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Politique Européenne

En Pologne, des résistances à la « décommunisation »

 

 

20 Novembre 2017

En Haute-Silésie, habitants et élus montent  au créneau contre le révisionnisme historique. Non la Pologne ce n’est pas seulement ces abominables manifestations mêlant la haine du juif à celle de l’immigré et du communiste, c’est aussi le refus des Polonais de l’oubli de la naissance de leur nation dans la Pologne populaire. C’est cela que je veux affronter avec Monika, comme nous avons décidé avec Marianne de nous confronter à cette montée du fascisme comme réponse du capital à ce refus de l’oubli

 

(note de danielle Bleitrach)


Résultat de recherche d'images pour "Jerzy Ziętek et Edward Gierek"

 

Un engagement sans faille au service de la modernisation et de l’essor industriel de la Silésie. La popularité des dirigeants communistes Jerzy Ziętek et Edward Gierek (ici en compagnie de leur épouse) reste forte à Sosnowiec et Katowice.

 

En 2002, à l’initiative de « l’Association Edward Gierek et de députés, un rond-point de Sosnowiec avait été baptisé du nom d’Edward Gierek », souligne Rafał Łysy, porte-parole de la municipalité de Sosnowiec. Originaire de cette ville de Haute-Silésie, Edward Gierek (1913 – 2001), ancien mineur de charbon dans le nord de la France, avait dirigé la Pologne populaire de 1970 à 1980. Cette place circulaire est aujourd’hui menacée de débaptisation en vertu de la loi dite de « décommunisation » votée, l’an dernier, par les députés du très réactionnaire parti Droit et Justice (PiS). Le voïvode (préfet) a jusqu’au 2 décembre 2017 pour statuer.


Récemment, il a fait parvenir à la municipalité un courrier la sommant de changer le patronyme du rond-point. En dépit de cette injonction, Arkadiusz Chęciński, le maire de Sosnowiec, et les élus opposés à ce projet, tiennent bon. La municipalité ne répondra pas à ce diktat car « consultée, la population est favorable au maintien du nom », poursuit Rafał Łysy. En juin dernier en effet, 97, 3 % des 13 000 habitants qui ont pris part au référendum organisé par la Ville, se sont en effet prononcés contre la débaptisation. Et pour cause ! Le nom de Gierek reste associé au développement le plus dynamique de la ville depuis sa fondation.

 

A Katowice aussi

 

Les années 1970 ont ainsi offert à Sosnowiec de se doter d’infrastructures (transport, logements, etc.) synonymes d’amélioration des conditions de vie des habitants. Au point qu’Adam Gierek, député européen, estime que la mémoire de son père ne serait pas mise en danger par une éventuelle débaptisation tant serait fort le lien unissant Edward Gierek à la population locale un brin nostalgique de cette période faste. Un lien aux multiples dimensions tant sentimentales qu’émotionnelles et culturelles…

 

A noter qu’à une poignée de kilomètres plus au sud, à Katowice, le voïvode a aussi maille à partir avec la municipalité et des habitants attachés aux diverses formes d’hommages rendus dans l’espace public (monument, rue…) à Jerzy Ziętek (1901 – 1985), un autre homme fort de la Pologne populaire. On lui doit notamment la création du parc régional de culture et de loisirs, véritable « poumon vert » de la Silésie. Ici, le général Jerzy Ziętek est aussi considéré comme un héros, pour sa participation aux insurrections silésiennes à caractère patriotique et antiallemand (1919 – 1921).

 

L’épreuve de force est donc engagée avec Jarosław Wieczorek, le voïvode ! Un représentant de l’Etat, qui, selon le site Wyborcza.pl, douterait d’ailleurs du bienfondé de sa démarche. C’est dire…


Jacques KMIECIAK
en collaboration avec Alina HORBIK

Espagnols, le franquisme n’est pas (encore) mort

 

20 Novembre 2017

http://www.publico.es/politica/20-n-espanoles-franquismo-no-muerto.html

 

Cet article montre comment la crise catalane s’inscrit sur celle d’un passé qui a été étouffé, dans lequel les élites et les forces économiques longtemps uniquement au main des franquistes ont subi peu à peu une érosion. Celle-ci est lié aux initiatives protestataires des victimes mais y compris selon l’auteur à la crise immobilière, celle des subprimes qui a vu apparaître aux côtés des anciens gestionnaires franquistes des investisseurs internationaux.  Il y a eu une combinaison de vecteurs sociaux, économiques et politiques pour que s’ébranlent les structures du pouvoir consolidées durant les quarante années de dictature et perpétuées, normalisées dans les quarante ans du post-franquisme. Une telle analyse est très intéressante parce qu’elle témoigne de la manière dont les temps de l’histoire dans le contexte de la crise du capitalisme qui ne cesse de s’approfondir en vagues successives est en train d’ébranler notre vieux continent et ce qu’on croyait être une construction européenne stable

 

(note et traduction de Danielle Bleitrach)


Le dictateur Francisco Franco et le prince d'alors des Asturies et aujourd'hui le roi émérite Juan Carlos de Borbón, dans un acte célébré 59 jours avant la mort du premier.

Le dictateur Francisco Franco et le prince des Asturies et aujourd’hui le roi émérite Juan Carlos de Borbón, dans une manifestation publique intervenue  59 jours avant la mort du premier.

 

MÁS INFORMACIÓN

Qu’est-il advenu du franquisme  au cours des 40 années qui ont suivi la mort du dictateur, le 20 novembre 1975, a-t-i agonisé  ou a-t-il persisté? La question est plus simple que la réponse, encore moins si l’on s’enfonce dans les paradoxes de réalité qui veut que celui qui occupait  des postes dans le ministère des finances  sous la dictature préside aujourd’hui le Comité mixte sénatorial de la sécurité nationale.

 

C’est ce  qui fait de l’ancien ministre des Affaires étrangères, José Manuel García-Margallo, l’un des trois députés de 1977, encore dans la fonction publique après Soledad Becerril le défenseur du peuple, un symbole (quelque chose « représentatif d’une entité, d’une idée d’une certaine condition »), ou peut-être un symptôme ( « signal ou indication que quelque chose se passe ou va se passer » ), de cette période historique connue comme la Transition, dont la naissance n’a jamais été localisée, bien que soient patents les liens avec l’administration de Franco de la majeure partie de ses protagonistes , et dont la fin, quatre décennies plus tard, n’est toujours pas envisagée.

 

Cependant, commencent à s’accumuler les indicateurs d’une éventuelle fin proche. Entre autres,  le fait que neuf groupes parlementaires se réunissent pour légiférer sur la fin de l’impunité des crimes de Franco en modifiant la loi d’aministie  ou que le Congrès ouvre la porte à  l’annulation des procès politiques sous la dictature. Ou, également, que les trois institutions comme le Congrès, le Parlement de Galice et de la municipalité de Saint Jacques, dans ce cas par voie judiciaire réclament à la famille du dictateur qu’elle rende deux statues de la cathédrale de Saint jacques volées dans les années soixante juste après leur acquisition par le consistoire.

 

« Beaucoup de grandes entreprises sont issues du franquisme » 

 

« Pour pouvoir tourner la page nous devons d’abord y écrire et la lire » dit le politologue et professeur à l’Université de Saragosse Cistina Monge , qui montre comment le changement de régime n’a pas eu d’ incidence sur les structures économiques ou sur leurs centres de pouvoir, ni sur les secteurs clés de l’Administration.

 

« La corrélation des forces et le moment historique ne permettait pas d’aller plus loin, et de nombreuses questions telles que la structure territoriale du pays, le traitement des victimes de la guerre ou de la conception d’un État-providence aux normes européennes, n’ont pas été  résolues » écrit-il

Il est intervenu quelque chose de similaire  avec les structures économiques. « De nombreuses grandes entreprises dans l’Ibex 35 viennent du franquisme, et dans certains cas , du temps de Primo de Rivera , » explique le sociologue Rubén Juste, qui rappelle  la façon dont « la majorité  des bases des principales sociétés ont  été fondées au début des années 40  , avec l’expansion des travaux publics après la guerre.  » En fait,   de ceux qui ont intégré l’indice boursier sélectif seul ACS est né après la dictature, bien que son origine soit OCISA (1942), alors que Acciona est le résultat de la fusion de Entrecanales (1928), Cubiertas(1918) et MZOV ( 1862).

 

Cependant, dans les deux cas, les processus sociaux et économiques connaissent une certaine évolution  dans les structures enracinées dans le franquisme que la Transition a perpétuée  et  qui selon les experts démarrent, respectivement, entre 2007 et 2011 et en 2010.

 

Les nouvelles élites

 

« Nous devons parvenir à un consensus sur le fait que cette première transition est  close à un moment précis,  qui pourrait être en 1982, avec la victoire électorale du PSOE », explique Monge. « Mais cette transition a laissé les choses non résolues auxquelles d’autres ont été ajoutées, dans une situation qui est devenue claire à partir de 2007 et avec les 15-M, qui ont commencé la deuxième transition en 2011 » .

 

Maintenant, ajoute-t-il, « nous prenons un pouls avec cet établissement , tandis que, avec une gauche en retrait, la droite croit qu’elle a beaucoup donné  et veut en récupérer une partie , comme le montre la tendance recentralisatrice du modèle teritorial. »

 

Dans le domaine économique, explique Juste, « les grandes familles du franquisme continuent de diriger les entreprises jusqu’à ce qu’en 2010 ses membres commencent à être remplacés par des investisseurs et des gestionnaires ». Le changement de tendance est dû à l’émergence des fonds d’investissement internationaux avec la crise des caisses d’épargne qui, lorsque la la fusion et les processus bancaires se déclenchent  à la  suite de leur crise généralisée,  cessent de financer les anciennes entreprises de construction issue du franquisme après avoir soutenu leur  expansion internationale en tant que gestionnaires de services publics.

 

.A ce stade, où les nouveaux bailleurs de fonds commencent à imposer des conditions et des contrôles inconnus au moment des caisses, succède   un avenir incertain dans lequel le déclin de certaines de ces entreprises, avec la sortie de l’Ibex 35 de OHL et Abengoa (dont le second créancier est l’Etat pour les prêts Caja Madrid) comme des épisodes exceptionnels, coexiste avec la force dans le monde des fonds d’investissement d’une nouvelle élite, dans lesquelle on trouve des  noms de famille près de pouvoir depuis des décennies comme Aznar ( Haya Real Estate est l’ une des principales sociétés immobilières du pays), Aguirre ( de Aguirre Newman) ou même Primo de Rivera, avec des intérêts dans des sociétés financières et dans les médias.

 

Absence d’une histoire commune

 

Pourtant, malgré la persistance de connexion normalisées et légales avec le franquisme comme le maintien en charge de neuf maires qui ont reçu l’onction avant la mort du dictateur, la validité des dizaines de lois promulguées pendant la dictature ou la transmission une couronne attribuée par Franco et assumée par la Constitution, se multiplient les initiatives de déconnexion et de révision par rapport à cette époque, avec de part ou d’autre la vindicte de ceux qui ont souffer et l’ont  payé de leur vie et de leur liberté multiplient les initiatives.

 

Parmi celles-ci  figurent les initiatives pour exhumer le cadavre du dictateur de la de la Vallée des Morts, pour récupérer les corps des victimes de la guerre et de la dictature et réhabiliter ceux qui ont subi des  représailles, ou des initiatives  qui remettent en cause des questions telles que les relations entre l’Etat et l’Eglise catholique .

 

Bien il y a des franges plus ouvertes pour surmonter la vague du franquisme : l’utilisation partisane des symboles comme le drapeau de l’Etat, les complexes sur le nom même de l’Etat et  l’absence, encore, d’un historique de l’acceptation généralisée de ce qui est arrivé dans les quarante ans de dictature  et dans les quatre décennies qui ont suivi.

 

Pour l’OTAN : avec la résurgence de la Chine et de la Russie, le risque d’un conflit majeur atteint des sommets

 

20 Novembre 2017
Ce genre de constat émanant de l’OTAN rappelle ce constat pessimiste d’un psychanalyste:  « les paranoïaques finissent par avoir des ennemis » et effectivement dans ce cas nous risquons le pire
 
(note de Danielle Bleitrach)

Un représentant de l’alliance atlantique a souligné qu’on assistait au transfert du pouvoir militaire et économique mondial à ces deux pays.

 

OTAN: Avec la résurgence de la Chine et de la Russie, le risque d'un conflit majeur explose

 
Un soldat chinois lors d’une manœuvre antiterroriste russo-chinoise à Tcheliabinsk, le 11 août 2007.
Pavel Gerasimov / Reuters
 

Jeudi dernier, un représentant de l’OTAN a déclaré que le « risque d’augmentation du conflit interétatique a augmenté » ces dernières années, rapporte The Hill.

 

« La Chine profite de son rôle économique pour augmenter les dépenses de défense comme base de sa stratégie vers la puissance mondiale croissante », a déclaré le général Denis Mercier, commandant en chef de Allied Transformation, intervenant dans un centre d’étude du Conseil Atlantique.

 

« L’Inde suit le même chemin et pourrait atteindre un statut comparable à moyen terme », a ajouté M. Mercier, ajoutant que « la Russie réémerge avec la volonté de redevenir une puissance majeure, remettant en cause l’ordre établi depuis la fin de l’ancienne Union Soviétique.  »

 

Le général a résumé les résultats du dernier rapport « Strategic Foresight Analysis » ( Strategic Foresight Analysis ) en le comparant avec le premier rapport de cette série, publié en 2013.

 

Mercier a souligné certaines des principales tendances, notamment le transfert de la puissance militaire et économique dans le monde, de l’Amérique du Nord et de l’Europe occidentale à des pays comme la Russie et la Chine.

 

Les chars traversent la place Rouge lors du grand défilé de la victoire pour le 72e anniversaire de la défaite du nazisme, le 9 mai 2017. / Maxim Shemetov / Reuters
 

L’analyse stratégique prospective de cette année met en lumière les « actions d’une Russie renaissante en Europe de l’Est et d’une Chine plus ferme dans la mer de Chine méridionale, qui utilisent à la fois des instruments de puissance et de puissance douce». «soft power») pour atteindre leurs objectifs politiques ».

 

Le rapport souligne que la Chine et la Russie ont parmi les budgets militaires les plus importants au monde en termes absolus. En outre, il prédit que « les économies des pays d’Asie et du Pacifique atteindraient jusqu’à 60% de l’augmentation de l’acquisition de ressources pour la défense, la recherche et le développement mondial et 30% de toutes les acquisitions militaires d’ici 2020 » .

 

En outre, le rapport souligne que « les ambitions stratégiques à long terme de la Russie et sa politique de retour au pouvoir» poussent l’OTAN à adapter ses capacités et sa préparation.

 

La Russie a exprimé à plusieurs reprises son inquiétude sur l’activité de l’OTAN, qui augmente sa présence militaire près de ses frontières, brandissant le prétendu besoin de « contenir l’agression russe », ce que Moscou nie catégoriquement. Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a assuré que la Russie ne représente une menace pour personne même si elle ne va pas négliger les actions potentiellement dangereuses pour ses intérêts.

 

Les légionnaires du Christ reconnaissent avoir eu des comptes dans les paradis fiscaux

 

16 Novembre 2017
 
Mardi 14 novembre 2017  12h17

La reconstruction communiste avance en Italie. Nous travaillons à une unité sans reculade

 

 

15 Novembre 2017  

Vidéo 

 

Le Bureau politique du Parti communiste se félicite du résultat de la mobilisation massive du samedi 11 novembre, qui a vu cinq mille travailleurs, jeunes, retraités et sans emploi, participer à la manifestation  dirigée par le CGF. Un résultat incontesté de ces temps, celui qui a vu le retour d’une manifestation communiste, pour  la lutte contre les politiques gouvernementales, pour le retrait  de l’Italie de l’Union européenne et de l’OTAN, réitérant la perspective de la révolution socialiste dans le centenaire de Grande Révolution Socialiste d’Octobre. Nous remercions toutes les organisations régionales et la Fédération romaine pour l’organisation de l’événement et l’effort fourni. Sur le nom du Parti, nous faisons quelques brèves considérations à ce jour, qui marque une avancée majeure sur la voie de la reconstruction communiste;

 

 

1. La manifestation était la meilleure réponse à tous ceux qui avaient réclamé une interdiction de la manifestation et à l’approbation des lois sur la dénonciation du communisme. Elle a été précédée dans la presse réactionnaire, d’une une campagne de propagande anti-communiste contre la tenue dela dite manifestation.  Des signes inquiétants sont venus des municipalités du centre-nord de l’Italie où des motions anticommunistes ont été discutées ou même approuvées. La grande mobilisation du samedi 11 novembre, après celle de Soragna et de Reggio Emilia, est un signal clair contre ces politiques;

 

2. La protestation sociale doit faire réapparaître l’horizon stratégique du changement révolutionnaire dans les rapports sociaux et le système politique qui reflète de telles rapports. Pour cette raison, manifester pour le centenaire de la Révolution d’Octobre, ne veut pas dire faire de simples commémorations, mais revendiquer la perspective finale de notre lutte: le renversement du capitalisme et la construction du socialisme, la seule alternative réelle pour les travailleurs et les masses. C’est la tâche principale des communistes aujourd’hui: ne pas revenir à de simples revendications intermédiaires, mais relier des objectifs immédiats et médiatisés à une stratégie d’accumulation de forces pour renverser le système. La lutte idéologique n’est pas nostalgique mais fait partie intégrante de nos tâches.

 

3. La manifestation le samedi 11 novembre montre que les communistes ne devraient pas attendre et il doivent chasser les forces opportunistes, les coalitions des partis sans avenir, les appels des dizaines d’initiales signataires vides, il s’agissait de convoquer une manifestation de la lutte. Toute accusation de marginalisation tombe devant l’évidence des chiffres observés hier sur la place, qui ne sont certainement pas mineures par rapport aux manifestations habituelles dans lesquelles on voit diverses forces communistes. La stratégie concernant le travail dirigé vers la classe ouvrière et vers la jeunesse paie plus que mille réunions non concluantes et se déroulant  entre des structures qui s’auto-représente;

 

4. La responsabilité que nous donne ce samedi incite le Parti à renouveler la proposition déjà avancée par son bureau politique sur la voie de l’unité communiste.  L’événement d’hier aurait pu être un premier pas dans cette direction, mais cela ne s’est pas produit. Nous regrettons le choix des autres forces communistes d’ignorer l’appel lancé par l’EGF  en juin dernier, et de se retrouver dans une contre-manifestation le même jour – convoquée à la date du défilé communiste déjà annoncé – mais la comparaison s’est faite en notre faveur. Une proposition est maintenant plus que jamais devant de la scène politique, appelant les communistes à ne pas attendre les décisions des opportunistes et des forces sociales-démocrates, mais de prendre un rôle de premier plan, qui vise à la construction d’un camp autonome des communistes.  Nous sommes convaincus avec Lénine que l’unité qui doit être recherchée est celle des communistes avec les communistes, et non entre les communistes et les opportunistes ou sociaux-démocrates. Sur cette route, nous continuons à avancer, en ligne avec nos thèses du Congrès et en renouvelant notre appel aux forces communistes  pour que soit ouvert un débat sérieux sur l’unité communiste;

 

5. Nous faisons appel aux partenaires, déçus par la trahison du leadership opportuniste: il est temps d’entrer dans le jeu. Vous ne pouvez plus rester à la fenêtre à attendre que les communistes reviennent, il faut être présents partout où ils sont nécessaires, le soutien actif et la connaissance, une contribution active, selon les possibilités de chacun, au processus de reconstruction communiste. L’engagement de chacun est un facteur d’accélération indispensable sans lequel la reconstruction communiste se poursuivra plus lentement, dans un contexte d’aggravation soudaine du scénario politique et social;

 

6. L’enthousiasme apporté par l’événement doit être traduit en travail politique, en construisant et en renforçant les luttes, en construisant et en renforçant les organisations locales du parti à tous les niveaux. Ce n’est pas en abandonnant ses positions politiques que les communistes retrouveront la confiance des classes populaires, mais avec un travail politique incessant de lutte, d’enracinement, de leadership. Un vrai parti communiste construit son cadre dans les organisations et les lieux de travail des usines, au centre du conflit de classes. Tout le travail de parti est orienté dans cette direction;

 

7. A cette occasion, le facteur déterminant du succès de la mobilisation a été la jeunesse. La jeunesse est la flamme de la révolution, avec des milliers de jeunes qui apportent des victoires dans les écoles, dans les universités, qui font avancer les luttes et construisent des racines dans les quartiers populaires et en milieu de travail. Les jeunes savent que le capitalisme a produit l’insécurité, le chômage, le travail non rémunéré, l’incapacité d’avoir un droit à domicile et sociaux il y a seulement vingt ans. Les jeunes d’aujourd’hui, n’ont rien à perdre, pourquoi sont-ils si nombreux  malgré des années de diffamation idéologique à devenir communistes et à prendre une part active dans les luttes et dans leur organisation et dans « notre travail pour soutenir l’effort de la jeunesse communiste et construire ensemble les nouvelles générations » ,

 

Bureau politique
Parti communiste
Rome, 12/11/17

 

Voici en complément de ce compte-rendu, la présentation de ce qu’est l’unité recherchée, sous le titre « l’unité avec qui et pourquoi faire ? »

 

Cette question a été soulevée par Pietro Secchia, secrétaire du mouvement communiste italien, elle est toujours la question clé à poser lors de l’examen de l’unité des communistes.

 

Aujourd’hui, dans le mouvement communiste international, et certainement dans notre pays, il existe de sérieuses divergences de vues stratégiques entre les forces qui se réclament du communisme, dont la fragmentation actuelle est la règle. La réflexion des communistes doit commencer par la reconnaissance de ce fait, se rendant compte que l’état actuel n’est pas simplement le produit de personnalités et de malentendus ou de volonté de défendre les petits « jardins potagers », mais le résultat des choix et des contradictions accumulées au cours des années et de divergences stratégiques.

 

Il faudrait simplement se mettre tous ensemble, ce qui a été déjà expérimenté avec Rifondazione Comunista en 1992 (les différences, avait dit Bertinotti sont  un trésor, mais à la fin, cela revient seulement à une certaine confusion) ou pire il s’agirait de lier encore l’unité communiste en question aux échéances électorales, comme cela a été fait par la Fédération de la gauche en 2009.

 

L’unité communiste doit se faire à travers un débat serré sur des questions stratégiques et en recherchant l’unité dans les conflits de classe. Le deuxième Congrès du Parti communiste a tiré les thèses politiques qui sont disponibles à: 

http://ilpartitocomunista.it/wp-content/uploads/DOCUMENTO-II-CONGRESSO-PC-2017.pdf 

nous y exposons notre analyse et la stratégie du Parti, et en particulier ce qui constitue la construction d’un parti révolutionnaire à un stade non-révolutionnaire et comment bien comprendre cette dernière expression.

 

L’Unité communiste est le but de notre document avec des mots clairs qui décrivent notre position. « La question communiste – dit le document – est la question de l’unité des communistes vraiment marxistes-léninistes, qui brise les formes d’opportunisme et rejette toute réduction à des connotations électoralistes génériques et l’agrégation avec les forces de la » gauche », qui relèguent les communistes à une fonction subalterne historique et classique. C’est la question de l’indépendance communiste par rapport aux forces bourgeoises, le profil autonome des intérêts du prolétariat dans le choc des classes nationales et dans sa projection internationale, dans le choc interimperialiste qui le rend irréductible à l’un des champs dans la lutte.  Le Parti doit élever haut le slogan de l’unité, appelant à un chemin commun avec tous les camarades qui se situent dans ce champ. Accroître les initiatives de discussion et de débat, ne pas craindre la confrontation mais valoriser dans la dialectique des positions les perspectives concrètes d’avancement. L’unité n’est rien si elle ne correspond pas à une unité idéologique et à une vision stratégique.  »

 

L’unité est un objectif à poursuivre et pour lequel nous voulons contribuer avec quelques points qui, en termes d’unité et de reconstruction, deviennent indispensables. En particulier:

 

1)    l’autonomie politique des communistes et l’indépendance totale par rapport aux partis qui acceptent le système capitaliste comme horizon. La construction du Parti communiste ne peut pas être réduite à une vision plus radicale au sein du système politique bourgeois, de ses coalitions ou de ses groupes de gauche. Construire le Parti communiste signifie réaliser l’instrument qui détruit ce système. En pratique, refuser toute forme d’alliance électorale avec le Parti démocrate et sortir de toute vision anti-historique de «l’unité des forces constitutionnelles démocratiques». Un rejet net, indépendamment de qui conduit le PD, est exprimé à la fois nationalement et régionalement et localement. Rejeter les alliances avec le PD au niveau national mais ensuite le pratiquer localement s’appelle l’opportunisme. Cela vaut également pour les forces soi-disant de gauche (par D’Alema, en Pisapia, en passant par Vendola) qui peut maintenant tactiquement distingué du PD, mais qui veulent se développer en perspective, puis de nouveau allié avec le PD);

 

2) la centralité de l’analyse léniniste de l’impérialisme,  en tant qu’étape suprême du capitalisme. L’impérialisme ne peut être réduit à l’une de ses phénoménologies, à savoir l’agression militaire. Le mouvement communiste ne peut pas participer de façon stratégique pour l’une ou l’autre déploiement des forces impérialistes dans la lutte et la lutte des communistes est dirigé, tout d’abord, la libération de l’exploitation capitaliste et de son existence dans leur pays par l’Union européenne, de l’OTAN et toutes les alliances impérialistes;

 

3) la nécessité d’abandonner toute illusion sur la réformabilité des institutions de l’UE et sur les mécanismes économiques qui la sous-tendent. Les communistes doivent en Italie affirmer la sortie de leur pays de l’UE. Il ne suffit pas de parler d’une lutte simple pour la dissolution des alliances impérialistes, ne précisant pas comment une telle dissolution peut avoir lieu. Elle doit prendre la responsabilité de pratiquer cette percée de la seule manière possible, à savoir par la lutte pour la sortie unilatérale des alliances impérialistes. En même temps, ils n’appartiennent pas au raisonnement communiste sur l’Europe à deux vitesses, sur les alliances dans les pays du sud de l’Europe, sur la simple sortie de l’euro sans même quitter l’UE. Toutes les alternatives politiques alternatives mais apparemment alternatives, qui seraient en effet favorables aux secteurs du capital, et finiraient par aggraver la condition de la classe ouvrière et des masses;

 

4) la conscience, qui découle directement des points précédents, que l’autonomie politique des communistes doit se réaliser même dans les forces « de gauche ». Il n’y a pas de gauche anticapitaliste en dehors des communistes: parler d’anti-libéralisme n’est pas synonyme d’anticapitalisme, mais pointe vers des visions internes différentes de la logique du capitalisme. Soutenir la réformabilité de l’UE comme le fait le Parti de la Gauche européenne et les forces auxquelles il adhère rend ces positions incompatibles avec celles des communistes. Alors l’unité des communistes et des unités de la gauche ne sont  pas synonymes, et ce ne sont même pas des processus qui peuvent marcher ensemble. Vous n’avez pas besoin de mélanger ces deux mots avec une telle légèreté, car derrière eux il y a des perspectives divergentes incompatibles. Penser à rejoindre les communistes et à rejoindre ensuite la gauche qui a des perspectives stratégiques opposées à nous, c’est l’opportunisme de la  pire espèce;

 

5). Le travail des communistes doit être pleinement orienté vers le soutien et la direction de la lutte de classes, et d’abord dans le travail pour augmenter la conscience de classe ouvrière, leur participation à la lutte. Les communistes doivent être en mesure de créer un bloc social autour des exigences les plus avancées de la classe ouvrière, unissant à elle les couches sociales à risque d’appauvrissement et de prolétarisation, qu’entraîne de plus en plus la domination des grands monopoles ;

 

6) Au niveau du conflit, la critique du travail du syndicalisme confédéral, et en particulier du rôle de la CGIL, doit être claire et impitoyable. La perspective stratégique des communistes ne peut pas s’enliser dans un retour impossible de la CGIL sur des positions de classe, mais doit travailler pour la construction du syndicat de classe, lié au niveau international au FSM, qui représente en fait les intérêts des travailleurs, qui peuvent conduire les travailleurs dans la lutte sans laisser place à des compromis à la baisse qui, dans le cas du syndicalisme confédéral, ont conduit à une position de collaboration;

 

7) le lien étroit entre la reconstruction communiste et les processus de réorganisation du mouvement communiste international. Nous pensons qu’à ce stade, il est nécessaire d’intensifier l’action communiste au niveau international pour répondre à l’attaque principale, également au prix de donner une direction politique à une coordination internationale plus stricte. L’adaptation dialectique aux conditions nationales, qui doivent également être présents dans les tactiques de développement des parties, ne peut pas conduire à des torsions stratégiques qui finissent par justifier tout et le contraire de tout, au nom des routes nationales présumées au socialisme;

 

8)  la nécessité de faire face à l’expérience du mouvement communiste de notre pays et en particulier à l’histoire du Parti communiste italien. Ce serait un mauvais service pour le processus de reconstruction communiste de s’enfermer dans une vision religieuse de l’histoire du PCI et de ne pas analyser ses erreurs. En particulier, nous ne pensons pas d’unité communiste sans claire condamnation de l’eurocommunisme, l’acceptation de « parapluie de l’OTAN », le compromis historique de la politique et de la solidarité nationale, éléments centraux du processus de transformation PCI en une force socialdémocrate. En même temps, sert une autocritique impitoyable sur la période qui a suivi la dissolution du PCI, et le processus de construction de la République populaire de Chine. Il critique l’éclectisme et l’opportunisme dominant de ces années, et en particulier la reconnaissance de l’erreur historique de la participation communiste au gouvernement central.

 

9)  Ne pas lier l’unité communiste à de simples perspectives électorales. Cela ne signifie pas que les communistes d’aujourd’hui, en toute autonomie et indépendance par rapport à d’autres forces politiques, ne peuvent et devraient utiliser l’instrument des élections, et peut-être des postes dans des institutions telles que le porte-voix de son action dans le conflit de classe. Etre autonome et indépendant, c’est aussi ne pas déléguer à d’autres forces (comme le font certaines organisations communistes avec les Cinq Étoiles ou les forces de gauche) mais être eux-mêmes dans leurs propres batailles. En un mot, utiliser les élections, les médias, les institutions de construction de partis et le renforcement de la lutte des classes.

 

10) d’énoncer clairement que le but des communistes est le renversement du système capitaliste et la construction du socialisme, et d’agir conformément à cette déclaration. Les communistes ne limitent pas leurs actions à la défense des gains temporaires, mais ils relient chaque combat concret au processus d’accumulation des forces révolutionnaires. Il n’y a pas d’alternative entre le capitalisme et le socialisme et il n’y a pas de phases intermédiaires.

 

Cent ans après la Révolution d’Octobre, nous sommes conscients des grandes difficultés des communistes au moment où les contradictions du capitalisme dans le monde et dans notre pays sont si claires. Le capitalisme est aujourd’hui incapable de fournir un avenir sans l’exploitation, le chômage, l’aggravation des salaires et des conditions de vie, la guerre, le contraste sans équivoque avec l’environnement et la nature finie des ressources de la planète. L’actualité de la question communiste est aussi un effort pour l’unité des communistes, à condition que ces processus soient orientés dans le sens inverse de ce qui a été fait pendant ces années. Nous voulons l’unité des communistes, à partir d’une cohérence stratégique et idéologique, qui a pour prémisse de critiquer les erreurs du passé. Mais nous rejetons toute proposition d’unité ou de dialogue de l’expéditeur avec les forces de gauche et de centre-gauche, peut-être lors des élections. Une perspective qui signifierait reléguer les communistes à la queue des projets perdants, qui trompent les travailleurs, et qui sont parfaitement alignés avec le pouvoir capitaliste sur les dictats de l’UE et de l’OTAN, en échange d’une place dans les institutions.

 

Dans ces conditions et à partir d’un travail conjoint concret, nous avons établi l’unité entre le Parti et le Front de la Jeunesse Communiste et nous considérons que ce modèle sera suivi à l’avenir. Conscient de l’insuffisance des forces existantes, à commencer par nous, nous sommes prêts à remettre en question notre organisation à condition que cette utilisation provoque une avancée et non un pas en arrière sur ce qui, bien qu’encore insuffisante, a été construit laborieusement au fil des ans. L’unité avec les communistes, pas avec ceux qui voudraient entraîner les communistes dans le pantano. Un principe sans unité est, au mieux, de la confusion.

 

Rome 22 février 2017

 

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Pour info, la grandeur humanitaire de l'UE et des gouvernements qui la portent...

 

Publié le 14 Novembre 2017

 

...ramenée à des proportions

plus conformes à la réalité

pour info, la grandeur humanitaire de l'UEet des gouvernements qui la portent...
 

"Le soutien de l'Union européenne aux gardes-côtes libyens conduit à l'emprisonnement arbitraire, pour des durées indéterminées, de migrants dans des conditions "inhumaines", a déclaré mardi le Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Zeïd Ra'ad al Hussein.

 

La mission Sophia de l'UE participe à l'entraînement et à la formation des gardes-côtes libyens, auxquels l'Italie a fourni quatre patrouilleurs. L'Italie a également donné à Tripoli plusieurs millions d'euros et un navire de réparation de bateaux pour améliorer l'efficacité de la marine libyenne.

 

Les Libyens ont intercepté en mer près de 20.000 migrants depuis le début de l'année, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Après être reconduits vers les côtes libyennes, les candidats au départ sont envoyés dans des "centres de détention", auxquels des employés des Nations unies ont eu accès.

 

"Les observateurs ont été choqués par ce qu'ils ont vu", a déclaré le Haut commissaire des Nations unies dans un communiqué.

 

Ils ont vu "des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants traumatisés, au visage émacié, entassés les uns sur les autres, enfermés dans des hangars sans accès à des fournitures de base et privés de toute dignité humaine", a-t-il expliqué.

 

Vingt mille personnes sont désormais détenues dans des installations contrôlées par le service de l'émigration de Tripoli, contre 7.000 en septembre, indique l'Onu.

 

Si les agences de l'Onu et autres organisations humanitaires ont accès à eux et s'efforcent de leur apporter des soins et des vivres, Zeïd estime que cela ne suffit pas, car "L'UE et ses pays membres n'ont rien fait jusqu'à présent pour atténuer les atteintes subies par les migrants".

 

Rédigé par Canaille le Rouge

Conférence internationale des partis communistes et ouvriers de Leningrad

100e anniversaire de la grande Révolution socialiste d’Octobre, les enseignements et les taches pour les communistes d’aujourd’hui Intervention du KKE

 

 

par  communistes
 

La rencontre internationale des partis communistes et ouvriers organisée par le KPRF à Saint-Petersbourg (Leningrad) a été un évènement avec la participation de très nombreux partis communistes... à l’exception du PCF. Mieux, le PCF était entièrement absent de toutes les cérémonies organisées à Léningrad ou Moscou pour le centième anniversaire de la révolution du 4 eu 7 novembre dernier... Les communistes Français doivent prendre conscience que leur direction s’est complètement isolée du mouvement communiste international pour se rapprocher d’une gauche européenne institutionnelle...

 

Heureusement qu’une délégation de communistes français à l’initiative de la section de Vénissieux s’est rendu à Moscou et a pris des contacts... (compte-rendu sur http://levenissian.fr) !

 

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Discours du KKE à la conférence théorique internationale des partis communistes et ouvriers « 100e anniversaire de la grande Révolution socialiste d’Octobre, les enseignements et les taches pour les communistes d’aujourd’hui »

 

Une Conférence internationale s’est tenue entre le 11 et le 13 août à Leningrad, organisée par le Parti communiste ouvrier de Russie, sur le thème « 100e anniversaire de la grande Révolution socialiste d’Octobre. Les enseignements et les taches pour les communistes d’aujourd’hui ».

 

Le KKE était représenté par les camarades Giorgos Marinos, membre du BP du CC du KKE et Eliseos Vagenas, membre du CC et Responsable du Département des Relations internationales du CC du KKE.

 

Nous publions l’intervention du KKE ci-après.

Discours du KKE à la conférence théorique internationale des partis communistes et ouvriers « 100e anniversaire de la grande Révolution socialiste d’Octobre, les enseignements et les taches pour les communistes d’aujourd’hui » (Leningrad 11-13/8/2017)

 

Chers camarades,

 

Au nom du CC du KKE, nous remercions le Parti communiste ouvrier de Russie pour l’initiative et l’accueil de notre Conférence d’aujourd’hui.

 

Le Comité central du KKE célèbre le 100e anniversaire de la grande Révolution socialiste d’Octobre. Il célèbre l’événement phare d’importance mondiale du 20e siècle qui a prouvé que le capitalisme n’est pas invincible, que nous pouvons construire une société supérieure sans exploitation de l’homme par l’homme.

 

La Révolution d’Octobre a mis en évidence la puissance de la lutte de classe révolutionnaire, la puissance des exploités et des opprimés quand ils effectuent une fuite en avant et tournent la roue de l’histoire vers l’avant, vers la libération sociale. la classe ouvrière russe, par la Révolution d’Octobre, est venu à réaliser la vision de millions de masses ouvrières-populaires pour une vie meilleure.

 

La Révolution d’Octobre a prouvé la justesse de la pensée léniniste que la victoire du socialisme est possible dans un pays ou un groupe de pays en raison du développement inégal du capitalisme.

 

Dans le même temps, l’Octobre a souligné le rôle irremplaçable de l’avant-garde révolutionnaire politique, du Parti communiste, en tant que dirigeant non seulement de la révolution socialiste, mais de toute la lutte pour le façonnement, le renforcement, la victoire finale de la nouvelle société communiste.

 

La contribution de Lénine et l’expérience des bolcheviks dans la lutte contre l’opportunisme (en tant que vecteur de l’idéologie et de la politique bourgeoise dans le mouvement ouvrier) est d’une grande importance politique et pratique.

 

Dans la pratique, il s’est avéré que la confrontation bien réfléchie et étayée avec les économistes, les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires a été un élément clé dans la mise en place des conditions pour la création d’un parti révolutionnaire, d’un parti de nouveau type, fondé sur les principes léninistes.

 

L’effort systématique pour nettoyer le parti bolchevique de l’opportunisme a donné le pouvoir aux forces révolutionnaires, et (dans les deux ans suivant la 2e Conférence, 1903) a permis au Parti de se préparer et d’assumer un rôle décisif dans la révolution de 1905 et au cours des années de réaction qui ont suivi, en continuant, en adaptant la ligne révolutionnaire aux nouvelles conditions.

 

En septembre 1905, Lénine écrivait en matière du soulèvement à Moscou que « l’éclatement du soulèvement a été une fois de plus étouffé. Encore une fois : Vive le soulèvement », en notant puis en 1906 que « ainsi, rien de plus myope que le point de vue de Plékhanov, repris par tous les opportunistes et selon lequel il ne fallait pas entreprendre cette grève inopportune, il ne fallait pas prendre les armes. » (…) « au contraire, il fallait prendre les armes d’une façon plus résolue, plus énergique et avec un esprit plus agressif ; il fallait expliquer aux masses l’impossibilité de se borner à une grève pacifique, et la nécessité d’une lutte armée, intrépide et implacable ».

 

De 1905 jusqu’à la révolution socialiste victorieuse en Octobre 1917, a été enregistré la différence qualitative, l’écart entre la stratégie du courant révolutionnaire et l’opportunisme des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires qui ont cultivé le fatalisme et ont diffusé des illusions parlementaires, qui ont soutenu le gouvernement provisoire bourgeois établi en février 1917, qui se sont emparés pour une période critique des Soviets et ont essayé de les émasculer.

 

Les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires ont tenté d’empêcher la Révolution d’Octobre et de la mener à la défaite, ils se sont battus contre le nouveau pouvoir ouvrier et ont miné la construction socialiste de façon planifiée ; ce sont ces forces de l’opportunisme qui ont sapé le PCUS en cours de route et ont contribué de manière décisive à la contre-révolution et la restauration du capitalisme en l’Union soviétique.

 

Aujourd’hui, lorsque les conséquences de la contre-révolution frappent douloureusement la classe ouvrière à travers le monde et la pratique a prouvé que le capitalisme engendre des guerres impérialistes, des crises économiques, du chômage, de la pauvreté et des réfugiés, des forces de l’opportunisme parlent sans vergogne de l’« Octobre », essayant en tout cas de miner, de supprimer le caractère socialiste de la révolution d’Octobre et son contribution historique énorme.

 

La vérité est que les forces de l’opportunisme se sont livrées à une activité anticommuniste antisoviétique organisée toutes les années de construction socialiste, derrière la façade de l’eurocommunisme ou de ses branches dans de nombreux pays.

 

Les communistes doivent se souvenir et tirer des leçons.

 

L’opportunisme peut changer du nom et de formes d’organisation et de manifestation, mais dans chaque moment historique il représente un grand danger pour le mouvement communiste, un facteur d’érosion et d’intégration dans le système d’exploitation capitaliste.

 

Camarades,

 

La flamme d’Octobre a conduit à et a accéléré la création d’un certain nombre de Partis communistes, des partis ouvriers révolutionnaires de nouveau type, contrairement aux partis sociaux-démocrates de cette époque, qui avaient trahi la classe ouvrière et la politique révolutionnaire.

 

L’existence et le succès de la société socialiste pendant des décennies, lancée par la Révolution d’Octobre, a démontré qu’une société sans maîtres, sans capitalistes qui possèdent les moyens de production, est possible. Cette conclusion n’est pas annulée par le fait que dans cette période particulière elle n’a pas pu vaincre définitivement la propriété capitaliste et le profit capitaliste.

 

La nécessité et l’actualité du socialisme, la possibilité d’éliminer la propriété privée des moyens de production concentrés résultent du développement capitaliste qui conduit à la production concentrée. La propriété capitaliste implique le freinage du caractère social de la production. La propriété capitaliste annule la possibilité que tous les travailleurs vivent dans des meilleures conditions, socialement organisées, répondant aux besoins croissants de l’homme : travail pour tous sans le cauchemar du chômage, travailler moins d’heures en jouissant de meilleures conditions de vie, l’enseignement étant exclusivement public et gratuit de haut niveau, avec des services de Santé et de bien-être correspondants.

 

Ces possibilités sont générées par le travail de la classe ouvrière dans le capitalisme, et sont élargies par le développement de la science et de la technologie. Cependant, dans une société où ce qui sera produit et son mode de fabrication sont déterminés en fonction du profit individuel, capitaliste, les besoins de la classe ouvrière et des couches populaires sont écrasées. L’essence du problème réside dans le fait que c’est d’autres qui produisent et d’autres qui décident des objectifs et de l’organisation de la production. Les crises économiques cycliques sont dans l’ADN du capitalisme et deviennent de plus en plus profondes et synchronisées, avec pour conséquence la forte augmentation du chômage, l’expansion de nouveau du travail sous-payé et non assuré, la vie avec des droits écrasés, avec des guerres impérialistes pour le partage des marchés et des territoires.

 

La détérioration des conditions de travail et de vie, en dépit de l’augmentation de la productivité du travail, affecte tout le monde capitaliste, et même les États capitalistes les plus développés. Les États capitalistes eux-mêmes, leurs centres de recherche, admettent que le revenu du travail se réduit, alors que les richesses des capitalistes augmentent.

 

Le fait que les conditions de la construction de la société socialiste – communiste sont formées, n’entraîne pas sa réalisation automatique. Une raison importante est que, contrairement aux lois de la nature, le développement social exige l’activité des hommes, dans ce cas, la lutte de classe pour l’abolition de l’ancienne et la construction de la nouvelle société.

 

Le déclenchement de la révolution socialiste (comme toute révolution sociale de l’histoire humaine) nécessite l’émergence d’une condition où la capacité de la classe dirigeante d’intégrer, de supprimer, d’assurer le peuple, affaiblit.

 

Lénine a formulé le concept de la situation révolutionnaire et a identifié les principales caractéristiques objectives et subjectives qui s’accumulent dans la société à la veille de la révolution. Mais, comme l’a souligné Lénine de façon ciblée, chaque situation révolutionnaire ne se transforme pas à la révolution. Ni la réaction de ceux d’en bas, ni la crise de ceux d’en haut n’entraînera pas le renversement, sans le soulèvement révolutionnaire planifiée de la classe ouvrière, sous la direction de son avant-garde consciente.

 

En d’autres termes, pour la manifestation de la révolution ouvrière, la présence de l’avant-garde politique révolutionnaire, du Parti communiste, est nécessaire, qui est équipé de l’élaboration théorique et de la capacité de prédiction des développements, fondées sur la vision marxiste - léniniste du monde, et capable de diriger le soulèvement révolutionnaire de la classe ouvrière.

 

Malheureusement, l’expérience positive de la Révolution d’Octobre n’a pas était assimilée et n’a pas dominé tout au long de l’Internationale communiste. Au contraire, à travers un processus contradictoire, a prévalu de manière significative le concept stratégique qui, en général, fixait l’objectif d’un pouvoir ou d’un gouvernement de type intermédiaire, entre le pouvoir bourgeois et le pouvoir ouvrier, en tant que transition vers le pouvoir socialiste.

 

Aujourd’hui, on peur mieux constater que l’effort complexe de la politique extérieure de l’URSS de retarder en tant que possible l’attaque impérialiste et d’exploiter les contradictions entre les centres impérialistes dans ce sens, est associé à des changements importants dans la ligne de l’Internationale communiste, qui ont joué un rôle négatif dans le cours du mouvement communiste international les décennies à venir. Les changements concernaient le traitement du courant fasciste, l’attitude envers la social-démocratie et la démocratie bourgeoise elle-même. On a l’émergence de la distinction politique des alliances impérialistes de cette période en agressives, comprenant les fascistes, et en défensives, comprenant les forces démocratiques-bourgeoises.

 

Plus précisément, l’estimation sur l’existence d’une aile droite et d’une aile gauche au sein des partis sociaux-démocrates dans les années 30 était erronée, sur laquelle se fondait l’alliance avec eux. Ce fait sous-estimait leur mutation complète en partis bourgeois. Cette fausse distinction a été maintenue après la Seconde Guerre mondiale.

 

Ces changements objectivement enfermaient la lutte du mouvement ouvrier sous la bannière de la démocratie bourgeoise. De même, la distinction des centres impérialistes en pacifiques et en belliqueux masquait le vrai coupable de la guerre impérialiste et de la montée du fascisme, le capitalisme monopoliste. À savoir, la tâche impérative stratégique des Partis communistes de combiner le rassemblement des forces pour la lutte pour la libération nationale et la lutte antifasciste avec la lutte pour le renversement du pouvoir bourgeois, en utilisant les conditions de la situation révolutionnaire formées dans plusieurs pays, n’a pas été mise à la lumière.

 

En général, dans les élaborations stratégiques de l’Internationale communiste, le caractère de l’époque a été sous-estimé et l’identification du caractère de la révolution sur la base de la position d’un pays capitaliste dans le système impérialiste international a dominé. À savoir, le plus bas niveau de développement des forces productives d’un pays par rapport au plus haut niveau atteint par les principales forces du système impérialiste international, et le rapport de force négative à l’égard du mouvement ouvrier révolutionnaire, ont été adoptés à tort en tant que critère pour identifier le caractère de la révolution.

 

Mais le développement inégal des économies capitalistes et les relations inégales entre pays ne peuvent pas être supprimés dans le cadre du capitalisme. En fin de compte, le caractère de la révolution dans chaque pays capitaliste est objectivement déterminé par la contradiction fondamentale qu’elle doit résoudre, indépendamment du changement relatif de la position de chaque pays dans le système international impérialiste. Le caractère socialiste et les tâches de la révolution résultent de l’aiguisement de la contradiction fondamentale entre le capital et le travail dans tous les pays capitalistes à l’époque du capitalisme monopoliste.

 

Dans une série d’élaborations des Partis communistes, l’approche de l’objectif du pouvoir ouvrier se faisait en fonction du rapport de force et non de la détermination objective de l’époque historique où nous vivons, qui dépend du mouvement de la classe qui est chaque fois à la tête du développement social, à savoir de l’action vers la libération sociale.

 

Certes, ces erreurs de stratégie du mouvement communiste international, ainsi que des erreurs commises par le PCUS dans l’élaboration de sa politique à l’intérieur, avec le travail de sape attendu de l’impérialisme et la contre-révolution, ont influencé les développements.

 

La Révolution d’Octobre a mis en lumière une organisation supérieure de la société, qui était radicalement différente de tous les systèmes qui l’ont précédé historiquement et qui avaient en commun l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

À cette époque, les nouvelles institutions de participation ouvrière ont été développées, ayant initialement comme noyau le lieu de travail, une relation politique qui ensuite était compromis en cédant à des difficultés objectives existantes et à des pressions subjectives. Sous la pression également de la préparation pour la contribution active de tout le peuple face à la guerre à venir, la Constitution soviétique de 1936 a généralisé le droit de vote au suffrage universel secret en fonction du lieu de résidence. Les assemblées des représentants dans chaque unité de production, en tant que noyaux d’organisation du pouvoir ouvrier, s’étaient dégradées. Dans la pratique, la difficulté de révoquer les représentants des organes supérieurs de l’État a été augmentée.

 

Ils ont été interprétés comme des faiblesses inévitables qui sont dans la nature de la planification centrale et non comme le résultat des contradictions des survivances de l’ancien, le résultat d’erreurs dans le plan qui n’était pas élaboré de manière scientifique. Ainsi, au lieu de rechercher la solution vers l’avant, au moyen de l’expansion et du renforcement des rapports communistes de production et de distribution, elle a été recherchée vers l’arrière, dans l’utilisation des outils et des rapports de production du capitalisme. La solution a été recherchée dans l’expansion du marché, dans le « socialisme de marché ».

 

Le 20e Congrès du PCUS (1956) était le point tournant, parce que pendant celui-ci, au moyen de ladite « culte de la personnalité », une série de positions opportunistes ont été adoptées par rapport à des questions de la stratégie du mouvement communiste, des relations internationales et partiellement de l’économie. De manière plus générale, la direction centrale de la planification a été affaiblie. Plutôt que de concevoir la transformation des kolkhozes en sovkhozes, et notamment de commencer le passage de toute la production des coopératives et des kolkhozes au contrôle de l’État, en 1958, les tracteurs et autres machines sont passés à la propriété des kolkhozes, une position qui avait été rejetée auparavant.

Quelques années plus tard, en commençant par la soi-disant « réforme Kossyguine » (1965), la catégorie bourgeoise du « profit commercial » de chaque unité de production individuelle a été adoptée, alors que les rémunérations des directeurs et des employés ont été liées à celui-ci. L’estimation de la productivité des unités de production socialistes en termes de volume de production a été remplacée par l’évaluation de la valeur de leur produit. Le processus d’accumulation de chaque unité socialiste a été découplé de la planification centrale socialiste entraînant l’affaiblissement du caractère social des moyens de production et de stocks de produits. De plus, jusqu’en 1975, toutes les fermes d’État, les sovkhozes, étaient passés au régime d’auto-préservation complète. Toutes ces mesures ont conduit à la création des conditions de l’usurpation et de la propriété individuelles, des relations qui ont été interdites par la loi.

 

Vers la même époque, la conception marxiste-léniniste de l’État ouvrier a été révisée. Le 22e Congrès du PCUS (1961) a décrit l’État de l’URSS comme « État de tout le peuple » et le PCUS comme « parti de tout le peuple ». Ces positions ont donné lieu à l’atténuation rapide et puis à la mutation des caractéristiques révolutionnaires et de la composition sociale du parti. La conversion de la dégénérescence opportuniste du PCUS en force contrerévolutionnaire ouverte a eu lieu en 1987, avec l’adoption de la loi consacrée à la protection au niveau institutionnel des relations capitalistes sous prétexte de la diversité des relations de propriété, la fameuse politique de « perestroïka » et de « glasnost ». Cet événement marque le début officiel de la période de contre-révolution.

 

Chers camarades,

 

Le KKE cherche à tirer des conclusions nécessaires pour aujourd’hui, des victoires, mais aussi des défaites amères et de la retraite du mouvement communiste. À travers un grand effort laborieux collectif, le KKE a élaboré une stratégie révolutionnaire contemporaine qui augmente sa capacité d’organiser des foyers de résistance et de contre-attaque qui se trouvent en première ligne, dans tous les secteurs de l’économie, tout grand lieu de travail, dans toutes les régions du pays.

 

Le renforcement du KKE à tous les niveaux, dont s’est occupé le récent 20e Congrès du Parti, constitue une condition préalable à la promotion de sa politique révolutionnaire.

 

En même temps, le KKE lutte pour la reconstruction du mouvement communiste international, selon les principes de l’internationalisme prolétarien, de la solidarité internationaliste entre les peuples contre le capitalisme et la guerre impérialiste, exprimé par le mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Quelques progrès sont déjà accomplis dans l’effort pour établir un pôle distinct fondé sur les principes du marxisme - léninisme, au moyen de la « Revue Internationale communiste » et l’Initiative communiste européenne.

 

Un élément constitutif de la stratégie contemporaine du KKE est sa conception programmatique du socialisme. La construction socialiste commence par la conquête révolutionnaire du pouvoir par la classe ouvrière. L’État ouvrier, la dictature du prolétariat, est un organe de la classe ouvrière dans la lutte de classe qui continue dans le socialisme sous d’autres formes et par d’autres moyens. Il est utilisé pour le développement planifié des nouvelles relations sociales, ce qui implique la suppression des efforts contre-révolutionnaires, ainsi que le développement de la conscience communiste de la classe ouvrière. L’État ouvrier, comme mécanisme de domination politique, est nécessaire jusqu’à ce que toutes les relations sociales se transforment en communistes, jusqu’à la formation de la conscience communiste dans la grande majorité des travailleurs, et jusqu’à la victoire de la révolution, au moins dans les pays capitalistes les plus puissants.

 

Chers camarades,

 

Il y a 100 ans, dans cette ville, lors de telles journées, le 6e congrès du Parti bolchevique a pris une décision historique, élaborant la ligne de soulèvement armé. La mise en œuvre de la décision a conduit quelques mois plus tard au son des canons d’« Aurore ». Aujourd’hui, 100 ans plus tard, les communistes du monde entier sont appelés à se pencher sur l’histoire, à en tirer les conclusions nécessaires, à élaborer la stratégie révolutionnaire contemporaine dans leur pays et au niveau international.

 

Ceci est la réponse nécessaire pour faire face au travail corrosive de l’opportunisme, pour surmonter le déclin idéologique et organisationnel du mouvement communiste, pour sa reconstruction révolutionnaire.

 

Il est objectivement nécessaire et impératif de faire correspondre la stratégie des partis communistes au caractère de notre époque, époque de passage du capitalisme monopoliste-impérialisme au socialisme que la Révolution socialiste d’Octobre a ouvert, et de surmonter alors les étapes transitoires des programmes des partis communistes et définir le caractère de la révolution en tant que socialiste.

 

Cette direction peut contribuer de manière décisive à se débarrasser des options qui se trouvent à l’intérieur des murs de gestion du capitalisme, comme les soi-disant « gouvernements de gauche » et l’alliance avec la social-démocratie, à faire avancer la lutte antimonopoliste, anticapitaliste, les élaborations qui sont fondées sur les exigences de la lutte de classe et qui peuvent contribuer de manière décisive à la préparation du facteur subjectif et à la concentration des forces ouvrières-populaires dans la lutte pour renverser le capitalisme et construire le socialisme-communisme.

 

Manifestations du PAME : L’optimisme pour le peuple ne se trouve que dans le développement de la lutte de classe

 
par  communistes
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Un message de résistance et de contre-attaque s’adressant au gouvernement et aux employeurs a été envoyé par les manifestations que le Front Militant des Travailleurs a organisé le 9/11 à Athènes, à Thessalonique et à d’autres villes du pays.

 

En répondant à l’appel pour l’organisation des manifestations les fédérations, les syndicats et les centrales syndicales régionales ont confirmé qu’ils se trouvent en vigilance et qu’ils sont préparés pour le nouveau vague de l’offensive anti-ouvrière que le gouvernement déploie pour les intérêts du capital dans plusieurs fronts.

 

Cette lutte prend lieu chaque jour dans les lieux de travail où les ouvriers luttent pour signer les Conventions collectives, pour défendre des places de travail et des droits. Pour lutter contre le terrorisme de l’état et des employeurs, contre les saisies des logements et les enchères auxquelles les mains des banques et de l’état s’étendent.

 

Une station dans cette activité était l’organisation de ces manifestations, qui ont poussé à la continuation et à l’intensification de cet effort, afin de préparer à partir de maintenant une grève en tant que réponse contre l’attaque que le gouvernement a lancée. Cette attaque frappe l’action collective, l’organisation des travailleurs et surtout le droit à la grève.

 

Nikos Mavrokefalos, membre de la Secrétariat Exécutif du PAME, en prenant le parole pendant la manifestation dans la place Syntagma à Athènes, a condamné la politique antipopulaire du gouvernement SYRIZA-ANEL et a fait référence aux foyers de lutte et de résistance étant crées dans des secteurs et des lieux de travail : aux mobilisations des médecins des hôpitaux contre la dissolution du système de la Santé et l’ intensification des conditions de travail qui conduisent à l’épuisement du personnel ; aux luttes des métallurgistes de la zone de réparation des navires qui ont conduit à signer la convention collective au niveau régional ; aux mobilisations de grève des travailleurs à l’ organisme des Télécommunications de la Grèce (OTE) et aux grands chantiers du secteur des Constructions pour les Conventions collectives. Aussi, aux luttes dans les usines ELAIS (produits des olives) et LEVER, dans les messageries de Presse pour les places de travail et les droits des travailleurs. Aux initiatives des syndicats et des Comités populaires contre les saisies et les enchères. Il a ajouté : nous avons le devoir de renforcer chaque foyer de résistance et d’unifier toutes ces luttes en confrontation générale contre les employeurs comme une classe. Contre son personnel dans le mouvement syndical et contre ses partis politiques.

 

Il a souligné que le PAME lutte pour que des Conventions collectives soient signées : “On organise la lutte pour les Conventions collectives dans tous les secteurs et tous les entreprises. On intensifie l’initiative des 530 unions syndicaux qui l’année précédente ont déposé un plan complet de lutte et de revendications ».

 

Le SG de la Comité Centrale du Parti Communiste (KKE) de la Grèce a participé à la manifestation à Athènes. Il a déclaré :

 

La crise économique et le développement capitaliste ont comme dénominateur commune la destruction des droits ouvriers-populaires. L’optimisme ne se trouve pas dans les paroles du premier Ministre ou de Mitsotakis (chef du parti principal de l’opposition) concernant le juste développement. L’optimisme pour le peuple se trouve dans le développement de la lutte de classe, le regroupement rapide du mouvement ouvrier, l’Alliance Sociale, la lutte dans tous les fronts et le renforcement général du KKE.

 

 

La République catalane n’aura duré que l’instant d’une proclamation unilatérale, précipitée, sans structuration sociale et populaire, sans alliances larges dans et au-delà de la Catalogne ; mais une proclamation qui a politisé toujours plus toute une jeune génération, une proclamation qui mettait en cause tout l’édifice caduc de la « transition modélique et consensuelle » et d’une constitution aux relents néo-franquistes, de 1978, et surtout d’une monarchie imposée par Franco.

Le parlement qui a proclamé l’indépendance de la République catalane était, lui, légitime.

 

Dans l’immédiat, l’ultra-conservateur et « espagnoliste » Mariano Rajoy, chef du gouvernement de Madrid, partisan d’une Espagne « une », semble avoir gagné. Le 155 n’a pas provoqué, pour le moment, un raz-de-marée contre lui. Mais attention... une victoire en trompe-l’œil. La « question catalane » est partie pour durer. Le problème, nous l’avons dit et répété, est politique. Seules des réponses politiques permettront de réduire les fractures. Le gouvernement de Madrid a choisi la pire des solutions, la répression, en utilisant une justice globalement aux ordres. Le « Fiscal » général, José Manuel Maza, est, de notoriété publique, un homme du PP. Il est chargé du sale boulot, tout comme la juge aux manettes, la très réactionnaire Carmen Lamela. Ces nostalgiques règlent leurs comptes...

 

« La Audiencia nacional » et le Tribunal suprême, vestiges de la dictature, se sont déjà illustrés en tuant professionnellement le juge Garzón qui prétendait recenser et juger les crimes contre l’humanité du franquisme. Juges proches du PP et du PSOE rivalisèrent alors d’ardeur pour lui couper la tête. Ce faisant et dans le même temps, la justice espagnole se refuse toujours à appliquer la législation internationale en matière de disparus (130 000), et à supprimer, comme lui demandent Bruxelles, et de nombreuses associations des Droits de l’Homme, la loi d’amnistie de 1977. C’est ainsi, par exemple, que l’ancien ministre fasciste de l’intérieur, Rodolfo Martín Villa, se promène en toute liberté dans les rues. La sœur et le beau-frère du roi, qui devraient être en prison, se dorent au soleil. Mais quoi d’étonnant à cela, au fond, dans un pays où l’on compte 3,5 millions de chômeurs à la fin de ce mois d’octobre, et où le droit à un logement décent est considéré comme inconstitutionnel ?

 

Le chef d’Etat major des Forces Armées, le général Fernando Alejandre Martínez, vient quant à lui d’écrire crânement dans le journal « ABC » que l’histoire a démontré que l’Armée « sait défendre la nation » lorsque cela s’avère nécessaire. Dans la Constitution, l’Armée est garante de « l’unité nationale ».

 

L’emprisonnement express du Vice-président de la Generalitat, Oriol Junqueras, et de 7 consellers (ministres), est une provocation insupportable, une atteinte aux libertés fondamentales. Le gouvernement catalan, son président, ses ministres, ont été élus, et sont donc légitimes. Mais Mariano Rajoy entend pousser l’avantage pour opérer une involution démocratique, à l’échelle de toute l’Espagne, pour refuser notamment de remettre en cause la constitution de 1978, et pour tuer dans l’œuf toute revendication sociale, ainsi que celle, démocratique, d’une Constituante.

 

Nous avons consulté la presse espagnole : « El Mundo », « l’ABC », « El País ». Elle est unanimement hystérique contre le « cirque catalan », la « république imaginaire », « le grotesque comportement de Puigdemont », traité de « payaso » (clown) par un chroniqueur. Le traitement médiatique par les journaux, liés tous à la droite ou au PSOE (« El País »), utilise le cynisme, la violence verbale, le mépris, en lieu et place de réflexion sur le fond, d’appel à la négociation.

 

La mise sous tutelle ramène la Catalogne au bon vieux temps des vice-royautés... La réponse populaire contre la répression, contre l’ingérence, contre des choix politiques austéritaires s’organise après le choc et les traumatismes. Deux grands rassemblements populaires sont programmés pour les 5 et 12 novembre. La revendication de « grève générale » fait son chemin, malgré les provocations et les intimidations de Mariano Rajoy. Les élus indépendantistes appellent à « l’insoumission pacifique », tandis que de Bruxelles, Puigdemont, malgré la fragilité de sa situation, se pose en chef du gouvernement légitime catalan et demande la libération de tous les détenus.

 

Chacun se prépare aux élections catalanes anticipées du 21-D, imposées par Madrid, acceptées par tous, dont l’issue pour l’heure, selon les sondages, reste incertaine.

 

Jean ORTIZ
(Chroniques latines, l’HUMANITE, 3 novembre 2017).

»» https://www.humanite.fr/blogs/catalogne-le-chemin-sera-long-644910
URL de cet article 32510 

Espagne quand un premier de cordée fait tout pour ne pas dévisser

 

Publié le 10 Novembre 2017

Corruption en Espagne : Rajoy a touché de l'argent de la caisse noire selon un inspecteur de police
 
 
Mercredi 8 novembre. Le principal enquêteur de l'affaire de corruption Gürtel a confirmé hier, jeudi 7 novembre, devant le congrès des députés, que Rajoy a perçu de l'argent de la caisse noi...
 
 
Peut-être une explication à l'acharnement de l'ectoplasme du Franquisme dans sa fuite éperdue vers le chaos politique
 

Rédigé par canaille le Rouge

Publié le  par Descartes

Puigdemont au bagne!

 

Le drame – ou plutôt la saynète – de l’indépendance catalane continue à défrayer la chronique. Après le vote d’une motion d’indépendance par le parlement régional, Madrid a, comme c’était prévisible, mis en route le processus constitutionnel de destitution du gouvernement régional et de suspension de l’autonomie. La justice espagnole a, de son côté, engagé le processus judiciaire à l’encontre des hauts fonctionnaires et dirigeants élus qui ont participé à ces évènements. Cette réaction des autorités espagnoles ont donné lieu en Espagne mais aussi chez nous, et c’était là aussi prévisible, à toutes sortes de dénonciations de l’inacceptable « répression » contre les dirigeants indépendantistes. On est allé jusqu’à assimiler les dirigeants arrêtés aux prisonniers politiques sous le régime franquiste… c’est dire si l’affaire est grave aux yeux de nos redresseurs de torts préférés.

 

Ces discours ont de quoi surprendre. Car que reproche-t-on aux personnalités en question ? Rien, quelques broutilles : d’avoir abusé de leur pouvoir en excédant les compétences des fonctions pour lesquelles ils ont été élus, d’avoir refusé dans l’usage de leurs fonction d’appliquer les décisions contraignantes des juges, et d’avoir porté atteinte à l’intégrité du territoire national de l’Espagne. Je ne connais pas le code pénal espagnol, mais on peut se demander quelles sont les peines qu’encourrait un élu qui en France ferait de même. Ainsi, le « fait pour la personne dépositaire de l'autorité publique, agissant dans l'exercice de ses fonctions, de prendre des mesures destinées à faire échec à l'exécution de la loi est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende » (code pénal, art 432-1). Et ne parlons pas du fait de participer à un mouvement portant atteinte à l’intégrité du territoire national, puni de 15 ans d’emprisonnement (code pénal, art 412-4).

 

Il faut appeler un chat un chat : ces délits sont parmi les plus graves qui puissent être commis par un agent public, un dirigeant politique. Et ce n’est pas par le caprice du législateur, mais pour une raison très simple : si l’agent investi de l’autorité publique peut faire ce que lui dicte son bon plaisir sans limites, plus personne n’est en sécurité. Nous, pauvres citoyens, donnons à nos élus des pouvoirs qui sont exorbitants du droit commun. Par notre mandat, ils disposent de l’argent public, de la force armée, du pouvoir de faire des règles auxquelles nous sommes contraints – par la force si nécessaire – d’obéir. Et ces pouvoirs nous leur accordons en échange d’une seule promesse : de les exercer dans les limites que leur fixe la loi. Que le citoyen viole la loi, c’est grave. Mais que le citoyen investi du pouvoir public, qui est censé faire la loi et la faire observer, fasse de même, c’est inacceptable, et ne saurait être toléré. Que la justice ouvre une procédure contre ceux qui ont commis ces graves délits n’a donc rien de surprenant. Et pour ceux qui sont attachés au gouvernement républicain, fondé sur la responsabilité des élus, ces actions sont plus à applaudir ou à blâmer. Du moins si l’on prend au sérieux les actes des élus catalans. 

 

Mais faut-il les prendre au sérieux ? A lire une partie des expressions politiques – notamment celles venant de la gauche – on arriverait à la conclusion contraire. A les entendre, Puigdemont et les siens doivent être traités comme on traiterait des étudiants turbulents qui auraient voté une motion dans une assemblée générale universitaire. Puisque ce vote ne porte pas à conséquence, qu’il n’y a pas mort d’homme, aucune raison de les poursuivre.

 

Cette réaction est en elle-même très révélatrice d’un trait dominant dans la politique des nations de l’Europe occidentale, qui se caractérise de plus en plus par un comportement infantile des dirigeants et des élites politico-médiatiques. Naguère, l’arène politique était un lieu tragique, ou se jouait l’avenir des peuples, la vie et la mort des nations. Les dirigeants politiques avaient droit aux honneurs et au respect parce qu’ils portaient sur leurs épaules la responsabilité de décisions graves. Aujourd’hui, ce sont des enfants au point qu’il serait presque indécent de les mettre en prison lorsqu’ils ont trahi de manière évidente leur mandat. 

 

Cette infantilité est visible dans la légèreté avec laquelle des décisions qui engagent le crédit et la vie de la nation sont prises. Quelques exemples ? En voici un : on découvre qu’une erreur juridique dans la conception d’une taxe va couter à l’Etat une dizaine de milliards d’Euros, et bien entendu personne n’est responsable. En voici un autre : l’avenir de notre parc nucléaire de production d’électricité, qui vaut bon an mal an une cinquantaine de milliards d’euros, est suspendu à des obscurs débats politicards, et aucune décision n’est prise parce que personne n’est capable de l’assumer. Et le pire, c’est que cette légèreté n’est pas nouvelle : elle rappelle singulièrement la France de 1939-40 telle que décrite par Marc Bloch dans « L’étrange défaite », cette époque ou la date de la mobilisation de nos armées était décidée sous la pression du lobby des « pinardiers ». 

 

Il ne faut pas non plus oublier que dans notre monde politico-médiatique le poids de ceux dont la formation politique s’est faite dans la politique étudiante n’a jamais été aussi fort. Ceci explique peut-être une partie du phénomène. Car si quelque chose caractérise la politique universitaire, c’est son rapport très lointain avec la dure réalité du monde. Et ceux qui ont participé à des assemblées générales universitaires peuvent en témoigner. Ou mieux que là peut-on voter des motions qui n’ont aucune raison de recevoir un commencement d’exécution, qui n’auront la moindre conséquence sur le réel ? Oui, vous avez raison, il y a aussi le Parlement Européen… 

 

Descartes

Publié le  par Descartes

Catalogne: Indépendantisme des riches, indépendantisme des pauvres

 

A la fin des années 1980, c’était présenté comme le modèle à suivre, l’exemple à imiter. C’était chez nous l’époque de la décentralisation triomphante et les nouveaux féodaux n’avaient d’yeux que pour elle. Je parle bien entendu des « Autonomias » espagnoles, ce modèle de décentralisation qui – nous disait-on – permettait la coexistence de la solidarité nationale avec une large liberté laissée aux régions en matière culturelle, politique et économique. Des penseurs profonds étalaient leur science à Sciences Po et à l’ENA pour expliquer aux étudiants ébahis ce modèle si « moderne » comparé à ces jacobins ringards… 

 

Curieux, comment l’histoire nous joue des tours : aujourd’hui, plus personne ne chante les louanges de ce modèle, tout comme personne ne parle de fêter comme il se doit les 25 ans du traité de Maastricht. « L’Europe des régions » qui abolirait les états pour ne laisser subsister que des grandes régions a du plomb dans l’aile, et on imagine mal Mélenchon chanter aujourd’hui ses louanges comme il le fit hier dans un discours prononcé au Sénat et malheureusement aujourd’hui bien oublié… surtout par ses partisans. Ce qui était à l’époque motif de fierté est devenu depuis une maladie honteuse. 

 

Pourtant, les partisans ce cette « Europe des régions » devraient pavoiser, puisqu’elle paraît se construire sous nos yeux. Ces dernières années, on a vu monter les revendications indépendantistes dans plusieurs pays européens : en Grande Bretagne avec l’Ecosse, en Belgique avec la Flandre, en Italie avec la Padanie, en Catalogne et au Pays Basque en Espagne. Pourtant, tous ces gens qui il y a quelques années prêtaient leur voix aux revendications régionalistes maintiennent aujourd’hui un silence plus que prudent. Pourquoi ce changement ? 

 

La réponse est simple, et l’affaire catalane l’illustre parfaitement. Le point commun entre tous ces indépendantismes est leur égoïsme sacré. Car qu’est ce qu’il y a de commun entre les Ecossais, les Flamands, les Padaniens (ou Padanois, dieu sait comment il faut le dire), les Catalans ou les Basques ? A chaque fois, il s’agit de régions riches, contributrices nettes au budget de leurs pays respectifs. Des régions qui ont au cours des années eu tout ce qu’elles demandaient : une large autonomie qui couvre la culture, l’éducation, la santé, l’aménagement et quelquefois même les domaines régaliens comme la sécurité ou le droit civil. Il ne leur manque qu’une chose : l’autonomie fiscale qui leur permettrait de ne plus avoir à contribuer au pot commun, à financer le niveau de vie des régions plus pauvres qu’elles. 

 

La question de l’indépendance de ces régions n’est donc pas une question d’identité ou de culture, mais une simple question de gros sous. Et d’ailleurs les indépendantistes de ces régions se cachent de moins en moins. Lisez leurs textes, et vous trouverez en permanence des références à l’obligation scandaleuse imposée aux Flamands ou aux Catalans de financer ces fainéants va-nu-pieds pouilleux et alcooliques que sont les Wallons ou les Andalous, alors « qu’il y a tant à faire » en Catalogne ou en Flandres. N’en déplaise aux bisounours européistes, les régions – hier parées de toutes les vertus – ne sont pas moins égoïstes que les nations. Elles le sont au contraire bien plus, puisqu’à l’avarice elles ajoutent la petitesse. 

 

C’est pour cette raison d’ailleurs que ceux qui comparent la situation de la Catalogne ou de la Flandre avec celle de la Corse ou de la Bretagne se fourrent le doigt dans l’œil. Ni les Bretons ni les Corses veulent l’indépendance. Un tel mouvement les appauvrirait, puisque ces deux régions reçoivent de l’Etat central plus qu’elles ne contribuent au pot commun. Les systèmes de péréquation (de l’électricité, du timbre, du transport, de l’éducation, des dotations aux collectivités locales…) ont plus fait pour l’unité de la France que n’importe quelle « colonne infernale ». C’est pourquoi nos « indépendantistes » sont en fait des autonomistes : leur but est de soutirer autant d’argent que possible à l’Etat central, tout en ayant une complète liberté pour le dépenser. Si la Corse devenait demain indépendante, le prix des billets d’avion ou de ferry serait multipliés par deux, celui de l’électricité par quatre. Pensez-vous dans ces conditions que les Corses soient très pressés d’accéder à l’indépendance ? 

 

Il y a deux régions qui en France auraient vraiment intérêt à déclarer l’indépendance : l’Ile de France et la région Rhône-Alpes. Mais ces deux régions sont des régions centrales, sans véritable identité linguistique et culturelle qui leur permettrait d’envisager un projet national indépendant. Les autres, même les plus riches comme l’Alsace, bénéficient trop des mécanismes de péréquation et des programmes nationaux d’infrastructures pour que l’indépendance soit vraiment intéressante. Et même les élites « régionalistes » l’ont compris : les basques français revendiquent… d’avoir un département. 

 

Le modèle des « autonomias » et ses crises illustrent à la perfection l’intelligence du modèle français théorisé par les jacobins mais qui en fait vient de bien plus loin. Pour construire une nation, c'est-à-dire, une solidarité inconditionnelle entre des gens qui ne se connaissent pas et qui ne se connaîtront jamais, il faut faire tomber toutes les barrières qui empêchent le contact entre les citoyens et qui les confinent dans une « communauté ». De François Ier à Richelieu,  de Luis XIV à Robespierre, de Henri IV à Napoléon, les régimes qui se sont succédés ont eu toujours ce souci : uniformiser le droit et la langue, brasser les populations, constituer des élites en faisant venir à Paris la crème de chaque région pour en faire une élite nationale, faire tomber les barrières culturelles et religieuses à travers d’une école unique. Et malgré les résistances, ce mouvement a réussi : aujourd’hui, difficile de trouver des français qui n’aient pas des ancêtres venus d’autres régions, des parents qui habitent loin de chez eux. 

 

L’Espagne s’est construite de la façon inverse. L’agrégation des régions espagnoles s’est faite en respectant à chaque fois les « fueros » - c'est-à-dire, le droit et les institutions politiques – locaux. Le pouvoir central a toujours été faible devant les pouvoirs locaux. C’était le cas sous la monarchie – qui pendant longtemps fut une monarchie étrangère – et ce fut le cas aussi sous la République, même si certains préfèrent l’oublier aujourd’hui. Les langues régionales – dont la connaissance est obligatoire du moins dans les régions riches – sont restées une barrière efficace à la mobilité des populations. Le système scolaire – comme l’Etat, d’ailleurs – reste lié à l’Eglise catholique et n’a jamais été totalement unifié, pas plus que la fonction publique. C’est dans ce terreau de spécificités jalousement conservées et cultivées que peut se développer un « indépendantisme des riches », bâti sur le mépris du concitoyen plus pauvre. 

 

Les états-nations se sont construits sur une communauté d’intérêts entre riches et pauvres. En constituant un ensemble le plus grand possible uni par des liens de solidarité inconditionnelle, tout le monde y gagnait. Les socialistes du début du XXème siècle ont été balayés parce qu’ils ne l’ont pas compris, croyant naïvement que « les prolétaires n’ont pas de patrie ». Dans l’affaire, les riches gagnaient la protection du nombre – car il fallait des soldats pour aller mourir dans les tranchées et défendre leurs usines – et les pauvres un partage relatif mais néanmoins réel de la prospérité du pays. Mais avec le développement du capitalisme, ce besoin réciproque, nous dit-on, n’existe pas. Dans notre Europe qui se croit pacifique et « post-historique » aux frontières ouvertes, les « bloc dominant » n’a plus besoin de partager la citoyenneté avec les pauvres. Et c’est pourquoi partout en Europe on voit « l’indépendantisme des riches » lever la tête et les « classes moyennes » rêver d’une Europe constituée de « métropoles » ou les riches pourraient vivre, laissant les pauvres croupir dans le reste du territoire. Plus que jamais, se vérifie cette formule qui veut que « pour celui qui n’a rien, la Patrie est son seul bien ». 

 

Cela étant dit, je pense que le « bloc dominant » constitué par la bourgeoisie et les classes moyennes fait fausse route. Le monde n’est pas devenu moins dangereux qu’il ne l’était hier, et si les guerres ouvertes sont devenues impossibles en Europe, les conflits économiques et politiques ne sont pas moins violents pour être conduits en gants blancs. La Grèce n’a pas été envahie par les troupes allemandes, mais l’Allemagne a imposé à la Grèce ses conditions quand même. Les Etats-Unis n’ont pas bombardé Paris, mais quelques milliards d’amendes infligés à nos banques et nos entreprises ont eu un effet tout aussi persuasif. « Il faut prier dieu et garder la poudre sèche », disait ce grand pragmatique qui était Oliver Cromwell, qui ajoutait « Dieu est toujours du côté de celui qui a les plus gros bataillons ». Devant ce monde dangereux, le contrat de solidarité qui fonde la Nation est toujours aussi nécessaire.

 

Descartes

The guardian: La fuite de Paradise Papers révèle les secrets de la richesse cachée de l’élite mondiale

 

 

10 Novembre 2017

 

 

Les dossiers du cabinet d’avocats offshore montrent les transactions financières de la reine, des grandes multinationales et des membres du cabinet de Donald Trump selon cet article de The guardian traduit ici. 

 

Pour nous, cela révèle plus que les secrets de la richesse, cela révèle l’immoralité de la « légalité » du capital, la lutte à mort menée par ces gens là contre le reste de l’humanité. Quand on met en regard ces « eaux glacées du calcul égoÏste » avec l’état de développement des forces productives, qui peut nous émanciper de la torture du travail pour développer la créativité de chacun ou le choix de la barbarie, de l’anéantissement, dont le modèle reste les camps de la mort, Hiroshima, tout ce dont le capital a déjà été capable, on est confronté à cette alternative posée par Rosa Luxembourg: socialisme ou barbarie. Oui nous sommes encore devant cette contradiction de chaque révolution scientifique et technique, chaque étape où l’humanité a affronté un nouvel espace, une nouvelle organisation, de nouvelles valeurs, et l’a fait y compris à travers des violences, des crises, des superstitions liées au refus de laisser la place à un monde nouveau par ceux qui dominent encore l’ancien. 

 

Ces gens là n’abandonneront pas leur pouvoir comme ça, ils feront tout pour nous manipuler, pour exaspérer les divisions comme on voit déjà à l’oeuvre leurs petit personnel: les éternels fascistes, les obscurantistes, les maniaques de chaque petit pouvoir sur l’autre, mais pas seulement… Le profit leur unique loi est comme le nerf de notre société, chacun en est victime et pourtant y est attaché par l' »être » de nos sociétés, par les mises en concurrence. 

 

C’est pour cela que je table sur une certaine vision de ce que pourrait être une bataille pour le socialisme, il ne peut y avoir d’autre solution que le collectif et sa discipline, l’ampleur de la perspective, la capacité à se projeter sur un siècle. Les candidats à une telle responsabilité manquent cruellement, mais il y a des prémices.  Je ne vois rien qui en tant que réalité puisse se substituer à cette logique des dominants et leur soif du profit, des haines, des concurrences, mais dans tout ce qui se résiste et se bat, il y a quelque chose qui annonce et qui doit être entendu, encouragé.  Même s’il y manque l’essentiel, ce qui est capapble d’unifier ces résistances, de leur donner une unité, de les rassembler en surmontant les divisions, le rôle joué au XX e siècle par les partis communistes.

 

je regarde avec beaucoup d’intérêt et un peu d’espoir ce qui se passe en Chine pour trois raisons, la première est l’optimisme de leur vision, optimisme fondé sur leurs avancées et sur l’existence d’un parti communiste. La seconde raison est le rôle de paix et de développement que la Chine joue au plan international. La troisième raison est aussi ue limite puisque la Chine ne s’intéresse qu’à la Chie, un empire national qui ne veut pas dominer le monde en dehors des besoins de la Chine elle-même. 

 

Cette passion de l’Histoire qui m’anime est d’abord regard sur le futur, rien , je ne sais pourquoi m’est plus douloureux que la manipulation du passé parce que tous les négationnismes prouvent à quel point l’humanité est incapable de dépasser les cauchemars du présent en nous faisant rejouer les mystifications de tout ce qui conduit au crime de masse.


 
Les plus grandes entreprises mondiales, les chefs d’Etat et les personnalités mondiales de la politique, du divertissement et du sport qui ont abrité leur fortune dans des paradis fiscaux secrets sont dévoilés cette semaine dans une nouvelle enquête majeure sur les empires offshore britanniques.
 
Les détails proviennent d’une fuite de fichiers de 13,4 millions qui exposent les environnements mondiaux dans lesquels les abus fiscaux peuvent prospérer – et les moyens complexes et apparemment artificiels que les sociétés les plus riches peuvent légalement protéger leur richesse.
 
Le matériel, qui provient de deux fournisseurs de services offshore et des registres d’entreprises de 19 paradis fiscaux, a été obtenu par le journal allemand Süddeutsche Zeitung et partagé par le Consortium international des journalistes d’investigation avec des partenaires tels que le Guardian, la BBC et le New York Times. .
 
Le projet a été appelé le Paradise Papers . Il révèle:

Des millions de livres provenant du domaine privé de la reine ont été investies dans un fonds des îles Caïmans – et une partie de son argent est allé à un détaillant accusé d’exploiter des familles pauvres et des personnes vulnérables. 

 

D’importantes tractations à l’étranger par les membres du cabinet, les conseillers et les donateurs de Donald Trump , notamment des paiements substantiels d’une firme copropriétaire du gendre de Vladimir Poutine au groupe d’expédition du secrétaire américain au commerce, Wilbur Ross

 

Comment Twitter et Facebook ont ​​reçu des centaines de millions de dollars en investissements qui remontent aux institutions financières publiques russes.

 

La fiducie évitant les impôts aux îles Caïmans gérée par le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

 

Une fiducie offshore jusqu’alors inconnue de 450 millions de dollars qui a abrité la richesse de Lord Ashcroft

Lord Ashcroft se cache dans les toilettes pour éviter les questions sur la fiscalité – video

 

L’évasion fiscale agressive par les sociétés multinationales, y compris Nike et Apple

 

Comment certains des plus grands noms de l’ industrie du cinéma et de la télévision protègent leur richesse grâce à une panoplie de projets offshore

 

Les milliards de remboursements d’impôt par l’île de Man et de Malte aux propriétaires de jets privés et de yachts de luxe. 

 

Le prêt secret et l’alliance utilisés par la multinationale londonienne Glencoredans ses efforts pour obtenir des droits miniers lucratifs en République démocratique du Congo.

 

Les réseaux offshore complexes utilisés par deux milliardaires pour acheter des participations dans les clubs de football d’Arsenal et d’Everton.

 

Les révélations mettront la pression sur les dirigeants mondiaux, y compris Trump et la première ministre britannique, Theresa May, qui ont tous deux promis de limiter les stratagèmes d’évasion fiscale agressifs.

 

La publication de cette enquête, pour laquelle plus de 380 journalistes ont passé une année à parcourir des données remontant à 70 ans, intervient à un moment d’inégalité croissante des revenus à l’échelle mondiale.

 

Pendant ce temps, les entreprises multinationales transfèrent une part croissante des profits à l’étranger – 600 milliards d’euros rien que l’an dernier -, révèle l’économiste en chef Gabriel Zucman dans une étude publiée cette semaine.

https://interactive.guim.co.uk/2017/11/pp/embed/size/index.html

« Les paradis fiscaux sont l’un des principaux moteurs de la montée des inégalités mondiales », a-t-il déclaré. « Alors que l’inégalité augmente, l’évasion fiscale offshore devient un sport d’élite. »

 

Au centre de la fuite se trouve Appleby, un cabinet d’avocats avec des avant-postes aux Bermudes, aux îles Caïmans, aux îles Vierges britanniques, à l’île de Man, à Jersey et à Guernesey. Contrairement à Mossack Fonseca, l’entreprise discréditée au centre de l’enquête de Panama Papers l'année dernière , Appleby se targue d’être un membre important du «cercle magique» des fournisseurs de services offshore de premier rang.

 

Il a agi pour l’établissement à l’étranger, en fournissant les structures qui ont aidé à réduire légalement leurs factures d’impôts.

 

Appleby dit avoir enquêté sur toutes les allégations et avoir trouvé « qu’il n’y a aucune preuve d’actes répréhensibles de notre part ou de la part de nos clients », ajoutant: « Nous sommes un cabinet d’avocats qui conseille les clients sur les moyens légitimes et légaux Entreprise. Nous ne tolérons pas les comportements illégaux.  »

 

lundi 6 novembre 2017

Soros et l'Union européenne: un partenariat dont les médias ne parlent pas

 
L'Open Society de Soros, selon un rapport interne divulgué par DCLeaks, peut influencer environ un tiers des eurodéputés. No Borders et Migrants Welcome, LGBT comme politique publique prioritaire, globalisation et conditionnement psychologique à la "Tolérance" exclusive. Pourtant, parler de l'influence de Soros dans les structures européennes et dans les pays européens est considéré comme relevant au mieux du fantasme, au pire de la psychiatrie grâce à la très utile théorie du complot. 
 
Un chat est un chat et l'influence de Soros en Europe est réelle, assumée ... et tue. Retour sur un élément expliquant largement la radicalisation de la politique européenne ces dernières années: la liste des députés européens favorables à Soros. 
 
Que l'Open Society de Soros joue un rôle politique au niveau des Etats est un fait établi et très bien connu. Par exemple, en Hollande avant les élections de mars:
Les Pays Bas sont pourtant particulièrement "intolérants", mais peu importe. Le but est ailleurs: la "tolérance" n'est pas une fin en soi, une valeur à protéger ou à renforcer, il ne s'agit que d'un instrument de manipulation politique à la signification tronquée, instrument manié avec celui de l'immigration musulmane de masse, portant deux visions contraires de la société, s'excluant totalement l'une l'autre. Ce qui permet de les manier alternativement en fonction de la situation pour mieux destabiliser l'Etat et l'affaiblir selon les besoins. 
 
L'exemple inverse des Pays Bas est aux Etats Unis, pays d'immigration, où l'arme LBGT a été lancée contre D. Trump juste après son élection. Pas pour défendre les droits des homosexuels dont Soros se moque éperdument, mais pour affaiblir le candidat élu qui va à l'encontre de ses intérêts:
Mais l'OSF est également pointée du doigt aux Etats-Unis depuis l'élection de Donald Trump. Malgré le résultat des urnes, George Soros reste droit dans ses bottes, dans le camp des détracteurs du successeur de Barack Obama. Parmi les partenaires solidaires du mouvement «Women's march», qui avait rassemblé contre Donald Trump des millions de personnes dans la rue en janvier 2017, on trouve ainsi plusieurs ONG ayant reçu des fonds de l'OSF de George Soros, dont la célèbre Human Rights Watch.
Il faut dire que le poids politico-financier de Soros n'est pas négligeable:
A 87 ans passés, le milliardaire américain George Soros a transféré 18 milliards de dollars à sa fondation Open Society, soit l'essentiel de sa fortune. Un simple jeu d'écriture, toutefois, puisque l'argent passe de la Soros Fund Management, le fonds d'investissement qui gère les intérêts du milliardaire ainsi que ceux de l'Open Society Foundations (OSF), directement à cette dernière. Sur le papier, la quasi-totalité des avoirs de Georges Soros, moins un bas de laine estimé à 7 milliards d'euros, appartient désormais en propre à OSF, qui irrigue à son tour une pléthore d'associations.Ce qui en fait par ailleurs la seconde ONG la plus riche aux Etats-Unis après celle de Bill Gates et de son épouse, la Bill and Melinda Gates Foundation.
En Europe, c'est la Hongrie qui porte l'étendard du combat contre Soros en voulant fermer sa pseudo université et s'attire ainsi tous les feux de l'Union européenne, problème central dont nous avons parlé ici. Pour autant, le Président hongrois ne se laisse pas faire et a rappelé une information datant du début de l'année, mais qui, il est vrai, n'a pas été particulièrement médiatisée. Et l'on comprend pourquoi. 
 
Des hackers de DCLeaks ont publié un rapport de 177 pages sur les liens personnels entre l'Open Society de Soros et les membres du Parlement européen:
L'on y trouve la liste de 226 membres du Parlement européen, chaque nom étant accompagné d'un "dossier" personnel, liés à l'Open Society de Soros. Sur 751 élus européens. 226. Ca laisse songeur . Quelle indépendance des structures européennes? Lire:
This mapping provides the Open Society European Policy Institute and the Open Society network intelligence on Members of the 8th European Parliament likely to support Open Society values during the 2014–2019 legislature. It spans 11 committees and 26 delegations, as well as the European Parliament’s highest decisionmaking bodies: 226 MEPs who are proven or likely Open Society allies. The presence of an MEP in this mapping indicates that they are likely to support Open Society’s work. They should be approached with an open mind: although they will most likely want to work on areas they’re already interested in, they could also welcome hearing about new issues. Beyond discussing individual topics, Open Society should seek to build lasting and trustworthy relationships with these European lawmakers.
Pour la France, sont notamment cités les noms de:

au Bureau du Parlement européen: GUILLAUME Sylvie et MORIN-CHARTIER Elisabeth;

au Comité des affaires étrangères (AFET):  ALLIOT-MARIE Michèle; 

au sous-comité des droits de l'homme, notamment sur les droits de minorités (DROI): VERGIAT Marie-Christine

au Comité du commerce international: JADOT Yannick, DE SARNEZ Marielle

au Comité des affaires économiques et monétaires: GOULARD Sylvie, LAMASSOURE Alain, JOLY Eva


Chaque membre sur lequel Soros a une possibilité de contact positif, selon ce rapport, est doté d'une fiche personnelle. Voici les fiches en ce qui concerne la France. Pour une liste complète, voir le rapport.










Que reste-t-il de l'Union européenne?
Il est surprenant que cela ne provoque aucun scandale, qu'il n'y ait aucune demande de commission d'enquête...  

 

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Catalogne : un test de résistance des matériaux

 

, par  Gilbert Remond

 

La situation en catalogne est préoccupante mais le sont aussi tout autant, les prises de positions qu’elle provoque ici et là. En gros deux tendances se dégagent qui sont les effet avers et envers d’une même médaille. Je parle de cette instance que promènent avec ostentation les clercs spécialisés en embrouilles de masses pour masquer les coups de force que leurs maîtres imposent : coté face tu perds coté pile aussi. Partisans de la nation souveraine rejoignent ceux de l’Europe unie dans un grand déni fait sur le dos des peuples et de leurs droits démocratiques, car c’est bien de cette question qu’il est au fond question dans cette affaire, celle des peuples à disposer d’eux même, tant dans le registre de la souveraineté géographique que dans celui qui leur donne la possibilité d’intervenir dans les affaires qui les concernent.

 

Dans un article "tester la résistance des matériaux" , Gabriel Jaraba développe une idée qui mérite notre attention quand il écrit : « la crise catalane n’est pas a y bien regarder , ce que nous croyons ». je lui laisse la responsabilité des propos qu’il tient sur la Chine mais pour l’essentiel son article donne une analyse de la situation qui me semble juste.

 

L’Europe ; loin de vouloir favoriser une régionalisation des états nations cherche au contraire à en tester la solidité leur donnant la possibilité d’établir des pouvoirs fort. En France le terrorisme permet l’état d’exception permanent. En Espagne une autre forme de « terrorisme » celui des dissidences culturelles et politiques lui donne l’occasion de reprendre en main ce que la fin du franquisme l’avait obligé de concéder en apparences démocratiques. Le PCE lui aussi dénonce un piège et appelle a l’union des travailleurs contre l’état espagnol. Ce qui est sur c’est que seul, le socialisme pourrait permettre le dépassement des contradictions qui travaillent la société espagnole.

 

Le franquisme fût un temps la réponse apporté par les milieux conservateurs à la monté du mouvement populaire mais arrivé à un certain point, le capital avait besoin pour son développement de ses fameuses libertés économiques données sous l’enveloppe du libéralisme. La concurrence, la guerre de tous contre tous, l’impopularité de ses politiques le conduit à nouveau à réclamer plus d’autorité dans l’application des décisions. Nous sommes face à de nouveaux dangers concernant nos libertés. L’Europe loin de vouloir casser les états en morceau plus facilement intégrables, redoute avant tout l’expression démocratique des peuples . Ces derniers depuis le référendum sur sa constitution devraient le savoir.

 

Ce qui est frappant dans l’affaire de la catalogne, c’est que les milieux d’affaire et de la finance, loin de se précipiter sur l’aubaine, sont pris dans un sauf qui peut qui leur fait prendre la poudre d’escampette. Ce qui est frappant a contrario de l’Écosse c’est la grande réserve des états de la zone euro vis à vis de la nouvelle entitée démocratique, pour ne pas dire l’ostracisation qu’ils organisent a son égard. Enfin ce qui est frappant c’est l’unanimité médiatique contre les indépendantistes.

 

La catalogne n’est pas la Bretagne, ni moins encore la Corse ou la Lombardie. La catalogne s’est révélée dans la lutte anti-fasciste quand tous les autres s’en sont fait les complices. Si le morcellement d’une nation n’est pas une solution sa mise sous tutelle par un pouvoir rigide et conservateur ne l’est pas d’avantage. Seule l’union des prolétariats et des peuples pourra nous sortir des crises qu’ils traversent . En attendant je vous engage a la lecture de ces éléments, d’en fournir d’autres pour nourrir le débat et de commencer d’en analyser les attendus

 

Gilbert Rémond 

 

Catalogne : un test de résistance des matériaux

 

La crise catalane n’est pas, à bien y regarder, ce que nous croyons. Il s’agit d’une expérience à portée européenne dont la dimension stratégique semble passer inaperçue. C’est, pour le dire grossièrement, un test de résistance des matériaux. Et il s’adresse non seulement aux Catalans, mais aux Espagnols et aux Européens en général. Le test consiste à vérifier dans quelle mesure la citoyenneté en général et les institutions internationales sont disposées à tolérer et à soutenir une démocratie autoritaire, non seulement en Espagne, mais dans tous les pays de l’UE.

 

Nous sommes à l’extrémité ouest de l’Europe et pas en Turquie, donc le test ne peut pas être réalisé selon la méthode d’’Erdogan mais à la sauce Rajoy-Felipe. Le test consiste en une interprétation musclée de la constitution et des lois pour que tout acte de coupure démocratique puisse être pris pour le respect de la légalité.

 

En période de crise économique, de chômage et de précarité, de peur pour les retraites et autres, la preuve est pertinente : dans quelle mesure les citoyens sont-ils prêts à supporter une démocratie, non plus sous tutelle militaires, mais assumée de plein gré moyennant une bonne combinaison de conservatisme social, de nationalisme espagnol, de revendication d’autorité et de main de fer ? Dans d’autres pays on observe une montée électorale de l’ultra-droite. Ici, c’est l’expérimentation de l’ultra-droite au sein de l’exécutif, soutenue par le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif (Cs mais aussi PSOE).

 

Il est intéressant, par exemple, d’observer comment des citoyens espagnols démocrates, légitimement fiers d’être et de se sentir espagnols, s’accommodent de l’expérimentation menée sous leurs yeux et affirment d’un signe de tête que ce qui se passe est la « conséquence » d’une transgression de la loi, "Disloyalties" et "challenges". Tant et si bien qu’il n’y a pas un seul journal publié à Madrid qui soit en désaccord avec une telle approche. Le quatrième pouvoir a ainsi adhéré à cette sinistre collusion.

 

Les regards internationaux restent attentifs à l’expérimentation en cours, non pas parce qu’ils se sentent concernés par ce qui se passe en Catalogne mais pour vérifier le résultat de l’essai des matériaux et pouvoir agir en conséquence, comme par exemple, lorsque Macron s’apprête à appliquer à la France une réforme du travail de cheval qui peut conduire à des émeutes dans les rues.

 

Les choses ne sauraient être plus claires, et pourtant voilà les quadragénaires scandalisés acquiesçant d’un hochement de tête à l’ultra droite par amour de la patrie et de la constitution. Nous verrons des choses graves, non seulement en Catalogne mais dans toute l’Espagne et l’Europe.

 

Cet autoritarisme acceptable n’aura pas à s’imposer comme fascisme du vingtième siècle, par la propagande et la persuasion. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase où l’argument persuasif du XXe siècle (propagande politique et publicité) a cédé la place à la manipulation et à la prise directe du pouvoir sur le citoyen. L’assentiment du citoyen n’est plus basé sur la persuasion mais sur la jonction des deux formes les plus anciennes de domination, la flatterie et la peur, l’une ou l’autre ou les deux à la fois. Le PSOE s’est montré très sensible à cette question en se positionnant sous l’aile de Rajoy parce qu’il veut être de ceux qui peuvent offrir de l’ordre à une population qui l’exige de plus en plus explicitement (aussi parce que si Rajoy organisait de nouvelles élections, il obtiendrait la majorité absolue).

 

L’expérience transeuropéenne de résistance des matériaux a lieu, malgré les aboiements de Trump, dans un contexte de pax américana que personne ne veut rompre. En fait, le capitalisme conduit ce test encore et encore depuis que la question du capital a été soulevée : la productivité, le profit et la prospérité peuvent-ils être obtenus sans en payer le prix de la démocratie ? Le test effectué dans les années 1930 ne portait pas sur la guerre mais sur la défaite des classes laborieuses ; comme aujourd’hui. La résolution de l’épreuve de résistance en guerre n’est ni obligatoire ni inévitable. Le système ne vise pas à consolider la logique de la domination une fois pour toutes. En ce moment, le capital financier a gagné la bataille contre le capital industriel, c’est ce qu’on a appelé la crise. Après deux guerres mondiales, ils savent déjà dans quelle mesure la guerre détruit les tissus productifs. C’est pourquoi il n’y a pas eu de troisième guerre mondiale au XXe siècle, avec et sans l’URSS.

 

L’extrême affaiblissement de la démocratie va de pair avec l’aspiration au solutionnisme technologique néolibéral, comme le craint Evgeni Morozov. Le capitalisme financier triomphant compte sur lui pour résoudre les dernières contradictions macrosystème. Le problème, c’est que les robots ne produisent pas de plus-value (de là la recherche sur les super-algorithmes, l’intelligence artificielle et les ordinateurs quantiques). C’est pourquoi il ne renonce pas à avoir sous la main l’autoritarisme, la dilution de la démocratie et la guerre en dernier recours. Trump est, à son niveau, aussi un test de résistance des matériaux, dans ce cas de la démocratisation aux USA et de l’ordre mondial basé sur la pax americana.

 

Nous vivrons et verrons des moments intéressants, selon la malédiction chinoise classique. Disons le en passant, avec une autre expérience de développement économique maximum sans démocratie, comme l’est le cas chinois sous la présidence de Xi Jinping ; ce n’est pas un hasard si cette expérience compte, parmi ses partisans les plus enthousiastes, Henry Kissinger. Si la position dubitative et timorée de l’Europe devait se poursuivre et les "Trumperies" aux Etats Unis, l’expérience chinoise pourrait s’ériger comme troisième voie réellement existante.

 

En réfléchissant ainsi, nous avons l’intuition que la révolution socialiste envisagée par Marx et les conditions d’exacerbation des crises capitalistes n’étaient pas prévues pour le début du XXe siècle, mais plutôt vers le milieu du XXIe siècle. J’ose l’imaginer vers 2040. Alors la question du socialisme ou de la barbarie sera d’actualité. En attendant, réfléchissez en termes d’essais de résistance des matériaux.

 

Gabriel Jaraba

 

Les communistes et le droit à l’autodétermination des nations

 

Un petit rappel nécessaire sur la question du droit à l’autodétermination des peuples et du droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Dans le cadre de la proclamation de la République de Catalogne, il y a urgence de cesser de dire n’importe quoi. Laissons la parole à Karl Marx et Lénine

 

Les communistes et le droit à l’autodétermination des nations


Il y a un texte qui est essentiel sur cette question du droit à l’autodétermination des peuples et du droit des nations à disposer d’elles-mêmes. C’est un texte écrit en 1916 par Lénine et qui porte sur "La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes".

 

Ce texte enrichit une réflexion de Karl Marx et Friedrich Engels sur la question nationale irlandaise.

 

Dans une lettre à Engels du 10 décembre 1869, Karl Marx écrit : "longtemps j’ai pensé qu’il était possible de renverser le régime actuel de l’Irlande grâce à la montée de la classe ouvrière anglaise (…) Or une analyse plus approfondie m’a convaincu du contraire. La classe ouvrière anglaise ne fera jamais rien tant qu’elle ne se sera pas défaite de l’Irlande. C’est en Irlande qu’il faut placer le levier. Voilà pourquoi la question irlandaise est si importante pour le mouvement social en général". (Karl Marx, Friedrich Engels, Correspondance, vol. X, Editions sociales, 1984).

 

La lecture du chef d’oeuvre de Friedrich Engels sur "La Situation de la classe ouvrière en Angleterre" de 1844 est d’ailleurs conseillée pour comprendre la relation entre le prolétariat anglais et irlandais en cette époque et aussi avoir une approche matérialiste (et surtout pas post-moderniste) sur la question du racisme. Mais là n’est pas la question.

 

Le socialisme et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes

 

Pour Lénine "le socialisme victorieux doit nécessairement instaurer une démocratie intégrale et, par conséquent, non seulement instaurer une égalité totale en droits des nations, mais aussi mettre en application le droit des nations opprimées à disposer d’elles-mêmes, c’est-à-dire le droit à la libre séparation politique". Il réaffirme le rôle des partis socialistes (les partis communistes n’existaient pas encore à l’époque) à permettre l’émancipation des "nations asservies" et que toutes les "alliances libres" entre les nations ne peuvent être véritables que si la "liberté de séparation" est garantie, sous peine de "trahir" le socialisme.

 

Il est important de noter que Lénine souligne que la révolution socialiste ne se mène pas sur un seul front. Et que le droit des nations à disposer d’elles-mêmes n’est ni "irréalisable" ou "illusoire" à "l’époque de l’impérialisme".

 

C’est avec justesse que Lénine explique que "la révolution socialiste peut éclater non seulement à la suite d’une grande grève ou d’une manifestation de rue (...) ou à la faveur d’un référendum à propos de la séparation d’une nation opprimée, etc."

 

L’objectif, pour Lénine, du socialisme est de mettre fin au morcellement de l’Humanité et que la fusion des nations libérées du joug de l’exploitation capitaliste ne se fera que par "la libération complète des nations opprimées, c’est à dire de la liberté pour elles de se séparer."

 

Trois types de pays par rapport au droit des nations à disposer d’elles-mêmes

 

Pour Lénine une "union pacifique de nations égales en droit à l’époque de l’impérialisme, est une utopie qui trompe me peuple". Le message est ainsi clairement exposé. Le prolétariat doit "revendiquer la liberté de séparation politique pour les colonies et les nations opprimées par "sa" nation. Sinon, l’internationalisme du prolétariat demeure vide de sens et verbal".

 

Pire sans liberté de se séparer il ne peut y avoir une "unité complète et absolue" du prolétariat.

 

Ainsi Lénine va distinguer trois principaux types de pays.

 

1- Les pays capitalistes avancés de l’Europe occidentales et les Etats-Unis. Ces "grandes nations" qui "opprime d’autres nations dans les colonies et à l’intérieur de ses frontières".

 

2- Les pays de l’Est de l’Europe (Autriche-Hongrie, Balkans, Russie). Dans ces pays où existent une forte lutte nationale (et bourgeoise), le prolétariat ne peux pas passer outre ces mouvements. Si il ne défend pas le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, il n’y aura pas de révolution socialiste.

Il y a une tache ardue pour le prolétariat, c’est de "fusionner la lutte de classe des ouvriers des nations oppressives et des ouvriers des nations opprimées."

 

3- Les pays semi-coloniaux (Chine, Perse, Turquie, Inde ...). Dans ces pays, les socialistes ne doivent pas seulement réclamer la liberté du pays (simple revendication du droit des nations à disposer d’elles-mêmes), "les socialistes doivent soutenir de la façon la plus résolue les éléments les plus révolutionnaires des mouvements démocratiques bourgeois de libération nationale de ces pays et aider à leur insurrection (ou, le cas échéant, à leur guerre révolutionnaire) contre les puissances impérialistes qui les oppriment".

 

Le piège du social-chauvinisme

 

Lorsque Lénine rédige cet article en 1916, nous sommes en pleine boucherie mondiale. Depuis 1914, les grandes puissances européennes et coloniales se font la guerre et des millions de personnes sont déjà mortes pour enrichir les marchants de canons.

 

Pour Lénine il est nécessaire "de lutter contre le chauvinisme et le nationalisme des les pays avancés". Parmi ces gens là deux catégories de de sociaux chauvins : les "opportunistes" et les "kautskistes", ces gens là "maquillent et idéalisent la guerre impérialiste, réactionnaire, en lui appliquant la notion de défense de la patrie".

 

Ces faux révolutionnaires "prostituent le marxisme" selon Lénine car, explicite t-il, ils perdent toute faculté de comprendre la portée théorique et l’importance tactique de Karl Marx portée dans l’analyse de la situation de l’Irlande.

 

Rappelons les écrits de Marx cités en début d’article : "Longtemps j’ai pensé qu’il était possible de renverser le régime actuel de l’Irlande grâce à la montée de la classe ouvrière anglaise (…) Or une analyse plus approfondie m’a convaincu du contraire. La classe ouvrière anglaise ne fera jamais rien tant qu’elle ne se sera pas défaite de l’Irlande. C’est en Irlande qu’il faut placer le levier. Voilà pourquoi la question irlandaise est si importante pour le mouvement social en général". (Karl Marx, Friedrich Engels, Correspondance, vol. X, Editions sociales, 1984).

 

Pour approfondir vos lectures sur cette question :

 

Lénine "Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes", col les éditions du marxisme-léninisme, Editions sociales, 1978 (à lire en ligne sur le site de Gallica)

 

Rosa Luxembourg "La question nationale et l’autonomie", Le temps des cerises, 2001

 

Voir en ligne : traduction de l’auteur sur le grand soir

 

Après les élections allemandes, Jupiter et l’UE ont la gueule de bois

 

, par  Pierre Lévy
 

Le marketing soit loué : le pitch était presque parfait, le story telling, prometteur, le narrative, bien au point.

 

Le scénario commençait comme un film d’horreur ; mais, happy end, finissait en conte – à moins que ce ne soit en compte – de fée. Résumons : crise financière, débâcle économique, tempête sur l’euro ; arrivée massive de migrants ; référendum approuvant le Brexit ; et même, pour les plus imaginatifs, menace d’invasion russe imminente. Il y a quelques mois, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, résumait même d’un mot la grande peur des élites européistes : une « polycrise » qui menaçait l’existence même de l’Union européenne.

 

 

Mais c’était sans compter les dieux de l’Olympe, capables des plus merveilleux rebondissements. En décembre 2016, le candidat « populiste » à la présidence de l’Autriche n’obtenait « que » 46%. Trois mois plus tard, les Néerlandais étaient miraculeusement sauvés de l’enfer, puisque le parti de Geert Wilders n’accédait pas au pouvoir (une hypothèse qu’on savait en réalité improbable).

 

L’UE marchait majestueusement vers la « refondation historique » annoncée, de la colline athénienne du Pnyx, par Jupiter déguisé en Périclès.

 

Surtout, lors de la présidentielle française de mai 2017, le glorieux triomphe d’Emmanuel Macron terrassant le dragon Marine Le Pen (qui n’avait aucune chance d’arriver au pouvoir) achevait de combler d’aise les partisans de l’Union européenne. Cette dernière était sauvée. Sauvée ? Mieux que cela : elle marchait majestueusement vers la « refondation historique » annoncée, de la colline athénienne du Pnyx, par Jupiter déguisé en Périclès.

 

Las… Le problème des gens de marketing est qu’il leur arrive de prendre leurs désirs pour des réalités. La méthode Coué prépare parfois des réveils difficiles. Pour le maître de l’Elysée, la gueule de bois a commencé au soir des élections allemandes.

 

Pendant des semaines, la grande presse a décrit la campagne outre-Rhin comme « ennuyeuse ». Au moins n’a-t-on pas pu dire cela des résultats.

 

Décidément, l’UE enthousiasme les électeurs…

 

Les sociaux-démocrates du SPD tombent à 20,5% soit 5,2 points de moins qu’en 2013. Il faut remonter à… 1890 pour trouver un niveau inférieur (19,3%), à l’exception des années 1932-1933. Mention particulière pour leur chef de file, Martin Schulz, qui fut le flamboyant président de l’europarlement pendant cinq ans et entendait ainsi capitaliser sur les charmes de l’Europe. Décidément, l’UE enthousiasme les électeurs…

 

Avec 33%, les chrétiens-démocrates obtiennent leur plus bas score depuis 1949. Pris ensemble, les deux partis de la coalition sortante rassemblent à peine plus d’un électeur sur deux (contre 70% à 80% jusque dans les années 2000).

 

Les (néo-)Libéraux du FDP opèrent une résurrection spectaculaire, derrière leur leader brandissant la société numérique en bandoulière. Mais c’est surtout la poussée de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) qui a créé un choc à Bruxelles et dans les capitales de l’UE. Avec 12,7%, cette formation gagne la troisième place au sein du Bundestag.

 

Dans la réalité, ni le FDP, ni l’AfD ne sont pas aussi « anti-intégration européenne » que la presse dominante se plaît à les décrire. Mais cette image, aussi approximative soit elle, a contribué à leur succès ; c’est en tout cas incontestable pour la seconde. C’est cela qui compte pour l’analyse du scrutin, et de ses conséquences pour la période qui s’annonce.

 

Trois conséquences de la poussée de l’AfD et du FDP

 

Celles-ci sont de trois ordres. La première dimension relève de la politique intérieure allemande. La configuration parlementaire sortie des urnes est totalement inédite. Elle laisse prévoir que les négociations pour une coalition quadripartite vont être laborieuses. Pendant des semaines, et peut-être des mois, Bruxelles, Paris et consorts vont devoir se passer d’Angela Merkel.

 

Et quand une majorité sera formée, on peut raisonnablement prédire qu’elle sera tout sauf stable, tant elle sera traversée de contradictions – notamment sur l’Europe. On ne peut même exclure qu’elle prendra fin avant terme.

 

C’est là la deuxième conséquence du 24 septembre : le scénario du conte de fée s’effondre. Onze jours plus tôt, M. Juncker, dans son « discours sur l’état de l’Union » (une marotte importée de Washington) déclamait : « l’Europe a de nouveau le vent en poupe (…), larguons les amarres et mettons les voiles ». Le capitaine de Bruxelles a été trahi par la météo. Sans l’impulsion dominante de Berlin, la galère européenne pourrait bien être prise dans une nouvelle tempête.

 

Le séisme qu’ont provoqué les électeurs allemands risque d’avoir de prochaines répliques

 

D’autant que le séisme qu’ont provoqué les électeurs allemands risque d’avoir de prochaines répliques. Les Autrichiens votent à leur tour le 15 octobre. Le FPÖ, généralement classé parmi les populistes eurosceptiques, se voit promettre un score important. Et si tel n’était pas le cas, ce serait au profit du jeune chef qui a fait main basse sur la droite classique (ÖVP), Sebastian Kurz ; or celui-ci cite le Premier ministre hongrois, honni à Bruxelles, comme un modèle…

 

Et comme si tout cela ne suffisait pas, les élections italiennes sont prévues en 2018, et le Mouvement Cinq étoiles garde le vent en poupe.

 

La troisième conséquence concerne l’ancien banquier de chez Rothschild devenu le président français. Le 26 septembre encore, il pérorait à la Sorbonne devant un public d’étudiants bon chic bon genre (alors que des centaines de manifestants étaient vigoureusement tenus à l’extérieur, cela s’appelle la culture du débat). Il entendait préciser sa refondation de l’Europe (en particulier de la zone euro, moyennant des transferts financiers massifs entre États membres). M. Macron a affirmé qu’il avait préparé son discours avant les élections allemandes, et ne l’avait pas modifié une fois celles-ci passées. Cela s’est vu, tant les perspectives qu’il a décrites paraissent désormais hautement fantaisistes.

 

« Si le FDP entre au gouvernement fédéral, je suis mort » – Emmanuel Macron

 

Quelques jours avant le 24 septembre, il confiait du reste à quelques proches : « si le FDP entre au gouvernement fédéral, je suis mort ». Comprendre : l’UE est morte. Car le chef de l’Etat n’en faisait pas mystère : ses projets de « portée historique » ne peuvent se réaliser qu’en tandem avec l’Allemagne (le gouvernement français ne cache pas que les « réformes » du droit du travail, de même que l’austérité renforcée, visent, dans cet esprit, à complaire à Berlin).

 

Morte, l’Union européenne ? L’agonie peut – hélas – se prolonger quelque peu. Mais le délitement se confirme. Pour les oligarchies européennes, c’est le cauchemar qui rebondit.

 

Pour les peuples du Vieux continent, c’est, au contraire, une excellente nouvelle.

 

Pierre Lévy, le 27 septembre 2017


Tiré du magasine Rupture

Le mirage économique allemand

 


 

Ce texte n’émane pas d’une plume communiste, mais de Philippe Legrain, conseiller économique du président de la Commission européenne jusqu’en février 2014, un économiste pro-capitaliste. C’est dire s’il en est éloigné. Pourtant, même s’il commence à dater (septembre 2014), ce texte laisse transparaitre pour l’Allemagne, une réalité économique qui est bien à l’opposé de celle que l’on cherche à nous faire gober... et nous donne ainsi des arguments importants, notamment pour comprendre le sens des élections récentes dans ce pays.

 

Lepcf.fr


Londres, le 23 septembre 2014

 

Depuis 60 ans, les gouvernements allemands successifs ont toujours cherché à plus européaniser l’Allemagne. Or, aujourd’hui, l’administration de la chancelière Angela Merkel veut remodeler les économies européennes à l’image de l’Allemagne. C’est une idée imprudente sur le plan politique et dangereuse au niveau économique. Loin d’être l’économie la plus réussie de l’Europe – comme le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, et d’autres s’en vantent – l’économie allemande est dysfonctionnelle.

 

Bien sûr, l’Allemagne a ses points forts : des entreprises de renommée mondiale, un faible taux de chômage et une excellente note de crédit. Mais elle connait aussi une stagnation des salaires, des banques en faillites, une insuffisance des investissements, des gains de productivité faibles, une démographie maussade et une croissance anémique de la production. Son modèle économique protectionniste – qui consiste à tailler dans les salaires pour subventionner les exportations – ne doit pas servir d’exemple à suivre pour le reste de la zone euro.

 

L’économie allemande s’est contractée au deuxième trimestre de l’année 2014 et a connu une croissance d’à peine 3,6% depuis la crise financière mondiale de 2008 – un peu plus que la France et le Royaume-Uni, mais moins de la moitié du taux de la Suède, de la Suisse et des États-Unis. Depuis 2000, la croissance du PIB n’a été en moyenne que de 1,1% par an, ce qui classe le pays à la treizième place sur les 18 pays membres de la zone euro.

 

L’Allemagne "l’homme malade de l’Europe"

 

Décriés comme "l’homme malade de l’Europe" lorsque l’euro a été lancé en 1999, l’Allemagne a répondu non pas en stimulant le dynamisme, mais en réduisant les coûts. L’investissement a chuté de 22,3% du PIB en 2000 à 17% en 2013. L’infrastructure, comme les routes, les ponts et même le canal de Kiel, est en ruine après des années de négligence. Le système d’éducation est grinçant : le nombre de nouveaux apprentis est au niveau le plus bas depuis la réunification, le pays a moins de jeunes diplômés (29%) que la Grèce (34%) et ses meilleures universités peinent à se hisser parmi les meilleures 50 universités au monde.

 

Entravée par un sous-investissement, l’économie arthritique de l’Allemagne a du mal à s’adapter. Malgré les réformes du marché du travail de l’ancien chancelier Gerhard Schröder, il est plus difficile de licencier un employé permanent en Allemagne que partout ailleurs dans l’OCDE. L’Allemagne languit à la 111ème place au niveau mondial pour la facilité à créer une entreprise, selon le classement Doing Business de la Banque mondiale. Ses plus grandes entreprises sont vieilles et n’innovent plus guère ; le pays n’a pas produit d’équivalent de Google ou Facebook. Le secteur des services est particulièrement rigide. Le gouvernement a présenté moins de réformes favorables à la croissance au cours des sept dernières années que n’importe quelle autre économie avancée, selon l’OCDE. La moyenne de croissance annuelle de la productivité au cours de la dernière décennie, ne s’établissant qu’à un faible 0,9%, a même été plus lente que celle du Portugal.

 

Le poids de la stagnation a été supporté par les travailleurs allemands. Bien que leur productivité ait augmenté de 17,8% au cours des 15 dernières années, leur rémunération réelle est aujourd’hui moindre qu’en 1999, lorsqu’un accord tripartite entre le gouvernement, les entreprises et les syndicats a plafonné les salaires. Les propriétaires d’entreprise peuvent se réjouir, mais la suppression des salaires nuit aux perspectives à plus long terme de l’économie en décourageant les travailleurs à améliorer leurs compétences, ainsi que les entreprises à investir dans une production à plus forte valeur.

 

Des exportations en baisse

 

La compression des salaires sape la demande intérieure, tout en subventionnant les exportations, sur lesquelles la croissance de l’Allemagne est basée. L’euro, qui est sans aucun doute beaucoup plus faible que le mark n’aurait été, a également contribué à cette situation, en réduisant les prix des produits allemands et en empêchant la France et l’Italie de recourir à une dépréciation de la monnaie. Jusqu’il y a peu, l’euro a également généré une augmentation rapide de la demande extérieure en Europe méridionale, tandis que le développement industriel effréné de la Chine a augmenté la demande pour les exportations traditionnelles de l’Allemagne.

 

Cependant, aujourd’hui, alors que les pays du sud de l’Europe sont déprimés et que l’économie de la Chine croît moins vite et se détourne des dépenses d’investissement, la machine à exporter allemande a ralenti. Sa part dans les exportations mondiales est passée de 9,1% en 2007 à 8% en 2013 – aussi bas que durant l’ère de "l’homme malade", lorsque l’Allemagne était aux prises avec la réunification. Parce que les voitures et les autres exportations "made in Germany" contiennent maintenant de nombreuses pièces produites en Europe centrale et orientale, la part de l’Allemagne dans les exportations mondiales n’a jamais été aussi basse en termes de valeur ajoutée.

 

Les décideurs politiques allemands se targuent du vaste excédent du compte courant du pays – 197 milliards d’euros (262 milliards de dollars) en juin 2014 – le considérant comme un signe de la compétitivité supérieure de l’Allemagne. Pourquoi, dès lors, les entreprises ne veulent-elles pas investir davantage dans le pays ?

 

Les excédents extérieurs sont en fait symptomatiques d’une économie en difficulté. La stagnation des salaires augmente les excédents des sociétés, tandis que la réduction des dépenses, le secteur des services étouffé et les start-ups qui peinent à décoller, suppriment l’investissement intérieur, le surplus d’épargne qui en résulte étant souvent dilapidé à l’étranger. L’institut DIW basé à Berlin calcule que, entre 2006 et 2012, la valeur de portefeuille des avoirs étrangers de l’Allemagne a diminué de 600 milliards d’euros, soit 22% du PIB.

 

Pire encore, au lieu de représenter un "ancrage de stabilité" pour la zone euro, comme Schäuble l’affirme, l’Allemagne propage de l’instabilité. La mauvaise approche de ses banques consistant à prêter leurs excédents d’épargne a formé des bulles sur les prix des actifs au cours de la période qui a précédé la crise financière, et a imposé une déflation de la dette depuis lors.

Faiblesse de la demande intérieure

 

L’Allemagne n’est pas non plus un "moteur de croissance" pour la zone euro. En fait, la faiblesse de sa demande intérieure a ralenti la croissance au-delà de ses frontières. En conséquence, les banques et les contribuables allemands sont moins susceptibles de récupérer leurs créances douteuses détenues dans les pays du sud de l’Europe.

 

Quand on voit combien la compression des salaires a été néfaste pour l’économie de l’Allemagne, imposer des réductions de salaires au reste de la zone euro serait catastrophique. Les coupes dans les revenus dépriment les dépenses intérieures et rendent les dettes encore moins gérables. Étant donné la faiblesse de la demande mondiale, la zone euro dans son ensemble ne peut pas compter sur les exportations pour se développer et rembourser ses dettes. Pour les économies en difficulté du sud de l’Europe, dont les exportations traditionnelles ont été affaiblies par la concurrence chinoise et turque, la solution consiste à investir dans le déplacement vers le haut de la chaîne de valeur grâce à la production de nouveaux et de meilleurs produits.

 

L’économie allemande a besoin d’une révision. Les décideurs politiques devraient se concentrer sur le renforcement de la productivité, et non de la "compétitivité", en payant les travailleurs ce qu’ils méritent. Le gouvernement devrait profiter des taux d’intérêt proches de zéro pour investir, et encourager les entreprises – en particulier les start-ups – à faire de même. Enfin, l’Allemagne devrait accueillir davantage de jeunes immigrés dynamiques pour enrayer son déclin démographique.

 

Ce serait un meilleur modèle économique pour l’Allemagne… qui montrerait le bon exemple pour le reste de l’Europe.

 

Philippe Legrain, le 23 septembre 2014

 

Tiré du site Médias24

 

Article paru en anglais sur le site Project Syndicate et traduit de l’anglais par Timothée Demont

Italie : victoire des syndicats contre les lois travail

 

23 Août 2017
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PUBLIÉ LE 21 AVRIL 2017

https://www.politis.fr/rubriques/sur-le-vif-464/

 

Les organisations syndicales italiennes ont contraint le gouvernement à abolir deux dispositifs néfastes pour les salariés : les chèques services et l’irresponsabilité des donneurs d’ordre.

Équivalent de la CGT française, la CGIL avait déjà remporté il y a quelques mois la bataille des signatures pour imposer un référendum abrogatif sur certaines dispositions des « lois travail » transalpines : 1,1 million de personnes (500 000 suffisent selon la Constitution) avaient ainsi signé pour abroger ces lois iniques votées d’abord par le gouvernement Berlusconi en 2008 puis renforcées en 2015 par Matteo Renzi – et à côté desquelles la loi El Khomri passerait pour timide.

 

La Cour constitutionnelle avait alors validé le principe du référendum, fixé au 27 mai prochain. Celui-ci devait supprimer en particulier le recours aux fameux « vouchers », ces chèques services (de 10 euros de l’heure) avec lesquels les employeurs pouvaient rémunérer les précaires pour quelques heures de travail (avec des cotisations sociales ultraréduites), mais aussi abroger le principe de non-responsabilité des donneurs d’ordre dans un contrat de sous-traitance ne respectant pas le droit du travail.

 

Le gouvernement de Paolo Gentiloni, successeur de Renzi à la présidence du Conseil suite à l’échec de ce dernier à faire approuver une réforme constitutionnelle en novembre dernier (également) par référendum, n’avait aucune envie de prendre le risque d’une nouvelle consultation populaire.

 

Le Parlement italien a donc voté mercredi 19 avril dans la soirée un texte gouvernemental abolissant les vouchers – dont l’utilisation avait été multipliée par 270 entre 2008 et 2016 ! – et rétabli la responsabilité des donneurs d’ordre. Le référendum du 27 mai n’a donc plus lieu d’être, les syndicats se félicitant de cette issue après des mois de lutte sur ces deux points.

 

Le très social-libéral Parti démocrate, dont une partie de l’aile gauche a fait scission il y a quelques semaines, s’évite ainsi une campagne sur une des lois phares (mais honnie dans la population, surtout des précaires) de l’ère Renzi, alors que des primaires internes au parti doivent avoir lieu le 30 avril en vue de rétablir l’ancien président du Conseil au poste de secrétaire général de la formation. Des circonstances qui ont permis cette victoire syndicale, hautement symbolique.

 



L’euro et la politique : un éternel retour

 

Jacques SapirPar  · 

En une semaine, les mauvaises nouvelles se sont accumulées pour l’Euro. Ces nouvelles sont essentiellement politiques. On ne reviendra pas ici sur les problèmes économiques de la monnaie unique, qui ont été décrits et analysés dans plusieurs notes[1].

 

Ces nouvelles viennent pour certaines d’Italie, ce qui n’étonnera personne vu la situation dans ce pays, que l’Euro étrangle véritablement. Mais, le point important est aussi que ces nouvelles nous viennent d’Allemagne. Cela est plus intrigant, et mérite explication.

 

L’Euro et la cour de Karlsruhe

 

C’est donc d’Allemagne que sont venues les premières mauvaises nouvelles. La cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui est en réalité l’équivalent de la Cour Constitutionnelle, a reconnu que les mesures de la Banque Centrale Européenne que l’on appelle le PSPP (ou Public Sector Purchase Program) pourraient constituer une violation de la Constitution allemande[2]. La Cour de Karlsruhe a déclaré, dans ses attendus, que des « raisons significatives existaient pour que l’on considère que la BCE a outrepassé son mandat »[3].

 

Bien sûr, on ne doit pas s’exciter outre mesure sur cette décision. Si le Président de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a déclaré que, à son avis, ces mesures constituaient bien une violation de la Constitution, il a néanmoins renvoyé l’ensemble du dossier à la Cour Européenne de Justice. L’arrêt qu’émettra cette dernière sera alors réexaminé par la cour de Karlsruhe. On le voit, la procédure s’annonce longue. Elle durera au moins jusqu’au début de 2018, voire jusqu’à la fin du printemps. De plus, cette procédure a été initiée suite à la plainte déposée par Alexander Gauland, le dirigeant de l’AfD. Or, ce parti, qui s’est fait connaître par des prises de position anti-Euro, est engagé, comme les autres, dans la campagne pour les élections législatives de septembre en Allemagne. Qu’il ait voulu réaliser une opération publicitaire est ici évident. Cependant, cette opération semble bien avoir touché un point sensible. La réaction de la cour de Karlsruhe a été rapide, et positive.

 

Les dirigeants de la BCE ont rapidement réagi, en cherchant à rassurer les dirigeants européens. Ils ont affirmé que les opérations de la BCE étaient parfaitement légales et correspondaient bien à son mandat. Peut-être ; il est probable que la Court Européenne de Justice ne voudra pas mettre la BCE dans une situation plus que délicate. Mais, ce jugement pourrait sérieusement limiter les marges de manœuvres de la BCE[4]. C’est donc un coup d’arrêt, ou à tout le moins un coup de semonce. Le fait qu’il vienne d’Allemagne est ici particulièrement significatif.

 

Où l’on reparle de l’Italie…

 

Cela l’est d’autant plus que, dans le même temps, un événement important avait lieu en Italie. Dans le quotidien Libero[5], ou Silvio Berlusconi a envoyé une lettre ouverte le 19 août 2017, il propose rien de moins que d’instaurer deux monnaies en Italie, l’Euro, qui ne serait plus utilisé que pour les transactions internationales, et la Lire, et oui, qui serait utilisée à l’intérieur du pays[6]. Ce n’est pas la première fois que l’ancien dirigeant italien fait ce genre de déclaration. Mais, c’est la première fois où il le fait d’une manière aussi politiquement articulée. Cela lui a valu des critiques acerbes, et en particulier de Romano Prodi qui lui a conseillé d’aller « se faire soigner », mais aussi de Claudio Borghi, le responsable du département économique de la Ligue du Nord.

 

Pourtant, et avec toutes ses contradictions, la lettre de Silvio Berlusconi est importante. Il rappelle ainsi, dans cette interview, l’usage nécessaire des dévaluations en Italie dans les années 1980 et 1990. Il souligne le fait que de nombreux pays ont pu se sortir de grandes difficultés économiques – il cite à cet égard la Russie, la Chine ou la Corée du Sud – parce que ces pays disposaient de leur propre monnaie. Il en profite, et ici il convient de rappeler qu’en Italie aussi on est en période préélectorale, pour tendre la main à d’autres partis, à la Ligue du Nord mais aussi à des déçus du Movimente 5 Stella.

 

 

Silvio Berlusconi, ses contradictions et sa vérité

 

Cependant, le projet de Berlusconi, et ceci contrairement à ce qu’il affirme, n’est pas compatible avec les règles de l’UEM (voir l’article 128 du Traité de Lisbonne ou TFUE). Claudio Borghi a raison de le lui rappeler. Même s’il l’était, la complexité d’un système à deux monnaies dans le monde moderne fait que ces systèmes ont rarement durés plus de quelques mois, voire quelques années. Il faut entendre ce que dit Berlusconi comme une proposition, à peine voilée, de sortir de l’Euro. Devant le désastre auquel ce pays fait face, un désastre accru par le fait qu’il est en première ligne devant la vague migratoire, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dire qu’il faut faire « autre chose ».

 

Cela fait sens en Italie. Cela fait sens aussi dans d’autres pays, de la France à la Grèce, en passant par l’Espagne, le Portugal et la Belgique. Il n’est donc pas si surprenant que cela que Berlusconi reprenne à son compte, certes de manière détournée, cette proposition. On sait que de nombreux économistes italiens, en privé, la tiennent pour indispensable et inévitable. Le principal reproche que l’on peut donc lui faire c’est de ne pas aller jusqu’au bout de sa cohérence.

 

Alors que le M5S s’en était détourné depuis le printemps, Berlusconi espère aussi prendre des voix au parti populiste de Beppe Grillo, un parti qui semble aujourd’hui en panne, faute de stratégie et de cohérence. Mais, le pourra-t-il sans clarifier encore plus sa position, cela reste à prouver.

 

Un spectre hante l’Europe…

 

On peut donc constater aujourd’hui qu’en Italie tout comme en Allemagne, les considérations électorales sont loin d’être absentes. C’est une évidence. Mais, on constate aussi qu’au-delà de ces dites considérations électorales, l’Euro est bien un problème central pour les diverses forces politiques. Il est en surplomb sur l’ensemble des problèmes économiques et sociaux qui affectent ces pays. Il est donc illusoire de vouloir traiter ces problèmes en ignorant qu’ils sont largement issus de l’existence même de l’Euro[7].

 

Cette situation oblige ces forces politiques à se définir par rapport à lui, et à ses conséquences. Nul tour de magie de le fera disparaître de l’horizon politique, et l’Euro va continuer d’occuper le terrain et ce jusqu’à ce que l’on en soit débarrassé.

 

Dès lors, cette situation ne laisse aux forces politiques que trois solutions. Soit se ranger dans le camp des partisans de l’Euro et assumer, qu’elles le veuillent ou pas, la totalité des conséquences désastreuses de la monnaie unique. Soit, chercher à finasser, critiquer ces conséquences mais sans remettre en cause l’Euro, et alors sombrer dans une incohérence qui en écartera plus d’un électeur. C’est ce qui menace le M5S, et c’est ce qui est déjà arrivé aux partis de la « gôche » en France, qui ne cessent de parler d’un « autre Euro », dont tout le monde sait qu’il est et restera une chimère. Soit, assumer des positions remettant en cause sérieusement l’Euro, mais alors, en assumant tout ce que cela implique, et en particulier un système d’alliance, mais aussi un ensemble de mesures institutionnelles, qui sera nécessaire pour que la sortie de l’Euro puisse être effective.

 

Alors qu’en France un mouvement de protestation contre les mesures économiques et sociales iniques du gouvernement se prépare, il faut donc comprendre que ces mesures sont en réalité cohérentes avec l’Euro. Elles sont la traduction de l’existence de l’Euro dans nos vies quotidiennes. On ne pourra efficacement lutter contre ces mesures qu’en mettant aussi en cause leur raison ultime, c’est à dire l’Euro.

 

[1] Voir la note du 29 juillet 2017 publiée sur Russeurope, https://russeurope.hypotheses.org/6180 sur les écarts de change réel (calculés par le FMI), celle du 30 juillet 2017 sur les fondements théoriques de l’Euro https://russeurope.hypotheses.org/6184 et celle du 11 août sur le déficit commercial de la France https://russeurope.hypotheses.org/6210

[2] Balazs Koranyi et Francesco Canepa, Reuters, le 15 août 2017, https://sg.finance.yahoo.com/news/german-court-sends-challenge-ecb-scheme-european-court-075214672–business.html

[3] irishtimes.com – ECB bond-buying activities referred to Europe’s highest court – Mardi, 15 août 2017. http://www.irishtimes.com/business/economy/ecb-bond-buying-activities-referred-to-europe-s-highest-court-1.3187896?ot=example.AjaxPageLayout.ot&mode=print

[4] Balazs Koranyi et Francesco Canepa, Reuters, op.cit.

[5] http://www.liberoquotidiano.it/news/economia/13219981/berlusconi-risponde-a-libero-domani-in-edicola-l-intervento-del-cav-su-euro-e-doppia-moneta.html

[6] http://www.ilgiornale.it/news/politica/silvio-berlusconi-doppia-moneta-si-rilanciano-i-consumi-1432118.html

[7] Comme le montre l’analyse du déficit commercial de la France https://russeurope.hypotheses.org/6210

La question de la sortie de l’Euro, des institutions et de l’état d’exception

 

Jacques SapirPar  · publication  · mis à jour 

La question d’une possible sortie de l’Euro implique une réflexion spécifique sur les institutions et sur la notion d’état d’exception.

 

La démocratie implique le conflit, elle implique la lutte politique, et elle implique après le compromis[1]. Pour que ces conflits se déroulent et pour que l’on puisse faire émerger un compromis temporaire, il faut être libre de la faire. Libre, bien entendu, au sens de la liberté d’expression et de manifestation. Mais, plus fondamentalement, il ne faut pas qu’existent des bornes à l’expression et au déroulement du conflit politique. Toute tentative de borner au préalable le conflit politique, de lui assigner un déroulement prévu à l’avance tout comme on voudrait canaliser un cours d’eau, aboutit, à la fin des fin, à borner les choix et à tuer la démocratie[2]. Car, cette dernière ne se réduit pas au débat, aussi important qu’il puisse être. La démocratie implique que des décisions soient prises, et que ces dernières ne puissent être bornées au préalable. Et l’on doit ici se rappeler que nulle génération n’a le droit d’enchaîner par ses choix les suivantes[3]. C’est cela qui implique l’existence préalable de la souveraineté. C’est pourquoi elle est un principe nécessaire même s’il n’est pas suffisant.

 

Cela permet de comprendre l’importance de « l’état d’exception » comme l’un des principes nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie, et d’en tirer toutes les conséquences, en particulier dans le cas d’une sortie de l’Euro.

 

I. Souveraineté et démocratie

 

La souveraineté est en effet indispensable à la démocratie. Bien entendu, il peut y avoir des formes de souveraineté qui ne soient pas démocratiques, mais il n’y a jamais eu de démocratie sans souveraineté. Elle est donc nécessaire, mais non suffisante à la démocratie. Le rétablissement de l’ordre démocratique est le seul antidote possible à la crise de l’Etat que la France connaît. On voit, à ce sujet, très vite qu’émerge la question fondamentale de l’action exceptionnelle, ou de « l’état d’exception ». Être souverain, en effet, c’est avoir la capacité de décider[4], ce que Carl Schmitt exprime aussi dans la forme « Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle »[5]. Sur cette question de la souveraineté il ne faut pas hésiter à se confronter, et pour cela à lire, à Carl Schmitt[6].

 

Schmitt s’élève contre la volonté de dépersonnaliser le droit, et de lui retirer sa dimension subjective, celle de la décision[7]. Quand il invoque le décisionisme, soit cette capacité de l’Etat de prendre des décisions en dehors de tout cadre juridique, il indique qui est le « souverain ». C’est dans l’état d’exception, principe reconnu par tout juriste conséquent, que s’affirme et se révèle la souveraineté.

 

Mais, parler de l’état d’exception a immédiatement d’autres implication. Giorgio Agamben, qui y a consacré un ouvrage, considère qu’il y a une similitude entre le droit et le langage[8].

 

Le langage, lui aussi, doit s’interpréter, et cette interprétation se fait toujours dans un contexte donné. Les mêmes mots n’ont pas exactement le même sens dans différentes situations en fonction du contexte. Cette réalité est d’ailleurs au cœur des problèmes de la traduction. Ce que dit Schmitt, et sur ce point on lui donne raison, c’est qu’il en est de même pour le droit. Mais, ce besoin d’une interprétation de la règle de droit, cette incapacité à aboutir en tout temps et en tout lieu à une lecture simple et automatique, suppose alors que l’on définisse qui doit posséder ce pouvoir d’interprétation, et au nom de quoi doit se faire ce dite interprétation. Le juge, en tant que représentant la règle de droit ne peut constituer cette instance. Il peut, et c’est le rôle des cours spécialisées, porter un jugement sur les possibles contradictions au sein de la règle de droit. Il peut aussi vérifier qu’un jugement a bien été pris « dans les règles » ; tel est le rôle des cours de cassation. Il peut enfin vérifier qu’une loi est constitutionnelle. Mais, il ne peut fixer cette constitutionnalité, et il ne peut décider à jamais qu’il n’y aura qu’une et une seule interprétation de la règle de droit.

 

Cela signifie que la légalité ne suffit pas. C’est qui institue l’importance de la notion de légitimité. Schmitt, ici, précise que c’est dans l’action d’exception, cette action qui se libère des règles légales, que s’affirme le souverain. On le voit, poser la question de la légalité et de la légitimité revient à poser celle de la souveraineté qui se situe en fait en amont. La souveraineté est donc à l’origine des notions de pouvoir, de consentement et de légitimation du pouvoir. Elle est donc à l’origine des concepts d’Auctoritas et de Potestas. C’est la souveraineté qui définit le Droit car c’est elle qui le créé et non pas seulement matériellement mais aussi dans l’idée que se fait une communauté de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas. Elle ne le définit pas seulement en termes généraux, mais aussi, et c’est l’importance d’une situation exceptionnelle de révéler la nature réelle des principes mis en œuvre, en des termes très concrets. Ainsi, par exemple permet-elle de savoir qui va tuer et qui doit mourir. Hors la souveraineté, ces concepts n’ont plus de sens. Il ne peut, dans un monde qui refuse la souveraineté, y avoir d’Auctoritas et dans ce monde la Potestas ne traduit plus qu’une situation de fait et non de droit. La Potestas décrit alors le pouvoir du Tyran. Penser la souveraineté revient par nécessité logique à immédiatement à penser les concepts d’Auctoritas et de Potestas.

 

II. Parlementarisme, état de droit et état d’exception

 

Carl Schmitt, il convient de le rappeler, considère que le parlementarisme libéral vise à créée les conditions pour que la légalité supplante la légitimité, et que le pouvoir de la majorité supplante le droit. Le formalisme qui en découle est, selon lui, la manifestation de cette fiction de la légalité, et il aboutit à ruiner l’État législateur lui-même[9]. On retrouve ici la nécessaire critique du positivisme juridique. Le droit de l’Etat législateur ne serait que l’émanation d’une majorité et les actions politiques des actes mécaniques conformes à ce droit. La question du contenu du droit ne serait donc plus posée.

 

Les études de cas qui ont été proposées par David Dyzenhaus dans The Constitution of Law[10], aboutissent, au bout du compte, à mettre en évidence une critique du positivisme. Cette dernière est fondamentale. Elle permet de comprendre comment l’obsession pour la rule by law (i.e. la légalité formelle) et la fidélité au texte tourne bien souvent à l’avantage des politiques gouvernementales quelles qu’elles soient. L’auteur évoque ses propres analyses des perversions du système légal de l’Apartheid[11] en rappelant que cette jurisprudence avilissante tenait moins aux convictions racistes des juges sud-africains qu’à leur « positivisme»[12]. Dans son principe, ce positivisme représente une tentative pour dépasser le dualisme schmittien de la norme et de l’exception. Mais on voit bien que c’est une tentative insuffisante et superficielle. Elle arrête à mi-parcours et aboutit, en ce sens, à des résultats qui sont bien pire que les positions ouvertement schmittiennes (comme celles de Carl J. Friedrich[13]). En tant que via del mezzo, le positivisme échoue car il ne prend pas l’exception assez au sérieux. Il persiste à concevoir les détentions et les dérogations comme des actes parfaitement « légaux », concrétisant des normes plus générales et tirant d’elles leur autorisation. Il faut donc, à la suite de David Dyzenhaus considérer que ce pouvoir d’exception réside dans le pouvoir dont disposent tous les citoyens, et au premier chef le gouvernement, pour prendre des mesures permettant un retour le plus rapide possible à la normale.

 

La dérive positiviste est aujourd’hui parfaitement évidente si l’on regarde le fonctionnement de l’Union européenne et ce qui se passe dans notre pays. Pourtant, un tel État est en permanence menacé de dissolution par les conflits issus de la participation des masses à la politique[14]. Mais, c’est là où les opinions politiques particulières de C. Schmitt interfèrent avec son raisonnement théorique. Car Schmitt pourrait en effet s’accommoder d’un État Législateur s’il n’était pas démocratique. En fait, ce qui le choque n’est pas l’hypothèse implicite de stationnarité que l’on a détectée dans l’Etat Législateur. Il remarque que si un tel État est démocratique, alors la volonté du peuple se confond avec l’état de droit, et l’État n’est plus limité par la loi, il cesse d’appartenir au modèle de l’État Législateur. Ceci provient du fait que, dans la théorie libérale, une loi est légale si elle a été élaborée et mise en œuvre dans les procédures fixées par la loi. Cette situation autoréférentielle va concentrer, à juste titre, les critiques de Schmitt. Mais il faut comprendre que ce n’est que l’une des critiques que l’on peut porter à l’encontre de l’Etat Législateur.

 

Il se dégage de cette critique de la nature autoréférentielle de l’Etat Législateur une nette préférence pour l’État Juridictionnel, car intrinsèquement conservateur. Il y a là une intéressante préfiguration des thèses qui seront celles de Hayek dans son ouvrage tardif The Political Order of a Free People[15], et qui semblent lier ces deux auteurs pourtant en apparence si opposés[16]. Cependant, Schmitt est aussi conscient que le pouvoir du juge implique l’homogénéité des représentations. Ceci n’est possible que dans ce qu’il qualifie alors de situation “calme” ou “normale”. Il est ici intéressant de constater que des auteurs très divers ont insisté sur la notion de situation « normale » opposée à celle de situation « anormale ». On retrouve ici un problème présent dans la sociologie, en particulier chez Bourdieu dans sa notion d’habitus en économie. Mais, en économie, Keynes à maintes fois insisté sur la différence qu’il y avait tant dans les comportements que dans les règles, entre une situation de « reposefulness »[17] et une situation de crise. En fait, un système politique doit être capable de fonctionner dans l’ensemble des situations. Et ceci nous renvoie au problème de la décision et de l’action exceptionnelle.

 

III. La question de « l’extremus necessitatis »

 

Toute société découle et se fonde sur du politique. Le constater revient à dire le rôle central des principes organisant et canalisant des conflits de pouvoirs dans la constitution des sociétés. Cependant, elle ne se fonde pas que sur du politique. L’économique, les conditions matérielles de l’existence, exercent aussi une influence tant directe qu’indirecte, par les biais des représentations qu’elles induisent comme des séparations qu’elles produisent. De cette dualité, l’importance des relations politiques mais aussi des autres facteurs, et en particulier les facteurs économiques, découle le mouvement général de cette société. Car, si l’économie peut créer des liens, elle en détruit aussi. C’est en particulier le cas de l’économie capitaliste. Cette économie soumet l’individu, qu’il soit producteur ou consommateur, à une incertitude radicale qui le conduit à vouloir chercher de toute force des garanties, et en particulier dans les mécanismes des institutions de l’Etat. Cette incertitude radicale se manifeste tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle collective. C’est ce que l’on appelle dans le langage courant une « crise ». Mais, cette crise impose aussi un changement, parfois radical, de la politique jusque là suivie. Ces crises, en particulier parce que nous sommes dans des économies qui sont à la fois développées quant à la puissance de leurs moyens d’action mais qui le sont aussi quant à la complexité de leurs modes d’interactions entre les agents, peuvent confronter la communauté politique à des situation exceptionnelle, ce que l’on appelle des cas « extremus necesitatis ». Or, ces cas impliquent des réponses de la communauté politique qui ne sont pas considérées comme « normale ». La situation exceptionnelle conduit à l’état d’exception, dont il nous faut établir s’il est une interruption du droit ou une transformation de ce dernier.

 

L’existence d’une situation exceptionnelle, de ce que les juristes appellent le cas « extremus necessitatis » est citée par Bodin comme relevant le souverain de l’observation régulière de la loi[18]. Carl Schmitt, citant d’ailleurs lui aussi Bodin, en fait le cas emblématique de l’exception juridique[19], de l’interruption du droit normal sans que le principe du Droit ne soit, quant à lui, interrompu. La nature de la souveraineté est profondément liée à l’état d’exception dans lequel elle se révèle[20]. La réponse à une situation exceptionnelle, en particulier quand elle se manifeste dans l’espace économique, implique un double mouvement de suspension des règles préalables et de création de nouvelles règles adossées à la légitimité de celui qui les prend. L’état d’exception de ce point de vue éclaire et révèle la nature de la souveraineté.

 

IV. Etat d’exception et dynamiques des crises économiques

 

La dynamique de certains désordres économiques, en particulier mais pas uniquement dans la sphère financière, confronte le décideur à un choix important. Il a le choix soit de respecter le cadre des normes habituelles, et de se trouver alors dans l’impossibilité d’agir en temps utile et/ou de manière efficace, ou de privilégier l’efficacité de son action mais en contrevenant délibérément aux normes établies. C’est la question de la situation exceptionnelle. Une économie composée d’agents décentralisés mais aux fortes interdépendances induites par de puissants effets de densité se caractérise par ce type de situations.

 

Elles se manifestent par des contextes où les comportements individuels se connectent directement et sans intermédiaires sur les décisions au niveau le plus élevé. L’incertitude radicale, qui occupe alors la totalité du champ des représentations, ne peut être endiguée que par la décision radicale. C’est une problématique, celle du droit d’exception, que les spécialistes du Droit Constitutionnel connaissent bien[21]. On est ici en présence de l’un des aspects de la complexité. La transmission des effets se produit à la fois de manière médiatisée, ce qui implique évidemment un rôle central accordé aux institutions, mais aussi, dans certains cas, de manière directe à travers des remises en cause de représentation et des crises de légitimité des formes sociales instituées. La société, et le pays dans son ensemble, sont ici confrontés à un effet de contexte de caractère global, comme il peut en survenir dans certains chocs macroéconomiques. L’addition de réponses locales aux chocs conjoncturels répétés finit par provoquer une rupture institutionnelle dans le domaine financier[22]. Les exemples les plus récents étant le cas de la crise de 1998 en Russie et en Asie (on pense à la Malaisie), ou encore la crise en Argentine de 2001, ou lors de la crise financière de septembre 2008 dans plusieurs pays. On est confronté à une situation particulière de rupture, où le macroéconomique se connecte directement sur le microéconomique sans passer par un niveau intermédiaire. Ceci renvoie à un moment donné ou un contexte particulier, en fait un méta-contexte, s’impose brutalement à tous les acteurs concernés comme le contexte de référence en raison de la violence de ses effets.

 

Une telle situation exceptionnelle, où peut émerger brutalement une rationalité collective relativement homogène, appelle, bien entendu, une réaction du même ordre. L’efficacité des institutions qu’il faudra mettre en place pour faire face à la crise ne peut venir d’elles-mêmes. En Russie, on a connu une telle situation avec la crise financière d’août 1998. On constate alors que c’est bien l’arrivée au pouvoir au 1er septembre 1998 d’Evgueni Primakov, avec le symbole dont il était porteur, qui a crédibilisé les institutions qui ont été progressivement introduites dans le cours de l’automne, et provoqué un effet de contexte inverse à celui induit par la crise financière. À la même période, en Malaisie, c’est la brutalité de la réaffirmation du Premier Ministre contre son Ministre des Finances qui a crédibilisé la mise en place du contrôle des changes, institution qui a permis à ce pays de traverser sans trop de dommage la crise asiatique. Historiquement, F.D. Roosevelt ne fit pas autre chose quand il demanda au Congrès ce que Giorgio Agamben décrit à juste titre comme l’équivalent de pleins pouvoirs économiques, instituant par ce fait une forme d’état d’exception[23].

 

Dans ces conditions exceptionnelles, qui sont caractérisées par une connexion directe entre le niveau macro et le niveau micro, il est vain de croire qu’un effet de contexte massif pourra être combattu par autre chose qu’un effet de contexte tout aussi massif. La question du pouvoir devient le cœur de la sortie de crise et le pivot de la cohérence. Il n’est alors de politique économique et de développement institutionnel que par la politique dans sa forme la plus nue, la réaffirmation de la souveraineté.

 

V. L’état d’exception est-il un non-droit ?

 

Il faut alors revenir aux interrogations critiques que formule Giorgio Agamben. Ce dernier nous invite donc à la suite de sa lecture de Walter Benjamin, à refuser de voir en l’état d’exception une poursuite du Droit[24]. Il s’agit pour lui d’un espace de non-loi, au contraire de la position de Carl Schmitt[25] qui tendait à réintroduire l’état d’exception dans l’espace des normes[26]. Il y a dans la thèse d’Agamben une grande force. Il est difficile de réintroduire du Droit dans ce qui le fonde en évitant une argumentation circulaire sans tomber dans les apories métaphysiques du Droit Naturel. La position juridique de Schmitt était cohérente avec sa position politique de catholique conservateur. Elle devient naturellement fragile si l’on ne partage pas son point de vue théologique et politique. Cependant, la critique d’Agamben n’est pas elle-même exempte de faiblesse. À vouloir séparer à tout prix la vie et le droit, à prétendre que c’est à la politique seule de combler le vide restant, il s’expose à une autre critique. Si une décision exceptionnelle doit être prise, par exemple face à une catastrophe naturelle, technologique ou économique, sur quelle base pourra-t-elle être contestée?

 

On sait que pour Carl Schmitt « Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle »[27]. Cette définition est importante. Pourtant, il convient de s’arrêter aux mots. Schmitt n’écrit pas « dans la situation » mais « de la situation ». C’est le fait de dire qu’une situation est exceptionnelle qui établirait le souverain. Emmanuel Tuchscherer fait alors justement remarquer que ceci « marque en effet le lien entre le monopole décisionnel, qui devient la marque essentielle de la souveraineté politique, et un ensemble de situations que résume le terme Ausnahmezustand, celui-ci qualifiant, derrière la généricité du terme « situation d’exception », ces cas limites que C. Schmitt énumère dans la suite du passage sans véritablement distinguer : « cas de nécessité » (Notfall), « état d’urgence » (Notstand), « circonstances exceptionnelles » (Ausnahmefall), bref les situations-types de l’extremus necessitatis casus qui commandent classiquement la suspension temporaire de l’ordre juridique ordinaire »[28]. Il est ici important de comprendre que cette suspension de « l’ordre juridique ordinaire » n’implique pas la suspension de tout ordre juridique. Bien au contraire. Le Droit ne cesse pas avec la situation exceptionnelle, mais il se transforme. Le couple légalité et légitimité continue de fonctionner mais ici la légalité découle directement et pratiquement sans médiations de la légitimité. L’acte de l’autorité légitime devient, dans les faits de la situation exceptionnelle, un acte légal. Et l’on peut alors comprendre l’importance de la claire définition de la souveraineté.

 

Schmitt s’en explique successivement, revenant à plusieurs reprises sur la formule initiale : est donc souverain « celui qui décide en cas de conflit, en quoi consistent l’intérêt public et celui de l’État, la sureté et l’ordre public, le salut public[29]». C’est en réalité plus qu’une précision. Il faut observer que cette nouvelle définition transporte en réalité la marque de la souveraineté d’un critère organique (la question étant alors « qui décide ? » ou, dans le vocabulaire juridique quis judicabit ?) vers un critère bien plus concret, qui spécifie d’ailleurs les circonstances (en situation de conflit) et les objets (l’intérêt public et celui de l’État) sur lesquels il lui appartient de statuer. Notons aussi que l’intérêt de l’Etat est distingué de l’intérêt public. Si l’intérêt de l’Etat se définit (sureté et ordre public), l’intérêt public lui reste non précisément définit. Cela peut se comprendre si l’on adopte le point de vue qui est celui de ce livre. L’intérêt public ne peut être définit au préalable car une telle démarche impliquerait en fait de limiter le pouvoir de la communauté politique. Or, c’est justement là que Schmitt affirme la primauté de la souveraineté. Seule la communauté politique, ce que l’on appelle le peuple, est en mesure de définir l’intérêt général et nul ne peut prétendre orienter ou limiter cette capacité à le faire. Mais, le peuple le fait à un moment donné. La définition de l’intérêt général ne peut, de plus, qu’être contextuelle, sauf à prétendre que le peuple, ou ses représentants, serait capable d’omniscience. Ce point de vue est une condamnation radicale de toutes les tentatives pour naturaliser la logique politique, en fixant des limites et des « intérêts » hors de tout contexte.

 

Il est donc important de comprendre que, pour Schmitt, c’est le contexte du conflit, ou de la situation d’urgence si l’on veut étendre le raisonnement, qui sert à définir cet intérêt général. Le fait de dire qu’il n’y a de définition d’un point aussi important que l’intérêt général QUE contextuelle est le signe que cette pensée, quelles qu’aient pu être ses errements politiques, s’inscrit de manière décisive dans les sciences sociales.

 

Schmitt désigne alors les limites inhérentes au discours juridique ou plus précisément des limites d’un discours qui serait essentiellement fondé sur la notion de légalité. Ce discours, que l’on peut considérer comme un exemple du positivisme juridique, parce qu’il prétend statuer en droit, ne peut logiquement qualifier cette situation purement factuelle qui déborde par définition des catégories juridiques usuelles. Il faut donc chercher à apprécier les moyens par lesquels l’État de droit peut tenir en bride les pouvoirs publics dans des situations critiques, où ceux-ci tendent justement à s’affranchir des limitations habituelles, tout en répondant aux contraintes spécifiques de cette situation d’exception[30].

 

La décision souveraine nous éclaire un peu plus sur ce que C. Schmitt désigne par situation d’exception. Si celle-ci se déploie en marge de l’ordre juridique normalement en vigueur, elle n’échappe donc pas complètement au droit, puisqu’il n’y a d’exception qu’expressément qualifiée comme telle. L’exception suspend l’ordre juridique ordinaire, celui qui fonctionne dans les circonstances normales. Mais, l’exception ne s’affranchit pas de tout ordre juridique. Elle ne désigne nullement un néant ou une pure anomie. L’exception manifeste au contraire la vitalité d’une autre variante de cet ordre. On peut le considérer comme l’ordre politique ou souverain habituellement dissimulé derrière le cadre purement formel et procédural de l’ordre normatif de droit commun : « Dans cette situation une chose est claire : l’État subsiste tandis que le droit recule. La situation exceptionnelle est toujours autre chose encore qu’une anarchie et un chaos, et c’est pourquoi, au sens juridique, il subsiste toujours un ordre, fût-ce un ordre qui n’est pas de droit. L’existence de l’État garde ici une incontestable supériorité sur la validité de la norme juridique »[31].

 

VI. Exception et incertitude radicale

 

On comprend bien qu’il soit difficile de borner en droit la pratique de l’état d’exception, et Schmitt a raison de le souligner. Si on pouvait d’avance prévoir les normes applicables à chaque situation exceptionnelle, c’est que nous serions en mesure de prédire précisément ces situations. Si nous étions capables d’un tel exploit, alors il nous serait facile de prendre les mesures préventives pour éviter d’avoir à faire face à ces situations exceptionnelles, et en ce cas nous n’aurions pas besoin de l’état d’exception. Reconnaître la nécessité de prévoir une action exceptionnelle est donc une implication logique de l’hypothèse de limitation cognitive et d’incertitude. Que les sociétés puissent, historiquement, être confrontées à des situations de grand désordre, dans lesquelles tout droit à disparu, est évidemment une réalité. Que certaines de ces situations puissent être fondatrices de droit, comme les Révolutions, est aussi une évidence. La question qu’il faut cependant poser est de savoir si nous devons laisser vide l’espace entre ces situations, qui traduisent l’effondrement de la totalité de l’organisation sociale, et les situations normales. Si l’on doit admettre que le droit ne peut saisir la totalité de la vie, ce qui est la thèse d’Agamben, en restreindre son champ aux situations normales n’est pas non plus acceptable.

 

Lorsque Schmitt dit que celui qui décide de l’état d’exception est souverain[32], il néglige le fait que dans le constat de l’état d’exception il n’y a pas réellement de décision. Entendons nous bien, la caractéristique de l’état d’exception est la création d’une situation telle que l’on ne peut faire autrement que de la constater. Ainsi, quand le pouvoir prend les habits du pouvoir constituant, il y a bien une décision (mais il n’y a pas ou plus d’exception car il n’y a pas de norme susceptible d’être violée). Mais il y a une autre interprétation possible. Cela consiste à dire que celui qui décide dans l’état d’exception est souverain. Le texte de Schmitt se prête à cette autre traduction. Dès lors, cela signifie que celui qui peut agir dans une situation exceptionnelle acquiert immédiatement le droit de le faire.

 

Transposée dans l’économie la question pourrait être de savoir si nous ne devons rien prévoir entre la routine quotidienne et le déploiement de la crise paroxystique avec toutes ses conséquences dramatiques sur la vie des individus. Les réponses qui ont été apportées à cette question n’ont pas toutes été satisfaisantes. Mais certaines d’entre-elles, comme le New Deal Rooseveltien, ou l’action du Premier Ministre de Malaisie quand il introduisit le contrôle des changes en septembre 1998[33], ou encore de Evgueni Primakov en Russie lors de la même crise de 1998, montrent que l’on peut apporter des réponses positives à cette question. Ces actions se sont affranchies des cadres légaux applicables en situation normale et pourtant, elles se sont révélées légitimes et créatrices d’institutions elles aussi légitimes. L’action issue de la souveraineté peut donc être fondatrice au sein d’un système démocratique.

 

Le New Deal fut d’ailleurs contesté devant la Cour Suprême, et certaines de ces mesures cassées[34]. La situation resta bloquée jusqu’à ce que Roosevelt puisse nommer de nouveaux membres à la Cour Suprême. La légitimité politique de l’action l’emporta, alors, sur la lettre du Droit. La Cour Suprême ici se déjugea quand l’exécutif américain renouvela les lois qui avaient été précédemment cassées. La conformité de ces diverses actions avec les cadres légaux préexistants a pu ainsi être jugée légalement discutable. Les assimiler à des « révolutions » dans l’ordre économique est à l’évidence très exagéré, et conduit à banaliser la notion de changement révolutionnaire au risque d’en perdre le sens.

 

Dire qu’une forme d’état d’exception économique est nécessaire ne revient pas nier que ce dernier puisse échouer et que l’on puisse être, à la fin des fins, confronté à cette violence « pure » dont parle Benjamin. Ceci revient à affirmer qu’il est du devoir de tout gouvernement de se préparer au pire sans pour autant cesser d’être un gouvernement. C’est pourquoi l’action exceptionnelle occupe une place particulière en rétablissant la cohérence entre souveraineté et légitimité, puis entre légalité et légitimité.

 

VII. Conclusion

 

La question de l’état d’exception, de la fameuse « situation exceptionnelle », apparaît donc comme centrale tant pour des raisons pratiques que pour des raisons théoriques. D’un point de vue théorique, il apparaît clairement que la possibilité de situations exceptionnelles est capitale pour penser la question de la souveraineté. Et l’on comprend pourquoi les adversaires de la souveraineté cherchent tellement à prétendre que ces « situations exceptionnelles » n’existent pas. Mais l’on ne peut supprimer l’incertitude radicale, et le risque, qu’il soit individuel ou collectif, implique la présence de « situations exceptionnelles ». C’est ce qui rend indépassable la question de la souveraineté.

 

Cependant, cela ne règle pas le problème qui se pose dans la pratique. Quand, concrètement, une communauté politique souveraine est confrontée à une situation exceptionnelle elle est contrainte d’innover, donc de décider. On ne peut limiter son action par des règles légales, comme ce serait le cas dans une sortie de l’Euro. Une action exceptionnelle qui n’aurait d’autres buts que de rétablir les conditions de fonctionnement de la légitimité procédurale et de ses principes fondateurs, ou qui aurait pour but de palier aux effets d’une situation d’exception risquant de mettre à mal ces principe ne saurait donc constituer une violence hors de toute règle. Elle peut s’affranchir, pour un temps limité, des règles communes pour rétablir le cadre d’application des principes fondamentaux. Elle n’en reste pas moins liée au cadre dont elle est issue. Cette action exceptionnelle n’est pas incontestable et invérifiable, fors l’affrontement de violence à violence. Sortirait-elle des principes ici définis, et qui sont les fondements fonctionnels d’une société à la fois dense et décentralisée, qu’elle devrait être tenue pour illégitime.

 

Ainsi, l’action d’un gouvernement qui, face à une crise économique et financière grave, suspend les règles de circulation des capitaux, ou les règles comptables, afin d’empêcher un petit groupe d’agents d’imposer indûment leur volonté par la spéculation au plus grand nombre au sein du corps souverain, n’est pas un acte d’arbitraire, quand bien même seraient alors piétinées règles et lois nationales et internationales. Ce serait bien au contraire un acte plus fidèle à l’esprit des principes de l’économie décentralisée que l’application procédurière des lois et règlements qui, elle, serait alors un acte illégitime.

 

Affirmer cela implique, bien entendu, que la responsabilité du gouvernant face aux gouvernés soit préservée. Ceci implique bien le maintien de la formule du Peuple Souverain comme seul fondement possible à la possibilité d’une action exceptionnelle.

 

Notes

[1] A. Bentley, The Process of Government (1908), Evanston, Principia Press,1949.

[2] Elster J. et R. Slagstad, Constitutionalism and Democracy, Cambridge University Press, Cambridge, 1993

[3] Jefferson T., “Notes on the State of Virginia”, in, Writngs – edited by M. Peterson, Library of America, New York, 1984.

[4] Schmitt C., Légalité, Légitimité, traduit de l’allemand par W. Gueydan de Roussel, Librairie générale de Droit et Jurisprudence, Paris, 1936; édition allemande, 1932.

[5] Schmitt C., Théologie politique, Paris, Gallimard, 1988. p. 16.

[6] Balakrishnan G., The Ennemy: An intellectual portait of Carl Schmitt, Verso, 2002. Voir aussi Kervégan J-F, Que Faire de Carl Schmitt, Paris, Gallimard, coll. Tel Quel, 2011.

[7] Scheuerman W.E., « Down on Law: The complicated legacy of the authoritarian jurist Carl Schmitt », Boston Review, vol. XXVI, n° 2, avril-mai 2001.

[8] Agamben G., État d’exception. Homo sacer, Seuil, Paris, 2003.

[9] Schmitt C., Légalité, Légitimité, op.cit., pp. 50-51.

[10] Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, Cambridge University Press, Londres-New York, 2006

[11] Dyzenhaus D, Hard Cases in Wicked Legal Systems. South African Law in the Perspective of Legal Philosophy, Oxford, Clarendon Press, 1991.

[12] Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, op.cit., p. 22.

[13] Friedrich C.J., Man and His Government: An Empirical Theory of Politics, New York, McGraw-Hill, 1963

[14] Hirst P., “Carl Schmitt’s Decisionism” in C. Mouffe, (ed.), The Challenge of Carl Schmitt, Verson, Londres, 1999, pp. 7-17

[15] Hayek F.A., The Political Order of a Free People, Law, Legislation and Liberty, vol 3, Univ. Of Chicago Press, 1979, Chicago, Ill..

[16] Voir la très pertinente critique de R. Bellamy, “Dethroning Politics: Liberalism, Constitutionalism and Democracy in the Thought of F.A. Hayek”, in British Journal of Political science, vol. 24, part. 4, Octobre 1994, pp. 419-441

[17] Ou situation marquée, ou suggérant, une quiétude et une tranquillité.

[18] Bodin J., Les Six Livres de la République, (1575), Librairie générale française, Paris, Le livre de poche, LP17, n° 4619. Classiques de la philosophie, 1993.

[19] Schmitt C., Théologie Politique, traduction française de J.-L. Schlegel, Paris, Gallimard, 1988; édition originelle en allemand 1922, pp. 8-10.

[20] ‪Arvidssen M., ‪L. Brännström, ‪P. Minkkinen (edits), ‪The Contemporary Relevance of Carl Schmitt: ‪Law, Politics, Theology, Londres, Routledge, 2015.

[21] Saint-Bonnet F., L’état d’exception, Paris, PUF, 2001.

[22] M. Aglietta, « Persévérance dans l’être ou renouveau de la croissance? », in R. Boyer, (ed.), Capitalismes fin de siècle , PUF, Paris, 1986, pp. 33-66.

[23] G. Agamben, Etat d’exception – Homo Sacer, Seuil, Paris, 2003, p.40.

[24] G. Agamben, État d’Exception – Homo Sacer, op.cit., chap. 4.

[25] Schmitt C., La dictature [1921], Paris, Seuil, 2000

[26] Schmitt C., Théologie Politique, op.cit.

[27] Schmitt C., Théologie politiqueI chapitre I, op.cit., p.16.

[28] Tuchscherer E., « Le décisionnisme de Carl Schmitt : théorie et rhétorique de la guerre » in Mots – Les langages du Politique n°73, 2003, pp 25-42.

[29] Schmitt C., Théologie politique I, op.cit. p.23.

[30] Dyzenhaus D., The Constitution of Law. Legality In a Time of Emergency, Cambridge University Press, Londres-New York, 2006

[31] Schmitt C., Théologie politique I, op.cit. p.22.

[32] Schmitt C., Théologie Politique, op. cit., p. 15.

[33] Constater la justesse de ces mesures, et leur efficacité indéniable, ne vaut nullement absolution pour les propos à teneur antisémite qu’a tenu ce personnage. Mais, aussi condamnables que puissent être ces propos, ils ne doivent pas servir à discréditer une action qui ne leur est nullement liée.

[34] R. Alan Lawson, A Commonwealth of Hope: The New Deal Response to Crisis, Johns Hopkins University Press, 2006. Leuchtenburg, William E. (1995). The Supreme Court Reborn: The Constitutional Revolution in the Age of Roosevelt. New York: Oxford University Press.

Le mythe du succès des réformes sociales en Allemagne
 
Un article de Romaric Godin sur Médiapart

Une des justifications principales des « réformes structurelles » est leur succès dans l’Allemagne du début des années 2000. Or bon nombre d’études confirment désormais que ces réformes portées par Gerhard Schröder ne sont pas à l’origine du « miracle économique allemand », déconstruisant un des mythes favoris des dirigeants français et européens.

 

Les réformes Hartz de 2003-2005 en Allemagne sont une référence pour les dirigeants français qui, aujourd’hui, entendent réformer la France. Plus généralement, cette expérience a joué un rôle fondamental dans la décision des politiques européens d’imposer aux États les moins compétitifs de la zone euro des « réformes structurelles », afin de redresser leurs économies sur le modèle allemand. Progressivement, une narration s’est développée, celle d’une « Allemagne qui a fait les réformes nécessaires » et qui en était récompensée par une croissance forte et le plein emploi. Emmanuel Macron a été un des plus intenses partisans de cette vision. Avant d’engager le conseil des ministres franco-allemand du jeudi 13 juillet, le président de la République a repris ce mantra : « Il y a des gagnants : l’Allemagne en fait partie parce qu’elle a su faire les réformes, et je salue les efforts qu’elle a faits », a-t-il répété dans une interview accordée à Ouest-France. Une remarque qui fait écho à une autre, sur la réforme en France : « La France doit réformer son économie pour lui donner plus de vigueur. » Comprenez : la France doit s’inspirer des réformes allemandes.

 

Ce point de vue est, du reste, le fondement de la stratégie européenne d’Emmanuel Macron : donner à l’Allemagne le gage de mimétisme qu’elle attendrait pour la faire bouger, par ailleurs, sur l’évolution de la zone euro. Car outre-Rhin et en Europe, ces réformes font l’objet d’un consensus quasiment complet. Le candidat social-démocrate à la chancellerie Martin Schulz avait tenté d’aborder sa remise en cause, mais son effondrement dans les sondages a montré la force de ce consensus. Désormais, le patronat allemand et la droite conservatrice, jadis critiques sur « l’Agenda 2010 » de Gerhard Schröder, en sont devenus les plus fervents défenseurs et ont mené la contre-offensive face à Martin Schulz. Le ministre fédéral des finances, Wolfgang Schäuble, a ainsi fait l’éloge de ces réformes et les a présentées comme un modèle pour le reste de l’Europe. Dans la zone euro, les réformes inspirées de l’Allemagne sont, du reste, devenues les piliers de la politique économique de l’ensemble. La BCE appelle régulièrement France et Italie à s’en inspirer, et les grandes lignes des politiques imposées aux pays en crise par la troïka se sont fondées sur l’expérience allemande, dans la forme et dans la justification. Il est vrai qu’en apparence la leçon est sans appel.

 

En 2003, pour reprendre le titre célèbre d’une conférence donnée en novembre de cette année par Hans-Werner Sinn, à l’époque chef économiste de l’institut IFO, l’Allemagne était « l’homme malade de l’Europe ». Le chômage atteignait 11,2 % de la population active, selon les chiffres d’Eurostat en 2005, et la croissance était désespérément atone. Quinze ans plus tard, la croissance allemande s’est clairement renforcée et le pays est désormais en situation de plein emploi, avec un taux de chômage de 3,9 % de la population active. Comment ne pas croire que ce « miracle économique » n’est pas lié à la politique de réformes menée par le gouvernement de Gerhard Schröder entre 2002 et 2005 ? Et pourtant… Plusieurs études reviennent sur cette apparente évidence depuis quelque temps pour en réduire la réalité. De plus en plus, le lien entre la « renaissance économique allemande » et les réformes Hartz semble ténu, sapant les bases du récit dominant parmi les élites européennes. Dernière étude en date : celle du Center for European Reform (CER), un think tank pro-européen basé à Londres, intitulée « Le mythe Hartz ».

 

D’après cette étude, « l’impact économique des réformes Hartz a été modeste ». Ses conclusions confirment un texte de février 2014, publié par quatre économistes allemands, qui affirmait que « les réformes Hartz n’ont joué aucun rôle essentiel » dans le redécollage économique de l’Allemagne et son retour au plein emploi. L’institut IMK, proche des syndicats allemands, avait aussi dès 2010 tracé la voie.

 

Qu’était-ce que ces réformes Hartz ? Regroupées en quatre lois, ces réformes ont d’abord réduit le coût des systèmes sociaux et permis une baisse des cotisations des entreprises. Elles ont ensuite favorisé la flexibilité du marché de l’emploi avec le développement de l’auto-entrepreneuriat (les « Ich AG », littéralement « Moi SA »), la facilitation des « minijobs », la réduction des entraves au licenciement pour les très petites entreprises. Enfin, elles ont incité les chômeurs de longue durée à reprendre un emploi en réduisant la durée d’indemnisation et en durcissant les conditions d’obtention des aides sociales. C’est la fameuse loi « Hartz IV », qui avait provoqué une vague de protestations dans toute l’Allemagne. L’auteur du rapport du CER, Christian Odendahl, considère que ces réformes ont eu principalement trois effets. Le premier est la « fluidification » du marché du travail allemand qui, selon certaines études, a apporté une baisse de 1,5 point du taux de chômage. Le second est une augmentation de l’emploi des plus âgés. Tout cela ne saurait cependant expliquer le succès économique allemand. Et pour cause : « Les raisons du rebond économique allemand à partir de 2004 résident ailleurs », explique l’économiste. L’essentiel est dû à trois raisons, indépendantes des réformes Hartz.

 

La première est peu connue, mais importante et soulignée par Christian Odendahl : le secteur de la construction s’est stabilisé à partir de 2004, après une forte baisse à la suite de la réunification. Or « environ un tiers du déficit de croissance de l’Allemagne s’expliquait par ce seul secteur », indique la note. Un secteur très riche en emplois. On pourrait y ajouter le développement du secteur des soins à la personne, dans la foulée d’un vieillissement, plus avancé qu’en France, de la population, secteur qui a créé beaucoup d’emplois ces dernières années. La deuxième raison est bien connue, c’est l’explosion de la demande émergente, notamment chinoise, en produits allemands. Car le décollage des pays émergents a entraîné une demande massive de biens intermédiaires, nécessaires à l’équipement des nouveaux « ateliers du monde ». Or l’Allemagne, bien avant les réformes Hartz, disposait déjà d’une avance et d’une réputation de qualité unique sur ce marché. Cette avance, et c’est là la troisième raison, a été renforcée par un effet coût s’expliquant avant tout par une forte modération salariale. Or, et c’est un fait intéressant montré par l’étude du CER et le texte de 2014, cette modération salariale ne s’explique pas par les réformes Hartz. Elle a ainsi débuté dans les années 1990, sous la pression des délocalisations massives de l’industrie allemande vers l’ancien bloc de l’Est. En réponse à cette menace et compte tenu de l’importance du chômage alors, les syndicats ont choisi de prioriser l’emploi sur le salaire, grâce à des accords d’entreprise permettant de déroger aux accords de branche. Cette pratique existait toutefois avant les réformes Hartz. Elle était simplement balbutiante au début des années 1990.

 

En 1993, souligne Christian Odendahl, 600 000 travailleurs étaient touchés par ces accords, contre 7 millions de travailleurs en 1998. « En conséquence, les salaires réels ont commencé à ralentir doucement depuis le milieu des années 1990, pas depuis les réformes », conclut-il. Certes, par la suite, les réformes Hartz ont pesé davantage sur les bas salaires, mais l’essentiel du mouvement s’explique par une évolution de la culture d’entreprise allemande, où la fin des participations croisées a créé une pression sur la rentabilité des entreprises. Un mouvement qui « était presque achevé » en 2003, indique la note du CER. Un mythe qui s’est imposé en dépit des faits Cette note souligne, du reste, avec raison, que cette modération salariale a été à double tranchant et qu’elle n’a pas été un élément absolument déterminant de la croissance allemande. Cette modération salariale a en effet pesé sur la demande intérieure et a contribué à gonfler l’excédent d’épargne de l’économie allemande, qui a alimenté les bulles à l’origine des crises de 2007 et 2010, lesquelles, en retour, ont affaibli la croissance outre-Rhin. Mais les réformes Hartz ont-elles permis à l’économie allemande de mieux résister aux crises, notamment sur le plan de l’emploi ? Là encore, la réponse est plutôt négative. Christian Odendahl souligne que l’Allemagne a bénéficié en 2010 de la forte reprise de la demande mondiale, alimentée par le plan de relance chinois (une situation proche de celle d’aujourd’hui). Entre-temps, l’emploi a résisté surtout grâce au Kurzarbeit, autrement dit à un chômage technique subventionné par l’État et que les entreprises allemandes ont alors plébiscité par crainte de perdre de la main-d’œuvre qualifiée devenue rare. Christian Odendahl rappelle enfin combien il convient de relativiser le « miracle de l’emploi allemand », qui s’apparente moins à une augmentation du volume de travail qu’à un partage renforcé de celui-ci. « Les heures travaillées ont retrouvé seulement récemment leur niveau du début des années 1990 », indique la note, alors que la population active a progressé de 4,5 millions depuis 2003 et atteint des niveaux records aujourd’hui.

 

L’emploi créé est donc principalement partiel, ce qui pose un vrai problème d’inégalité sociale et de pauvreté. L’institut IMK met régulièrement en garde contre le phénomène croissant des travailleurs pauvres outre-Rhin. Relativiser ce miracle, c’est aussi rappeler que, à cause de ces réformes, l’Allemagne a un problème de ralentissement de la productivité et voit ses inégalités se creuser, deux éléments qui pèsent sur le potentiel à moyen et long terme de l’économie. Ces éléments ne peuvent être oubliés au nom d’un miracle statistique qui ne s’explique pas par les réformes. Bref, porter aux nues les « réformes Hartz »et en faire un modèle paneuropéen de prospérité et de croissance participe bien plutôt du mythe que de l’analyse économique.

 

En guise de conclusion, Christian Odendahl souligne combien l’expérience allemande relève de la « chance ». Ce n’est sans doute pas là le seul motif, dans la mesure où il y a eu un mouvement raisonné issu de la culture d’entreprise allemande et où la particularité économique de l’Allemagne a pu offrir au bon moment au monde émergent un potentiel industriel qu’elle avait su préserver. Mais il y a là aussi une part de vérité : l’expérience allemande a bénéficié d’une succession d’événements qui ont dissimulé et atténué les aspects négatifs d’une politique de réforme. Il est impossible de construire une politique économique dans un autre pays fondée sur une telle expérience, qui mêle à la fois des aspects typiquement allemands à de la « chance ». La note du CER rappelle ainsi quelques fondamentaux pour mener une politique de réforme et notamment celui de prendre garde à ne pas réformer le marché du travail en période de consolidation budgétaire. « L’Allemagne a été très chanceuse que la demande externe vienne en 2006 à son secours », explique Christian Odendahl, qui prévient que « d’autres pays européens ne seront pas si chanceux ». On songe évidemment à la France, qui entre précisément dans cette double politique de réforme et de consolidation budgétaire, alors même que la capacité productive du pays est faible et que la demande mondiale, si elle se redresse, demeure encore fort éloignée de son rythme de 2006.

 

Bref, le pari est à haut risque et il est illusoire d’avancer « l’exemple allemand » comme un précédent. C’est pourtant une pratique courante qui rappelle la thèse sur les « narrative economics » de Robert Shiller, prix Nobel (ou plus exactement titulaire du prix de la Banque royale de Suède pour l’économie) en 2013. Shiller explique que les « narrations », les « histoires », autrement dit les « mythes », ont un impact économique puissant. « Le cerveau humain a toujours été très réceptif aux narrations, factuelles ou non, pour justifier des actions en cours, aussi basiques que de dépenser et d’investir », explique-t-il en introduction d’un article de janvier 2017 sur le sujet. Dans le cas des réformes Hartz, nous y sommes pleinement : l’adoption de ce mythe par les classes politiques allemandes et européennes a conduit – et conduit encore – à des erreurs de politique économique. De ce point de vue, le mythe des réformes Hartz rappelle celui de la grande inflation. Comme l’avait montré, en 2013, l’historien britannique Frederick Taylor dans son ouvrage The Downfall of Money (éditions Bloomsbury), la peur de l’inflation avait été imposée par les perdants de 1923. Ces derniers, membres de la « bourgeoisie éduquée » (« Bildungsbürgertum »), « sont devenus une grande force qui forgera l’opinion au cours des trois quarts de siècle suivants », soulignait l’historien, qui ajoutait : « Ce phénomène joue un rôle important, peut-être crucial, dans la transformation de l’expérience de l’inflation – qui a été une expérience dure, mais supportable pour beaucoup – en une catastrophe nationale reconnue par tous. » En 1992, l’Allemagne a imposé un objectif unique d’inflation à la future BCE, au nom de sa crainte inflationniste, qui devait désormais être partagé par toute la zone euro. C’est donc la narration économique imposée en Allemagne qui, ensuite, avait été imposée à la zone euro dans l’organisation de la BCE, avec, là encore, de graves conséquences économiques. Aujourd’hui, un autre mythe venu d’Allemagne domine, celui des réformes. Plus que jamais, il semble donc urgent, pour mener un vrai débat économique, de se libérer de ces mythes qui forgent les politiques économiques.

 

Godin Romaric, Médiapart du 5 août 2017

Aujourd’hui… Barcelone au carrefour de toutes les errances…

 

18 Août 2017
 
 

Barcelona Gipsy Klemer orchestra- Djelem

 

Barcelona Gipsy Klezmer Orchestra (BGKO) est un groupe créé en 2012 à Barcelone , en Espagne . Le groupe s’appuie sur de nombreuses influences musicales, y compris la musique Klezmer , Jazz Manouche et la musique rom. BGKO explore également les sons de certaines régions d’Europe de l’Est et s’inspire de la musique dans les régions d’Amérique du Sud, d’Espagne et du Moyen-Orient.

Barcelone;.. Boris Vian

 

18 Août 2017
 

Barcelone, et les fondements culturels du terrorisme islamiste

 

Jacques SapirPar  · 

Les attentats de Barcelone et en Catalogne de jeudi 17 août nous renvoient à l’horreur de novembre 2015 (le « Bataclan »), ou du 14 juillet 2016 (l’attentat du 14 juillet à Nice). Ils nous rappellent l’urgence de la situation, tout comme cette urgence avait déjà été rappelée par l’attentat dont ont été victimes, il y a quelques jours, six militaires français à Levallois-Perret. Ils nous confirment que le terrorisme islamiste peut toujours frapper, comme il le fit ces derniers jours en Afrique, le 14 août à Ouagadougou (Burkina Faso), ou le 16 août au Nigéria. Ils nous font toucher du doigt la réalité du terrorisme islamiste qui n’est nullement en retrait et ceci en dépit des défaites subies en Syrie et en Irak, de Mossoul à Raqqa, en passant par Palmyre et Deir-el-Zor, par DAECH.

 

Si le terrorisme islamiste a acquis, du moins hors du Moyen-Orient, une vie qui est indépendante des événements en Irak et en Syrie, c’est avant tout parce qu’il s’enracine sur une détermination culturelle.

 

La dimension culturelle du terrorisme

 

Ce terrorisme islamiste, que certains éprouvent toujours beaucoup de mal à nommer, n’est pas réductible aux conditions sociales de ses acteurs, comme on le prétend parfois. En Europe, il a été, largement, le fait de personnes relativement bien insérées dans la société, dont certaines appartenaient à ce que l’on appelle la « petite bourgeoisie ». La dimension idéologique de ce terrorisme est indéniable. Il exprime le refus violent des sociétés occidentales par une petite minorité, mais une minorité qui a trouvé une oreille complaisante autour d’elle. Les différentes enquêtes montrent qu’aujourd’hui la pénétration des idées au nom desquelles ces actes atroces sont commis, va bien plus loin que les simples milieux que l’on dit « radicalisés ». Bien entendu, la très grande majorité de ceux qui disent approuver les idées des terroristes, qui affirment la supériorité des « lois de Dieu » sur celles de la République, qui développent les idées d’infériorité des femmes, ne commettront pas d’attentats. Mais, ils peuvent fournir le vivier dans lequel se développeront des acteurs potentiels d’attentats. Ils peuvent aussi fournir, que ce soit de manière passive ou de manière active, un soutien à ces derniers.

 

Il y a là un problème majeur, et un problème sur lequel on tend à se cacher les yeux. Cela montre que ce terrorisme là a une dimension largement culturelle. Aussi, la focalisation sur ce que l’on appelle le « salafisme » est-elle largement illusoire, et probablement contre-productive. Une organisation comme les Frères Musulmans, qui aujourd’hui se démarque du terrorisme en Europe (mais pas nécessairement dans les pays arabes) porte une responsabilité au moins aussi importante dans le terrorisme islamiste que les petits groupes « salafistes ».

 

Tant que cette dimension culturelle du terrorisme islamiste ne sera pas reconnue, nous sommes condamnés à voir se répéter ces actes atroces.

 

De l’unité de la culture politique

 

Cela implique une réflexion sur ce que l’on appelle la « culture », et plus spécifiquement sur la « culture politique ». Cette culture politique, c’est qui sert de soubassement à nos débats, ce qui permet d’établir un « langage commun » entre les différents participants à ce débat. D’ou, à l’évidence, l’importance de comprendre d’où vient cette culture politique. C’est l’histoire qui a structurée des peuples en Europe, avec des cultures politiques différentes.

 

Nous savons que nous vivons dans des sociétés hétérogènes. Cette hétérogénéité est religieuse ; c’est une évidence depuis le XVIème siècle et la Réforme en particulier. Elle est aussi sociale et depuis longtemps, avec la diversification des activités, des statuts et des intérêts matériels. Elle est désormais en partie culturelle. Cette hétérogénéité touche donc la totalité des aspects de nos vies. On peut considérer que cette hétérogénéité est nécessaire en cela qu’elle apporte un brassage permanent aux sociétés. Il serait facile de montrer l’enrichissement que la culture, et en particulier la culture politique, doit à cette hétérogénéité. Mais, elle est aussi profondément perturbatrice et facteur de crises et elle contribue à déstabiliser les individus. Si les individus peuvent fort bien continuer de faire vivre des cultures différentes, ils doivent, pour être des « citoyens », se référer à une culture politique unique, sans laquelle il ne peut plus y avoir de débats. C’est l’hétérogénéité constatée qui implique de construire une forme d’homogénéité.

 

Dans une société composée en effet de membres hétérogènes, il faut construire (et non imposer) une homogénéité politique si l’on veut que cette société puisse fonctionner et par là tout simplement exister. C’est cette homogénéité politique construite, que l’on peut nommer si on y tient « culture politique », qui permettra la convergence des anticipations nécessaires à la mise en œuvre de projets communs.

 

En cela, si l’on peut constater la réalité d’un pluri-culturalisme, le multiculturalisme ne peut constituer un projet politique viable pour une société. Admettre la pluralité des cultures politiques dans un Etat donné, c’est acter de l’impossibilité d’aboutir à un projet commun faute, justement, de ce « langage commun » que constitue la culture politique. Et, dans le cas de la société française, l’un des points essentiels de ce langage commun c’est la reconnaissance de la distinction entre la sphère privée et la sphère publique, distinction qui rend possible l’existence de la laïcité. C’est pourquoi, il faut rejeter avec la plus extrême fermeté les dérives communautaristes qui peuvent exister.

 

Qu’est-ce que le peuple

 

Il se fait que la question du « patriotisme » s’est retrouvée à nouveau sur le devant de la scène, et ceci grâce aux actions, et aux déclarations, de plusieurs champions sportifs, dont Patrice Quarteron[1]. Ce dernier a été violemment attaqué pour sa déclaration d’amour à la France. A l’inverse, certains voudraient aujourd’hui diviser la France en communautés, et c’est sans doute l’un des objectifs de ces militants qui tiennent un camp dit « décolonial », dont l’accès est interdit aux blancs. Mais, qui est blancs et qui est noir ? Les tentatives de classifications administratives, en particulier aux Etats-Unis, montrent bien l’extrême imprécision de ces termes.

 

Qu’est-ce qui fait donc un « peuple » ? Il faut comprendre que quand nous parlons d’un « peuple » nous ne parlons pas d’une communauté ethnique ou religieuse, mais de cette communauté politique d’individus rassemblés qui prend son avenir en mains. Un peuple, ce n’est jamais l’addition de communautés. Nous vivons dans des sociétés hétérogènes et l’unité de ces dernières se construit, et se construit avant tout politiquement. Cette unité n’est jamais donnée ni naturelle. Le peuple ne se définit pas par des caractéristiques ethniques, ou par une appartenance religieuse. On ne peut donc penser de « Peuple » sans penser dans le même mouvement la « Nation ». Et, la liberté du « Peuple » dans le cadre de la « Nation » s’appelle justement la souveraineté.

 

Les formes de cette constitution du peuple peuvent varier, en fonction de facteurs historiques et culturels, mais ils répondent aux mêmes invariants. Ce double mouvement fait émerger des personnes remarquables et Jeanne d’Arc est l’une de ces personnes. Daniel Bensaïd, qui fut un dirigeant et un penseur d’Extrême Gauche, de la Ligue Communiste au NPA, ne s’y était pas trompé[2]. Dans un entretien, quelque temps avant sa mort, il était revenu sur cette question, je le cite : « Jeanne d’Arc ébauche l’idée nationale à une époque où la nation n’a pas de réalité dans les traditions dynastiques. Comment germe, aux franges d’un royaume passablement en loques, cette ébauche populaire d’une idée nationale ?[3]». Fort bonne question, en effet. C’est celle du double mouvement de constitution et de la Nation et du Peuple qui est en réalité posée.

 

La lutte contre le terrorisme islamiste est militaire, policière et politique. Mais, elle est aussi culturelle. La compréhension de la nécessaire unité de la culture politique est ici fondamentale. C’est en combattant les idées qui fournissent le terreau du terrorisme que l’on en bâtira le tombeau définitif. Mais, pour cela, il faut tout d’abord reconnaître que ce terrorisme n’est as une fatalité ni même une importation de l’étranger.

 

Il faut, alors, se décider aussi à revenir sur le mise en cause, sournoise ou directe, de la souveraineté du peuple, en en particulier sur celle que promeut l’Union européenne. C’est elle qui ouvre ainsi toute grande la porte à la dissolution du peuple et de la Nation, et à l’émergence des communautés, que ces dernières soient religieuses ou ethniques. Il ne peut y avoir de peuple, c’est à dire de base à construction politique de la souveraineté populaire, que par la laïcité qui renvoie à la sphère privée des divergences sur lesquelles il ne peut y avoir de discussions raisonnables.

 

[1] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/07/28/31003-20170728ARTFIG00241-quand-patrice-quarteron-donne-une-lecon-de-patriotisme-a-ceux-qui-haissent-la-france.php

 

[2] Bensaïd D., Jeanne de guerre lasse, Paris, Gallimard, « Au vif du sujet », 1991.

 

[3] http://www.danielbensaid.org/Il-y-a-un-mystere-Jeanne-d-Arc

17 août 2017

Umberto Eco, l'Ur-fascisme, les citoyens appelés à jouer le rôle de peuple

 

"LʼUr-fascisme, indique Umberto Eco, se fonde sur un populisme qualitatif. Dans une démocratie, les citoyens jouissent de droits individuels, mais l'ensemble des citoyens n'est doté d'un poids politique que du point de vue quantitatif (on suit les décisions de la majorité). Pour l'Ur-fascisme, les individus en tant que tels n'ont pas de droits, et le peuple est conçu comme une qualité, une entité monolithique exprimant la volonté commune. Puisque aucune quantité d'êtres humains ne peut posséder une volonté commune, le Leader se veut leur interprète. Ayant perdu leur pouvoir de délégation, les citoyens n'agissent pas, ils sont seulement appelés, pars pro toto, à jouer le rôle du peuple. Ainsi, le peuple n'est plus qu'une fiction théâtrale. Pour avoir un bon exemple de populisme qualitatif, il n'est plus besoin de Piazza Venezia ou du Stade de Nuremberg. Notre avenir voit se profiler un populisme qualitatif Télé ou Internet, où la réponse émotive d'un groupe sélectionné de citoyens peut être présentée et acceptée comme la Voix du Peuple. En raison de son populisme qualitatif, l'Ur-fascisme doit sʼopposer aux gouvernements parlementaires «putrides». Lʼune des premières phrases que prononça Mussolini au parlement italien fut : « J'aurais pu transformer cette salle sourde et grise en un bivouac pour mes manipules. ›› Effectivement, il trouva aussitôt un meilleur abri pour ses manipules, mais peu après il liquida le parlement. Chaque fois qu'un politicien émet des doutes quant à la légitimité du parlement parce qu'il ne représente plus la Voix du Peuple, on flaire l'odeur de l'Ur-fascisme..."

 

Reprenons la lecture des conceptions de Umberto Eco sur le fascisme...

 

Michel Peyret


30 janvier 2017

Umberto Eco, le fascisme primitif et éternel et ... Donald Trump

 

En 1995, Umberto Eco publie un long article dans la New York Review of Books. Son thème : le fascisme éternel, ce qu’il appelle l’Ur-fascisme. Le linguiste, philosophe, philologue, romancier, penseur italien essaie de brosser le portrait invariant de ce qui constitue le fascisme, au-delà de l’expérience italienne née avec Mussolini en 1922.

 

Pour ce faire, il répertorie dans cet article 14 caractéristiques du fascisme, dont nous publions la liste argumentée ci-dessous.

 

Toute ressemblance avec un président américain en exercice....

 

        1. Le culte de la tradition
        2. Refus du monde moderne
        3. L’irrationalisme et culte de l’action pour l’action
        4. Le désaccord, l’esprit critique, est une trahison
        5. Refus radical de la différence, raciste par définition
        6. L’appel aux classes moyennes frustrées
        7. L’obsession du complot
        8. Exalter la force de l’ennemi puis la vaincre
        9. Le pacifisme est une collusion avec l’ennemi
        10. L’élitisme de masse
        11. Le culte du héros
        12. Puissance = culte du machisme = mépris pour les femmes
        13. Les individus n’ont pas de droit, seul le peuple...
        14. Invention d’une nouvelle langue, lexique pauvre, syntaxe élémentaire

 

A la fin de l’article de la New York Review of Books, Umberto Eco ajoute. « Nous devons rester en alerte, pour que le sens de ces mots ne soit pas à nouveau oubliés. L’Ur-fascisme est toujours parmi nous, parfois sous des déguisements. Ce serait si simple, pour nous, s’ils apparaissaient sur la scène mondiale en proclamant ‘Je vais rouvrir Auschwitz, je veux voir les Chemises noires parader de nouveau sur les places italiennes’. La vie n’est pas si simple. L’Ur-fascisme peut revenir sous les atours les plus innocents. Notre devoir est de le démasquer et de pointer du doigt chacune de ses nouvelles expressions, tous les jours et partout dans le monde ».

 

Lire l'entretien qu'Umberto Eco nous avait accordé en 2011, au moment de la sortie du Cimetière de Prague, où il parle de la mystification, du faux, du racisme.


Article intégral de Umberto Eco (photo Daniel Fouray)

 

L’Ur-Fascisme (fascisme éternel, ou primitif)

 

Supposons qu'il existe une série de groupes politiques.

 

Le groupe Un est caractérisé par les aspects abc, le groupe Deux par bcd, et ainsi de suite. Deux est semblable à Un en tant qu'ils ont deux aspects en commun. Trois est semblable à Deux et Quatre est semblable à Trois pour la même raison. Notons que Trois est aussi semblable à Un (ils ont en commun l'aspect c). Le cas le plus curieux, c'est Quatre, évidemment semblable à Trois et à Deux, mais sans aucune caractéristique commune avec Un. Toutefois, en raison de la série ininterrompue de similarités décroissantes entre Un et Quatre, il subsiste, par une sorte de transitivité illusoire, un air de famille entre Quatre et Un.

 

Le fascisme est devenu un terme s'adaptant à tout parce que même si l'on élimine d'un régime fasciste un ou plusieurs aspects, il sera toujours possible de le reconnaître comme fasciste. Enlevez-lui l'impérialisme et vous aurez Franco et Salazar ; enlevez le colonialisme et vous aurez le fascisme balkanique. Ajoutez au fascisme italien un anticapitalisme radical (qui ne fascina jamais Mussolini) et vous aurez Ezra Pound. Ajoutez le culte de la mythologie celte et le mysticisme du Graal (totalement étranger au fascisme officiel) et vous aurez l'un des gourous fascistes les plus respectés, Julius Evola. En dépit de cet imbroglio, je crois possible d'établir une liste de caractéristiques typiques de ce que je voudrais appeler l'Ur- fascisme, c'est-à-dire le Fascisme Primitif et Eternel. Impossible d'incorporer ces caractéristiques, dans un système, beaucoup se contredisent réciproquement et sont typiques d'autres formes de despotisme ou de fanatisme. Mais il suffit qu'une seule d'entre elles soit présente pour faire coaguler une nébuleuse fasciste.

 

1- La première caractéristique d'un Ur-fascisme, c'est le culte de la tradition. Le traditionalisme est plus ancien que le fascisme. Il ne fut pas seulement typique de la pensée contre-révolutionnaire catholique après la Révolution française, il est né vers la fin de l'âge hellénistique, en réaction au rationalisme grec classique.

 

Dans le bassin méditerranéen, les peuples de religions différentes (toutes acceptées avec indulgence par le Panthéon romain) se prirent à rêver d'une révélation reçue à l'aube de l'histoire humaine. Cette révélation resta longtemps cachée sous le voile de langues désormais oubliées, confiée aux hiéroglyphes égyptiens, aux runes celtes, aux textes sacrés, encore inconnus, des religions asiatiques.


Cette nouvelle culture devait être syncrétiste. Le syncrétisme n'est pas seulement, comme l'indiquent les dictionnaires, la combinaison de diverses formes de croyances ou de pratiques. Une telle combinaison doit tolérer les contradictions. Tous les messages originaux contiennent un germe de sagesse et, lorsqu'ils semblent dire des choses différentes ou incompatibles, c'est uniquement parce que chacun fait allusion, de façon allégorique, à quelque vérité primitive.

 

Conséquence : il ne peut y avoir d'avancée du savoir La vérité a déjà été énoncée une fois pour toutes et l'on ne peut que continuer à interpréter son message obscur. Il suffit de regarder le syllabus de chaque mouvement fasciste pour y trouver les principaux penseurs traditionalistes. La gnose nazie se nourrissait d'éléments traditionalistes, syncrétistes, occultes. Julius Evola, la source théorétique essentielle de la nouvelle droite italienne, mélangeait le Graal avec les Protocoles des Sages de Sion, l'alchimie avec le Saint Empire romain. Le fait même que, pour montrer son ouverture d'esprit, une partie de la droite italienne ait récemment élargi son syllabus en réunissant De Maistre, Guénon et Gramsci, est une preuve lumineuse de syncrétisme.

 

Si vous regardez par curiosité les rayons des librairies américaines portant l'indication « New Age ››, vous y trouverez même saint Augustin, lequel, pour autant que je sache, n'était pas fasciste. Mais le fait même de réunir saint Augustin et Stonehenge, ça, c'est un symptôme d'Ur-fascisme.

 

2- Le traditionalisme implique le refus du monde moderne. Les fascistes comme les nazis adoraient la technologie, tandis qu'en général les penseurs traditionalistes la refusent, la tenant pour la négation des valeurs spirituelles traditionnelles. Toutefois, bien que le nazisme ait été fier de ses succès industriels, ses louanges de la modernité n'étaient que l'aspect superficiel d'une idéologie fondée sur le Sang et la Terre (Blut und Boden). Le refus du monde moderne était camouflé sous la condamnation du mode de vie capitaliste, mais il recouvrait surtout le rejet de l'esprit de 1789 (et de 1776 bien sûr) : le siècle des Lumières, l'Age de la Raison, conçus comme le début de la dépravation moderne. En ce sens, l'Ur-fascisme peut être défini comme irrationalisme.

 

3- Lʼirrationalisme dépend aussi du culte de l'action pour l'action. Lʼaction est belle en soi, on doit donc la mettre en œuvre avant - et sans - la moindre réflexion. Penser est une forme d'émasculation. Ainsi, la culture est suspecte, puisqu'on l'identifie à une attitude critique. De la déclaration attribuée à Goebbels (« quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver ») à l'emploi courant d'expressions telles que sales intellectuels, crânes d'œuf, snobs radicaux, les universités sont un repaire de communistes, la suspicion envers le monde intellectuel a toujours été un symptôme d'Ur-fascisme. Lʼessentiel de l'engagement des intellectuels fascistes officiels consistait à accuser la culture moderne et lʼintelligentsia d'avoir abandonné les valeurs traditionnelles.

 

4- Aucune forme de syncrétisme ne peut accepter la critique. L'esprit critique établit des distinctions, et distinguer est un signe de modernité. Dans la culture moderne, la communauté scientifique entend le désaccord comme un instrument de progrès des connaissances. Pour l'Ur- fascisme, le désaccord est trahison. 

 

5- Le désaccord est en outre signe de diversité. LʼUr- fascisme croît et cherche le consensus en exploitant et exacerbant la naturelle peur de la différence. Le premier appel d'un mouvement fasciste ou prématurément fasciste est lancé contre les intrus. LʼUr-fasciste est donc raciste par définition.

 

6- LʼUr-fascisme naît de la frustration individuelle ou sociale. Aussi, l'une des caractéristiques typiques des fascismes historiques est-elle l'appel aux classes moyennes frustrées, défavorisées par une crise économique ou une humiliation politique, épouvantée par la pression de groupes sociaux inférieurs. A notre époque où les anciens « prolétaires » sont en passe de devenir la petite bourgeoisie (et où les Lumpen s'auto-excluent de la scène politique), le fascisme puisera son auditoire dans cette nouvelle majorité.

 

7- Quant à ceux qui n'ont aucune identité sociale, l'Ur- fascisme leur dit qu'ils jouissent d'un unique privilège - le plus commun de tous : être né dans le même pays. La source du nationalisme est là. Par ailleurs, les seuls à pouvoir fournir une identité à la nation étant les ennemis, on trouve à la racine de la psychologie Ur-fasciste l'obsession du complot, si possible international. Les disciples doivent se sentir assiégés. Le moyen le plus simple de faire émerger un complot consiste à en appeler à la xénophobie. Toutefois, le complot doit également venir de l'intérieur. Aussi les juifs sont-ils en général la meilleure des cibles puisqu'ils présentent l'avantage d'être à la fois dedans et dehors. Aux Etats-Unis, le livre de Pat Robertson, The New World Order constitue le dernier exemple en date d'obsession du complot.

 

8- Les disciples doivent se sentir humiliés par la richesse ostentatoire et la force de l'ennemi. Quand j'étais enfant, on m'apprenait que les Anglais étaient « le peuple aux cinq repas ›› : ils mangeaient plus souvent que le pauvre mais sobre Italien. Les juifs sont riches et ils s'entraident grâce à un réseau secret d'assistance mutuelle. Cependant, les disciples doivent être convaincus de pouvoir vaincre leurs ennemis. Ainsi, par un continuel déplacement de registre rhétorique, les ennemis sont à la fois trop forts et trop faibles. Les fascismes sont condamnés à perdre leurs guerres, parce qu'ils sont dans l'incapacité constitutionnelle d'évaluer objectivement la force de l'ennemi.

 

9- Pour l'Ur-fascisme, il n'y a pas de lutte pour la vie, mais plutôt une vie pour la lutte. Le pacifisme est alors une collusion avec l'ennemi ; le pacifisme est mauvais car la vie est une guerre permanente. Toutefois, cela comporte un complexe d'Armageddon : puisque les ennemis doivent et peuvent être défaits, il devra y avoir une bataille finale, à la suite de laquelle le mouvement prendra le contrôle du monde. Cette solution finale implique qu'il s'ensuivra une ère de paix, un Age d'or venant contredire le principe de guerre permanente. Aucun leader fasciste n'a jamais réussi à résoudre cette contradiction.

 

10- Lʼélitisme est un aspect type de l'idéologie réactionnaire, en tant que fondamentalement aristocratique. Dans l'histoire, tous les élitismes aristocratiques et militaristes ont impliqué le mépris pour les faibles. LʼUrfascisme ne peut éviter de prêcher l'élitisme populaire. Tout citoyen appartient au peuple le meilleur du monde, les membres du parti sont les citoyens les meilleurs, tout citoyen peut (ou devrait) devenir membre du parti. Cependant, il n'est point de patriciens sans plébéiens. Le leader, qui sait que son pouvoir n'a pas été obtenu par délégation mais conquis par la force, sait aussi que sa force est fondée sur la faiblesse des masses, tellement faibles qu'elles méritent et ont besoin d'un Dominateur. Comme le groupe est organisé hiérarchiquement (selon un modèle militaire), chaque leader subordonné méprise ses subalternes, lesquels méprisent à leur tour leurs inférieurs. Tout cela renforce le sentiment d'un élitisme de masse.

 

11- Dans cette perspective, chacun est éduqué pour devenir un héros. Si dans toute mythologie, le héros est un être exceptionnel, dans l'idéologie Ur-fasciste, le héros est la norme. Un culte de l'héroïsme étroitement lié au culte de la mort : ce n'est pas un hasard si la devise des phalangistes était Viva la muerte. Pour les gens normaux, la mort est désagréable mais il faut l'affronter avec dignité; pour les croyants, c'est une façon douloureuse d'atteindre a un bonheur surnaturel. Le héros Ur-fasciste, lui, aspire à la mort, annoncée comme la plus belle récompense d'une vie héroïque. Le héros Ur-fasciste est impatient de mourir. Entre nous soit dit, dans son impatience, il lui arrive plus souvent de faire mourir les autres.

 

12- Puisque la guerre permanente et l'héroïsme sont des jeux difficiles à jouer, l'Urfasciste transfère sa volonté de puissance sur des questions sexuelles. Là est l'origine du machisme (impliquant le mépris pour les femmes et la condamnation intolérante de mœurs sexuelles non conformistes, de la chasteté à lʼhomosexualité). Puisque le sexe aussi est un jeu difficile à jouer, le héros Urfasciste joue avec les armes, véritables Ersatz phalliques: ses jeux guerriers proviennent d'une Invidia Penis permanente.

 

13- LʼUr-fascisme se fonde sur un populisme qualitatif. Dans une démocratie, les citoyens jouissent de droits individuels, mais l'ensemble des citoyens n'est doté d'un poids politique que du point de vue quantitatif (on suit les décisions de la majorité). Pour l'Ur-fascisme, les individus en tant que tels n'ont pas de droits, et le peuple est conçu comme une qualité, une entité monolithique exprimant la volonté commune. Puisque aucune quantité d'êtres humains ne peut posséder une volonté commune, le Leader se veut leur interprète. Ayant perdu leur pouvoir de délégation, les citoyens n'agissent pas, ils sont seulement appelés, pars pro toto, à jouer le rôle du peuple. Ainsi, le peuple n'est plus qu'une fiction théâtrale. Pour avoir un bon exemple de populisme qualitatif, il n'est plus besoin de Piazza Venezia ou du Stade de Nuremberg. Notre avenir voit se profiler un populisme qualitatif Télé ou Internet, où la réponse émotive d'un groupe sélectionné de citoyens peut être présentée et acceptée comme la Voix du Peuple. En raison de son populisme qualitatif, l'Ur-fascisme doit sʼopposer aux gouvernements parlementaires «putrides». Lʼune des premières phrases que prononça Mussolini au parlement italien fut : « J'aurais pu transformer cette salle sourde et grise en un bivouac pour mes manipules. ›› Effectivement, il trouva aussitôt un meilleur abri pour ses manipules, mais peu après il liquida le parlement. Chaque fois qu'un politicien émet des doutes quant à la légitimité du parlement parce qu'il ne représente plus la Voix du Peuple, on flaire l'odeur de l'Ur-fascisme

 

14- L'Ur-Fascisme parle la Newspeak. La Newspeak fut inventée par Orwell dans 1984, comme langue officielle de l'Ingsoc, le socialisme anglais, mais des éléments d'Ur-fascisme sont communs à diverses formes de dictature. Tous les textes scolaires nazis ou fascistes se fondaient sur un lexique pauvre et une syntaxe élémentaire, afin de limiter les instruments de raisonnement complexe et critique. Cela dit, nous devons être prêts à identifier d'autres formes de Newspeak, même lorsqu'elles prennent l'aspect innocent d'un populaire talk-show.

Posté par Michel Peyret

Les conséquences d’une sortie de l’Euro

 

Jacques SapirPar  · 

Le décalage entre le taux de change réel de l’Allemagne et celui de la France, tel qu’il a été mesuré dans les études du FMI[1] auxquelles ont a déjà fait référence[2], pose de nouveau le problème de l’Euro, et donc d’une possible sortie de ce dernier. Si cette sortie s’accompagne d’une dissolution de la zone Euro, ce qui est la plus probable des solutions car on ne voit pas l’Italie et d’autres pays rester dans l’Euro une fois que la France en serait sortie, il convient d’envisager les conséquences économiques de la nouvelle situation.

 

A – 01 – 2017-external-sector-report

A – 01 – External sector report 2016 – copie

 

Quels seraient les nouveaux taux de change ?

 

Dans le cas d’une dissolution de la zone Euro, que celle-ci soit consensuelle ou qu’elle soit provoquée par une sortie unilatérale de la zone Euro, on peut penser que les nouvelles parités de change s’établiraient, au bout de quelques mois, autour des niveaux des taux de change réels estimés par le FMI.

 

Ampleur des appréciations/dépréciations des taux de change en cas de dissolution de la zone Euro

Ajustement moyen Ajustement maximal (avec overshooting) Ecart avec l’Allemagne

(normal-Maxi)

Ecart avec la France

(normal-Maxi)

France -11,0% -16,0% 26-43%
Italie -9,0% -20,0% 24-47% +2/-4%
Espagne -7,5% -15,0% 22,5-42% +3,5/+1%
Belgique -7,5% -15,0% 22,5-42% +3,5/+1%
Pays-Bas + 9,0% +21,0% 6-6% +20/+37%
Allemagne +15,0% +27,0% +26/+43%

 

Source : écart des taux de change réels dans le FMI External Sector Report 2017 et consultations d’experts des questions de change réalisées au début d’août 2017

 

Dans le cas d’une forte spéculation (qui pourrait être combattue par un contrôle des mouvements de capitaux à court terme), l’Italie, en raison de la fragilité de son système bancaire, serait la plus touchée. De même, l’ampleur de la dette souveraine de la Belgique et la proximité avec la France, entraînerait un quasi-alignement des mouvements des taux de change avec la France.

 

Retenons de cela que les prix nominaux entre la France, l’Italie, l’Espagne et la Belgique et l’Allemagne seraient en forte variation, d’une moyenne de 23% à un maximum de 43%. Cette variation serait due en priorité à la réévaluation du « nouveau Deutschmark » bien plus qu’à la dépréciation des monnaies des 4 pays considérés. Les taux de change entreces 4 pays ne bougeraient que peu. Par rapport au « reste du monde » (i.e. la « zone Dollar » et les pays n’utilisant pas l’Euro), le décalage serait bien moindre, de 10% à 15% en moyenne.

 

Effets économiques

 

Les effets de telles variations se divisent en 2. Un effet sur l’indice des prix, lié aux prix des produits importés et un effet sur le volume des exportations (qui s’accroît) et sur celui des importations (qui décroît). Ces effets ont été estimés dans le FMI World Economic Report d’octobre 2015, dans son chapitre 3[3].

 

Graphique 1

Impact d’une dépréciation de 10%

 

Source FMI, WEO-2015, chapitre 3

 

Ici, il faut tenir compte de la différence entre la situation de la France et celle de l’Italie, l’Espagne et la Belgique. La France est un des pays les moins intégrés dans l’UEM. Elle ne réalise, en moyenne, que 55% de ses échanges avec les autres pays de l’UEM. Par contre, le niveau d’intégration de l’Italie, de l’Espagne et de la Belgique est bien plus élevé, variant entre 65% et 70%.

 

Dans ces conditions, la hausse des prix (sur 18 mois) en France serait entre 3% et 4,5% (cumulés sur la période), hausse qui viendrait s’ajouter à l’inflation actuelle d’environ 1% (par an). Pour l’Italie, le taux serait de 3,5% à 5,4% (toujours cumulé sur 18 mois). C’est un pic d’inflation, mais qui reste transitoire, comme le montre l’évolution actuelle des prix au Royaume-Unis après une dépréciation de la Livre Sterling de près de 26% en un an[4]. Quant aux prix des carburants, rappelons que ceux-ci sont payés en Dollars des Etats-Unis et que les taxes représentent une grande partie du prix à la pompe. Même pour le carburant le moins taxé, et compte tenu du montant de ces taxes, la hausse ne serait que 1/3 du montant de la dépréciation vis-à-vis de la zone Dollar, soit environ 5%…

 

Les effets sur l’accroissement des exportations, et donc la croissance du PIB, seraient bien plus spectaculaires. On peut estimer cet accroissement à +2,25% / + 3,5% du PIB. Cet accroissement viendrait s’ajouter à la croissance actuelle, comprise entre 1% et 1,3%. Nous aurions bien l’équivalent du « choc de compétitivité » tant cherché par les gouvernements successifs de ces dernières années via des baisses de charges, et qui ne s’est jamais manifesté. Cet accroissement du PIB engendrerait une baisse importante du chômage avec des effets positifs sur l’UNEDIC et les régimes de retraites, qui permettrait de réduire progressivement les cotisation patronales et salariales, perpétuant alors le « choc de compétitivité » dans les années suivant la sortie de l’Euro.

 

Effets financiers

 

Les effets, ici, doivent être étudiés entre effets sur les entreprises et effets sur les ménages et bien entendu pour l’Etat.

 

Pour les entreprises, l’étude de Durand-Villemot de janvier 2017 montre que l’effet d’une dépréciation consécutive à la sortie de l’Euro est nul[5].

 

Figure 2

Source: Durand-Villemot

 

En ce qui concerne les ménages, la dépréciation aurait lieu après la conversion au taux de 1 pour 1 des montants en Euro en montant en « nouveau Franc ». L’impact pour les ménages serait donc uniquement celui du surplus d’inflation provoqué par la dissolution de l’Euro, donc compris entre -3% et -4,5% (sur 18 mois). On est donc très loin des estimations « à la louche » présentant une perte égale à la dépréciation. Et, la raison de cette différence, est que les ménages consomment des biens et services (loyers par exemple) qui ne seraient pas dépréciés car issus de production « en France ».

 

Pour les finances publiques, et l’on sait que le principe de la lex monetae s’appliquerait comme il s’est appliqué lors du passage à l’Euro[6], se poserait alors la question des taux d’intérêts des nouvelles dettes émises pour couvrir le déficit budgétaire et pour refinancer les emprunts arrivant à expiration.

 

EM-Monetary Law 1997 Angl

 

Il est ici évident que, pour une période d’environ deux ans, la Banque de France, rétablie dans ses prérogatives, devrait assurer le financement de ces nouvelles dettes. Mais, au vu de l’importance des fonds en quête de placement, et du niveau actuel de la dette allemande (qui d’ailleurs se réduit progressivement), le retour des investisseurs sur la dette française peut être tenu pour acquis au-delà de ce délai de deux ans.

 

On le voit, les effets économiques et financiers d’une dissolution de la zone Euro (UEM) sont largement positifs. Le chômage, en particulier, baisserait de manière significative (de 1,5 millions à 2,5 millions) et l’équilibre des comptes sociaux serait rétabli sans qu’il soit utile et nécessaire d’imposer de nouveaux sacrifices aux salariés.

 

Le choix de rester dans l’Euro est un choix essentiellement politique, qui sous-tend un objectif implicite, jamais présenté aux Français, de dissolution de la Nation dans un cadre fédéral. Il est plus que temps de remettre en cause ce choix et de forcer le gouvernement à un débat honnête sur cette question, au nom de laquelle il sacrifie aujourd’hui la vie et le futur de millions de gens.

 

Notes

[1] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057

[2] Voire la note publiée le 29 juillet 2017 sur Russeurope, https://russeurope.hypotheses.org/6180

[3] Voir : http://www.imf.org/en/Publications/WEO/Issues/2016/12/31/Adjusting-to-Lower-Commodity-Prices

[4] https://fr.news.yahoo.com/inflation-stable-en-grande-bretagne-094517610.html

[5] http://www.ofce.sciences-po.fr/blog/balance-sheets-effects-of-a-euro-break-up/

[6] Voir la directive de l’UE : http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex:31997R1103

Qu'est-ce que l'Union européenne, pourquoi est-il nécessaire de la quitter, et pourquoi n'est-ce pas encore fait? (modifié)

 

13 Août 2017 , Rédigé par Réveil Communiste

Qu’est-ce que l’UE ?

 

L’UE est un processus historique délibérément très lent dont la limite asymptotique est la formation des « États-Unis d’Europe », grand empire capitaliste continental, à tendance de plus en plus oligarchique, sur le modèle réalisé outre-Atlantique, processus dont les peuples concernés ne veulent pas, et dont il s’agit de contourner patiemment la volonté. Mais c’est aussi un processus impossible à mener à terme, parce que l’agenceur de la construction européenne depuis 1948, l’allié américain, qui prend aussi en charge la défense militaire de l’UE, ne veut pas le voir complètement aboutir, car il se satisfait de sa satellisation actuelle. l'Europe est donc le lieu où on débat de la meilleure formule pour sauver le capitalisme, sans pouvoir jamais conclure.

 

L’UE est aussi une force expansionniste dans la mesure où l’impérialisme étatsunien et le néo-impérialisme allemand qui pousse son dernier couac peuvent se concilier un moment, contre la Russie ou le monde arabo-musulman.

 

Il y a plusieurs forces politiques et culturelles européennes qui veulent voir aboutir le projet d’une Europe fédérale: l’Allemagne (et de par l’influence historique du SPD, une partie de la social démocratie européenne) et l’Église catholique qui vise à une longue influence politique future dans un ensemble politique où elle serait, théoriquement, majoritaire, et une force extérieure non négligeable, la Chine, ou certains secteurs en Chine, qui chercherait ainsi à dissocier en deux morceaux un bloc occidental qui est tendanciellement très menaçant pour elle.

 

Il y a d’autres forces qui veulent immobiliser le statu quo d’une zone de libre échange en déclin économique sous protectorat américain : l’allié et patron étatunien, la bourgeoisie parisienne, la Grande Bretagne, les multinationales du Net et de la finance, parce que cette conjoncture prolongée leur permet de s'approprier une plus grosse part du gâteau.

 

La petite bourgeoisie est globalement européiste, par conformisme idéologique, sans voir ce clivage.

 

Les classes populaires sont globalement anti UE car elles ont compris depuis longtemps que l’UE n’est rien d’autre que le nom de marketing du capitalisme du futur, qui ne leur promet en fin de compte que le chômage et l'anomie, non sans verser parfois dans la nostalgie du capitalisme national de papa.

 

Le Brexit a ouvert la contradiction entre les deux forces européistes qui représentent deux projets d’avenir différents pour le capitalisme. Ces deux projets sont également dangereux et la tension entre les deux aboutit à une surenchère belliciste extrêmement dangereuse. Car qu’on veuille une Europe allemande ou américaine, elle sera certainement anti-russe.

 

Pourquoi quitter l’UE ?

 

  1. Pour des raisons de démocratie


L’UE est un pouvoir politique qui surplombe les institutions nationales de ses pays membres, et qui se trouve entre les mains de personnalités et d’institutions non élues, ou quand elles le sont, non responsables. La logique même de la construction consiste à limiter au maximum l’incidence du suffrage universel. Un des modèles historiques tirés du passé qui peut resservir à penser cette démocratie très limitée est l’Empire austro-hongrois, qu’on nommait avec raison « la prison des peuples ».

  1. Pour des raisons de souveraineté populaire


Les États membres abandonnent par pans entiers leur indépendance, et perdent leur autonomie en matière de politique économique, budgétaire, monétaire, mais aussi sur le plan de la politique étrangère. A quoi sert dans ces conditions de voter pour des élus qui devront rendre compte en plus haut lieu, à Bruxelles ou à Francfort ?

  1. Pour des raisons économiques


Le projet économique européen fixé par l’Allemagne est un projet libéral contrôlé, avec monnaie forte, parce que ce choix monétaire favorise les propriétaires au détriment des travailleurs. Il abouti à une désindustrialisation dans tous les autres pays qui y sont associés. A ce projet se superpose la politique globaliste de dérégulation financière qui a les faveurs de la Commission, qui est totalement perméable au lobbying des multinationales. Ces deux politiques également nocives pour l’emploi deviennent catastrophiques pour les travailleurs quand on cherche à les mettre en pratique ensemble.

  1. Pour des raisons sociales


Ces deux projets sont également producteurs d’inégalité et de précarité, le premier étant favorable à une institutionnalisation de la pauvreté, et le second à une spécialisation parasitaire de l’économie dans la division du travail internationale (finance, marketing, spectacle, idéologie) qui ne propose aux classes populaires que des emplois de service déqualifiés.

  1. Pour des raisons patriotiques élémentaires


L’identité psychique élémentaire des individus vivants, dans la mesure où elle excède celle de simples consommateurs de marchandises est structurée par leur appartenance nationale. L’Europe est même le continent le plus clivé sur ce plan. La disparition des patries européennes signifiera la mise au rancard de peuples entiers et notamment des classes populaires, ceux qui ne possédant rien possédant au moins leur pays. Sans elles, il n’y a plus aucune intégration à rien d’autre que la marchandise globale, et cela pour les immigrés comme pour les autochtones.

  1. Pour la Paix


Le projet européen peut bien se faire passer pour la paix éternelle entre la France et l’Allemagne, il signifie bel et bien une attitude fermée et hostile envers les autres continents, un déplacement et un renforcement des barbelés, et une sorte de mise en commun de l’impérialisme et de ses guerres. La guerre exclue de l’intérieur rejaillira aux frontières en des opérations néocoloniales qui prendront prétexte des « valeurs » universelles telles les "droits de l'homme" qui sont appropriées sans vergogne comme patrimoine européen quasi-national.

  1. Parce que l’Europe en fait n’existe pas : c’est l’appendice de l’Occident anglo-saxon, dominé par les États-Unis.


Le monde actuel est dominé par une structure impériale en emboitement : les États-Unis d’Amérique et leurs multinationales de la finance, du pétrole et du Net, les pays anglo-saxons homogènes aux États-Unis et "junior-partners" qui servent d’amplificateur à leur influence mondiale, la zone satellisée de l’Union européenne, et les pétromonarchies du Golfe, sans parler de la classe dirigeante acculturée des écoles de commerce et des pensionnats de luxe partout dans le monde. L’UE n’est qu’une pièce rapportée de cette structure dont les ambitions sont dépassées par rapport au processus de domination globale à l’œuvre dans le monde.


Pourquoi ne quitte-t-on pas l’UE puisque tout ce qui précède est bien connu ?

  1. Quitter l’UE comme toute lutte a un coût que le public atomisé et timide actuel redoute d'avoir à payer. D’autant que les défenseurs de l’Europe ne masquent pas leur volonté d’exercer des représailles en un tel cas.

  2. Il existe une très forte propagande pro-UE, activée par des forces idéologiques convergentes et influentes (social-démocratie, libéralisme, anarcho-libertarianisme, christianisme social, gauchisme néo-soixante-huitard), active dès la rédaction des programmes scolaires, et bénéficiant d’une quasi unanimité dans les médias de masse. Cette propagande procède par confusion, répétition, diabolisation et amalgame pour intimider les hérétiques.

  3. L'Europe se moque des principes élémentaires de la démocratie et de la souveraineté du peuple, mais existe-t-il encore dans l'univers consumériste des "citoyens" au sens originaire du terme?  des gens prêts à se battre jusqu'au bout pour ces "valeurs"? Les adversaires de la tyrannie européistes parlent beaucoup mais font fort peu de choses. Tout se passe comme si ces idéaux étaient déjà morts, n'étaient plus que des grands mots.

  4. L’Europe est une tyrannie « non-létales », les forces de répression policières, militaires, et les services secrets agissant dans un cadre national. De ce fait elle ne paye pas le coût politique de la répression.

  5. L’UE est un facteur de corruption de la vie politique de ses pays membres : subventions, ONG, aides ciblées permettent de favoriser systématiquement les partisans de l’UE et de confiner petit à petit ses adversaires dans la marge du politique et dans l’inefficacité.

  6. On adhère à l’UE par « néonationalisme » honteux, par nostalgie de puissance, en un sentiment formé par le résidu des différents romans nationaux élaborés au XIXème siècle et enseignés à l’école jusqu’aux années 1970. On veut participer d’une grande histoire, d’une grande puissance ! La France et l’Allemagne opiniâtrement poursuivent sous le masque européen depuis 1940/45 la vaine tâche de reconstituer leur stature mondiale perdue.

  7. Il existe un inconscient raciste à l’œuvre dans le projet européen qui reste prégnant. Se reconnaître dans l’Europe, c’est qu’on le veuille ou non se reconnaître dans le continent des blancs, des chrétiens et des impérialistes qui s’est défini historiquement contre l’Afrique, L’Asie, l’Islam et la Russie.

  8. L’alternance politique sanctuarise le projet européen : les mécontents sont invités à se prononcer à chaque élection pour une alternative tout aussi pro-UE que le pouvoir sortant. Le débat politique sur cette question centrale est complètement verrouillé.

  9. Le mythe de l’Europe sociale mystifie certains opposants qui sont plus radicaux en parole qu’en réalité : ils veulent employer les moyens bureaucratiques qui sont utilisés pour imposer les normes du libéralisme économique, pour une massive redistribution des revenus à l’échelle du continent. Mais si par extraordinaire des sociaux-démocrates keynésiens redistributeurs et résolus (?) prenaient le pouvoir simultanément dans plusieurs pays et surtout dans les deux pays clés (la France et l’Allemagne), ils seraient obligés de quitter l’UE pour appliquer leur programme qui heurte de front les Institutions telles qu’elles fonctionnent au régime du Traité de Lisbonne (2008), et qui ne sont pas réformables : pour modifier une disposition, il faut obtenir l’unanimité des 27 pays membres ce qui est en pratique impossible. L’Europe sociale n’est donc rien de mieux qu’une promesse électorale pour éternels opposants.

  10. Le plus important : les adversaires de l'UE qui sont majoritaires, sont divisés en deux camps politiques irréconciliables, placés à l’extrême droite et à l’extrême gauche du champ politique. Bien que ces « extrêmes » ne le soient guère que par les arrières pensées qu'on leur prête à tort ou à raison, dans les faits aucun compromis ni aucune alliance n'est possible entre les deux camps sous peine de désintégration réciproque, et c'est bien là la pièce clef du dispositif qui sanctuarise l'UE. La seule sortie de cette difficulté passe par la reconquête hégémonique du camp anti-UE par "l’extrême gauche", c’est à dire par le champ politique influencé par le marxisme, l’extrême droite ne fonctionnant que comme leurre-épouvantail inconsistant, n’aboutissant qu’à consolider le pouvoir du bloc central européiste. Mais l’extrême gauche ne peut manger l’extrême droite qu’en reprenant à son compte des revendications populaires que celle-ci s’est appropriée, et en rompant ses attaches idéologiques avec le libéralisme global.

Fondamentalement ce qu’on appelle « l'Europe » représente le projet fatal d’universaliser l’individualisme de masse, de répandre partout un discours consensuel factice lénifiant et endormeur, et de détruire toute forme de résistance sociale ou culturelle à l’uniformisation du monde sous le contrôle des trusts du Net et de la finance. Tout esprit épris de liberté doit la vomir. Abattre la tyrannie rosâtre et (pour l’instant) non-létale de l’Union européenne est une aventure ouverte aux nouvelles générations, aux jeunes de toute origine et de tous les pays européens, c’est un projet à la mesure de notre temps, pour reconquérir la dignité et la liberté des peuples et le droit de replacer l'égalité et le droit au travail à la base de la société.

 

Mais ce ne sera pas une affaire tranquille et facile, et il faudra de nouveau que les aspirants au changement social acceptent de résider et de se compromettre avec le négatif. En castillan, "comprometido" veut dire tout simplement "engagé".

 

GQ, 26 mai - 12 juin 2017

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Oeufs contaminés au pesticide fibronil: un nouveau cas du capitalisme débridé dans l'UE

Oeufs contaminés au pesticide fibronil: un nouveau cas du capitalisme débridé dans l'UE

En limitant son intervention à une question de relations et de lenteur dans le transfert d’informations, le ministre de l’Agriculture et de l'Alimentation du pouvoir réactionnaire privilégie les aspects secondaires pour ne pas aborder les vraies solutions.

Ce nouveau scandale prend sa source aux Pays-Bas, où des éleveurs de poules pondeuses en batterie, victimes de parasites, ont utilisé un insecticide trafiqué d’un chimiquier belge se fournissant en Roumanie par souci de rentabilité financière. Cet insecticide comprenait la molécule de Fipronil, reconnue pour sa toxicité sur la santé humaine et interdit.

La CGT de l'Agroalimentaire critique la réponse vraiment sans envergure du ministre. Elle rappelle avec force que la France est largement auto-suffisante dans cette filière de production. Malgré cela, des sociétés françaises ont acheté à bas coût ces oeufs venant des Pays-Bas.

Selon la CGT, ce scandale pose à nouveau l’exigence de réponses fondamentales face à des réalités inquiétantes :
- la responsabilité des entreprises agro-alimentaires dans leur politique d’approvisionnement ;
- la validité des contrôles internes effectués par les entreprises. Pour la Fnaf-CGT, on doit leur privilégier les contrôles publics des élevages et des entreprises ;
- l’absence de contrôle aux frontières ;
- l’industrialisation des élevages de poules pondeuses ;
- le développement de politiques nutritionnelles nationales privilégiant la qualité au prix. .

Publié par Le Mantois et Partout ailleurs

Oeufs contaminés au Fipronil, le capitalisme libre et non faussé dans l'UE a toujours de beaux jours devant lui

Oeufs contaminés au Fipronil, le capitalisme libre et non faussé dans l'UE a toujours de beaux jours devant lui

Scandale de la vache folle, du poulet à la dioxine, du cheval qui n'en était pas et aujourd'hui ces oeufs contaminés, l'UE du capital caquète mais n'agit pas.

Pourtant, les effets nocifs du Fibronil sur la chaîne alimentaire est archi connu. Il entre dans la composition des pesticides destinés à l'enrobage des semences. Mais produire toujours plus et à moindre coût pour alimenter les profits du capitalisme est un dogme de l'UE.

Un petit peu d'histoire sur ce pesticide: Mis sur le marché en 1993, il est racheté par Aventis née de la fusion entre le français Rhône-Poulenc et l'allemand Hoeschst. Et pas pour décorer un sapin de noël. Il est à nouveau racheté par Bayer en 2002 qui le revend en 2003 à BASF, autre géant de l'agrochimie allemande. Et voilà que depuis les Pays-Bas, état fondateur de l'UE, il parvient à contaminer pour l'heure plus d'une quinzaine de pays dans le monde dont la France depuis avril 2017.

Dès lors, contrainte, l'UE va réunir les pays concernés devant ce nouveau scandale sanitaire et financier. Mais pour quoi faire? Interdire complètement l'usage du Fibronil dans la chaîne alimentaire? Interdire l'élevage des gallinacées en batterie, lesquels dans un clos des plus réduits, se contaminent? Demander des comptes à l'allemand BASF, fleuron de l'industrie agrochimique -oui vous lisez bien agrochimique-chère à Angela Merkel patronne de l'UE?

BASF vient de communiquer qu'il entendait stopper la commercialisation du Fibronil dans l'UE, pour "des raisons économiques". Sans blââgue! Et que dans l'UE?

Il serait peut-être temps que les peuples souverains prennent en main leur destinée et ne plus la confier dans des structures politiciennes qui ne servent que le capitalisme.

Le déficit commercial et l’Euro

 

 

Jacques SapirPar  · 

Les derniers chiffres du commerce extérieur confirment ce que nous savions depuis des années. L’Euro est, pour la France, un piège mortel. L’accroissement récent du déficit commercial avec les autres pays montre bien la nature même de ce piège[1]. Le problème, ici n’est pas conjoncturel. Cela fait plus de 15 ans que le commerce extérieur de la France est régulièrement en déficit.

 

Au-delà d’accidents qui peuvent être liés à la conjoncture, et qui peuvent accroitre ou diminuer ce déficit, la question de l’Euro doit donc être posée.

 

La publication de l’édition 2017 du External Sector Report du FMI a souligné ce problème[2]. Dans ce rapport, les économistes et les statisticiens du FMI calculent, par rapport à la balance courante mais aussi à la balance des capitaux, les écarts du taux de change réel (soit corrigé de l’inflation) entre les pays. On voit que cet écart est aujourd’hui dramatique entre l’Allemagne, dont la monnaie est largement sous-évaluée, et la France l’Italie et l’Espagne. Si l’Euro n’existait pas, les taux de change se seraient modifiés, à la hausse pour l’Allemagne, et à la baisse pour la France bien évidemment. Ces résultats ne sont que la confirmation de ceux du même rapport de l’année précédente. Déjà, le External Sector Report 2016 montrait bien l’ampleur du problème[3].

 

Tableau 1

Point médian Point bas Point haut
France 6,0% 3,0% 9,0%
Allemagne -15,0% -20,0% -10,0%
Italie 5,0% 0,0% 10,0%
Espagne 7,5% 5,0% 10,0%
Ecart France/Allemagne 21% 23% 19%
Ecart Italie/Allemagne 20% 20% 20%
Ecart Espagne/Allemagne 22,5% 25% 20%

 

IMF, External Sector Report 2016, Washington DC, Résultats tirés de la table p. 35

 

L’Euro provoquait un écart de change de 19% à 23% avec l’Allemagne. Ceci s’est aggravé en un an. Si l’on regarde les résultats de l’édition de 2017 de External Sector Report on constate d’ailleurs cette aggravation. L’écart entre la France et l’Allemagne, du à la rigidité de l’Euro, atteint désormais de 24% à 28%.

 

Graphique 1

Situation actuelle

 

IMF, External Sector Report 2017, Washington DC

 

Il est clair que l’Euro a aboutit à un déséquilibre massif au niveau des taux de changes virtuels. Comme l’Euro a supprimé la possibilité de rééquilibrer les niveaux par des dépréciations et des appréciations de taux de change, il ne laisse que deux solutions : la dévaluation interne (ce que le gouvernement tente de faire) ou les transferts budgétaires dont on sait qu’ils sont impossibles politiquement. On constate aussi que les politiques visant à améliorer la compétitivité de nos entreprises en transférant une partie des charges sociales sur les impôts, ce que fait le CICE, ne fonctionne pas. Ces politiques se traduisent en réalité par des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises, cadeaux qui sont immédiatement utilisés pour accroitre les dividendes des actionnaires.

 

On le constate donc à nouveau. La seule solution pour sauvegarder une industrie française et pour réduire le déficit commercial est une sortie de l’Euro. Le plus tôt sera le mieux.

 

[1] http://www.lepoint.fr/economie/commerce-exterieur-la-degringolade-continue-11-08-2017-2149375_28.php

 

[2] Voir la note du 29 juillet sur RussEurope, https://russeurope.hypotheses.org/6180

 

[3] Ces deux rapports peuvent être consultés ici

 

A – 01 – External sector report 2016 – copie

 

A – 01 – 2017-external-sector-report

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