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Publié le  par Descartes

L'extrême droite a bien gagné une région

 

Vendredi 13 décembre on vous a expliqué, chers citoyens-électeurs, que l’extrême droite avait manqué son coup. Et qu’aucune région ne serait présidée par l’extrême droite. Et bien, on vous a trompé, on vous a menti. Il y a aujourd’hui une région dirigée par l’extrême droite dans notre beau pays, et cela dans l’indifférence quasi-générale. Je parle bien entendu de la région Corse.
 
Vous ne me croyez pas ? Eh bien, regardez le programme défendu par l’alliance « nationaliste » qui est arrivée en tête et qui aujourd’hui occupe la présidence de l’assemblée territoriale corse. Vous y trouverez pas mal de choses qui rappellent furieusement le discours du Front National…
 
Prenons par exemple une vieille revendication des « nationaliste », la « corsisation des emplois ». Il s’agit de réserver les emplois, et notamment les emplois publics, aux « vrais corses » plutôt qu’aux estrangers venus du continent. Ca ne vous rappelle rien ? Quelle différence avec la « préférence nationale » dont le Front National a fait son cheval de bataille ?
 
Dans la même logique, on trouve le « statut de résident », une règle qui imposerait aux « estrangers » venus du continent une obligation de résidence permanente dans l’île avant de pouvoir acheter une bien immobilier, obligation dont les « vrais corses » seraient bien entendu dispensés…Il n’est pas non plus inutile de rappeler que, loin d’avoir un retour critique sur les violences des années passées, les « nationalistes » aujourd’hui aux manettes de la Corse les revendiquent. Par exemple l’affaire de la cave d’Aléria, dont on oublie convenablement de rappeler qu’il s’agissait d’une vulgaire « ratonnade » destinée à chasser les viticulteurs pied-noirs installés en Corse après l’indépendance algérienne et qui menaçaient les intérêts des viticulteurs corses « de souche ».
 
Il faut enfin rappeler les « arabi fora » qui se multiplient sur l’île de beauté, et sur lesquels les nationalistes sont fort discrets. La sociologue Liza Terrazoni explique très bien pourquoi dans une tribune parue dans Le Monde du 27 juin 2015 :
 
« Au centre de l’idéologie nationaliste corse, il y a l’idée selon laquelle le peuple corse formerait une minorité : un groupe oppressé, culturellement, politiquement et économiquement, par une majorité, incarnée par l’Etat français. Dès les années 1970, cette idée est articulée à la question identitaire, et l’argument de la minorisation ethnique est placé au cœur de la rhétorique nationaliste. 
 
On parle sérieusement de « substitution ethnique », de « génocide » , méthodiquement mis en place par l’Etat français, dont le dessein serait de faire disparaître le peuple corse. Persécution contre les entreprises corses, aliénation de la terre, remplacement des fonctionnaires et des cadres corses par des continentaux, immigration par les étrangers et les continentaux sont dénoncées ».
 
Cette « substitution ethnique », ça ne vous rappelle rien ? Bien sur que si : on retrouve la théorie du « grand remplacement » dont se réclament les groupes les plus droitiers de l’extrême droite française.
 
Et maintenant, last but not least, le nouveau président de la collectivité de Corse fait son discours d’investiture… dans une langue qui n’est pas celle de la République, et que beaucoup de ses concitoyens ne comprennent pas. On se souvient du scandale des soupes populaires « identitaires » contenant du porc. Les bonnes âmes avaient vu à juste titre une tentative d’exclure certains de nos concitoyens. Mais qu’ont-ils à dire lorsque le président d’une collectivité territoriale de la République prétend exclure de la vie politique du territoire ceux qui ne comprennent pas une langue régionale ?
 
La question qu’on pourrait se poser est pourquoi notre classe politique, si prompte à jouer le « front républicain » lorsqu’il s’agit de contrer le Front National, n’a rien à dire lorsqu’un « nationalisme » raciste et xénophobe s’installe en Corse. Pire, on trouve encore des hommes politiques et des organisations pour juger que les « nationalismes » corse, breton, occitan ou basque sont « de gauche ». A gauche, agiter le drapeau à la tête de maure, à la croix occitane, aux hermines est parfaitement admissible et même encouragé. Agiter le drapeau tricolore, c’est – ou du moins c’était, car les choses changent – l’expression diabolique du nationalisme cocardier. Comme quoi, il y a des « nationalismes » respectables et d’autres qui sont détestables. Quand les français – de toutes ethnies et origines – crient « nous sommes chez nous », c’est l’horreur dans le poulailler. Mais criez la même chose en corse, en breton ou en occitan, et ça passe sans problème (1). Pire encore : On sait que ces « nationalistes » régionaux ont souvent eu – et pour certains, ont toujours – recours à la violence. Avec des morts et des blessés. Ces « nationalistes » revendiquent cette violence, exigeant l’amnistie pour ce qu’ils appellent les « prisonniers politiques ». Cela ne semble gêner personne. Imaginez-vous ce que serait la réaction médiatique s’il venait au Front National l’idée de jouer de la Kalachnikov, de revendiquer la violence de l’OAS et demander une mesure d’amnistie pour les siens ?
 
Une fois qu’on a fait le constat, la question à se poser est « pourquoi ». De toute évidence, pour nos élites politico-médiatiques – toutes acquises aux « classes moyennes » - les « nationalismes régionaux » ne sont pas considérés pas une menace. Les « nationalismes nationaux », au contraire, sont vus comme particulièrement menaçants. Pourquoi ? Je pense que c’est parce que les premiers tendent à affaiblir les Etats nationaux, alors que les deuxièmes tendent à les renforcer. Or, l’Etat national constitue la principale menace pour les projets de globalisation, dont les « classes moyennes » tirent tant d’avantages…
 
En tout cas, cette différence de traitement devrait nous interroger quant à la sincérité de ceux qui se remplissent la bouche des « valeurs républicaines ». Pourquoi n’ont-ils rien à dire quand les « nationalistes » locaux diffusent leur discours et leurs valeurs d’extrême droite ?
 
Pourquoi ce qui serait horripilant à Lille ne le serait pas à Bastia – ou à Toulouse, ou la « gauche radicale » a fait liste commune avec les « occitanistes » ?
 
Descartes

(1) On notera que sur les douze listes présentes au premier tour, seules quatre d’entre elles n’ont pas formulé le nom de leur liste en Corse. Il s’agit de celles de « Les Republicains », du Front National, de Début la France et de… Emile Zucarelli, dont on connaît l’engagement républicain.