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Politique internationale

Syrie : un menteur nommé Macron par Bruno Guigue

Syrie : un menteur nommé Macron 


par Bruno Guigue

mercredi 11 juillet 2018, par  Comité Valmy

 

C’est devenu une habitude : le godelureau de l’Elysée fait le paon au château de Versailles. Brasseur d’air inusable, le freluquet fait des phrases, il pérore dans le vide. Comme un télévangéliste, il brandit de grands mots tout en agitant ses petits bras. Une presse servile l’a tellement encensé qu’il a sans doute fini par croire à son destin planétaire. “Macron sauve le monde”, titrait Challenges en mai 2017 au sujet d’un sommet européen que son insignifiance a condamné à l’oubli. Mais ce n’était que le hors d’œuvre. On eut droit, par la suite, à un véritable morceau d’anthologie. “Macron : naissance d’un chef de guerre”, osait Le Point à propos du bombardement punitif de l’armée syrienne perpétré par les forces aéronavales françaises le 14 avril 2018. 

 

Cet audacieux hebdomadaire oubliait de préciser, au passage, que la moitié des missiles français avaient raté leur envol et que les autres avaient manqué leur cible. Quant au prétexte de cette agression militaire contre un Etat souverain, on sait désormais ce qu’il vaut.

 

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) vient de publier son premier rapport consacré à l’attaque chimique présumée contre la Ghouta orientale du 7 avril 2018. Résumant le résultat de plusieurs mois d’investigations, ce document constate “l’absence de gaz à effet innervant” et la “présence possible de chlorine” sur les sites concernés. Pas de gaz sarin, donc, et peut-être un peu de chlorine. Bref, la montagne a accouché d’une souris.

 

Ajouté aux 17 témoignages oculaires présentés par la diplomatie russe lors d’une conférence de presse boycottée par les pays bellicistes, ce rapport, implicitement, tord le cou aux accusations occidentales proférées contre Damas. A sa façon, il accrédite la thèse d’une grossière manipulation organisée par les White Helmets, ces petites mains si promptes à exécuter les basses besognes de l’ingérence occidentale. La chlorine est une substance que l’on peut trouver à peu près partout, et il a suffi d’en arroser les patients de l’hôpital de Douma pour faire croire à une monstrueuse “attaque chimique”. C’est cette supercherie que relatent, très précisément, ces nombreux témoins - syriens - que les dirigeants occidentaux n’ont pas voulu entendre.

 

Que les experts de l’OIAC eux-mêmes aient refusé de rencontrer ces témoins en dit long sur les efforts de leurs parrains occidentaux pour amener ces experts aux conclusions voulues. Mais on ne peut pas toujours nier les faits, et l’opération a fait chou blanc. Occulté par les médias aux ordres du monde libre, cet effondrement de la thèse occidentale sur les événements de la Ghouta est un événement capital. Les Français ont la mémoire courte, mais ils se souviennent d’un président qui affirmait détenir les preuves irréfutables d’une attaque chimique perpétrée par l’armée syrienne contre les civils de Douma. Alors, si ces preuves existent, où sont-elles ? Si l’OIAC - dûment chapitrée - n’a pas su les trouver, c’est qu’il n’y en a pas. M. Macron ayant affirmé qu’il avait de telles preuves en sa possession, il n’y a qu’une conclusion possible : M. Macron est un menteur.

 

En clair, la France de Macron a bombardé la Syrie en prétextant une attaque chimique fabriquée pour les besoins de la cause. Son gouvernement a sciemment violé le droit international. Il s’est rendu coupable d’un crime que même Hollande n’avait pas commis. A vouloir calquer la politique française sur l’agenda américain, le Young Leader élyséen a fait pire que son prédécesseur. Macron est une sorte de Bush au petit pied : il fait de gros mensonges pour justifier ses crimes. Satrape de l’empire, il est fier de recevoir les honneurs d’une presse larbinisée qui le proclame “chef de guerre”. Ce qu’on retiendra de ce vaniteux décidé à briller en faisant le malheur des autres ? Qu’il aura combattu deux peuples courageux - le peuple syrien et le peuple yéménite - au côté des criminels wahhabites, fourriers de l’impérialisme et banquiers du terrorisme.

Bruno Guigue 
11 juillet 2018

Bruno Guigue, ancien élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA, Haut fonctionnaire d’Etat français, essayiste et politologue, professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire, chargé de cours en relations internationales à l’Université de La Réunion. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L’invisible remords de l’Occident, L’Harmattan, 2002, et de centaines d’articles.

Avec l'Iran, les USA refont la même erreur qu'en Irak

...du point de vue des marchands d'armes, des contrôleurs du commerce du pétrole et des stratèges du chaos, l'opération Irak est une réussite totale ...

 

Avec l'Iran, les USA refont la même erreur qu'en Irak

Est-ce une erreur ou l'aplication d'une stratégie celle du chaos. ? B.T

 

Revue de presse : 10/7/18*

 

15 ans après l'invasion désastreuse de l'Irak par les USA, Lawrence Wilkerson, qui avait formulé la propagande utilisée pour justifier la guerre, met en garde contre la répétition exacte de la situation, cette fois avec l'Iran.

Lawrence Wilkerson, chef de l'appareil de l'ex-secrétaire d'État Colin Powell, avait aidé ce dernier à «présenter les événements de manière à ce que la guerre soit le seul choix possible» durant son intervention scandaleuse à l'Onu en 2003, écrit le portail Vestifinance.

Cette semaine, dans les pages du New York Times qui avait relayé aveuglément toutes les fausses affirmations, Lawrence Wilkerson a accusé l'administration Trump de manipuler les faits et d'attiser la peur de la même manière que l'avait fait l'équipe de George Bush pour s'assurer le soutien public afin de renverser Saddam Hussein.

Wilkerson reproche à l'ambassadrice américaine à l'Onu Nikki Haley de faire entendre le cliquetis des armes vis-à-vis de l'Iran. Il l'accuse de propager des preuves douteuses selon lesquelles «l'Iran ne remplirait pas les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies concernant son programme de missiles balistiques et le Yémen», en traçant un parallèle avec Colin Powell:

«Tout comme Powell, Haley a présenté des images satellites et d'autres preuves matérielles accessibles uniquement aux renseignements américains pour appuyer ses accusations. Mais ces preuves ne sont pas du tout convaincantes.»

Lawrence Wilkerson avertit que la guerre contre l'Iran, si elle éclatait, serait complètement différente: «Ce pays de presque 80 millions d'habitants possède des sites stratégiques difficiles d'accès, ce qui rend les activités militaires sur le territoire iranien 10 à 15 fois plus risquées du point de vue des pertes et des dépenses qu'en Irak.»

Selon lui, les pays comme la Chine, la Russie et la Corée du Nord représentent des «problèmes plus sérieux pour l'Amérique» que l'Iran.

Lawrence Wilkerson critique également les médias américains «qui ne démentent pas les accusations mensongères» de l'administration Trump selon lesquelles l'Iran travaillerait avec Al-Qaïda contre les États-Unis. Il a comparé ce mensonge à la tentative de l'ancien vice-président Dick Cheney d'associer Saddam Hussein à Al-Qaïda, écrit le site Anti-Media.

L'ancien conseiller de Colin Powell énumère les actions auxquelles recourt la Maison blanche aujourd'hui pour attiser l'hystérie militaire autour de l'Iran: «Il s'agit de la menace du président de renoncer à l'accord nucléaire iranien malgré le respect de tous les engagements pris par Téhéran; l'exigence des services secrets de trouver à tout prix les preuves que les autorités iraniennes ne respectent pas les accords nucléaires; et la décision de la Maison blanche de considérer les récentes manifestations en Iran comme le début du changement de régime. Tout comme dans le cas de l'administration Bush, tous ces événements qui, à première vue, ne sont pas liés, peuvent servir de prétexte pour annoncer la guerre contre l'Iran comme l'unique choix possible.»

Et de conclure avec un avis critique sur son expérience passée avec l'Irak: «Il nous importait peu d'utiliser des renseignements douteux ou même mensongers. Nous pensions que la guerre justifiait les moyens sans réfléchir au fait que le pays devrait payer des centaines de milliards de dollars pour cela. Nous ne pensions pas qu'au lieu d'instaurer la démocratie dans la région, la guerre pousserait cette dernière dans une spirale descendante.»

*Source : Sputnik

Sergueï Lavrov : « Nous sommes déjà dans un monde post-occidental »

Sergueï Lavrov : « Nous sommes déjà dans un monde post-occidental »

 

Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à la chaîne britannique Channel 4.

« Toutes les actions de l’Occident ‘civilisé’ au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont de fait en faveur des terroristes. »

Transcription :

Channel 4 : Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, le sommet entre le Président russe Vladimir Poutine et le Président américain Donald Trump va bien se tenir à Helsinki. Est-ce là l’ordre mondial « post-occidental » que vous avez évoqué par le passé ? Y sommes-nous déjà ?

 

Sergueï Lavrov : Vous savez, je pense que nous vivons déjà dans le monde post-occidental, mais que sa formation n’est pas terminée et sera encore longue. En fait, nous vivons une époque historique. Il est clair qu’après environ cinq siècles de domination de ce qu’on appelle l’Occident collectif, il n’est pas si simple de s’adapter aux nouvelles réalités. A présent, il existe d’autres centres de pouvoir économiques, financiers et politiques : la Chine, l’Inde, le Brésil... De plus, les pays africains joueront un rôle de plus en plus important dès qu’ils auront réglé au moins une partie des conflits sur leur continent.

 

Bien évidemment, la Russie veut être un acteur indépendant sur la scène internationale, dans le sens où nous ne voulons violer aucune norme ou loi du droit international, mais nous souhaitons que les décisions qui seront prises sur la base du droit international ne soient plus influencées pas des pressions, de l’argent, des sanctions, des menaces ou quoi que ce soit d’autre. 

 

Channel 4 : Et с’est la Russie qui façonne ce nouvel ordre mondial ?

 

Sergueï Lavrov : Ce n’est pas la Russie qui façonne le nouvel ordre mondial : ce processus est dicté par l’évolution historique, c’est le développement lui-même. Il est vain d’espérer que les nouveaux acteurs, forts économiquement et financièrement, puissent être contenus. On ne peut pas ignorer leur rôle dans le commerce et l’économie mondiale. 

 

Des tentatives sont entreprises aujourd’hui pour ralentir ce processus avec de nouvelles taxes et sanctions qui enfreignent, d’une manière ou d’une autre, les principes de l’OMC. Mais je pense que cette réaction est logique, à savoir s’efforcer de freiner la formation d’une nouvelle réalité objective ne dépendant pas du gouvernement d’un pays en particulier. 

 

Channel 4 : Mais l’Europe a du souci à se faire avec l’instauration de l’ordre mondial que vous avez décrit. 

 

Sergueï Lavrov : Pardon ?

 

Channel 4 : Ce (nouvel) ordre mondial que vous avez décrit implique différentes types de pays, mais vous n’avez pas dit quelle y serait la place des pays de l’UE : ont-ils des raisons de s’inquiéter de ce nouvel ordre mondial ? 

 

Sergueï Lavrov : L’UE fait évidemment partie de l’Occident collectif, ainsi que certains pays membres d’Europe de l’Est. Mais l’UE est indéniablement un pilier très important de tout ordre mondial.

 

En ce qui concerne la Fédération de Russie, pour nous l’UE est le plus grand partenaire commercial, et ce malgré tous les événements et la situation regrettable à cause de la mauvaise interprétation de la notion de coup d’État (Crimée). Depuis 2014, les échanges entre la Russie et l’UE ont chuté de 50%, mais ils dépassent tout de même les 250 milliards de dollars. L’Union européenne est notre principal partenaire commercial, si nous considérons tous ses pays comme un ensemble. Mais il est certain que l’UE lutte actuellement pour s’assurer de ne pas être reléguée dans ce nouvel ordre mondial en formation, et ce n’est pas facile, car l’UE compte en grande partie sur les Etats-Unis, et certains membres de l’Union voudraient maintenir cette situation.

 

D’autres pays membres pensent que l’UE doit être plus autonome, par exemple sur les questions militaires. Il faut mentionner l’initiative du Président Emmanuel Macron et de l’Allemagne d’envisager un système défensif européen, qui en est une manifestation. 

 

Jusqu’à présent, je suis de près le sommet de l’UE qui se déroule actuellement, notamment les discussions sur les questions migratoires, qui m’ont donné une idée intéressante concernant les relations entre l’OTAN et l’UE. L’OTAN a activement bombardé la Libye, ce qui l’a transformée en une sorte de « trou noir » d’où des vagues de migrants illégaux se sont précipitées vers l’Europe. Et à présent, l’UE doit recoller les morceaux et faire le ménage derrière l’OTAN donc je pense... 

 

Channel 4 : Vous avez mentionné les agissements de l’OTAN en Libye, mais qu’en est-il de l’ingérence de la Russie en Syrie ? C’est également la cause de l’exode de millions de migrants.

 

Sergueï Lavrov : Oui, mais je vous rétorquerais que les actions de la Russie en Syrie s’appuient sur la requête officielle du gouvernement légitime du pays qui est reconnu en tant que représentant officiel de la Syrie à l’ONU.

 

L’invitation officielle a été formulée en septembre 2015 – quatre ans et demi après le début du Printemps arabe en Syrie. Quand nous sommes venus en aide aux autorités légitimes du pays, la plupart des réfugiés avaient déjà quitté ses frontières.

 

Channel 4 : Vous parlez du « gouvernement légitime de la Syrie », mais c’est justement lui qui est responsable d’avoir tué des centaines de milliers de ses citoyens, rendu des millions de personnes sans toit. « Une bête féroce qui tue par le gaz » : c’est ainsi que Donald Trump, votre allié, a qualifié (Bachar al-Assad). Pouvez-vous dormir en paix avec un tel allié ?

 

Sergueï Lavrov : Je ne souhaite pas commenter les épithètes utilisées par Donald Trump vis-à-vis de certains dirigeants mondiaux. Ce ne sont pas des mesures concrètes, et de simples avis peuvent évoluer.

 

Ce que je veux dire, c’est que c’est une guerre. Une guerre qui a été déclenchée à cause d’erreurs commises par toutes les parties, y compris le gouvernement syrien. Je pense que ces perturbations auraient pu trouver une issue politique à l’étape initiale [Assad était prêt à faire des réformes structurelles, mais dès le début, il s’agissait de renverser le régime par la force].

 

Mais ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat des tentatives de certaines forces extérieures de profiter de la situation pour redessiner la carte du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, en entrant sur le territoire syrien sans invitation et en y mettant en œuvre leur propre agenda.

 

Par conséquent, les efforts entrepris par la Russie avec la Turquie et l’Iran – les forces de ces deux pays sont présentes sur le territoire syrien, celles de la Turquie sans invitation et celles de l’Iran sur invitation officielle du gouvernement syrien – ont permis de lancer le processus d’Astana, le format d’Astana. Étant donné que la coopération de la Russie et de l’Iran avec la Turquie a permis de réduire l’intensité du conflit, le gouvernement syrien a soutenu la création du format de négociations d’Astana, et il y participe, de même que des représentants de l’opposition armée.

 

Dans le cadre de ce processus, les parties se réunissent régulièrement pour travailler à la création des conditions nécessaires pour mettre en œuvre la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies (en faveur d’un cessez-le feu et d’une transition politique, à l’exclusion des groupes terroristes).

 

Channel 4 : Permettez-moi de reposer une question sur Bachar al-Assad. Beaucoup de personnes se demandent ce que vous aimez chez le Président syrien.

 

Sergueï Lavrov : Nous n’aimons (ou n’aimons pas) personne (il ne s’agit pas de savoir si quelqu’un nous plaît ou non). La diplomatie et la politique ne consistent pas en de l’affection ou de l’aversion (personnelles). Cette terminologie relève (exclusivement) de la communication entre les êtres humains en tant que particuliers. 

 

Le Président Assad défend la souveraineté de son pays. Il défend son pays et, dans un sens plus large, toute la région contre les terroristes qui, en septembre 2015, pouvaient prendre Damas en quelques semaines. Nous ne voulions pas voir se reproduire les tragédies des deux dernières décennies à cause des aventures... Et même plus de deux décennies, car tout cela a commencé vers la fin du siècle dernier en Afghanistan (1979), lorsque les Etats-Unis ont décidé d’apporter un soutien militaire, financier et autre aux moudjahidines qui se battaient contre les forces soviétiques.

 

Je ne vais pas m’arrêter en détail sur le fait de savoir pourquoi les forces soviétiques se trouvaient en Afghanistan : elles étaient légitimement présentes dans le pays parce qu’elles avaient été invitées légalement par le gouvernement afghan. Les Etats-Unis ont décidé d’utiliser les moudjahidines pour combattre les troupes soviétiques. Les Américains espéraient qu’après l’accomplissement de leur mission, les moudjahidines pourraient être contrôlés. C’est ainsi qu’Al-Qaïda est apparu et que les Etats-Unis ont complètement perdu le contrôle du « monstre » qu’ils avaient créé.

 

Puis a commencé l’aventure militaire des Etats-Unis en Irak, une aventure illégale basée sur un mensonge délibéré, comme tout le monde le sait aujourd’hui – même l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a reconnu que l’opération était une erreur. Cependant cela ne change pas le fond des choses : de la même manière qu’Al-Qaïda est apparu en Afghanistan à cause de l’activité des Etats-Unis, Daech a été la conséquence de l’intervention en Irak.

 

Et dernièrement, la Libye a été envahie, en transgression flagrante de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, tout comme la Syrie (a été attaquée), et un autre « monstre » est apparu : le Front al-Nosra. Peu importe le changement de nom de cette organisation, son essence terroriste reste inchangée. Toutes les actions de l’Occident « civilisé » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont en faveur des terroristes. 

Channel 4 : C’est un détour très impressionnant dans l’histoire, mais c’est le présent qui m’intéresse, et notamment le Président Assad. Vous dites que la question n’est pas qu’il vous plaise ou non. Est-ce que cela signifie que la Russie est prête à une situation où il quitterait son poste après avoir mené à bien la tâche de mettre fin à la guerre ?

 

Sergueï Lavrov : Ce n’est pas la position de la Russie, mais de tout le Conseil de sécurité des Nations unies – une institution approuvée par tous les pays de la planète sans exception. Elle souligne qu’une nouvelle Constitution doit être adoptée et que conformément à celle-ci, des élections libres et justes doivent être organisées sous l’observation de l’ONU, sachant que tous les citoyens syriens, où qu’ils soient, auraient le droit de vote.

 

Channel 4 : En d’autres termes, peu importe pour la Russie si Bachar al-Assad part ou reste, ce sera au peuple syrien d’en décider ?

 

Sergueï Lavrov : Oui, c’est aux Syriens de décider. Et je pense que cette position, qui était rejetée par certains pays après le début du conflit syrien, est partagée aujourd’hui par de plus en plus de pays.

 

Channel 4 : L’important pour vous est (de savoir) quand est-ce que la Russie retirera ses troupes de Syrie. Le Président Poutine a évoqué cette perspective pour la première fois en mars 2016, en déclarant que la Russie avait largement accompli les objectifs de son opération militaire en Syrie. En décembre 2017, nous avons entendu une autre déclaration similaire. Peut-on s’attendre à un retrait de la Russie de Syrie d’ici la fin de l’année ?

 

Sergueï Lavrov : Non. Et je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question dont nous puissions parler de manière raisonnable. Nous n’aimons pas les délais artificiels. Cependant, nous réduisons progressivement notre présence militaire en Syrie. Le dernier retrait (partiel) a eu lieu il y a quelques jours, comme l’a dit récemment le Président Poutine : plus de mille militaires, ainsi qu’une partie des avions et du matériel, sont revenus en Russie.

 

Tout dépend de la situation réelle sur le terrain. Oui, avec nos collègues, avec l’armée syrienne et avec l’aide de l’opposition que je qualifierais d’ « opposition patriotique », nous avons réussi à empêcher la réalisation des plans de création d’un califat par les terroristes de Daech. Mais certains éléments de Daech restent présents sur le territoire du pays, tout comme des terroristes du Front al-Nosra. Aujourd’hui, ils cherchent à empêcher la mise en œuvre complète de l’accord sur la zone de désescalade au sud de la Syrie. En d’autres termes, une partie des terroristes poursuit son activité.

 

De plus, nous avons des sites militaires en Syrie – je ne peux pas les qualifier de bases à proprement parler –, notamment deux sites où sont stationnés des navires de guerre et de l’aviation, et il sera certainement opportun de les conserver pendant un certain temps.

 

Channel 4 : Le dossier syrien sera donc de toute évidence à l’ordre du jour du sommet d’Helsinki. Je voudrais maintenant évoquer une série d’autres questions. Par exemple les sanctions, que vous avez mentionnées. Pensez-vous que les sanctions seront levées contre la Russie même si, il y a encore très peu de temps, l’UE évoquait leur prolongation ? Pensez-vous que vous parviendrez à vous entendre avec le Président Trump à ce sujet ?

 

Sergueï Lavrov : J’ai mentionné les sanctions uniquement dans le contexte de la détérioration des relations. Nous ne décrétons pas des contremesures pour que les sanctions déjà déployées contre nous soient levées, ce ne sont pas nos affaires. Cette décision doit être prise par ceux qui ont initialement adopté ces sanctions. Ce sont eux qui doivent décider pour eux ce qu’ils veulent : le maintien de la situation actuelle ou la victoire du bon sens.

 

Channel 4 : Mais très récemment, le Président (russe) a dit qu’il souhaitait la levée des sanctions (contre la Russie)

 

Sergueï Lavrov : Évidemment. Nous ne nous opposons pas à la levée des sanctions. Mais nous pouvons également profiter de l’opportunité qu’elles offrent pour développer nos propres capacités dans les secteurs-clés de l’économie, de la sécurité nationale et dans d’autres domaines essentiels pour un État souverain.

 

Ces dernières années, nous avons beaucoup appris, notamment qu’on ne pouvait pas compter sur l’Occident dans ces domaines. On ne peut pas compter sur les technologies occidentales parce que leur fonctionnement peut être suspendu à tout moment, pas plus qu’on ne peut compter sur les produits du quotidien pour la population en provenance de l’Occident parce que les livraisons peuvent être suspendues à tout moment.

 

Nous avons tiré de nombreuses leçons précieuses. Cependant, nous ne nous opposerons certainement pas à la levée des sanctions, et si cela arrivait, nous répondrions symétriquement en levant nos contremesures.

 

Channel 4 : Quelles concessions la Russie serait-elle prête à faire lors du prochain sommet ? Supposons que Donald Trump dise qu’il souhaite que le lanceur d’alerte de la NSA Edward Snowden soit livré aux Etats-Unis. Êtes-vous prêt à envisager une telle possibilité, à la mettre sur la table 

 

Sergueï Lavrov : Je n’ai jamais parlé d’Edward Snowden avec la nouvelle administration américaine. Le Président russe Vladimir Poutine a exprimé la position de la Russie à ce sujet il y a quelques années déjà : la décision de revenir ou non aux Etats-Unis revient uniquement à Edward Snowden. Nous respectons ses droits et ne pouvons pas simplement l’expulser du pays contre son gré. Edward Snowden s’est retrouvé en Russie sans passeport américain parce que celui-ci avait été annulé au moment de son vol en partance de Hong Kong.

 

Channel 4 : Autrement dit, cette option ne sera pas évoquée dans votre...

 

Sergueï Lavrov : J’ignore pourquoi tout le monde cherche à poser cette question précise à l’approche du sommet. Seul Edward Snowden peut décider de son propre sort.

 

Channel 4 : Pendant le sommet, pouvez-vous – vous ou le Président (russe) – donner des garanties au Président Trump que la Russie ne s’ingérera pas dans les élections intermédiaires au Congrès dans quelques mois, étant donné que les renseignements américains estiment qu’une ingérence a eu lieu durant la dernière élection présidentielle ?

 

Sergueï Lavrov : Nous préférerions que des faits soient présentés. Nous ne pouvons pas parler sérieusement de suppositions basées sur des arguments tels que « très vraisemblablement » (verbatim de l’accusation britannique contre la Russie dans l’affaire Skripal).

 

Channel 4 : Mais c’est plus que du « très vraisemblablement », il y a eu...

 

Sergueï Lavrov : Non, non, absolument pas. Depuis combien de temps dure l’enquête aux Etats-Unis ? Un an et demi ?...

 

Channel 4 : L’ex-directeur du FBI Robert Mueller a présenté une accusation sur 37 pages à l’Agence des enquêtes en ligne sur l’ « usine à trolls » russe.

 

Sergueï Lavrov : Une mise en accusation (sérieuse) nécessite un procès. Or, si je comprends bien, en ouvrant leur propre enquête, ils ont remis en question plusieurs points qui avaient été utilisés pour formuler l’accusation. Alors n’anticipons pas. J’aime beaucoup Lewis Carroll mais je pense que la logique de la Reine qui dit « D’abord la sentence, ensuite le verdict » est inadmissible. 

 

A l’heure actuelle, pour tout ce qui concerne la présidentielle américaine, le Brexit, l’ « affaire Skripal » et le crash tragique du Boeing malaisien, le postulat de base est que « L’enquête se poursuit mais vous (la Russie) êtes déjà coupables ». On ne peut pas faire ça.

 

Channel 4 : Mais la Russie craint-elle la vérité ? Parce qu’on dirait que chaque fois qu’une organisation qui fait autorité, que ce soit l’ONU ou l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques), cherche à établir des faits, la Russie émet une objection.

 

Sergueï Lavrov : Non, je pense que le public et de nombreux journalistes respectables, comme vous, ont été désinformés. L’OIAC doit agir dans le cadre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) qui prescrit clairement une seule et unique procédure pour établir des faits : d’abord les experts de l’OIAC doivent eux-mêmes, sans déléguer leurs pouvoirs à qui que ce soit, se rendre sur les lieux de l’incident allégué et prélever des échantillons de leurs propres mains, en utilisant leurs propres équipements, et garder en main ces échantillons jusqu’à ce qu’ils parviennent à un laboratoire certifié.

 

Dans le cas des derniers événements, notamment de l’incident de Khan Cheikhoun en avril 2017, quand le gouvernement syrien a été accusé d’une frappe aérienne avec l’usage d’armes chimiques, les experts de l’OIAC ne se sont jamais rendus sur place, ils n’ont jamais prélevé d’échantillons eux-mêmes. Quand nous avons demandé où ils avaient trouvé les échantillons, ils ont répondu que c’étaient les Britanniques et les Français qui les leur avaient transmis. Nous avons alors demandé pourquoi ils ne s’étaient pas rendus eux-mêmes sur les lieux, et ils ont répondu...

 

Channel 4 : Vous ne faites plus confiance à l’OIAC ?

 

Sergueï Lavrov : Attendez une seconde, c’est une information importante, alors n’opérons pas avec des slogans mais avec des faits. Ils ne sont pas allés sur place mais ont dit avoir obtenu des échantillons. Nous avons demandé de qui, ils ont répondu que c’étaient les Britanniques et les Français qui avaient recueilli les échantillons pour eux. Pourquoi ne sont-ils pas allés eux-mêmes sur les lieux ? Ils ont dit que ce n’était pas sécurisé. Nous avons fait remarquer que si les Britanniques et les Français avaient réussi à y aller, c’est qu’ils avaient des contacts qui pouvaient assurer leur sécurité sur place. Pourquoi les représentants de l’OIAC ne pouvaient-ils pas demander à Paris et à Londres d’assurer une visite sécurisée à ses inspecteurs ?

 

Nous avons dit la même chose aux Français et aux Britanniques, qui ont répondu qu’ils ne pouvaient pas nous dévoiler comment ils avaient fait. Autrement dit, la procédure de prélèvement n’a pas été respectée, ni celle de transfert et de stockage, car les inspecteurs ne peuvent déléguer leurs pouvoirs à personne pour l’acheminement des échantillons vers le laboratoire. Toutes ces procédures, prescrites et fixées dans la Convention, ont été transgressées.

 

Et le rapport sur l’incident de Khan Cheikhoun, présenté par la Commission conjointe en automne dernier, était rempli de formulations du style « hautement probable », « en toute vraisemblance », « il y a des raisons de croire », etc. Nous avons invité les auteurs du rapport à une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies pour obtenir de leur part la moindre information crédible, mais c’était impossible. Ils refusaient et ne cessaient de tergiverser. Nous avons déclaré que poursuivre le travail en violant les procédures de la Convention était impossible. Nous...

 

Channel 4 : Vous employez un vocabulaire très fort.

 

Sergueï Lavrov : Nous n’avons pas prolongé leur mandat, mais nous avons proposé un nouveau mécanisme en insistant pour qu’il ne bafoue aucune procédure prescrite par la Convention, et que...

 

Channel 4 : Faites-vous, comme avant, confiance à l’OIAC ?

 

Sergueï Lavrov : Jusqu’à récemment nous lui faisions encore confiance, mais depuis quelque temps, nous constatons de sérieuses manipulations de l’Organisation. Il y a quelques jours, le Royaume-Uni et d’autres pays ont convoqué une réunion spéciale des États parties de la Convention pour voter une décision transgressant tous les termes de la Convention en attribuant au Secrétaire technique – c’est comme ça qu’on le désigne – le droit de désigner les coupables. Je pense que cette démarche était irréfléchie parce que c’est très dangereux.

 

Channel 4 : Est-ce que cela représente un danger potentiel pour la Russie ? Parce qu’à présent, l’OIAC peut désigner des coupables, la Russie par exemple. Craignez-vous la vérité ?

 

Sergueï Lavrov : Non, je crains pour l’avenir de l’OIAC et de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.

 

Channel 4 : La Russie sortira-t-elle de l’OIAC ?

 

Sergueï Lavrov : Si certaines personnes préfèrent enfreindre les termes de la Convention tout en disant que c’est la volonté de la majorité… Pour réunir cette conférence, ils ont utilisé tout un tas de ruses, allant jusqu’à mobiliser les petits pays qui n’ont pas de représentation à La Haye, payer leurs frais de transport et d’hôtel... Nous le savons et tout le monde le sait.

 

Quand la Convention est grossièrement enfreinte, cela suscite forcément de l’inquiétude. Nous essaierons de faire annuler cette décision. Mais si... Car cette décision doit encore être examinée par la Conférence des États parties. Mais si elle n’était pas annulée, je pense que les jours de l’OIAC seraient comptés – du moins elle cesserait d’être une organisation internationale.

 

Channel 4 : L’OIAC était également chargée de l’enquête sur l’ « affaire Skripal ». Je voudrais vous demander : pensez-vous que l’empoisonnement d’un ex-espion, de sa fille et d’un policier par un gaz neuroparalytique dans une rue de Salisbury soit l’acte d’un État rationnel ?

 

Sergueï Lavrov : Rationnel ? C’est tout le contraire. C’est un crime très grave. Et depuis le début, nous avons proposé de mener une enquête conjointe, car il s’agit de citoyens de notre pays – du moins la fille de Sergueï Skripal est une citoyenne russe, et lui-même semble avoir la double citoyenneté russe et britannique. Depuis le début nous avons proposé d’enquêter ensemble sur cet incident.

 

Nous avons posé de nombreuses questions, même des questions concernant (le respect des) procédures de la CIAC (Convention pour l’Interdiction des Armes Chimiques). On nous a répondu que les autorités britanniques ne voulaient pas nous écouter parce que nous n’avions qu’une seule chose à faire : dire que c’était Vladimir Poutine qui avait commandité cette attaque chimique ou qu’il avait perdu le contrôle des hommes qui l’avaient fait. C’est tout ce dont les Britanniques voulaient parler avec nous.

 

Les contradictions dans l’ « affaire Skripal » sont extrêmement troublantes. Nous n’avons toujours pas eu d’accès consulaire à nos citoyens, en transgression de toutes les conventions internationales régulant les relations diplomatiques et consulaires. Nous n’avons pas reçu la moindre explication crédible qui nous aurait permis de comprendre pourquoi la nièce de Sergueï Skripal s’est vue refuser un visa alors qu’elle voulait rendre visite à sa cousine. Et nous avons également de nombreuses questions liées à l’empoisonnement lui-même.

 

Channel 4 : Mais pour quelle raison les autorités britanniques devraient-elles accorder un accès aux dossiers de l’enquête à un pays soupçonné d’avoir organisé cet attentat ?

 

Sergueï Lavrov : Savez-vous que l’enquête n’est pas encore terminée ? Scotland Yard a dit qu’elle durerait encore quelques mois. Boris Johnson a récemment expliqué qu’on procédait actuellement à une décontamination des lieux – et ce quatre mois après les faits. Le policier touché s’est miraculeusement remis, tout comme les Skripal qui ont repris connaissance.

 

Maintenant on parle de démolir la maison où ils vivaient, ainsi que la maison de ce policier. Tout cela ressemble à une destruction systématique et intentionnelle des preuves physiques. De la même manière, les bancs du parc de Salisbury ont été immédiatement retirés. Sans oublier les enregistrements vidéo où des policiers ou forces spéciales en combinaison de protection examinent les lieux, avec des gens sans la moindre protection qui les cotoient sur la scène. Tout cela paraît très étrange, vous savez, et...

 

Channel 4 : Monsieur Lavrov, accusez-vous le gouvernement britannique de dissimulation (des réalités) de cet incident ?

 

Sergueï Lavrov : Je ne l’exclus pas tant qu’il ne nous donneront aucune information… Savez-vous que ces dernières années une dizaine de citoyens russes sont décédés à Londres ? Et dans les dix cas…

 

Channel 4 : Pour quelle raison, d’après vous ?

 

Sergueï Lavrov : Dans les dix cas, l’enquête sur leur mort a été classée confidentielle. Nous ne comprenons pas pourquoi. Honnêtement, si vous voulez connaître la cause de leur décès, comme le dit le proverbe, cherchez à qui profite le crime. Or, le Royaume-Uni en a clairement tiré un profit politique.

 

En y réfléchissant, c’est une situation intéressante : le pays qui s’apprête à quitter l’UE détermine la politique de l’UE vis-à-vis de la Russie. On pourrait rappeler comment les Britanniques ont fait le tour de toutes les capitales de l’UE pour les persuader d’expulser des diplomates russes. La plupart l’ont fait, mais pas tous. Par la suite, nous avons demandé en privé à ceux qui s’étaient joints à cette action des Britanniques s’ils avaient reçu des preuves autres que les déclarations publiques de Londres. Ils ont répondu que non. Mais il leur a été promis que plus tard, au fur et à mesure que l’enquête avancerait, ils recevraient davantage de preuves.

 

Channel 4 : Mais vous avez posé la question « A qui profite le crime »…

 

Sergueï Lavrov : D’après vous, c’est normal ?

 

Channel 4 : Mais vous avez posé la question « A qui profite le crime ». Or beaucoup de personnes en Occident pensent que le chaos est bénéfique pour la Russie – le Brexit, les Skripal, l’élection de Donald Trump…

 

Sergueï Lavrov : Vous avez oublié la Catalogne, la Catalogne, la Catalogne ! Et les élections à venir en Suède, comme a dit le Premier ministre (suédois, qui craindrait un hacking russe), la Macédoine, le Monténégro...

 

Channel 4 : Laissons de côté tout cela pour l’instant. Nous en parlerons plus tard. Mais le chaos profite-t-il à la Russie, comme le disent certaines personnes en Occident ?

 

Sergueï Lavrov : Il faut tenir compte de la chronologie des événements. Pensez-vous que le chaos profite à la Russie à quelques semaines de l’élection présidentielle et à quelques mois de la Coupe du monde de football ? Qu’en pensez-vous ?

 

Channel 4 : C’est votre avis qui m’intéresse. Est-ce que le chaos profite à la Russie ? Le chaos dans le monde.

 

Sergueï Lavrov : Je voudrais préciser la question. Est-ce que le chaos profite à la Russie à quelques semaines de l’élection présidentielle et à quelques mois du Mondial ? C’est la question que vous me posez ?

 

Channel 4 : Mais vous parlez du nouvel ordre mondial qui sera construit, comme vous l’espérez, avec la participation de la Russie. Or il est bien plus facile de construire un nouvel ordre mondial quand le chaos règne en UE, que la Russie joue le rôle d’arbitre au Moyen-Orient et mène la danse en Syrie. C’est potentiellement bénéfique pour la Russie.

 

Sergueï Lavrov : Non, c’est absolument faux. C’est une interprétation incorrecte de mes propos. Je n’ai pas dit que la Russie souhaitait façonner un nouvel ordre mondial, ...

 

Channel 4 : Contribuer à façonner...

 

Sergueï Lavrov : J’ai dit que la Russie devait être l’un des acteurs, sur un pied d’égalité (avec les autres pays), pour envisager comment les réalités objectives du monde multipolaire qui se forme sous nos yeux devaient être organisées d’une manière admissible pour tous. Voilà ce que j’ai dit.

 

Et les intérêts de ceux qui déterminent en Occident la politique russophobe sont diamétralement opposés. Leur intérêt est de « punir » la Russie, de rabaisser son statut et de maintenir...

 

Channel 4 : Pourquoi pensez-vous cela ?

 

Sergueï Lavrov : Parce qu’il est très douloureux de perdre une domination d’un demi-millénaire sur la scène internationale – pour faire court. Et ce n’est pas une critique, mais un constat. Je peux comprendre les sentiments des gens qui menaient autrefois la danse en Inde, en Afrique, en Asie et ailleurs dans le monde et qui prennent conscience aujourd’hui que cette époque est révolue.

Channel 4 : D’après vous, le Brexit est-il bénéfique pour le Royaume-Uni ? Est-il bénéfique pour la Russie ?

 

Sergueï Lavrov : C’est aux citoyens britanniques de l’établir.

 

Channel 4 : Et est-il bénéfique pour la Russie ?

 

Sergueï Lavrov : Je ne comprends pas pourquoi il faudrait réfléchir en ces termes. La décision du Brexit a été prise par les Britanniques. Londres examine encore cette question avec l’UE – les détails du « divorce » et les problèmes liés à celui-ci à l’intérieur du pays. Bien évidemment, nous suivons les événements et savons que le parlement a sa propre position à ce sujet, et que certains activistes publics appellent à revoir (les résultats du référendum), etc.

 

Channel 4 : La situation au Royaume-Uni sous la direction de Theresa May vous semble-t-elle chaotique ? 

 

Sergueï Lavrov : Ecoutez, c’est le résultat de processus intérieurs au Royaume-Uni. Nous voulons simplement de la clarté – sur quelles bases nous continuerons de travailler avec l’UE, sur quelles bases nous pourrons peut-être un jour rétablir les relations avec le Royaume-Uni quand il choisira une ligne sensée et pragmatique et non une approche trop idéologisée, à l’instar des déclarations utilisant la formulation « très probablement ».

 

Une nouvelle fois, je pense que ceux en Occident – notamment les libéraux – qui ne cessent de répéter que « La primauté du droit doit être respectée » doivent en être conscients. D’après moi, le principe de primauté du droit signifie qu’on ne peut pas prononcer une sentence tant que la culpabilité n’est pas prouvée. Mais c’est précisément ce que nous voyons dans le cas des Skripal, de la tragédie du vol MH17, de l’OIAC utilisée comme un instrument par ceux qui veulent faire du principe du « très probablement » la pratique quotidienne en Syrie.

 

Channel 4 : Pour terminer, quelques questions concernant le sommet (Trump-Poutine). Le fait que selon de nombreuses personnes, la Russie possède des informations compromettantes ou « Kompromat » sur Trump l’aide-t-elle à construire les relations avec lui ?

 

Sergueï Lavrov : C’est la première fois que j’entends que nous aurions des éléments compromettants sur Donald Trump. C’est ce que le procureur spécial Robert Mueller s’évertue à dénicher. J’ai cessé de suivre les informations sur cette enquête, car contrairement à ce que disent les gens... Vous savez, quand Rex Tillerson était Secrétaire d’État américain, il a déclaré un jour publiquement que les Etats-Unis possédaient des preuves irréfutables. Puis, en le rencontrant, je lui ai demandé s’il pouvait nous présenter ces « preuves irréfutables », car nous voudrions comprendre de quoi il retournait. Peut-être pouvions-nous expliquer certaines choses. Il a répondu qu’ils ne pouvaient pas nous les présenter, car ils ne voulaient pas compromettre leurs sources, et que de toute façon, nos services secrets savaient tout, et qu’il suffisait de le leur demander.

 

Peut-on régler ainsi des questions sérieuses ? Ce thème est utilisé pour détruire les relations russo-américaines. Je ne peux pas qualifier la réponse qu’il m’a donnée de mature, c’est un enfantillage. J’espère que ceux qui s’évertuent à dénicher des preuves que nous aurions décidé de l’avenir du plus puissant pays de la planète en agissant à travers une prétendue agence Internet comprendront à quel point cette hypothèse est grotesque.

 

Je comprends que les Démocrates soient vraiment nerveux aux USA, tout comme le Royaume-Uni, d’ailleurs. Je crois que le Times a publié un jour des informations qui avaient fuité et montraient que des membres du gouvernement britannique s’inquiétaient que Trump et Poutine puissent s’entendre...

 

Channel 4 : Donc vous lisez bien les journaux

 

Sergueï Lavrov : Je lis les extraits que me donnent mes collaborateurs. Bien évidemment, j’aime bien lire les journaux en buvant un café, mais, malheureusement, je n’ai pas toujours le temps.

 

Channel 4 : Une dernière question sur les informations compromettantes. L’ex-directeur du FBI James Comey a déclaré, je cite : « En 2013, le Président actuel des Etats-Unis a probablement passé du temps avec des prostituées à Moscou, et ils se seraient uriné dessus ». Pensez-vous que ce soit possible ?

 

Sergueï Lavrov : C’est James Comey qui a dit que c’était possible. Posez-lui la question. Je n’étais pas...

 

Channel 4 : Mais selon vous, est-ce possible ? Cela s’est passé supposément à Moscou.

 

Sergueï Lavrov : J’ignore ce que les gens peuvent inventer. Il me semble que j’ai lu des articles sur cette histoire il y a deux ans, quand tout cela a commencé. Encore une fois, si les gens commencent à construire leur politique nationale à l’égard d’un autre État en s’appuyant sur quelque chose de « possible » ou « très probable », c’est honteux.

 

Et je considère que ce qui se fait aux Etats-Unis dans le contexte du prétendu « Russiagate », comme l’a dit à plusieurs reprises Vladimir Poutine, est une manifestation d’un profond problème interne parce que les perdants (Démocrates) n’ont pas le courage de reconnaître leur défaite aux élections.

 

Channel 4 : Merci beaucoup, monsieur le Ministre des Affaires Etrangères ! Spasiba (merci en russe).

 

Sergueï Lavrov : Merci à vous.

Moscou, 29 juin 2018

 

Source : Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie

 

Révision et sous-titres :http://sayed7asan.blogspot.fr

Collusion des États-Unis avec les néonazis

Collusion des États-Unis avec les néonazis


Les néofascistes jouent un rôle important en Ukraine, qu’il soit officiel ou seulement toléré. Et cela avec l’appui des États-Unis.


Par Stephen F. Cohen – Le 2 mai 2018 – Source The Nation

 

http://www.infoukes.com/history/images/ww2/figure25.jpg
Dans la version orthodoxe des faits entretenue par les milieux politiques et les médias étasuniens, la « Russie de Poutine » est seule à blâmer pour la nouvelle Guerre froide qui oppose les USA à la Russie. Pour étayer cette vérité (pour le moins) partiale, les médias grand public ont recours à diverses pratiques journalistiques malhonnêtes, comme le mépris du contexte historique, ainsi que l’exclusion, voire même la mise au ban, de tous ceux qui proposent une version alternative des faits, en leur faisant porter l’étiquette d’« apologistes du Kremlin » et de pourvoyeurs de la « propagande russe ». 

Un exemple extraordinaire nous a été donné le 1er mai dernier, lorsque le journaliste Jim Sciutto, qui est à l’origine de la plupart des allégations diffusées par la chaîne CNN sur l’affaire du Russiagate, a tweeté que « Jill Stein [candidate des verts à l’élection présidentielle de 2016, NdT] …ne faisait que reprendre les arguments de la Russie sur son interférence dans l’élection de 2016 et dans la politique étrangère US. » Dans la mesure où Sciutto parle pour CNN, comme il le fait pratiquement chaque soir en direct, il est bon de savoir ce que cette chaîne influente pense du troisième parti légitime de la démocratie américaine [le parti des verts NdT] et de son candidat à la présidence. Et ce qu’elle pense aussi de ces nombreux Américains bien informés qui n’ont pas soutenu Jill Stein, mais qui n’approuvent pas les positions de CNN sur le Russiagate et la politique étrangère américaine. Non moins importante, toutefois, la nature extrêmement sélective de la relation faite par les grands médias de la nouvelle Guerre froide, de ce qu’on choisit ou omet virtuellement de publier.

 

Parmi ces omissions, une des plus importantes est le rôle joué par les forces néo-fascistes dans l’Ukraine gouvernée par Kiev et soutenue par les USA depuis 2014. Même les Américains qui suivent les nouvelles internationales ignorent ce qui suit, comme par exemple :

 

  • Les francs-tireurs qui ont tué des dizaines de manifestants et de policiers sur la Place du Maïdan de Kiev, déclenchant ainsi la « révolution démocratique ? » qui a renversé le président en place, Viktor Ianoukovitch, et amené au pouvoir un régime violemment antirusse et pro-américain (il ne s’agissait en fait ni d’un mouvement démocratique ni d’une révolution, mais d’un violent coup d’État qui s’est déroulé dans la rue avec un soutien de haut rang) n’ont pas été envoyés par Ianoukovitch, comme il a été largement publié dans les médias, mais presque certainement par l’organisation néo-fasciste « Secteur droit » et d’autres conspirateurs.
  • Peu après à Odessa, le genre de pogrom qui a vu périr par le feu des Russes d’Ukraine et d’autres nationaux et réveillé le souvenir des bataillons d’extermination nazis en Ukraine pendant la Deuxième Guerre, a été quasiment effacé de la relation faite par les médias grand public, bien que cet épisode constitue une expérience douloureuse et révélatrice pour de nombreux Ukrainiens.
  • Le Bataillon Azov, constitué de quelques 3000 combattants bien armés, qui a joué un rôle majeur dans les affrontements de la guerre civile ukrainienne et est devenu une composante officielle des forces armées de Kiev, se déclare « partiellement » pro-nazi, comme le prouvent ses insignes, ses slogans et les programmes qu’il affiche, ce que plusieurs organisations internationales de veille ont bien documenté. Une loi récemment adoptée par le Congrès exclut toute aide militaire US au bataillon Azov, mais il est probable que celui-ci obtiendra une part des nouveaux armements envoyés à Kiev par l’administration Trump, compte tenu de la corruption rampante et du marché noir présents dans le pays.
  • Les agressions menées à la façon de troupes d’assaut contre des gais, des juifs, ou des personnes âgées d’origine russe sont des phénomènes courants dans toute l’Ukraine qui dépend de Kiev, tout comme les marches aux flambeaux qui rappellent celles qui ont embrasé l’Allemagne des années 1920 et 1930. La police et les autorités légales ne font pratiquement rien pour prévenir ces actes néo-fascistes ou pour les poursuivre. Au contraire, Kiev les a officiellement encouragés en réhabilitant systématiquement les collaborateurs ukrainiens qui ont participé aux pogroms d’extermination de l’Allemagne nazie et en célébrant même leur mémoire et celle de leurs chefs pendant la Deuxième Guerre mondiale, en allant jusqu’à rebaptiser des rues en leur honneur, construire des monuments, récrire l’histoire pour les glorifier, voire plus.
  • Le rapport annuel officiel de l’État d’Israël sur l’antisémitisme dans le monde en 2017 conclut que ce type d’incident a redoublé en Ukraine et que leur nombre « dépasse la somme de tous les incidents qui ont été rendus publics dans la région entière combinée ». Par région, le rapport entend le total recensé dans toute l’Europe de l’Est et les territoires qui faisaient partie de l’ex-Union soviétique.

Les Américains ne peuvent pas être accusés d’ignorer ces faits. Ils sont rarement évoqués et encore moins débattus dans les grands médias, que ce soit dans les journaux ou à la télévision. Pour être renseignés, les Américains doivent se tourner vers les médias alternatifs et leurs journalistes indépendants, qui trouvent rarement un écho dans ce qui est publié par les médias grand public au sujet de la nouvelle Guerre froide.

 

Un tel écrivain américain important est Lev Golinkine. Il est surtout connu pour son livre Un sac à dos, un ours et huit caisses de vodka, un mémoire bouleversant et très instructif de sa vie de jeune garçon amené en Amérique par ses parents immigrants de l’Ukraine orientale, aujourd’hui en guerre civile tragique et par procuration. Mais Golinkine a également été un reporter implacable et méticuleux du néo-fascisme dans « notre »Ukraine et un défenseur des autres qui tentent de raconter et de s’opposer à ses crimes grandissants. (Beaucoup d’entre nous qui recherchent des informations fiables se tournent souvent vers lui.)

 

La portée du néo-nazisme en Ukraine et le soutien au moins tacite qui lui est donné par les USA ou la manière dont ils le tolèrent ne fait pas de doute :

  • Ce phénomène n’est pas apparu sous la présidence de Trump, mais déjà sous celle de George W. Bush, lorsque la « Révolution orange » du président ukrainien Viktor Iouchtchenko a commencé par réhabiliter les criminels qui ont assassiné les juifs d’Ukraine pendant la guerre, et il s’est encore amplifié sous le Président Obama, qui, avec le Vice-Président Joseph Biden, a été étroitement complice du coup d’État du Maidan et de ce qui s’en est suivi. Ces faits ont aussi passé largement inaperçus dans les grands médias qui forgent l’opinion. Pire encore, lorsqu’un des fondateurs du parti néo-nazi, propulsé « speaker » du parlement ukrainien, a été reçu à Washington en 2017, il a été largement fêté par les politiciens américains en vue, parmi lesquels le Sénateur John McCain et Paul Ryan de la Chambre des représentants. Imaginons un moment comment le message a été perçu en Ukraine et ailleurs dans le monde.
  • La renaissance du fascisme ou du néonazisme est en cours aujourd’hui dans de nombreux pays, de l’Europe jusqu’aux États-Unis, mais la version ukrainienne a une portée toute spéciale et présente un danger particulier. On est ici en présence d’un vaste mouvement fasciste, en pleine croissance et bien armé, qui est réapparu dans un grand pays européen à l’épicentre politique de la nouvelle Guerre froide entre les États-Unis et la Russie et qui nie pas tant l’Holocauste qu’il le glorifie. Ces forces pourraient-elles venir au pouvoir à Kiev ? Ceux des Américains qui les minimisent, répondent « jamais », parce que ce mouvement n’a qu’un très faible soutien dans la population (bien qu’il soit peut-être plus fort que celui sur lequel peut compter aujourd’hui le Président Porochenko). Mais on en a dit autant du parti de Lénine et de celui de Hitler jusqu’au moment où la Russie et l’Allemagne ont sombré dans le chaos et l’anarchie. Ajouter à cela un récent article d’Amnesty International selon lequel Kiev est en train de perdre le contrôle des groupes extrémistes et le monopole de l’État sur l’usage de la force.
  • Depuis quatre ans, l’establishment politique et médiatique US, auquel appartiennent de nombreuses personnalités et organisations juives, feint dans le meilleur des cas d’ignorer ou de tolérer le néonazisme ukrainien, quand il ne contribue pas à l’exacerber par son soutien inconditionnel à la politique de Kiev. De façon caractéristique, le New York Times peut s’étendre sur la corruption en Ukraine, mais s’abstient de le faire à propos des  manifestations très fréquentes de néofascisme dans ce pays. Et lorsque George Will [écrivain et commentateur politique, NdT] déplore la résurgence actuelle de l’antisémitisme, il cite le parti du Labour britannique et oublie de mentionner l’Ukraine. Il suffit que le fascisme ukrainien soit occasionnellement pointé du doigt pour qu’une bande de fanatiques protégés en haut lieu prenne le parti de Kiev et rétorque : « Oui, peut-être, mais le vrai fasciste, c’est l’ennemi numéro un de l’Amérique, le Président russe Vladimir Poutine. » Quels que soient les défauts de Poutine, on est ici témoin soit d’une manifestation de cynisme, soit d’une totale méconnaissance des faits. Rien dans les déclarations de Poutine, depuis 18 ans qu’il est au pouvoir, ne peut s’apparenter à du fascisme, dont le dogme central consiste en un culte du sang basé sur la prétendue supériorité d’une ethnie par rapport à d’autres. En tant que chef d’un État multiethnique, de telles déclarations venant de Poutine seraient inconcevables et équivaudraient à un suicide politique. Il y a bien sûr des activistes néofascistes en Russie, mais la plupart d’entre eux sont en prison. Un fascisme de masse n’est simplement pas  imaginable en Russie où la guerre contre l’Allemagne nazie a fait des victimes par millions. Cette guerre a directement affecté Poutine et a l’a profondément marqué. Bien qu’il soit né après la guerre, sa mère et son père ont survécu à des blessures qui auraient pu être fatales ainsi qu’à la maladie, tandis que son frère aîné est mort dans le long siège de Leningrad et que plusieurs de ses oncles ont péri dans le conflit.  On ne perçoit pas non plus d’antisémitisme apparent chez Poutine. Tant en Russie qu’en Israël, la rumeur veut que la vie est plus facile pour les juifs dans la Russie de Poutine qu’elle ne l’a jamais été tout au long de son histoire.
  • Si Poutine ne peut être rendu responsable de la résurgence du fascisme dans ce qui est un des grands pays européens, on ne peut qu’en faire porter la honte à l’Amérique dont la réputation risque d’être entachée de façon indélébile dans l’histoire pour avoir toléré l’infamie, ne serait-ce que par son silence.

Voilà qui était vrai jusqu’à tout récemment. Le 23 avril, un valeureux membre du Congrès qui en est à son premier mandat, le Californien Ro Khanna, est l’auteur d’une lettre ouverte adressée au Département d’État et signée par 56 députés, demandant au gouvernement de protester et de prendre des mesures contre la résurgence de la politique officielle d’antisémitisme et de déni de l’Holocauste menée tant en Ukraine qu’en Pologne. Dans l’histoire de la nouvelle − et combien plus dangereuse − Guerre froide, celui qui semble être connu à Washington sous le nom de « ? Ro ? », s’est posé en homme courageux, comme ses cosignataires. Nous verrons bien ce qu’il adviendra de cet acte empreint de sagesse et de tenue morale. Dans une démocratie représentative qui se respecte, chaque membre du Congrès devrait signer cet appel et tous les principaux journaux devraient le soutenir dans leurs éditoriaux. Mais, on ne sera pas surpris de constater que les médias grand public n’ont même pas rendu compte de l’initiative du député Khanna, bien qu’il ait été calomnié − et que l’inestimable Lev Golinkine ait pris sa défense.

 

La leçon des 40 ans qu’a duré la dernière Guerre froide est qu’elle peut corrompre même la démocratie américaine politiquement, économiquement et moralement. On trouve de nombreux exemples de la manière dont la nouvelle Guerre froide a déjà gangrené les médias, les politiciens et même les universitaires. Mais le test décisif sera donné par la réaction de nos élites face au néofascisme qui sévit en Ukraine avec le soutien des États-Unis. Ce n’est pas ici l’affaire des seuls juifs, mais celle de tous les Américains de manifester leur indignation en protestant. Quoi qu’il advienne, il sied de paraphraser à nouveau le philosophe juif Hillel en posant la question : « Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? Si ce n’est pas nous, qui le fera ? ».

 

Stephen F. Cohen

La stratégie de Poutine commencerait elle à marcher ?

La stratégie de Poutine commencerait elle à marcher ?


Par Paul Craig Roberts – Le 14 mai 2018 – paulcraigroberts.org

 

J’ai déjà expliqué que la pratique typiquement chrétienne du président russe Vladimir Poutine de tendre l’autre joue aux provocations occidentales est une stratégie pour faire comprendre à l’Europe que la Russie est raisonnable mais que Washington ne l’est pas et que la Russie n’est pas une menace pour les intérêts et la souveraineté de l’Europe, mais que Washington l’est. En choyant Israël et en se retirant de l’accord multinational de non-prolifération nucléaire iranien, le président américain Donald Trump pourrait bien avoir favorisé la stratégie de Poutine.

 

Les trois principaux États européens vassaux de Washington que sont la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne se sont opposés à cette initiative unilatérale de Trump. Trump pense que cet accord,  pourtant multinational, ne dépend que de Washington. Si Washington renonce à l’accord, c’est la fin de l’accord. Peu importe ce que veulent les autres signataires. Par conséquent, Trump a l’intention de réimposer les sanctions précédentes contre l’Iran, plus de nouvelles sanctions supplémentaires. Si la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne continuent à conclure des contrats commerciaux avec l’Iran, Washington sanctionnera également ses États vassaux et interdira les activités de ces entreprises britanniques, françaises et allemandes aux États-Unis. Il est clair que Washington pense que les bénéfices que l’Europe retire des États-Unis dépassent ceux réalisés en Iran et qu’ils se conformeront à la décision de Washington, comme ces États vassaux l’ont fait régulièrement dans le passé.

 

Et c’est bien possible qu’il en soit ainsi. Mais cette fois, il y a réaction. Reste à savoir si celle-ci ira au-delà de mots forts pour aller jusqu’à la rupture avec Washington. John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale de Trump, un néoconservateur pro-israélien, a ordonné aux entreprises européennes d’annuler leurs transactions commerciales avec l’Iran. L’ambassadeur de Trump en Allemagne, Richard Grenell, a ordonné aux entreprises allemandes de mettre immédiatement fin à leurs activités commerciales en Iran. Les brimades que subit l’Europe et le mépris flagrant des États-Unis pour ses intérêts et sa souveraineté ont rendu l’ancienne vassalité soudainement trop apparente et inconfortable. [Et bien pas encore assez comme le montrera la déclaration de Macron annoncée en annexe de ce texte, NdT].

 

La chancelière allemande Angela Merkel, qui était auparavant une fidèle marionnette de Washington, a déclaré que l’Europe ne peut plus faire confiance à Washington et doit « prendre son destin en main ».

 

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré que le leadership washingtonien avait échoué et qu’il était temps pour l’UE de prendre le rôle de chef de file et de « remplacer les États-Unis ». Divers ministres français, allemands et britanniques se sont fait l’écho de ces sentiments.

 

La page de couverture du magazine allemand Der Spiegel, titrée « Goodbye Europe », montre Trump faisant un doigt d’honneur à l’Europe. Le magazine y déclare qu’« il est temps pour l’Europe de rejoindre la Résistance ».

 

Bien que les politiciens européens aient été bien payés pour leur vassalité, ils pourraient maintenant la trouver trop indigne et inconfortable.

 

Alors que je respecte la vertu du refus de Poutine de répondre à la provocation par la provocation, j’ai aussi exprimé ma crainte du fait que s’il accepte trop facilement ces provocations, cela risque d’encourager à davantage de provocations, qui augmenteront en intensité, jusqu’à ce que la guerre ou la capitulation russe deviennent les seules options, alors que si le gouvernement russe adoptait une position plus agressive envers ces provocations, le danger et le coût en reviendraient aux Européens, dont la lâcheté face à Washington permet de telles provocations. Maintenant, il semble que Trump lui-même a peut-être enseigné cette leçon aux Européens.

 

La Russie a passé plusieurs années à aider l’armée syrienne à débarrasser la Syrie des terroristes que Washington avait utilisés pour renverser le gouvernement syrien. Toutefois, malgré l’alliance russo-syrienne, Israël poursuit ses attaques militaires illégales contre la Syrie. Ces attaques pourraient être stoppées si la Russie fournissait à la Syrie le système de défense aérienne S-300.

 

Israël et les États-Unis ne veulent pas que la Russie vende le système de défense aérienne S-300 à la Syrie, parce qu’Israël veut continuer à attaquer la Syrie et les États-Unis veulent que la Syrie continue à être attaquée.

 

Il y a plusieurs années, avant que Washington n’envoie ses troupes islamistes proxy pour attaquer la Syrie, la Russie avait accepté de vendre à la Syrie un système de défense aérienne avancé, puis a cédé aux pressions de Washington et d’Israël et n’a finalement pas livré le système. Maintenant, à la suite de la visite de Netanyahou en Russie, Vladimir Kozhin, l’aide de Poutine, nous apprend que la Russie continue de bloquer les ventes de défenses aériennes modernes à la Syrie.

 

Poutine pense peut-être qu’il doit le faire pour ne pas donner à Washington un argument qui pourrait être utilisé pour ramener l’Europe dans la ligne politique agressive de Washington. Néanmoins, pour ceux qui ne le voient pas de cette façon, cela donne à nouveau l’impression que la Russie est faible et qu’elle ne veut pas défendre un allié.

 

Si Poutine pense qu’il aura une influence sur Netanyahou pour négocier des accords de paix avec la Syrie et l’Iran, le gouvernement russe n’a aucune compréhension de l’intention d’Israël ou des 17 années de guerre de Washington au Moyen-Orient.

 

J’espère que la stratégie de Poutine marchera. Si ce n’est pas le cas, il devra changer sa position à l’égard des provocations ou celles-ci mèneront à la guerre.

 

Paul Craig Roberts

Pourquoi parle-t-on toujours « d’oligarques russes » et jamais « d’oligarques occidentaux » ?

Pourquoi parle-t-on toujours « d’oligarques russes » et jamais « d’oligarques occidentaux » ?

 

Par Jeff Cohen – Le 10 avril 2018 – Source Truthdig

Brian Roberts, PDG de Comcast.

Les infos télévisées peuvent être assez énervantes. Jour et nuit, j’entends les présentateurs sur CNN et MSNBC parlant sans cesse des plans de tel ou tel « oligarque russe ayant des liens avec le Kremlin ». J’ai entendu cette phrase un nombre incalculable de fois ces dernières semaines.

Et beaucoup d’autres que moi ont entendu l’expression « oligarque russe ». Merriam-Webster.com expliquait que «oligarque» était l’un de ses mots clés les plus recherchés, en date du 5 avril, «suite aux informations selon lesquelles Robert Mueller avait interrogé des hommes d’affaires russes auxquels ce descriptif s’applique ».

Mais il y a une phrase que je n’ai jamais entendue sortir de la bouche d’aucun des animateurs, prétendûment progressistes, de MSNBC : «Un oligarque américain ayant des liens avec Washington ».

Cet oubli est révélateur si l’on considère un fait indiscutable : les oligarques américains ont fait beaucoup plus pour miner la démocratie américaine que n’importe quel Russe.

Prenez, par exemple, Brian L. Roberts – qui correspond certainement à la définition d’oligarque prise dans le dictionnaire : « une personne faisant partie d’un petit groupe de personnes puissantes qui contrôlent un pays ou une industrie ». En tant que président et chef de la direction de Comcast, Roberts dirige la société que son père a fondée et détient plus d’un tiers des actions de cette société. Sa rémunération annuelle de 28,6 millions de dollars l’an dernier était inférieure à celle que quatorze autres oligarques américains − je veux dire PDG − ont « gagné ». Sa valeur nette est estimée à plus de 1,65 milliard de dollars.

Cet oligarque a-t-il des « liens avec Washington » ? Au cours d’une année récente, Comcast a consacré près de 19 millions de dollars au lobbying, en deuxième position après l’entreprise militaro-industrielle Northrop Grumman. L’an dernier, Comcast a dépenséplus de 15 millions de dollars. Et l’oligarque Roberts a été un acteur  de pouvoir de premier plan à Washington pendant des décennies, ayant porte ouverte chez tous les présidents − de la loi de déréglementation sur les télécommunications, loi anti-consommateurs votée en 1996, à l’effort actuel du président Trump pour mettre fin à la neutralité du réseau, au nom de Comcast et d’autres grands fournisseurs d’accès Internet.

La Loi sur les télécommunications − pro-conglomérats − de Clinton et l’assaut de Trump contre la neutralité du net ont tous deux miné la démocratie américaine. Aucun Russe n’y est pour quelque chose. (Vous avez peut-être entendu dire que le Sinclair Broadcast Group, qui travaille sur la propagande de Trump, possédera bientôt plus de 200 stations de télévision locales ; jusqu’à l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur les télécommunications, une entreprise ne pouvait légalement en posséder plus de 12.)

Vous devez l’accorder aux oligarques américains. Beaucoup gardent un certain pouvoir, quel que soit le parti qui dirige Washington. Ils ont une plus grande résistance que les oligarques russes qui, nous dit-on constamment, finissent morts ou en prison s’ils tombent en disgrâce avec le président Poutine.

Roberts a certainement le style de vie d’un oligarque. Il possède une datcha d’été − je veux dire une résidence secondaire − à Martha’s Vineyard où il ancre ses bateaux Sparkman & Stephens construits sur mesure et où il a accueilli le président Obama, y compris lors d’un cocktail de la liste A, organisé pour Obama, en août 2013. Et Roberts aurait construit un vaste manoir à North Palm Beach, non loin du Mar-a-lago de Trump.

Mais sa résidence principale est à Philadelphie. Obama a régulièrement séjourné dans les manoirs de Comcast. En 2013, lors d’une collecte de fonds du Parti démocrate à Philadelphie, chez le meilleur lobbyiste de Roberts, le président Obama déclarait « Je suis venu ici tant de fois, la seule chose que je n’ai pas faite dans cette maison, c’est d’avoir un dîner Seder. » [repas rituel juif, NdT]

Alors que les oligarques russes sont souvent des chasseurs de gibier passionnés, Roberts est un golfeur fanatique. Obama a joué au golf avec lui « sur les gazons luxuriants du Vineyard Golf Club ».

Il y a une dernière chose que je dois ajouter au sujet de Roberts. En tant que PDG de Comcast, il est le patron ultime des animateurs prétendument progressistes de MSNBC. Ce qui peut aider à expliquer leur silence sur les oligarques américains, puisqu’il serait difficile d’aborder le sujet sans mentionner leur patron.

Je ne devrais pas cibler Roberts, ni les hôtes MSNBC qu’il emploie. Parce que le problème va bien au-delà de cet oligarque particulier et de cet organe d’information corporatif particulier.

Roberts n’est qu’un parmi des dizaines de puissants oligarques américains. Ils forment une « classe dirigeante » et dirigent un « État corporatif » − deux expressions de plus que l’on n’entend pratiquement jamais dans les médias américains. L’une des raisons pour lesquelles ces oligarques ont peu de couverture critique et aucun examen systémique est que, comme en Russie, les oligarques sont les propriétaires ou des clients importants des médias grand public.

Permettez-moi d’être clair, afin de ne pas exagérer : les animateurs de Fox News sont libres de ternir certains oligarques, surtout des démocrates, comme George Soros et les animateurs de MSNBC s’en prennent gaiement à certains oligarques, Républicains cette fois, comme les Mercers et les frères Koch.

Mais pour avoir une vision claire et complète du fonctionnement du système politique américain (c’est-à-dire de l’« oligarchie américaine »), j’ai une suggestion à vous faire : déconnectez-vous de MSNBC, CNN, Fox et d’autres sources d’information tenues par les grosses entreprises et tournez-vous plutôt vers des médias progressistes indépendants de qualité.

Si vous le faites, vous verrez que les problèmes qui affligent la démocratie et l’économie américaines sont certainement l’œuvre d’oligarques. Et ceux-là ne parlent pas russe.

Jeff Cohen

L'illusion de la guerre froide et l'ONU : on ne réforme pas l'ordre international

lundi 23 avril 2018

L'illusion de la guerre froide et l'ONU : on ne réforme pas l'ordre international

Le secrétaire général de l'ONU vient de déclarer qu'une nouvelle guerre froide est en cours, mais que cette fois-ci les structures internationales sont inopérantes. Pour autant, s'agit-il réellement d'une guerre froide, tel que nous l'entendions avant la chute de l'URSS. Il s'agirait plutôt d'un combat pour un monde unipolaire (globalisé et atlantiste) ou multipolaire, duquel pourra résulter un nouvel ordre international et donc de nouvelles structures le représentant. 
 
Le terme de guerre froide revient de plus en plus souvent dans le discours. Dernièrement, c'est le secrétaire générale de l'ONU, Antonio Guterres qui a souligné le retour à un conflit entre les Etats-Unis et la Russie selon les modalités de la guerre froide, bien  que cette fois-ci l'on ne puisse plus parler de l'existence de deux clans qui se combattent. 
 
Et pour cause, l'hégémonie américaine qui s'est soi-disant "naturellement" imposée avec la chute de l'URSS, qui a donné l'impression d'une victoire incontestée et incontestable de l'idéologie globaliste et du rôle central des Etats-Unis dans ce schéma n'avait en fait rien de naturel. Elle était le résultat conjugué d'un fabuleux travail de sape, tout autant que celui des faiblesses objectives de l'idéologie socialiste et de la gouvernance soviétique. Mais cela n'implique pas que la domination objective, à un moment donné, des Etats-Unis dans l'ordre mondial ne soit ni contestée, ni contestable. Qu'elle soit un acquis. Qu'elle soit perpétuelle. 
 
Il ne s'agit pas réellement d'une guerre froide comme on aime à le dire essentiellement puisqu'il s'agit d'un schéma connu. Et tomber dans l'inconnu est toujours inconfortable. A l'époque de la guerre froide, le monde était partagé et d'une certaine manière stabilisé. La structure de l'ONU telle que nous la connaissons aujourd'hui en est le résultat. Résultat d'un rapport de forces posé. 
 
Lorsque le secrétaire général de l'ONU déclare que le Conseil de sécurité n'est plus apte à résoudre les conflits, il a raison. Lorsqu'il affirme qu'il ne représente plus l'équilibre du monde contemporain, il a raison. Mais lorsqu'il incite à réfléchir à sa réforme - maintenant, c'est dangereux. 
 
On ne réforme pas l'ordre international, on le change. Les structures internationales sont le résultat d'un conflit, d'un rapport de force, elles l'entérinent. L'ordre international n'est pas réformable. Il ne peut être modifié que lorsqu'un nouvel équilibre des forces a été atteint, équilibre qu'il va alors traduire. Pour l'instant, le conflit est encore en cours. 
 

En 2007, Kadhafi le révélateur par Danielle Bleitrach

En 2007, Kadhafi le révélateur par Danielle Bleitrach

 

22 Avril 2018
Publié 12 décembre 2007 sur ce qui était alors mon blog (changement de société) et qui est celui de Marc harpon. J’ignore pourquoi il a ressurgi, mais je ne m’en plains pas dans la mesure où il témoigne d’une lucidité bien peu courante à l’époque (Note de Danielle Bleitrach en avril 2018 donc 11 ans après).

 

en 2007, l'amitié... Aujourd'hui ...

 

En 2007, l’amitié… Aujourd’hui …Comme dit ma mère pour qui l’humanité se divise entre gens propres et gens sales: « il fait un peu négligé , mais il a de l’allure »

 

Kadhafi nous en fout plein la vue avec sa tente de Bédouin, sa djellaba, son lait de chamelle et ses « amazones » grassouillettes . Un homme dont les gardes du corps ont des fesses rondes, des genoux en X et des rondeurs boudinées  sous le rude treillis,   ne peut pas être totalement mauvais…   Kadhafi, cette  fuyante personnalité a le mystérieux pouvoir  de rendre ridicule tout ce qu’il touche, les fausses grandeurs s’effondrent, l’hypocrisie se dégonfle, c’est le privilège de la folie surréaliste.

 

Il fallait le voir hautain, lointain, niant avoir abordé la question des droits de l’homme avec Sarkozy. Au meilleur des cas il n’avait pas daigné écouter celui que la presse étrangère appelle déjà « le vendeur de vent ». Tout le cirque présidentiel, les hoquets vertueux des députés de gauche, la petite agitée des droits de l’homme et sa France paillasson, tout cela devenait complètement ridicule, du vaudeville! A quoi ne s’habitue-t-on pas à la longue?  On les voit à la télé, mais ne les entend même plus ces guignols, et ce avec ou sans kadhafi, mais avec lui tout à coup ça se voit, tout ça c’est du flan. Yama Rade, Kouchner et toute la gauche en bloc se fichent complètement des droits de l’homme en Libye, comme ils se moquent des torturés par les nord-américains, des suppliciés de Guantanamo et autres lieux semblables, c’est un fond de commerce.

 

Tout ça parce que cet  anarchiste couronné , halluciné, sorti de l’imagination d’Artaud ou de celle de Chester Himes pour le kitsch, traverse le décor et  les  ridiculise en les entraînant dans son sillage. Le bédouin drapé dans sa cape, le regard dissimulé derrière des lunettes ray ban, coiffé d’un camembert noir nous disait : « Ah vous voulez du théâtre, vous allez en avoir, personne ne peut me battre à ce petit jeu ! »

 

Pratiquement il n’y a pas eu un sujet sur lequel il ne se soit employé à dynamiter les positions vertueuses de la France.

 

A propos du Darfour – dossier sur lequel la diplomatie française cherche à hâter le déploiement de forces internationales officiellement  pour protéger les réfugiés -, M. Kadhafi a critiqué, mardi, « l’internationalisation du conflit ». « Si nous laissons les habitants du Darfour se débrouiller eux-mêmes, la crise du Darfour se terminera d’elle-même », a-t-il affirmé.

 

Mouammar(Vous remarquerez l’usage du prénom exotique dont la presse française ne se lasse pas !) donc Mouammar Kadhafi a fait la leçon aux Européens et particulièrement à la France sur le thème des droits de l’homme.  Donc mardi après avoir effrontément nié toute discussion avec Nicolas Sarkozy sur les droits de l’homme, ce qui revenait à le traiter de menteur ou à avouer qu’il avait dormi à ce moment pourtant crucial de la conversation, il a poursuivi son travail de sape devant des représentants de la communauté africaine réunis à l’Unesco. Il a longuement disserté sur les raisons qui poussent des jeunes gens issus de l’immigration à casser et incendier… les invitant à rentrer en Afrique s’ils ne sont pas certains d’être traités à l’égal de leurs compatriotes. « Je m’intéresse aux Africains (…) et je remarque que l’intérêt des autres pour les Africains n’est pas le même, a-t-il expliqué, selon la traduction simultanée de l’arabe au français. Les Africains immigrés sont considérés comme des marginaux, des nécessiteux. Parfois, ils réagissent par des actes de violence, ils allument des incendies. Nous sommes contre la violence. Mais cela veut dire qu’ils vivent des situations difficiles, qu’ils souffrent. Cela mérite qu’on s’y intéresse. Pourquoi ces incendies qu’ils allument ? Et ce qu’il y a des droits qui ne sont pas respectés, qui sont violés ? », s’est-il interrogé. « Nous sommes dans le pays des droits de l’homme (…) Le citoyen français, le citoyen belge, le citoyen anglais jouit de ces droits. Mais quand nous parlons des droits de l’Homme, nous devons aussi les appliquer aux étrangers (…) Qu’est ce qui fait que des jeunes brûlent des voitures, il y a des raisons, a-t-il insisté. Nous et le gouvernement français devrions le savoir. Nous avons besoin réciproquement les uns des autres. Il n’y en a pas un qui doit avoir la priorité sur l’autre. Cette question doit être étudiée en détail, a-t-il assuré, » au contraire de son hôte, qui avait estimé le 29 novembre qu’ »explique  les violences serait les excuser.Kadhafi sur sa lancée a enfoncé le clou en regrettant que les Africains aient été « colonisés, réduits à l’esclavage« , « utilisés dans les guerres« , exploités pour « travailler dans le bâtiment, construire les routes, dessécher les marécages« , puis « balancés dans les banlieues« . « La situation est claire, si nous n’avons pas notre place en Europe, nous avons notre continent« , a-t-il conclu, promettant de « prendre soin » des personnes intéressées par un retour.

 

Bertrand Delannoe – qui n’avait pourtant pas craint d’accueillir Condoleezza Rice comme une princesse surdouée au piano alors que les marines anéantissaient falloujah, considérant sans doute qu’une infirmière bulgare en vie valait beaucoup plus que 100.000 morts irakiens – donc le maire s’est plaint que les ponts de Paris aient été fermés aux piétons pour que Kadhafi puisse faire une promenade en bateau mouche. « Alors qu’il venait de faire un discours à l’UNESCO « indigeste » sur les droits de l’homme et les immigrés« . indigeste pour qui ? Pas ceux qui campent à la rue de la Banque en tout cas faute d’un logement dans Paris. Pendant ce temps là Ségolène Royal, François Bayrou et malek Halter manifestaient dans une cabine télphonique.

 

Le medef lui au  moins s’est montré logique, ila tendu la sébille pas le coktail molotov : Avant de se rendre à l’Elysée mercredi, le colonel Kadhafi a rencontré des chefs d’entreprise du Medef. Il leur a expliqué sans détour que la normalisation des relations politiques avec la France avait pour contrepartie la signature de contrats et des marchés ouverts pour les entreprises françaises.

 

L’Elysée a reconnu n’avoir pas parlé des « droits de l’homme » dans la deuxième conversation entre les deux présidents, vu qu’ils en avaient déjà parlé, enfin comme nous l’avons vu Sarkozy parlait..  kadhafi et l’interpète dormaient. En revanche Sarkozy lui a conseillé de prendre position sur les attentats d’Alger, ce à quoi Kadhafi a répondu qu’il ne l’avait pas attendu vu qu’il s’était longuement entretenu par téléphone avec Bouteflika.

 

Longtemps accusé de soutien aux attentats terroristes,  ses récentes déclarations à Lisbonne, dans lesquelles il disait le terrorisme justifié pour les « faibles »,  avait servi de prétexte aux hurlement d’indignation de ceux qui ne condamnent pas avec la même détermination les bombardements des B 52 sur des civils. Il faudrait, vu les dégâts respectifs, condamner avec la même vigueur les attentats suicides et les bombardements sur des populations innocentes, vu qu’effectivement tout le monde n’a pas les moyens de se payer un B 52.  Mouammar Kadhafi l’a fait remarquer et il  est revenu sur ses propos, mercredi 12 décembre, à Paris, lors d’un entretien sur la chaîne de télévision internationale France 24. « C’est clair, ce que j’ai dit va dans le sens de la lutte contre le terrorisme. Nous le condamnons », a déclaré M. Kadhafi. Mais« cela ne suffit pas. Il faudra trouver quelles sont les causes du terrorisme. Trouver les causes de la maladie pour la combattre », a-t-il ajouté en soulignant que les Etats ne pouvaient pas se contenter d’un « plan sécuritaire ». « Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’une lutte entre colonisateurs et colonisés, c’est un phénomène aveugle, c’est un terrorisme sans raison », a-t-il dit.

 

Comme chez les Bédouins on n’invite pas les gens pour les insulter, on s’interroge, dormait-il quand Sarkozy lui a fait la leçon sur les droits de l’homme ? Peut-être avait-il simplement honte pour son hôte de son absence de savoir vivre… D’ailleurs Sarkozy qu’un Colombien a récemment traité « d’exhibitionniste compulsif »a paru dans cette affaire un tantinet dépassé… Comme c’est gênant un chef d’Etat qui dévoile la folie de tous, et reste  les yeux clos derrière des lunettes de soleil, passant sans transition d’un mutisme hagard  aux propos les plus sensés, et fracassant avec une sorte d’innocence ravageuse tous les efforts diplomatiques … Tous les autres paraissent devenus fous y compris la Ligue des droits de l’homme  (LDH) qui dénonce ce mercredi le cynisme des autorités françaises qui reçoivent Mouammar Kadhafi « comme un prince » au moment où l’Algérie est frappée par des attentats. Pardon quel est le rapport ? Encore un qui semble ignorer les subtilités de la politique internationale et le fait que Kadhafi s’entend avec les Saoudiens comme chien et chat… les Saoudiens entre nous ils sont plutôt les courroies de transmission des dirigeants étasuniens… Vous me suivez?

 

Non, vous contemplez Gluksman et Bernard Henry levy petrifiés, Kadhafi c’est pire qu’un entartrage…

 

Au titre des curiosités de cette visite, il convient de conclure sur le titre du Figaro de ce jeudi :

Sarkozy accompagne Kadhafi sur les chemins de la respectabilité… (cf. article ci-dessous sur les relations avec dassault).

 

danielle bleitrach

 

Voilà ton article en Espagnol,

http://www.rebelion.org/noticia.php?id=60592Amitiés. Caty.

 

Le président chinois Xi félicite Miguel Diaz-Canel pour son élection à la présidence de Cuba

Le président chinois Xi félicite Miguel Diaz-Canel pour son élection à la présidence de Cuba

 
22 Avril 2018
Chinois et Cubains sont de « bons camarades », voici deux pays, deux partis, l’un immense, l’autre minuscule mais qui partagent beaucoup de choses à commencer par un rayonnement continental et mondial et aussi la référence à un parti communiste dirigeant leur effort gigantesque d’indépendance et de développement, dans le justice.
 
(note de Danielle Bleitrach)

Publié le par anonyme

BEIJING, 19 avril (Xinhua) — Le président chinois Xi Jinping a envoyé jeudi un message de félicitations à Miguel Diaz-Canel pour son élection en tant que nouveau président cubain.

 

La Chine et Cuba sont de bons camarades, de bons amis et de bons partenaires qui ont une confiance sincère l’un dans l’autre et partagent un destin commun, a dit M. Xi dans le message, ajoutant que les deux peuples cultivaient une amitié profonde grandie au cours des combats communs longs et difficiles, et que cette amitié servait de force motrice puissante pour promouvoir le développement des relations bilatérales.

 

Dans le monde d’aujourd’hui marqué par des changements profonds et complexes sur les plans régional et international, la Chine et Cuba ont tous deux entrepris une nouvelle marche vers le progrès, a déclaré M. Xi, réaffirmant que la Chine était prête à rejoindre Cuba sur la voie vers l’avant.

 

Il a aussi indiqué qu’il était disposé à travailler avec M. Diaz-Canel pour approfondir et étendre la coopération bilatérale, et réaliser de nouveaux succès pour honorer l’amitié entre la Chine et Cuba dans une nouvelle ère.

 

Dans un message séparé à Raul Castro, qui reste premier secrétaire du Comité central du Parti communiste cubain au pouvoir, M. Xi, en sa qualité de secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois, s’est dit prêt à maintenir des communications étroites avec M. Castro afin de faire avancer davantage les relations Chine-Cuba.

 

Dans la même journée, le Premier ministre chinois Li Keqiang a aussi envoyé un message de félicitations à M. Diaz-Canel.

 

La Chine est prête à travailler avec Cuba pour promouvoir continuellement la coopération bilatérale et oeuvrer au développement régulier des relations Chine-Cuba, a indiqué M. Li.

 

source: http://french.xinhuanet.com/2018-04/20/c_137123391.htm

 

Ils ne savent pas rire et ignorent tout, je leur survivrai

Ils ne savent pas rire et ignorent tout, je leur survivrai

 

21 Avril 2018

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J’ai écouté jeudi soir Toni Morisson interviewée à la Grande Librairie. Cette femme pour laquelle j’ai toujours éprouvé beaucoup d’admiration a parlé de son oeuvre bien sur, mais le prix Nobel de littérature a aussi fait des remarques politiques. En parlant de son président elle a eu cette remarque Donald Trump a-t-elle  affirmé « c’est la personne la plus rétrograde et la plus mal informée que je connaisse. C’est douloureux. Et c’est surtout dangereux.» Et un peu plus loin, « ça m’effraie. Il ne sait pas rire – rire est une expérience profondément humaine et il en est incapable

 

Sous assistance respiratoire, l’écrivain fait preuve d’une vitalité admirable. « J’ai 87 ans, et je vais survivre à Donald Trump », dit-elle en riant.

 

Ce qu’un écrivain apporte c’est peut-être une autre manière de juger de l’univers politique, un trait, un coup de griffe mais qui touche juste, vraiment juste, d’un point de vue inusité et qui s’avère le meilleur angle d’expression du fait, comme la fiction parle parfois plus fort que l’exposé des événements. Ne pas savoir rire comme preuve d’incompréhension de l’humaine condition, voilà qui dit beaucoup, mais il y a aussi pour l’écrivaine cette manière de se situer dans le temps long de l’histoire, au-delà de l’événementiel, sa conviction de survivre à tous ces politiciens « les plus mal informés ». Elle leur survivra cette femme suprêmement élégante qui tient  du baobab et de l’éléphant , des forces telluriques. Elle écrit dit-elle les plus belles scènes de sexe et on comprend que c’est parce que ce corps lourd sait comment et de quoi,nait  et renait l’humanité. Son rire est un défi à ces assoifés de pouvoir  et aux quelques technocrates qui leur font la cour.

 

OUI! Toni MOrisson est d’une incroyable élégance malgré sa silhouette élephantesque, le tuyau qui l’aide à respirer, elle est le rire et la volonté de vivre, ses turbains et la manière dont elle s’envelope dans des tissus maliens a cette insolence de la beauté pure..Elle est afroaméricaine, jugeant de haut de très haut, et à bonne distance celle de l’écriture ceux qui condamnent à l’esclavage. Ses adversaires, les miens, sont d’une incroyable vulgarité parce qu’il ont perdu le contact avec le lieu de toutes les innovations, le peuple, celui de la rue et des champs, dans le temps long de l’histoire qui n’a jamais été que celle de la lutte des classes comme il a dit. Parce qu’ils suivent toutes les modes et ne créent rien, parce qu’ils se croient modernes et ne savent que vanter la régression. Apprendre à viser la cible que personne ne voit ça c’est le propre de l’art et de la litterature.

 

Tout cela pour vous dire que moi aussi j’ai décidé de survivre à cette bande de politiciens médiocres qui semble en proie au narcissisme le plus désespérant, le plus douloureux qui se puisse imaginer. J’ai fait mes comptes, j’ai 80 ans. Dans ma famille les femmes meurent entre 98 ans et 107 ans et demeurent en possession de tous leurs moyens jusqu’à 95 ou 96 ans et connaissent un affaiblissement intellectuel et moteur léger à ce moment mais meurent sans vraiment avoir vécu de handicap intégral. Donc il me reste 15 ans de dynamisme, mais il faut qu’ils soient bien utilisés pour moi et pour les autres, je n’ai pas de temps à perdre, ni pour rire, jouir de la vie et dans le même temps poursuivre dans ce que j’estime juste, . Macron disparaîtra et moi je serai là avec mes combats.

 

Ce que je dis est valable pour bien d’autres y compris des jeunes qui s’impliquent dans les combats et qui ont envie de vivre. Simplement, ils peuvent plus que moi se disperser, ils ont des forces et des ans en réserve.

 

Je vais continuer à voyager mais limiter les déplacements et les fatigues inutiles, beaucoup plus travailler en bibliothèque, chez moi. Ce blog est en train de connaître une moment de ralentissement lié à méditation sur le tournant que doit prendre ma vie pour survivre à Macron et à tous les autres. Pour me passionner pour ce monde en train de changer en profondeur et dont certains prétendent arrêter l’inexorable, celui du refus grandissant des être humains de continuer à vivre comme ça au profit d’une poignée qui ne savent plus rire.

 

-Comme le dit Mahmoud Darwich –

 

Le présent nous étouffe et déchire les identités. C’est pourquoi je ne trouverai mon moi véritable que demain, lorsque je pourrai dire et écrire autre chose. L’identité n’est pas un héritage, mais une création. Elle nous crée, et nous la créons constamment. Et nous ne la connaîtrons que demain. Mon identité est plurielle, diverse. Aujourd’hui, je suis absent, demain je serai présent. J’essaie d’élever l’espoir comme on élève un enfant. Pour être ce que je veux, et non ce que l’on veut que je sois.

Et cela ne s’arrête jamais…

 

Danielle Bleitrach

Chemin vers la dénucléarisation? La Corée du Nord annonce 6 décisions clés

Chemin vers la dénucléarisation? La Corée du Nord annonce 6 décisions clés

 

21 Avril 2018
Tandis que le dirigeant chinois visite la Chine et que les relations entre la Corée du nord et la Chine connaissent de nouveaux développements, la Corée du nordfait un pas vers la suspension du nucléaire en liaison avec l’amélioration des relations avec la Corée du sud. On s’étonne que tous ceux qui n’ont cessé de nous présenter une Corée du nord belliciste, irrationnelle,menée par un dictateur fou soient aussi peu pressés de nous informer de cette actualité.
 
(note et traduction de danielle Bleitrach)

Chemin vers la dénucléarisation? La Corée du Nord annonce 6 décisions clés
PHOTO DU FICHIER: Le parti au pouvoir en Corée du Nord organise un banquet / Reuter965
Pyongyang a annoncé une nouvelle orientation stratégique pour le pays, annonçant une suspension indéfinie de tous les essais nucléaires et de missiles balistiques, dans la perspective de la rencontre prévue entre Kim Jong-un et le président américain Donald Trump.
 

Lors d’une réunion plénière du comité central du Parti des travailleurs de Corée, le parti au pouvoir a défini six décisions cruciales:

 

#1. La Corée du Nord a déclaré «solennellement» que ses précédents essais balistiques et de missiles avaient permis au pays de miniaturiser avec succès les ogives et de développer leurs vecteurs.

 

# 2. À compter d’aujourd’hui, tous les autres essais nucléaires et de missiles balistiques seront gelés à compter du 21 avril 2018

 

# 3. Le centre d’essais nucléaires de la Corée du Nord sera mis au rebut afin d’assurer la transparence de la suspension de la recherche nucléaire.

 

# 4. Pyongyang n’utilisera jamais d’armes nucléaires, à moins qu’il y ait une « menace nucléaire ou une provocation nucléaire » contre la Corée du Nord, et « en aucun cas, ne rentra dans le proliféreration d’armes nucléaires et de technologie nucléaire ».

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# 5. Désormais, tous les efforts de Pyongyang seront concentrés sur la construction d’une économie socialiste forte, tandis que les ressources humaines et matérielles du pays seront mobilisées pour «améliorer de manière spectaculaire» la qualité de vie des gens.

 

# 6. Pyongyang établira un environnement international favorable et intensifiera un dialogue étroit avec les pays voisins et la communauté internationale, afin de protéger la paix et la stabilité de la péninsule coréenne et du monde.

Vidéo sur « l’attaque chimique » à Douma: le reportage sur le garçon sera diffusé à l’ONU

Vidéo sur « l’attaque chimique » à Douma : le reportage sur le garçon sera diffusé à l’ONU

 
21 Avril 2018

Pour ceux qui ne connaissent pas cette chaîne chinoise en français, je vous conseille de rompre avec le bourrage de crâne de BMTV et d’aller de temps en temps sur le canal 550, vous y trouverez des reportages passionants sur la Chine, mais aussi des actualités qui vous aideront à rompre avec les manipulations des chaînes d’information françaises, sans tomber dans le complomotisme d’extrême-droite. Cela vous aidera, pour ceux qui ne lisent ni l’anglais, ni l’espagnol, à complèter et à vérifier ce que disent les chaînes russes.La chaîne chinoise en français a diffusé ce sujet et l’a considéré comme présentant la vérité sur la manière dont la pseudo attaque chimique a en fait été fabriquée par les casques blancs liés aux djoiadistes et aux services britanniques, financés par ces derniers. 
 
(note et traduction de Danielle Bleitrach)

 

La vidéo réalisée par les Casques blancs avec la participation du petit Syrien Hassan Diab, présenté comme une victime de la présumée attaque chimique du 7 avril à Douma, sera diffusée aux représentants des pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies, a déclaré l’ambassadeur de la Russie à l’Onu, Vassili Nebenzia.

 

Le témoignage du garçon syrien Hassan Diab, qui, selon une vidéo montée par les Casques blancs, aurait été touché lors de la présumée attaque chimique du 7 avril à Douma, sera soumis aux pays membres du Conseil de sécurité de l’Onu, a indiqué Vassili Nebenzia, ambassadeur de la Russie auprès de cette organisation internationale.

 

«Nous disposons d’ores et déjà de ce reportage sous-titré. Nous l’avons distribué aux représentants des pays membres [du Conseil de sécurité, ndlr] et d’ici à la prochaine réunion du Conseil, nous trouverons le moyen de le diffuser sur grand écran», a-t-il fait remarquer.

 

La chaîne de télévision Rossiya 24 a présenté l’interview de ce garçon de 11 ans qui a participé au tournage de la vidéo sur «l’attaque», invité, comme de nombreuses autres personnes, par les Casques blancs.

 

 

«Nous étions dans un sous-sol. Maman m’a dit qu’il n’y avait rien à manger et qu’on mangerait demain. Nous avons entendu des cris dans la rue, on criait « Allez à l’hôpital ». Nous avons accouru à l’hôpital et dès que j’y suis entré, on m’a attrapé et on a commencé à m’asperger d’eau. Ensuite, on nous a mis sur des lits à côté d’autres personnes», a dit le garçon à Rossiya 24.

Le père d’Hassan a confirmé ce récit, ajoutant qu’il n’y avait eu aucune attaque chimique, mais que sa famille avait reçu pour le tournage des aliments, notamment des dattes, des biscuits et du riz.

Le ministère russe de la Défense avait précédemment présenté une interview vidéo de participants au tournage. Les médecins de l’hôpital y déclarent qu’«aucune des personnes transportées à l’hôpital ne présentait de traces d’intoxication par des agents chimiques».Dans la nuit du 13 au 14 avril, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont porté des frappes contre la Syrie sous couvert d’une opération visant à éliminer de prétendues armes chimiques de cet État, après l’attaque chimique qui aurait été perpétrée le 7 avril à Douma, près de Damas, selon les pays occidentaux.

 

La Russie a démenti les informations concernant une bombe au chlore qui aurait été larguée par les forces gouvernementales syriennes. Les militaires russes ont qualifié de fausses les photos de victimes de la prétendue attaque chimique à Douma, publiées par les Casques blancs sur les réseaux sociaux. Moscou estime que l’objectif de ces informations mensongères est de protéger les terroristes et de justifier d’éventuelles actions extérieures.Une mission de l’OIAC est arrivée le 14 avril à Damas pour enquêter sur l’attaque prétendue chimique à Douma, c’est-à-dire après le bombardement par les pays occidentaux.

 

Assad et la République : les honneurs perdus

vendredi 20 avril 2018

Assad et la République : les honneurs perdus

Dans un élan quelque peu douteux, l'Elysée a annoncé lancer la procédure visant à retirer à Assad la légion d'honneur qui lui avait été remise par Chirac en 2001. Dictateur, massacrant son peuple, évidemment aux armes chimiques (que l'on cherche toujours, comme en Irak). Un Président non barbu, aimé par son peuple, qui se bat pour son pays. Avec une femme non voilée. Un ennemi à abattre. Un homme infréquentable. Enfin maintenant. La gloire de la République n'éblouit plus très loin, Assad a rendu sa médaille. Il s'en remettra. La France, elle, n'en sort pas grandie. Qui finalement a perdu les honneurs?
 
Alors que l'Elysée a trouvé le moyen le plus violent de punir cet individu qui n'est plus à la hauteur des attentes qui ont été placées en lui, qui ne correspond plus au nouveau statut colonisé de la France, à cet individu qui croit encore en la liberté pour son peuple, qui ne se plie pas aux règles - ni aux bombardements - à cet homme-là France d'aujourd'hui a voulu retirer ce que celle d'hier avait offert. La légion d'honneur. 
 
Qu'y a-t-il de pire pour un pays en guerre contre le terrorisme que de voir son président perdre la légion d'honneur? Difficile à imaginer ... 
 
Ce réflexe de vieille puissance coloniale, qui a des sursauts d'orgueil déplacé lorsque l'on voit sa totale soumission à l'ordre atlantiste, laisse perplexe. L'honneur se retrouve dans la réaction du président syrien qui a rendu son bien à la France par l'intermédiaire de l'ambassade de Roumanie, justifiant son acte par les bombardements français. Avec des mots aussi durs que justes. Malheureusement.
«Le ministère des Affaires étrangères et des Expatriés a officiellement rendu à la République française, par le biais de l'ambassade de Roumanie à Damas, qui parraine les intérêts français en Syrie, la décoration de grand-croix de la Légion d'honneur accordée au président Assad par l'ancien président français Jacques Chirac. (...) Il n'est point d'honneur pour le président Assad de porter une décoration attribuée par un régime esclave [...] des Etats-Unis qui soutient les terroristes."
L'honneur perdu de la République. Qui garde ses Princes saoudiens, eux patentés démocrates. Ou plutôt dont tout le monde se moque du caractère non-démocratique. La République qui a fait ses choix. Assad aussi. S'il était honorable d'être décoré par la France il y a 20 ans, aujourd'hui, c'est terrible, mais la question se pose.
 
L'honneur, la gloire, le temps. Juste un petit poème écrit par Maurice Rostand, peu connu, mais qui a accompagné toute mon adolescence et vers lequel je reviens toujours avec plaisir. Quelques lignes pour s'arrêter un instant.

À propos de fake news : des nouvelles du vol MH17 abattu en Ukraine en 2014…

À propos de fake news : des nouvelles du vol MH17 abattu en Ukraine en 2014…


… le pilote qui a abattu le MH17 malaisien ne parlera plus


Par Stratediplo − Le 6 mars 2018 − Source stratediplo

Débris du MH17 abattu en 2014
Débris du MH17 abattu en 2014  ©nbcnews.com

Vladislav Volochine s’est éteint le 18 mars dans sa chambre, d’une balle en plein cœur à l’âge de vingt-neuf ans. Pour mémoire, il s’agissait du pilote (alors capitaine) ukrainien qui avait abattu le vol malaisien MH17 le 17 juillet 2014.

 

La thèse retenue est celle du suicide, même si quelques journaux mentionnent qu’il se serait tiré plusieurs balles dans le cœur (la plupart ne mentionnent qu’une balle). Une enquête de principe a été ouverte par la police, comme l’exige la loi en cas de décès par arme à feu et à plus forte raison sachant que l’immatriculation du pistolet trouvé près de lui avait été ôtée. Son épouse dit l’avoir trouvé mourant dans leur chambre après avoir entendu un coup de feu. Elle a déclaré qu’il avait reçu la veille un appel téléphonique qui avait semblé l’abattre et qu’il n’avait pas voulu en parler.

 

Évidemment la presse anglaise, à commencer par le Daily Star, accuse la Russie.

 

Certes l’entourage de Volochine explique que, depuis la tragique méprise du 17 juillet 2014 qui a coûté la vie à trois cents personnes, il n’était plus le même et se trouvait profondément dépressif. Mais c’était un officier, conscient de ses responsabilités de chef de famille avec deux enfants très jeunes. La presse antirusse déclare qu’il a quitté l’armée de l’air « suite aux accusations proférées par la Russie » ce qui est faux puisqu’elles ne l’ont plus touché depuis qu’il les a démenties (spontanément ou sur ordre) en 2014 et qu’il était certainement mieux judiciairement protégé comme officier en service que comme civil. Les conséquences de son obéissance aux ordres du 17 juillet l’ont personnellement beaucoup affecté mais il n’a démissionné de l’armée de l’air que deux ans et demi plus tard, en janvier 2017, pour des raisons économiques.

 

Dans beaucoup de pays les officiers font vœu d’austérité et de frugalité, mais en ex-Ukraine faillie même la solde à l’air d’un commandant (s’il refuse la corruption) permet difficilement de payer un loyer et de nourrir quatre personnes et c’est pareil pour tous les grades d’officier dans toutes les armes, d’après l’intéressé. Pour expliquer sa démission, Volochine a aussi raconté que les pilotes devaient s’équiper sur leur solde pour améliorer leur sécurité. La combinaison des pilotes est de très mauvaise qualité, déchirable et inflammable, aussi ils en achètent ailleurs, comme lui qui avait commandé la sienne en Biélorussie. Ils n’ont pas de bottines et pilotent en espadrilles ou mocassins de sport selon leurs moyens et des réseaux de volontaires leur offrent casque et masque modernes achetés en Russie. Pour s’engager dans l’armée ukrainienne il fallait posséder un sens du devoir certain, qui ressemble peu à la désertion d’un suicidé.

 

Le 16 juillet 2014, le régime « Maïdan » de Kiev a annoncé le déploiement d’au moins 27 systèmes anti-aériens Bouk-M1, alors que la résistance au coup d’État du 22 février ne possédait pas d’aéronefs. Le 17 au matin il a fait installer des missiles air-air, exceptionnellement déstockés à cet effet sur deux Sukhoï-25 normalement voués à l’appui-feu (cibles au sol).

 

Lorsque la Russie a confirmé le plan de vol de son avion présidentiel revenant ce jour-là du sommet BRICS à Fortaleza (Brésil) on a mis en alerte les pilotes et après son passage au-dessus de la Pologne − communiqué par un pays tiers puisque l’Ukraine n’avait pas de satellite au-dessus de l’Europe de l’Est cette semaine-là −  on a activé le radar de poursuite Koupol, d’une portée de 85 km stationné depuis peu près de Styla. Mais celui-ci a accroché un avion erroné, le Boeing 777 malaisien venant d’Amsterdam qui était passé au-dessus de Varsovie à la même altitude (10000 mètres) quarante minutes après l’Iliouchine 96 russe.

 

L’avion approchant, on a alors fait décoller au moins un Sukhoï-25 et il semble même qu’on ait ordonné à la cible de modifier sa trajectoire et son altitude. Vu de l’arrière et de dessous (conditions de tir) à quelques kilomètres de distance, le nom de la compagnie marqué au-dessus et en avant des ailes était invisible et le pilote a pris les bandes longitudinales bleue et rouge de l’avion malaisien pour les bandes rouge et bleue décrites pour l’avion russe. L’expert aéronautique allemand Peter Haisenko a déterminé d’après les débris que l’avion avait d’abord reçu un missile R60 qui aurait seulement détruit le moteur droit, puis qu’on avait mitraillé au canon de 30 mm la cabine de pilotage (ce qui confirme les observations de l’équipe de récupération de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) tuant les pilotes mais n’interrompant pas le vol de l’avion et qu’enfin on aurait mitraillé la carlingue, l’explosion des réservoirs dans les ailes coupant alors l’avion en deux et provoquant sa chute. En rentrant à la base d’Aviatorskoïe, le Sukhoï-25 de Volochine n’avait plus ses missiles, lui-même a déclaré qu’on l’avait envoyé descendre une cible erronée et le soir au cercle, en apprenant par la télévision la tragédie du Boeing malaisien, Volochine a déploré devant d’autres officiers que cet avion se soit trouvé « au mauvais endroit au mauvais moment ».

 

Le 8 août un accord secret entre les gouvernements néerlandais, belge, australien et le régime issu du coup d’État du 22 février en Ukraine confiait aux Pays-Bas (pays d’origine de la majorité des victimes) l’enquête sur la destruction en vol du Boeing, en excluait la Malaisie et accordait à chacun de ces pays un droit de veto sur la diffusion des futurs résultats de l’enquête. La Russie immédiatement accusée et détentrice (car voisine) de preuves matérielles ne fut pas admise à y participer, de même que la Malaisie qui le demandait pourtant avec insistance puisque l’avion était non seulement la propriété d’une entreprise malaisienne mais également une portion du territoire malaisien − comme un navire d’ailleurs, en cas de naissance ou décès en vol (ce qui était le cas) il est enregistré par l’état-civil du pays d’immatriculation.

 

Les États-Unis d’Amérique ont refusé de communiquer à cette commission d’enquête partiale les photographies que leur satellite Key Hole (entre autres) avait prises en survolant la zone au moment même de la tragédie, ce qu’ils cachèrent d’ailleurs pendant plusieurs jours jusqu’à ce que la Russie le prouve. Ladite commission d’enquête n’a jamais réclamé (et a laissé détruire par l’Ukraine) l’enregistrement des communications entre le Boeing et le contrôle aérien de Dniepropetrovsk, toujours examiné dans des cas similaires comme la Russie l’avait immédiatement rappelé et recommandé.

 

Le régime ukrainien a fait pilonner la zone de l’écrasement chaque fois que les équipes de l’OSCE s’en approchaient, toujours après l’avoir annoncé. Le 21 juillet le Conseil de Sécurité de l’ONU a dû exiger, par sa résolution 2166 présentée par l’Australie (pour la Malaisie non membre) et soutenue par la Russie, un cessez-le-feu dans la zone de l’épave, que le régime ukrainien a ensuite violé tous les jours puis unilatéralement « annulé » le 7 août et lorsque le 8 août la Russie a proposé une nouvelle résolution appelant l’Ukraine à respecter ce cessez-le-feu les États-Unis y ont opposé leur veto.

 

Pendant quatre mois la commission d’enquête partiale refusa d’aller visiter le lieu sécurisé par la République de Donetsk (qui lui avait envoyé les boîtes noires récupérées sous le feu ukrainien) jusqu’à ce que cette dernière s’adressât à la Malaisie qui annonça alors l’envoi d’une mission médico-légale et technique… ce qui décida le gouvernement néerlandais à envoyer précipitamment une équipe pour enlever (voler) les débris appartenant à la Malaisie.

 

Pour sa part la presse abonnée aux trois grandes agences de presse de l’Alliance Atlantique multipliait les mensonges, déclarant que le Sukhoï-25 plafonnait à 7 600 m, présentant comme russe un convoi militaire (avec missile Bouk) aisément identifiable comme ukrainien filmé à Krasnoarmeïsk, prétendant prouver l’absence de systèmes anti-aériens ukrainiens dans la région par des images satellites prises une semaine après le drame, puis tentant de faire croire à son public que la Russie aurait introduit des armes anti-aériennes en Ukraine juste pour ce forfait puis les aurait retirées, etc. Comme Stratediplo l’écrivait le 23 décembre 2014, « la vérité sur le vol MH17 ne sera jamais publiée ».

 

Après son départ de l’armée de l’air Volochine est entré comme cadre civil à l’aéroport de Mykolaïev où il faisait fonction de directeur ce qui lui pourvoyait un salaire un peu meilleur pour entretenir sa famille. Il est difficile de croire qu’il l’ait soudain abandonnée à la misère [en se suicidant] sans une incitation très forte, faisant peut-être justement appel à sa responsabilité de protéger sa famille.

 

Le suicide sur ordre de Volochine annoncerait-il un réchauffement du plat MH17 ?

 

Dans un article à diffusion limitée du 4 janvier 2015, Stratediplo écrivait, suite à l’offre hypocrite de trente millions de dollars par l’agence de détectives allemande Wifca pour des informations, que « c’est le capitaine ukrainien Vladislav Volochine qui a été envoyé descendre l’Iliouchine 96 qui ramenait le président Vladimir Poutine du Brésil le 17 juillet […], mais il serait surprenant qu’il vive vieux ».

 

Stratediplo

L’intelligence artificielle : la chine prendra-t-elle la tête devant les USA ? Les retombées sociales…

L’intelligence artificielle : la chine prendra-t-elle la tête devant les USA ? Les retombées sociales…

 

19 Avril 2018

Résultat de recherche d'images pour "l'intelligence artificielle et la Chine"

 

Longtemps en matière d’intelligence artificielle les Etats-Unis ont joui d’une domination sans partage, mais celle-ci est désormais contestée par la Chine. Si celle-ci n’a pas l’équivalent de google, la vitesse du développement est stupéfiante explicable par le soutien politique et financier de l’Etat quasi illimité, le second atout, la population soit la majorité d’un milliad quatre cent mille individus connectés c’est-à-dire une base de données sans équivalent. C’est la matière première dont ce nourrit l’intelligence artificielle dans sa vocation à imiter les comportement humains, le tout à partir d’algorithmes capables de définir les processus qui permettent de se substituer aux comptables, aux conducteurs, aux employés de banques, de bourses, etc…

 

Et là sur les conséquences d’un point de vue humain d’une telle révolution scientifique et technique, la Chine est nettement plus en avance., Pour qui suit sa politique réelle et non celle fantasmée par les spécialistes de la désinformation mondiale, cela s’impose peu à peu. L’ère inaugurée par Xi jimping, le rôle attribué au parti communiste et à son idéal combiné avec l’héritage de Conficius par exemple, se traduit par des choix qu’il importe de mieux connaître. La chine manifeste une  volonté de coopération à l’échelle mondiale, des exigences de paix. Mais ce qui est également intéressant c’est l’optimisme conquérant de l’ensemble de la population, la manière dont elle atteint toute la diaspora chinoise dans le monde.

 

On commence à parler de Kai Fu Lee, un individu qui fait la jonction entre le monde chinois (il est né à Taiwan) et les Etats-Unis (il y réside), et il est le fondateur d’un fond d’investissement implanté en Chine et aux Etats-Unis, mais sa célébrité et son intervention maximale dans le grand public est en Chine, en particulier sur les réseaux chinois. Il pose les problèmes dans des termes comparables à Stephen Hawkin. Il prédit que dans des années proches l’intelligence artificielle pourra se substituer à 50% des travaux humains, mais il n’en est pas pessimiste pour autant et pense que si les bonnes mesures sont prises à temps on ira vers une société meilleure, d’où l’écho qu’il trouve en Chine dans une société beaucoup plus volontariste et optimiste que celle des Etats-Unis ou la notre. Un mélange de traditions et de communisme comme point d’appui à cet optimisme qui mériterait d’être mieux connu.

 

KaI-Fu-Lee interroge:  « Dans un monde où tous les télémarketeurs, tous les serveurs, les gens de service clients remplacés par des IA, comment devront nous nous organiser pour que les personnes qui effectuaient ces tâches auparavent ne sombrent pas dans le chômage de masse, la dépression et un immense sentiment d’inutilité? »

 

Pour lui, face à cette question centrale, celle de la prouesse technologique qui permettra soit à la Chine, soit aux USA de prendre le leadership devient secondaire. Le vrai défi est qui est en mesure d’anticiper sur cette situation et en tirer les conclusions qui s’imposent en matière de gouvernance?

 

Comment assurer la dignité et le sentiment d’utilité que les êtres humains trouvaient dans le travail ?

Quel système éducatif doit dès maintenant être mis en place pour préparer les futures générations ?

Comment seront répartis les revenus ?

 

Quelles seront les fonctions qui subsisteront et devront être donc conduites à l’excellence, l’art, les soins à la personne par exemple. A ce titre, lui qui appartient à deux cultures, il dit que la seule solution est dans la coopération : « C’est un sujet d’une portée geopolitique considérable, répète-t-il, qui nécessite une approche nouvelle et coopérative, à l’échelle mondiale. Il serait vraiment dommage qu’elle se résume à une course aux armements dans le domaine des technologies ».

 

Danielle Bleitrach

Intelligence artificielle : la Chine attire plus d’investissements que les États-Unis par Elisa Braun

Intelligence artificielle : la Chine attire plus d’investissements que les États-Unis par Elisa Braun

 

19 Avril 2018
Résultat de recherche d'images pour "l'intelligence artificielle et la Chine"
En appui de l’article que nous écrivons à propos des conséquences sociales de l’IA,
Voici une analyse qui montre les conditions de la compétition dans ce domaine entre Chine et USA, mais au-delà de cette compétition c’est bien la confrontation entre deux systèmes sociaux. Si la Chine de l’avantage d’une énorme population connectée, son second avantage est dans le rôle pilote de l’Etat et les sommes qu’il consacre à ce développement, le « socialisme de marché », la planification chinoise témoigne de l’incroyable impulsion de la révolution technologique qui s’opère, mais comme nous  l’envisageons dans l’autre article publié sur le sujet, c’est peut-être dans sa manière d’anticiper sur les conséquences sociales nationales et internationales que la Chine est la plus intéressante
(note de Danielle Bleitrach)

Les deux puissances sont engagées depuis plusieurs années dans une compétition farouche pour devenir leader dans le domaine de l’intelligence artificielle. Pour la première fois, la Chine a commencé à prendre le dessus.

 

«Suivez l’argent». Cette réplique classique du film «Les Hommes du Président» fonctionne aussi bien pour le Watergate que pour l’évolution de l’intelligence artificielle.

 

En 2017, 15,2 milliards de dollars ont été investis à l’échelle mondiale dans des start-up spécialisées dans le secteur. Et près de la moitié de cette somme est allée directement vers la Chine, contre 38% en direction des États-Unis, selon un rapport de CB Insights sur les tendances à suivre en intelligence artificielle pour 2018. C’est la première fois que les investissements vers la Chine surpassent ceux des États-Unis dans ce secteur. Ils confirment ainsi la montée en puissance du pays et le retard grandissant des États-Unis.

 

150 milliards pour l’économie chinoise

Les deux États se livrent une guerre féroce pour devenir le leader mondial de l’intelligence artificielle depuis plusieurs années, mais la course s’est intensifiée en 2017.

 

En juillet, la Chine a dévoilé sa feuille de route pour créer une industrie d’une valeur de 150 milliards de dollars pour son économie d’ici 2030, dans un document de 28 pages qui se lisait comme un défi directement adressé aux Américains. D’autant plus qu’il copiait explicitement certains passages du plan stratégique en intelligence artificielle de l’administration Obama, paru fin 2016. « Les plans américains publiés en 2016 ont apparemment été à l’origine de la formulation de la stratégie nationale d’IA en Chine », a même expliqué au New York Times Elsa Kania, adjointe au Centre pour une nouvelle sécurité américaine, qui suit de près le développement chinois en matière d’intelligence artificielle.

L’adoption de l’IA par la Chine intervient à un moment clé dans le développement de la technologie. Des améliorations récentes et spectaculaires ont conduit les plus grandes entreprises à investir des milliards de dollars pour transformer les fantasmes de l’IA en services et produits du quotidien. Google et Amazon font partie de ceux qui ont déjà relevé le défi, mais de nombreux secteurs – y compris non technologiques — évaluent les possibilités de l’IA pour leur fonctionnement quotidien. La technologie est envisagée pour la conduite des voitures et camions autonomes aussi bien que pour faire parler les appareils ménagers. Les investissements dans l’IA ont augmenté de 141% en 2017 par rapport à 2016, selon CB Insights – et ont permis l’éclosion de 1100 nouvelles start-up l’année dernière. L’IA est également devenue un enjeu crucial pour la politique de défense et la sécurité intérieure pour de nombreux États.

 

«Le gouvernement américain fait très peu pour soutenir sa propre industrie»

 

Pour un certain nombre de raisons, les États-Unis perdent pourtant leur influence dans un domaine où ils avaient historiquement une longueur d’avance. Les inquiétudes liées aux visas accordés aux ingénieurs étrangers aux États-Unis ont poussé une grande partie des laboratoires de recherche à s’installer dans d’autres pays. L’Europe compte désormais certains des plus grands centres des grandes entreprises technologiques (GAFAM) en la matière. Facebook a récemment annoncé qu’il allait recruter davantage de chercheurs et investir 10 millions d’euros pour son centre dédié à Paris. En France, d’autres entreprises, telles Sony ou Huawei, ont installé des laboratoires de recherche. Microsoft est, lui, partenaire de l’institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) sur le sujet depuis 2005.

 

Le mois dernier, Alphabet, la maison mère de Google, a annoncé son intention de mettre sur pied un centre de recherche basé à Pékin.

 

Selon plusieurs experts de l’IA, du côté académique et industriel, l’administration de Trump n’a tout simplement pas pris la mesure de la menace que représentait la Chine. « Nous attendons encore que la Maison Blanche donne des directives » sur la façon de répondre à la compétition, a déclaré Tim Hwang, directeur de l’Éthique de l’AI Initiative, fondée par des pontes de la Silicon Valley et d’Harvard pour la recherche en intelligence artificielle. « Le gouvernement américain fait très peu pour soutenir sa propre industrie », selon la revue technologique du MIT et « les investissements ne suivent pas une stratégie coordonnée » pour le New York Times.

 

Licornes chinoises

En écho aux plans mis en place par l’administration Obama, le gouvernement chinois a pour sa part déclaré qu’il avait l’intention d’augmenter considérablement le financement à long terme de la recherche sur l’IA et de développer une communauté beaucoup plus large de chercheurs dans le domaine. Depuis plusieurs années, la Chine enregistre aussi plus de brevets et publie plus d’articles de recherche liés aux thématiques de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage profond. L’aspect quantitatif n’est toutefois pas suffisant pour évaluer l’avance de la Chine par rapport aux États-Unis, où sont installées les meilleures universités au monde. Le nombre de citations des recherches dans les revues scientifiques est aussi un signe de la puissance chinoise dans la recherche.

 

Le succès des start-up chinoises en intelligence artificielle est un indice encore plus probant de cette montée en puissance. En 2018, les États-Unis ont beau compter plus de start-up en IA que la Chine, sa longueur d’avance se réduit depuis 2013, tandis que le nombre de start-up chinoises en IA augmente. Les Américains représentaient 77% des start-up mondiales spécialisées en IA, contre 50% aujourd’hui, selon CB Insights. Ce changement d’allure est en partie dû à un facteur technique. D’énormes quantités de données sont nécessaires pour «former» les systèmes d’IA, et aux États-Unis, une grande partie de ces données appartient à des entreprises privées, comme Facebook et Google. La Chine a, de son côté, une population qui génère largement plus de données, dont beaucoup appartiennent à l’État.

 

La reconnaissance faciale, qui repose aujourd’hui beaucoup sur des techniques d’apprentissage profond, s’invite ainsi dans le quotidien des Chinois comme nulle part ailleurs, et permet d’identifier les criminels comme les piétons trop pressés en quelques minutes, parmi des millions de visages. Les plus imposantes licornes du pays, selon CB Insights, sont spécialisées dans ce domaine:

 

● Megvii a déjà accès à 1,3 milliard de données biométriques sur les citoyens chinois et est soutenu par une société d’assurance chinoise (Sunshine Insurance Group), des entités gouvernementales (le groupe d’investissement Russie-Chine lui a laissé 460 millions de dollars), et des géants des technologies (le constructeur Foxconn, et le fonds de Jack Ma, Ant Financial).

 

● SenseTime, créé en 2014, dépasse déjà la valorisation d’1 milliard de dollars et collabore avec une quarantaine de gouvernements locaux pour la vérification des cartes bancaires et les systèmes de sécurité.

 

● CloudWalk a reçu 301 millions de dollars du Gouvernement municipal de Guangzhou pour installer un centre d’images dans la ville et levé 75 millions de dollars auprès d’investisseurs.

 

En pleine croissance, le marché de la reconnaissance faciale a dépassé le milliard de yuans (128 millions d’euros) en 2016 et devrait être multiplié par cinq d’ici 2021, selon une étude du cabinet Analysys. Dans le même temps, la Chine ambitionne de continuer à investir dans les start-up américaines. Récemment, Baidu et JD.com ont soutenu ZestFinance, et Tencent a soutenu ObEN, situé à New York. Quelques start-up comme WuXi NextCODE et Pony.ai fonctionnent dans les deux pays, brouillant davantage les lignes mais confirmant la longueur d’avance qu’est en train de prendre la Chine.

Investissements étrangers dans le domaine de l'IA (en millions de dollars)

Le Fake de l'attaque chimique de Douma que la presse française ne veut pas voir

jeudi 19 avril 2018

Le Fake de l'attaque chimique de Douma que la presse française ne veut pas voir

Alors que de plus en plus de voix s'élèvent pour remettre très sérieusement en cause l'existence même de la soi-disant attaque chimique à Douma dans la Ghouta Orientale, les experts de l'OIAC semblent être les seuls à ne pas entrer dans la zone concernée, l'ONU ne leur donnant pas le feu vert pour des raisons de sécurité - qui tombent à pic. 
 
Remise en question de l'existence même d'une attaque chimique à Douma
 
Les journalistes russes, qui eux se sont rendus sur place les premiers, sans aucune complication pour leur santé, après avoir discuté avec les habitants, ont pu déclarer que personne n'était au courant d'une quelconque attaque chimique.
 
En faisant des recherches, ils ont retrouvé des personnes travaillant à l'hôpital, dénonçant la mise en scène par des caméramans et des inconnus criant à l'attaque chimique, versant de l'eau sur les patients présents, mettant à l'écart les médecins de l'hôpital et partant ensuite lorsque ceux-ci devinrent trop insistants pour examiner les soi-disantes victimes. Pas de corps, pas de victimes. La Russie a promis de faire venir ces témoins à la prochaine réunion de l'OIAC. 
 
Mais cela va encore plus loin. Les journalistes russes ont retrouvé le petit garçon, Hassan, qui nous a été présenté comme la victime innocente du "boucher-Assad". Or, rassurez-vous, lui aussi se porte à merveille, il n'a jamais été victime. Sauf de troubles intérêts Occidentaux. 
Il a entendu qu'il fallait se rendre à l'hôpital, il y est allé, on lui dit de participer à la mise en scène en contre-partie de nourriture. La bonne conscience occidentale appréciera le cynisme.
« Nous étions dans un sous-sol. Maman m’a dit qu’il n’y avait rien à manger et qu’on mangerait demain. Nous avons entendu des cris dans la rue, on criait "Allez à l’hôpital". Nous avons accouru à l’hôpital et dès que j’y suis entré, on m’a attrapé et on a commencé à m’asperger d’eau. Ensuite, on nous a mis sur des lits à côté d’autres personnes »
Quand le père a su que son fils était hospitalisé, il a accouru et a appris la vérité:
« Quand j’ai appris que mon enfant était à l’hôpital, j’ai demandé de m’absenter de mon travail pour y aller. J’ai fumé dehors, je n’ai rien senti. Je suis entré à l’hôpital et j’ai vu ma famille. Les extrémistes ont donné des dattes, des biscuits et du riz aux participants à ce tournage avant de nous laisser rentrer chez nous. Mon enfant se portait parfaitement bien », a indiqué l’homme.
Même les journalistes américains qui se rendent, eux, à la différence des experts de l'OIAC, à Douma doivent bien reconnaître que selon les témoignages de la population, il n'y a eu aucune attaque chimique. Voir sur Fox News.
Où sont les journalistes français?
 
Des experts de l'OIAC qui ne se pressent pas
 
Pendant ce temps-là, on apprend que les experts devant déterminer s'il y a ou non eu une attaque chimique ne peuvent arriver à Douma, sont bloqués à Damas, car il y a eu des tirs (quel hasard!) sur les envoyés de l'ONU devant vérifier la sécurité sur place et donner le feu vert. Que, évidemment et O surprise, ils ne donnent pas. 
 
Ce qui n'empêche pas la presse française de répéter à loisir la même fable des 40 morts, il faut bien justifier l'activisme de notre grand Jupiter national. Et sans un mot sur ces témoins dérangeants, remettant directement en cause l'existence de l'attaque chimique, l'on apprend que les metteurs en scène, à savoir les Casques blancs, sont en contact avec ces experts de l'OIAC et leur ont même indiqué où se trouvaient les "corps". Et les déclarations de ces ONG sont très importantes pour pouvoir envers et contre tout affirmer la culpabilité d'Assad, puisqu'ils commencent à affirmer que de toute  façon la Russie et la Syrie font disparaître des preuves et que de toute manière les prélèvements sur place ne sont pas si importants que cela ... 
 
Ainsi, sans le dire, c'est la Russie et la Syrie qui sont accusées d'empêcher les experts de venir faire leur travail et non pas les extrémistes, dont les Casques blancs font partie, et leurs protecteurs Occidentaux, qui ont peur que la vérité n'éclate au grand jour. Ils préparent donc le terrain: si les experts ne trouvent rien, c'est parce que le terrain a été "nettoyé", mais nous avons les déclarations des "médecins" de ces ONG, donc tout va bienMême si les médecins de l'hôpital ont déjà déclaré qu'il n'y avait aucune trace chez les patients d'attaque au chlore ou à toute autre substance.
 
Si des corps sont retrouvés, à l'endroit indiqué par les Casques blancs qui travaillent avec les extrémistes, sachant que des laboratoires souterrains chimiques ont été retrouvés dans les sous-sols d'immeubles à Douma après leur libération par l'armée syrienne, il serait intéressant de savoir d'où ils viennent ... Les Occidentaux iraient-ils jusqu'à massacrer massivement aux substances chimiques des civils pour justifier la chute d'Assad et l'avènement des extrémistes pro-occidentaux en Syrie?

PS: Un nouveau groupuscule islamiste se renforce sur les ruines de l'état islamique dans le Nord-Ouest de la Syrie, pendant que l'attention est détournée par le scandale des armes chimiques.
 
PPS: Des groupes extrémistes dans le Sud de la Syrie, liés à Al Nusra, veulent créer une enclave autonome sous le Haut Patronage des Etats-Unis.
 

Salve de missiles dans le ciel de Damas : le nouveau forfait d'un Occident en mal d'hégémonie

Salve de missiles dans le ciel de Damas : le nouveau forfait d'un Occident en mal d'hégémonie

 

Salve de missiles dans le ciel de Damas : le nouveau forfait d'un Occident en mal d'hégémonie

 

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Pour Bruno Guigue, les frappes de Washington, Paris et Londres sur la Syrie sont une «pluie de pétards mouillés». Dénonçant un Occident «en mal d'hégémonie», l'analyste estime que cette manœuvre ne changera rien : les ennemis de Damas ont perdu.

C’est fait. Le gang Washington-Paris-Londres vient de bombarder la Syrie. Abdiquant toute pudeur, l’habituel trio d'experts en coups tordus a expédié ses engins de mort sur un Etat-membre des Nations unies. A grand renfort de missiles, un Occident déclinant a joué les durs à distance, se gardant bien d’affronter sur le terrain un adversaire qui lui mettrait une bonne fessée. En attaquant l’appareil militaire syrien, cette coalition étriquée conduite par des pantins vaniteux a cru que sa quincaillerie de luxe lui permettrait de s’imposer. Mais c’est oublier que la donne stratégique change à toute vitesse. En matière militaire, il y a loin de la coupe aux lèvres, surtout lorsque l’objectif à atteindre est fantasmatique. Expérimentée sous la présidence de Bill Clinton, la technique des frappes chirurgicales vient de connaître un nouvel avatar, dont il n’est pas sûr qu’il soit le plus réussi.

N’en déplaise à des dirigeants auto-satisfaits, cette opération-éclair a brillé par sa nullité et sa fourberie politique n’a eu d’égale que son inanité militaire. En réalité, le bilan est proche de zéro. Aucun résultat opérationnel, aucun impact psychologique, aucun intérêt politique. Ce fut tout juste une pluie de pétards mouillés sur Damas, un exercice d’entraînement grandeur nature pour la défense anti-aérienne syrienne, un tir au pigeon où le missile occidental, ce joujou prétentieux, a fini par jouer le rôle du pigeon. Les «beaux missiles» de Trump ont fini en morceaux, pitoyables tas de ferraille destinés au futur musée de l’impérialisme à Damas. Ce résultat est d’autant plus significatif que la Défense contre avions (DCA) syrienne a combattu seule l’agresseur étranger, sans l’aide de ses alliés, même si l’appui technique russe a sans doute joué un rôle décisif.

Même désastre sur le plan de la guerre psychologique. On ne s’imaginait quand même pas, à Washington, Londres et Paris, que le peuple syrien serait tétanisé par cette lâche agression. Elle a plutôt produit l’effet inverse, car la couardise de l’adversaire, en général, consolide le moral des troupes. Les premières images en provenance de Damas furent celles d’une population souriante, brandissant fièrement le drapeau national et le portrait du président Bachar Al-Assad. Les trois pieds nickelés de la géopolitique n’impressionnent pas les Syriens. En détruisant les trois quarts des missiles ennemis, la défense anti-aérienne syrienne a résumé à sa façon la réponse de ce peuple courageux à l’agresseur néo-colonial. La DCA de l’armée arabe syrienne est comme la métaphore d’un peuple qui résiste victorieusement, depuis 2011, à une tentative de destruction multiforme.

Bien entendu, les fauteurs de guerre occidentaux ont fait tourner les rotatives d’une propagande mensongère pour tenter de justifier leur entreprise erratique. Mais la supercherie a fait long feu. Il s’agissait, dit-on, de punir le régime syrien pour l’emploi de l’arme chimique contre les civils de la Ghouta. Mais où sont les preuves détenues par les trois agresseurs ? On nous répond qu’elles sont accablantes mais qu’il est impossible de les communiquer, car elles sont «classifiées». Un enfant de quatre ans comprendrait le stratagème. S’il y a des «preuves», au demeurant, on pourrait les trouver sur place, et c’est pourquoi l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a accepté l’invitation du gouvernement syrien. Mais le jour même de l’arrivée de ces experts, le trio occidental a bombardé Damas. Inutile de faire un dessin : quand on accuse sans preuves un coupable désigné d’avance, on n’a pas besoin d’enquête.

En réalité, la politique belliciste d’un Occident en mal d’hégémonie pourrit tout ce qu’elle touche. Elle brandit les droits de l’homme, mais c’est pour soutenir les terroristes. Elle chante les louanges du droit international, mais c’est pour mieux l’anéantir. Elle parle de démocratie, mais elle la viole à domicile tout en déniant aux autres nations le droit à l’autodétermination. Quand Macron annonce qu’il va «punir» le président syrien lors d’une conférence conjointe avec le prince héritier d’Arabie saoudite, il se moque du peuple français. La triplette belliciste USA/France/Grande-Bretagne est comme la grenouille qui veut être plus grosse que le bœuf. Elle s’imagine qu’elle est le centre du monde alors qu’elle en est l’appendice. Elle est seulement le club de l’oligarchie occidentale, mais elle se prend pour la «communauté internationale». Et lorsque le monde assiste médusé à une fanfaronnade où le criminel le dispute au grotesque, elle s’imagine qu’elle a remporté une victoire. Cette salve de missiles sur la Syrie ne changera rien au cours des événements. La Ghouta est libérée et les autres provinces le seront bientôt. La guerre à distance menée par les ennemis de la Syrie est perdue d’avance.

 

 

 

Les Iraniens affirment que les Syriens disent ….

Les Iraniens affirment que les Syriens disent ….

 

18 Avril 2018
 

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D’une source iranienne: les sources iraniennes sont toujours suspectes d’être aussi peu crédibles que les affirmations des dirigeants français , anglais ou américains, mais nettement plus imaginatives, la plupart des fake news de l’extrême-droite ont cette origine et je ne les reproduit que très rarement, mais ici il s’agit de propos rapportés d’un ministre syrien.

 

L’information est susceptible d’intéresser les Français… Est-ce Mohamed ben Saimane a payé les 20 millions de coût de nos frappes ou cela fait partie de ces achats d’armes lors de sa derniere visite? Sommes-nous passés au statut de mercenaire? En tous les cas c’est ainsi que notre glorieuse armada est perçue dans le monde arabe…

 

« Le prince héritier saoudien a financé l’attaque contre la Syrie », a déclaré un responsable syrien.

 

Le vice-président de la Commission des affaires étrangères au Parlement syrien Ammar Assad a déclaré, ce dimanche 15 avril, que l’attaque au missile lancée par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France avait été financée par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

 

« Le président américain Donald Trump avait déjà annoncé, à maintes reprises, que l’Arabie saoudite devrait financer les opérations militaires de la coalition. La partie américaine a demandé quatre milliards de dollars. C’est l’Arabie saoudite qui finance toutes les opérations agressives que mène la coalition dirigée par les États-Unis en Syrie, en Irak et en Libye. Mohammed ben Salmane s’est rendu en France et aux États-Unis et a payé toutes les dépenses d’une agression militaire contre la Syrie. Le plaisir qu’a pris l’Arabie saoudite lors de cette attaque vient étançonner cette affirmation », a déclaré Ammar Assad.

 

Il a réitéré que l’échec du dernier pion de l’Arabie saoudite en Syrie, c’est-à-dire le groupe terroriste Jaych al-Islam, était l’une des motivations de cette attaque.

 

« L’Arabie saoudite bénéficie de cette situation, car elle soutient les opérations de destruction dans la région. C’est ainsi qu’elle veut propager la pensée wahhabite, qui est à l’origine des égorgements et de tous les attentats terroristes du monde », a-t-il ajouté.

 

Le bâton et la carotte américaine dans le Donbass

mercredi 18 avril 2018

Le bâton et la carotte américaine dans le Donbass

 
Les Etats-Unis, par l'intermédiaire de l'incontournable USAID, qui a la bonne idée sous prétexte d'aide au développement, de financer tous les mouvements "pro-occidentaux", "pro-européens" et de toute opposition à l'Est, se penchent plus sérieusement sur le cas du Donbass et prévoient une dépense de 65 millions $ pour diminuer sa dépendance à la Russie.
 
L'USAID est une structure financée par l'Etat américain visant financer des projets de développement internationaux. On l'a retrouvée autour de toutes les révolutions de couleur. Et cette structure s'attaque maintenant au Donbass afin de participer, officiellement, à sa "restauration économique", à développer les liens de coopération avec l'Ukraine de l'ouest et avec l'Union européenne. 
 
Puisque l'USAID rend toujours LNR et DNR responsables du conflit, l'un des objectifs non-dits est bien de provoquer une rupture entre la population et les dirigeants. 
 
Nous sommes bien dans la double logique du baton et de la carotte. D'une part l'armée ukrainienne aidée par des conseillers américains, continue à violer les accords de Minsk, à frapper les zones d'habitation. D'un autre côté, les Etats-Unis lancent une campagne pour restaurer le Donbass et tenter de l'intégrer plus étroitement. 
Ce programme vise principalement LNR et DNR, démarche assez cynique.
Dans un premier temps, il s'agit d'aider le petit business, durement frappé par la guerre lancée par l'armée ukrainienne et les groupes extrémistes, qui ont une perception très relative de la propriété privée. Mais il n'est évidemment pas question de remettre en cause les pratiques féodales développées par ces groupes. Ni l'existence en elle-même de ces groupes.
 
Il s'agit aussi de financer une campagne publicitaire destinée aux habitants de ces régions qui n'entrent pas dans la bonne marche du monde. Il parait que la situation actuelle s'explique notamment par le fait que les habitants ne sont pas suffisamment informés sur la politique menée par Kiev. Il est vrai que c'est généralement l'artillerie qui sert de facteur... Ces campagnes publicitaires sont censées restaurer la confiance de la population de l'Est dans le pouvoir central. 
 
Parallèlement à ces considérations soi-disant altruistes, différents scénarios de développement de la situation sont envisagés, à savoir la récupération par la force du Donbass ou le statut quo. Les investisseurs doivent être prêts à travailler dans différentes configurations - la séparation du Donbass, elle n'est pas envisagée. Les investissements potentiels sont donc bien conditionnés. 
 
Il est vrai l'USAID est un rouage fondamental du fonctionnement de l'Ukraine post-Maïdan. Un rouage qui va tenter de reprendre le Donbass par les dollars, pendant que l'armée continue à violer toutes les trêves. Le but premier de ce type d'action est avant tout de modifier la perception du monde dans la population locale à l'Est.
 
Bien plus que la reconstruction, qui elle serait nécessaire, mais a peu de sens tant que Kiev continue son agression militaire. 
 
D'une certaine manière, une guerre psychologique contre les populations de l'Est se met en place. 
 

Frappes en Syrie : les fanfaronnades de Macron démenties par Washington et la Turquie

Frappes en Syrie : les fanfaronnades de Macron démenties par Washington et la Turquie

 

18 Avril 2018

Le chef de guerre a des progrès à faire en diplomatie…

 
Le chef de guerre a des progrès à faire en diplomatie… – FRANCOIS GUILLOT / AFP / POOL
Diplomatie

Par Alexandra Saviana

Publié le 16/04/2018 à 19:10
Au cours de son interview dimanche soir, Emmanuel Macron s’est vanté d’avoir « convaincu » Donald Trump et « séparé » Russes et Turcs sur la question syrienne. Mais Ankara et Washington se sont empressé de contredire ces affirmations.
 

Emmanuel Macron en aurait-il trop fait ? Au début de son interview par Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel ce dimanche 15 avril, le président de la République a livré sa version des coulisses et des conséquences des frappes aériennes ayant ciblé le programme d’armement chimique de la Syrie, se targuant d’avoir « séparé » la Turquie et la Russie ainsi que d’avoir « convaincu » Donald Trump de maintenir ses troupes sur le terrain. Deux affirmations qui ont suscité pas moins de trois démentis en moins de 24 heures, venant à la fois de Washington et d’Ankara.

 

« Il y a dix jours, le président Trump disait : les Etats-Unis d’Amérique ont vocation à se désengager de la Syrie, nous l’avons convaincu qu’il était nécessaire d’y rester (…) je vous rassure, nous l’avons convaincu qu’il fallait rester dans la durée« , a d’abord plastronné Emmanuel Macron. Piquant manifestement au vif la susceptibilité de son homologue américain, qui a fait apporter quelques heures plus tard cette précision par la Maison Blanche : « La mission américaine n’a pas changé : le président a dit clairement qu’il veut que les forces américaines rentrent dès que possible ». Et de rappeler que la présence des quelques 2.000 soldats américains sur le sol syrien n’ont qu’un seul objectif : combattre l’Etat islamique.

 

Il ne s’y attendait pas….

 

Voir la vidéo« Partout où l’homme apporte son travail, il laisse aussi quelque chose de son cœur. » Henryk Sienkiewicz

 

Emmanuel Macron a réagi ce lundi à la rebuffade, assurant que les deux pays ont la « même position » sur la durée de leur engagement militaire dans la région, ainsi que sur son but : « Je n’ai pas dit que ni les Etats-Unis, ni la France allaient rester militairement engagés dans la durée en Syrie (…) La Maison Blanche a raison de rappeler que l’engagement militaire est contre Daech et s’arrêtera le jour où la guerre contre Daech sera parachevée », a-t-il rectifié en marge d’une conférence de presse aux côtés de la Première ministre de Nouvelle-Zélande à l’Elysée.

« Nous attendons des déclarations dignes d’un chef d’Etat »

 

Mais après Washington, c’est à Ankara qu’on s’est étranglé en entendant les déclarations d’Emmanuel Macron. Vantant une démonstration de force faite au régime de Damas ainsi qu’à son allié Vladimir Poutine, il a brandi un deuxième succès diplomatique : « Ensuite, par ces frappes et cette intervention, nous avons séparé sur ce sujet les Russes des Turcs (…). Les Turcs ont condamné les frappes chimiques et ont soutenu l’opération que nous avons conduite », quand la Russie s’est évidemment à l’opération, la dénonçant « avec la plus grande fermeté. « En effet, bien que Moscou et Ankara soient alliés sur le dossier syrien, Recep Tayyip Erdogan a bel et bien soutenu les frappes occidentales dans le pays, estimant qu’elles étaient une « réponse appropriée » aux « attaques inhumaines » de Damas. »

Sauf que l’annonce fanfaronne du président français n’a pas plu pour autant à la diplomatie turque. Laquelle a mis un point d’honneur ce lundi à la démentir à deux reprises. « La politique de la Turquie en Syrie n’est pas d’être avec ou contre qui que ce soit », a affirmé le porte-parole du gouvernement, Bekir Bozdag, avant d’expliquer que la Turquie s’opposait aussi bien « aux soutiens apportés au régime » qu’aux « soutiens apportés aux organisations terroristes ». La réaction de la tête de la diplomatie turque a ensuite été encore plus virulente : « Nous pourrons penser différemment mais nos relations ne sont pas faibles à tel point que le président français puisse les rompre », a cinglé le ministre des Affaires étrangères turc Mevlüt Cavusoglu. « Ceux qui défendent ce qui est juste peuvent avoir leurs divergences mais les principes de la Turquie sont clairs », a-t-il ajouté, reprochant vertement à Emmanuel Macron ses propos : « Nous attendons des déclarations dignes d’un chef d’Etat. Nos relations avec la Russie ne sont pas une alternative à nos relations avec l’Otan ou avec nos alliés ».

Sahara Occidental : Macron incite le Maroc à faire la guerre à l’Algérie

Sahara Occidental : Macron incite le Maroc à faire la guerre à l’Algérie

 

18 Avril 2018

 

Il était difficile d’éviter les images de la réception du dirigeant Saoudien à Paris juste avant les frappes, mais il ne s’agissait pas de la seule initiative diplomatique auprès des potentats arabes particulièrement réactionnaire et navigant de plus en plus en accord avec la monarchie saoudienne, à la fois contre l’Iran et contre les Etats qui prétendent résister aux injonction impérialistes macrono-trumpiennes. En effet si Trump est en train de peser sur l’Europe pour que celle-ci assume toujours plus l’OTAN et la présence américaine, en Afrique on assiste aux mêmes pressions pour entrer dans des expéditions. L’Algérie ayant résisté aux propositions d’expédition hors de son territoire, selon ce journal, l’entreprise de dépeçage interne et celle de l’hostilité de ses voisins aurait commencé.

 

(note de Danielle Bleitrach)


15 avril 201896396

http://algerietouteheure.com/sahara-occidental-macron-incite-le-maroc-a-faire-la-guerre-a-lalgerie/

 

Selon le journal Essabah, la France ne s’opposerait pas à une intervention militaire du Maroc, dans la zone tampon, au Sahara Occidental. Le chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel aurait été informé de cette éventualité, lors de sa rencontre à Paris avec son homologue français Jean-Yves Le Drian, une rencontre qualifiée de tendue, par certains observateurs.

 

La position constante exprimée par Messahel, connu pour sa maîtrise des dossiers de la région, serait même à l’origine de cette campagne médiatique calomnieuse menée par certains lobbys du Makhzen, à son encontre. Sur ce registre, il faut noter que le jeu malsain d’Emmanuel Macron, s’inscrit dans le registre du marchandage, visant à impliquer l’Algérie dans le bourbier sahélien.

 

La réponse sèche de Messahel, au sujet du refuge d’AG Aghali « Posez la question aux français et aux maliens » témoigne la maturité de la diplomatie algérienne, intéressée en premier lieu de la sécurité des frontières algériennes, que de s’impliquer dans des aventures servant les intérêts de la France et son hégémonie sur les richesses de ses anciennes colonies.

 

L’implication à outrance de la France de Macron dans l’agression contre la Syrie, est un signe avant-coureur de la stratégie de la girouette sioniste de l’Elysée, d’ouvrir une tension au Maghreb entre l’Algérie et le Maroc, incitant l’inexpérimenté monarque ouvrir un conflit armé avec son voisin de l’Est, pour détourner l’opinion publique marocaine sur la crise socioéconomique qui secoue son pays et qui menace son fragile trône.

 

La campagne haineuse menée par les réseaux sociaux à l’égard de l’ANP, suite au dernier crash de Boufarik, s’inscrit dans cette logique aventurière et suicidaire.

Robert Fisk : le chef de la clinique de Douma nie la réalité d’une attaque au gaz

Robert Fisk : le chef de la clinique de Douma nie la réalité d’une attaque au gaz

 

18 Avril 2018 
Robert Fisk : le chef de la clinique de Douma nie la réalité d’une attaque au gaz

Robert Fisk : le chef de la clinique de Douma nie la réalité d’une attaque au gaz

ATTENTION : article exclusif et indispensable. Robert Fisk (The Independent) a pu visiter l’hôpital de Douma, au centre d’une crise mondiale. Sa conclusion : personne n’a vu d’attaque au gaz chimique à Douma !


C’est l’histoire d’une ville appelée Douma, un lieu ravagé et puant d’immeubles détruits – et d’une clinique souterraine dont les images de souffrance ont permis à trois des nations les plus puissantes du monde occidental de bombarder la Syrie la semaine dernière. Il y a même un gentil docteur en blouse verte qui, quand je l’accoste dans la même clinique, me dit gaiement que la vidéo “gaz” qui a horrifié le monde – malgré tous les sceptiques – est parfaitement authentique.

 

Les histoires de guerre, cependant, ont l’habitude de devenir plus sombres. Le même médecin syrien âgé de 58 ans ajoute une chose profondément surprenante : les victimes, dit-il, n’ont pas été tués par le gaz, mais par un manque d’oxygène dans les tunnels et les sous-sols où ils étaient réfugiés, de gros bombardements ayant provoqué une tempête de poussière.

 

Puisque le Dr Assim Rahaibanim m’annonce cette conclusion extraordinaire, il vaut la peine de faire remarquer que de son propre aveu, il n’est pas un témoin oculaire lui-même de la scène et, comme il parle bien anglais, il qualifie deux fois de « terroristes » – le mot du régime pour ses ennemis, et terme utilisé par beaucoup de gens en Syrie – les combattants djihadistes de Jaish el-Islam [l’Armée de l’Islam] à Douma. Ai-je bien entendu ? Quelle version des événements devons-nous croire ?

Par malchance aussi, les médecins qui étaient de service ce soir-là, le 7 avril, étaient tous à Damas pour témoigner dans l’enquête sur les armes chimiques qui tentera de donner une réponse définitive à cette question dans les semaines à venir.

 

La France, quant à elle, a déclaré avoir des « preuves » d’utilisation d’armes chimiques, et les médias américains ont cité des sources affirmant que des analyses d’urine et de sang le démontraient également. L’OMS a déclaré que ses partenaires sur le terrain traitaient 500 patients « présentant des signes et des symptômes compatibles avec l’exposition à des produits chimiques toxiques ».

 

Des personnes mortes par hypoxie (perte d’oxygène) et non victimes de gaz chimique

 

En même temps, les inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) sont actuellement empêchés de venir eux-mêmes sur le site de la prétendue attaque gazière, ostensiblement parce qu’ils n’ont pas les bons permis de l’ONU.

 

Avant d’aller plus loin, les lecteurs doivent savoir que ce n’est pas la seule histoire qui court à Douma. Il y a beaucoup de gens à qui j’ai parlé au milieu des ruines de la ville qui ont dit qu’ils n’avaient « jamais cru » aux histoires sur le gaz – généralement racontées, selon eux, par les groupes islamistes armés. Ces djihadistes survécurent au déluge des bombardements en vivant dans les maisons des autres et dans de vastes et larges tunnels creusés à même la roche par des prisonniers avec des pioches à trois niveaux sous la ville. J’ai parcouru trois d’entre eux hier, de vastes couloirs de roche qui contenaient encore des rockets russes – oui, russes – et des voitures incendiées.

 

Donc, l’histoire de Douma n’est pas seulement une histoire de gaz – ou d’absence de gaz, selon le cas. Il s’agit de milliers de personnes qui n’ont pas opté pour l’évacuation de Douma dans des bus emmenant la semaine dernière, les hommes armés avec lesquels ils ont dû vivre comme des troglodytes pendant des mois pour survivre. J’ai traversé cette ville assez librement hier sans soldat, policier ou gardien collés à mes pas, juste deux amis syriens, une caméra et un carnet de notes. Il m’arrivait parfois de grimper sur des remparts de 6 mètres de haut, montant ou descendant, sur des parois presque à pic. Heureux de voir des étrangers parmi eux, plus heureux encore que le siège soit enfin terminé, ils sourient, du moins ceux dont on peut voir les visages, bien sûr, parce qu’un nombre surprenant de femmes de Douma portent un hijab noir intégral.

 

J’ai d’abord été conduit à Douma dans le cadre d’un convoi de journalistes sous escorte. Mais lorsqu’un général ennuyeux annonça devant un HLM détruit qu’il n’avait « aucune information » – l’excuse favorite de la bureaucratie arabe – je me suis simplement éloigné. Plusieurs autres journalistes, principalement syriens, ont fait pareil. De même qu’un groupe de journalistes russes – tous en tenue militaire.

 

Le Dr Rahaibani se trouvait à quelques pas d’ici. Passé la porte de sa clinique souterraine – “Point 200”, comme on l’appelle, dans la géologie bizarre de cette ville en partie souterraine – je descendis par un couloir là où il me montra son humble hôpital et les quelques lits où une petite fille pleurait tandis que les infirmières soignaient une coupure au-dessus de son œil.

 

« J’étais avec ma famille dans le sous-sol de ma maison à trois cents mètres d’ici cette nuit-là, mais tous les médecins savent ce qui s’est passé. Il y avait beaucoup de bombardements nocturnes [par les forces gouvernementales] et les avions passaient toujours au-dessus de Douma la nuit durant – mais cette nuit-là, il y avait du vent et d’énormes nuages ​​de poussière ont commencé à entrer dans les sous-sols et les caves. Les gens ont commencé à arriver ici souffrant d’hypoxie, de manque d’oxygène. Puis quelqu’un à la porte, un “Casque blanc”, a crié : « Gaz ! » La panique a commencé. Les gens ont commencé à s’asperger d’eau. Oui, la vidéo a été filmée ici, c’est vrai, mais ce que vous voyez, ce sont des gens souffrant d’hypoxie – pas d’intoxication au gaz. »

 

Bizarrement, après avoir bavardé avec plus de vingt personnes, je n’ai pas pu en trouver une qui citait Douma comme cause des attaques aériennes occidentales. Deux m’ont dit qu’ils ne voyaient pas le rapport.

 

Mais c’était un monde étrange dans lequel je suis entré. Deux hommes, Hussam et Nazir Abu Aishe, ont dit qu’ils ignoraient combien de personnes avaient été tuées à Douma, bien que le dernier ait admis avoir un cousin « exécuté par Jaish el-Islam  » pour avoir été « un proche du régime ». Ils ont haussé les épaules quand je les ai interrogé sur les 43 personnes qui seraient mortes lors l’infâme attaque de Douma.

 

Les Casques blancs partis avec les combattants de Jaish el-Islam

 

Les Casques blancs – les premiers intervenants médicaux déjà légendaires en Occident, mais avec quelques zones d’ombre dans leur histoire – ont joué un rôle bien connu pendant les batailles. Ils sont en partie financés par le Foreign Office et la plupart de leurs bureaux locaux sont occupés par des hommes de Douma. J’ai trouvé leurs bureaux détruits non loin de la clinique du Dr Rahaibani. Un masque à gaz avec un verre de vision brisé avait été laissé à l’extérieur d’un conteneur de nourriture  et une pile d’uniformes de camouflage militaire sales se trouvait à l’intérieur d’une pièce. Dissimulé, me suis-je demandé ? J’en doute. L’endroit était rempli de capsules, de matériel médical cassé et de dossiers, de literie et de matelas.

 

Bien sûr, nous devrions écouter leur version de l’histoire, mais cela n’arrivera pas ici : une femme nous a dit que tous les membres des Casques blancs de Douma avaient abandonné leur quartier général principal une fois le cessez-le-feu final conclu et choisi de prendre les bus affrétés par le gouvernement et protégés par la Russie jusqu’à province rebelle d’Idlib avec les groupes armés.

 

Il y avait des boutiques de nourriture ouvertes, une patrouille de policiers militaires russes – une option supplémentaire pour chaque cessez-le-feu syrien – et personne qui n’ait pris d’assaut la prison islamiste interdite près de la place des Martyrs où des victimes étaient censées avoir été décapitées dans les sous-sols. L’effectif de la police civile syrienne du ministère de l’Intérieur – qui porte étrangement des vêtements militaires – est surveillé par les Russes qui peuvent eux-mêmes être surveillés ou non par les civils. Là encore, mes questions très sérieuses sur l’attaque au gaz ont été reçues avec une perplexité qui semblait non feinte.

 

La vérité des habitants de Douma

 

Comment des réfugiés de Douma arrivés dans des camps en Turquie pouvaient-ils décrire une attaque au gaz que personne aujourd’hui à Douma ne semblait se rappeler ? Il m’est apparu, après avoir marché pendant plus d’un kilomètre et demi dans ces tunnels pour misérables prisonniers, que les citoyens de Douma avaient vécu si isolés les uns des autres pendant si longtemps que les « informations » telles que nous les envisageons ne signifiaient rien pour eux. La Syrie n’a rien d’une démocratie jeffersonienne – comme je le dis cyniquement à mes collègues arabes. C’est effectivement une dictature impitoyable. Mais elle ne peut pas empêcher ces gens, heureux de voir des étrangers parmi eux, de réagir en livrant leur vérité. Or qu’est-ce qu’ils me disaient ?

 

Ils ont parlé des islamistes sous le joug desquels ils avaient vécu. Ils ont parlé de la façon dont les groupes armés avaient volé des maisons civiles pour échapper au gouvernement syrien et aux bombardements russes. Ceux de Jaish el-Islam avaient brûlé leurs bureaux avant leur départ, mais les bâtiments massifs à l’intérieur des zones de sécurité qu’ils avaient créées avaient presque tous été détruits par des frappes aériennes. Un colonel syrien que j’ai rencontré derrière l’un de ces bâtiments m’a demandé si je voulais voir à quel point les tunnels étaient profonds. Je me suis arrêté au bout d’un kilomètre de marche quand il m’a fait remarquer de façon énigmatique que « ce tunnel pourrait bien mener jusqu’en Grande-Bretagne ». Ah oui, je me souvenais de Mme May, dont les frappes aériennes avaient été si intimement liées à ce lieu de tunnels et de poussière. Et de gaz ?

 

=> Source : Robert Fisk, The Independent (traduction, titre et intertitre : Pierrick Tillet) – Photo : Robert Fisk, correspondant de The Independent, dans l’un de tunnels creusés sous Douma par les prisonniers des rebelles syriens (photo : Yara Ismail)

Ce que les États-Unis veulent vraiment de la Russie

Ce que les États-Unis veulent vraiment de la Russie

 


Par Andrew Korybko – Le 3 avril 2018 – Source Oriental Review

 

Trump Putin New Detente

 

La récente offensive asymétrique multidimensionnelle des États-Unis contre tous les intérêts russes n’est pas le symptôme aléatoire d’une russophobie psychotique mais fait partie d’une stratégie globale visant à faire pression sur Moscou pour que la Russie abandonne sa coopération étroite avec la Chine et l’Iran en échange d’une « nouvelle détente ». Un scénario qui ne devrait pas être exclu si Trump reste cohérent lors de la prochaine rencontre avec le président Poutine.


Beaucoup de gens luttent pour trouver une quelconque cohérence ou raison derrière les mouvements anti-russes des USA au cours des deux dernières années, en particulier ceux pour qui Trump est supposé être contraint par « l’État profond » avec la croyance erronée que cela soulagerait son administration de la pression des fake news dans le cadre du RussiaGate, mais la réponse à tout cela est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît. Le fait est que tout ce qui se passe est intentionnel et fait partie d’une stratégie globale pour amener la Russie à abandonner sa coopération étroite avec la Chine et l’Iran en réponse à l’offensive asymétrique multidimensionnelle des États-Unis contre ses intérêts, bien qu’il soit maintenant acquis que ce plan a échoué et nécessite une réforme urgente. Qu’il s’agisse de la chasse aux sorcières de la « propagande anti-russe » de l’Occident ou du scandale de l’attaque sous « faux drapeau » des armes chimiques de l’affaire Skripal, chaque geste anti-russe entrepris ces dernières années vise à faire avancer cet objectif.

 

Démonter le triangle multipolaire

Iran

 

Il y a eu des spéculations crédibles juste après la victoire de Trump en 2016 que son gouvernement allait tenter de diviser le triangle multipolaire russo-sino-iranien en Eurasie. C’est exactement ce que le président et son équipe tentent de faire mais d’une manière différente de ce à quoi beaucoup s’attendaient. Trump a calculé à juste titre que l’avancée sans précédent d’Obama vers l’Iran grâce à l’accord nucléaire de 2015 était mise à profit par Téhéran et que la République islamique n’avait jamais eu l’intention d’accepter le quiproquo tacite offert à l’époque pour remplacer l’Arabie saoudite en tant que partenaire régional préféré de l’Amérique. En conséquence, il a décidé de s’éloigner de la politique de son prédécesseur et de n’utiliser que des « moyens musclés » pour forcer l’Iran à se soumettre à la puissance militaire américaine. Le travail est en cours et sera certainement rendu difficile par Téhéran, passé maître dans les réponses asymétriques.

 

Chine

 

Quant à la Chine, Trump a également appris de l’erreur de son prédécesseur, qui a offert à la République populaire un partenariat mondial à travers le concept « G-2 » ou « Chimerica ». Celui-ci a été repoussé par Pékin, à la fois trop fière de partager le leadership mondial avec l’Amérique et réticente à accepter d’être trompée pour assumer des responsabilités qu’elle n’a pas acceptées ou anticipées à l’époque. Ce n’est pas une coïncidence si l’échec du G-2 a été suivi par l’annonce par la Chine de sa conception globale de la nouvelle Route de la Soie (OBOR) afin de réformer économiquement la base structurelle du « Consensus de Washington » et, par conséquent, de faciliter l’émergence de l’ordre mondial multipolaire. La réponse de Trump, le Kraken, a été de poursuivre la politique de guerre hybride d’Obama en ciblant les États de transit les plus vulnérables de l’hémisphère sud nécessaires aux méga-projets d’infrastructures transnationales chinoises, en même temps qu’il entamait une guerre commerciale contre la République populaire.

 

Russie

 

La résistance idéologique totale de l’Iran à conclure un « accord avec le diable » et l’engagement indéfectible de la Chine à défier la domination unipolaire des États-Unis signifient qu’il n’y a aucune chance réaliste que l’un d’eux revienne sur son précédent refus d’abandonner l’autre en échange d’un allègement de la pression américaine sur leur pays. Cela indique ainsi à Trump la direction de la Russie parce qu’il considère que c’est le « maillon faible » dans cet arrangement multipolaire. Après tout, la Russie a toujours affirmé avec une totale sincérité qu’elle ne veut rien de plus qu’une relation égale avec ce qu’elle continue à appeler ses « partenaires occidentaux », ce qui devrait les amener logiquement à respecter la soi-disant « sphère d’influence » du pays à l’ère soviétique. Les administrations américaines précédentes ont rejeté le rameau d’olivier tendu par la Russie chaque fois qu’il était offert, mais Trump semble être réellement intéressé à conclure un accord avec Moscou avant que « l’État profond » n’intervienne pour l’arrêter.

 

La folie de l’« État profond »

 

Ironiquement, cette décision pourrait entrer dans l’histoire comme la dernière chance possible pour que les États-Unis ramènent la Russie dans le « consensus de Washington »par des moyens pacifiques. En effet, Moscou a indiqué qu’elle était prête à entrer dans une « nouvelle détente » avec Washington, ce qui aurait évidemment impliqué des « concessions mutuelles et des compromis ». Cette « occasion perdue » pourrait ne jamais être retrouvée, la résolution de la Russie s’étant durcie après sa trahison par Trump et son assujettissement aux châtiments humiliants de son administration pour ne pas s’être soumise à l’Amérique sans conditions préalables. C’était la volonté de l’« État profond »,qui a fait une énorme erreur de jugement, convaincu par la « pensée de groupe » que le président Poutine suivrait les traces d’Eltsine et se rendrait si la puissante classe « oligarchique » le pressait de le faire en échange de la levée des sanctions. Ce navire a chaviré et ce qui se passe maintenant est une combinaison de mépris et de stratégie.

 

Les États-Unis ne pardonneront jamais au président Poutine d’avoir refusé de se plier à l’« État profond » libéral-mondialiste de la période Obama, le même qui a saboté le plan marketing de Trump, ce qui explique pourquoi il se livre à cette chasse aux sorcières contre les médias russes sous des prétextes fallacieux. Pour l’« État profond » c’est devenu une affaire « personnelle », et même si Trump semble comprendre « l’efficacité des coups tordus » comme une forme de guerre psychologique contre les dirigeants russes, il ne s’est jamais publiquement écarté de sa promesse de campagne de s’entendre avec la Russie si c’était possible (c’est-à-dire si l’« État profond » ne lui savonne pas la planche). C’est dans ce contexte que Trump a invité le président Poutine à la Maison Blanche pour une prochaine réunion qui visera probablement à « aplanir leurs divergences » et à avancer un objectif vraisemblablement mutuel d’une soi-disant « nouvelle détente » – mais pas sur les termes inconditionnels et unilatéraux qui obsèdent l’« État profond ».

 

Décrire la « nouvelle détente »

 

Trump s’est rendu compte que la Russie approfondissait ses partenariats avec la Chine et l’Iran en réponse à l’agression asymétrique multidimensionnelle de l’« État profond » et que cette politique était contre-productive devant l’intérêt prédominant de la Nouvelle Guerre froide américaine à « contenir » la Chine. De plus, le président semble avoir convaincu les éléments « patriotiques et pragmatiques de l’État profond » que c’est le cas et qu’il est impossible pour l’Amérique de faire des progrès tangibles pour bloquer la Route de la Soie si elle doit « contenir » la Chine, l’Iran et la Russie sur des théâtres très divers et avec des méthodes complètement différentes. Il vaut mieux, a estimé l’homme d’affaires milliardaire, revenir en arrière sur certaines des actions inutilement agressives de son administration en Europe et peut-être ailleurs, comme des « concessions/compromis mutuels » de son pays avec la Russie pour une « nouvelle détente » au lieu de continuer cette politique de pression qui a échoué.

 

Ce que les États-Unis veulent de la Russie en échange est simple. Ils attendent de Moscou que la Russie réduise ses partenariats stratégiques avec Téhéran et Pékin et qu’elle n’interfère pas avec les campagnes de « confinement » de Washington contre les deux. La Russie autorise déjà passivement les États-Unis et leurs alliés à « contenir » l’Iran en Syrie par une prudence intéressée en empêchant la Troisième Guerre mondiale, mais elle doit encore revenir sur sa relation avec la Chine. On ne sait pas exactement comment les États-Unis envisagent que la Russie pourrait le faire d’une manière « plausible » qui reflète l’approche iranienne et évite de provoquer une réaction hostile de la part de la Chine. Mais l’administration Trump espère que Moscou l’acceptera pour que le président Poutine puisse oublier les drames internationaux et se concentrer entièrement sur l’accomplissement du programme de réforme interne globale qu’il prévoit de menerpendant son quatrième et dernier mandat.

 

Il est impossible de spéculer sur la question de savoir si la Russie est déjà intéressée par un tel scénario pour l’instant, compte tenu de tout ce qui s’est passé entre elle et l’Occident l’année dernière, mais en jouant un moment le rôle d’« avocat du diable », il y a un autre attrait en plus des aspects intérieurs qui pourrait décider Moscou à « jouer ce jeu ». La polarisation croissante du système économique mondial vers une mondialisation chinoise et une Amérique protectionniste ramène les relations internationales à la bipolarité de l’ère de la guerre froide avant sa transition vers la multipolarité. La Russie pourrait jouer un rôle central en dirigeant un nouveau Mouvement des non-alignés (néo-MNA) pour aider les autres pays à « équilibrer » leurs relations avec les deux superpuissances. Les États-Unis pourraient être contraints, à contrecœur, dans les circonstances actuelles et les limites objectives de leur pouvoir, d’accepter la réduction relative de leur influence sur certains pays par la Russie, tant que Moscou joue un rôle similaire vis-à-vis de la Chine.

 

La grande inconnue

 

C’est un pari risqué car un néo-MNA dirigé par la Russie pourrait tout aussi bien faire pencher la balance stratégique de l’influence mondiale vers la Chine plutôt que vers l’Amérique. Mais Washington parie que Moscou pourrait conclure que son intérêt personnel serait servi au mieux en maintenant l’« harmonie » entre les deux superpuissances en Eurasie, permettant ainsi aux États-Unis de se concentrer davantage sur la déstabilisation de la Route de la Soie par des guerres hybrides en Afrique et dans les parties du supercontinent non couvertes par ce « bloc d’équilibre ». Les investissements « équilibrants » à faible coût mais à fort impact de la Russie pourraient générer d’énormes dividendes pour son influence, tandis que toute désescalade potentielle en Europe due à la « nouvelle détente » libérerait les ressources du pays pour se concentrer davantage sur l’ambitieux projet du président Poutine. Il s’agit du programme de réforme interne et la réalisation de ses promesses campagne qu’il a faites à ses compatriotes afin de garantir durablement son héritage.

 

Réflexions finales

 

Pour insister sur ce qui vient d’être écrit, il n’y a aucun moyen de savoir avec certitude si ce dernier pari américain, essayant de promouvoir une « nouvelle détente » avec la Russie, réussira ou non. Il faut cependant reconnaître que les agressions asymétriques multidimensionnelles menées contre les intérêts russes finiront par provoquer des ravages financiers et le président Poutine pourrait avoir de plus en plus de mal à exécuter son vaste programme de réformes sur le front intérieur, à moins qu’il ne conclue une sorte d’accord. Cela n’implique pas que la Russie coure le risque de se « vendre » aux États-Unis mais simplement que le président Poutine doit d’abord rendre des comptes à son peuple et ensuite uniquement aux partenaires internationaux de son pays.

 

Si le Kremlin conclut que les intérêts de la Russie seraient mieux garantis en s’engageant dans une série de « concessions/compromis mutuels » avec les États-Unis dans le cadre d’une « nouvelle détente » il n’hésitera pas à le faire. De même, si le dirigeant russe avisé reconnaît qu’il est « baladé » par Trump et que son « homologue » lui offre un accord déséquilibré qui le condamne à faire de son pays un « partenaire junior » en Eurasie, il ne s’y prendra pas à deux fois avant de partir sans « accord ». En fin de compte, tout dépend de ce que Trump met sur la table et s’il peut convaincre le président Poutine que sa nouvelle trêve avec les néoconservateurs se traduit par l’assurance que l’« État profond » se conformera aux termes d’un accord éventuel.

 

Si la Russie est influencée par la combinaison de l’engagement sincère de l’administration Trump à une « nouvelle détente » en échange d’un allégement des pressions multiples et parfois humiliantes contre elle, les implications géopolitiques seraient profondes puisque Moscou serait dans une position idéale pour « équilibrer » les affaires eurasiennes. Il faudrait non seulement l’appui tacite de la Chine à cette initiative, mais aussi celui de l’Amérique, car chaque superpuissance apprécierait que Moscou devienne une force d’« équilibre » vis-à-vis de l’autre et les libère pour leur permettre de se concentrer sur leur rivale sur d’autres théâtres, surtout en Afrique. En tant que telle, la Russie pourrait espérer être courtisée par les deux et finalement atteindre son grand objectif stratégique, être le facteur d’« équilibre » en Eurasie, à condition toutefois que cet accord putatif soit d’abord respecté par les États-Unis.

 

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographieGuerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

 

L’ère Poutine-Xi va-t-elle supplanter le désordre libéral occidental ?

L’ère Poutine-Xi va-t-elle supplanter le désordre libéral occidental ?

 


Une approche confucéenne serait peut-être la marche à suivre vers une intégration eurasiatique


Par Pepe Escobar – le 25 mars 2018 – Source Asia Times

 

 

Le récent amendement de la Constitution chinoise qui permet à Xi Jinping de prolonger sa présidence de plusieurs mandats et de se maintenir au pouvoir suffisamment longtemps pour mettre en place un processus de « rajeunissement national » associé aux élections en Russie qui maintiennent Vladimir Poutine dans ses fonctions, garantissent une stabilité et une continuité du partenariat stratégique sino-russe pour la prochaine décennie.

 

Ce partenariat facilite les interactions entre d’une part l’initiative Une ceinture, Une route(OBOR) et l’Union économique eurasienne ; d’autre part entre la coordination des politiques au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai, les BRICS et le G20 et enfin entre tous les acteurs du processus en cours d’intégration eurasiatique.

 

Le renforcement de ce qui doit être compris comme étant « une ère Poutine-Xi »  ne peut que rendre les libéraux et néolibéraux occidentaux absolument livides.


Les acteurs du capitalisme ont toujours cru à leur propre récit de propagande, qui lie étroitement l’expansion du capitalisme à l’inexorable avancée de la démocratie.

 

Appliquer à cette fable un raisonnement critique permet enfin de la dénoncer pour ce qu’elle est, une grande illusion.

 

Ce qui s’est réellement passé depuis le début des années 1980 est que le capitalisme survitaminé à l’occidentale doit son succès à une variante d’un esclavagisme nouveau qui s’est développé dans les Zones économiques spéciales de Chine. À cela il faut ajouter la sempiternelle arrogance des élites occidentales qui ont parié sur le fait que la Chine, considérée dans le meilleur des cas comme un réservoir de travailleurs à bas coût, et une Russie affaiblie dans les années 1990 n’apprendraient jamais assez vite pour un jour venir concurrencer l’Occident, aussi bien économiquement que politiquement.

 

Mais le verdict historique est sans appel et montre qu’il n’existe aucune corrélation entre le marché « libre » (en général plus libre pour ceux qui ont plus de poids économique) et la libéralisation politique. La monarchie prussienne a abaissé les barrières commerciales et cela a abouti à la création en 1834 de l’Union douanière allemande. À l’opposé, le Troisième Reich s’est développé entre 1933 et 1938 sur un système alliant un capitalisme outrancier à un régime totalitaire.

 

Le système chinois, au sein duquel un parti marxiste contrôle l’État pour garantir l’intégrité nationale, n’entre pas dans la catégorie des démocraties libérales. Le penseur iconoclaste Minxin Pei, auteur de China’s Trapped Transition, expliquait déjà il y a 12 ans que le Parti communiste chinois n’opèrerait jamais sa transition vers le modèle de la démocratie libérale à l’occidentale (montrant ainsi qu’il avait parfaitement compris, à la lettre, les enseignements du Petit timonier, Deng Xiaoping).

 

Il avait raison de dire que la Chine « n’a aucun intérêt à devenir un membre du club occidental. La Chine veut tirer profit de l’ordre libéral occidental mais en rejette les valeurs politiques et craint ses alliances militaires. Aujourd’hui, la Chine est en position de force pour créer son propre club ».

 

Là où Pei avait tort, c’est quand il disait que le PCC ralentirait la croissance économique chinoise (« La perspective d’une stagnation à la japonaise est avérée »). Xi Jinping et sa nouvelle fine équipe gouvernante ont besoin de temps pour réussir à transformer le modèle économique chinois.

 

Si l’on ignore la diabolisation puérile dont fait continuellement objet la Russie, le fait est que ce pays est une démocratie, aussi imparfaite soit-elle. Il est important d’analyser la façon dont une jeune démocratie peut faire l’objet de manipulations. Le troisième chapitre du nouvel ouvrage de F. William Engdahl, Destinée manifeste : la démocratie comme dissonance cognitive, détaille la mise à sac de la Russie ; comment les « réformes de marché » de Boris Eltsine, facilitées par les « Harvard boys », ont permis à une clique d’oligarques milliardaires (dont Mikhail Khodorkovsky, Boris Berezovsky et Roman Abramovitch) de s’approprier des pans entiers d’une économie qui était en train de subir une thérapie de choc.

 

Entre 1991 et 1997, le PNB de la Russie s’est effondré de 83%, tandis que les investissements dans l’économie plongeaient de 92%.

 

Le cas de Khodorkovsky fait figure de symbole. Par le biais de la société Youkos, il détenait les champs pétrolifères de Sibérie et s’apprêtait à tous les vendre à des sociétés occidentales en 2003,  moment où Poutine décida de s’attaquer à lui. Il ne fait aucun doute que cet épisode de la libéralisation russe a été étudié dans les moindres détails par l’équipe au pouvoir à Beijing. Le contrôle des ressources stratégiques nationales est la dernière ligne rouge à ne pas franchir.

 

Pour Poutine comme pour Xi, l’arbitre ultime est l’État et pas une clique d’oligarques comme c’est devenu la norme dans tout l’Occident libéral ou néo-libéral. Au niveau des BRICS, on voit un parallèle avec l’usurpateur actuellement installé dans le fauteuil présidentiel brésilien, qui ne ménage pas ses efforts pour faire passer la plupart des réserves pétrolières du Brésil, ainsi que le fleuron de l’aéronautique nationale Embraer dans des mains étrangères.

 

Dans le doute, demandez à Confucius

 

Les défenseurs de l’establishment occidental ont pris pour habitude de pleurnicher sur la « disparition de l’ordre libéral mondial ». Certaines personnes reconnaissent qu’il n’est « ni libéral, ni mondial, ni ordonné ».

 

D’autres défenseurs moins importants sont plus réalistes et remarquent que les politiciens occidentaux ont complètement ignoré le mécontentement populaire sur de nombreuses questions, tout en continuant de croire qu’il leur est possible de « restaurer les fondations morales de la démocratie ».

 

Ce n’est pas possible, en tout cas pas sous le crédo néolibéral à la mode qui consiste à dire qu’il n’existe aucune alternative au « progrès » néolibéral. Les défenseurs du néolibéralisme, de droite comme de gauche, ne parviennent pas à comprendre l’ascension du populisme, parce que les citoyens sous l’influence de ce populisme perçoivent clairement la décrépitude avancée des mythes que sont « l’État de droit et la souveraineté nationale ». Les défenseurs du néo-libéralisme, dans le meilleur des cas, déplorent de façon nostalgique « la perte d’influence des élites ».

 

La Chine, la Russie, l’Iran et la Turquie, tous acteurs de l’intégration eurasiatique, sont peut-être tous des systèmes autoritaires à des degrés différents. Et on peut arguer qu’à part la Chine, ils sont tous en sous-performance économique par rapport à leur vrai potentiel.

 

Cependant, ils placent au-dessus de tout la souveraineté nationale dans un contexte multipolaire. C’est leur réponse conceptuelle au (dés)ordre mondial (il)libéral. Leur réponse au dogme « Il n’y pas d’alternative au néo-libéralisme ».

 

Quant à la « perte d’influence des élites » ce n’est une formule pour décrire la clique auto-proclamée des riches et puissants, adoptant constamment des postures vertueuses et la peur profonde qu’ils ont de voir le momentum unipolaire occidental se dissoudre sous leurs yeux plus tôt qu’ils ne l’avaient envisagé.

 

Toutes ces contradictions sont exacerbées dans le cas de l’Union européenne. L’UE, depuis le Traité de Maastricht, a été façonnée en ce qu’Angela Merkel appelle la Bundesrepublik Europa, la République fédérale d’Europe. Quiconque est familier avec le fonctionnement de Bruxelles sait que ces cohortes d’eurocrates exempts de taxes tirent le maximum d’un système kafkaïen hyper-centralisé et bureaucratique de règles, les tenant ainsi à l’écart de la réalité de tout citoyen européen.

 

 

La notion même de promouvoir « l’intégration économique » et les mesures d’austérité qui l’accompagnent sont on ne peut plus anti-démocratiques.

 

À cela s’ajoutent les scandales aux échelons les plus élevés des États, qui ne font qu’éroder un peu plus la confiance dans la primauté du modèle démocratique libéral à l’occidentale. Cela inclut notamment la possibilité réelle que le Colonel Kadhafi ait financé la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007 en France ; une affaire des plus vaseuses avec son comptant de politique énergétique, de politique de gestion de l’eau et les habituelles ventes d’armes au cours desquelles les démocraties libérales occidentales font passer par la fenêtre toute supériorité morale supposée.

 

Quel contraste avec Xi Jinping, appelé communément « dirigeant fondamental »  (hexin lingdao), une sorte de primus inter pares dans une version sinisée de la République de Platon. Les Lumières de l’héritage helléno-romain n’ont plus le monopole des cœurs. Et malgré cela, ne nous attendons pas à ce que l’Occident arrogant se mette à écouter les conseils de Confucius.

 

Pepe Escobar

L’importance d’avoir l’air dangereux

L’importance d’avoir l’air dangereux


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 10 avril 2018 – Source Club Orlov

 

C’est un travail difficile d’être un hégémon mondial et la seule superpuissance du monde. Vous devez garder la planète entière bien alignée. Chaque pays a besoin d’être renseigné sur sa place et gardé là, par la force si besoin est. De temps en temps un pays ou deux doit être conquis ou détruit, juste pour donner une leçon aux autres. De plus, vous devez vous mêler sans relâche de la politique des autres pays, truquer les élections afin que seuls les candidats favorables aux États-Unis puissent gagner, mener des opérations de changement de régime et organiser des révolutions colorées. Si vous cessez de le faire, certains pays vont commencer à vous ignorer. Et le reste réalisera rapidement que vous perdez le contrôle et ils commenceront à s’émanciper.


Les États-Unis sont-ils toujours la plus grande puissance du monde, contrôlant toute la planète, ou ce moment de l’histoire est-il déjà en train de passer ? Nous entendons constamment parler de la situation géopolitique : les relations entre les États-Unis et les pays de l’OTAN d’un côté et la Russie de l’autre vont de mal en pis ; il y a une guerre commerciale en cours avec la Chine ; La Corée du Nord reste un problème insoluble et un embarras. Beaucoup de gens soutiennent que nous sommes très proches d’une guerre mondiale. Mais « très proche » signifie-t-il réellement quelque chose ? Il est tout à fait possible de rester des heures avec ses orteils suspendus au bord d’une falaise et de ne jamais sauter. Le suicide est une grande décision : même pour une personne et encore plus pour un grand pays.

 

Le 1er mars 2018, le président Poutine a dévoilé les nouveaux systèmes d’armement de la Russie contre lesquels les États-Unis sont sans défense et le resteront dans un avenir prévisible. Auparavant, le plan était de cerner la Russie par des bases militaires et des batteries de missiles, puis de lancer une première frappe préventive, détruisant sa capacité à riposter et l’obligeant à capituler. Ce plan a maintenant échoué de manière évidente et une attaque des États-Unis et de l’OTAN contre la Russie est de nouveau une garantie de suicide. Pire encore, même des affrontements militaires limités sont maintenant impensables car la Russie peut désormais infliger des dommages inacceptables aux forces américaines et de l’OTAN, à distance et sans mettre en danger ses propres biens. Si la Russie n’attaque pas et si les États-Unis et l’OTAN ne peuvent pas attaquer, quelle est la probabilité d’une guerre ?

 

Les nouveaux systèmes d’armes ont permis à la Russie de commencer à ignorer les États-Unis. Il est toujours important de maintenir une posture militaire crédible, mais politiquement, les États-Unis ne contrôlent déjà plus le monde, pas plus que les institutions mondiales sur lesquelles ils se sont appuyés. Au lieu de cela, ce que nous voyons est la réapparition des États-nations et même des empires. L’avenir politique de la Syrie est décidé par la Russie, la Turquie et l’Iran, sans aucune contribution utile des États-Unis. De manière significative, alors que la Russie et l’Iran sont déjà indépendants des États-Unis, la Turquie a été un de leurs alliés et elle est la deuxième force armée de l’OTAN. Le fait que la Turquie ne soit plus désireuse de plaire aux Américains est assez révélateur.

 

Sauf pendant l’étrange et tumultueux XXe siècle au cours duquel les États-Unis ont brièvement dominé la scène mondiale, ces trois pays ont suivi différents chemins, dont au moins une des dénomination contenait le mot « empire » : l’Empire russe, l’Empire ottoman et l’Empire perse. Des trois, les empires russe et ottoman furent les héritiers du Saint Empire romain germanique, dont la moitié orientale − avec Constantinople, sa capitale − continua à exister pendant des siècles après que Rome fut devenue une ruine dépeuplée et qu’un âge sombre tombait sur l’Europe. Après, Constantinople est tombée aux mains des Turcs et l’islam a pris le contrôle de la région, le centre du christianisme orthodoxe a, lui, migré vers le nord à Moscou. Maintenant, ajoutez la Chine ou l’Empire chinois si vous voulez, qui est maintenant aligné avec la Russie et complétez le tableau : tous les plus grands et les plus anciens empires eurasiens sont revenus sur le devant de la scène, se parlent et coopèrent, tandis que le parvenu de l’autre côté de la planète n’est même plus invité.

 

Compte tenu de cette situation, que doivent faire les États-Unis ? Ils ont trois choix. Le premier est de déclencher une guerre majeure, commettant ainsi un suicide national (tout en emportant d’autres pays avec eux). Ils n’ont pas la volonté politique de prendre cette décision, bien qu’ils puissent lancer une guerre majeure par accident. Le deuxième choix consiste simplement à se coucher : renoncer à essayer de projeter leur pouvoir autour du monde, se retirer dans leurs propres frontières et lécher leurs blessures. Ils n’ont pas la volonté politique de le faire également ; tout ce qui reste comme possibilité est de prétendre que tout va toujours bien aussi longtemps que possible.

 

Mais comment est-il possible de prétendre que tout va toujours bien alors que tout s’effondre ? La réponse est de commencer à faire semblant. Si les États-Unis réussissent à convaincre suffisamment de gens, ici et ailleurs dans le monde, qu’ils sont encore dangereux, ils pourront cacher leur affaiblissement croissant pendant un certain temps. Ils ne sont peut-être plus capables de réaliser aucun de leurs objectifs, mais encore très capables de meurtres de masse, comme l’ont récemment démontré les bombardements « de la coalition » américaine à Mossoul et à Raqqa, qui sont maintenant en ruines. Des actes similaires de meurtres de masse ont été commis au Yémen par le proxy arabo-saoudien de l’Amérique, ainsi que par leur proxy ukrainien dans le Donbass.

 

Mais même les occasions de commettre impunément des meurtres de masse aveugles sont de moins en moins nombreuses, forçant les États-Unis à recourir à plus d’actes de violence de seconde zone. Pour justifier ces actes, les États-Unis (et une grande partie de l’Europe) se ridiculisent aux yeux du reste du monde en utilisant un mur élaboré de non-sens complet. Une des histoires préférées a à voir avec les armes chimiques rêvées comme source d’un effroi primordial. Jetez un coup d’œil à la récente attaque à la roquette des israéliens contre la Syrie. Elle était justifiée par l’utilisation, de toute évidence, de fausses séquences vidéo produites par les Casques blancs, un groupe connu pour avoir organisé de faux événements terroristes. À ce stade, ils ne se soucient même plus de l’apparence de leur produit : cette fois-ci, ils n’ont pas pris la peine d’expurger le clap initial (utilisé pour synchroniser la vidéo avec le son). Le décor était évidemment celui d’un décor de cinéma mais la qualité de la production manquait vraiment à l’appel. Au lieu de cela, nous avions des acteurs, certains portant des casques blancs, mais aucun équipement de protection, déversant des seaux d’eau sur des enfants frissonnants. Comment cela est-il censé avoir un sens ?

 

Et puis notez que les missiles (cinq ont été abattues par les Syriens, seulement trois sont passées) sont venues d’Israël. Pourquoi Israël ? Parce que les Russes avaient averti les États-Unis qu’ils savaient que la provocation par de fausses armes chimiques était organisée comme prétexte pour lancer une attaque à la roquette et qu’ils allaient tirer non seulement sur les missiles mais aussi sur ceux qui les lancent. Par conséquent, les Américains ont décidé qu’il serait trop risqué de lancer l’attaque depuis des navires de la marine et ont demandé aux Israéliens de lancer eux-mêmes quelques missiles sur une base aérienne éloignée en Syrie, pensant à juste titre que les Russes ne riposteraient pas immédiatement contre Israël si aucun Russe n’était touché, sachant qu’il n’y aurait pas de Russes sur cette base aérienne pendant leur attaque. Ceci est, d’une part, assez pathétique mais d’autre part, cela montre que les Américains sont encore capables d’un minimum de pensée rationnelle.

 

C’est une étrange période de l’histoire que nous traversons. Les États-Unis mentent sans arrêt (puisque la vérité n’est pas de leur côté) tout en prétendant être encore dangereux en commettant des meurtres de masse (à petite échelle, qu’ils peuvent être sûrs de mener en toute impunité). Pendant ce temps, le suicide national (via une guerre à grande échelle) et la décision de terminer tout le projet impérial restent politiquement impossibles. Combien de temps cette période étrange et instable de non-sens meurtrier peut-elle persister ? Difficile à dire, votre estimation est aussi bonne que la mienne. Mais elle ne peut évidemment pas durer longtemps.

 

Donnez-lui quelques années, ou moins.

Les cinq stades de l'effondrement

Dmitry Orlov

 

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Les absurdités sur les attaques au gaz de la Syrie révèlent l’idéologie tyrannique américaine

Les absurdités sur les attaques au gaz de la Syrie révèlent l’idéologie tyrannique américaine

 


Par Stephen Gowans – Le 11 avril 2018 – Source what’s left

Stephen Gowans
Stephen Gowans

Les idéologues du pouvoir américain, notamment ceux qui sont installés dans les rédactions du New York Times et du Wall Street Journal, croient que les États-Unis jouissent d’un droit imprescriptible d’exercer une tyrannie absolutiste sur le monde, de définir la frontière entre la civilisation et la barbarie et que Washington n’est pas lié par le droit international, mais libre de l’utiliser comme un outil contre les barbares. Dans l’idéologie du despotisme américain, la boussole de la civilisation comprend les pays qui se soumettent à la « direction américaine » une version euphémisée de la « tyrannie américaine » tandis que les pays favorables à un ordre international fondé sur l’égalité des États (la Syrie, la Corée du Nord, Cuba, l’Iran et le Venezuela comptent parmi les partisans de cet ordre démocratique alternatif) sont relégués dans la catégorie des barbares. Une fois qu’un État a été rangé à l’extérieur de la civilisation, les traditions juridiques occidentales – vérification des accusations par rapport aux preuves et présomption d’innocence jusqu’à ce que la culpabilité soit démontrée de manière crédible – ne s’appliquent plus. L’État « barbare » devient coupable de tous les actes dont il est accusé, qu’il existe ou non des preuves crédibles pour corroborer l’accusation.

 

Dans un éditorial du 9 avril « In Syria, Trump faces the limits of bluster » (en Syrie, Trump se confronte aux limites de l’esbroufe), The New York Times attribue un rôle de dirigeant mondial aux États-Unis, qu’il presse l’administration Trump d’exercer en mettant sur pied « une enquête indépendante qui pourrait mener à des poursuites » contre le gouvernement syrien « dans un tribunal comme la Cour pénale internationale » une cour que les États-Unis eux-mêmes rejettent et à laquelle ils refusent d’être liés.

 

Les rédacteurs du New York Times décrivent les mesures que Washington devrait prendre si « la culpabilité du régime syrien est établie » mais concluent tout de même que le gouvernement syrien est coupable de toutes les accusations, contrairement à la réalité car le département d’État américain, le ministère britannique des Affaires étrangères et leurs propres journalistes ont reconnu que les allégations d’attaque chimique contre le gouvernement syrien ne sont pas vérifiées ni confirmées. Qui plus est, les sources des allégations sont les Casques Blancs et la Syrian American Medical Society, des organisations partisanes financées par des gouvernements occidentaux et alliées aux insurgés anti-gouvernementaux, qui ont un intérêt à inventer des atrocités pour diffamer leur ennemi et justifier la poursuite de l’intervention occidentale en Syrie et même son intensification.

 

En outre, le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, a admis le 2 février, lors d’une conférence de presse, que le Pentagone n’a aucune preuve que l’armée syrienne ait jamais utilisé des armes chimiques. Cela, cependant, n’a pas empêché les journalistes du New York Times de déclarer que la Syrie n’a pas respecté son accord sur la destruction de ses armes chimiques en vertu d’un pacte de 2013 ni qu’elle est responsable de « la plus grande partie des 85 attaques chimiques dans le pays ces cinq dernières années ». Un journal qui se proclame au niveau des normes les plus élevées du journalisme, qui prétend faire partie des normes de référence, semble pourtant n’avoir aucun problème à inventer des faits à partir de rien.

 

Les journalistes exposent les mesures que l’administration Trump devrait prendre une fois l’imprimatur légal émis sur un pré-jugement de culpabilité. Inévitablement, une action militaire est nécessaire. « Si un véto russe empêche l’action du Conseil de sécurité, M. Trump doit travailler avec nos alliés, par l’intermédiaire de l’OTAN ou autrement », conseillent les journalistes – un appel à l’administration pour qu’elle viole (une fois encore) le droit international.

 

« L’utilisation de gaz toxique, observe le journal un paragraphe plus loin, est un crime de guerre selon le droit international » une observation curieuse étant donné la faible vision qu’ont les rédacteurs du droit international, comme en témoigne le fait qu’ils exhortent Washington à agir sans l’autorisation du Conseil de sécurité afin d’exercer « le rôle traditionnel de chef de file de l’Amérique ». Il faut rappeler que le Troisième Reich, l’Italie fasciste et le Japon impérial ont aussi revendiqué des rôles de chefs de file, sans parler de la Grande-Bretagne et de la France impériales, cette dernière étant désireuse de restaurer sa tyrannie coloniale sur son ancien mandat syrien sous le prétexte de punir le « barbare » Assad pour ses outrages contre la civilisation.

 

Le Pentagone détient le plus grand stock de gaz toxique militaire au monde. L’intérêt de l’avoir est la possibilité de l’utiliser malgré son interdiction par le droit international en vertu duquel le New York Times condamne la Syrie (sans preuve) pour l’avoir violé. Ainsi les idéologues de la tyrannie américaine révèlent que le droit international n’a d’importance que pour les pays que les États-Unis définissent comme leurs ennemis (les barbares) et non pour eux-mêmes, qui sont libres d’agir comme bon leur semble contre les barbares, en vertu de leurs propres lois, en tant que garants d’un ordre moral mondial. Inutile de dire que l’idée que les États-Unis, la principale source de désordre, de souffrance et de décadence dans le monde ont même un soupçon d’autorité morale est risible, sinon une mauvaise plaisanterie – une vérité dont la plus grande partie de la population mondiale n’est que trop consciente.

 

En 1970, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Résolution 2625 qui, entre autres, déclarait : « Les États ont le devoir de s’abstenir de toute propagande pour les guerres d’agression » une résolution apparemment sans importance pour le New York Times, qui n’est que trop heureux de diffuser de la propagande pour les guerres d’agression au service d’une tyrannie américaine qui, loin d’exercer une autorité morale, continue de déployer ses ailes sombres sur le monde entier, sous la direction d’un fou placé au sommet d’un système d’oppression et d’exploitation mondiale, d’où est issu un programme de guerre néocoloniale et de confrontation croissante avec la Chine et la Russie.

 

Stephen Gowans

Russie / Etats-Unis : match nul dans la guerre des sanctions

mardi 17 avril 2018

Russie / Etats-Unis : match nul dans la guerre des sanctions

 

Le 13 avril, à la veille des frappes américaines (avec l'aide de la Grande-Bretagne et de la France) en Syrie, un projet de loi sur les mesures de restrictions pouvant être adoptées par la Russie en réponse aux sanctions qui lui sont imposées par les Etats-Unis et leurs Etats satellites a été déposé. Un projet assez fort. Peut-être suffisamment pour permettre à Trump de désavouer son bulldog Haley et prendre le temps de la réflexion concernant l'adoption de nouvelles sanctions contre la Russie.
 
Après les frappes, ou leur parodie, en Syrie, les Etats-Unis voulaient revenir sur un terrain qu'ils maîtrisent mieux, celui des sanctions économiques, qui permettent également de garantir les intérêts américains dans certains domaines (voir notre texte ici).
 
Mais cette fois-ci, la Russie a décidé de réagir face à la vague de sanctions portée par le monde anglo-saxon, qui commence à toucher sérieusement les grosses entreprises et à faire chuter le cours du rouble en raison de l'incertitude qui en découle. En grande pompe, marquant ainsi l'existence d'une véritable volonté politique, un projet de loi est déposé le 13 avril au Parlement russe.
Ce projet prévoit un éventail de mesures de restrictions très large, qui ne doivent pour autant pas porter atteinte à l'intérêt des citoyens russes. Selon le président de la Douma, Volodine, ces mesures ne peuvent être mises en place que lorsqu'il existe un équivalent national ou provenant d'un pays qui n'a pas adopté de sanctions contre la Russie. Il ne faut pas, en effet, faire de ses propres mains ce que les sanctions extérieures ne peuvent réaliser.
Plus concrètement, selon la lettre explicative qui accompagne le projet de loi, il est prévu de donner au Gouvernement russe la possibilité d'adopter en réponse aux mesures prises par les Etats-Unis et leurs alliés, certaines mesures restrictives:
 
  •  L'interdiction ou la limitation de l'importation en Russie de produits agricoles, de matières premières et de produits alimentaires en provenance des Etats-Unis et/ou d'autres pays;

  • L'interdiction ou la limitation de l'importation sur le territoire de la Fédération de Russie d'alcool et de tabac en provenance des Etats-Unis et/ou d'autres pays;

  • L'interdiction d'entrée sur le territoire de citoyens américains et/ou ressortissants d'autres pays selon une liste déterminée;

  • L'interruption ou la suspension de la coopération internationale de la Fédération de Russie, des personnes morales, avec les Etat-Unis et/ou autres Etats, et des organisations se trouvant directement ou indirectement sous juridiction de ces Etats dans le domaine nucléaire, de la construction aéronautique et des moteurs de fusées;

  • La limitation ou l'interdiction d'importation des médicaments en provenance des Etats-Unis et/ou d'autres pays;

  • L'interdiction ou la limitation de l'accès des entreprises américaines aux procédures de privatisation des actifs publics fédéraux ou municipaux;

  • Interdiction ou restriction faite aux organes publics d'acheter ou de recourir à l'utilisation de services, de programmes, de technologies et de travaux en provenance des Etats-Unis et/ou d'autres pays;

  • L'interdiction d'embaucher en Russie des citoyens ressortissants des Etats-Unis et/ou d'autres Etats, notamment sur des postes de spécialiste hautement qualifié.


  • Les limitations et interdictions envisagées ne concerneront en aucun cas la consommation personnelle. Parallèlement, les mécanismes de stimulation de la production nationale doivent être renforcés.
Or, il se trouve que dans certains domaines touchés, notamment en matière aéronautique ou spatiale, les Etats-Unis sont totalement dépendant de la Russie pour faire voler leurs appareils. Sans qu'il n'existe une dépendance directe, peut-on également affirmer que l'économique française se portera mieux si le marché russe lui est totalement fermé? Et le vin français? S'il est possible de faire des sacrifices, il serait intéressant que nos dirigeants nous expliquent en quoi le soutien aveugle aux intérêts du business américain est supérieur pour eux à l'intérêt de nos entreprises, de nos artisans, de nos agriculteurs, de nos spécialistes, de tous ces gens qui font la force économique, la force vitale du pays ?
 
La pause annoncée par Trump quant à l'adoption de nouvelles sanctions, pourtant annoncées haut et fort par Nikki Haley après les frappes aériennes en Syrie, suite aux recommandations de ses conseillers, montre que la Russie a frappé juste. La menace a porté. Et comme c'est bien connu, on attaque les faibles, pas les forts - en tout cas l'on y réfléchit à deux fois. Trump réfléchit. Selon la presse, il veut encore négocier avec la Russie:
«L'ambassadrice s'est trop avancée cette fois-ci», a déclaré ce haut responsable à Reuters, confirmant sous couvert d'anonymat une information d'abord révélée par le Washington Post.  (...) Le président américain, a-t-il ajouté, reste convaincu qu'il peut négocier avec son homologue russe, mais qu'en multipliant les déclarations ou les gestes négatifs, il aura du mal à en obtenir quoi que ce soit.
La Russie a réussi pour le moment à neutraliser la vague des sanctions. Voyons où seront portés les prochains coups, puisque le problème sur le fond n'est malheureusement pas réglé.

 

Le plan secret des USA visant Damas a été déjoué

Le plan secret des USA visant Damas a été déjoué

 

16 Avril 2018

Une analyse intéressante partiellement reprise par l’Humanité

 

(note de danielle Bleitrach)

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15 avril, 2018
Note d’analyse

Elijah J. Magnier

 

Donald Trump a dû redescendre du piédestal sur lequel il était monté il y a quelques jours en rassemblant une force militaire imposante et une puissance de feu rappelant « l’opération Tempête du désert », sans toutefois engager les forces terrestres. Le « plan A » prévoyait une attaque dévastatrice sur la Syrie afin de détruire son armée, le palais présidentiel, ses centres de commandement et de contrôle, ses troupes d’élite, ses entrepôts militaires et de munitions stratégiques, ses radars, ses systèmes de défense et les institutions de ses dirigeants politiques.

 

Le centre de recherche syrien de Barzé bombardé pendant la nuit du 14 avril 2018

 

Le rôle de la Russie avant et après, l’attaque des USA, du Royaume-Uni et de la France, révélé

 

Avant la triple attaque contre la Syrie par les USA, la Grande-Bretagne et la France, la Russie et le président Vladimir Poutine, en personne, ont maintenu des contacts intensifs jusqu’à 4 heures du matin, afin de réduire la portée de l’attaque et passer à un « plan B » sans conséquence. Dans ses prises de contact avec plusieurs chefs d’État, la Russie a rejeté toute frappe susceptible de paralyser l’armée syrienne, et a informé les dirigeants de Damas que l’Occident allait dorénavant mûrement réfléchir avant de changer radicalement l’équilibre du pouvoir au Levant.

 

Mais quelle est la véritable raison de ces frappes ? Est-ce la prétendue « attaque chimique » à Douma ? L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques était déjà à Damas et ses membres sont allés à Douma samedi pour inspecter le lieu où l’attaque chimique en question aurait eu lieu. Pourquoi alors n’ont-ils pas attendu de connaître les résultats avant de frapper ?

 

Des sources à Damas expliquent qu’avant l’intervention militaire des USA, du Royaume-Uni et de la France, l’armée syrienne et ses alliés, avec l’appui de la Russie, étaient en train de mener une attaque d’envergure dans la région rurale d’Idlib et avaient atteint l’aéroport d’Abou al-Duhur lorsque subitement ils ont cessé leur opération pour ce diriger vers la Ghouta.

 

En effet, la Russie avait informé les dirigeants syriens d’un grand rassemblement de troupes sur la base militaire occupée par les USA à Al-Tanf, à la frontière syro-irakienne, où des dizaines de milliers de mandataires des USA suivent un entraînement militaire continu. Les Russes avaient décelé des mouvements inhabituels et compris que les USA se préparaient à dépêcher leurs mandataires vers la Ghouta orientale, afin d’établir un lien avec les quelque 30 000 djihadistes qui se trouvaient encore dans la Ghouta. Une attaque était planifiée en même temps qu’une diversion provenant de Daraa, au sud de la Syrie, de façon à attaquer le sud de Damas pour duper l’armée syrienne et ses alliés en les amenant à réduire le nombre de leurs combattants autour de la capitale.

 

Selon les sources, le plan consistait à soutenir leurs mandataires et les djihadistes de la Ghouta pour qu’ils atteignent Damas et en prennent le plein contrôle. Sauf que le déplacement de l’opération militaire de la région rurale d’Idlib à la Ghouta a contrecarré le plan américain qui consistait à imposer à la Russie un confinement forcé à Lattaquié et Tartous pour parvenir enfin à un changement de régime. Ce « plan de génie » aurait gâché tous les efforts déployés par la Russie après presque trois ans de participation soutenue à la guerre en Syrie, tout en permettant aux USA de prendre le dessus, au moment même où Moscou et l’armée syrienne étaient sur le point de mettre fin à la guerre en Syrie, il ne reste que quelques poches de résistance à libérer.

 

La riposte de la Russie dans la Ghouta a réduit le plan des USA en miettes, en imposant le retrait de dizaines de milliers de militants de la Ghouta avec leurs familles, vers le nord de la Syrie. La capitale est dorénavant beaucoup plus sûre et il ne reste plus qu’une zone au sud de Damas occupée par al-Qaeda et le groupe armé « État islamique » (Daech), au camp de Yarmouk et à al-Hajar al-Aswad.

 

Aujourd’hui, la Russie a vidé la frappe des USA, du Royaume-Uni et de la France de son contenu et de son objectif en imposant une « attaque restreinte » sans valeur, qui a très peu de chance de changer quoi que ce soit sur le terrain en Syrie.

 

Lorsque la Russie a promis d’abattre tout missile lancé contre la Syrie, Trump a répondu ceci : « Tiens-toi prête Russie, parce qu’ils arrivent, beaux, nouveaux et intelligents ». Après la frappe, la Russie a répliqué : « Nous avons utilisé de vieux systèmes de défense antiaérienne soviétique contre ces missiles intelligents, nouveaux et très coûteux lancés par les Américains ». Mais ce n’est pas tout. Les frappes des USA et du Royaume Uni.ont atteint des objectifs qu’Israël bombarde pratiquement à partir d’une base régulière. En ayant réussi à intercepter les deux tiers des missiles, comme l’a affirmé la Russie, la Syrie perçoit l’attaque comme une sorte « d’entraînement avec des munitions réelles, en préparation à une éventuelle attaque israélienne sur le territoire syrien ». Israël est très déçu et ne semble pas du tout apprécier le résultat final.

 

Faisant preuve de retenue et de maîtrise de soi, le secrétaire à la Défense James Mattis, qui avait dit « le Pentagone n’a toujours pas de preuves indépendantes pour confirmer qu’il y a eu une attaque chimique en Syrie la semaine dernière », a signalé que toute attaque de grande envergure en Syrie pouvait provoquer un engagement direct de la Russie et une riposte mortelle contre des objectifs des USA. Mattis a accepté une « frappe honorable » pour sauver la face de son patron inexpérimenté. La frappe du trio en Syrie semble avoir redoré le blason du président syrien Bachar al-Assad. Les gens sont sortis célébrer dans les rues de Damas, en se moquant de l’attaque de l’Occident contre leur pays !

 

Le trio a évité de provoquer directement la Russie, en contournant les bases et les théâtres opérationnels des Russes au lieu de les survoler. La Russie a imposé sa présence et a provoqué la marine américaine et la marine française en effectuant des simulations d’attaques aériennes, afin de montrer qu’elle était prête à rétorquer.

 

La marine russe était positionnée à l’opposé de la côte libanaise afin de couvrir cette partie et d’éviter les angles morts.

 

Moscou est parvenu à éviter une confrontation directe avec Washington à l’extérieur de son territoire. La Syrie est entourée de bases militaires US (Israël, Jordanie, al-Tanf, Hassaké, Arabie saoudite, Koweït, Qatar, Bahreïn, Irak, Turquie). La Russie se souvient comment Leonid Brejnev est tombé dans le piège que lui avait tendu la CIA en 1979, en soutenant les moudjahidines six mois avant l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Zbigniew Brzezinski a dit que l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques avait été délibérément provoquée par les USA : « C’était une excellente idée. Elle a entraîné les Soviétiques dans la guerre afghane et nous leur avons procuré une guerre du Vietnam. » Presque 40 ans plus tard, Poutine a évité de tomber dans le même piège. Quelle sera la prochaine étape ?

 

Maintenant que la sécurité de Damas est assurée, tous les yeux sont tournés vers la ville d’Idlib, au nord de la Syrie, qui est sous le contrôle d’Al-Qaeda. Pourquoi Idlib ?

 

La situation dans le camp de Yarmouk, au sud de Damas, semble liée directement à celle qui prévaut à Foua et Kafraya. Lors des négociations de Zabadani, Al-Qaeda et les alliés de Damas se sont entendus pour qu’al-Yarmouk d’une part, et les deux villes assiégées au nord de la Syrie d’autre part, ne soient pas attaquées.

 

Cependant, Damas fait pression pour nettoyer la capitale complètement, en tentant de persuader ses alliés de revenir sur leurs engagements précédents.

 

En ce qui concerne Daraa et Quneitra dans le sud, il semble que personne en Syrie n’est prêt à provoquer les USA et Israël en ce moment de tension. Il se pourrait qu’ils ne s’en occupent qu’à la toute fin. Dans la Badia (les steppes syriennes), Daech est complètement encerclé et n’a d’autre choix que d’attendre son extermination dans les prochains mois.

 

Idlib demeure un problème malgré l’entente économique et financière entre les Turcs, les Russes et les Iraniens. Il ne fait aucun doute que des différences marquées de nature économique existent entre ces partenaires à propos de la Syrie.

 

Le président turc Erdogan a exprimé son soutien, puis sa satisfaction, à l’égard des frappes américaines en Syrie. La Russie a répondu en lui demandant de remettre la ville d’Afrin au gouvernement syrien. L’envoyé spécial iranien pour les affaires syriennes, Ali Akbar Velayati, a dit ouvertement qu’Idlib est le prochain objectif. Il est donc possible que la Turquie se retire des dizaines de postes d’observation qu’elle possède autour d’Idlib, comme les Russes l’ont fait à Afrin avant l’attaque turque. La Russie s’attend aussi à ce qu’Erdogan annule d’un jour à l’autre la vente précédemment convenue de missiles S-400.

 

Ainsi, l’aiguille de la boussole pointe vers Idlib, Rastan et Jisr al-Shoughour et les forces armées syriennes se rassemblent dans la région rurale de Lattaquié, en étant prêtes à diviser Idlib après avoir libéré les nombreux villages qui l’entourent.

 

Ce qui nous amène à la prochaine représentation d’une « attaque chimique » sur le théâtre opérationnel de l’armée syrienne et de ses alliés. Les USA vont-ils défendre Al-Qaeda ? Pourquoi pas ? Il n’a jamais vraiment été question d’utilisation d’armes chimiques, puisque ce sont les USA, eux-mêmes, qui possèdent le plus gros arsenal d’armes chimiques au monde. Le véritable enjeu, c’est la défaite des USA et la domination du Levant par la Russie.

Emmanuel Todd : « Il ne s’est rien passé en Syrie ; l’Occident est perdu »

Emmanuel Todd : « Il ne s’est rien passé en Syrie ; l’Occident est perdu »

 

16 Avril 2018

  •  

Une analyse top niveau d’Emmanuel Todd sur la situation en Syrie et dans l’empire après les bombardements de la coalition occidentale sur Damas.


Je suis un peu rassuré parce qu’il ne s’est rien passé. Quand on suivait la presse anglo-américaine, ce que je fais tous les matins, on était dans une séquence anti-russe. En fait ce qui montait depuis les affaires d’Angleterre, ce qui montait dans le discours, c’était une sorte de montée en puissance d’une sorte de russophobie absolument mystérieuse et qui mériterait analyse. Et les derniers développements diplomatiques, c’était les Américains et Trump faisant des tweets menaçant d’une frappe massive, etc. Et les Russes disant : eh bien écoutez, si c’est ça, nous allons utiliser notre défense anti-aérienne et ce système qui fait peur à tout le monde, le système S400 qui est paraît-il le meilleur système de défense sol-air du monde.

 

Et là, on avait simplement la possibilité d’une guerre majeure et d’une sorte de showdown, c’est-à-dire la révélation de la fin d’une partie de poker, puisqu’en fait on ne sait pas ce dont les Russes sont capables. Les S400 sont peut-être capables de détruire en l’air tout ce qui vole et ça aurait été en dix minutes la fin de l’imperium américain. Ou ça aurait été l’échec du S400 et c’était de nouveau les États-Unis déchaînés.

 

Or là, on a tiré des pétards, on a négocié avec les Russes. Il y avait une dynamique anti-russe qui montait et puis finalement, les Américains, les Britanniques et les Français ont tapé là où les Russes les autorisaient. Donc on est revenu dans le rien. Au stade actuel de l’information, je suis plutôt rassuré.

 

La Russie est une puissance d’équilibre face aux États-Unis sur le plan militaire

 

Je parle d’un point de vue a priori très favorable au monde anglo-américain. Je suis français, mais comme la France est prisonnière d’un euro qu’elle ne contrôle pas et que son action ne compte plus beaucoup, ça n’a pas tellement d’importance. Alors, ce qui me préoccupe actuellement, quand on lit la presse occidentale, pour moi, c’est que c’est une presse folle. C’est-à-dire que la vision du monde dans laquelle on entretient les citoyens du monde occidental, la vision d’une Russie hyper-puissante, menaçante, tentaculaire, totalitaire, etc., est en fait une vision hallucinatoire.

 

La Russie a un régime que j’appelle démocratie autoritaire. Poutine est élu. Il y a un certain type de contrôle des organes de presse, mais les Russes sont informés. Tout le monde est d’accord sur le fait que les Russes sont favorables à la politique de Poutine. La Russie est un pays qui doit avoir un peu plus de 140 millions d’habitants, c’est-à-dire dix fois moins que le monde dit occidental. C’est un pays qui vient de retrouver un certain type de stabilité et de sécurité sociale. Le taux de suicide s’y effondre. Le taux d’homicide s’y effondre. Un certain type de confiance sociale vient d’être rétablie en Russie. La vraie raison de la popularité de Poutine, c’est simplement qu’après la crise de sortie du communisme, les Russes se sentent mieux. Ils ont un avenir. La fécondité est un peu remontée, quoiqu’elle rebaisse un petit peu. Et, ça c’est vrai, ce pays est revenu à parité sur le plan des technologies militaires. Il ne fait aucun doute qu’ils ont fait une remontée technologique. Et de fait, la Russie se trouve être la seule force au monde qui puisse faire face, être une puissance d’équilibre face aux États-Unis sur le plan militaire.

 

Si on pense en terme d’équilibre des pouvoirs, si on respecte la Constitution américaine, on doit se dire que c’est mieux, quand même ! Parce que l’idée qu’un seul pays au monde serait capable de faire ce qu’il veut n’est pas un bon concept du point de vue libéral. Même si on n’aime pas la Russie, l’existence d’un pôle de stabilité qui n’a pas de vrai capacité d’expansion – c’est trop petit en terme de population – on devrait prendre ça pour une bonne nouvelle.

 

Et là [en Occident, ndlr], la Russie, pas seulement Poutine, est un monstre, situé en plus par rapport à des critères anthropologiques et familiaux qui ne doivent rien avoir à faire avec la géopolitique, comme le statut des homosexuels ou quelque chose comme ça. Il y a une vision extrêmement négative de la Russie. Toutes les interventions russes, tout ce que disent les Russes est considéré comme la parole de Satan, du mensonge, etc.

 

La fébrilité absolument incroyable des grandes démocraties occidentales

 

Et puis nous, on fait comme si on était normaux. Mais la vérité, c’est que le monde le plus occidental, les trois démocraties occidentales originelles – la France, l’Angleterre et les États-Unis, c’est-à-dire les nations qui ont construit la démocratie – peuvent être considérées comme dans un état de fébrilité absolument incroyable. C’est un monde en crise. […] La vérité, c’est que dans ces trois démocraties, on est dans une situation d’instabilité et de schizophrénie.

 

[…] Je lis les textes de Poutine, ou de Lavrov1, ou qu’il s’agisse des contacts que j’ai pu avoir encore récemment à l’ambassade de Russie, le niveau intellectuel des diplomates russes et des dirigeants russes est très supérieur à celui des Occidentaux. Vous ne pouvez pas comprendre la situation si vous ne voyez pas cette asymétrie. C’est-à-dire, une interview de Lavrov ou une discussion avec Orlov, ambassadeur russe à Paris, c’est des gens qui sont très supérieurs aux gens du quai d’Orsay. Ils ont une vision de l’histoire, une vision du monde, une vision de la Russie, une vision de l’équilibre des puissances, une vision du contrôle de soi, ce qu’ils appellent professionnalisme.

 

[…] Si vous arrêtez de lire Le Monde et de croire ce qu’il y a dedans, vous vous dîtes : ben écoutez, où est la rationalité, ou est l’intelligence, où est le contrôle de soi ? C’est ça qui est important.

 

=> La suite (toute aussi passionnante) dans la vidéo ci-dessous :

 

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