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Marcel Trillat. « Quand il y avait Berlinguer »

 

Hommage circonstancié au dirigeant et intellectuel italien
 

MARDI, 29 DÉCEMBRE, 2015

L'HUMANITÉ

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Guillaume CLEMENT
 

Par Marcel Trillat Réalisateur
 

La télévision, si souvent décevante, offre parfois des moments miraculeux, d’une beauté à pleurer. C’était le cas le soir du 15 décembre sur Arte. Deux documentaires diffusés coup sur coup, comme si, l’espace d’une soirée, s’affrontaient sous nos yeux le pire et le meilleur de cette espèce paradoxale : l’humanité. On venait de subir, accablés, les aboiements de haine de l’auteur de Mein Kampf et, sans transition, comme pour nous consoler, comme pour nous dire : « Attendez, ne perdez pas espoir, l’espèce humaine n’enfante pas que des monstres assassins de masse. Elle a parfois le visage d’un ange ! »
 
En une heure, Walter Veltroni faisait revivre l’un de ces êtres qui semblent avoir été touchés par la grâce, Enrico Berlinguer, secrétaire général du Parti communiste italien, symbole inoubliable de cet « euro-communisme » qui enchanta tellement notre jeunesse. Autre paradoxe, cet homme admirable avait fait son apparition en Italie une poignée d’années après la mise hors d’état de nuire de l’autre monstre qui galvanisait les foules en hurlant lui aussi à la mort, Benito Mussolini, l’inventeur du fascisme.
 
Difficile d’imaginer deux hommes, enfantés par la même nation, la même civilisation, plus opposés que ces deux-là : le matamore bouffi d’orgueil, brutal et sans pitié, et l’humaniste timide, nageant dans ses costumes, provoquant l’adhésion et l’affection de milliers de ses concitoyens grâce aux seules armes de son charme, de son intégrité, de son intelligence, de sa force de conviction, de sa main tendue fraternelle. Défenseur des humbles, ami des artistes, bête noire des Américains, des services secrets à leur solde et de la fameuse loge P2, c’est aussi un démocrate intransigeant et courageux qui n’hésite pas à faire l’apologie de la liberté, à Moscou, en plein congrès du Parti communiste soviétique, sous le regard glacial de Leonid Brejnev, qui vient tout juste d’envoyer ses chars mater à Prague les partisans du « socialisme à visage humain ».
 
Je sais, je sais, pour un marxiste « il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni tribun », et ce sont les peuples qui décident de leur destin, pas les leaders, si charismatiques soient-ils. Parfois, pourtant, il y a comme un état de grâce entre les uns et les autres, fait de respect mutuel, étranger à toute manipulation. Enrico Berlinguer était l’ami de Salvador Allende et ce n’est pas par hasard. La dernière séquence du film tire les larmes. Berlinguer est en campagne électorale à Padoue. Il va jusqu’au bout de son dernier discours qui se termine par un hommage vibrant aux femmes luttant pour leur émancipation. Ivre de fatigue, il vacille sous les encouragements de la foule : « Enrico ! Enrico ! » Dans quelques heures, il va mourir dans sa chambre d’hôtel. Les images de ses obsèques à Rome sont bouleversantes. Tout un peuple en larmes, des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des prolétaires, des intellectuels. Près du cercueil, un homme effondré, Marcello Mastroianni.
 
Quelques années plus tard, j’étais correspondant de France 2 à Rome. François Mitterrand est venu passer quelques jours de vacances en Toscane. À ma grande surprise, les premiers à venir se prosterner devant celui qu’on surnommait « le Florentin », dont l’excellent film de William Karel montrait, la veille justement sur France 2, à quel point il était la parfaite antithèse d’Enrico Berlinguer, furent ses successeurs – Occhetto, D’Alema – qui s’apprêtaient à faire du grand PCI un petit parti démocrate à l’américaine, converti sans état d’âme au plus pathétique des libéralismes. Berlinguer était bien mort. Deux fois !
Faire retrouver au communisme  son fondement démocratique 
 

Né le 25 mai 1922 en Sardaigne, celui qui en deviendra
le secrétaire général de 1972 à sa mort, le 11 juin 1984, adhère au Parti communiste italien (PCI) en 1943 en même temps qu’il participe à la résistance antifasciste. Élu au Comité central en 1948, Enrico Berlinguer est nommé par Palmiro Togliatti responsable des jeunesses communistes italiennes en 1949. Élu député en 1968, 
il critique lors d’un congrès à Moscou l’invasion de 
la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques pendant 
le printemps de Prague. « Nous voulons parvenir 
à réaliser, dans l’Occident européen, un modèle économique, social, étatique, qui ne soit plus capitaliste mais qui ne recopie aucun modèle et ne répète aucune des expériences socialistes jusqu’ici réalisées, et qui,
en même temps, ne se réduise pas à exhumer des expériences de type social-démocrate, lesquelles se sont limitées à la gestion du capitalisme », déclara-t-il dans 
un entretien à la Repubblica daté du 2 août 1978 intitulé « L’identité du PCI ». « Berlinguer voulait que le PCI 
se réapproprie pleinement la représentation de classe », écrit Guido Liguori, dans Berlinguer rivoluzionario. 
Ses héritiers politiques, qui poussseront à la dissolution du PCI en janvier 1991, liquideront son héritage 
en se mettant à la remorque du réformisme libéral.


Cela n'arrive pas qu'aux autres, communistes français, inutile de jouer les autruches, nous sommes largement engagés dans le même processus qui a conduit à la liquidation du PCI (Parti communiste Italien) la survie du PCF dépend pour l'essentiel de la capacité de résistance des militants de base.

 

Pietro Ingrao, le communiste italien qui voulait la lune et la paix. [Suite...]

Italie. Décès d’Armando Cossutta. [Suite...]

Guido Liguori : « À l’origine de la dissolution du PCI, un déficit de conscience théorique ». [Suite...]

 

Guido Liguori retrace ici de manière magistrale la mort en 1991 de l’organisation de masse qu’était le PCI : le travail de trois générations de militants sacrifié en 15 mois. Pour donner quoi ? Un autre parti (PDS) qui changera encore deux fois de nom pour un échouage final dans un alliage avec un pan de l’ex-Démocratie chrétienne…

 

Au regard de l’étiage auquel est aujourd’hui tombée la vie politique italienne, on mesure l’étendue de la perte que constitue la liquidation en 1991 de cette organisation de masse qu’était le PCI. Le travail de trois générations de militants sacrifié en 15 mois sur l’autel du mouvementisme sociétal, du happening multipolaire et de l’abandon de la centralité de la lutte des classes. Pour donner quoi ? Un autre parti (PDS) qui changera encore deux fois de nom pour un échouage final dans un alliage avec un pan de l’ex-Démocratie chrétienne…


Pourtant ce coup de force n’a pas été un coup de tonnerre dans un ciel serein, mais le résultat d’une longue incubation d’un PC où grandissait le réformisme et pour lequel la chute de l’URSS ne sera en fait qu’une aubaine saisie au vol pour le passage à l’acte final.

Qui a tué le Parti communiste italien ?

 

GUIDO LIGUORI

357 pages

13,20 euros

Référence : 978-2-915854-32-9