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Entretien avec Julian Mischi, auteur du livre « Le COMMUNISME Désarmé »

 

19 Décembre 2015

Enfin une vision optimiste : plus le PCF perd des élus, plus il est obligé de chercher des ressources dans sa base militante et avoir des dirigeants moins soumis au PS… La course est donc engagée entre la base populaire en train de se reconstruire et la direction actuelle qui continue à lorgner des sinécures de sénateur pour la retraite… je plaisante? mais à peine…

(note de danielle Bleitrach)

 

Publié par Michel El Diablo

 

Julian MischiJulian Mischi

Julian Mischi

 

Julian Mischi, dans votre livre Le communisme désarmé (Editions Agone, 2014), vous mettez en relief la baisse du nombre et du poids relatif des adhérents issus de ce que vous appelez « les classes populaires ». L’engagement de militants syndicaux dans le parti, par exemple, est nettement moins important que dans les années 70 ou 80. Sur la même période, le programme du parti a été modifié. L’expropriation des capitalistes n’y figure plus. Y a-t-il un rapport entre l’évolution sociologique du parti et celle de son programme et de son discours ?

 

Alors que de puissantes logiques sociales excluent les catégories populaires (ouvriers, petits paysans et artisans, employés des services…) de la vie politique, le PCF a effectivement réussi, pendant un temps, à contrer ces dynamiques inégalitaires. Tout un ensemble de dispositifs visaient à assurer l’accueil puis la promotion d’adhérents d’origine populaire, des adhérents qui avaient souvent commencé à militer au sein de leur entreprise à la CGT. Par ce caractère populaire, le PCF n’avait pas d’équivalent sur la scène politique et pouvait apparaitre aux yeux de beaucoup comme le porte-parole légitime de la « classe ouvrière ».

 

Depuis surtout une trentaine d’années, on note une diminution de la place des classes populaires au sein du PCF. Cela résulte d’abord des recompositions du monde du travail, qui rendent plus difficile l’engagement dans ces milieux. L’ensemble rassemblant ouvriers et employés reste numériquement important, mais ce salariat d’exécution et /ou subalterne est davantage fragmenté et fragilisé que par le passé. L’évolution de la composition sociale du parti traduit en cela les transformations socioculturelles des milieux populaires.

 

Néanmoins, les inflexions de leurs discours porté par les dirigeants communistes n’ont pas freiné ces tendances, elles les ont même plutôt accompagnées. Au-delà de références programmatiques précises, je pense à la progressive mise en sourdine du principe (et de ses implications) selon lequel l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Ce principe se traduisait concrètement par une politique des cadres attentive à donner une place centrale aux militants ouvriers. La question de l’origine sociale des militants est devenue secondaire en même temps que fut délaissée la référence à la classe ouvrière comme principal acteur révolutionnaire. L’abandon de cette notion peut bien sûr se justifier par la prise en compte des évolutions du salariat, marqué par la féminisation et le développement des services. Mais elle s’est accompagnée d’un abandon plus général de la réflexion sur les rapports de classe, une réflexion éclipsée par la mobilisation de notions a-classistes comme le « salariat », voire les « gens » dans les années 1990.

 

La priorité donnée au recrutement d’ouvriers a été abandonnée. On ne fait pas grand-chose pour favoriser la création de cellules dans les entreprises. Vous évoquez divers facteurs extérieurs au parti qui ont pu contribuer à sa déconnexion avec les travailleurs, mais vous dites que celle-ci résulte aussi de « logiques internes ». Pensez-vous que la déconnexion avec les travailleurs s’est opérée à l’avantage de certains éléments, ou de certains intérêts, dans le parti ?

 

Concernant l’organisation dans les entreprises, il faut bien avoir à l’esprit que la constitution de contre-pouvoirs militants est particulièrement difficile en ces temps de répression syndicale et d’atomisation des collectifs de travail. En outre, la présence communiste dans les entreprises a toujours été, en réalité, relativement réduite, même du temps de la forte influence de ce parti. Sur le lieu de travail, c’était l’engagement à la CGT qui primait. Mais, même fragiles, les sections d’entreprises occupaient une place centrale dans l’univers communiste car elles fournissaient ses principaux dirigeants, dont beaucoup étaient d’anciens ouvriers qualifiés de la métallurgie.

 

Or, cette matrice ouvrière et syndicale à l’engagement s’est profondément réduite à partir des années 1980-1990 en même temps que le PCF et la CGT se sont progressivement éloignés l’un de l’autre. Une autre matrice, celle des engagements municipaux, est devenue prépondérante. C’est autour des collectivités territoriales que le PCF s’est restructuré avec non seulement les élus, mais aussi tout le personnel politique spécialisé gravitant autour d’eux. Logiquement, les enjeux électoraux sont devenus prépondérants alors que la question du militantisme en entreprise apparaît plutôt secondaire pour ces professionnels de la gestion politique locale qui ont d’ailleurs peu de culture syndicale. Élus et cadres des collectivités locales peuvent même s’opposer aux militants ouvriers de la CGT lors de conflits sociaux que connaissent certaines municipalités communistes comme je l’évoque dans l’ouvrage.

 

Il faut dire aussi qu’indépendamment des intérêts de chacun, le simple fait de délaisser les dispositifs organisationnels de sélection et de formation de porte-paroles d’origine populaire, conduit automatiquement à favoriser les catégories sociales plus diplômées dans l’organisation, en particulier les enseignants et les cadres de la fonction publique. De l’alliance entre les classes populaires et la petite bourgeoisie culturelle qui a fait la force du mouvement communiste, il ne reste progressivement plus qu’un seul versant.

 

La place des élus est devenue prépondérante dans la vie interne du PCF. La tradition qui veut qu’ils reversent leurs indemnités tend à limiter les dérives « carriéristes » que l’on observe ailleurs. Et pourtant, de nombreux élus acquièrent une grande autonomie par rapport au parti, au point que, dans bien des cas, les militants n’ont pratiquement aucune prise sur l’action politique des élus. Y a-t-il, à votre avis, un remède à cela ?

 

La question de l’autonomie des élus est un problème structurel du mouvement ouvrier. C’est l’un des ressorts de la création du PCF suite à ce qui est perçu comme la « trahison » des députés socialistes lors de la Première guerre mondiale. Mis à part les années 1920, les élus communistes ont cependant toujours eu des marges d’action non négligeables vis-à-vis de leur parti. Mais cette situation a pris une toute autre ampleur dans les 1980 et 1990 : les élus locaux peuvent se permettre des stratégies autonomes car ils sont capables lors des scrutins locaux de contenir la baisse d’influence que leur parti connaît aux élections nationales.

 

Ensuite, à partir de la fin des années 1990, on observe un mouvement de renforcement de la place des élus (et de leurs collaborateurs) dans l’appareil. Les dirigeants des fédérations ont en effet pour consigne d’entrer dans les assemblées départementales et régionales. Les permanents ne pouvant plus être rétribués par un parti dont les ressources financières se réduisent, ils doivent rechercher d’autres sources de financement, celles des mandats électifs.

 

Le fait qu’il ait encore de très nombreux élus est bien sûr une force pour le courant communiste, une force qui fait défaut à d’autres partis comme le NPA ou le PG. L’ancrage municipal du PCF a été déterminant dans la force passée de cette organisation et dans son implantation dans les milieux populaires. Mais, aujourd’hui, avec le déclin de la base militante et la diminution des ressources financières, les élus et les enjeux électoraux occupent une place centrale dans l’organisation.

 

Or, aux côtés de la prise de mandats électifs ou du travail auprès des élus, tout un horizon militant mériterait d’être également valorisé : éducation populaire, militantisme syndical, travail intellectuel, entraide locale, etc. Selon cette perspective, il devrait être possible d’envisager une promotion militante pour un jeune communiste sans qu’il ne devienne automatiquement élu ou collaborateur d’élu. Cela nécessite probablement de renforcer les capacités des militants à intervenir dans l’espace local indépendamment des élus. Ou encore de réhabiliter la fonction de secrétaire « politique » des sections et des fédérations. Il s’agit là d’un rôle militant clef, situé à l’intersection des engagements associatifs, syndicaux, électifs, etc.

 

D’un point de vue idéologique, l’essor des structures de gestion des collectivités territoriales, le développement de l’intercommunalité en particulier, pourraient faire l’objet d’une analyse critique afin d’assurer une meilleure résistance à la vulgate technocratique qui touche l’ensemble des partis de gouvernement. La diffusion d’une conception pragmatique et technique de l’action municipale appelle manifestement à une repolitisation des débats qui se déroulent dans ces instances aux règles de fonctionnement opaques. Face à la professionnalisation de l’administration communale et intercommunale qui marginalise plus que jamais les classes populaires, il y a bien sûr un enjeu à développer le rôle des écoles du parti dans la formation des militants.

 

Enfin, comment voyez-vous l’évolution future du PCF ?

 

En tant que sociologue, il m’est difficile de répondre à cette question. Mais les évolutions récentes laissent présager tout de même des recompositions militantes. Une recomposition d’abord liée à la réduction du nombre d’élus locaux, qui a atteint un tel point que des fédérations entières sont forcées de se réorganiser autour de réseaux essentiellement militants, autour de dirigeants n’ayant pas de mandat électifs. Ces derniers sont, de fait, moins sujets à rechercher une alliance à tout prix avec les socialistes. Des situations locales particulièrement conflictuelles, où élus et militants se font affrontés lors de la préparation des élections municipales de mars 2014, se pacifient tout simplement parce qu’il n’y a quasiment plus d’élus ou parce que ceux-ci ont quitté le parti pour garder leur siège.

 

On peut également entrevoir une recomposition induite par l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants communistes issus des rangs des « jeunes » communistes qui ont rejoint le mouvement dans la deuxième partie des années 2000. Ces militants sont entrés dans le communisme à travers des luttes, contre la seconde guerre du Golfe, et surtout contre le Contrat Première Embauche (CPE) et le Traité Constitutionnel Européen (TCE). Par rapport à leurs prédécesseurs, ils sont moins issus de familles militantes ou de municipalités communistes. Ils peuvent sûrement favoriser un renouvellement des équipes militantes, mais cette dynamique est fragilisée par les déchirements que connaît le Front de Gauche.