjà plus que 1 million d’Indiens ; soixante ans après, ils ne seront plus que 200, qui disparaîtront rapidement.

 

Tous les ingrédients du racisme tel qu’il s’est manifesté depuis, y compris dans les univers concentrationnaires, sont ici réunis. Les Indiens sont parqués et mis au travail forcé, les enfants sont tués, les femmes enceintes sont éventrées. Dans cette misère extrême, les femmes n’ont plus d’enfants, voire, pour échapper à leur malheur, se suicident en masse.

 

À partir de 1519, d’âpres débats théologiques opposent Bartolomé de Las Casas, qui est entre-temps devenu dominicain, à différents autres ecclésiastiques. La confrontation la plus connue est la controverse de Valladolid, en 1550, qui aboutit à la conclusion, acquise de justesse, que les Indiens ne sont pas de nature différente des autres hommes. On continue malgré tout à les massacrer, et l’Amérique, qui comptait 80 millions d’aborigènes aux temps précolombiens, n’a plus que 8 millions d’habitants quatre vingts ans après sa « découverte » par Christophe Colomb. Par la suite, les Indiens ayant été massacrés et décimés, se pose le problème de la main d’œuvre dans les colonies américaines. Cette question devient cruciale lorsque s’y développe la culture de la canne à sucre, conduisant le Portugal, puis la France et l’Angleterre, à développer le commerce trilatéral et la traite des Noirs.

 

Depuis le Moyen Âge jusqu’au XVIIIe siècle, entre la naissance de l’antisémitisme chrétien, la conquête de l’Amérique et la traite des esclaves noirs, ce sont donc tous les ingrédients du racisme qui se mettent en place, tous ses crimes qui commencent d’être perpétrés.

 

L’IDÉOLOGIE RACISTE

 

Le concept scientifique de race n’apparaît qu’au XVIIIe siècle. Il est perceptible sous la plume de Carl von Linné, dont la classification systématique des êtres vivants s’étend aux hommes rangés en cinq catégories… qui deviendront des races : les « monstrueux » (c’est-à-dire les personnes atteintes de malformation, que Linné assimile à une race à part entière), les Africains, les Européens, les Américains et les Asiatiques. À chacune de ces catégories il attribue des caractéristiques et des qualités comportementales, les plus flatteuses étant naturellement réservées aux Européens.

 

Avant le XVIIIe siècle, le mot « race » est surtout utilisé dans le sens de lignage aristocratique : on parle d’enfants de bonne race, de bon lignage… un peu comme de chevaux de bonne race.

 

C’est à partir de la fin du XVIIIe siècle, et surtout au XIXe, que l’on assiste à la structuration des préjugés protoracistes en idéologie par agrégation successive des progrès scientifiques, principalement la théorie de l’évolution. C’est à cette même époque qu’apparaissent les deux grandes thèses opposées sur l’origine de l’homme : produit de l’évolution ou créature, est-il apparu une fois – les hommes actuels étant tous les descendants de cet ancêtre (monogénisme) – ou plusieurs fois de façons séparées et indépendantes – les différents groupes ethniques ayant alors des ancêtres différents (polygénisme) ? Naturellement, c’est cette dernière hypothèse que privilégient les doctrinaires du racisme. Le polygénisme sera la thèse privilégiée par les créationnistes esclavagistes américains jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Le mécanisme de la sélection naturelle comme moteur de l’évolution, proposé par Charles Darwin, et surtout la lecture qu’en fait le philosophe anglais Herbert Spencer, contemporain de Darwin, puis l’Allemand Ernst Haeckel vont modifier en profondeur la forme de l’idéologie raciste. En effet, le mécanisme de l’évolution, la lutte pour la vie pour Darwin, devient, sous l’influence de Spencer, la survivance du plus apte. Appliquée aux civilisations, cette notion peut constituer une justification a posteriori de la domination des vainqueurs, qui sont bien entendu les plus aptes, puisqu’ils l’ont emporté. Un tel raisonnement tautologique s’est révélé d’une redoutable efficacité à l’appui des thèses racistes. À vrai dire, il serait profondément injuste de faire porter à Charles Darwin, un des plus grands scientifiques qui ait jamais existé, la responsabilité personnelle des dérives idéologiques dont ses travaux ont fait l’objet et ont été victimes, car il a toujours récusé l’interprétation eugéniste et sociale des mécanismes de l’évolution qu’il avait mis au jour.

 

Les lois de la génétique, c’est à dire les règles gouvernant la transmission des caractères héréditaires, énoncées initialement par le moine Gregor Mendel en 1865, redécouvertes au début du XXe siècle par des botanistes européens et développées par l’États-Unien Thomas H. Morgan, auront alors une influence considérable sur la biologie et, plus généralement, sur l’évolution sociale et politique des pays. On assiste en effet à la tragique synthèse entre le racisme, théorie de l’inégalité des races ; le déterminisme génétique, qui considère que les gènes gouvernent toutes les qualités des êtres, notamment les qualités morales et les capacités mentales des hommes ; et l’eugénisme, qui se fixe pour but l’amélioration des lignages humains. Sous l’influence de la génétique, le dessein eugénique devient l’amélioration génétique de l’homme, la sélection des bons gènes et l’élimination des mauvais gènes qui gouvernent l’essence des personnes et des races. L’Allemagne nazie poussera cette logique jusqu’à l’élimination des races « inférieures », censées porter et disséminer de mauvais gènes.

 

LES RACISTES ET LE QUOTIENT INTELLECTUEL

 

Les préjugés racistes sont loin d’avoir disparu après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. La conviction que le quotient intellectuel moyen est différent selon les ethnies était alors partagée par une grande majorité des élites scientifiques, du Français Paul Broca aux anthropologues états-uniens consultés pour l’élaboration de l’Immigration Restriction Act de 1924, qui limitait sévèrement l’entrée aux États-Unis des ressortissants issus de pays où, selon les psychométriciens consultés, sévissait la débilité. Plus près de nous, les sociologues Charles Murray et Richard J. Herrenstein en 1994, puis encore Bruce Lahn et ses collègues en 2005, enfourchent la même monture idéologique. En fait, un examen soigneux de tous ces travaux, même les plus récents, en démontre la faiblesse et les erreurs, parfois grossières, à l’évidence motivés par des présupposés idéologiques.

 

GÉNOMES ET RACISME

 

C’est en 2001 que fut publiée la première séquence presque complète du génome humain, très affinée depuis. Les humains possèdent environ 22000 gènes qui ne différent que très peu d’une personne à l’autre. L’alphabet génétique est composé de quatre lettres : A, C, G et T, disposées en un long enchaînement de 3,2 milliards de signes hérités de chacun de nos parents. Or cet enchaînement ne varie qu’une fois sur dix mille entre des hommes ou des femmes issus d’Afrique, d’Asie ou d’Europe.

 

La très grande ressemblance entre les génomes de personnes issues d’ethnies différentes, originaires de régions éloignées les unes des autres de plusieurs milliers de kilomètres, a semblé rassurante : c’est là la preuve, a-t-on affirmé alors, que les races n’existent pas et que le racisme n’a donc plus aucune justification possible, qu’il est appelé, espère-t-on, à disparaître bientôt. Hélas, je crains qu’on ne soit allé bien vite en besogne, par ignorance ou sous l’influence de présupposés idéologiques. En fait, il faut revenir au mode d’action des gènes, c’est-à-dire au mécanisme par lequel ils influencent les propriétés des êtres vivants, qui est combinatoire, à la manière dont c’est la combinaison des mots qui donne sens à la phrase ou au texte. Or ce n’est pas le nombre de mots utilisés qui fait la qualité littéraire d’un texte, de même que ce n’est pas le nombre de gènes qui explique l’étendue des potentialités humaines. C’est à dessein que j’utilise ici le terme de « potentialité », car la combinaison des gènes ne gouverne que la possibilité pour une personne d’être éduquée au contact d’une communauté de semblables.

 

Isolé, élevé par des animaux, le petit d’homme évoluera vers ces enfants sauvages dont de nombreux exemples ont été décrits dans l’histoire, incapables d’atteindre les capacités mentales caractéristiques de l’espèce humaine.

 

L’effet combinatoire des gènes explique que de petites différences génétiques puissent avoir de considérables conséquences sur les êtres, comme en témoignent les aspects et capacités bien distincts des hommes et des chimpanzés, dont les gènes sont pourtant à 98,4 % identiques. C’est pourquoi aussi la grande homogénéité génétique des hommes du monde entier, confirmée par l’étude du génome, n’est pas suffisante pour conjurer la menace d’un dévoiement raciste de la biologie, pour deux ordres de raisons : les maladies avec retard mental témoignent que la mutation d’une seule des plus de trois milliards de lettres de l’alphabet génétique suffit à altérer les fonctions cognitives ; de très légères différences dans le génome des personnes pourraient de la sorte avoir chez elles d’importantes conséquences. D’autre part, l’affirmation que le racisme est illégitime parce que, sur le plan biologique, et en particulier génétique, les races n’existent pas revient à admettre que si les séquences génétiques différaient statistiquement entre les ethnies le racisme serait peut-être recevable. Or, bien sûr, puisqu’on peut distinguer les gens en fonction de leurs caractéristiques physiques – couleur de la peau, aspect de la chevelure, etc. –, on le peut aussi à partir de l’ADN qui code toutes ces caractéristiques. Là ne réside, en fait, ni l’origine du racisme ni la justification de l’antiracisme.

 

LE RACISME PEUT SE PASSER DES RACES

 

Lorsque l’on aura expliqué à des gens habités par des préjugés racistes que les races humaines n’existent pas au sens où l’on parle de races animales distinctes, peut-être seront-ils impressionnés et convaincus. Pourtant, cette démonstration risque bien d’être insuffisante, car déconnectée du vécu des gens ordinaires qui, eux, n’ont pas de difficulté à reconnaître, dans la rue, des Jaunes, des Blancs, des Noirs, des Méditerranéens bruns et des Scandinaves blonds. Par ailleurs, la réfutation scientifique de la réalité des races ne prend pas en compte les très fréquentes racines socioéconomiques d’un racisme qui est souvent le reflet du mal-être et du mal vivre, par exemple au sein des populations défavorisées de grandes villes.

 

Paradoxalement, il n’y a que peu de rapports entre la réalité des races et celle du racisme.

 

Reconnaître des différences physiques entre individus, voire entre groupes humains, et des potentialités plus ou moins développées, comme dans le sport, ne préjuge en rien de ce qui est purement humain : la créativité, le droit à la dignité.

 

Chacun peut en effet observer que les pires excès racistes s’accommodent fort bien de la non existence des races humaines. En ex-Yougoslavie, les plus effroyables comportements de type raciste ont opposé les Slaves du Sud, les uns convertis au catholicisme (les Croates), les autres à l’islam (les Bosniaques), et les derniers à la religion orthodoxe (les Serbes).

 

Dans le discours des racistes modernes, ce ne sont souvent plus les races qui sont déclarées incompatibles ou inégales, ce sont les coutumes, les croyances et les civilisations. C’est un choc des cultures. Ce qui est rejeté, ce n’est plus tellement l’homme noir, blanc ou jaune, ce sont ses préparations culinaires, ses odeurs, ses cultes, ses sonorités, ses habitudes.

 

Souvent, la montée en puissance de l’uniformisation culturelle et l’imposition des standards occidentaux accompagnant la mondialisation économique entraînent, en réaction, une tendance au repli communautaire. Il s’agit là d’un réflexe de protection contre une civilisation opulente et dominatrice dont on ressent la double menace, celle de l’exclusion et de la dépossession de ses racines.

 

Or il y a dans cette forme de communautarisme exclusif une tendance qui m’apparaît non humaine. Ce qui caractérise, en effet, les civilisations et leur évolution, ce sont les échanges culturels et les emprunts qui, à l’opposé de l’uniformisation imposée par une culture dominante, créent de la diversité et ouvrent de nouveaux espaces au développement de l’esprit humain. Les Phéniciens subissent l’influence des Hittites, des Assyriens, des Babyloniens, qui échangent avec l’Égypte, avec la Grèce. Les Étrusques, nourris des arts et techniques grecs et phéniciens, sont à l’origine de la culture romaine. Plus près de nous, la musique des esclaves noirs des États-Unis sera à l’origine du jazz et d’autres courants majeurs de la musique moderne, l’« art nègre » fécondera la peinture et les arts plastiques occidentaux, et les conduira en particulier au cubisme. Le progrès des sociétés humaines est toujours passé par le métissage culturel.

 

À l’inverse, les races animales n’échangent guère leurs habitudes, elles conservent leurs particularités éthologiques qui n’évoluent, pour l’essentiel, que sous l’effet de variations génétiques et écologiques. La diversité humaine n’est donc facteur d’enrichissement mutuel que si elle est associée à l’échange. L’uniformité a le même effet que le repli sur soi : dans les deux cas, le dialogue est stérilisé et la civilisation dépérit.

 

UN ENGAGEMENT ANTIRACISTE

 

Au total, la biologie et la génétique modernes ne confirment en rien les préjugés racistes, et il est certainement de la responsabilité des scientifiques de réfuter les thèses biologisantes encore trop souvent appelées à leur rescousse. Cela est relativement aisé, mais à l’évidence insuffisant, tant il apparaît que le racisme n’a pas besoin de la réalité biologique des races pour sévir.

 

À l’inverse, ce serait un contresens de vouloir fonder l’engagement antiraciste sur la science. Il n’existe en effet pas de définition scientifique de la dignité humaine, il s’agit là d’un concept philosophique. Aussi le combat antiraciste, en faveur de la reconnaissance de l’égale dignité de tous les hommes, au-delà de leur diversité, est-il avant tout de nature morale, reflet d’une conviction profonde qui n’est évidemment en rien l’apanage exclusif du scientifique.


Depuis le Moyen Âge jusqu’au XVIIIe siècle, entre la naissance de l’antisémitisme chrétien, la conquête de l’Amérique et la traite des esclaves noirs, ce sont donc tous les ingrédients du racisme qui se mettent en place, tous ses crimes qui commencent d’être perpétrés.


Le racisme s’est structuré en idéologie à partir de la fin du XVIIIe siècle, en une croyance lorgnant du côté d’une science pour s’en arroger le prestige. Le racisme possède un fondement qui n’est pas issu des progrès de la biologie.


Un préjugé raciste peut être défini comme la tendance à attribuer un ensemble de caractéristiques péjoratives, transmises héréditairement, à un groupe d’individus, telles que « tous les Juifs sont avares ». En revanche, toute indication d’une différence physique, physiologique entre populations n’a évidemment rien de raciste.


Au début du XXe siècle, on assiste en effet à la tragique synthèse entre le racisme, théorie de l’inégalité des races ; le déterminisme génétique, qui considère que les gènes gouvernent toutes les qualités des êtres, notamment les qualités morales et les capacités mentales des hommes ; et l’eugénisme, qui se fixe pour but l’amélioration des lignages humains.


La réfutation scientifique de la réalité des races ne prend pas en compte les très fréquentes racines socio-économiques d’un racisme qui est souvent le reflet du mal-être et du mal vivre, par exemple au sein des populations défavorisées de grandes villes. Paradoxalement, il n’y a que peu de rapports entre la réalité des races et celle du racisme.

 

Axel Kahn
29 septembre 2015

*Axel Kahn est médecin, directeur de recherche à l’INSERM, membre du Comité consultatif national d’éthique.

 

Source :

« Combat pour la laïcité. Témoignage »

 

Mireille Popelin présente son livre à Villeurbane – 6 novembre 18 à 20h

 

Popelin un combat pour la laïcité

 

 présente son livre à VILLEURBANNE

 

« Combat pour la laïcité. Témoignage »

 

(éditions Inclinaison ) moins de 10€

 

Vendredi 6 novembre 2015 de 18 à 20h

 

Palais du Travail (à droite du TNP), 9 Place Lazare Goujon 69100 Villeurbanne

 

Salle Agora ( RdC) (métro Gratte-Ciel) parking gratuit place Chanoine Boursier

 

– en présence de Monsieur Jean-Paul Mathieu (président des DDEN -Rhône, Délégués Départementaux de l’Education Nationale) qui parlera du rôle des DDEN, ces défenseurs de la  et de l’école publique. L’auteure a également une expérience de DDEN.

 

– en présence de Monsieur Jean-Paul Ayrault , qui présentera les éditions Inclinaison

et avec le verre de l’amitié !

Un mois de rencontres pour Marianne Dunlop et Danielle Bleitrach

 

02 Novembre 2015

Prenez vos agendas et notez s’il vous plait…
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LES ACTIVITES  DE MARIANNE
samedi 7 novembre dans le Rhône


L’association l’improbable vous invite a venir assister a une conférence  avec Marianne Dunlop qui viendra le samedi 7 Novembre, nous présenter a  la MJC Saint Jean de  Lyon 5è, le livre qu’elle a coécrit avec Danielle Bleitrach après leurs voyages en Ukraine .


A Paris le 15 novembre


Dans le salon « L’autre livre »  Marianne intervient le dimanche 15 novembre 2015 de 15 h à 16 h salle Cicéro, à l’Espace des Blancs-Manteaux  48 rue Vieille du Temple 75004 Paris, Métro : Saint Paul du Marais, en tant que coauteure de « URSS 20 ans après. Retour de l’Ukraine en guerre »

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Ce sera  dans le cadre d’une rencontre intitulée « Comprendre et combattre l’impérialisme en Ukraine et ailleurs ».  un camarade du PCF Arcueil Jean-Pierre Réau, que Marianne connaît, et qui est très investi dans l’aide aux populations du Donbass (forage de puits vers Lougansk pour avoir de l’eau qui manque cruellement) d’intervenir également. Il est tout à fait  d’accord, mais c’est encore subordonné à l’état de santé de son épouse. C’est Aymeric ou Edmond qui présenteront le débat à la tribune.

 

LES ACTIVITES DE DANIELLE

 

Vendredi 27 novembre à 18.30 à la librairie du cinéma le Panthéon

 

Librairie du Cinéma du Panthéon
15 rue Victor Cousin, 75005 Paris
Prés de la Sorbonne

Henri Curiel, citoyen du tiers-monde

 

01 Novembre 2015

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http://www.monde-diplomatique.fr/1998/04/PERRAULT/3642

 

Le 4 mai 1978, Henri Curiel, hérault des luttes anti-coloniales, était abattu par deux hommes à son domicile parisien. En mai 2015 sortait « Le romain vrai d’un fasciste français », dans lequel un membre de l’Action française, René Resciniti de Says, décédé en 2012, revendique l’assassinat et dit avoir agi sur ordre du patron du service d’action civique (SAC), sorte de police parallèle dévouée au général de Gaulle. « Ce témoignage déterminant rend indispensable la réouverture de l’enquête », a expliqué, le 23 octobre dernier, la famille d’Henri Curiel par la voix de son avocat, Me William Bourdon : « Il y a des personnes qui sont encore vivantes dans l’entourage de celui qui s’auto-désigne comme l’assassin ».

 

Quand l’internationalisme soutenait les mouvements de libération nationale

 

Henri Curiel, citoyen du tiers-monde

 

Il y a vingt ans, le 4 mai 1978, deux hommes abattaient Henri Curiel à son domicile parisien. Aujourd’hui, les assassins courent toujours et le dossier est officiellement classé. Né en Egypte en 1914, fondateur du mouvement communiste dans ce pays, Henri Curiel fut exilé par le roi Farouk en 1950. Il s’installa alors en France où il consacra ses efforts à l’aide aux mouvements de libération du tiers-monde ainsi qu’à la paix entre Israël, les pays arabes et les Palestiniens. Dénoncé comme «le patron des réseaux d’aide aux terroristes», il avait, en réalité, inventé une forme d’internationalisme qui correspondait aux formidables luttes anticoloniales qui ont marqué la seconde moitié du siècle.

 
par Gilles Perrault 
 
Le Monde diplomatique
 
Henri Curiel, citoyen du tiers-monde

 

Il naît et mourra égyptien. C’est le choix de son cœur : le hasard de son lieu de naissance n’en faisait pas une nécessité. Car si Henri Curiel voit le jour au Caire le 13 septembre 1914, c’est-à-dire au dix-neuvième siècle, sa famille juive possède la nationalité italienne, quoique aucun de ses membres ne parle un mot d’italien. Grandissant dans un pays occupé par les Britanniques et dont il ne comprend pas la langue, il fait ses études dans un collège de jésuites français. Cette vie ne sera pas simple.

 

Chassés d’Espagne par l’Inquisition, passés probablement par le Portugal et l’Italie, les Curiel auraient débarqué en Egypte dans le sillage de Bonaparte. Le grand-père d’Henri était usurier. Son père, élargissant les opérations sans guère en modifier la nature, accède à la dignité de banquier. La famille habite dans l’île très chic de Zamalek une immense maison meublée moitié Louis XVI, moitié modern style. Sans être austère, le train de vie se veut à l’écart de l’ostentatoire : dix domestiques seulement. Chaque jour, table ouverte pour les amis qui passent et s’assoient sans façon. Ils sont toujours une dizaine et, sauf exception rarissime, appartiennent à la communauté juive.

 

Le passeport italien (ou grec, français, anglais, etc.) est de pure commodité : il permet de bénéficier du régime capitulaire et de jouir du privilège de juridiction. Ces « étrangers » dont des générations d’ancêtres reposent dans les cimetières du Caire ont des intérêts en Egypte et aucun intérêt pour elle. Leur patrie d’élection, c’est la France. Les parents d’Henri Curiel et leurs amis la voient à la façon du jeune Charles de Gaulle, leur contemporain, « telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle ». Chaque soir, le banquier Daniel Curiel, aveugle depuis l’âge de trois ans, se fait lire Le Temps par son épouse. Henri et son frère aîné Raoul ânonneront au collège « Nos ancêtres les Gaulois » et n’apprendront de l’histoire égyptienne que la période pharaonique, inscrite au programme de 6e.

 

Chaque été, un voyage en France. Mais cette passion, dont on a peine aujourd’hui à concevoir l’intensité, entraîne éventuellement, après des engagements volontaires, à des séjours plus âpres et parfois définitifs dans la boue sanglante de Verdun. Un an avant son assassinat, évoquant sa jeunesse, Henri Curiel dira : « La seule patrie à laquelle je me sentais rattaché était la France.»

 

Irrépressible aspiration à l’indépendance

 

Tandis que son frère Raoul reçoit la permission de poursuivre des études supérieures à Paris (il deviendra un très éminent archéologue), Henri se voit désigné pour travailler avec son père et lui succéder un jour. Le coup du sort l’accable. On le prive de la France, où filent l’un après l’autre ses parents et amis, pour le river au banc de la galère bancaire. Défilé quotidien et crasseux de paysans aux abois venus hypothéquer la future moisson. Mais comment se rebeller contre un père aveugle? Henri se console avec les livres et les filles. Il se partage équitablement entre jeunes bourgeoises et putains. Aux premières, il fait lire Proust; aux secondes, Dostoïevski.

 

Son exquise sensibilité lui vaut le surnom de «Lilas foudroyé». Une dégaine d’épouvantail à moineaux : 50 kg pour 1,82 m. Il sombre dans un état prétuberculeux. Les piqûres prescrites lui sont administrées par une jeune infirmière de son milieu qui a des préoccupations sociales. Elle le convainc d’aller soigner avec elle les paysans qui travaillent sur la propriété des Curiel (100 hectares dans le delta du Nil; la plupart des familles de fellahs vivent sur 2 ou 3 ares). Aux côtés de Rosette Aladjem, qui deviendra sa femme, Henri Curiel découvre l’insondable misère du peuple égyptien.

 

Tous ceux d’Egypte qui l’accompagneront dans la militance jusqu’à sa mort ont éprouvé ce choc initiatique, la révélation bouleversante d’un insoutenable malheur. Un âne se loue plus cher qu’un homme. Dans les usines de coton possédées par leurs familles, les ouvriers sont des enfants de sept à treize ans travaillant sous les coups de fouet des contremaîtres européens; seuls les contremaîtres portent des masques pour se protéger de la poussière suffocante; en moyenne, un tiers des enfants meurent de phtisie dans l’année. La malaria emporte des villages entiers; 95% des paysans sont atteints de bilharzioze. Le trachome donne à l’Egypte le record mondial des aveugles. La longévité moyenne est de vingt-sept ans – encore ne compte-t-on pas les enfants morts dans leur première année.

 

Comme les jeunes gens d’Europe, ils lisent Malraux, Nizan, le Gide des allers-retours, et rôdent autour du marxisme. A leur différence, ils n’entrent pas en politique au terme d’une démarche intellectuelle : ils y sont précipités par une révulsion-pulsion de tout l’être. Ce qui distingue et distinguera toujours leur petite cohorte de l’armée militante européenne, c’est d’être né au sein de ce qu’on ne nomme pas encore le tiers-monde, dans un système de production réalisant avec un cynisme indépassable les conditions optimales de l’exploitation de l’homme par l’homme. Cette révélation n’est point abstraite, tirée de quelque ouvrage doctrinal, déduite d’un calcul de plus-value, mais physique, viscérale, inscrite à jamais dans leur sensibilité.

 

D’Henri Curiel, son camarade Joseph Hazan dira : « Il n’a jamais oublié que c’est la misère du peuple égyptien qui l’a conduit à la politique.» Comment ne deviendraient-ils pas communistes quand la grille d’interprétation marxiste s’applique si exactement à la situation qu’ils découvrent? Problème : il n’existe pas de parti communiste égyptien.

 

Voué à consacrer sa vie à la solidarité internationale, Henri Curiel commença par rencontrer son apparent contraire : la puissance égoïste du sentiment national.

 

Comme tous les siens, il est évidemment antifasciste. En septembre 1939, il tente vainement, avec son frère Raoul, de s’engager dans l’armée française. Il milite à l’Union démocratique, qu’il a créée avec ses amis pour promouvoir la cause alliée, et participe à la fondation des Amitiés françaises, qui soutiennent l’aventure gaulliste.

 

En 1942, quand Le Caire semble sur le point de tomber aux mains de l’Afrikakorps de Rommel, la communauté juive aisée s’entasse dans des trains à destination de Jérusalem. Henri Curiel décide de rester. Il veut organiser la résistance à une éventuelle occupation nazie. La police égyptienne l’arrête à l’insu des autorités anglaises. Elle s’emploie à rafler les juifs demeurés sur place pour les offrir en cadeau de bienvenue au vainqueur. La prison est peuplée d’agents égyptiens au service du Reich arrêtés par le contre-espionnage britannique. De sa cellule, Curiel entend des milliers de manifestants scander le nom de Rommel. Découverte bouleversante : l’Egypte, dans sa masse, joue Hitler contre Churchill. Ceux qu’on appellera plus tard les « officiers libres », Anouar El Sadate en tête, fricotent avec l’espionnage allemand et s’engagent à poignarder les Britanniques dans le dos. Connivence idéologique avec le nazisme? Evidemment, les patriotes égyptiens sont prêts à s’allier avec le diable. Henri Curiel retiendra la leçon : l’aspiration d’un peuple à l’indépendance est irrépressible.

 

Aussi fonde-t-il dès 1943 le Mouvement égyptien de libération nationale (MELN), que suivra la création du Parti communiste soudanais. « Qu’est-ce qu’être communiste aujourd’hui en Egypte? C’est être anti-impérialiste.»Servie par un militantisme d’une générosité sans bornes, l’organisation est rapidement en mesure de présenter un bilan substantiel : traduction et diffusion des textes communistes fondamentaux, création d’une école de cadres, participation active aux conflits sociaux qui secouent le pays et, naturellement, au mouvement de libération nationale, avec les grandes manifestations de février 1946 qui aboutissent à l’évacuation des villes par les Britanniques.

 

De lourds handicaps obèrent néanmoins l’avenir. La pénurie de cadres entrave le développement. Les ouvriers, plus accessibles que les paysans à un travail de masse, ne représentent en 1945 que 3% de la population. Rude concurrence aussi avec la floraison d’organisations qui aspirent à devenir «le» Parti communiste égyptien. Trois émergeaient du lot : le MELN d’Henri Curiel, Iskra d’Hillel Schwartz et Libération du peuple de Marcel Israël. Les trois dirigeants sortaient du ghetto doré de la bourgeoisie juive. Cette origine commune avivait encore les querelles inhérentes à l’action politique. Surtout, elle ne facilitait pas le contact avec les larges masses, comme on disait à l’époque, malgré la volonté unanime d’« égyptianiser » le mouvement. Henri Curiel avait pris la nationalité égyptienne lors de l’abrogation du régime des capitulations et s’était mis à l’étude de l’arabe sans parvenir à le maîtriser. Imagine-t-on Lénine baragouinant le russe? Trente ans plus tard, un vieux militant, Saïd Soliman Rifaï, constatera avec tristesse : « Si Henri était né égyptien, la carte du Moyen-Orient aurait été changée.»

 

Politiquement mort

 

Une fusion des principaux mouvements intervient en mai 1947. Durable, elle aurait pu accoucher de ce parti communiste dont chacun rêvait. Les zizanies intestines eurent tôt fait de fracasser l’unité. Un an plus tard, le regroupement était opéré dans un camp d’internement.

 

Henri Curiel et ses amis avaient approuvé la création d’Israël. Les Frères musulmans mis à part, le peuple égyptien ne se passionnait pas pour l’affaire. Mais la défaite essuyée au terme de la première guerre israélo-arabe fut ressentie comme une intolérable humiliation. Des centaines de militants communistes avaient été arrêtés dès la proclamation de l’état de siège. Parmi eux, les juifs virent leur destin scellé. Raymond Stambouli, compagnon de Curiel : « La guerre signifiait la fin de ce que nous avions rêvé et commencé à réaliser. Nous nous considérions comme des Egyptiens, même si nous admettions que les Egyptiens nous considèrent comme des étrangers. C’était fini. Nous n’étions plus seulement des étrangers, mais des juifs, donc des ennemis, une possible cinquième colonne. Lequel d’entre nous aurait pu prévoir cela? »

 

Avec toutes les maladresses et les insuffisances qu’on voudra, ils avaient mis au service du peuple égyptien un dévouement militant qui eût ahuri par son intensité leurs homologues européens. La répression ne les avait pas épargnés et beaucoup, Curiel en tête, étaient passés par la prison à la suite de grèves ou de manifestations qui avaient ébranlé le pouvoir. Une guerre imprévue jetait tout à bas. Ils se retrouvaient incarcérés dans leur judéité.

 

Henri Curiel fut détenu dix-huit mois au camp d’Huckstep. Le pouvoir libérait ses amis moyennant leur départ définitif d’Egypte. Comme il s’obstinait à vouloir rester, une mascarade judiciaire le priva de la nationalité égyptienne, ouvrant la voie à l’expulsion. Mis de force sur un bateau, il quitta le 26 août 1950 une Egypte qu’il ne devait jamais revoir et jamais oublier.

 

C’est assurément un communiste qui débarque en Europe mais un communiste atypique. Né dix ou quinze ans plus tôt, il aurait probablement rallié le Komintern et ses « commis voyageurs de la révolution ». Les temps avaient changé. Après le stalinisme, la guerre froide avait définitivement gelé le flux révolutionnaire. Est et Ouest s’affrontaient en Europe dans une guerre de tranchées où aucune percée n’était concevable. Contraste inouï avec une Egypte où tout demeurait possible! L’Union soviétique? Sans remettre en cause son rôle dirigeant, voire même son exemplarité, Curiel la considérait moins comme le paradis socialiste advenu que comme une nation du tiers-monde ayant joliment réussi un décollage prometteur.

 

Débarqué à Gênes, il prit langue avec la direction du Parti communiste italien. L’accueil fut glacial. Il passa clandestinement en France, où André Marty lui fit meilleure figure. Ils se connaissaient depuis 1943. Marty, parti de Moscou pour rejoindre Alger, avait fait une escale de quatre jours au Caire. Obsédé par l’Intelligence Service, il avait accepté avec soulagement d’être hébergé par Henri et Rosette Curiel. Le rayonnement de la France en Egypte était tel que le PCF, à travers son bureau colonial, s’était vu confier la tutelle idéologique et politique du pays. Mais les permanents du bureau, staliniens granitiques, considéraient d’un œil plus que réservé ces jeunes bourgeois juifs qui prétendaient conduire un peuple arabe sur le chemin du socialisme. Exaspérés par les querelles et scissions qui ne cessaient de déchirer le mouvement communiste égyptien, ils s’étaient toujours refusés à choisir entre les organisations.

 

Henri Curiel perdit toutes chances d’être adoubé après le putsch des «officiers libres» qui, le 23 juillet 1952, déposa le roi Farouk. Le monde communiste dénonça sans tarder le «coup militaro-fasciste» d’officiers dont il devait bientôt glorifier l’impeccable progressisme. En Egypte même, les organisations communistes surenchérirent dans l’anathème. Seul le mouvement créé par Henri Curiel, qu’il continuait d’influencer de Paris, applaudit à l’opération. Curiel rencontrait depuis plus de dix ans les militaires progressistes. Plusieurs des « officiers libres », et non des moindres, appartenaient à son organisation. Il savait aussi l’enthousiasme suscité dans tout le pays par l’avènement du nouveau pouvoir, dont le programme annonçait des réformes (redistribution des terres, démocratisation de l’enseignement, justice sociale) rarement proposées par des putschistes fascistes. Mais puisque les augures communistes avaient parlé, le débat était clos, et l’organisation d’Henri Curiel se voyait dénoncée comme « suppôt de la dictature fasciste ». 

 

Quant à son dirigeant en exil, l’affaire Marty allait le mettre au ban du mouvement communiste. Faisant flèche de tout bois pour accabler le vieil homme paranoïaque, le PCF lui reprocha d’avoir été hébergé en 1943 par « un couple d’Egyptiens douteux ». L’Humanité ajoutait : « Ces Egyptiens sont liés avec un de leurs parents(sic) qui n’est autre qu’un trotskiste accusé d’avoir été un » donneur « pendant la clandestinité. »

 

C’était condenser en quelques lignes la lâcheté, l’erreur et la diffamation. La lâcheté consistait à ne pas nommer les Curiel tout en les rendant parfaitement identifiables. Leur cousin André Weil-Curiel n’avait jamais été trotskiste, et encore moins un « donneur » pendant la Résistance.

 

Devenu un paria, Henri Curiel était politiquement mort.

 

Son intuition majeure est d’avoir pressenti dès les années 40 la puissance de la volonté de libération nationale. C’était prévoir le fait politique marquant de la seconde moitié du XXe siècle. Cette clairvoyance restait peu partagée. Le bureau colonial conseillait la patience à ses ouailles colonisées et leur répétait que l’émancipation ne pouvait résulter que de la victoire à venir du prolétariat « grand frère ». Pour avoir compris que la lame de fond de la revendication nationale allait déferler, mêlant le pur et l’impur, mais gigantesque, irrésistible, et qu’il fallait la chevaucher ou se condamner à rester sur le sable, Henri Curiel, juif apatride mis au ban du mouvement communiste, allait devenir l’un des grands citoyens du tiers-monde.

 

En 1957, quand il rencontre Robert Barrat, journaliste engagé contre la guerre d’Algérie, vieille de trois ans, Henri Curiel ne s’intéresse toujours qu’à l’Egypte. Elle s’éloigne. Ses proches s’inquiètent d’un état dépressif chronique qui n’est pas son genre. Robert Barrat le ressuscite en lui ouvrant un nouveau champ d’action. En novembre 1957, il le présente à Francis Jeanson, responsable d’un réseau d’aide au FLN qui existe depuis un an mais ne s’est véritablement structuré qu’un mois plus tôt. Pendant trois ans, Henri Curiel met au service de ce réseau son sens de l’organisation et son exceptionnelle capacité militante. Sa femme Rosette travaille avec lui, et aussi Joyce Blau et Didar Fawzi Rossano, toutes deux venues d’Egypte. Après un coup de filet de la DST, les Algériens demandent à Francis Jeanson, grillé, de passer la direction des opérations à Henri Curiel.

 

Aide aux réseaux antifascistes

 

Il voulut élargir le réseau et le pérenniser au-delà de la guerre d’Algérie en créant le Mouvement anticolonialiste français (MAF). Ce fut un rude échec. Son pragmatisme heurte les illusions lyriques de maints porteurs de valises qui croient que, par une réaction en chaîne, la «révolution algérienne» peut embraser l’Europe (plus tard, ce seront Cuba, la Chine, le Vietnam…). Fort de son expérience égyptienne, Henri Curiel ne voit dans le FLN qu’un mouvement de libération nationale. Ahmed Ben Bella représente une étape inéluctable dans le destin de la nation algérienne, mais il ne sera pas Lénine. Quant à exporter d’Algérie en France la flamme révolutionnaire, c’est à ses yeux pure billevesée.

 

Le 20 octobre 1960, Henri Curiel est arrêté. Dix-huit mois à Fresnes. La paix signée, l’arrêté d’expulsion pris au moment de son arrestation devrait être logiquement mis à exécution. Il y échappe grâce à des relations anciennes et puissantes. Au Caire, en 1943, ses Amitiés françaises avaient rendu de grands services à des Français libres dont certains siégeaient au conseil des ministres de De Gaulle.

 

Sortant de Fresnes à quarante-huit ans, il sait que la marginalité sera désormais sa loi. Faute de s’insérer quelque part, il peut être un homme charnière. De par sa formation intellectuelle et grâce à ses immenses lectures, il est dépositaire de l’expérience révolutionnaire accumulée en Europe. Il côtoie depuis des années des militants qui ont appris la clandestinité sous l’occupation nazie ou dans l’aide au FLN. Pourquoi ne pas mettre ces acquis au service des mouvements de libération nationale d’un tiers-monde dont il connaît depuis l’Egypte les difficultés à organiser la lutte?

 

Ce sera Solidarité. Une centrale de prestation de services. Quelques dizaines de militants, pour la plupart français, venus de tous les milieux et de toutes les sensibilités (pasteurs protestants, syndicalistes, prêtres catholiques, membres du Parti communiste agissant à titre individuel, etc.), se mettent avec modestie au service d’autres militants venus du monde entier. Il ne s’agit point de jouer les guides politiques, mais plus simplement d’enseigner les techniques salvatrices. Repérage et rupture d’une filature; impression de tracts et de brochures grâce à un matériel léger; fabrication de faux papiers; chiffrement et écriture invisible; soins médicaux et premiers secours; éventuellement, maniement d’armes et utilisation des explosifs; cartographie et topographie… Beaucoup de moniteurs improvisés doutaient de l’utilité d’un enseignement forcément sommaire. La tragique inexpérience des stagiaires eut tôt fait de les convaincre du contraire. Des militants exposés à la répression la plus cruelle et la plus sophistiquée, tels ceux de l’ANC sud-africain, ignoraient les règles élémentaires de la clandestinité.

 

Axée sur le tiers-monde, l’aide fut naturellement étendue aux réseaux antifascistes existant dans l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar et de Caetano, la Grèce des colonels, le Chili de Pinochet.

 

Les militants arrivaient en France par petits groupes pour des stages de durée variable. Ils choisissaient les thèmes les plus appropriés aux problèmes rencontrés sur le terrain. Quant au financement, il fut d’abord assuré par l’Algérie de Ben Bella, qui remboursait ainsi une sorte de dette. Après l’avènement de Houari Boumediene, en 1965, les mouvements eux-mêmes réglèrent les frais de stage, au demeurant minimes grâce au bénévolat.

 

Cette initiative sans précédent ne pouvait être conçue et réalisée que par Henri Curiel. Elle représentait la somme de ses échecs et de ses réussites. Un parcours difficile, ponctué de sévères déconvenues, lui avait permis d’inventer la solidarité internationale la mieux adaptée à ces années 60 et 70 qui virent tant de nations du tiers-monde s’engager sur le chemin de la souveraineté.

 

Organisation clandestine, Solidarité tenait cependant congrès annuel, élisait un comité directeur et un secrétariat. La diversité des origines et des opinions entretenait des tensions permanentes. Si l’autorité du père fondateur en agaçait certains, la plupart des membres lui vouaient une affection profonde. Il s’attacha toujours à ne pas réduire ceux qui le rejoignaient à leur efficacité militante. Leur épanouissement humain était sa préoccupation constante. La rencontre avec lui modifia beaucoup de vies pour le meilleur.

 

Cela dura quinze ans. Bien sûr, l’usure finissait par avoir raison des volontés les mieux trempées. Les frères de Wangen, piliers de Solidarité, prirent d’autres engagements. Henri Curiel lui-même revint à la fin à un problème qui le hantait depuis 1948 : le conflit israélo-palestinien. Convaincu que le dialogue ouvrirait la seule issue possible, il avait organisé, avec ses amis d’origine égyptienne exilés en France, des contacts clandestins entre «colombes» israéliennes et palestiniennes. Sans cesse, une guerre ou un attentat meurtrier déchirait la trame patiemment tissée. Inaccessible au découragement, il renouait les fils rompus. Il avait réussi à faire se rencontrer à Paris Matti Peled, général de réserve israélien, et Issam Sartaoui, ancien terroriste rallié à la paix et proche de Yasser Arafat, quand l’hebdomadaire Le Point, dans son numéro du 21 juin 1976 et sous la plume de Georges Suffert, l’accusa d’être « le patron des réseaux d’aide aux terroristes ».

 

Un dossier officiellement classé

 

L’accusation était à la fois frivole et meurtrière. Henri Curiel haïssait le terrorisme, qu’il considérait comme une sottise politique et une monstruosité humaine. Mais dans un temps où l’Europe était confrontée aux violences de la Fraction armée rouge allemande (dite « bande à Baader ») et à celles des Brigades rouges italiennes (qu’Henri Curiel réprouvait totalement), l’accusation portée par Georges Suffert équivalait à une condamnation capitale. L’offensive de presse fit néanmoins long feu. Elle fut relayée par des mesures administratives (une assignation à résidence à Digne) qu’on dut lever quand le dossier se révéla vide. Il ne restait plus aux ennemis d’Henri Curiel que le recours au terrorisme. Deux tueurs l’abattirent dans l’ascenseur de son immeuble, le 4 mai 1978.

 

Son action pour la paix au Proche-Orient dérangeait les «faucons » des deux camps, qui ne répugnent pas aux procédés expéditifs. Les services sud-africains le tenaient pour l’un de leurs pires adversaires car Solidarité, jusqu’au bout, apporta une aide très active aux militants de l’ANC. On a appris depuis que les services secrets de ce pays n’hésitaient pas à envoyer leurs tueurs en Europe. L’enquête policière a échoué à identifier les instigateurs et les exécutants du crime, le dossier Curiel est aujourd’hui officiellement classé.

 

Ni idéologue ni théoricien, il était un exceptionnel analyste des situations. Européen de culture, citoyen du tiers-monde par la naissance et l’expérience, il est sans doute, de tous ceux qui se sont voulus internationalistes dans la seconde moitié du siècle, celui qui a inventé, non pas les conduites les plus spectaculaires, mais les interventions les plus efficaces en raison même de leur intelligente modestie.

 

Les temps ont changé. La mondialisation économique s’accomplit au même rythme que s’exténue la solidarité politique entre les peuples. Il serait vain de chercher chez Henri Curiel des recettes adaptées au troisième millénaire.

 

Mais cet homme qui vécut pour ses idées, et en mourut, laisse en héritage l’ardente exigence d’inventer un nouvel internationalisme.

 

Gilles Perrault

Le parti de la liquette par Frédéric Lordon

par Frédéric Lordon, 9 octobre 2015

 

Le genre de texte que j'aurais voulu voir surgir de la plume d'un dirigeant du PCF, encore faut-il que l'encéphalogramme ne fut pas plat ?

 

Source : Le Monde diplomatique

« Le Salaire de la peur », de George Clouzot 1954

 

Si l’on avait le goût de l’ironie, on dirait que le lamento décliniste ne se relèvera pas d’un coup pareil, d’une infirmation aussi catégorique ! Coup d’arrêt au déclin ! Mais l’ironie n’enlève pas la part de vérité, fut-elle ténue : un pays où les hommes du capital finissent en liquette est un pays qui a cessé de décliner, un pays qui commence à se relever. Car, dans la tyrannie du capital comme en toute tyrannie, le premier geste du relèvement, c’est de sortir de la peur.

 

Le salaire de la peur

 

Le capitalisme néolibéral règne à la peur. Il a été assez bête, demandant toujours davantage, pour ne plus se contenter de régner à l’anesthésie sucrée de la consommation. La consommation et la sécurité sociale étaient les deux piliers de sa viabilité politique. Le voilà qui s’acharne à détruire le second – mais Marx ne se moquait-il pas déjà « des intérêts bornés et malpropres » de la bourgeoisie, incapable d’arbitrer entre profits financiers immédiats et bénéfices politiques de long terme, acharnée à ne rien céder même quand ce qu’il y a à céder gage la viabilité de longue période de son règne ?

 

Sans doute, en comparaison, l’ankylose par le gavage marchand continue-t-elle de recevoir les plus grands soins. Tout est fait d’ailleurs pour convaincre l’individu qu’en lui, seul le consommateur compte, et que c’est pour lui qu’on commerce avec le Bangladesh, qu’on ouvre les magasins le dimanche et… que « les plans sociaux augmentent la compétitivité pour faire baisser les prix ». « Oubliez le salarié qui est en vous » est l’injonction subliminale mais constamment répétée, pour que cette identité secondaire de producteur disparaisse du paysage.

 

Comme on sait, le refoulé a pour propre de faire retour, et les identités sociales déniées de revenir. Dans le plus mauvais cas privativement, et ce sont des individus séparés-atomisés, qui chacun par devers eux se souviennent que le Bangladesh est aussi le lieu de destination de la délocalisation qui a fait leur plan social, ou que la consommation « libérée » des autres fait leur astreinte du dimanche à eux. Dans le meilleur des cas collectivement. Car c’est collectivement, d’une part qu’on sort de la peur, et d’autre part qu’on a quelque chance de faire paraître sur la scène publique qu’il y a des producteurs, contre tout le travail idéologique qui s’efforce de les faire oublier pour que rien ne vienne troubler la félicité des consommateurs.

 

L’accès à la consommation élargie aura sans doute été l’opérateur passionnel le plus efficace de la stabilisation politique du capitalisme. Mais, sauvé des eaux au sortir de la séquence Grande Dépression-Guerre mondiale, le capitalisme n’a pas manqué de se réarmer dans le désir de la reconquête, et d’entreprendre de revenir sur tout ce qu’il avait dû lâcher pendant les décennies fordiennes… et à quoi il avait dû son salut. Néolibéralisme est le nom de la reconquista, le nom du capitalisme sûr de sa force et décidé à obtenir rien moins que tout. Le capital entend désormais se donner libre cours. Toute avancée sociale est un frein à ôter, toute résistance salariale un obstacle à détruire. Dans une conférence mémorable (1) et qui mériterait bien quelques tours de JT, Alexandre de Juniac observe que, la notion d’« enfant » ayant historiquement varié, l’interdiction de leur mise au travail est une question qui mériterait elle-même d’être remise au travail. Et de faire part, puisqu’il disserte sur la relativité de la notion d’« acquis sociaux », des réflexions de son collègue de Qatar Airways qui le plaint beaucoup d’avoir eu à essuyer une grève : « M. de Juniac, chez nous on les aurait tous envoyés en prison ».

 

Si donc la mobilisation productive doit se faire sous le coup de la terreur, ainsi sera-t-il. En réalité le capitalisme néolibéral n’a pas à forcer son talent, car la terreur est le fond inaltérable du capitalisme tout court. Seul le recouvrement de la stabilisation macroéconomique (relative…) et de ce qui reste de protection sociale empêche de voir le roc ultime sur lequel le capital a assis son pouvoir : la prise d’otage de la vie nue. Réalité pourtant massive dont les salariés font la douloureuse expérience lorsque l’employeur, dont ils dépendent en tout et pour tout, décide qu’ils sont surnuméraires. En tout et pour tout en effet, puisque le salaire, condition de la vie matérielle dans ses nécessités les plus basales, est, par-là, la condition de la vie tout court, le prérequis à tout ce qui peut s’y construire. Et qu’en être privé c’est frôler l’anéantissement social – parfois y tomber carrément.

 

Comme de juste, la menace qui fait tout le pouvoir du capital et de ses hommes, menace du renvoi des individus ordinaires au néant, cette menace n’a pas même besoin d’être proférée pour être opératoire. Quoi qu’en aient les recouvrements combinés de la logomachie managériale, de l’idéologie économiciste et de la propagande médiatique, le fond de chantage qui, en dernière analyse, donne toute sa force au rapport d’enrôlement salarial est, sinon constamment présent à l’esprit de tous, du moins prêt à resurgir au moindre conflit, même le plus local, le plus « interpersonnel », où se fait connaître dans toute son évidence la différence hiérarchique du supérieur et du subordonné – et où l’on voit lequel « tient » l’autre et par quoi : un simple geste de la tête qui lui montre la porte.

 

Il faut donc, en particulier, toute l’ignominie du discours de la théorie économique orthodoxe pour oser soutenir que salariés et employeurs, adéquatement rebaptisés sous les étiquettes neutralisantes d’« offreurs » et de « demandeurs » de travail – car, au fait oui, si dans la vraie vie ce sont les salariés qui « demandent un emploi », dans le monde enchanté de la théorie ils « offrent du travail » ; autant dire qu’ils sont quasiment en position de force… –, il faut donc toute la force de défiguration du discours de la théorie économique pour nous présenter l’inégalité fondamentale de la subordination salariale comme une relation parfaitement équitable entre co-contractants symétriques et égaux en droit. 

 

De part et d’autre du revolver

 

La réalité du salariat, c’est le chantage, et la réalité du chantage c’est qu’il y a une inégalité entre celui qui chante et celui qui fait chanter – on ne se porte pas identiquement à l’une ou l’autre extrémité du revolver. Même les salariés les plus favorisés, c’est-à-dire les plus portés à vivre leur enrôlement sur le mode enchanté de la coopération constructive, et à trouver scandaleusement outrancier qu’on en parle dans des termes aussi péjoratifs, même ces salariés sont toujours à temps de faire l’expérience du voile déchiré, et de l’os à nouveau découvert. Car c’est bien sûr à l’épreuve, non pas des temps ordinaires, mais du différend que se montrent les vrais rapports de pouvoir. Et que se posent à nouveau des questions – les questions élémentaires de la relation salariale – comme : jusqu’où puis-je porter la contestation devant mon supérieur, avec quel ton puis-je lui parler, quelle latitude réelle ai-je de refuser ce qu’on (il) m’impose de faire et que je ne veux pas faire et, pour finir : ce différend s’accomplit-il vraiment dans les mêmes conditions que celui que je pourrais avoir avec quelqu’un dont je ne dépendrais pas et dont je n’aurais rien à craindre – en situation d’égalité. L’individu qui plie n’en a-t-il pas toujours sourdement conscience du seul fait de se dire que « dans d’autres conditions, ça ne se passerait pas comme ça » ? La dépendance vitale et, subséquemment, la peur, voilà la vérité ultime du salariat telle qu’elle se dévoile inévitablement, non pas quand tout va bien, mais à l’épreuve du différend, dont le mode de résolution ultime a un nom : l’obéissance.

 

Et cependant l’époque se gargarise d’« égalité démocratique » quoiqu’elle laisse prospérer en son sein toute une organisation collective de la vie matérielle dont l’ultime ressort est la peur. Pourquoi, en dernière analyse, le capital règne-t-il sur les individus ordinaires ? Parce qu’il a les moyens de leur faire courber la tête. Le socioéconomiste Albert Hirschmann a résumé d’une trilogie frappante, mais peut-être insuffisante, les attitudes possibles de l’individu en situation institutionnelle : loyalty, voice, exit.  Loyalty comme son nom l’indique ; voice quand on choisit de l’ouvrir – mais jusqu’où, quand l’institution est l’entreprise capitaliste ? – ; exit quand on ne se sent plus le choix que de prendre le large – mais à quel coût quand « le large » signifie l’abandon du salaire qui fait vivre ?

 

En vérité il faudrait augmenter la trilogie d’une quatrième figure qu’on pourrait baptiser guilt.  Guilt, c’est le mouvement de retournement contre soi par lequel le salarié introjecte la violence institutionnelle-capitaliste qui lui est faite en se mettant en cause lui-même. Guilt connait deux modalités. Therapy (2) – le salarié se pense comme insuffisant et entreprend de se soigner : se vivant comme mal adapté, il se rend à l’idée que ce n’est pas l’environnement odieux auquel il est sommé de s’adapter qui doit être changé, mais lui-même, et qu’il lui appartient de faire le chemin de l’adaptation – terrible fatalité de l’émiettement individualiste du salariat puisqu’il est bien certain que, seul, nul moyen n’existe de changer l’« environnement », et que nulle idée politique d’un tel changement ne peut naître : il ne reste plus que soi à mettre en cause. Et la vérole du coaching prospère sur ce désespérant terrain.

 

Therapy donc, et puis suicide. Soit le fin fond de la violence introjectée. Tragique retournement par lequel les individus, privés des ressources collectives de lutter contre l’ennemi du capital, se font, par défaut, les ennemis d’eux-mêmes, et, dit-on, « se tuent », quand en vérité c’est bien autre chose qui les a tués. Quand le discours managérial ne fait pas du suicide une « mode », à l’image de l’excellent président de France Télécom qui voyait la défenestration comme une tendance, le discours médiatique, spécialisé dans l’inconséquence et la déploration sans suite, se contente de chialer un peu, de faire une manchette qui dit que c’est bien triste, puis de ne rien mettre en cause de sérieux, de n’avoir aucune suite dans les idées, et de passer aussi vite que possible à autre chose. Après quoi la violence d’une chemise en lambeaux lui semble intolérable. 

 

Les responsables structuraux

 

Sans doute la conscience immédiate se cabre-t-elle spontanément à la seule image générique d’une violence faite à un homme par d’autres hommes. Mais précisément, elle ne se cabre que parce que cette image est la seule, et qu’elle n’est pas mise en regard d’autres images, d’ailleurs la plupart du temps manquantes : l’image des derniers instants d’un suicidé au moment de se jeter, l’image des nuits blanches d’angoisse quand on pressent que « ça va tomber », l’image des visages dévastés à l’annonce du licenciement, l’image des vies en miettes, des familles explosées par les tensions matérielles, de la chute dans la rue.

Or rien ne justifie le monopole de la dernière image – celle du DRH. Et pourtant, ce monopole n’étant pas contesté, l’image monopolistique est presque sûre de l’emporter sur l’évocation de tous les désastres de la vie salariale qui, faute de figurations, restent à l’état d’idées abstraites – certaines d’avoir le dessous face à la vivacité d’une image concrète. Et comme le système médiatique s’y entend pour faire le tri des images, adéquatement à son point de vue, pour nous en montrer en boucle certaines et jamais les autres, c’est à l’imagination qu’il revient, comme d’ailleurs son nom l’indique, de nous figurer par images mentales les choses absentes, et dont l’absence (organisée) est bien faite pour envoyer le jugement réflexe dans une direction et pas dans l’autre. Dans son incontestable vérité apparente, l’image isolée du DRH est une troncature, et par conséquent un mensonge.

La presse unanime

 

Sans doute, à froid et à distance des situations, la pensée renâcle-t-elle, elle aussi, à l’imputation personnelle d’effets qui devraient être mis au compte d’une structure impersonnelle – car, analytiquement parlant, c’est toute la structure des rapports sociaux du capitalisme qui est à l’œuvre dans la « situation Air France », bien au-delà d’un DRH qui passe par là au mauvais moment. Mais c’est que, si l’on n’y prend garde, « l’analyse » a vite fait de tourner à l’asile des dominants, et l’impersonnalité des structures au dégagement de toutes les contributions personnelles : « le système s’impose par sa force propre et personne n’y peut rien ». Le terme de l’analyse c’est toujours l’abstraction du « système », bien faite pour saper la question de la révolte qui est toujours concrète : car comment se révolter concrètement contre une abstraction ? En réalité, l’explosion colérique se moque bien de ces subtilités : elle prend ce qui lui tombe sous la main – le mobilier de la sous-préfecture ou la limouille du DRH.

 

La vue structurale des choses cependant n’est pas entièrement condamnée à l’impossibilité des mises en cause individuelles. Qui peuvent être de trois sortes. Car si l’on veut se donner la peine d’y regarder de plus près, des individus particuliers, on en distinguera bien quelques-uns. Il y a ceux qui ont fait les structures, ceux qui les font tourner, enfin ceux qui les célèbrent et, les célébrant, s’efforcent de barrer toute tentative de les changer.

Il y a d’abord en effet que les structures ne tombent pas du ciel : elles ont été faites de main d’homme – en tout cas de certains hommes.

 

Qui a fait la libéralisation financière depuis le milieu des années 1980 ? 

 

Qui a poussé les feux de toutes les déréglementations européennes ? 

 

Qui a signé les traités commerciaux internationaux ? 

 

Qui usine le TTIP ? 

 

Qui envisage de faire sauter les protections du droit du travail ?

 

En résumé, qui a installé les structures de la violence néolibérale ?

 

Qui a mis en place les cadres institutionnels libérant de toute retenue la valorisation du capital et lui ouvrant des latitudes stratégiques, c’est-à-dire des possibilités de brutaliser, sans précédent : chantage à la compétitivité, menace de la délocalisation, démantèlement des formes institutionnalisées de la résistance salariale – contre-pouvoirs syndicaux, règles du licenciement, organisation de la négociation sociale, etc. ?

 

Voilà bien des questions précises auxquelles on peut tout à fait donner des réponses précises, c’est-à-dire des noms – spécialement en ce moment.

 

Il y a ensuite que, ces structures en place, elles n’œuvrent pas toutes seules : les rapports qu’elles déterminent sont effectués – par des individus concrets. En partie dépassés par les structures dont ils sont les opérateurs, parfois secrètement réticents à ce qu’elles leur font faire, parfois collaborateurs zélés de leur effectuation. Aussi ceux qui ajoutent leur touche particulière odieuse à l’effectuation de rapports odieux sont-ils sans doute spécialement (auto-)désignés à l’imputation personnelle des effets de structure impersonnels… Les salariés ne s’y trompent pas d’ailleurs qui savent le plus souvent distinguer le malgré-lui modérateur du vrai salaud.

 

Les artisans de l’impasse – les vrais fauteurs de violence

 

Il y a enfin, en apparence les plus distants mais peut-être les pires, les célébrants de la structure, les conservateurs symboliques de l’état des choses. Eloignés du théâtre des opérations à un point qui semble rendre absurde leur mise en cause, il faut pourtant les remettre en première ligne de la responsabilité. Accompagnant depuis des décennies toutes les transformations, présentées comme « inéluctables », d’où le capital a tiré une emprise sans précédent sur la société, ils ont interdit que cette emprise soit reconnue, et nommée, pour ce qu’elle est : une forme de tyrannie ; ils ont systématiquement empêché que s’en élabore dans la société une contestation institutionnalisée, c’est-à-dire une mise en forme symbolique et politique des tensions que ce capitalisme ne pouvait manquer de faire naître, et sont par-là les vrais agents de la fermeture.

 

Tautologiquement, des colères qui ne se trouvent plus aucune solution de symbolisation, n’ont plus accès qu’à des expressions désymbolisées : l’explosion de rage. Mais à qui doit-on ces impasses dont ceux qui s’y trouvent coincés n’ont plus que la ressource de faire péter un mur pour en sortir ?

 

À qui sinon à ceux qui ont aménagé l’impasse même, bétonné le débat, répété l’inéluctable état des choses, pédagogisé sa nécessité, ridiculisé, disqualifié et finalement fait barrage à toute idée critique, donc empêché toute formation d’une perspective politique alternative qui aurait fait réceptacle ?

 

De ce point de vue, et quelque désaccord qu’on ait avec lui, on pourra tenir pour exemplaire le traitement ignoble, notamment iconographique, réservé à Jean-Luc Mélenchon dans Libération, et d’ailleurs dans toute la presse de droite complexée qui le vomit à un point inimaginable, précisément parce qu’il est le seul acteur significatif du champ politique à y faire entendre le point de vue de l’oppression salariale, et rendre au moins concevable qu’une ligne politique soit tirée à partir de là (quant à sa réalité, c’est une autre affaire, et on jugera(it) sur pièce). S’il y a quelque chose comme des « responsables structuraux » de la violence, les gate-keepers médiatiques en font assurément partie. Avec au surplus cette ironie amère que ceux qui ont fermé tous les degrés de liberté du système, ne laissant plus ouverte que l’alternative de la chape ou de l’explosion, sont ceux-là mêmes qui viennent faire la leçon outragée quand « ça explose ».

 

Forcément cette presse de gauche de droite, puisque c’est par définition à la presse de gauche que revenait de créer les espaces organisés de la critique et par là les conditions de possibilité de la symbolisation politique, cette presse-là, passée à droite et démissionnaire de sa fonction historique, tombe au dernier degré de l’embarras quand il lui faut faire face à de telles éruptions de colère. On voit d’ici la balance de précision où a été pesé l’éditorial de Libération, qui s’efforce de tenir ensemble la condamnation des « inadmissibles violences » et la compassion pour les salariés restructurés, qui va même jusqu’à parler de « la violence des plans sociaux » (3) mais pour soigneusement éviter, dans le parfait équilibre des violences symétriques, de prendre le moindre parti net, essence du joffrinisme qui a pour seule ligne directrice le louvoiement, la conciliation apparente des inconciliables – mais le parti pris réel, car il y en quand même bien un, quoique inavouable quand on s’accroche ainsi à son étiquette de « gauche » alors qu’on est finalement aussi à droite, le parti pris foncier pour l’ordre social présent, jugé bon dans sa globalité, sans doute perfectible de ci de là, mais grâce au ciel le rosanvallonisme ou le pikettisme sont là pour nous fournir les rustines.

 

Voilà donc ce que jamais on ne lira nettement dans Libération ni dans aucun de ses semblables : que cette image des deux hauts cadres en liquette est un symptôme de plus, après beaucoup d’autres restés ignorés, d’un monde à changer d’extrême urgence. Que, faute de toute solution politique d’un tel changement, solution que des organes comme Libération se sont appliqués à empêcher d’advenir, cette image est au total porteuse d’espoir : car c’est l’image du corps social qui, par ses propres moyens, commence à sortir de son tréfonds d’impuissance, qui n’a plus peur de la tyrannie du capital. On ne lira pas non plus dans Libération que les détails de la situation n’ont pas grande importance, ni le salaire des pilotes, ni l’état financier d’Air France, car, dans l’époque qui est la nôtre, l’important est le salariat qui relève la tête, quelle qu’en soit la fraction, l’exemple ainsi donné aux autres, et que ceci est un bon signe. On n’y lira pas enfin que Manuel Valls est le méta-voyou, celui qui non seulement prend le parti des voyous, mais traite de voyous les victimes des voyous.

 

Le parti du capital

 

Au vrai c’est toute la droite générale, celle qui va du PS à l’UMP, organes médiatiques inclus, qui, dans un spasme réflexe a refait son unité, comme toujours quand un événement à fort pouvoir de classement la soumet de nouveau à l’épreuve – référendums européens, conflits sociaux durcis, etc. Bien sûr, dans la droite générale, il y a la composante honteuse, qui préférera s’abstenir de paraître. A côté des habituels L’Opinion, Le Figaro, Les Echos, Le Parisien, dont les unes sont toutes plus gratinées les unes que les autres, la presse de droite complexée fait courageusement la sienne sur un écrivain suédois disparu – abstention qui a malheureusement tout le poids d’un parti. Le parti pris d’un certain parti, qui est ce parti informel de l’ordre social capitaliste, parti agglomérant bien sûr des partis politiques au sens classique du terme, on a dit lesquels, mais également tous ceux qui concourent activement à sa reproduction symbolique, économistes, éditorialistes, faux intellectuels, à commencer par ceux qu’on pourrait appeler les objecteurs cosmétiques, spécialistes de la critique secondaire, passionnés de l’inessentiel, stratèges de l’évitement (4) , en tout cas tous bien occupés à fermer le champ du pensable, pour donner comme impensable que les choses soient fondamentalement autres qu’elles ne sont.

 

C’est qu’en effet, de ceux qui installent les structures à ceux qui les font tourner en passant par ceux qui les déclarent nécessaires (quand ils ne les disent pas admirables), tout ça fait du monde ! Un parti de fait. Le parti du capital. Car on peut bien appeler « parti du capital » l’ensemble de ceux qui approfondissent le règne du capital, qui s’abstiennent de lui opposer la moindre critique sérieuse, et qui barrent résolument la route à ceux qui auraient le projet de le faire. Le parti du capital va donc bien au-delà des seuls capitalistes, mais se scandalise uniement lorsque des têtes se relèvent.

 

Pour ce grand parti informel, nul doute que les images d’Air France n’ont rien que de glaçant. C’est qu’elles lui tendent le miroir de son devenir possible : en parti de la liquette, grand rassemblement des candidats à la guenille car, avéré l’inexistence des solutions institutionnelles d’endiguement à froid du capital et de son emprise totalitaire sur la société, la probabilité des solutions à chaud va croissant chaque jour. À ce stade d’ailleurs, ça n’est même plus une question de préférence ou de jugement : c’est une question entièrement positive. Quoi qu’on en pense, la tyrannie, la maltraitance que rien n’arrête, finissent toujours, privées de régulation externe et incapables de contenir leur propre tendance interne à l’abus, par franchir un de ces seuils invisibles où la peur des maltraités se retourne en fureur. Il ne faudra pas venir chialer ce jour-là qu’il y a du verre brisé et « d’inadmissibles violences » comme dirait l’éditorialiste de Libération. Car quand le couvercle de la cocotte ne peut plus que sauter, il saute ! Et les vrais coupables sont ceux qui ont installé la gazinière, monté le feu, et célébré la nouvelle cuisine. 

 

Dernière station avant l’autoroute

 

Battue par trois décennies de néolibéralisme, la société en arrive à un point à la fois de souffrance et d’impossibilité où la question de la violence en politique va devoir se poser à nouveaux frais, question tabouisée par excellence et pourtant rendue inévitable au point de faillite de tous les médiateurs symboliques où nous sommes. Les galéjades habermassiennes de « l’agir communicationnel » paraissant maintenant pour ce qu’elles sont – une illusion de démocratie discursive recouvrant les rapports de force réels, la surdité arrogante des dominants et l’imposition sans appel de leur ordre (on ne s’étonnera pas qu’elles soient régulièrement célébrées dans Le Monde) –, le compte des solutions de transformation sociale réelle est vite fait. Comme s’il s’efforçait inconsciemment de rejoindre son concept, le parti de la liquette, fermant toute autre possibilité, crée la situation de l’épreuve de force. Il finira bien par l’avoir.

 

Epreuve de force et épreuve de vérité. Car la presse tombe le masque quand l’ordre de la domination capitaliste est réellement pris à partie, fut-ce très localement, et qu’il l’est de la seule manière que les dominés aient à leur disposition, puisque abandonnés de tous, sans le moindre espoir que leur parole soit portée ni dans le cénacle des institutions politiques ni dans l’opinion publique par un canal médiatique mentalement et financièrement inféodé, privés donc de tous les recours de la lutte symbolique, ils n’ont plus que leur bras pour exprimer leur colère.

 

On ne dira jamais assez combien c’est la réduction au dénuement symbolique qui jette les individus dans l’action physique – désymbolisée. Pas plus qu’on ne rappellera jamais assez que des hommes ou des femmes, qui n’ont somme toute que le désir de vivre paisiblement et de jouir d’une stabilité matérielle minimale, qui n’ont en réalité aucune préférence pour la lutte et encore moins pour la violence, car ils n’aspirent qu’à la tranquillité, ces hommes et ces femmes, donc, ne sortent de leurs gonds que parce que quelque chose, ou quelqu’un, les en a fait sortir.

 

C’est peut-être une économie générale de l’offense qui commence à se manifester ici, dans laquelle il n’y aura pas à payer que l’état objectif de la violence sociale capitaliste, mais également, petit supplément qui fait parfois les grandes révolutions, cette inimitable touche d’arrogance ajoutée par les dominants aux structures de leur domination. Et c’est vrai que le parti du capital, futur parti de la liquette, n’en aura pas manqué. Depuis les rires gras de l’assistance patronale de Royaumont entendant de Juniac briser quelques « tabous » de son cru, comme le travail des enfants ou l’emprisonnement des grévistes, jusque, dans un autre genre, aux selfies rigolards venant couronner des années de consciencieux efforts pour expliquer aux peuples européens dévastés par l’austérité qu’ils l’avaient bien cherchée (5) .

 

Quand la loi a démissionné, les dominants ne connaissent qu’une force de rappel susceptible de les reconduire à un peu de décence : la peur encore elle. C’est bien celle que leur inspirait le bloc soviétique qui les a tenus à carreaux pendant les décennies fordiennes. À des individus que le sens de l’histoire n’étouffe pas, la chute du Mur et l’effacement du mouvement communiste n’ont rien signifié d’autre qu’« open bar ».

 

Dans cette pensée dostoïevskienne du pauvre, ou plus exactement du nouveau riche, « si le communisme est mort, alors tout est permis ».

 

L’instance externe de la peur effondrée, et l’instance interne de la contention – le pouvoir politique – passée avec armes et bagages du côté des forces qu’elle avait à contenir, la peur ne retrouvera plus d’autre origine que diffuse et immanente : elle viendra du bas – du bas qui se soulève.

 

Les dévots qui se sont engagés corps et âme dans la défense d’un ordre ignoble et forment sans le savoir l’avant-garde de la guenille, sont encore trop bêtes pour comprendre que leur faire peur en mots – ou bien en tartes à la crème – est la dernière solution pour leur éviter de connaître plus sérieusement la peur – dont ils ne doivent pas douter qu’elle viendra, aussi vrai qu’une cocotte sans soupape finit par exploser. Aussi s’empresseront-ils d’incriminer les « apologètes de la violence » sans même comprendre que signaler l’arrivée au point de violence, le moment où, du fond de l’impasse, elle va se manifester, est le plus sûr moyen, en fait le seul, de forcer la réouverture de perspectives politiques, et par là d’écarter l’advenue de la violence.

 

Frédéric Lordon


Note de B.T : Je partage totalement l'analyse de Frédéric Lordon. Je ne peux que constater et regretter que le PCF, tout au moins dans sa sphère dirigeante, soit totalement hors sol et hors jeu tellement elle est intégrée aux mécanismes de subordination du capital. Pour rappel le PGE est financé par l'U.E moyennant la promotion des "valeurs européennes" Valeurs qui sont de fait celles du capital, enkysté dans une dérive troskysante à une mythique "Europe sociale". Et comme sur la barricade du combat capital/travail il n'y a que deux côtés, nous avons là un sacré problème.

 

Introduction à la rencontre nationale des animateurs du réseau Faire vivre et renforcer le PCF

 

, par  Marie-christine.burricand 

 
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Bonjour à tous et merci d’avoir fait le déplacement pour cette réunion nationale de Faire vivre et renforcer le PCF qui était réclamée par de nombreux camarades.
 

Une question essentielle nous est posée : comment construire une résistance populaire efficace face à un capitalisme plus que jamais prédateur jusqu’à créer les conditions d’une rupture porteuse d’un projet socialiste ?

C’est au regard de cette question qu’il nous faut apprécier notre activité, mesurer les enjeux du congrès et décider de notre feuille de route pour les mois qui viennent.

Jamais sans doute depuis la fin des années soixante notre peuple n’avait connu une période aussi difficile qu’inquiétante pour l’avenir.

Nous sommes maintenant presque au bout du détricotage du compromis social issu du Conseil National de la Résistance, marqué du sceau des idées progressistes dopées par la place des communistes dans la résistance.

Il est inutile que je revienne ici sur les détails de la reconquête par le patronat et les grandes fortunes de leurs prérogatives, mais du droit du travail à la retraite en passant par la sécurité sociale et les services publics, tout est peu à peu effacé, vendu et j’en passe jusqu’à cette toute dernière mesure concernant les retraites complémentaires qui finalement rajoute 1 an de travail à un très grand nombre d’entre nous.

Dans l’affrontement capital travail, le capital est aujourd’hui globalement gagnant cela ne fait aucun doute, par contre cela fait mal.

La colère des salariés d’AIR France ? C’est aussi celle de travailleurs fiers de leur boîte, longtemps certains de sa pérennité, ne pensant pas que cela pourrait leur arriver, des salariés pour qui les choses basculent peu à peu.

Il est rassurant de remarquer que l’énorme entreprise de criminalisation de l’action syndicale n’a pas marché, beaucoup s’identifiant plus aux salariés qu’aux dirigeants même sans chemises !

Et la combativité de la CGT, qui a refusé de participer à la conférence sociale est aussi une bonne nouvelle à quelques mois de son congrès.

Notre pays s’enfonce, tandis que la situation internationale se dégrade chaque jour. Le droit des palestiniens à une nation, déjà fortement tronqué, apparaît de plus en plus ténu. Après la Libye et l’Irak, nations détruites par l’Otan, bras armé des puissances capitalistes, après la guerre et les résurgences du nazisme et de l’anticommunisme le plus brutal en Ukraine, c’est la Syrie qui est dans la tourmente.

Au nom de la solidarité avec l’opposition à Bachar El Assad, c’est une nouvelle nation qui est détruite. Comment nos concitoyens peuvent-ils s’y retrouver entre les frappes des uns et des autres, Daesh et l’État islamique….c’est le sentiment du chaos et de la barbarie qui l’emporte, la défiance encore plus grande envers ces pays et leurs peuples alors que des milliers de gens n’ont guère d’autre choix pour sauver leur vie que de s’enfuir sur les routes du monde rejoignant le flot de ceux qui fuient la misère.

Et là aussi, il faut noter que, malgré les moyens mis pour criminaliser ces pays qui restent associés au communisme, même si Poutine ne l’est évidemment pas, la Chine et la Russie apparaissent finalement comme des facteurs d’équilibre pour pas mal de français.

La parti socialiste, aux commandes de l’austérité en France et de la guerre dans le monde, entraîne la disqualification de toute la gauche.

La faible visibilité du PCF et la faiblesse de ses positions laisse la place aux apparences trompeuses.

Comment s’étonner dans ses conditions que domine le « on n’y peut rien, il faut s’adapter, les patrons ont trop de charge, on ne peut pas accueillir tous les pauvres, il y en a marre que ceux qui travaillent paient pour les autres, il y a moins d’argent il faut dépenser moins... » toutes ces évidences trompeuses sur lesquelles s’appuient une droite dure et populiste dans sa reconquête du pouvoir.

Pendant ce temps, le Front national, bien aidé par les médias, Hollande et Sarkozy qui voient en Marine leur chance pour 2017, s’impose comme la force qui monte. Accompagnement de la colère populaire dans l’expression, achat de quelques penseurs en économie, opération séduction-normalisation auprès d’intellectuels, Marine le Pen était déjà bien placée pour 2017, on imagine la catastrophe si le Fn gagnait une ou deux régions comme cela est possible, renforçant ainsi sa légitimité !

Dans cette situation, la Grèce a joué un rôle d’accélérateur dans la prise de conscience de trois points au moins :

  • La nature de l’Union européenne, dictature au service du capital effaçant la souveraineté nationale

  • La vanité et l’échec de ceux qui prétendent transformer l’UE plutôt que de s’en libérer pour construire un mode de coopération en Europe et dans le monde entre nations souveraines et solidaires

  • La faiblesse de la gauche radicale, incapable de penser la rupture, l’affrontement concret avec le capital, la transformation d’un pays.

Comment apprécier dans cette situation notre activité ?

Dans et après le dernier congrès, nous avons réaffirmé notre choix de rester dans le PCF, de faire vivre et renforcer ce Parti pour construire l’organisation révolutionnaire nécessaire aujourd’hui. 

Depuis le congrès de Martigues, nous avons traversé bien des hésitations.Nous avons toujours porté aussi le débat dans le PCF, notamment au travers de textes alternatifs à chaque congrès et à deux reprises de listes alternatives. Fallait-il rester dans ce PCF, de plus en plus au couleur du PGE, aspiré dans une dérive réformiste ? Fallait-il en sortir dans une tentative de construction d’un nouveau parti ?

  • - 2005, le PCF appelle à voter Non au TCE, tout n’est pas perdu malgré l’orientation proeuropéenne adoptée avec la participation gouvernementale en 1997 et l’adhésion au PGE.

  • - 2007, les communistes décident de garde le PCF contre l’avis d’une grande partie de la direction… C’est aussi un signal pour nous que ce parti a de la ressources.
  • - 2011, le choix de la candidature de Mélenchon aux présidentielles suivi de la perte de nombreux députés aux législatives, sans compter Mélenchon dans le Pas de Calais, tout cela a de quoi nous décourager !

  • - 2013, nous avons les yeux grands ouverts, nous n’avons pas pris la direction du PCF, les forces communistes sorties du PCF sont émiettées, le plus souvent isolées. La direction poursuit sur sa ligne, tout en maintenant la coquille PCF et en radicalisant le discours dans les apparences; Les étoiles font leur apparition sur la carte du PCF qui perd pour la deuxième fois sa faucille et son marteau.

Chacun comprend que la bataille pour un parti communiste va être longue et qu’il faut se battre pied à pied pour ouvrir le débat dans le PCF, pour conquérir des positions dirigeantes dans ses organisations et prioritairement les cellules et les sections, pour construire dans les quartiers et les entreprises des organisations de base capables d’actions de masse.

Dans ces conditions, nous nous sommes battus pour conserver des élus au Conseil National, garder et renforcer nos sections, retrouver notre légitimité dans les fédérations Hérault, Drome, Gironde, Rhône.

Nous avons pris toute notre place dans la bataille des municipales, insistant sur l’acquis que représentaient les élus communistes et les municipalités à direction communiste alors même que la réforme des collectivités territoriales veut effacer les communes, tendant ainsi à caractériser le sens national de cette bataille.

Dans ce qui a été une défaite de la gauche avec des pertes importantes pour le PCF, nous avons conservé des positions essentielles : Vénissieux, Béziers, Fontaines, Aubervilliers, Saint martin d’Hères. Là où nous agissons, le parti tient. Cela se confirme aux élections cantonales de 2015 (Sanary, le Bassin) et à la partielle de Vénissieux.

Tout cela a contribué à nous donner plus de légitimité aux yeux de nombreux communistes et à renforcé nos organisations même si nous sommes en dessous de ce qu’il faudrait et n’échappons pas évidemment pas à ce qui pousse au déclin du PCF.

Dans la même période : des communistes font l’expérience de défaites cuisantes : Villejuif, Bobigny, la question de l’organisation revient régulièrement.

La situation grecque nous permet d’agir efficacement sur deux points :

  • la position du PCF au moment du vote de l’assemblée sur le plan grec : volte face de la direction (état d’esprit militant), en plein mois d’août, un appel à l’ouverture du débat dans le PCF, publié dans l’huma, signé par prés de 500 communistes. Les visites ont connu à ce moment là sur le site www.lepcf.fr une hausse formidable.

Nous faisons vivre plusieurs sites locaux et le site www.lepcf.fr, en quelque sorte vitrine du réseau

La revue "Unir les communistes" existe et peut être un bon outil d’organisation, elle permet notre la présence à la fête de l’huma.

Nous nous engageons aux régionales dans le même esprit qu’aux municipales : peser sur les contenus, donner un sens national à la bataille, conquérir des points d’appui et gagner en visibilité. Notre participation plus importante aux listes, impensables en 2010 sauf exception, fait l’objet de discussions difficiles (Hérault, Rhône).

Nous avons conservé des liens, parfois agités, mais jamais rompus avec ceux qui se réclament de l’héritage du PCF (PRCF, rouges vifs, RCC...)

Des camarades me disent parfois que ce que nous faisons ne change rien et que c’est peine perdu que de vouloir transformer le PCF.

Je ne partage pas ce point de vue : ce n’est pas rien de conserver au travers d’organisation, d’élus et de communes, de militants d’entreprise, un lien de masse avec les populations, c’est même essentiel.

Ce n’est pas rien d’exister toujours dans le paysage politique, y compris au-delà du PCF. 

Et qui peut prétendre aujourd’hui avoir la solution alors que nous résistons et essayons de construire face à une entreprise d’effacement de l’histoire communiste que la direction du PCF est incapable de contrer puisqu’elle en a été et en est elle même partie prenante.

Les conditions de préparation du Congrès ne sont pour l’instant pas connue.

Nous constatons l’explosion de la la ligne de la direction :

  • L’union de la gauche mode alliance PC/PS est rejetée par la très grande majorité des militants, la politique gouvernementale a fini d’achever ce modèle issu du programme commun. Les militants ont très largement repoussé toute tentative de liste avec le pS aux régionales et les désistemetns de second tour, les participations à l’exécutif ne font pas consensus.
  • Le front de gauche n’est plus qu’une étiquette, là PG et vert sans le PC, ailleurs tous ensemble malgré des divergences profondes, ici avec le MRC qui n’est pas vraiment "eurocompatible"... Y a t-il une ligne pour les régionales au-delà d’avoir des élus , la question mérite d’être posée. Quant à l’espoir autour de Syriza et Tsipras, il s’est heurté à la réalité de l'U.E et de l’affrontement de classe. Le soutien jusqu’auboutiste de la direction cache mal l’échec de Syriza. La direction s’obstine dans une ligne de survie, incapable de penser l’existence du PCF au-delà des institutions. Elle continue de chercher une réponse dans une nouvelle dilution sur le modèle Syriza ; tout cela fait penser à la chanson de Renaud c’est quand qu’on va où... Dans ces conditions, le congrès devrait être un moment d’ouverture du débat stratégique sans tabou, mais nous savons que les tentatives de vérrouillage, pour ne pas remettre en cause la ligne de Martigues seront dominantes, y compris la volonté de nous affaiblir, voire nous éliminer. Nous devons cependant être confiants. Malgré les tentatives multiples de nous sortir du PCF ces dernières années, non seulement nous sommes toujours là, mais c’est la ligne d’effacement de la direction qui s’écroule tandis que nos propositions stratégiques se vérifient dans la réalité. Examinons ensemble comment permettre un vrai débat dans ce congrès et pour cela commençons dès maintenant à la fois à faire connaître nos propositions et à rassembler tous ceux qui se sont retrouvés sur nos textes, nos positions ces dernières années, tous ceux aussi que la situation présente fait réfléchir et chercher des solutions hors des sentiers tracés par avance.

Note de B.T :

Et pourtant ils l'on fait. Les 12 étoiles présentent sur la carte du PCF sont inspirées du drapean européen « les 12 étoiles qui entourent la couronne de la Vierge Marie »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Drapeau_europ%C3%A9en

 

Documents annexes versés aux débats : 

Grandes manœuvres pour une « recomposition ». Danielle Trannoy. [Suite...] 

APPEL pour GRAND débat sur les questions européennes et la souveraineté. PARLONS souveraineté à GAUCHE ! FVR-PCF. [Suite…] 

Nouveaux effacements... perspectives de luttes communistes. Paul Barbazange. [Suite…] 

Propos de Jacques Sapir : Billet d’humeur ! Marie-Christine Burricand. [Suite…]

Grèce et U.E. : Premières réflexions pour ouvrir le débat après la note du CEN du 17 juillet. [Suite…] 

Le combat contre l’austérité mérite mieux que des postures préétablies. Le débat doit s’ouvrir ! Marie-Christine Burricand. [Suite…] 

Front de gauche : L'impasse ou la stratégie de l'autruche. Bernard Trannoy. [Suite…]

Euro ou refus de l’austérité, il faut choisir ! [Suite…]

Réflexions militantes. Danielle Trannoy PCF Bassin Arcachon. [Suite…]

Quand les résultats positifs devraient faire réfléchir... Du local au stratégique, billet d’humeur ! Marie-Christine Burricand. [Suite…]

2005-2015 Traité Constitutionnel Européen C’est toujours NON ! Marie-Christine Burricand.  [Suite…]

 

Actualités

Le PCF avec Onesta «enthousiaste ou forcé»

Politique - Liste Nouveau Monde

Christian Picquet et Dominique Satgé au premier plan. /DDM, NSA
Christian Picquet et Dominique Satgé au premier plan. /DDM, NSA

Mécontent de la place accordée à sa chef de file, Dominique Satgé, sur la liste Nouveau Monde conduite par Gérard Onesta, le PCF de Haute-Garonne avait envisagé tous les scénarios, y compris celui de quitter le rassemblement Europe Ecologie-Les Verts et Front de gauche (PCF, Parti de gauche, Ensemble) et d'entrer en dissidence dans le département. Finalement, les communistes haut-garonnais resteront avec le conseiller régional écologiste sortant : « Nous serons dans la liste de Gérard Onesta, enthousiastes ou forcés, pour nous adresser à l'électorat populaire », affirme le secrétaire départemental du PCF, Pierre Lacaze. Dominique Satgé demeure en 8e position mais Christian Picquet, conseiller régional sortant, qui vient d'adhérer au PCF, occupera la 3e. Cependant, Pierre Lacaze revendique toujours la 2e place pour Dominique Satgé avant la clôture du dépôt des listes, le 9 novembre et invite Gérard Onesta « à un grand week-end de réflexion ». Le cas échéant, le PCF exige que Satgé et Picquet soient en position éligible au second tour sur une liste d'union de la gauche en cas de fusion avec la liste conduite par Carole Delga (PS). « On ne lui arrachera pas mais il faut que Gérard Onesta mouille la chemise » conclut Pierre Lacaze. Les communistes souhaitent enfin que le premier meeting se déroule à Mazères, une mairie communiste, « pour déployer les drapeaux rouges ».

Le Parti des travailleurs hongrois : Nous devons dénoncer les mensonges du capitalisme

 

31 Octobre 2015

Венгерская рабочая партия: Мы должны разоблачать ложь капитализма

Publié le 30/10/2015

 

« Nous devons voir clairement la capacité du capitalisme à se défendre et à se sauver. Mais nous ne devrions pas surestimer sa capacité », – a dit dans son discours lors de la 17e Rencontre internationale des partis communistes et ouvriers à Istanbul, le président Parti des travailleurs hongrois Gyula Thürmer.

 

« Les sept dernières années – selon les mots de John Reed » ont ébranlé le monde « En effet, la crise a ébranlé le monde capitaliste, mais ne l’a pas détruit. La crise n’a conduit nulle part à l’émergence d’une situation révolutionnaire. Malheureusement, nous ne pouvons pas encore vaincre le capitalisme, ni aujourd’hui ni demain. Peut-être après-demain en serons-nous capables » , – a-t-il dit.

 

Selon Gyula Thürmer, le capitalisme a trouvé beaucoup de nouvelles façons de faire face à la crise. A titre d’exemple, il a cité l’Ukraine: « En Ukraine, où il y avait un parti communiste fort, qui jouissait d’un grand soutien de la population, les capitalistes ont établi une dictature nationaliste-fasciste et n’a pas permis aux communistes de prendre part à la lutte parlementaire. »

 

« Nous devons voir la capacité du capitalisme à se défendre et à se sauver. Mais nous ne devrions pas surestimer sa capacité. La crise du capitalisme n’est pas encore terminée. La crise continue, » – a déclaré le chef du Parti des travailleurs hongrois.

 

Selon lui, la crise de la migration est une preuve évidente de la crise du capitalisme en général et de la crise de l’Union européenne en particulier.

 

« Le capitalisme a créé cette crise et veut maintenant l’utiliser pour renforcer le système capitaliste. Bien sûr, la crise des migrants est en même temps une tentative de détourner l’attention des gens de la lutte contre le capitalisme, » – dit Gyula Thürmer.

 

« La crise de la migration n’a pas fait exploser le capitalisme, mais elle permettra d’approfondir la crise. La crise de la migration a ébranlé le système juridique de l’UE, les relations entre l’UE et l’OTAN, a-t-il poursuivi. – La crise de la migration nous ouvre de grandes possibilités. Nous pouvons utiliser ces possibilités, non pas par une manifestation de solidarité avec les migrants, mais par l’attaque contre le capitalisme pour saper ses bases.  »

 

« Nous devons exposer les mensonges du capitalisme. C’est sa politique qui a conduit à la crise actuelle, et maintenant il veut faire payer les gens pour ses conséquences. Nous devons montrer aux gens que la maison européenne se désagrège et nous devons chercher d’autres formes de l’organisation de nos vies, » – dit Gyula Thürmer.

 

Lien: http://www.kpu.ua/ru/82656/vengerskaja_rabochaja_partyja_my_dolzhny_razoblachat_lozh_kapytalyzma

La 17e Conférence internationale des partis communistes et ouvriers a commencé ses travaux à Istanbul

 

31 Octobre 2015
 

Publié le 30/10/2015

 

Aujourd’hui, 30 octobre 2015 à Istanbul (Turquie) a commencé la 17e réunion internationale des partis communistes et ouvriers sur le thème « Les défis des partis communistes et ouvriers, afin de renforcer la lutte de la classe ouvrière contre l’exploitation capitaliste et les guerres impérialistes et le fascisme, pour l’égalité, pour le socialisme ».

 

L’événement a réuni les représentants de 62 partis provenant de 50 pays, y compris une délégation du Parti communiste de l’Ukraine.

 

Au programme de la réunion – échanges de vues et d’informations sur les derniers développements liés à l’exacerbation de la concurrence impérialiste, l’escalade des mouvements fascistes dans les différentes régions et États, l’expérience et les perspectives de développement du mouvement communiste international.

 

Le discours d’ouverture a été prononcé par le chef du Parti communiste de Turquie Kemal Okuyan.

 

Il a salué ses camarades et a assuré que les communistes turcs faisaient tout leur possible pour que la réunion soit constructive, sûre et se déroule dans une atmosphère conviviale.

 

« Aucune période n’a été facile pour le mouvement ouvrier. Le capitalisme, traversant à plusieurs reprises des crises économiques et politiques, attaquera naturellement, comme aujourd’hui, le mouvement de la classe ouvrière, essayera de détruire les progrès réalisés au cours des siècles par la longue lutte des travailleurs, les contradictions inter-impérialistes vont s’aggraver, s’accroîtra la menace de la guerre et du fascisme – a dit K. Okuyan. – Oui, cela signifie des difficultés supplémentaires du point de vue de la menace envers les communistes. Les interdictions, les mises hors-la-loi, les arrestations massives, les tortures, les meurtres … Dans l’histoire du mouvement communiste mondial, il existe de nombreux exemples des attaques de la classe bourgeoise. Et la période actuelle ne fait pas exception. … Sous le capitalisme, nous ne pouvons pas parler de la vraie liberté et de la démocratie!  »

 

« Nous devons nous débarrasser du capitalisme. L’humanité ne peut pas et ne devrait plus tolérer cette barbarie, « – a déclaré le chef du Parti communiste de Turquie.

 

Matériel affiché sur le Parti communiste: http://www.kpu.ua

 

Lien:http://www.kpu.ua/ru/82653/17ja_mezhdunarodnaja_vstrecha_kommunystycheskyh_y_rabochyh_partyj_nachala_ra

Nouveaux colonialismes et crise des valeurs de gauche

 

samedi 31 octobre 2015 

Quand la visibilité est moindre parce que de puissantes tempêtes obscurcissent la perception de la réalité, il peut être opportun de lever les yeux pour chercher des points d’observation plus vastes, pour discerner le contexte dans lequel nous évoluons. Dans ces moments, quand le monde est traversé par de multiples contradictions et intérêts, il est urgent d’aiguiser les connaissances pour regarder loin et à l’intérieur.

 

Temps de confusion dans lesquels naufrage l’éthique, disparaissent les points de référence élémentaires et s’installe quelque chose comme « tout se vaut », qui permet d’appuyer n’importe quelle cause du moment qu’elle est contre l’ennemi principal, au-delà de toute considération de principes et de valeurs. Des chemins qui conduisent à des impasses, comme mettre au même niveau Poutine que Lénine, pour prendre un exemple plutôt à la mode.

 

L’intervention russe en Syrie est un acte néocolonial, qui place la Russie du même côté de l’histoire que les Etats-Unis, la France et l’Angleterre. Les colonialismes bons, émancipateurs n’existent pas. Pour autant que l’intervention russe se justifierait par l’argument de freiner l’Etat Islamique et l’offensive impériale dans la région, ce n’est rien d’autre qu’une action symétrique à celle qui est condamnée, usant de méthodes identiques et d’arguments similaires.

 

La question que je considère comme centrale est : Pourquoi dans les gauches latino-américaines se lèvent des voix pour appuyer Poutine ? Il est évident que beaucoup ont placé leur espérance d’un monde meilleur dans l’intervention de grandes puissances comme la Chine et la Russie, avec l’espoir qu’elles freinent ou battent les puissances encore hégémoniques. C’est compréhensible, à la vue des méfaits que Washington commet dans notre région. Mais c’est une erreur stratégique et une déviation éthique.

 

Je voudrais éclairer cette conjoncture, spécialement critique, en m’appuyant sur un document historique : la lettre à Maurice Thorez (secrétaire Général du Parti Communiste Français), écrite en octobre 1956 par Aimé Césaire. Ce texte se situe dans l’un des tournants de l’histoire, peu après le XXe Congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique, où furent dénoncés les crimes du stalinisme ; le même mois que le soulèvement du peuple hongrois contre le régime bureaucratique pro-russe (avec un bilan de milliers de morts) et de l’agression coloniale contre l’Egypte pour la nationalisation du canal de Suez.

 

Césaire quitta le parti à la suite d’un congrès honteux dans lequel la direction fut incapable de la moindre autocritique devant la révélation de crimes que dans les faits elle appuyait.

 

Césaire est né à la Martinique, de même que Frantz Fanon, dont il fut l’enseignant au lycée.
C’était un poète, fondateur du mouvement de la négritude dans les années 30. En 1950 il écrivit son Discours sur le colonialisme, qui eut un grand impact sur les communautés noires. Sa lettre à Thorez, fut, selon les mots d’Immanuel Wallerstein, « le document qui expliqua le mieux et exprima la distance entre le mouvement communiste mondial et les divers mouvements de libération nationale (dans Discours sur le colonialisme, Akal , p.8).

Nous trouvons trois questions dans sa lettre qui éclairent la crise des valeurs de gauche que nous traversons.

 

La première est le manque de volonté de rompre avec le stalinisme. Césaire dénonce le relativisme éthique qui prétend exorciser les crimes du stalinisme avec « quelque phrase mécanique ». Comme ce tic de langage qui se répète sans cesse, disant que Staline « a commis des erreurs ». Assassiner des millions de personnes n’est pas une erreur, même s’ils furent tués au nom d’une supposée cause juste.


La majeure partie des gauches n’ont pas fait un bilan sérieux, autocritique, du stalinisme, qui va bien au-delà de la figure de Staline. Ce qui donne vie au stalinisme est un modèle de société centré sur l’Etat et sur le pouvoir d’une bureaucratie qui devient une bourgeoisie d’Etat qui contrôle les moyens de production. On continue à suivre un socialisme qui répète ces vieux et caduques modèles de centralisation des moyens de production.

 

La seconde question est que les luttes des opprimés ne peuvent être traitées, dit Césaire, « comme partie d’un ensemble plus important », parce qu’il existe une « singularité de nos problèmes qui ne se réduit à aucun autre problème ». La lutte contre le racisme, dit-il, est « d’une nature très distincte de la lutte de l’ouvrier français contre le capitalisme français », et on ne peut la considérer comme « un fragment de cette lutte ».


Sur ce point, les luttes anticoloniales et antipatriarcales touchent les mêmes cordes sensibles. « Ces forces se dissolvent en organisations qui ne sont pas leurs, faites pour elles, faites par elles et adaptées à des objectifs qu’elles seules peuvent déterminer ».Il y a encore aujourd’hui ceux qui ne comprennent pas que les femmes ont besoin de leurs propres espaces, comme tous les peuples opprimés.


Il s’agit, affirme Césaire, « de ne pas confondre alliance et subordination », quelque chose de très fréquent quand les partis de gauche prétendent « assimiler » les demandes de ceux d’en-bas à une cause unique, au nom de la sacro-sainte unité qui ne fait qu’homogénéiser les différences, installant de nouvelles oppressions.

 

La troisième question qui éclaire la lettre de Césaire, d’une actualité brûlante, se rapporte à l’universalisme. A savoir, la construction d’universels non eurocentristes, dans lesquels la totalité ne s’impose pas sur les diversités. « Il y a deux manières de se perdre : par ségrégation murée dans le particulier ou par dissolution dans l’ « universel ».

 

Nous sommes encore loin de construire « un universel dépositaire de tout le particulier », qui supposerait « l’approfondissement et la coexistence de toutes les particularités », comme l’écrivait Césaire il y a six décennies.

 

Il y a ceux qui parient pour des pouvoirs symétriques à ceux qui existent, excluant et hégémoniques, mais de gauche ; il y a ceux qui opposent aux mauvaises bombes des yankees les bonnes bombes des russes, suivant le chemin tracé par le stalinisme de faire table rase du passé et des différences, au lieu de travailler pour quelque chose de différent, pour « un monde où rentrent beaucoup de mondes ».

 

Raul Zibechi
Source : La Jornada du 16/10 /2016


Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant

Pour la libération du plus ancien détenu politique en Europe

« Pour la libération de Georges Abdallah »

Avec quelques éléments d’analyse

 

par  Paul Barbazange

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Le plus ancien détenu politique européen l’est en France ! Libérable depuis plus de 10 ans il est maintenu en détention par décision de Manuel Valls sous influence ou plutôt dépendance des USA et du lobby sioniste israélien. Le débat biterrois a permis de mieux comprendre les enjeux de la lutte. Et a permis d’évoquer aussi le drame palestinien dans sa terrible actualité. Merci à J Cros de la rapidité et de l’intérêt de son compte rendu. D’autres textes souvent passionnant sont accessibles sur son blog : Cessenon center Blog.

Paul Barbazange.


Pour la libération de Georges Abdallah 

Le cercle populaire Joseph Lazare avait offert l’hospitalité aux associations de soutien à la cause palestinienne pour organiser au 2 de la rue Voltaire une soirée pour Georges Abdallah qui est toujours incarcéré alors qu’il remplit les conditions pour être libéré.

Entre trente et quarante personnes avaient répondu à l’invitation qui avait été lancée. Trois jeunes venus de Toulouse, militants de « Coup pour coup » ont précisé la situation de Georges Abdallah. En préalable a été projeté un film qui retrace la vie de ce Libanais, membre du parti communiste de son pays et figure emblématique de la défense des Palestiniens. Il a participé à la création de la Farl (Fraction Armée Révolutionnaire Libanaise) constituée en riposte à l’offensive de l’armée israélienne contre le Liban en 1979. 

Né en 1951 ce militant est connu dans les camps de réfugiés. Il a participé à leur défense lors des opérations menées par l’armée israélienne. C’est de cette époque que datent les massacres de Sabra et Chatila de sinistre mémoire.

Arrêté en France et condamné en 1986 à quatre ans de prison pour détention d’un faux passeport algérien il est par la suite poursuivi pour complicité dans des affaires d’attentats. Cette fois sous la pression des USA, qui font fi de l’indépendance de la France, il est condamné à perpétuité.

En 1999 au terme de la loi il est libérable. Il reste incarcéré et l’acharnement dont fait preuve l’Etat français, quelle que soit l’étiquette de son gouvernement, à refuser que sa libération soit effective met en lumière plusieurs éléments. Le poids du pouvoir politique sur la justice d’abord. La soumission de la France aux Etats Unis ensuite, la cohérence de la politique étrangère de notre pays enfin.Celui-ci ne fait rien pour que le droit soir reconnu à la Palestine. Il mène en divers points du monde une politique colonialiste qui rappelle celle que nous avions connue au temps des guerres d’Indochine et d’Algérie. Significatif la France a réintégré le commandement de l’OTAN.

La soirée aura permis aux participants d’être éclairés sur le sort du plus ancien prisonnier politique d’Europe qui en est à sa 31ème année d’incarcération. Des manifestations ont lieu chaque année devant la prison de Lannemezan ou Georges Abdallah est toujours enfermé.

Une collation terminait cette soirée de solidarité. L’occasion de prendre en photo le groupe qui exprimait son soutien. Celle qui illustre le présent article nous a été envoyée par Jean-Claude Llinarès.

Jacques Cros

Cette année la manifestation internationale aura lieu à Lannemezan devant la prison le samedi 24 octobre. des déplacements collectifs sont organisés de diverses villes de France.

Oui, il faut arrêter de déconner !

 

par  pam

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François Ruffin, journaliste connu, entre autres pour son livre coup de poing "La guerre des classes" interpelle Sandrine Rousseau (EELV) et Fabien Roussel (PCF-FG) pour qu’ils "arrêtent de déconner" et s’unissent enfin pour faire face à la vague marine annoncée dans le Nord-Pas de Calais.Son interpellation doit être lue avec attention.

Car pour l’instant, j’ai honte. Honte d’appartenir à cette « gauche de gauche » aux sempiternelles divisions, aux querelles de chapelle, hermétiques pour les citoyens, sans intérêt, juste décourageantes. Et ça me décourage moi-même, de critiquer le Front national (parce que c’est pas bien), le Parti socialiste (parce qu’ils ont trahi), la droite (parce qu’elle est de droite), mais de n’avoir rien de sérieux, rien d’un peu rassembleur à opposer.


Tous ceux qui tentent de résister au à l’austérité, d’organiser le mouvement populaire, d’ouvrir une perspective de changement de société ne peuvent que constater effectivement leur émiettement et le sentiment populaire de plus en plus dominant qu’il n’y a rien à attendre de la politique.C’est pourquoi j’ai tenté d’éclairer, en commentant son article, pourquoi son appel reste dans l’illusion électorale, l’illusion de sommet, qui ne peut porter de solution.

Je comprends bien sûr cette envie d’un truc qui viendrait résoudre ce problème d’unité qui semble être un problème d’organisations qui n’arrive pas à s’entendre, et qui ..."déconnent"... Mais l’expérience italienne montre que ca ne résoud pas forcément le problème !

 

Il y a une liste "unitaire" en Midi Pyrénnées, mais pour faire quoi et comment ? Il suffit de demander aux militants du Tarn, de l’Herault, de la Haute-garonne... dont les votes et les débats ont été écartés sans ménagement au profit d’accords de sommets entre personnalités. Je suis sûr d’avance du résultat !

 

Car l’élection est bien "un piège à con" si on en attend la solution à nos problèmes. L’élection n’est qu’un moment parmi d’autres pour que le peuple progresse dans son organisation et sa capacité d’action. Les élus éventuels n’en sont que la traduction, et peuvent alors renforcer le progrès d’organisation et d’action en menant des politiques points d’appuis.

 

De fait, il y a crise de la "gauche radicale" et notamment du mouvement communiste, pour des raisons de fonds, car la contestation du capitalisme est écartelé entre ceux qui pensent que l’Europe est la solution et ceux qui pensent qu’elle est le problème, ceux qui pensent que la technique et ses grandes organisations sont le problème et que le marché court est la solution et ceux qui pensent que le marché, long ou court, est le problème !, ceux qui pensent que la république et la souveraineté nationale sont des contraintes dépassées, et ceux qui pensent au contraire que ce sont les atouts des peuples,ceux qui pensent qu’il faut rêver global et agir local, et ceux qui pensent que la révolution ne peut être que globale...

 

Ca n’empêche pas de mener des luttes (certaines) en commun, mais on ne peut pas par exemple en Rhône-Alpes faire une liste qui mélange ceux qui défendent le TGV Turin et ceux qui le combattent !

 

Il est difficile d’associer ceux qui défendent les tarifs de rachat de l’électricité, payée par tous dont les pauvres, au profit des propriétaires, et ceux qui défendent la péréquation tarifaire comme garante du service public !

 

Non, tenter de faire croire au peuple que le problème de l’unité est résolue par un accord électoral, c’est déconner...

J’aurai pu évoquer la régionalisation de l’AFPA, la régionalisation des agents des lycées, la régionalisation des transports qui défait la SNCF, la territorialisation des réseaux d’énergie qui défait EDF... tous dossiers qui ont été soutenus par les élus EELV, (et malheureusement par de trop nombreux élus PCF..., mais pas tous !)

 

J’aurai pu conclure que la seule voie de progrès possible pour le monde du travail et les quartiers populaires face au FN, c’est de reconstruire, non pas une gauche radicale, une gauche de la gauche fourre-tout, un arc-en-ciel à l’italienne qui a conduit à son élimination totale, mais un parti communiste, un parti, c’est à dire une organisation de combat, qui se forge d’abord dans les luttes, la résistance, qui affiche clairement son choix de classe, défendre non pas "les gens", mais la "classe ouvrière", dans sa diversité mais dans l’objectif de son unité, un parti communiste, qui pousse la critique du capitalisme jusqu’à l’exigence d’une "révolution" pour une société qui ne sera plus capitaliste, car elle ne sera plus dirigée par les capitalistes, même si le capitalisme y sera toujours présent, mais qu’il faut bien nommer clairement, le socialisme.

 

Une anecdote pour illustrer cette réalité. Lors d’un conseil de la métropole de Lyon délibérant sur la création de l’institut franco-chinois, je suis intervenu pour souligner l’enjeu de ce développement chinois dont le cout social et environnemental est considérablement plus faible que celui du développement européen (travail des enfants, colonialisme... ) ou d’Amérique du Nord (esclavage, extermination amérindiens...). J’avais pris soin d’évoquer les drames de ce développement que les communistes chinois discutent eux-mêmes... Les réactions indignées sont d’abord venus de ceux que François veut unir dans la gauche de la gauche...

 

Voir en ligne : L’article de François Ruffin sur Fakir

Si les Ruskofs n’étaient pas là… Nous serions tous en Germanie par Jean Paul Brighelli

 

28 Octobre 2015

berlin urss hollande

 

Vous vous souvenez peut-être de cette chanson quelque peu révisionniste — gestuelle comprise :


« Si les Ricains n’étaient pas là,
Nous serions tous en Germanie… »


Réécriture de l’Histoire, pensons-nous à l’époque où nous nous demandions s’il fallait ou non brûler Sardou… L’Histoire, nous disions-nous, en vrais marxistes que nous étions, ne se manipule pas comme ça…


Mais nous ne connaissions pas les profs d’Histoire post baby-boom. Après 30 ans d’enseignement de la Seconde Guerre mondiale par les diplômés du système Meirieu, que savent les Français formés par nos merveilleux enseignants de gauche et des IUFM réunis ? Que ce sont les Américains qui ont gagné la guerre. Les Russes — les Soviétiques, exactement — ont disparu de leur mémoire. 70 millions de morts pour rien.


J’ai trouvé ces merveilleuses statistiques sur un site intitulé Histoire et société et qui a ouvert pour l’occasion une page baptisée, en hommage à Michéa (et un peu à la Fabrique) « Enseignement de l’ignorance ». Les statistiques qui y sont citées sont impitoyables. Après quarante ans de pur pédagogisme, les Français ne pensent plus que des Russes ont œuvré magistralement à la chute d’Hitler. On leur a appris quoi, en classe ?

sondage nation defaite nazis

Question rhétorique. À l’heure où la Chrétienté médiévale, l’Humanisme et les Lumières sont « optionnels » (et nombre de profs d’Histoire — je ne dis pas historiens, hein, mais ils le prétendent, ils le prétendent tous — comme si les profs de Lettres se disaient écrivains ! — ont clairement fait comprendre qu’ils approuvaient la réforme du collège et des programmes d’Histoire « enfin débarrassés du roman national » — pauvres mecs !), je ne sais pas trop si je peux me fier à eux pour faire comprendre aux gosses que Voltaire vaut mieux que laurence de cock (pas de majuscules pour les minus habens).


D’autant que tous ces imbéciles, qui ont voté Hollande en 2012 (nul n’est à l’abri d’un mauvais choix) s’apprêtent à récidiver — et là, ça devient de l’obstination. Hollande qui a préféré passer le 9 mai (le décalage horaire fait que la victoire est fêté à cette date en Russie) sous les cocotiers au lieu de se joindre à la commémoration moscovite, où 300 000 manifestants après le défilé militaire d’usage, ont défilé en tenant à la main les portraits de leurs parents combattants de la « grande guerre patriotique » — Poutine en tête. Dis, François, il faisait quoi, ton père, pendant la guerre ?


Je ne suis heureusement pas le seul à trouver ça minable. Les réactions ont plu, à droite comme à gauche — encore heureux ! «L’absence de Hollande est un affront diplomatique autant qu’historique, écrit Mélenchon. J’appelle cela par son nom : c’est une honte. Je souffre pour mon pays qui donne à voir un visage insupportable de sectarisme». Ian Brossat, adjoint (PC) à la Mairie de Paris, voit dans ce boycott organisé par les lèche-semelles de l’OTAN « une honte et une injure », et dénonce cette réécriture de l’Histoire : « Que David Cameron, Angela Merkel et leur allié obéissant, François Hollande, fassent passer leurs préoccupations géopolitiques conjoncturelles avant le respect dû aux morts laisse pantois. Sous prétexte de faire un pied-de-nez à Poutine, ils font un affront à l’histoire », écrit-il. Même son de cloche chez Dupont-Aignan : « Une honte devant l’Histoire. Un affront pour l’avenir ». Il n’est pas le seul. Droite et Gauche confondues sont indignées par la réécriture de la Seconde Guerre mondiale par le PS et ses affidés.


Oui. Réécriture. À qui la faute ? Qui a été chargé de l’instruction des chères têtes blondes ou brunes dans ce pays depuis les années 70, où nous n’avions, nous, aucune hésitation quand on nous demandait qui avait libéré Auschwitz le 27 janvier 1945 (tiens, Hollande ne s’est pas rendu non plus aux commémorations — il doit croire lui aussi que ce sont les Ukrainiens qui ont libéré des Juifs qu’ils avaient largement contribué à exterminer) ou qui avait accroché quel drapeau sur le Reichstag le 1er mai de la même année ? Et nous savions bien que si les Alliés avaient bravé le mauvais temps le 6 juin 44, c’était pour ne pas laisser les Russes délivrer seuls la totalité de l’Europe.


Ça leur arracherait la gueule de dire que Staline a gagné à Stalingrad — et ailleurs ? Et que les Soviétiques ont payé le plus lourd tribut à la victoire finale ? Et qu’ils ont des raisons de ne pas supporter que des groupuscules néo-nazis alimentent le gouvernement ukrainien actuel ? Poutine s’est même payé le luxe de remercier les Occidentaux pour leur participation à la victoire. Près de lui, les présidents indien et chinois — bref, tout ce qui va compter dans le monde dans les prochaines années. Le nôtre, de président, se faisait des selfies à Saint-Martin et à Saint-Barth. Bronze bien, pépère… Pendant ce temps, Florian Philipot tweete que cette absence de la France à Moscou est « une offense au peuple russe ». Comment ceux qui s’apprêtent à voter PS parce qu’ils se croient de gauche peuvent-ils supporter que la politique de Hollande donne au FN l’occasion de se draper en bleu-blanc-rouge et de se dire « républicain » ? Ah, ça doit être quelque chose, leurs cours !

 

Il faut être singulièrement taré pour ne pas comprendre — comme l’avait fait De Gaulle avant tout le monde — que le soleil se lève à l’Est, et que dans les temps à venir, une nation de troisième ordre comme la France a tout intérêt à ne pas se mettre à la remorque des Allemands, qui ne voient en nous que les vaches à lait de leurs retraités. Et que l’Europe ne pèsera pas bien lourd face à un conglomérat russo-chinois.
Oui, décidément, l’enseignement de l’ignorance a de beaux jours devant lui. Avec des profs d’Histoire de ce tonneau (et qui d’autre pourrais-je impliquer dans ce révisionnisme insupportable, puisqu’il y a quarante ans, avant que ne déferle la grande vague pédago, nous savions, nous, formés « à l’ancienne », qui avait gagné la guerre ?), c’est sûr que l’on assistera prochainement à des cours d’une objectivité insoupçonnable. Documents à l’appui. Et en bande sonore, ils se passent Sardou ?


Et ça hurle quand des voix s’élèvent contre le programme de Vallaud-Belkacem ! Et ça explique que si une super-commission patronnée par Pierre Nora se met en place, on « risque » d’en revenir à plus de chronologie !

 

Je serais inspecteur, je serais impitoyable avec tous ces petits-maîtres de la désinformation. Je sais bien qu’on les garde parce que personne ne veut faire ce métier de chien. Mais franchement, il y a des révocations qui se perdent. Ou tout au moins des rééducations.

 « Quel avenir pour la fonction publique territoriale ? »

 

Selon Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, le statut de la fonction publique serait inadéquat. Que lui répondez-vous ?

Raisonnant comme tous les partisans du libéralisme, Emmanuel Macron raisonne « ici et maintenant » faisant, par là, la preuve de son manque de culture historique et sa faible compétence économique. En effet, le statut général des fonctionnaires est l’aboutissement d’une longue histoire qui a accompagné la sécularisation du pouvoir politique et l’affirmation de la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers. C’est dans ce mouvement qu’ont pu être posés dès la fin du XIXe siècle des principes qui n’ont cessé d’être approfondis depuis par la loi et la jurisprudence. Le statut actuel se situe dans la filiation du statut issu de la Libération et dans l’esprit du CNR. Il constitue, par là, une pièce maitresse du pacte républicain. Par ailleurs, les exigences de l’efficacité sociale qui est celle du service public sont autrement plus élevées que celles de la rentabilité de l’entreprise privée puisqu’elle doit répondre à toutes les dimensions de cet intérêt général : production de services répondant à des besoins de base, emploi, formation, éducation, santé, aménagement du territoire, coopération internationales, etc. Mais Emmanuel Macron ignore cela et ne connaît que l’idéologie managériale. Navrant.

 L’Assemblée nationale a adopté en première lecture le 7 octobre, le projet de loi  relatif à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires. Que pensez-vous de ce texte ?

Je relèverai tout d’abord que la tonalité du gouvernement actuel vis-à-vis de la fonction publique est plus bienveillante que celle que nous connaissions sous le quinquennat précédent. Le texte qui vient d’être adopté en première lecture à l’Assemblée nationale contient des dispositions positives, notamment en ce qui concerne la prévention des conflits d’intérêts et certaines garanties apportées aux contractuels malheureusement beaucoup trop nombreux. Mais il s’agit aussi d’un texte qui a beaucoup souffert depuis son passage en Conseil des ministres en juillet 2013 .Au stade actuel, il m’apparaît touffu et peu transparent. Par ailleurs, il met en avant inutilement et même avec des effets négatifs un discours sur la déontologie et l’énoncé de valeurs dont je ne vois pas l’intérêt : est-il si indispensable de dire aux fonctionnaires qu’ils doivent être impartiaux, neutres, intègres, dignes et même qu’ils doivent respecter le principe de laïcité ? Une suspicion particulière existerait-elle à leur égard alors que c’es caractéristiques participent de l’essence même de leur mission d’intérêt général ? À mon avis il y avait mieux à faire.

 Mais encore ? Et quel regard portez-vous sur le dialogue social dans la fonction publique aujourd’hui ?

Le gouvernement manque d’ambition concernant la fonction publique. En premier lieu, il La fonction publique du XXIe siecle_HDa pu mesurer le mécontentement accumulé par les fonctionnaires qui ont rejeté majoritairement le projet Parcours professionnels, carrières et rémunérations (PPCR). En deuxième lieu, il répugne à revenir sur les multiples atteintes portées au statut (notamment dans la Fonction publique territoriale) par les gouvernements de droite depuis plus de trente ans. En troisième lieu, dans ce contexte d’austérité il renonce à mettre en perspective des chantiers de réformes structurelles indispensables à la modernisation de l’administration (gestion prévisionnelle, dispositions de mobilité, multi-carrières, délimitation du champ des contractuels, égalité femmes-hommes, etc). Sur toutes ces questions le dialogue social est nécessaire bien sûr, mais je remarque que l’on cause d’autant plus du dialogue social que l’on répugne à agir sur les réformes nécessaires ce qui prive ce dialogue du climat de confiance qui lui est indispensable.

Le prince, le capital et l’outre achéménide

 

28 Octobre 2015

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Après le prince saoudien qui transporte de la drogue pour les combattants des djihadistes en Syrie, voici le fou de Beverly Hill; En lisant les turpitudes extravangantes sexuellement et surtout sadiques de ce prince saoudien alors que dans son royaume on décapite les homosexuels, en l’entendant crier: je suis prince, je fais ce qui me plait, je pense à la définition du capitalisme à son stade impérialiste par Lénine. Il parle de l’outre achéménide. On bâtissait autour du condamné une outre en argile dont ne sortaient que les bras et les jambes, on le nourrissait de miel, on le gavait, et il pourrissait dans ses excréments… Le capitalisme en est à ce stade de décomposition et son caractère puéril, capricieux et ignorant l’humanité comme s’il s’agissait d’un amas de choses à torturer,  est à l’image de ces princes qui se croient tout permis et sont pourris jusqu’à la moelle…


Et  puisque j’en suis à citer Lénine :

 

« …Les masses, comme on l’annonce de partout, ne sont pas d’humeur à descendre dans la rue. Parmi les indices qui justifient le pessimisme se trouve aussi la diffusion très fortement accrue de la presse ultra-réactionnaire, de la presse des Cent-Noirs…»

 

Quand des gens se laissent effrayer par la bourgeoisie, il est naturel alors que tout se colore en jaune pour eux. D’abord, ils substituent au critère marxiste du mouvement un critère intellectuel-impressionniste ; à la place de l’analyse politique du développement de la lutte de classe et du cours des événements dans le pays dans son ensemble, dans la conjoncture internationale dans son ensemble, ils introduisent des impressions subjectives sur l’état d’esprit des masses ; ils oublient naturellement « à propos » que la fermeté de la ligne du parti, sa résolution inflexible sont aussi un facteur de cet état d’esprit, surtout dans les moments les plus critiques de la révolution. Il est parfois très «opportun» d’oublier que, par leurs hésitations et par leur tendance à brûler aujourd’hui ce qu’ils adoraient hier, les dirigeants responsables font naître les hésitations les plus déplacées dans l’état d’esprit de certaines couches de la masse.

Athènes, et si nous faisions le point ?

Publié le 27 Octobre 2015

Histoire de voire

qui voyait le mal partout ?

 

Athènes, et si nous faisions le point ?

C'était en juillet ou en août. Canaille le Rouge disait plus que sèchement tout le mal qu'il pensait de la trahison de Syriza et de son Tsipras de premier responsable, ministre et autre breloque de pouvoir.

 

Quelques lecteurs de La Canaille ont vite bifurqué pour ne pas risquer d'être amalgamés à l'hérétique qui osait dire que trahison fuschia, rose, garance  ou passée au murex reste une trahison.

 

Nous vimes alors un rempart de solidarité sans frontière affirmer que quiconque accuserait Tsipras de reniement serait considéré au mieux comme un rouge brun potentiel et au pire un Kripto FMIste en tenue de camouflage.

 

Aujourd'hui, c'est Hollande, à qui Syriza déroule un tapis rose, qui tient la chandelle pour une Grèce qui se fait ....disons... avoir par l'UE, grâce à Tsipras qui à bride abattue caracole sur les acquis sociaux de son peuple qu'ainsi il piétine.

 

Avec cet argument : "il ne peut pas faire autrement", le même que celui qui excusa ceux qui acceptèrent Munich, ou avant, laissèrent faire le putsch de Franco ou qui aujourd'hui vont boire le thé à Ryiad avec l'étêteur partenaire de commerce.

 

Qui, devant les communiqués et déclarations, pourra démontrer qu'entre Hollande et Tsipras il existerait des barrières irréductibles ?

 

Qui va pouvoir maintenir que soutenir Syriza permet de combattre la solférinocratie ? Canaille le Rouge attend avec impatience la démonstration du funambule.

 

Ce qui devrait alerter ceux qui se piquent de lucidité politique, c'est que cette infâme mécanique est en train de tendre les ressorts d'un vote au deuxième tour à venir pour ceux qui mènent la même politique qu'à Athènes (et oui il faut appeler un chat un chat), ici au nom d'un barrage à établir contrte ceux que les installés au pouvoir ont tout fait pour qu'il croissent et embellissent pour museler ceux qui n'ont d'autre issue que de se débarrasser de toute cette camarilla qui vit au crochet du monde du travail (et de ceux qui veulent y accéder).

 

Soyons clair. Il ne s'agit pas de dire que voter ne sert à rien. Mais n'avoir le choix qu'entre différentes fioles de neuroleptiques et alcaloïdes léthaux plus ou moins concentrés donne d'abord envie de s'oxygéner le cerveau et de chercher à respirer de l'air pur plutôt que de choisir les formes de l'agonie.

 

Voter pour ceux qui défendent Tsipras au nom du combat contre ceux qui l'applaudisent ou se frottent les mains à le voir agir, non merci.

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par Michel El Diablo

Bernard FRIOT: « Histoire et actualité des réalisations du CONSEIL NATIONAL de la RÉSISTANCE » [Conférence vidéo]

Bernard FRIOT, sociologue et économiste

Bernard FRIOT, sociologue et économiste

 

Bernard Friot est sociologue et économiste, il est devenu professeur émérite à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense en 2009. Ayant débuté sa carrière en 1971 en tant que maître de conférences en économie, il écrit plusieurs ouvrages en français, tels que L'enjeu des retraites, Et la cotisation sociale créera l’emploi ou encore L'enjeu des salaires. Il est aussi le co-auteur de deux ouvrages en anglais, Wage and Welfare et The Wage Under Attack: Employment Policies in Europe. Il a longuement travaillé sur les origines de la Sécurité sociale, le sujet de sa thèse d’État d'économie portera d'ailleurs sur la construction de cette dernière des années 1920 à 1980. Il a étudié ce que l'on entend plus généralement sous le nom des "acquis sociaux" ainsi que le "statut de la fonction publique", il en explique donc la genèse, ainsi que l'évolution au fil des années. Bernard Friot milite au cours de ses interventions pour la mise en place d'un "salaire à vie", qu'il ne faut pas confondre avec un "revenu de base", "revenu universel", ou "revenu minimum".

 

Le 3 juin 2015, le Cercle des Volontaires a souhaité assister à la conférence-débat intitulée "Histoire et actualité des réalisations du Conseil National de la Résistance : sécurité sociale et statut de la fonction publique", organisée par Devenons Citoyens, au Moulin à café (Paris).

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

La lutte des classes selon Jean Jaurès

Aujourd'hui, beaucoup se réclament de sa pensée, y compris les patrons du Parti socialiste ou leurs clubs de réflexion qui lui sont inféodés. S'il est vrai que Jean Jaurès fut à la création de la SFIO, le PS en 1905, dès son assassinat en 1914 par un nationaliste de droite, la Section française de l'Internationale ouvrière entre en collaboration avec la droite et le patronat, dans l'Union sacrée, lors de la Première Guerre mondiale.

Mais j'entends aussi le concept de classes moyennes dans l'esprit de ceux ne se revendiquant pas de la gôche trônant dans le palais de l'Elysée.

Ces propos alors tenus par Jean Jaurès lui-même, le 26 novembre 1900, dans une conférence dite des "deux méthodes":

"A mes yeux, citoyens, l'idée de la lutte de classes, le principe de la lutte de classes, est formé de trois éléments, de trois idées. D'abord, et à la racine même, il y a une constatation de fait, c'est que le système capitaliste, le système de la propriété privée des moyens de production, divise les hommes en deux catégories, divise les intérêts en deux vastes groupes, nécessairement et violemment opposés. Il y a, d'un côté, ceux qui détiennent les moyens de production et qui peuvent ainsi faire la loi aux autres, mais il y a de l'autre côté ceux qui, n'ayant, ne possédant que leur force-travail et ne pouvant l'utiliser que par les moyens de production détenus précisément par la classe capitaliste, sont à la discrétion de cette classe capitaliste.

Entre les deux classes, entre les deux groupes d'intérêts, c'est une lutte incessante du salarié, qui veut élever son salaire et du capitaliste qui veut le réduire ; du salarié qui veut affirmer sa liberté et du capitaliste qui veut le tenir dans la dépendance.

Voilà donc le premier élément de la lutte de classes. La condition de fait qui le fonde, qui le détermine, c'est le système de la propriété capitaliste, de la propriété privée. Et remarquez-le bien : comme ici il s'agit des moyens de travailler et, par conséquent, des moyens de vivre, il s'agit de ce qu'il y a pour les hommes d'essentiel, de fondamental, il s'agit de la vie privée, de la vie de tous les jours. Et, par conséquent, un conflit qui a, pour principe, la division d'une société en possédants et en non-possédants n'est pas superficiel ; il va jusqu'aux racines mêmes de la vie. (Vifs applaudissements.)

Mais, citoyens, il ne suffit pas pour qu'il y ait lutte de classes qu'il y ait cet antagonisme entre les intérêts. Si les prolétaires, si les travailleurs ne concevaient pas la possibilité d'une société différente, si tout en constatant la dépendance où ils sont tenus, la précarité dont ils souffrent, ils n'entrevoyaient pas la possibilité d'une société nouvelle et plus juste ; s'ils croyaient, s'ils pouvaient croire à l'éternelle nécessité du système capitaliste, peu à peu cette nécessité s'imposant à eux, ils renonceraient à redresser un système d'injustices. Cette tâche ne leur apparaîtrait pas comme possible. (...)"

La lutte des classes selon Jean Jaurès

De la guerre froide au vieillard en colère : la politique selon John le Carré

 

27 Octobre 2015

http://www.theguardian.com/books/2015/oct/24/john-le-carre-lefty-adam-sisman?CMP=fb_gu

john le carre desk

L’espion qui est venu du froid a été un tel succès que le Carré a dû démissionner de ses activités secrètes. Dans les décennies suivantes, avec  ses nouvelles écritures, sa  biographe, ses opinions politiques sont devenus plus évidents et de  plus en plus à  gauche


john le carre desk


« Si les gens me disent que je suis un écrivain de genre, je peux seulement répondre que l’espionnage était le genre de la guerre froide »… David Cornwell (John le Carré). Photo : ANL/REX Shutterstock

 

C’est un truisme de dire que, quand ils prennent de l’âge, les jeunes radicaux en colère ont tendance à tomber  dans le conservatisme complaisant. Le feu de la jeunesse s’estompe comme une lueur scintillante s’efface complètement ; l’injustice qui semble auparavant une  offense devient plus supportable, peut-être amélioré par les signes extérieurs de la réussite. John le Carré est allé  dans la direction opposée. En vieillissant , il a éprouvé encore plus en colère, pas moins. Dans sa neuvième décennie, la flamme de sa rage reste une  brûlure chaude et forte. Ce changement se manifeste dans ses livres. Alors que l’ambivalence était  l’humeur dominante des romans de guerre froide de le Carré, ses ouvrages les plus récents sont sans vergogne partisans.

 

George Smiley, le personnage le plus célèbre de le Carré, présent dans la plupart de ses livres, jusqu’à  l’effondrement du communisme, n’est pas un guerrier de la guerre froide. Loin de savourer la lutte contre l’est, il est troublé à plusieurs reprises par le doute, angoissé par la question de savoir si la cause anticommuniste justifie la souffrance humaine concomitante. Dans son moment de triomphe, lorsque son ennemi juré, le chef soviétique Karla, est au bord de la reddition, Smiley ressent de la pitié pour lui. Ce qui distingue le Smiley de Karla n’est pas l’idéologie, mais la modération : Tinker Tailor Soldier Spy, Smiley raconte son lieutenant Peter Guillam dit que le fanatisme de Karla entraînera  sa chute. Pourtant, en fait, c’est la faiblesse humaine, son amour pour sa fille, qui le conduit ) sa perte . Et cela va au cœur de la  morale de le fiction chez Le Carré. La tension au sein de ses personnages n’est pas de gauche à droite, mais entre l’individu et la cause, entre les individus et de patriotisme.

 

Quand il commença à écrire des fictions à la fin des années 1950, le Carré, dont le vrai nom est David Cornwell, travaillait pour le service de sécurité. La fonction principale du MI5 en ces jours était de résister à la pénétration communiste et la subversion de l’État britannique. Son travail pour le MI5 lui a inspiré  son premier roman, « appel aux morts », publié sous un pseudonyme pour protéger son identité. Une des tâches de Cornwell était de « comprendre » les individus afin de déterminer s’ils ne posaient  aucun risque de sécurité. Au début de l’appel aux morts, Smiley est présenté comme un  haut  officier du renseignement  qui a juste été  un fonctionnaire ayant accès à des informations sensibles. Dans l’Amérique, la chasse aux sorcières  signifiait que ceux qui avaient une  passé de communiste avaient été interdits de travailler à Hollywood, et encore moins au sein du gouvernement. Mais Smiley est montré plus serein sur le passé communiste de la personne interrogée, vu que  « La moitié de l’élite était au sein du parti dans les années 1930. »

 

Au moment où  le roman a été publié, Cornwell avait été transféré au Secret Intelligence Service, plus populairement connue comme le MI6et servait sous couverture  à Bonn, alors capitale de la République fédérale d’Allemagne de l’Ouest. Son troisième roman, » l’ Espion qui venait du froid », le rendit célèbre dans le monde entier : il occupait le haut de la liste des best-sellers américains pendant 35 semaines, devenant le roman best-seller de 1964. L’intérêt obtiné de la presse aboutit à faire sauter sa couverture et à sa démission des services secrets.

Alec Guinness as George Smiley in John Le Carré's spy drama, Smileys People (1982). Photograph: BBC

Alec Guinness en  George Smiley  (1982).

 

Une des raisons pour lesquelles L’espion qui venait du froid a eu un  tel impact aussi énorme était son authenticité évidente. Là, apparemment, était le vrai monde de l’espionnage : celui dans lequel il n’y avait  aucun héros, et la ligne entre le bien et le mal était floue au mieux. Le protagoniste, Alec Leamas, n’est pas une figure glamour : c’est un homme fatigué, d’âge mûr au bord de l’épuisement professionnel.  Leamas à la fin du livre explose, il  proteste avec ferveur  contre tout  le mal, qu’on  lui a demandé de  faire au service de son pays. « Que diable pensez-vous que sont les espions? » demande-t-il à sa petite amie en détresse: « Des philosophes moraux mesurant tout portant la parole de Dieu ou de Karl Marx? Ils ne le sont pas cela s ! Ils sont juste une bande de salauds minables, sordides comme moi : petits hommes, ivrognes, pédés,  maris, fonctionnaires jouant les cowboys et les Indiens pour égayer leur vie un peu pourrie. » Il s’agissait d’une représentation très différente de l’espionnage de celle présentée dans les romans de Ian Fleming. Les ambiguïtés morales de L’espion qui venait du froid jouent en contraste fort avec  les certitudes inconditionnelle des livres James Bond . Aux lecteurs dans les années 1960, habitués aux compromis  des désordre de la guerre froide, ils semblaient bien plus véridiques. De même, chez  le Carré les  planques sordides  semblaient plus réalistes que les hôtels cinq étoiles et les casinos de  haute  volée  fréquentés par Bond.


Il s’avère que, Leamas a été trompé par ses propres maîtres : en réalité, il est un simple instrument dans ce qu’il finit par s’en rendre compte est une « opération sale, moche » pour détourner l’attention de Mundt, un agent britannique haut placé dans l’appareil de sécurité est-allemand, au détriment de son rival Fiedler, un personnage bien plus sympathique – « pour le sauver » , comme l’explique amèrement Leamas, « d’un jjuif un peu perpicace dans son propre ministère qui avait commencé à soupçonner la vérité ». Deux personnes innocentes sont sacrifiées pour protéger  la couverture de Mundt ; le fait que les deux sont juifs et Mundt un ancien Nazi, rend l’ opération laide hideuse.

 

Le patron de Leamas, le subtil spymaster « Control », responsable de l’organisation, connue simplement comme « le cirque », est cynique  en admettant que les méthodes utilisées par les deux parties dans la guerre froide sont sont sensiblement les mêmes. « Je veux dire, » explique-t-il à haute voix à Leamas, « vous ne pouvez pas être moins impitoyable que l’opposition simplement parce que la politique de votre gouvernement est bienveillante,  Le  pouvez maintenant? » L’espion qui venait du froid présente des services de renseignements britanniques certainement pas meilleurs que l’ennemi et dans certains cas pires . Il y  a du bon et du mauvais des deux côtés : Leamas et  sont des individus semblables, imparfaits qui luttent pour préserver leur humanité, dans un conflit sans honneur ni principe.

***

On a souvent dit que le Carré a perdu son sujet lorsque la guerre froide a pris fin. Des amis l’arrêtaient dans la rue pour s’apitoyer. « Qu’est ce que vous allez écrire maintenant? », lui demandaient-ils. Peu importe le nombre de fois ou la manière insistante avec laquelle, il a rejeté l’idée que la chute du mur de Berlin signifiait la mort du roman d’espionnage, l’idée persistait.. En 1994, un dessin animé par Jeff Danziger dans le Christian Science Monitor a montré Cornwell, inclinant la tête dans une attitude de profonde gratitude à la révélation qu’Aldrich Ames, un agent de contre-espionnage la CIA, avait été la source  secrète Russes.


Dans une certaine mesure Cornwell a été victime de son propre succès. Pour la plupart des gens, le nom John le Carré était synonyme de la guerre froide ; plus que tout autre écrivain de sa génération, il avait façonné la perception publique de la lutte entre l’Est  et l’Ouest. « J’ai vu le mur de Berlin être érigé quand j’avais 30 et je l’ai vu tomber quand j’en avais 60, » a-t-il dit à un interviewer. « Je fus la chronique de mon temps, en prenant une position de connaissances et de  sympathie. J’ai vécu la passion de mon temps. « Et si les gens me disent que je suis un écrivain de genre, je peux seulement répondre que l’espionnage était le genre de la guerre froide ».

 

On tenait à ce qu’il soit  fini et  il a souligné qu’au moins trois de ses romans (A Murder of Quality, The Naive et amoureuse sentimentale  et The Little Drummer Girl) n’avaient  absolument rien à voir avec la guerre froide et un quatrième (Une petite ville en Allemagne), pas grand chose. Le Communisme pourrait avoir été vaincu, mais il  restait d’autres ennemis. Il y avait encore beaucoup de territoires pour lui à explorer dans le futur. En 1989, il a idésigné l’ Angola, El Salvador, le Sri Lanka, le Cambodge, la Birmanie,l’ Erythrée, l’Ethiopie, le Tchad et la Libye comme quelques-uns des endroits où les « spooks, les marchands d’armes et faux humanitaires » sont actifs. Son roman suivant, Le gestionnaire de la nuit, décrirait une opération secrète menée par une branche du renseignement britannique contre un  marchand d’armes, un homme qui ressentait mépris indifférent pour les victimes de son métier.

 

Et comme il l’a souligné, l’effondrement du communisme ne signifie pas la fin de la menace russe. « L’ours russe est malade, l’ours est en faillite, l’ours a peur de son passé, de  son présent et de son avenir, » a-t-il dit dans un discours prononcé durant l’été 1990, comme l’Union soviétique commençait déjà à se  diviser dans ses éléments constitutifs. « Mais l’ours est toujours armés jusqu’aux dents et très, très fier. »

 

Rachel Weisz and Ralph Fiennes in the film adaptation of The Constant Gardener. Photograph: Allstar/Focus/Sportsphoto Ltd

Rachel Weisz et Ralph Fiennes dans l’adaptation cinématographique de The Constant Gardener (2005). Photo : Allstar/Focus/Sportsphoto Ltd

Les tomans de le Carré après la fin de la guerre froide étaient, si faire se peut , encore plus pertinents sur l’évolution rapide de la situation politique dans le monde entier. Lorsqu’il a livré son dernier livre de l’époque ,Notre jeu (1995), un de ses éditeurs lui a demandé si la Tchétchénie était un endroit qu’il avait inventé ; mais quelques mois plus tard, cette obscure  République russe dominait l’actualité internationale.  Le tailleur de Panama  (1996), un hommage à Graham Greene Our Man in Havana, traitait de la manière dont une grande puissance manipulait des petits États, un sujet vivace. Le thème du seul & unique (1999) était le blanchiment d’argent par des criminels russes.  La constance du jardinier  (2001) exposés le comportement peu scrupuleux de big pharma. Il semblait qu’il y avait encore beaucoup de raison pour Le Carré d’écrire au sujet.

 

Dans la préface d’une édition de poche de The Tailor of Panama, publié en avril 2001, il en a profité pour attaquer la politique étrangère américaine actuelle : en particulier l’incapacité de ratifier le protocole de Kyoto sur les changements climatiques. « Le nouveau réalisme américain, qui n’est rien d’autre que le pouvoir à l’étar brut des entreprises masqué par  la démagogie, signifie une seule chose : que l’Amérique mettra l’Amérique avant tout en toutes choses, « écrit-il. » Très  simplement et avec insistance, je ne crois pas que les États-Unis est apte à diriger le monde de l’après-guerre froide, et je pense que  plus tôt la Grande  Bretagne et l’Europe se réveilleront sur  ce fait,  mieux ce sera. » Cornwell exprimait son total   mépris pour le nouveau président élu: « il m’arrive aussi de penser que Bush n’est pas apte à diriger l’Amérique, et d’ailleurs ne pourrait même pas être conducteur de bus, mais ce sont les affaires de l’Amérique. Malheureusement, il a en charge  la seule superpuissance mondiale. »


Cornwell était a peine moins méprisant en ce qui concerne Tony Blair. Il avait été « ravi » par  la victoire travailliste aux élections générales de 1997, qui semblait offrir un espoir après presque 20 ans de pouvoir conservateur ; mais au moment de la future élection de juin 2001, la désillusion avait remplacé son excitation. Dans une interview de David Hare, Cornwell a déclaré qu’il aimerait voir Blair « puni » dans le prochain sondage, puis seulement trois semaines après. Non seulement il n’a pas d’engager les réformes indispensables, il avait continué l’héritage thatchérien – « il aurait  privatisé l’air s’il l’avait pu ». Pire encore, Blair s’était vendu aux américains. « Nous n’avons pas un seul membre de l’administration Blair qui a levé le petit doigt publiquement  contre la ruine écologique dont  George W est le promoteur aux Etats-Unis », dit-il. Il a déploré « l’écho de pleurnicheur » de Blair, lorsque le Président a soutenu les compagnies pharmaceutiques dans leur action en justice contre le gouvernement sud-africain. « Je pensais que Blair mentait lorsqu’il a nié être un socialiste, » . « La pire chose que je peux dire de lui, c’est qu’il disait la vérité. »

 

Dans une conversation avec Hare, Cornwell a cité le terme allemand alterszorn – « la rage de l’âge ». Il a reconnu le danger qu’il pourrait perdre des lecteurs si ses livres sont devenus trop polémiques. « Histoire et caractère doivent rester  premiers, » dit-il. « Mais maintenant, je suis tellement en colère que je dois exercer beaucoup de retenue sur moi même afin de produire un livre lisible. »

***

Au cœur de son prochain livre, Amis absolus, il y aura un homme dont le passé radical revient  avec l’âge mûr. Cornwell a envisagé un naïf qui jeune anglais isolé à Berlin à la fin des années 1960, dérive dans l’anarchisme révolutionnaire ; 30 ans plus tard, il vit tranquillement à Munich lorsqu’il est contacté par son ancien camarade Sasha, qu’il soupçonne de planifier d’un acte de terrorisme. Lors de l’écriture de The Constant Gardener, Cornwell avait assisté à des réunions de groupes anticapitalistes : il avait vu lui-même la frustration des jeunes à ce qu’ils considéraient comme de l’exploitation du tiers-monde, la destruction de la vie, l’impuissance. Son expérience l’a amené à spéculer sur le fait que  cette colère peut être engendrer une nouvelle génération de jeunes terroristes – plutôt que la génération précédente des terroristes issues de la gauche radicale dans les années 1960 et 1970. Cornwell lui-même avait été témoin de manifestations étudiantes violentes à Paris dans les années 1960. En  enquêtant sur ce qui était advenu des fauteurs de troubles des années 1960, il a trouvé que beaucoup d’entre eux sont maintenant des citoyens orthodoxes : un pédiatre son  voisin  à Hampstead, par exemple ; ou Lothar Menne, alors un camarade d’Angela Davis et Tariq Ali, aujourd’hui l’un des poulains de ses éditeurs allemands, Ullstein. Certains étaient encore actifs, tels que la campagne journaliste John Pilger. Timothy Garton Ash . Cornwell est en contact avec Anthony Barnett, un ancien membre du Comité de la New Left Review, qui avait passé quelque temps dans les années 1960 vivant dans une communauté de Berlin.


Dans la construction de son personnage central pour Amis absolus, Ted Mundy, Cornwell lui a attribué des éléments de son propre passé. Comme Cornwell, Mundy a un père aimant et une mère absente ; comme Cornwell, il a vécu dans  un pensionnat dans l’ouest du pays ; et comme Cornwell, il s’est retrouvé  impliqué dans l’espionnage, alors que maintenant « il ne sait plus quelles parties de lui font semblant ».


Le roman s’ouvre sur les retrouvailles entre Mundy et Sasha, qu’il connaît depuis 1969, quand ils partageaient une chambre sordide à Berlin. A cette époque, un officier de la Stasi, Sasha, lui avait propose de devenir un agent double. Bien que non professionnel, Mundy devient son agent. Leur loyauté envers l’autre se substitue à la  loyauté envers la famille, ou au pays. Leur amitié transcende la division entre Est et Ouest, entre l’Angleterre et l’Allemagne. elle n’est pas sans rappeler la relation centrale entre Magnus et Axel dans A Perfect Spy: Sasha est une version d’Axel et de son géniteur Alexander Heussler, avec le même esprit souple et rapide. Les descriptions du fonctionnement d’un agent double plein de contradictions permettent à  Cornwell d’explorer les notions de dualité, comme il l’avait fait dans A Perfect Spy. « Nous faisons tous semblant d’être quelqu’un d’autre, » Mundy décrit comme il est suivi à Prague, « et puis peut-être nous allons découvrir qui nous sommes. »

 

Le 11 septembre 2001 Cornwell a écrit les deux premiers chapitres. Ce jour-là, lui et sa femme Jane étaient à Hambourg : ils avaient passé la matinée à regarder des images d’archives de Rudi Dutschke, Daniel Cohn-Bendit et autres radicaux des années 1960 et ils étaient de retour à leur hôtel, ils se détendaient dans le bar, quand ils ont reçu un message urgent Secrétaire de Cornwell leur enjoignant de mettre la main sur une télévision. Ils se sont précipités dans leur chambre et on mis en marche le poste, à temps pour voir le deuxième avion s’encastrer dans les tours jumelles. Comme tant d’autres personnes dans le monde entier, il sentait « une immense, indicible » sympathie pour les victimes, pour l’Amérique »en ce moment. Quant à son livre, la réaction immédiate le Carré était qu’il était « mort noyé »: même pour un roman sur un complot terroriste envisager à un tel ordre d’événement   semblait inacceptable.

 

Son point de vue a vite changé, cependant. Après que le Président Bush ait déclaré une « guerre contre le terrorisme » dans le monde entier, il a commencé à sentir que son livre avait une validité renouvelée. Il était horrifié quand le gouvernement américain a mis en place un camp de détention de Guantanamo à Cuba, où pourraient être détenus indéfiniment sans procès, en dehors de toute  compétence judiciaire et de  la protection des conventions de Genève. Il a déploré l’utilisation de « restitution extraordinaire » – l’enlèvement et le transfert d’une personne d’un pays à l’autre sans procédure légale. En effet, comme les mois passé, son indignation  ce qui est dit et fait par les dirigeants de l’Occident a créé  l’ urgence du roman. Il avait à contrecœur soutenu l’invasion de l’Afghanistan et favorisé des tentatives pour éliminer les dirigeants d’al-Qaida, mais il a été amèrement opposé  à prendre des mesures contre l’Irak et consterné que tant d’américains aient été dupe en lui faisant croire que Saddam Hussein était impliqué dans les attaques contre l’Amérique. « Les mensonges qui ont été diffusés sont si nombreux et si persistante, » dit-il, « qu’on peut dire que fiction est la seule façon de dire la vérité. »

 

En septembre 2002  Cornwells s’est joint à un rassemblement contre la guerre au centre de Londres. Qielques jours plus tôt, Blair avait publié un document présentant les raisons d’ aller faire  la guerre avec l’Irak. Les manifestants, dont le nombre était estimé à entre 150 000 et 400 000, ont été « chargés » par la police. Il semblait à Cornwell que les policiers étaient beaucoup plus hostiles à des manifestants pour la paix qu’ils avaient été à la procession de la Countryside Alliance, qui avaient organisé leur propre marche la semaine précédente. Il marcha à nouveau pour la manifestation qui avait suivi en février, dans le cadre d’une manifestation mondiale contre les plans d’invasion de l’Iraq, dans la manifestation décrite comme la plus grande manifestation de l’histoire britannique. Lorsque la marche a fait un temps  d’arrêt à Whitehall, un énorme rugissement  a surgi de la foule compacte – Cornwell a  imaginé Blair assis à Downing Street, en train  d’ écouter ce son.


En janvier 2003, il a publée un article dans le Times, intitulé « The États-Unis d’Amérique a Gone Mad« . A cette époque la guerre était imminente : les armées de la coalition s’étaient massées à la frontière irakienne, et des frappes aériennes contre des cibles militaires avait commencé. « L’Amérique est entré dans une de ses périodes de folie historique, mais c’est la pire dont je me souvienne, » écrivait-il: « pire que le McCarthysme, pire que la baie des cochons et à long terme, potentiellement plus catastrophique que la guerre du Vietnam. »


La réaction au 9/11 est au-delà de ce que Ben Laden pourrait espérer dans ses rêves les plus tordus. Comme dans les temps de McCarthy, les libertés qui ont fait l’envie du monde pour l’Amérique sont sapées systématiquement. Une fois de plus, la combinaison entre le conformisme des médias américains et les intérêts des capitalises s’emploie à ce qu’un débat qui devrait résonner sur chaque place de la ville se limite à des colonnes  dans la presse.

 

Comment Bush et sa junte ont réussi à détourner la colère de l’Amérique de ben Laden à Saddam Hussein est l’une des grandes victoires des relations publiques si l’on   évoque les astuces de l’histoire. Mais ils ont réussi. Un récent sondage nous dit qu’un américain  sur deux  croit maintenant que Saddam était responsable de l’attentat contre le World Trade Centre. Mais le public américain n’a pas simplement été induit en erreur. Il a été intimidé et maintenu dans un état d’ignorance et de peur.


L’invasion de l’Irak en 2003 a fourni matière  directemenà l’écriture de Cornwell. Plusieurs des relecteurs d’Amis absolus pourraient remarquer un brusque changement de ton dans le chapitre 11, chapitre qu’il écrivait que la guerre a commencé. Dans ce chapitre, Mundy renaît (« Mundy redux ») comme porte-parole de Cornwell-il marches pour protester contre l’invasion de l’Irak, « avec une conviction qu’il jamais ressenti avant, parce que les condamnations étaient essentiellement ce qu’il avait  emprunté à d’autres personnes » :


C’est l’impatience du vieil homme . C’ est la colère d’avoir vu  une fois de trop le spectacle ..

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C’est la découverte au cours de sa sixième décennie, qu’un demi-siècle après la mort de l’empire, ce pays mal géré, lamentablement, il y avait un peu contribué  faisant ceci et cela en vue de réprimer les indigènes par la force  d’un tas de mensonges, en faveur d’ une hyperpuissance renégate qui pense qu’elle peut traiter le reste du monde comme sa propriété


Cornwell a modifié son intrigue originale, à faire en sorte que  Mundy et Sasha,  innocents, noircis comme des terroristes ; et, bien que non armés, sont abattus par les forces spéciales américaines. Certains commentateurs critiqueraient  cette fin apocalyptique comme invraisemblable. L’édition britannique devait paraître en décembre 2003. Dans le déferlement de la publication une procession de journalistes a fait le voyage jusqu’à son domicile de West Cornwall pour l’interviewer. L’un était le jeune romancier Lev Grossman: « Sa colère froide brûlante et claire, » a écrit Grossman: «Amis absolus est un travail d’indignation orwellien, un coup de poing. » La colère qui crépite dans le roman a influencé la couverture de la presse. La plupart des critiques sont d’accord avec l’opinion exprimée par Stephen Amidon dans le Sunday Times, qui a écrit que « colère Le Carré est trop violente pour fonctionner comme une fiction, sa rhétorique plus conforme à une pièce de Harold Pinter qu’à  un roman de Graham Greene. » Dans une lettre à son vieil ami et mentor Vivian Green, Cornwell a rejeté cette couverture négative comme « une attaque de la presse de droite ».


Depuis Amis absolus, les romans de le Carré ont poursuivis dans cette tendance. « Il est possible de trouver certains de ses romans plus tard un peu moralisateur sans nier qu’ils ont une facture classique ou, à défaut d’apprécier l’indignation progresse derrière eux, », écrit Christopher Tayler, examen Our Kind of Traitor, un livre qui traite de l’effet corrupteur du blanchiment  de l’argent russe sur les institutions britanniques.

 

Le thème de la plus récente oeuvre de le Carré, Une  vérité délicaet (2013), est l’externalisation des besoins en renseignement pour  les entrepreneurs commerciaux, qui Cornwell voit dans le cadre d’une plus grande image de la « corporatisation » de la Grande-Bretagne. En 2005, il a suggéré que la Grande-Bretagne pourrait glisser vers le fascisme. « La définition de Mussolini du fascisme était que, quand on ne peut pas distinguer le pouvoir des entreprises du pouvoir gouvernemental, vous êtes sur le chemin vers un État fasciste. Si vous ajoutez dans la puissance de Dieu et du pouvoir médiatique, c’est là où nous sommes maintenant, » il a dit à un interviewer. Quand on lui demande si il a été dit que la Grande-Bretagne est devenue un État fasciste, il a répondu: « il vous paraît  démocratique? »

 

« Je suis devenu plus radical dans la vieillesse, que je n’ai jamais été », a déclaré  Cornwell ail y a quelques années. Maintenant, âgé de 84, le vieil homme en colère montre peu de signes  qu’il est en train de se  calmer.

 

•   Carré le John : biographie  publié par Bloomsbury.

Publié par Michel El Diablo

MARCEL PAUL ou l'énergie de l'engagement [vidéo]

Marcel PAUL,; ouvrier électricien, résistant, déporté, député, ministre

Marcel PAUL, ouvrier électricien, résistant, déporté, député, ministre

 

Publié par Michel El Diablo

La schizophrénie du PCF : soutien des salariés d'Air France et préparation des alliances de second tour avec le PS

Sur la chaîne parlementaire, Pierre Laurent a affirmé vouloir  travailler à la "victoire de la gauche" en Ile de France … Après avoir voulu « aider la gauche » au début du quinquennat, voilà qu’il donne un brevet de « gauche » aux listes socialistes aux régionales. 

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Quelle idée les électeurs et les Français vont-ils donc retenir de cette bouillie politique ? 

Le PCF soutient les salariés d’Air France, place en tête de liste dans le Val de Marne une salariée d’Air France puis appelle à l’union avec le parti du premier ministre qui traite les salariés en lutte de voyous.  Tout en disant que tout ça c’est pour la victoire de la gauche face à la droite. 

Quelle gauche ? 

Celle qui vote les lois Macron, Rebsamen, les lois contre le code du travail, qui continue le démantèlement des services publics, qui abandonne les salariés de Petroplus, de Chapelle Darblay et bien d’autres encore, en laissant les mains libres aux groupes multinationaux prédateurs ? 

Celle qui intervient en Syrie ? 

Celle qui soutient l’OTAN et ses positions va-t-en guerre contre la Russie, son alliance avec la Turquie contre les Kurdes ? 

Pierre Laurent est devenu schizophrène et avec lui toute la direction du PCF. Il serait bien plus simple de convenir que le PS est la seconde droite de l’intégration européenne et capitaliste de la France et d’en tirer les conséquences politiques.
 

Invité de l'émission "Parlement hebdo" sur la chaîne parlementaire, Pierre Laurent a d'abord dénoncé "la mascarade orchestrée par Marine Le Pen pour se poser en victime alors qu'elle est l'invitée privilégiée des médias". Puis il a abordé la question des régionales en Ile de France. 

Voici un extrait de Figaro.fr  qui a rendu compte de l'émission :

Ile-de-France: «Je ne vais pas laisser Valérie Pécresse prendre la région»

Pierre Laurent, candidat aux régionales en Ile-de-France, espère-t-il atteindre la barre des 10% au premier tour, score qui lui permettrait de se maintenir au second? « Je travaille pour ça. Si je préside une liste avec l'ambition de présider la région si c'est possible, c'est parce que nous avons des idées », répond le communiste. Au second tour, il n'exclut pas pour autant un rapprochement avec le PS, emmené par Claude Bartolone pour faire bloc face à la droite: « Je ne vais pas laisser Valérie Pécresse prendre la région, donc je veux travailler à une victoire de gauche mais pour des politiques de gauche offensives. Je compte pour ça sur le fait que ma liste arrive le plus haut possible et si possible en tête ».

SOURCE : le blog d'Action communiste