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Politique française 2015

Publié par Michel El Diablo

IL MANIFESTO, journal communiste italien fait sa une sur « François Le Pen »

IL MANIFESTO, journal communiste italien fait sa une sur « François Le Pen »

Il n'y a pas qu'en France que la déchéance de nationalité irrite. De l'autre côté des Alpes, le journal communiste italien "Il Manifesto" se saisit lui aussi du sujet et titre en Une "François Le Pen"

Depuis mercredi, François Hollande ne s'est pas fait que des amis. En décidant de maintenir dans le projet de révision constitutionnelle la déchéance de nationalité pour les binationaux convaincus de terrorisme, le président de la République a fait se lever un vent de protestation d'une partie de la gauche et de la droite française contre lui. Mais pas que. De l'autre côté des Alpes, en Italie, le journal communiste Il Manifesto, qui sans être relié à aucun parti politique, affirme haut et fort ses amours marxistes, ne semble pas non plus apprécier la décision du chef de l'Etat. Preuve en est, son article de Une titré "François Le Pen".

Pas sûr que le président de la République, qui souhaite rassembler derrière lui le plus large spectre politique possible, ne veuille vraiment aller aussi loin. Quoi que...

Jeudi 24 Décembre 2015

SOURCE : Marianne.net

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Etat d’urgence: Ce gouvernement tourne définitivement le dos aux valeurs humanistes !

Etat d’urgence: Ce gouvernement tourne définitivement le dos aux valeurs humanistes !

LA CGT:

En jouant sur l’émotion et la peur, le Gouvernement espère constitutionnaliser l’état d’urgence qui permet d’octroyer plus de pouvoir à la police, aux services de renseignements, à l’administration, ceci au détriment de l’autorité judiciaire.

Mais chacun aura pu mesurer, depuis les attentats, les dérives de ce « régime d’exception » avec son cortège d’interdictions de manifester et d’assignations à domicile qui relèvent, pour certaines d’entre elles, plus du maintien de l’ordre que de la lutte contre le terrorisme.

Ce texte doit donc être combattu pour son inutilité face au risque terroriste, et il doit l’être vigoureusement car il met en péril la Démocratie, les libertés individuelles et collectives.

En effet, les termes flous de la définition de l’état d’urgence font craindre le pire quant à l’utilisation contre les salarié(e)s et les militant(e)s que pourrait en faire ce gouvernement et les futurs…

Pour finir, ce projet de loi constitutionnalise une vieille idée de l’extrême droite, la déchéance de nationalité de citoyens binationaux nés français. Ce calcul politicien, qui crée une sous-catégorie de citoyens, constitue une infamie que la CGT dénonce et combattra avec force.

Montreuil, le 29 décembre 2015

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Le parti de François Valls ou de Manuel Hollande se déchire-t-il?

Le parti de François Valls ou de Manuel Hollande se déchire-t-il?

Oui, si j'en crois toutes les téloches qui me l'assènent à flots continus et tout ça à cause de la déchéance de nationalité, mesdames et messieurs. Parce que que dans le parti, qui soutient mordicus depuis mai 2012, le locataire du palais de l'Elysée, il y en a qui ont des sentiments de progrès.

Bon, je ne vais pas faire la fine bouche en cette fin d'année 2015 de merde, rendue ainsi par la politique de merde conduite par François de l'Elysée, avec ses potes du Medef et de la Cfdt. De ce fait, j'attends si la montagne socialiste ne va pas accoucher d'une souris. Ou d'une autre merde à la sauce social-démocrate.

Je rappelerais concernant le Mantois que la CGT a rencontré plusieurs fois la députée PS du coin et que, à chaque rencontre, celle-ci a défendu bec et ongles toutes les lois anti-sociales qu'elle a votées. Je rappelle que aussi, lors des élections régionales, le député socialo Benoît Hamon, du clan des frondeurs sans fronde, a été élu sans état d'âme sur la liste du PS conduite par Claude Bartolone président de l'Assemblée nationale à majorité socialo.

Jean Jaurès, avant d'être assassiné par un extrémiste de droite, lequel fut gracié par la "Justice", disait: « Le socialisme, c’est la république poussée jusqu’au bout ». Ou bien « La vérité de la république, c’est la République sociale ». Ou encore « le socialisme proclame que la République politique doit aboutir à la République sociale, c’est parce qu’il veut que la République soit affirmée dans l’atelier comme elle est affirmée ici ( à la Chambre des députés) ; c’est parce qu’il veut que la nation soit souveraine dans l’ordre économique pour briser les privilèges du capitalisme oisif, comme elle est souveraine dans l’ordre politique, c’est pour cela que le socialisme sort du mouvement républicain. »

La république sociale doit être affirmée à l'atelier comme elle est par le PS de l'époque à la Chambre des députés. La république sociale pour briser les privilèges du capitalisme oisif, qu'il disait Jean Jaurès avant son assassinat. Dès la déclaration de guerre à l'été 1914, son parti le trahissait en entrant dans un gouvernement d'Union sacrée avec la droite et le patronat bellicistes. On connait la suite.

Quant à aujourd'hui, au lieu de briser les privilèges du capitalisme oisif, que font les socialos au gouvernement sinon les renforcer. Non?

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Crise, insécurité et racisme en Corse: à qui profite le crime?

Le 28 février 1992, l'avion de Jean-Marie Le Pen est empêché d'atterrir à Bastia. Ensuite, il est contraint d'annuler son meeting à Ajaccio. En 2012, sa digne fille est accueillie chaleureusement en Corse. Pire, au premier tour de la présidentielle de 2012, 74% de votants, elle obtient 24,39% des suffrages exprimés, derrière Nicolas Sarkozy, lui avec 31,41%. Au 2e tour, la Corse vote à droite avec 55,87% pour Sarkozy et 44,13% pour celui qui était contre la finance.

La Corse avait donc accordé 24,39% des suffrages à la digne fille de son père, alors que la moyenne nationale de l'extrême droite était de 17,9%

Certes, pour ces élections territoriales de 2015, l'extrême droite n'engrange que 10,8% des voix. Mais où sont passés les autres, ont-ils pris le maquis en attendant de libérer la Corse, en vociférant "Arabi fora""Arabe dehors" dans la langue nationale de la patrie des Droits de l'homme et du citoyen?

"La France aux Français" n'a-t-elle pas la même résonnance brune que "la Corse aux Corses"? Ceux qui ont déambulé tranquillement à Ajaccio, sous l'état d'urgence alors que les forces de l'ordre et de sécurité sont en alerte maximum, dans le quartier dit les Jardins de l'empereur, en proférant des propos racistes, en défonçant des portes d'immeuble, en saccageant un lieu de culte musulman, ne sont toujours pas inquiétés. Pire, hier encore, ils s'entassaient aux portes du quartier, sous la protection de la police du préfet de François Hollande, comme pour obliger les prolétaires de ce quartier à rester terrer chez eux.

A qui profite le crime, sinon à un quarteron de voyous qui agressent des agents des services publics afin de pérenniser l'insécurité et perpétrer leurs trafics notoirement connus?

A qui profite le crime, sinon à François Hollande et à Marine Le Pen qui, par leurs actes et leurs choix, attisent la désespérance et la déraison, pour être au 2e tour de l'élection présidentielle de 2017?

A qui profite le crime, sinon aux nationalistes et à leur programme politique qui ont retiré les marrons du feu lors du 2e tour de ces élections territoriales, sans s'attaquer au capitalisme?

Que l'on se comprenne bien, je suis fier de ma langue occitane, celle que parlait au quotidien mon arrière-grand-père Français lors de la Révolte du Midi en 1907 contre le gouvernement réactionnaire de Paris. Celle dans laquelle jurait mon grand-père Français, suant sang et eaux dans sa petite vigne, pour arrondir des fins de mois difficiles de fonctionnaire monteur en ligne téléphonoques par monts et par vaux. Celle que parlait le piquet de grève en mai-juin 1968, auquel mon père délégué syndical CGT de son entreprise en grève appartenait, et qui occupait la mairie de Port-la-Nouvelle, dans l'Aude.

A travers l'occitan, c'est le Languedoc, "province à langue étrangère" sous la royauté, mais qui sut renverser la monarchie absolue de droit divin, c'est laCommune de Narbonne en 1871, c'est Jean Jaurès devant les mineurs de Carmaux, c'est le 17e de Béziers qui tourne ses crosses en 1907, c'est la Résistance populaire contre l'occupant nazi et les collabos de Pétain et du patronat.

Oui, je suis un occitaniste militant, mais toujours prêt également à défendre la République française une et indivisible. Mais sans oublier les luttes pour la justice et le progrès social qui égrénèrent l'histoire de la France dans la langue de Robespierre, mais aussi en langue d'Oc ou en corse, et même en espagnol dans les maquis résistants du Midi occupé.

Crise, insécurité et racisme en Corse: à qui profite le crime?

Allez, vive le 17e régiment d'infanterie de Béziers, tous soldats du Midi!

 

Giorgio Agamben : « De l’État de droit à l’État de sécurité »

 

29 Décembre 2015

by Les-crises.fr DT

 

Source : Le Monde, 23-12-2015

Giorgio Agamben

 

Pour le philosophe italien Giorgio Agamben, l’état d’urgence n’est pas un bouclier qui protège la démocratie. Il a, au contraire, selon lui, toujours accompagné les dictatures.

 

On ne comprend pas l’enjeu véritable de la prolongation de l’état d’urgence [jusqu’à la fin février] en France, si on ne le situe pas dans le contexte d’une transformation radicale du modèle étatique qui nous est familier. Il faut avant tout démentir le propos des femmes et hommes politiques irresponsables, selon lesquels l’état d’urgence serait un bouclier pour la démocratie.

 

Les historiens savent parfaitement que c’est le contraire qui est vrai. L’état d’urgence est justement le dispositif par lequel les pouvoirs totalitaires se sont installés en Europe. Ainsi, dans les années qui ont précédé la prise du pouvoir par Hitler, les gouvernements sociaux-démocrates de Weimar avaient eu si souvent recours à l’état d’urgence (état d’exception, comme on le nomme en allemand), qu’on a pu dire que l’Allemagne avait déjà cessé, avant 1933, d’être une démocratie parlementaire.

 

Or le premier acte d’Hitler, après sa nomination, a été de proclamer un état d’urgence, qui n’a jamais été révoqué. Lorsqu’on s’étonne des crimes qui ont pu être commis impunément en Allemagne par les nazis, on oublie que ces actes étaient parfaitement légaux, car le pays était soumis à l’état d’exception et que les libertés individuelles étaient suspendues.

 

On ne voit pas pourquoi un pareil scénario ne pourrait pas se répéter en France  : on imagine sans difficulté un gouvernement d’extrême droite se servir à ses fins d’un état d’urgence auquel les gouvernements socialistes ont désormais habitué les citoyens. Dans un pays qui vit dans un état d’urgence prolongé, et dans lequel les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, il faut s’attendre à une dégradation rapide et irréversible des institutions publiques.

 

Entretenir la peur

 

Cela est d’autant plus vrai que l’état d’urgence s’inscrit, aujourd’hui, dans le processus qui est en train de faire évoluer les démocraties occidentales vers quelque chose qu’il faut, d’ores et déjà, appeler Etat de sécurité (« Security State », comme disent les politologues américains). Le mot « sécurité » est tellement entré dans le discours politique que l’on peut dire, sans crainte de se tromper, que les « raisons de sécurité » ont pris la place de ce qu’on appelait, autrefois, la « raison d’Etat ». Une analyse de cette nouvelle forme de gouvernement fait, cependant, défaut. Comme l’Etat de sécurité ne relève ni de l’Etat de droit ni de ce que Michel Foucault appelait les « sociétés de discipline », il convient de poser ici quelques jalons en vue d’une possible définition.

 

Dans le modèle du Britannique Thomas Hobbes, qui a si profondément influencé notre philosophie politique, le contrat qui transfère les pouvoirs au souverain présuppose la peur réciproque et la guerre de tous contre tous : l’Etat est ce qui vient justement mettre fin à la peur. Dans l’Etat de sécurité, ce schéma se renverse : l’Etat se fonde durablement sur la peur et doit, à tout prix, l’entretenir, car il tire d’elle sa fonction essentielle et sa légitimité.

 

Foucault avait déjà montré que, lorsque le mot « sécurité » apparaît pour la première fois en France dans le discours politique avec les gouvernements physiocrates avant la Révolution, il ne s’agissait pas de prévenir les catastrophes et les famines, mais de les laisser advenir pour pouvoir ensuite les gouverner et les orienter dans une direction qu’on estimait profitable.

 

Aucun sens juridique

 

De même, la sécurité dont il est question aujourd’hui ne vise pas à prévenir les actes de terrorisme (ce qui est d’ailleurs extrêmement difficile, sinon impossible, puisque les mesures de sécurité ne sont efficaces qu’après coup, et que le terrorisme est, par définition, une série des premiers coups), mais à établir une nouvelle relation avec les hommes, qui est celle d’un contrôle généralisé et sans limites – d’où l’insistance particulière sur les dispositifs qui permettent le contrôle total des données informatiques et communicationnelles des citoyens, y compris le prélèvement intégral du contenu des ordinateurs.

 

Le risque, le premier que nous relevons, est la dérive vers la création d’une relation systémique entre terrorisme et Etat de sécurité : si l’Etat a besoin de la peur pour se légitimer, il faut alors, à la limite, produire la terreur ou, au moins, ne pas empêcher qu’elle se produise. On voit ainsi les pays poursuivre une politique étrangère qui alimente le terrorisme qu’on doit combattre à l’intérieur et entretenir des relations cordiales et même vendre des armes à des Etats dont on sait qu’ils financent les organisations terroristes.

 

Dans un pays qui vit dans un état d’urgence prolongé, et dans lequel les opérations de police se substituent progressivement au pouvoir judiciaire, il faut s’attendre à une dégradation rapide et irréversible des institutions publiques


Un deuxième point, qu’il est important de saisir, est le changement du statut politique des citoyens et du peuple, qui était censé être le titulaire de la souveraineté. Dans l’Etat de sécurité, on voit se produire une tendance irrépressible vers ce qu’il faut bien appeler une dépolitisation progressive des citoyens, dont la participation à la vie politique se réduit aux sondages électoraux. Cette tendance est d’autant plus inquiétante qu’elle avait été théorisée par les juristes nazis, qui définissent le peuple comme un élément essentiellement impolitique, dont l’Etat doit assurer la protection et la croissance.

 

Or, selon ces juristes, il y a une seule façon de rendre politique cet élément impolitique : par l’égalité de souche et de race, qui va le distinguer de l’étranger et de l’ennemi. Il ne s’agit pas ici de confondre l’Etat nazi et l’Etat de sécurité contemporain : ce qu’il faut comprendre, c’est que, si on dépolitise les citoyens, ils ne peuvent sortir de leur passivité que si on les mobilise par la peur contre un ennemi étranger qui ne leur soit pas seulement extérieur (c’étaient les juifs en Allemagne, ce sont les musulmans en France aujourd’hui).

 

Incertitude et terreur

 

C’est dans ce cadre qu’il faut considérer le sinistre projet de déchéance de la nationalité pour les citoyens binationaux, qui rappelle la loi fasciste de 1926 sur la dénationalisation des « citoyens indignes de la citoyenneté italienne » et les lois nazies sur la dénationalisation des juifs.

 

Un troisième point, dont il ne faut pas sous-évaluer l’importance, est la transformation radicale des critères qui établissent la vérité et la certitude dans la sphère publique. Ce qui frappe avant tout un observateur attentif dans les comptes rendus des crimes terroristes, c’est le renoncement intégral à l’établissement de la certitude judiciaire.

 

Alors qu’il est entendu dans un Etat de droit qu’un crime ne peut être certifié que par une enquête judiciaire, sous le paradigme sécuritaire, on doit se contenter de ce qu’en disent la police et les médias qui en dépendent – c’est-à-dire deux instances qui ont toujours été considérées comme peu fiables. D’où le vague incroyable et les contradictions patentes dans les reconstructions hâtives des événements, qui éludent sciemment toute possibilité de vérification et de falsification et qui ressemblent davantage à des commérages qu’à des enquêtes. Cela signifie que l’Etat de sécurité a intérêt à ce que les citoyens – dont il doit assurer la protection – restent dans l’incertitude sur ce qui les menace, car l’incertitude et la terreur vont de pair.

 

C’est la même incertitude que l’on retrouve dans le texte de la loi du 20 novembre sur l’état d’urgence, qui se réfère à « toute personne à l’égard de laquelle il existe de sérieuses raisons de penser que son comportement constitue une menace pour l’ordre public et la sécurité ». Il est tout à fait évident que la formule « sérieuses raisons de penser » n’a aucun sens juridique et, en tant qu’elle renvoie à l’arbitraire de celui qui « pense », peut s’appliquer à tout moment à n’importe qui. Or, dans l’Etat de sécurité, ces formules indéterminées, qui ont toujours été considérées par les juristes comme contraires au principe de la certitude du droit, deviennent la norme.

 

http://www.digiteka.net/deliver/generic/iframe/mdtk/01637594/src/5p5ql5/zone/1/showtitle/1/

 

Dépolitisation des citoyens

 

La même imprécision et les mêmes équivoques reviennent dans les déclarations des femmes et hommes politiques, selon lesquelles la France serait en guerre contre le terrorisme. Une guerre contre le terrorisme est une contradiction dans les termes, car l’état de guerre se définit précisément par la possibilité d’identifier de façon certaine l’ennemi qu’on doit combattre. Dans la perspective sécuritaire, l’ennemi doit – au contraire – rester dans le vague, pour que n’importe qui – à l’intérieur, mais aussi à l’extérieur – puisse être identifié en tant que tel.

 

Maintien d’un état de peur généralisé, dépolitisation des citoyens, renoncement à toute certitude du droit : voilà trois caractères de l’Etat de sécurité, qui ont de quoi troubler les esprits. Car cela signifie, d’une part, que l’Etat de sécurité dans lequel nous sommes en train de glisser fait le contraire de ce qu’il promet, puisque – si sécurité veut dire absence de souci (sine cura) – il entretient, en revanche, la peur et la terreur. L’Etat de sécurité est, d’autre part, un Etat policier, car, par l’éclipse du pouvoir judiciaire, il généralise la marge discrétionnaire de la police qui, dans un état d’urgence devenu normal, agit de plus en plus en souverain.

 

Par la dépolitisation progressive du citoyen, devenu en quelque sorte un terroriste en puissance, l’État de sécurité sort enfin du domaine connu de la politique, pour se diriger vers une zone incertaine, où le public et le privé se confondent, et dont on a du mal à définir les frontières.

 

Source : Le Monde, 23-12-2015

Les-crises.fr DT | 29 décembre 2015 à 1 h 34 min  URL:http://wp.me/p17qr1-pQz

Justice pour l’île des justes par Régis de Castelnau

 

29 Décembre 2015
Parce qu’une poignée de cons fait la une, faut-il feindre d’ignorer ce que nous disent les Corses et leur reprocher ce que d’autres accomplissent en toute impunité, la destruction de la nation française au sein de l'UE, celle des principes républicains du contrat social que je préfère à l’imbécile vivre ensemble qui dit n’importe quoi. Ce ne sont pas les Corses qui accomplissent cette destruction de la nation et de la République, mais bien la droite et le PS nous imposant une Europe des landers inféodée aux USA et la mise en cause du droit du sol, base de la citoyenneté républicaine.
(note de danielle Bleitrach)

 

Corse

Il n’était pas trop confortable d’être corse en cette fin d’année.

 

Depuis le 13 décembre il nous a été donné d’assister à une multiplication de prises à partie, d’amalgames et d’injures, où les Corses ont pris cher. Presse et réseaux et réseaux se sont déchaînés contre ces gens sans foi ni loi, portant des «indépendantistes » à la tête de la collectivité territoriale pour se lancer ensuite dans d’impardonnables ratonnades. Il faut reconnaître qu’ils ont fait fort les Corses, en votant au deuxième tour à 23 % des inscrits pour une liste « autonomiste » ayant fusionné avec des « indépendantiste » qui eux avaient obtenu 4,5 % des inscrits au premier… Un raz-de-marée dites donc ! Les républicains des deux rives se sont à nouveau réunis renforcés par une bien-pensance hétéroclite pour sonner le tocsin. Sûr de son coup et de son public, l’histrion Talamoni, devenu président de l’assemblée a prononcé son discours d’intronisation dans le patois toscan qu’il appelle « la langue corse ». Provocation réussie au-delà de toute espérance avec le redoublement des cris d’orfraie. De Guaino à Chevènement, en passant par Alain Juppé rappelant d’un tweet lapidaire l’article 2 de la constitution sur le français, langue de la République. De la part de quelqu’un qui depuis plus de trente ans a organisé et soutenu toutes les combines visant à démanteler la souveraineté française au profit de la bureaucratie européenne, cela témoigne d’un certain culot. On pouvait distinguer deux approches différentes dans les anathèmes, il y a tout d’abord ceux pour qui l’État doit intervenir contre les agissements de cette liste qualifiée d’extrême droite et restaurer « l’ordre républicain » ; ensuite, ceux qui prônant « le largage », souhaitent se débarrasser, en leur donnant l’indépendance de tous ces voyous paresseux, xénophobes amateurs de beurre et d’argent du beurre et qui nous coûtent si cher.
 
Première série de remarques : si les autonomistes l’ont emporté à une majorité très relative, c’est du fait de l’usure et de la dispersion du système clanique et par conséquent, à la régulière. Ajoutons que « l’insécurité culturelle » et la crise économique existent aussi en Corse où au moins, on n’a pas voté Front National. Le président de l’exécutif est Gilles Siméoni, élu maire de Bastia tout aussi régulièrement en 2014, autonomiste conséquent dont on ne sache pas qu’il ait mis sa ville à feu et à sang. Rappelons que la Collectivité Territoriale corse, au contraire des régions métropolitaines, fonctionne de façon démocratique avec une séparation de l’exécutif et du législatif. Le pouvoir de Talamoni sur son assemblée est le même que celui de Bartolone sur la sienne, c’est-à-dire pas grand-chose. Le risque de séparatisme est assez ténu, les revendications actuelles portent en général sur des mesures déjà souvent et largement utilisées par d’autres pays de l’UE, que ce soit dans le cadre de l’ultra-périphéricité, ou de la simple organisation nationale comme par exemple l’Espagne. La co-officialité de la langue corse est un colifichet, tous les Corses parlent très bien le français et aussi souvent le corse entre eux, quand ils n’ont pas envie qu’on les comprenne. Henri Guaino et beaucoup d’autres ont tonné contre la proposition de réserver la possibilité d’acquisition immobilière aux résidents sur l’île de plus de cinq ans. Chargé de l’étude juridico-économique de la question, et ayant conclu à la nécessité de cette solution, je me crois assez bien placé pour répéter que c’est la meilleure pour éviter une spéculation-blanchiment souvent d’origine mafieuse, une flambée des prix, la destruction des merveilles du littoral corse, et pour permettre à la majorité des habitants corses ou non qui le souhaitent, d’accéder à la propriété. Mais non, pour les républicains intégristes et ignorants, il vaut mieux laisser l’argent sale recommencer le désastre de la Côte d’Azur.
 
Le Corse-bashing battait son plein lorsqu’est arrivée la divine surprise du 26 décembre. Je vais immédiatement prendre la précaution de dire que les ratonnades ou les tentatives de ratonnades du 26 et des jours suivants sont intolérables. Et ne peuvent en aucun cas être justifiées par les événements de la veille. Elles ont été immédiatement et très vigoureusement condamnées par tous les responsables corses y compris et surtout Siméoni et Talamoni. Mais alors, quelle clameur ! Des mosquées et des églises profanées, tout comme des cimetières et d’autres édifices religieux, il y en a assez régulièrement. C’est complètement lamentable et malheureusement révélateur de tensions, mais jamais cela ne provoque un tel tollé. Tout le monde s’y est mis dirigeant politiques nationaux, médias, réseaux.
 
Avec comme d’habitude le caractère unilatéral de l’information. Les incidents de la nuit de Noël, l’embuscade tendue à des pompiers volontaires en intervention n’a pas provoqué, dans un premier temps le moindre écho. C’est seulement quand la manifestation de protestation a dégénéré que médias et politiques ont réagi. Et encore, il a fallu attendre pour avoir des détails sur l’agression des pompiers et sur sa gravité. Répétons encore une fois que ces événements ne peuvent en rien justifier la réaction des racistes corses bas du front. Mais il faut peut-être rappeler que dans une région comme la Corse, les pompiers bénéficient d’une grande affection, souvent d’ailleurs parce qu’il y en a dans toutes les familles, et en Corse la famille, elle est large et sacrée… Par ailleurs les fêtes catholiques y sont encore très importantes, et s’attaquer en les traitant de « sale corses de merde» à ceux qui sacrifient leur nuit de Noël familiale pour protéger, c’est plus qu’une profanation. Les habitants savent très bien que sur le continent, le nombre des attaques de pompiers en intervention est considérable (1600 par an !) et qu’elles ne font l’objet d’aucune répression. Le spectacle très inquiétant de la dérive en mode 9-3 de la fameuse « cité de l’empereur » d’Ajaccio suffit alors à faire sortir du bois, à la moindre étincelle, quelques identitaires imbéciles comme on en trouve malheureusement partout.
 
Alors, cet unanimisme à se passer les nerfs sur les habitants de la Corse a quelque chose de très gênant. D’abord parce que, et nous allons probablement le voir ailleurs, les mêmes causes produisant les mêmes effets, des choses identiques et peut-être plus graves peuvent se passer à tout moment. Ensuite parce qu’essentialiser les Corses comme le font les médias relève, qu’on le veuille ou non d’une certaine forme de racisme très déplaisant.
 
Par ce que s’il ne doit pas exister dans la République de « peuple » Corse, l’insularité et l’Histoire ont créé une identité, une culture, une langue qui font des Corses une population spécifique à forte personnalité. Qui a la chance d’habiter un des plus beaux endroits du monde mais qui fut très pauvre et où la vie ne fut pas toujours facile. Qui est encore attachée à des valeurs anciennes comme la famille, l’amitié, la parole et l’hospitalité, qui sait faire la cuisine comme personne, et la fête quand il faut. Les Corses entretiennent des rapports parfois élastiques avec le respect de la règle, et sont aussi capables d’être très cons. Mais la République devrait se rappeler, que s’ils nous ont donné un Empereur, quand elle les a appelés, ils ne lui ont jamais manqué. Je voyais circuler cette interpellation reprochant aux Corses d’avoir soi-disant oublié, lors des exactions de quelques-uns, le fait qu’ils avaient été libérés en 1943 par des goumiers marocains. J’ajoute qu’il n’y avait pas que des goumiers, il y avait mon père aussi. J’ajoute encore les Corses étaient nombreux dans la France Libre ainsi que dans la Résistance. Avec au premier rang Danielle Casanova communiste morte à Auschwitz. Et j’ajoute enfin que la Corse, qu’en Israël on appelle « l’île des justes », est la région française qui a le mieux protégé les juifs pendant la guerre.
 
Alors, amis Corses soyez sympas ne vous formalisez pas, nous vous aimons. Les choses vont se calmer et nous vous faisons confiance, vous saurez mettre au pas les imbéciles.

Corsisation, kéçako ?

 

Publié le 28 Décembre 2015

Après le Vichy fraise,
un Vichy Casa ?
Corsisation, kéçako ?
Pour certains ce qui arrive à Ajaccio serait comme coup de tonnerre dans un ciel serein. 
 
La situation est suffisament grave pour que nous prenions le temps d'y regarder de plus près.
 
La Corse est-elle un territoire qui aurait miraculeusement échappée à toutes les saloperies du 20ème siècle et n'en garderait aucune scorie ? 
 
La Corse n’est pas historiquement un terrain vierge d’activistes d’extrême droite. Battus par le mouvement populaire certains de ses héritiers gravitant autour de sa bourgeoisie véritable canal historique, sauront via les bastions économiques que sont les chambres de commerce se reconvertir dans un nationalisme aux aspects modernistes masquant les vieux poncifs réactionnaires voire fascistes tels la corsisation des emplois ou le droit réservé au Corse d’accéder au foncier.
 
L'extrême droite mise en sommeil par l'insurrection de 43 ne peut faire oublier qu'elle dispose de racines forte dans l'île. Si la Résistance peut aligner plus de 11 500 combattant, il y a aussi le coté d'en face et ses relais. Le nombre des victimes de la répression par dénonciation assure une forme sanglante de continuité territoriale.
 
Durant la guerre, ce n’est pas un secret que de rappeler les liens d’une partie de la réaction Corse fut avec l’OVRA* comme la milice le fut avec la Gestapo ,tout comme une autre partie ici plus massive sera liée à la Résistance.
 
Résistant de droite patriote, fasciste de droite irédentiste ou PPF, la Corse n’est pas hors champ de l’affrontement réac-républicain avec des cartes brouillées pour qui voudrait lire sans décodeurs. A l’image d’un Pasqua résistant quand on connait son parcours, de patriotes de droite et de socialisants qui joueront la carte Mussolini.
 
Par contre, l’épuration en Corse fut encore plus « magnanime » que sur le continent. Les fascistes réfugiés en Italie pour un grand nombre ne seront pour ainsi dire pas inquiété, quelques emprisonnés (peu de temps) en Algérie pour d’autres reviendront sans problèùme très vite au Bercail.
 
Une partie des Bonapartistes irriguait les réseaux mafieux et factieux, une autres (deux fers au feu) faisait des démonstrations de patriotisme.
 
S’il est notoire que massivement le peuple Corse rejette l’occupation italienne des signes de fractures sont visibles :
 
Plusieurs faits relevés par les historiens aident à y voir clair :Lorsque début 40 des leaders du PPF (le parti de Doriot) viennent en Corse, ils ne réunissent en tout et pour tout, lors d'un meeting, qu'une trentaine de personnes.
 
Une image qui reflète bien le sentiment du préfet de région Balley, installé par Vichy, qui dans un courrier en date du 23 décembre 1941 écrit au sujet des Corses : 
 
« Les récentes mesures édictées contre les Juifs de la zone occupée ont soulevé un sentiment d'horreur peu propice à susciter chez les Corses un esprit de collaboration. »
 
Pour autant, un an plus tard :
 
« Le 11 novembre 1942, 85 000 soldats italiens débarquent en Corse. À ce moment-là, dans toutes les villes de l’île, de drôles de manifestations ont lieu. C’est notamment le cas à Bastia où, pour montrer soit son soutien à l’idéal défendu par Mussolini ou pour afficher son hostilité, les Bastiais rivalisent d’imagination. Ainsi ce jour-là, tous les bureaux de tabac de la ville sont pris d’assaut par les opposants à l’Italie fasciste et à son leader Benito Mussolini. Certains Bastiais ne vont pas y acheter des cigarettes, mais des sortes de pin’s avec la tête de Maure bien visible. Le message destiné aux troupes transalpines était clair : « Vous êtes en Corse et ce ne sera jamais l’Italie. » Les soldats défilent devant les terrasses des cafés largement occupées par ces « résistants ». Dans le même temps, cette fois-ci, les partisans d’une Corse italienne et des adeptes de la Collaboration avec l’occupant ont trouvé un autre moyen de signifier leur soutien sans faille au Duce. Ils accrochent, sur les fils à linge, lorsque les Italiens passent dans les rues, des chemises noires symbole des troupes les plus radicales du régime fasciste. Une manière de dire : « Vous êtes les bienvenus... » »
 
Hélène Chaubin, historienne, note dans ses travaux repris par l’ANACR de Corse du Sud :
 
« L'occupation italienne fut plus dure en Corse que sur le continent. À Breil (tribunaux militaires italien jugeant les Résistants) , les peines s’allégèrent sauf pour les FTP-MOI transalpins (encore 5 condamnations à mort le 22 août 1943) ; à Bastia, où il semble que le général Magli, qui ne transmettait pas les demandes de grâce, ait voulu un durcissement, on sait que Pierre Griffi fut exécuté le 18 août, Jean Nicoli, Michel Bozzi et Joseph Luiggi le 30 août. »
 
Concernant la Collaboration intellectuelle, elle précise :
 
La collaboration intellectuelle et la collaboration par l'écriture sont faciles à établir. En 1941 et en 1942, « Martinu Appinzapalu » était porté comme l'un des collaborateurs de la revue italienne Corsica Antica e Moderna. D'autres activités ne sont révélées que par les dossiers de l'épuration et de la Justice. Celui d'E.G. confirme les visites de dirigeants muvristes à la Villa Italia et au Chalet Bellevue où se tenaient les services de renseignement de l'occupant. Lui-même fréquentait aussi à Bastia la Caserne Marbeuf où avaient lieu les interrogatoires conduits par l'OVRA (12) et les carabiniers. Des témoignages de résistants confirment son comportement.
 
Dans sa thèse de doctorat, "Résistance(s) et société corse" Sylvain Gregori, peut noter qu'en 1942 :
 
"Il y a beaucoup de membres du PPF à Ajaccio et Corte mais un peu moins à Bastia. Dans la cité impériale, les jeunes bonapartistes issus de la bourgeoisie de la ville sont virulents. Le maire de l'époque Dominique Paoli, ultra-conservateur et réactionnaire, sera jugé à la Libération. Il envoie un message de félicitations à Mussolini quand il prend Addis-Abeba. En 1942, il promulgue un arrêté municipal qui interdit aux femmes le port du pantalon dans sa ville. Toujours à Ajaccio, Jean Fricker qui crée le groupe Collaboration, part avec une vingtaine d'hommes sur le front de l'Est dans la légion des volontaires français combattre aux côtés des Allemands. Il n'y restera pas longtemps. Quand il rentre, il est à la risée de tout Ajaccio. On retrouve également comme collaborateurs idéologiques, les Pétainistes ultras, issus eux de la droite locale."
 
J-L Paniccaci, qui dirige le Musée de la Résistance azuréenne (Réseau du Musée de la Résistance nationale) a soutenu une thèse de doctorat d’Histoire sur l’occupation italienne. Une présentation de sa thèse met avant :  
 
« L’auteur insiste sur la répression exercée par l’occupant transalpin à l’égard de la Résistance, et rapporte en détail nombre de cas de tortures opérées par l’OVRA (martyr de Fred Scamaroni à Ajaccio). » le VII° corps d’armée, 800 carabiniers et 8 bataillons de Chemises noires envahirent l’île. Ainsi commença une occupation de plus en plus pesante qui dura jusqu’au 8 septembre 1943.

Plusieurs camps d’internement avaient été ouverts où, sans jugement, pouvaient être détenues des personnes indésirables en raison de leurs convictions, pour les Corses, Prunelli-di-Fiumorbu et Albereto sur l’Ile d’Elbe.
 
Pour faire le tour  (si on peut dire) des corps constitués, un fait éclairant : Fred Scamaroni responsable du BCRA parachuté en Corse trahi, il est arrêté. Atrocement torturé, pour être sûr de ne pas parler, il se tranche la gorge avec un morceau de fil de fer. L'évêque d'Ajaccio refuse des obsèques religieuses à « l'inconnu qui s’était suicidé » il sera jeté enroulé dans une couvertre dans la fosse commune.
 
Après-guerre le cycle normal des cursus dans le monde des fonctionnaires de l’administration dont celle militaire et coloniale reprendra sa viteese de croisière : concours, engagement, mutation, promotion et prises de poste. de Hanoï à Basse Terre, de Papeete à Casablanca Tananarive ou Pointe-Noire.
 
C’est comme cela que le très nationaliste président de la région Corse qui arrive dans son fauteuil, comme le dit mon pote Roger sur ses pages « Jean-Guy Talamoni, président nationaliste de l'Assemblée de Corse, est né à Saumur d'une mère native du Maroc, certes française mais d'une famille originaire d’Espagne ».  Heureusement pour lui qu’à l’époque les emplois n’étaient pas saumurisés  et réservés « qu’aux nés natifs de » à l’époque, sinon…
 
Pas un secret non plus de rappeler comment une partie la plus fortunée des pieds noirs dont nombre d'ex membre de l'OAS ont investi la partie est de la Corse pour y installer des plantations et on fait venir (souvent clandestinement) de la main d’œuvre de pays d’Afrique du nord, mais surtout pas d’Algériens dès fois qu’ils reconnaissent des gens qui avaient un passé à blanchir (et en plus ils avaient gagné leur indépendance en bottant le cul à ces nouveau colons) et leur demande des comptes. C'est une des racines de leur cri de guerre "les arabes dehors"
 
Pas inutile de rappeler non plus comment la bourgeoisie Corse n'a de cesse de pourchasser le syndicalisme de lutte et de classe, de traquer la CGT pour installer les syndicats autonomistes qui agissent pour la privatisation des services publics, jouent en Corse le même rôle que la CFDT ici. Les Bergers se retrouvent.
 
Ces éléments permettent de percevoir ce qui se passe à Ajaccio. Pas besoin de candidature f-haine, ils ont la version locale d'implantée sur place. Avec la « corsisation des emplois » ou « le droit d’ancienneté pour accéder au foncier » l'emprise mafieuse sur l'économie, avec les Arturo UI de la clementines c’est l’instauration d’un droit du sang façon « Marine est là », antagonique aux valeurs du choix Révolutionnaire des Corses.
 
Cela renvoi à la critique ferme et juste des communistes de Corse (2015/12/corse-apres-les-menees-racistes-factieuses-de-noel.html) dénonçant les oripeaux réactionnaires et religieux du nouveau pouvoir régional qui entre en résonnance avec la pire des réactions établies et met en route des centaines de pogromistes vers les quartiers populaires pour en découdre, le préfet laissant ses troupes "se laisser déborder" pour mieux ensuite, patelin, interdire les manifestations revendicatives et syndicales.
 
Pour qui cela roule-t-il ? Pourquoi le Medef regarde-t-il d'un seul coup vers le ciel si bleu de l'Île de Beautée..
 
OVRA : ​Organizzazione per la Vigilanza e la Repressione dell'Antifascismo, la gestapo de Mussolini 
 

Rédigé par Canaille Lerouge

« Argumentaire » du gouvernement en direction des députés de sa majorité

 

Publié le 27 Décembre 2015

Un florilège d'abjections et d'inepties

où même Ubu

semble un des piliers

de la sagesse

à coté du délire répressif

d'Augusto Lavalls

 

"Argumentaire" du gouvernement en direction des députés de sa majorité

Soit le PS a présenté des crétins pour être candidats aux législatives et il faut leur mâcher le travail en amont, soit il n'a plus confiance dans la capacité de sa majorité de ses élus pour décider comment soutenir le gouvernement et il leur passe des antisèches.

 

Le documents qui suit, sur le fond et la forme, est calamiteux.

 

Argument supprème "les sondages disent qu'on a raison" et pour justifier de coocooner avec les identitaires, Augusto LaValls tente d'annexer l'électorat de la gauche dite radicale (du moins la partie qui accepte encore de participer à la mascarade).

 

Avec un tel montage nous aurions toujours la peine de mort dans l'arsenal de la civilisation française. 

Argumentaire Déchéance Nationalité

 

 

 

 

Parmi les perles politiques qui émaillent cet "argumentaire", deux de tailles qui montrent comment les valeurs dites de gauche de ce gouvernement sont passées de "bonnes adresses du passé" à "chef d'oeurve en péril" comme on disait au temps de l'ex-ORTF :

 

Dans l’absolu, il faudrait pouvoir déchoir tout auteur d’un crime terroriste de la nationalité française, qu’il soit bi-national ou non. Mais les principes internationaux que la France a reconnus interdisent de rendre une personne apatride. (c'est dit dans un soupir comme une sorte de regret).

 

La déchéance permet de prendre des mesures de police (Houppie!!): une fois déchu de la nationalité française, l'intéressé peut faire l'objet d'un éloignement, notamment vers le pays dont il a la nationalité. […]Par ailleurs, dans tous les cas, la déchéance n'est pas dépourvue d'effets concrets en privant l'intéressé des droits qui s'attachent à la qualité de Français : notamment droits politiques et accès à certaines fonctions.

 

Un terroriste condamné, c'est nouveau ? ne pourra plus être commissaire de police ? Mais il pourra comme indic continuer d'émarger à la DGSE.

 

Question : en cas de réciprocité de droit que va-t-on faire des terroristes ou autre parce que ici c'est le motif  de la sanction, mais ailleurs ?

 

Que le I'Icecrèmeland  ou au Doigtdansloeillistan déchoient de leur partie non française un ressortissant commun et les mettent à la porte, qu'allons nous faire ?

 

Comme ils ont signé les même traités que la France et ont l'antériorité d'une décision, comment accueiller-t-on le dit déchu ?

 

Et si le délit retenu est commis à bord d'un navire nattant pavillon français en escale au Icecrèmeland  ou au Doigtdansloeillistan, on fabrique des apatrides ?  Mais c'est interdit par les traités signés par la France. 

 

Il ne restera que les centres de rétention.

 

Parions que maintenant que les îles du littoral et les plages catalanes sont réservées au bronze-cul de l'UE , notre Augusto LaValls de service en accord avec Francisco Blummollet  va avertir l'ONU qu'il suspend le traité international concernant les terres australes pour instaler ses bannis en Terre Adelie. 

 

Si en plus de l'abjection d'une telle mesure, il fallait en démontrer l'ineptie, voila qui est fait.

 

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Etat d'urgence en Corse: 20/20 au gouvernement!

Etat d'urgence en Corse: 20/20 au gouvernement!

L'état d'urgence, voté et prolongé pour notre sécurité, s'applique à toute la France. Pas en Corse me semble-t-il.

Des pompiers assurant un service public se font agressés et des manifestations doublement interdites par la loi, parce que racistes et sous l'état d'urgence, se déroulent pile poil à Ajaccio, capitale de la Corse et où crèche le préfet de ce territoire, haut-fonctionner chargé de faire appliquer la loi républicaine et donc l'état d'urgence puisque tous les parlementaires se sont couchés pour le voter.

Et bien, le préfet de Corse vient de pondre un arrêté pour interdire à partir de ce dimanche les manifestations racistes qui se déroulaient depuis Noël. Cela n'a pas empêché qu'une manifestation se ballade en pleine rue dans Ajaccio ce dimanche. Hou, hou, le gouvernement, encore en train de mettre le petit jésus dans la crèche?

Et du côté des nationalistes, majoritaires désormais pour gouverner les affaires de la Corse? Ils sont majoritaires, pas tant que ça, puisque seulement un votant sur 3 leur a accordé un bulletin de vote. Mais ils ont obtenu le plus de voix au 2e tour parce que la gôche et le Fg ont failli lorsqu'ils administraient la Corse. Le président de gôche de l'exécutif, député, a voté toutes les lois antisociales édictées par le Palais de l'Elysée. Quant au Fg, même punition qu'en métropole, en se disant pas dès les premières lois anti-sociales dans l'opposition au gouvernement socialo-écolo et son chef de file est resté président de l'Assemblée de Corse, quand François Hollande réduisait la voilure d'Air France sur l'île et atomisait la SNCM. Deux exemples entre autres.

Pour en revenir aux nationalistes, ce n'est un secret pour personne que leur programme est de droite. Et ils sont très proches des associés de Corsica Maritima, compagnie privée maritime qui veut faire couler à pic la SNCM assurant un service public entre la Corse et la métropole. Quant à vouloir réserver des emplois qu'aux Corses de souche corse, pourquoi Jean-Guy Talamoni, président nationaliste de l'Assemblée de Corse, reste-t-il dans son fauteuil, lui qui est né à Saumur d'une mère native du Maroc, certes française mais d'une famille originaire d'Espagne?

La Corse aux Corses, c'est un peu comme si mon fils, né à Paris dans le 11e, revendiquait un jour la région parisiene aux natifs de la région parisienne. Bon déjà, le PSG serait obligé de déménager au Qatar et moi de reprendre mes valoches pour retourner dans mon Languedoc natal que j'avais quitté en 1971, pas à cause du soleil, mais du chômage déjà endémique.

Et d'ici qu'en Languedoc, on revendique cette région aux natifs de souche, je serai obligé de déterrer mes grands-parents espagnols du cimetière de Narbonne pour les transporter dans leur Catalogne natale. Quant à moi, puisque je ne suis pas 100% Languedocien, pas la peine que j'aille prendre le maquis en Corse, je ne suis pas Corse. Pas la peine non plus que je m'expatrie en Suisse ou dans un autre paradis fiscal, je n'ai rien à cacher au fisc français et je n'ai pas assez de blé pour changer de côterie comme ça.

Il me resterait la Catalogne espagnole, si d'ici là elle ne déclare pas son indépendance, décrête l'état d'urgence pour protéger les catalans de souche catalane et m'assigne à résidence comme un étranger. Putains de nationalistes!

Mégalomanie de François normal 


Le « Cambridge français » remis sur les rails - par Benoît Floc’h (Le Monde)
Suivi de l’opinion de Christian Darlot : Tout cela ne serait que ridicule si ce n’était dangereux

 

lundi 28 décembre 2015, par Comité Valmy

Laboratoire de l’Ecole polytechnique. 


L’établissement doit rejoindre, avec 17 autres, l’université Paris-Saclay. Une façon pour l’enseignement supérieur français d’être compétitif sur la scène internationale.

 

Le « Cambridge français » remis sur les rails

 

Le projet Paris-Saclay est remis sur les rails. L’université, dont la France veut faire l’une des vingt premières au monde, sera bien une « integrated research intensive university », une université intégrée de recherches. Cela a été réaffirmé de manière solennelle mardi 22 décembre dans le bilan d’étape que l’université Paris-Saclay (UPS) a remis au jury qui, dans le cadre des « initiatives d’excellence » du grand emprunt, avait doté le projet d’un milliard d’euros en 2012.

 

 

Rassembler les 18 membres de l’UPS – dont l’université Paris-Sud, CentraleSupélec, HEC, le Centre national de recherche scientifique (CNRS), Polytechnique ou l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) – derrière cet objectif commun n’a pas été une sinécure. Depuis quelques mois, la réticence plus ou moins dédaigneuse de l’Ecole polytechnique – qui a néanmoins contribué à la création de l’université il y a un an – et les maladresses de communication du gouvernement avaient rendu l’atmosphère irrespirable sur le plateau de Saclay, là même où le « Cambridge français » doit prendre son envol.

 

Les fondateurs de l’UPS ont fait beaucoup de chemin, cependant. Ils ont mis en commun leurs doctorats et 80 % de leurs masters, créé l’établissement en janvier et élu, en juin, un président, Gilles Bloch. Mais c’est ce qu’il reste à faire qui pose problème.

 

Choc des titans éducatifs

 

L’enjeu est simple : pour peser dans la compétition mondiale, chaque pays rassemble ses forces. A Singapour, Doha ou Lausanne, des universités mettent le turbo pour tailler des croupières aux éminences établies : Harvard, Cambridge ou Zurich… C’est le choc des titans, froidement départagé par les classements internationaux. Le titan français, ce sera l’université Paris-Saclay.

 

Mais jusqu’où le projet doit-il aller dans l’intégration de ses membres ? C’est toute la question. La plupart des établissements sont d’accord pour une association étroite au sein d’une université divisée en collèges thématiques.

 

Au début, Polytechnique a joué le jeu. Puis, elle a semblé changer de stratégie. Jacques Biot, élu président de l’établissement en 2013, n’a jamais caché son admiration pour l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.

 

« Certaines écoles veulent se regrouper, estime Jacques Bittoun, président de l’université Paris-Sud, lancer des bachelors [bac+3] et des masters [bac+5] pour acquérir le statut d’université. C’est une manière de transposer à l’international la vieille dichotomie française : les grandes écoles pour l’élite et les universités pour le tout-venant. Il est hors de question de faire cela. » Sollicité par Le Monde, M. Biot était injoignable jeudi 24 décembre.

 

Période dangereuse

 

La tension est montée d’un cran ces derniers mois. Après la remise, en juin, du rapport de Bernard Attali sur Polytechnique, le gouvernement a précisé ses intentions le 15 décembre. Emmanuel Macron, ministre de l’économie, a demandé aux écoles d’ingénieurs de se rassembler « au sein de l’université Paris-Saclay » dans un « pôle d’excellence » dont les champs d’action seraient la formation, la recherche, l’international et l’entrepreuneriat.

 

Les universitaires ont peu goûté l’idée. D’abord parce qu’il y ont vu une confiscation de l’excellence. L’université Paris-Sud, rappellent-ils, est 41e dans le classement de Shanghaï (établi par l’université Jiao Tong, qui fait autorité), loin devant Polytechnique, qui se se situe au-delà de la 300e place. Ensuite, parce qu’ils estiment que ce « pôle d’excellence » a de grandes chances de devenir une citadelle d’écoles d’ingénieurs désireuses de jouer leurs propres couleurs à l’international.

 

Or, la période est dangereuse. L’université Paris-Sud a, comme les autres, confié la délivrance de ses masters et de ses doctorats à l’UPS, laquelle n’est pas encore reconnue par le classement de Shanghaï… Tout ce qui pourrait affaiblir Paris-Saclay est donc perçu avec inquiétude. « Je connais bien la mentalité des Anglo-Saxons, précise Patrick Couvreur, chercheur à Paris-Sud et membre de l’Académie des sciences. Si on commence à finasser, cela ne passera pas. »

 

Après avoir fait durer le suspense jusqu’au bout, Polytechnique a donc indiqué qu’elle soutenait l’objectif inscrit dans le document remis le 22 décembre : créer une « integrated research intensive university ».

 

Les questions qui fâchent renvoyées à plus tard

 

Tout n’est pas réglé pour autant. Les questions qui fâchent ont été renvoyées à plus tard. Quelle forme prendra « l’intégration » ? Gilles Bloch, qui a la victoire modeste, se veut rassurant : « Derrière ce terme, certains collègues voient la dissolution des grandes écoles dans l’université, constate Gilles Bloch, la perte de contrôle sur la sélection des étudiants ou le budget. Ce n’est pas cela ! On ne veut pas faire disparaître la visibilité de Polytechnique, d’HEC ou de l’ENS Cachan, qui sont des atouts pour Paris-Saclay. »

 

Le président de l’UPS l’assure : les écoles pourront continuer à sélectionner leurs étudiants, diplômer leurs ingénieurs, conserver leurs moyens ou créer des formations spécifiques.

 

Autre inconnue : quels établissements seront-ils présents dans les classements ? Là aussi, le document rendu le 22 décembre est resté flou à dessein. L’objectif est que le nom qui figure dans celui de Shanghaï soit Paris-Saclay, et ce « avant qu’on ait perdu Paris-Sud et Polytechnique », précise M. Bloch. Mais cela n’exclut pas la présence d’entités de l’UPS dans des classements thématiques, comme celle d’HEC dans le palmarès du Financial Times des écoles de gestion, par exemple.

 

La suite de la saga Paris-Saclay sera suivie à la loupe. Par ses concurrents, par le jury des initiatives d’excellence comme par les autres établissements français. Du fait du prestige de ses membres et de son poids dans la recherche nationale (15 %), le cas Paris-Saclay fait figure de symbole. Figé depuis deux cents ans, archaïque et inégalitaire par bien des aspects, le système français d’enseignement supérieur est en train de muter en profondeur, bousculé par la violence de la compétition internationale.

 

24 décembre 2015

Benoît Floc’h 
Journaliste au Monde 

***

Tout cela ne serait que ridicule si ce n’était dangereux.

Sept bonnes raisons, au moins, de refuser cette folie suicidaire :

1/ La très petite taille ne permet pas l’efficacité, mais la très grande taille ne peut que tout compliquer, comme ces débats byzantins le prouvent. Ces immenses établissements d’enseignement sont des étagères à fromages, où les décisions sont prises par l’intrigue et le coup fourré. Garantie absolue de mise en œuvre du principe de Peter.

2/ L’université de Changaï est inconnue en tout domaine, hormis pour ce classement sans queue ni tête.

3/ L’esprit de compétition mène au conformisme. Il n’a rien à voir avec la vitalité intellectuelle et ne peut que lui nuire.

S’il y a une réforme à faire dans l’enseignement et la recherche, ce n’est pas d’empiler des maréchaux sur des généraux, c’est de libérer les commandants, capitaines, lieutenants, en leur accordant directement des crédits dont ils seront vraiment responsables. La liberté intellectuelle et l’initiative, et, en contrepartie, la responsabilité.

Comme toute l’évolution sociale contemporaine, et dans le même mouvement (dessein ?), l’organisation de la recherche est de plus en plus infantilisante et bureaucratique. Des rapports sont demandés aux chercheurs deux fois par an, et les demandes de crédits occupent plusieurs mois. À chaque fois, les chercheurs doivent exposer tous leurs projets en détail, dans une langue étrangère, et ces demandes sont envoyées anonymement aux quatre coins du monde. À peine 10% des projets sont financés. L’Agence nationale de la Recherche est une officine d’espionnage officielle, aux frais des Français et au profit des Anglo-saxons.

Pour laisser le temps de penser, il faut au contraire libérer les chercheurs de ces contraintes absurde et, tous les cinq ans, leur faire rendre sérieusement compte de l’emploi des ressources et de leur activité, devant un vrai jury scientifique.

L’organisation actuelle est en nette régression par rapport à l’ancienne organisation des instituts de recherche (CNRS, INSERM, INRA...). 

4/ Cette compétition s’inscrit dans une guerre générale des espaces politiques de "l’Occident". Elle participe à l’assujettissement des Etats aux pouvoirs commerciaux, financiers et communautaristes. 

5/ Le but politique est d’intégrer les instituts de recherche français, en position subordonnée, dans des conglomérats dont les chefs de file sont anglo-saxons ou allemands. 6/ Il s’agit aussi d’angliciser la France, pour le plus grand bien de nos ennemis de toujours, et pour la jouissance perverse des classes dominantes qui veulent parler une langue différente de celle des Français. 7/ Pour les classes dominantes françaises, il s’agit de se séparer du peuple, en instituant des universités coûteuses, et en opposant une grande université centralisée aux universités de province. Les enfants, sélectionnés dès l’âge de quinze ans - et de plus en plus selon les revenus de leurs parents - passeront toute leur vie dans les tuyaux, sans jamais fréquenter leurs compatriotes : du lycée à l’université, de l’université à un trust apatride ou à des labos de "l’Occident", et de là au cimetière où ils auront bien gagné leur place. En jouant au golf le dimanche pour déboucher leurs artères.

Christian Darlot

 

Le Front national : un instrument du capitalisme. Serge Portejoie (Comité Valmy)

 

30 novembre 2011

vendredi 25 décembre 2015, par Comité Valmy

3 novembre 2011 à New York, Marine Le Pen et l’ambassadeur israélien aux Nations Unies Ron Prosor

 

Le Front national : un instrument du capitalisme

 

Aborder la question du Front national, on peut hésiter, il faut éviter des écueils. Le décrire tel quel, c’est peut-être déjà lui faire de la pub ? Seulement préciser, dans une condamnation convenue, qu’il est raciste et xénophobe ne saurait suffire, ce sont des qualificatifs qui aident un peu, mais pas beaucoup à le situer et qui surtout occultent la réalité des rapports de classe. Les critiques qui visent à l’instrumentaliser sont mortifères et le renforcent. L’ignorer, ce serait lui donner un ticket d’honorabilité par défaut. C’est pour toutes ces raisons, que même rédigé pour résumer, ce texte sera assez long, avec des faits, des preuves et des arguments, beaucoup de renvois par soucis de précision.

 

Bien que s’appuyant autant que faire se peut sur le réel, il s’agit néanmoins avec ce texte d’une analyse subjective du Front national et de son environnement social et politique, les militants sociaux seront donc à même de l’enrichir des oublis éventuels ou formuler des désaccords sur certains aspects, tout en le considérant comme un rappel à la vigilance. Il est écrit pour une utilisation large auprès des personnes moins au fait des réalités frontistes et de leurs implications. En ce sens, s’il est considéré comme utile, il peut être diffusé au gré des appréciations de chacune et chacun (tout en respectant et en rappelant le site ou le blog qui a l’amabilité de l’héberger).

 

En conséquence, ne croyez pas que j’ai le propos de vous révéler un mystère, il s’agit seulement, à partir de quelques rappels et vérités indubitables qui permettent de s’y retrouver, de lever quelques ambiguïtés entretenues à dessein.

 

Si d’aucuns affirment que le Front national, même déguisé selon certaines circonstances, en parti convenable, n’a pas changé, c’est-à-dire qu’il représente en France la version la plus autoritaire et la plus anti-démocratique ; d’autres au contraire considèrent que ce parti aurait fait sa mue, se serait apaisé et n’exprimerait, que ce que les autres partis inféodés aux institutions n’oseraient plus exprimer. Il aurait même quelques vertus qu’on aurait tort d’ignorer.

 

Qu’en est-il exactement ?

 

L’héritage historique :

 

Le Front national [1] créé en 1972 est une émanation d’Ordre nouveau, renommé ainsi pour les législatives de mars 1973. Il puise son passé aussi bien chez les antidreyfusards fondateurs de « l’Action française » en 1898 que dirigea Charles Maurras, désirant incarner la revanche de la monarchie et des contre-révolutionnaires en s’appuyant sur un antisémitisme virulent, que chez la « Ligue de la patrie française » créée en 1899 en réponse à la « Ligue des droits de l’homme [2] », puis chez les partisans de Vichy qui voyaient dans le régime de Pétain une revanche sur le Front populaire et ses conquêtes sociales.

 

Si à la fin du XIXème siècle et jusqu’en 1914, l’extrême droite en France milite pour la revanche sur 1870, entre 1920 et la libération va naître une série de groupes et de partis ouvertement fascisants tels que « les Comités de défense paysanne », « les Francistes », « le Faisceau », « les Croix de feu », « la Cagoule », « le Rassemblement national populaire », « les Jeunesses patriotes », « le Parti populaire français », pour n’en citer que quelques-uns.

 

Ces groupes et partis partageaient tous un point commun, c’est qu’ils étaient viscéralement anti-communistes. Ce qui amena un nombre important de leurs partisans à collaborer avec l’occupant pendant la seconde guerre mondiale et, pour certains, n’hésitant pas à s’engager sur le front de l’Est, accompagnant ainsi l’armée nazie, notamment dans la division Charlemagne (division de la Waffen-SS), comme Pierre Bousquet qui y fut oberscharführer (que l’on peut comparer à l’équivalent d’adjudant dans l’armée française), avant d’être trésorier du Front national.

 

En 1965, Jean-Louis Tixier-Vignancour, un ancien membre de l’Action française, qui fit le lien entre l’extrême droite des années 30 et celles de l’après-guerre, se présente à l’élection présidentielle. Pour cette occasion, il prend Jean-Marie Le Pen comme directeur de campagne. La filiation de l’extrême droite d’hier au Front national d’aujourd’hui est indiscutable.

 

Pour ne prendre qu’un seul autre exemple, Roland Gaucher (de son vrai nom : Roland Goguillot) fut condamné à la libération aux travaux forcés, il sera libéré en 1948 après avoir bénéficié d’une mesure de grâce. Il eut une vie tumultueuse. Ce proche de Marcel Déat pendant la guerre, s’engagea ensuite en faveur des guerres coloniales, pour créer plus tard avec Jean-Marie Le Pen, le Front national.

 

Les origines néofascistes des Le Pen et du Front National sont patentes et l’idéologie que porte aujourd’hui ce parti est donc issue des pires courants de pensées autoritaires et raciaux qui ont survécu à la deuxième guerre mondiale. Ce parti essaie aujourd’hui de se donner un masque de respectabilité.

 

L’héritage idéologique :

 

Dans la tradition de l’extrême droite, l’héritage idéologique du Front national s’appuie sur les vertus viriles. Le féminisme est abhorré. Le culte du corps, s’il est masculin, est encouragé. La sélection des meilleurs est une loi naturelle. La force doit être le fondement du droit. C’est l’individualisme et le système de hiérarchie portés au summum. L’homme doit soit commander soit obéir. L’obéissance ainsi mise en avant doit porter les valeurs enthousiastes du militarisme [3], C’est l’idéologie du fort contre le faible, ce dernier étant considéré comme créateur potentiel de désordre. Par opposition, le Front national se décrit d’ailleurs comme le parti de l’ordre.

 

L’attitude qui consiste à donner plus d’importance à l’image du chef politique qu’à la collectivité n’est, hélas, pas propre aux formations d’extrême droite, mais le système de hiérarchie et de sélection, avec son aspect originel et religieux, porté à son comble, amène tout naturellement le Front national pour son propre fonctionnement à faire son lit du culte de la personnalité. En cela, le FN n’est pas différent de tous les partis d’extrême droite qui ont un chef charismatique, guide, führer ou duce, dont l’esprit visionnaire ne fait jamais défaut, qui est au dessus, qui se présente comme le sauveur suprême et incarne autocratiquement la direction du destin collectif. En France, après son père, Marine Le Pen joue ce rôle de cicérone.

 

Pour des raisons de stratégie, le Front national oppose les populations entre elles en utilisant une argumentation qui a rapport à la race (et de plus en plus souvent à l’ethnicisme social ou culturel), il remplace ainsi les luttes sociales par les luttes raciales. Au Front national, la différence ne peut être source d’enrichissement, mais source de conflits puis d’appauvrissement racial. Dans la tradition frontiste, la nationalité française est liée au lien du sang et non au lien du sol. Par définition, le front national fonctionne à partir d’un présupposé de races. Il est donc raciste.

 

L’idée chère à l’extrême droite d’une hiérarchie fondée sur l’infériorité biologique conceptualisée en races n’est pas neutre socialement et économiquement puisqu’elle s’accorde avec le droit à exploiter, à asservir, à coloniser en toute bonne conscience les personnes prétendument inférieures. En cela, l’idée d’une race européenne s’identifie parfaitement avec celle d’une Europe supranationale à tendance néo colonisatrice. D’ailleurs, le discours du président Sarkozy, à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar de juillet 2007 stigmatisant l’Afrique et les africains, montre que l’intellectualisation d’une « mission civilisatrice des races supérieures » n’est pas propre aux droites extrêmes.

 

La notion de races vient donc légitimer un discours qui permet à une population d’en exploiter une autre. Ainsi le Front national légitime le capitalisme.

 

La France a eu ses thuriféraires des thèses raciales ; Joseph Arthur de Gobineau, Paul Déroulède, Maurice Barrès, Léon Daudet, Alexis Carrel, Alphonse de Chateaubriand, Louis Ferdinand Céline, René Benjamin, Pierre Drieu La Rochelle, Bertrand de Jouvenel, Lucien Rebatet, Georges Mauco, Robert Brasillach, Maurice Bardèche, à l’instar de Dietrich Eckart et d’Alfred Rosenberg en Allemagne ou d’Houston Stewart Chamberlain en Angleterre, pour n’en citer que quelques-uns, furent des guides particulièrement belliqueux du refus des autres et des thèses raciales. Ils ont justifié les pires atrocités.

 

Si l’antisémitisme fut longtemps le cheval de bataille de l’extrême droite, après dissipation des brumes matinales, le Front national, qui s’était permis de nier en partie la shoah, suite à la colonisation de la Palestine par Israël dont les dirigeants pratiquent le sionisme, le nationalisme identitaire (communauté d’origine), le racisme et utilisent le religieux (4], se reconnaît dans les particularités de cet Etat et dirige maintenant son action surtout contre les originaires d’Afrique du nord et d’Afrique noire.

 

A l’extrême droite, la référence à l’histoire est importante. Rome, siège d’un empire qui domine la Méditerranée dont elle a unifié les rivages avec l’aide d’une religion naissante est un modèle. De même, l’empire de Charlemagne, ayant soumis les saxons, montant la garde face aux slaves, est valorisé. Si à l’occasion Clovis et Napoléon ne sont pas oubliés, s’ajoute, pour le FN, la récupération de Charles Martel et de Jeanne d’Arc boutant l’étranger hors de France. A ce faste passé idéalisé s’oppose la décadence présente où s’effondrent les valeurs traditionnelles, à coups destructeurs du marxisme, du métissage et du cosmopolitisme et, par réalisme politicien, des libéraux. Ces thèmes sont sans cesse repris par le Front national.

 

L’empire romain puis l’empire carolingien constituent des modèles qui ressemblent, notamment dans leurs versions impérialistes, à l’Union européenne d’aujourd’hui. D’ailleurs, des prosélytes de l’UE n’hésitent pas à s’y référer. Par conséquent, le Front national est parfaitement euro compatible.

 

L’idéologie de l’extrême droite, reprise par le Front national, sur ses multiples aspects, est énoncée par affirmations péremptoires et ne relève pas du débat. De ce fait, l’idéologie du Front national est parfaitement anti-démocratique. Elle subordonne toute théorie à une action pratique immédiate qui doit pouvoir trouver l’efficacité maximale et permettre d’atteindre l’objectif fixé.

 

Aujourd’hui comme hier, la technique est souvent la même. Ramener un passé idéalisé au présent dénigré. Partir d’éléments vérifiables comme le chômage puis le laisser dériver vers l’amalgame, par exemple avec l’immigration, puis l’arrimer au refus des autres en espérant faire avaler, aux plus touchés par le système capitaliste, une pensée unique dont ils se serviraient le temps d’une élection pour crier leur désarroi. Finalement, se servir de la population comme outil de sa propre destruction et en terminer avec la possibilité d’une entité agissante, libre et souveraine.

 

L’ennemi communiste est diabolisé. De 1972 à aujourd’hui, le Front national a toujours soutenu les causes anticommunistes dans le monde. Pendant les années de « guerre froide » il a soutenu les dictatures militaires d’Amérique du sud et singulièrement celle de Pinochet, ainsi que le régime d’apartheid en Afrique du sud. Jusqu’en 1990, les Etats-Unis sont loués pour leur contrepoids aux soviétiques.

 

Enfin, le Front national ne se singularise pas de l’extrême droite en général et préconise en France de remettre la peine de mort au sommet de la hiérarchie des peines (programme et dixit Marine Le Pen dans un droit de réponse au Midi libre).

 

Le Front national et l’argent :

 

En France, les subventions publiques accordées aux partis politique sont encadrées par les lois du 11 mars 1988, du 15 janvier 1990, du 19 janvier 1995 et du 11 avril 2003. Pour l’instant, ces lois avantagent l’UMP et le PS. Ces subventions ne sont pas les seules sources de financement d’un parti politique. Il y a en plus, les adhésions (40 000 revendiqués par le FN) et les dons (permis par les lois précitées). Mais des parades existent pour améliorer la trésorerie, Par exemple, moins risqué que le trafic d’influence dans l’attribution de certains marchés publics ou la vente des armes, les encarts publicitaires, payés plus chers que les tirages ou écoutes le laisserait supposer, à des journaux, revues et radios faisant la propagande des idées défendues par un parti politique. Le Front national profite, comme d’autres, de cette forme de sponsorisation avec, entre autres, Nations Presse Magazine Présent, Flash, Minute hebdo, Rivarol, Monde & vie, Radio courtoisie…

 

Jean-Marie Le Pen a eu un don certain pour faire coucher son nom sur les testaments. Son héritage le plus célèbre fut celui des cimenteries Lambert au grand dam de Pierre Sidos, ami d’Hubert Lambert et président de l’Œuvre française, une officine concurrente du Front National. Jean-Marie Le Pen est très riche. Depuis près de 30 ans, Jean-Marie Le Pen a des ennuis avec le fisc. Il est redevable de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Selon certains commentateurs, par divers subterfuges, il obtiendrait de payer bien moins que sa richesse réelle le laisserait supposer.

 

Le Front national quant à lui connaîtrait des problèmes de trésorerie. Il est difficile de faire la part de vrai et du faux concernant un parti qui, encore plus que les autres partis, a le secret comme forme de fonctionnement. Tout juste entend-t-on quelquefois que de grands patrons ne seraient pas insensibles aux charmes frontistes, sans toutefois, pour la plupart, se déclarer publiquement comme soutien au Front national. Seuls des patrons d’entreprises de taille petite ou moyenne se déclarent proches du Front national. L’entremise de Jean-Michel Dubois, un ancien du RPR, membre du comité central du FN, très présent dans des associations d’entreprises, y est vraisemblablement pour quelque chose. C’est lui qui préside la Fédération nationale entreprises modernes et libertés (FNEML) un syndicat, lié au FN, qui regroupe des chefs d’entreprises de PME. Nous n’en sommes pas encore revenus au temps où Renault, l’Oréal, le Comité des forges, la banque Worms et quelques autres, finançaient, tranquillement et au grand jour, les partis d’extrême droite. En 1924, Pierre Taittinger, des champagnes du même nom, quant à lui, créa et finança le groupe fasciste des Jeunesses Patriotes [5].

 

Le contexte aujourd’hui

 

Ces trente dernières années ont vu les principaux dirigeants de « gauche [6] » devenir des gérants attentifs du capitalisme (le triomphe du consensus). Ces années ont correspondu au plus gros transfert des richesses du travail vers le capital jamais atteint précédemment. Les revenus des plus riches se sont envolés. A l’inverse les revenus de tous les autres n’ont pas cessé de baisser. Les conditions de vie se sont dégradées pour la grande majorité.

 

Cette situation a amené les partis institutionnels à se concentrer sur une population la moins touchée par le système économique, se rendant encore aux urnes, qui pouvait leur accorder des suffrages garants de la pérennité de leur existence et éventuellement assurer « le bout de gras ».

 

L’abandon des classes populaires vient d’ailleurs de nouveau d’être théorisé par une association qui se dit progressiste, Terra nova [7], financée par de grandes sociétés : Areva, Total, Microsoft, etc.…, qui sert, avec d’autres, de laboratoire d’idées pour le Parti socialiste français, qui dans un rapport titré : « Gauche, quelle stratégie pour 2012 ? », trace l’horizon de la vraie gauche européenne et invite celle-ci à se positionner sur des valeurs (des ressorts émotionnels) et non sur des positions de classe, à rassurer les marchés et à tirer définitivement un trait sur le vote des ouvriers ringards et des retraités rétrogrades, qui seraient tous acquis au Front national, sans jamais se poser la question du pourquoi ces mêmes ouvriers (et éventuellement retraités) se sont éloignés de la « gauche » européenne et faisant l’impasse de signaler que, lors des dernières élections, ce sont surtout le refus de vote, l’abstention ou le vote blanc qui ont caractérisé le positionnement d’une partie importante de ces catégories sociales et non le vote FN.

 

Dans cette logique, les partis de « gauche » ont, à quelques exceptions près, abandonné le militantisme politique de proximité, aussi bien dans les entreprises que dans les quartiers populaires délaissant ainsi les ouvriers et employés. Les syndicalistes et les acteurs sociaux de quartier n’ayant pas le plus souvent une vocation idéologique qui viendrait remplacer l’abandon politique des partis de « gauche ».

 

Le passages de la gauche à l’Elysée ou à Matignon et son lot de privatisations, son abstention sur le vote de ratification du traité de Lisbonne au congrès de Versailles, n’aidant pas à la différencier de la droite, de même que les positionnements hétéroclites de ses principaux représentants sur la colonisation de la Palestine par Israël ou sur l’aventure militaire pour la redistribution du pétrole libyen. La place est laissée ainsi au Front national et ses capacités de récupération du mécontentement, ainsi que son ultra démagogie visant à faire croire que les frontistes sont le contraire aujourd’hui de ce qu’étaient leurs prédécesseurs hier et de dire l’inverse de ce qu’ils pensent profondément.

 

Enfin, depuis juillet 2004, par le système des subventions accordées aux partis [8], à condition que ceux-ci aient un prolongement européen, l’Union européenne fait rentrer ces partis dans le rang et les incorpore dans sa logique, achète la tranquillité sociale autant que faire se peut et participe à remplir les caisses de formations dont les adhérents ne suffisent plus pour leur financement. Dans ces conditions, l’ambiguïté sociale et politique dans laquelle se trouvent les militants de « gauche » constitue un frein pour ces militants à se mobiliser et prendre en compte les conditions du réel.

 

Le Front national et la politique :

 

C’est à l’heure de vérité, en février 1984, que Jean-Marie Le Pen commence à se faire connaître du grand public. Après plus d’un an d’enquête, selon des journalistes auteurs du livre, « La main droite de dieu » [9], c’est François Mitterrand, alors président de la république, qui aurait ordonné le passage du dirigeant frontiste à la télévision. Le Président de la république aurait fait montre d’une certaine grandeur à appliquer la devise chère à Rosa Luxemburg, « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement », mais, apparemment, seules des fins strictement électoralistes guidaient son choix.

 

Aujourd’hui, le Front national a fait du chemin. Il est tentant pour certains commentateurs de faire accepter celui-ci comme un parti comme les autres et d’atténuer sa violence primaire et la radicalité de sa politique en faveur des puissants en faisant des comparaisons avec d’autres mouvements issus de la même tendance idéologique qui seraient plus violents et plus radicaux encore, comme l’Œuvre française, Le FNE (Front national européen), le GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne), Le GUD (Groupe union défense), le MNR (Mouvement national républicain, mégrétiste), Le Bloc identitaire, qui sont parmi les plus connus. Certaines de ces organisations conservent un antisémitisme venimeux qui s’ajoute à un anti-islamiste haineux et un anti-communisme habituel et virulent. A noter qu’il y a beaucoup de partisans de ces organisations qui oscillent perpétuellement en passant d’une organisation à l’autre. Le Front national étant un lieu de passage parmi les autres, quelquefois un aboutissement pour celles et ceux qui aspirent à la notabilité élective en s’évitant de rejoindre l’UMP.

 

Le Front national compte de nombreux cercles et organisations satellites. Le Front national de la jeunesse (FNJ) regroupe les jeunes frontistes afin de les structurer dans les collèges, lycées et universités, ils sont présents dans beaucoup d’établissements scolaires. Citons encore, La fraternité française qui est la vitrine sociale du FN, le Cercle national des agriculteurs, le FN des locataires (FNL) et parmi les nouveaux, le Cercle national de défense des travailleurs syndiqués (CNDTS) qui n’est pas un syndicat mais une tentative d’organiser les salariés proches du FN de façon qu’ils noyautent les syndicats de salariés. Enfin, des associations satellites, sous différents prétextes, notamment émotionnels, ratissent pour le Front national.

 

Le racisme est une construction intellectuelle. Avec les avancées scientifiques, cette construction s’est déconstruite peu à peu, même s’il en reste quelques relents. Il est devenu difficile de faire croire aux fariboles et autres billevesées sur les prétendues infériorités de non européens (non blancs). L’extrême droite, dont le Front national, a bien compris, que la vitesse de circulation de l’information, lui interdisait de s’en tenir exclusivement au thème passé d’ Arthur de Gobineau et d’Alfred Rosenberg. Elle a ajouté, comme clé de voûte des représentations de la haine et de la peur de l’autre, un racisme sociologique ethniciste, dont le français, Georges Vacher de Lapouge, fut, avant 1940, l’un des premiers théoricien Ainsi, l’irréductibilité des différences culturelles vient renforcer le biologique. L’islam confondu avec l’ « arabité » deviendrait incompatible avec l’ « européité ». Au fond, un racisme différentialiste. Un racisme différentialiste, qui, le cas échéant, peut s’étendre à toutes les populations.

 

Les conséquences politiques de ce racisme différentialiste, en plus de désarçonner l’antiracisme traditionnel, permettent, en double jeu, des alliances pragmatiques entre des partis et organisations, religieuses ou non, d’origines géographiques diverses, ayant des intérêts communs.

 

En France, la défense des identités culturelles rapproche des défenseurs de revendications régionalistes des thèses du Front national où les clôtures culturelles sont théorisées. Ces clôtures culturelles renforcent la demande d’autonomie économique demandée par les régionalistes [10].

 

Cette situation favorise l’ethnicisme sociologique et le fantasme fédéral sur l’exemple des landers allemands. Un ethnicisme sociologique qui milite pour se débarrasser des parlements nationaux qui, sous la pression des électeurs, sont jugés, par la Commission européenne, comme des freins à la gouvernance économique en faveur du capital.

 

Un ethnicisme sociologique souhaité par de nombreux européistes qui souhaitent avec celui-ci favoriser l’éclatement des nations en se basant sur les principes de l’auto-détermination ethnique, c’est-à-dire comme Hitler fit contre la Pologne et la Tchécoslovaquie à la fin des années trente (depuis l’éthnicisme sociologique a favorisé l’éclatement de l’ex Yougoslavie). Pour ce faire, l’Union européenne par ses subventions augmente les pouvoirs de régions en liaison directe avec les instances supranationales bruxelloises laissant aux Etats nations, au détriment des solidarités nationales, une coquille qui se vide peu à peu.

 

L’argument selon lequel le régionalisme serait décentralisateur n’est pas opérant puisque la centralité européenne vient remplacer la centralité nationale et éloigne encore plus les populations des pouvoirs de décision. Comme quoi, le Front National, favorise des opérations aux finalités moins nationales qu’il le laisse entendre.

 

S’inspirant du National-socialisme des années trente en Allemagne qui dénonçait à juste titre le chômage, le traité de Versailles et la finance (qu’il qualifiait, pour manoeuvrer l’opinion, racialement de juive) dont le programme, pour rassembler sous sa bannière, était constitué d’emprunts disparates, à peine remaniés, de tous les mouvements sociaux et politiques classiques, le Front national, sans vergogne mais non sans cynisme, s’affiche aujourd’hui plus socialiste et plus près des préoccupations de la population que tous les autres partis et organisations réunis.

 

Pour que ses discours soient réceptifs, le Front national a besoin qu’ils reposent sur un fond de vérité. Ainsi, il prend parfois en compte certaines revendications populaires justifiées et critique tout ce qui lui semble pouvoir être critiqué. Il en vient même, pour son programme, à imiter, semble-t-il, avec l’aide de Laurent Ozon, un écologiste passé chez les fascistes (débarqué du FN par Marine Le Pen en août 2011), une partie du programme des Verts, en conservant toutefois l’idée écofasciste, chère à Hitler et Pinochet, selon laquelle la nature s’impose à l’homme, et non l’inverse. Plus écologiste que le FN, tu meurs !

 

En Allemagne, en pleine période de crise du capitalisme (dont la crise de la dette de 1929 et ses suites), Hitler était arrivé au pouvoir, par les urnes, bien aidé par l’incapacité des partis se réclamant du socialisme à s’entendre et à définir une véritable politique alternative à la crise. Une similitude avec la situation en France et en Europe aujourd’hui.

 

La contagion néonazie ne connaît pas de frontières, En Estonie, les zélateurs du 3ème Reich sont rejoints par ceux de Lettonie pour commémorer le nazisme. En Autriche, Jörg Haider du Parti de la liberté (FPÖ), le mal nommé, fut gouverneur du land de Carinthie entre 1989 et 1999 et aux municipales d’octobre 2010, son successeur, Heinz-Christian Strache, a obtenu 27 % des suffrages à Vienne. En Italie, Berlusconi a gouverné grâce aux bons soins de l’extrême droite. En Grèce, quatre membres d’extrême droite viennent d’entrer au gouvernement pour prêter main forte aux banques et aux spéculateurs.

 

En France, la frontière entre la droite et l’extrême droite est poreuse, le président de la république a un ministre en provenance d’Occident (un groupuscule fasciste qui fut interdit en octobre 1968) et un transfuge de l’extrême droite comme conseiller à l’Elysée. D’autres ministres utilisent à s’y méprendre le langage et les façons du Front national, banalisant ainsi une forme de pensée et d’action. Cette situation laisse espérer aux frontistes de radicaliser encore plus la droite classique et conservatrice, voire espérer une alliance prochaine avec celle-ci pouvant les conduire au pouvoir (11).

 

Le Front national et l’immigration :

 

L’immigration [12] est un thème délicat à aborder et c’est précisément parce que Le Front national en fait son sujet de prédilection.

 

Concernant le Front national, sa vision est celle de Samuel Huntington et de son choc des civilisations où l’immigrant, de préférence musulman, vient à propos remplacer le juif et le rouge,

 

Une récente étude [13] de l’Institut national d’études démographiques (INED) montre qu’au global, l’immigration semble relativement stable en France, à un niveau nettement inférieur à celui de nos grands voisins européens. Le Front national s’appuyant sur les frustrations sociales, attise à son avantage les peurs et invite les Français à penser que les immigrés prennent leurs emplois. Pour répondre au FN, la « gauche » utilise souvent des raccourcis et se contente de formules incantatoires et moralisatrices à l’emphase indignée, sermonnant les personnes qui désignent les migrants et les immigrés comme cause du chômage, de cette manière cette « gauche » pousse ces personnes dans les bras prêts à les recevoir. Seules, le plus souvent, ce sont de petites formations, des syndicats ou des associations qui situent les apports de l’immigration, innovatrice, consommatrice, cotisante, et finalement créatrice de richesses.

 

Notons toutefois que comme le précise Michel Rogalski : « la libre circulation des travailleurs profite avant tout au capital, car elle favorise leur mise en concurrence à l’échelle du monde et permet d’augmenter les taux d’exploitation de toute la main-d’oeuvre, immigrée ou non » [14].

 

Notons encore qu’on ne peut pas à la fois piller des pays, changer leurs environnements en volant les terres (agriculture subsaharienne ou roumaine par exemple) et causer ainsi des départs puis adopter une politique répressive face à ces mêmes départs en faisant comme si on ne comprenait pas les raisons profondes de l’immigration.

 

On peut enfin mentionner que si les pilleurs occidentaux ou chinois étaient hors d’état de nuire et que les Africains devenaient enfin propriétaires de leurs richesses ; pétrole, forêts (bois tropicaux dits exotiques), coltan, uranium, or, cuivre, platine, chrome, manganèse, bauxite…., ils n’auraient alors aucune raison d’immigrer. Le contraire de la politique souhaitée par le Front national qui y perdrait son fond de commerce : la peur de l’étranger.

 

Dans la série des réalités difficiles à aborder, dont le Front national fait son terreau, il y a celle d’organisations religieuses qui tentent de manipuler la population issue de l’immigration musulmane et qui manœuvrent la population en général avec des prédicateurs de nébuleuses islamiques, notamment salafistes, qui seraient financées principalement par de généreux donateurs d’Arabie saoudite, dont certains pensent que c’est une invention des Renseignement généraux. Ces prophètes traçant des voies funestes arpentent néanmoins certaines cités cherchant à exploiter à leur profit les ressentiments des jeunes issus de l’immigration, victimes du chômage, du racisme et de l’exclusion sociale. Un militant social de quartier pointant du doigt cette réalité se verra aussitôt accusé de faire le jeu du Front national.

 

On peut formuler l’hypothèse selon laquelle pour subordonner la question sociale à la question confessionnelle, cette situation est encouragée depuis plus de vingt ans au plus haut sommet de l’Etat. L’Union des organisations islamiques de France (UOIF), propriétaire de mosquées, proche des Frères musulmans, fut créée en 1983 et c’est Nicolas Sarkozy en 2003, alors ministre de l’intérieur sous le gouvernement Raffarin, qui a aidé cette organisation à s’installer au sein du Conseil français du culte musulman (on souffle sur les braises en espérant enflammer la maison pour crier au feu). De crainte de renforcer le FN, cette réalité est souvent mise sous le boisseau par les organisations progressistes. C’est pourtant au FN que profitent de pareilles stratégies et nier les faits sociaux dans leurs complexités est la meilleure façon de se préparer des lendemains difficiles.

 

S’il est probablement difficile d’essayer de tracer une ligne de démarcation entre toutes les tendances religieuses de par le monde entre l’acceptable et l’inacceptable. Il n’en reste pas moins que certaines organisations sont dogmatiques et réactionnaires, qualifiées le plus souvent d’intégristes. L‘islamisme intégriste est très minoritaire chez les musulmans de France et encore moins évidemment chez la population originaire de Maghreb qui ne se reconnaît pas dans la religion musulmane. Pour autant, l’intégrisme religieux, même très minoritaire, est capable de créer un réflexe de peur propice aux égarements.

 

S’agissant des islamistes, ils sont couramment instrumentalisés comme ressource électorale et pas seulement par le Front national. Pour faire peur, ils sont utilisés pour désigner sans distinction différents mouvements politiques dans le monde arabe. L’islamisme est divers et rien ne dit que c’est sa version la plus radicale ou intégriste qui va l’emporter partout. Même si les salafistes déjà cités sont préoccupants, c’est-à-dire ceux là même qui sont soutenus par les oligarchies financières et monarchiques du golfe Persique (qui imposent la Charia dans leurs pays). Ces oligarchies soutenues elles-mêmes par toutes les institutions au service du capital (FMI, OMC, Banque mondiale…).

 

D’ailleurs, on peut raisonnablement penser que dans l’art d’utiliser l’arme religieuse, l’islam politique le plus intégriste est devenu une forme de gestion du capitalisme (comme auparavant les monarchies utilisèrent le catholicisme intégriste en Europe). Sur ce point, la nouvelle situation en Libye vient confirmer cette approche, tout comme celle de Syrie où les salafistes et les Frères musulmans alimentent la chronique internationale et la meute occidentale attachées à se défaire du régime laïque de Damas, pour créer une nouvelle situation géopolitique dans la région (Syrie, Iran, Liban et Palestine).

 

Il ne faut pas se voiler la face, le cléricalisme traditionaliste chrétien du Front national, comme en Israël le sionisme, se nourrit du cléricalisme traditionaliste de l’islam. Et vice et versa. A l’instar du sionisme, le cléricalisme traditionalisme islamiste le plus intégriste, s’ajoute et se complète avec les extrêmes droites, plus qu’il ne s’oppose. Les uns et les autres ont en commun, en plus d’utiliser le religieux le plus obscurantiste, d’être au service du système capitaliste.

 

Pour le capitalisme, toutes les croyances sont bonnes à prendre pourvu qu’elles puissent être utilisées dans le sens de ses intérêts, c’est à dire d’augmenter son taux de profit. En Afrique subsaharienne et en Amérique latine, c’est la prolifération des sectes obscurantistes d’origines protestantes états-uniennes qui sert à manipuler les exclus, à dévoyer leur révolte et à faire accepter l’ordre existant. En conséquence, le capitalisme donne raison à Marx en se servant toujours de la religion comme d’un opium pour le peuple.

 

Il est d’autant plus important d’aborder la question migratoire dans toutes ses composantes que celle-ci sert à alimenter la guerre contre le prétendu terrorisme [15]. Un terrorisme quelquefois confondu avec la violence qui rejoint la thématique sécuritaire chère au Front national où est suggérée une notion de danger physique plus que social, que cherche à mobiliser l’islamophobie médiatique en espérant conditionner l’opinion publique. La propagande désignant les populations immigrées comme foyer de criminalité. Le sécuritaire et la guerre au terrorisme se légitimant l’un l’autre. Ce terrorisme, dont la presse nous abreuve (l’islamo-terrorisme international), sert à faire accepter, en plus de mettre en avant les solutions frontistes, des guerres soi-disant de prévention, c’est le terrorisme d’Etat [16], bien réel celui-ci car très théorisé, dont les finalités ne sont qu’économiques, néo coloniales et impérialistes.

 

L’ultra démagogie du Front national :

 

Concernant la politique dite politicienne, le Front national en est sans contestation possible le champion.

 

Dès 1972, fustigeant déjà les institutions, il s’inscrit délibérément dans celles-ci pour grappiller des sièges. Ensuite, les tentatives d’instrumentalisation par le Parti socialiste et la droite classique du Front national, amène celui-ci sur le devant de la scène.

 

Marine Le Pen critique l’Union européenne (en paroles) qui selon elle, menacerait les racines (sic) de la France. Ce qui n’empêche pas le Front national de présenter des candidats au parlement européen [17], crédibilisant ainsi un parlement sans pouvoirs conséquents et une illusion démocratique de l’Union européenne, puisque les décideurs réels (la commission indépendante des gouvernements) sont soustraits du suffrage universel. Un exemple du double langage fréquent du parti frontiste.

 

D’ailleurs, à l’opposé de sa stratégie de repli identitaire, le FN, de façon qui pourrait paraître inattendue, ne propose de débouchés politiques que dans un cadre européen. Concernant les « frontières économiques et les protections douanières », le FN, si l’on en croit son programme, n’envisage ces protections qu’à l’échelle européenne [18].

 

En fait, le Front national « saute sur tout ce qui bouge », et Marine Le Pen est une politicienne attrape-tout. Le brouillage et le camouflage idéologique sont les sésames pour parvenir à ses fins.

 

Il y a quelques années, le Front national défendait l’idée, logique avec son idéologie, que l’ultra-libéralisme était la seule solution économique sur terre et que Ronald Reagan était son champion. Oui, mais, l’ultra-libéralisme détruit les emplois et diminue les salaires. La population touchée, délaissée par la « gauche », amène le Front national, par souci électoraliste et pour conquérir le pouvoir, à chercher dans cette population les voix des plus exploitées fragilisées par le capitalisme. Inspiré par le national-socialisme du passé, il a modifié son discours et s’en est concocté un nouveau à l’opposé du précédent, dénonçant les méfaits de . . . l’ultra-libéralisme.

 

On peut trouver une autre preuve de ce brouillage idéologique dans la question scolaire. L’extrême droite a toujours combattu la laïcité au profit du religieux, s’appropriant certains symboles liturgiques, notamment au travers de processions et pèlerinages. Profitant que le champ de la réflexion sur la laïcité ait été déserté par la « gauche » et surfant sur les échecs scolaires, le démantèlement et la marchandisation de l’école publique, le Front national se fait l’apôtre d’un ultra-laïcisme pour le seul propos de condamner les musulmans et de proposer une « pharmacopée » qui tuerait le malade ; caporalisation des enseignants, fin de ce qui reste de la gratuité, élitisme, concurrence, écriture renforcée de l’histoire en forme d’opinion, etc. …

 

Marine Le Pen évite de dire qu’elle est avocate de profession. Certainement qu’elle considère cette activité ne faisant pas assez « peuple » et puisqu’il s’agit justement de tromper le peuple, il faut faire « populaire » à tout prix.

 

Pourtant, on peut chercher la présence du Front national auprès des travailleurs en lutte. On ne la trouvera nulle part. Lors de la lutte pour les retraites, Marine Le Pen soutenait le projet gouvernemental et du MEDEF et demandait la répression contre les manifestants et les syndicats. Malgré le faire semblant de son programme, on ne la trouvera pas davantage pour la défense de l’environnement, lorsque la population se fait entendre sur cette question. Lorsqu’une présence du Front national sur le terrain des luttes sociales est signalée, c’est celle des nervis fournis aux classes dominantes contre les manifestants.

 

L’instrumentalisation du Front national

 

L’instrumentalisation du Front national a plusieurs tiroirs.

 

La peur justifiée du Front national par une partie de la population, amène certains politiques à penser que le rassemblement contre les frontistes, peut servir de démarche politique suffisante pour exister (une fin en soi) et qu’une mise en perspective progressiste dans ces conditions est secondaire. Ils en viennent à refuser d’examiner des propositions politiques anticapitalistes, sous le seul prétexte de se différencier à tout prix de Marine Le Pen qui, par opportunisme, ferait quelques allusions correspondantes. Chez ces gens là, la tentation est grande de justifier la défense des institutions capitalistes, qui les accepte et dont ils profitent souvent, par opposition au Front national et en désignant ce dernier qui serait contre. Ce qui n’est qu’apparence et leurre. Cette manière de faire, indirectement, renforce le Front national qui se nourrit ainsi d’une image anti-système et d’un éclairage médiatique car, comme l’écrivait le grand Victor Hugo : « être contesté, c’est être constaté ».

 

Cette image anti-système se trouve encore renforcée lorsque Laurence Parisot, la patronne du MEDEF, dans un livre [19] sur la prochaine échéance électorale (qui désignera pour la France le prochain commis voyageur de l’Union européenne), vient mettre en garde contre le vote Marine Le Pen. Lorsqu’on sait que l’imprécation des frontistes contre les étrangers sert au patronat dans sa guerre contre les salaires directs et indirects, à les compresser pour augmenter ses profits. Lorsqu’on sait également le soutien des plus riches à l’extrême droite lorsque les partis classiques ne suffisent plus pour les aider dans la recherche du profit, le comble de la perfidie est atteint. Laurence Parisot décerne, par opposition, à Marine Le Pen un brevet de politique sociale. Preuve qu’en politique l’illusionnisme est fondé sur la manipulation de l’opinion publique.

 

Une autre facette de l’instrumentalisation du Front national, ce sont les façons d’utiliser ce parti par les faiseurs d’opinion. Tantôt, c’est pour le mettre en valeur : il poserait les bonnes questions et pourrait se renforcer sur la base de celles-ci. Tantôt, c’est pour discréditer et invalider les propositions alternatives au capitalisme qui sont proposées et les affaiblir, sous le prétexte qu’elles ressembleraient aux propositions de Front national. Les bonnes questions de Marine Le Pen deviendraient mauvaises lorsqu’elles sont posées par d’autres sensibilités politiques. Bien entendu, ce sont les réponses aux questions, et surtout les mesures politiques qui pourraient s’ensuivre, qui ne peuvent être les mêmes, selon que l’on soit frontiste, progressiste ou révolutionnaire qui inquiètent les tenants du capitalisme, c’est-à-dire du système basé sur la logique de l’accumulation illimitée du capital.

 

Le Front national est utilisé pour décrédibiliser toutes les propositions alternatives au libéralisme ambiant, si minimes soient-elles. Lorsque des responsables politiques font quelques propositions dites protectionnistes [20], mêmes matinées de l’adjectif « européen », ils sont aussitôt accusés comme les tenants d’un repli sur soi et proches des thèses du Front national. Enfin, les organisations qui militent pour que la France ne soit plus subordonnée aux intérêts du capital et à l’Union européenne, subissent plus encore, les mêmes accusations. Cette intimidation médiatique a pour raison d’essayer de décourager toutes velléités de s’en prendre aux règles du libre échange qui pourrait restreindre la course aux profits.

 

Le même procédé est utilisé avec la monnaie européenne [21]. Marine le Pen proposerait d’en finir avec celle-ci qui n’a pas la cote auprès de la population. Mais Marine Le Pen ne propose pas de mettre les marchés financiers (bourse et finance actionnariale, banques, compagnies d’assurance) hors d’état de nuire, de réorienter la Banque de France, ni d’instaurer un contrôle des mouvements de capitaux et des changes. Conditions pourtant sine qua non d’une sortie de l’euro favorable au pouvoir d’achat et à l’emploi, auxquelles il serait possible d’ajouter le retour de services essentiels dans le giron public. D’ailleurs, si on y regarde de plus près, on s’aperçoit que le Front national propose une sortie de l’euro simultanée des pays de l’Union européenne. On voit là les limites de la proposition frontiste, c’est une posture politicienne et une imposture politique. Une sortie simultanée c’est s’en remettre à Pâques ou à la trinité, c’est-à-dire jamais.

 

Concernant l’euro, une parenthèse s’impose, pour celles et ceux qui pensent que la fin d’utilisation de la monnaie unique constituerait une augmentation massive de la dette publique (qui est en euros). Il faut rappeler que les dettes publiques ne sont pas dues au destin. L’article 104 du Traité de Maastricht, devenu l’article 123 du Traité de Lisbonne, stipule que les Etats membres de la Communauté européenne n’ont plus le droit d’emprunter auprès de leur banque centrale, mais sont dans l’obligation d’emprunter auprès de banques privées (22), moyennant de très forts intérêts. Ces dettes constituent une tentative sans précédent d’imposer et d’accélérer les « réformes » du capitalisme en transférant les richesses du travail vers les banques et les fonds de placement. Comme l’indique l’économiste Samir Amin, Président du Forum Mondial des Alternatives (FMA), dans un article : « … les politiques d’austérité imposées pour réduire ces dettes auront pour conséquence (recherchée) d’en augmenter le volume ». Une haine de classe que l’ancien numéro deux du MEDEF, Denis Kessler, avait bien explicité dans son interview à Challenges (4 octobre 2007) en se félicitant de la politique gouvernementale et conseillant à celle-ci d’en finir avec le programme du Conseil National de la Résistance (CNR) et promettant de la sueur et des larmes pour la population.

 

Dans sa période révolutionnaire, le jeune pouvoir soviétique fit savoir qu’il ne s’estimait pas comptable des sommes empruntées par le tsar. Un précédent (avec le message islandais) qui peut constituer une bonne base de réflexion pour rassembler et s’opposer au paiement de la dette. Enfin, le développement industriel et économique peut aussi résorber la part de la dette la moins spéculative. Ce qui suppose, entre autres, de créer des emplois, d’augmenter les salaires pour changer la répartition entre masse salariale et profits et de mettre un terme aux délocalisations, c’est-à-dire de prendre des mesures protectionnistes pouvant aussi servir à raccourcir les circuits de distribution de certaines marchandises. La qualité de l’environnement s’en trouverait améliorée.

 

Olivier Besancenot, à sa façon, instrumentalise aussi le FN. Lorsque François Ruffin pour le journal Fakir lui demande si contre le dumping social, il faudrait des taxes douanières, l’ancien porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), lui répond : « nous sommes contre toute mesure qui pourrait réveiller les nationalistes » (Fakir n° 51 de juillet-août 2011, page 12). La réplique peut apparaître candide, toutefois on mesure bien là le piège frontiste et l’utilisation que peuvent tirer les multinationales de l’existence du Front national.

 

Il fut un temps où la « gauche » réclamait tout ou partie de proportionnelle dans les scrutins électoraux. Aujourd’hui la montée du Front national a mis cette revendication sous l’éteignoir. Par nature conservateur, le scrutin majoritaire favorise la bipolarisation, l’immobilisme institutionnel et permet à deux partis de profiter au maximum des subventions publiques, qui sont accordées, notamment en fonction du nombre d’élus siégeant à une assemblée nationale (chambre d’enregistrement, sans réels pouvoirs) qui représente en définitive assez peu la pluralité des opinions. Il est pourtant illusoire de vouloir cacher par des artifices techniques, la montée du FN. Ces artifices techniques sont contre-productifs car ils permettent au Front national de se positionner en victime des institutions. Seule une « bataille » sur les idées, et les luttes sociales qui prennent en compte les préoccupations de la population la plus touchée par le mercantilisme, peuvent permettre de se débarrasser de la tentation frontiste.

 

De façon générale, pour les partis politiques, soit en refusant de l’affronter sur certaines questions, soit en continuant de l’instrumentaliser pour des spéculations électorales, le Front national, incite à la facilité. Les uns et les autres se limitant à se présenter comme un « rempart » aux frontistes (il faudrait choisir Hindenburg pour éviter Hitler), particulièrement avec le chantage au 21 avril 2002.

 

L’instrumentalisation du Front national constitue donc un frein à définir des stratégies [23], non en termes de calculs électoraux, mais en termes de projet de société qui s’attaque aux sources des problèmes sociaux et environnementaux.

 

Le 3ème fer au feu du capital

 

En France, la consanguinité de L’Union pour un mouvement populaire (UMP) avec la France d’en haut est avérée, Nicolas Sarkozy est considéré comme le président des riches, les dirigeants du Parti socialiste (PS) sont pour la plupart gagnés à l’idée du libre échange et à celle d’une France soumise à l’Union européenne, dont le droit a désormais une primauté sur notre droit interne.

 

Le résultat pour des millions d’ouvriers et d’employés ce sont des bas salaires, des inégalités, de l’exclusion, du chômage, de la pauvreté, une précarité accrue et des régressions de toutes sortes.

 

Dans un contexte de colère sociale et de discrédit des oligarchies, force est de constater que le Front national est le 3ème fer au feu du capital.

 

En effet, le Front national est utilisé comme une voie offerte au mécontentement à s’exprimer avec les urnes, sans pour le moins du monde remettre en cause les fondements du capitalisme. Il peut servir comme perversion à la lutte de classe. C’est une voie sans issue, sauf celle de créer les conditions d’un régime autoritaire et dictatorial nous ramenant aux années les plus noires du passé. Paradoxalement, pour celles et ceux qui désireraient l’utiliser lors d’une élection pour sanctionner l’ordre existant, c’est le plus sur moyen de renforcer cet ordre et de marquer un but contre son camp.

 

Marine le Pen se réclame de la défense de la nation, mais une nation arrogante et fermée, réduite au plus petit dénominateur commun ; celui de la couleur et de la race où la permanence du sang fonde l’identité nationale. Un nationalisme qui milite pour une homogénéité ethnico-raciale. Une affirmation que le regard le plus superficiel peut remettre en doute tant notre « nationalité » recouvre un éventail de corpulences, de tailles et d’aspects.

 

Marine Le Pen milite pour un capitalisme populaire dit-elle. Elle a le mérite d’annoncer la couleur, il s’agit bien d’un capitalisme. Ce capitalisme populaire s’appliquerait aux entreprises de plus de 50 salariés. Une forme d’actionnariat qui ne concernerait pas la sous-traitance pourtant en pleine extension, un actionnariat sans droit de vote évidemment. Le Front national détestant la démocratie, notamment dans l’entreprise ou le fort, c’est-à-dire le patron et le gros actionnaire seuls ont le droit de décider. En fait, le parti frontiste propose aux salariés de s’auto exploiter. Rien de bien nouveau sous le ciel du libéralisme économique.

 

Le Front national n’est finalement que la droite extrême avec une logique d’exploitation salariale ultime et une démagogie de tous les instants. Il milite pour le fort contre le faible et propose d’en finir avec toutes les aides sociales. Il milite pour le rejet des autres [24], en cela, il se prononce pour une augmentation des dépenses militaires et souhaite régler les conflits par la force, c’est-à-dire par les armes. Le Front national et le libéralisme économique suprême ne font qu’un. C’est le rêve néolibéral absolu. Lorsque la droite dite classique et la « gauche », dite sociale libérale, sociale démocrate ou de compromis, sont usées, le Front national et ses flatteries sociales pour préjugés réactionnaires devient une solution pour le capitalisme.

 

Serge Portejoie - Comité Valmy

 

Mis en ligne le 30 novembre 2011

 

Nota bene

[1] L’organisation d’extrême droite Ordre nouveau s’est approprié, sans honte ni honneur, le nom de Front national. Rappelons que pendant l’occupation en France, le Front national fut l’organisation créée en mai 1941 par le Parti communiste français pour permettre un large rassemblement de résistants, ouvert à toute la population, hormis les collaborateurs. Les prédécesseurs du Front national actuel étaient, eux, dans l’autre camp, celui de l’occupant. Ils stigmatisaient les étrangers d’alors qui se battaient pour la liberté (par exemple, le groupe Manouchian),

 

[2] La Ligue des droits de l’homme, est officiellement fondée le 4 juin 1898 pour défendre le capitaine Dreyfus, se basant sur le Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

 

[3] Ce n’est pas un hasard si le Front national obtient ses meilleurs scores électoraux dans les villes de garnison. Une réalité toujours cachée. Toutefois cette réalité ne saurait éluder la question, non du vote de la classe ouvrière, mais de l’apparent abandon de celle-ci par une partie de la « gauche » institutionnelle.

 

[4] La plupart des mouvements d’extrême droite ont utilisé ou utilisent les religions dans leurs aspects les plus sectaires. Le Front national ayant participé quant à lui à soutenir la Fraternité Saint Pie X (Mgr Lefebvre) et Roger Holeindre, cofondateur du FN, à organiser les rassemblements de cette tendance religieuse, à Paris, dans l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

 

[5] Sur l’aide apportée à l’extrême droite en France, on peut lire avec intérêt l’historienne Annie Lacroix-Riz, « Le Choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930 », Armand Colin, 2006 et 2010, que l’on pourra compléter, du même auteur, par « Industriels et banquiers français sous l’Occupation : la collaboration économique avec le Reich et Vichy », Armand Colin, 1999, réédition 2007

 

[6] Le concept de « gauche » est historiquement le produit des luttes parlementaires, il est donc naturellement orienté vers les mobilisations électorales et subordonne ainsi la politique à la seule question électoraliste. Comme le souligne dans ses ouvrages Jean Claude Michéa, la notion de « gauche » suppose son contraire, la droite. Il constitue donc un clivage qui fige les positions et ne rend pas compte de la contradiction capital/travail, exploiteurs/exploités. Cependant, même si la notion de « gauche » est discutable et à géométrie variable, elle s’est néanmoins imposée dans la conscience populaire, c’est pour cela qu’elle est utilisée dans ce texte, mais avec des guillemets.

 

[7] http://www.tnova.fr/essai/gauche-quelle-majorit-lectorale-pour-2012

 

[8] Pour l’instant, l’Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN) dont fait parti le FN ne remplit pas les critères pour recevoir des fonds communautaires.

 

[9] Emmanuel Faux, Thomas Legrand, Gilles Perez, « La main droite de Dieu », Seuil, 1994.

 

[10] La défense des cultures régionales est une cause intrinsèquement juste. Le problème, c’est que sous le prétexte de défendre des causes sympathiques se dissimule quelquefois des opérations de marketing identitaire encouragée par l’Union européenne, souvent à l’insu des populations participantes qui par romantisme participent à des initiatives pour la défense des langues régionales ou la célébrations d’un passé idéalisé, simple et pur (le retour aux sources). La Fédération peuples et ethnies solidaires, qui regroupe tous les mouvements séparatistes français, partisans du fédéralisme, s’inscrit dans une démarche d’éclatement de la nation. Ces mouvements ont plus d’impact que le laisse supposer le nombre de leurs adhérents. S’agissant de la Bretagne, l’histoire unissant les séparatistes bretons avec l’extrême droite a bien été démontrée par Françoise Morvan, avec son livre : « Le Monde comme si, Nationalisme et dérive identitaire en Bretagne », Ed. Actes sud, 2002, réédition Babel, 2005.

 

[11] Pour courir après le Front national, s’est constitué, le Collectif parlementaire de la droite populaire qui comprend 46 députés membres de l’UMP. Ils sont proches des thèses du Front national et pour certains préconisent une alliance entre l’UMP et le FN. Comme s’il en était besoin, ces députés « tirent » autant que possible la politique gouvernementale en faveur des intérêts du capital (ils ne sont populaires que chez les plus riches) et se prononcent pour toujours plus d’autoritarisme. Prenant prétexte que le Parti socialiste pourrait accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections municipales, le ministre des Transports et cofondateur de ce collectif, Thierry Mariani (UMP), a accordé une longue interview à l’hebdomadaire d’extrême droite Minute du mercredi 19 octobre 2011. Ce collectif est le plus souvent dénommé « Droite populaire ». A ne pas confondre, mais à ajouter, avec la Nouvelle droite populaire (NDP), fondé en 2008, qui est un parti politique français d’extrême droite dont le principal objet est de lutter contre l’islamisation (sic) de l’Europe. Une copie conforme mais néanmoins concurrente du Front national.

 

[12] En France, selon l’Insee, « un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France ». Une personne continue à appartenir à la population immigrée même si elle devient française par acquisition. Le plus souvent, les définitions ne rendent pas compte de la réalité et de la diversité de l’immigration. http://www.insee.fr/fr/methodes/default.asp ?page=definitions/immigre.htm

 

[13] Population et sociétés, la revue de l’INED de novembre 2010 :

http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1520/publi_pdf1_472.pdf

 

[14] Recherches internationales (l’article de Michel Rogalski sur l’immigration) http://www.recherches-internationales.fr/chroniques/2011-5-Migrations.pdf

 

[15] La notion de terrorisme, sans définitions juridiques précises, est à géométrie variable. Selon l’instant, le lieu ou les appréciateurs, les « terroristes » peuvent être des « combattants de la liberté », voire passer de l’un à l’autre comme en Afghanistan, en Bosnie et au Kossovo avec les « djihadistes ». Avec l’utilisation du mot « terroriste », il s’agit souvent de manipulation des consciences.

 

[16] Sur le terrorisme d’Etat, on peut lire avec intérêt, consacré aux Etats-Unis, le livre de William Blum, « L’Etat voyou », Ed. Parangon, 2002 et celui de Noam Chomsky, « Autopsie des terrorismes, les attentats du 11 septembre & l’ordre mondial », Ed. Agone 2001 et réédition actualisée, Ed. Agone, 2011.

 

[17] Bruno Gollnisch, Marine Le Pen et Jean-Marie Le Pen, sont les trois élus actuels du Front national au parlement européen.

 

[18] Que le FN ne propose de solutions que dans le cadre de l’Union européenne n’est pas étonnant, l’idéologie de l’extrême droite est très liée à l’Europe. En France, sous le régime de Vichy, la propagande consistait notamment à travailler l’opinion sur les thèmes de : « La France en Europe » et « L’Europe unie contre le bolchevisme ».

 

[19] Laurence Parisot et Rose Lapresle, « Un piège bleu marine », Calman Lévy, septembre 2011

 

[20] La doctrine du libre-échange est souvent remise en cause par son avocat le plus influent, les Etats-Unis, qui, en dépit de leur constitution fédérale, constituent une seule nation et un seul Etat. On parle alors de protectionnisme nord américain. Ce protectionnisme ne pourrait l’être selon certains au niveau de la France, mais à celui de l’Union européenne. Faut-il rappeler que l’UE est conçue pour faire l’inverse du protectionnisme et que ses Etats-membres, dominés par l’Allemagne, vassalisés par les Etats-Unis, sont un conglomérat de pays divers économiquement et socialement, avec des intérêts divergents (agriculture, énergie, industries, secteurs financiers), seulement d’accord pour imposer une cure d’austérité à leurs peuples, notamment par le biais du chantage autour de la dette publique, alors qu’une nation seule, et donc la France, présente l’avantage pour un protectionnisme d’un même intérêt et d’une même homogénéité socio-économique sur tout son territoire.

 

[21] Faut-il rappeler que parmi les 27 pays membres de l’Union européenne, 17 seulement utilisent l’euro et que cette monnaie, au cours considérablement surévalué par rapport au dollar (qui pénalise les pays aux économies en difficultés) appartient à la Banque centrale européenne (BCE) à Frankfurt, qui rappelle volontiers l’article 107 du traité de Maastricht : « … Ni la BCE, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peut solliciter ni accepter des instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements, des Etats membres ou de tout autre organisme. » En clair, la BCE n’a pas de compte à rendre aux élus politiques et ne sert exclusivement que la cause du système capitaliste et l’accumulation du capital. http://eur-lex.europa.eu/fr/treaties/dat/11992M/htm/11992M.html

 

[22] La France avait anticipé sur l’Union européenne avec la Loi n°73-7 du 3 janvier 1973 sur la Banque de France, dite Loi Pompidou Giscard Rothschild (Georges Pompidou étant président de la république et ancien directeur général de la banque Rothschild et Giscard d’Estaing son ministre de l’économie), cette loi interdisait déjà à la Banque de France de faire crédit à l’État.

 

[23] Certains syndicats ne sont pas en reste, les leçons de morale fusent et le discours contre le FN vient remplacer une véritable stratégie dans les luttes. Ainsi, les valeurs morales viennent remplacer les conquêtes sociales.

 

[24] Le délire idéologique n’est pas toujours très éloigné de la folie criminelle. Le rejet des autres amène des adhérents du Font national à faire l’apologie des pires extrémités, comme cet ancien candidat frontiste aux cantonales de mars 2011 de Saint Florentin dans l’Yonne qui dans son blog a fait passer un texte invitant à considérer, comme une icône, ce militant de la mouvance d’extrême droite, auteur de la récente tragédie norvégienne de juillet 2011, qui prétendait, par le meurtre, dénoncer : « la colonisation islamique et l’islamisation de l’Europe occidentale ». Notons qu’aussitôt, Marine Le Pen a rebondit, en bonne politicienne typique de l’extrême droite attrape tout, elle en a profité pour se positionner en victime d’une machination, notamment de la part du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) qui avait porté plainte contre son ex. candidat pour incitation à la haine raciale.

 

Mise en ligne CV : novembre 2011

Le moindre des cyclistes le sait : il faut utiliser son élan pour aller plus loin à moindre effort. Notre ami Hollande devrait profiter de cette loi vélocipédique - mais dure comme du Newton et que nous qualifierons de gravité - pour aller au bout de son désir, et rétablir la peine de mort. Certes, au départ, la mesure risque de choquer la gauche, Ségolène Royal, Elisabeth Guigou et Bernard Tapie. Comme offenser de tels humains est grave, il faut donc prendre des précautions et agir par étapes, comme le dirait le maillot jaune.

 

Dans un premier temps on pourrait ne condamner à mort que les « binationaux » déviants. Ce serait une manière d’étude, d’expérimentation. Comme on le fait pour les motards qui ont maintenant le droit – tel Hollande et son scooter- de remonter à toute blinde les files de voitures. Sur ce point on pourrait demander l’avis d’Emmanuel Macron. Voilà un homme plein de bon sens, même interdit, et costaud en danseuse quand la courbe monte.

 

Pour rester dans le vélo, vous savez aussi bien que moi que pour avancer, tout tient en une valeur essentielle, celle du mollet. Et c’est justement là, par transmutation, celle de Guy Mollet, que nous retrouvons notre François en tête du peloton. Comme au bon temps de l’Algérie et des têtes qui tombent.

 

Les feuilles imprimées, les écrans exprimés – je n’ose dire la presse puisqu’il est injuste d’invoquer les morts - nous font part de quelques réticences à la mesure prise par François II, celle du retrait de la nationalité ... C’est un combat d’arrière-garde et bien stupide. Il est temps que la société française soit amputée de sa mauvaise part, celle qui n’est pas blonde. Et prenons là modèle sur Vichy qui, le 2 aout 1940, a été assez clairvoyant pour condamner un grand châtain à la déchéance : le général De Gaulle.

 

Certains, qui excipent de leur domicile corse sans baragouiner un mot du patois de Paoli, ont bien compris la pensée du Président, le feu vert donné à la ratonnade. Alors qu’en Corse, en 30 ans, on a assassiné 13 policiers, gendarmes ou préfet, voilà que dans un sursaut exemplaire, des citoyens veulent maintenant prendre la défense d’un malheureux pompier qui, par des cons, a été blessé par du verre brisé. Ce n’est pas parce que ce sursaut républicain est tardif, après Aléria et autres épisodes rouge sang, qu’il ne mérite pas d’être signalé.

 

Pour conclure par le conseil d’un cyclopède à la retraite, je pense que celui qui occupe la fonction de Président de la République use trop du dérailleur, et donc à mauvais escient. Prêt à tout pour être réélu, il envoie sa chaîne dans les rayons ce qui va lui faire se casser la gueule. Ce qui n’est pas grave pour qui oublie que nous autres sommes les malheureux passagers de son porte-bagages.

 

Jacques-Marie BOURGET

URL de cet article 29771 

Publié par Jean Lévy

Etat d’urgence : ce que nous pouvons par Frédéric Lordon

 

Contre des "terroristes" ?

Contre des "terroristes" ?

 

Le MONDE Diplomatique

 

S’il existait quelque chose comme une jauge de la faute et de la vertu des peuples, on pourrait dire que le corps social n’a jamais que « ce qu’il mérite ». Mais rien de tel n’existe sauf dans la vision moraliste du monde qui passe tout au tamis du jugement et de la rétribution. Nous avons cependant le recours de dire autre chose : de dire que le corps social fait, à chaque instant, la démonstration en actes de ce qu’il peut — de son degré de puissance. Ça n’est donc plus une question de jugement, c’est une question de mesure. Par ce qu’il accomplit et par ce qu’il omet de faire, par ce qu’il tolère et par ce qu’il refuse, le corps social donne l’exacte, la parfaite mesure de ce qu’il peut.


Dans ces conditions, il n’y a plus qu’à arpenter. Un peuple qui, s’étant donné à un Sarkozy, se donne à un Hollande — sa réplique sous tous les rapports, parfois même en pire —, que peut-il exactement ? Un peuple qui tolère une classe de porte-voix médiatiques répétant comme des tourne-disques toutes les injonctions gouvernementales, quel est son degré de puissance ? Un peuple qui aurait dû, scandalisé par l’obscénité de leur servilité d’Etat, conspuer les chaînes d’information en continu, qui devrait congédier sous les lazzis les intellectuels casqués, et sous les épluchures les éditorialistes à jugulaire, qui devrait faire honte à un premier ministre se revendiquant explicitement de l’inintelligence des choses, honte à ses représentants rejouant comme des automates ces scènes historiques du parlementarisme français, les scènes de la trahison des représentés, de l’assentiment démocratique au pire, un peuple que l’amour de la liberté devrait soulever contre l’Etat policier terrorisant certains de ses citoyens au nom de la sécurité des citoyens, un peuple qui devrait faire tout cela et qui ne le fait pas, de quoi est-il capable au juste ? A ce peuple en corps, il faut poser la question que Spinoza pose à tout corps : qu’est-ce que peut un corps ? Et la réponse s’ensuit au spectacle des choses faites par le corps.

 

Au fond de la dépossession, les citoyens protesteront qu’« ils n’y peuvent rien ». Ils n’ont pas « fait » les institutions de la Ve République qui déterminent largement d’avoir à choisir entre le dur-mou et le mou-dur (en attendant la dure-dure), ils n’ont pas barre sur l’offre et prennent ce que l’état de l’offre leur offre. Ils ne peuvent rien au jeu capitaliste qui organise les médias et leurs efforts de verrouillage au service du duopole dit « de gouvernement ». Ils ne peuvent rien contre l’Etat de police infiniment plus puissant qu’eux, etc. Il y a du vrai et du faux dans toutes ces protestations. Du vrai à échelle de chacun, et du faux à échelle collective. Oui chacun est en proie à la dépossession, mais tous ont contribué de fait aux structures de la dépossession – un tous historique (diachronique) puisque ces structures viennent de loin, mais un tous contemporain également puisque, venues de loin, ces structures n’en sont pas moins revalidées à chaque instant : par l’assentiment, fût-il tacite et passif. Seul un corps politique qui peut peu peut tolérer des institutions aussi anti-démocratiques que la Constitution de la Ve République. Seul un corps politique impuissant peut ne pas se dresser pour accabler les imposteurs de la parole publique de son sentiment de légitime scandale et, de honte, les faire rentrer sous terre. Au lieu de quoi, reconnus, reconduits et contents, ils prospèrent à l’air libre. À la fin des fins, si le corps politique d’aujourd’hui ne se lève pas dans un élan outragé, c’est que ses propres seuils de l’outrage se sont dramatiquement déplacés, qu’il en faut de plus en plus pour lui soulever une oreille, de cette surdité qui fait la joie des gouvernants abuseurs, littéralement déchaînés – puisqu’ils n’ont d’autres chaînes que nous.

 

La rupture avec la pensée morale ne se fait complètement qu’à la condition de ne plus dire que nous sommes « individuellement responsables », et de substituer à ce type de jugement culpabilisateur la mesure de notre impuissance collective. Rien de ceci n’ôte qu’il y aura des actions individuelles (ou qu’il n’y en aura pas), qu’elles se rejoindront en forces plus ou moins importantes. Mais cette physique des forces passionnelles et désirantes en quoi consiste la politique n’a rien à voir avec la morale de la responsabilité (même si, le plus souvent, c’est ainsi qu’elle se présente à notre conscience, parfois même non sans une certaine efficacité). La question, c’est de savoir ce qui nous affecte, à partir de quels seuils, et ce qui nous met en mouvement – car c’est dans le mouvement de ce qu’il fait que le corps politique manifeste son exact degré de puissance.

 

L’Etat de police, qui est en train de s’abattre sur nous, nous fera-t-il passer nos seuils ? Ou encore : quelle part de la population les franchira-t-elle, et quelle demeurera dans la servitude contente ? Quelles inductions s’établira-t-il d’une part à l’autre ? Quels ralliements du dessillement, quelles modifications de seuil des uns au spectacle des autres ? C’est que le corps politique est loin d’être tout un. S’il est une union, c’est une union de parties – groupes et classes. Certaines des parties accourent à l’Etat et « luttent pour leur servitude comme s’il s’agissait de leur salut ». D’autres luttent pour leur salut tout court et n’ont pas le goût de la servitude. La puissance d’ensemble du corps se joue dans cette composition conflictuelle. Qui entraînera qui dans quel sens ? Où s’établira la résultante ? À quel régime de puissance globale ses mouvements internes antagonistes détermineront-ils le corps un-mais-divisé ? Il faut poser ces questions pour mesurer nos chances de secouer l’appareil des précepteurs de l’ordre, qui ne tient que parce que nous ne voyons pas qu’il n’a pour lui que la reconnaissance que nous lui donnons, qu’il n’a en réalité aucune autre ressource – sinon, au cas-limite, la force des armes.

 

Nous verrons se dessiner une tendance quand se manifestera, ou pas, l’écœurement aux discours. Il est désormais un lieu commun de rappeler qu’Orwell le premier avait aperçu la corruption des mots comme le propre même de la dictature, y compris celle qui se donne dans la forme de la « démocratie parlementaire ». Il est, rarement peut-être, des lieux qui, pour être devenus communs, n’ont rien perdu de leur force propre ni de leur pouvoir d’éclairer. Or le renversement des mots atteint ici des sommets qu’une époque pourtant riche en la matière n’avait pas encore envisagés. Manuel Valls jure n’être en rien « bushiste (1» quand il a de la guerre (« extérieure ET intérieure (2) ») plein la bouche ; il déclare n’avoir qu’« une seule réponse, c’est la République » en installant l’état d’exception ; refuse par principe comme « excusisme (3) » tout effort de comprendre et se fait ouvertement le chantre martial d’un crétinisme d’Etat ; proclame devant le Parlement que « grande démocratie, nous[devons] nous appuyer sur la force du droit (4», pour aussitôt décréter la suspension du droit ordinaire (« la force de notre droit, c’est notamment l’état d’urgence »), quelques jours avant, logiquement, d’informer le Conseil de l’Europe que la France pourra s’affranchir de certains droits garantis par la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales… Les mots sont à l’envers absolu des choses, tout est cul par-dessus tête, tout est renversé – étymologiquement, tout est catastrophique. En définitive, seule la police qui enfonce les portes des squats et des opposants politiques livre une version remise sur ses pieds de la réalité : « c’est l’Etat d’urgence, la loi, ça existe plus (5».

 

Pendant ce temps, un illuminé auto-déclaré « chroniqueur politique » nous explique que « François Hollande a bien failli pleurer (6) » pendant l’hommage national mais que « la vulnérabilité du président au sentiment est une force » et qu’il « a montré au monde son humanité » – mais il faudrait citer presque l’intégralité de ce morceau d’anthologie à faire pâlir de honte professionnelle l’équivalent-Gantzer de Kim Jong-un (7). Pendant ce temps également, à Libération, bien forcé de se pencher sur quelques abus, on oscille entre la minimisation par l’ironie distanciée d’auteur (« rien de grave ») (8) et la contre-pesée des réussites objectives de l’état d’urgence (9) : « Un policier de la brigade des stupéfiants le reconnaît : “l’état d’urgence nous permet d’aller voir chez des dealers repérés depuis longtemps” » – c’est quand même plutôt bien.« A Beauvau on juge la stratégie “positive”, tant sur le plan de la saisie d’armes que sur le recueil de renseignements » – et l’article de nous faire le bilan détaillé au cul du camion de l’Intérieur. Nous sommes donc invités à ne pas nous départir du souci du « positif » quand bien mêmes certaines personnes « estiment (sic) être victimes de perquisitions abusives, parfois violentes » – gageons qu’avec un tableau plus complet du positif et du négatif en tête, elles « estimeraient » autrement.

 

Alors oui, un corps politique qui s’est abandonné à de tels médiateurs, politiques et journalistiques, est un corps qui n’est pas dans une forme bien fameuse. Le propre des corps cependant, c’est que leur degré de puissance ne cesse de varier – selon ce qui affecte différentiellement leurs parties. Or c’est peu dire qu’ici le corps politique est affecté – du dehors par le meurtre de masse terroriste, du dedans par ce que, supposément en leur nom, sa partie gouvernante inflige à ses parties gouvernées. Rendu en ce point, il n’y a pas trente-six solutions. Deux seulement. Ou bien, comme souvent, comme tout l’y a de longue date préparé, comme tout dans le fonctionnement des institutions l’y encourage encore, le peuple se précipite apeuré dans les bras de l’Etat de police et trouve réconfort dans un supplément d’asservissement. Ou bien le « goût de la franchise », comme dit La Boétie, lui revient par un sursaut d’indignation au tour de vis marginal qui passe les bornes.

 

On ne dira jamais assez que la « franchise » (la liberté), et la puissance du corps politique, se jouent dans l’espace public, tautologiquement le lieu du public, et de la chose publique. La politique n’a lieu qu’en réunion. C’est bien de cela que Sartre avait pris douloureusement conscience en observant, catastrophé, le renversement dans les urnes des affirmations politiques posées dans la rue (10). Car là où la rue réunit, le (bien-nommé) isoloir isole – et renvoie chacun à une condition monadique qui le coupe des solidarités concrètes de la politique réelle. Mais, isoler, n’est-ce pas par excellence ce que vise l’état d’urgence, qui indique le mieux ses intentions dans l’assignation à résidence : nous vous interdirons de vous rencontrer, nous vous interdirons de vous réunir, nous vous renverrons à votre tête-à-tête avec vos écrans. Et Spinoza ne saisit-il pas la chose même quand il écrit qu’« une Cité dont la paix dépend de l’inertie de sujets conduits comme du bétail pour n’apprendre rien que l’esclavage mérite le nom de solitude plus encore que celui de Cité (11» ? L’Etat de police, c’est l’Etat de solitude. C’est l’impuissance collective organisée. L’urgence de l’état d’urgence, c’est de nous séparer pour nous impuissantiser.

 

Il est des parties du corps collectif qui ne veulent plus de ce destin d’impuissance. La seule solution de réveil du corps entier, c’est la leur. D’abord faire savoir dans l’espace public que non. Ensuite tenir le registre des exactions de l’état d’exception, leur donner par la narration détaillée une force affectante que jamais n’auront les abstractions de la dénonciation par idées générales des intellectuels – car en face, pas seulement à la tête de l’Etat d’ailleurs, il y a d’autres idées générales qu’on trouve tout aussi bonnes : « la sécurité », « les frapper », « la guerre de l’intérieur à gagner ». Ces idées générales, véritable compost à sondages de « l’union nationale », n’auront quelque chance d’être défaites qu’à la condition de les sortir de leur généralité pour en montrer les effets concrets. De ce point de vue le registre de la Quadrature du net ou, parmi tant d’autres, l’effarant récit de Rue89 (12), valent mille fois mieux que n’importe quelle tribune, à commencer par celle-ci. Et si l’on peut lui adjoindre des photos, des vidéos, du son, il en aura plus de force affectante encore. Paradoxalement, la photo de l’article de Libération – un jeune fouillé face contre mur, bras écartés, entourés d’une nuée de robocops, est glaçante au point de contredire radicalement l’intention minimisatrice du texte. Comme on sait, on n’a jamais rien trouvé de mieux contre les bavures policières que des images, face auxquelles même les amis les plus résolus de la police doivent aller puiser loin pour continuer de soutenir. Et, de même, les idées de la liberté n’ont-elles quelque chance de devenir efficaces qu’avec l’appui visuel de ce qui suscite immanquablement l’indignation.

 

Refuser par écrit, montrer par images, et puis reprendre l’espace public en actes. Nombreux tant qu’à faire, seule manière de ramener le pouvoir à l’essence LaBoétienne de sa condition : il est peu, nous sommes beaucoup – par conséquent, normalement… Mais bien sûr on sait tout ce qui s’oppose à ce « normalement… » Célébrant notre « mode de vie » et chantant la « liberté », l’Etat appuyé de tous ses supplétifs ne cesse de nous pousser dans la servitude. En effet c’est bien de manière de vivre qu’il est question dans toute cette affaire. La nôtre n’est ni celle des cinglés à kalach ni celle de l’état d’urgence à vocation de reconduction permanente. Cette manière ne peut être posée qu’en actes, c’est-à-dire dans la rue. Donc il faut aller dans la rue. Et puis nous verrons bien.

 

Post scriptum

 

À qui voulait accéder à l’idée de parti de l’ordre dans son concept le plus général, il suffisait, dimanche soir, d’ouvrir la télévision et de regarder BFM. Tout y était. La re-présentation de la manifestation interdite comme pur rassemblement de « casseurs », l’escamotage méthodique de tous ses attendus, notamment celui que ce rassemblement n’avait que secondairement pour objet la COP21, et pour motif principal l’état d’urgence (celui-ci interdisant de manifester en général, et pour celle-là en particulier), la fenêtre du duplex avec la préfecture où trônait une commissaire en uniforme dans un dispositif riant comme un JT nord-coréen, le média et la police dans un état de parfait unisson, de symbiose institutionnelle même, l’un relayant la voix de l’autre, et les deux ensemble faisant avec satisfaction le compte des gardés à vue. Il faudrait parfois que la chose qui se nomme elle-même « presse libre » se regarde. Mais autant demander à une bouse de se reconditionner en bougie parfumée.

 

Un gouvernement qui, mesurant toutes les conséquences, et même les désirant, ne retient plus sa police en lui ouvrant le mandat indéfini de l’état d’urgence est un gouvernement qui se voue tôt ou tard à l’indignité. Et telle est bien en effet la destination de celui-ci qui, déjà si couvert de honte, a décidé d’en explorer une dimension supplémentaire. Expert en montages symboliques frauduleux et en dévoiement des valeurs, le voilà qui, après avoir expliqué cet hiver que la loi Macron devait être votée au nom de l’« esprit du 11 janvier », s’est bruyamment scandalisé que des bougies du mémorial de la République aient pu servir de projectile à quelques manifestants contre les forces de police. Photos à l’appui, il semble que les rangers de la flicaille n’aient pas témoigné d’un respect excessif au mémorial non plus. Mais tout ceci, en réalité, n’a qu’une finalité : faire oublier qu’il n’y a de violence qu’à l’instant où un gouvernement interdit l’exercice de la liberté et rencontre des individus décidés à ne pas y renoncer tout à fait.

 

Frédéric Lordon

Publié par Jean Lévy

La COP21 a terminé son cinéma, Tisa déréglemente à tout-va l'énergie et les transports

  La COP21 a terminé son cinéma, Tisa déréglemente à tout-va l'énergie et les transport
  La COP21 a terminé son cinéma, Tisa déréglemente à tout-va l'énergie et les transport

Mediapart

 

Sans WikiLeaks, l’accord sur les services en cours de négociation, pendant du traité transatlantique, serait resté totalement secret. WikiLeaks, en partenariat avec Mediapart et 12 autres médias et organisations internationaux, publie de nouveaux documents relatifs à l’énergie et aux transports routiers. La révélation de ces documents, en pleine COP21, est un exemple édifiant du double discours.

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Rien ne change ! En dépit des crises financière et environnementale, illustrant des échecs patents, malgré les critiques venues aussi bien de personnalités politiques, d’associations, de la société civile, ils n’en démordent pas : la déréglementation de tout reste leur horizon indépassable. C’est ce qui transparaît des nouveaux documents révélés par WikiLeaks sur l’accord en cours de négociation sur les services (Trade in services agreement ou Tisa) publiés en partenariat par Mediapart et 12 autres médias et organisations internationaux. Les « très bons amis des services », comme ils se surnomment entre eux, continuent leurs discussions souterraines pour pousser toujours plus loin l’abaissement des normes et des droits sociaux et environnementaux, l’affaiblissement des États, face à la puissance de l’argent. 

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Sans WikiLeaks, Tisa serait resté un nom inconnu. Personne n’aurait rien su des négociations souterraines de ce traité qui se veut le pendant du traité commercial transatlantique (Tafta ou Ttip), discuté dans les mêmes conditions d’opacité. Les parlementaires auraient découvert un jour un traité qu’ils sont censés approuver d’un bloc, sans possibilité d’amendement ou de discussion. Ils n’auraient même pas pu avoir accès aux travaux et documents de travail qui sont en train de servir à l’élaboration du texte : tout est censé rester classé « secret défense » ou plus exactement « secret affaires » pendant cinq ans après l’adoption du traité.

En juin 2014, WikiLeaks avait révélé le contenu des négociations secrètes menées par des responsables issus d’une vingtaine de pays, emmenés par les États-Unis, l’Europe, l’Australie et le Canada, sur les services financiers. Depuis, le site dévoile régulièrement les différentes étapes des discussions, portant sur d’autres chapitres comme les services informatiques, les transports maritimes, les télécommunications. En juillet 2015, de nouveaux documents démontraient la volonté de mettre à bas tous les services publics. Aujourd’hui, WikiLeaks dévoile les avant-projets portant sur l’énergie et les transports négociés à l’automne 2014.

La révélation de ces documents, en pleine COP21, est un exemple édifiant du double discours. Alors que les dirigeants politiques de tous les pays soutiennent en chœur la nécessité d’adopter une croissance « verte », de lutter contre le réchauffement climatique, d’autres responsables des mêmes pays négocient en coulisses pour tenter d’arracher le plus possible de concessions, pour dynamiter les règles environnementales« contraires à la grande libéralisation des affaires ». L'association Public services international (internationale des services publics), qui travaille en commun avec WikiLeaks sur Tisa, n'a pas manqué de relever cette duplicité. « Alors que les chefs d'État s'apprêtent à signer un accord international à Paris contre le réchauffement climatique, leurs négociateurs se retrouvent à Genève pour élaborer secrètement un nouvel accord commercial qui permettra d'étendre l'exploration des énergies fossiles et causera encore plus de dommages pour le climat », indique-t-elle dans un communiqué publié en même temps que les documents de WikiLeaks. 

Car c’est bien de « big business » qu’il s’agit. À la lecture du projet Tisa, visant à mettre à bas toutes les barrières réglementaires et autres dans les services à l’énergie, le texte semble plus écrit pour des géants comme Bechtel, Halliburton, Schlumberger, Veolia ou Engie (ex-GDF-Suez) que pour des sociétés innovantes apportant des prestations de services dans les énergies renouvelables.

La Norvège et l'Islande ne s’y sont pas trompées. Les deux pays, très impliqués dans l’énergie et la transition énergétiques, ont fait une proposition commune dans le cadre de ces négociations secrètes. Publiée par WikiLeaks, celle-ci révèle en creux le projet général des négociations : un abandon total de la souveraineté des États en matière d’énergie pour laisser la place aux « spécialistes », les géants du secteur.

Tout en plaidant pour la levée des barrières s’opposant à une plus grande compétition dans les services, les deux pays insistent sur le fait « que chaque partie [on ne parle plus d’État dans les textes d’étude de Tisa – ndlr] conserve le droit de réguler et d’introduire ou de maintenir des mesures concernant les services à l’énergie afin de répondre aux objectifs légitimes de politique nationale ». Une limitation des pouvoirs des États en ce domaine aurait-elle donc été envisagée, pour que les deux États éprouvent le besoin de rappeler ces droits ? 

L’explication fournie par les deux pays dans un argumentaire venant compléter leur projet et publié aussi par WikiLeaks laisse soupçonner le pire : « Le droit des parties de réguler les services et d’introduire de nouvelles régulations pour répondre à des objectifs politiques nationaux est particulièrement pertinent en matière de services à l’énergie », expliquent les deux pays.

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La liberté est le plus difficile des devoirs

 

par Amandine, 34 ans, rescapée du Bataclan


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La liberté est le plus difficile des devoirs

 

Le Monde 21.12.2015 à 13h00 •

Mis à jour le 21.12.2015 à 14h15


Par Amandine

 

Le 13 novembre, j’étais à un concert avec une amie quand des hommes armés sont entrés dans la salle et ont tiré dans le public. Nous sommes toutes les deux sorties vivantes. Elle a pu s’échapper au bout de vingt minutes, à la faveur d’un chargeur vide. Moi, au bout d’une heure trente durant laquelle je me suis cachée. Je suis allée à un concert et j’en suis sortie en ayant vécu une scène de guerre.

 

Depuis, j’écris beaucoup. J’ai écrit pour mes proches, pour leur dire ce que j’avais vécu. J’écris pour moi, pour tenter de m’apaiser en mettant des mots sur cette parenthèse barbare qui balafre désormais ma vie. Pour ne jamais oublier toutes les émotions par lesquelles je passe : choc et sensation d’irréalité face à cette violence inouïe et soudaine, joie d’être en vie, tristesse immense en pensant aux personnes blessées et tuées. Mais aussi colère et solitude. Colère contre la classe politique, solitude vis à vis de mes concitoyens qui plébiscitent dans leur grande majorité l’état d’urgence prolongé.

 

Aujourd’hui, j’écris pour dire pourquoi je ne me sens pas représentée en tant que victime, mais aussi en tant que citoyenne. Car je me sens insultée par les décisions sécuritaires et liberticides qui sont prises, en mon nom, depuis le 13 novembre, sous le coup de l’émotion. Le temps politique n’est pas le même que le temps émotionnel ou que le temps médiatique. Je ne jette pas la pierre à ces millions de Français sidérés, comme moi, par cette violence. Par contre, j’accuse nos responsables politiques d’avoir abusé de l’état de choc de la population pour faire voter précipitamment un ensemble de mesures inadaptées et dangereuses pour notre démocratie.

 

Tout d’abord, les frappes en Syrie. En quoi une réponse guerrière, des poses viriles, pourraient nous protéger ? Posture infantile et dangereuse, qui ne fait qu’ajouter de la confusion et du danger au lourd bilan des morts. Comment pourrais-je me sentir en sécurité tant que nous serons « en guerre » ? Frappes en Syrie et fermetures des frontières européennes aux réfugiés : un bel exemple de décisions dictées par l’émotion… Comme celles prises en septembre dernier, quand la photo d’un enfant mort sur une plage avait suscité une vague d’émotion en Europe. Hollande et Merkel avaient alors appelé à « la responsabilité de chaque État membre et à la solidarité de tous »., Trois mois après, il y a toujours autant de bambins qui meurent noyés en Méditerranée, toujours autant de Syriens qui fuient la guerre. Mais depuis le 13 novembre, ces réfugiés sont passés du statut de victimes à accueillir à celui de terroristes potentiels. Exit les engagements de septembre, on cadenasse l’Europe et on bombarde la Syrie.

 

Ensuite, l’état d’urgence prolongé : Une réponse totalitaire et liberticide à l’attaque d’un groupe terroriste, totalitaire et liberticide. En quoi l’interdiction de manifester et la restriction des libertés individuelles et collectives m’apporteraient t plus de sécurité ? En quoi l’autorisation de porter une arme hors service à des policiers exténués depuis janvier pourrait me rassurer ? Comment la déchéance de nationalité permettrait de dissuader des individus qui n’ont pas peur de perdre leur vie ? Nous pouvons déjà tirer un bilan de l’inclusion du « comportement », et non plus seulement des « activités », qui autorise des mesures privatives de liberté sur simple suspicion : intrusions violentes, hors de tout contrôle judiciaire, chez des particuliers aux activités politiques ou religieuses (quand la police ne se trompe pas tout simplement de porte) ; surveillances et assignations à résidence de militants écologistes sans rapport avec le djihad et les armes à feu ; bavures policières… Nous avons désormais le droit de nous rassembler dans un centre commercial, dans un stade, dans un marathon, mais pas de manifester.

 

Les attentats du 13 novembre se sont déroulés dans un contexte déjà hautement sécuritaire suite aux attentats du 7 janvier. La loi sur le renseignement, votée en mars dernier, copie du Patriot Act, semblait déjà aller beaucoup trop loin. Cet événement dont j’ai été victime pose pourtant la question de l’efficacité des renseignements généraux (RG), de leur incapacité à changer de paradigme depuis les années 1980 (extrême gauche = terroriste). Doit-on rire jaune du pathétique de perquisitionner chez des maraîchers bios, ou au contraire se demander si ce type d’action ne se fait pas au détriment de la lutte contre le djihadisme ? Que dire aux victimes du Bataclan et à leurs proches en apprenant qu’un des tireurs, Ismaël Mostefaï, dans les radars des RG depuis 2009, disparu en 2012, avait été signalé en 2014 par les autorités turques comme djihadiste potentiel ? De retour en France, il ne fera l’objet d’aucune surveillance jusqu’au 13 novembre.

 

La question de la sortie de l’état d’urgence doit également se poser. Évidemment, la « guerre » conte l’organisation Etat islamique ne sera pas gagnée en trois mois. Alors sur quel motif, François Hollande compte-t-il mettre fin à l’état d’urgence le 26 février prochain ? A moins qu’il ne décide de maintenir une situation d’exception jusqu’à la fin de son mandat, au mépris de nos libertés ? C’est le sens de l’avant-projet de loi constitutionnelle « de la protection de la nation », qui sera examiné en conseil des ministres le 23 décembre.

 

Je vois dans les choix de ces dernières semaines un président acculé, qui préfère s’octroyer les pleins pouvoirs et faire entrer l’état d’urgence dans la Constitution, plutôt que de faire son examen critique. J’y vois une gauche affaiblie, qui utilise les événements pour braconner sur les terres de la droite et de l’extrême droite. Stratégie électoraliste, indigne des victimes, qui s’est révélée pour le moins peu payante. J’y vois la mise en péril des valeurs fondatrices de notre république (liberté, égalité, fraternité), la fragilisation des solidarités et du collectif, l’appel à l’individualisme, voire à la délation. J’y vois la copie des erreurs américaines du début de ce siècle - fichage global de la population, baisse des libertés et envoi de forces armées à l’étranger - qui ont pourtant participé à la déstabilisation du monde. Cette réponse court-termiste ne prend pas la mesure des causes et des enjeux.

 

« A terme, le véritable enjeu est la mise en place d’un modèle de développement social et équitable, là-bas et ici », dit Thomas Piketty. On en est loin. En ayant validé, à six élus près, ces choix guerriers, liberticides et simplistes, la classe politique, dans son ensemble, n’est pas à la hauteur et n’assume pas ses responsabilités. Car il me semble que ce 13 novembre pose un certain nombre de questions : quid du financement du terrorisme, des paradis fiscaux ? Quid des relations économiques avec des régimes dictatoriaux ? Quid d’un modèle économique ultralibéral qui laisse trop de monde sur le bord du chemin ? Quid des équilibres mondiaux dictés par les énergies fossiles ?. A un problème multifactoriel et complexe, la classe politique propose une réponse simpliste. Au Bataclan, ce sont de jeunes Français qui sont venus tirer sur d’autres jeunes Français. Nos représentants politiques ne devraient-ils pas considérer ceci comme un constat d’échec ? J’attends d’eux d’avantage de réserve et d’analyse.

 

Le 13 novembre, des hommes armés nous ont tirés dessus. Aujourd’hui mes convictions sont inchangées, voire renforcées. Je suis convaincue qu’affaiblir la démocratie et les libertés fondamentales est une dangereuse erreur. Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale. Forcément, je pense à la majorité silencieuse de cette sombre période. Aujourd’hui, dans l’état d’urgence, le simple fait de descendre dans la rue pour exprimer son mécontentement est répréhensible pénalement. Donc devenu un acte de résistance.

 

Amandine, 34 ans, rescapée du Bataclan

 

Voir en ligne : article sur le monde

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A la recherche du clivage perdu

 

Dimanche 27 Décembre 2015 à 10:00

Ces dernières élections démontrent bien que le clivage droite-gauche "est un fantôme, mais il continue à dominer la vie politique", selon l'expression consacrée par Marcel Gauchet. Et pendant que les partis politiques tentent de faire vivre cette illusion, le FN, lui, essaye de capter le vote de ces électeurs "qui en ont marre". Avec succès pour le moment.
Patrick Kanner, ministre de la Ville, et Xavier Bertrand tout juste élu, qui a bénéficié du retrait de liste PS dans la région Nord
 
Tout d'un coup, ils se découvrent tout proches. Presque semblables. A quoi bon continuer à jouer les adversaires face à l'ennemi commun ? On se détestait, c'était idiot. On a tant de choses à faire ensemble. Quoi ? Ce qu'on faisait déjà séparément. Cela aide. Les appels lancés à gauche et à droite, de Valls à Raffarin, pour « travailler ensemble », aujourd'hui ou demain, relèvent du constat d'huissier : le clivage droite-gauche est moribond. Il a même trépassé dans deux grandes régions où électeurs de gauche et de droite se sont déjà mélangés. Sans dégoût. Les temps changent. Le vieux sophisme d'Alain, qui a beaucoup servi, « Lorsqu'on me demande si la coupure entre hommes de droite et hommes de gauche a un sens, la première idée qui me vient est que l'homme qui pose cette question n'est certainement pas un homme de gauche ! » en devient exotique. Tout comme le critère du look d'Emmanuel Berl, selon lequel, au contraire de ceux des hommes de droite, « les pantalons des hommes de gauche ne sont pas faits de la même étoffe que leurs vestons ».
 
Aujourd'hui, tout est déréglé. Le regrettent aussi bien un nostalgique de l'antique gauche de combat comme Daniel Mermet - « L'extrême droite copie la vraie gauche et la gauche copie la vraie droite ! » - qu'un éternel centriste de bonne volonté comme Jean-Louis Bourlanges - « François Hollande parle à la droite. Alain Juppé parle à la gauche. Nicolas Sarkozy parle à l'extrême droite. Et Marine Le Pen parle à l'extrême gauche ». Pas étonnant que 73 % des Français estiment « les notions de droite et de gauche dépassées ». Ils n'étaient que 33 % en 1981. L'époque où Jack Lang opposait « la lumière » de la gauche à « l'ombre » de la droite. Toutes les deux se retrouvent aujourd'hui dans le même brouillard.
 
Après trois décennies d'un chassé-croisé qui a tout brouillé.
 
Le ralliement sans débat de la gauche à un capitalisme en ébullition néolibérale a dérouté la droite dépossédée de sa défense de la « société libre » face au danger communiste. Privées de leurs vieux programmes, et faute d'en proposer un autre, droite et gauche ont rallié de concert celui promis par Bruxelles : le Grand Soir postnational et les lendemains heureux de la mondialisation. Un programme commun bien vu par Philippe Séguin : « La droite et la gauche sont des détaillants qui ont le même grossiste, l'Europe. » La collusion de Nicolas Sarkozy et de François Hollande pour faire voter le traité constitutionnel en 2005, puis mépriser son rejet démocratique par les Français en le leur imposant par voie parlementaire en 2008, symbolise cette érosion du clivage droite-gauche. Elle résulte de leurs choix similaires sur l'essentiel. Et de leurs échecs communs face à leurs conséquences : chômage de masse et inégalités croissantes, désindustrialisation et crise agricole, crise migratoire et désintégration nationale, insécurité physique et culturelle. Autant de problèmes aux premiers rangs des préoccupations des Français mais guère mieux traités par la droite que par la gauche. Ils ont suscité de nouveaux clivages fracturant tous les partis (protectionnisme ou mondialisme, assimilation ou multiculturalisme, atlantisme ou non-alignement, prévention ou répression, laïcité ou communautarisme). Ils auraient pu remplacer ou remodeler le clivage droite-gauche. Après tout, son histoire est plus courte qu'on ne le dit en le faisant toujours remonter à la Révolution française. Le XIXe siècle a en réalité vécu sur d'autres oppositions. Monarchistes et républicains. Aristocrates et bonapartistes. Cléricaux et laïques. Dreyfusistes et antidreyfusistes. Une lecture postérieure, qui doit beaucoup à René Rémond, a repeint toutes ces divisions en droite contre gauche. Il a fallu en réalité attendre le XXe siècle pour que la naissance de l'URSS ordonne l'axe droite-gauche avec des objectifs de guerre politique sans nuances tels que la lutte des classes, la sortie du capitalisme, l'appropriation collective des moyens de production. Il n'en reste rien. Commencée au sortir de 14-18, cette confrontation sérieuse se termine dès les années Mitterrand et la chute du mur de Berlin. Et son rôle explicatif est très surestimé, les événements majeurs de ce petit siècle ayant ignoré l'axe droite-gauche : la colonisation et la décolonisation, Munich et Vichy, la collaboration et la Résistance recrutèrent à gauche comme à droite.
 

Les nouveaux clivages nés ces trois dernières décennies n'ont pas trouvé de traduction politique parce qu'ils ne se recoupent pas. Ceux, de droite et de gauche, qui s'accordent sur une question (l'école, les 35 heures ou les sans-papiers) s'opposent sur d'autres (l'euro, l'islam ou la GPA). L'échec de Jean-Pierre Chevènement, qui en appelait en 2002 aux « républicains des deux rives », illustre le constat paradoxal de Marcel Gauchet : « Le clivage droite-gauche est un fantôme, mais il continue à dominer la vie politique. » Fantôme artificiellement défendu comme principe vital par le personnel des partis toujours à la recherche de la plus petite différence. Mais qui désespère une « demande de politique qui en a marre de cette forme d'indifférenciation droite-gauche », comme le reconnaît aujourd'hui Benoît Hamon. Pour l'instant, seul le Front national s'intéresse avec succès à cette demande politique orpheline « qui en a marre ». Il a désormais le renfort de ceux qui n'ont plus d'autre ambition que de sauver leur existence en s'unissant contre lui. Et plus d'autre programme que de s'opposer ensemble à ce que leur bilan commun a produit.

 

Constitutionnalisation?

Jacques SapirPar  · 26 décembre 2015

 

La proposition de modification de la Constitution est désormais pratiquement définitive. Elle contient les conditions de sortie de l’état d’urgence ainsi que la volonté d’inscrire la déchéance de nationalité pour les binationaux. Cette proposition a connu plusieurs modifications. Les dernières corrigent, en partie, les erreurs du premier jet. Mais elles retirent aussi l’argument qu’il fallait en passer par une modification de la Constitution. Cette dernière devient alors un artifice politique de la part d’un gouvernement en pleine déroute intellectuelle.

Une modification de la Constitution est-elle encore justifiée ?

Suite à un avis du Conseil d’Etat[1], le gouvernement avait décidé de passer par une modification de la Constitution pour le projet de loi. C’était justifié non par la partie concernant la déchéance de nationalité, qui peut être l’objet d’une simple loi, mais par la partie concernant l’état d’urgence et sa fin. Mais, entre temps, la partie du texte concernant l’état d’urgence, qui était celle qui avait suscité les réserves initiales ayant été modifiée, la version du 23 décembre 2015 ne se distingue plus de la loi de 1955 que par les considérations sur la déchéance de nationalité. Or, le Conseil d’Etat a d’ores et déjà validé des cas de déchéance de nationalité[2]On peut, dès lors, très sérieusement s’interroger sur la nécessité d’en passer par une révision de la Constitution. Une simple loi apparaît désormais comme largement suffisante.

Comparaison des deux projets

Texte d’origine Texte modifié au 23 décembre
Après l’article 36 de la Constitution, il est inséré un article 36-1 ainsi rédigé :

Article 36-1. – L’état d’urgence est décrété en conseil des ministres soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique. La loi fixe les mesures de police administrative que les autorités civiles peuvent prendre, sous le contrôle du juge administratif, pour prévenir ce péril ou faire face à ces événements.

La prorogation de l’état d’urgence au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par la loi. Celle-ci en fixe la durée.

Lorsque le péril ou les événements ayant conduit à décréter l’état d’urgence ont cessé mais que demeure un risque d’acte de terrorisme, les autorités civiles peuvent maintenir en vigueur les mesures prises en application du premier alinéa pendant une durée maximale de six mois. La loi peut permettre, pendant la même durée, aux autorités civiles de prendre des mesures générales pour prévenir ce risque.

Article 2

Après l’article 3 de la Constitution, il est inséré un article 3-1 ainsi rédigé :

Art. 3-1. – Un Français qui a également une autre nationalité peut, dans les conditions fixées par la loi, être déchu de la nationalité française lorsqu’il est définitivement condamné pour un acte qualifié de crime ou de délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme.


PROJET DE LOI CONSTITUTIONNELLE

Le Président de la République,

Sur la proposition du Premier ministre,

Vu l’article 89 de la Constitution,

Décrète :

Le présent projet de loi constitutionnelle de protection de la Nation, délibéré en conseil des ministres après avis du Conseil d’État, sera présenté à l’Assemblée nationale par le Premier ministre, qui sera chargé d’en exposer les motifs et d’en soutenir la discussion, et en tant que de besoin, par la garde des sceaux, ministre de la justice.

Article 1er

Après l’article 36 de la Constitution, il est inséré un article 36-1 ainsi rédigé :

« Art. 36-1. – L’état d’urgence est déclaré en conseil des ministres, sur tout ou partie du territoire de la République, soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’évènements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique.

« La loi fixe les mesures de police administrative que les autorités civiles peuvent prendre pour prévenir ce péril ou faire face à ces évènements.

« La prorogation de l’état d’urgence au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par la loi. Celle-ci en fixe la durée. »

Article 2

L’article 34 de la Constitution est ainsi modifié :

1° Le troisième alinéa est remplacé par les dispositions suivantes :

« – la nationalité, y compris les conditions dans lesquelles une personne née française qui détient une autre nationalité peut être déchue de la nationalité française lorsqu’elle est condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ; »

2° Après le troisième alinéa, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« – l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et libéralités ; ».

On conçoit que le gouvernement veuille réagir aussi dans le domaine symbolique. Compte tenu du fait que la menace est – aussi – de l’ordre du symbolique tout autant que de l’ordre du réel, ceci est parfaitement justifié. Mais, les dispositions concernant la déchéance de nationalité répondent à cet objectif. Or, ces dispositions n’exigent nullement une modification de la Constitution. Dès lors, on ne peut échapper à l’idée que le gouvernement en voulant « constitutionnaliser » ce texte à tout prix recherche en fait autre chose, quelque chose de plus politiciens. Cela serait, en toute circonstances, une faute. Cela devient, dans le contexte actuel, véritablement détestable.

En l’état il convient de demander à tous nos représentants de voter contre au Congrès car la constitutionnalisation de ce texte ne se justifie pas. Par contre, si ce texte était modifié, et l’on va préciser en quel sens, il pourrait être voté comme une loi « simple ».

Analyse des dispositions des différents textes

Dans le premier projet, à l’article 36-1, il y avait une disposition très discutable: « Lorsque le péril ou les événements ayant conduit à décréter l’état d’urgence ont cessé mais que demeure un risque d’acte de terrorisme, les autorités civiles peuvent maintenir en vigueur les mesures prises en application du premier alinéa pendant une durée maximale de six mois ». Cela permettait au gouvernement de faire prolonger les mesures d’exceptions en dehors du cadre de l’état d’urgence. Or, toutes les tentatives pour les prolonger subrepticement sont odieuses et vont à l’encontre même du principe de l’état d’urgence. Ces formulations ont été corrigées dans la version du 23 décembre 2015. On est désormais en présence d’un texte qui est, en réalité, très proche de la loi initiale de 1955 sur l’état d’urgence et qui ne pose plus les mêmes problèmes de constitutionnalité. Cette nouvelle formulation est correcte, mais ne justifie plus la constitutionnalisation du texte.

Par ailleurs, dans la seconde partie du texte d’origine, dans l’article 3-1, la formulation employée, qui est – elle – inchangée entre le projet originel et le projet du 23 décembre, continue de manquer de clarté. Cette formulation permettrait des usages de la déchéance de nationalité qui seraient des abus par rapport à la Constitution et qui sont clairement anti-démocratique. Rappelons ici que l’on ne conteste nullement le principe de la déchéance de nationalité, principe qui est constitutionnel. L’un des points litigieux est que la notion « d’intérêts fondamentaux de la Nation » n’est toujours pas définie. Cette formulation devient, dans le projet du 23 décembre 2015 et sous la forme d’un article 2 : « crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ». La formulation est tout aussi imprécise, voire l’est encore plus. Disons le tout net, ceci constitue une faute grave car cela ouvre la voie à tous les abus possibles. Il y a bien ici une faute grave de la part du gouvernement que de ne pas avoir plus et mieux précisé qui il visait.

La formulation de l’article 3-1 proposé aurait donc dû être la suivante, dans le cas d’une loi simple, procédure qui semble désormais devoir s’imposer du fait des modifications apportées à l’article 36-1 :

Art. 2. – Tout français détenteur aussi d’une autre nationalité qui aurait rejoint les rangs de l’organisation se disant « Etat Islamique en Syrie et au Levant », ou d’une organisation apparentée, organisations dont les crimes atroces commis tant en France que dans le monde ont justement révolté le peuple français et dont les pratiques s’opposent aux principes défendus dans la Constitution de la République ainsi que dans son Préambule et violent les principes les plus fondamentaux de l’humanité, s’est mis de lui-même en dehors du peuple français. A la suite d’une condamnation définitive pour ces actes, qu’ils aient été commis sur le territoire national ou à l’étranger, il sera pris acte de sa déchéance de nationalité.

Cette formulation proposée présente plusieurs avantages. Elle vise nommément les crimes commis et ne permet pas d’interprétation abusive. Elle relie ces crimes à des ruptures par rapport aux principes fondateurs de la République (dans la Constitution comme dans le Préambule) ce qui justifie la déchéance de nationalité, elle rappelle que la république ne fait que prendre acte d’un comportement par lequel une personne s’est mise d’elle-même en dehors du peuple français.

De fait, le texte dans sa formulation actuelle ne peut être accepté. Non pour des soi-disant raisons de principes (et je répète que la déchéance de nationalité existe déjà dans notre Droit) mais parce que son contenu actuel est liberticide et ne correspond pas au but fixé. Il faut donc appeler les représentants de la Nation qui auront à voter ce texte de l’amender fortement ou de le rejeter. Ce débat est bien plus important, et bien plus nécessaire que le débat sur le « principe » de déchéance de nationalité, principe qui existe déjà dans notre Droit.

[1] http://libertes.blog.lemonde.fr/2015/12/17/lavis-du-conseil-detat-sur-la-revision-de-la-constitution-prudence-et-embarras/

[2] http://www.conseil-etat.fr/Decisions-Avis-Publications/Decisions/Selection-des-decisions-faisant-l-objet-d-une-communication-particuliere/Ordonnance-du-20-novembre-2015-M.-D

Publié le  par Descartes

 

La gauche immorale

 

Est-ce une surprise ? Finalement, la cacophonie de ces derniers jours sur la question de la déchéance de nationalité des binationaux condamnés pour faits de terrorisme ne fait qu’illustrer jusqu’au ridicule le fonctionnement de l’Etat sous le règne de François Hollande.
 
Que s’est-il passé ? D’abord, on a vu un président de gauche, qui en son temps avait brocardé une mesure défendue par le Front National et la droite en la qualifiant de contraire aux valeurs de la République, changer radicalement d’avis en deux jours sous la pression de l’émotion. Dans un discours solennel devant le Congrès réuni à Versailles non seulement il a fait sienne cette proposition, il a proposé en plus de la constitutionnaliser. Ensuite, on voit un premier ministre déclarer qu’il a des « doutes » sur cette proposition, et un ministre de la Justice déclarer, dans un entretien à la presse et qui plus est à l’étranger, qu’une telle mesure était abandonnée car « elle posait des problèmes par rapport au droit du sol, auquel je suis attaché ». Et enfin, pour couronner le tout, le président de la République déclare que la mesure sera finalement reprise dans la réforme constitutionnelle. Et tout à coup Valls et Taubira remettent leurs états d’âme au placard. Les « doutes » ne sont plus permis, le « droit du sol auquel je suis attaché » peut aller se rhabiller.
 
En d’autres temps, Valls et Taubira – pour ne pas parler d’autres ministres qui, eux aussi, avaient aussi exprimé leurs réserves – auraient immédiatement remis leur démission. Quelle crédibilité peut avoir un ministre de la Justice qui proclame son attachement à ses principes et qui ensuite accepte de défendre devant le Parlement une mesure dont elle estime elle-même qu’elle les piétine ?
 
Il n’y a pas si longtemps j’avais commis un papier sur la politique devenue un simple jeu d’échecs. Cet épisode confirme cette analyse jusqu’à l’absurde. Au-delà de l’incompétence crasse, les gens qui nous gouvernent ont montré leur immoralité. Il n’y a plus de principes, seulement des stratégies. On peut dire blanc un jour et le jour suivant, parce que cela devient opportun, dire noir. Et on ne démissionne jamais, même lorsque les principes que vous dites défendre sont piétinés. Le poste d’abord, l’intégrité attendra.
 
Et encore, si on était sur une question de détail… mais non, il s’agit d’une question qui touche ce qu’il y a de plus haut, de plus sacré : l’état des personnes et les droits garantis par la Constitution dont le président de la République est censé être le garant. Une maxime de Montesquieu dit que « on ne doit toucher aux lois qu’avec des mains tremblantes ». Ce gouvernement touche la loi fondamentale qu’est la Constitution avec des mains hésitantes, et ce n’est pas la même chose. Surtout parce que ses hésitations ne viennent pas d’un souci de l’intérêt général, mais des calculs machiavéliques de notre président pour conserver son poste en 2017. Car il ne faut pas se laisser tromper : le débat sur la déchéance de nationalité n’a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme. Le but, c’est de mettre la droite en difficulté. On avait dit d’un sénateur américain que « si ses électeurs étaient des cannibales, il commencerait à engraisser un missionnaire dans son jardin ». Nos gouvernants en sont là. On nous explique que le FN est une menace pour nos libertés. Mais que dire d’un gouvernement qui est prêt à reprendre ses propositions pour séduire son électorat ?
 
Et que dire d'une "gauche radicale" qui demain nous demandera de voter pour lui au prétexte de "battre la droite" ?
 
Ces prochaines semaines, on verra qui sont ceux qui à gauche ont des principes, et qui sont ceux qui sont prêts à vendre leur « valeurs » pour un plat de lentilles. Ca promet.
 

Descartes

Publié par Jean Lévy

NEXTER, une usine d'armement...Vous connaissez ?

 

Le ministre Le Drian et les patrons...Y a de l'obus !
Le ministre Le Drian et les patrons...Y a de l'obus !
Le ministre Le Drian et les patrons...Y a de l'obus !

 

Le ministre Le Drian et les patrons...Y a de l'obus !

 

Constitution 93  La Vérité est 

         Révolutionnaire  !

 

Le blog de Jacques Lacaze  

Des armes, des clients douteux, des profits et une privatisation bien discrète (publié déc.2015)

 

L’année 2015 a été une année record pour l’industrie de l’armement en France, et ceci grâce aux exportations dans les pays du Moyen Orient, Arabie Saoudite,  Qatar, …. des pays où la démocratie est quelque peu malmenée et dont les liaisons avec l’Etat Islamique sont, pour le moins, suspectes.


Nexter  est une entreprise française, héritière des anciennes manufactures et arsenaux, détenue à 100% par l’Etat français, par le biais de sa  holding GIAT Industrie.


Créée en 2006, dans le cadre d’un plan de restructuration, Nexter s’est développée par l’acquisition d’entreprises et des implantations à l’étranger, auprès de ses meilleurs clients, Arabie Saoudite et Emirats Arabes Unis.


Depuis sa création, ses ventes n’ont cessé de progresser, dégageant de bons résultats, représentant 11% du chiffre d’affaires en 2014.


Jusqu’en fin d’année 2015, les résultats revenaient dans le giron de l’Etat et les ventes d’armes étaient sous contrôle des Pouvoirs Publics.


Or en pleine période de deuil  liée aux tragiques évènements du 13 novembre,  un décret privatisant Nexter a été publié, signifiant ainsi l’abandon de la souveraineté nationale sur les ventes d’armes.


Ce décret était la résultante d’une année de préparation d’un rapprochement de Nexter avec une société allemande KMW, détenue par la famille Bode Wegmann.


A partir du 1er janvier 2016, Nexter sera filiale de Newco, Holding domiciliée au Pays Bas  et dont les actionnaires seront, à parité,  l’Etat français et la famille Bode Wegmann.


La réduction du contrôle de l’Etat et la recherche du profit maximum ne risquent-elles pas  de rentrer en contradiction avec la volonté affichée de lutter contre le terrorisme ?

 

Historique

 

Les premières manufactures d’armes apparaissent en France  à la fin du 17ème siècle, d’abord à Charleville Mézière, puis à Maubeuge, St Etienne …

 

En 1945, elles seront regroupées sous le nom de DTAT et rattachés au ministère de la Guerre, puis en 1971, ce sera Giat Industries (Groupement industriel des armements terrestres)  sous tutelle du ministère des Armées.


En 1990, Giat deviendra la société GIAT SA contrôlée à 100% par l’Etat.

 

En 2006, après un plan drastique de restructuration,  réduction massive d’effectifs et  fermeture de sites, une nouvelle entité NEXTER sera créée,  contrôlée par la  Holding GIAT, elle-même toujours détenue à 100% par l’État français.

 

Situation actuelle : la production et les implantations « douteuses »

 

Trois secteurs de production

 

La production de Nexter est organisée selon 3 pôles : Système pour l’artillerie, Munitions pour les munitions de moyen et gros calibre, Équipements  pour l’électronique, l’optique …


Son  développement a été assuré par des acquisitions de sociétés : SNPE (société nationale des poudres et explosifs), Paul Bové technologie (tenue de combat), Mecar en Belgique et Simmel Difesa en Italie.

 

Des implantations en France et à l’étranger

 

Selon son document de référence, le groupe Nexter est engagé « aux côtés des forces de défense de plus de 100 pays »


Mais seuls 5 pays seront privilégiés, avec une implantation de proximité.

 

« Au 31 décembre 2014, Nexter comptait 3 300 employés répartis sur 10 sites en France, deux sites en Europe issus du rachat l’an dernier de deux sociétés munitionnaires (l’une en Belgique et l’autre en Italie), des succursales à Ryad et Abou Dhabi, ainsi que trois filiales de commercialisation, en Inde, en Espagne et au Canada » (déclaration du PDG à la commission AN du 14 janvier 2015)

 

Or l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis posent de graves questions éthiques quant à leurs pratiques démocratiques et  à leurs relations avec « l’Etat islamique » .


On peut, à titre d’exemple, citer le titre d’une  tribune de l’écrivain algérien Kamel Daoud, publiée par le quotidien américain The New York Times :

 

« L’Etat islamique a un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique »

 

Des ventes et des profits

 

2006-2014 : un  chiffre d’affaires « boosté » par les exportations

 

En 2014, le chiffre d’affaires est de 1 milliard €, en hausse de 33% par rapport à 2013.


Les ventes d’armes  à l’étranger représentent 53% du chiffre d’affaires.


Et l’année 2015 s’annonce sous de « très bons auspices », avec 1,237 milliard d’euros de prises de commandes dont 56 % à l’exportation.

 

2006-2014 : des résultats constamment positifs

 

« Depuis 2006, Nexter est continûment profitable et a versé un milliard de dividendes à l’État tout en continuant à investir environ 25 millions d’euros par an et à consentir un effort très significatif en recherche et développement (R & D), à hauteur de 18 % environ du chiffre d’affaires » (déclaration du PDG à la commission Assemblée Nationale)

 

En 2014, le résultat représente 11% de ce chiffre d’affaires avec 118 millions €, en hausse  de 59%  par rapport à 2013.

 

Dans un contexte mondial de concurrence acharnée

 

En 2014, sur les 100 premières entreprises mondiales d’armement, les Etats Unis se taillent la part du lion avec 59% du chiffre d’affaires mondial, suivie par la Grande Bretagne avec 11%, puis la Russie avec 7% et la France arrive en 4ème position avec 5%.

 

Pour la France, la première position est détenue par la division armement de Thales, suivie par celle de Safran, puis par  DCNS et  Nexter.

 

Une des filiales  de Thales spécialisée dans l’armement (TDA) a vu son chiffre d’affaires passer de  60 millions € en 2006 à 82 millions € en 2014  avec des pointes de 125 millions € en 2012.


Son résultat d’exploitation a connu une progression bien plus forte : de 5 millions € en 2006 à 14 millions € en 2014, avec une pointe de 28 millions € en 2012.

 

Privatisation de Nexter  et les « malheureux hasards » du calendrier

 

Un abandon de souveraineté nationale sur les armes en plein deuil national

 

Après les massacres de Paris, trois jours de deuil national ont été décrétés pour la période du  15 au 17 novembre.


Mais au cours de ces 3 mêmes jours, un autre décret paraissait en  toute discrétion, celui annonçant la privatisation de Nexter :

 

« DECRET  PARU AU JOURNAL OFFICIEL DU 17 NOVEMBRE


Décret n° 2015-1483 du 16 novembre 2015 autorisant le transfert au secteur privé de la majorité du capital de la société Nexter Systems SA

 

Public concerné : société Nexter Systems.


Objet : autorisation du transfert au secteur privé de la majorité du capital de la société Nexter Systems SA.


Entrée en vigueur : le texte entre en vigueur le lendemain de sa publication.


Notice : le présent décret est pris en application de l’article 189 de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques. Cette loi autorise le transfert au secteur privé de la majorité du capital de la société Groupement industriel des armements terrestres (GIAT) et de ses filiales. »

 

Cette  publication en pleine période de deuil national paraît proprement indécente.

 

Un projet nommé KANT (K And Nexter Together)

 

Ce projet  se pare de vertus en prenant le nom d’un philosophe allemand du 18ème siècle. Mais il n’a d’allemand que la nationalité d’une usine d’armement : KMW, société contrôlée par la  famille Bode Wegmann. En effet, la privatisation a  pour seul objectif  de donner un cadre juridique au «rapprochement» de Nexter avec cette société allemande.

 

Un accord signé fin juillet 2015

 

Après un an de tractations, un accord a été signé à Munich (moins mortifère que celui de 1938, espérons le!).

 

« Munich/Versailles, le 29 juillet 2015 –Nexter Systems et Krauss-Maffei Wegmann, deux des principaux leaders européens de la défense terrestre, ont scellé aujourd’hui leur alliance annoncée il y a un an… » selon le communiqué de presse.

 

Cette alliance était conditionnée à l’autorisation des deux Etats, l’Allemagne l’a donné le 24 aout  et  la France le 16 novembre.

 

Les principaux points  de l’accord

 

La totalité des actions de Nexter et de KMW sera transférée à une société Holding Newco domiciliée au Pays Bas, créée pour l’occasion.


Nexter et KMW deviendront filiales de Newco, en principe à partir du 1er janvier 2016.


Les actionnaires de Newco seront à parité  l’Etat français et  la famille Bode Wegmann ( 27 membres).

 

Pour, cependant, s’assurer d’un contrôle renforcé, l’Etat français bénéficie d’une action spécifique (Golden Share) qui lui donne droit de veto en cas de projet de modification concernant les activités armes et munitions.

 

Cette structure, devant être opérationnelle au 1er janvier 2016,  est prévue pour durer 5 ans, période au cours de laquelle les actionnaires s’engagent à conserver leurs actions. Au-delà, il pourrait y avoir d’autres transformations juridiques, fusion, introduction en Bourse … ?

 

Les arguments du rapprochement

 

UNE UNION D’ÉGAUX  :

Les deux entreprises sont en bonne santé et de taille comparable  excluant ainsi tout rapport de  domination, leurs productions sont à la fois similaires et complémentaires.

 

UNE CONDITION DE SURVIE :

La mutualisation des ressources financières, des compétences et des capacités industrielles est rendue nécessaire par la forte  concurrence des pays émergents.

 

UNE HARMONISATION DE LA DÉFENSE À UN ÉCHELON EUROPÉEN

Elle  est indispensable, face aux risques et menaces actuels.

 

Les inconvénients  mis en avant

 

UN PRÉJUDICE POUR LE CONTRIBUABLE FRANÇAIS

Nexter a coûté à l’Etat, donc au contribuable,  4,5 milliards € lors de la restructuration de GIAT et de la création de Nexter.


La rentabilité de Nexter est due aux contrats juteux passés avec le ministère de la défense, les dividendes versés ne sont, en fait, qu’un simple retour.

 

DES QUESTIONS SUR L’ÉTHIQUE ET LES CLIENTS DE KMW

L’éthique de KMW a été ternie en 2014, (article des Echos du 1er juillet 2014)

 

 « la société fait l’objet d’une enquête de la justice grecque, qui l’accuse d’avoir versé des pots-de-vin dans le cadre de sa livraison de 170 chars à la Grèce pour 1,7 milliard d’euros au début des années 2000»

 

Et les  clients importants de KMW sont le Qatar et l’Arabie saoudite.

 

Et la crainte d’une véritable menace

 

L’abandon de la souveraineté nationale sur les ventes d’armement paraît en  contradiction avec la volonté de lutter contre le terrorisme.


Avec la privatisation, la recherche du maximum de profit prévaudra sur la sécurité des citoyens.

 

Et pourquoi tant de discrétion sur cette privatisation ?

 

SOURCES

Document de référence 2011 et 2014 de Nexter
Comptes TDA armement sas 2006-2014
Commission de la défense nationale et des forces armées :  rapport du 14 janvier 2015
JORF n°0266 du 17 novembre 2015 page 21418
Journal les Echos du 1/7/2014
Communiqué de presse du 29 juillet 2015
Article La Tribune du 29/7/2015
Magazine américain défense nexw TOP 100 for 2015

Publié par Jean Lévy

« Moi, je déteste les Restos du cœur. Une fumisterie terrible. » Mais l'impétueux précise : « Pas Les Restos, tant mieux que ça existe. Mais on a un peu honte. Pas pour les gens qui ont faim, mais pour l'État qui devrait s'en occuper. Honte pour ceux qui gouvernent. »

 

Cafard pour les uns, caviar pour les autres...au doux pays du capitalisme
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Le Point

 

L'acteur fustige la société française, en fait, les 'politiques', dans une interview accordée à "Nice-Matin"

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Gérard Depardieu n'a décidément pas sa langue dans sa poche. Dans une interview exclusive accordée à Nice-Matin et Var-Matin ce dimanche 20 décembre, l'interprète de Cyrano de Bergerac s'est de nouveau adonné à un réquisitoire contre l'état français.

 

Quand Nice-Matin l'interroge sur ce qu'il pense des actions menées par l'association créée par Coluche en 1985, sa réponse a le mérite d'être claire. « Moi, je déteste les Restos du cœur. Une fumisterie terrible. » 

 

Mais l'impétueux précise : « Pas Les Restos, tant mieux que ça existe. Mais on a un peu honte. Pas pour les gens qui ont faim, mais pour l'État qui devrait s'en occuper. Honte pour ceux qui gouvernent. »

 

Son problème avec les politiques français, Gérard Depardieu ne l'a jamais caché. Cette fois, c'est leur malhonnêteté qu'il dénonce. « Tous ces hommes politiques sont grossiers. C'est grossier de vouloir faire le bien des autres quand on n'est pas honnête. Non, ça ne m'intéresse pas du tout. »

« Une espèce de concept idiot où la vie n'a pas d'intérêt »

 

Sa vision du monde n'en est pas moins sombre : « Notre société est bourrée de mensonges et d'informations diluées, rediluées et re-rediluées. Une espèce de concept idiot où la vie n'a pas d'intérêt. »

 

Mais si pour le comédien la société va mal : « Ce que je remarque aujourd'hui, c'est qu'il y a des gens qui sortent du bureau en costard-cravate et qui font les poubelles. À huit heures du soir, ils sont là, à récupérer une orange au Carrefour Market. C'est hallucinant la vie moderne. »

Publié par Michel El Diablo

DÉCHÉANCE de nationalité : le précédent de VICHY

Raphaël Alibert, garde des sceaux en 1940

Raphaël Alibert, garde des sceaux en 1940

La déchéance de nationalité pour les binationaux est déjà possible dans notre code civil - pour les étrangers qui ont acquis la nationalité française et pour eux seuls. Le gouvernement entend l’étendre en 2016 aux binationaux nés français. La mesure est si étrangère aux valeurs républicaines qu’il faut pour cela réviser la Constitution – le Conseil d’Etat a été saisi pour avis le 1er décembre d’un projet de loi en ce sens qui devrait être présenté le 23 décembre au conseil des ministres.

C’est un moment grave : « il est quelquefois nécessaire de changer certaines lois, soulignait Montesquieu en 1721. Mais le cas est rare, et, lorsqu’il arrive, il n’y faut toucher que d’une main tremblante ». La main des parlementaires a d’autant plus de raisons de trembler que la seule fois où la France a dénaturalisé des Français, c’était par loi du 22 juillet 1940, sous Vichy, pendant l’Occupation - juste avant de voter une loi sur le statut des juifs.

Le parallèle n’est pas absurde : « les étrangers ne doivent pas oublier que la qualité de Français se mérite », déclarait Raphaël Alibert, le ministère de la justice du maréchal Pétain, selon Le Journal des débats du 24 juillet 1940. « Etre Français, ça se mérite », écrit Robert Ménard, maire de Béziers sur le site Boulevard Voltaire.« Etre Français, ça se mérite. La nationalité française, ça se mérite. Tous les droits et les devoirs qui vont avec, ça se respecte », assurait Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, le 31 juillet 2010.

LIRE LA SUITE ICI SUR LE BLOG DE FRANCK JOHANNÈS (Le Monde)

Interpellation

 

Publié le 25 Décembre 2015

25 décembre
entre deux moments
de pauses familiales,
en pensant à celles et ceux
qui en sont exclus.
Interpellation
 
Qui, sans se déjuger sur la totalité de son parcours et ses choix de citoyens, elle ou il engagé autour de valeurs laïques, républicaines et progressistes, oui, qui sera prêt à accorder sa voix et soutenir ceux qui viennent de passer alliance de fait et de fond avec la pire des réactions ?
 
Voter hollande contre le Haine ?
 
Voter Hollande contre sarko 
 
Voter Sarko conte Le Pen ?
 
Qui parmi les forces politiques dites de gôôche appellera à soutenir les héritiers complices de Badinguet, de Pétain en matière d'agression contre les valeurs de la République ?
 
Qui appelera à voter Laval pour éviter Déat ? à Choisir Hollande pour éviter Le Pen quand la presse internationale parlant de notre pays ainsi avilie use sans qu'on puisse les contrer de l'image "François Le Pen" ou "Marine Hollande"?
 
Qui, après ce coup de Jarnac digne de françois l'initiateur, ira accorder son suffrage à quiconque n'aura pas publiquement condamné la forfaiture ?
 
L'École d'Athènes fresque du peintre italien Raphaël, 1511, salle des Signatures au vatican
L'École d'Athènes fresque du peintre italien Raphaël, 1511, salle des Signatures au vatican
 
A Athènes, au fronton de l'Académie Platon avait écrit "Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre
 
Va-t-il falloir graver sur nos huis "que nul n'entre ici s'il n'a condamné l'union sacrée "rose-brun-bleue""?
 
Nous ne savons pas comment cela va évoluer.
 
S'il n'y a pas ressaississement, nous savons où toujours cela mène.
 
Laissons faire et il ya aura des places de vides à noël prochain autour des tables familiales, et plus encore au suivant.
 
Ceux qui ont accepté parce qu'ils n'avaient rien à se repprocher pourront toujours continuer de s'interroger. Mais comme dit en introduction de cette page :
 
Interpellation
En attendant,pour ceux qui ne pensent que par le prisme d'un JT, faites leur connaitre cette pièce jointe. Pluis efficace qu'un gilet parre balles ou qu'une veste de sauvetage :
 
pour ne pas sombrer ni couler. 
 
 

Rédigé par Canaille Lerouge

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

La déchéance de nationalité: une revendication de la droite et de son extrême

Et pour qu'elle soit légale, François Hollande et les siens veulent l'inscrire dans le marbre de la Constitution française. Comme furent légaux l'esclavage, l'inquisition, le colonialisme, l'apartheid où les lois raciales du régime nazi.

Et sans oublier le décret-loi du 22 juillet 1940 du gouvernement pétainiste, pour réviser toutes les naturalisations accordées depuis 1927, date à laquelle on devenait français après 3 ans de domiciliation en France (cinq ans aujourd’hui). Et sans oublier en août 1940 le Statut des Juifs, leur exclusion de la fonction publique, de la médecine, de la magistrature, de l'armée, de l'enseignement et de la presse, jusqu'au port obligatoire de l'étoile jaune.

L'histoire retient que Raphaël Alibert, ministre de la justice pétainiste, réfugié en Belgique à la Libération, sera condamné à mort par contumace, mais gracié en 1959 par le général de Gaulle devenu président de la République. L'histoire retient que le procureur général de la République, lors du procès des dirigeants de l'Etat français collaborationniste en 1945, André Mornet, était membre de la commission de dénaturalisation du régime de Vichy.

« les étrangers ne doivent pas oublier que la qualité de Français se mérite », déclarait Raphaël Alibert, le ministère de la justice de Pétain, le 24 juillet 1940.« Etre Français, ça se mérite », a toujours dit Jean-Marie Le Pen, sans que sa fille ne le contredise. « La nationalité française, ça se mérite. Tous les droits et les devoirs qui vont avec, ça se respecte », assurait Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, le 31 juillet 2010.

La France de François Hollande veut inscrire dans la Constitution le bannissement des Français bi-nationaux, comme si, de plus, un islamo-fasciste se souciait de sa carte d'identité pour imposer un état théocratique liberticide.

La déchéance de nationalité: une revendication de la droite et de son extrême

Publié par Jean Lévy

Fin d’une nation ? Une plante à qui on coupe ses racines meurt, il en est de même des nations

Fin d’une nation ? Une plante à qui on coupe ses racines meurt, il en est de même des nations.
Fin d’une nation ? Une plante à qui on coupe ses racines meurt, il en est de même des nations.

Le blog de fontaine de la politique

 

Après les attentats contre Charli Hebdo, j’avais souligné dans mon blog que leurs auteurs ne remettaient pas seulement en cause la liberté d’expression, mais aussi le contrat social de la République française puisqu’ils avaient grandi en France et qu’ils «se sont laissés convaincre que la souveraineté du peuple n’est rien par rapport à la souveraineté d’un Dieu. » Comment est-ce possible dans le pays des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui puise ses racines dans un lointain passé ? L’éducation nationale aurait-elle failli à sa mission?

 

La graine de la civilisation occidentale s’est formée dans la Cité grecque. Elle a étendu ses rameaux sur les bords de la Méditerranée et de la Mer Noire, dans l’empire d’Alexandre, puis sur l’Empire romain qui les a propagés en langue latine aux peuples de l’Empire d’Occident. En France, après les grandes invasions, le latin a persisté, peut-être en raison de la conversion au catholicisme des peuples barbares envahisseurs. Les Francs, Wisigoths et Burgondes ont peu à peu abandonné la pratique de leur langue germanique pour se rallier à celle de leurs sujets gallo-romains. Dans notre pays la graine originelle de notre civilisation s’est développée à l’unisson avec l’évolution de la langue du peuple.

 

Lorsque, à la fin du Moyen Age, il s’est agi d’assimiler les découvertes scientifiques et géographiques, ce fut vers les racines gréco-latines que se tournèrent les artistes, les savants et les intellectuels. De même, le 18ème siècle et la Révolution Française puisèrent dans l’antiquité des exemples de sociétés républicaines. Les Conventionnels, avant d’arriver dans la salle des séances, passaient sous les regards des législateurs Lycurgue, Solon et autres hommes politiques antiques auxquels de nombreux orateurs faisaient référence. La mode était telle que Babeuf avait pris le prénom de Gracchus. Tout au long de l’histoire de France, l’éducation des enfants et des jeunes gens est restée fidèle aux humanités. L’expansion industrielle n’a pas bloquée cette orientation. Rimbaud rédigeait avec aisance des poèmes, des dialogues en latin.

 

L’effacement de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen devant la Déclaration universelle des droits de l’homme  marque l’entrée dans une ère nouvelle, celle de l’impérialisme des États- Unis. Finie la nation et les humanités. Dés les années 70, les réformes de l’éducation nationale se sont succédées sans répit. Au nom de l’utilitarisme anglo-saxon, les méthodes et les programmes ont favorisé l’économie, l’informatique, … et les langues vivantes comme si la latine et la grecque leur étaient inférieures pour ouvrir la pensée.

 

La langue imprime son génie à ses locuteurs. L’esprit d’un peuple en est le reflet. Par rapport aux langues modernes, expressions de sociétés semblables, les langues anciennes ont l’avantage de nous placer devant un monde totalement différent sur les plans matériels et spirituels. Comment mettre les futurs citoyens en mesure de comprendre et d’apprécier une culture toute imprégnée de références antiques? Comment expliquer l’orthographe sans se référer au latin et au grec qui sont à l’origine du français?

 

Dans cette période difficile, comme l’ont fait les générations qui nous ont précédés, ne faudrait-il pas se tourner vers nos origines humanistes, pour relancer l’attachement de la nation à ses mœurs, à sa culture et à son esprit critique? Or qu’a fait la ministre depuis le mois de janvier? Elle a poursuivi notre soumission à nos maîtres états-uniens par l’étude de leur langue dès l’école primaire, notre déracinement en réduisant la part des langues anciennes au collège et au lycée. Ce sont des orientations politiques sans véritable raison pédagogique : d’après certaines statistiques, le taux de réussite dans les études serait plus grand chez ceux qui ont fait du latin et du grec. On invoque leur appartenance à des milieux favorisés. Mais est-ce si sûr? N’aurait-il pas été préférable de mettre le latin obligatoire à partir de la sixième pour donner à tous les citoyens une culture générale en harmonie avec l’esprit de la nation?

 

« … Après mon certificat d’étude, on m’avait naturellement placé, je veux dire qu’on m’avait mis à l’école primaire supérieure d’Orléans. Monsieur Nody me rattrapa, si je puis dire, par la peau du cou et avec une bourse municipale me fit entrer à Pâques dans l’excellente sixième de Monsieur Guerrier : « il faut qu’il fasse du latin » avait-il dit. Ce que fut pour moi cette entrée dans cette sixième à Pâques, l’étonnement et la nouveauté devant rosa rosae, l’ouverture de tout un monde, tout autre, de tout un nouveau monde, voilà ce qu’il faudrait dire, mais voilà qui m’entraînerais dans des tendresses. Le grammairien qui une fois, la première, ouvrit la grammaire sur la déclinaison de rosa rosae n’a jamais su sur quel parterre de fleurs il ouvrait l’âme de l’enfant. »

(Péguy, L’argent, citation puisée dans Répliques du 14 décembre 2015)

Déchéance et déchéances

 

Jacques SapirPar  · 25 décembre 2015

La proposition d’inscrire la déchéance de nationalité pour les binationaux donne lieu à beaucoup d’approximations, que ce soit dans la presse ou dans les réseaux sociaux. On va tenter de répondre ici à certaines des questions qui ont été posées. Au-delà, il faut s’interroger sur le texte que la gouvernement entend présenter au début du mois de février aux représentants de la Nation. Ce texte contient des défauts immenses qui mettent en doute la volonté réelle du gouvernement quant à sa réaction face à la menace du terrorisme.
 
Le projet a été modifié, faisant tomber certains des arguments contre l’article 36-1. Mais ce qui est dit dans l’art. 3-1 reste tout aussi condamnable. Je maintiens donc ce billet.
 
Qu’est-ce qui sépare en deux les français ?

On prétend que le principe de déchéance de nationalité, parce qu’il s’appliquerait aux seuls binationaux, créerait « deux catégories » de français. En réalité, c’est l’existence de la bi-nationalité, aux côtés de la nationalité simple qui créé d’emblée deux catégories. Certains français sont reconnus comme pouvant exercer des droits politiques dans un autre pays alors que d’autres, l’immense majorité, ne le peut pas. Si donc il y a « création », il faut s’en prendre au principe de la bi-nationalité et le supprimer. Rappelons ici que sauf à reprendre une vision “identitaire” du peuple, celui-ci est une communauté politique. C’est ce qui permet de conférer la nationalité française à un étranger. C’est aussi ce qui permet de lui reprendre cette nationalité s’il ne s’en est pas montré digne.
 
Mais, en Droit, on reconnaît qu’il doit y avoir un équilibre entre les droits et les devoirs pour éviter de créer des citoyens dits « de second zone ». Or, ici, il est clair que les binationaux disposent de plus de droits que les nationaux simples. Jamais ceux qui protestent aujourd’hui contre le principe de déchéance ne s’en sont émus. Le fait que ces binationaux soient astreints, alors, à plus de devoirs (dans le respect des lois de la République) apparaît comme un moyen de rétablir l’équilibre qui avait été rompu lors de la création du statut de la bi-nationalité.
 
Par ailleurs, si le principe de déchéance ne peut s’appliquer aux nationaux simples, c’est en vertu d’une décision de justice internationale à laquelle la France a décidé de souscrire. De ce point de vue, il n’est plus – tant que ce principe reste reconnu dans le Doit français – du pouvoir du législateur de changer les choses. Un législateur qui ne peut remettre en cause un principe ne serait être tenu responsable des conséquences de ce principe. C’est le sens des décisions prises par le Conseil d’Etat sur le projet de révision présenté par le gouvernement[1]. Notons que la Conseil d’Etat a d’ores et déjà validé des cas de déchéance de nationalité[2]. L’idée selon laquelle la décision de déchoir de la nationalité française des binationaux pourrait créer deux catégories de citoyens ne résiste pas à l’analyse. Pour le coup, c’est une déchéance de la raison, c’est remplacer les mots par un contenu idéologique, c’est abdiquer devant l’esprit de parti.
 
C’est au contraire la création du statut de binational qui a créé cette division entre deux catégories de citoyens. La décision du gouvernement ici ne modifie rien, voire ne fait que rétablir un équilibre préalablement rompu en ajoutant un devoir à un statut qui donne en réalité plus de droits.

Le texte du gouvernement

 

Par contre, s’il n’y a rien à dire sur le principe de la déchéance de nationalité, il y en a beaucoup quant au projet de texte présenté par le gouvernement. J’en donne ici lecture avant de le commenter.
 
Projet du gouvernement
 
Après l’article 36 de la Constitution, il est inséré un article 36-1 ainsi rédigé :
 
Article 36-1. – L’état d’urgence est décrété en conseil des ministres soit en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’événements présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique. La loi fixe les mesures de police administrative que les autorités civiles peuvent prendre, sous le contrôle du juge administratif, pour prévenir ce péril ou faire face à ces événements.
 
La prorogation de l’état d’urgence au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par la loi. Celle-ci en fixe la durée.
 
Lorsque le péril ou les événements ayant conduit à décréter l’état d’urgence ont cessé mais que demeure un risque d’acte de terrorisme, les autorités civiles peuvent maintenir en vigueur les mesures prises en application du premier alinéa pendant une durée maximale de six mois. La loi peut permettre, pendant la même durée, aux autorités civiles de prendre des mesures générales pour prévenir ce risque.
 
Article 2
 
Après l’article 3 de la Constitution, il est inséré un article 3-1 ainsi rédigé :
 
Art. 3-1. – Un Français qui a également une autre nationalité peut, dans les conditions fixées par la loi, être déchu de la nationalité française lorsqu’il est définitivement condamné pour un acte qualifié de crime ou de délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme.
 
Dans l’article 36-1, il y a une disposition très discutable, c’est celle qui dit : « Lorsque le péril ou les événements ayant conduit à décréter l’état d’urgence ont cessé mais que demeure un risque d’acte de terrorisme, les autorités civiles peuvent maintenir en vigueur les mesures prises en application du premier alinéa pendant une durée maximale de six mois ». Cela permettrait au gouvernement de faire prolonger les mesures d’exceptions en dehors du cadre de l’état d’urgence. C’est une mesure dangereuse pour les libertés publiques. Les mesures doivent impérativement cesser du moment que cesse l’état d’urgence. Toutes les tentatives pour les prolonger subrepticement sont odieuses. Elles vont à l’encontre même du principe de l’état d’urgence. Ces formulations rendent inacceptables en l’état le texte du gouvernement.
 
Par ailleurs, dans l’article 3-1, la formulation employée manque de clarté et permettrait des usages de la constitution qui sont clairement anti-démocratique. Il s’agit de la formulation suivante : « être déchu de la nationalité française lorsqu’il est définitivement condamné pour un acte qualifié de crime ou de délit constituant une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou pour un crime ou un délit constituant un acte de terrorisme ». La notion « d’intérêts fondamentaux de la Nation » n’est pas définie. C’est une faute grave. De plus les crimes et délits sont rattachés vaguement à la notion de « terrorisme ». Or, on sait quel emploi peut être fait de ce terme. Ici encore, c’est une nouvelle faute grave de la part du gouvernement. La formulation de l’article 3-1 proposé aurait dû être la suivante :
 
Art. 3-1. – Tout français détenteur aussi d’une autre nationalité qui aurait rejoint les rangs de l’organisation se disant « Etat Islamique en Syrie et au Levant », ou d’une organisation apparentée, organisations dont les crimes atroces commis tant en France que dans le monde ont justement révolté le peuple français et dont les pratiques s’opposent aux principes défendus dans la Constitution de la République ainsi que dans son Préambule et violent les principes les plus fondamentaux de l’humanité, s’est mis de lui-même en dehors du peuple français. A la suite d’une condamnation définitive pour ces actes, qu’ils aient été commis sur le territoire national ou à l’étranger, il sera pris acte de sa déchéance de nationalité.
 
La formulation proposée présente plusieurs avantages. Elle vise nommément les crimes commis et ne permet pas d’interprétation abusive. Elle relie ces crimes à des ruptures par rapport aux principes fondateurs de la République (dans la Constitution comme dans le Préambule) ce qui justifie la déchéance de nationalité, elle rappelle que la république ne fait que prendre acte d’un comportement par lequel une personne s’est mise d’elle-même en dehors du peuple français.
 
De fait, le texte dans sa formulation actuelle ne peut être accepté. Non pour les soi-disant raisons de principes qui ont été évoquées et révoquées plus haut.
 
Mais parce que son contenu actuel est liberticide et ne correspond pas au but fixé. Il faut donc appeler les représentants de la Nation qui auront à voter ce texte de l’amender fortement ou de le rejeter. Ce débat est bien plus important, et bien plus nécessaire que le débat sur le « principe » de déchéance de nationalité, principe qui existe déjà dans notre Droit.
 
Amateurisme et manipulation

On voit ainsi que le projet du Président de la République de modifier la Constitution pour consolider l’état d’urgence et pour introduire la déchéance de nationalité contre les auteurs reconnus d’actes terroristes est marqué du double sceau de l’amateurisme et de la manipulation. C’est extrêmement grave. Quand on touche à la Constitution il convient de le faire de manière respectant tant la lettre que l’esprit de cette dernière. La prolongation des effets de l’état d’urgence ne correspond ni à la première ni au second. Quant à l’article portant sur la déchéance de nationalité, il semble avoir été rédigé avec une désinvolture telle qu’il est permis de douter des intentions de ses auteurs. Il y a là une manipulation probable de l’opinion publique.
 
La déchéance de nationalité s’impose face aux crimes auxquels nous sommes confrontés, tant en France qu’au Moyen-Orient. Mais, il faut dire clairement qui est visé et pourquoi il est visé par un texte, sous peine de retirer toute force à celui-ci, et d’affaiblir par la même la Constitution et ses principes fondateurs.
 
Au contraire, le texte pour l’instant proposé par le gouvernement institue une véritable déchéance du Droit et en cela doit être combattu.
 
Notes
 
 
 

Déchéances?

 

Jacques SapirPar  · 24 décembre 2015

 

La proposition d’inscrire la déchéance de nationalité pour les binationaux qui ont été condamnés pour des faits de terrorisme dans la constitution, projet qui avait été annoncé par le Président de la République après les attentats du 13 novembre, suscite le débat. Mais, si débat il doit y avoir il doit porter sur la nécessité – ou non – d’inscrire ceci dans la constitution, nécessité qui n’est en rien évidente, ainsi que sur le fait de limiter cette peine aux seuls binationaux.

 

Les principes

 

Rappelons que le principe de déchéance de nationalité existe déjà dans le droit français[1]. Ce principe existe aussi dans l’ensemble des pays européens. La seule limite, depuis la « loi Guigou » de 1998 est que cette disposition ne peut s’appliquer qu’à des binationaux. Ceci est la conséquence de l’article 15 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme. Notons, aussi, que le Conseil Constitutionnel a validé les articles 25 et 25-1 du code civil sur la déchéance de nationalité et considéré que « les mots « ou pour un crime ou pour un délit constituant un acte de terrorisme » figurant au 1° de l’article 25 et de l’article 25-1 du code civil sont conformes à la constitution »[2]. Il n’y a donc rien de juridiquement scandaleux dans cette mesure. La comparaison entre les déchéances administratives prononcées par le gouvernement de fait de Vichy et ces mesures est particulièrement inappropriée. Elle montre l’incompréhension des questions juridiques et politiques de ceux qui ont formulé cette comparaison, une comparaison qui pose problème quand on sait que certaines de ces personnes sont des élus de la République.

 

Les contradictions des opposants

 

Les oppositions à cette mesure montrent aussi une incompréhension de la nature politique de la nationalité et de la citoyenneté. Dire que l’on ne pourrait retirer sa nationalité à un individu pour des faits condamnés qui l’ont mis hors de communauté politique française reviendrait en réalité à soutenir que l’appartenance au peuple français ne se fonde pas sur une base politique mais sur une base ethnique. Seule une appartenance « fondamentale » au peuple français justifierait que l’on s’oppose au principe de déchéance. Mais, l’idée d’un « fondamentalisme » en la matière est contradictoire avec la conception politique du peuple et de la nation. C’est cette conception politique qui permet, d’ailleurs, de « faire des français » par naturalisation, c’est à dire de reconnaître que des personnes, nées étrangères, puissent s’agglomérer au peuple français, conçu comme un ensemble politique. Les opposants au principe de la déchéance se retrouvent donc sur les positions des « identitaires » les plus extrémistes, et l’on attend, non sans une certaine impatience (sic) qu’ils nous fournissent leur définition « fondamentale » du peuple français.

 

De même, disons tout net que l’argument selon lequel cette mesure ayant été proposée (entre autres) par le Front National ne serait de ce fait pas acceptable est d’une profonde stupidité. Une proposition doit être jugée sur ses mérites et sur rien d’autre. Nous sommes ici en présence d’une déchéance de la raison.

 

Une gestion calamiteuse

 

Il n’en reste pas moins que ce dossier a été très mal géré et par le Président de la République et par le gouvernement. On ne voit pas la nécessité de passer par une modification de la constitution pour inscrire le nouveau motif de déchéance dans la loi. Un vote devant le Parlement (Assemblée Nationale et Sénat) suffirait amplement. Des voix se sont d’ailleurs élevées dans ce sens.

 

On comprend bien que François Hollande veuille capitaliser politiquement sur l’émotion provoquée par les attentats du 13 novembre. En cela il a tort. Le pays attend une réaction de fermeté et de clarté, et non des manipulations politiciennes. François Hollande aura ainsi largement contribué à briser le sentiment d’union nationale qui s’était exprimé après ces attentats.

 

De même, il y a aujourd’hui très clairement un « problème Taubira » au gouvernement. Ce problème ne provient pas des convictions exprimées par Mme le Garde des Sceaux. Au contraire, elle est probablement une des seules personnes ayant des convictions – même si on peut les contester – au sein de ce gouvernement. Mais, en prenant position sur ce projet depuis un pays étranger (l’Algérie en l’occurrence), elle a commis une faute grave. Rappelons donc la « jurisprudence Chevènement » : un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Mme Taubira, si réellement elle est en désaccord avec cette mesure, se doit d’en tirer les conséquences quant à son maintien au gouvernement.

 

[1] Code Civil, section 1, art. 23 et art. 25,

http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idArticle=LEGIARTI0TA000006149955&cidTexte=LEGITEXT000006070721&dateTexte=19960722

 

[2] Décision n° 2014-439 QPC du 23 janvier 2015 du Conseil Constitutionnel,

http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/root/bank/download/cc2014439qpc.pdf

 

Publié par Michel El Diablo

De PLUS en PLUS de PAUVRES en FRANCE

Le rapport entre le niveau de vie des dix pour cent les plus aisés et des dix pour cent les plus modestes resterait toutefois stable à 3,5. (Crédits : reuters.com)

Le rapport entre le niveau de vie des dix pour cent les plus aisés et des dix pour cent les plus modestes resterait toutefois stable à 3,5. (Crédits : reuters.com)

LU SUR LE SITE DE "LA TRIBUNE" :

France : le taux de pauvreté recommence à augmenter

Plus de 14% des Français vivent désormais sous le seuil de pauvreté, c'est-à-dire avec moins de 1.002 euros par mois. Les politiques en faveur des ménages modestes n'ont pas réussi à compenser le ralentissement de la croissance.

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"La baisse des inégalités constatées en 2012 et 2013 ne se poursuivrait pas en 2014". C'est ce que relève l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) sur la base d'une estimation provisoire publiée mercredi 23 décembre. Le nombre de Français vivant sous le seuil de pauvreté (seuil qui se situe à 60% du niveau de vie médian) s'établirait notamment à 14,2% de la population en France en 2014, soit une hausse de 0,2 point après deux années consécutives de baisse, précise l'Insee.

Toujours selon l'institut, le niveau de vie médian et le seuil de pauvreté auraient augmenté l'an passé de 0,2% en euros courants. Le seuil de pauvreté s'élèverait ainsi à 1.002 euros par mois, ce qui correspond à un revenu disponible de 2.104 euros pour une famille composée d'un couple avec deux enfants de moins de quatorze ans.

Les ménages les plus pauvres davantage frappés par la crise

 

L'Insee souligne que les inégalités ont augmenté depuis le début des années 2000, plus particulièrement depuis la crise de 2007-2008, avant de régresser en 2012 et 2013. Mais en 2014 le coefficient de Gini, qui mesure le degré d'inégalité sur une échelle de zéro à un, augmenterait légèrement, de 0,004 point à 0,295. Le rapport entre le niveau de vie des dix pour cent les plus aisés et des dix pour cent les plus modestes resterait toutefois stable à 3,5.

Pour expliquer cette évolution, l'Insee souligne que le ralentissement de la croissance française en 2014 (0,2% après 0,7% en 2013) aurait davantage touché les ménages les moins aisés, du fait notamment de la montée du chômage qui les a davantage frappés. Les baisses d'impôts et les revalorisations de certaines prestations pour les ménages modestes, la hausse de l'impôt sur le revenu ciblée sur les plus aisés, si elles ont diminué le niveau de vie médian et les inégalités, n'ont pas permis de compenser l'impact de la conjoncture.

L'estimation définitive du taux de pauvreté de 2014 sera publiée en septembre 2016.

L'Insee confirme une croissance de 0,3%

 

Par ailleurs, la croissance du produit intérieur brut (PIB) a bel et bien atteint 0,3% au troisième trimestre en France, après avoir stagné lors du trimestre précédent, confirme l'Insee dans une estimation détaillée.

Publié par Michel El Diablo

Et si la « gauche radicale » défendait vraiment les travailleurs !

[Vidéo] Le paysan qui résistait à son expropriation tabassé chez lui et laissé pour mort…

 

24 Décembre 2015

layatt aaa

Dimanche 20 décembre 2015 vers 20 heures 30, l’agriculteur Philippe Layat est agressé à son domicile par trois hommes cagoulés, armés, qui le laissent pour mort après l’avoir frappé.

 

Après trois jours d’hôpital, il témoigne devant la caméra.

 

Tabassage, bombe lacrymogène sur Philippe (et sur son chien !!!), bâillonné au scotch puissant, tir à l’arme à feu, fouille et saccage de la maison, vol des clés pour sortir par le portail principal…

 

Philippe Layat raconte son aggression par pascontent-tv

 

Mais qui est donc Philippe Layat ? La réponse en une minute :

 

Qui est Philippe Layat ? par pascontent-tv

 

Pour en savoir plus sur le méthodes illégales d’expropriation à l’encontre de Philippe Layat :

 

Les méthodes illégales d’expropriation contre… par pascontent-tv

 

Philippe Layat habite un lambeau de campagne grignoté par une ville qui ne cesse de s’étendre. A Décines, dans l’agglomération lyonnaise, l’éleveur a été exproprié, victime collatérale du chantier du futur Grand Stade de Lyon et de l’OL Land, ce complexe de loisirs et de bureaux rêvé par le patron de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas. L’une des routes qui mènera au site coupe ses terres en deux. D’un côté sa ferme, de l’autre les pâturages de ses moutons.

 

Depuis l’annonce de son expropriation, en 2012, il n’a cessé de se battre contre le Grand Lyon, la communauté urbaine responsable des travaux de voirie. Il a même fini en garde à vue. Trois fois. La faute à un caractère bien trempé. Avec son avocat Etienne Tête, également conseiller municipal et régional Europe Ecologie-Les Verts, il a épuisé tous les recours. Les travaux, eux, avancent inexorablement. Tout doit être prêt pour l’Euro 2016 de football.

 

A bientôt 60 ans, l’homme est « dégoûté », « dépité ». A qui profite ce crime ? Quel est le mobile (intimidation, le faire taire, le faire déménager) ? Une chose est sur : la carte bleue, pourtant bien en vue, n’a pas été volée alors que les agresseurs exigeaient de l’argent…

 

POUR SOUTENIR PHILLIPE LAYAT, C’EST ICI : https://goo.gl/PHVRh1

Évasion fiscale : « On a affaire à des oligarchies nationales complètement vérolées »

 

24 Décembre 2015

Par  le 23 décembre 2015

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon - DR

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon – DR

 

Ne vous fiez pas à l’apparence inoffensive de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot. Dans leur dernier ouvrage « Tentative d’évasion (fiscale) », les deux sociologues égratignent une fois de plus nos puissants. Et racontent comment, de Bercy à Genève, la fraude fiscale est désormais un système au service de l’oligarchie. Signe du destin, The Dissident les a rencontrés à Paris, à la station… Luxembourg !

 

The Dissident : Au début de votre essai, on comprend que les affaires Cahuzac et Liliane Bettencourt ont été le déclencheur du livre.

 

Monique Pincon-Charlot : Dans Le président des riches (Zones, 2010) il y a déjà des choses sur les paradis fiscaux. Dans Les ghettos du gotha, il y a l’histoire de la famille Mulliez, propriétaire du groupe Auchan, et de son emménagement à Estaimpuis, en Belgique, à 300 mètres de la frontière française. C’est un sujet sur lequel on se documente depuis le début de notre travail. On a eu des lectures très nombreuses… et très rasoir ! Le sujet n’est pas drôle du tout. Et il y a un an pile, on est partis en Suisse pour ce livre.

 

Qu’y apprend t-on ?

 

Il n’y a aucun scoop : les membres de la noblesse et de la bourgeoisie qui sont cités sont déjà dans la presse. L’intérêt de notre livre, c’est de montrer une classe sociale mobilisée au-dessus de tous les États pour ne pas contribuer à la solidarité nationale.

 

À l’époque des Ghettos du gotha, vous avez eu accès à des cercles très fermés. Aujourd’hui, est-ce plus compliqué d’avoir accès aux informations ?

 

Michel Pinçon : C’est difficile de travailler sur la fraude fiscale ! Dans nos travaux antérieurs, on a eu des informations par des gens de ce milieu. Mais c’est carrément tabou de leur demander comment ils gèrent leur patrimoine, de fraude fiscale, de paradis fiscaux. On a obtenu des informations diverses et variées, souvent de militants. Au Luxembourg et en Suisse, des groupes de résistance dénoncent la connivence de leurs États avec cette fraude fiscale.

 

Le Luxembourg est un des lieux privilégiés de la fraude fiscale. Amazon y a construit son siège social sur une presqu’île, dans la vieille ville de Luxembourg. Il y a juste de quoi loger une cinquantaine de salariés ! Ce n’est pas là où se font réellement les choses. Cela permet tout simplement d’y inscrire les bénéfices d’Amazon et d’être très peu taxé. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a été Premier Ministre du Luxembourg. On a la tête de l’Europe un individu qui un est complice évident de la fraude fiscale. C’est d’un cynisme… Ils sont tous complices : Juncker, Obama, le pourfendeur de la finance que se prétendait Hollande quand il cherchait des voix.

 

Monique Pinçon-Charlot : En 2010, le lanceur d’alerte Antoine Deltour a dévoilé le nom de tous les rescrits fiscaux1 qu’il a pu recopier avant son départ de l’un des big four, c’est-à-dire l’un des quatre plus grands cabinets d’audit financiers, le cabinet PWC. À l’époque, Juncker était ministre des Finances du Luxembourg. Il ne pouvait pas ne pas être au courant. En récompense, l’oligarchie l’a coopté comme président de la Commission européenne. Tandis qu’Antoine Deltour est poursuivi pour violation du secret des affaires et encourt cinq ans d’emprisonnement. Son procès aura lieu en janvier au Luxembourg.

 

Comment remonter le fil de ces évasions fiscales ?

 

Michel Pinçon : Nos sociétés dites démocratiques fonctionnent avec énormément d’interdits, de secrets. En particulier le secret fiscal. En France, on peut consulter les revenus d’une personne auprès de l’administration fiscale. Au bureau des impôts, vous pouvez demander à voir les déclarations fiscales des gens qui habitent votre quartier. Mais on surveille que vous ne preniez pas de notes. Si vous révélez les sommes que gagne telle personne, vous êtes automatiquement condamné à une amende correspondant au montant de ce que vous avez révélé. Si vous dites que Monsieur Untel a déclaré 2 millions de revenus l’année précédente, vous êtes imposé de la même somme. Ça refroidit les tentatives de révélation ! Pour les fraudes fiscales, ce sont des documents secrets auxquels même les employés des impôts n’ont pas accès. C’est le secteur bancaire qui garde ces documents à l’abri.

 

Monique Pinçon-Charlot : Il y a une multiplication des secrets : secret fiscal, secret bancaire, secret des affaires. Dès qu’on touche aux problèmes de la défense, c’est le secret défense. Le travail d’investigation peut toujours tomber sous le coup du secret des affaires. Être lanceur d’alerte relève de l’exploit. S’est mis en route un système de protection des lanceurs d’alerte, qui n’est pas encore parfait. Ce sont des grains de sable dans la machine oligarchique de ceux qui dorment dans les beaux quartiers.

 

Et le rôle des services fiscaux contre les fraudes ?

 

Monique Pinçon-Charlot : Tous les grands procès en cours – UBS France, HSBC France ou le Crédit mutuel – ne sont jamais le résultat de la traque des services fiscaux de Tracfin. Ces informations peuvent venir d’un conflit familial : les 80 millions d’euros de Liliane Bettencourt non déclarés en Suisse ont été révélés par le procès initié par sa fille. Elles peuvent aussi venir de lanceurs d’alerte comme Stéphanie Gibaud, Nicolas Forissier, ou Olivier Forgues à UBS France.

 

Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, il y a une machine de guerre très sophistiquée. Dans le reportage sur le Crédit Mutuel 2, les spectateurs ont vu le système des poupées gigognes. On part d’un compte numéroté pour construire des sociétés écran, on fait des fiducies en utilisant des noms d’écrivains comme pseudonyme. Seul le chargé de clientèle connaît le véritable nom du client. Ça, ce n’est pas informatisé ! UBS France a démarché sur le sol français des Français pour rapatrier leurs avoirs en Suisse. Ils avaient des « carnets du lait ». C’est-à-dire une double comptabilité.

 

 

Dans votre livre, vous expliquez comment un directeur de la Direction nationale d’enquête fiscale (DNEF) a été placardisé pour avoir voulu traiter le cas Falciani (ancien salarié de HSBC, qui a livré des informations sur 130 000 comptes appartenant à des exilés fiscaux présumés).

 

Monique Pinçon-Charlot : On a pu interviewer de façon anonyme six inspecteurs des impôts qui témoignent du fait qu’ils ne peuvent plus vraiment faire leur travail. Dès qu’il s’agit d’une personnalité, tout est cloisonné. Ils n’ont pas accès à l’ensemble des informations. Il y a toute une machine, qu’on décrit dans le chapitre sur Bercy, faite pour préserver les intérêts des plus riches.

 

On apprend aussi que les paradis fiscaux ne sont pas toujours là où on le croit…

Ed. Zones, 2015

Michel Pinçon : Les entreprises se réfugient dans des îles où elles ne font rien à part engranger des bénéfices sans payer d’impôts. Les îles Vierges britanniques, les Bermudes… une dizaine d’îles au total. Mais c’est trompeur. L’un des paradis fiscaux les plus importants est le Delaware, ce petit État américain entre New-York et Washington. Il y a plus de sociétés que d’habitants. C’est un paradis fiscal sous la houlette du gouvernement américain. C’est un secret de polichinelle. Dans une des éditions du Bottin mondain, il y avait une publicité pour les facilités fiscales qu’offre le Delaware aux Français. Il y avait même une adresse à Paris ! Depuis qu’on l’a signalé, elle a été fermée. Mais ça continue de fonctionner sous une autre bannière. C’est étonnant, puisqu’Obama se veut pourfendeur des inégalités… Mais il ne parle jamais du Delaware !

 

Monique Pinçon-Charlot : Il n’a toujours pas signé l’accord historique du 29 octobre 2014 à Berlin, dans lequel quatre-vingt-dix pays ont ratifié l’échange automatique d’information entre administrations fiscales. Mais pas les États-Unis. La fameuse loi TAFTA élaborée sur recommandation de Barack Obama est à sens unique. Sous peine de ne plus avoir d’activités aux États-Unis, tous les pays du monde doivent déclarer les citoyens américains qui ouvrent des comptes non déclarés. Par contre, le Delaware n’est pas tenu à une réciprocité. Il y a une guerre fiscale. Et les États-Unis veulent détourner l’argent de l’évasion fiscale à leur profit.

Ed. Zones, 2015

Quelle morale peut-on tirer de tout ça?

 

Michel Pinçon : Une conclusion de notre livre, c’est qu’on a affaire à des oligarchies nationales complètement vérolées. C’est le Monopoly ! Ce sont des gens qui n’ont plus aucun sens du bien commun, comme il y en avait encore sous la IIIème ou IVème République. Enrichissons-nous ! C’est vraiment la morale des politiques d’aujourd’hui.

 

Monique Pinçon-Charlot : La violence des riches est opaque. Tandis que l’histoire de la chemise du DRH d’Air France, ça c’est visible ! Ça permet de criminaliser le salarié. On traite de voyous les travailleurs d’Air France. Pour gagner des millions d’euros, le PDG de Wolkswagen a fait une énorme fraude, avec des conséquences terribles pour le réchauffement climatique. Le Figaro a parlé de « tricherie ». Vous voyez la différence : voyou d’un côté, tricheur pour les grands de ce monde.

 

Qu’est-ce qui vous donne malgré tout des raisons d’espérer?

 

Michel Pinçon : Il y a des initiatives citoyennes, des rassemblements de magistrats, de fonctionnaires des impôts, avec des associations. Une plate-forme sur les paradis fiscaux regroupe une vingtaine d’associations comme Attac. Le mouvement Solidarité en Suisse nous a bien surpris. Quand on est sortis de la gare de Genève, pendant notre enquête, la première chose qu’on a vu ce sont des affiches : « À bas les forfaits fiscaux, les riches doivent payer leurs impôts. » Avec nos valises à roulette, on s’est dit : « Tiens c’est bizarre, on est attendu s! » On n’avait pourtant rien dit à personne. En fait, Solidarité en Suisse avait fait une votation [pour demander l’abolition] des forfaits fiscaux, qui font que les étrangers – contrairement aux Suisses – peuvent ne pas payer d’impôt sur leur patrimoine en Suisse.

 

Notes :

1 Un rescrit fiscal peut faire prévaloir la sécurité juridique du contribuable et lui permettre d’obtenir un régime fiscal particulier. Le « Lux Leaks » révélé en 2014 met en cause une liste d’accords fiscaux entre l’administration luxembourgeoise et des entreprises pratiquant l’évasion fiscale.

 

2 Initialement programmé sur Canal +, ce documentaire a été censuré par Vincent Bolloré, proche du patron du Crédit Mutuel, Michel Lucas. Il a finalement été diffusé par France 3 dans le magazine Pièces à conviction.

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